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Béthune : Mellick inquiété par l’alliance Dossier spécial, page 7 à 10 de mars LLee

Béthune : Mellick

inquiété par l’alliance

Dossier spécial, page 7 à 10

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de mars
LLee QQuuoottiiddiieenn
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Eric Woerth, ministre du Budget, a passé quelques heures à Lille, au chevet d’un candidat
Eric Woerth,
ministre
du Budget,
a passé quelques
heures à Lille,
au chevet d’un
candidat en mal
de suffrages.
Sébastien Huyghe
l’a reçu dans
son QG, où il
présentait
notamment
un tract anti-Aubry.
Sourires
de façade
Photo: Gaël Cogné
Villeneuve - d’Ascq Lutte fratricide à gauche entre le maire sortant et son ancien Mort
Villeneuve - d’Ascq
Lutte fratricide
à gauche entre le maire
sortant et son ancien
Mort du dernier poilu
Portrait de Lazare Ponticelli,
dernier soldat
de la Grande guerre.
mentor.
page 4
page 15
PHOTO: D.R.

É D I TO

 

L’ É V É N E M E N T

 

C’est reparti

 

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Au secours du soldat Huyghe

Par Madjiasra Nako

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L ambiance est décon- tractée mais le sou- rire forcé. Aux quelques journa- listes parisiens s’ajoutent la presse locale et l’équipe de

LILLE. Eric Woerth, ministre du Budget, a fait le déplacement à Lille hier pour soutenir Sébastien Huyghe, candidat UMP défait par Martine Aubry.

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autres qui portent sur le projet du député UMP de la 5 e circonscrip- tion pour la mairie de Lille. Il ac- cuse la maire de Lille d’avoir servi « un écran de fumée aux Lillois » pour parler d’un bilan qui selon ses dires cache un « échec ». « Embou- teillages », « chasse à la voiture », « in- salubrité » « cloisonnement des quar- tiers » caractérisent selon le candidat de l’UMP le bilan de son adversaire. En retour, lui pro- pose un nouveau plan d’urba- nisme pour « réconcilier les quar- tiers », « la cohérence de services »

pour la salubrité pour le « rayonne-

ment » de la ville. C’est de tout cela que Sébastien Huyghe aimerait débattre avec Martine Aubry.

Elle a toujours refusé » avance-t-il. Du coup, Sébastien Huyghe qui a reçu une lettre de soutien de Jean Louis Borloo, président du Parti radical qui compte des membres sur sa liste, se lâche et professe :

En 2002, elle avait pratiqué la même

«

«

stratégie du mépris à mon égard lors des législatives. Mais les électeurs m’ont préféré à elle ». On saura di- manche si l’histoire bégaie…

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TToouujjoouurrss

campagne. Le mi- nistre et le candidat arrivent au siège de campagne du candi- dat UMP, place de la République, après un tour chez quelques com- merçants. Quelques plaisanteries et la conférence peut démarrer, « au coin du feu » selon le maître des lieux, Sébastien Huygue. C’est un véritable tir groupé du candidat lillois et du ministre du Budget contre Martine Aubry. C’est ce dernier qui ouvre le feu, présentant la maire de Lille comme la responsable de « l’effon- drement du pouvoir d’achat des Fran- çais. Partout où elle est passée, on ne re- tient que les 35 heures auxquelles nous essayons de répondre depuis que nous sommes là. Même au Parti socialiste, j’ai le sentiment qu’on n’a pas envie d’Aubry, pourquoi Lille? » s’interroge Woerth. Il explique que c’est à cause de son « agressivité, de son in- capacité à écouter, à admettre l’autre » que l’ancienne ministre de la Soli- darité est rejetée dans sa famille po- litique. Il craint qu’à Lille « les mêmes méthodes ne s’appliquent ». Sébastien Huyghe pour sa part parle du « mépris » et de « l’agressi- vité » de son challenger avant de présenter ce qu’il appelle « le vrai bilan d’Aubry » et le programme qu’on l’accuse, lui, de ne pas avoir. Les deux tiennent en quatorze points. Sept qui résument « l’échec », selon le candidat UMP, du mandat de la maire sortante de Lille et sept

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Photo: Gaël Cogné
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Flore Thomasset

Les ministres du gouvernement viennent prêter main forte aux candidats UMP en difficulté.

LA PRESSION de mars

Quotidien réalisé par les étudiants de l’ESJ, de 2 e année (presse écrite et agence) et de PHR. Refermentation et maturation - Directeur de la publication :

Pierre Savary Fermentation - Directeurs adjoints de la publication :

Sylvie Larrière, Cyril Petit, Yves Sécher et Jacky Durand Houblonnage - Rédacteurs en chef :

Flore Thomasset, Marc-Antoine Barreau, Clémence Lambard, Nicolas Kienast Embouteillage - Rédacteurs en chef techniques :

Séverine Rouby, Florian Hervieux Caroline Bozec, Guillaume Willecoq Sur le blog des municipales de l’ESJ, lire, écouter et regarder les reportages des deuxièmes années :

http://chroniquesdemars.blogspot.com

École supérieure de journalisme de Lille, 50 rue Gauthier-de-Châtillon, 59046 Lille Cedex. Tel : 03.20.30.44.00. www.esj-lille.fr

À Tourcoing, Vanneste passe la main

T out le monde n’a pas la chance de recevoir la vi- site d’un ami parisien. Si Huyghe a tenté de se faire une place au soleil des projecteurs avec Bor-

loo et Woerth, Christian Vanneste n’a pas bénéficié du même traitement. Avant sa défaite au premier tour, le député UMP de Tourcoing comptait sur les venues du ministre de la Défense, Hervé Morin, ou du chef du groupe UMP à l’Assemblée Jean-François Copé. « Seul Xavier Bertrand est venu, à peine dix minutes » en décembre dernier, confiait hier le député au quotidien Nord éclair. L’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin devait apporter son coup de pouce entre les deux tours. Sauf qu’au micro de RTL, le co-dirigeant de l’UMP s’est dit

Par Jean Décotte

contre l’investiture de Christian Vanneste, plombé par ses prises de positions polémiques sur l’homosexualité. De quoi expliquer l’amertume du candidat dimanche soir, balayé par le socialiste Michel-François Delannoy (53,58 % contre 30,71 %) ? Vanneste s’en était pris au président Sarkozy dont il stigmatisait le « côté Neuilly ». « Vous pouvez difficilement faire comprendre aux gens que vous êtes favorable au développement de l’emploi et du pouvoir d’achat et manifestement avoir avec l’argent et les gens qui ont de l’argent un comportement désinvolte. L’étalage de la vie pri- vée est quelque chose que je déteste », lâchait-il. Déçu, le député a choisi hier de laisser sa place : il ne siègera pas au conseil municipal de Tourcoing. C’est donc Didier Droart qui reprendra le flambeau de l’opposition, à la tête des huit conseillers UMP… face aux 41 élus de l’union de la gauche. Un chemin de croix que Christian Vanneste a préféré laisser à une « nouvelle équipe ».

La Pression de mars

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Jeudi 13 mars 2008

L’ E S S E N T I E L Par Jeff Martin À Harnes,
L’ E S S E N T I E L

L’ E S S E N T I E L

L’ E S S E N T I E L
L’ E S S E N T I E L Par Jeff Martin À Harnes, le

Par Jeff Martin

À Harnes, le temps n’est plus à l’al- liance. Entre Yvan Druon, maire sortant communiste, et Philippe

Duquesnoy, candidat socialiste, le tor- chon brûle. La marche commune entre PS et PC lors des élections municipales de 2001 est révolue. Depuis septembre dernier, les deux anciens piliers de l’union majoritaire de 2001 ne s’adres- sent plus la parole. Pire, Philippe Du- quesnoy aurait été victime, selon lui, de quolibets. « Ces attaques sont à mettre sur le compte de l’inquiétude et de la peur, aussi je ne m’attends pas à ce qu’elles baissent d’in- tensité. Elles ont pour effet de renforcer mon courage et ma détermination », affirme le candidat socialiste. L’alliance PC-PS, une première à Harnes, aura tenu à peine le temps d’une mandature. « L’union est en lam- beaux », constate Jean-Pierre Hainaut, secrétaire de la section PS. Philippe Du- quesnoy condamne même « la dérive au- tocratique du maire ». Du côté du PC, on ne s’en fait pas. « Ma porte reste ouverte pour débattre et discuter », confie Yvan Druon. Avec 42,12 % des voix, Philippe Duquesnoy arrive en tête devant le can- didat PC, qui a recueilli 41,17 % des suf- frages. Le premier magistrat ne fait plus l’unanimité au sein de sa commune. En place depuis 1995, Yvan Druon es- père tout de même s’imposer dans sa ville et continuer sur sa lancée. « Nous avons fait une campagne propre. Le plus in- téressant, c’est le débat d’idées pas le reste. Après, c’est aux gens de choisir. » Pour faire face aux nombreux départs de commu- nistes vers les rangs de son adversaire, le maire sortant a dû recomposer. Il en a profité pour renouveler les générations, puisque beaucoup de jeunes l’ont re- joint. « On a besoin de regrouper toutes les forces de la gauche progressiste », a-t-il ajouté. À Harnes, c’est chacun pour soi et la gauche pour tous.

Harnes

Guerre ouverte à gauche

Le duel La Voix du Nord La Voix du Nord YVAN DRUON, PHILIPPE DUQUESNOY PC,
Le
duel
La Voix du Nord
La Voix du Nord
YVAN DRUON,
PHILIPPE DUQUESNOY
PC, 62 ans.
1 er mandat à 49 ans, 2 mandats
PS, 53 ans.
Ancien allié d’Yvan Druon
À 62 ans, Yvan Druon n’a pas réussi à fédérer toute la
gauche autour d’une même liste comme il l’avait fait en
2001. Mais cela n’a pas empêché cet ancien enseignant
de poursuivre le travail mis en place depuis son premier
mandat en 1995. Encarté au Parti communiste depuis
1977, Yvan Druon est décrit comme « un homme juste et
humain, très ouvert et toujours à l’écoute », par son entou-
rage. Preuve de l’attachement qu’il porte à ses conci-
toyens, il tient une permanence hebdomadaire où il re-
çoit les doléances de chacun. Son vœu le plus cher : faire
reculer l’extrême droite de Harnes. « Je ne crains pas le FN.
Les quatre élus de 2001 n’ont quasiment jamais siégé au conseil.
L’extrême droite a plongé dans les sondages et Sarkozy a ratissé
dans leurs rangs. » Même s’il s’est fait devancer par le can-
didat socialiste au premier tour, Yvan Druon compte
bien renouveler son mandat, estimant que « les Harnésiens
ont depuis longtemps fait la part des choses ».
À la tête des socialistes de Harnes, les militants ont placé,
en novembre 2007, Philippe Duquesnoy. Cet Harnésien
de naissance, cadre dans une filiale d’EDF, est membre
du PS depuis 1980 et fut conseiller municipal d’opposi-
tion de 1989 à 1992. À 53 ans, il donne l’image « d’un
homme franc, direct et à l’écoute des autres » selon ses co-lis-
tiers. Il passe également pour quelqu’un de combatif, si
l’on en croit les attaques dont il serait victime. « C’est bles-
sant pour les personnes visées, dont je fais partie, et c’est assez
désolant pour le spectacle donné. Les Harnésiens aspirent à une
campagne digne, respectueuse des valeurs et des idées d’autrui,
une campagne projet contre projet », ajoute-t-il. Après son
bon score du premier tour, Philippe Duquesnoy espère
conquérir Harnes, et insuffler un nouvel élan à la ville.
« Les Harnésiens voient bien que leur confort de vie s’est dégradé
depuis vingt ans. Le bilan du maire est désastreux », déplore-
t-il. Il reste confiant avant le scrutin de dimanche.

