Jacques MÉZARD

,
ministre de la Cohésion des territoires Jeudi 19 octobre 2017

Seul le prononcé fait foi

Discours de Jacques MÉZARD
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Discours de M. le Ministre de la Cohésion des territoires

Assemblée des départements de France

Monsieur le Président de l’ADF,Madame la Présidente du conseil départemental des
Bouches-du-Rhône, Mesdames, Messieurs les présidents de conseil départementaux,
Mesdames, Messieurs les élus, Mesdames, Messieurs,

Je suis heureux d’être aujourd’hui parmi vous à Marseille. Je tiens à remercier
chaleureusement votre président pour cette invitation.

Je suis en effet heureux de pouvoir partager avec vous la perspective que nous
construisons ensemble. Et cela d’autant plus, pour le Ministre de la cohésion des
territoires que je suis, que les départements sont les acteurs majeurs de la cohésion de
nos territoires, reconnus comme tels dans la loi Notre.

Je connais parfaitement votre engagement pour faire face aux difficultés de gestion de
vos collectivités. L’année 2016 est celle de recettes dynamiques mais aussi de la
stabilisation de vos dépenses de fonctionnement, et notamment de la masse salariale.
Le désendettement est enclenché. Et l’effort est maintenu en 2017. Il faudra prendre en
compte la situation financière très diverse de chacun de vos départements dans les
contrats.

Nous entendons vos demandes concernant les allocations individuelles de solidarité et
les mineurs non accompagnés. Le fonds d’urgence n’est pas pérenne, ce n’est pas une
solution pour que vous ayez de la visibilité. La mission Richard – Bur rendra de
premières conclusions mi-novembre, comme une base de travail avec vous.
L’Etat ne se défausse pas sur les départements, si je reprends vos termes, cher
Président.

L’Etat décentralisé demande aux départements qui ne veulent pas de la
recentralisation du RSA de chercher ensemble des solutions aux impasses financières.
C’est l’esprit de la Conférence nationale des territoires, que vous appeliez de vos
vœux.

Mais permettez-moi, à l’occasion de votre assemblée, d’élargir mon propos au-delà de
la stricte question financière.
Les départements sont en effet une singulière histoire française.

Le géographe Philippe Estèbe décrit avec justesse ce qui se joue au moment de la
création des départements, lors de la Révolution française.

Ce qui se joue d’abord, c’est un processus de déterritorialisation. Il s’agit de repenser
ces anciennes provinces, parfois agitées, qui représentent l’héritage d’un monde que
les Hommes de 1789 entendent balayer.

Ce sont des débats passionnants. Comment découper, comment organiser le territoire
français ? 10 000 pétitions furent reçues à l’Assemblée. Fallait-il opter pour un
découpage géométrique, qui aurait donné au territoire français une silhouette
américaine ? Fallait-il retenir 120 circonscriptions comme le proposait Mirabeau ?

Ce qui se joue aussi, avec la création des départements, c’est une phase de
reterritorialisation, par la discussion entre l’Etat et les élus locaux, et par l’action
publique.

Les questions ont été reposées avec la loi Notre et je me suis positionné comme un
ardent défenseur des départements.

Les départements par leur histoire, mais aussi par les compétences et leur expertise,
sont, je vous le disais, les acteurs majeurs de la cohésion des territoires. C’est d’autant
plus vrai avec des régions fusionnées qui rendent plus que jamais nécessaire un
échelon d’administration de proximité, entre les régions de très grande taille et les
intercommunalités et les communes.

Aujourd’hui, notre cap en la matière, c’est la stabilité institutionnelle ! Trop souvent, les
élus locaux ont été bousculés par l’annonce d’un grand big bang territorial, qui
conjugue deux passions françaises : celle des annonces, et celle des redécoupages
territoriaux et administratifs.

Or, j’en ai la conviction élus locaux ont besoin de visibilité. Ils ont besoin de pouvoir
faire avec sérénité ce qu’ils font de mieux, tous les jours : leur travail.

Le sens du message que je souhaite partager avec vous est simple : nous retrouver
sur des priorités fortes et agir ensemble pour y répondre.

Parce que les départements incarnent la diversité de notre pays, qu’il n’y a pas un
département qui ressemble à l’autre, vous êtes bien placés pour connaitre ce qui le
ronge et entaille la promesse républicaine : les fractures territoriales.

Depuis que je suis Ministre de la cohésion des territoires, j’ai parcouru le pays. Je suis
également, au plus profond de moi, un élu local.

Je connais les risques de fractures qui s’amplifient, à la fois à l’intérieur des
départements et entre les départements.

