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Ruff sur la célèbre sexuel.

Introduction On connaît la célèbre formule de Lacan : « Il n’y a pas de rapport sexuel ». En voici une formulation tardive, dénichée dans une intervention sur Aristote de 1978 :

Jacques Lacan : « S’il est vrai, comme je l’ai énoncé, qu’il n’y a pas de rapport sexuel, à savoir que dans

l’espèce humaine il n’y a pas d’universel féminin, qu’il n’y a pas de « toutes les femmes » In : Le rêve

d’Aristote. Conférence à l’Unesco. Colloque pour le 23e centenaire d’Aristote. Publication par Unesco Sycomore, 1978, pp. 23-24.

Claude Lizt pense qu’il existe un « rapport » des imaginaires et des plaisirs sexuels. C’est évidemment prendre un risque de s’opposer apparemment ainsi à, ou de nuancer, la proposition d’un Maître. Il faut donc d’abord chercher à comprendre… Pour nous y aider sur ce blog, nous citons quelques exégèses. Parmi les philosophes : Badiou bien sûr, qui a beaucoup écrit sur l’amour, et nous aurons Mehdi Belhadj Kacem dès qu’il aura bien voulu publier son : « Être et sexuation ». Parmi les psychanalystes, Gisèle Chaboudez, bien sûr, mais aussi, pour varier les points de vue : Choula Emerich, Jacques Ruff, Elisabeth Roudinesco…

Jacques Ruff, Psychanalyste, membre de l'Ecole de la Cause Freudienne, texte disponible sur la toile :

La psychanalyse c'est connu, souligne l'importance du sexuel. Elle voit même dans le refoulement de la sexualité la cause principale de tous nos troubles. Mais est ce qu'on comprend bien l'usage du terme de sexualité en psychanalyse? Réponse non. On a cru par exemple que le message freudien consistait à dire aux gens de se défouler sexuellement parce qu'ils étaient un peu coïncés de ce côté là, et qu'en se défoulant, tout irait bien. La sexualité, dans ce cas, trouverait son modéle dans notre expérience de la cocotte minutte: il faut soit une soupape pour diminuer la pression soit réduire le feu quand le sifflement du bouchon se fait entendre. Le titre de mon intervention ne va pas dans le sens d'un défoulement sexuel, ni dans le sens d'une répression du sexuel, mais de rendre compte de l'aspect problématique de la sexualité pour les humains. Ce titre est emprunté à une phrase de Lacan. Lacan est connu pour ses petits phrases surprenantes: la femme n'existe pas, l'amour c'est donner ce qu'on a pas, et, il n'y a pas de rapport sexuel. Cette formule résumerait d'après Lacan l'oeuvre de Freud. Freud ne l'a jamais dit comme ça mais Lacan estime qu'on peut déduire cette formule à partir de ce que Freud a dit de la sexualité. Il faut d'abord souligner que, ce que Freud dit de la sexualité, il le tient de ce qu'on lui a dit dans le contexte d'une psychanalyse. Freud n'observe pas la sexualité. Il invente par contre des termes pour rendre compte de ce que les gens lui rapportent de leur vie sexuelle. C'est pour cela que le terme de sexualité est, chez Freud, détaché d'une référence exclusive au génital, c'est à dire à l'accouplement qui donnerait lieu à la reproduction. Tout le monde a ainsi entendu parler du scandale que fut, à l'époque, la révélation de la sexualité infantile. C'est à dire que la sexualité ne commence pas à l'adolescence par exemple. Freud souligne l'importance de la place du plaisir dés l'enfance, et qualifie de sexuel, les premiers échanges et émois entre le mère et l'enfant. La satisfaction de l'enfant n'est pas seulement celle du besoin nutritif, mais aussi celle qui est issue des échanges, du don d'amour, et des représentations qui se construisent entre la mère et l'enfant. Ce qui surprend donc, d'autant plus dans cette phrase, c'est la négation qui porte sur le rapport sexuel. Comment peut on affirmer d'une part l'importance du sexuel, au point de le repérer dans les relations les plus primitives de l'enfant et de la mère, et de dire, en même temps, qu'il n'y a pas de rapport sexuel. Le problème porte donc sur ce qu'on entend par rapport et comment on peut distinguer rapport de relation. Pour vous conduire vers ce point, que la psychanalyse veut mettre en relief , je partirai du film "Les bronzés font du ski", où Michel Blanc est toujours en passe de conclure. Conclure, c'est avoir une relation sexuelle. Le problème n'est pas de savoir avec qui il couche, mais qu'on sache qu'il est un grand

rapport

formule de Lacan :