L’arbitre : le FN

Également présent au second tour des élections municipales, le FN. Avec 11,27%, le parti frontiste obtient un score bien moindre qu’en 2001. Son chef de file, Jean-Pierre Kleinpeter souligne :

« En 2001, nous avons obtenu 29,20% des voix, mais il n’y avait que deux listes. Le FN et un regroupement de cinq sensibili- tés. Les gens n’avaient pas trop le choix. Cette année, ce n’est pas pareil, le com- bat est plus équilibré. » Commerçant de 55 ans, Jean-Pierre Kleinpeter se réjouit du déchirement entre les deux candi- dats de gauche. « Ils ne mangent plus la soupe ensemble, et ça c’est bon pour nous » s’amuse-t-il.

Le du chiffre jour

C’est le nombre 18 de mois de prison avec sursis dont a écopé Charles Pasqua pour faux, financement illégal de campagne et abus de confiance.

Photo : DR
Photo : DR

La phrase du jour

« C’est la chose la plus stupide que j’ai entendue de ma vie »

Shimon Peres, hier à propos du boycott du salon du livre de Paris par de nombreux pays arabes

La Pression de mars

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Jeudi 13 mars 2008

E N R É G I O N

E N

R É G I O N

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Ping-pong sur le marché

Les “écharpes rouges” de Jean-Michel Stievenard épient leurs adversaires de l’autre côté du marché. Photo
Les “écharpes rouges” de Jean-Michel Stievenard
épient leurs adversaires de l’autre côté du marché.
Photo : JM

VILLENEUVE D’ASCQ. Le fromager d’un côté, le primeur de l’autre et au milieu, des militants. Sur le marché de Villeneuve d’Ascq, à quatre jours du second tour, les partisans de Stievenard et Caudron s’écharpent.

Par Jérémy Marot

S ur le marché, des écharpes rouges.

haie d’honneur qui s’écarte au pas-

sage des Caddies®. Ces partisans de Jean-Michel Stievenard, le maire sortant de Villeneuve d’Ascq (PS), cultivent leur ressemblance. Outre l’étoffe autour du cou, marque de fabrique de leur leader, ils vouent la même rancœur à Gérard Caudron (DVG), ennemi juré de Stieve- nard. Les deux ont travaillé ensemble pendant vingt-quatre ans, quand Cau- dron était maire de Villeneuve d’Ascq. En 2001, ce dernier cède sa place à Stie- venard, puis décide d’effectuer son re- tour à l’Hôtel de ville en 2008. Et se re- trouve crédité de 43 % des suffrages au premier tour, 17 points devant son rival. Claque pour Stievenard. Du côté des militants, on se renvoie la balle. L’air vicié de la campagne, la faute à Caudron, la faute à Stievenard. Alors, ils s’épient, chacun de leur côté du trottoir, et le fromager, béret sur la tête et mimolette en main, râle un peu :

Tracts à la main, ils forment une

« Les gens se plaignent de ne pas pouvoir passer. » Un ancien s’avance avec, au bout de son bras, sa petite-fille. Il se- coue la tête en voyant les militants, en- tame un détour : « On a oublié ce que veulent les gens dans cette campagne. » Puis, droit dans les yeux : « Je l’avais dit que Caudron passerait. Ici, c’est le maire historique. » La petite fille peste, elle a froid. L’homme agrippe le bras pour mieux convaincre. « J’espère que ce sera lui avec ce putain de Grand stade qu’on veut nous coller. » Anti-stade. Caudron, lui, promet qu’il fera son possible pour désamor- cer la construction du stade prévu à Villeneuve d’Ascq. « Quand on veut leur claquer un projet pharaonique à 700 mil- lions d’euros, les Villeneuvois ne sont pas contents », explique Mohammed Benabbou, onzième sur la liste de Caudron. Soudain, la discussion s’anime, s’échauffe. Les partisans des deux camps se retrouvent, s’invectivent. On

parle « camp de gitans », « remplacement d’ampoules défaillantes », « déchets sur le rond-point de l’Avenir ». « Cette campagne n’est pas saine, mais ce n’est pas de notre fait », glisse Mohammed Benabbou. Évidemment. Calomnie, selon les écharpes rouges. L’un d’entre eux, Frédéric Herrewyn, réplique qu’il « préfère les gens qui tra- vaillent à ceux qui parlent haut ». Entre ses doigts, une feuille A4 qui invite à « parler avenir et oublier le passé », « avec des hommes et des femmes qui ont toujours été à gauche et le resteront. » L’occasion de rappeler que Caudron a quitté le PS il y a quelques années, ce qui a été in- terprété comme étant un acte de traî- trise pour Stievenard. 13 heures, on commence à replier sur le marché. Quelques cagettes, vides, sont emportées par les bourrasques. Les écharpes rouges claquent sous les rafales. Et, revenus de l’autre côté du trottoir, les partisans de Caudron par- lent, eux, du vent de la victoire.

partisans de Caudron par- lent, eux, du vent de la victoire. CAUDRON « Stievenard est un

CAUDRON « Stievenard est un mauvais perdant »

« Monsieur Stieve- nard est Monsieur Stievenard. C’est pour ça qu’il a été battu. Moi, j’ai fait une campagne po- sitive, propre, sans attaque person- nelle. Jean-Michel Stievenard est un mauvais perdant. Je comprends que quand on perd plus de la moitié de ses voix d’une élection

on perd plus de la moitié de ses voix d’une élection à l’autre, alors que l’on

à l’autre, alors que l’on est maire sor- tant, on ait des poussées d’urti- caires. Il devrait mieux se contrôler, il faut savoir être digne. Dans sa si- tuation, je ne me serais même pas re- présenté au second tour. »

STIEVENARD « Cela me peine et me pèse »

« Gérard Caudron, c’est le retour du passé immobile. Je lui en veux à parce qu’il a distillé une haine contre moi. Elle se répand à Villeneuve d’Ascq et cela m’attriste parce que je ne la mérite pas. Pen- dant six ans, Mon- sieur Caudron n’a eu qu’une seule at- titude : il a voulu

Caudron n’a eu qu’une seule at- titude : il a voulu me salir, à tel point

me salir, à tel point que j’apparais comme quelqu’un d’antipathique et de lointain. Tout le contraire de ce que je suis. Et les gens qui me connaissent le savent. Il a développé cette image, cela me peine et me pèse. »

Trois questions à Didier Plancke, candidat UMP à Villeneuve- d’Ascq

à Didier Plancke, candidat UMP à Villeneuve- d’Ascq Comment analysez- vous votre résultat au premier tour

Comment analysez- vous votre résultat au premier tour ?

Avec un peu plus de 10 %, on peut parler d’échec relatif pour l’UMP. Je pense que l’on n’a pas trouvé notre électorat. Au second tour, je m’attends à un score de 20 % environ, avec quatre ou cinq élus au conseil municipal. Mais je n’écoute pas les sondages pour l’instant.

Pourquoi ne pas vous allier avec le MoDem pour améliorer vos chances dimanche prochain ?

Christian Carnois, la tête de liste MoDem [9,7 %, ndlr] attendait clairement la fin du pre- mier tour pour rejoindre la liste de Gérard Cau- dron. Toute négociation était impossible. Ironi- quement, le bon score de Caudron lui permet de ne pas s’embarrasser d’une alliance avec le MoDem.

Difficile d’être dans l’opposition à Villeneuve d’Ascq ?

On verra. Gérard Cau- dron a laissé entendre qu’il laisserait davantage la parole à l’opposition que lors de ses précé- dents mandats. Mais je m’attends tout de même à six ans très durs. Je pense d’ailleurs que Monsieur Stievenard va craquer car lui n’a pas l’habitude d’être dans l’opposition. En tout cas, je pense qu’être dans l’opposition à la Com- munauté urbaine, même dirigée par Martine Aubry, est beaucoup plus facile qu’à Villeneuve d’Ascq.

La Pression de mars

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Jeudi 13 mars 2008

E N R É G I O N

E N

R É G I O N

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Aubry ratisse large

Par Séverine Fiévet

LLIILLLLEE

Martine Aubry, hier, entourée du MoDem Jacques Richir (à gauche) et du Vert Éric Quiquet
Martine Aubry, hier, entourée du MoDem Jacques Richir (à gauche)
et du Vert Éric Quiquet (à droite)
Photo : Séverine Fiévet

soin du Modem pour gagner la ville, mais je veux of-

frir aux Lillois la liste la plus rassemblée possible », a- t-elle assuré. Quand on parle LMCU, Martine Aubry s’insurge. « Il n’y a pas d’accord ici à Lille pour une position à Lille métro-

pole communauté urbaine. » Jacques Richir, lui, coupe les cheveux en quatre. « On n’a pas eu besoin de me demander de prendre l’engagement de soutenir

Martine Aubry au premier tour des élections pour la présidence de la communauté urbaine puisque je l’avais déjà pris. Je considère qu’aujourd’hui, elle est la mieux placée pour assurer à la métropole ce dont elle a besoin ». En clair, le MoDem, qui avec 7,79 % des voix ne pouvait pas se maintenir au second tour, obtient des places éligibles sur la liste de Martine Aubry, et le retrait de la candidature d’Hélène Parra (PS) au profit du candidat du Modem pour les canto- nales [voir ci-dessous]. En échange de quoi Jacques Richir se range derrière la maire sortante pour la

présidence de LMCU. Ce qui agace Sébastien Huyghe, tête de liste UMP qui a recueilli

21,64 % des suffrages. « Martine Aubry a besoin de LMCU pour retrouver une place de choix dans l’ap- pareil socialiste. On est bien loin

des préoccupations des Lillois ». Sébastien Huyghe est le grand perdant de cette alliance. Lundi, il a appelé Jacques Ri- chir puis lui a fait porter un

message pour lui proposer un accord. « Il m’a dit qu’il me rap- pelait, il ne l’a jamais fait. Tout cela était cousu de fil blanc, on savait bien, même avant le premier, tour que ce marché avait été passé, a-t-il lancé, amer. Les chrétiens démocrates sont nos alliés naturels, nous par- tageons les mêmes valeurs. Éric Quiquet et Jacques Ri- chir n’ont pratiquement été d’accord sur rien pendant la campagne. Ils s’opposent sur le projet de Grand stade ou sur l’enseignement privé. C’est la grande bra- derie des convictions, c’est un accord contre-nature, l’alliance de la carpe et du lapin. »

« C’ÉTAIT COUSU DE FIL BLANC»

La maire sortante

a annoncé hier le ralliement des Verts, de l’extrême gauche et du MoDem Jacques Richir. Une alliance qui lui assure la présidence de LMCU.