Nous devons lutter ensemble contre le sentiment de relégation subi par de nombreux
Français qui, faute d’accès à l’emploi, à la mobilité, au logement, au numérique et aux
services essentiels, se trouvent en quelque sorte assignés à résidence et privés de
perspective d’évolution positive.
Nous le ferons avec vous, parce que les départements sont les chefs de file en matière
de solidarité des territoires.

Vous avez à protéger l’enfant, la personne âgée, la personne handicapée et la
personne en situation de précarité.

Vous contribuez à l’aménagement du territoire, dans les zones rurales, par la gestion
de ports et d’aéroports, par l’entretien de plus de 378 000 km de routes, par le
financement des services d’incendie et de secours, par vos actions culturelles et
sportives.

Nous nous inscrivons dans cette ambition.

Notre projet consiste à développer avec vous une stratégie d’accès pour tous et en tout
point du territoire aux services essentiels, une assistance aux territoires qui en ont le
plus besoin et la coopération avec l’Etat mais aussi avec les autres niveaux de
collectivités.

La cohésion des territoires se joue d’abord dans l’accessibilité des services au public.

Les difficultés d’accès aux services de base, qu’ils soient publics ou privés, constituent
une forme d’inégalité territoriale particulièrement intolérable.

Nous partageons la responsabilité d’élaborer, dans chaque département, un schéma
d’amélioration d’accessibilité des services, justement pour renforcer l’offre de services
là où elle est insuffisante. 4 schémas sont déjà adoptés, ceux de l’Aude, de la Loire-
Atlantique, du Finistère et de l’Isère et plus de 80 le seront dans les tout prochains
mois.

Une méthode participative a permis leur élaboration : les élus, les habitants, les
opérateurs de service ont été consultés, associés. Il en résulte des diagnostics précis
et l’identification d’enjeux sur lesquels les acteurs peuvent s’appuyer pour construire
ensemble des solutions réalistes et adaptées aux caractéristiques de chaque
département.

Dans le respect de ces schémas, nous pourrons ensemble déployer davantage de
maisons de services au public. Elles sont aujourd’hui près de 1200 en fonctionnement,
sur l’ensemble du territoire. Elles offrent un bouquet de services mutualisés entre
différents opérateurs nationaux et locaux, publics mais aussi privés, adaptable selon
les besoins des habitants qui ne sont pas les mêmes partout.

Et surtout, elles apportent ce que beaucoup de nos concitoyens, en particulier les plus
vulnérables, appellent de leur vœu : une écoute, un accueil personnalisé, une écoute,
un accompagnement dans les démarches dématérialisées et si nécessaire une
médiation.

Ces maisons sont un bel exemple de partenariat entre l’Etat et les collectivités, et parmi
elles les départements : plus de 50 d’entre vous sont engagés dans les MSAP, sous
une forme ou une autre.

Je pense aux Alpes-Maritimes, à la Corrèze et bientôt au Nord qui accueillent des
MSAP dans leurs maisons du Département ; à l’Aude qui les finance ; à la Nièvre qui
s’investit dans l’animation du réseau départemental des MSAP ; aux Yvelines qui
envisage une labellisation MSAP de certaines de ses implantations.
Je souhaite que de telles initiatives se multiplient.

Mon ambition est double aujourd’hui : compléter le maillage territorial en MSAP, car il
reste des territoires mal couverts, et améliorer le niveau et la qualité de l’offre qu’elles
dispensent, en particulier pour faciliter l’accès au numérique et accompagner les
personnes qui en sont éloignées vers les services publics en ligne, en leur garantissant
une aide et une formation dans leurs démarches.

Mon ministère travaille actuellement avec l’association des Départements de France à
la définition d’un cahier des charges des MSAP de demain, pour tenir compte des
enseignements des premières évaluations et anticiper les nouveaux usages.

La cohésion, c’est aussi faire ensemble pour les territoires qui en ont le plus besoin.

Faire ensemble, c’est considérer que les infrastructures ont un rôle à jouer pour réduire
les inégalités territoriales.

Je sais l’effort que vous déployez dans l’équipement numérique de vos départements,
en finançant les réseaux d’initiative publique, là où l’investissement privé ne permet pas
de garantir un accès au très haut débit. C’est l’un des chantiers majeurs de notre
ministère, car il porte une réponse concrète et rapide aux fractures et aux écarts de
développement que connaissent nos territoires.

On ne mesure pas encore complètement les opportunités que cet accès au très haut
débit représente pour les territoires les plus éloignés mais il est certain que le
numérique abolit les frontières et redonne aux territoires de nouvelles perspectives de
développement, en termes d’accès à la santé, de maintien à domicile, de télétravail, de
mobilité…

Beaucoup de départements (et quelques régions) l’ont compris très tôt et l’Etat les
accompagne de manière très substantielle en consacrant 3,3Mds€ à leurs projets de
réseaux.