Il

n'y

a

pas

de

séducteur, et que les femmes veulent toutes faire l'amour avec lui. L'effet comique ne vient pas seulement du fait qu'il ne conclut jamais. Il vient de l'association du terme de conclusion avec le rapport sexuel. Une conclusion vient en effet à la suite d'un raisonnement. Or son raisonnement n'aboutit jamais à la conclusion attendue. Son raisonnement est le suivant: Comme je suis un tombeur, et quelles sont toutes folles de moi, il est logique qu'elles vont tomber à la fin dans mes bras. Or non seulement cette conclusion n'est jamais confirmée, mais en plus, il est profondément seul, sans rapport avec qui que ce soit, sauf, et c'est ça le point important, avec ses propres idées. Tout se passe dans sa tête. Le plaisir sexuel est d'abord dans la représentation. Cette idée d'être un séducteur lui fait plaisir même si rien dans la réalité ne vient le confirme. Ce qui est impensable dans le règne animal, où le comportement, doit correspondre à quelque chose dans la réalité. Ici, il peut imaginer une relation qui le mettrait en rapport avec la femme de ses pensées, même si aucune femme ne correspond à ce signalement. Il ne part pas de ce qui est, mais de ce qui lui est agréable de penser. Et c'est là qu'on peut saisir que, non seulement le raisonnement peut très bien n'avoir aucun rapport avec la réalité, mais que le démenti de l'expérience n'ébranlera pas ses convictions Lacan veut justement insister sur cette différence entre un rapport et une relation. Une relation sexuelle ne nous assure pas qu'il y ait rapport effectif à l'autre. Il peut y avoir la solitude la plus profonde dans une relation sexuelle. Avoir des rapports, n'est pas avoir un rapport avec l'autre et avec son désir. C'est la différence entre la sexualité animale et humaine. Dans le monde animal, la relation sexuelle est organisé par l'instinct d'une manière extrêmement précise. Le partenaire est identifiable par des signaux préétablies, programmés instinctivement: les différents déclencheurs du comportement sexuel. Les animaux ne s'accouplent en fait pas comme des bêtes mais suivant les lois de la nature. Chez les humains il n'y a pas de programmation par l'instinct qui nous indiquerait, dés la naissance, le partenaire qui nous convient. Ce qu'on nomme instinctif dans le désir et l'amour est en fait une programmation culturelle acquise par l'éducation qui détermine le type de relations que nous pouvons avoir. Cette programmation culturelle tient lieu des réponses instinctives qui sont absentes. Nous avons ainsi des prêts à penser, des réponses collectives: mariage monogamique, polygamique, concubinage, voir prostitution qui organisent nos relations. Mais ces relations arrangées sont trop générales. Elles ne nous indiquent pas encore le partenaire qui nous conviendrait pour réduire notre solitude. Il faut des réponses plus personnelles pour trouver l'âme soeur. C'est là qu'intervient la psychanalyse, pour interroger les critères de nos choix personnels. Ces choix sont inconscients, d'où le sentiment qu'ils sont instinctifs. Mais le problème n'est pas tant que ces choix soient inconscients, et qu'ils nous guident dans nos relations à notre insu, que de savoir vers quel type de partenaire ils nous dirigent, avec qui ou quoi ils nous mettent en rapport. En fait, la rencontre sexuelle est foncièrement traumatisante. Qu'elle soit traumatisante est une des conséquence du non rapport. Pourquoi traumatisante? Parce que le sujet pensant se trouve confronté à l'énigme que représente le désir de l'Autre. Que veut il, que me veut il? On peut trouver ces questions sans intérêt voir ridicule et sûrement pas traumatisante. Car comment n'aurait on pas de réponses à ces questions! On a même l'embarras du choix. Il veut faire l'amour ou m'en donner. Et pourquoi pas ajouter, il veut qu'on se marie qu'on ait beaucoup d'enfant, une télévision, un fax, un portable et une connexion sur internet. Mais à nouveau, on oublie que ces réponses sont des prêts à penser pour comprendre le rapport à l'autre et de ce fait ne sont que des inventions culturelles pour pallier à l'absence de réponses préétablies, de formules, de programmation de la sexualité comme on en trouve dans l'instinct. Toutes les réponses sont en fait des leurres, des semblants de rapport, qui recouvrent le réel du non rapport. Il serait donc plus juste de dire, que cette rencontre traumatique de la présence énigmatique de l'autre, qui nous fait prendre conscience du non rapport sexuel, se réalise toujours dans un moment de surprise. La surprise est donc une mauvaise surprise . Cette surprise produit en effet une rupture, un divorce (!), un réveil dans une vie d'imbécile heureux que nous sommes tous. On devient alors pour un temps un éveillé malheureux, c'est ce qu'on appelle un psychanalysant, avant de traverser cette mauvaise passe qui nous aura fait réaliser que le non rapport sexuel était, en fait, plutôt une bonne nouvelle. C'est une bonne nouvelle, parce qu'elle met l'accent sur le comique de toutes les réponses et qu'elle apporte un minimum d'humour dans le couple. C'est un allégement qui n'incrimine pas notre mauvaise volonté ou celle du partenaire. C'est une bonne nouvelle enfin, car c'est l'occasion de s'interroger sur ce qu'est que l'amour, une fois que se sont effondrés les leurres que l'on avait mis en place pour nous voiler le non rapport sexuel. Le traumatisme de cette rencontre est donc un moment qui comporte une double face:

