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UNION EUROPÉENNE

JAA 1211 GEN VE 11

Vers une reconnaissance professionnelle

L’Union européenne vient d’adopter de nouvelles règles favorisant la mobilité professionnelle dans l’Union européenne. Principale nouveauté, la création d’une carte professionnelle européenne.

BarBara Speziali

De Bruxelles

Partir s’installer dans un autre pays de l’UE relève très sou- vent d’un vrai parcours du combattant. Face aux diffi- cultés pour faire reconnaître leur formation et leurs qua- lifications professionnelles, certains préfèrent renoncer. «Malgré tous nos efforts, la mobilité des professionnels dans l’Union européenne reste faible»,reconnaît Michel Barnier, commissaire respon- sable du marché intérieur et des services. «Les conditions à remplir pour accéder à certaines professions sont parfois lourdes et complexes; très souvent, elles varient for- tement d’un Etat membre à l’autre.» La Commission européenne a donc rédigé un projet de modernisation de la directive de 2005 sur la reconnaissance

photo peshkova - fotolia.com
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IL SERA BIENTÔT PLUS FACILE pour les Européens de passer d’un pays à un autre pour travailler, la formation et les compétences professionnelles devant être reconnues dans toute l’Union européenne.

des qualifications profession- nelles. Les nouvelles mesures adoptées par le Parlement européen le 9 octobre et par le Conseil le 15 novembre

devraient faciliter la vie des Européens souhaitant tra- vailler dans un autre pays de l’UE. Elles visent à «organiser au mieux l’accès aux profes-

sions dans le cadre d’un sys- tème simplifié, proportionné, sûr et transparent» explique Michel Barnier.

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«Cette directive constitue une réelle avancée sur de nom- breux points, notamment celui de la création de la carte pro- fessionnelle», estime pour sa part l’eurodéputée française Bernadette Vergnaud, rappor- teur du projet.

DÉMARCHES FACILITÉES

En effet, la principale in- novation est la création d’une carte professionnelle. Concrè- tement, elle prendra la forme d’un certificat électronique dé- livré au terme d’une procédure de reconnaissance des qualifi- cations professionnelles via le système d’information du mar- ché intérieur (IMI).A la suite de nombreuses oppositions, no-

tamment britanniques,relatives au coût de l’impression d’une carte plastifiée, les négocia- teurs ont renoncé à leur idée initiale. Le professionnel dépo- sera sa demande auprès de son pays d’origine, ce qui devrait faciliter les démarches. Actuel- lement,en effet,la demande est faite auprès du pays d’accueil et il n’est pas toujours aisé de trouver les bons contacts. Si les conditions sont remplies, le dossier sera transmis aux autorités compétentes de l’Etat d’accueil. «C’est l’autorité com- pétente de cet Etat qui émettra la carte professionnelle euro- péenne, qui équivaudra à une décision classique de recon- naissance des qualifications professionnelles»,explique-t-on

à la Commission européenne.

Lors de la négociation, les dis- cussions ont surtout porté sur les aspects pratiques de l’intro- duction de la carte profession- nelle, notamment sur les délais à respecter. Les autorités des Etats d’accueil seront ainsi obli- gées de donner une réponse rapidement: «Le premier motif de plainte est que les autorités nationales ne répondent pas», souligne Bernadette Vergnaud. L’introduction de la carte se fera sur une base volontaire: les organisations professionnelles sont d’ores et déjà invitées à manifester leur intérêt auprès de la Commission européenne, qui pense pouvoir émettre les premières cartes vers le début de 2016.

MÉCANISME D’ALERTE

Le projet concerne toutes les professions réglementées – il en existe plus de sept cents dans l’UE. Mais seulement sept professions (médecin, dentiste, personnel soignant, sage-femme, pharmacien, vété- rinaire, architecte) bénéficient de la reconnaissance automa- tique des qualifications pro- fessionnelles, ce qui constitue un frein à la mobilité. Parmi les nouvelles mesures figure ainsi l’introduction de «cadres communs de formation», qui pourraient permettre d’ouvrir le système de reconnaissance automatique à d’autres profes- sions. L’accord prévoit également la création d’un mécanisme

d’alerte visant à empêcher, par exemple, que des infirmières ou des vétérinaires ayant été suspendus ou interdits d’exer- cice de leur profession dans un Etat membre ne s’installent ailleurs.Tous les Etats membres seront désormais informés de telles décisions de discipline dans les trois jours.

PAS DE REPRISE SUISSE AUTOMATIQUE

Un architecte suisse pour- ra-t-il bénéficier d’une carte professionnelle européenne? «Ces nouvelles mesures ne seront pas valables automati- quement pour la Suisse, elles devront être discutées et ap- prouvées par le Comité mixte Suisse-UE», précise Frédéric

Berthoud, expert au Secréta- riat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation. Actuellement, la Suisse a repris toutes les dispositions de la directive européenne de 2005. «En général, la Suisse reprend volontiers les projets européens dans le domaine des qualifications profession- nelles. Nous demandons ainsi depuis un an à participer au système IMI et nous attendons une réponse de la part de l’UE. Le mécanisme d’alerte est très important pour la Suisse: nous voulons interdire la migration, notamment parmi les profes- sionnels de la santé, de per- sonnes avec de faux diplômes ou interdites d’exercer leur profession.» n