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INTERFÉRENCES ARTISTIQUES DACO-CELTIQUES DANS L'ESPACE INTRACARPATIQUE?

Valeriu SÂRBU, Gelu FLOREA

L'art celtique de Transylvanie est, généralement, un art décoratif en étroite relation avec les objets utilitaires. De tout ce que nous connaissons jusqu' à présent, n'existe aucune preuve concernant les éléments d'architecture monumentale, et sculpture est très peu représentée, (la tête de la sculpture en pierre découverte à _rundu BârgâuluP) (fig. 2/2). Les pièces significatives, de la perspective de l'art, <Je ce genre sont bien connues et il est inutile d'y insister. Elles se suçcÇdent à uavers les siècles pendant lesquels les Celtes ont effectivement ~'tationné èn Transylvanie: La Tène B etC. Dans toutes les syntheses notablefd'histoire de 'art pré et protohistorique on a mentionné quelques pieces deventtes célèbres - mme par exemple le casque trouvé dans la tombe d ' un chef a Ciume~tF (fig. 11 :: . Celui-ci a attiré l'attention des specialistes surtout parce qu'il est unique - V. S. Megaw le considere un repère pour les sources antiques et l'iconographie 1 attestent des casques timbrés des figurines tridimensionnelles (voir la plaque érieure E de la chaudron de Gundestrup 3 ). La figurine en fondue de Luncani 4 '"épartement de Cluj) est considérée une sorte d'emblème soit portée sur le casque, 1t comme "signum" dans le combat (1/1, 2/1). Malheureusement on ignore le ntèxte de la découverte de cette pièce. Le sanglier en bronze de la Transylvanie, unprécisément daté, s'inscrit dans une longue série de telles statuettes qu'on a ouvé presque dans toutes les régions habitées par les Celtes: de Malaja Began ~craine -ne siecles av. J. Ch.) et Mezek (Bulgarie -rrresiecle av. J. Ch. ), jusqu' à dies de Hongrie (Bata), Republique Tchèque (Prague, Sarka on Tabor), Autriche

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V. Vasiliev, dans ActaMNVI, 1970, p 451-457; Darulii 1974, p 68, n . 16; pourles analogies v. S. son, Ce/tic and Other Stone Heads, Yorkshire, 1973, no.15, 17-18 et surtout 19-21 pièces, il est sans contèxte archéologique, mais similaires a l'exemplaire mentionné, y compris "l' excavation" la tête sous forme de récipient. : Rusu, Bandula 1970, p 14-29. 1 J.V.S. Megaw, Art of the European Iron Age, Bath, 1970, p 133, no. 211; Ruth et V. Megaw,

ûltic Art from its Beginnings

to the Book ofKelts, 1990, p 126, 174.

'Hunyadi 1942, p 106; Rusu, Bandula, 1970, p 18, n 13 avec bibliographie.

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(Salzburg) on de l'Europe Occidentale (Jeuvres- France, Hounslow- Ang etc). Ces analogies, et beaucoup d'autres, s'échelonnent surtout pendant siecles av. J.Ch.). Bien qu'on puisse saisir certaines différences stylistl:qw~~­ ""'---

tous ces exemplaires, il

et spirituel unitaire, propre aux Celtes. L'image du sanglier, tout comme cheval (de la jument) sont fréquentes dans la mythologie et l'iconographte-- population. La découverte du vase aux anses antropomorphes de Blandiana 6 (d d'Alba) intègre l' espace transylvain dans l'aire plus large dont le spécifi type de "pseudokantharoi'. Les figures qui se trouvent sur le pot de Blan quelques traits qu'on doit mettre en évidence: a) les têtes sont doubles ("type b) l'expressivité des visages, chacun suggérant autre chose, c) sur une anse