négative puis positive. Mais pour avancer sur ce point, sur cette bonne nouvelle, il faut déjà avoir bien à l'esprit quelques repères que la psychanalyse a permis de dégager Deux indications élémentaires de Freud me semblent pouvoir au plus simple soutenir cette thèse du non rapport. 1) l'amour est narcissique 2) il y a toujours un certain trait de perversion dans l'amour le plus normal, c'est la place du fantasme dans le dit rapport sexuel. 1) Narcisse est ce personnage de la mythologie qui est tombé amoureux du reflet de son image dans l'eau. Le narcissisme est donc un rapport en miroir avec soi même. C'est Pygmalion qui tombe amoureux de sa propre créature. Je ne sors pas de moi. Je ne saisis de l'autre que ce que je connais de moi même. Je n'aime pas l'autre, je m'aime à travers l'autre. Freud en donne les coordonnées: 1) on aime ce que l'on est soi même (le sportif la sportive, le malheureux la malheureuse). 2) Quand on croit aimer quelqu'un de différent de soi même, ce n'est pas vraiment une différence, puisque c'est encore en référence à soi: c'est ce que l'on voudrait être soi même (je suis timide /j'aime celui qui est à l'aise comme j'aurais voulu l'être).3) Il y a encore l'amour pour ce que l'on a été soi même, amour typique des parents pour leurs enfants, c'est à dire pour l'enfant qu'ils ont été ou auraient voulu être. Freud ajoute à cette liste la femme qui nourrit et l'homme qui protège, c'est à dire des substituts parentaux. Bref, c'est le constat désenchanté de la place de l'amour propre et de l'égoïsme dans l'amour le plus spontané. Il y a une absence d'ouverture sur l'altérité de l'autre. 2) Si ce n'est pas un rapport avec moi même comme image, c'est en rapport avec mon propre scénario fantasmatique. Pour entrer dans ce problème, il faut déjà se familiariser avec le fétichisme. Pour aller au plus vite, le fétichiste est la personne qui s'intéresse plus à la chaussure de la dame qu'à la dame, celui qui la réduit à un objet. S'il a apparemment une relation à la dame, il y a, en fait, un rapport plutôt à la chaussure. Cette chaussure est la condition pour jouir de la dame. C'est là qu'on voit qu'il est plus facile d'avoir un rapport avec une chaussure qu'avec une dame. Une chaussure ne se plaint pas de n'être qu'un objet et de ne pas recevoir assez de signe d'amour. Le fantasme maintenant. 1° On peut être étonné de l'importance de la place du fantasme, de ces scénarios imaginaires pour soutenir et permettre le rapport à l'autre. Ces scénarios sont fixes, précis dans le moindre détail et indépendant du partenaire qui n'y entre que comme une vedette, une actrice. Ils sont inavouables non pas parce qu'ils ne sont pas convenables mais parce qu'ils prétendent donner la formule du rapport. C'est donc plutôt l'aveu du dérisoire de la réponse qui retient d'en parler. En avouant un fantasme je retrouve la situation qui m'a fait réaliser le non rapport. Je retrouve ce moment de surprise traumatique, cette défaillance de ma parole devant un impossible à dire, devant l'énigme du rapport à l'autre. Il faut donc mettre en rapport la surprise et le fantasme. Quand on est surpris par quelqu'un, on dit "tu m'as fait peur". Or l'autre ne vous a rien fait. Mais vous avez brusquement perçu sa présence. Et il faut trouver à dire quelque chose pour formuler le réel de ma surprise. On met alors sa surprise en rapport avec une intention qu'on prête à l'autre. Mais cette intention n'a aucun rapport à l'autre si ce n'est que ça met du sens là où il n'y en avait pas. L'autre ne m'a rien fait du tout. Il est même peut être tout aussi surpris que moi. Mais il finit aussi par être surpris de ce que je dis de lui. Le fantasme est ainsi, non seulement la formule que l'on a trouvé après coup pour réduire la surprise qui nous a saisie, mais aussi la formule qui nous fait croire qu'on a la parade face à toutes surprises à venir. 2° Il y a encore une autre fonction du fantasme. Le fantasme permet de se faire plaisir. C'est le "se faire" qui est fondamental. "Tu m'as fait peur", c'est se faire une histoire qui est déjà plus supportable que l'angoisse éprouvée en face de la présence silencieuse de l'autre. C'est tourner autour de ce silence, incarné dans l'autre, pour me raconter une histoire sur l'autre qui ne fait que masquer chez moi ce moment où ma voix m'a manqué, où ma parole a défailli. Se faire un fantasme, c'est faire un tour par l'autre, un petit crochet qui nous permet de croire qu'on a retrouvé ce qu'on pensait avoir perdu: la voix dans ce cas. Ce petit tour c'est ce qui se passe dans le tourisme. Le fantasme c'est un tourisme sexuel. On va voir ailleurs chez l'autre puis on revient chez soi. Aucun rapport avec l'habitant sinon qu'il a quelque chose dans son pays, dans son physique qui me déplace vers lui, me fait faire un tour pour revenir content du voyage. Le mystère tient donc dans cet objet que je place en lui et qui fait faire ce tour.

