Janvier 2013 / n°603f - AFP PHOTO / IAN TIMBERLAKE

sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion,
d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée
sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire
soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté. Article 3 : Tout individu a droit à
la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.
Article 4 : Nul ne sera tenu en servitude ;

Rapport Annuel 2013

Blogueurs et cyBerdissidents
derrière les Barreaux
Mainmise de l’État sur Internet

Janvier 2013 / n°603f - AFP PHOTO / IAN TIMBERLAKE

Article premier : Tous les êtres humains naissent libres
et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit
de fraternité. Article 2 : Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration,
sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion,
d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée
sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire
soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté. Article 3 : Tout individu a droit à
la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.
Article 4 : Nul ne sera tenu en servitude ;

Rapport annuel 2013

Couverture : Bombardements, Alep (Syrie). Crédit photo : AFP PHOTO / DIMITAR DILKOFF

04

Nos fondamentaux

05

Un mouvement universel et fédéraliste

06

Le 38ème congrès de la FIDH

08

178 organisations membres

09

Bureau international

10

Secrétariat international

12

Priorité 1

Soutenir les défenseurs des droits de l’Homme

19

Priorité 2

Promouvoir et protéger les droits des femmes

25

Priorité 3

Promouvoir et protéger les droits des migrants

29

Priorité 4

Promouvoir l’administration de la justice et lutter contre l’impunité

38

Priorité 5

Renforcer le respect des droits humains dans le cadre de la mondialisation économique

44

Priorité 6 Conflits, pays fermés ou en transition : défendre les principes démocratiques
et soutenir les victimes des violations les plus graves

44

> Afrique du Nord et Moyen-Orient

50

> Afrique Sub-saharienne

56

> Les Amériques

61

> Asie

66

> Europe de l’Est et Asie Centrale

70

Implications organisationnelles

78

Rapport financier 2013

79

Ils nous soutiennent

Nos fondamentaux
Un mandat : la protection de tous les droits
La FIDH est une ONG internationale qui défend tous les droits
humains: civils, politiques, économiques, sociaux et culturels,
tels qu’ils sont énoncés dans la Déclaration universelle des
droits de l’Homme.

Un engagement : les 3 piliers de son action
Les actions de la FIDH menées avec ses organisations membres
et partenaires reposent sur trois orientations stratégiques : la
défense de la liberté d’action des défenseurs des droits de
l’Homme, la défense de l’universalité des droits et la lutte pour
l’effectivité des droits.

Un principe : responsabiliser tous les acteurs
L’action de la FIDH s’adresse aux États, premiers garants
du respect des droits humains mais aussi aux acteurs
non-étatiques comme les groupes d’opposition armés et
les entreprises multinationales. Elle engage également la
responsabilité pénale internationale des individus ayant commis
des crimes internationaux.

Une éthique : l’indépendance et l’objectivité

apolitique et à but non lucratif. Son indépendance, son
expertise et son objectivité sont les gages de sa crédibilité.
Elle agit en toute transparence.

Une interaction : présence locale et action mondiale
Mouvement fédéraliste, la FIDH agit en interaction avec ses
organisations membres. Ce lien unique se traduit par des
actions menées conjointement par la FIDH et ses organisations
membres aux niveaux national, régional et international pour
remédier aux situations de violations des droits de l’Homme et
consolider les processus de démocratisation. La FIDH réunit
ainsi l’expérience et la connaissance du terrain avec la maîtrise
du droit international, des mécanismes de protection et des
instances intergouvernementales. Ce principe confère à la FIDH
une représentativité et une légitimité fortes.

Un système de gouvernance :
l’universalité et la transparence
L’organisation et le fonctionnement de la FIDH, qui impliquent ses
organisations membres au cœur du processus de décision, reflètent
ces principes de gouvernance.

Reconnue d’utilité publique en France, où elle a son siège, la
FIDH est une organisation non partisane, non confessionnelle,

Congrès de la FIDH, mai 2013, soutien aux défenseurs détenus Ales Bialiatski (Bélarus) et Nabeel Rajab (Bahrein). © FIDH

4 — FIDH RAPPORT ANNUEL 2013

Un mouvement
universel et fédéraliste
Le congrès

Le Secrétariat international

• Il regroupe les organisations membres de la FIDH : 178, au
terme du congrès de la FIDH en Turquie en 2013.
• Il se réunit tous les trois ans.
• Il débat des priorités thématiques et géographiques de la
FIDH et décide des orientations politiques de la FIDH.

• Basé à Paris, il est composé d’une équipe professionnelle,
dirigée par un directeur général et une directrice exécutive
qui siègent avec voix consultative au Bureau international
et au Bureau exécutif. Ses équipes sont organisées par
régions, par priorités d’action et en délégations. Le Secrétariat
international a ainsi des bureaux de représentation auprès de
l’ONU à Genève et à New York, auprès de l’Union européenne
à Bruxelles, auprès de la Cour pénale internationale à La
Haye ; des bureaux régionaux au Caire, à Nairobi, à Tunis,
à Lima et à Bangkok ; et des bureaux conjoints avec des
organisations membres à Conakry, Abidjan et Bamako.
Il compte également un département communication et
relations publiques, ainsi qu’un département administratif et
financier.
• En relation permanente avec le terrain, il met en œuvre les
décisions des organes politiques de la FIDH en lien avec
les organisations membres, les chargés de mission et les
membres des Bureaux international et exécutif.

Le Bureau international
• Il compte 22 membres bénévoles issus des organisations
membres de la FIDH et élus par le congrès : le/la président.e,
le/la trésorier.e, 15 vice-président.e.s et 5 secrétaires généraux.
• Il fixe les orientations et objectifs stratégiques principaux,
dans le cadre des orientations politiques définies par le
congrès. Il approuve les comptes annuels de la FIDH.
• Il se réunit trois fois par an et fait rapport au congrès.

Le Bureau exécutif
• Il est composé du/de la président.e, du/de la trésorier.ère, des
5 secrétaires généraux et de 5 secrétaires généraux adjoint.e.s.
• Il prépare l'organisation des Bureaux internationaux.
• Il se réunit une fois par mois et fait rapport au Bureau
international.

Repères
2013
Missions
internationales

53

Assistances
Rapports
matérielles aux
d'enquête et de
Interfaces
défenseurs en
position
auprès
des OIG Alertes sur la
danger
situation des
défenseurs

30

60

100

Actions
judiciaires en
soutien aux
victimes

400 110

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 5

ème
Le 38 congrès

de la FIDH

En 2013, la FIDH a tenu son 38ème congrès à
Istanbul
Les organisations membres de la FIDH se sont réunies en
Turquie en mai 2013 pour son 38ème congrès.
Le Forum « Transitions politiques et droits humains : expériences et défis »
En amont du congrès interne, la FIDH et ses organisations
membres en Turquie, l’Association turque des droits de
l’Homme (IHD) et la Fondation turque des droits de l’Homme
(HRFT), ont organisé les 23 et 24 mai 2013 un Forum sur les
« Transitions politiques et droits humains » qui a réuni plus
de 400 participants  : des représentants des organisations
membres de la FIDH issus de toutes les régions du monde, des
experts dans le domaine des droits humains, des membres de
la communauté diplomatique, les plus hautes autorités turques
et des personnes issues de la société civile turque.
Les organes dirigeants de la FIDH ont souhaité consacrer ce
Forum aux transitions car cette thématique a connu un regain
d’actualité à la suite du printemps arabe et suscite l’intérêt des
organisations membres de la FIDH.
Au regard des expériences discutées, il est apparu évident
que les transitions ne sont pas linéaires, mais marquées par
des avancées et des reculs. Les discussions intervenues
lors du Forum ont une nouvelle fois illustré l’indivisibilité et
l’interdépendance des droits humains. Les périodes de crise
et de transition en sont tout particulièrement des révélateurs. Le
Forum a également mis en évidence l’importance des processus

de justice dans les transitions, et la nécessité d’une attention
particulière aux droits des femmes, ainsi que des minorités et
des peuples autochtones, souvent oubliés dans les transitions.
Le lien entre fait religieux et droits humains a également suscité
un vif intérêt et des débats.
Ce Forum a permis de mesurer le rôle croissant des pays dits
émergents sur les scènes régionales et sur le plan international.
Un certain nombre de ces pays connaissent eux-mêmes des
transitions politiques dont l’issue reste incertaine. Adapter
les stratégies, notamment de plaidoyer, de communication et
d’alliances, à ce contexte en constante évolution compte parmi
les principaux défis à relever pour le mouvement des droits
humains dans les prochaines années.
Le lien étroit entre développement, droits humains et
protection de l’environnement est également apparu avec
acuité, notamment lors des discussions sur les droits des
peuples autochtones ou sur les violations des droits humains
occasionnées par les activités des entreprises. Cette question
nécessitera à l’avenir, elle aussi, des réponses innovantes des
organisations de défense des droits humains.
Une note a synthétisé les principaux éléments issus des
présentations et échanges d’expériences intervenus au cours
du Forum d’Istanbul en mettant en avant les éléments d’analyse
les plus saillants et les pistes d’action identifiées par les
participants. Ces dernières ont déjà alimenté et continueront
d’orienter les stratégies mises en œuvre par la FIDH dans le
cadre de son Plan stratégique pluriannuel.

Membres du nouveu Bureau international élus
en 2013. © FIDH

6 — FIDH RAPPORT ANNUEL 2013

Le congrès interne
Durant 3 jours (25-27 mai 2013), les organisations membres de
la FIDH ont pu échanger sur l’action de l’organisation face à la
situation des droits humains dans le monde et sur des sujets
d’ordre interne.
Des réunions géographiques ont ainsi permis d’établir les
grandes orientations stratégiques de la FIDH pour les trois
années à venir et le congrès a adopté des résolutions ordinaires
et d’urgence sur notamment  : les transitions politiques et
droits humains ; le droit à l’éducation ; le renforcement du
système interaméricain des droits de l’Homme ; les entreprises
multinationales, accords de libre échanges, modèle de
développement : impacts sur les droits de l’Homme ; la réforme
de la Ligue des Etats Arabes ; la situation des droits humains au
Honduras, en Iran, au Tibet, à Cuba, au Canada, au Guatemala,
au Vietnam, en Russie, au Soudan, au Mali, en RCA, en Syrie...
Les ligues membres ont également poursuivi le processus
« FIDH+10 » par une réforme des Statuts. Ce processus entamé
avant le congrès d’Erevan en 2010 est une réflexion tenant
compte de la volonté de ses membres, sur la singularité de
l’organisation, les changements géopolitiques et économiques,
les évolutions technologiques et les acteurs concernés
par notre domaine d’action, pour renforcer le mandat, le
fonctionnement et les modalités d’action de la FIDH pour une
meilleure protection des droits humains.

Par ailleurs, 19 organisations de défense des droits humains
(de Syrie, d’Egypte, d’Afrique du Sud, d’Ouzbékistan, de Chine,
du Honduras, Koweït notamment) sont devenues membres de
la FIDH portant leur nombre total à 178.
Enfin, le congrès a élu les membres du nouveau Bureau
international de la FIDH y compris son nouveau président Karim
Lahidji qui remplace Souhayr Belhassen qui a complété deux
mandats.
Le prochain congrès aura lieu en 2016.

Muharrem Erbey, Vice-président de l'association turque des droits de

Manifestation à Ankara (Turquie) © OZAN KOSE / AFP

Le congrès et la Turquie
La présence de la FIDH en Turquie fut l’occasion de rencontres
et d’échanges multiples avec les plus hautes autorités turques,
y compris le président, sur la situation des droits humains dans
ce pays. Particulièrement, la FIDH a appelé ses interlocuteurs
au respect des droits des défenseurs des droits humains et
demandé notamment la libération de Muharrem Erbey, viceprésident de l’Association des droits de l’homme de Turquie
(IHD), organisation membre de la FIDH. Fruit d’une mobilisation
constante de la FIDH et de ses ligues, le tribunal turc a
finalement ordonné le 12 avril 2014 la libération provisionnelle
de Muharrem Erbey en raison d’un « manque de preuves »,
après plus de quatre ans de détention préventive.

l'Homme dans sa cellule. © IHD

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 7

178 organisations membres
Afghanistan, Armanshahr/Open Asia / AFRIQUE DU SUD, LAwyer for human rights (LHR) / Albanie, Albanian human rights group (Ahrg) /
AlgÉrie, Collectif des familles de disparu(e)s en AlgÉrie (Cfda) / Algérie, Ligue AlgÉrienne de défense des droits de l’homme (Laddh) /
Allemagne, Internationale Liga Fur Menschenrechte (Ilmr) / angola, Associação Justiça Paz e Democracia (AJPD) /Argentine, Liga Argentina Por Los Derechos Del Hombre (Ladh) / Argentine, Comité De Acción Jurídica (Caj) / Argentine, Centro De Estudios Legales Y
Sociales (Cels) / Arménie, Civil Society Institute (Csi) / Autriche, Osterreichische Liga Fur Menschenrechte (Olfm) / Azerbaïdjan, Human
Rights Center Of Azerbaijan (Hrca) / Bahreïn, Bahrain Human Rights Society (Bhrs) / Bahreïn, Bahrain CentER For Human Rights (Bchr) /
Bangladesh, Odhikar / Belarus, Human Rights Center Viasna / Belgique, Liga Voor Menschenrechten (Lvm) / Belgique, Ligue Des Droits
De L’homme - Belgique / Bénin, Ligue Pour La Défense Des Droits De L’homme Au BÉnin (Lddhb) / Birmanie, Altsean Burma / Bolivie, Asamblea
Permanente De Derechos Humanos De Bolivia (Apdhb) / Botswana, The Botswana Centre For Human Rights – Ditshwanelo / Brésil, Movimento Nacional De Direitos Humanos (Mndh) / Brésil, Justiça Global (Cjg) / Burkina Faso, Mouvement BurkinabÉ Des Droits De L’homme
Et Des Peuples (Mbdhp) / Burundi, Ligue Burundaise Des Droits De L’homme (Iteka) / Cambodge, Cambodian Human Rights And Development
Association (Adhoc) / Cambodge, Ligue Cambodgienne De Défense Des Droits De L’homme (Licadho) / Cameroun, Maison Des Droits De
L’homme (Mdh) / Canada, Ligue Des Droits Et Des Libertés Du QuÉbec (Ldl) / Chili, Observatorio Cuidadano / Chili, Corporacion De Promocion Y Defensa De Los Derechos Del Pueblo (Codepu) / Chine, CHINA LABOUR BULLETIN (CLB) / Chine, Human Rights In China / CHINE (TIBET),
International Campaign For Tibet (Ict) /Colombie, Corporacion Colectivo De Abogados José Alvear Restrepo Ccajar / Colombie, Instituto Latinoamericano De Servicios Legales Alternativos (Ilsa) / Colombie, Organización Femenina Popular (Ofp) / Colombie, Comite Permanente Por La Defensa De Los Derechos Humanos (Cpdh) / Congo, Observatoire Congolais Des Droits De L’homme (Ocdh) / Costa Rica
(Aseprola), Asociación De Servicios De Promoción Laboral (Aseprola) / Côte D’ivoire, Mouvement Ivoirien Des Droits Humains (Midh) /
Côte D’ivoire, Ligue Ivoirienne Des Droits De L’homme (Lidho) / Croatie, Civic Committee For Human Rights (Cchr) / Cuba (Ccdhn), Comision
Cubana De Derechos Humanos Y Reconciliacion National (Ccdhn) / Djibouti, Ligue Djiboutienne Des Droits Humains (Lddh) / Égypte, Cairo
Institute For Human Rights Studies (Cihrs) / Égypte, Human Rights Association For The Assistance Of Prisoners (Hraap) / égypte, Egyptian
initiative for personal rights (eipr) / égypte, Egyptian Organization For Human Rights (Eohr) / El Salvador, Comision De Derechos Humanos Del Salvador (Cdhes) / Équateur, Fundación Regional De Asesoria En Derechos Humanos (Inredh) / Équateur, Centro De Derechos
Economicos Y Sociales (Cdes) / Équateur, Comisión Ecuménica De Derechos Humanos (Cedhu) / Espagne, Asociacion Pro Derechos Humanos De Espana (Apdhe) / Espagne, Federacion De Asociaciones De Defensa Y Promocion De Los Derecho (Fddhh) / États-Unis, Center For
Constitutional Rights (Ccr) / États-Unis, Center For Justice & Accountability (Cja) / Éthiopie, Human Rights Council (Hrco) / Europe,
Association Européenne Pour La Défense Des Droits De L’homme (Aedh) / Finlande, Finnish League For Human Rights (Flhr) - Ihmisoikeusliitto / France, Ligue Des Droits De L’homme Et Du Citoyen (Ldh) / FRANCE (Nouvelle Calédonie), Ligue Des Droits Et Du Citoyen De Nouvelle Calédonie (Ldhnc) / FRANCE (Polynésie Française), Ligue PolynÉsienne Des Droits Humains (Lpdh) /Géorgie, Human Rights Center
(Hridc) / golfe, Gulf Center for Human Rights (GCHR) / Grèce, Hellenic League For Human Rights (Hlhr) / Guatemala, Comision De Derechos Humanos De Guatemala (Cdhg) / Guatemala, Centro De Acción Legal En Derechos Humanos (Caldh) / Guinée-Bissau, Liga Guineense
Dos Direitos Humanos (Lgdh) / Guinée-Conakry, Organisation GuinÉenne De DÉfense Des Droits De L’homme Et Du Citoyen (Ogdh) / Haïti,
Centre Oecumenique Des Droits Humains (Cedh) / Haïti, Réseau National De Défense Des Droits De L’homme (Rnddh) / Honduras, Centro De
Investigación Y Promoción De Los Derechos Humanos (Ciprodeh) / Honduras, Comité de Familiares de Detenidos-Desaparecidos en Honduras (COFADEH) / Inde, Commonwealth Human Rights Initiative (Chri) / INDONésie, KontraS / Iran, Defenders Of Human Rights Center In Iran (Dhrc) / Iran, Ligue
Pour La DÉfense Des Droits De L’homme En Iran (Lddhi) / Irlande, Free Legal Advice Centres Limited (Flac) / Irlande, Irish Council For Civil Liberties (Iccl)
/ Irlande Du Nord, Committee On The Administration Of Justice (Caj) / IsraËl, B’tselem / IsraËl, Association For Civil Rights In Israel (Acri) / IsraËl, Public
Committee Against Torture In Israel (Pcati) / IsraËl, Adalah / Italie, Lega Italiana Dei Diritti Dell’uomo (Lidu) / Italie, Unione Forense Per La Tutela Dei
Diritti Dell’uomo (Uftdu) / Japon, Center For Prisoners’ Rights (Cpr) / Jordanie, Amman Center For Human Rights Studies (Achrs) / KASAKHSTAN, Kazakstan International Bureau for Human Rights and Rule of Law (KIBHR) / Kenya, Kenya Human Rights Commission (Khrc) / Kirghizistan, Human Rights Movement (Bir Duino-Dyrgyzstan) / Kirghizistan, Kyrgyz Committee For Human Rights (Kchr) / Kirghizistan, Legal Clinic Adilet / Kirghizistan, Kylym Shamy /
Kosovo, Council For The Defense Of Human Rights And Freedoms (Cdhrf) / KOWEÏT, Human Line Organisation (HLO) /Laos, Mouvement Lao Pour Les
Droits De L’homme (Mldh) / Lettonie, Latvian Human Rights Committee (Lhrc) / Liban, Palestinian Human Rights Organization (Phro) / Liban, Centre Libanais des Droits Humains (CLDH) /Libéria, Regional Watch For Human Rights (Lwhr) / Libye, Human Rights Association for Recording and Documenting
War Crimes and Crimes Against Humanity / Libye, Libyan League For Human Rights (Llh) /Lituanie, Lithuanian Human Rights Association (Lhra) / Malaisie,
Suara Rakyat Malaysia (Suaram) / Mali, Association Malienne Des Droits De L’homme (Amdh) / Malte, Malta Association Of Human Rights/ Fondation De
Malte / Maroc, Organisation Marocaine Des Droits De L’homme (Omdh) / Maroc, Association Marocaine Des Droits Humains (Amdh) / Mauritanie, Association Mauritanienne Des Droits De L’homme (Amdh) / Mexique, Liga Mexicana Por La Defensa De Los Derechos Humanos (Limeddh) / Mexique, Comision
Mexicana De Defensa Y Promocion De Los Derechos Humanos (Cmdpdh) / MOLDAVIE, Promo-LEX /Mozambique, Liga Mocanbicana Dos Direitos Humanos
(Lmddh) / Nicaragua, Centro Nicaraguense De Derechos Humanos (Cenidh) / Niger, Association Nigerienne Pour La DÉfense Des Droits De L’homme
(Anddh) / Nigéria, Civil Liberties Organisation (Clo) / Ouganda, Foundation For Human Rights Initiative (Fhri) / Ouzbekistan, Association internationale de défense des droits de l'Homme « Club des cœurs ardents » / Ouzbekistan, Human Rights Society Of Uzbekistan (Hrsu) / Ouzbékistan, Legal Aid
Society (Las) / Pakistan, Human Rights Commission Of Pakistan (Hrcp) / Palestine, Al Mezan Center for Human Rights (AL MEZAn) /Palestine, Palestinian
Centre For Human Rights (Pchr) / Palestine, Al Haq / Palestine, Ramallah Centre For Human Rights Studies (Rchrs) / Panama, Centro De Capacitación
Social De Panamá (Ccs) / Pays-Bas, Liga Voor De Rechten Van De Mens (Lvrm) / Pérou, Asociacion Pro Derechos Humanos (Aprodeh) / Pérou, Centro De
Derechos Y Desarrollo (Cedal) / Philippines, Philippine Alliance Of Human Rights Advocates (Pahra) / Portugal, Civitas / République Centrafricaine,
Ligue CentrafricAIne Des Droits De L’homme (Lcdh) / République Centrafricaine, Organisation Pour La Compassion Des Familles En DÉtresse (Ocodefad) / République DÉmocratique Du Congo, Ligue Des Électeurs (Le) / République Démocratique Du Congo, Groupe Lotus / République Démocratique Du
Congo, Association Africaine Des Droits De L’homme (Asadho) / République Dominicaine, Cnd Comisión Nacional De Los Derechos Humanos, Inc / République Tchèque, Human Rights League (Hrl) - Liga Lidskych Prav / Roumanie, The League For The Defense Of Human Rights (Lado) / Royaume-Uni, Liberty
/ Russie, Anti-Discrimination Center Memorial (Adc Memorial) / Russie, Citizens’ Watch (Cw) / Rwanda, Collectif Des Ligues Pour La DÉfense Des Droits
De L’homme (Cladho) / Rwanda, Association Rwandaise Pour La DÉfense Des Droits De La Personne Et Des LibertÉs Publiques (Adl) / Rwanda, Ligue Rwandaise Pour La Promotion Et La DÉfense Des Droits De L’homme (Liprodhor) / Sénégal, Organisation Nationale Des Droits De L’homme (Ondh) / Sénégal,
Rencontre Africaine Pour La DÉfense Des Droits De L’homme (Raddho) / Sénégal, Ligue Sénégalaise des Droits Humains (LSdh) / Serbie, Center For Peace
And Democracy Development (Cpdd) / Soudan, Sudan Human Rights Monitor (Suhrm) / Soudan, African Center For Justice And Peace Studies (Acjps) /
Suisse, Ligue Suisse Des Droits De L’homme (Lsdh) / Syrie, Damascus Center For Human Rights Studies (Dchrs) / Syrie, Syrian Center for Media and Freedom of Expression (SCM) / Syrie, Committees For The Defense Of Democracy Freedoms And Human Rights (Cdf) / TADJIKISTAN, Tajik « Bureau on Human
Rights and Rule of Law » (BHR) /Taïwan, Taiwan Association For Human Rights (Tahr) / Tanzanie, The Legal And Human Rights Centre (Lhrc) / Tchad, Ligue
Tchadienne Des Droits De L’homme (Ltdh) / Tchad, Association Tchadienne Pour La Promotion Et La Défense Des Droits De L’homme (Atpdh) / Thaïlande,
Union For Civil Liberties (Ucl) / Togo, Ligue Togolaise Des Droits De L’homme (Ltdh) / Tunisie, Ligue Tunisienne Des Droits De L’homme (Ltdh) / Tunisie, Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) / Tunisie, Association Tunisienne Des Femmes DÉmocrates (Atfd) /Tunisie, Doustourna /
Tunisie, Conseil National Pour Les LibertÉs En Tunisie (Cnlt) / Turquie, Insan Haklari Dernegi (Ihd) / Diyabakir / Turquie, Human Rights Foundation Of
Turkey (Hrft) / Turquie, Insan Haklari Dernegi (Ihd) / Ankara / Vietnam, ComitÉ Vietnam Pour La DÉfense Des Droits De L’homme (Cvddh) / Yémen, Human
Rights Information And Training Center (Hritc) / Yémen, Sisters’ Arab Forum For Human Rights (Saf) / Zimbabwe, Zimbabwe Human Rights Association
(Zimrights).

8 — FIDH RAPPORT ANNUEL 2013

Bureau international
PRÉSIDENT

TRÉSORIER

Karim LAHIDJI
Iran

Jean-François Plantin
France

VICE-PRÉSIDENTS

Ezzedine Al Asbahi
Yémen

Yusuf Alatas
Turquie

Aliaksandr Bialiatski
Bélarus

Noeline Blackwell
Irlande

Dimitris Christopoulos
Grèce

Katherine Gallagher
États-Unis

Tolekan Ismailova
Kirghizstan

Shawan Jabarin
Palestine

Dismas Kitenge Senga
République démocratique
du Congo

Elsie Monge
Équateur

Sheila Muwanga
Ouganda

Rosemarie R. Trajano
Philippines

Drissa Traoré
Côte d’Ivoire

Paulina Vega Gonzalez
Mexique

Zohra Yusuf
Pakistan

Debbie Stothard
Birmanie

Pierre Esperance
Haïti

Paul Nsapu Mukulu
République démocratique
du Congo

Patrick BaudoUin
France

Daniel Jacoby
France

Michel Blum
France

Nabeel Rajab
Bahreïn

Alice MOGWE
Botswana

Artak KIRAKOSYAN
Arménie

SECRÉTAIRES GÉNÉRAUX

Amina Bouayach
Maroc

Dan Van Raemdonck
Belgique

PRÉSIDENTS D’HONNEUR
Souhayr Belhassen
Tunisie

Sidiki Kaba
Sénégal

et avec la collaboration de :
SECRÉTAIRES GÉNÉRAUX ADJOINTS
Florence Bellivier
France

Khadija CHERIF
Tunisie

DÉLÉGUÉS PERMANENTS
Dobian Assingar
auprès de la Communauté
Économique et Monétaire
de l’Afrique Centrale (CEMAC)

Mabassa Fall
auprès de l’Union
africaine (UA)

Luis Guillermo Perez Casas
auprès de l'Organisation des
États Américains (OEA)

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 9

10 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

Assistante de la Direction
Générale Exécutive

Charline Fralin

Responsable des ressources
humaines

Marie-France BURQ

Responsable de la recherche
de fonds

Kate COLES

Responsable comptable

Nina NOUYONGODE

Responsable du contrôle
de gestion

Sergueï FUNT

Nathalie LASSLOP

Chargée de recherche de fonds

Comptable

Tony MINET

Chargée de gestion

(Ad interim congé de Samia MERAH)

Tania DUCHENE

Eric JOSEPH

Assistant comptable

ADMINISTRATION, FINANCES ET RESSOURCES HUMAINES

SIèGE (PARIS)

Lidya OGBAZGHI

Assistante exécutivesecrétaire

Nancy DEMICHELI

Geneviève PAUL

(Elin WRZONCKI jusqu'à Déc. 13)

Responsable de l'Observatoire
pour la protection des défenseurs
des droits de l'Homme

Alexandra POMEON

Responsable Justice
internationale

Karine BONNEAU

Responsable Droits des femmes
et Droits des migrants

Katherine BOOTH

Responsable Mondialisation et
droits humains

Marion CADIER

Hugo GABBERO

Chargé de programme, Observatoire
pour la protection des défenseurs
des droits de l'Homme

Delphine CARLENS

Responsable adjointe
Justice internationale

Daisy SCHMITT

Assistante Droits des femmes
et Droits des migrants

Chargée de programme,
Mondialisation et droits humains

(Geneviève PAUL jusqu'à Déc. 13)

Chargée de programme, Afrique
du Nord/Moyen-Orient

Marie CAMBERLIN
Responsable Afrique du nord/
Moyen-Orient

Assistante Europe de l’Est/
Asie centrale

Joanna HOSA

Hassatou BA

Chargée de programme Afrique

(jusqu'à mai 14)

Coordinatrice du
programme Bélarus

Léa SAMAIN-RAIMBAULT

Directeur des opérations

Responsable Europe de l’Est/
Asie Centrale

Alexandra KOULAEVA

Responsable des
Publications

Céline BALLEREAU TETU

Christophe GARDAIS

Natalia YAYA MARTELLO

Responsable
Afrique

Florent GEEL

Responsable Asie

(David Knaute jusqu'à Déc. 13)

Michelle KISSENKOETTER

Chargée de programme
Amériques

Chargé de l’édition et de
diffusion des publications

Audrey COUPRIE

Attachée de presse

Technicien IT

Nicolas BAUDEZ

Chargé de la communication
numérique

Jean-Baptiste PAULHET

Responsable des relations
presse

Arthur MANET

Nicolas BARRETO DIAZ

Responsable du système
d’information

Marceau Sivieude
(Isabelle Brachet jusqu'à fin nov. 13)

RECHERCHE ET OPÉRATIONS

Isabelle Chebat

Directrice de la communication
et des relations publiques

juin 2014

(Claire COLARDELLE jusqu'à Déc. 13)

Antoine MADELIN

Directeur plaidoyer
international

Corinne BEZIN

Directrice administrative
et financière

Juliane FALLOUX
Directrice exécutive

Antoine BERNARD
Directeur général

COMMUNICATION ET RELATIONS PUBLIQUES

DIRECTEURS DE Départements

Direction générale exécutive

Secrétariat international

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 11

(à partir d'avril 14)

Représentante auprès de l'ONU

Stéphanie DAVID

(jusqu’à fin mars 14)

Représentante auprès de l'ONU

Michelle KISSENKOETTER

Délégué auprès de l'ONU

Nicolas AGOSTINI

Représentante auprès de l'ONU

Julie GROMELLON

Chargée de liaison, Délégation
auprès de l'UE

Catherine ABSALOM

Délégué auprès de l'UE

Jean-Marie ROGUE

Représentante auprès de l'UE

Gaelle DUSEPULCHRE

NEW YORK

GENèVE

BRUXELLES

MOBILISATION DES ORGANISATIONS INTERGOUVERNEMENTALES

DéLéGATIONS, BUREAUX RéGIONAUX ET BUREAUX CONJOINTS (FIDH-LIGUES)

Consultant – Chargé de la
communication sur la zone
Amérique latine et Caraïbes

José Carlos THISSEN
LIMA

COMMUNICATION ET
RELATIONS PUBLIQUES
Antonin RABECQ

Consultante Déléguée FIDH Tunis

Yosra FRAWES

Consultante – Programme
Afrique du Nord/Moyen-Orient

Salma EL HOSEINY

(jusqu'à mars 14)

Responsable Afrique du Nord/
Moyen-Orient

Stéphanie DAVID

Chargée de programme, Europe
de l'Ouest

Elena CRESPI

Responsable Amériques

Jimena REYES

Montserrat CARBONI

Représentante auprès de la CPI

Chargée de programme,
coordinatrice du plaidoyer
auprès de l'UA

TUNIS

LE CAIRE

BRUXELLES

LA HAYE

NAIROBI

Chargée du programme conjoint
AMDH/FIDH

Lalla TOURE

Drissa TRAORE

Chargé du programme conjoint
AMDH/FIDH

Aboubacar SYLLA

Secrétaire comptable
du programme conjoint
OGDH/FIDH

conjoint OGDH/FIDH

Mamadou Boussouriou
DIALLO Chargé du programme

Amadou BARRY

Chargé du programme conjoint
OGDH/FIDH

Coordinateur adjoint du
programme conjoint MIDH/
LIDHO/FIDH

Willy NETH

Tchérina JEROLON

Délégué FIDH en Côte d'Ivoire et
en Guinée (Chargé du programme
Guinée jusqu'à fin décembre 2013)

BANGKOK

Responsable Asie/Asie du
Sud-Est

Andrea GIORGETTA

RECHERCHE ET OPÉRATIONS

BAMAKO

CONAKRY

ABIDJAN

Priorité 1

Soutenir les défenseurs
des droits de l’Homme
Contexte et défis
La sécurité des défenseurs des droits humains est particulièrement
précaire dans les situations de conflit, de post-conflit ou de crise
sécuritaire, comme ce fut le cas en 2013 en Syrie, en Colombie,
au Mexique, en République démocratique du Congo (RDC),
aux Philippines, au Népal, au Sri Lanka et en Tchétchénie /
Fédération de Russie. Entravés dans leur action, ils ont souvent
été pris entre deux feux et accusés par les parties au conflit de
soutenir l'un ou l'autre camp.
Les défenseurs des droits humains qui opèrent dans le contexte
de régimes autoritaires ou qui font face à des crises politiques
et des mouvements de protestation populaire sont également
l'objet d'une intense répression dans le but d'étouffer toutes
dénonciations des violations des droits humains ou toutes
critiques visant le pouvoir. Ce fut le cas notamment en 2013 de
pays touchés par le printemps arabe de 2011 (Égypte, Bahreïn)
mais aussi aux Maldives, en Iran, au Belarus, au Bangladesh, au
Cambodge, en Russie, en Azerbaïdjan, au Zimbabwe, au Soudan,
à Djibouti, etc.
Certaines catégories de défenseurs sont particulièrement
vulnérables de par la nature des droits qu'ils défendent, soit
parce que leur action gêne des intérêts politico-financiers ou se
heurte à l'intolérance et la discrimination. Il s'agit notamment
des défenseurs des droits liés à la terre et à l'environnement
(DTE) ; une tendance qui s'est poursuivie en 2013. Le nombre
de conflits sur les droits fonciers et les ressources naturelles
augmentant, de plus en plus de défenseurs de ces droits, qu'ils
soient dirigeants de communautés paysannes ou autochtones,
journalistes, avocats ou militants d'ONG, sont victimes d'actes
de violence et de campagnes de criminalisation, notamment
en Amérique latine (Brésil, Colombie, Équateur, Guatemala,
Honduras, Mexique, Pérou), en Asie (Birmanie, Cambodge,
Indonésie, Malaisie, Philippines), en Afrique (Cameroun, RDC)
et en Europe de l'est (Russie). Les défenseurs des droits des
personnes lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et intersexuées
(LGBTI) sont également particulièrement vulnérables. Ils sont
souvent confrontés à la discrimination, à la criminalisation et
sont victimes parfois de crimes de violence haineux, dans un
grand nombre de pays où les droits liés à l'orientation sexuelle

12 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

et l'identité de genre ne sont pas reconnus (Bélarus, Cameroun,
Grèce, Kirghizistan, Moldavie, Ouganda, Russie, Ukraine).
De nombreux défenseurs sont détenus arbitrairement, notamment
des membres du Bureau international de la FIDH (Alès Bialiatski
au Belarus et Nabeel Rajab au Bahreïn) et des représentants
d'organisations membres de la FIDH en Iran, Ouzbékistan,
Thaïlande, Turquie, Syrie, Bangladesh. Les défenseurs soumis
au harcèlement judiciaire sont soumis à des procès expéditifs
ou subissent au contraire des procédures extrêmement longues
devenant une forme de punition en soi et empêchant les
défenseurs de poursuivre leurs activités de défense des droits
humains (Bangladesh, Syrie, Turquie).
Dans plusieurs pays, l'espace de liberté de la société civile s'est
considérablement dégradé, en particulier suite à l'adoption ou
à la mise en œuvre de lois restrictives. Les initiatives visant
à restreindre l'accès au financement des ONG, notamment de
source étrangère, se sont répandues. En parallèle, la question du
financement a été à nouveau instrumentalisée cette année afin
de discréditer des ONG auprès des populations et des donateurs
(Azerbaïdjan, Bahreïn, Bangladesh, Colombie, Égypte, Israël,
Kenya, Kirghizistan, Russie, Ukraine, Venezuela).
La vulnérabilité des défenseurs est souvent accrue par le
manque de visibilité de leur situation au niveau local, régional
et international, l'impunité des auteurs des violations, et les
limites de la capacité protectrice des mécanismes de protection
des défenseurs.

La FIDH et ses ligues en action
Conformément à son plan d'action stratégique pluriannuel, la
FIDH avec ses organisations membres et partenaires a mis en
œuvre de nombreuses activités pour répondre aux objectifs de
protection des défenseurs en danger et de renforcement de leur
capacité d'action. Les activités de protection des défenseurs ont
été menées dans le cadre de l'Observatoire pour la protection des
défenseurs des droits de l'Homme (l'Observatoire), programme
conjoint créé par la FIDH en 1997 avec l'Organisation mondiale
contre la torture (OMCT).

> Protéger les défenseurs en
situation d'insécurité ou de
répression
Établir les faits et alerter au quotidien
Dénoncer les situations de violations des droits des défenseurs
tout en interpellant les acteurs en cause (acteurs étatiques et non
étatiques, y compris les groupes armés ou les entreprises) et en
mobilisant les médias et décideurs permet dans de nombreux cas
de faire cesser la violation et de prévenir de nouvelles violations.
Ainsi, sur la base d'informations fiables, détaillées, vérifiées et recoupées par les organisations membres et partenaires de la FIDH et
du réseau de l'OMCT, la FIDH a diffusé 239 interventions urgentes
(appels urgents, communiqués de presse et lettres aux autorités)
portant sur la situation de plus de 400 défenseurs dans 51 pays.

« Je viens d'avoir mon fils Onyx au téléphone cet
avant-midi. Entendre sa voix m' a rassuré après ces durs
moments d' angoisse vécus ensemble à la suite de son
enlèvement et de sa séquestration. Mes pensées vont à vous,
car, avec vos messages et conseils de stratégie, vous avez
été plus près de moi et de ma famille. Grâce à votre appui,
mon enfant est en vie et récupéré par notre petit cercle au
pays. Pour toute cette solidarité, je vous dis, au nom de ma
famille et au mien propre, Merci. Nous en sommes marqués
et vous serons très reconnaissants ».
Paul Nsapu Mukuku, président de la Ligue des électeurs
(RDC), réfugié en Belgique

« Je voudrais vous remercier infiniment de votre
soutien durant ma dernière détention arbitraire. Il m'a été
fort utile. Encore merci ».
Houssein Ahmed Farah, le journaliste de La Voix de
Djibouti, membre de la Ligue djiboutienne des droits
humains
Conformément aux objectifs de la FIDH fixés dans son plan
d'action stratégique pluriannuel, ces chiffres sont en baisse par
rapport aux années précédentes. Ceci a répondu au souhait de
prioriser ses communications publiques pour insister sur des cas
emblématiques ou requérant une visibilité accrue et sur les pays
où les violations sont systématiques et/ou graves.
Cette orientation a permis d’accroître le suivi des cas à travers
notamment des interpellations ciblées des autorités concernées et
des mécanismes intergouvernementaux de protection des défenseurs
pour obtenir de plus grands impacts. Les missions de terrain de la
FIDH ont été des opportunités de plaidoyer auprès des autorités
sur des cas de défenseurs en situation d'insécurité ou réprimés.
Le congrès de la FIDH qui s'est tenu en Turquie fut également
l'occasion d'une grande mobilisation publique pour interpeller les
plus hautes autorités de l'Etat sur des cas de défenseurs en prison.

Autre caractéristique de 2013 s'agissant des interventions
urgentes, la FIDH s'est particulièrement mobilisée, dans le suivi
des cas d'arrestation et de détention arbitraire, mais aussi sur les
violations des droits des défenseurs des LGBTI et des défenseurs
des droits liés à la terre, à la gestion des ressources naturelles et
à l'environnement. A cet effet, la FIDH a, d'une part, chargé une
agence de communication de la conception d'une campagne sur
les réseaux sociaux sur la détention des défenseurs et, d'autre part,
consolidé son réseau d'information avec des ONG spécialisées
sur ces thématiques à travers des réunions stratégiques, comme
celles tenues avec Global Witness, International Land Coalition
(ILC), Inter-LGBT, ILGA, IGLHRC et lors des sessions de la
Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples
(CADHP) avec des ONG africaines locales et régionales de
défense des droits des LGBTI.
Sur la base des informations récoltées et de ses interventions
urgentes, la FIDH a produit une carte indiquant les types de
violations des droits des défenseurs les plus graves par pays, un
outil de vulgarisation très apprécié et utilisé par les décideurs.
Activer la capacité protectrice des organisations intergouvernementales
Toutes les interventions urgentes de l'Observatoire ont été systématiquement adressées aux mécanismes internationaux et régionaux de protection des défenseurs (Procédures spéciales de
l'ONU, de la CADHP et de la CIDH, Commissaire au droits de
l'Homme du Conseil de l'Europe, point focal de l'OSCE, et mécanismes de l'UE), selon leur champ de compétence. Ces saisines
suscitent leurs interventions et des interpellations des autorités
compétentes.
La FIDH a également saisi d'autres organes de ces institutions
pour les mobiliser sur des cas de répression de défenseurs (Parlement européen, Conseil des droits de l'Homme de l'ONU, etc.) et
organisé à cet effet des rencontres/interfaces entre les représentants de ses organisations membres et ces institutions.
Fournir une assistance d'urgence en cas de menaces et risques
Pour répondre à des situations de menaces et d'atteintes
à l'intégrité physique et psychologique des défenseurs, la
FIDH a fourni une assistance matérielle à 58 défenseurs et/

Adilur Rahman Khan, secrétaire de l'ONG Odhikar, arrêté sur la base d'accusations
fallacieuses en août 2013 au Bangladesh © Demotix / Ibrahim Ibrahim

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

— 13

ou membres de leur famille et 2 ONG de défense des droits
humains. Ceci a permis de couvrir des besoins en terme de
prévention (sécurisation des bureaux et de domiciles, frais de
communication, sécurisation des déplacements : Cambodge,
Cameroun, Ouganda), de protection (frais de relocalisation
temporaire ou définitive : Syrie, RDC, Cameroun, Gambie,
Ouzbékistan), de frais de justice et de frais médicaux (RDC, Sri
Lanka, Russie).

