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A n d r é

H é n a u l t
A r t
Il y a longtemps que je t'aime, jamais je ne t'oublierai

A c t u e l
acrylique sur toile, 1998, 122 x 183 cm (48 x 72”)
Dans son acception courante, le hasard est assigné comme cause aux cir-
constances fortuites, imprévues. Il s'oppose ainsi au déterminisme selon
lequel tout événement procède de causes produisant implacablement
leurs effets. Cette antinomie aura longtemps desservi les chercheurs de
tout acabit qui, dorénavant, admettent et intègrent le hasard à la théorie
scientifique. Grâce au principe d'incertitude de Werner Heisenberg (qui
stipule qu'il est impossible de déterminer simultanément la position
exacte d'une particule dans un moment précis), les notions de temps et
d'espace doivent être reconsidérées de façon fondamentale.

techniques mixtes sur papier, 1998, 56 x 76 cm (22” x 30”)


L’heure bleue

In its everyday sense of random change, chance is considered the cause of


lucky or unforeseen circumstances. It is thus the opposite of determinism, in
which events flow from causes that inexorably bring about known effects.
For quite some time, this antinomy did a disservice to researchers of all call-
ings, who now nevertheless accept and integrate chance into scientific the-
ory. Thanks to Werner Heisenberg's principle of uncertainty (which states
that it is impossible to determine simultaneously the exact temporal and
spatial positions of a particle), notions of time and space are undergoing
thorough re-evaluation.
" …je ne fais pas le monde, il est déjà fait. Je le audaces, embrassera tous ses discours, exploitera
décompose en pièces détachées. " toutes ses charges émotives. Un orchestre constitué
Juste avant le hasard. Au moment de ravissement, de lignes et de contours, de fonds et de formes,
d'équilibre. À la naissance des émotions. d'ombres et de lumières, de textures et d'empâte-
L'éphémère capturé, savouré pleinement, longue- ments, de saturations et de dépouillements. La con-
ment. Avant l'arrivée des alibis, des équations, des tribution de chacun module cette énergie magique
lois, des définitions. C'est avant la nécessité. Avant créée par l'harmonie. Sans perte d'intégrité, la syn-
le début. La pureté, la naissance de la lumière. C'est thèse de cet art libéré des codes livre un concert où
la liberté. Libre de la causalité, de la finalité. C'est la la couleur s'offre dans toute sa magnitude émotive
vie tout juste. La piste. S'attarder sur ce qui précède et sensuelle.
le hasard, c'est embrasser la démesure et c'est libér-
er l'énergie lumineuse de l'incertitude. Se rendre au " La ligne, les formes arrivent en deuxième
seuil du hasard, c'est effleurer le sursaut créateur et plan… "
frissonner à la sensation du présent affranchi. Rien La toile s'offre au peintre tel un espace où l'exis-
n'aura toujours existé et n'existera toujours. tence se manifestera par l'emploi harmonieux de
Remonter à la source des associations originelles tous les moyens picturaux. Il aura d'abord le souci
qui ont modelé nos univers permet une quête per- du fond, lieu de départ, horizon du premier mystère.
pétuelle des innombrables métamorphoses de la Puis, dans l'univers chromatique de l'artiste, la ligne
vie. Pimparé fonde son discours autour de cette projettera les formes dans une danse radieuse et
accumulation, chaque trait se superpose comme ondoyante où virevoltent l'espace et le temps.
autant de vagues qui citent la précédente. Comme Comme dans l'univers cosmique, les champs de
pour l'évolution de tout ce qui nous entoure, l'œu- forces se définissent autour de la gravitation, du
vre qui en résulte conserve en elle et exprime la magnétisme et des interactions. Les corps devien-
mémoire de toutes les autres. nent des lignes, des formes qui tirent profit de la
couleur comme source d'énergie. Elles s'élèvent, se
déploient, s'effleurent, s'unissent, s'accouplent, s'a-
1- En ce nouveau millénaire je n’y