Pour finir, on voit que la vrai question est de savoir quelle est la place de l'amour dans tout çà, c'est à dire le lien à l'autre. On peut déjà dire que la définition de l'amour n'est pas la même avant qu'après la

prise de conscience du fantasme. C'est là que l'on réalise qu'une psychanalyse ne consiste pas à faire l'inventaire de ses fantasmes ni même de repérer son fantasme fondamental. Nous resterions toujours dans la même logique d'amour régit par le fantasme. Par contre, comme je vous l'ai dit, l'aveu du fantasme qui voilait le non rapport sexuel, produit automatiquement une rupture avec la logique amoureuse précédente. La psychanalyse, en matière de sexualité, a donc pour visée ce point de traversée du fantasme. La conclusion d'une cure analytique n'est donc pas de produire le vrai rapport sexuelle, puisqu'il n'y a pas de formule de référence. La conclusion porte sur ma plainte du rapport sexuel que je n'avais pas, sur ma solitude d'être mal assorti, c'est à dire sur le raisonnement, sur le fantasme qui m'habitait et dont j'ignorais la formulation. Cette conclusion en psychanalyse est un acte, c'est à dire un moment décisif qui transforme un sujet. Cet acte n'a rien avoir avec l'acte sexuel qui lui est plutôt un passage à l'acte.

Exposé en mars 1998 lors de la conférence : "Vous avez dit sexuel ?"

Emerich sur la célèbre formule de Lacan : Il n'y a pas de rapport sexuel

Introduction On connaît la célèbre formule de Lacan : « Il n’y a pas de rapport sexuel ». En voici une formulation tardive, dénichée dans une intervention sur Aristote de 1978 :

Jacques Lacan : « S’il est vrai, comme je l’ai énoncé, qu’il n’y a pas de rapport sexuel, à savoir que dans

l’espèce humaine il n’y a pas d’universel féminin, qu’il n’y a pas de « toutes les femmes » In : Le rêve

d’Aristote. Conférence à l’Unesco. Colloque pour le 23e centenaire d’Aristote. Publication par Unesco Sycomore, 1978, pp. 23-24.

Claude Lizt pense qu’il existe un « rapport » des imaginaires et des plaisirs sexuels. C’est évidemment prendre un risque de s’opposer apparemment ainsi à, ou de nuancer, la proposition d’un Maître. Il faut donc d’abord chercher à comprendre… Pour nous y aider sur ce blog, nous citons quelques exégèses. Parmi les philosophes : Badiou bien sûr, qui a beaucoup écrit sur l’amour, et nous aurons Mehdi Belhadj Kacem dès qu’il aura bien voulu publier son : « Être et

sexuation ». Parmi les psychanalystes, Gisèle Chaboudez, bien sûr, mais aussi, pour varier les points de vue : Choula Emerich, Jacques Ruff, Elisabeth Roudinesco…

Choula Emerich, le 11/01/1997, disponible sur la toile :

"Il n'y pas de rapport sexuel chez l'être parlant". Ce dire de Lacan a suscité en son temps autant d'étonnement que de ricanements entendus aussi bien chez certains habitués de son séminaire que chez ses détracteurs avérés. Il avait pourtant pris la précaution d'ajouter : " le rapport sexuel comme tout autre rapport, au dernier terme, ça ne subsiste que de l'écrit ". S'il nous avait dit " du semblant de rapport sexuel chez l'être parlant " aurions-nous mieux compris ? Et s'il avait poussé les choses jusqu'à dire : "de l'hétérogénéité radicale de la parole et de l'écriture", alors là, aurions-nous seulement pu entendre en quoi cela concernait le ratage structural de notre petit commerce ? Tenons-nous en donc à son dire et tentons de déplier les questions qu'il contient. C'est dans ce séminaire D'un discours qui ne serait pas du semblant que Lacan va commencer d'articuler pour nous les raisons de non rapport sexuel. Après avoir confronté la position d'un parlêtre à la catégorie de l'imaginaire dans son articulation à la parole et la puis à celle du symbolique dans son rapport au signifiant et à la fonction du phallus dans lesEcrits qu'il avait produits de 53 à 58, Lacan va, en 71, démontrer l'impossibilité d'écrire un rapport

sexuel chez l'être parlant en le confrontant à la catégorie du réel par le biais de la fonction de la lettre et de l'écriture et de ce qui en découle pour l'homme et pour une femme, soit leur position par rapport à la jouissance. Pour notre de ce travail donnons une première approche. Déjà depuis Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse, en 53, Lacan avait isolé dans les effets du langage la propriété spécifique de

la parole, soit d'être celle qui mène un parlêtre à produire sa vérité c'est-à-dire la vérité de son désir et à

constituer du même coup le savoir inconscient qui le mène. Nous constatons-là la mise en place d'une position subjective par son rapport au signifiant, équivoque, qui la détermine. Aujourd'hui ce même travail sur les effets du langage amène Lacan à isoler une autre vérité, celle produite par l'écriture, dont la plus aboutie est l'écriture mathématique d'où toute ambiguïté est éliminée. C'est par la science, passage nécessaire pour accéder à un autre type de savoir (Melman propose là d'employer plutôt le terme de connaissance) d'où toute position subjective est exclue et qui consiste à cerner les effets du symbolique sur le réel par le jeu des lettres de la logique formelle qui, elles, sont univoques, hors sens.