Dans la difficile situation que le REDHAC, mes
collègues et ma famille traversons, le soutien moral que
vous nous avez apporté est considérable. Le Réseau des
défenseurs des droits humains tient à vous exprimer ses plus
vifs remerciements pour vos efforts pour la sécurité de nos
bureaux, de ma sécurité et celle de mes enfants. Le REDHAC vous remercie également de vos efforts pour l'aider à
travailler dans de meilleures conditions.
Maximilienne Ngo Mbe, Présidente du REDHAC
(Cameroun)

ADC Memorial, dans le cadre de poursuites civiles intentées
pour défaut d'enregistrement en qualité d« agent étranger » selon
les nouvelles dispositions liberticides sur les associations. Au
Bangladesh, la FIDH a également observé une audience sur la
demande de libération conditionnelle d'Adilur Rahman Khan,
secrétaire d'Odhikar, qui a été libéré à cette occasion.
La FIDH s'est également rendue en RDC pour examiner la légalité des procédures judiciaires contre des défenseurs de Bantundu accusés de troubles à l'ordre public pour avoir exercé leur
droit de manifestation et pour faire un point avec les avocats des
familles des deux défenseurs défunts, Chebeya-Bazana. Enfin,
la FIDH a continué l'observation du « procès des 94 » opposants
politiques et défenseurs aux Emirats Arabes Unis et publié son
rapport dénonçant les graves irrégularités de procédures.

FOCUS
Mission d'urgence sur la situation d'Adilur Rahman Khan
au Bangladesh
Au Bangladesh, les autorités ont recours à un arsenal juridique
et à des pratiques restrictives pour poursuivre et faire pression

Répondre au harcèlement judiciaire
Face à l'utilisation ou l'instrumentalisation de la justice pour entraver ou criminaliser l'action des défenseurs, la FIDH organise
des missions d'observation judiciaire, de défense ou de solidarité.
De telles missions recouvrent divers objectifs : fournir une aide
judiciaire experte dans ce type d'affaire en soutien aux victimes ;
apporter une solidarité et attention internationale pouvant contribuer au respect du droit à un procès équitable ; contribuer à
un éclairage sur les violations de procédures pour susciter la
réaction de la communauté internationale.
En 2013, la FIDH a ainsi organisé 4 missions d'observation
judiciaire en Turquie pour suivre le procès contre Pinar Selek,
condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité, alors que la
même cour l’avait à trois reprises acquittée en 2006, en 2008 et en
2011 ; le procès contre les 47 avocats accusés de terrorisme pour
avoir représenté le chef du PKK et le procès contre 22 membres
du ÇHD (association des avocats progressistes turcs) pour avoir
représenté des personnalités accusées de terrorisme. La FIDH a
aussi observé le procès contre son organisation membre en Russie,

sur les défenseurs, qui font face à des attaques physiques, des
détentions arbitraires et des actes de harcèlement judiciaire.
L'atmosphère politique du pays est fondamentalement polarisée, et la situation, déjà très tendue à l'approche des élections
générales de début 2014, l'est tout autant dans le contexte postélectoral actuel. Ces constats avaient déjà été établis dans un
rapport de mission publié par la FIDH en novembre 2013, suite
à une mission internationale d'enquête effectuée en 2012 sur la
situation des défenseurs dans le pays.
M. Adilur Rahman Khan, secrétaire d'Odhikar, a été détenu du
10 août au 11 octobre 2013, et M. Nasiruddin Elan, directeur
d'Odhikar, du 6 novembre au 1er décembre. Tous deux ont
été ciblés suite à la publication par Odhikar d'un rapport sur la
répression d'une manifestation de fondamentalistes par la police
en mai 2013.
A l'occasion de la mission d'urgence d'octobre 2013, la
délégation a pu assister à l'audience de demande de remise en
liberté, et rencontré des représentants de la société civile, des
diplomaties et des autorités et institutions nationales.
Cette mission a contribué à la remise en liberté d'Adilur Rahman
Khan quelques jours plus tard. MM. Rahman Khan et Elan sont
libres à ce jour, mais restent poursuivis pour « cyber-criminalité ».
Les actions de la FIDH ont donc abouti à des résultats concrets,
mais la mobilisation doit néanmoins se poursuivre afin que les
procédures judiciaires contre les membres d'Odhikar soient définitivement abandonnées.

Mabassa Fall représentant auprès de l'UA préside un panel sur les défenseurs à la CADHP.

14 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

La FIDH a par ailleurs publié son rapport d'observation judiciaire
du procès contre Nabeel Rajab, président du Centre bahreïni pour
les droits de l'Homme (Bahrain Center for Human Rights) et
secrétaire général adjoint de la FIDH, condamné à deux ans de
prison ferme pour avoir exercé son droit à la liberté de manife-

station pacifique et d'expression. Ce rapport a servi de base à un
plaidoyer intense de la FIDH pour exiger sa libération.
Établir les responsabilités
Conformément à son plan d'action stratégique pluriannuel, la
FIDH a continué de développer ses actions contentieuses devant
les tribunaux nationaux et les mécanismes régionaux et internationaux de protection des droits humains aux fins d'établir les responsabilités, étatique ou individuelle, dans des cas emblématiques de
violations des droits des défenseurs, soutenir les victimes dans leur
droit à la justice et contribuer à la prévention de ces violations, y
compris via la consolidation d'une jurisprudence sur la protection
des droits des défenseurs.

En 2013, la FIDH a ainsi initié ou poursuivi 12 nouvelles procédures devant les mécanismes compétents (cf. le tableau des actions
quasi-contentieuses en cours initiées par la FIDH). Elle a également porté une attention particulière à l'état d'avancement de la
procédure dans l'affaire de l'assassinat des défenseurs Floribert
Chebeya et Fidèle Bazana, directeur et membre de la Voix des Sans
Voix en RDC. La FIDH a critiqué publiquement les obstructions
dans la procédure en appel, organisé des réunions stratégiques
pour soutenir le travail des avocats des familles de victimes parties
civiles et recueillir le témoignage d'un des policiers condamné en
première instance pour étayer la responsabilité principale dans
cette affaire de l'ancien Inspecteur général de la police, afin qu'il
réponde de ces actes devant la justice.

Quelques exemples de saisines clés en 2013
Pays
Iran

Défenseur

Organe saisi

Date de la saisine

Décision

Evolution de la
situation

Nasrin Sotoudeh

GTDA

Saisine avril

Pas encore d'infos

Libération provisoire
(octobre 2013)

Bangladesh

Adilur Rahman
Khan

GTDA

Saisine août

Pas encore d'infos

Libération provisoire
(octobre 2013)

Bahreïn

Nabeel Rajab

GTDA (suivi)

Suivi avril

Juillet 2013

Toujours détenu

(« la détention est
arbitraire »)
Cambodge

Yorm Bopha

GTDA

Saisine octobre

Pas encore d'infos

Libération provisoire
(novembre 2013)

Hilal Mammadov
(suivi)

GTDA (suivi/
réponse)

Suivi novembre

Novembre 2013
(« la détention est
arbitraire »)

Toujours détenu

Marcial Bautista
Valle et Eva Alarcón
Ortiz

CDF (suivi/réponse)

Suivi octobre

Pas encore d'infos

Toujours disparues

Sri Lanka

Sinnavan Stephen
Sunthararaj

GTDFI

Saisine avril

Pas encore d'infos

Toujours disparu

Syrie

Mazen Darwish,
Mohamed Hani Al
Zaitani, Hussein
Hammad Ghrer

GTDA

Saisine juillet

Novembre 2013
(« la détention est
arbitraire »)

Toujours détenus

Htin Kyaw

GTDA

Saisine août

Novembre 2013
(« la détention est
arbitraire »)

Amnistié le 31
décembre 2013

iran

Khosro Kordpour et
Massoud Kordpour

GTDA

Saisine août

Novembre 2013
(« la détention est
arbitraire »)

Toujours détenus

Soudan

Osman Hummaida,
Abdelmoneim Aljak
et Amir Mohamed
Suliman

CADHP

Suivi saisine (2009)

Pas encore d'infos

Plainte pour torture et
mauvais traitements

Éthiopie

Human Rights
Council

CADHP

Saisine avril

Pas encore d'infos

Plainte pour violation
du droit à la liberté
d'association

Azerbaïdjan

Mexique

Birmanie

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

— 15

> Renforcer la capacité d'action des
défenseurs
Action pour un cadre politique et normatif favorable aux
défenseurs
La FIDH a mené en 2013 deux missions d'enquête sur la situation
générale des défenseurs en Angola et au Guatemala, une autre sur
les conflits fonciers et leur impact sur les défenseurs des droits
à la terre et à l'environnement en Indonésie, et a préparé une
mission sur les défenseurs des droits des LGBTI au Cameroun
(qui s'est déroulée en janvier 2014). La FIDH a également
publié le rapport de son enquête sur la situation des défenseurs
au Bangladesh et mené sur cette base une mission de plaidoyer
auprès des autorités de ce pays. Elle a rendu publique une note
sur la situation des droits des défenseurs des personnes LGBTI
dans la région Europe de l'Est Asie Centrale et les rapports
publiés sur la Russie et la Moldavie évoquent également la
question des défenseurs.
La FIDH a intégré le groupe consultatif de l'OSCE dédié à la
rédaction du projet de lignes directrices sur la protection des
défenseurs dans la région de l'OSCE, et de son rapport explicatif.
S'agissant en particulier de sa mobilisation en faveur de la liberté
d'association, la FIDH a par ailleurs publié son rapport annuel
sur les violations du droit des ONG au financement (cf. Focus).
Elle a aussi dénoncé des projets de lois sur les associations
contraires au droit international des droits de l'Homme (Kenya,
Bahreïn, Ukraine et Kirghizistan) et a en revanche poursuivi
son plaidoyer pour le renforcement des mécanismes nationaux
de protection des défenseurs (Cote d'Ivoire, Mexique, RDC), en
concertation avec la société civile nationale. Cette mobilisation
s'est également traduite au niveau régional, via la participation
de la FIDH au groupe d'experts de la CADHP chargé de rédiger
un rapport et des lignes directrices sur les libertés d'association
et de rassemblement pacifique en Afrique.

FOCUS
Plaidoyer contre les violations du droit des ONG au
financement des ONG
Les obstacles auxquels sont confrontées les défenseurs soulèvent des questions de plus en plus complexes et techniques.
Le format du rapport annuel de l'Observatoire a été revu en 2013
pour mieux répondre aux besoins de décryptage et d'analyse
des acteurs du terrain et des autorités. Ce nouveau format permet ainsi de décliner un plan d'exploitation plus stratégique et
de répondre au besoin d'analyser les nouvelles problématiques.
Le 28 février 2013, l'Observatoire a ainsi publié son rapport
annuel sur les violations du droit des ONG au financement. Ce
rapport de 100 pages, publié en français, anglais, espagnol,
arabe et russe a été largement diffusé en version papier (4550
exemplaires) et par voie électronique aux décideurs concernés.
Le rapport était accompagné d'une carte de la répression qui
met en lumière les pays sur lesquels l'Observatoire a travaillé,
en mettant en exergue les cas d'assassinats et de disparitions
forcées et les cas de détention arbitraire. Plusieurs conférences
de presse et de présentation ont été organisées par la FIDH pour
contribuer à sa diffusion : conférence de presse à Genève et au
Caire, présentation dans le cadre du Forum EIDHR à Bruxelles,
du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU à Genève, de la
CADHP à Banjul et de l'OSCE à Vienne.
Retours positifs :
« Votre rapport annuel est la « bible » sur la question du droit des
ONG au financement ». M. Stavros Lambrinidis, Représentant
spécial de l'UE pour les droits de l'Homme, dans son discours
lors de la session d'ouverture du congrès de la FIDH à Istanbul
(mai 2013).
« Tout le monde dans cette salle devrait repartir avec une copie
du rapport de l'Observatoire sur le harcèlement des ONG et les
obstacles à l'accès aux financements ». Jean-Louis Ville, Direction générale du développement et de la coopération EuropeAid,
lors de la session du Forum EIDHR dédiée à la question du financement desn ONG (avril 2013).
Impact :
Au moment du lancement du rapport annuel en marge du Conseil
des droits de l'Homme en février 2013, une résolution importante
sur la question de la protection des défenseurs était négociée
et devait être adoptée. L'événement parallèle de la FIDH dédié
au lancement du rapport, auquel des dizaines de diplomates et
de défenseurs ont participé, tout comme le plaidoyer mené par
la FIDH sur cette question, ont permis de faire en sorte que la
problématique du droit au financement soit clairement mentionnée, pour la première fois, dans une résolution du Conseil sur
la protection des défenseurs. Le rapport annuel a également
été utilisé par le Rapporteur spécial de l'ONU sur les libertés
d'association et de rassemblement pacifique, qui a consacré
son rapport de juin 2013 à ce sujet.

16 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

Soutien matériel et formations aux ONG et défenseurs
Afin de renforcer la capacité d'action des défenseurs, la FIDH
a fourni en 2013 une assistance matérielle à des ONG de RDC,
Syrie, Éthiopie, Mali et Libéria.
La FIDH a également soutenu l'opérationnalisation d'un centre des droits de l'Homme dans le nord de la Syrie et organisé
plusieurs séminaires de formations à l'intention de ses membres sur les droits humains et leur promotion et protection. Par
ailleurs, compte tenu des risques liés à la documentation des
violations des droits humains pendant la crise au Mali, la FIDH
a organisé une formation pour des défenseurs maliens sur la
sécurité du stockage et de la diffusion des informations. Enfin,
la FIDH a contribué à la formation par l'organisation TRACES
de défenseurs des droits de l'Homme de Guinée sur les aspects
psychologiques du recueil de témoignages de victimes de violations des droits humains.
Par ailleurs, le FIDH a préparé, en partenariat avec TRACES,
une série d'activités (dont le premier séminaire s'est tenu début
2014) pour fournir un soutien psychologique à 20 représentants
d'organisations membre et partenaires de la FIDH au Bélarus,
travaillant dans un contexte hautement répressif.

« Lors de ce séminaire, nous avons obtenu des
documents de travail que nous utilisons désormais dans
notre travail quotidien. Cette réunion nous a permis
de voir notre travail différemment, de lutter contre les
incidences de nos activités professionnelles sur notre vie
privée, et de créer un protocole quant à la conduite des
recueils de témoignage que nous n'avions jamais eu avant
et qui était plus que nécessaire. Nous espérons développer
ces activités à notre tour pour faire bénéficier de cette
expérience peu connue au niveau national à d'autres
collègues ».
Un participant au séminaire
Visibilité de la situation des défenseurs
Plusieurs activités menées en 2013 ont permis de mieux faire
connaître la situation des défenseurs et l'importance de leur
protection.
• Les interfaces auprès des organisations intergouvernementales
(cf. ci-dessus) ont permis aux défenseurs d'être mieux
connus de ces instances et de bénéficier ainsi d'un plus
grand suivi de leur action et participation
• Soutien au Festival International du Film des Droits de
l'Homme à Genève
• Mise en ligne sur le site de la FIDH d'une vidéo de Maina
Kiai, Rapporteur spécial de l'ONU sur la liberté d'association
et de réunion, à l'occasion de la publication du rapport annuel
2013 de l'Observatoire sur le droit au financement des ONG
• Mise en ligne sur le site de la FIDH de vidéos présentant
l'action des défenseurs au Bahreïn, au Bangladesh et en
Égypte, et leurs préoccupations sur le droit au financement
des ONG au niveau national
• Mise à a jour du site Free Ales, pour exiger la libération


d'Ales Bialiatski. Page du site de la FIDH dédiée aux
défenseurs membres du mouvement FIDH en prison
Contribution à la couverture médiatique de l'action des
défenseurs
Tweets sur la situation des défenseurs

Soutien aux jeunes défenseurs 
Afin de soutenir la formation des jeunes citoyens et défenseurs
des droits de l'Homme, la FIDH a renforcé son programme
d'accompagnement des stagiaires. Un groupe de travail et un
point focal au sein du secrétariat international ont été créés
et sont chargés d'élaborer un plan d'action 2014-2015. Le but
est de renforcer la participation des jeunes dans les actions de
mobilisation de la FIDH et d'encourager l'interaction entre les
différentes générations à l'intérieur du mouvement FIDH. Parmi
les activités seront mises en place une base de données et une
plateforme d'échange en ligne.

Exemples de résultats obtenus
La FIDH a permis ou contribué aux résultats suivants :
Libérations, fin du harcèlement judiciaire, avancées dans la
quête de justice
• 110 libérations (au Bangladesh, au Bélarus, en Birmanie,
au Cambodge, en Chine, à Djibouti, en Iran, en Israël, en
Malaisie, en République démocratique du Congo (RDC),
en Russie, en Tunisie, en Turquie et au Zimbabwe), des
abandons de charges (Bahreïn, Birmanie, Russie)
• Annulation de la publication du mandat d’arrêt international
par Interpol et Red Alert contre Pinar Selek.
Protection matérielle et sécurisation des défenseurs
• Mesures d'assistance médicale, sécuritaire ou judiciaire
octroyées à 45 défenseurs et ONG
• Relocalisation de 15 défenseurs et/ou membres de leurs
familles dans pays sûrs
• 15 défenseurs formés à la sécurité du stockage et diffusion
des informations.
Décisions et déclarations des mécanismes intergouvernementaux de protection et mobilisation des
diplomaties
• 5 décisions du GTDA de l'ONU reconnaissant la détention
arbitraire de défenseurs des droits de l'Homme détenus au
Bahreïn, en Syrie, en Birmanie, en Azerbaïdjan, en Iran
• Mobilisation et dénonciation publique des procédures contre
les défenseurs turcs et contre ADC Memorial (Russie)
• Résolution du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU sur
la protection des défenseurs, avec un paragraphe sur le droit
des ONG aux financements.

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

— 17

Amélioration du cadre législatif au niveau national
• Suspension de procédures d'adoption de projets de lois sur les
ONG contraires au droit international des droits de l'Homme
au Bahreïn et au Kirghizistan
• Abrogation de la loi restrictive sur les ONG en Ukraine
• Suppression des amendements controversés de la loi sur les
ONG au Kenya
Attribution de prix à des défenseurs pour lesquels la FIDH
s'est mobilisée
• Prix Vaclav Havel à Ales Bialiatski, vice-président de la
FIDH et président de Viasna (Belarus)

• Prix « Rights Livelihood » à Raji Sourani, Palestinian Center
for Human Rights (organisation membre de la FIDH en
Palestine)
• Prix de la Fondation Rafto au Bahrein Center for Human
Rights (organisation membre de la FIDH au Bahreïn)
• Prix des Nations unies pour les droits de l'Homme à Khadija
Ryadi, ex-présidente de l'AMDH (organisation membre de
la FIDH au Maroc)
• Prix Bruno Kreisky à Mazen Darwish, président du Syrian
Centre for Media (SCM)
• Prix Silver Rose au CALDH (organisation membre de la
FIDH au Guatemala).

La FIDH en interaction avec ses organisations membres et partenaires
4 missions internationales d'enquête
et de plaidoyer (Angola, Indonésie,
Bangladesh, Guatemala)
7 missions d'observation judiciaire
et de défense (Turquie, RDC, Russie,
Bangladesh, Émirats Arabes Unis)
239 interventions urgentes
plus d'une dizaine de procédures judiciaires et quasi-judiciaires initiées et suivies
Séminaires stratégiques :
• Mali : atelier pour 15 défenseurs
sur la sécurisation du stockage et
communication des données

Manifestation, Sumatra, janvier 2013 © WALHI

18 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

Guinée : ateliers de formation d'ONG
locales sur l'aspect psychologique du
recueil de témoignages des victimes
Syrie : séminaire de formation de 10
formateurs sur la promotion des droits
humains

Partenariats : OMCT dans le cadre de
l'Observatoire et environ 400 membres et
partenaires

Rapports
Bangladesh : Hausse inquiétante des
menaces contre les défenseurs
Bahreïn : 2 ans de prison pour exercice
de la liberté de réunion pacifique
Émirats Arabes Unis : Violations du droit à
un procès équitable dans l'affaire des 94
Moldavie : Torture et mauvais traitements en Moldavie et en Transnistrie :
l'impunité règne
Russie : Discriminations contre les minorités visibles : Roms, migrants et peuples
autochtones

Priorité 2

Promouvoir et protéger
les droits des femmes
Contexte et défis
Le contexte international est caractérisé par une montée des
conservatismes tendant à remettre en cause les droits des
femmes. Alors que le 20ème anniversaire de la Conférence
mondiale sur les femmes de Pékin approche, les acquis des
dernières décennies se trouvent de manière générale menacés.
Les risques de reculs sont les plus flagrants dans le domaine des
droits reproductifs et sexuels, mais également en ce qui concerne la protection des femmes contre les violences ou en matière d'égalité des femmes et des hommes au sein de la famille.
En parallèle, les déclarations aux niveaux international et régional se multiplient, reconnaissant le rôle clé des femmes et
l'importance de l'égalité hommes-femmes pour la construction
d'une paix durable, pour l'économie et pour le développement.
Il est largement reconnu que l'échec des Objectifs du Millénaire
pour le Développement, qui doivent être renouvelés en 2015,
est lié au fait que l'égalité les femmes et les hommes n'a pas
été atteinte.
En 2013, les négociations visant à faire adopter une déclaration
sur l’élimination de la violence contre les femmes au sein de la
Commission de la condition de la femme (CSW) se sont heurtées à une forte résistance : une coalition d’États, parmi lesquels
le Vatican, l’Iran, l’Égypte, la Syrie et la Russie, a cherché à
revenir sur des accords antérieurs portant sur des engagements
clés. Dans un tel contexte, le document final - qui comprend
un appel à rendre accessibles et abordables des services de
santé parmi lesquels des soins de santé sexuelle et reproductive comme la contraception d’urgence ou l’avortement sans
risque pour les victimes d’actes de violence - constitue une
victoire significative.
Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, les soulèvements du
« Printemps arabe » ont ouvert des possibilités pour la promotion de l’égalité en droit et en pratique. Ils ont toutefois
également engendré des risques de régression. En Tunisie,
l’issue des négociations sur les dispositions constitutionnelles
concernant l’égalité et la non-discrimination aura un impact
profond sur les droits des femmes. En Égypte, la participation
des femmes au processus de transition est menacée par les vio-

lences continuelles dont sont victimes celles d’entre elles qui
tentent d’exercer leur droit à participer à la vie publique. Les
femmes qui manifestent continuent d'être cibles de violences
sexuelles commises en toute impunité. Au Yémen, le processus
de transition a ouvert la possibilité de réformer la législation :
il a notamment été proposé lors de la Conférence du dialogue
national de porter l’âge minimum au mariage pour une femme
à 18 ans.
Alors que les femmes éprouvent de grandes difficultés à être
représentées dans les processus de transition politique et de
paix, elles sont toujours soumises aux pires formes de violence dans les zones de conflit. Le viol et les autres violences
sexuelles continuent à être utilisés en tant qu’armes de guerre,
dont les auteurs jouissent d’une totale impunité. En République
démocratique du Congo (RDC), pays que l’on surnomme la
capitale mondiale du viol, les 20 années de conflit ont été marquées par le recours massif et systématique aux crimes sexuels.
Très peu de victimes ont eu accès aux tribunaux, et aucune n’a
obtenu réparation. En Syrie, le conflit en cours a un impact
particulier sur les femmes et les jeunes filles, augmentant leur
vulnérabilité et les actes de violence liés au genre.

La FIDH et ses ligues en action

> Contribuer à l'égalité entre les
femmes et les hommes en droit
Échanges stratégiques et actions de plaidoyer
En 2013, la FIDH a continué à focaliser son action sur le
Maghreb Moyen-Orient, compte tenu des défis importants
auxquels font face les femmes dans la région à la suite des
soulèvements du "Printemps arabe", des opportunités mais
également des risques de reculs dans le domaine de l'égalité
entre les hommes et les femmes.
Ainsi, sur la base de son rapport «Monde arabe, quel printemps
pour les femmes ?» publié en 2012 (cette publication analyse
le rôle des femmes dans les mouvements de contestation, les
révolutions et les transitions dans le monde arabe et les dével-

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

— 19

oppements pour les droits des femmes depuis le déclenchement des soulèvements en 2011, dans 8 pays), la FIDH et ses
organisations membres et partenaires de la région ont organisé
une série d’événements de sensibilisation et de plaidoyer pour
faire en sorte que les réformes en cours garantissent le respect
des normes internationales de protection des droits des femmes.
Ces activités ont avant tout été menées au niveau national,
auprès des autorités concernées, en s'appuyant sur les médias
de la région pour mieux diffuser le message des organisations
de la société civile, augmenter la pression sur les décideurs et
sensibiliser la population. Ainsi, la FIDH a produit une note de
position sur le projet de réforme de la Constitution en Egypte
dénonçant les dispositions contraires à la CEDAW. Cette note,
transmise aux autorités et aux médias nationaux, a nourri de
nombreux débats sur cette question. La FIDH a également
conduit de nombreuses missions de plaidoyer en Tunisie pour
appeler les pouvoirs exécutifs et législatifs à garantir l'égalité
entre les hommes et les femmes dans le projet de Constitution
en cours de rédaction (cf. focus).
Des actions de plaidoyer ont également été engagées auprès du
Conseil des droits de l'Homme des Nations unies, du Groupe
de travail des Nations unies chargé de la question de la discrimination à l'égard des femmes, dans la législation et dans
la pratique, et de l'Union européenne, pour les mener à appeler
l'Egypte et la Tunisie, mais aussi l'Arabie Saoudite et la Jordanie à respecter les droits des femmes.
Par ailleurs, deux réunions de stratégie ont été organisées au
Caire en présence de représentants d'organisations de la société
civile de la région pour déterminer les actions à mener dans le
cadre de la campagne Egalité sans Réserve, initiée en 2006 par
l'Association démocratique des femmes au Maroc et la FIDH,
pour obtenir la levées des réserves émises par les Etats de la
région à la CEDAW et la ratification du Protocole facultatif
de cette convention.

FOCUS
Pour une nouvelle Constitution tunisienne respectueuse
des droits des femmes
La FIDH a soutenu ses organisations membres en surveillant
l'évolution du projet de réforme constitutionnelle et dénonçant
ses dispositions violatrices des droits des femmes, contraires
aux principes de l'égalité entre les hommes et les femmes et de
non discrimination.
Dans ce contexte, la FIDH a mobilisé les médias et sensibilisé
l'opinion public sur l'incompatibilité du projet de Constitution
avec les normes internationales de protection des droits humains
qui lient la Tunisie. La FIDH a également mené de nombreuses
actions de plaidoyer auprès des autorités nationales. Une
mission en janvier a permis de rencontrer les plus hautes
autorités de l'Etat, notamment le président, et s'est prolongée
par des échanges récurrents avec des représentants de l'exécutif
et les membres de l'ANC, mais aussi auprès des gouvernements

20 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

internationaux et institutions internationales et européennes
pour que la promotion de l’égalité, la garantie et le respect des
droits des femmes soit au cœur des priorités de leurs relations
avec le gouvernement tunisien. Ainsi, le Groupe de travail des
Nations unies sur les lois et pratiques discriminatoires à l'égard
des femmes a émis de fortes recommandations aux autorités
tunisiennes s'agissant de la réforme constitutionnelle.
Impact de cette mobilisation, la Constitution adoptée en janvier
2014 contient des dispositions sur l'égalité des sexes, la non
discrimination et sur la protection des femmes contre les
violences.

« L'adoption de la nouvelle constitution tunisienne a été une
victoire pour la société civile en générale, en particulier pour
les femmes. Elle pose les fondamentaux de la démocratie et de
l'égalité. Nous devons maintenant rester vigilants car comme
tous les textes favorables aux droits des femmes, sa vraie valeur
dépendra de son interprétation et de sa mise en œuvre effective. »
Souhayr Belhassen, présidente d'honneur de la FIDH

La FIDH a également poursuivi son action en Afrique, à travers
sa campagne « l'Afrique pour les droits des femmes, Ratifier et
Respecter ! » initiée en 2009 avec une centaine d'organisations
régionales et nationales généralistes dans la protection des droits
humains et spécialisées dans la protection des droits des femmes.
Elle a ainsi profité de ses missions de terrain et de ses interventions
auprès de la Commission africaine des droits de l'Homme et des
peuples pour appeler autorités nationales à ratifier le Protocole à
la Charte africaine des droits de l'Homme et des peuples sur les
droits des femmes en Afrique et mettre en harmoniser les législations et pratiques en conséquence.
S'agissant de l'Ouganda particulièrement, où la législation régissant le mariage et le divorce est constituée de lois multiples qui
s'appliquent aux personnes en fonction de leur religion et qui sont
discriminatoires envers les femmes, la FIDH a fait le suivi de son
plaidoyer pour l'adoption d'un projet de réforme en préparation
depuis plusieurs décennies et modifié à plusieurs reprises. Des
consultations ont été menées entre la FIDH et son organisation
membre, Foundation for Human Rights Initiative, et des organisations ougandaises des droits des femmes pour analyser les raisons
des blocages et décider l'organisation d'une mission début 2014
pour établir des stratégies aux fins d'accélérer l'adoption de la
réforme.
Par ailleurs, dans la continuité de son plaidoyer pour la participation des femmes aux processus de paix, la FIDH s'est mobilisée
pour que ce thème ainsi que la protection des droits des femmes
soient inscrits à l'ordre du jour du Sommet Afrique-France de
décembre 2013. La FIDH a également multiplié les appels aux
autorités maliennes et aux Nations unies pour que les droits des
femmes soient au cœur de la transition dans ce pays.

La FIDH et ses organisations membres et partenaires ont également mené des actions en faveur de la protection des droits des
femmes en Asie : la FIDH et la Ligue iranienne des droits de
l'Homme ont ainsi alerté le Comité des droits économiques,
sociaux et culturels des Nations unies sur les discriminations à
l'égard des femmes, et la FIDH a soutenu son organisation membre Armanshar/Open Asia dans l'organisation du premier festival
de films sur les droits des femmes, qui s'est tenu à Hérat, en Afghanistan, en mars 2013.
Actions contentieuses
Conformément à son plan d'action stratégique pluriannuel, la
FIDH – à travers son Groupe d'action judiciaire - a décidé de
mener des actions contentieuses pour contrer les remises en cause
croissantes des principes d’égalité et des droits des femmes et les
attaques à l’encontre des activistes des droits humains mobilisés
pour la défense des droits des femmes.
Ainsi, en Tunisie, la FIDH a mandaté deux avocats mauritanien
et français aux fins de participer aux côtés d'avocats tunisiens à
la défense d’Amina Sboui 'Tyler', accusée de partager le combat Femen. Outre les poursuites judiciaires, Amina Sboui 'Tyler'
a fait face à une campagne virulente de la part d’une partie de
l’opinion tunisienne et de groupes radicaux aux propos violents,
allant jusqu’à appeler à une condamnation de la jeune femme à
la peine capitale. Amina a été libérée, mais les poursuites sont
toujours en cours.

> Promouvoir l'accès des femmes à la
justice
Documentation
Dans le cadre de son action de mobilisation de l'opinion publique,
des autorités et des instances inter-gouvernementales pour la protection des droits des femmes au Maghreb Moyen-Orient suite aux
soulèvements populaires, la FIDH a mené et publié des enquêtes
pour briser le tabou sur les violences contre les femmes et soutenir
et promouvoir le droit des victimes à la justice.
Avec ses organisations partenaires, la FIDH a ainsi organisé une
mission d'enquête en Égypte sur les violences à l'égard des femmes
dans l'espace public. La mission a pu constater que l'ampleur du
harcèlement et des agressions sexuelles à l’encontre des femmes
en Égypte constitue un obstacle majeur à leur participation à la
transition politique de leur pays. Les gouvernements successifs
n’ont pas pris les mesures nécessaires pour mettre un terme aux
violences à l’encontre des femmes et ces crimes continuent d’être
commis en toute impunité. La publication du rapport de cette mission est prévue début 2014.
En 2013, la publication du rapport de la FIDH, « Violences à
l'encontre des femmes en Syrie : briser le silence », a contribué à
sensibiliser la communauté internationale sur l'enlèvement et le
viol de femmes dans le cadre du conflit. Le rapport dénonce, par
ailleurs, la situation particulièrement préoccupante des réfugiées

syriennes en Jordanie menant la FIDH à conduire un plaidoyer
sur cette question auprès des autorités jordaniennes, du UNHCR
et des procédures spéciales et autres mécanismes de protection
des droits humains des Nations unies.
Actions contentieuses
L'accès des femmes à la justice faisant l'objet de nombreux obstacles (législatifs, politiques, sociétaux, financiers), la FIDH a
continué sa mobilisation en faveur du droit des femmes victimes
de violations des droits humains à la justice et de la lutte contre
l'impunité de leurs auteurs.
Ainsi, la FIDH s'est mobilisée aux côtés d'une jeune femme tunisienne, Meriem Ben Mohamed, pour que les poursuites à son
encontre pour atteinte à la pudeur alors qu'elle fut victime de viol
par des agents des forces de l'ordre soient abandonnées. La FIDH,
à la demande l'Association tunisienne des femmes démocrates,
s'est ensuite constituée dans l'équipe d'avocats de Meriem Ben
Mohamed suite au dépôt d'une plainte contre les agents pour viol
et extorsion de fonds.
En Guinée Conakry, la FIDH a poursuivi son action judiciaire
aux côtés de 300 victimes et familles de victimes de la répression
par la junte militaire d'une manifestation pacifique de l'opposition
et de la société civile, communément appelée le massacre du 28
septembre 2009. Dans cette affaire, la FIDH met un accent particulier au soutien des nombreuses victimes de violences sexuelles,
via le recueil de leur témoignage, leur accompagnement pour les
auditions devant les juges guinéens et des demandes d'actes judiciaires spécifiques pour que ceux-ci établissent les responsabilités. La FIDH a également permis la formation des représentants
d'associations de victimes et d'ONG de protection des droits de
l'Homme à l'aspect psychologique du recueil de témoignages des
victimes, notamment des victimes de violences sexuelles.
Dans le cadre de ses enquêtes à Gao, Kidal, Mopti et Sévaré, sur
les crimes commis par les groupes extrémistes pendant leur occupation du Nord Mali et ceux commis depuis la contre offensive
des forces armées nationale et internationales, la FIDH a recueilli
de nombreux témoignages de violences sexuelles et rencontré plusieurs organisations locales travaillant avec les femmes victimes
du conflit. Des discussions stratégiques ont pu être menées pour

Trois femmes de dos, camp de Mugunga III (RDC), août 2013, ©AFP

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

— 21

analyser dans quelle mesure des plaintes pourraient être déposées
devant les tribunaux nationaux prenant en compte les réticences
initiales des victimes du fait des tabous sociaux et de l'absence de
confiance envers la justice.

recours internes ou porter ces affaires devant la Commission

En Côte d'Ivoire, la FIDH a continué d'encourager les juges
d'instruction à établir les responsabilités s'agissant des violences
sexuelles perpétrées à l'occasion de la crise post-électorale.

Les conclusions de l'enquête de la FIDH furent présentées à la

Activités de plaidoyer aux niveaux national, régional et
international
La FIDH et son partenaire en Libye, l'Observatoire sur le genre en crise, ont mobilisé le gouvernement libyen en faveur de
l'adoption d'une loi reconnaissant les victimes de viol pendant le
conflit comme victimes de guerre. En juin 2013, le gouvernement
a approuvé le projet de loi et l'a soumis au congrès général national
pour adoption. La loi a ensuite été validée par la commission juridique du parlement. La FIDH s'est alors engagée dans un plaidoyer auprès d'Etats influents pour appeler à l'adoption de cette loi,
en participant notamment à un séminaire organisé par le parlement
italien en juillet 2013, à l'issue duquel il a adopté une résolution
appelant le congrès général national libyen à adopter la loi.

africaine des droits de l'Homme et des peuples (CADHP). Une
telle communication sera ainsi portée par nos organisations
en 2014.

session de mai du Conseil des droits de l'Homme des Nations
unies, contribuant à sa décision d'organiser un panel de haut
niveau sur la question de la lutte contre l'impunité des crimes
sexuels en RDC en mars 2014.
Ces mêmes conclusions furent également présentées par la
FIDH et ses organisations membres en juillet 2013, aux experts
du Comité CEDAW, lors d’un briefing précédant leur examen
du rapport de la RDC. Le Comité CEDAW a dénoncé, dans
ses observations finales, l’impunité généralisée des auteurs
de violences sexuelles commises dans le cadre du conflit à
l’Est de la RDC et le retard dans la mise en œuvre de tribunaux
d’exception pour le jugement de crimes internationaux. Suite
au plaidoyer de la FIDH, le Comité a également stigmatisé les
lacunes concernant l’exécution des décisions de justice et le
non- versement des indemnités accordées dans les affaires
de violences sexuelles, et dénoncé les menaces contre les
défenseurs qui soutiennent les victimes de tels crimes.

FOCUS
La FIDH se mobilise pour le droit à la justice et à la

Le rapport final de la mission d'enquête a été présenté lors d'une

réparation des victimes de crimes sexuels en RDC

conférence de presse (en présence de nombreuses agences de

Dans le cadre d'un programme spécifique sur la lutte contre

presse, radios, journaux et télévisions), à Kinshasa et débattu

l'impunité des crimes sexuels en RDC, la FIDH et ses

avec les autorités nationales qui se sont engagées à prendre

organisations membres, la Ligue des électeurs, le Groupe

des mesures pour lutter contre l'impunité des crimes sexuels.

Lotus, l’ASADHO et son partenaire Solidarités féminines pour

Notamment, la ministre du Genre a demandé aux organisations

la paix et le développement intégral (SOFEPADI) ont mené

membres de la FIDH de travailler au projet de loi sur la gratuité

une mission à Kinshasa en avril, sur l’accès des victimes de

du recours à la justice pour les victimes de violences sexuelles.

violences sexuelles à la justice et à la réparation. La mission

Enfin, à l'occasion de cette mission de suivi, la FIDH a organisé

a pu rencontrer la Ministre de la justice, la Ministre du genre,

un atelier avec des représentants de SOFEDI et leurs avocats

des autorités judiciaires, ainsi que des représentants de la

pour une formation sur les bonnes pratiques en matière de

communauté internationale et de la société civile. La mission a

soutien des victimes de crimes sexuels dans des procédures

permis d'identifier les obstacles à la lutte contre l’impunité des

judiciaires.

auteurs de crimes sexuels.
Pour renforcer l’accès à la justice des victimes de violences

Enfin, la FIDH a continué sa mobilisation pour que le Procureur de

sexuelles, les efforts des autorités congolaises et de la

la Cour pénale internationale renforce sa politique pénale s'agissant

communauté internationale se sont largement focalisés sur le

de la lutte contre l'impunité des auteurs des crimes sexuels.

renforcement des juridictions, notamment militaires, et sur le
soutien à l’ouverture d’enquêtes et de poursuites. Aujourd’hui
d’importants procès, même si encore trop peu nombreux, se
tiennent à l’encontre des auteurs présumés de ces crimes
sexuels. Mais ces jugements restent très peu exécutés : les
auteurs condamnés trouvent très souvent la fuite. Aucune des

Exemples de résultats obtenus
La FIDH a permis ou contribué à/au

décisions en matière de réparation n'a été exécutée.

Contribution à l'égalité entre les femmes et les hommes en droit

A la suite de sa mission, la FIDH a réuni des organisations

Tunisie

congolaises de la société civile et des avocats des victimes

• Recommandations du Groupe de travail des Nations unies

pour établir des stratégies d'action pour lutter contre l'impunité

chargé de la question de la discrimination à l'égard des femmes

aux niveaux national et régional. Les organisations ont décidé

aux autorités tunisiennes pour garantir l'égalité des sexes et la

d'examiner l'état d'avancement de procédures symboliques sur
la question des crimes sexuels en vue d'agir pour épuiser les

22 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

non discrimination dans la réforme de la Constitution
• Dispositions de la nouvelle Constitution qui garantissent l'égalité

entre les sexes, la non discrimination et la protection des femmes

des agents des forces de l'ordre et, en 2014, la condamnation

contre les violences

des policiers pour viol et extorsion de fonds.

