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25ème Anniversaire de l’OMCT -

Organisation mondiale contre la torture

Genève - Palais Eynard


Le 23 juin 2010 – 18h30

Intervention de Madame Sandrine Salerno


Maire de Genève

« LA VILLE DE GENEVE DANS LA LUTTE POUR LES DROITS HUMAINS


ET L’ERADICATION DE LA TORTURE ET DES MAUVAIS TRAITEMENTS »

Monsieur le président,

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil exécutif et

Monsieur le Secrétaire général de l’OMCT,

Madame La Commissaire adjointe aux Droits de l’Homme de l’ONU,

Monsieur le Directeur de la Division du Conseil des droits de l’Homme et


des procédures spéciales du Haut Commissariat aux droits de l’Homme
des Nations Unies, Monsieur Bacre Waly Ndyae,

Monsieur l’ancien Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan,

Madame l’ancienne Conseillère fédérale, Ruth Dreifuss

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

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Soyez les bienvenu-e-s au Palais Eynard qui est, comme vous le savez, le

siège de notre Mairie ; merci d’être ici pour que Genève puisse rendre

l’hommage qu’elle mérite à l’Organisation mondiale contre la Torture !

Par cet hommage, nous vous adressons également notre gratitude. Ce que

vous avez bâti pour la défense des droits humains, Mesdames et

Messieurs, et plus spécifiquement pour la lutte contre la torture, contre les

exécutions sommaires, contre les disparitions forcées, et contre tout autre

traitement cruel, inhumain ou dégradant – il est important de nommer

précisément l’étendue de votre action - est unique par son ampleur et sa

solidité.

Au nom de la Mairie de Genève, je tiens donc à vous remercier

solennellement et à vous féliciter, et tout particulièrement vous, Monsieur le

Secrétaire général qui passez le témoin cette année, et qui avez été, durant

toute cette période, l’âme et le pilote de l’OMCT. A Genève bien sûr, mais

également partout dans le monde !

Ce que vous avez édifié depuis 25 ans est historiquement d’une très

grande importance. La modestie de votre organisation vous empêche peut-

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être d’en prendre toute la mesure. Et il faut sans doute se retourner

rapidement sur le passé pour en comprendre la portée !

Il y a vingt-cinq ans, le monde n’était pas encore sorti de la guerre froide ; il

en prenait à peine le chemin. La mondialisation n’existait pas. La société

civile transnationale non plus !

Il y a vingt-cinq ans, le monde était coupé en deux. L’affrontement entre les

deux super-puissances se réduisait, au Nord, aux combats d’idées et à la

course aux armements ; et la violence armée était réservée au Sud, où les

mouvements de libération anti-impérialistes affrontaient des dictatures

sanglantes.

Les droits humains étaient bafoués massivement presque partout et ils

n’avaient pourtant – paradoxalement - pas l’importance centrale qu’ils ont

aujourd’hui.

A l’époque, dans la justification politique comme dans l’action militaire, la fin

justifiait encore trop souvent les moyens. Et la torture était l’un d’entre eux,

tolérée par les médias et l’opinion publique. Les droits de l’Homme n’étaient

encore que trop peu compris comme des droits universels. Même si la

situaton a évolué, la problématique reste cependant entière.

Personne, il y a vingt-cinq ans, ne pouvait saisir que le monde était en train

de basculer, que quatre ans plus tard le Mur de Berlin tomberait, que

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l’année suivante scellerait la fin de l’URSS et qu’un peu plus de deux ans

après, du 14 au 25 juin 1993, se tiendrait la Conférence de Vienne sur les

Droits de l’Homme ; Conférence qui aura été un jalon déterminant dans

l’histoire mondiale des Droits humains.

En s’institutionnalisant à Genève, d’année en année, par le renforcement

notamment du Haut Commissariat, de la Commission, puis du Conseil des

Droits de l’Homme de l’ONU, la question des droits humains est devenue

partie prenante de la Gouvernance mondiale contemporaine. Ce n’est pas

peu, il faut en convenir ! Mais ce n’est pas suffisant, vous avez raison de

nous le rappeler !

Les personnes de ma génération, qui arrivent aujourd’hui aux commandes

des villes et des Etats, n’ont pas vécu directement et concrètement ces

transformations historiques. Leur connaissance est médiatisée par les livres

d’histoire et les théories universitaires. C’est un avantage et c’est un

inconvénient.

C’est un avantage si l’on considère que nous avons l’esprit vierge des

scories idéologiques du passé ; que nous n’avons ni de comptes à rendre,

ni de dettes à expurger. Nous n’avons pas la nostalgie des combats et des

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utopies d’hier. Nous regardons davantage vers l’avenir que vers le passé.

En ce sens, nous sommes plus libres que la génération précédente.

Mais cela peut être également un inconvénient, si nous en venons à

négliger le passé, à oublier les luttes acharnées qu’il a fallu mener pour que

les droits soient reconnus dans des textes, pour que des institutions soient

créées de toute pièce et pour que des mécanismes internationaux soient

instaurés pour les garantir.

Notre jeunesse pourrait enfin se transformer en handicap si nous croyions

acquis les droits reconnus aujourd’hui et que nous ne nous mobilisons pas

pour les sauvegarder et les approfondir !

Et c’est pour cela qu’il est très important que nous soyons réuni-e-s

ensemble ici ce soir ! Pour participer à ce bilan et pour dessiner des

perspectives. Pour faire un « point d’étape » et adopter une nouvelle

« feuille de route ».