" Par l'écriture, nous dit Lacan, une autre vérité que celle du désir est atteinte ". Cette façon d'énoncer le non rapport a le privilège de nous obliger à nous confronter immédiatement à la question du semblant. En effet Lacan ne nous dit pas : " il n'y a pas de rapport sexuel entre un homme et une femme " par exemple qui aurait eu l'inconvénient de mettre a priori hors échange de la psychanalyse la question de l'homosexualité, et qu'il n'emploie pas les signifiants " homme " et " femme " nous pousse également à nous questionner sur la consistance de ces signifiants. En effet la clinique démontre à quel point les positions sexuées sont ambiguës et vacillantes et en fonction du partenaire qui est en face et en fonction de la structure. Donnons-en pour témoignage l'hystérie féminine qui sait si bien faire l'homme qu'elle peut en remontrer et le transsexuel qui demande à ce qu'on le lui coupe afin de mieux ressembler à cette La femme qu'il croit être. Entre ces deux pôles, du plus banal au plus pathologique, se déploie tout l'éventail des identifications jamais définitives qui poussent un parlêtre dans un camp plutôt que dans l'autre au mépris d'une réalité qui, elle, est incontestable. "On ne sait rien de son sexe" nous dit Lacan (p. 77) "ce qui s'appelle le phallus". C'est sur ce fond de non savoir que nous allons aborder la question de l'être sexué. Ce que nous enseigne Lacan depuis Freud c'est que la relation d'un homme à une femme, et contrairement à ce qui se passe dans le règne animal, que la relation entre deux parlêtres passe, pour chacun des partenaires, non seulement par le détour que représente l'autre de cette relation, mais aussi, et surtout, par le rapport que chacun des deux partenaires entretient avec la fonction du phallus, donc de

la castration. Le phallus fait obstacle à ce qui pourrait se croire un rapport entre deux sujets dans un acte

copulatoire où seul le pénis serait en jeu ; ceci était déjà présent dans l'oeuvre de Freud. Dans cet acte il

y manque ce qui, pour chaque sujet, est visé par le biais du phallus, soit son rapport à la jouissance.

C'est ce que Lacan va expliciter. Qu'il n'y ait pas de rapport sexuel, Lacan le soutient de l'argument

scientifique suivant: un rapport ça ne subsiste que de l'écrit. Un rapport c'est une proposition, une application que l'on peut définir entre des lettres x R y. Comment pourrait-on écrire logiquement un rapport entre un homme et une femme, même à les réduire à être mâle et femelle, c'est-à-dire purs corps privés de langage ? Même par cet artifice, ils n'en demeureraient pas moins des signifiants polysémiques, puisque pris dans le monde de l'humain, et ne sauraient d'aucune façon se réduire à une lettre univoque qui seule autoriserait une écriture logique. Dans ces conditions, il est totalement insoutenable dans le discours de la science de penser pouvoir écrire ce rapport. De plus, à supposer même que le langage puisse être évacué du champ de ces deux parlêtres, ceci nous amènerait de toute façon à nous questionner sur ce qui aurait été évacué en même temps que lui. Avec l'évacuation du langage, ce serait pour un sujet la fonction du désir même qui deviendrait caduque, et déjà toute la théorie freudienne ; et avec l'évacuation de la fonction signifiante élaborée par Lacan ce serait la question de la fonction du phallus qui serait alors éradiquée. Ce serait donc la question du désir et celle de la fonction du phallus qui feraient obstacle pour un parlêtre à ce que un rapport sexuel puisse s'écrire. Reprenons cette question du désir dans l'oeuvre de Freud et plus particulièrement celle de " que veut une femme ? ". Je reprendrai très brièvement l'éclairage du rêve dit " de la belle bouchère " repris par Lacan dans La direction de la cure et les principes de son pouvoir (1958). Elle rêve qu'elle a le désir de donner un dîner, que c'est dimanche, et que tous les magasins sont fermés, qu'il ne lui reste qu'une toute petite tranche de saumon, elle qui aime tant le caviar ; alors, malgré son désir, elle doit renoncer à donner ce dîner. Première lecture, freudienne: la belle bouchère, hystérique, ce qui la comble le plus, ce n'est pas de donner un dîner mais de se garder en réserve un désir insatisfait. Deuxième lecture, lacanienne : si elle adore le caviar, son amie maigrichonne c'est du saumon dont elle raffole. Alors irait-elle presque à l'engraisser pour que son mari qui aime les femmes girondes en fasse ses agapes ? Non, son mari elle entend se le garder. Alors surtout ne rien faire qui puisse permettre à cette autre femme de faire miroiter, sait-on jamais, l'image du phallus qui saurait attirer le regard de son homme, du même coup la destituer de cette place. Déjà chez Freud donc, pour une femme, cette question du phallus, et d'être le phallus pour cet homme est déchiffrable au delà du désir insatisfait ou impossible. Si nous regardons d'un peu plus près la question de la fonction du phallus chez Lacan dans ce premier temps qu'est Die Bedeutung des Phallus (58), nous constatons qu'à la bipolarité sexuelle : être homme et l'avoir, et être femme et ne pas l'avoir, s'adjoint, et pour devenir primordiale, la fonction du signifiant qui donne à cet objet phallique la fonction d'être ce qui manque à la mère et surtout d'être ce qu'elle désire. C'est ce qui pousse un enfant, fille ou garçon, à désirer être ce phallus qui viendrait combler le désir de ce grand Autre manquant. Car ce phallus : il n'est pas un objet, il est encore bien moins l'organe qu'il symbolise (pénis ou clitoris), il n'est pas un fantasme, s'il faut entendre par là l'effet imaginaire qu'il produit. Car, nous dit Lacan, " le phallus c'est le signifiant destiné à désigner dans leur ensemble les effets de signifié en tant que le signifiant les conditionne par sa présence de signifiant ". (Ecrits p. 690) Le phallus est donc le signifiant qui ouvre pour un sujet tout le champ de la signification et qui lui permet par cet enracinement, ce capitonnage, de ne pas flotter dans le monde du langage et de pouvoir être soutenu par une parole qui l'inscrit dans une généalogie. C'est cette fonction qui fait du phallus le signifiant privilégié permettant l'avènement du désir hors des champs du besoin et de la demande, mais entièrement tissé à eux. Désir dont Lacan dira que c'est une demande qui ne concerne aucun besoin. Entendons au passage que le désir est aussi une demande (en tant qu'elle doit être formulée dans le registre du signifiant) et qu'une demande pour un sujet c'est toujours, et inconditionnellement, une demande d'amour. Dans ce contexte, être le phallus s'oppose déjà à ce que le sujet se satisfasse de présenter à l'Autre ce qu'il peut avoir de réel qui réponde à ce phallus, car ce qu'il a " ne vaut pas mieux que ce qu'il n'a pas " nous dit Lacan (Ecrits, p.693). Avoir ne donne aucune prédisposition à être. De plus, cette épreuve du désir de l'Autre pour le phallus ne vaut et ne porte à conséquence au niveau clinique que parce que ce qui est découvert par le parlêtre concerné, ce n'est pas que le sujet, homme ou femme, l'ait ou ne l'ait pas, mais que la mère ne l'a pas et qu'elle le désire, ledit phallus. Béance inaugurale et structurante de cette mère manquante où va pouvoir advenir le champ que les effets du langage vont occuper et où le parlêtre aura à se creuser sa place. C'est là nous dit Lacan "que se signe la conjonction du désir, en tant que le signifiant phallique en est la marque, la conjonction du désir avec la menace ou la nostalgie du manque à avoir".