• La libération d'Amina Sboui 'Tyler' poursuivie pour avoir tagué «
FEMEN » sur un mur près d'un cimetière.

Libye
• Projet de loi qualifiant les victimes de viols de victimes de guerre

Iran

approuvé par le gouvernement et soumis au Parlement.

• Les recommandations du Comité DESC des Nations unies
ont fait écho aux préoccupations de la FIDH sur les droits des

Égypte

femmes.

• La création par le gouvernement d'une unité pour les victimes de
violences sexuelles au sein du ministère de l'Intérieur.

Afrique / France
• L'inclusion de la question de la protection des droits des femmes
et de leur participation aux processus de paix dans les débats
et la déclaration finale du Sommet Afrique-France de décembre
2013.

Syrie
• La documentation des crimes sexuels

• La sensibilisation des membres du Conseil de sécurité des
Nations unies sur les violences sexuelles dans ce pays. (Le
rapport de la Représentante spéciale du Secrétaire général des

Maghreb – Moyen-Orient

Nations unies sur les violences sexuelles dans les conflits cite

• La résolution du Conseil de l'Europe qui fait référence aux

le rapport de la FIDH sur les violences sexuelles en Syrie lors

20 mesures de la FIDH et de ses organisations membres et

d'une séance du Conseil de sécurité).

partenaires pour l'égalité entre les sexes dans la région.
RDC
Monde
• Publication d'un appel conjoint avec la Présidente du Comité

• Conclusions du Comité CEDAW qui reflètent l'ensemble des
préoccupations soulevées par la FIDH.

CEDAW en faveur de la levée des réserves à la Convention
CEDAW.

Guinée
• L'inculpation pour viol et le placement sous mandat de dépôt

Promotion de l'accès des femmes à la justice

d'un gendarme guinéen dans l'affaire du massacre du 28

Tunisie

septembre 2009.

• L'abandon des poursuites contre Meriem Ben Mohamed,
accusée d'atteinte à la pudeur alors qu'elle fut victime de viol par

Graffiti sur Talaat Harb, ©Julia Schoepp

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

— 23

La FIDH en interaction avec ses organisations membres et partenaires
10 missions internation-

Séminaires stratégiques :

ales d'enquête, judiciaire et

Partenariats : Coalition

Coalition pour l'égalité

pour l'Egalité sans réserves ;

sans réserves, le Caire,

l'Afrique pour les droits des

janvier et mai 2013

femmes : ratifier et respecter ! ;

RDC, stratégies conten-

Coalition internationale pour

Soutien au plaidoyer de 20

tieuses pour lutte contre

la Cour pénale internation-

défenseurs auprès des OIG,

l'impunitié des auteurs

ale ; Conférence syndicale

mécanismes pertinents régio-

de crimes sexuels, avril

internationale

naux et internationaux et de

et décembre 2013

de plaidoyer (Égypte, Syrie,
Tunisie, Côte d'Ivoire, Guinée)
67 Communiqués de presse

représentants d'Etats influents

Mission de la FIDH au Mali. Crédit FIDH

24 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

Rapports
RDC : Déni de justice pour les
victimes de crimes sexuels
RDC : Les victimes de crimes
sexuels obtiennent rarement justice
et jamais réparation : changer la
donne pour combattre l'impunité
SYRIE : Violences à l'encontre des
femmes en Syrie : briser le silence
IRAN : Pauvreté en hausse, droits
des travailleurs en baisse
MAROC : Un pouvoir judiciaire pleinement indépendant doit être mis en
place au Maroc
EGYPTE : Note de position sur la
réforme de la Constitution

Priorité 3

Promouvoir et protéger
les droits des migrants
Contexte et défis
La vulnérabilité des migrants s'aggrave avec le renforcement
toujours croissant du contrôle exercé sur la mobilité humaine
et des politiques qui font primer des intérêts économiques et
sécuritaires sur le respect des droits humains. Alors que les
États-Unis continuent à se « protéger » derrière un mur illusoire, l'Union européenne renforce le contrôle de ses frontières extérieures avec l'aide de son agence de surveillance
des frontières, Frontex. Ces mesures, ainsi que le rétrécissement d'opportunités de migration régulière et un accès au droit
d'asile de plus en plus limité, poussent les migrants à emprunter
des routes toujours plus dangereuses qui les mènent souvent
à la mort, transformant peu à peu la mer Méditerranée en un
gigantesque cimetière. En 2013, les décès survenus au large
des côtes de Lampedusa, en Italie, ont attiré l’attention internationale sur l’impact des politiques migratoires européennes.
Cependant, on n’a pas constaté l’émergence d’une volonté politique d’effectuer les changements significatifs qui s’imposent.
Les pays européens continuent de plus en plus à faire peser la
responsabilité du contrôle des migrations sur les pays de départ
et de transit, y compris par le biais de « partenariats pour la mobilité » conclus avec les pays du sud de la Méditerranée qui, en
échange d'un contrôle accru des flux migratoires et de la réadmission sur leur territoire des migrants en situation irrégulière
en Europe, peuvent éventuellement obtenir des visas européens
pour certaines catégories de leurs ressortissants. En 2013, les
efforts de l’UE visant à renforcer les contrôles migratoires et
à limiter les départs se sont une fois de plus concentrés sur la
Libye où la situation des migrants est pire que jamais : détentions arbitraires dans des conditions inhumaines et dégradantes,
tortures, absence d'accès au statut de réfugiés. Face à la crise
humanitaire syrienne, le nombre de réfugiés syriens dans les
pays voisins ayant atteint plus de 2.3 millions de personnes, les
Etats membres de l'UE n'ont accueilli qu'environ 2 pourcent.
Les travailleurs migrants, spécialement lorsqu'ils se trouvent
en situation irrégulière, sont victimes de multiples violations
de leurs droits et souvent exploités par des employeurs ou des
agences de recrutement. Compte tenu de l'attraction qu'exercent
les pays émergents (Brésil, Inde, Chine) ou des États pétroliers

comme ceux du Golfe ou certains pays d'Afrique, la majorité
des migrations s'effectuent aujourd'hui vers le Sud (sud-sud
ou nord-sud). Dans les pays du Golfe, les migrants sont pris
au piège par le système de sponsors (kafala) qui les enchaîne
à leurs employeurs et les empêche de quitter leur emploi et
même le pays. La situation des travailleurs migrants au Qatar
s’est retrouvée sous le feu des projecteurs à l’occasion des
préparatifs pour la Coupe du Monde de football de 2022, qui
battent actuellement leur plein. Par ailleurs, la Russie reste une
destination importante pour les travailleurs migrants d’Europe
de l’Est et d’Asie centrale, mais rien n’a été fait pour lutter
contre la discrimination et la violence qu’ils y subissent.
De rares évolutions positives ont été enregistrées en 2013
s'agissant des droits des migrants. Au Maroc, les autorités se
sont engagées dans une révision de la politique migratoire qui
vise à l’aligner sur les normes internationales. Cette révision a
coïncidé avec l’examen du pays par le Comité onusien sur la
protection des droits des tous les travailleurs migrants et des
membres de leur famille.

La fidh et ses ligues en action

> Renforcer les politiques et lois
nationales pour la protection
des droits des migrants
Enquêter et alerter sur les droits des migrants
Sur la base d'une mission de suivi d'une enquête menée sur
la situation des migrants et des réfugiés en Libye en 2012, la
FIDH a publié une note dénonçant la persistance des violations
des droits fondamentaux des migrants et réfugiés notamment
d’origine subsaharienne. La FIDH a mené de nombreuses actions de plaidoyer en Libye et auprès de l'Union européenne
(UE) appellant à une adaptation urgente des politiques et des
pratiques en cours, fondée sur une autre compréhension de
la réalité des migrations en Libye et des enjeux que celles-ci
représentent pour la construction d’un Etat de droit en Libye,
pour les relations de ce pays avec ses voisins africains, ainsi
que pour l’UE et ses Etats membres.

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 25

Dans la continuité de ses enquêtes sur les violations des droits
humains dans le cadre de la politique de surveillance des
frontières de l'UE, notamment sur le rôle de son agence Frontex, la FIDH a co-organisé une mission à la frontière GrécoTurque. Cette mission a permis de confirmer des allégations
d'explusions collectives ("push-backs") vers la Turquie des
bateaux de migrants et réfugiés par les gardes-côtes grecs. La
mission a recueilli des témoignages sur ces pratiques, ainsi
que sur les pratiques de "dissuasion" opérées par les gardecôtes visant à empecher les migrants et réfugiés d'atteindre
le territoire européen. La mission a également documenté la
détention systématique des migrants en Grèce et des violences
à leur égard. Le rapport de la mission sera publié à la veille des
élections européennes en juin 2014.

FOCUS
Enquête sur le système de kafala et les violations des
droits des Bidun au Koweït
La FIDH, avec son organisation membre Humanline, a mené une
enquête au Koweït dans le contexte des promesses répétées des
autorités de réforme du système du Kafala (tutorat). La mission
a pu rencontrer des représentants des autorités nationales, des
ambassades, des organisations de la société civile et recueillir les
témoignages de migrants. L'enquête s'est également focalisée
sur la situation des milliers de Bidun, qui se trouvent apatrides,
le Koweit refusant de leur accorder la pleine citoyenneté en dépit
de leur présence ancienne sur ce territoire. En effet, depuis les
années 1980, les autorités considèrent les plus de 100 000
Bidun présents au Koweit comme étant des résidents illégaux,
expliquant que ceux-ci ont délibérément détruit leurs documents
d'identité aux fins de bénéficier des avantages de la citoyenneté
koweïtienne. Des manifestations pacifiques de Bidun contestant
cette situation font l'objet d'une violente répression par les forces
de sécurité. Des Bidun, mais aussi des activistes et avocats
qui les soutiennent, font l'objet de détention et de procédure
arbitraires. Le rapport de cette mission sera publié en 2014 ; ses
recommandations seront partagées avec les autorités des pays
de départ des migrants et les autorités koweïtiennes.

Faisant le suivi de son rapport de 2011 sur les droits des travailleurs migrants tadjiks, et l'examen du Tadjikistan par le
Comité onusien sur les droits des travailleurs migrants en 2012,
la FIDH et son organisation membre en Russie, ADC Memorial, se sont rendues à Douchanbé pour étudier les développements institutionnels et législatifs et les défis auxquels font
ace les travailleurs migrants et leurs familles, en examinant
particulièrement la situation des travailleuses migrantes et
épouses de migrants. Le rapport préliminaire, publié en juin
2013, souligne que si la question des migrants est à l'agenda
des autorités tadjikes et que la société civile a été impliquée
dans la rédaction de projets de lois, les mesures prises sont
encore largement insuffisantes. Ceux-ci demeurent victimes de
pratiques illégales d'employeurs et intermédiaires (confiscation

26 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

de passeport, rétention de salaire, attaques xénophobes...). 14 %
des travailleurs migrants tadjiks en Russie sont des femmes ;
et de nombreuses épouses de migrants sont laissées sans ressources avec leurs enfants à charge.
Enfin, à l'occasion de l'examen de la Russie par le Comité des
Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale, la
FIDH a soutenu un rapport alternatif de son organisation membre ADC Memorial qui démontre que bien que la Russie demeure l’un des principaux pays de destination des travailleurs
migrants, ceux-ci ne sont pas protégés contre les formes graves
de discrimination. Les communautés migrantes sont soumises
à une forte discrimination en matière d’emploi, en partie à
cause des formalités administratives qui leur sont imposées
pour obtenir un permis de travail. Le rapport donne plusieurs
exemples de violations des droits des travailleurs migrants, qui
dans certains cas aboutissent à un véritable esclavage moderne.
Plaider aux niveaux national, régional et international pour
la protection des droits des migrants
A l'occasion de deux missions en décembre 2012 et mai 2013
dans les camps de réfugiés en Jordanie pour enquêter sur les
violences sexuelles et sexo-spécifiques dans le cadre du conflit
en Syrie, la FIDH et son organisation partenaire AWO (Arab
Women's Organisation), ont pu documenter les violences
particulières subies par les femmes refugiées syriennes, en
Syrie, mais aussi en tant que réfugiées. La FIDH et AWO ont
notamment dénoncé auprès du directeur des réfugiés au sein
du ministère de l'Intérieur les dérives du système de « sauvetage » qui permettait à des réfugiés de sortir du camp en
prouvant leur assistance financière par un jordanien, générant
des pratiques d'exploitation, notamment de femmes et de filles
(mariages forcés, prostitution, etc). La FIDH a également alerté
les autres autorités de la région, notamment les représentants
de l'Etat Egyptien de la situation extrêmement précaire des réfugiés syriens, et appelé la communauté internationale à réagir
pour protéger leurs droits et pour mettre en place une véritable
politique d'accueil.
La FIDH a par ailleurs mené un important plaidoyer auprès
des instances de l'UE et de ses Etats membres pour que leurs
politiques migratoires respectent le droit international des droits
humains. Le drame de Lampedusa, où plus de 300 migrants ont
péri au large des côtes de l'île italienne en octobre 2013, fut
une funeste occasion pour la FIDH de dénoncer une nouvelle
fois les politiques meutrières menées par l'Europe contre les
migrants et d'appeler l'institution continentale à des réformes
d'envergure. La FIDH s'est notamment adressée aux ministres
de l'Intérieur des Etats membres, à la commissaire européenne
aux affaires intérieures et aux parlementaires européens pour
qu'ils revoient entièrement leurs politiques migratoires, en veillant à ce que des considérations d’ordre sécuritaire ne soient
pas au détriment des droits humains et à ce que ces politiques
visent d’abord et avant tout la protection des vies et des droits
humains des migrants plutôt que le verrouillage des frontières.

FOCUS

FOCUS

Plaidoyer pour une plus grande protection des migrants

La FIDH soutient les plaintes judiciaires des victimes

au Maroc

du bateau abandonné à la mort

En septembre 2013 la FIDH a soutenu la soumission d'un

En mars 2011, alors que des Etats effectuaient des patrouilles

rapport alternatif au Comité des Nations unies sur les

dans le cadre de l'opération de l'OTAN contre le régime

travailleurs migrants et la participation de représentants de

de Kadhafi, 72 migrants qui fuyaient la Libye à bord d'une

son organisation partenaire, le GADEM à l'examen du Maroc

embarcation de fortune ont été laissés à la dérive. Des alertes

par le Comité. A l’issue de cet examen, le Comité a appelé le

de détresse ont été envoyées aux gardes-côtes italiens, à

Maroc à mettre fin aux pratiques discriminatoires, expulsions

l'OTAN, ainsi qu'à tous les bateaux présent dans cette zone.

collectives et autres violences, et à garantir les droits humains

Des hélicoptères et un bateau militaire ont vu l'embarcation mais

des migrants et demandeurs d’asile, conformément à ses

ne sont pas venus en aide aux passagers. Après 15 jours, le

obligations internationales. Les observations du Comité

bateau fut rejeté sur les côtes libyennes avec 11 survivants. 2

reflètent largement les recommandations de la FIDH et de ses

sont morts peu après leur débarquement. 63 personnes, dont 20

partenaires, ainsi que celles publiées par le Conseil national

femmes et 3 enfants, ont ainsi trouvé la mort faute de secours.

des droits de l’Homme du Maroc (CNDH). Le Comité onusien
a insisté notamment sur la nécessité d’amender la loi 02-03

Après une plainte déposée par des survivants en Italie en 2012,

« relative à l’entrée et au séjour des étrangers au Royaume

deux survivants du drame ont déposé plainte le 18 juin 2013

du Maroc, à l’émigration et l’immigration clandestine ». En

simultanément devant le Tribunal de grande instance de Paris

effet, cette loi criminalise toute tentative de quitter le territoire

et l’Audiencia Nacional à Madrid, visant la responsabilité des

marocain de façon irrégulière, en violation du droit international.

armées française et espagnole pour non assistance à personne

Elle impose également des sanctions d’emprisonnement et des

en danger. Le Gisti, la FIDH, la LDH et Migreurop se sont

amendes pour les travailleurs migrants étrangers en situation

constitués parties civiles en France auprès des victimes pour

irrégulière sur son territoire.

contraindre l’ouverture d’une instruction judiciaire alors qu'une
première plainte simple déposée en 2012 avait été classée sans

L'examen du Maroc par le Comité des Nations unies sur les

suite par le parquet.

travailleurs migrants ainsi que la publication d'un rapport par
la Commission nationale marocaine des droits de l'Homme ont

Le 26 novembre 2013, trois survivants soutenus par des

contribué aux annonces d'une série de mesures pour améliorer

ONG dont la FIDH et la Ligue belge des droits de l'Homme

la protection des droits des migrants sur le territoire marocain.

ont également déposé plainte devant le Tribunal de première

Le Roi du Maroc s'est exprimé en appelant à ce que la question

instance de Bruxelles contre l’armée belge pour non assistance

des migrations soit approchée « de manière globale et humaniste

à personne en danger. Par ailleurs, des demandes de

conformément au droit international ».

communication d’information ont été déposées au RoyaumeUni, aux États-Unis et au Canada afin d’obtenir des précisions

En décembre 2013, les autorités marocaines ont mis en

sur les actions des armées de ces trois pays en Méditerranée à

place un programme de régularisation. La FIDH et ses

la période des faits litigieux.

organisations membres et partenaires tiendront en 2014 un
atelier de partage d'informations sur la mise en œuvre de

Le 6 décembre, le juge français a ordonné un non-lieu. Les deux

ce programme, et d'échange d'expérience sur des mesures

victimes et les organisations qui les soutiennent ont fait appel

similaires prises dans d'autres pays. La FIDH, avec ses

de cette décision.

organisations membres et partenaires, veillera également
à l'implication des organisations des droits humains dans

La FIDH suivra de près ces affaires et ne manquera pas de saisir

le processus d’évaluation et de réforme des législations et

la Cour européenne des droits de l'Homme en cas d'épuisement

politiques migratoires au Maroc.

des voies de recours internes.

> Renforcer la responsabilité des
acteurs en matière de violation
des droits humains
Afin de lutter contre l'impunité, influencer les politiques et
veiller à la prévention de nouvelles violations, la FIDH a
développé des actions judiciaires stratégiques dans des affaires
de violations des droits des migrants. Particulièrement, la FIDH
a développé ses actions judiciaires s'agissant des violations
des droits humains en Mer Méditerranée, dans le contexte des
politiques migratoires de l'UE et de ses Etats membres.

Par ailleurs, la FIDH et d'autres partenaires au sein de la
campagne Frontexit ont mené des actions de plaidoyer pour
appeler à plus de transparence, de responsabilité et d'obligations
en matière de protection des droits humains de l'agence de l'UE
Frontex. Elles ont ainsi contribué au rapport de la Commission
des migrations, des réfugiés et des personnes déplacées de
l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe qui reprend
en grande partie les préoccupations et recommandations de
nos organisations.

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 27

Exemples de résultats obtenus
Union européenne

La FIDH a permis ou contribué à/au

• Sensibilisation de l'opinion internationale sur la responsabilité

Renforcement des politiques et lois nationales pour la protection des droits des migrants
Maroc
• L'annonce de l'adoption d'une nouvelle politique migratoire

de la politique de l'UE et de ses États membres dans la mort de
naufragés en mer Méditerranée.

Renforcement de la responsabilité des acteurs en matière de
violation des droits humains
France, Espagne, Belgique

basée sur la dignité
• Conclusions du Comité des Nations unies sur les travailleurs
migrants dénonçant les violations des droits des migrants.

• Dépôts de plaintes judiciaires dans l'affaire du bateau abandonné
à la mort.

Tadjikistan

Union européenne

• Dialogue établi avec les autorités du Tadjikistan sur les mesures

• Rapport de la Commission des migrations, des réfugiés et des

visant à renforcer la protection des travailleurs migrants

personnes déplacées de l'Assemblée parlementaire du Conseil

• Collaboration renforcée entre des ONG russes et tadjiks,

de l'Europe qui reprend en grande partie les préoccupations

contribuant à accroître l'efficacité de la protection des migrants

et recommandations de la FIDH s'agissant du besoin de

tadjiks en Russie.

transparence, de responsabilité et d'obligations en matière de
protection des droits humains de l'agence de l'UE Frontex.

Arménie
• La signature de la Convention sur la protection des droits de
tous les travailleurs migrants et des membres de leurs familles.
Mozambique
• La ratification de la Convention sur la protection des droits de
tous les travailleurs migrants et des membres de leurs familles.
Russie
• Conclusions du Comité des NU pour l'élimination des
discriminations raciales sur le rapport de la Russie dénonçant
les graves discriminations contre les migrants.
Des travailleurs migrants attendent le repas de solidarité du vendredi, Libye
©Sara Prestianni

La FIDH en interaction avec ses organisations membres et partenaires
4 missions internationales d'enquête et de

Procédures judiciaires et quasi-judiciaires

plaidoyer (Grèce/Turquie, Koweït, Tadjikistan,

initiées et suivies par la FIDH :

Jordanie)

Devant les tribunaux français, espagnols,

36 Communiqués de presse

belges : l'affaire du bateau abandonné à la

Soutien au plaidoyer de 15 défenseurs

mort

auprès des OIG, mécanismes pertinents
régionaux et internationaux et de représent-

Partenariats : Conférence syndicale interna-

ants d'Etats influents

tionale ; Global Campaign for the ratification
of the Convention on the rights of migrants ;
Migreurop ; Boats 4 people

28 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

Rapports
Russie : Discriminations contre les
minorités visibles : Roms, migrants et
peuples autochtones
Libye : Urgence pour une révision des
politiques migratoires de l’UE et de ses
États membres
Tadjikistan : Positive aspects of new migration law require implementation
Frontière Grèco/ Turque (conclusions préliminaires) : la route est dangereuse, des gens
meurent

Priorité 4

Promouvoir l’administration
de la justice et lutter contre
l’impunité
Contexte et défis

Le droit à un recours effectif pour les
victimes de crimes internationaux
Combattre l’impunité des graves violations des droits humains
contribue à la prévention de ceux-ci, à la répression de leurs auteurs, à renforcer l'effectivité des droits des victimes et, à terme,
à la consolidation de l’État de droit. Le recours des victimes de
crimes internationaux aux juridictions pénales nationales est de
la responsabilité de l'Etat et son exercice doit demeurer prioritaire. Mais dans certains pays, l'accès des victimes aux tribunaux
est impossible du fait de l'effondrement du système judiciaire,
du manque d'indépendance et d'impartialité des tribunaux ou de
l'absence de mesures de protection pour les victimes ou le personnel judiciaire. Aussi, l'exercice des recours extra-nationaux,
régionaux et internationaux contribuent à l'établissement des
responsabilités et à l'exercice du doit à la justice, à la vérité et
à la réparation.

Les procédures judiciaires tenues devant les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC) dans le
cadre du premier procès du Dossier n° 002 visant deux anciens
dirigeants Khmers Rouges de haut rang inculpés de crimes contre
l’humanité se sont achevées en octobre 2013. Les Chambres africaines extraordinaires au sein des juridictions sénégalaises ont
été inaugurées en janvier 2013 et Hissène Habré a été inculpé en
juillet 2013 pour crimes de torture et crimes de guerre perpétrés
sous sa présidence au Tchad entre 1982 et 1990.
En 2013, la Cour pénale internationale (CPI) a mené des enquêtes et poursuivit les principaux auteurs des crimes relevant
de sa compétence dans huit situations (Ouganda, RDC, DarfourSoudan, RCA, Kenya, Libye, Côte d'Ivoire, Mali). Un troisième
mandat d'arrêt concernant la situation en Côte d’Ivoire a été publiquement émis en septembre 2013 contre Charles Blé Goudé.
Saisie par les autorités nationales, la Cour a par ailleurs ouvert
en janvier 2013 une enquête sur la situation au Mali et s'est
exprimée sur les graves violations des droits humains commises
en 2013 en RCA et en RDC.

En 2013, des avancées judiciaires importantes ont été réalisées
au Mali, en Guinée et en Côte d'Ivoire notamment, s'agissant
de la lutte contre l'impunité des auteurs de crimes internationaux devant les juridictions nationales de ces pays. Pour autant,
l'impunité devant les tribunaux nationaux des auteurs des crimes
les plus graves commis notamment au Kenya, en Ouganda, en
République centrafricaine (RCA), en République démocratique
du Congo (RDC), au Honduras, en Colombie, au Mexique, en
Afghanistan, en Algérie ou encore en Syrie demeure la règle, et
d'autres voies de recours doivent alors être envisagées.
Les lois nationales de compétence extra-territoriale — qui autorisent des tribunaux nationaux à enquêter et à poursuivre, pour des
faits commis à l'étranger, des suspects de crimes internationaux
se trouvant sur leur territoire — permettent de réduire l'impunité
des crimes, mais ces lois ont continué en 2013 d'être attaquées
ou restreintes dans certains États.

Intervention de Paulina Vega, Vice-présidente de la FIDH à l'ASP. Crédit FIDH

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 29

La CPI a continué de souffrir d'un déficit de coopération de la
part de certains États parties, en particulier en ce qui concerne
le transfert des personnes sous mandat d'arrêt (Ouganda, RDC,
Côte d'Ivoire, Libye, Soudan).
Le Kenya a, par ailleurs, lancé une importante offensive contre
la Cour dans le but de suspendre la procédure déclenchée par
celle-ci à l’encontre de son Président et de son Vice-président en
exercice et de s’opposer à la levée de l'immunité des chefs d'État
en exercice. Le gouvernement kenyan a obtenu de l'Assemblée
des États parties au Statut de la CPI l'aménagement des Règles
de procédure devant la CPI s'agissant de la présence des accusés lors des procès, en particulier lorsqu’ils occupent de hautes
fonctions officielles. En outre, le manque de coopération de la
part des autorités kenyanes avec le Bureau du Procureur et les
allégations de menaces visant des témoins clés de l’accusation
ont fortement entravé l’examen y compris d'autres affaires concernant le Kenya, au point que le Bureau du Procureur a décidé
de retirer les charges retenues contre l’un des accusés, Francis
Kirimi Muthaura, et a demandé la suspension du début du procès
du président du Kenya, Uhuru Kenyatta.
La CPI continue d'être critiquée pour le manque d'universalité de
son action, mais il est à noter que d'autres situations, notamment
en Géorgie, en Colombie, au Honduras ou encore en Afghanistan
se trouvent actuellement au stade d'examen préliminaire par le
Bureau du Procureur. Enfin, la question de la participation des
victimes aux procédures et de leur représentation légale effective, la protection des intermédiaires, la qualité des enquêtes
et le budget de la Cour ont été des enjeux importants en 2013.

L'administration d'une justice
effective et équitable
En 2013, la Bolivie, la Lettonie, la Guinée-Bissau ont ratifié
le Deuxième Protocole au Pacte international relatif aux droits
civils et politiques visant à abolir la peine de mort. Cette même
année, le Maryland est devenu le 18ème État des États-Unis à
abolir la peine capitale. Le Pakistan a reconduit son moratoire

sur l’abolition. La Commission africaine des droits de l'Homme
et des peuples a annoncé en juillet, le processus d'élaboration du
projet de protocole facultatif à la Charte africaine des droits de
l'Homme et des Peuples.
Mais ces avancées ont néanmoins été ternies par l'ampleur des
exécutions, plus nombreuses qu'en 2012, La grande majorité
des exécutions a eu lieu en Irak, en Iran, en Chine, en Arabie
saoudite, aux États-Unis. En 2013, quatre pays ont repris les
exécutions : l'Indonésie, le Koweït, le Nigeria et le Vietnam.
De très nombreuses condamnations à mort ont également été
prononcées au Bangladesh.
Au Bélarus, seul pays européen à pratiquer encore la peine capitale, des condamnations à mort ont été prononcées en 2013 mais
aucune exécution n'a eu lieu,
Le mouvement abolitionniste continue de faire face à de nombreux défis face aux résistances multiformes, fondées sur des
arguments sécuritaires, politiques, sociaux ou religieux, liés aussi
au secret dans lequel encore trop d'exécutions sont pratiquées,
à l'application de la peine de mort à des crimes qui ne font pas
parti « des crimes les plus graves » au sens de l'art.6 du PIDCP
(notamment le trafic de stupéfiants), à l'absence de garanties liées
au procès équitable. Le congrès mondial contre la peine de mort
réuni en juin à Madrid a été l'occasion d'un important état des
lieux et de stratégies pour le mouvement abolitionniste.
Dans sa mobilisation pour l’administration d’une justice effective et équitable, la FIDH, aux côtés de ses organisations membres et partenaires, axe également son action sur la lutte contre
la torture et la libération des prisonniers politiques. La FIDH
se mobilise par ailleurs contre le phénomène des disparitions
forcées.
En 2013, le Maroc, le Cambodge, le Lesotho et la Lituanie ont
ratifié la convention internationale de protection de toutes les
personnes contre les disparitions forcées qui comptait ainsi 42
Etats parties. La lutte contre l'impunité des auteurs de tortures
et de disparitions forcées, la recherche des disparus reste un
défi toujours aussi grand dans de nombreux pays. Alors que ces
crimes sont toujours perpétrés à grande échelle, particulièrement
dans les situations de conflit et de crise, et en particulier en Syrie,
la documentation des cas demeure complexe et les recours judiciaires pour les familles des victimes au niveau national sont
souvent rendus difficiles par l'absence d'accès à la justice.
En 2013, les attaques terroristes ont perduré. La lutte contre
ces actes odieux a dans certains cas été effectuée en violation
des droits garantis par les conventions internationales de protection des droits humains. Certains États ont par ailleurs continué
d'utiliser le prétexte de la lutte contre le terrorisme pour réprimer des mouvements de contestation non violents.

Couverture du rapport FIDH, LDDHI, Iran. © Mehr News Agency

30 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

La FIDH et ses ligues en action

> Renforcer le droit à un recours
effectif pour les victimes de crimes
internationaux
Activités contentieuses
FOCUS
La FIDH intervient aujourd'hui dans plus de 110 procédures
judiciaires et quasi-judiciaires en soutien à environ 600

victimes afin d'établir les responsabilités des auteurs de

violations graves des droits humains commises dans
près de 45 situations nationales. Si une grande majorité

des procédures vise l’établissement de responsabilités
pénales individuelles, principalement devant des juridictions
nationales, la FIDH est de plus en plus impliquée dans des
procédures visant la responsabilité des Etats devant des
organes régionaux ou encore la responsabilité d’entreprises.
Les interventions contentieuses de la FIDH se font en
étroite concertation avec ses organisations membres et
partenaires. Elles visent des cas symboliques, soit par
l'ampleur des violations, leur qualification juridique ou la
qualité des victimes ou des auteurs, en vue de répondre au
droit des victimes à la justice, mais aussi aux objectifs de
dissuasion, de réconciliation et de consolidation de l’État de
droit. Le choix des instances judiciaires ou quasi judiciaires
devant lesquelles les cas sont présentés répond également
à des critères liés à la recevabilité mais aussi à la portée
juridique et politique.

Établir les responsabilités devant les juridictions nationales
Afin de soutenir la lutte contre l'impunité et contribuer aux avancées
de la justice nationale dans certains pays en transition, la FIDH, à
travers son Groupe d’action judiciaire (GAJ), réseau d'avocats, de
magistrats et de juristes travaillant sur la base du pro bono, s'est
mobilisée en 2013 pour accompagner plusieurs centaines de victimes des crimes les plus graves devant la justice nationale en Côte
d'Ivoire, en Guinée, au Mali, et en Tunisie et soutenir la procédure
en cours contre Duvallier en Haïti (priorité 6).

torture et disparitions forcées perpétrés en 1999, la FIDH a continué
à œuvrer pour que les responsables soient jugés et les victimes obtiennent justice et réparation à l'issue d'une procédure juste, équitable
et indépendante. Les avocats du GAJ impliqués ont ainsi alimenté
de façon régulière le juge d’instruction du pôle spécialisé dans les
crimes internationaux à Paris d'informations concernant l'identité, la
situation et la présence en France des principales personnes mises en
cause. Le GAJ a également aidé une nouvelle victime à se constituer
partie civile, qui a été auditionnée par les magistrats instructeurs en
juillet 2013, renforçant ainsi le dossier d'instruction.
En outre, la FIDH a été active dans des procédures en France à
l'encontre d'accusés de crimes de génocide commis au Rwanda en
1994 et se trouvant sur le territoire français. A la suite d'une ordonnance de mise en accusation du juge d'instruction rendue en mars 2013
et l'annonce en juillet 2013 de l'ouverture le 4 février 2014 devant la
Cour d'assises de Paris du premier procès en France à l'encontre d'un
présumé responsable de génocide, la FIDH s'est mobilisée pour préparer son intervention en tant que partie civile dans ce procès. Elle
a ainsi constitué une équipe en soutien des avocats représentant la
FIDH et son organisation membre en France, la LDH, toutes deux
parties civiles dans cette affaire visant l'ancien capitaine Pascal Simbikangwa, accusé de crimes de complicité de génocide et de crimes
contre l'humanité au Rwanda en 1994. Ce premier procès ouvre la
voie à de nombreux autres dans les années à venir, 27 instructions
visant des suspects de génocide au Rwanda étant en cours en France.
La FIDH a également déposé une plainte en juin 2013, aux côtés des
organisations Survie et LDH, contre Paul Barril, ancien capitaine de
gendarmerie français, du chef de complicité de génocide pour avoir
notamment contracté le 28 mai 1994 un accord d'assistance de fourniture d'armes et de munitions, ainsi que de formation et d'encadrement,
avec le Premier ministre du gouvernement intermédiaire rwandais.
Cette affaire pourrait notamment contribuer, au delà de l’établissement
de la responsabilité pénale de Paul Barril, à faire la lumière sur le rôle
ambiguë joué par les autorités françaises au moment du génocide.

La FIDH a par ailleurs poursuivi son travail judiciaire afin de faire
avancer les procédures nationales en application de la compétence
extra-territoriale dans lesquelles elle est impliquée, représentant
souvent le seul recours pour les victimes de crimes internationaux
n'obtenant pas justice dans leur pays. La FIDH s'est tout particulièrement mobilisée dans l'affaire des milices de Relizane contre les
frères Mohamed (Algérie), une instruction en cours depuis 2003
devant la justice française et visant à établir les responsabilités
dans les exactions commises dans les années 1990 par des milices
armées proches des autorités algériennes, dans le cadre de leur
politique de lutte contre le terrorisme. (Cf Focus ci-après).

Renforçant son action liée à l’établissement de la responsabilité
juridique des entreprises, la FIDH a continué son travail en soutien
des victimes libyennes parties civiles dans l'affaire visant la société
Amesys pour complicité de torture. Cette société française et ses
dirigeants sont accusés au terme de la plainte déposée en novembre 2011 par la FIDH et la LDH d'avoir vendu au régime dictatorial de Mouammar Khadafi un matériel de surveillance destiné à
mieux cibler les opposants au régime. Après que la Chambre de
l'instruction de la Cour d'appel de Paris a donné son feu vert à la
poursuite de l'instruction en janvier 2013, la FIDH a organisé en juin
et juillet 2013 la venue en France des cinq parties civiles libyennes
représentées par le GAJ dans cette affaire, afin qu’elles puissent
témoigner devant les juges d'instruction. Elle a par ailleurs permis
le soutien psychologique de ces parties civiles lors de ce séjour
parisien, par des représentants de l'association de psychologues
TRACES. Par ailleurs, trois parties civiles ont bénéficié d'un soutien psycho-social à Tunis, à partir d'octobre 2013, prodigué par des
membres de l'association DIGNITY, partenaire de la FIDH.

Dans l'affaire des « disparus du Beach de Brazzaville » (République du Congo), visant des responsables des massacres, actes de

Dans le cadre de sa lutte pour la sanction des atteintes aux libertés individuelles et à la suite des révélations faites par Edward

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 31

Snowden, la FIDH a, avec la LDH, porté plainte contre X en France
en juillet 2013, pour l'utilisation frauduleuse du programme américain dénommé PRISM (Planning Tool for Ressource Intégration
Synchronization, and Management) ayant permis à la NSA et au
FBI d'intercepter et de collecter, en dehors de tout contrôle, des
données privées de tout individu, en particulier sur le sol français.
En décembre 2013, une plainte du même type a été déposée par la
FIDH et la LDH belge auprès du Tribunal de première instance de
Bruxelles, et une plainte similaire a été déposée en Allemagne avec
le soutien actif de la FIDH et de son Groupe d’action judiciaire.

l'asile en France, craignant, après leur témoignage devant la
justice française, les risques graves à leur intégrité physique
et psychologique que comporterait un retour en Algérie. La
FIDH s'est également heurtée aux lenteurs inexplicables au
sein du Parquet de Nîmes, emblématiques des réticences
des autorités judiciaires et politiques françaises à voir ce type
de dossiers aboutir à des procès, ainsi qu'aux aléas liés aux
changements de juges d'instruction.
Cette procédure, si elle venait à aboutir à l’organisation
d’un procès criminel devant la Cour d’assises de Nîmes,

FOCUS

constituerait la première opportunité pour des victimes de la

Affaire des milices de Relizane contre les frères Mohamed

guerre civile en Algérie de voir une justice indépendante et

(Algérie)

impartiale se pencher sur ces années noires et en particulier

En octobre 2011, huit ans après le dépôt de plainte par la

sur les crimes perpétrés par les milices algériennes.

FIDH et la Ligue française des droits de l'Homme à l'encontre
de deux frères Algériens se trouvant en France, Abdelkader
et Hocine dit « Adda » Mohamed, présumés responsables
d'actes de torture et de barbarie, en tant que miliciens de la
région de Relizane dans les années 1990, le juge en charge
du dossier à Nîmes a clôturé l'instruction.
Suite aux saisines répétées de la FIDH, le Parquet a enfin
rendu ses réquisitions en juillet 2013, demandant la mise en
accusation des frères Mohamed devant la Cour d'assises
de Nîmes pour des faits de torture. La FIDH a néanmoins
appris, le 26 septembre 2013, la levée du contrôle judiciaire
des frères Mohamed, renvoyant un signal contradictoire de
la part des autorités françaises à destination des victimes.
Dans ce contexte, le GAJ a organisé en décembre 2013 une
réunion à Paris avec les parties civiles et les témoins de cette
affaire, afin de les informer de l'évolution de la procédure, des
obstacles et moyens de les surmonter et afin de préparer au
mieux le procès, pouvant se tenir dès 2015.
La FIDH s'est heurtée dans cette affaire à de multiples
obstacles. Parmi eux, l'application de la Charte algérienne
pour la paix et la réconciliation nationale de 2006, prévoyant
des poursuites judiciaires et des peines d'emprisonnement
contre quiconque qui, par ses déclarations, «  utilise ou
instrumentalise les blessures de la tragédie nationale, pour
porter atteinte aux institutions de la République algérienne
(…),ou ternir l'image de l'Algérie sur le plan international »1.
C'est ainsi que le défenseur des droits humains et ancien
responsable de la Ligue algérienne pour la défense des
droits de l’Homme (LADDH) à Relizane, Mohamed Smain,
qui, à la suite de sa découverte de charniers de victimes
de cette période à Relizane, avait appelé à la vérité et la
justice, a été plusieurs fois menacé, poursuivi, condamné
et emprisonné par les autorités algériennes, l'accusant de
« dénonciation de crimes imaginaires ». Presque toutes
les parties civiles dans cette affaire ont ainsi dû demander

1. Article 46 de l'ordonnance 01-06, un des textes d'application de la Charte
pour la paix et la réconciliation nationale.

32 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

Devant des tribunaux mixtes ou hybrides
En 2013, la FIDH a continué à soutenir 10 victimes cambodgiennes vivant en France et parties civiles dans les procédures du
dossier n°002/01 devant les CETC. La FIDH a permis à l’une des
parties civiles de se déplacer à Phnom Penh fin mai-début juin
2013, accompagnée de son avocate membre du GAJ, afin d'être
auditionnée pendant la semaine du procès consacrée à l’impact
des crimes perpétrés sur les victimes.
La FIDH a également contribué, à travers ses avocats, à la rédaction
des conclusions et des plaidoiries finales des co-avocats principaux
des parties civiles, ainsi que du mémoire sur les réparations, présenté
au moment de la clôture des débats, en octobre 2013.
La FIDH a, par ailleurs, soumis une demande de réparation aux
CETC au nom des parties civiles qu'elle représente, sous forme
d'un projet de construction d'un monument en mémoire des victimes du régime des Khmers Rouges à Paris.
Enfin, la FIDH a diffusé le rapport sorti en décembre 2012 en
français et anglais sur "Les droits des victimes devant les CETC:
bilan en demi-teinte pour les parties civiles", qui constitue une
analyse unique et approfondie de la participation des parties civiles
devant une juridiction mixte.
Devant la Cour pénale internationale
Afin de lutter contre l'impunité des crimes graves, de renforcer le
rôle potentiellement préventif de la Cour et de lui faire appliquer le
principe de complémentarité positive, la FIDH et ses organisations
membres ont continué de transmettre des informations au Bureau
du Procureur, notamment à l’occasion d’interfaces organisées à La
Haye, concernant le Mali (février 2013), la Côte d’Ivoire (février
2013), la Guinée (mai 2013), et d'autres situations d'intérêt de la CPI
aux fins de contribuer à ses analyses et enquêtes (voir priorité 6).
Éclairer la responsabilité des Etats
En 2013, capitalisant sur son expérience d’intervention en tant que

tierce partie, la FIDH a fait un point sur l’état et l’évolution du
droit en vigueur concernant les personnes LGBTI dans les Etats
membres du Conseil de l’Europe, à la lumière des affaires emblématiques soutenues par la FIDH devant la CEDH (cf. Focus
ci-après).