La cohésion de nos territoires s’exerce aussi au travers du soutien aux publics fragiles :
bénéficiaires du RSA qu’il s’agit d’accompagner dans leur parcours d’insertion,
personnes âgées ou handicapées, mineurs en danger.

Faire ensemble, c’est œuvrer concrètement pour améliorer la cohésion sociale afin de
garantir à chacun un accompagnement individualisé et une réponse adaptée à ses
besoins.

Nous avons bien entendu en charge la politique de la ville, qui a pour but de
transformer le quotidien des habitants de nos quartiers. La politique de la ville n’est pas
l’affaire des quartiers mais du pays tout entier.

J’ai obtenu la reconduction des crédits d’intervention dédiés à la politique de la ville en
2018 sur la base 2017 avant annulation, à 430 millions d’euros, et cela pour l’ensemble
du quinquennat. Dans le contexte budgétaire que vous connaissez, c’est un effort
majeur et une preuve de la priorité donnée aux quartiers par le Gouvernement.

Le rôle des départements auprès des populations de ces quartiers est essentiel et je
souhaite qu’il soit reconnu à sa juste place.

Faire ensemble c’est, aussi, tout simplement, vous permettre de faire.

Vous connaissez le projet d’Agence nationale de cohésion des territoires. Je vous
rassure : ce n’est ni une agence au sens classique, ni un échelon supplémentaire.
Nous ne voulons pas ajouter de la complexité mais bien donner une réponse à l’envie
d’agir des collectivités les moins dotées.

L’agence a vocation à intervenir en subsidiarité. C’est dans ce sens que j’ai demandé
au Commissariat général à l’égalité des territoires de travailler à sa préfiguration. L’Etat
a lui-même un effort important à fournir pour coordonner et rendre lisible son offre de
service, en améliorant la capacité de ses services déconcentrés et de ses opérateurs à
s’organiser pour accompagner les territoires et produire les expertises qui relèvent de
leur responsabilité.

Mais l’Agence ne sera vraiment efficace que si elle parvient à mobiliser les collectivités
territoriales. Des expériences intéressantes existent : je pense notamment à la
plateforme d’ingénierie territoriale mise en place en Meurthe-et-Moselle, et à laquelle
contribuent 23 structures en capacité d’apporter un appui aux porteurs de projet.

Le cahier des charges de l’agence sera inscrit à l’ordre du jour de la CNT du 14
décembre.

Enfin, la cohésion des territoires, c’est bien sûr la concertation et les partenariats avec
l’Etat mais aussi entre tous les niveaux de collectivité.

Je pense encore aux quartiers prioritaires. Les contrats de ville 2015-2020 s’inscrivent
dans un partenariat considérablement élargi par rapport à la précédente
contractualisation. 98% des conseils départementaux sont aujourd’hui signataires des
contrats, alors qu’ils ne l’étaient qu’à hauteur de 34% dans le cadre des précédents
contrats urbains de cohésion sociale.

Ce partenariat élargi s’inscrit dans l’ambition de définir au bénéfice des quartiers une
stratégie sur le long terme.

Dès la phase d’élaboration des contrats de ville, les départements ont participé au
diagnostic et à la définition des priorités d’action. Ils ont ainsi identifié les politiques
qu’ils s’engageaient à mobiliser dans les quartiers.

Il est néanmoins encore difficile à ce stade, d’avoir une visibilité sur les engagements
opérationnels, et le cas échéant chiffrés, des départements dans les contrats de ville.
Cette mobilisation au bénéfice des quartiers prioritaires sera au cœur de l’évaluation à
mi-parcours qui interviendra en 2018. Elle devra conduire chacun des partenaires à
s’interroger sur les efforts déployés en direction des quartiers prioritaires et à son
implication dans l’intégration de ces territoires.

Cette concertation se déroule dans le cadre de la Conférence nationale des territoires
qui n’est pas un nouvel outil mais une nouvelle méthode, dans laquelle l’ADF s’est
engagée avec conviction dès son lancement le 17 juillet.

Chaque décision qui vous concerne doit avoir été concertée avec vos représentants.
L’Etat a des obligations envers les départements. Les départements ont des
obligations envers l’Etat. Nous ne sommes pas toujours d’accord et c’est notamment
lors des rendez-vous de la CNT que nous nous le disons et que nous surmontons nos
désaccords.

Je sais que vous serez au rendez-vous.

Mesdames, Messieurs,

Le gouvernement est engagé à vos côtés. Vous nous trouverez toujours à l’écoute
pour continuer ensemble à transformer notre pays et vous aider à assurer ce rôle
indispensable de solidarité et de cohésion.
Je vous remercie.

Seul le prononcé fait foi

Retrouvez le discours en ligne

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Contact presse : 01 44 49 85 65
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