A partir de la phase phallique donc les rapports entre les sexes tourneront autour d'un être et d'un avoir le phallus et non pas autour d'un " être homme " ou " être femme ". Si la castration est bien la loi qui régit le désir humain, autour de quelle perte s'organisera pour l'homme son accès à l'exercice de la sexualité ? Car ce phallus : il n'est pas un fantasme, s'il faut entendre par là l'effet imaginaire qu'il produit ; il n'est pas un objet ; il est encore bien moins l'organe qu'il symbolise (pénis ou clitoris), " ce phallus est un signifiant sans signification mais destiné à désigner les effets de signifié ". (Ecrits, p.690) C'est à devoir renoncer à être le phallus maternel que l'homme pourra se prévaloir des insignes de la virilité héritée du père. C'est pour lui la seule façon de reconnaître que de ce père il en accepte la loi, la castration. Quant à une femme, c'est à la virilité qu'elle doit renoncer. C'est autour de cette perte que l'un et l'autre auront à consentir que Lacan énonce " que l'homme n'est pas sans l'avoir alors qu'une femme l'est sans l'avoir ". Nous entendons dans ces formulations volontairement ambiguës l'impact du jeu propre au signifiant et l'équivocité qu'ici il introduit à concerner non un organe mais le signifiant du désir. Mais c'est la résistance à cette perte qui amène les deux parlêtres, homme ou femme, à s'installer dans le paraître, pour la demande d'amour, nous pouvons aussi bien dire dans le semblant. C'est patent dans la mascarade féminine que mime un "être le phallus". Ça ne l'est pas moins dans le " faire l'homme " de son compagnon " macho " qui voudrait bien donner à croire qu'il l'a, mais dans cette volonté pour l'un et l'autre sexe, d'être le phallus c'est-à-dire le signifiant du désir de l'Autre et pour l'Autre. Et bien sûr, la relation sexuelle occupe ce champ clos du désir par la demande d'amour. Examinons les conséquences évoquées par Lacan dans cet article " Die Bedeutung des Phallus " pour chacun des deux sexes dans leur position quant à l'amour et au désir pour mieux cerner ce qui est en jeu pour l'homme et pour une femme dans cette relation sexuelle qui n'est pas un rapport. Partons de la position masculine. L'homme trouve à satisfaire sa demande d'amour dans la relation à une femme, pour autant que le signifiant du phallus la constitue comme donnant dans l'amour ce qu'elle n'a pas. Que son corps soit manquant la met en position de donner à l'homme qu'elle aime le phallus qu'il attend. Mais pour l'homme encore " son propre désir du phallus fera surgir son signifiant dans sa divergence rémanente, vers une autre femme qui peut venir désigner ce phallus à divers titres ". (Ecrits p.695). Il pourrait donc aimer une femme qui lui donnerait ce qu'elle n'a pas et en désirer d'autres qui viendraient, pour lui, faire miroiter la question du phallus et de son brillant. Pour lui amour et désir peuvent se trouver disjoints. Voyons comment Lacan rend compte de la position féminine : il y a pour une femme une difficulté particulière à ne pas faire coïncider le pénis du partenaire avec le phallus désiré par elle. En effet son désir qui vise le phallus, elle en trouve le signifiant sur le corps de celui à qui s'adresse sa demande d'amour. Cette méprise que le signifiant induit, la pousse à mettre un objet partiel, ici le pénis de son partenaire, en position de représenter le phallus mais alors comme objet fétiche. Le résultat en est que pour une femme convergent sur le même partenaire une expérience d'amour et un désir qui trouve son signifiant; dans la position féminine, l'amour occulte la place du désir. Mais, nous dit Lacan, il ne faudrait pas croire que l'infidélité masculine qui paraîtrait là constitutive ou inhérente à la structure, lui appartienne en propre, Ecrits p. 695 : " le même dédoublement objet d'amour-objet de désir se retrouve chez la femme dit-il, à ceci près que l'Autre de l'amour comme tel c'est-à-dire en tant qu'il est privé de ce qu'il donne, s'aperçoit mal dans le recul où il se substitue à l'être du même homme dont elle chérit les attributs ". Ce serait donc l'aveuglement de l'amour qui rendrait une femme fidèle parce que plus sourde à son désir que son compagnon. Nous pouvons en déduire que, aussi bien l'infidélité de l'homme que la fidélité d'une femme repose sur une méprise mais qui n'est pas la même, pour l'homme, bien qu'elle ne l'ait pas le pénis et parce que pour lui elle l'est le phallus, cela le conduit sur la voie d'aller le chercher toujours ailleurs ; l'homme est polygame nous redisait Melman. Et pour une femme, sa fidélité relèverait d'une confusion parce que son partenaire l'a le pénis, cela la conduit à confondre son objet d'amour pour en faire sur le mode pervers l'objet fétiche qui causerait son désir. Nous devons constater que dès qu'il s'agit de jouissance phallique aussi bien pour l'homme que pour une femme la perversion n'est jamais bien loin. De plus qu'il s'agisse de l'infidélité de l'homme ou de la fidélité d'une femme, relevons encore que cette façon d'en rendre compte ne se soutient d'aucune morale encore moins d'une éthique. S'y dévoile un pur effet de langage, de signifiant, par lequel l'homme, ou une femme, sont joués différemment.