« N ous sommes dans un accord politique. Nous

nous entendons sur le fait qu’il y a une droite libérale et autoritaire et un président qui ne respecte pas ses engagements », a lancé Martine Aubry, mardi. Accompagnée d’Éric Quiquet (Verts) et de

Jacques Richir (MoDem), elle s’est rendue à la préfecture remettre leur liste commune. Un peu avant 17 h, Jacques Richir est arrivé seul au volant de sa voiture. Éric Qui- quet patientait, lui, sur le trottoir d’en face. Le chef de file du MoDem et la maire de Lille se sont ensuite retrouvés autour d’une tasse de thé. Dans le café proche de la préfecture aux tons verts pomme, Grains de nature, Éric Quiquet a brillé par son absence. Les Verts, qui s’oppo- saient à cette alliance avec le MoDem, ont fina- lement dû composer avec Jacques Richir. Trois membres du MoDem sont donc sur la liste commune : Jacques Richir, Frédéric Lambin et Jaëlle Lanoy. Les deux premiers sont éligibles, le chef de file du Modem aura un poste d’ad- joint à la ville de Lille et un siège de conseiller à la Communauté urbaine. Pourtant Martine Aubry n’avait pas besoin de cette alliance. Elle a totalisé 46,02 % des voix dimanche. Son alliance avec les Verts, qui ont atteint 11,58 %, et avec l’extrême gauche rassemble 64 % des suffrages exprimés au premier tour. « Nous n’avons pas be-

CANTONALES. Dommages collatéraux

LLIILLLLEE-- OOUUEESSTT

Sacrifiée sur l’autel de la liste d’union, Hélène Parra (PS)

devra renoncer à briguer un mandat de conseillère générale. Explications

Hélène Parra, lâchée par le PS. Photo : ESJ
Hélène Parra,
lâchée par le PS.
Photo : ESJ

P our convaincre le MoDem de rallier son projet et de s’enga- ger à la soutenir pour la prési-

dence de la Communauté urbaine, Martine Aubry a dû faire des sacri- fices. Choisir des sacrifiés plutôt. Hélène Parra est de ceux-là. Â 28 ans, elle était deuxième sur la liste de Paul Lauerière à Saint- André-lez-Lille et briguait un poste de conseillère générale dans le can- ton de Lille-ouest (Vieux-Lille, Lambersart, Saint-André, Mar- quette et Wambrechie). Elle est en- trée en politique il y a six ans et a quitté son Lot natal pour s’installer dans le Nord en 2005 seulement.

Malgré cela, elle est parvenue à re- cueillir 22.87 % des voix aux canto- nales, loin derrière le candidat UMP Jacques-Yves Wambergue (26.97 %) et celui du MoDem Oli- vier Henno (30.66 %). Une position qu’il ne fait pas bon avoir quand on chasse sur les terres de la droite et que la tête de liste de son parti aux municipales de Lille négocie ferme pour assurer sa place à la Commu- nauté urbaine. À la fin de sa conférence de presse avec Éric Quiquet mardi, Martine Aubry a en effet annoncé que Hé- lène Parra pourrait retirer sa candi- dature. Jointe par téléphone après la

Par Séverine Fiévet (avec Thibaud Vuitton et Marie- Adélaïde Scigacz)

conférence, celle-ci a l’air persuadée que rien n’a été prévu dans ce sens. Puis tombe des nues quand un jour- naliste lui apprend que c’est Martine Aubry elle-même qui l’a annoncé. « Bien sûr qu’Hélène Parra était au cou- rant », assure Gilles Pargneaux, pré- sident des socialistes du Nord. Un coup dur pour la jeune femme, qui a fait les frais d’une volonté du PS régional de rendre la politesse au nouvel allié de Martine Aubry, Jacques Richir. Injoignable depuis mardi, Hélène Parra a très certaine- ment compris qu’on ne bâtissait pas une carrière en s’opposant à la toute puissante fédération PS du Nord.

La Pression de mars

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Jeudi 13 mars 2008

E N R É G I O N

E N

R É G I O N

E N R É G I O N

Le FN menace Dubout

CCAALL AAIISS

de François Dubout, candidat étiqueté FN, pour le second tour de scrutin, Marine Le Pen lui prédit une fin de carrière politique imminente.

Au lendemain du retrait

Par Alexandra Nawawi

Marine Le Pen se montre menacante avec son candidat calaisien Photo ESJ
Marine Le Pen se
montre menacante
avec son candidat
calaisien
Photo ESJ

« C ’est la fin de sa carrière politique. » Voilà ce que Marine Le Pen, vice- présidente du Front national, pré-

dit à François Dubout, candidat de l’extrême droite à

Calais. Son tort : s’être désisté, alors qu’il était quali- fié pour le second tour des élections municipales. Le coup de théâtre date de mardi soir, à la clôture du dépôt des listes : le candidat du Front national se re- tire de la course et laisse la voie

libre à la liste d’ouverture de Natacha Bouchart (UMP) qui a totalisé 36,36 %. « Notre combat c’est la renaissance économique et sociale de Calais. Il

passe par la défaite des communistes, qui ne peut se concrétiser que par la victoire de Natacha Bou- chart, expliquait mardi François Dubout. Il fallait donc se retirer. Cette décision est purement mathématique ! » Une logique implacable qui n’est pas du goût de Ma- rine Le Pen, candidate, elle aussi, à Hénin-Beaumont. « Le geste de Monsieur Dubout est scandaleux. Il offre sur un plateau d’argent ses voix à l’UMP. » Et c’est même le but recherché car, selon le Calaisien, « le vote frontiste est archi minoritaire » dans le score de dimanche dernier (12,35 %). François Dubout affirme avoir fait du porte- à-porte pour expliquer son geste à ses électeurs. « Les

gens qui ont voté pour nous sont en grande majorité des gens de droite. Si bien que nous nous sommes demandés si on

n’aurait pas fait un meilleur score sans l’étiquette du FN. » Toute la contradiction est là. François Dubout n’est pas officiellement investi par le Front national. Sa liste est seulement « soutenue » par le parti et seuls cinq colistiers sont effectivement encartés. Pour Marine Le Pen, la stratégie du candidat calaisien est « scanda- leuse ». Il se serait servi du logo FN pour attirer des voix sur son nom. Selon la fille de Jean-Marie Le Pen, son score aurait été bien infé-

rieur sans cette étiquette. « Au- jourd’hui, il trahit non seulement le parti, mais aussi les électeurs », s’exclame-t-elle. Au soir de sa décision,

François Dubout n’était pas fixé définitivement sur son sort au sein du Front National. Il avait déjà reçu « des réactions très violentes » de la part de certains membres et s’attendait à « être viré, séance tenante ». Louis Aliot, secrétaire général du FN, a annoncé dans la soirée la suspen- sion de Monsieur Dubout, « en attendant son exclu- sion définitive ». Malgré la décision prévisible de Saint-Cloud, le candidat calaisien se défend de toute forme de suicide politique et continue de cla- mer : « Si on ne s’était pas retiré, on n’aurait pu être taxé de non assistance à population en danger. »

« IL OFFRE SUR UN PLATEAU D’ARGENT SES VOIX À L’UMP »

Trahisons et nouvelles alliances

À Lille, les Verts ne voulaient pas du

Modem. Martine Aubry le leur a im- posé. Le prix : les Verts auront dix candidats en position éligible, quatre adjoints et six conseillers com- munautaires. Le Modem lui, obtient trois inscriptions sur la liste de la maire sortante de Lille qui devient un vérita- ble melting-pot. On y retrouve : PS, Verts, PRG, MRC et Modem. Une liste qui ne manque pas de désoler la droite. Sébastien Huyghe, candidat UMP parle d’une « grande braderie des convictions. J’ai proposé une alliance à Jacques Richir (tête de liste Modem), par

téléphone et par courrier. Je l’ai fait pour qu’on ne me reproche pas de ne pas avoir agi. Et je découvre dans la presse qu’il passe un accord avec Aubry. C’est la stratégie du mépris ».

À

soutient la liste socialiste du maire sor- tant Jean Luc Deroo. Olivier Henno, chef du Modem dans le Nord, devrait lui ap- porter son appui mercredi. Mais tout le monde n’est pas du même avis : les membres du Modem “historique” pré- fèrent le candidat UMP, Gustave Das- sonville, à qui le Centre a apporté son soutien. Une scission en vue… Lens présente deux exceptions qui propulsent la ville en tête d’affiche des élections. C’est la seule ville de France où cinq listes s’affrontent au second tour ! Et pour la première fois depuis l’après-guerre, le maire socialiste n’est pas réélu au premier tour. Calais sera sans doute la grosse sur- prise de ce second tour. Le FN (12,35 % au premier tour) voulait une alliance avec l’UMP. Il ne l’a pas obte- nue et a préféré se retirer alors qu’il au- rait pu jouer les arbitres dans un se- cond tour où le parti communiste et l’UMP arrivent au coude à coude. Match à quatre à Mouvaux. Trois listes de droite conduites par Éric Durand (UMP), Michel Brion (DVD) et Domi- nique Hémery (DVD) affrontent le vert Daniel Compère dans un second tour qui sera concentré sur le vote des très nombreux abstentionnistes (43,62 %). Hénin-Beaumont abrite une triangu- laire complexe entre les deux listes de gauche et le FN. Certains comptaient sur une alliance de la gauche pour faire barrage à l’extrême droite mais la forte inimitié entre Gérard Dalongeville (maire sortant) et Daniel Duquenne ne l’a pas rendue possible. Autre triangulaire : à Bergues, cette fois, avec deux listes de droite au se- cond tour. Paul Lamin, fromager, et Jacques Martel, carillonneur, tenteront de battre la socialiste Sylvie Brachet dans la ville mise en avant par Dany Boon.