FOCUS
La FIDH soutient la protection des droits des personnes
LGBTI devant la CEDH
Depuis 2005, la FIDH est intervenue en tant que tierce partie
ou amicus curiae, aux côtés d’autres ONG telles que ILGAEurope et la Commission internationale des juristes (CIJ), dans
près de 15 affaires pour soutenir les droits des personnes
LGBTI et contribuer au développement progressif de la
jurisprudence de la Cour. A l'aune de cette implication, une
note de position rédigée en 2013 intitulée « Cour européenne
des droits de l’Homme : une avancée pas à pas des droits
des LGBTI », a permis à la FIDH de revenir sur certaines
affaires emblématiques de la CEDH sur des violations des
droits LGBTI, qui ont parfois contribué à influencer l’évolution
du droit en vigueur dans les Etats membres du Conseil de
l’Europe.
En avril 2013, la FIDH a, en outre, déposé des observations
écrites dans l’affaire M.E. c. Suède concernant un Libyen
qui s’était vu refuser sa demande d’asile en Suède après
avoir demandé un permis de résidence sur le fondement de
son mariage avec un homme suédois, et risquant des actes
de torture en cas de retour en Libye. Cette affaire amène
la CEDH à se pencher pour la première fois sur la question
de savoir si un État membre du Conseil de l’Europe peut
expulser un homme qui est marié à un autre homme (ou une
femme mariée à une autre femme), dans le cas où l’individu
risque d’être exposé à des traitements contraires à l’article
3 de la Convention européenne des droits de l’Homme en
retournant dans son pays d’origine, s’il évoque publiquement
son orientation sexuelle ou son mariage avec une personne
du même sexe.
L’année 2013 a également vu d’importantes victoires dans
des affaires devant la CEDH contre l’Autriche et contre la
Grèce, dans lesquelles la FIDH était intervenue en tant que
tierce-partie. En effet, dans l’affaire X. c. Autriche, la CEDH
a condamné en février 2013 l’Autriche pour discrimination à
l’encontre des couples de même sexe exclus de l’adoption
co-parentale, qui a par la suite adopté une législation entrée
en vigueur en août 2013 autorisant l’adoption par le deuxième
parent d’un couple de même sexe. En novembre 2013, la
CEDH a décidé que la Grèce violait le droit européen des
droits de l’Homme en limitant le « pacte de vie commune »
aux couples hétérosexuels.

Les actions contentieuses devant la Commission et la Cour africaine des droits de l'Homme et des peuples sont évoquées dans la
section relative à la priorité 1 (communications contre le Soudan et
l’Éthiopie devant la Commission), la priorité 2 (activités et projet
de communication devant la Commission contre la RDC concernant les affaires de violences sexuelles et basées sur le genre) et 6
(requête contre la Libye devant la Cour et communication devant
la Commission contre l'Algérie). Quant au contentieux porté par
la FIDH devant la Cour inter-américaine des droits de l'Homme
contre le Chili pour son utilisation fallacieuse d'une loi antiterroriste pour criminaliser la protestation de la communauté Mapuche,
une décision sur le fond est attendue en 2014 (cf. priorité 6).

Activités de plaidoyer
S'agissant des juridictions nationales
La FIDH a continué son plaidoyer auprès des autorités concernées,
des organisations intergouvernementales et de la CPI en faveur de
justices nationales fortes, ayant la capacité et la volonté nécessaires
pour mener à bien la lutte contre l'impunité des crimes les plus
graves commis sur leur territoire, en particulier en Guinée, en Côte
d'Ivoire et au Mali (priorité 6).
Elle a également continué son plaidoyer en France afin que la loi
du 9 août 2010 portant adaptation du droit pénal français au Statut
de Rome, qui avait introduit le mécanisme de compétence extraterritoriale pour les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et
le crime de génocide, en incluant néanmoins des obstacles conséquents à son application, soit amendée. Son action s'est portée
en 2013 auprès du Sénat qui a examiné en première lecture une
proposition d'amendement. D'autres actions seront à prévoir devant
l'Assemblée nationale, le Sénat ayant conservé un des quatre verrous de la loi, le monopole des poursuites au Parquet, qui enlève
la possibilité aux victimes de ces crimes internationaux de déposer
des plaintes avec constitution de partie civile et de déclencher ainsi
l'action publique en surmontant l’inertie du Parquet, maintes fois
constatée par la FIDH dans ce type de dossiers.
A l'occasion de l'examen par le Sénat français du projet de loi
de programmation militaire en décembre 2013, la FIDH a également poussé pour que le monopole des poursuites par le Parquet
ne soit pas réintroduit pour les affaires de crimes commis par des
militaires français à l'étranger. Elle a également condamné les dispositions de ce projet de loi autorisant, sous couvert de lutte contre
le terrorisme et d'autres finalités liées à la sécurité nationale, et en
plein scandale de surveillance numérique généralisée opérée par la
NSA et le FBI, la surveillance en temps réel de tout citoyen lambda, en violation des libertés individuelles les plus fondamentales.
Au niveau des Etats membres de l'Union européenne (UE), la
FIDH a continué son plaidoyer pour que les victimes de violations
graves des droits humains aient accès à une justice indépendante,
équitable et efficace. Dans le cadre du programme conjoint avec
REDRESS, TRIAL et ECCHR, la FIDH a ainsi participé activement aux deux réunions des points de contact de l'UE sur les
crimes internationaux en avril et octobre 2013. Elle a également
organisé et participé à un séminaire de praticiens le 28 octobre

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 33

2013 sur la coopération entre autorités nationales policières et
d'immigration sur leur communication et lien avec les victimes
de crimes internationaux. Elle a également mené des missions
au Royaume-Uni, en France, en Belgique et aux Pays-Bas, afin
de récolter des informations et faire du plaidoyer pour un accès
effectif des victimes à la justice. Enfin, une lettre d'information
sur la compétence extra-territoriale en Europe a été diffusée en
juillet 2013, ainsi que des mises à jour mensuelles sur les affaires
en compétence extra-territoriale.
S'agissant de la Cour pénale internationale
Dans un contexte d'attaques politiques contre CPI, initiées par le
gouvernement kenyan, en défense de deux personnes accusées de
crimes contre l'humanité devant la CPI et ayant été élues Président
et Vice-Président du Kenya, la FIDH s'est largement mobilisée – à
travers des réunions régulières avec des représentants d'Etats parties, de nombreuses consultations avec des organes de la Cour et
la participation à la 12ème session de l'Assemblée des Etats parties
- afin que l'engagement des Etats parties au Statut de la CPI dans la
lutte contre l'impunité des auteurs de crimes internationaux prévale
et que la Cour puisse mener à bien le mandat qui est le sien. Elle
s'est également mobilisée afin que les droits des victimes, souvent
oubliées dans ce contexte diplomatique houleux, soient respectés
et effectivement mis en œuvre, et non considérés uniquement sous
le prisme financier, et ainsi que les victimes soient considérées
comme de réel sujets de droits.
La FIDH a ainsi organisé une interface à la Haye en septembreoctobre 2013 avec des représentants d'ONG et avocats travaillant
avec des victimes de crimes internationaux en Côte d'Ivoire, au
Kenya, au Mali, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo et au Soudan, pour échanger sur les enjeux
liés au respect des droits des victimes devant la CPI et sensibiliser
la Cour et les Etats à ces questions essentielles à prendre en compte
dans la définition des stratégies et des politiques de la CPI. Un rapport de cette interface avec des recommandations aux différents
acteurs concernés a été publié et diffusé en novembre 2013,
La FIDH a en outre contribué aux discussions des Etats au sein
du Groupe de travail de La Haye sur les droits des victimes, leur
réparation et l'aide judiciaire, faisant des commentaires aux projets
de résolutions et politiques du Greffe sur les droits des victimes.
Lors de la 12ème session de l'Assemblée des Etats parties (AEP)
au Statut de la CPI en novembre 2013, la FIDH a diffusé une note
de position avec des recommandations quant aux trois thèmes
principaux discutés : l'importance et le rôle des victimes dans
les procédures devant la CPI, la poursuite des chefs d'Etat et de
gouvernement, et l'adoption d'un budget pour 2014 permettant de
donner les capacités à la Cour de mener ses activités efficacement.
La FIDH, qui avait obtenu que la question des droits des victimes
fasse l'objet d'un débat général lors de cette session, a obtenu que
la résolution omnibus adoptée par l'AEP sur la CPI inclut certains
indicateurs du système de révision de l'aide judiciaire, telle que
les consultation sur le terrain entre le représentant des victimes
et celles-ci. La FIDH a aussi co-organisé lors de cette AEP un
événement parallèle sur le Kenya et la CPI ainsi que sur l'aide

34 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

judiciaire aux victimes, et est intervenue en plénière lors du débat
sur les victimes ainsi que celui sur la poursuite des chefs d'Etat
et de gouvernement. Elle s'est également mobilisée pour que les
amendements au Règlement de procédure et de preuve proposés
par le Kenya et d'autres Etats parties discutés lors de l'AEP ne
contreviennent pas à l'esprit et la lettre des textes fondateurs de la
Cour. Même si les amendements des textes légaux ont été approuvés et des dispositions spéciales adoptées pour les chefs d'Etats
et de gouvernement en exercice, la société civile kenyane et la
FIDH ont contribué a l´inclusion de principes, tels que le respect
de l'intérêt de la justice, dans ces modifications, laissant aux juges
une certaine marge d'appréciation.
S'agissant des Chambres africaines extraordinaires au sein
des tribunaux sénégalais
La FIDH, impliquée de longue date dans des actions judiciaires
et de plaidoyer en vue de parvenir au jugement de l’ancien chef
d’État tchadien Hissène Habré, réfugié au Sénégal depuis 1990,
a vu ses efforts aboutir à travers l'inauguration en février 2013
des Chambres africaines extraordinaires au sein des juridictions
sénégalaises pour le jugement d’Hissène Habré. L'inculpation en
juillet 2013 de Habré et de trois autres hauts responsables de la
Direction de la documentation et de la sécurité (DDS) tchadienne
pour crimes contre l'humanité, crimes de guerre et torture, a également été un moment historique pour les victimes des exactions
commises durant le régime tchadien de 1982 à 1990. La FIDH
a participé à une réunion stratégique entre membres du Comité
international pour le jugement équitable de Hissène Habré à Dakar
en janvier 2013 et publié en juillet 2013 un questions-réponses et
une chronologie sur l'affaire, et a également relayé les déclarations à la presse des différents représentants des ses organisations
membres au Tchad et au Sénégal.
La FIDH et son Groupe d’action judiciaire continueront de se
mobiliser au sein du Comité international aux côtés des victimes
tchadiennes afin que celles-ci puissent participer pleinement au
processus de justice en cours.

> Promouvoir l'administration d'une
justice effective et équitable
Progresser vers l'abolition universelle de la peine de mort
La FIDH a continué de dénoncer l'application de la peine de mort,
en particulier aux États-Unis, en Corée du Nord, au Bangladesh, au
Pakistan, en Iran, au Japon, au Vietnam, au Bélarus et au Nigéria.
Outre la publication du rapport d'une enquête menée avec son organisation membre, le Centre for Constitutionnal Rights (CCR), en
Louisiane et en Californie (voir Focus), la FIDH a publié le rapport
de sa mission sur la Corée du Nord, qui dénonce la pratique très
répandue de la peine de mort comme instrument clef du régime
totalitaire. Toujours s'agissant de l'Asie, continent qui comprend
le plus de pays rétentionnistes, la FIDH et la ligue iranienne des
droits de l'Homme ont mis à jour leur rapport sur la peine de mort
en Iran à la lumière de la nouvelle législation pénale en vigueur.

Sur la base de ces rapports, informations et alertes de ses organisations membres, la FIDH a mené un intense plaidoyer pour
l'abolition auprès des autorités nationales à l'occasion de ses missions de terrain et devant les instances régionales et internationales. Notamment, la FIDH a poursuivi son travail de plaidoyer
pour un protocole à la Charte africaine portant abolition de la
peine de mort. Avec son organisation membre, Human Rights
Commission in Pakistan, la FIDH a appelé les autorités nationales à la reconduite du moratoire dans ce pays qui compte 8000
condamnés à mort. A l'occasion de la journée mondiale contre la
peine de mort, le 10 octobre 2013, la FIDH a publié une tribune,
co-signée par son président, la présidente de la Coalition mondiale
contre la peine de mort et Robert Badinter, ancien ministre de la
justice français, appelant à l'abolition universelle de la peine de
mort. Cette tribune, traduite en anglais, français, perse, russe et
arabe, a étépubliée dans de nombreux journaux influents sur plusieurs continents. Toujours à l'occasion de cette journée, la FIDH
a co-signé une lettre ouverte aux parties politiques en Tunisie leur
demandant d'agir en faveur de la l'abolition de la peine de mort,
y compris au terme de la nouvelle constitution.
La FIDH a par ailleurs contribué (avec la participation de 14 de
ses organisations membres du Bangladesh, d’Indonésie, d’Iran,
du Japon, du Pakistan, de Taiwan, de Thaïlande, de Cuba, des
États-Unis, du Maroc, du Botswana, du Congo, du Sénégal et
d’Espagne) à l’organisation du congrès mondial contre la peine
de mort, événement majeur du mouvement abolitionniste, du 12
au 15 juin à Madrid et appelé à une action forte et coordonnée
contre la peine capitale.
La FIDH a poursuivi sa coopération avec la Coalition mondiale
contre la peine de mort, en vue de l'abolition universelle de la
peine de mort, et de l'établissement d'un moratoire dans les pays
qui la reconnaissent toujours. Florence Bellivier, également secrétaire générale adjointe de la FIDH, a été réélue en juin au poste
de présidente de la Coalition mondiale.

Promouvoir une justice indépendante et lutter contre la torture
La FIDH s'est mobilisée contre le système de surveillance électronique mis en place dans de nombreux Etats, et qui servent aussi
à la restriction de la liberté d'expression, y compris à l'arrestation
et la torture de leurs opposants. C'est le sens de plainte déposée
en France contre la société Amesys pour complicité de torture en
Libye (cf. ci-avant).
La FIDH a également poursuivi son action judiciaire en Guinée
sur des cas de torture commis en 2010 (cf. partie 6) et fait le suivi
du traitement par la Commission africaine des droits de l'Homme
et des peuples de sa communication contre le Soudan sur le cas
de trois défenseurs torturés.
Par ailleurs, la FIDH a publié un rapport sur la torture en Moldavie
et a contribué au rapport de son organisation membre sur l'état de
la mise en œuvre de la Convention contre la Torture par les autorités Ouzbek présenté à l'occasion de l'examen du rapport de ce pays
devant le Comité contre la Torture. La FIDH a en outre co signé le
11 avril 2013 une lettre ouverte au Président Obama appelant à la
fermeture définitive de Guantanamo, s'inquiétant de la détention
sans charges des détenus, et de leur grève de la faim prolongée.
Lutter contre les disparitions forcées
En 2013, la FIDH s'est mobilisé pour que la lumière soit faite sur
les personnes disparues, notamment en Syrie, au Laos, au Mali,
en RCA et en Guinée.
La FIDH et son organisation membre en Guinée a ainsi saisi le
Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées de
plusieurs dizaines de cas liés au massacre du 28 septembre 2009.
La FIDH, et 63 organisations régionales et internationales, ont
demandé au gouvernement lao de faire la lumière sur la disparition
forcée de l’activiste social et éminent représentant de la société
civile, Sombath Somphone. Avec son organisation membre, le
CFDA, la FIDH a fait le suivi auprès des commissaires et des
experts juridiques d'une communication portée par nos organisations devant la CADHP contre l'Algérie sur des cas de disparitions

FOCUS
Discrimination, torture et exécution : l'analyse de la peine de mort en Californie et en Louisiane sous l'angle des droits humains
En mai 2013, la FIDH et CCR ont mené une mission en Californie et en Louisiane pour faire le point sur l’application de la peine de
mort dans ces Etats et évaluer la situation suivant un cadre juridique fondé sur les lois et les pratiques en matière de droits humains.
La mission s’est notamment entretenue avec des condamnés dans le couloir de la mort, des ex-condamnés innocentés, des membres
de leur famille, des avocats, des conseillers juridiques et des organisations non gouvernementales.
Dans les deux Etats, la mission a constaté que les condamnés étaient souvent maintenus à l'isolement pendant des décennies,
une pratique qui conduit à des dommages psychologiques et physiques graves. CCR et la FIDH ont également noté de fortes
disparités raciales et géographiques dans les charges et le taux de condamnations à la peine de mort dans les deux Etats, ainsi
qu'une sur-représentation importante des minorités. Dans le couloir de la mort le plus peuplé, dans la prison d'Etat de San Quentin
en Californie, les prisonniers doivent attendre en moyenne 17 ans et demi pour que les avocats soient désignés et que les tribunaux
examinent leur demandé une fois la condamnation à mort prononcée. Les condamnés sont morts davantage par suicide qu'à la suite
de leur exécution, et plus de la moitié des 741 condamnés à mort sont actuellement sans avocat. Dans les deux Etats, les détenus
sont souvent privés de soins médicaux.
CCR et la FIDH ont conclu, sur la base de leurs observations, que la peine de mort telle qu’appliquée en Californie et en Louisiane
est arbitraire et discriminatoire et que les conditions dans le quartier des condamnés à mort représentent une forme de torture et de
traitement cruel, inhumain et dégradant.
Le rapport a été publié à l'occasion de la journée mondiale contre la peine de mort, le 10 octobre, au terme d'un panel organisé à
l'université de Washington, en présence de Juan Mendez, rapporteur spécial des Nations unies sur la torture.
F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 35

forcées pendant les années de plomb. La FIDH s'est enfin mobilisée afin que la France donne une suite favorable à la demande
d’extradition de l'Argentine, de Mario Alfredo Sandoval, où il
est poursuivi pour crimes contre l’humanité pendant la dictature.
La FIDH a continué d’œuvrer pour que la convention internationale de protection de toutes les personnes contre les disparitions
forcées soit ratifiée par un plus grand nombre d'Etat.

Exemples de résultats obtenus
La FIDH a permis ou contribué à/au
Renforcement du droit à un recours effectif pour les victimes
de crimes internationaux
Devant les tribunaux nationaux

• Affaire Pascal Simbikangwa (Rwanda) : Ordonnance de mise en
accusation de Pascal Simbikangwa devant la Cour d'assises de
Paris pour complicité de génocide et de crimes contre l'humanité
commis au Rwanda en 1994, le 29 mars 2013.
• Affaire Paul Barril (Rwanda) : Ouverture d'une information judiciaire près du Tribunal de grande instance de Paris quelques
jours après le dépôt de la plainte de la FIDH, Survie et la LDH,
le 29 juin 2013.
• Affaire des milices de Relizane contre les frères Mohamed
(Algérie) : Réquisitoire définitif du Parquet tendant à la mise
en accusation des frères Mohamed pour actes de torture commis dans les années 1990 à Relizane, en Algérie, le 26 juillet
2013.
• Affaire des « disparus du Beach de Brazzaville » (République
du Congo) : Mise en examen et placement sous contrôle judiciaire de Norbert Dabira, ancien inspecteur des armées de République du Congo, le 23 août 2013, qui n'a pas pu néanmoins
empêcher le suspect de quitter le territoire français. Placement
sous le statut de témoin assisté de Justin Lekoundzou (24 septembre 2013), ministre de la Défense au moment des faits, et
de Patrice Mayouma (19 novembre 2013), ancien Colonel de
l’armée congolaise, marquant une véritable relance du dossier,
grâce aux actions de la FIDH et de son GAJ.
• Affaire Amesys (Libye) : Décision le 15 janvier 2013 de la
Chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Paris permettant la poursuite de l'instruction ouverte en mai 2012 dans
l'affaire visant la société française Amesys pour complicité
de torture à travers la fourniture d’un matériel de surveillance
au régime de Khadafi en Libye. Premières auditions de parties
civiles devant les juges d’instruction du pôle spécialisé de
Paris en charge de l’affaire, en juin et juillet 2013.
• Impacts concernant l'activité judiciaire de la FIDH en Guinée,
Côte d'Ivoire et Mali (cf. priorité 6).
Devant les tribunaux mixtes

• Dossier n°002/01 devant les CETC (Cambodge) : une des
victimes soutenues par la FIDH a fait partie de la quinzaine
de parties civiles sur 3000 qui ont été auditionnées pendant la
semaine du procès consacrée à l’impact des crimes perpétrés
sur les victimes.
36 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

• Affaire Hissène Habré (Tchad) : inauguration le 8 février
2013 des Chambres africaines extraordinaires au sein des
tribunaux sénégalais ; inculpation le 3 juillet 2013 de Hissène
Habré et de trois autres présumés responsables de crimes contre l'humanité, crimes de guerre et torture commis au Tchad
entre 1982 et 1990.
Devant les Cours et Commissions régionales

• CEDH : Affaire X. et autres c. Autriche : Décision de la
CEDH du 19 février 2013 condamnant l’Autriche pour discrimination à cause de l’exclusion des couples de même
sexe pour l’adoption co-parentale, suivi de l’adoption par
l’Autriche d’une législation entrée en vigueur le 1er août 2013
autorisant l’adoption par le deuxième parent d’un couple de
même sexe.
• CEDH : Affaire V. et M. c Grèce et C.S. et autres c. Grèce :
Décision de la CEDH du 7 novembre 2013 de condamner la
Grèce pour violation du droit européen des droits de l’Homme
à cause de la limitation du « pacte de vie commune » aux
couples hétérosexuels.
Devant la Cour pénale internationale

• Contribution à la considération de l'amélioration du taux de
condamnations dans la stratégie du Bureau du Procureur.
• Inscription à l'ordre du jour du débat en plénière de la 12ème
session de l'Assemblée des Etats parties (AEP) de novembre
2013 de la question des droits et du rôle des victimes dans les
procédures et prises de position publiques de la grande majorité des Etats parties en faveur de ces droits et de l'importance
de leur mise en oeuvre.
• Inclusion dans la résolution omnibus adoptée à la 12ème AEP
de la nécessaire prise en compte, dans toute future réforme
du système d'aide judiciaire, de la possibilité des avocats des
victimes de les consulter.
• Inclusion dans les amendements au Règlement de procédure et de preuve proposés par le Kenya sur les conditions
de présence au procès de hautes personnalités de l'Etat, de
principes tels que le respect de l'intérêt de la justice, laissant
aux juges une certaine marge d'appréciation.
L'administration d'une justice effective et équitable
Pakistan 
• Reprise du moratoire sur la peine de mort.
Afrique
• L'annonce par la Commission africaine des droits de
l'Homme et des peuples du processus d'élaboration du projet
de protocole facultatif à la Charte africaine des droits de
l'Homme et des Peuples sur l'abolition de la peine de mort.
Guinée

• L'inculpation d'Aboubacar Sidiki dit « De Gaule », ancien chef de
la garde présidentielle, du commandant Sékou Resco Camara,
gouverneur de Conakry, et du général Nouhou Thiam, ancien
chef d’état-major, pour faits de torture commis en 2010.

Ouzbékistan
• Le Comité Contre la Torture des Nations Unies condamne

dans ses conclusions d'octobre 2013 l'utilisation étendue,
systématique et approuvée par le gouvernement de la
torture, reprenant ainsi les préoccupations de la FIDH et son
organisation membre en Ouzbekistan.
Moldavie
• Des membres du gouvernement, notamment les ministres de
la Justice et de l'Intérieur ont salué l'intérêt porté par la FIDH
sur la situation des droits humains dans leur pays et affirmé
vouloir prendre en compte certaines recommandations de son
rapport d'enquête
Guinée
• Le Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions
forcées se déclare compétent pour examiner sur les cas
présentés par la FIDH et l'OGDH sur les disparitions lors du
massacre du 28 septembre 2009.

La FIDH en interaction avec ses organisations membres et partenaires
7 missions internationales d'enquête et

quasi-judiciaires régionaux et inter-

de plaidoyer (Côte d'Ivoire, États-Unis,

nationaux de protection des droits de

Mali, RDC, Syrie-Jordanie)

l'Homme », à Tunis les 18-19 janvier

7 missions internationales judiciaires
(Cambodge, Côte d'Ivoire, Guinée, Libye,

2013

Séminaire de practiciens FIDH-

Mali)

REDRESS-ECCHR-TRIAL

188 Communiqués de presse

« Cooperation of national law enforce-

Procédures judiciaires et quasi-judici-

ment & immigration authorities in

aires initiées et suivies par la FIDH : plus

reaching out to victims of interna-

de 110 procédures en soutien à environ 600

tional crimes », à La Haye le 28 octo-

victimes visant à établir la responsabilité

bre 2013

des auteurs de violations graves des droits
humains dans 45 pays.

Partenariats : Coalition internationale pour

Séminaires de formation et stratégiques

la Cour pénale internationale ; Groupe

3 interfaces « pays » et 1 interface

de travail sur les droits des victimes ;

thématique à La Haye auprès de la

Comité international pour le jugement

CPI (Guinée, Côte d'Ivoire, Kenya,

d'Hissène Habré ; associations de soutien

Mali, RCA, RDC, Soudan)

psychologique aux victimes de violations

Séminaire de formation et d'échange

graves des droits humains, TRACES et

à l'attention d'avocats tunisiens

DIGNITY ; Coalitions nationales pour la

organisé par la FIDH et l'Ordre national

CPI ; Coalition mondiale contre la peine

des avocats de Tunisie, « Les recours

de mort ; Coalition internationale contre les

devant les mécanismes judiciaires et

disparitions forcées.

Rapports
Corée du Nord : La peine de mort en Corée du
Nord : dans les rouages d’un État totalitaire
Côte d'Ivoire : La lutte contre l'impunité à la
croisée des chemins
Côte d'Ivoire : Q&A sur l'audience de confirmation des charges contre Laurent Gbagbo
Etats-Unis : Discrimination, Torture and
Execution : A Human Rights Analysis of Death
Penalty in California and Louisiana
Iran : Death Penalty in Iran : A State Terror
Policy (mise à jour, octobre)
RDC : Déni de justice pour les victimes de
crimes sexuels
Syrie : Violences à l'encontre des femmes en
Syrie
Tchad / affaire Hissène Habré : Q&A et chronologie sur l'affaire Hissène Habré
CPI : Pour les droits des victimes plus effectifs
devant la CPI – Un point de vue sur les droits
des victimes depuis les pays sous enquête de
la CPI
CPI : Note de position – Recommandations à
la 12ème Assemblée des Etats Parties
Newsletter (FIDH-REDRESS-TRIAL-ECCHR) :
EU Update on international crimes - 10ème
édition

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 37

Priorité 5

Renforcer le respect
des droits humains dans
le cadre de la mondialisation économique
Contexte et defis
Si la mondialisation peut être porteuse de progrès, elle contribue
aussi à fragiliser les populations les plus vulnérables et à creuser
les inégalités. Face à la libéralisation du commerce et des
investissements, la FIDH milite pour que les responsabilités des
États et des entreprises soient engagées partout où ils interviennent, et
pour que les droits économiques, sociaux et culturels (DESC) soient
pleinement reconnus. Ainsi, la FIDH a salué l'entrée en vigueur,
en mai 2013, d'un mécanisme de recours international pour les
violations des droits économiques, sociaux et culturels, à la suite de
la dixième ratification du Protocole facultatif au Pacte international
relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC).
En avril 2013, la tragédie du Rana Plaza, au Bangladesh, où plus
d'un millier de travailleurs de la confection ont perdu la vie, a illustré
avec une acuité sans précédent la faillite des systèmes de contrôle de
la chaîne d'approvisionnement volontairement mise en place par les
grands acheteurs internationaux, et souligné l'urgence de trouver des
systèmes de prévention et de responsabilité effectifs. Deux ans après
l'adoption des principes directeurs de l'ONU sur les entreprises et les
droits de l'Homme, et en dépit des progrès enregistrés en matière de
compréhension des responsabilités respectives des différents acteurs,
les avancées en ce qui concerne le respect des droits de l'Homme
par les entreprises sur le terrain restent marginales et insuffisantes.
Il s'agit désormais de mettre en œuvre les principes directeurs,
notamment au niveau des États, qui doivent revoir leurs législations
et leurs politiques visant à encadrer les pratiques des entreprises y
compris à l'étranger ce que de nombreux États, y compris les États
européens qui sont en train d'élaborer des plans nationaux d'action en
la matière, refusent encore de faire.
Alors même que l'un des aspects le plus régulièrement vanté
de la mondialisation est le développement des technologies de
l'information et de la communication, des scandales récents

38 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

mettent en lumière les risques d'une utilisation pernicieuse de ces
technologies au service de la surveillance de masse ou ciblée, ou
encore les risques associés à la vente et à l'utilisation par des régimes
dictatoriaux de programmes de surveillance à des fins de répression.
Lors du forum annuel de l'ONU sur les entreprises et les droits de
l'Homme, la FIDH a alerté le groupe de travail consacré à cette
question sur la vulnérabilité accrue des défenseurs des droits liés à la
terre et à l'environnement, ainsi que sur l'absence persistante d'accès
à la justice pour les victimes, appelant au lancement d'un processus
visant à élaborer un instrument juridiquement contraignant, sur la
base des avancées permises par les Principes directeurs de l'ONU.
Finalement, les politiques des États et des institutions
internationales face à la crise économique et financière mondiale
continuent d'affecter la garantie des droits économiques sociaux et
culturels, comme c'est le cas dans de nombreux pays européens.
Des accords de libre-échange entre l'Union européenne et des pays
tiers sont en cours de négociation alors même que les impacts
négatifs potentiels de ces accords sur les droits humains n’ont pas
été réellement évalués.

La fidh et ses ligues en action

> Contribuer à la responsabilité
des acteurs économiques
Documenter les impacts, déterminer les responsabilités
Une mission menée en 2010 dans le cadre du partenariat
avec Carrefour dans le sud de l'Inde avait permis d'identifier
des pratiques assimilables à du travail forcé dans la chaîne
fournisseur du groupe. Une mission d'enquête menée en
juillet 2013 a permis de faire le point sur la situation des

Ouvrière dans une usine de confection dans le Tamil Nadu (Inde). © FIDH

travailleurs, notamment des jeunes travailleuses vivant dans les
usines, victimes de violations liées au « sumangali scheme »
(recrutement de jeunes filles sur promesses non tenues d’un
salaire décent, d’un hébergement confortable et d’une somme
d’argent à la fin de leur contrat de trois ans pouvant constituer
une dot). Un partenariat avec une ONG locale a été mis sur
pied, en collaboration avec Carrefour, dans le but d'améliorer
les conditions de travail dans le secteur textile et d'éradiquer le
« sumangali scheme » dans l’État du Tamil Nadu.

Le rapport a été publié en français, anglais et chinois. Le
rapport a été diffusé aux différents acteurs concernés,
y compris les entreprises de la grande distribution et
notamment celles membres du Global Social Compliance
Programme (GSCP) qui, a elles seules, représentent un
chiffre d'affaires annuel cumulé de plus d'un billion d'euros.
Suite à la publication du rapport, la FIDH a entamé des
discussions avec Carrefour concernant la mise sur pied
d'un projet pilote visant à sensibiliser les travailleurs sur
leurs droits au travail, à améliorer la relation entre Carrefour

FOCUS

et ses fournisseurs. Un projet sera lancé en 2014.

Les droits au travail dans la chaîne d'approvisionnement
mondiale : l'exemple de la Chine – visites d'usines
Une mission d'enquête menée en fin d'année 2012 dans
des usines en Chine a donné lieu à la publication d'un
rapport sur les droits au travail (mai) dans la chaîne
fournisseur en Chine. La mission a été réalisée dans le
cadre du partenariat de la FIDH avec l'entreprise de grande
distribution Carrefour. Ce rapport élaboré en collaboration
avec le China Labour Bulletin fait état des récentes et
importantes évolutions législatives et sociales en Chine et
appelle les multinationales se fournissant en Chine à influer
en faveur du respect des droits des travailleurs dans les
usines chinoises.
Les principaux problèmes constatés dans les usines
visitées concernent : la sous-traitance d'activités polluantes
ou dangereuses, l'absence de liberté syndicale et de
négociations collectives et, de manière générale, l'absence
de dialogue social dans les usines, le travail payé à la pièce
dans de nombreuses usines et la non-rémunération des
heures supplémentaires lorsque les quotas ne sont pas
respectés, certaines irrégularités découlant du recours à
des stagiaires comme main d’œuvre.

A la demande de son organisation membre aux Philippines, la
FIDH a mandaté une mission en novembre visant à identifier
les impacts sur les populations locales d'une mine d'or à grande
échelle opérée par une société australienne. A cette occasion,
la FIDH s'est également intéressée au cadre juridique et
fiscal de l'extraction minière dans ce pays, et au processus de
consultation avec les communautés affectées.
Par ailleurs, à la demande de ses organisations membres et
partenaires, la FIDH a participé à une audition publique et
interactive organisée par la commission des droits humains avec
la participation de représentants du Sénat fédéral brésilien suite
à des allégations d'activités d'espionnage illégal orchestrées
par des entreprises à l'encontre de mouvements sociaux et
d'organisations de la société civile.
Leviers judiciaires et mécanismes de recours
Malgré l'échec d'un processus de médiation entamé avec
l'entreprise George Forrest International devant le point de
contact national belge (PCN) de l'OCDE dans l'affaire des
démolitions du village de Kawama en RDC, la FIDH a décidé

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 39

de continuer à utiliser ces mécanismes dans l'espoir d'obtenir
des avancées pour les victimes et de les renforcer. C'est
dans cette optique que la FIDH a adhéré à OECD Watch, un
réseau international d'ONG chargé d'évaluer l’efficacité des
Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises
multinationales. En suivi d'une étude d'impacts sur les droits
de l'Homme menée en 2011 en Équateur, la FIDH avec sa
ligue membre dans ce pays et l'association Mining Watch ont
saisi le PCN canadien alléguant notamment de violations du
droit à la consultation, du droit à un niveau de vie adéquate
et d'irrégularités entachant la protection juridique contre les
évictions forcées par l'entreprise Corriente Resources pour les
activités de sa filiale en Équateur, ECSA.

FOCUS
L'Affaire Amesys
Grâce à la plainte déposée en France par la FIDH et son
organisation membre, la Ligue française des droits de
l'Homme, contre Amesys alléguant que cette société s'était
rendue complice d'actes de tortures sur des opposants
politiques en Lybie, une enquête a été ouverte et les victimes
qui se sont portées parties civiles ont été entendues par le
juge français. Cette affaire, tout comme l'affaire Qosmos
(la FIDH et la LDH ont porté plainte contre cette société
française accusée d'avoir fourni un système de surveillance
des télécommunications au régime syrien), a contribué
à l'ouverture d'un débat sur la nécessaire responsabilité
pénale des entreprises et de leurs dirigeants ainsi que sur
l'encadrement spécifique des nouvelles technologies. Faisant
directement allusion aux conséquences de ces affaires,
Fleur Pellerin, alors ministre déléguée française à l’Économie
numérique, a exprimé le souhait de durcir le règlement
applicable aux technologies de surveillance exportées par
ces entreprises. En décembre 2013, lors de la révision de la
liste des catégories prévues à l'Arrangement de Wassenaar,
le gouvernement français a proposé l'ajout d'une nouvelle
catégorie dans la liste des biens et technologies à double
usage visant à inclure dans l'accord le type de technologies
conçu et vendu par Amesys. La FIDH entend développer ses

directeurs des Nations unies sur la question des entreprises
et des droits humains qui répondent aux défis posés par les
activités transnationales des entreprises. La FIDH a pris part
aux travaux de la Commission nationale consultative en France
qui a élaboré un avis sur la question, et a également contribué
aux discussions en Espagne.
Au niveau international, lors du forum annuel de l'ONU
sur les entreprises et les droits de l'Homme qui s'est tenu en
décembre, la FIDH a co-organisé une session de dialogue
entre le groupe de travail de l'ONU et la société civile. A cette
occasion, la FIDH a porté une initiative de la société civile
pour le lancement d'un processus d'élaboration d'un instrument
juridiquement contraignant, sur la base des avancées permises
par les Principes directeurs de l'ONU. La FIDH a permis en
créant une synergie parmi de nombreuses organisations de la
société civile de donner une grande visibilité à la question des
défenseurs des droits à la terre et à l'environnement. Le groupe
de travail s'est engagé à considérer cette question de manière
prioritaire dans le cadre de son mandat.
La FIDH, en partenariat avec d'autres organisations de la société
civile, a par ailleurs appelé les États européens à réglementer
l'importation de produits issus des colonies israéliennes. En
2009 et 2012, La Grande-Bretagne et le Danemark ont adopté
des directives d’étiquetage des produits de façon à permettre au
consommateur de distinguer les produits d’Israël et les produits
des colonies israéliennes. En avril 2013, la haut représentante
de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité,
Catherine Ashton, appuyée par 13 ministres européens des
Affaires Étrangères, a exprimé son soutien à des directives
européennes relatives à l’étiquetage des produits des colonies.
Une proposition au niveau européen est en cours d'élaboration.
A l'occasion de la réintégration de la Birmanie dans les
accords préférentiels avec l'Union européenne, la FIDH a
mené un plaidoyer aux côtés d'autres organisations et de la
Confédération syndicale internationale pour requérir une plus
grande vigilance et transparence aux entreprises européennes
souhaitant y investir.

actions de plaidoyer sur cette question en 2014.

Renforcer le cadre juridique
Sur le plan européen, la FIDH soutient le travail de la coalition
européenne pour la responsabilité sociale et environnementale
des entreprises (ECCJ) pour l'adoption d'une obligation de
reporting non-financier pour les entreprises européennes, un
premier pas nécessaire pour une plus grande responsabilité
des acteurs économiques. Une proposition législative en ce
sens a été rendue publique en avril 2013 et fait depuis l'objet
de négociations. Si elle reste peu ambitieuse, la proposition
répond néanmoins en partie aux demandes d'ECCJ qui a
joué un rôle central dans le processus de négociations. ECCJ
s'est également investi avec ses membres pour que les États
membres de la Commission Européenne élaborent des plans
nationaux d'action concernant la mise en œuvre des Principes

40 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

FOCUS
La FIDH appelle à la plus grande vigilance sur les investissements en Birmanie
Du 1er au 10 février, une mission a été organisée à Rangoon
et Mawlamyine dans l’État de Mon. La FIDH, conjointement
avec son organisation membre, Altsean-Burma, et Burma
Partnership, a invité 60 activistes (dont 20 femmes) de
différentes régions du pays, à participer à un séminaire de
formation de deux jours sur la question 'entreprise et droits
humains'. Les participants ont pu échanger à propos des
principes directeurs des Nations-Unis, des lignes directrices
de l'OCDE et d'autres initiatives liées à la responsabilité sociale
des entreprises. Ils ont appris les mécanismes existants et
discuté autour de stratégies pouvant être adoptées par les

organisations de la société civile pour protéger leurs droits.
Plusieurs participants étaient impliqués dans des campagnes
de grande envergure, par exemple contre le développement
de la zone économique spéciale de Dawei par une entreprise
italo-thaï, du projet gazier « Shwe Gas » soutenu par la
Chine ou de la mine de cuivre de Letpadaung. Au cours de
la mission, des réunions ont aussi été organisées avec les
ambassades américaine, britannique et française.
Fin février, une note de plaidoyer a été publiée afin d'expliquer
les raisons pour lesquelles la FIDH considère que les
conditions pour des investissements étrangers respectueux des
droits humains ne sont pas encore rassemblées en Birmanie.
La note ciblait notamment l'absence de cadre juridique et
institutionnel approprié, la corruption galopante, et l'impunité
prévalant à travers la Birmanie. La FIDH a pris part également
aux consultations entreprises par l’Union européenne
concernant un accord de commerce et d’investissement que
l’Union européenne se propose de négocier avec la Birmanie.
Elle a émis une série de recommandations. La FIDH a insisté
sur: la nécessité de se munir d'une feuille de route claire et avec
des échéances définies concernant certaines réformes urgentes
et nécessaires en matière de droits humains ; l'importance
d'abroger plusieurs lois pour assurer leur conformité avec
les standards internationaux en matière de droits humains ;
la nécessaire mise en place d'un cadre législatif régulant les
activités des entreprises européennes en Birmanie (et passant
notamment par une obligation de reporting et un devoir
de vigilance en matière de droits humains) ; la réalisation
préalable et continue d'études d'impacts sur les droits humains
des investissements liés à l'accord et l'importance d'inclure
dans tout accord d'investissement des clauses de protection
des droits humains.
Encourager les entreprises à mettre en œuvre leur devoir
de vigilance
Dans le cadre de sa coopération avec Carrefour, la FIDH a
continué d'interpeller le groupe de distribution pour mettre
en œuvre son devoir de vigilance concernant sa chaîne
d'approvisionnement en Chine. La FIDH a également encouragé
Carrefour à adhérer à l'accord sur la sécurité des bâtiments au
Bangladesh dans le cadre du suivi du drame du Rana Plaza.
Par ailleurs, tout en encourageant les États européens à
énoncer clairement qu'ils attendent des entreprises qu'elles
ne commercent pas ou n'investissent pas dans les colonies
israéliennes dans les territoires occupés palestiniens, la FIDH
a interpellé directement les entreprises, notamment françaises,
distribuant des produits en provenance des colonies israéliennes
dans les territoires occupés. La FIDH a également saisi le
Groupe de travail des Nations Unies sur entreprises et droits
humains pour qu'il se prononce sur les entreprises opérant ou
entretenant des relations d'affaires au sein des colonies illégales.
Lors du Forum des peuples sur la question des entreprises et
des droits humains, qui s'est tenu à Bangkok en novembre, la

FIDH est intervenue lors d'un atelier portant sur les stratégies
de renforcement du cadre législatif, sur la base des actions de
la FIDH au niveau européen. La FIDH a également soutenu
la participation de ses organisations membres lors d'une
consultation régionale organisée par le groupe de travail des
Nations Unies sur entreprises et droits humains en Colombie.
A l'occasion du Forum social mondial à Tunis, la FIDH, en
collaboration avec des organisations partenaires, a également
participé à l'organisation d'un atelier portant sur les stratégies
pour une responsabilité des entreprises.
Enfin, s'agissant de son fonds éthique de partage, Libertés et
Solidarité, investi en actions et en obligations d'Etats, la FIDH
a travaillé au renforcement des critères de sélection et de
l'engagement auprès des entreprises.