Nous voyons dans cet article "Die Bedeutung des Phallus" que la démonstration du non rapport sexuel entre un homme et une femme laisse entièrement de côté ce qui est le centre même de la démonstration qui en est fait dans ce séminaire D'un discours qui ne serait pas du semblant (1971) et dans Encore (1972) c'est-à-dire l'incidence de la jouissance pour chacun des deux parlêtres. C'est dans cette élaboration autour de la question de la jouissance que Lacan va mettre à jour dans le champ de la sexualité humaine l'existence de deux modalités : celle de la jouissance phallique et dont la

logique aristotélicienne arrivait à rendre compte, soit pour les deux sexes " il n'y a qu'une seule libido et elle est masculine " ; mais si la féminité demeurait depuis Freud continent noir, c'est que ce type de logique ne pouvait rendre compte d'une position subjective qui ne serait pas la même pour tous. C'est à

la logique des quantificateurs que Lacan doit de pouvoir écrire le rapport non seulement d'une femme

mais d'un parlêtre à la jouissance par le biais du " pas-toute ". C'est en ce point que Lacan signale que

l'être sexué de ces femmes pas-toutes ne passe pas par leur corps mais par ce qui résulte d'une exigence logique dans la parole. Cette autre logique rend compte d'un autre type de jouissance qui ne serait pas- toute phallique. A cette jouissance pas-toute s'en adjoindrait une autre, supplémentaire, que Lacan

définit d'être jouissance hors sexe, jouissance Autre, ou féminine, satisfaction de la parole mais dont rien ne pourrait s'en dire si ce n'est qu'un homme ou qu'une femme pourrait l'éprouver. Si comme le soutient Lacan, la jouissance dit la vérité de ce qui est engagé pour chacun des partenaires dans ce qui n'est pas un rapport mais un lien sexuel, nous ne pouvons que lui emboîter le pas sur cette question de la jouissance et constater que, d'abord, la jouissance c'est ce qui ne sert à rien, ladite jouissance n'est surtout pas à confondre avec l'amour. L'amour vise l'objet a cause du désir et si les objets a sont les métonymies du phallus, le phallus n'en parle pas. Sa place d'exception qui concerne la jouissance, le phallus, nous dit Lacan, est la jouissance féminine (p.60)

Il me semble intéressant de rappeler là que c'est le refoulé originaire du phallus qui permet à un parlêtre

de pouvoir se tenir dans le langage et de pouvoir s'y compter comme sujet et de constater que le parlêtre qu'éprouverait cette dite-jouissance Autre se trouverait là en position de jouer du langage même ; alors que les objets a causes du désir et métonymies du phallus introduiraient un sujet à la jouissance phallique dont la visée ultime, même si elle est structuralement ratée, serait la jouissance du corps de l'Autre.