MN

Halluin aussi, la direction du Modem

Funeste destinée du Centre lillois

Par Gaël Arcuset

Thierry Pauchet, un centriste déchu Photo : GA
Thierry Pauchet, un centriste déchu
Photo : GA

L ralliement de Jacques Richir à Martine

monde. « J’ai fait très fort ce matin. J’ai dit

qu’on n’acceptait pas le ralliement au parti socialiste-so- viétique de Martine Aubry. » Avant la conférence de presse organisée par les centristes opposés à cette union, Jacques Descamps, candidat au canton de Lille-nord pour le MoDem, souffle cette petite phrase à l’oreille de Thierry Pauchet (Nouveau Cen- tre). Petits éclats de rire en toute discrétion. Les seuls de la journée. « Je suis triste et affligé que Richir rejoigne la municipalité sortante, alors qu’il a longtemps critiqué le système Aubry », raconte le numéro neuf de la liste de Sébastien Huyghe. « Avec cet accord minable, deux cen- tristes sauvent leur peau, deux malheureux élus. Ils devront suivre le diktat de Martine Aubry », explique Thierry Pauchet. Pour Jacques Descamps, « il est hors de ques- tion que le parti centriste devienne une succursale du Parti socialiste lillois. Cet accord n’a pour objectif que de sauver Richir d’une déconfiture totale ». Patrick Cocheteux,

e

Aubry pour le second tour ne satisfait pas tout

le

membre suspendu du conseil fédéral du MoDem, est ferme. La critique est violente, acerbe, sans réserve. Les centristes l’ont mauvaise. Etienne Forest votera, lui, pour Sébastien Huyghe au second tour. Son an- nonce est digne d’Alain Delon : « à titre personnel, Etienne Forest votera pour Sébastien Huyghe ». Grandiose ! Pour les partisans du MoDem, Richir a tué leur parti dans la capitale des Flandres. « C’est une évidence, le MoDem a disparu à Lille. Il a vendu son âme. » Gérald Laporte, militant centriste, dresse un bien funeste constat. Atterré, dégoûté, blasé, pour lui « Richir a trahi la philosophie de François Bayrou ». Aujourd’hui, qui pourrait donc aller pleurer sur la tombe lilloise du parti centriste ? Visiblement pas grand monde… même personne. La conférence de presse en est la parfaite illustration. Organisée mer- credi, dans un café de la rue Nationale, elle n’a attiré ni les foules, ni éveillé la moindre curiosité des per- sonnes passant à proximité.

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Jeudi 13 mars 2008

F O C U S

F O C U S

F O C U S
Béthune Dossier réalisé par : REPÈRES ∆ Habitants : 27 781 ∆ Taux de chômage
Béthune
Dossier réalisé par :
REPÈRES
∆ Habitants : 27 781
∆ Taux de chômage : 13,10 %
∆ Maire sortant : Jacques Mellick (PS)
∆ Nombre de listes : 2
Clémence Lambard,
Gaël Arcuset
et Marc-Antoine
Barreau.
Une issue incertaine Photo : Gaël Arcuset
Une issue
incertaine
Photo : Gaël Arcuset

S i l’on pouvait résumer le climat politique aux vues des résultats du premier tour des élections mu-

nicipales à Béthune, la comparaison avec la guerre des Gaules semble la plus appropriée. Entre la figure du maire sortant, Jacques Mellick (PS), et ses concurrents directs, Bernard Seux (SE), son ancien premier adjoint et successeur à la mairie de 1997 à 2002, Stéphane Saint-André (DVG), qui tra- vaillait dans son cabinet dans les an- nées 1990 et le jeune candidat Modem Olivier Gacquerre (MoDem), c’est un peu le remake de Brutus contre César. Les anciens camarades de Jacques Mellick déplorent « les nombreux coups bas du maire sortant », il est temps, selon eux, de « remettre de l’ordre dans la ville de Béthune et d’en finir avec l’époque

Mellick ». Que ce soit Bernard Seux ou encore Stéphane Saint-André, la voix résonne d’un même écho : « Jacques

Mellick était prêt à tout dans cette cam- pagne, même au pire. Nous

pouvons nous féliciter d’avoir terminé proprement cette campagne. » L’ancien secrétaire d’État au ministère de la Dé- fense (1992-1993) a re- cueilli 41,49 % des suf- frages au premier tour.

Un score important. Pas étonnant car Jacques Mellick est un “vieux loup de maire”. Il est incontournable à Béthune. Et pour cause, depuis 1977, il tient les rênes de la mairie, à l’exception d’une parenthèse d’inéligibilité suite à la cé-

lèbre affaire VA-OM. Pour ses oppo- sants, les résultats du premier tour sont

à relativiser : « Monsieur Mellick a réalisé son pire score depuis sa première élection. C’est le signe que les Béthu-

nois souhaitent du change- ment », affirme Stéphane Saint-André, le sourire au coin des lèvres. Malgré l’appel de Jacques Mellick à la ré- sistance et à l’alliance de la gauche, le message n’a

pas été entendu par ses anciens alliés, pire il a été rejeté. « C’est un peu tard après avoir tant divisé la gauche et la famille socialiste en particulier », déclare Stéphane Saint- André. Les deux anciens comparses du maire sortant ont préféré faire front

« IL FAUT EN FINIR AVEC L’ÉPOQUE MELLICK »

commun, comme en 2001. À l’époque, ce scénario avait vu la victoire d’un front anti-Mellick qui ne dit plus son nom aujourd’hui. Cette fois, on préfère parler “projet”. Dès le soir des résultats, Stéphane Saint-André et Bernard Seux ont fu- sionné leurs listes avant de s’allier au dernier concurrent direct de Jacques Mellick, Olivier Gacquerre. Au jeu du plus rapide, ils ont sans doute remporté la mise. Cependant, reste à savoir si la logique du “tous contre Mellick” fera l’unanimité aux yeux des électeurs puisque cette nouvelle liste rassemble un électorat qui va des communistes à l’UMP, en passant par les Verts et le MoDem. Plus personne n’osera se per- dre en conjectures tant Béthune réserve de surprises.

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Jeudi 13 mars 2008

«

F O C U S

Photo : G.A.
Photo : G.A.

de côté », rapporte Olivier Gacquerre, troisième de cette nouvelle équipe. Et Bernard Seux de confir- mer : « Un accord politique est toujours un compromis. » Cette union, ils l’assurent, est le fruit d’une mûre ré- flexion. « Nous avons eu l’intelligence de nous entendre

dans l’intérêt des Béthunois », explique la nouvelle tête de liste. Et quand leur demande si ce n’est pas plutôt pour contrer Mel-

lick, leur réponse est claire : « Non, c’est pour la ville ! Ce n’est pas “tous contre Mel- lick” », clament-ils d’une seule voix. Pour Alex Henni,

initialement mem- bre de la liste conduite par Olivier Gacquerre, il en va de même :

« C’est la ville qui nous intéresse. C’est la ville qui est notre objectif. Cette alliance n’a rien à voir avec un conflit de per- sonnes, il n’y a aucune recherche d’intérêt personnel. » Pour le benjamin de ces élections municipales, « il

est temps de mettre fin à la vision pharaonique de Jacques Mellick ». L’actuel maire de Béthune se retrouve donc au se- cond tour des municipales face à une liste atypique composée de Verts, de communistes, de centristes et de militants de droite. « Les Béthunois vont s’y retrou- ver », affirme Bernard Seux. Pas si sûr si l’on se fie à cette habitante pour

qui « tout cela est assez flou, au point que je ne sais absolument pas pour qui je vais voter dimanche. Cette liste paraît assez fourre- tout ».

Autre inconnue : le report des voix. Les votes acquis par Olivier Gacquerre, le 9 mars, iront- ils vers Stéphane Saint-André, soutenu notamment par les communistes ? Réponse dimanche pro- chain, à l’issue d’une dernière ligne droite qui s’an- nonce agitée.

« NOUS AVONS EU L’INTELLIGENCE DE NOUS ENTENDRE DANS L’INTÉRÊT DES BÉTHUNOIS »

Bernard Seux (SE), Stéphane Saint-André (DVG) et Olivier Gac- querre (MoDem) :

le front anti-Mellick est au grand complet.

Tous contre un

E n ce moment, je dors très peu », se plaint Olivier Gacquerre, du MoDem. Et pour cause. À Bé- thune, depuis dimanche der- nier et le premier tour des mu- nicipales, les nuits sont courtes

pour les trois opposants à Jacques Mellick. Olivier Gacquerre, Stéphane Saint- André (DVG) et Bernard Seux (SE), se sont en effet alliés pour le second tour du scrutin. Des tractations longues, réalisées dans la plus grande intimité. Ce trio inattendu ne veut rien négliger. Compréhensi- ble, car à eux trois, ils pèsent potentiellement 58,51 % des suffrages. Un score qui peut faire pen- cher la balance de leur côté le soir du 16 mars. « Ça s’est très bien passé, nous nous connaissons bien tous les trois », soutient le candidat divers gauche. Pour eux, la plus grande difficulté a été de trouver une tête de liste. L’accord a finalement été conclu dans la journée de lundi : ce sera Saint-André qui conduira ce melting-pot politique. « J’ai mis ma fierté

Politique

urbaine

Environnement

Social

mis ma fierté Politique urbaine Environnement Social ■ Mise en place d’un programme de rénovation des
mis ma fierté Politique urbaine Environnement Social ■ Mise en place d’un programme de rénovation des

Mise en place d’un programme de rénovation des bâtiments classés. Construction d’une halle aux pro- duits frais. Création de logements. Développement de pistes cyclables. Réfection de la voirie.

Insertion d’une clause environne-

Ouverture en centre-ville d’une

mentale dans les achats publics. Ré- duction de 15 % du tonnage de pa- pier. Réalisation d’un diagnostic carbone pour déterminer les rejets de carbone dus à l’activité de la ville.

maison de retraite. Mise en place d’un comité de pilotage avec les asso- ciations du troisième âge. Création d’une épicerie vendant des produits de première nécessité.

Suppression des projets de construction d’une halle sur la Grand’Place et de création des tours de la rue Saint Pry. Rénovation de la voirie. Abandon des projets remettant en cause le patrimoine.

Fleurir la ville dans son ensemble.

Lutte contre la paupérisation de

Mettre en place le tri sélectif partout dans la ville. Création d’un service d’information unique sur les nou- velles énergies. Généraliser les am- poules basses consommations.

certains quartiers, comme celui de la gare, et contre les marchands de som- meil. Création d’un observatoire du logement insalubre. Construction de logements sociaux.