> Promouvoir le respect des droits
économiques, sociaux et culturels
par les États
Documenter les violations
Alertée par ses organisations membres israéliennes quant
à un plan de relocalisation des Bédouins du Néguev, la
FIDH a mandaté une mission d'enquête en juin sur les droits
économiques, sociaux et culturels de cette minorité. A cette
occasion, la FIDH a pu rencontrer l'ensemble des acteurs
concernés y compris les communautés opposées au projet, les
défenseurs du plan, la société civile et les autorités.
En amont de l'examen du rapport du Belarus par le comité
DESC, la FIDH a mandaté une mission en juillet qui a enquêté
sur diverses pratiques de travail forcé et contraint dans ce
pays ainsi que sur les restrictions sévères au syndicalisme.
Cette mission a également permis aux défenseurs des droits de
l'Homme de renforcer leurs capacités concernant la garantie des
droits sociaux.
Dans le cadre de la pré-session du Comité DESC, la FIDH a
élaboré, en collaboration avec son organisation membre KontraS,
une note d'analyse portant principalement sur les violations des
droits humains dont sont victimes les défenseurs des droits liés à la
terre et à l'environnement et organisé une mission d'enquête sur cette
question.
Soutenir les acteurs locaux
Lors de son congrès en mai 2013, la FIDH a dédié une session
à un échange sur les droits économiques et sociaux en période
de crise, afin de renforcer le travail des ligues notamment
européennes sur cette question.
En novembre, la FIDH a contribué à un atelier sur le Protocole
facultatif au PIDESC aux Philippines visant à élaborer une
stratégie de la société civile pour la ratification de cet instrument.

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 41

La FIDH a participé à l'organisation d'un atelier sur le Protocole
facultatif au PIDESC lors du Forum social mondial à Tunis.
Par ailleurs, à l'occasion d'une session de la Commission
africaine des droits de l'Homme (CADHP) et des peuples, la
FIDH a soutenu l'organisation d'une session de présentation et
de discussion sur les Principes de Maastricht sur les obligations
extra-territoriales des Etats en matière de DESC, qui a éveillé
l'intérêt de nombreux représentants d'ONG ainsi que des
commissaires de la CADHP.
Protéger et renforcer la justiciabilité des DESC
Dans deux affaires portées par la FIDH et ses ligues, le Comité
européen des droits sociaux a donné raison à nos organisations.
Pour ce qui concerne la Grèce, le Comité a constaté les
déficiences de l’État face la pollution industrielle sévère du
bassin de la rivière Asopos qui met en danger la santé des
habitants. Pour ce qui concerne la Belgique, le Comité a, en
juillet 2013, unanimement condamné l’État belge suite à une
plainte déposée par la FIDH et son organisation membre en
Belgique en 2011. Le Comité a reconnu la carence de l’État en
matière d'accueil dans des centres d'accueil et d'hébergement
pour les personnes handicapées adultes de grande dépendance.
En juin 2013, en amont de l'Examen périodique universel au Conseil
des droits de l'Homme de l'ONU, la FIDH et ses organisations
membres ont déposé une soumission conjointe mettant en exergue
les graves violations des droits sociaux, économiques et culturels
associées à l'accaparement des terres au Cambodge.
En novembre 2013, à l'occasion de l'examen du rapport du
Belarus par le Comité DESC, la FIDH a publié, conjointement
avec son organisation membre CDH Viasna, le rapport de sa
mission d'enquête internationale portant sur les violations des
droits économiques et sociaux. Le rapport met en évidence
l’ampleur des violations des droits sociaux et économiques
des citoyens biélorusses. Il met notamment en exergue
les nombreux obstacles empêchant le respect des libertés
syndicales, la présence inquiétante du travail forcé dans divers
secteurs d'activités et sous des formes multiples ainsi que la
discrimination constante qui frappe les personnes dépendantes
de l’alcool ou de la drogue.

Enfin, la FIDH, membre du comité de pilotage de la Coalition
des ONG pour le Protocole facultatif au Pacte international
relatif aux droits civils et politiques, a continué ses actions de
plaidoyer pour la ratification de cet instrument par les Etats en
vue de permettre aux ONG et victimes de violations des DESC
de saisir l'organe de surveillance du traité en cas d'épuisement
des voix de recours interne.
EXEMPLES DE RESULTATS OBTENUS
La FIDH a permis ou contribué à/au
Contribution à la responsabilité des acteurs économiques

• Sur initiative de la FIDH ainsi que d'autres participants au
Forum des peuples sur les droits humains et entreprises, 140
organisations de la société civile signent un appel à l'adoption
d'un instrument international juridiquement contraignant
sur les droits humains, les sociétés transnationales et autres
entreprises. L'appel a officiellement été présenté lors du
Forum annuel de l'ONU sur la question des entreprises et
droits humains.
• Le bureau du vérificateur général de l’Équateur rend
public, en septembre 2013, un rapport d'audit reprenant les
conclusions d'une étude de cas menée par la FIDH et ses
organisations membres et partenaires concernant les impacts
sociaux-environnementaux des projets miniers à grande
échelle en Amazonie équatorienne.
• Reconnaissance par le groupe de travail de l'ONU sur la
question des entreprises et des droits humains de l'urgence
de se pencher sur la situation des défenseurs des droits
humains
• La France durcit sa position et propose une réglementation
plus stricte des technologies de surveillance figurant dans
l'arrangement de Wassenaar, proposant l'ajout d'une nouvelle
catégorie à la liste de contrôle des biens et technologies à
double usage (systèmes de surveillance du réseau IP) pour
inclure les technologies développées par Amesys et Qosmos.
• Appui à la participation de Carrefour dans l'Accord sur la
sécurité incendie et la sécurité des bâtiments au Bangladesh
• Mise sur pied d'un partenariat entre la FIDH, Carrefour et
une ONG locale en Inde visant à améliorer les conditions
de travail dans le secteur textile du Tamil Nadu, et plus
particulièrement à prévenir les violations liées à la pratique
du « sumangali ».
Renforcement du respect des droits économiques, sociaux et
culturels par les États

• Entrée en vigueur (mai) du Protocole facultatif au PIDESC
suite à la dixième ratification
• La Chambre des représentants aux Philippines appelle le
Président Benigno Aquino III à ratifier la Protocole facultatif
au PIDESC
• Décision du Comité européen des droits sociaux confirmant

42 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

les déficiences de l’État grec face à la pollution industrielle
sévère du bassin de la rivière Asopos
• Décision du Comité européen des droits sociaux confirmant
la carence de l’État belge en matière d'accueil dans des
centres d'accueil et d'hébergement pour les personnes
handicapées adultes de grande dépendance.
• Sensibilisation et mobilisation des organisations de la
société civile sur les violations aux DESC au Belarus suite à
la publication du rapport de la FIDH

• Le comité onusien sur les DESC s'inquiète de l'existence du
travail forcé au Belarus, reprenant les conclusions du rapport
de la FIDH lors du passage en examen du Belarus
• Le comité onusien sur les DESC inclut dans ses observations
finales de mai 2013 des recommandations préconisées par la
FIDH concernant la discrimination à l'égard des minorités
ethniques et religieuses, des droits des femmes et des enfants
ainsi que des droits au travail.

Prisonniers dans un centre de détention à Babruysk (Bélarus). Crédit AFP

La FIDH en interaction avec ses organisations membres et partenaires
4 missions internationales d'enquête et

la question des entreprises et droits humains

judiciaires (Belarus, Inde, Israël, Philippines)

(Thaïlande). Ateliers sur les DESC et la

2 missions internationales de plaidoyer

responsabilité des entreprises, Forum Social

(Brésil, Pérou)

Mondial (Tunisie). Atelier sur le PF-PIDESC

35 Communiqués de presse

aux Philippines.

Procédures judiciaires et quasi-judiciaires

Rapports
Bélarus : Travail forcé et violation généralisée
des droits des travailleurs

initiées et suivies par la FIDH : Circonstance

Partenariats : Coalition européenne pour

Chine : Les travailleurs chinois à la conquête de

spécifique devant le Point de contact national

la responsabilité sociale et environnemen-

leurs droits : quel rôle pour les marques ?

de l'OCDE du Canada, clôture du proces-

tale des entreprises (ECCJ) ; Réseau DESC ;

Iran : Montée de la pauvreté : déclin des droits

sus de médiation devant le Point de contact

Confédération syndicale internationale ;

au travail

national de l'OCDE de la Belgique (affaire

OECD Watch ; Coalition des ONG pour le

Pérou : Rapport sur la situation à La Oroya –

Kawama), l'affaire Amesys devant les juridic-

Protocole facultatif au PIDESC

Quand la protection des investisseurs menace

tions françaises.

les droits

Séminaires stratégiques / de formation :
Soutien à la tenue du Forum des peuples sur

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 43

Priorité 6

Conflits, pays fermés
ou en transition :
défendre les principes
démocratiques et
soutenir les victimes des
violations les plus graves
Afrique du Nord Moyen-Orient
Contexte et défis
Les soulèvements populaires de 2011 qui ont secoué l'Afrique du
Nord et le Moyen-Orient ont connu des développements divers
dans les différents pays concernés. Tout ont néanmoins engendré
d’importants défis pour la protection des droits humains.
En Syrie, le conflit a fait plus de 100 000 morts et 6 millions de
déplacés (à l’intérieur du pays et à l’étranger), donnant lieu à une
crise humanitaire sans précédent. Les acteurs de la société civile,
notamment les défenseurs des droits humains continuent d’être la
cible des forces gouvernementales, mais aussi de groupes armés
non étatiques. Ceux-ci sont principalement ciblés pour sanctionner l'exercice de droits fondamentaux ou pour avoir apporté de
l'aide aux civils. Le conflit syrien fait peser une lourde menace sur
l'ensemble de le région, et particulièrement sur les pays limitrophes
ayant accueilli une grande quantité de réfugiés syriens.
En Tunisie, en Libye et au Yémen, la transition s’accompagne
également de nombreux défis : l’émergence ou le renforcement
d’acteurs politiques qui parfois enfreignent les valeurs

44 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

démocratiques, les droits de l’Homme et les libertés au lieu de
les promouvoir ; la survivance de certains éléments des régimes
renversés ; des conflits internes persistants ; et la menace
croissante que représentent les groupes islamistes radicaux.
En Égypte, la première moitié de l’année a été marquée par
la réstriction de nombreuses libertés par le régime des Frères
Musulmans. Le mécontentement généralisé a donné lieu à
de violentes manifestations qui ont abouti au renversement
par les militaires de ce régime élu démocratiquement. Tandis
qu’une répression sanglante s’abattait sur les partisans de
Morsi, les mesures répressives se multipliaient à l'encontre de
certains groupes de la société civile. Arrestations et détentions
arbitraires ont visé des groupes révolutionnaires, des militants
et des ONG de défense des droits de l’Homme, en violant leur
liberté d’association, de réunion et d’expression. En Libye, le
gouvernement ne parvient toujours pas à asseoir son autorité.
Les autorités locales et les milices qui n’ont pas été désarmées,
font preuve d’une défiance réciproque croissante. Conséquences :
la situation sécuritaire est très instable, et le pouvoir central
se montre incapable d’appliquer les réformes nécessaires. En
Tunisie, la transition a été interrompue par deux assassinats
politiques qui ont donné lieu à d'importantes manifestations et
au blocage des négociations politiques. Fin 2013, un dialogue
visant à relancer le processus de transition a finalement été mis en
place, qui devait aboutir début 2014 à des évolutions politiques
significatives très attendues (adoption de la Constitution et
constitution d’un nouveau gouvernement de transition).

Mobilisation de la société civile pour la
libération de Jabeur (Tunis). Crédit FIDH

D’autres pays de la région, notamment l’Algérie, le Koweït et le
Maroc, ainsi que les Émirats arabes unis, connaissent toujours des
vagues sporadiques de protestation et de demandes de réformes.
Si dans certains cas les autorités ont réagi en introduisant des
réformes partielles, en règle générale elles ont n’ont pas donné
suite aux appels de la société civile et ont même sanctionné les
protestataires.
En Israël, alors même que la communauté internationale a une fois
de plus relancé les négociations de paix, la politique de colonisation des Territoires palestiniens occupés se poursuit, et la discrimination à l’encontre de la minorité arabe à l’intérieur des frontières
de 1947 se poursuit.
Au Yémen, malgré des évolutions significatives mises en œuvre
dans le cadre du processus de dialogue national, la situation reste
particulièrement délicate. Non seulement le contexte sécuritaire
est extrêmement tendu du fait des constantes menaces et attaques
terroristes mais, en outre, les mesures nécessaires pour une transition efficace n’ont pas été adoptées. La Commission d’enquête
sur les événements de 2011 n’a toujours pas été mise en place et
les auteurs de graves violations des droits de l’Homme restent
impunis. Le Bahreïn est plongé dans une crise de longue haleine,
et la situation ne cesse de se dégrader. La répression se poursuit,
tandis que les négociations politiques sont au point mort. Malgré
son lourd passif en matière de droits de l’Homme, Bahreïn continue à échapper à tout contrôle international.
Au cours de l’année écoulée, les organes politiques de la Ligue
arabe (LEA) ont surtout porté leur attention sur la situation en
Syrie. Les positions antagonistes au sein des États membres se sont
accentuées depuis la chute de Frères musulmans en Égypte (un
dossier sur lequel l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis se
sont opposés au Qatar). Les États membres ont refusé de discuter
et prendre position sur la situation égyptienne et les graves violations des droits de l’Homme commises depuis le 30 juin 2013.

Parallèlement sur le volet institutionnel, la réforme de la LEA se
poursuit. Deux priorités principales se dégagent en matière de
droits humains : le statut juridique des organisations de la société
civile auprès de la LEA, et la création d’une Cour arabe des droits
de l’Homme.

La fidh et ses ligues en action
Établissement des faits, alerter, proposer
En 2013, sur la base des informations communiquées par ses organisations membres et partenaires, la FIDH a publié un nombre
très important d'alertes sur les violations des droits humains dans
la région (plus de 250 communiqués de presse en arabe, anglais
et français), avec un focus particulier sur la situation en Syrie, en
Tunisie et en Égypte, Ces informations ont été transmises aux autorités concernées ainsi qu'aux institutions intergouvernementales
et mécanismes de protection des droits internationaux et régionaux
et reprises par les médias internationaux et régionaux.
En soutien à ses organisations membres et partenaires, la FIDH a
continué son action de documentation des graves violations des
droits humains, de qualification des faits et des responsabilités
dans les pays qui ont connu des soulèvement populaires. Ainsi, la
FIDH s'est concentrée en Égypte sur le recensement des violences
à l'encontre des femmes dans l'espace public et l'impunité de leurs
auteurs, notamment sous le régime du président déchu Morsi. Le
rapport de sa mission sur ce phénomène grave et peu connu sera
publié en 2014. La FIDH et ses membres en Égypte ont également
suivi de près l'état d'avancement des procédures judiciaires engagées contre les auteurs des répressions des différentes vagues de
manifestations sous les régimes Moubarak, Morsi et Al-Sissi, pour
dénoncer l'absence de volonté des autorités successives de lutter
contre leur impunité. En Tunisie, la FIDH a continué d'observer
certaines procédures à l'encontre des responsables des violences
graves perpétrées dans le cadre de la répression du mouvement

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 45

populaire pour examiner dans quelle mesure la justice militaire répond au besoin de lutte contre l'impunité des crimes commis lors de
la révolution et au droit des victimes à la vérité et à la réparation. La
FIDH, suite à une enquête en Jordanie dans des camps de réfugiés,
a publié cette année un rapport qui pointe du doigt le phénomène
spécifique et alors peu documenté de violences graves à l'encontre
des femmes dans le cadre du conflit en Syrie.
Les atteintes et menaces aux libertés au nom notamment de la religion et de la sûreté de l'Etat ont également fait l'objet d'une attention
spécifique. Le travail de documentation sur ces atteintes a contribué
aux initiatives visant à dénoncer l'autoritarisme de certains Etats et
des dérives inquiétantes observées dans des pays en transition. En
Tunisie, la FIDH et ses membres ont ainsi procédé à l'observation
de procès et procédures contre des individus poursuivis de manière
arbitraire pour avoir exprimé leur opinion (cf Focus). La FIDH a en
outre envoyé deux missions aux Emirats arabes unis pour observer
le procès à l'encontre de 94 activistes poursuivis pour avoir critiqué
le pouvoir et appelé à des réformes. La FIDH a également observé
à deux reprises le procès de 25 militants sahraouis poursuivis en
violation des standards internationaux pertinents, devant la cour
militaire de Salé. Leur procès longuement reporté faisait suite à des
affrontements qui se sont déroulés lors du démantèlement du camp
de Gdim Izik en novembre 2010.
Enfin, alors que les discussions autour de l'adoption du « Plan
Prawer » se renforçaient à la Knesset, la FIDH a mandaté une mission d'enquête et de plaidoyer portant sur les expropriations des
bédouins du Neguev.
Dans ses communiqués et rapports, la FIDH ont adressé des recommandations précises aux autorités nationales concernées ainsi qu'à la
communauté internationale. Celles-ci se sont concentrées essentiellement sur la protection des droits humains, le respect des principes
démocratiques et la lutte contre l'impunité des auteurs des crimes
les plus graves.

FOCUS
La FIDH documente l'instrumentalisation de la justice en
Tunisie à des fins liberticides

Après la révolution de jasmin, les deux années de gouvernance
du parti islamiste Ennahda se sont caractérisées par des
violences politiques et un rétrécissement du champ des libertés
accentué par l'instrumentalisation du judiciaire. Face à ce
constat, la FIDH et ses organisations membres ont considéré
essentiel de documenter et d'alerter sur toutes les atteintes aux
droits civils et politiques des citoyens.
La FIDH a ainsi observé dès juillet 2012 le procès intenté,
après plusieurs semaines de manifestations d'étudiants
contre une interdiction du niqab, contre Habib Kazdaghli, le
doyen de l'université Manouba, accusé d'avoir agressé deux
étudiantes portant le niqab. La FIDH a ainsi mis en lumière
les irrégularités de procédure. L'observation de cette affaire a
contribué à l'acquittement en mai 2013 du doyen de l'université.
La FIDH s'est également mobilisée auprès des organisations

46 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

tunisiennes sur le cas de deux jeunes, Jabeur Mejri et Ghazi
Beji, qui avaient publié des écrits et des dessins jugés
blasphématoires et qui furent condamné à 7 ans et demi
d’emprisonnement pour « atteinte à la morale, diffamation et
trouble à l’ordre public » en mars 2012. Les nombreuses alertes
sur l'état de la procédure et dénonciations de son caractère
arbitraire ont contribué à la grâce de Jabeur Mejri en février
2014. Ghazi Beji avait lui fui la Tunisie faisant de lui le premier
réfugié politique tunisien de l'après Ben Ali.
La FIDH a également alerté sur l'arrestation et la détention de
la jeune militante féministe Amina Sboui, poursuivie en justice
pour avoir inscrit le mot « FEMEN » sur un mur à côté d’un
cimetière. Elle a été finalement libérée le 1er août 2013, une
partie des charges ayant été abandonnées.

Mobiliser les autorités nationales et la communauté internationale pour des mesures concrètes en faveur de la protection
des droits humains
L'accompagnement de ses organisations membres dans leurs actions de plaidoyer au niveau national mais également régional et
international est au cœur de l'action de la FIDH.
La FIDH et ses membres ont interpellé à de nombreuses reprises
les autorités tunisiennes compétentes (président, gouvernement
et membres de l'assemblée constituante), afin qu'elles veillent au
respect des libertés fondamentales et notamment que la protection
des droits humains soit garantie dans le projet de Constitution,
s'agissant particulièrement de l'égalité hommes femmes et de la
liberté d'expression.
Au Maroc, la FIDH, la Commission internationale des juristes
(CIJ) et le REMDH, se sont à nouveau adressées aux autorités
notamment lors d'une conférence de presse et de rendez-vous
ciblés avec les acteurs pertinents pour appeler à ce que la réforme
de la justice annoncée depuis plusieurs années et qui a connu en
2013 quelques développements, se conforme pleinement aux dispositions pertinentes du droit international des droits humains.
En Libye, la FIDH a poursuivi sa mobilisation des autorités nationales sur les questions de justice et de lutte contre l'impunité. Elle
a notamment mené un important plaidoyer auprès des autorités,
particulièrement du chef du gouvernement et du ministre de la
Justice, pour la reconnaissance des viols comme crimes de guerre
pendant le soulèvement de 2011.
La FIDH et ses partenaires ont par ailleurs systématiquement interpellé les autorités égyptiennes mais également les partenaires
de l’Égypte dont l'Union européenne afin d'empêcher l'adoption
d'un projet de loi menaçant pour la liberté d'association. La FIDH à
également interpellé les instances régionales (UA), et internationales (Conseil des droits de l'homme) sur les violations des droits de
l'homme et les exactions perpétrées tant par le gouvernement de
Morsi que par les forces armées, sécuritaires et le gouvernement
de transition après le renversement de celui-ci.

Face à l'immobilisme de la communauté internationale sur le dossier syrien, la FIDH a poursuivi ses interpellations du Conseil de
sécurité. Elle a par ailleurs participé à une campagne publique,
coordonnée par Crisis Action, de mobilisation et de plaidoyer auprès des BRICS à l'occasion des deux ans du conflit en Syrie. La
situation dans ce pays a par ailleurs été soulevée dans le cadre de
plaidoyer bilatéral auprès d'Etats tiers influents (Brésil ; membres
du Conseil des droits de l'Homme) et des instances internationales
(OHCHR ; envoyé spécial du Conseil de sécurité et de la Ligue
des Etats Arabes).
Fortement mobilisée sur les conséquences de la colonisation israélienne, la FIDH a poursuivi sa mobilisation portant en particulier sur
l'illégalité des échanges avec les colonies israéliennes et la mise en
place de réglementations au niveau européen et dans le cadre des
relations bilatérales (France, Belgique). Des actions de plaidoyer ont
également été organisées auprès des instances onusiennes.
Les alertes et enquêtes de la FIDH sur la Syrie, l’Égypte, le Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Maroc, la Tunisie, la Libye ont été
présentés – y compris dans le cadre de nombreuses interfaces de
plaidoyer avec des représentants de ses organisations membres, aux
organes pertinents des Nations unies, de l'Union européenne et de
la Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples pour
les pousser à réagir, dénoncer les violations des droits humains et
appeler les autorités nationales au respect du droit international.

FOCUS
Le Bahreïn remis à l'agenda de la communauté internationale

N'ayant pu se rendre dans le pays en 2013 faute d'autorisation
des autorités, la FIDH, sollicitée par ses organisations membres
et partenaires, le Bahrain Center for Human Rights et le Bahrain
Human Rights Observatory (BHRO), s'est concentrée sur le
plaidoyer auprès des Nations unies et de l'Union européenne
pour susciter leur réaction face aux violations des droits humains
dans ce pays, et plus particulièrement sur la situation de Nabeel
Rajab, président du BCHR et Secrétaire général adjoint de la
FIDH, condamné à deux ans de prison pour avoir exercé son
droit de réunion et d'expression. L'attention de la communauté
internationale sur le Bahreïn est en effet souvent voilée par la
position stratégique de ce pays dans la région et ses liens forts
avec des pays influents comme les Etats-Unis, le Royaume
uni et l'Arabie saoudite. En invitant à plusieurs reprises des
représentants de ses organisations membres et partenaires à
inter-agir avec les organisations intergouvernementales et via
le plaidoyer constant mené par ses bureaux de représentation
à Genève et à Bruxelles, la FIDH a su mobiliser un nombre
plus important de pays qu'en 2012 y compris certains alliés
du Bahreïn pour signer, à l'occasion de sessions du Conseil
des droits de l'Homme, deux déclarations sur la situation au
Bahreïn, et contribuer à l'adoption de résolutions du Parlement
européen. Celles-ci font état des préoccupations de la FIDH
en appelant les autorités du Bahreïn à mettre en œuvre les
recommandations de la Commission indépendante d'enquête
mise en place après la répression des manifestations pacifistes

contre le pouvoir et à la libération immédiate des prisonniers
d'opinion. La FIDH a par ailleurs poursuivi son interpellation
des autorités du Bahreïn dans le cadre de rencontres avec des
représentants du gouvernement lors de visites à l'étranger. Ces
interpellations ont fait réagir les autorités du Bahreïn qui ont
à plusieurs reprises autorisé des représentants d'institutions
inter-gouvernementales à rencontrer en détention des activistes
et notamment Nabeel Rajab.
Enfin, conformément à son plan d'action, le plaidoyer de la FIDH
s'est également orienté vers la Ligue Arabe pour l'amener à réagir
notamment sur la situation en Syrie.

FOCUS
Pour une Ligue arabe protectrice des droits humains

La FIDH s'investit depuis plusieurs années, particulièrement via
les activités de son bureau au Caire, pour faire en sorte que la
Ligue des Etats arabes (LEA) contribue à la protection de droits
humains dans la région. Dans le contexte d'un projet de réforme
de la Ligue arabe initié par ses Etats membres, la FIDH, en
coopération avec le Cairo Institute for Human Rights Studies,
l'Egyptian Initiative for Personal Rights et l'Organisation
arabe des droits de l'Homme, a réuni en février 2013 plus de
cinquante représentants d'organisations nationales, régionales et
internationales de défense des droits humains et experts d'autres
systèmes régionaux intergouvernementaux et de protection
des droits, pour dégager une position et des recommandations
communes en vue d'une plus grande interaction de la Ligue
arabe avec la société civile et du renforcement du mandat des
organes politiques et de traité en matière de protection des
droits humains. La déclaration finale de ce séminaire a été
partagée avec les représentants de la LEA présents et diffusée
par les organisations participantes à leurs autorités. Impact
direct de cette initiative, la Ligue arabe a invité en juin la FIDH
avec d'autres ONG à une réunion de consultation de la société
civile sur le projet de réforme. Depuis, la FIDH a formulé ses
préoccupations et recommandations sur le projet de Statut d'une
Cour arabe des droits de l'Homme.
Activités contentieuses
L'activation de la justice nationale et internationale pour le droit
des victimes à la justice, la sanction des auteurs et responsables des
crimes les plus graves, et contribuer à la non répétition des crimes,
fut également un axe majeur de l'action de la FIDH dans la région.
S'agissant de la Syrie où l'impunité est totale, la FIDH a contribué
à l'initiative de la Suisse qui a déposé une lettre au Conseil de sécurité en janvier 2013 au nom de 58 pays l'appelant à saisir la Cour
pénale internationale (CPI) sur la situation en Syrie. Elle a également soutenu la déclaration inter-régionale de 64 Etats faisant cette
même demande à l'occasion d'une session du Conseil des droits de
l'Homme en mars. La FIDH et son organisation membre, la Ligue
française des droits de l'Homme (LDH), ont également suivi la

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 47

procédure judiciaire qu'elles ont initiée en France contre la société
française Qosmos, accusé d'avoir fourni à Damas du matériel de
surveillance informatique pour traquer les opposants au régime de
Bachar al-Assad. La FIDH a fait également le suivi de sa saisine
du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire
concernant le cas de Mazen Darwish, directeur du Centre syrien
pour les médias et la liberté d'expression et deux de ses collègues.
Concernant la Libye, la FIDH a fourni des éléments factuels et de
preuve supplémentaires pour appuyer la plainte initiée par elle et portée par la Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples
devant la Cour africaine des droits de l'Homme pour dénoncer la
responsabilité de l'Etat s'agissant de la répression des manifestations
populaires par le régime de Khadafi. Par ailleurs, une enquête judiciaire a été ouverte en France en 2013 suite à la plainte déposée par
la FIDH et la LDH contre Amesys alléguant que cette société s'était
rendue complice d'actes de tortures sur des opposants politiques en
Libye. Les victimes qui se sont constituées parties civiles dans cette affaire, soutenues par la FIDH, ont pu être auditionnées par la justice en
juin et en juillet. La FIDH leur a également permis de bénéficier d'un
programme de soutien psychologique prodigué dans un pays tiers.
La FIDH s'est en outre mobilisée aux côtés d'une jeune femme poursuivie pour atteinte à la pudeur alors qu'elle fut victime de viol par des
agents des forces de l'ordre en Tunisie. La société civile tunisienne
s'est fortement mobilisée pour dénoncer ces poursuites à l'encontre
Meriem Ben Mohamed lesquelles ont finalement été abandonnées. La
FIDH, à la demande l'Association tunisienne des femmes démocrates,
s'est ensuite constituée dans l'équipe d'avocats de Meriem suite au
dépôt d'une plainte contre les agents pour viol et extorsion de fonds.
Renforcement des capacités
Dans ce contexte de conflit, de crise et de transition, les besoins en
terme de renforcement des capacités d'action des organisations de la
société civile ont été importants. Conformément aux objectifs inscrits
dans son plan d'action pluriannuel, la FIDH a contribué à y répondre.
Ainsi, en réponse aux demandes de défenseurs des droits humains
en Syrie, la FIDH a soutenu le développement d'un centre de promotion des droits humains, le Fraternity Center for Democracy and
Civil Society qui a développé trois sections dans plusieurs villes
dans le nord du pays. La FIDH a organisé plusieurs ateliers de formation à destination des membres de ce centre pour permettre une
meilleure sensibilisation de la population et des acteurs influents
de la région à la thématique des droits humains et des principes de
coexistence pacifique.
La FIDH a également soutenu l'organisation des Assises de la société
civile tunisienne réunissant en décembre plus de 300 associations.
Cet événement a pu réunir plus de 850 personnes de Tunisie et de
l’étranger qui ont travaillé en commissions pour aborder les différentes thématiques relatives aux élections générales qui devraient
être organisées en Tunisie en 2014. A l’issue des travaux, les participants ont annoncé la création d’une alliance civile pour les élections
dont l’objectif est d’assurer la coordination des différentes initiatives
visant à la tenue d’élections transparentes et démocratiques.

48 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

Par ailleurs, dans le cadre d'un partenariat initié avec le Barreau de
Tunisie, celui-ci a sollicité l'expertise de la FIDH sur les organes
régionaux de protection des droits humains. Un atelier a été organisé
à cette fin sur la Cour et la Commission africaine des droits de
l'Homme à destination de jeunes avocats susceptibles d'avoir recours
à ces mécanismes.
EXEMPLES DE RESULTATS OBTENUS
La FIDH a permis ou contribué à/au
Au niveau national
Tunisie

• L'acquittement du doyen de l'Université la Manouba injustement accusé de violence contre une étudiante violée
• L'arrêt des poursuites contre Meriem Ben Mohamed qui,
victime de viol par des policiers, avait été poursuivie pour
outrage à la pudeur
• La grâce accordée par le président pour Jabeur Mejri, condamné à 7 ans et demi d’emprisonnement pour avoir publié
des écrits et des dessins jugés blasphématoires
• La libération de Amina Sboui le 1 er août, poursuivie pour
avoir tagué « FEMEN » sur un mur et l'abandon d'une partie
des charges à son encontre
• La relaxe pour le rappeur Weld el 15 condamné à de la
prison ferme pour outrage à l'autorité, du fait de paroles
d'une chanson jugées insultantes pour les forces de sécurité
• l'inclusion dans le projet de Constitution de l'égalité entre
les femmes et les hommes et la reconnaissance de la liberté
de conscience et d'expression
• La mise en place d’une alliance de la société civile dont
l’objectif est d’assurer la coordination des différentes initiatives visant à la tenue d’élections transparentes et démocratiques.
Maroc

• La charte de la réforme de la justice intègre plusieurs recommandations-clés soulevées par la CIJ, la FIDH et le REMDH
dans leur Mémorandum sur la réforme du pouvoir judiciaire en particulier portant sur l'indépendance du pouvoir
judiciaire.
Égypte

• la non adoption du projet de loi sur les associations
Libye

• L'adoption d'un décret qualifiant les viols commis pendant
le conflit de 2011/2012 de crimes de guerre
Israël

• L'annonce par le gouvernement israelien du retrait du “Prawer Plan” prévoyant l'expropriation forcée des bédouins du
Negev. Le plan demeure inscrit à l'agenda de la Knesset
mais le processus est ralenti. La FIDH entend poursuivre son
plaidoyer afin d'obtenir l'abandon définitif de Plan Prawer.

Syrie

• La mise en place d'un Centre de sensibilisation et de formation aux droits humains dans le nord de la Syrie
Prix

• La Fondation Rafto a attribué son Prix au Bahrain Center
for Human Rights, pour son travail de défense des droits
humains dans la région du Golfe.
Aux niveaux régional et international
Syrie

• La décision du Groupe de travail des Nations unies qui déclare arbitraires les détentions de Mazen Darwish, Mohamed
Hani Al Zaitani et Hussein Hammad Ghrer, respectivement
directeur et membres du Centre syrien des média et de la
liberté d’expression
• Au rapport de la Représentante Spéciale du Secrétaire général des Nations Unies sur la violence sexuelle dans les conflits présenté au Conseil de sécurité de l’ONU sur la Syrie.
Bahreïn

• L'adoption en septembre par le Parlement européen d'une
résolution appelant à mettre immédiatement fin à tous les
actes de répression, notamment le harcèlement judiciaire,
et demandant la libération immédiate et sans conditions de
tous les prisonniers objecteurs de conscience, militants politiques, journalistes, bloggers, médecins et personnel paramédical, défenseurs des droits de l’homme et manifestants
pacifiques
• L'adoption par un nombre croissant d'Etats, lors de sessions du

Conseil des droits de l'Homme, de deux déclarations dénonçant les violations des droits humains au Bahreïn
• La décision du Groupe de travail des Nations unies qui
déclare arbitraire la détention de Nabeel Rajab, président
du Bahrain Center for Human Rights et Secrétaire général
adjoint de la FIDH.

Égypte

• L'adoption d'une résolution de la Commission africaine des
droits de l'Homme et des peuples sur la situation des droits
de l'Homme dans ce pays à l'occasion d'une session spéciale
en août qui appelle notamment les forces armées et de sécurité à mettre un terme aux actes de violence, arrestations et
détentions arbitraires et demande aux autorités de lutter contre l'impunité des auteurs de violations des droits humains.
Ligue des Etats arabes
• Les recommandations relatives à la réforme de la LEA
(notamment sur l'amélioration des mécanismes de protection
des droits de l'Homme et sur l'interaction avec les organisations de la société civile) ont été reprises par le Comité
Brahimi, puis transmises au Secrétaire général et enfin aux
Etats membres
• La FIDH a été invitée à faire partie du comité de suivi des
réformes de la LEA mis en place par la Commission nationale des droits de l'Homme du Qatar
• La FIDH contribue à ralentir le processus hâtif d'adoption
des statuts de la Cour arabe des droits de l'Homme en proposant des amendements et des recommandations au comité
des experts chargés de rédiger les statuts.

La FIDH en interaction avec ses organisations membres et partenaires
12 missions internationales d'enquête,

des mécanismes pertinents régionaux et

Partenariat : REMDH, Crisis Action, POMED

missions judiciaires et d'observation

internationaux et de représentants d'Etats

Commission internationale des juristes,

judiciaire et de plaidoyer : Egypte, Emirats

influents

Institut arabe des droits de l'Homme, CIHRS

arabes unis, Israël/ TPO, Jordanie (sur la
Syrie), Koweït, Maroc, Tunisie

Séminaires stratégiques :

274 communiqués de presse

• Syrie : deux ateliers de formation de

Rapports d'enquête

Procédures judiciaires et quasi-judiciaires :

défenseurs syriens des droits humains sur

Bahreïn : Sentenced to two years in prison

- Devant les tribunaux français : Affaires

les principes fondamentaux des droits de

for advocating and exercising the right to

Qosmos (Syrie), Amesys (Libye), Ben Said

l'homme, les techniques de sensibilisation

peaceful assembly

(Tunisie) et Rélizane (Algérie)

et les principes de gestion des ONG (50

Émirats Arabes Unis : Criminalising Political

- Devant la Commission africaine des

participants sur les deux sessions)

Dissent

droits de l'Homme et des peuples ADHP :

• Tunisie : Contribution aux Assises de la

Émirats Arabes Unis : Flagrant disregard of fair

Communication c. Algérie

société civile (800 personnes, représent-

trial guarantees shown at UAE 94 trial

- Devant le Groupe de travail sur les déten-

ants de 300 ONG locales) ; atelier de

Maroc : Memorandum sur la réforme du

tions arbitraires (ONU) : Bahreïn, Syrie

formation d'avocats et militants des droits

pouvoir judiciaire au Maroc

- Devant le Comité sur les disparitions

humains sur les mécanismes régionaux de

Syrie : Violences à l'encontre des femmes en

forcées (ONU) : Syrie

protection (50 participants)

Syrie : Briser le silence

• LEA : Séminaire sur la Ligue arabe et
Soutien au plaidoyer de 22 défenseurs

les droits humains (80 participants,

(Bahreïn, EAU, Égypte, Libye, Syrie, Yémen,

représentants d'OING et ONG régionales

Algérie, Maroc, Palestine) auprès des OIG,

et nationales)

Ligue des états arabes : The Arab League and
Human Rights : Challenges Ahead

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 49

Afrique Sub-saharienne
Contexte et défis
L'Afrique a connu en 2013 des zones de forte insécurité lié à
des situations de conflits, des processus électoraux à risque,
l’orientation autoritaire de certains régimes, l'activité de
groupes extrémistes ou la prédation des ressources naturelles.
La menace islamiste a été au cœur de l'instabilité du continent
en Somalie, au Nigeria et dans la région Saharo-Sahélienne.
Au Mali, des troupes africaines et françaises sont intervenues
pour stopper l'avancée des groupes armées touaregs et islamistes vers la capitale Bamako et mettre ainsi fin aux graves
violations des droits humains commises contre la population
du Nord du pays.
En République démocratique du Congo (RDC), les combats
ont fait rage dans les Kivu entre l'armée et les éléments du
M23 dans une guerre pour le contrôle des territoires et des
richesses du sous-sol. L'armée Soudanaise a continué de violer le droit international humanitaire au Darfour et dans les
provinces du Nile Bleu et du Sud-Kordofan. En République
centrafricaine (RCA), les rebelles de la Séléka qui ont porté
par un coup d'Etat leur chef au pouvoir ont gardé le contrôle
du pays commettant des meurtres, viols, enlèvements, pillages
et destructions de biens. Une milice d'autodéfense, les « antiBalaka », s'est également fait connaître pour ses violations des
droits humains. A Djibouti, les élections législatives se sont
soldées par d'importantes irrégularités et une forte répression
contre les militants des partis d'opposition, caractérisée par la
mort de plusieurs sympathisants, des arrestations et détentions
arbitraires de centaines d'autres.

Réunion entre une délégation du bureau du Procureur de la CPI et des associations de
victimes en Guinée. Crédit FIDH

Dans ce contexte, la mobilisation de la communauté internationale pour la protection de la population, l'alerte, le soutien
à la société civile pour la documentation des violations des
droits humains et l'identification de leurs auteurs constituèrent
autant de défis à relever.

50 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

Dans certains de ces pays, mais aussi dans d'autres qui ont
connu récemment des crises, conflits ou violences, comme la
Guinée, la Côte d'Ivoire ou le Kenya, les défis ont aussi concerné le soutien à une transition politique pour la sécurité, la
protection des droits humains, la justice, et des élections libres
et transparentes, éléments essentiels pour une stabilité et un
développement durables. A cet égard, la position de certains
Etats africains au sein de l'Union africaine contre la procédure
de la Cour pénale internationale sur la situation au Kenya et
le procès d'un chef d'Etat en exercice a mobilisé les efforts de
la société civile africaine et internationale pour la lutte contre l'impunité des auteurs des crimes les plus graves devant
la justice internationale mais aussi nationale pour contrer les
obstacles à la justice et faire respecter les droits des victimes.