A partir de la mise en place de ces deux champs de la jouissance, ce que Lacan appellera homme et

femme relèvera de leur assomption d'une inscription symbolique dans le champ de la sexuation c'est-à- dire non seulement de leur être sexué mais aussi de leur rapport à la castration et au mode de jouissance qui les caractérisent. C'est cette écriture mathématique des quantificateurs que Lacan reprend avec les propositions aristotéliciennes réagencées dans le cadran de Peirce où une proposition universelle, une classe, se fonde sur la nécessité de l'exclusion d'un trait symbolique et où, face à la classe de " tous les hommes ",il articule la collection de " pas-toutes les femmes" pour écrire leur relation respective à la jouissance. Etre situé du côté homme entraîne pour le sujet qui s'y tient d'accepter son inscription dans un champ ordonné par une proposition universelle : il en existe un, le père, qui échappe aux lois de la castration et qui jouit de toutes les femmes. il existe x j x. Cette acceptation permet aux fils de venir se loger à une place où ils peuvent se compter comme un dans la série des générations puisque la place fondatrice du père vient ordonner un comptage à partir d'un zéro que la fonction d'exception inaugure, par le biais du patronyme. Tous les fils ont à accepter les interdictions qu'impose la castration aussi bien celles normalisantes comme l'interdit de l'inceste qui les assujettit aux lois du signifiant, que celles plus

dépendantes du caprice du père et qui les fixe à une obéissance à l'idéal paternel dont ils auront du mal à se départir. C'est à ce prix qu'ils pourront assumer l'exercice d'une fonction phallique : pour tout x φ x et en recevoir en contre-partie une reconnaissance symbolique qui les confortera dans un droit à l'ek- sistence. Du côté femme par contre, nulle exception fondatrice qui pourrait lui permettre de se compter dans la suite des générations : il n'existe pas de x non φ x. Nul père avéré selon l'expression de Ch. Melman pour

la reconnaître symboliquement autrement que sur un mode aléatoire tel qu'il la laisse à la merci d'une

destitution subjective au moindre manquement de l'Autre à un pacte symbolique. Nulle proposition universelle qui installerait une castration et une loi, la même pour toutes, mais une proposition particulière qui relève d'une autre logique, d'une autre jouissance. Pas-toutes les femmes ne sont dans un rapport à la jouissance phallique. Chacune aura à y reconnaître sa place et s'il existe des femmes qui

échappent à la castration : pas-tout x φ de x, il est à constater que même celle qui en relève n'en relève pas toute. Le coté droit est le champ du pas tout :

pas tout dans la castration, pas tout dans la loi symbolique, pas tout dans la reconnaissance par l'Autre, pas tout dans la jouissance phallique. Ce champ du pas-tout qui caractérise celle ou celui qui est rangé du coté féminin nous renvoie aux différentes catégories du manque : du manque imaginaire qui renvoie à la frustration, du croire ne pas avoir, au moins phi; du manque symbolique de l'Autre en tant qu'il est barré ; au signifiant du manque dans l'Autre S(A barré) où, à travers le symbolique, c'est le réel qui est visé. Ce champ du pas-tout spécifie le rapport qu'une femme entretient avec ces différents signifiants du manque qui l'installent très tôt dans une position Autre, déjà petite fille à l'égard de sa propre mère, puis femme face à l'autre sexe. Et ceci me semble expliquer également en quoi l'hystérie et une structure plutôt féminine. Avec cette écriture dans les quanteurs de la sexuation, il nous est plus facile de comprendre en quoi la recherche de l'autre sexe sera pour chacun différemment orientée : pour l'homme croyant viser l'Autre par le biais d'une femme ce n'est en fait que l'objet cause de son désir qu'il atteint et ceci dans la visée de satisfaire son fantasme. Ravaler A à a est sûrement une façon d'expliquer la course aux objets chez l'homme puisqu'aucun ne pourra jamais donner la garantie attendue. Pour une femme sa recherche sera structuralement doublement orientée : d'une part vers l'objet phi concerné que met en place pour elle la castration, que j'appellerai jouissance du signifiant ; d'autre part vers cette jouissance Autre énigmatique, voire folle que j'appellerai jouissance de la lettre, pouvant l'amener à une forme de sublimation désexualisée, voire de mysticisme, qui l'éloigneront en partie ou définitivement de la jouissance phallique. C'est l'hétérogénéité de ces deux jouissances qui fonde l'impossibilité du rapport sexuel pour l'homme et pour une femme, et qui signe que c'est bien le réel qui commande cette impossibilité et non quelque malfaçon particulière. Pas de jouissance qui serait la bonne mais une jouissance inadéquate à satisfaire leur désir à l'un comme à l'autre. C'est me semble-t-il dans la radicalisation de ce frayage concernant les effets de la jouissance pour un parlêtre que Lacan s'engagera dans Encore quand il dira p.14 : "j'énonce que le discours analytique ne se soutient que de l'énoncé qu'il n'y a pas, qu'il est impossible de poser le rapport sexuel."