est évident qu'ils appartiennent à un phénomène

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buste de femme, sur l' autre un buste d'homme, d) des détails quant aux hab·-··--~ parures (fig. 3). Les anses de ces récipients ont été décorées soit avec • d'animaux (Kosd, Batorliget-Hongrie), soit anthropomorphes (Kosd, Rozvagy-Hongrie) pour n'en citer que quelques exemples. Datant du neSI Ch., ils sont le résultat des interférences de l'art des Celtes venus dans ~ carpatique, fertilisées par les traditions des plus anciennes de certaines UJ., étrusques avec des éléments des populations indigènes, tout comme le dit M. À ces objets, appartenant à l'art figuratif celtique, on en ajoute d'autres, plus ordinaires, comme les chaînes de ceinture décorées ou d' autr d'é,quipement et de parure (voir par exemple le fibule de Pruni~- du type travaillée en filigrane spécifique à la deuxième étape du style plastique - - • GJ). Comme plusieurs études l'ont fait voir, il a des analogies tout spéc:-~ dans la Céltique orientale 8 . D'ailleurs les parures celtes ont influencé 1' orferverie dace -tout comme le A. Rustoiu dans son livre de date récente - "les fibules à noeuds d'arg utilisées dans leur grande majorité en Cri~ana et Transylvanie, c'est-à-dire zones d' influènce de la civilisation celtique ancienne" 9

A 1' époque du royaume ont pénétré en Dacie

des pieces celtique dont

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étaient des objets utilitaires et d'autres ayant des destinations spéciales. Il paraît que les deux chenets fragmentaires trouvés à Tili~ca, aux ex modelées en forme de têtes de taureaux soient des pieces celtiques d 'imJA-.~"'-~

5 L Celti (sous la rédaction S. Moscatti), Milano 1991, cat. 566, 569, 570, 572, 574, 576 - J.V.S. Megaw, op.cit, p 139, no. 224, p 143-144, no. 238, sqq.

6 A/dea, Ciugudean 1985, p 35-43. 7 Pour ces vases voir SZ11b0 1971, p 61; Idem, dans ActaArchaeologica Academiae S~a·r.z::::;lllt

Hungaricae XXIV, 1972, fascicle 4, p 385-393; Idem, dans le volume; 1 Celti (sous la"·-- Moscatti), Milano, 1991, p 319.

' Creyan et a/ia1995, p 28-44.

9 Rustoiu 1997a, p 32.

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A Ocnita il y à aussi un objet paraeiJ1°. Chenets métalliques de ce type (en diverses

variantes) se trouvent en Europe pendant le La Tène tardif, depuis la Bretagne jusqu' en Slovaquie. Surtout en Angleterre, mais de même au nord-ouest de la France, de tels objets, décorés avec des protomés de bovidés sont présents dans les inventaires funéraires du nesiècle av. J.Ch. et peuvent avoir également des

significations rituels 11 Toujours aux échanges commerciaux on peut attribuer les deux masques métalliques anthropomorphes-celui de Piatra Ro~ie 12 (fig. 4/ 1) et celui d'Ocnita 13 (fig. 4/2). Le premier a été identifié a déesse Bendis (?), bien qu ' on ne possède aucune preuve la-dessus; en outre, selon les affirmations de plusieurs spécialistes, la pièce semble être d' origine celtique (gallo-romaine), arrivée dans les montagnes de

la Dacie grâce au commerce ou comme proie de guerre. Certes, on pourrait poser

encore le problème d 'une possible "interpretatio Dacica" par rapport à une image qui, à 1' origine, a été une représentation étrangere à la spiritualité locale, mais cette fois-ci encore on se trouve sur le terrain incertain des spéculations. Si pour le masque

en bronze d'Ocnita, bien conu aussi, il y a des similitudes avec les pièces occidentales,

pour celui de Piatra Ro~ie il est difficile d'établir une analogie. Cette situation rend

évidemment difficile la possibilité d'attribuer et de dater la pièce.•tees· détails· iconographiques - le geste des deux mains l~vées,la figure hiératique plilident pour une représentation sacrée (similaire, par exemple, à la manière dont certaines divinités sont représentées sur le chaudron trouvé a Gundestrup). Pour ce qui est le masque d'Ocni{a (fig. 4/2) on observe une atténuation du géométrisme du visage et voire même une teinte "classique" dans le style de la représentation (la coiffure, les proportion entre les éléments du visage) ce qui la rend plus proche de certaines pièces gallo-romaines. La céramique peinte d'origine celte de la Dacie à l'époque du royaume est relativement nombreuse dans quelques centres sur la bande ouest du territoire sus- mentionné. On doit faire remarquer en premier lieu les fortresses de Simleu Silvaniei et, au sud-ouest, Divici-Grad. La perméabilité du milieu dace aux influènces venues du monde celtique dans le domaine de la céramique peinte a été pourtant mineure, dans ces zones et dans d'autres, ou l'on a encore trouvé des fragments peints de ce

genre (Sighi~oara - Wietenberg,

des traces significatives dans l'art de la peinture sur la céramique du milieu local. On ne retrouve pas dans le materiel dace le style de la peinture des vases celtes. On peut d'autant moins remarquer les échos du style celtique figuratif dans la céramique peinte dace (fig. 5-6). On a remarqué sur des fragments de pots les traces d'une