La fidh et ses ligues en action
Établir les faits, alerter, proposer
Face à des crises subites ou d'ampleur, il est parfois difficile
pour les organisations locales d'engager un important travail
de documentation sur les violations des droits humains, pour
des raisons liées principalement à leur capacité ou sécurité.
En soutien à ses organisations membres, la FIDH a pu réagir
avec célérité face a de telles situations d'urgence pour alerter et
enquêter sur la commission de crimes internationaux et identifier leurs auteurs.
Ainsi, la FIDH a mené une mission internationale d'enquête
en RCA qui a fait l'un des touts premiers bilans des exactions
commises contre la population par les rebelles de la Séléka en
mettant en exergue leur ampleur et qualification juridique. La
mission a également permis d'entrevoir la menace de violences
inter-communautaires et l'insuffisance de capacité de la mission d'intervention d'Afrique centrale pour garantir la sécurité
de la population.
Avec l'OGDH, le Bureau de la FIDH en Guinée a continué
de recueillir des témoignages et d'enquêter sur les graves violations des droits humains commises en 2007 et 2010 mais
aussi lors du massacre du 28 septembre 2009 pour nourrir les
procédures judiciaires en cours devant les tribunaux nationaux
(cf. ci-après). Toujours dans une optique judiciaire, la FIDH, la
LIDHO et le MIDH ont complété leur enquête sur les exécutions judiciaires dans le camps de Nahibly en Côte d'Ivoire.
La FIDH et ses organisations membres en RDC ont également
analysé les obstacles au droit à la justice et à la réparation des
femmes victimes de crimes sexuels. La FIDH a été par ailleurs
l'une des rares organisations à fournir des informations fiables
et détaillées sur la répression perpétrée par les forces de l'ordre
djiboutienne contre les sympathisants de l'opposition dans le
cadre des élections législatives.
Enfin, la FIDH et son organisation membre, l'African Center
for Justice and Peace Studies, ont soumis au Comité des droits
de l'Homme un rapport alternatif au rapport de l'Etat du Soudan
pour nourrir sa liste de questions en vu de son examen en 2014.

FOCUS
La FIDH et ses membres, observatrices de la société
civile des droits humains au Sahel
Dans le cadre d'un programme spécifique soutenu par l'Union
européenne, la FIDH, ses organisations membres au Mali
(l'Association malienne des droits de l'Homme), au Tchad, au
Burkina Faso, en Mauritanie et au Niger, ont mis en place un
système de documentation des violations des droits humains
commises dans le contexte des actions armés des groupes
islamistes et touaregs dans la région sahélienne et de la réaction de la communauté internationale.
Des représentants des antennes de l'AMDH et des organisations sous-régionales ont été formés par la FIDH et des experts
internationaux aux techniques de recueil de témoignages sur
des violations spécifiques (notamment les violations du droit
international humanitaire, les crimes sexuels et les violations
des droits des réfugiés), aux méthodes sécurisées de communication et de stockage de donnés, et ont été équipés à
cet effet.
Par ailleurs, des enquêteurs de la FIDH se sont rendus au Mali,
à Bamako, Mopti, Sévaré, Gao et Kidal pour accompagner les
antennes de l'AMDH dans le recueil d'information, faisant ainsi
office de formation par la pratique.
Ainsi, la FIDH et l'AMDH traitent de manière quotidienne des
informations fiables et étayées sur des violations des droits
humains dans le pays. Certaines ont été relayés par voix de
communiqués de presse. Nos organisations ont été les premières à rendre publique l'existence de violations des droits
humains commises par les forces maliennes dans leur contre
offensive contre les groupes armés entraînant de vives réactions des autorités nationales et de la Communauté internationale permettant d'en limiter l'ampleur. Les informations récoltées ont par ailleurs nourri des actions de plaidoyer auprès des
Nations unies, de l'Union africaine, de l'Union européenne et de
la France pour les engager en faveur de la protection des droits
humains au Mali. Certains témoignages recueillis ont servi de
base à des actions judiciaires portées par nos organisations
devant les tribunaux nationaux (cf. ci-après). La FIDH et l'AMDH
vont publier en 2014 deux rapports sur les violations des droits
humains dans le Nord du Mali et sur l'état des lieux de la lutte
contre l'impunité.

Mobiliser les autorités nationales et la communauté internationale pour des mesures concrètes en faveur de la protection des droits humains
Pour pousser à des mesures concrètes en faveur de la protection
des droits humains dans les situations de conflit, crise et transition,
la FIDH avec ses organisations membres a mené de nombreuses
activités de plaidoyer pour présenter le résultat de ses enquêtes et
appeler à la mise en œuvre des recommandations émises dans ses
rapports, notes de position et communiqués de presse. Au niveau
national, ces actions de plaidoyer se sont dirigées vers les plus
hautes autorités de l'Etat des pays directement concernés mais
aussi d'autres Etats, qui par leur poids politique, économique, his-

torique ou militaire ont une capacité d'influence sur la situation
considérée. A travers l'action de son bureau à Nairobi, la FIDH
a par ailleurs continué de développer sa présence et son influence et celles de ses organisations membres auprès des organes de
l'Union africaine, tout particulièrement le Comité des Représentants Permanents (COREP) et le Conseil de paix et de sécurité. La
FIDH a également développé tout un axe de ses activités auprès
de la Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples
(CADHP) sur le renforcement des capacités de ce mécanisme à
répondre aux situations de graves violations des droits humains.
Le Conseil de sécurité fut aussi une cible du plaidoyer pour faire
en sorte que la protection des droits humains soit au cœur des
mandats des opérations de maintien la paix en Afrique.
Aussi, s'agissant de la Guinée, le plaidoyer s'est décliné sur trois
axes : le respect des droits humains dans le contexte des élections législatives, le soutien aux procédures judiciaires en cours
contre les auteurs des crimes les plus graves et la mise en place
d'une commission vérité réconciliation conforme aux standards
internationaux. Ce plaidoyer a été porté à de maintes reprises
auprès du président, du ministre de la Justice et du ministre des
Droits de l'Homme, ainsi que des principaux représentants du
corps diplomatique à Conakry. La FIDH a également permis
des réunions entre des représentants de son organisation membre, l'OGDH, de l'association de victimes du massacre du 28
septembre 2009, l'AVIPA, et de leurs avocats guinéen, avec la
Commission et le Parlement européens, la Commission africaine
des droits de l'Homme et des peuples et les autorités françaises.
En Côte d'Ivoire, la FIDH, la LIDHO et le MIDH ont rencontré
plusieurs fois le ministre de la Justice, le président de l'Assemblée
nationale et de hauts magistrats pour recommander l'impartialité
des procédures judiciaire sur les violences post-électorales et donc
la reconduction du mandat de la Cellule spéciale d'enquête sur ces
faits, aux fins d'éviter une justice des vainqueurs impropres à la
reconstruction de l'Etat de droit, à la réconciliation et aux droits
des victimes. La FIDH et ses organisations membres ont également demandé au Conseil des droits de l'Homme des Nations
unies, à l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et
à la France de porter une attention particulière sur cette situation.
La FIDH et l'AMDH ont pu via les médias internationaux alerter la communauté internationale des violations des droits de
l'Homme commises par l'armée malienne au début de la contreoffensive contre les groupes armés. Nos organisations ont par
ailleurs organisé des interfaces pour interpeller l'Union africaine, l'Union européenne et le Conseil des droits de l'Homme
pour qu'ils appellent les acteurs concernés au respect du droit
international humanitaire. Des représentants de l'AMDH ont
également porté ce message devant la CADHP, l'OIF et les
autorités françaises ainsi que celui de la nécessaire lutte contre
l'impunité des auteurs des crimes les plus graves.
En ce qui concerne le Soudan, la FIDH a accompagné le plaidoyer de son organisation membre, ACJPS, pour le renouvellement d'un mécanisme onusien spécifique sur la situation des
droits humains dans le pays et la mise en place d'une mission

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 51

Rapport de la FIDH sur la Côte d'Ivoire. Attaque du camp de Nahibly : une occasion manquée de rendre justice. ©DR

d'enquête de la CADHP sur les crimes commis par l'armée dans
les régions du Nile Bleu et du Sud Kordofan.
La FIDH a par ailleurs continué son action auprès du Conseil de
sécurité pour garantir le maintien de la protection des défenseurs en
danger dans le mandat de la MONUSCO. Elle a également, avec ses
organisations membres, insisté auprès de la ministre de la Justice,
des ambassades à Kinshasa et du Conseil des droits de l'Homme
sur l'importance de repenser leur action en faveur de la lutte contre
l'impunité des crimes sexuels pour faciliter l'accès des femmes à
la justice et leur permettre d'obtenir réparation de leur préjudice.

FOCUS
De l'indifférence de la communauté internationale à son
action en Centrafrique
Pendant de long mois la communauté internationale est restée
silencieuse face aux graves crimes commis contre les civils par
des éléments de la Séléka suite au coup d'Etat de mars 2013.
Cette relative indifférence et totale inaction étaient en partie
dues à une méconnaissance de la dégradation de la situation
des droits humains en Centrafrique, très peu d’États nouant
des liens diplomatiques et économiques avec ce pays. Aussi,
sur la base de sa mission d'enquête, la FIDH s'est mobilisée
pour faire connaître à travers les médias internationaux (plusieurs centaines de références, notamment dans le New York
Times, Le Monde, Al Jazeera, etc) l'existence des violations et
appeler la communauté internationale à les dénoncer et à agir
de toute urgence pour garantir la sécurité de la population. A
cet effet, la FIDH – lors d'une interface à Addis Abeba, a encouragé le Conseil de paix et de sécurité de l'UA à transformer la
MICOPAX (mission régionale d'intervention) en une mission
africaine (MISCA) pour renforcer son mandat, ses effectifs et
ses moyens d'action. Parallèlement, la FIDH a demandé à l'UE
de financer cette nouvelle opération. Mais consciente que la
mission africaine, en l'état, serait insuffisante pour rétablir la
sécurité, la FIDH a plaidé auprès du Conseil de sécurité, en
s'appuyant notamment sur la France, pour le soutien immédiat

52 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

de l'ONU à la MISCA et sa transformation rapide en mission de
maintien de la paix des Nations unies. La FIDH a présenté aux
membres du Conseil plusieurs notes de position sur le mandat de cette mission et l'importance d'une forte composante
droits de l'Homme pour répondre aux défis liés à la transition
politique, l'organisation des élection et la lutte contre l'impunité des auteurs des crimes les plus graves, notamment des
crimes sexuels. L'opérationnalisation d'une OMP était encore
à l'étude fin 2013.

Agir contre l'impunité et pour la réconciliation
Pour répondre au droit des victimes à la justice mais aussi contribuer
de manière concrète à la consolidation de l'Etat de droit, nécessaire
au règlement des conflits et crises et leur non répétition ainsi qu'au
bon cheminement des transitions politiques, la FIDH a continué et
initié de nouvelles actions judiciaires et quasi-judiciaires. Celles-ci
permettent de placer les autorités nationales concernées devant leur
responsabilité de juger les auteurs des crimes les graves et alimentent
le plaidoyer pour l'indépendance et l'impartialité de la justice et des
réformes de justice.
La FIDH et ses organisations membres en Côte d'Ivoire sont parties
civiles et constituées auprès de d'une centaine de victimes dans les
procédures liées aux violences post-électorales en 2010 et les violations commises au camp de Nahibly en juillet 2012. L'action de la
FIDH via notamment le GAJ et son point focal en Côte d'Ivoire,
du MIDH et de la LIDHO, à travers notamment 4 missions judiciaires en 2013 a permis d'évaluer les avancées et lacunes des
procédures notamment dans le sens de leur impartialité, de demander des actes supplémentaires d'enquête et de suivre l'audition
de victimes. L'action judiciaire a offert ainsi une position privilégiée
pour l'analyse de l'état de la lutte contre l'impunité et nourri en conséquence le plaidoyer.
Au Mali, la FIDH et l'AMDH se sont constituées parties civiles en
2013 en leur nom et au soutien de 15 victimes (dont la FIDH avait

recueilli les témoignages mandats au cours de la mission d'enquête
à Gao) dans le dossier ouvert à l’encontre de Iyad Ag Ghali et 28
autres personnes, qui vise les plus hauts responsables du mouvement
Ansar Dine. Nos organisations se sont également constituées dans
deux autres affaires : celle dite des bérets rouges, à savoir l'exécution
de militaires pro ATT, l'ancien président renversé par le général
Sanogo, suite à leur tentative de contre coup d'Etat ; et celle dite de
la mutinerie de Kati. L'implication de la FIDH et de son organisation membre est essentielle au moment où les autorités semblaient
enclines à des amnisties dans le contexte de négociations politiques
avec les groupes armés du nord.

FOCUS
La justice avance dans les dossiers de graves violations
des droits humains en Guinée
Dans le cadre d'un programme spécifique, la FIDH et son
organisation membre l'OGDH ont continué leur implication judiciaire dans les dossiers du massacre du 28 septembre 2009
et d'autres violations des droits humains commises en 2007
et 2010. Outre l'action quotidienne de l'équipe locale FIDH/
OGDH sur le recueil de témoignages de victimes, le soutien
à leur audition devant la justice (fin 2013, 637 victimes ont été
auditionnées par les juges dans l'affaire du massacre du 28
septembre 2009), et d'enquête sur les faits et auteurs, la FIDH
a mené cette année 4 missions internationales, moments privilégiés pour consolider la stratégie judiciaire entre les avocats
internationaux du GAJ et les avocats guinéens, des réunions
d'information avec les victimes, des demandes d'actes judiciaires et des échanges avec les magistrats instructeurs.
Cette action a contribué à l'inculpation de 7 personnes dans
l'affaire du 28 septembre et de hautes personnalités dans
l'affaire de 2010.

L'inter-action entre la FIDH, ses membres, et la justice internationale a répondu à un triple objectif : la dénonciation des crimes internationaux et le rappel de la compétence de la Cour sur certaines
situations (comme en RDC et en RCA) en vue de rappeler aux
auteurs des crimes leur possible responsabilité devant la justice
internationale ; l'action du Bureau du procureur en soutien aux
procédures nationales concernant des crimes du droit international, conformément au principe de la complémentarité positive
(Guinée, RDC, Mali) ; et l'action de la CPI dans les cas où la
justice nationale démontre son incapacité et/ou son absence de
volonté de juger les auteurs des crimes les graves (Soudan, Kenya,
RCA). C'est en ce sens, compte tenu de l'impunité totale des auteurs des violences post-électorales en 2008 au niveau national,
que la FIDH et ses organisations membres, notamment La Kenya
Human Rights Commission, se sont opposées aux offensives politiques des autorités kenyanes pour appeler à la suspension par le
Conseil de sécurité de la procédure en cours devant la CPI sur ce
pays et s'attaquer au principe d'absence d'immunité pour les hautes
personnalités d'Etat.

EXEMPLES DE RESULTATS OBTENUS
La FIDH a permis ou contribué à/au
Au niveau national
Guinée
• L'inculpation de Claude Pivi, chef de la sécurité présidentielle, portant à 7 le nombre de hauts responsables inculpés dans l'affaire du massacre du 28 septembre 2009 ; et
l'audition de plus de 600 victimes dans ce dossier.
• L'inculpation d'Aboubacar Sidiki dit « De Gaule », ancien
chef de la garde présidentielle, du commandant Sékou Resco
Camara, gouverneur de Conakry, et du général Nouhou Thiam, ancien chef d’état-major, pour faits de torture commis
en 2010
• L'audition de plusieurs dizaines de victimes dans l'affaire de
la répression des manifestations pacifiques de 2007.
• Engagements publics fermes et répétés du chef de l'Etat, du
ministre de la Justice et du ministre des Droits de l'Homme
pour la lutte contre l'impunité.
Mali
• Des déclarations publiques des autorités maliennes dénonçant
les violations des droits de l'Homme commises par des militaires lors de la contre offensive contre les groupes armés du
Nord et des sanctions ; et ainsi à la diminution des risques
• Contribution à l'ouverture d'informations judiciaires et à leur
consolidation sur les graves crimes commis en 2012 et 2013
par l'ensemble des belligérants
• L'inculpation du général Sanogo pour l'affaire dite des bérets
rouges et la requalification des charges contre lui
• aux alertes quotidiennes des antennes de l'AMDH sur la
situation des droits humains, grâce au renforcement de leur
capacité d'action.
Côte d'Ivoire
• La reconduction de mandat de la Cellule spéciale d'enquête
sur les violences post-électorales
• L'arrestation d'un chef de guerre supplétif des Forces nouvelles/FRCI impliqué dans les graves violations des droits
humains commis dans la région de Duékoué en mars 2011
• La reconnaissance de la possibilité de constitution de partie
civile par les ONG nationales et internationales devant les
juridictions ivoiriennes.
République démocratique du Congo
• Aux engagements et mesures prises par le chef de l'Etat et la
ministre de la justice pour la lutte contre l'impunité des auteurs
de crimes sexuels : nomination d'un rapporteur spécial national
sur cette question et la soumission au Parlement d'un nouveau
projet de loi sur les chambres mixtes spécialisées chargées de
lutter contre les auteurs des crimes du droit international.
Soudan
• Au renoncement, sous la pression diplomatique, du déplacement du président Beshir à l'AGNU.

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 53

Kenya
• Au renoncement, sous la pression diplomatique, de l'intervention
du président du Kenya à l'Assemblée des Etats Parties au Statut
de Rome.
Aux niveaux régional et international
Guinée
• L'appel à l'effectivité et l'accélération des procédures ouverte
en Guinée dans les affaires de 2007, 2009 et 2010 dans le
rapport de la Haut Commissaire aux droits de l'Homme
• L'adoption par la CADHP d'une résolution spécifique sur la
Guinée appelant à la lutte contre l'impunité et au déroulement d'un processus électoral libre et transparent.
République centrafricaine
• Dénonciations par les OIG et Etats influents (Union africaine, Union européenne, Conseil des droits de l'Homme,
Etats-Unis, France, etc) des violations graves des droits de
l'Homme commises par des éléments de la Séléka contre la
population civile
• La décision du Conseil de paix et de sécurité de transformer
la MICOPAX en MISCA pour renforcer son mandat, ses
effectifs et ses moyens d'action
• L'adoption des résolutions du Conseil de sécurité sur la
RCA, qui renforcent la MISCA et autorisent l'intervention
de troupes françaises, envisagent la création d'une OMP
onusienne, renforcent le mandat du BINUCA, notamment
sur la lutte contre l'impunité y compris des crimes sexuels,
et appellent les autorités au respect des droits humains
• Renforcement du financement par l'UE de la MISCA.
Mali
• L'ouverture de l'enquête de la CPI sur la situation au Mali
• L'adoption par la CADHP d'une résolution spécifique sur
le Mali appelant notamment à la lutte contre l'impunité des
auteurs des crimes les plus graves

Mission de la FIDH au nord Mali. Section de l'AMDH de Gao. Crédit FIDH

54 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

• Dénonciations par les OIG et Etats influents (Union africaine, Union européenne, Conseil des droits de l'Homme,
Etats-Unis, France, etc) des violations graves des droits de
l'Homme commises par des éléments de l'armée malienne
dans leur contre offensive contre les groupes armés du nord.
Côte d'Ivoire
• Maintien de la vigilance des organisations internationales
et Etats influents sur la nécessité d'une justice impartiale
concernant les violences post-electorales.
RDC
• L'adoption par la CADHP d'une résolution spécifique sur la
RDC qui dénonce les violations graves des droits humains
commises par les parties en conflit à l'Est du pays et appelle
à la lutte contre l'impunité de leurs auteurs
• Nouveau mandat de la MONUSCO qui insiste sur la coopération avec la justice nationale et internationale pour la lutte
contre l'impunité des crimes les plus graves notamment les
crimes sexuels, sur le besoin urgent d'une véritable réforme
du secteur de la sécurité et la protection des défenseurs des
droits humains en danger
• La décision par voie de résolution d'un panel de haut
niveau du Conseil des droits de l'Homme sur la lutte contre
l'impunité des crimes sexuels en RDC prévu en mars 2014.
Soudan
• Dénonciations des organisations internationales de la répression des manifestations pacifiques.
Kenya
• Vote du Conseil de sécurité s'opposant à la suspension des
poursuites de la CPI sur la situation au Kenya
• Refus par les Etats parties de révision de l'Article 27 du
Statut de Rome sur l'absence d'immunité.

La FIDH en interaction avec ses organisations membres et partenaires
17 missions internationales d'enquête,

au Rwanda) ; Affaire Said Abeid (Comores) ;

des crimes internationaux et à à la sécu-

de missions judiciaires et d'observations

Affaire Baba (Mauritanie)

rité du stockage et de la communication

judiciaires (Angola, Côte d'Ivoire, Guinée,

- Devant la Commission africainde des

Mali, République centrafricaine, République

droits de l'Homme et des peuples :

démocratique du Congo, Sénégal)

Communications c. Soudan (actes de

et d'avocats travaillant sur les crimes

378 communiqués de presse

torture) et Éthiopie (liberté d'association)

sexuels sur la lutte contre l'impunité

des données

RDC : ateliers de formation d'ONG

Procédures judiciaires et quasi-judiciaires :

- Devant la Cour pénale internationale :

- Devant les chambres africaines extraordi-

soutien à des victimes congolaises partici-

Partenariat : Crisis Action, CICC, Coalition

naires au sein des tribunaux sénégalais :

pantes au stade de la situation. Contribution

pour une Cour africaine des droits de

participation à la procédure contre Hissène

aux enquêtes et analyses concernant la

l'Homme et des peuples effective, Comité

Habré

Côte d'Ivoire, la Guinée, le Kenya, la RCA,

international pour le jugement d'Hissène

la RDC et le Soudan

Habré

- Devant les tribunaux guinéens : soutien à
des victimes de violations de 2007, 2010 et
du massacre du 28 septembre 2009
- Devant les tribunaux ivoiriens : soutien à

- Devant le Groupe de travail sur les disparitions forcées (ONU) : Communications c.
Tchad et Guinée

Rapports

des victimes des violences post-électorales
de 2010 et autres violations commises en

Activités de plaidoyer : Soutien au plaid-

Côte d'Ivoire : La lutte contre l'impunité à la

2012

oyer de 40 défenseurs (de RDC, de Guinée,

croisée des chemins

- Devant les tribunaux maliens : soutien à

Mali, Côte d'Ivoire, RCA, du Sénégal, Kenya,

Côte d'Ivoire : Attaque du camp de Nahibly :

des victimes des groupes armés du nord,

Soudan, Cameroun, d’Éthiopie et d'Ouganda)

une occasion manquée de rendre justice

des bérets verts et de la mutinerie de Kati

auprès des mécanismes pertinents régionaux

Côte d'Ivoire : Q&A : l'audience de confirma-

de 2013

et internationaux et de représentants d'Etats

tion des charges contre Laurent Gbagbo

influents

Kenya : Approche des élections générales au

- Devant les tribunaux français : Affaires des

Kenya : la justice est la clé pour prévenir la

disparus du Beach de Brazzaville ; Affaires
contre des présumés génocidaires rwan-

Séminaires stratégiques :

répétition de violences électorales

dais ; Affaire contre l'armée française (dans

Mali : ateliers de formation de la société

République centrafricaine : Un pays aux mains

civile aux techniques de documentation

des criminels de guerre de la Séléka

le cadre de l'opération Turquoise en 1994

RDC : Déni de justice pour les victimes de
crimes sexuels

Mission de la FIDH en Guinée. Rencontre avec des familles
de victimes de disparitions forcées. Crédit FIDH

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 55

Les Amériques
Contexte et défis
Bien que les régimes démocratiques, à l’exception de Cuba,
soient aujourd'hui la règle sur le continent des Amériques, le
degré de violence, notamment en Amérique centrale, au Mexique
et en Colombie, demeure l’un des plus élevés au monde. Ce phénomène est entretenu par l'impunité des auteurs de crimes graves
présents et passés en raison de systèmes judiciaires corrompus et
l'absence de l'intervention de la Cour pénale internationale bien
que saisie de plusieurs situations sur le continent. Le système
interaméricain, particulièrement ses instances de protection des
droits humains, ont continué en 2013 d'être la cible d'attaques
de certains Etats visant son affaiblissement au nom de la souveraineté nationale.
En Colombie, en dépit des négociations de paix en cours, des
crimes internationaux ont été commis par toutes les parties.
L'administration d'une justice efficace et indépendante au niveau
national est demeurée un défi majeur.
Au Mexique, des crimes atroces sont commis dans le cadre de
la guerre contre les narcotrafiquants déclenchée en 2006 par le
président Calderon, qui a recours à la force militaire pour mener
à bien des opérations habituellement du ressort de la police. En
2013, un rapport publié par Procuraduria affirme que 26 000
personnes ont disparu depuis 2006 ; les violations graves de
droits humains n’ont d’ailleurs pas diminué pendant la première
année de mandat du président Peña Nieto.
Au Honduras, le taux d’homicides par habitant reste le plus élevé
au monde et une grande partie de ces crimes demeurent impunis,
notamment ceux qui ont été commis à l’occasion du coup d’État
de 2009. Les élections présidentielles de 2013 ont été entachées
d’irrégularités.
Á Haïti, la mise en place d’institutions démocratiques et de l’état
de droit, et la fourniture d’assistance et de protection aux personnes déplacées constituent toujours des défis de premier ordre.
Un autre défi majeur pour ce pays réside dans la capacité de ses
tribunaux de juger les auteurs des crimes les plus graves qui
ont été commis sur son territoire, notamment sous le régime de
Jean-Claude Duvallier dit « Baby Doc »..
Au Guatemala, la grande avancée que représentait la condamnation d’Efrain Rios Montt pour Génocide en mai 2013 s’est
transformée quelques jours plus tard en grave revers : le procès
de l’ancien dictateur Efrain Rios Montt, jugé pour le massacre de
plus de 1 700 indigènes en 1982-1983, à été annulé par la Cour
constitutionnelle de manière illégale et arbitraire.

56 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

La fidh et ses ligues en action
Établir les faits, alerter, proposer
La FIDH a continué en 2013 d'apporter un appui à ses organisations membres et partenaires pour établir les faits et les responsabilités en matière de graves violations des droits humains.
Depuis le coup d'Etat au Honduras en 2009, la FIDH et ses organisations membre CIPRODEH et COFADEH alertent régulièrement
la communauté internationale sur les violences politiques et graves
violations des droits humains commises dans ce pays. Les tensions
se faisant plus vives à l'approche de l'élection présidentielle de novembre 2013 la FIDH a décidé de mener une mission d'enquête dans
ce pays pour examiner les conditions dans lesquelles se déroulait le
processus électoral. Son rapport publié avant le scrutin a dénoncé les
assassinats de 36 opposants politiques, les législations militarisant le
maintien de l’ordre et l'instrumentalisation de la justice. La mise en
lumière de ce contexte a permis à la FIDH d’alerter la communauté
internationale sur la non conformité de ce processus aux normes
internationales en la matière.
Face à l'inquiétude grandissante de certaines communautés indigènes de Bolivie concernant le méga-projet de construction d'une
autoroute qui rejoindrait les deux océans et qui traverserait la réserve
du TIPNIS (Territorio Indígena del Parque Nacional Isiboro Sécure ), et aux craintes de tensions sécuritaires qu'une telle initiative
pouvait engendrer, la FIDH a envoyé en décembre 2012 une mission d’enquête conjointe avec son organisation membre l’APDHB.
La présence de la mission auprès de 36 communautés indigènes,
vivant souvent dans des coins très reculés du parc a permis de confirmer que les autorités, contrairement à leurs déclarations, n'avaient
pas consulté toutes les communautés et que les consultations qui
avaient eu lieu ne pouvaient en aucun cas être considérées comme
informées et libres. Le rapport présenté, en avril 2013 en Bolivie a
permis d'alerter l'ensemble des acteurs étatiques et la communauté
internationale sur cette situation. L’Assemblée plurinationale de
Bolivie a annoncé suite à la présentation du rapport la suspension
de ce projet jusqu’en 2015, soit après les élections présidentielles
qui auront lieu en octobre 2014.

FOCUS
La FIDH place la protection des droits humains au cœur
de la problématique de reconstruction en Haïti
Via la mise en œuvre d'un programme d'action spécifique
sur trois ans, la FIDH et ses organisations membres en Haïti
ont été les premières organisations à alerter les autorités et la
communauté internationale sur le besoin impérieux de faire
de la protection des droits humains une pierre angulaire de la
reconstruction en Haïti après le séisme qui a ravagé le pays
en 2010.
En 2013, la FIDH a publié le rapport de sa dernière mission
d'enquête qui insiste sur les carences des autorités haïtiennes
qui n’assure pas leur rôle de protection des populations les
plus vulnérables. Les multiples acteurs internationaux publics
et privés ont pour leur part apporté des solutions sans la
participation des principaux intéressés haïtiens. De plus, la
corruption, la justice à deux vitesse, et l'insécurité minent
l'Etat de droit et les principes démocratiques et donc une
reconstruction apaisée et durable. La FIDH a également produit trois courts-métrages sur la sécurité humaine dans ce
pays pour informer les acteurs concernés et l'opinion publique
sur ces problématiques.

Lutter contre l’impunité des crimes internationaux du
passé et présent 
Dans l'objectif de soutenir le droit des victimes à la justice, de
prévention des crimes et de consolidation de l'Etat de droit, la FIDH
et ses organisations membres ont continué de se mobiliser pour la
lutte contre l'impunité des crimes les plus graves devant les tribunaux nationaux et, à défaut de volonté ou de capacité de juger les
plus hauts responsables, devant la Cour pénale internationale (CPI).
L'interpellation de la CPI pour connaître des situations en Amérique
et pousser les Etats à rendre justice au niveau national correspond
aussi au souhait de voir une justice internationale réellement universelle en réponse aux critiques formulées par des Etats stigmatisant
une Cour uniquement tournée vers le continent africain.
Faisant ainsi l'analyse de l'existence de crimes internationaux au
Mexique relevant de la compétence de la CPI, la FIDH a préparé
et transmis une communication, conformément à l'article 15 du
Statut de Rome, appelant le Bureau du procureur à ouvrir une
analyse préliminaire sur cette situation. La FIDH a par ailleurs
préparé un séminaire de formation au droit pénal international qui
aura lieu début 2014 à Mexico pour que la société civile puisse
contribuer à informer la Cour sur ces crimes.
La FIDH a par ailleurs continué de plaider auprès du Bureau du
procureur de la CPI qui a ouvert des analyses préliminaires sur les
situations au Honduras et en Colombie pour l'ouverture d'enquêtes
préalables à des poursuites tout en exigeant des autorités concernées qu'elles s'engagent dans la lutte contre l'impunité devant
les tribunaux nationaux.
Par ailleurs, la FIDH a continué de travailler pour que les responsables des services secrets colombiens qui ont surveillé et per-

sécuté des acteurs considérés comme ennemis du gouvernement,
notamment pour leur action en faveur de la lutte contre l'impunité,
soient sanctionnés pénalement. La FIDH est ainsi partie civile
dans deux procédures en Colombie et en Belgique. Si cette année
encore la justice colombienne n'a pas répondu à la demande de
commission rogatoire que la justice belge lui a adressé dans ce
dossier, les procédures colombiennes ont en revanche avancé :
le 27 novembre 2013 la Cour suprême de justice tout en déclarant la prescription de trois délits dont il était accusé, a rejeté le
recours en nullité de l'ex directeur du DAS, Jorge Noguera. Cette
décision permettra le début de son procès en 2014 sur le fondement notamment d’association de malfaiteurs aggravée. Le procès
d’autres fonctionnaires de cette entité (Martha Inés Leal Llanos,
Jackeline Sandoval Salazar, Jorge Armando Rubiano Jiménez et
Hugo Daney Ortiz García) s’est tenu tout au long de l’année. Enfin, celui de Carlos Arzayús (ancien directeur de la surveillance au
DAS) a donné lieu à d'importantes révélations sur l'articulation de
ces activités illégales avec la présidence colombienne.
Face aux graves violations des droits humains, la FIDH a également continué d'activer le système inter-américain de protection
des droits humains, notamment la Cour inter-américaine des droits
de l'Homme, pour dénoncer la responsabilité des Etats (cf. Focus).

FOCUS
L'« affaire Mapuche » contre le Chili devant la Cour
inter-américaine des droits de l'Homme
En mai 2013 la FIDH a représenté cinq des huit victimes lors
des débats qui se sont tenus devant la Cour interaméricaine
des droits de l'Homme dans l'affaire Norin Catriman et autres
contre le Chili ; l’Etat chilien étant accusé de discrimination raciale, violation du principe de légalité et des règles du procès
équitable via l’application abusive de la loi anti-terroriste aux
dirigeants ancestraux et leaders de communautés Mapuches.
La FIDH a initié plusieurs recours afin de permettre à toutes
les victimes d'assister à ce procès qui se tenait au Costa
Rica, même celles faisant encore l'objet de détention. Les
Mapuche ont organisé une cérémonie de purification dans
l'enceinte de la cour interaméricaine quelques minutes avant
le début des audiences. Trois d'entre eux ont pu témoigner
directement auprès des juges de la Cour de la situation dans
leur communauté et des violations qu’ils avaient subies. Le
verdict est attendu en 2014.

La FIDH, conformément à son plan stratégique pluriannuel, s'est
également mobilisée pour soutenir ses ligues membres dans la
lutte contre l'impunité des auteurs des crimes graves du passé.
Ainsi, après une décision de première instance en janvier 2012
selon laquelle Jean Claude Duvalier ne pouvait pas être poursuivi
en Haïti pour crimes contre l’humanité, la FIDH et le Center for
Justice and Accountability, son organisation membre aux USA
ont déposé auprès de la Cour d'appel un amicus curiae visant à
démontrer que Jean Claude Duvalier pouvait juridiquement être
poursuivi pour crimes contre l’humanité en Haïti.

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 57

Par ailleurs, la FIDH qui a été l’une des premières ONG internationales à dénoncer en 1982 les graves exactions commises sous
la présidence de Rios Montt au Guatemala et n'a eu de cesse de
lutter contre l’impunité de ces crimes et pour la reconnaissance du
génocide contre les mayas, s'est félicitée de l'ouverture du procès
contre Rios Montt en mars 2013. Son organisation membre,
CALDH, représentant conjointement avec d’autres organisations
locales des victimes du génocide. La FIDH a envoyé plusieurs
observateurs internationaux à différentes étapes du procès pour
analyser la conformité des procédures aux standards internationaux de protection des droits humains et soutenir les victimes et
leurs avocats, ceux-ci faisant l’objet d’une intense campagne de
harcèlement et de stigmatisation. Le 10 mai 2013, Rios Montt a été
condamné à 80 années de prison ferme pour génocide. Pourtant, le
20 mai 2013, suite à un recours de la défense (ocurso de queja), la
Cour constitutionnelle a invalidé le procès. Le rapport de la FIDH
de son observation du procès et de la décision de condamnation
résume les éléments de preuves contenues dans les plus de 700
pages de la sentence et démontre les graves irrégularités de la
décision postérieure d’invalidation du procès ainsi que l’absence
de compétence de la Cour Constitutionnelle pour prendre cette
décision. Il explique également la teneur des centaines de mesures
dilatoires qu’a mis en œuvre la défense de Rios Montt.
Mobiliser les autorités nationales et la communauté internationale pour des mesures concrètes en faveur de la protection des droits humains
Cette année encore la FIDH a mené de nombreuses activités de
plaidoyer pour solliciter la mise en place des recommandations incluses dans ses rapports et communiqués. En particulier, sur les exécutions extrajudiciaires en Colombie, la situation de droit humains
à Cuba, le procès Rios Montt au Guatemala, la situation de droit de
l’Homme en Haïti et les homicides et les élections au Honduras.
Les activités de plaidoyer menées avec des représentants de ses
organisations membres et partenaires se sont déployées particulièrement auprès des autorités nationales, de la Commission
inter-américaine des droits de l'Homme et de l’Union européenne notamment à travers les dialogues droits de l’Homme.
Ainsi, pour forcer les autorités colombiennes à répondre sur les
crimes graves commis en Colombie et l'absence de justice pour les
victimes, la FIDH a sollicité une audience auprès de la Commission
inter-américaine des droits de l'Homme sur la base de son rapport «
la guerre se mesure en litres de sang » qui démontre que les exécutions extrajudiciaires commises par des militaires, dont le nombre a
explosé entre 2002 et 2008 (3345 exécutions répertoriées), sont des
crimes contre l'humanité et sont restés impunis. Une note de position a en outre été présentée par la FIDH et des représentants de ses
organisations membres à l'occasion de cette audience qui a donné
lieu à un vif débat entre la société civile et des hauts représentants
de la Présidence, de la Fiscalia et de l’armée.
Si la mobilisation des autorités nationales pour des mesures concrètes en faveur de la protection des droits humains est souvent
difficile pour les organisations locales, elle l'est encore davantage
dans le cas d’un État en déliquescence comme en Haïti. C'est

58 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

pourquoi la FIDH a soutenu ses organisations membres et partenaires pour la présentation et la diffusion du rapport « Haïti : la
sécurité humaine en danger » obtenant un important écho dans la
presse nationale et internationale et des réunions de haut niveau
avec différents ministres (justice, droits de l’Homme et extrême
pauvreté). La FIDH et ses ligues ont également suscité le dialogue
avec les autorités en portant la question des droits de l'Homme en
Haïti à l'occasion d'une audience publique à la Commission interaméricaine des droits de l'Homme en mars 2013, en présence de
son secrétaire exécutif et la Rapporteuse spéciale sur Haïti. Étant
donné de rôle de la communauté internationale dans la gestion de
la crise institutionnelle et humanitaire en Haïti, la FIDH a également dialogué avec différents ambassadeurs et représentants des
agences onusiennes sur les mesures concrètes qu'elle préconise.
Elle s’est également réunie à Genève avec le corps diplomatique
lors des discussions sur le renouvellement du mandat de l’Expert
indépendant sur la situation de droits de l’Homme en Haïti. Enfin,
la FIDH est allée à la rencontre de victimes du séisme vivant dans
quatre camps et deux sites de relocalisation pour présenter les
constatations et recommandations de son rapport.
Par ailleurs, pour informer l'Union européenne des irrégularités de
procédures dans l'affaire Rios Montt ayant menées à l'invalidation
de sa condamnation et afin qu'elle utilise tout son poids politique
et économique pour appeler les autorités guatémaltèques à garantir
l'indépendance de la justice, la FIDH a invité pour des actions de
plaidoyer Juana Sanchez Toma, une des femmes Mayas qui a osé
témoigné sur les viols et autres abus sexuels subis sous le régime
de l'ancien président.
Enfin, sur la base de son rapport sur les crimes commis au Bajo
Aguan, au Honduras, la FIDH, avec d'autres organisations, a
saisi la Banque Mondiale concernant le financement du projet
de l'entreprise Dinant, les services de sécurité de cette dernière
étant présumés responsables d'une série d'exécutions et de déplacements forcés de paysan. Tout au long de l'année 2013, le
Compliance Advosor Ombudsman a audité cette situation.

FOCUS
La FIDH contribue au plaidoyer de sa ligue cubaine
En mai 2013, Elizardo Sanchez, le président de son organisation membre à Cuba, invité par la FIDH à son congrès, a
pu bénéficier d'une autorisation de sortie du territoire cubain.
C'était la première fois en 10 ans qu’Elizardo Sanchez était
autorisé à quitter Cuba. La FIDH avait adressé plusieurs lettres
à des états influents auprès de Cuba et aux autorités cubaines
afin de permettre sa sortie du territoire.
La FIDH a organisé des rendez-vous avec les autorités de
l'Union européenne, les membres du Conseil de droits de
l'homme à Genève, les responsables de la zone au sein de
l'ONU, permettant à Elizardo Sanchez d'éclairer ses interlocuteurs sur la situation des droits humains dans son pays et
le double langage des autorités cubaines à l'international et
en interne. Un message qui a également été relayé auprès
des médias les plus importants en Europe.

EXEMPLES DE RÉSULTATS OBTENUS
La FIDH a permis ou contribué à/au
Au niveau national
Honduras
• La création d’une unité spéciale de la Fiscalia sur les crimes
commis au Bajo Aguan.
Haïti
• La décision de réouverture de la procédure contre Jean-Claude
Duvalier pour crimes contre l’Humanité et d’un supplément
d’enquête
• Débat dans la presse haïtienne et internationale sur la reconstruction et les droits de l’Homme
• Au dialogue entre le RNDDH et des représentants d’Etat très actifs sur la question d’Haïti (notamment France, Brésil, Etats Unis)
• A Information sur la situation des personnes vivant dans les
campements et les zones d'accueil.
Colombie
• L’acceptation du phénomène des falsos positivos par les
autorités et de leur ampleur, notamment lors de l’audience
initiée par la FIDH devant la Commission inter-américaine
des droits de l'Homme
• La mise en place d’une unité de contexte au sein de la Fiscalia
• Aux débats nationaux sur la compétence des tribunaux militaires et la réforme constitutionnelle
• La condamnation le 10 mars 2014 à plus de 8 ans de prison
de quatre hauts fonctionnaires du DAS (Martha Inés Leal
Llanos, Jackeline Sandoval Salazar , Jorge Armando Rubiano Jiménez et Hugo Daney Ortiz García) . La décision constate notamment que « ces fonctionnaires ont mis en œuvre
de manière permanente et systématique des procédures
délictuelles à l'encontre de défenseurs des droits de l'homme,
journalistes, politiciens et autre personnalités dont le seul
point commun étaient d'être critiques du gouvernement de
l'époque » ; Le 20 mars 2014 Carlos Arzayus,ancien directeur de la surveillance au DAS, a été condamné à 10 ans de
prison pour les mêmes faits.
• La mise en examen de Maria Pilar Hurtado, directrice du
DAS.
Guatemala
• La condamnation de Rios Montt.