 

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La Pression de mars

Nom :

Mellick

Prénom :

Jacques Âge : 67 ans Profession :

retraité de

l’industrie

Nom :

Saint-André

Prénom :

Stéphane Âge : 44 ans Profession :

directeur de cabinet à la mairie de Douvrin

Nom : Saint-André Prénom : Stéphane Âge : 44 ans Profession : directeur de cabinet à
F O C U S Un contre tous Quelle première mesure doit prendre votre prochain
F O C U S
Un contre tous
Quelle première
mesure doit
prendre votre
prochain maire ?
Maire de Béthune depuis 1977, Jacques Mellick espère bien débuter dimanche soir un sixième mandat
Maire de Béthune depuis 1977, Jacques
Mellick espère bien débuter dimanche soir
un sixième mandat à la tête de la ville.
MUNICIPALES
MUNICIPALES

2008 : 1 er tour

à la tête de la ville. MUNICIPALES 2008 : 1 e r tour L undi après-midi

L undi après-midi au siège du Parti socialiste

de Béthune, rue Copernic. Les mines sont

Parti socialiste de Béthune, rue Copernic. Les mines sont Prénom : Mélanie Âge : 33 ans

Prénom : Mélanie Âge : 33 ans Profession :

Agent administratif

Pour moi, la priorité du prochain maire devrait être la baisse

des impôts. Ici, à Béthune, ils sont vraiment très élevés, en particulier pour ceux qui habitent dans le centre ville. Dans le climat politique actuel, avec la baisse du pouvoir d'achat, les gens auraient bien besoin d'une baisse des impôts. Si en plus notre argent sert à construire des parkings payants, je ne suis pas sûr que se soit la meilleure solution.

je ne suis pas sûr que se soit la meilleure solution. Prénom : Stéphane Âge :

Prénom : Stéphane Âge : 27 ans Profession :

Ouvrier

Le grand problème à Béthune, c'est que toutes les rues du centre-ville sont payantes. Et j'ai en- tendu dire que de nouvelles rues devraient le devenir. Le prochain maire devra trouver une vraie solution s'il ne veut pas que les gens dé- sertent la ville.Vraiment, j'ai l'impression que les politiques font en sorte de nous dégoûter pour nous forcer à aller ail- leurs. Il faudrait rétablir la gratuité.

à aller ail- leurs. Il faudrait rétablir la gratuité. Prénom : Jacqueline Âge : 42 ans

Prénom : Jacqueline Âge : 42 ans Profession :

Sans emploi

Je pense qu'il y a beaucoup de choses à faire pour cette

figées, les visages tendus et la concentra-

tion de mise. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre : Stéphane Saint-André (DVG), Olivier Gacquerre (MoDem) et Bernard Seux (SE) fusionnent leurs listes pour le second tour des élections municipales. Jacques Mellick (PS), le maire sortant, se retrouve seul contre une “hydre à trois têtes”. Pour autant, pas ques- tion d’adopter un comportement défaitiste. Il faut dire qu’avoir recueilli 41,49 % des suffrages le week-end dernier le rassure. « Au premier tour, je suis arrivé en tête dans 17 des 20 bureaux de vote de la ville. J’ai de quoi être satisfait. Quant à mon score, c’est celui auquel je m’attendais. Il n’y a ni surprise, ni déception », affirme Jacques Mellick, sourire aux lèvres. Simple façade ou réelle convic- tion ? L’ancien secrétaire d'État auprès du ministre de la Défense (1992-1993) préfère rester lucide. « La lutte pour accéder à la mairie de Béthune ne sera pas aisée. J’ai l’habitude de ces unions “tous contre Mellick”. Chaque fois, on veut supprimer ce que je propose. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus agréable, mais bon… » L’homme

semble faire avec, même s’il redoute le vote de dimanche. « Bien sûr, je crains cette liste, confie- t-il. Mais j’ai surtout l’impression d’être opposé à une auberge espagnole avec les communistes, les Verts, les centristes et les gens de droite. » Au premier abord, Jacques Mellick semble être sur la défensive. Il n’en est pourtant rien. Le premier magistrat de la ville assure son auto-promotion auprès des citoyens béthu- nois : projets de construction d’ordre cultu- rel, immobilier et sportif. Il crie sur tous les toits les mesures qu’il prendra s’il est élu, pour convaincre une dernière fois les inscrits avant le second tour. Pour lui, « ce sont Sté- phane Saint-André et Bernard Seux qui ont conduit Béthune au bord de la tutelle financière ». Quant à savoir s’il pourra récupérer des voix supplémentaires, Jacques Mellick se montre optimiste : « Nous pouvons facilement décrocher de nouveaux électeurs. Nous pouvons améliorer nos points faibles territoriaux : les trois bureaux où je ne suis pas arrivé en tête. » Cela sera-t-il suffisant ?

Santé

Sécurité

ville. Le prochain maire devrait rapidement prendre des mesures concernant le prix des loge- ments. Dans le centre de Béthune, les loyers sont aussi chers qu'à Lille, ce n'est pas normal. Avec ma famille, on vient de rentrer de Polynésie, on a beaucoup cherché avant de trouver quelque chose. Et l’on n’a rien trouvé à moins de 760 €.

   

Liste Mellick (PS) : 41,49%

 

Instauration d’un dépistage bucco-dentaire dans les écoles. Créa- tion d’une maison de la prévention et de la santé. Mise en place d’une consultation unique permettant de pratiquer les divers examens de dé- tection du cancer.

Renforcement de la police munici- pale de proximité. Installation d’un système de vidéosurveillance aux abords des établissements scolaires. plan “Préservation et citoyenneté” impliquant les jeunes en difficulté et les familles.

Liste Gacquerre (MoDem) : 23,74% Liste Saint-André (DVG) : 22,35% Liste Seux (DVG) : 12,42%

Mellick au som- met, Seux distancé : l’équili- bre des forces s’est inversé par rapport à 2001.

Mellick au som- met, Seux distancé : l’équili- bre des forces s’est inversé par rapport à
 
   
MUNICIPALES 2001 Liste Seux (PS-PC-DVD) : 49,71% Liste Mellick (DVG) : 49,24% Liste Duez (RPR-UDF)
MUNICIPALES
2001
Liste Seux (PS-PC-DVD) : 49,71%
Liste Mellick (DVG) : 49,24%
Liste Duez (RPR-UDF) : 1,05%

En 2001, Bernard Seux devenait maire de Béthune. Une élection invalidée un an plus tard au profit de Jacques Mellick.

Prénom : Rémi Âge : 27 ans Profession :

Serveur

Accompagnement dans certains secteurs comme celui de l’aide à la personne : maintien à domicile des personnes âgées, ou encore création de structures destinées à la petite en- fance pour mieux accompagner le nourrisson.

Redéfinition du rôle et des tâches de la police municipale. Surveillance à la sortie des écoles et à proximité des parcs de loisirs.

Il faut absolument redynamiser le cen- tre de Béthune, qui perd de plus en plus

de son charme. Le marché qui attirait beaucoup de gens n'existe quasiment plus aujourd'hui. La politique de construction du centre a conduit de nombreuses personnes à par- tir vers d'autres villes comme Saint-Omer ou Lille. Il faut recréer une animation pour redonner envie aux gens de venir faire leurs achats à Béthune.

 

La Pression de mars

 

9

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F O C U S

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Enfin seule !

La mairie de Verquigneul pourra désormais décider seule de son avenir. Photo : l’Avenir de
La mairie de Verquigneul
pourra désormais décider
seule de son avenir.
Photo : l’Avenir de l’Artois

quelle repose les « visions pharaoniques de Mellick ». Ex- plication : Béthune se refait une beauté, se dote de nouveaux parking et finance des projets urbains de hautes ambitions architecturales. Résultats : Verqui- gneul paie les pots cassés. « De 1990 à 2008, les impôts ont augmenté de 140 % », poursuit Henri Boulet qui, devant la gronde des Verquigneulois, ne tardera pas à faire transmettre sondages et pétitions jusque dans les bureaux de Jacques Mellick. « Il nous disait que

c’était lui le maître du jeu, qu’il ne défusionnerait que s’il le voulait bien. »

Les rapports sont tendus entre le maire de Béthune et Henri Boulet. La procédure durera quatre longues an- nées de 2003 à fin décembre

2007. Soit jusqu’à ce que l’électorat verquigneulois boude très largement Mel- lick aux dernières législatives : « Son score a été désas- treux. S’il a perdu, beaucoup disent que c’est à cause de Ver- quigneul. » Sentant le vent tourné, Jacques Mellick passe à la vitesse supérieure et organise un référen- dum. Le verdict est sans appel : Verquigneul vote lar- gement pour son indépendance. Même quelques mois après, Henri Boulet ne cache pas sa fierté : « Di- manche dernier, lors de mon élection, une dame est venue me voir en me disant qu’elle était heureuse de pouvoir mou- rir verquigneuloise. »

Verquigneul fusionnée, Verquigneul oubliée, Verquigneul libérée. Le divorce entre la petite commune et Béthune est enfin consommé. Preuve du désamour qui règne entre la “ville” et les villages environnants.

« N ous n’existions plus juridiquement. Ver- quigneul avait disparu du calendrier des Postes. Même au supermarché,

lorsqu’on me demandait mon code postal, on me disait que c’était mieux d’en donner un autre. » Henri Boulet, maire divers-gauche de Verquigneul depuis di- manche dernier est soulagé. Non seulement, il vient d’être élu pour les premières élections autonomes de- puis 1990, date à laquelle Verquigneul avait fusionné avec Béthune mais surtout, les 1 800 habitants de la petite bourgade sont enfin libres. Tout sauf une anec- dote, cette indépendance vieille d’à peine trois mois révèle le malaise qu’il existe entre Béthune la Grande

et ses petites communes alentours. Après Beuvry il y

a neuf ans, c’est donc au tour de Verquigneul de

prendre son envol.

Or, il ne paraît pas si loin le temps où Jacques Mel- lick, maire de Béthune, décide d’annexer Verqui- gneul. Nous sommes alors en 1990 et les habitants apprennent par la presse que leur village est sur le point d’être fusionné à Bé-

thune. « Le maire de l’époque a dé- cidé cela sans prendre la peine de consulter les Verquigneulois et a ac- cepté la proposition de Mellick », se souvient Henri Boulet, nommé

maire délégué de la commune en 2001 par Mellick. L’idée est simple : « Béthune vou- lait rester ville centre, mais Bruay-la-Buissière ne cessait de voir sa population grandir. Alors Jacques Mellick a négocié avec le maire de l’époque pour fusionner. En gros, c’était une stratégie visant à ce que Béthune garde son rang. Sur le coup, ils ont fait passer ça pour une association. » À l’ar- rivée, les avantages se comptent sur les doigts de la main. Surtout pour Verquigneul. « Seul le tarif de la médiathèque de Béthune était le même pour nous et les Bé- thunois », se rappelle Henri Boulet. Ceci mis à part, Verquigneul devient la béquille financière sur la-

« JUSQUE-LÀ, NOUS N’EXISTIONS PAS JURIDIQUEMENT »

Impôts et grands travaux

« P haraoniques », « ambitieux », « surdimensionnés ». La poli- tique urbaine de Jacques

Mellick ne laisse personne indiffé- rent à Béthune. Son ambition : re- nouveler sa ville, la rendre à nou- veau attractive au risque d’en déconcerter plus d’un. Notamment les habitants du centre-ville qui

voient leurs impôts locaux littérale- ment flamber, plus 5,5 % encore en

2007.