Ocnita, etc.), car elles ne semblent pas avoir laissé

10 Lupu 1989, p 73, pl. 19; respectivement Berciu 1981, p 42-47.

11 J.V.S. Megaw, op.ciL, p 163; Ruth et V. Megaw, op.ciJ., p 60 avec leur bibliographie.

12 Daicoviciu 1954, p 117-119.

13 Berciu 1981, p 100-101.

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décoration au pochoir mais il s'agit des ornements géométriques, et en ~ importations (d'apres leur facture) 14 Dans l'artdace tardif: excepté quelques pièces d'orfèrvrerie, qui sont à la entre l'utilitaire et l'artistique, on ne peut pas remarquer des influences c~ majeures. D'une manière sporadique, sur le territoire dace apparaissent des qui prouvent un dialogue entre les deux civilisation - céramique au graphite pâte, armement, etc., mais ils n'appartiennent pas au domaine artistique. En g à l'époque du La Tène B-C, les groupes celtiques de la Transylvanie se trou\i la périphérie de 1'espace culturel de 1'Europe centrale et occidentale, et à 1'épo.; La Tène tardifle profil de la civilisation dace se manifeste vigoureusement, les hellénistiques et romains atténuant les influènces celtiques tardives. On peut saisir ces influences hellénistiques aussi bien dans l'arhitecture que dans 1'art figuratif. Le style décoratifde la céramique peinte, voire même c pièces métalliques, s'approchent plus de la sensibilité et des canons de 1'art hell.-·~,-­ et oriental que des arts occidentaux, "barbares". La richesse des détails, l'im''"'"'.r=--- de "horror vacui" qui caractérisent certaines pièces de ce genre (la céramique des Montagnes d'Orâ~tie, la plaquette de Sâl~tea-Cioara, les plaquettes de rattachent a un goût barbare de type oriental, infiltré par certaines éléments stytT méditerranéens (représentations anthropomorphes frontales -mais sans p proportions, la richesse des détails ornementaux secondaires -astragales, s-~~ guirlandes barbarisées, etc.) 15 Les traditions orientales de l'art princier précoct:

rre siècle av. J.Ch.), le dialogue avec le monde hellénistique ou barbare orier même, que la dislocation des Celtes de la Transylvanie, probablement à la fin Tè~~ç ont fait que l'espace culturel et la sensibilité artistique locale à l'é·nnorr-•""' rç)yalrme soient peu perméables aux influences celtiques. Szab6 Mikl6s remarquait l'orientation de la Celtique orientale partir siècle av. J.Ch.) vers la "fusion entre les éléments du type La Tène et les trad- limitrophes ou autochtones" 16 Le savant hongrois identifiait cette aire à une d'interférences artistiques et culturelles, ou les influences venant de l'espace eur occidental se font sentir dans l'art celtique (sans que cela signifie absolum influènce thraco-géto-dace). C'est à ce même phénomène qu'on peut attrib · genèse du chaudron trouvé à Gundestrup ou l'apparition surprenante de c vases peints ayant des éléments figuratifs qui datent du rer- début du ne siècle J.Ch. trouvés sur le territoire de la Hongrie actuelle. Les thèmes et le style peinture renvoient au fond culturel balcanique, car ces éléments communs ont peu de traits avec le répertoire ornemental celtique de l'Europe centrale et occ1d (les découvertes faites à Aquincum, Tokod, Nagyvenim fig. 7) 17

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14 Florea 1998, p 54-59 et d'autres pièces encore inédites.

u Sîrbu, Florea 1997, p 35-36; Florea 1998, p 239 sqq. 16 SZilbO 1971, p 58.