massent. L'artiste observe les réactions qu'elles


provoquent, l'émotion qu'elles éveillent, le geste
verrais que du bleu, 1998

qu'elles suscitent. Elles dévoilent un discours artic-


ulé autour de la couleur qui s'épanouit enfin dans
cette explosion de mouvements et de lumière. Un
flottement de couleur dans un espace de couleur.
Chez Pimparé, l'espace pictural demeure entier ; il le
construit, le déconstruit, le reconstruit tout à la fois.
" J'explore mon propre territoire, c'est ma Une composition qui s'organise autour de la multi-
manière à moi de percevoir l'invisible que j'ex- plicité et de l'assemblage des volumes, des mouve-
prime en couleur. " ments dynamisés par la répétition et la superposi-
Complice de la lumière et inspiré d'abord par des tion des formes. Il élabore un concert chromatique
émotions intimes qu'il traduit par couches super- qui permet à chacun des éléments de la picturalité
posées, Pimparé fusionne l'énergie des sentiments à de s'épanouir pleinement, tantôt pour son propre
celle de la couleur. Saisir le moment précis qui profit, tantôt pour favoriser l'essor de l'autre. Et sans
précède le hasard devient une quête de l'essence de jamais se nier entre eux. Bidimensionnalité et tridi-
l'être, sa nature profonde dont nous ne percevons mensionnalité, superposition et tissage, hiérarchie
que les formes et qui ne révèle que les rapports des formes et champ de gravité, illusion de pro-
qu'elles nourrissent entre elles. C'est ainsi que dans fondeur et exploration des vides, ligne contour et
les œuvres du peintre, c'est la couleur qui est ombre portée, linéarité verticale et horizontale…
génératrice exclusive et ultime des lignes et des jusqu'à une sorte d'interrelation qui provoque des
formes. Riche et puissante, l'alliée de l'ombre et de
2- Le lézard était vert-bleu, 1998

la lumière compose un univers dynamique où se


conjuguent l'harmonie au chaos, la stabilité à la
mouvance. Le peintre structure une organisation
spatiale et organique basée sur la puissance de
l'imagination. Davantage émanation qu'action, sa
peinture emprunte les sillons du langage de la
couleur pour s'épanouir totalement en élans de
mouvement et de lumière où les formes et les fonds
participent au même mystère. La volonté métic- rythmes, des mouvements. Ces superpositions des
uleuse d'équilibre senti dans la combinaison des couches qui se renvoient les discours picturaux con-
forces ne se satisfait que des œuvres d'où émane fondent l'espace immatériel représenté avec la
cette sensation de plénitude. Ainsi chacun des matérialité du tableau en leur permettant de coexis-
événements picturaux se permettra toutes les ter sans s'occulter.
" …jusqu'au point final de l'œuvre peinte, là où d'une enfant ; à partager un espoir, un amour, un
le titre apparaît. " rêve. Plus que de révéler une présence cachée qui se
Tel le point d'exclamation servant à marquer la fin profile au hasard du parcours de l'œil, le titre vient
d'une phrase, le titre vient relever chacune des attiser les rapports étroits et mystérieux que nour-
expressions de sentiments, de sensations, d'idées. Il rissent entre eux la perception, la pensée et le lan-
indique également que chaque œuvre est entière et gage. La lecture du titre entraînera chez le specta-
autonome. Bien sûr, le titre n'est pas sans con- teur des perceptions subjectives et intimes de sen-
séquence. Il ajoute à la matérialité visuelle et tactile sations et d'émotions supplémentaires par
une dimension référentielle qui déborde de la pic- synesthésie. Cette fonction phatique* du titre
turalité pure. Bien que très poétiques, les titres de encourage le caractère individuel de l'expérience
Pimparé évoque une réalité et peuvent susciter des picturale en se glissant dans la mémoire person-
pistes figuratives. On se surprendra alors à dénicher nelle de chacun. Plutôt que de définir, il cherche
ici un cocu, là un lézard ; à assister à un mariage ou d'autres qualificatifs. Puisant dans les perceptions
à un coucher de soleil ; à s'infiltrer dans l'intimité simultanées, l'artiste affiche ses couleurs.
* fonction du langage lorsqu’il est dépourvu d’information
d'un après-midi passé en compagnie d'une tante ou

Il s'agit définitivement d'un projet chromatique déclencheur d'émotions chez le


spectateur pour qui la couleur agira comme une manifestation sensuelle, un
témoignage émotif. Le principe d'incertitude permet justement de croire en cette
liberté, en ce moment magique et vaporeux juste avant le hasard.
Michel Turcotte, auteur et consultant
3- Le zèbre bleu aux bleuets, 1998