Au niveau régional et international
Honduras
• L’interpellation du Secrétaire d’Etat américain, John Kerry,
par des représentants du congrès américain qui mentionne
les faits dénoncés par la FIDH, l’appelant à être extrêmement vigilant quant à la situation des droits de l’Homme au
Honduras, dans le contexte du processus électoral devant
mener aux présidentielles dans ce pays le 24 novembre 2013
• Maintien de l'analyse du Procureur de la Cour pénale internationale sur la situation au Honduras
• La mission du bureau de la Procureure de la CPI au Honduras en avril 2014 comme demandé par la FIDH dans son
rapport de novembre 2013
• L'audit du Compliance Advisor Ombudsman, qui dans ses
conclusions publiées en janvier 2014 mentionne les rapports
de la FIDH sur ce pays et reconnaît la légèreté du traitement
par les fonctionnaires de la Banque mondiale la situation
des droits humains.
Chili
• Aux débats devant la Cour interaméricaine des droits de
l'Homme dans l'affaire Norin Catriman et autres contre le
Chili pour discrimination raciale et violation du principe de
légalité et des règles du procès équitable via l’application
abusive de la loi anti-terroriste aux dirigeants ancestraux et
leaders de communautés Mapuches. Le verdict est attendu
en 2014.
Haïti
• Au Renouvellement du mandat de l'Expert Indépendant sur
la situation des droits de l'Homme en Haïti
• Aux préoccupations soulevées par des parlementaires européens à l'occasion du Dialogue droits de l'Homme avec Haïti
s'agissant de l'articulation entre les activités humanitaires et
les activités de développement de l’UE dans ce pays.
Cuba
• Maintien de la vigilance de la communauté internationale
sur la situation de droits de l’Homme à Cuba.
Guatemala
• Dénonciations internationales de l’illégalité de l’invalidation
de la condamnation contre Rios Montt.
Colombie
• Au maintien de l'analyse du Procureur de la Cour pénale
internationale sur la situation en Colombie.

Complexe métallurgique de La Oroya (Pérou)
© DR

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 59

Jaime Marileo devant la Cour interaméricaine des droits de
l'homme en 2012.

La FIDH en interaction avec ses organisations membres et partenaires
8 missions internationales d'enquête et de
plaidoyer : Haïti, Chili, Bolivie, Guatemala,

- Comité sur les disparitions forcées

Rapports

(ONU) : Communication c. Mexique
États-Unis : Discrimination, torture, et exécu-

Honduras, États-Unis
157 communiqués de presse

Soutien au plaidoyer de 6 défenseurs (Cuba,

tion : Une analyse fondée sur les droits

Procédures judiciaires et quasi-judiciaires

Guatemala, Haïti, Colombie, Mexique) auprès

humains de la peine de mort en Californie et

initiées et suivies par la FIDH :

des OIG, des mécanismes pertinents régio-

en Louisiane

- Colombie : Procédures contre le DAS

naux et internationaux et de représentants

Guatemala : Génocide au Guatemala : Rios

d'Etats influents

Montt coupable

(Belgique, Colombie)
- Cour interaméricaine des droits de
l'Homme : contentieux Mapuche
- CPI : contribution aux analyses préliminaires
sur Honduras et Colombie

Honduras : Élections : militarisation et grave
Partenariat : HRDN, Coalition d'ONG devant

atteinte au pouvoir judiciaire

le système interaméricain, FIAN, ASF, CIFCA,

Pérou : Complexe métallurgique de La Oroya

Oidhaco

– Quand la protection des investisseurs
menaces les droits humains
Bolivie : Rapport de vérification de la consultation des communautés du TIPNIS

60 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

Asie

écrivains et des militants pro-démocratie ainsi que des minorités
ethniques et religieuses, spécialement des Tibétains.

Contexte et défis

La Corée du Nord est, elle, demeurée totalement fermée depuis
l'arrivée au pouvoir de Kim Jong-un en 2012.

Les espoirs exprimés par la communauté internationale du fait
du changement de pouvoir et de l'ouverture annoncée dans des
régimes connus jusqu’alors pour leur arbitraire ne se sont pas
concrétisés par des effets réels en matière de protection des droits
humains, bien que quelques avancées soient à relever.
En Iran, suite à l'élection de Hassan Rohani à la présidence, la
communauté internationale a voulu croire à une rupture rapide
avec la période Ahmadinejad. Fin 2013, le bilan s'agissant des
droits humains est toujours aussi sombre, mis à part la libération
de quelques prisonniers politiques et défenseurs des droits humains, dont Nasrin Sotoudeh, membre du Centre pour la Défense
des Droits de l'Homme.
La fin de l'isolement diplomatique et économique international
de la Birmanie au nom de son ouverture supposée s'est accélérée malgré la persistance de graves violations des droits des
minorités ethniques et religieuses, notamment des musulmans
Rohingya. Si de nombreux prisonniers politiques ont été libérés,
la répression des voix contestataires s'est révélée toujours aussi
intense cette année et les défenseurs des droits de l'homme sont
toujours victimes d'arrestations et de détentions arbitraires.
Au Pakistan, la nomination au poste de premier ministre de
Nawaz Sharif n'a pas véritablement changé la donne. Les groupes
extrémistes ont continué de semer la terreur, faisant plus de 5 000
victimes par le biais d'attaques ciblées contre les minorités ethniques et religieuses ou d'attentats suicides. En réponse, de nouvelles lois liberticides ont été promulguées au nom de la lutte
contre le terrorisme. Plusieurs centaines de personnes ont par ailleurs été tuées ou blessées par des attaques de drones américains.
En Chine, le changement de leadership fin 2012 n’a pas entamé
le caractère autoritaire du régime ; au contraire, le gouvernement
a renforcé le dispositif sécuritaire en place afin de maintenir
la stabilité intérieure. La répression a continué, notamment à
l’encontre des avocats spécialisés dans les droits humains, des

En Afghanistan, l'insécurité toujours aussi grande et l'impunité
totale ont été des préoccupations constantes, particulièrement
dans la perspective des élections présidentielles combinée au
retrait progressif des troupes internationales..
Des crises politiques liées à des processus électoraux en cours
ou passés ont également suscité l'inquiétude des organisations
de défense des droits humains (Bangladesh, Cambodge, Thaïlande, Malaisie).
Au sein de l’ASEAN, les régimes répressifs tels ceux du Laos
et du Vietnam ont continué de bloquer toute avancée régionale
dans le domaine des droits humains.
Enfin, cette région demeure caractérisée par la présence de
« pays fermés » qui forcent la plupart des organisations locales
de défense des droits humains à l’exil et interdisent l'entrée aux
organisations internationales des droits de l'Homme. Une situation qui entrave la documentation sur les violations ainsi que le
soutien aux victimes.

La fidh et ses ligues en action
Établir les faits, alerter, proposer
La FIDH s'est particulièrement investie avec ses organisations
membres et partenaires pour palier le déficit d'information sur
certaines violations des droits humains dans la région compte
tenu des problématiques des pays fermés et de la répression
des défenseurs. 4 missions internationales d'enquêtes ont été organisées en 2013 (Inde, Indonésie, Malaisie, Philippines). Les 7
rapports d'enquête publiés cette année ont permis notamment de
mettre en lumière les violences pré-électorales au Bangladesh,
la répression chinoise sur le bouddhisme tibétain, l'absence de
justice dans l'affaire des exécutions de prisonniers en 1988 en
Iran, la répression des blogueurs et cyberdissidents vietnamiens
et la structure totalitaire du système Nord-Coréen (ce dernier

Manifestant emmené par des soldats vers un lieu
de détention inconnu, Phnom Penh,
3 janvier 2014. © FIDH

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 61

rapport a été présenté à la Commission d'enquête des Nations
unies sur les exactions commises dans ce pays). La FIDH a par
ailleurs publié plus de 50 communiqués de presse en français
anglais, chinois, persan, etc, réagissant à la situation des droits
humains dans plus de 20 pays de la région. Ces informations
ont fait l'objet de reprises dans les médias internationaux et la
visibilité de l'action de la FIDH et de ces ligues s'est accrue dans
les journaux de la région.

FOCUS
La FIDH interdite d'entrée en Iran mais pas d'informer
Alors que la répression des défenseurs des droits humains est
toujours aussi intense en Iran et que les OING sont interdites
d'entrée sur ce territoire, la FIDH et son organisation membre
la LDDHI ont su développer un dispositif spécifique permettant
de maintenir une information fiable, détaillée et constante sur la
situation des droits humains dans ce pays. Par l'intermédiaire d'un
point focal en relation permanente avec des sources locales, la
FIDH et LDDHI ont pu publié 3 rapports d'enquête sur l'impunité
des exécutions de prisonniers en 1988, les violations des droits
économiques et sociaux et l'état des lieux de l'application de la
peine de mort. Nos organisations ont pu également en 2013 faire
une mise à jour de la liste des prisonniers d'opinion, publié 75
communiqués de presse et 15 appels urgents de l'Observatoire
pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme en persan, anglais, et français. Cette information a été relayée par les
médias internationaux et a nourri les décisions des des instances
intergouvernementales et mécanismes de protection des droits
humains sur la situation en Iran (cf. ci-après).

Mobiliser les autorités nationales et la communauté internationale pour des mesures concrètes en faveur de la protection des droits humains
Dans de nombreux États autoritaires de la région, les autorités
sont quasiment inaccessibles aux ONG nationales et internationales, limitant de ce fait les capacités de plaidoyer. Aussi, la
pression que peut exercer sur ces mêmes autorités les organisations intergouvernementales, mécanismes internationaux de
protection des droits et diplomaties influentes est primordiale
dans l'espoir de changer la donne dans ces pays. En 2013, la
FIDH a soutenu la participation de très nombreux représentants
de ces organisations membres et partenaires à des interfaces de
plaidoyer au niveau international concernant 11 pays d'Asie.
La FIDH conjointement avec Human Rights in China (HRIC)
et la Campagne Internationale pour le Tibet (ICT), a ainsi continué à nourrir le dialogue UE-Chine sur les droits humains et,
en septembre, la mission en Chine du nouveau représentant
spécial de l'Union européenne pour les droits de l'Homme. La
FIDH a travaillé avec HRIC, ICT et CLB dans le cadre de

62 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

l'Examen périodique universel (EPU) de la Chine, organisant
notamment un événement parallèle à Genève en octobre. Au
cours de l'année, la FIDH a par ailleurs mené, avec d'autres
ONG, un plaidoyer continu auprès des autorités françaises à
l'occasion de visites d’État et parlementaire en Chine, soulevant
notamment le cas des détentions arbitraires de Liu Xiaobo et
de son épouse Liu Xia.
Avec son organisation membre Armanshahr/OPEN ASIA,
la FIDH a publié une note de plaidoyer à l'attention du gouvernement afghan et des Nations-Unies, dans le cadre du Conseil des droits de l'Homme qui renouvelait le mandat de la Mission d'assistance des Nations-Unies en Afghanistan (MANUA)
pour un an. En juillet, la FIDH a invité à Genève une activiste
afghane, pour une série d'événements de plaidoyer à l'occasion
de l'examen de l'Afghanistan par le Comité pour l'élimination
de la discrimination à l'égard des femmes. En octobre, la FIDH
a accompagné Armanshahr/OPEN ASIA lors de réunions de
plaidoyer auprès de l'Union européenne et de l'OTAN à Bruxelles, moins de six mois avant l'échéance des élections présidentielles. Une lettre ouverte de suivi, contenant des recommandations spécifiques, a par la suite été envoyée à l'UE.
Sur la base de son rapport d'enquête sur la répression des blogueurs et cyberdissidents, la FIDH et son organisation membre
le Comité Vietnam pour les Droits de l'Homme (VCHR) ont
mené plusieurs activités à Genève dans le cadre de l''EPU du
Vietnam prévu fin janvier 2014 et des informations on été transmises à la Rapporteur Spéciale sur les droits culturels en amont
de sa visite au Vietnam. Des réunions de plaidoyer se sont
également tenues avec des représentants de l'Union européenne.
Par ailleurs, une campagne de mobilisation publique, intitulée
“We are all Vietnamese bloggers” a été menée sur Twitter.

FOCUS
Derrière l'ouverture annoncée, la réalité birmane
Au cours de l'année, de nombreux rendez-vous de plaidoyer
ont été organisés afin d’alerter la communauté internationale
à propos des violations persistantes en Birmanie.
Dans le but d'influer sur le contenu de la résolution de l'Assemblée générale des Nations unies sur la Birmanie, la FIDH a
organisé en début d'année une mission de plaidoyer auprès
des institutions onusiennes à New York et du congrès américain
à Washington en présence de l'activiste birmane Ah No, de la
Kachin Women's Association Thailand. La venue cette fois lors
de l'Assemblée générale de deux activistes (Ms. Wai Wai Nu
et Ms. Seng Shadan) représentant la communauté Rohingya,
couplée au plaidoyer de la FIDH et de Altsean/Burma auprès
notamment de l'Union européenne et de l'Organisation de la
coopération islamique, impliquées dans la préparation de la
résolution, et un point presse organisé avec plusieurs médias
américains à Washington, ont contribué à l'adoption d'une
résolution sur la Birmanie qui reflète les préoccupations de la
FIDH et de ses organisations membres et partenaires.
La FIDH et Altsean se sont également mobilisées auprès du
Conseil des droits de l'Homme via la co-organisation avec
Forum Asia d'un événement parallèle intitulé « Birmanie : les
réformes ne doivent pas cacher les violations graves des droits
humains », contribuant à l'adoption d'une résolution dénonçant les détentions arbitraires, les déplacements forcés, les
confiscations de terres, les viols et autres formes de violence
sexuelle, la torture, ainsi que les violations du droit international
humanitaire ; appelant à la lutte contre l'impunité des auteurs
des crimes les plus graves ; et renouvelant le mandat du Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation en Birmanie.
Au niveau de l'Union européenne, la FIDH s'est mobilisée
contre la levée définitive des sanctions contre la Birmanie, suite
à leur suspension un an auparavant, a contribué à l'adoption
par le Parlement d'une résolution d'urgence dénonçant les violations persistantes des droits humains dans ce pays et insisté
sur l'importance d'impliquer la société civile birmane dans le
cadre du partenariat UE-Myanmar.
Par ailleurs, informé par la FIDH et d'autres organisations sur la
situation dans le pays, le président français qui recevait la visite
de son homologue birman Thein Sein, a instamment demandé
la libération de tous les prisonniers politiques.

La FIDH a par ailleurs rencontré la délégation du Parlement
européen en amont de sa visite en Iran prévue en décembre pour
leur dresser un état des lieux de la situation des droits humains
dans ce pays et notamment leur présenter la liste actualisée des
défenseurs des droits de l'Homme emprisonnée. La FIDH s'est
par ailleurs mobilisée pour le renouvellement du mandat du Rapporteur spécial des Nations-unies sur la situation des droits de
l'Homme en Iran. La FIDH a en outre accompagné Shirin Ebadi,
prix Nobel de la paix, pour des réunions de haut niveau avec des
diplomates et des représentants des Nations-Unies à New York,
en amont du vote sur la résolution de l'Assemblée Générale des

Nations-Unies sur l'Iran. Une note de plaidoyer a été remise aux
États chargés de rédiger la résolution.
Les préoccupations de la FIDH, et de ses organisations membres
la Licadho et Adhoc s'agissant de la situation des droits humains
au Cambodge ont été soulevé devant le Conseil des droits de
l'Homme à l'occasion du dialogue interactif avec le Rapporteur
spécial des Nations-Unies sur le Cambodge mais aussi à Bruxelles
s'appuyant sur les accords préférentiels de l'UE avec le Cambodge.
De nombreuses actions de plaidoyer ont également été menées y
compris auprès des autorités françaises pour dénoncer les restrictions imposées aux libertés d'expression et de réunion pacifique
suite à des élections marquées par la fraude.
Mobilisée en réaction à l'augmentation de la violence politique dans le contexte pré-électoral au Bangladesh, la FIDH
a sollicité la réaction de l'Union européenne et organisé un
événement avec son organisation membre Odhikar en marge
de l'EPU du pays.
Le Commonwealth fut également une cible privilégiée des actions de plaidoyer. Avec ses organisations partenaires, la FIDH
a appelé cette organisation à réagir dans la perspective des
élections à hauts risques aux Maldives et sur l'impunité caractérisée au Sri Lanka en amont de la réunion des chefs d’État
du Commonwealth à Colombo le 15 novembre.
Enfin, la FIDH a accompagné son organisation membre en Indonésie, KontraS, à New York pour des réunions de plaidoyer
sur la question de la lutte contre le terrorisme puis à Washington pour une audience au congrès américain et d'autres réunions
avec les autorités américaines, notamment sur la question de
la persécution des minorités religieuses dans le pays. En juillet, la FIDH et KontraS ont fait une soumission au Comité des
droits de l'Homme dans le cadre de l'examen de l'Indonésie, et
organisé des réunions de plaidoyer avec des missions diplomatiques à Genève.
Agir contre l'impunité et pour la réconciliation
Face aux entraves à l'exercice indépendant de la justice dans
de nombreux pays de la région, la FIDH a continué ses actions
et son plaidoyer pour la lutte contre l'impunité des auteurs des
crimes les plus graves.
Ainsi, les avocats du Groupe d'action judiciaire de la FIDH ont
continué de représenter des victimes dans le cadre du procès
n°2 devant les chambres extraordinaires au sein des tribunaux
cambodgiens contre deux anciens Khmers Rouges accusés de
crimes contre l'humanité et soumis leurs observations s'agissant
des questions liées à la réparation.
Par ailleurs, au, sein de la Coalition internationale pour mettre
un terme aux crimes contre l'humanité en Corée du Nord, la
FIDH a travaillé à la mise en place d'une commission internationale d'enquête des Nations unies dans ce pays. S'agissant de
l'Afghanistan et du Sri Lanka, son plaidoyer fut centré sur des
avancées en terme de lutte contre l'impunité.

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 63

EXEMPLES DE RÉSULTATS OBTENUS
La FIDH a permis ou contribué à/au
Au niveau national
Bangladesh
• La fin du harcèlement judiciaire contre Adilur Rahman Khan,
secrétaire d'Odhikar, organisation membre de la FIDH ; La Cour
suprême du Bangladesh décidé la libération d'Adilur alors qu'un
mission de l'Observatoire était présente dans le pays et avait
rencontré les plus hautes autorités de l'Etat.
Birmanie
• La libération de dizaines de prisonniers politiques.

Birmanie
• La condamnation par le Parlement européen de la persécution
et de la violence ciblant les Rohingya et les autres minorités
religieuses en Birmanie dans une résolution adoptée le 13 juin
• L'adoption d'une résolution de l'Assemblée générale des Nations
unies qui reprend les préoccupations de la FIDH et son organisation membres Altsean/Burma
• L'adoption d'une résolution du Conseil des droits de l'Homme
dénonçant les détentions arbitraires, les déplacements forcés,
les confiscations de terres, les viols et autres formes de violence
sexuelle, la torture, ainsi que les violations du droit international
humanitaire ; appelant à la lutte contre l'impunité des auteurs des
crimes les plus graves ; et renouvelant le mandat du Rapporteur
spécial des Nations unies sur la situation en Birmanie.

Cambodge
• La libération sous caution le 22 novembre, sur décision de la
cour suprême de Phnom Penh, de Yorm Bopha, une défenseure
des droits à la terre au Cambodge.
• Aux plaidoiries des parties civiles dans le procès n°2 devant les
Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens
contre deux anciens Khmers rouges accusés de crime contre
l'humanité et aux demandes de réparation des victimes soutenues
par la FIDH.

Corée du Nord
• La création par le Conseil des droits de l'Homme en mars 2013
d'une commission d'enquête des Nations unies sur la situation
des droits humains en Corée du Nord.

Iran
• La libération le 25 septembre de Nasrin Sotoudeh, avocate iranienne pour les droits de l'Homme, affiliée à l'organisation membre
de la FIDH, le Centre pour la Défense des Droits de l'Homme,
et renommée pour sa défense des mineurs confrontés à la peine
de mort et des prisonniers de conscience,

Indonésie
• La prise en compte des préoccupations de la FIDH et de son organisation Kontras concernant notamment les exécutions extrajudiciaires, l'usage excessif de la force par les forces de sécurité,
la torture, l'absence d'aide juridique, l'insécurité des minorités
ethniques et religieuses, et l'impunité, dans les observations finales du Comité des droits de l'Homme suite à l'examen du rapport
initial de l'Indonésie.

Pakistan
• L'annonce, le 11 octobre, par le gouvernement pakistanais, du
maintien du moratoire en cours sur la peine de mort.
Vietnam
• La libération du blogueur vietnamien Le Anh Hung, kidnappé
le 24 janvier avant d'être envoyé de force au Centre de Soutien
Social n.2 de Ung Hoa – un hôpital psychiatrique.
Au niveau international
Afghanistan
• Au renouvellement par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies
du mandat de la Mission des Nations-Unies en Afghanistan
(MANUA) jusqu'au 19 mars 2014.
Bangladesh
• La prise en compte par le Parlement européen des recommandations de la FIDH sur le Bangladesh, dans le cadre d'une résolution adoptée le 14 mars.

64 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

Chine
• La répression des défenseurs des droits humains dénoncée par
le Comité des Nations unies sur les droits de l'enfant, puis par de
nombreux Etats à l'occasion de l'Examen Périodique Universel.

Iran
• Le renouvellement du mandat du Rapporteur spécial des Nations
unies sur l'Iran
• L'adoption d'une résolution de l'Assemblée générale des Nations
unies qui reprend les préoccupations de la FIDH et de ses organisation membres
• La condamnation des discriminations des minorités ethniques
et religieuses par le Comité des droits économiques, sociaux et
culturels dans ses observations finales à la suite de l'examen du
second rapport périodique de la République islamique d'Iran.
Sri Lanka
• Au refus de vingt-cinq des cinquante-trois chefs d’État des pays
membres du Commonwealth de faire le déplacement pour le
sommet de Malabo compte tenu du sombre bilan en terme de
droits humains de ce pays.

La FIDH en interaction avec ses organisations membres et partenaires
11 missions internationales d'enquête,

- Groupe de travail sur entreprises et

missions judiciaires et d'observation judi-

droits de l'Homme : Communication contre

ciaire et de plaidoyer (Taïwan, Philippines,

Bangladesh

Rapports
Bangladesh : Hausse alarmante des menaces

Cambodge, Inde, Indonésie, Bangladesh,

Activités de plaidoyer : 23 défenseurs (de

contre les défenseurs des droits de

Malaysie)

Birmanie, Vietnam, Iran, Indonésie, Indonésie,

l'Homme

90 communiqués de presse

Afghanistan, Chine, Thaïlande, Cambodge,

Chine : Les travailleurs chinois à la conquête

Procédures judiciaires et quasi-judiciaires :

Taïwan) auprès des mécanismes pertinents

de leurs droits: quel rôle pour les marques ?

- Devant les chambres extraordinaires

régionaux et internationaux et de représent-

Corée du Nord : La peine de mort en Corée du

ants d’États influents

Nord: dans les rouages d’un État totalitaire

au sein des tribunaux cambodgien :

Iran : Peine de mort en Iran : Une politique

représentation de 10 victimes vivant en
France et parties civiles dans le dossier

Séminaires stratégiques :

de terreur d'Etat

n°002

Birmanie  : atelier de formation sur

Iran : 25 ans après les exécutions carcérales

« entreprises et droits humains »

de 1988, la justice n'a toujours pas été

- Devant les tribunaux français : Affaire Ung

rendue

(Cambodge)
- Groupe de travail sur les détentions arbi-

Partenariat : Coalition internationale pour

Iran : Montée de la pauvreté, déclin des

traires (ONU) : Communications contre Iran,

mettre un terme aux crimes contre l'humanité

droits du travail

Vietnam, Bangladesh, Birmanie, Cambodge

en Corée du Nord (ICNK); Forum Asia

Taïwan : La face cachée de Taïwan: les

- Groupe de travail sur les disparitions

leçons apprises du procceus de revue par

forcées ou involontaires : Communications

le CDH et le CDESC

contre Sri Lanka

Tibet : Répression chinoise sur le bouddhisme tibétain
Vietnam : Blogueurs and Netizens derrière les
barreaux: Restrictions à liberté d'Internet au
Vietnam
VIETNAM COMMITTEE
ON HUMAN RIGHTS
QUÊ ME:
ACTION FOR DEMOCRACY IN
VIETNAM

Ủy ban Bảo vệ Quyền làm Người Việt Nam

Blogueurs et cyBerdissidents
derrière les Barreaux
Mainmise de l’État sur Internet

Janvier 2013 / n°603f - AFP PHOTO / IAN TIMBERLAKE

Article premier : Tous les êtres humains naissent libres
et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit
de fraternité. Article 2 : Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration,
sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion,
d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée
sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire
soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté. Article 3 : Tout individu a droit à
la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.
Article 4 : Nul ne sera tenu en servitude ;

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 65

Europe de l'Est - Asie
centrale

empêche ces nouveaux pays de mettre en œuvre des réformes
démocratiques durables.

Contexte et défis

En Ukraine, l’annonce le 21 novembre 2013 par le président Viktor
Ianoukovitch de son refus de signer l’Accord d’Association préalablement négocié avec l’Union européenne a provoqué des manifestations massives de la société civile et des violences policières.

Le processus régional de transition vers des régimes démocratiques, qui a commencé il y a 20 ans, s’est significativement
ralenti ces dernières années. Des régimes présidentiels forts
avec peu d'espace pour l'action de la societé civile indépendante
ou ouvertement autoritaires qui s’en prennent aux libertés fondamentales sont en place dans de nombreux pays d’Europe de
l’Est et d’Asie centrale. Leurs dirigeants restent au pouvoir
pendant de très longues périodes, empêchant toute alternance.

Les relations entre le Bélarus et l’UE sont au point mort et tous
les efforts visant à relancer les discussions ont échoué. Les droits
civils et politiques sont continuellement violés. Les prisonniers
politiques sont maintenus en détention dans des conditions extrêmement préoccupantes, tel Ales Bialiatski, vice-président de la
FIDH, emprisonné depuis août 2011. Dans ce pays qui se présente
comme le « dernier paradis social d’Europe », les droits économiques et sociaux sont violés de façon systématique.

Dans ce contexte, plusieurs pays de la région ont cherché à approfondir leur coopération avec l’Union européenne. Mais ces
dernières années, la Russie qui est devenue un acteur géopolitique
majeur au niveau régional comme mondial, a mis en place un
lourd arsenal pour les maintenir dans sa zone d’influence. Dans
les territoires séparatistes ou annexés, dits les « zones de conflits
gelés », la Russie a renforcé sa présence militaire ou accru sa pression économique et politique. Entre-temps, les populations de ces
territoires contestés sont devenues les otages de jeux géopolitiques
qui les ont de fait effacées de la carte du droit international.

En Azerbaïdjan, les élections de novembre 2013 ont été précédées
d’une vague de répression. Le même scénario s’est produit au
Tadjikistan. En Ouzbékistan, le harcèlement de toutes les voix
dissidentes et l’impunité totale des agents des services de sécurité d’État n’ont fait que s’accroître dans le contexte d'une lutte
acharnée pour le pouvoir.

En Russie, la répression visant l’opposition et toutes voix critiques s’est intensifiée en 2013, suite aux protestations contre la
fraude constatée lors des élections législatives et présidentielle
(décembre 2011 et mars 2012). Une fois élu, Vladimir Poutine
a fait adopter par la Douma pléthore de lois répressives. Parmi
celles-ci : la criminalisation des opposants politiques et des
manifestants ; l’entrave au travail des ONG et des défenseurs
des droits humains ; l’intensification de la censure d’Internet et
des médias. Les Jeux olympiques prévus en février 2014 ayant
braqué les projecteurs sur la Russie, la pression internationale
a conduit Poutine à adopter une loi d’amnistie. Malheureusement, et même si les membres des Pussy Riot, les activistes de
Greenpeace et un petit nombre de prisonniers politiques emblématiques, comme Mikhaïl Khodorkovski, ont été libérés, cette loi
d’amnistie a en réalité bien plus relevé d’une simple campagne
de communication que d’un véritable changement de cap. La
répression violente des manifestations a continué, de même que
les campagnes de diffamation et le harcèlement judiciaire visant
les ONG recevant le moindre financement étranger. De plus,
dans le sillage d’un discours politique alimentant nationalisme et
discrimination, et de l’adoption d’une proposition de loi prenant
pour cible la communauté homosexuelle, les attaques contre les
minorités ethniques et sexuelles se sont étendues en 2013.
Cette situation a un impact négatif direct sur la région. L’appui
politique que la Russie apporte aux régimes répressifs de la zone

66 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

Le haut niveau d’impunité dans la région est une des sources
des violences et des graves violations des droits humains dans le
Caucase du Nord (Russie), et en Asie centrale. Le Kirghizstan
demeure marqué par l’instabilité politique et l’impunité résultant
des affrontements ethniques de 2010. Ces violations ne reçoivent
qu’une attention limitée de l’opinion publique, dans un contexte
où les défenseurs des droits humains qui soulèvent ces questions
sont constamment la cible de menaces, de diffamations ou même
d’attaques physiques.
Dans toute la région, la question de l'administration de la justice, y compris l’indépendance des autorités judiciaires et les
conditions de détention reste un problème majeur.

Manifestation devant le parlement Russe à Moscou après la condamnation d'Alexei Navalny
activiste politique, en juillet 2013. © AFP PHOTO / Ivan Novikov

La fidh et ses ligues en action
Établissement des faits et des responsabilités
La FIDH et ses organisations membres ont fait un travail continu de recueil d'information sur les violations des droits humains dans la région. Plus de 140 communiqués de presse, lettres ouvertes ou fermées et appels urgents de l'Observatoire, ont
dénoncé en 2013 les dérives autoritaires de nombreux régimes
marqués par les lois et pratiques restrictives des libertés et les
manquements aux principes démocratiques ainsi que l'impunité
des auteurs des crimes les plus graves.
La FIDH s'est particulièrement mobilisée pour éclairer les faits
et responsabilités s'agissant de la répression de manifestations
pacifiques et de la criminalisation de toutes voix critiques dans
le contexte des processus électoraux. La FIDH a ainsi mené une
mission d'enquête en Azerbaïdjan en amont des élections présidentielles et dénoncé dans une note le durcissement du régime à
l'approche du scrutin : harcèlement judiciaire contre des journalistes indépendants basé sur de fausses accusations, arrestations
arbitraires d'opposant, restrictions aux financements des partis
d'opposition, utilisation excessive de la force pour disperser des
manifestations. La FIDH a également suivi de près la situation
au Tadjikistan les mois précédents l'élection présidentielle. Elle a
soutenu la publication d'un rapport d'une coalition d'ONG locales
dénonçant les violations des droits civils et politiques et rendu
public des informations faisant état d'un harcèlement systématique contre les membres de l'opposition et les associations de
défense des droits humains. La FIDH a par ailleurs continué ses
enquêtes sur les dérives autoritaires du régime russe depuis la
re-élection de Poutine à la présidence (cf. focus ci-après).
Une mission d'enquête en Moldavie fut par ailleurs l'occasion
pour la FIDH de dresser un constat alarmant de la situation des
droits humains dans ce pays y compris en Transnistrie, territoire,
sous influence pro-russe, administré par des autorités de facto non
reconnues par la Moldavie et la communauté internationale. De
graves violations des droits civils et politiques y sont commises en
toute impunité, l'accès à la justice moldave étant quasi impossible.
La FIDH a en outre continué de dénoncer l'existence de nombreux prisonniers politiques dans la région, en publiant notamment une note spécifique sur cette question au Bélarus. La
FIDH et son organisation membre CDH «Viasna», ont maintenu
une information constante sur l'attitude autoritaire de ce régime
qui se manifeste non seulement dans les violations des droits
civils et politiques mais aussi dans celles des droits économiques, sociaux et culturels comme l'ont démontré les résultats
d'une enquête approfondie sur ce point. Les conclusions du rapport de cette enquête ont été présentées lors d'une conférence
de presse organisée à Minsk et furent largement reprises dans
les médias et sur les réseaux sociaux bélarus et russophones.
Enfin, la FIDH a soutenu un rapport de l'organisation UBHRRL
qui dénonce notamment l'interdiction des partis d'opposition
en Ouzbékistan et l'étouffement de tout voix qui critique les
atteintes aux principes démocratiques et à l'Etat de droit.

FOCUS
Coup de projecteur sur les dérives autoritaires du régime de Poutine
Alors que la Russie renforce sa puissance politique mondiale,
étouffant sur la scène diplomatique internationale les critiques
sur les violations des droits humains dans son pays, et se positionne ouvertement en tête des pays-alliés contre les «valeurs
démocratiques» au sein des Nations-unies, la FIDH et son
organisation membre ADC Memorial n'ont cessé de mettre en
lumière les dérives autoritaires du régime depuis la nouvelle
élection de Poutine à la présidence.
Une mission d'enquête a été menée à Moscou, Saint-Petersbourg, Nizhny-Novgorod et Voronezh pour recueillir les témoignages de la répression subie par les militants de l'opposition,
des défenseurs des droits humains et des citoyens qui ont
manifesté contre les irrégularités des scrutins législatifs et présidentiel. La mission a également analysé les lois et discours
pour liberticides contre les associations et le droit à l'information et les LGBTI.
Depuis cette mission, la FIDH s'est rendue à plusieurs reprises
en Russie pour continuer d'alimenter son enquête et suivre les
procès intentés contre ADC Memorial accusée d' « agent de
l'étranger » et menacée de fermeture pour avoir transmis un
rapport au Comité contre la torture des Nations-unies dénonçant cette pratique par la police.
Par ailleurs, la FIDH et d'autres organisations de défense des
droits de l'Homme ont mandaté une Commission d'enquête
internationale indépendante pour établir les faits et les responsabilités concernant la répression de la manifestation de
Bolotnaya, menant à des procès politiques.
Les informations des rapports de la FIDH et de la Commission d'enquête, publiées à l'occasion de l'ouverture des Jeux
Olympiques d'hiver de Sotchi en février 2014, ont été largement
reprises par les médias et réseaux sociaux russes et internationaux, suite à une campagne lancée par la FIDH en amont de cet
événement médiatique majeur.

Mobiliser les autorités nationales et la communauté internationale pour des mesures concrètes en faveur de la protection des droits humains
La FIDH a mené un important plaidoyer en 2013 pour pousser
les gouvernements de la région à prendre des mesures en faveur
de la protection des droits humains.
Si les autorités nationales sont souvent réticentes à entamer le
dialogue avec les ONG nationales qu'elles considèrent comme
des ennemis politiques ou des agents de l'étranger, la FIDH a su
provoquer des échanges constructifs avec les autorités Moldaves à
l'occasion d'une mission de présentation des recommandations de
son rapport d'enquête. Les membres du gouvernements rencontrés
ont reconnu qu'un sombre bilan en matière de respect des droits
humains pouvait porter préjudice à l'Etat sur la scène internationale
et affirmé vouloir prendre en compte ces recommandations. De
hauts représentants de différentes instances gouvernementales ont

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 67

également participé à une table ronde en compagnie de journalistes
et de représentants de la société civile pour envisager les mesures
concrètes à prendre pour garantir les droits humains.
De la même manière, le rapport de Civil Society Institue (CSI)
sur l'évaluation à mi-parcours de la mise en œuvre des recommandations de l'Examen périodique universel de l'Arménie, dont
la publication et la diffusion ont été soutenues par la FIDH, a pu
être présenté aux autorités de ce pays.
S'agissant de la Russie, la FIDH a mobilisé les différentes instances de l'Union européenne via notamment une audition à la
Sous-Commission droits de l'Homme du Parlement européen et
s'est particulièrement appuyée sur les mécanismes onusiens pour
que ceux-ci appellent les autorités au respect des droits humains. La
FIDH a ainsi invité des représentants de son organisation membre
ADC Memorial à présenter leurs préoccupations et recommandations aux experts du Comité pour l'élimination de la discrimination
raciale qui examinait le rapport de l'Etat. Une réunion publique a été
par ailleurs été organisée par la FIDH lors d'une session du Conseil
des droits d l'Homme pour mettre en lumière les dérives autoritaires
du régime ainsi que la manque de coopération de la Russie avec
les instances onusienne. Une interface a en outre été organisée en
amont de l'EPU de la Russie pour permettre à des membres d'ADC
Memorial et représentants d'organisations partenaires de rencontrer
des délégations d'Etats participant au Conseil des droits de l'Homme.
La FIDH et ses organisations membres sont aussi intervenues à
l'occasion de l'EPU de l'Arménie et de l'Ouzbékistan pour dénoncer les violations des droits humains dans ces pays et présenter
leurs recommandations. La FIDH et les représentants d'une coalition d'ONG Tadjik ont également présenté leur rapport alternatif
aux experts du Comité des droits de l'Homme.
A l'occasion de la Réunion annuelle sur la « Dimension Humaine »
de l'OSCE, la FIDH a organisé un nombre important d'activités
principalement centrées autour de la question de l’administration
de la justice et les conditions de détention. Une réunion publique
a été ainsi organisée sur ce thème en présence de représentants de
ses organisations membres pour présenter le résultats d'enquête en
Moldavie, au Bélarus, au Kyrgyzstan et en Azerbaijan. Par ailleurs,
pour alimenter le travail de l'OSCE et ses projets de Lignes directrices sur la liberté d'association et la protection des défenseurs
des droits de l'Homme, la FIDH a également organisé une réunion
publique sur ces thèmes et présenté aux délégations nationales
une note sur la situation des défenseurs des droits de minorités
sexuelles en Europe de l'Est et Asie Centrale.

FOCUS
La FIDH accentue la pression internationale sur le Bélarus
En 2013, la FIDH et son organisation membre Viasna ont mené un
programme spécifique de plaidoyer auprès des institutions internationales afin qu'elles maintiennent une position ferme face au contexte
de répression au Bélarus. En début d'année, nos organisations ont fait
part de nos recommandations en réponse à une consultation menée
par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) s'agissant de la refonte de sa stratégie sur le Bélarus.
La FIDH a ensuite facilité des rencontres stratégiques entre Valentin
Stefanovic, Vice-président de Viasna, et des représentants du Service
d'Action Extérieure, des Etats membres et du parlement de l'Union
européenne pour présenter une note sur les prisonniers politiques,
le site spécifique d'information sur la situation des droits humains au
Bélarus et un papier de position sur des principes directeurs droits
de l'Homme pour l'action de l'UE sur ce pays. Une interface de suivi
des discussions a été organisée en présence de Vladimir Labkovich
de Viasna qui est, par ailleurs, intervenu à la Sous-Commission des
droits de l'Homme du Parlement européen sur la situation des droits
humains au Bélarus. Enfin, à l'occasion d'une visite du ministre Bélarus des Affaires étrangères, la FIDH a organisé une manifestation
publique pour appeler l'UE à se mobiliser en faveur de la libération
sans condition des prisonniers politiques, demande réitérée dans une
lettre fermée adressée aux différentes institutions de l'UE.
Par ailleurs, une interface a été organisée auprès de l'Assemblée
Générale de l'ONU et des instances gouvernementales des EtatsUnis, pour soutenir le mandat du Rapporteur spécial de l'ONU sur la
situation au Bélarus. Une autre interface de plaidoyer a visé les autorités et les syndicats des Pays-Bas, pays dont les liens économiques
avec le Bélarus sont les plus développés d'Europe.
Tous ces échanges stratégiques ont notamment contribué à l'adoption d'un rapport de la Commission des Affaires étrangères sur
l'action de l'UE au Bélarus qui reprend les préoccupations de la
FIDH. Ils ont également contribué au renouvellement du mandat du
Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de
l'Homme au Bélarus.
Par ailleurs, pour éclairer la communauté internationale et l'amener
à réagir sur un aspect méconnu de l'attitude autoritaire du régime, la
FIDH et Viasna ont présenté leur rapport sur le travail forcé au Bélarus devant le Comité des droits économiques, sociaux et culturels.
Celui-ci, dans ses conclusions sur l'examen du rapport de l'Etat,
a repris bon nombre des préoccupations et recommandations de
nos organisations. Ce rapport a également permis de mobiliser les
syndicats au niveau international sur la question de l'utilisation du
travail forcé dans ce pays.
L'ensemble des informations sur les violations des droits humains
au Bélarus a également été présenté via une réunion publique au
Conseil de l'Europe.
Enfin, la mobilisation en faveur de la libération du Vice-Président de
la FIDH et Président de Viasna, Ales Bialiatski, et en soutien à ses
collègues et sa famille a été quotidienne, notamment à travers le site
Freeales.fidh.net, reformaté et renforcé par des sections consacrées
aux activités de l'ensemble de la société civile belarusse soumise à
une constante répression.