Jacques Mellick s’en défend :

« Lorsque j’ai récupéré la mairie en 2002, Béthune était au bord de la tu- telle. Depuis, tout est revenu à la nor- male. Alors, si tous ces projets existent c’est que nous avons les moyens de les mettre en oeuvre. » Sauf que ce n’est pas un hasard si le sulfureux maire prend soin de référencer tous les fi-

nancements de chacun des projets. Concernant la piscine qui vient d’être complètement remise à neuf, « 48 % des fonds proviennent des sub- ventions accordées par l’Etat et la ré- gion ». Quant au Kinépolis et à la patinoire qui sortiront de terre à proximité de la gare, « il n’y a prati- quement pas d’investissements munici- paux. Ce sont les partenaires privés qui construiront et ensuite, Béthune louera les bâtiments ». Autrement dit, et comme pour devancer toute at- taque, Jacques Mellick prend tou- jours la peine d’expliquer d’où vient l’argent. De toute façon, il en est persuadé : « Le centre-ville de Béthune se doit d’être conforté. » Quitte à pren- dre exemple sur Valenciennes et sur son plan de rénovation urbaine. L’opposition est bien évidemment

contre « sa vision pharaonique » des choses et conteste notamment le projet de construction d’une halle aux produits frais à côté du beffroi de la Grand Place. « Je le sais, cette halle doit être construite en verre et ils pensent que ça va jurer dans le paysage. Mais c’est leur jeu de contester », confesse Jacques Mellick qui sera par ailleurs entouré d’architectes de renom. Dont Francis Soler qui a ré- pondu favorablement à l’appel d’of- fre. Reste tout de même à convain- cre les Béthunois qui n’ont jamais été conviés à donner leur avis sur la question. Dans la rue, beaucoup protestent contre la hausse des im- pôts et nul doute qu’ils en feront l’un des enjeux du deuxième tour de dimanche. Méfiance.

Rapport de Dexia Suite au rapport de la Chambre régio- nale des comptes, plutôt défavorable
Rapport de Dexia
Suite au rapport de la Chambre régio-
nale des comptes, plutôt défavorable au
maire sortant, l’équipe de Jacques Mel-
lick pousse un “ouf” de soulagement.
Désormais, il y aura aussi le rapport de
la banque Dexia. Présentée dans un
tract du candidat socialiste comme
étant « une banque au service de toutes
les collectivités », Dexia aurait, dans un
rapport, félicité la ville de Béthune pour
sa gestion financière.
Trollé fait une facture
au MoDem
Marcel Trollé (UDF-MoDem), candidat
aux élections législatives de juin 2007,
réclame à son parti le remboursement
intégral de ses frais de campagne.
Ceux-ci s’élèvent à près de
19
000 euros. Après avoir envoyé de
nombreuses lettres au siège national du
parti, celui qui avait récolté moins de
5 % des suffrages menace de rendre
compte de cette affaire à la presse na-
tionale. Si rien ne se passe, il sera
obligé de rembourser avec ses fonds
personnels son emprunt, évalué à
12
000 euros. Quant au MoDem, il a
lancé une procédure d’exclusion.
Daniel Boys en colère
L’ancien premier adjoint et conseiller
régional a réagi de manière plutôt viru-
lente à la sortie de la carte scolaire. À
Béthune et Beuvry, trois lycées font les
frais de la baisse démographique.
«
Pour le lycéeYourcenar, la situation est
plus grave que pour les deux autres.
C’est une classe de seconde générale
qui sera supprimée, mettant ainsi en
péril la vocation généraliste du lycée, a
déclaré Daniel Boys. Il y en a assez de
ces coups bas envers un territoire qui a
besoin d’être soutenu plutôt
qu’enfoncé. »
Mellick relance
Saint-André
L’actuel maire de Béthune a envoyé,
mardi 11 mars, un courrier à Stéphane
Saint-André (DVG). Dans cette lettre,
Jacques Mellick demandait à son oppo-
sant de le rappeler avant 16 heures.
L’objectif était, pour lui, de se réconci-
lier avec la gauche avant le second tour
des élections municipales. Un dernier
appel au rassemblement qui symbolise
l’inquiétude du candidat PS, à quelques
jours du second tour. Opposé à une al-
liance Saint-André – Gacquerre – Seux,
Mellick tente de rassembler le maxi-
mum de voix.
Le Ch’ti à l’honneur
Grâce au dernier film de Dany Boon,
«
Bienvenue chez les Ch’tis », le patois
du Pas-de-Calais retrouve toutes ses
lettres de noblesse. Les publicitaires en
font un enjeu touristique et les poli-
tiques un outil de campagne. En effet, à
l’occasion des élections municipales,
Jacques Mellick, maire sortant de Bé-
thune, s’est laissé aller à suivre la ten-
dance. Accroché sur les murs de la sec-
tion socialiste de la rue Copernic, le
tract veut bien dire ce qu’il veut dire :
Si té vote pas dimanche… Viens pas
braire lundi ! ».
«
Photo DR

La Pression de mars

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Jeudi 13 mars 2008

L’ E N Q U Ê T E

L’ E N Q U Ê T E

L’ E N Q U Ê T E
L’ E N Q U Ê T E Une campagne pas très Net Outil de propagande
L’ E N Q U Ê T E Une campagne pas très Net Outil de propagande

Une campagne

pas très Net

Outil de propagande peu régulé, la Toile a été investie par les candidats aux municipales. Avec un succès mitigé.

par les candidats aux municipales. Avec un succès mitigé. Par Madjiasra Nako et Séverine Rouby Docteur,
par les candidats aux municipales. Avec un succès mitigé. Par Madjiasra Nako et Séverine Rouby Docteur,

Par Madjiasra Nako et Séverine Rouby

Docteur, j’ai la “notite”

Depuis le début de l’année, une nouvelle épidémie frappe la France : la notite. Cette pathologie pousse le malade à évaluer tout et n’importe quoi sur inter- net. Si le corps professoral s’est immu- nisé à grand renfort d’amour-propre, la vindicte populaire n’a épargné ni les médecins, ni les maires. On peut juger nos édiles sur le site du Figaro et sur no- temaire.com ou se défouler sur le site de L’Express qui a créé une rubrique “Mon maire est nul”.Voter, juger, évaluer, tout conduit à l’admirable votons.info. Ce dernier est un comparateur de pro- gramme né à l’occasion de la Présiden- tielle et réactivé en février 2008. « Nous avons d’abord proposé aux internautes de noter leurs villes en fonction d’une dizaine de critères, mais nous avons vite remar- qué que les votes pour un candidat plai- saient davantage, explique Jean-Baptiste Casaux, l’un des créateurs du site. L’ap- plication “notation de la ville” est pourtant beaucoup plus visible car elle est en lien sur le site de 20 minutes, malgré cela nous avons enregistré plus de visiteurs sur la page “notation du maire” », poursuit-il. Votons.info, fondé par des étudiants férus de politique, revendique 150 000 visiteurs depuis sa réouverture avec un pic de 21 000 visiteurs dimanche. Un tel succès n’incite-t-il pas les candidats, qui sont invités à rentrer eux-mêmes leur programme sur le site, à truquer les chif- fres en s’auto-évaluant généreusement ? « Ils le font certainement, mais un vote unique n’a pas beaucoup d’incidence », répond Jean-Baptiste Casaux, qui doute que les aspirants à la mairie perdent du temps à essayer de tricher.

S.R.

V ous connaissez Étienne Forest ? Candidat malheureux aux munici- pales de Lille [lire aussi page 16] – il n’a pas franchi la barre des 2 % au premier tour –, ce dissident MoDem avait tout misé sur le buzz internet. Un blog, un site, une web TV et

d’innombrables commentaires sur les posts ou articles concernant la politique lilloise. L’ex-aspirant à la mairie aura appris à ses dépens que l’omniprésence sur le Net ne suffit pas pour mobiliser les électeurs.

« En termes de stratégie, la campagne sur internet est impor- tante, mais rien ne remplace le contact humain. internet s’adresse à un public spécifique », estime Éric Mielke, di- recteur de campagne d’Oli-

vier Henno (MoDem), élu maire dès le premier tour à Saint-André. Pour le respon- sable du site, le positionne- ment internet est surtout

destiné aux jeunes. On cible les réseaux communautaires comme Facebook, avec plus de 500 groupes et profils dédiés aux élections. Propagande classique mais aussi pages plus décalées, par exemple : « Sevran à gauche avec le Parti socialiste pour les municipales de 2008 ! » Il est encore trop tôt pour mesurer l’impact du web dans la campagne mais, dans le doute, tout le monde s’y met. Même les villages de 281 habitants où l’ADSL n’est pas arrivé… Ainsi, à Caucourt, près d’Arras, l’un des prétendants à la mairie, Alfred Reschke, s’est ap- proprié le nom de la commune avec le site www.cau- court.com. Ses efforts auraient-ils payés ? Difficile à savoir, mais il l’a emporté dès le premier tour. Égale- ment, Slimane Tir, candidat écologiste à Roubaix, peut se targuer d’un score supérieur à la moyenne des Verts en national. Son lip-dub (clip de musique où les

candidats se mettent en scène) aurait-il eu un impact ? Un buzz national, une vidéo qui circule… Mais tout n’est pas si simple. Peut-on s’approprier le nom d’une commune ? Faut-il préférer le site ou le blog ? Dans le flou juridique du web, pas facile de s’y retrouver pour les candidats. Christian Vanneste, battu à Tourcoing dès le premier tour, a fermé son blog pour le rempla- cer par un site internet. Il explique en page d’accueil

que « la création de ce site est une obligation légale. Il appa- raît qu’un blog, même dépourvu d’annonces publicitaires comme c’était le cas pour le [sien], est apparenté désormais à une aide gratuite d’une entreprise (en l’occurrence, le ser- veur) ». À ce sujet, le code électoral ne parle pourtant que des blogs hébergés par des sites de média. Le Forum des droits sur l’internet, un organisme consultatif qui s’occupe de

la régulation de la net cam- pagne, stipule qu’il faut « s’abstenir de tout recours à des procédés de publicité commer- ciale » sans plus s’étendre. Il

invite même les modérateurs à faire une relecture a priori des commentaires pour éviter la diffamation. Résultat : les sites de campagne présentent peu d’inté- rêt car ils sont souvent des outils de propagande pure. Rue89 a testé le site de Martine Aubry ; un post élo- gieux et un post critique sont envoyés en même temps :

« Le commentaire positif est publié dans l’heure. Le com- mentaire défavorable ne le sera pas, et fera simplement l’ob- jet d’une réponse par mail dans la soirée. » Pour Stanislas Magniant, cofondateur de Netpoli- tique.net, « pas besoin de déguiser la propagande : le mili- tantisme en ligne est naturel. En quoi est-ce différent du trac- tage sur les marchés, le boîtage, et la pose d’affiches sauvage ? La ligne jaune, c’est lorsque l’on milite sous le man- teau pour “planter” des rumeurs ou des accusations diffa- matoires ».