Et c’est également aussi pour cela que nous vous rendons hommage

aujourd’hui : pour la justesse de votre analyse, il y a vingt ans ; pour la

détermination de votre engagement depuis lors ; et pour la lucidité que

vous démontrez actuellement à vouloir redynamiser votre action pour

l’abolition de la torture et tout autre traitement dégradant, en nous faisant

signer cette nouvelle charte.

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Il était temps d’agir en 1985… il est temps de réagir aujourd’hui…

Il fallait poser les bases d’un mouvement universel il y a 25 ans… il est

temps en 2010 de prendre acte de l’évolution du monde, des reculs que

connaît aujourd’hui la lutte contre la torture, notamment depuis le 11

septembre 2001 et la lutte contre le terrorisme, et de rebondir

stratégiquement pour poursuivre notre combat.

Je dis « notre combat », car Genève est depuis toujours à vos côtés et

compte bien y rester.

Genève est, et veut rester, la capitale mondiale des Droits de l’Homme.

En tant que Ville hôte des Nations Unies, la Ville de Genève continuera à

mettre – en collaboration avec la Confédération suisse et le Canton de

Genève – tous les moyens nécessaires pour offrir les meilleures conditions

cadres aux Organisations internationales, gouvernementales et non

gouvernementales, que celles-ci agissent directement ou indirectement

dans le champ des droits humains. C’est notre devoir et notre intérêt si

nous voulons contribuer de manière décisive à la cause des droits humains

et rester à la hauteur de notre réputation internationale.

Dans ce début de XXIème siècle, plus de la moitié de la population

mondiale vit dans les villes. Les Villes et les métropoles jouent, par

exemple, un rôle fondamental dans lutte contre le réchauffement climatique

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ou pour le droit des migrant-e-s ; les réseaux de villes permettent, sur le

plan international, des avancées plus pragmatiques que ce qu’autorisent

les relations diplomatiques entre Etats.

Parallèlement au travail institutionnel, nous nous donnons la mission de

renforcer la société civile transnationale. Depuis quelques années déjà, la

Ville de Genève a choisi l’option de faciliter le travail et la visibilité des

Organisations non gouvernementales qui représentent les victimes des

exactions contre les droits humains, les défenseuses et les défenseurs des

droits et les journalistes, reporters ou cinéastes qui, au péril de leur vie,

dénoncent les violations.

C’est dans cet esprit que nous avons récemment renforcé notre

collaboration avec la Fondation Martin Ennals, et que la Ville de Genève

co-organise désormais avec cette Fondation, la remise du Prix Martin

Ennals pour les défenseur-euse-s des droits de l’Homme.

C’est dans cet esprit encore que nous renforcerons notre collaboration avec

le Festival international de films pour les droits de l’Homme. Et je sais à

quel point l’OMTC a été impliquée dans la création et le soutien, tant du

Prix Martin Ennals que du Festival.

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Cette année – en tant que Maire - je mettrai une énergie toute particulière à

renforcer nos liens avec les organisations non gouvernementales les plus

importantes qui oeuvrent pour la défense des droits humains, afin de leur

faciliter l’accueil à Genève et de leur offrir un cadre agréable et

opérationnel, pour qu’elles exercent leur mission de contre-pouvoir dans les

meilleures conditions.

Car plus la société civile transnationale sera forte et organisée, plus les

Etats seront attentifs à respecter les textes qu’ils ont signés et plus les

citoyen-ne-s seront garanti-e-s dans leur droits. La bonne gouvernance

mondiale est à ce prix ! Les Etats ont le devoir de respecter le droit, mais il

faut toujours quelqu’un pour le leur rappeler, pour dénoncer les violations et

pour renforcer les cadres juridiques.

C’est ce que vous faites admirablement depuis 25 ans. Et de la manière la

plus complète !

Dans la foulée de la Convention contre la Torture de 1984 (entrée en

vigueur en 1987), vous avez contribué de manière décisive à l’émergence

de la société civile internationale, en créant l’OMCT tout d’abord, puis le

réseau SOS-Torture, dont vous assurez le secrétariat général à Genève, et

qui compte près de 300 organisations membres sur tous les continents.

Vous développez aujourd’hui ce réseau sur une base régionale, en Asie et

en Amérique latine, ce qui renforcera son action.

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Vous faites avancer votre cause aussi bien par la dénonciation que par le

lent travail institutionnel, dans les antichambres des diplomates, pour

renforcer le système normatif : les principes universels, les conventions

internationales et les mécanismes institutionnels qui permettent de les faire

respecter.

Vous agissez de manière pragmatique dans le domaine de l’assistance

médicale, sociale et juridique d’urgence et vous demandez parallèlement

que les responsables soient jugé-e-s et condamné-e-s et que les victimes

obtiennent réparation.

Bien sûr, les militantes et les militants de la lutte pour les droits humains

attendaient davantage du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU. Bien

sûr, nous continuons à être consterné-e-s par la mauvaise foi de trop

nombreux Etats et gouvernements. Bien sûr, l’examen périodique universel,

qui devait être la clé de voûte du nouveau système onusien, est une

déception.

Mais depuis vingt-cinq ans, n’oublions pas que nous avons opéré des

avancées importantes et décisives !

Et même si je suis tout à fait consciente des risques que représentent les

reculs actuels que connaît l’interdiction de la torture, je vous demande –

solennellement au nom de la Ville de Genève - de ne pas vous décourager

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et de poursuivre votre mission avec la même ardeur que celle que vous

avez déployée durant les 25 dernières années.

La Ville de Genève, je le répète, sera à vos côtés.

Je vous remercie.

Sandrine Salerno

Maire de Genève

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