4- Noir d’un soir noir, 1997

coussins verticolores, 1998


5- Ma tante distribuait des
". . . I do not make the world, it is already made. I work that emerges also retains and expresses the
break it down into its component parts." memory of all other works.
Just before chance prevails. At the point of being
swept away, of being in equilibrium. Where the emo- "I explore my own territory. That is my way of per-
tions come into being. The ephemeral captured, fully ceiving the invisible that I then express in colour."
and patiently savoured. Before the appearance of ali- Conspiring with light, taking his initial inspiration
bis, equations, laws, definitions. Before those are from private emotions that he expresses in superim-
needed. Before they begin. Purity, the birth of light. posed layers, Pimparé fuses the energies of feeling and
Freedom. Freedom from causality, from finality. Simply colour. Seizing the precise moment that precedes ran-
life itself. The path. dom change becomes a quest for the essence of being,
To linger over what comes before random change is to for its innermost nature. We perceive only their forms,
embrace the incommensurable, to release the lumi- and it reveals only the relationships that they foster
nous energy of uncertainty. To move forward to the among themselves. Thus, in Pimparé's work colour is
threshold of random change is to touch upon a burst the exclusive and ultimate origin of line and form. Rich
of creativity and to shiver at the sensation of the pres- and powerful, this ally of shadow and light forges a
ent unleashed. dynamic universe where harmony plays off chaos, sta-
Nothing can be said to have always existed; nothing bility off transience.
will exist forever. To go back to the source of the very Pimparé undergirds spatial and organic organization
first associations that for us have shaped the universe with the power of his imagination. An outflowing more
permits perpetual pursuit of the innumerable meta- than an action, his painting follows the furrows of the
morphoses that life offers. Pimparé bases his narrative language of colour to evolve fully into surges of move-
around this build-up, each stroke superimposing itself ment and light where form and background partici-
on another, like so many waves building on the ones pate in the same mystery. The painstaking intention to
before. As with the fluidity of everything about us, the establish balance, pulsing through this complex of
forces, comes to fruition only in works from which this itself or others. Bi-dimensionality and tri-dimensional-
sensation of wholeness emanates. Thus, each pictorial ity, superimposing and weaving together, hierarchies
event will tolerate boldness of every kind, embrace of shapes and fields of gravity, illusions of depth and
every idea, make use of every emotional charge. An explorations of emptiness, line, outline, and cast shad-
ensemble made up of line and contour, of background ows, vertical and horizontal linearity... to the point of
and form, of shadow and light, of texture and thick- creating a kind of interrelationship that brings forth
ness, of saturation and spareness. The contribution of rhythm, movement. The layers, one atop the other,
each modulates this bewitching energy that radiates contesting the visual among themselves, mingle the
from their harmonious union. Without losing integrity, depiction of immaterial space with the materiality of
the synthesis of this art freed of rules yields a concert the painting by allowing them to co-exist without
where colour offers itself up in all its emotional and overshadowing each other.
sensuous grandeur.

7- L’homme au ruban vert, 1998


"Line and shape come second..."
A canvas presents itself to the painter as a space where
existence may express itself through harmonious use
of the painter's repertoire. He will first concern himself
with the background - that point of departure, that
panorama of the prime mystery. Then, in the chroma-
tic universe of the artist, lines will project form into a
radiant and undulating dance where space and time
pirouette. As in the cosmic universe, force fields arise "...up to the final stage of the painted work, where
around attraction, magnetism, and interaction. Bodies the title appears."
become lines, shapes that exploit colour as a source of Like the exclamation mark coming at the end of a sen-
energy. They rise, spread out, brush against each tence, the title serves to highlight each expression of
other, come together, join, cover each other. The artist feeling, sensation, thought. It also indicates that each
observes the reactions they provoke, the emotions work is whole and independent. Of course, titles are
they awaken, the deeds they give rise to. They reveal not without incidental effect. They add a symbolic
ideas about colour, ideas that at last come into their dimension to visual and tactile substance that goes
own in this explosion of movement and light. A flutter- beyond pure portrayal.
ing of colour in a space of colour. Although very poetic, Pimparé's titles evoke a reality
In Pimparé's work, pictorial space remains whole; he and may suggest ways of representing it. And so one
constructs it, deconstructs it, reconstructs it, all at catches oneself flushing out a cuckold here, a lizard
there; witnessing a marriage or a sunset; slipping into
vous va à ravir, madame, 1998

the intimacy of an afternoon spent in the company of


6- Le beau rouge de votre robe

an aunt or a child; sharing a hope, a love affair, a


dream. More than disclosing a hidden presence that
emerges by chance as the eye moves across the can-
vas, the title acts to stir up the close and mysterious
relationships that perception, thought, and language
foster among each other. Reading the title will pro-
duce in the viewer by synesthesia subjective and very
once. His compositions organize themselves around personal perceptions of yet other feelings and emo-
the abundance and the clustering of three-dimension- tions. This phatic* function of titles encourages visual
al volumes and movement energized by the repetition experiences specific to the individual that draw on per-
and the superimposing of shapes. He assembles a sonal memory. Rather than settling for a definition,
chromatic concert that lets each element of the picture the viewer seeks other terms. Drawing on simultane-
open up completely, here for its own benefit, there to ous perceptions, the artist shows his colours.
abet the expansion of another part. And never denying * said of language that is formulistic and devoid of information