« FACE À INTERNET, RIEN NE REMPLACE LE CONTACT HUMAIN »

La Pression de mars

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Jeudi 13 mars 2008

P O I N T S D E V U E

P O I N T S

D E

V U E

P O I N T S D E V U E

Le MoDem, premier de la classe

LLIILLLLEE. Selon une récente étude de la Fédération syndicale unitaire, « la majorité des enseignants continuent d’alimenter un électorat de gauche ». Dans la capitale des Flandres pourtant, ils sont nombreux à s’afficher sur la liste du MoDem.

Par Frédéric Coulon

Y -a-t-il un engouement des profs

tion mérite d’être posée au vu de

leur présence sur les listes à Lille : dans l’équipe du candidat MoDem, Jacques Richir, on trouve douze enseignants. La liste de Mar- tine Aubry en compte deux, celle de Sébastien Huyghe, cinq. « François Bayrou a attiré une par- tie de l’électorat enseignant. Certains professeurs se sont sentis proches de son discours », affirme Noëlle Célerier, membre du secrétariat acadé- mique du Snes (Syndicat national des ensei- gnements du second degré) et enseignante d’histoire-géographie à Villeneuve d’Ascq. À la lumière de son affirmation, il faut rappeler que François Bayrou a été professeur de fran- çais puis ministre de l’Education nationale. Et lors de la campagne présidentielle de 2007, il avait rappelé combien il fallait résoudre le pro- blème de l’illettrisme avant l’entrée en collège.

pour François Bayrou ? La ques-

Romain Lapierre, du syndicat SUD-Nord, ne fait pas de distinction entre l’intermède Bay- rou et la période Allègre (PS) au ministère de l’Education. « Dans les deux cas, on avait un sys- tème qui prolétarisait les enseignants. Si l’engage-

ment des professeurs sur les listes peut faire bouger les choses, tant mieux. » Mais sous quelle éti- quette politique s’engager, selon lui ? « Il faut distinguer syndicat et parti. SUD a véritablement éclos en 1998. Le combat

riode mieux appréciée ». Le Snes faisait partie des principaux syndicats régulièrement consultés par François Bayrou, prédécesseur de Claude Allègre. À Etaples, Philippe Fait est onzième sur la liste de Jean-Claude Baheux, candidat sans

étiquette en lice pour le deuxième tour. Il est séduit par le parcours de Jean-Claude Baheux, dont c’est le « deuxième mandat comme adjoint à l’éducation. C’est moti-

vant de travailler dans son sens ». Il se voit dans un rôle de conseiller municipal légèrement détaché

de son statut de pro- fesseur des écoles. « Il est clair que la pédagogie est une affaire de pro- grammes décidés en haut. Mais pour mieux la sou- tenir, l’accompagner, je peux entrer en jeu, notam- ment pour ce qui est de l’agencement et de l’organisation des écoles primaires locales. »

enseignant, pour notre part, est né d’entrée de jeu, dans la contradic- tion frontale avec Claude Allègre, ministre de

ALLÈGRE, BAYROU AUSSI INEFFICACES L’UN QUE L’AUTRE »

«

l’Education nationale de 1997 à 2000. Nos adhé- rents l’ont jugé trop libéral, au point qu’on craignait une marchandisation des moyens. Il n’a pas consulté les parties concernées. » L’homme du centre, Bayrou, « n’a pas été plus efficace », note- t-il, alors que Noëlle Célerier parle d’une « pé-

Pour chaque enseigne, un enjeu différent Voix à vendre I ls sont pharmaciens, boulangers ou
Pour
chaque
enseigne,
un enjeu
différent
Voix
à vendre
I ls sont pharmaciens, boulangers ou coif-
feurs. Tous commerçants dans la rue Es-
quermoise dans le Vieux Lille : un vieux
cliché voudrait qu’ils votent à droite, mais
leurs voix sont en réalité dispersées, selon
les intérêts de leur propre boutique, selon
des critères bien locaux. « La rue est anti-com-
merciale, on ne peut pas stationner, et elle est
sale
sauf bien sûr la semaine qui précède les
LLIILLLLEE
Le vote des commerçants
est dispersé : ils ont du mal à trouver
le candidat qui défendra
leurs intérêts locaux.
Par Caroline Bozec
élections », vitupère Gladys, 58 ans, qui tra-
vaille dans une boutique d’art de la table et
décoration.
Pour elle, la politique de la ville menée par
Martine Aubry en est responsable. « Elle
n’a pas mis les crédits là où il fallait. Elle a re-
fait les façades, arrangé une jolie ville, tout ça
au détriment de la vie de tous les jours. Le Vieux
Lille est en train de mourir. » Lilloise depuis
toujours, la salariée a vu la ville évoluer
sous les maires successifs, et regrette que
rien ne soit fait pour les jeunes et les petits
commerces, écrasés par les enseignes
chères.Tous n’ont pas, bien sûr, les mêmes
intérêts et ambitions. Marie, pharma-
cienne, réclamerait bien à la prochaine mu-
nicipalité que la rue devienne piétonne,
pour épargner aux clients les voitures qui
roulent à toute berzingue et les trottoirs
étroits. Philippe, vendeur dans une bou-
tique de prêt-à-porter masculin, est à l’in-
verse soucieux que la rue ne devienne « sur-
tout pas piétonne, pour que l’accès de la péri-
phérie au centre, déjà quasi nul, ne disparaisse
pas. Mais nous, les commerçants, n’envoyons
sûrement pas le même son de cloche aux candi-
dats », reconnaît-il avec un sourire. D’au-
tres questions en revanche font l’unani-
mité : les programmes de campagne
devraient inclure un parking gratuit dans
le Vieux Lille pour attirer le chaland, et
surtout plus de propreté.
L’ennui réside là : aucun programme n’a
suffisamment mis l’accent sur le commerce
pour s’attirer unanimement les voix de la
profession. « Tout sauf Martine Aubry (et le
FN) » pour Gladys ; « plutôt à gauche » pour
la boulangère Gwendoline ; quant à Marie-
Françoise, épicière, elle n’en a « pas la moin-
dre idée ».
Ses journées commencent tôt, finissent tard,
ne lui laissent guère d’énergie pour éplucher
les programmes politiques. On les sent scep-
tiques et inquiets pour leur avenir, quel que
soit le candidat vainqueur. Comme Phi-
lippe, dans le magasin de vêtements : « Mar-
tine est maquée avec les Verts qui sont complète-
ment passéistes, Huyghe n’est pas mieux malgré
son discours sur le commerce à Lille. En fait, tous
ces politiciens, ils sont carrément décalés : ils par-
lent de pouvoir d’achat, mais ne comprennent
rien au commerce. L’une ou l’autre liste, c’est
bonnet blanc et blanc bonnet. »
Photo : CB

La Pression de mars

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Jeudi 13 mars 2008

P O R T R A I T

P O R T R A I T

P O R T R A I T

Recette de terroir et gourmandise politique

BAPAUME. Dimanche, Jean-Paul Delevoye a été réélu avec 68 % des voix. La petite ville du Pas-de-Calais conserve ainsi à la tête de sa mairie le médiateur de la République.

Par Imanol Corcostegui

Jean-Paul Delevoye assure que ce sera son dernier mandat Photo : DR
Jean-Paul Delevoye assure que ce sera
son dernier
mandat
Photo : DR

P our un homme poli- tique, il s’agit juste d’avoir la tête de

l’emploi. D’incarner le profil

qui rentre dans la case vide, au risque de passer pour sa propre caricature. Juppé et ses Jup- pettes, Sarkozy et ses Rama et Fadela. En 2002, à l’heure de « la France d’en bas » et de la décentralisation, le Premier mi- nistre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, voulait une « caution terroir ». Et c’est Jean-Paul Delevoye,

grand gabarit aux traits rugueux, qui fut choisi et installé

au ministère de la Fonction publique. « C’est vrai qu’on m’a présenté comme le joker du terroir à l’époque. Au-delà de la formule, ça prouve que j’ai su rester proche du terrain. Cela récompense mon pragmatisme, c’est important pour moi qui n’ai jamais fait de hautes études. » Pourquoi lui plu- tôt qu’un autre ? D’abord parce que son CV correspondait aux critères recherchés. Négociant en grains, sénateur-maire de Bapaume dans le Pas-de- Calais, président de l’Associa- tion des maires de France… Sans doute aussi le label « homme de réseaux » a-t-il joué en sa faveur. Régulièrement cité

comme membre de la franc- maçonnerie, Delevoye a été re- péré par Chirac il y a vingt ans. Vingt-quatre mois au ministère et puis s’en va. Comme sou- vent, passé l’effet d’annonce, les gueules de l’emploi repar- tent aussi vite qu’elles sont ar- rivées. Lui a su conserver sa place un certain temps. Puis, il s’en est allé retrouver la mai- rie de Bapaume, sa ville natale. « Lorsque le Président m’a de- mandé de partir, je ne me suis pas plaint. J’ai toujours respecté la

blé. Maire, « un rôle épanouissant de père de famille ». Ministre, « la

possibilité extraordinaire d’évaluer ses compétences ». Médiateur, « le moyen de bouger tant de choses ». Et le cumul des mandats dans tout ça ? Celui qui fut président du groupe des sénateurs- maires répond : « Et les maires qui ont un travail qui leur prend du temps, ce n’est pas un pro- blème ? » Lui se revendique dé- voreur d’expériences et de dos- siers, plus qu’assoiffé par le pouvoir. Pendant la campagne municipale, c’est bien là-

dessus que la tête de liste

d’opposition Éric Remy a attaqué le maire sor- tant. Son statut de mé- diateur de la République l’empêcherait d’assumer sa fonction de maire. Des critiques qui n’ont permis à la liste divers gauche que de remporter 31 % des suffrages. Et qu’Éric Remy préfère au- jourd’hui ne plus formuler. « Je préfère rester neutre. Jean-Paul De- levoye est un homme trop impor- tant. » Le géant politique de Ba- paume a promis que ce serait son dernier mandat. « La poli- tique n’est pas tout pour moi. Elle m’a enrichi, mais il sera bientôt l’heure de faire d’autres choix de vie. » Il se reprend ensuite : « À moins qu’une opportunité intéres- sante ne se présente. »

CERTAINS MAIRES ONT UN TRAVAIL QUI LEUR

PREND DU TEMPS

règle du jeu. » Le retour aux sources a sans doute été moins difficile pour lui que pour d’au- tres. D’autant qu’en plus du mandat local, Chirac lui offrait le poste de médiateur de la Ré- publique. De toute façon, même ministre, l’homme n’avait de goût que pour le ter- rain et les échanges avec les ac- teurs locaux. Son meilleur sou- venir en tant que ministre :

l’échec de la liquidation judi- ciaire de Metaleurop. Dans sa région. À l’écouter, tous ses mandats politiques l’ont com-

PARIS. Le médiateur nouveau est arrivé

L orsque Delevoye devient médiateur de la République en 2004, sa nomination a tout de la mise au placard. La fonction n’a en effet pas grand-chose d’enthousiasmant. Jean-Paul Delevoye décide

alors de la transformer. Autrefois, la mandature se contentait de régler à l’amiable entre les citoyens et les organismes de service public. Au- jourd’hui, elle se mêle aux réformes du gouvernement. Résultat : en 2004, le nombre de réclamations qui lui sont adressées a augmenté de 9,5 % et en 2005 de 12 %. Un dépoussiérage en forme de coup de Kärcher®. Et un joli coup de projecteur pour la fonction. « Pour moi, la politique a toujours été l’adhésion à une cause. Aujourd’hui, je fais de la politique en me battant pour une cause juste. Le confort mène à la mort. L’inconfort mène à la vie. » N’empêche qu’au

départ, le maire de Bapaume jetait lui aussi sur cette fonction un regard circonspect. « Lorsque le président m’a confié cette tâche, je ne savais même pas en quoi consistait cette fonction. J’ai tout de même accepté la mission qui m’était confiée. » Lecture attentive des textes de loi, séminaires avec les anciens média- teurs…Delevoye finit par comprendre la marge de manœuvre dont il dispose. « Je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’une autorité avec énormé- ment de pouvoir, un moyen concret et efficace de corriger les injustices. En bref, une fonction qui correspond à la société moderne. » Satisfait de sa fonction, l’ancien ministre de la Fonction publique devra cependant la lâcher en 2010, fin de mandat oblige.