17 Florea 1998, p 51- 52 -avec la bibliographie

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Certainement toutes ces considérations, trop générales, peut-être, peuvent avoir 'e caractère de thèses, mais une analyse des influènces celtiques dans l'art figuratif

_ Daces pendant les rersiècle av. J.Ch. -rer siècle apres J.Ch. mène à la conclusion e l'on peut repérer de pareilles connexions. Les pièces que l'on peut rapporter à atomsphère artistique du La Tène tardif de L'Europe Centrale sont isolées probablement intrusives) et elles n'ont pas produit d'échos majeurs dans la sensibilité ale. Encore une fois, ces considérations ne se réfèrent pas aux pièces d'orfèvrerie ~ costume qui appartiennent au style figuratif, mais plutôt à des survivances de :époque ou, au centre-ouest de la Dacie, il s'est produit le contact entre les deux -tvilisations - la civilisation celtique étant à l'apogée et la civilisation dace

entraînée sur le chemin ascendant vers l'étape classique de son

:1tracarpatique

développement. La distinction entre l'art figuratif et l'ornementation banale des objets d'usage 'fUOtidien est importante, parce que l'art figuratif illustre (sur les pièces d'usage pécial, aux fonctions idéologiques et spirituelles) ce qui implique l'accés à un pallier des mentalités constituant l'essence d'une civilisation. Tandis que l'ornementation ~a le porte uniquement l 'a mpreinte conjonctuelle de la mode. Les thèmes, les motifs e: le style de l'art figuratiflocal demeurent dans le cadre des canons de type or.ié1lta1, nénués par les traditions locales et les influences hellénistiques et romaine,s~étant .'expresion d'une idéologie et mythologie de souche indigene, aux tradition~ dans .'art aristocratique des IVe- rue siècles av. J.Ch. Dans 1'état actuel de la recherche on peut affirmer que les influences celtiques sur .'unaginaire et l'art figuratif géto-dace ont été insignifiantes, cette conclusion a une

explication historique:

a) Au moment ou les Celtes pénétrent dans le bassin carpatique- milieu du rve

-tècle av. J.Ch., l'art princier thraco-géte de l'espace extracarpatique était pleinement

U>nstitué , il se trouvait même au début de son apogée.

b) On ignore l'existence des pièces celtique d'art figuratif dans l'espace extraca rpatique pendant les rve - me siècles av. J.Ch . Selon nous, les plaques du -gorythos" trouvé à Bubuieci (La République Moldave) 18 , que nous avons daté

deuxième mo itié

du rve siècle- première moitié du nresiècle av. J.Ch, ne reflètent

pas d'influences celtiques significatives, car les têtes humaines n'ont pas l'aspect des "têtes coupées" celtiques, et la composition entière (la manière de rendre le cerf et les espèces caprines) n'est pas typique pour leur art précoce. Le "gorythos" en soi

n'est

pas spécifique aux Celtes 19

c)

Pour les IVe- lUC siecles av. J.Ch. nous ne connaissons pas l'existence des

pteces d'art figuratif autochtone dans l'espace intracarpatique pour pouvoir évaluer es possibles interférences artistiques.

11 V Cernenko, Skifski dospeh , Kiev, 1968, p 89, fig. 47. 1 9 Sîrbu, Florea 1997, p 77.

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d) Pendant la deuxieme moitie du ne siècle - première moitié du rer sièc le

c'est-à-dire au début de l'affirmation de l'art dace intracarpatique, les C l'espace intracarpatique, qui se trouvaient depuis longtemps à la périphérie La Tène, ne représentaient plus eux-mêmes une force de création, comp:= celle de l'époque de gloire de l'art celtique. La preuve en est la rare prés

pièces figuratives significatives celtiques dans 1' espace intracarpatique

siècles av. J.Ch. Les pièces déja mentionnées ne représentent que des ex.-r-- appartenent, d'apres toutes les apparences, à un milieu celtique ayant une exp:nsc,.:

artistique pleinement affirmée. La présence de ces pièces dans le mili

"classique" s'explique probablement grâce au commerce ou comme proie de::

(probablement a la suite des campagnes de Burebista).

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Fig. 4 1 Ocnita; 2 Piatra Ro~ie; 3 Surcea.

Pièces en bronze ( 1-2) et en argent (3) à représentations anthropomorphes et zoomorphes.

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