68 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

EXEMPLES DE RÉSULTATS OBTENUS
La FIDH a permis ou contribué à/au
Au niveau national
Moldavie
• Des membres du gouvernement, notamment les ministres de
la Justice et de l'Intérieur ont salué l'intérêt porté par la FIDH
sur la situation des droits humains dans leur pays et affirmé
vouloir prendre en compte certaines recommandations de son
rapport d'enquête ; Une table ronde organisé par la FIDH a réuni
des hauts représentants des instances gouvernementales, des
représentants de la société civile nationale et internationale et
des médias pour discuter des mesures à prendre pour mettre en
œuvre les recommandations du rapport de la FIDH.
Russie
• Le recueil et la diffusion d'informations sur les lois et pratiques liberticides des autorités ont contribué à la pression internationale menant
aux mesures d'amnistie pour les membres du groupe Pussy Riot, des
manifestants arbitrairement détenus et l'opposant Khodorkovski.
Bélarus
• Soutien et renforcement des capacités d'action de la société
civile Bélarus lui permettant de continuer son travail d'alerte
sur les violations des droits humains dans ce pays en dépit de
l'intense répression menée par les autorités.
Aux niveaux régional et international
Bélarus
• Conclusions du Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies publiées en novembre 2013 qui reprennent les préoccupations de la FIDH et de Viasna ; notamment
le Comité demande au Bélarus de mettre un terme à la mesure
punitive consistant à condamner des personnes souffrants de
dépendances à l'alcool et aux drogues au travail forcé dans les
camps dits « Centres Médicaux de Travail »

• L'adoption d'une résolution du Parlement européen sur la politique de l'UE vis-à-vis du Bélarus qui dénonce les violations
des droits humains dans ce pays
• Renouvellement du mandat du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'Homme au Bélarus.
Ouzbékistan
• Conclusions du Comité contre la Torture des Nations Unies
d'octobre 2013 qui condamne l'utilisation étendue, systématique et approuvée par le gouvernement de la torture, reprenant
ainsi les préoccupations de la FIDH et son organisation membre en Ouzbékistan dans leur rapport alternatif
• Questions des Etats lors de l'EPU du pays qui reprennent les
préoccupations de la FIDH notamment sur les violations de la
liberté d'association.
Tadjikistan
• Conclusions du Comité des droits de l'Homme faisant écho aux
préoccupations au rapport des organisations membres de la FIDH,
en particulier eu égard à la liberté d’expression et d’internet, à la
liberté d’association, à l’indépendance de la justice et des avocats.
Russie
• Rapport de l'EPU sur la Russie qui reprend de nombreuses
préoccupations de la FIDH sur les lois liberticides et la répression des manifestations
• Conclusions du CERD sur le rapport de la Russie qui reprend
un grand nombre de recommandations du rapport alternatif de
la FIDH et d'ADC Memorial
• Déclaration de Catherine Ashton, Haute Représentante de l'Union
Européenne pour les affaires étrangères, dénonçant la loi anti-gay
contraire à la Convention européenne des droits de l'Homme
• Mobilisation internationale en faveur d'ADC Memorial face aux
accusations d' « agent de l'étranger », y compris à travers une
forte couverture médiatique sur cette affaire et les réactions du
Comité contre la Torture de l'ONU en soutien à l'organisation.

La FIDH en interaction avec ses organisations membres et partenaires
Rapports

6 missions internationales :

Soutien au plaidoyer de

Moldavie, Russie, Azerbaïdjan,

25 défenseurs (Bélarus,

Tadjikistan, Bélarus

Russie, Kyrgystan, Tadjikistan,

Arménie : Évaluation à mi-parcours de la mise en œuvre des recommanda-

Ouzbekistan, Moldavie,

tions de l'Examen périodique universel

Azerbaijan, Armenie) auprès des

Bélarus : Travail forcé et violation généralisée des droits des travailleurs

OIG et Etats influents

au Bélarus

142 communiqués de presse
Procédures judiciaires et

Bélarus : Note sur les prisonniers politiques

quasi-judiciaires :

Partenariat  : Civil Rights

Moldavie : Tortures et mauvais traitements en Moldavie et en

- Comité des droits de

Defenders ; Norwegian Helsinki

Transnistrie : l'impunité règne

l'Homme  : Ouzbékistan et

Committee, Human Rights

Ouzbékistan : Rapport de UBHRRL à l'occasion de l'EPU de l'Ouzbékistan

Bélarus

House Foundation

(avec le soutien de la FIDH)
Tadjikistan : Rapport sur la mise en œuvre du Pacte international relatif
aux droits civils et politiques (rapport rédigé par une coalition d'ONG
Tadjik avec le soutien de la FIDH)
Russie : Note sur la mise en œuvre de la Convention sur l'élimination de
toutes les formes de discrimination raciale par la Fédération de Russie
F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 69

70 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

L'organisation du congrès de la FIDH et son Forum sur « Droits de l'Homme et transition politique » qui a regroupé plus de 400 participants du
monde entier a été à cet égard un événement majeur en 2013.
Parallèlement et conformément au plan stratégique, 14 séminaires d'échange ont été organisés (comme par exemple une interface pluri-pays sur
la participation des victimes aux procédures de la Cour pénale internationale ; une formation d'une ONG syrienne sur les techniques de promotion
des droits humains en présence de membres d'Afghanistan, du Soudan et de Birmanie notamment).
La réunion du BI post congrès a permis l'adaptation de ses méthodes pour promouvoir les échanges stratégiques et les partages d'expériences
entre régions. Ce même BI a consacré sa première session à l'appréhension de la politique étrangères des pays émergents.
Depuis le congrès, l’organisation du BE a été renouvelée : un rapport écrit et/ou oral est fait par chaque membre du BE présent.

- Renforcer les opportunités d'échange stratégique
entre les organisations membres et au sein des
organes politiques de la FIDH

- Renforcer la participation des trois piliers dans les Pour atteindre cet objectif, la FIDH a, s'agissant des outils :
actions de communication de la FIDH et celles de - recensé et développé les contacts avec les chargés de communication des organisations membres
ses organisations membres
- élaboré un vademecum sur la « communication » listant les moyens, les actions à mettre en œuvre par la FIDH et ses membres pour une meilleure
interaction et visibilité du mouvement.
- mis en place un groupe de travail sur la communication de la FIDH au sein du BI pour renforcer l'implication des membres du BI sur cette question
S'agissant des opérations, elle a proposé aux ligues une quinzaine d'actions conjointes (comme par exemple celle sur la détention d'Ales Bialatski
et de Nabeel Rajab ou encore sur la situation en Turquie au lendemain des manifestations de la place Taksim en mai).

- Renforcer la communication et la fluidité de l'information
entre les piliers de la FIDH

A cette fin, il a été décidé d'installer un système de visio-conférence pour permettre à tous les membres du BE de participer virtuellement aux
réunions du BE et autres réunions stratégiques.
En outre, la plateforme intranet dédiée aux organisations membres a été adaptée pour en faciliter l'utilisation.

Le congrès 2013 marque une étape dans l'évolution du membership de la FIDH avec 19 nouvelles associations adhérentes, notamment issues
d'Europe et du Monde arabe. La FIDH est présente dans 6 nouveaux pays clés (Afrique du sud, Angola, Indonésie, Kazakhstan, Tadjikistan, et
Koweït). 5 associations ne répondant plus aux règles et principes de la FIDH ont été radiées ou ont démissionné conformément aux statuts.
Le BI a été renouvelé à 50% et compte 10 femmes et 12 hommes. Les membres du BI sont issus de 21 pays majoritairement du sud.
La réforme des statuts consacre cette volonté de renforcer l'internationalisation des membres du BI en réduisant notamment à deux le nombre
de vice-président de même nationalité.

- Renforcer la représentation internationale de ses
organes dirigeants, et des organisations membres
et partenaires de la FIDH

B. Communication institutionnelle :

Issue du processus de réflexion « FIDH + 10 ans », le congrès de la FIDH de mai 2013 a adopté une réforme des statuts. Celle-ci inclut une
clarification du rôle des instances dirigeantes (Présidence, BI, Bureau exécutif [BE] et congrès), et des modalités d'interaction FIDH – organisations
membres. La FIDH en tant que « mouvement universel qui fédère des organisations nationales de défense des droits de l'Homme » a été consacrée
par l'ensemble des associations membres.
Divers outils, répondant à cet objectif, ont été également élaborés et validés par les BI en 2013 :
- normes internes sur le rôle et fonctions des membres du BI
- processus de validation des documents au sein du SI, par le président et les membres du BI
- finalisation de l'organigramme des membres du BI (désignant des référents géographiques et/ou thématiques)
- élaboration d'un leaflet « Etre membre de » à l'intention des organisations membres de la FIDH.
La réunion du BI post congrès a permis l'installation de la nouvelle équipe élue et sa durée a été allongée permettant d'organiser une journée de
« formation » pour les nouveaux membres du BI sur son fonctionnement interne, les procédures, et le rôle respectif de chaque instance.

- Clarifier et formaliser le rôle de ces trois entités
(Organisations membres, Bureau international [BI],
Secrétariat international [SI]) et les relations entre
elles

A. Gouvernance :

I. Renforcer l'interaction Ligues - Bureau
international - Secrétariat international

OJBECTIFS ET SOUS OBJECTIFS

Implications organisationnelles

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 71

A positive evaluation of the Guinea programme concluded that : « We thought that Guinean experience and the work done by the FIDH and
their local partner concerning the HR abuses from 2007+10 and the massacre of Sept 2009 was one of the most telling and an effective
example of an EU support to transitional justice ».

La FIDH a poursuivi la mise en œuvre de programmes d'action bilatéraux (FIDH – organisations membres) en Haïti, Guinée, Mali, RDC, Côte
d'Ivoire, et Bélarus. Ces programmes permettent de développer des moyens d'action flexibles et divers pour renforcer le coopération quotidienne
avec les organisations membres et l'effectivité des activités envisagées (installation de bureaux conjoints, recrutement de staff ou de consultants
locaux dédiés à la mise en œuvre d'actions conjointes, soutien matériel aux ligues visées).
La FIDH a, en 2013, développé deux nouveaux programmes sur la Libye d'une part (concernant le dossier Amesys) et la Syrie d'autre part (soutien
au Centre de promotion des droits humains, le Fraternity Center for Democracy and Civil Society). Une réflexion a été engagée sur d'éventuels
programmes bilatéraux sur la Birmanie et l'Iran.

-
R enforcer les processus de planification et
d'évaluation pour gagner en fluidité, en efficacité et
en temps de travail et de priorisation pour augmenter
l'impact des activités

A. Priorisation et évaluation :

II. Consolider le secrétariat international

OJBECTIFS ET SOUS OBJECTIFS

Responsabilisation du BI/BE :
- présentation lors du premier BI post congrès du « Kit programmation, rapport et évaluation des activités »
- rapport des membres du BE sur les priorités du mois à venir lors des réunions mensuelles du BE.

Pour atteindre cet objectif, la FIDH a travaillé sur deux axes :
Adaptation des outils :
- le cadre du Plan d'action annuel de la FIDH a été reformaté
- le Manuel FIDH des missions a été ajusté, y inclus la refonte des TdR des missions
- les tableaux ont été rendus disponibles et manipulables sur une plateforme unique et partagée

- Poursuivre le soutien apporté aux organisations A titre d'exemple, 53 missions internationales ont été organisées avec les ligues, 60 assistances matérielles ont été fournies à des défenseurs et
membres et partenaires locaux dans des situations ONG, 239 appels urgents de l'Observatoire pour la protection des défenseurs et 20 interventions conjointes auprès des instances de la CADHP
à risques
et de l'UA ont été produites.

- Renforcer les partenariats opérationnels avec les
organisations membres à l'instar des programmes
conjoints menés ces dernières années en Haïti ou
en Guinée et renforcer les liens avec les réseaux
régionaux

Quelques actions menées en 2013 illustrent cette priorité :
100 interfaces avec les ligues ont été organisées auprès des instances de l'ONU, UE, UA , CADHP, CIDH, LEA et CPI avec les délégations.
14 séminaires impliquant les bureaux, les délégations et les ligues (comme par exemple le séminaire sur la réforme de la LEA au regard des
mandats et méthode des autres mécanismes et institutions régionaux, organisé au Caire en présence de plus de 50 représentants d'organisations
nationales, régionales et internationales et experts de différents systèmes régionaux) ont été également organisés.

- Renforcer l’interaction entre les bureaux régionaux Développement de notre organisation :
et les délégations avec les organisations membres En 2013, la FIDH compte 4 délégations (auprès de l'ONU à Genève et New York, de l'UE à Bruxelles et de la CPI à La Haye), 4 bureaux
concernées
régionaux : à Bangkok, Nairobi, Le Caire, et Tunis. La FIDH travaille à l'ouverture d'un bureau à Lima pour accueillir début 2014 un consultant sur
la communication sur les Amériques. Enfin après la mise en place d'un bureau conjoint FIDH-OGDH à Conakry, un bureau du même type a été
ouvert en 2013 à Bamako dans les locaux de l'AMDH et début 2014 un bureau sera ouvert à Abidjan au sein du MIDH et de la LIDHO.

C. Volet opérationnel :

72 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

Evolution du cadre :
L'autre groupe de travail, chargé de travailler sur des comparaisons de rémunérations avec d'autres ONG a permis une refonte de la grille de
rémunérations qui entrera en vigueur en janvier 2014. Elle inclut des fourchettes larges afin de permettre davantage d'évolution horizontale.
Evolution des rémunérations :
Sur la base de ces éléments, et en fonction de la situation financière de la FIDH, la politique d'augmentation des salaires a pu être poursuivie en 2013.

14 personnes ont été formées (management, prise de parole et écriture de communiqués de presse).
Pour répondre à cette priorité et sur la base des demandes formulées par les salariés lors des entretiens annuels et les besoins en terme de
développement de la FIDH, sera élaboré un plan de formation ambitieux sur deux ans 2014-2015, décliné en 3 objectifs :
-Former les équipes en matière de management et de gestion budgétaire et financière
-Renforcer l'utilisation, l'appropriation des outils de communication et de technologie de l'information
-Développer les capacités linguistiques
Ces formations seront prodiguées en externe mais aussi en interne afin de valoriser les expertises techniques du staff.
Cette année, dans le cadre de la politique de soutien et de valorisation du staff, la FIDH a développé sa politique de promotion et de mobilité interne.
Ainsi le renforcement de l'équipe de la FIDH à New York se fera en 2014 par ce biais.
Le format de la réunion annuelle de l'ensemble de l'équipe visant à aborder sur un mode plus informel les questions et les difficultés liées à l'organisation
du travail, au management et la gestion des ressources humaines a été adaptée pour faciliter une prise de parole du plus grand nombre et développer
les liens entre les membres du staff.

Le renforcement de l'équipe s'est poursuivi au travers du recrutement pour une période de 1 an à 18 mois de :
- une assistante sur le bureau droits des femmes et droits des migrants
- une chargée de programme sur la zone Europe de l'Ouest
- un technicien informatique
- un aide comptable.

- Poursuivre l'amélioration des rémunérations

- Continuer d'explorer d'autres modalités de valorisation
financière et extra-financière pour le SI

-
Poursuivre le renforcement des conditions de
réalisation du travail

En 2012, la FIDH s’est dotée d’un Système informatisé de gestion. C’est un ensemble d’outils intégré permettant de gérer la gestion comptable, la
gestion analytique, et la gestion budgétaire. Le système a été opérationnel à partir du 1er janvier 2013 et a nécessité une adaptation de l'organisation
du département financier, plusieurs phases de formation et une mobilisation de toute l'équipe. Une évaluation externe mandatée par le Ministère
finlandais des affaires étrangères a estimé début 2014 que « La mise en eouvre de ce nouveau système a amélioré la fiabilité et la transparence du
reporting financier. » L'optimisation de l'utilisation de l'outil et le développement de son volet concernant la gestion budgétaire restent un défi pour 2014.
Enfin, un travail de mise à jour des procédures en matière de ressources humaines a débuté fin 2013, et sera finalisé au printemps 2014.

Le groupe de travail, mis en place en 2012 pour travailler sur la description des fonctions, a finalisé ses travaux.
A l'issue d'un processus participatif avec les délégués du personnel et le comité de pilotage ont été finalisés et adoptés  :
- les définitions des fonctions et des postes pour l'ensemble du staff permettant ainsi de préciser le périmètre des missions et responsabilités pour
chaque poste et de valoriser les différents métiers au sein du SI
- les critères de classification, contribuant à l’évaluation du niveau de responsabilités et prenant en compte la complexité de chaque poste
- une nouvelle grille de classification des fonctions et postes (entrée en vigueur au 1er janvier 2014)
- une évolution de la méthode d'évaluation individuelle pour mieux mesurer la réalisation des différentes missions incombant au staff et en faire le suivi.
En 2013 également, une formation de deux directeurs au management a été menée.

- Clarifier les rôles et responsabilités au sein du SI

B. Amélioration des conditions de travail et de
réalisation du travail :

OJBECTIFS ET SOUS OBJECTIFS

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 73

La FIDH a continué de s'appuyer sur des prestataires externes concernant les domaines de la communication (notamment audio et numérique) et de
la sécurisation des données. La FIDH a eu cette année davantage recours à des consultants pour soutenir ses activités de recherche dans des pays
dits fermés ou auprès de victimes.
La FIDH continue de recourir aux services d'un expert comptable et d'avocats spécialistes en droit du travail.
La FIDH a développé ses recours à des cabinets pro bono dans le cadre d'une part du développement de son bureau aux USA (cabinet Proskauer)
et d'autre part de son groupe d'action judiciaire (GAJ) pour répondre aux besoins d'analyses juridiques et d'amicus curiae en lien avec ses actions
judiciaires.
Enfin, la FIDH a consolidé son réseau d'interprètes et de traducteurs (plus de 200 personnes) qui bénévolement accompagnent les activités de la FIDH
(de interprétariat de toutes les réunions du bureau international et du congrès à la traduction des publications de la FIDH).
La FIDH a accueilli plus de 40 stagiaires sur 5 sites.
La FIDH a désigné un point focal, au sein du SI, pour mettre en œuvre le programme Alumni qui vise à soutenir l'émergence d'une nouvelle génération
de défenseurs et assurer que les jeunes soient inclus dans les mobilisation de la FIDH.

C. Spécialisation et concours externes

- Rendre plus visible et lisible l'identité de la FIDH, Sur la base du Schéma directeur de communication (2011), l'utilisation de l'acronyme (FIDH) a été progressivement installée en interne (SI et BI). Elle
notamment par une réflexion sur son nom et sa est encore difficile à imposer en externe, en dépit des efforts déployés pour l'expliquer notamment aux journalistes.
signature
La signature Mouvement mondial des droits humains, adoptée fin 2013, a commencé à être utilisée sur des documents de communication pour
asseoir l'image du Mouvement. Elle sera utilisée en particulier en 2014 avec la Campagne sur les défenseurs des droits de l'Homme #ForFreedom.
Enfin, le congrès a été un moment privilégié pour insister auprès des organisations membres sur leur rôle essentiel quant à la visibilité de la FIDH, et
la valorisation de leur appartenance au mouvement. Le logo de la FIDH est présent sur une trentaine de sites internet des ligues, et le logo « Membre
de la FIDH » sur une quinzaine de sites. L'interaction avec les services communication des organisations membres devrait contribuer à augmenter
ce résultat en 2014.

A. Renforcer la communication institutionnelle :

III. Renforcer la capacité de mobilisation publique

Le nombre de nationalités représentées au sein de l'équipe est de 15.

- Poursuivre le renforcement de l'internationalisation

- Poursuivre le développement de la formation du Au 31 décembre, le SI est composé de 68% de femmes et 32% d'hommes.
staff et la mise en œuvre de la politique d'égalité Le Bureau international post congrès a adopté une série de propositions, présentées par le Président dans son rapport moral, visant à renforcer la
Hommes-Femmes
place des femmes dans les actions de la FIDH. Elles regroupent 3 axes principaux :
- Toutes les missions, panels, interfaces doivent avoir une composition mixte
- Utilisation de préférence, dans toutes les publications de la FIDH, des termes droits humains plutôt que droits de l'Homme
- Plaider auprès des organisations membres pour le respect de la parité dans leurs instances dirigeantes.

OJBECTIFS ET SOUS OBJECTIFS

74 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

Les impacts des actions de la FIDH sont systématiquement présentés dans une rubrique dédiée sur les versions anglaise, française et espagnole du
site internet de la FIDH. Les impacts médias sont eux valorisés dans une sous rubrique « Médias ».
Un digest de ces impacts est présenté périodiquement sur la Newsletter et en début d'année sur le Rapport annuel en bande dessinée : six Newsletters
Impacts (sur douze réalisées au total), en anglais et en français, ont été envoyées aux abonnés, aux organisations membres, aux bailleurs, et aux
contacts des Bureaux.
Le rapport annuel de la FIDH en BD a été publié cette année en anglais, français et espagnol, largement distribué et décliné sur les réseaux sociaux.
Les retours sont très positifs, et il est devenu un rendez vous annuel, qui permet de faire connaître et comprendre l'action de la FIDH à un large public.
Le congrès a été également l'occasion de réaliser une quinzaine d'interviews vidéos de présidents des organisations membres, présentant à la fois
des résultats et victoires obtenus conjointement avec la FIDH, mais aussi l'importance pour ces organisations d'être membre du Mouvement FIDH.
Ces interviews seront présentées sur le site de la FIDH, sur You tube et les réseaux sociaux.

- Rendre plus visible et lisible l'identité de la FIDH, Sur la base du Schéma directeur de communication (2011), l'utilisation de l'acronyme (FIDH) a été progressivement installée en interne (SI et BI). Elle
notamment par une réflexion sur son nom et sa est encore difficile à imposer en externe, en dépit des efforts déployés pour l'expliquer notamment aux journalistes.
signature
La signature Mouvement mondial des droits humains, adoptée fin 2013, a commencé à être utilisée sur des documents de communication, pour
asseoir l'image du Mouvement. Elle sera utilisée en particulier en 2014 avec la Campagne sur les défenseurs des droits de l'Homme #ForFreedom.
Enfin, le congrès a été un moment privilégié pour insister auprès des organisations membres sur leur rôle essentiel quant à la visibilité de la FIDH, et
la valorisation de leur appartenance au mouvement. Le logo de la FIDH est présent sur une trentaine de sites internet des ligues, et le logo « Membre
de la FIDH »sur une quinzaine de sites. L'interaction avec les services communication des organisations membres devrait contribuer à augmenter ce
résultat en 2014.

B. Renforcer la communication auprès des médias

Exemples d'actions de mobilisation et d'opérations en interaction avec les organisations membres :
- Une quinzaine de messages ont été envoyés pendant l'année aux 178 membres, auxquels les organisations réagissent de façon assez inégale en
lien avec leur proximité avec le pays ou la thématique ciblée. Le message ayant le plus mobilisé les ligues est une lettre ouverte aux autorités turques,
après les événements de Gezi, intervenus quelques jours après le congrès de la FIDH à Istanbul, co-signée par une trentaine d'organisations membres
- Soutien aux blogueurs vietnamiens : en février, la FIDH a lancé avec VCHR, organisation membre vietnamienne, une campagne de soutien aux
blogueurs vietnamiens, qui a permis de sensibiliser et mobiliser, avec la création d'un thunderclap et une campagne twitter et mail, près de 500 000
personnes sur la situation méconnue des blogueurs emprisonnés au Vietnam
- Lutter pour les droits humains : une exposition de 25 photos de défenseurs des droits humains organisée en partenariat avec l'organisation membre
de la FIDH en Indonésie, KontraS, a été présentée à Jakarta en septembre, pour rendre hommage à l'activisme quotidien de ces citoyens engagés.
La mobilisation a été importante même s'il faut regretter l'absence de représentants gouvernementaux. L'exposition a atteint son objectif de présenter
la dimension internationale de l'action des défenseurs.

- Développer des outils facilement appropriables par Poursuite et finalisation des outils
les ligues sur la FIDH et ses activités
- Diffusion lors du congrès du vademecum présentant les différents moyens et outils à la disposition des membres pour valoriser leur appartenance
à la FIDH, et donner ainsi plus de visibilité au Mouvement
- Identification et animation d'un réseau de services communication des organisations membres

- Valoriser les résultats et les impacts des actions de
la FIDH

OJBECTIFS ET SOUS OBJECTIFS

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 75

En 2013, la FIDH a été citée dans les médias plus de 20 000 fois, soit une augmentation de 72% par rapport à 2012. 611 communiqués de presse
ont été envoyés à la presse contre 571 en 2012.
La stratégie presse a été cette année guidée par la volonté d’accroître les retombées de la FIDH dans les médias anglophones et arabophones. Les
contacts pris avec ces médias ont donc été systématiquement multipliés et une mission a été organisée à Toronto, au Canada anglophone (rencontres
avec le Canadian Broad Casting, Globe and Mail, Toronto Star, etc). En 2012, la FIDH était respectivement citée dans les médias anglophones et
arabophones 4008 et 438 fois. En 2013, ces chiffres étaient de 6242 et 1414, soit une augmentation de 56% et 222%.
En 2014, la FIDH aura pour ambition d’accroître ses relations avec les médias dans les Amériques. Un consultant en charge de la communication,
basé à Lima, sera recruté afin de répondre à ce défi.
Le service presse s'est également davantage appuyé, cette année, sur les ligues membres de la FIDH et les bureaux déconcentrés pour promouvoir
certaines activités. La sortie médiatique du rapport intitulé "Blogueurs et cyberdissidents derrière les barreaux : mainmise de l’État sur Internet au
Vietnam", réalisé conjointement avec la ligue vietnamienne de la FIDH, le Vietnam Committee on Human Rights (VCHR), a ainsi fait l'objet d'une
étroite collaboration entre la FIDH et le VCHR. Les résultats ont été excellents et des articles ont été notamment publiés dans Le Monde (France), Los
Angeles Times (USA), The Guardian (UK)
Les bureaux déconcentrés ont également été sollicités dans l'organisation d'événements médias. Le bureau du Caire a, par exemple, en collaboration
avec Paris, organisé la conférence de presse de sortie du rapport annuel de l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme.
L'implication des bureaux régionnaux dans les activités presse devra être encore encouragée tenant compte de leur effet démultiplicateur
Plus généralement, afin de répondre au mieux aux attentes des journalistes, autant sur la forme de nos communications que dans leur inscription
dans le temps médiatique, des formations ont été dispensées à la quasi-totalité du staff au sein de rédactions de médias internationaux basés en
France (France 24, TV5 Monde et Libération).
En augmentant et professionnalisant la réalisation des interviews vidéos, la réalisation ou l'exploitation de photos, en réalisant le rapport annuel BD
ou une infographie sur la FIDH, la FIDH s'est dotée d'outils qui ont notamment été exploités sur le site et les réseaux sociaux, et ont contribué par
exemple à passer de 13 435 fans sur Facebook à fin 2012 à 18 188 fin 2013.
Des opérations spéciales ont été menées sur les réseaux sociaux, comme par exemple la campagne twitter et Tumblr lancée en février pour la libération
de Nabeel Rajab.
Parallèlement, un plan d'action, incluant le recrutement d'un Chargé de communication numérique, a été élaboré, dont le principal objectif sera pour
2014 d'augmenter et animer les communautés sur les réseaux sociaux.

La stratégie éditoriale a été renforcée à plusieurs niveaux :
Privilégier la subsidiarité : afin de mieux refléter le Mouvement les flux RSS des ligues sont systématiquement relayés lorsqu'ils existent, et les positions
ou actions des ligues sur des sujets importants ou d'actualité sont publiés sur le site de la FIDH.
Adapter le multiliguisme : le multilinguisme a été systématisé pour les publications à la Une (Carrousel), qui concerne par définition des sujets d'actualité.
Ainsi 683 ont été mis en lignes en anglais, 491 en français, 198 en espagnol, 82 en arabe, 75 en russe, et 53 en farsi, et une section turque a été créée
à l'occasion du congrès à Istambul.
Optimiser l'iconographie : l'utilisation de photos, vidéos, et outils web a été renforcée pour illustrer les articles du site.
Dans l'ensemble la fréquentation du site est en augmentation dans toutes les langues : le nombre de visites a ainsi augmenté (2013 vs 2012) de
163.08% en farsi, de 37.84% en anglais, de 22.53% en arabe, 42.57% en russe, de 24.69% en espagnol et de 14.34% en français. Le nombre
de pages par session et la durée des visites sont en baisse (-9.53% et -6.18%), mais ceci s'explique par les liens, vidéos, qui incitent souvent les
utilisateurs à quitter le site pour suivre ces liens.

- Développer la présence dans les médias notamment
anglophones et arabophones

- Optimiser la présence web sur les réseaux sociaux,
en adoptant des outils spécifiques : web applications,
blogs, site, wiki, et en formant le staff concerné à
l'utilisation de ces outils

- Professionnaliser le site internet, en renforçant la
stratégie éditoriale et en adaptant la stratégie sur le
multilinguisme

OJBECTIFS ET SOUS OBJECTIFS

76 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

Twitter est devenu un lieu d'influence essentiel. En 2013, la stratégie sur twitter a porté principalement sur la sensibilisation du staff à l'utilisation de
Twitter afin notamment de privilégier les informations émanant du terrain, les réactions ou analyses, d'être plus connecté à l'actualité, et d'interagir
d'avantage avec les organisations membres. Cette méthode a permis d'enrichir le contenu des comptes institutionnels et de doubler le nombre de
followers.
Là aussi, le recrutement d'un Chargé de communication numérique en 2014 permettra d'affiner la stratégie, notamment en terme d'interaction avec
les followers et les utilisateurs, et de création et animation des comptes des bureaux.

Toutes les vidéos ont été publiées sur You tube et relayées sur les réseaux sociaux mais l'exploitation sur les réseaux sociaux, ici encore, devra être
optimisée et professionnalisée en 2014, en réalisant des posts plus interactifs aux réseaux sociaux, plus interactifs, avec des propositions d'actions
pour les internautes comme ce sera le cas avec les vidéos réalisées sur le Belarus à l'occasion du Championnat du monde de Hockey sur glace.

- Renforcer nos moyens humains pour interagir avec
ces donateurs

B. Renforcer la recherche de fonds visant
prioritairement les grands donateurs privés et
institutionnels, et internationaliser cette recherche
de fonds.
Le bureau recherche de fonds a été renforcé grâce au recrutement en 2012 d'une chargée de la recherche de fonds dont le contrat a été prolongé
pour une durée indéterminée en 2013.

- Réformer le système des cotisations proportionnelles Ce sujet a été discuté lors du dernier congrès de la FIDH, lors duquel a été adopté la proposition du Bureau international visant à reformuler les
aux capacités des ligues
objectifs de la cotisation des organisations membres et son apport pour la FIDH en précisant « que la cotisation contribue au fonctionnement et au
développement de la FIDH ». Une nouvelle méthode de suivi et de sensibilisation des membres a été mise en place dans la perspective d'une évolution
du système de recouvrement.

- Soutenir le développement de programmes bilatéraux Basé sur l'expérience des programmes bilatéraux conduits notamment sur la Guinée et le Bélarus, de nouveaux programmes ont été initiés concernant
avec les ligues
la Libye et la Syrie avec nos organisations membres et partenaires.
Outre leur pertinence pour les acteurs locaux, ces programmes ont permis à la FIDH de construire de nouveaux partenariats avec des bailleurs de
fonds clés.

A. Renforcer l'interaction avec les ligues :

IV. Développer les ressources financières

- Optimiser la diffusion de cette production, sur le web
et les réseaux sociaux et au travers de partenariats
avec des médias ciblés

-
C ontinuer de professionnaliser la production Vingt cinq témoignages ou interviews de défenseurs ou experts ont été réalisés en vidéos en 2013.
audiovisuelle de la FIDH
Deux films longs ont été produits par ailleurs, le premier sur les prisons en Haïti, a été diffusé sur la chaîne franco allemande Arte, et le second sur la
lutte contre l'impunité et le soutien aux victimes guinéennes, finalisé fin 2013, a été diffusé sur une chaîne sénégalaise et fera l'objet d'une exploitation
en Guinée en 2014, à des fins de playdoyer et de sensibilisation de l'opinion publique.

C. Développer et optimiser la production
audiovisuelle

- Renforcer la communication sur Twitter dans les
différentes langues de travail de la FIDH et de ses
ligues

OJBECTIFS ET SOUS OBJECTIFS

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 77

La mobilisation de la FIDH ces dernières années pour consolider ses ressources et diversifier ses sources de financement a porté ses fruits en 2013.
Pour la première fois le budget de la FIDH a atteint près de 7 millions d'euros. Les ressources s'élèvent à 6 766 970 euros soit une augmentation de
14,5 % par rapport à 2012.
La FIDH a réussi à développer des partenariats avec de nouveaux bailleurs et notamment le ministère des Affaires étrangères allemand (BMZ), le
ministère danois des Affaires étrangères et le Arab Group for Developpement and National Empoverment. En 2013, la FIDH fait partie des 7 organisations
internationales des droits humains choisies par la Fondation FORD pour leur capacité à renforcer et diversifier le mouvement global en faveur des
droits de l'Homme afin de lutter contre les violations touchant à la dignité et à l'intégrité physique des personnes les plus vulnérables : "la FIDH est
aujourd'hui reconnue comme l'une des organisations les plus dynamique et innovante".
Les 10 principaux bailleurs de fonds de la FIDH contribuent à 77% des ressources de la FIDH. Les fonds non affectés représentent 40 % du total
des fonds reçus.

D. Approfondir la réflexion sur la FIDH en tant que
prestataire de service ou autre sources nouvelles
et innovantes de financement

En 2013, le rendement de la SICAV éthique créée par la FIDH, Libertés et solidarité, a augmenté. En 2014, la FIDH travaillera à développer cet outil à
la fois militant et une source de financement importante.

- L'organisation d'une réunion annuelle des donateurs Dans le cadre du congrès de la FIDH, a été organisé une réunion des donateurs avec 10 partenaires financiers clés, des membres du Bureau international
sera expérimentée sur la base du nouveau plan et du secrétariat de la FIDH. Cette réunion a constitué une opportunité unique de discussion sur les orientations et les modalités d'interaction de la
stratégique pluriannuel
FIDH avec ses organisations membres et partenaires. Les retours des participants ont été très positifs et il est prévu d'organiser à moyen terme un
autre événement de ce type.

- Développer et pérenniser des partenariats avec des
bailleurs intéressés d'instaurer ou d'approfondir une
relation durable et qualitative avec la FIDH (soutien
pluriannuel, financement opérationnel, ou en lien
avec le développement institutionnel de la FIDH)

C. Renforcer les partenariats avec certains
bailleurs stratégiques

- Développer des outils de communication valorisant A cet effet, la FIDH a continué de développer des outils de communication attractifs pour présenter les impacts de la FIDH, tels les Newsletters
les résultats de la FIDH afin d'informer et fidéliser les Eclaircies, le Rapport annuel BD ou de nombreuses vidéos. En outre, tous les outils réalisés dans le cadre de la stratégie visant les réseaux sociaux
donateurs et convaincre des prospects
sont exploités à l'intention des donateurs.

-
D évelopper des événements spécifiques afin En 2013, la FIDH a concentré ses efforts sur l'organisation du dîner annuel, qui a réuni à la Mairie de Paris près de 300 personnes. Le suivi des
d’identifier, prendre contact avec des grands participants est assuré avec le soutien du président du Comité de soutien.
donateurs

OJBECTIFS ET SOUS OBJECTIFS

Rapport financier 2013
dépenses

En euro

10,3%

11,3%

3,1%
0,7%
4,1%

5,3%
5,6%

10,3 % Protéger les défenseurs des droits de l’Homme

667 848

3,1 % Promouvoir le respect des droits des femmes

197 776

0,7 % Promouvoir les droits des personnes migrantes, déplacées et réfugiées 44 963
4,1 % Promouvoir une justice effective et respectueuse des droits humains 264 737

3,1%

3,1 % Renforcer le respect des droits de l’Homme dans le cadre

de la mondialisation

201 803

30,4 % Soutenir le respect des droits de l’Homme et de l’Etat de droit

en période de conflits, situations d’urgence ou de transition politique 1 966 456

26,1 % Renforcer le réseau FIDH
30,4%

26,1%

RECETTES
6,0%

1 690 998

5,6 % Renforcer la mobilisation externe

363 192

5,3 % Coûts logistiques pour la mise en place des actions

344 526

11,3 % Recherche de fonds et coûts administratifs (y inclus provisions : 1,6 %) 725 171
0,3%

Total dépenses* : 6 467 470

3,3% 

En euro 

3,3 % Cotisations et dons

60,7%
29,7%

221 661

60,7 % Subventions et dons affectés

4 104 875

29,7 % Subventions et dons non affectés

2 011 248

6,0 % Autres produits
0,3 % Produits financiers et exceptionnels

410 394
18 792
Total recettes* : 6 766 970

* hors fonds dédiés

En euro

RAPPORT FINANCIER 2012
DÉPENSES 4,2%
2,3%
0,7%

17,0%

222 760

2,3 % Promouvoir le respect des droits des femmes

122 810

0,7 % Promouvoir les droits des personnes migrantes, déplacées et réfugiées 35 756
11,8 % Promouvoir l’administration de la justice et lutter contre l’impunité 634 619

11,8%
2,3%

4,2 % Protéger les défenseurs des droits de l’Homme

6,1 % Renforcer le respect des droits de l’Homme dans le cadre

de la mondialisation

329 367

9,7 % Renforcer les instruments et mécanismes internationaux
6,1%

7,0%

et régionaux de protection

522657

17,7 % Soutenir le respect des droits de l’Homme et de l’Etat de droit

9,7%

21,2%

21,2 % Renforcer le réseau FIDH

17,7%

RECETTES
7,8%

en période de conflits, situations d’urgence ou de transition politique

1 135 022

7,0 % Renforcer la mobilisation externe

376 883

2,3 % Coûts logistiques pour la mise en place des actions

123 515

17,0 % Recherche de fonds et coûts administratifs (y inclus provisions : 5,6 %) 910 847

0,6%

948 029

Total dépenses* : 5 362 265

4,8%

En euro 

4,8 % Cotisations et dons

52,9%
33,9%

264 421

52,9 % Subventions et dons affectés

2 901 101

33,9 % Subventions et dons non affectés

1 855 918

7,8 % Autres produits
0,6 % Produits financiers et exceptionnels

429 560
29 310
Total recettes* : 5 480 310

NB : Les comptes annuels audités de la FIDH sont diponibles et peuvent être consultés sur le site internet de la FIDH : www.fidh.org
78 — F I D H R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3

Ils nous soutiennent
La FIDH remercie les institutions, fondations et entreprises qui soutiennent ses actions, en particulier :

Institutions internationales et
nationales

Fondations, associations et
autres institutions

Agence suédoise internationale de coopération au développement (SIDA), Commission européenne, Fonds de contributions
volontaires des Nations unies pour les
victimes de la torture, Ministère des Affaires étrangères de Finlande, Ministère
des Affaires étrangères de France, Irish
Aid, Ministère des Affaires étrangères de
Norvège, Ministère des Affaires étrangères
du Danemark, Ministère des Affaires
étrangères des Pays-Bas, Ministère allemand du Développement et de la Coopération économique, Organisation internationale de la Francophonie, UNESCO, Conseil
national des droits de l'Homme du Maroc.

Arab Group for Development and National Empowerment, Bread for the World,
Ford Foundation, Fondation de France,
Humanity United, Infans, Mairie de Paris,
Oak Foundation, Open Society Foundations, Sigrid Rausing Trust, The John D.
and Catherine T. MacArthur Foundation,
Fondation Un monde par tous, Humanity
United, Friedrich Ebert Foundation.

Entreprises
BCRH & Associés, Caisse des dépôts
et consignations, Carrefour solidarités, Curiouser, Dailymotion, Domplus,
Fondation Orange, France Médias
Monde, France télévisions, Europe 1,
Gandi, Google France, Havas, Kyodo,
La Banque postale, LBPAM, La Poste,
Le Guide du Routard, Ligne de Front,
Limite, Macif, Publicis, Ricol Lasteyrie,
SNCF, TV5 Monde, Unibail Rodamco,
Vivendi, Voyageurs du Monde.

La FIDH remercie également le Comité de soutien et son Président Denis Olivennes ainsi que les particuliers, les organisations
non-gouvernementales nationales et internationales et les organisations intergouvernementales qui se sont mobilisés à ses côtés.
Enfin la FIDH adresse toute sa gratitude aux membres de son groupe d'action judiciaire (le GAJ), aux chargés de mission et aux
200 traducteurs et interprètes, des professionnels bénévoles qui soutiennent régulièrement son action.

F I DH R A P P O R T A N N U E L 2 0 1 3 — 79

La FIDH

fédère 178 organisations de

défense des droits humains
réparties sur les
5 continents

FIDH - Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme
17, passage de la Main-d’Or - 75011 Paris - France
CCP Paris: 76 76 Z
Tel: (33-1) 43 55 25 18 / Fax: (33-1) 43 55 18 80
www.fidh.org

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