I.C.

Retrouvez l’actualité des élections municipales dans la région sur le site chroniquesdemars.blogspot.com

Retrouvez l’actualité des élections municipales dans la région sur le site chroniquesdemars.blogspot.com

La Pression de mars

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Jeudi 13 mars 2008

E t a i l l e u r s

E t

a i l l e u r s

E t a i l l e u r s
Une seule stratégie pour le Premier ministre : faire gagner les ministres candidats. Photo :
Une seule stratégie pour le Premier
ministre : faire gagner les ministres
candidats.
Photo : DR

Tentative de diversion

Par Jean Décotte

FRANCE. Entre les deux tours, l’UMP a revu sa stratégie :

miser sur l’élection des ministres-candidats et quelques coups d’éclat pour atténuer la victoire annoncée de la gauche.

À droite, changement de cap. L’exécutif avait promis de ne pas “nationaliser” ces échéances locales. Mais depuis di- manche soir, le Premier ministre Fran- çois Fillon ne cesse de descendre dans l’arène, de monter au créneau, bref… de chercher à concilier les élections d’en bas avec les enjeux d’en haut. La nouvelle stratégie est simple : faire élire les ministres candidats. Et occul- ter, par ces coups d’éclat, un possible recul dans les urnes dimanche.

« Avec le second tour, c’est une nouvelle élection qui com- mence », déclarait-il mardi soir, s’affichant à Longjumeau aux

côtés de sa secrétaire d’État à l’Écologie, Nathalie Kosciusko- Morizet. Dans cette ville de l’Essonne, la candidate a de bonnes chances de l’emporter :

une triangulaire l’opposera à deux listes de gauche. La victoire serait du meilleur effet, renforçant le bilan positif des ministres-candidats. Sur 24 d’entre eux, 13 ont été élus dès le premier tour. Certains ont même ravi des fiefs de gauche, tel Luc Châtel à Chaumont ou Laurent Wauquiez au Puy-en-Velay. « Treize ministres élus dès le premier tour, ça n’est pas une défaite », se défendait mardi le chef du gouvernement, lui-même reconduit au conseil municipal de Solesmes (Sarthe). Pour sa seule sortie publique de l’entre-deux tours, mardi à Toulon, Nicolas Sarkozy a décerné un satisfecit à ses ministres élus ou réélus : « C’est pour eux la reconnaissance de leur talent et de leur compétence. C’est pour le gouvernement

tout entier un encouragement. » L’accent est mis, le projec- teur braqué. L’élection des ministres encore en lice sera l’un des baromètres du second tour. Mobilisation générale : mardi, le président a renouvelé sa « confiance » à Christian Estrosi, ministre de l’Outre- Mer et engagé dans une triangulaire à Nice contre le PS et le maire sortant divers droites Jacques Peyrat. Le Pre- mier ministre est aujourd’hui à Périgueux avec Alain Juppé pour soutenir son ministre de l’Éducation Xavier Darcos, devancé d’une cinquantaine de voix au premier tour par son rival socialiste. De son côté, la gauche flaire le danger. Ségolène Royal

a suivi les traces de Fillon, se rendant à son tour dès hier matin à Longjumeau pour ap- puyer le candidat PS Jean-Claude

Marquez. Mardi soir, François Hollande était à Mulhouse pour soutenir Pierre Freyburger contre le maire sortant Jean-Marie Bockel, ex-PS devenu secrétaire d’État à la Coopération du

gouvernement Fillon. François Hollande et Ségolène Royal sont aussi passés tour à tour par Colombes, où la secrétaire d’État aux Droits de l’Homme, Rama Yade, brigue un siège au conseil municipal. Un marquage à la culotte, en somme, afin de désamorcer tout contre-feu à une possi- ble déculottée. Conserver Marseille (dévoilée lundi, la lettre de Nicolas Sarkozy à Jean-Claude Gaudin visait à y contribuer), faire un “grand chelem” ministériel et quelques belles prises à la gauche, comme Angers, adouciraient un se- cond tour que Patrick Devedjian, président de l’UMP, prédit « difficile ». C’est tout l’art de la diversion.

« C’EST UNE NOUVELLE ÉLECTION QUI COMMENCE »

FRANÇOIS FILLON

Fromantin assigne Teullé

Neuilly-sur-Seine. Le candidat sou- tenu par l’UMP Jean-Christophe Fro- mantin a annoncé hier qu’il comptait assigner son adversaire Arnaud Teullé, dissident du parti présidentiel, pour diffamation et injure. Arrivé devant ce dernier dimanche avec 47,89 % des voix contre 32,12 %, Jean-Christophe Fromantin a évoqué des « rumeurs or- ganisées, des chaînes de mails et des chaînes d’appel téléphonique » le déni- grant. Il a également dénoncé des commentaires non modérés sur le blog de son adversaire qualifiant sa possi- ble élection de « retour de la peste brune ».

Collomb défend Guérini

Marseille. Réélu dès le premier tour dimanche, le maire socialiste de Lyon Gérard Collomb doit se déplacer au- jourd’hui dans les Bouches-du-Rhône

pour soutenir le candidat PS à la mai- rie de Marseille, Jean-Noël Guérini.

« Cette visite amicale » répond à « la

volonté des deux hommes de dévelop- per un fort partenariat entre Lyon et Marseille », précise un communiqué de l’état-major de campagne du candidat marseillais. Pour le faire aboutir, il fau- dra battre le maire sortant, l’UMP Jean- Claude Gaudin.

Recalé pour dix-neuf minutes de retard

Vézélise (Meurthe-et-Moselle). Le conseiller général sortant du canton

de Vézélise Jean-Jacques Henry (UMP)

a déposé sa candidature dix-neuf mi-

nutes trop tard en préfecture mardi et

a été exclu de l’élection cantonale « à

cause d’une erreur personnelle », a-t-il expliqué. Le candidat a invoqué des

« feux rouges à l’entrée de Nancy »

pour justifier un retard de, selon lui,

« deux minutes après 16 h » en préfec-

ture. Appelant à « un peu de souplesse » de la part des services de l’État, le conseiller général a été dé- claré battu dès mardi par son adver- saire Gauthier Brunner (SE) alors qu’il était bien placé pour être réélu.

… exclu par « distraction »

Les Sables d’Olonne. La gauche sera absente du second tour des munici- pales aux Sables d’Olonne, sa liste n’ayant pas été déposée à temps à la

préfecture de Vendée à la suite d’une

« distraction ». Le responsable chargé

de déposer la liste mardi avant 18 h à la préfecture « a été pris par autre chose et a laissé passer l’heure », a ex- pliqué l’une de ses colistières. Le maire UMP sortant Louis Guédon, qui avait obtenu plus de 47 % des suf- frages au premier tour, était quasiment assuré de sa réélection. Les membres de la liste ont présenté « leurs excuses aux électeurs sablais » et ont appelé à voter blanc au second tour.

Juppé souhaite la victoire de Bayrou

Pau. Réélu dimanche au premier tour, le maire de Bordeaux Alain Juppé a

souhaité mercredi « le succès » du pré- sident du MoDem François Bayrou aux municipales à Pau, se disant

« convaincu » qu’ils pourraient tous

deux faire du « très bon travail » pour la région Aquitaine. « Si j’étais électeur à Pau, je voterais pour lui, d’abord parce que j’apprécie ses qualités humaines même si nous avons eu parfois des di- vergences », a déclaré l’ancien Premier ministre. François Bayrou affrontera au second tour les listes de Martine Li- gnières-Cassou (PS), arrivée en pre- mière position dimanche dernier, et celles du maire sortant Yves Urieta (ex-PS), soutenu par l’UMP.

La Pression de mars

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P O R T R A I T

P O R T R A I T

P O R T R A I T

Le dernier témoin

P O R T R A I T Le dernier témoin Ils sont à Hanoï «

Ils sont à Hanoï

« C’ était ma manière de dire merci. » Quand Lazare Ponticelli s’engage en

1914, il prend les armes pour défendre son pays d’adoption, la France. Le jeune homme est en- core italien et doit mentir sur son âge. Il n’a alors que 16 ans. Lazare Ponticelli est arrivé à Paris il y a plus de cent ans. Le gamin débarque seul en gare de Lyon, pour rejoindre sa famille. Direc- tion Nogent-sur-Marne, le quartier des “Ri- tals ”. À 15 ans, il crée une entreprise de ramo- nage, et commence les chantiers l’année où la

MÉMOIRE. Lazare Ponticelli, l’ultime Poilu français, est décédé hier à 110 ans. Il se voulait discret, mais recevra les honneurs de sa patrie d’adoption.

Par Alexandra Nawawi

Première Guerre mondiale éclate. « Je me suis alors porté volontaire en me pré-

sentant à la caserne du Boulevard Richard- Lenoir où on m’a incorporé dans le Pre- mier régiment étranger. » Suivent ensuite les tranchées de l’Argonne, les balles qui fusent, les camarades qui tombent, les munitions qui manquent. Avec toujours une question en tête : Pour- quoi ? « Je n’ai jamais su pourquoi on se battait. On avait des gens devant nous qu’on ne connaissait pas. Eux ne nous connaissaient pas non plus. » En 1915, Lazare Ponticelli est mobi- lisé dans les forces armées italiennes et doit quitter Ver-

« JE N’AI JAMAIS SU POURQUOI ON SE BATTAIT »

souhaitais retourner en France. » Ce fut chose faite. En quittant ses frères d’armes, il retrouve ses deux frères, de sang. Ils fondent ensemble à Paris une entreprise de construction, Ponticelli frères, qui devient une petite multinationale. En 1939, quand la Seconde Guerre mondiale éclate, il demande et obtient la nationalité fran- çaise. Mais, jug