Very clearly, here the intent is for colour to trigger emotion in viewers for whom it might act as a
sensuous revelation, an emotional expression. As luck would have it, the principle of uncertainty
allows belief in this freedom, in this magic and hazy moment just before chance prevails.
Michel Turcotte, author and consultant
(version anglaise de/English translation by Robert Sullivan)

1 à 7 : techniques mixtes sur papier - mixed media on paper, 56 x 76 cm (22” x 30”)


Né en 1951 à Saint-François de
Laval, Michel Pimparé est
peintre autodidacte, membre
professionnel du regroupe-

Iil peut vivre avec elle mais il peut aussi vivre sans elle
acrylique sur toile, 1999, 122 x 183 cm (48” x 72”)
ment des artistes en arts
visuels du Québec (RAAV ). Ses
œuvres sur toile et sur papier
font partie de plusieurs collec-
tions privées et publiques,
comme celles du Musée de
Sherbrooke, du Musée de
l'Oratoire Saint-Joseph et du
Musée du Bas Saint-Laurent. En
1997, il a été boursier du
Ministère de la Culture et des
Communications du Québec.

Expositions solo / Solo Shows

1997 "Migration", Musée du Bas Saint-Laurent, Rivière-du-Loup


1997 Galerie Le Goéland, Rivière-du-Loup, Québec
1996 "Migration", Biodôme de Montréal, Montréal, Québec
1995 Galerie 1040, Montréal, Québec
1994 Galerie 1040, Montréal, Québec
1984 Galerie l'Imagier, Aylmer, Québec
Born in St. François de Laval,
1980 Centre d'Art Mont-Royal, Montréal, Québec
Québec, in 1951, Michel Pimparé is
1980 Galerie Le Geul'Art, Montréal, Québec
a self-taught painter. He holds pro-
1978 Galerie Denis Archambault, Lavaltrie, Québec
fessional membership in the Group
of Artists in the Visual Arts of Québec
Expositions de groupe / Group Shows
(RAAV). His works on both canvas
and paper figure in a number of pri-
1996 McMichael Canadian Art Centre, Kleinburg, Ontario
vate and public collections, includ-
1996 "Célébrer la vie", Galerie 55 Prince, Montréal
ing the Sherbrooke Museum, the St.
1993 Galerie 1040, Montréal, Québec
Joseph Oratory Museum in Montréal,
1993 Musée de Charlebois, Pointe-au-Pic, Québec
and the Lower St. Lawrence Museum.
1993 Maison de la Culture du Plateau Mont-Royal, Montréal
In 1997 he was also awarded a grant
1992 Musée de Lachine, Lachine, Québec
from of the Ministry of Culture and
1992 Maison de la Culture Frontenac, Montréal, Québec
Communications of the Government
1992 Galerie Fra Angelico, Montréal, Québec
of Québec.
1990 Galerie l'Imprévu, Montréal, Québec

A c t u e l
1985-93 Expositions annuelles avec Le Groupe, collectif d'artistes, Montréal
1983 Musée de l'Oratoire Saint-Joseph, Montréal, Québec

info@aeno.ca
1981 Galerie Trocart, Montréal, Québec
1980 Centre Communautaire Juif de Laval, Laval, Québec
1976 Centre d'Art Mont-Royal, Montréal, Québec

514.598.50.75
A r t

photographies : Pierre Desjardins


4225, rue Saint-André, Montréal (Québec) H2J 2Z3

graphisme : Joseph Bellerose


H é n a u l t

textes : Michel Turcotte


traduction : Robert Sullivan
coordination : Marie Watiez
acrylique sur toile, 1999, 122 x 183 cm (48” x 72”)
j”ai rêvé au lion endormi

A n d r é

Ce document accompagne
l’exposition tenue à Montréal
en ocotbre 1999.
This document was developed
for the exhibition held in
Montreal in October 1999.