Vous êtes sur la page 1sur 171

Points d’ouïe

&

Paysages sonores partagés

Points d’ouïe & Paysages sonores partagés Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018
Points d’ouïe & Paysages sonores partagés Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Table des matières

Le paysage sonore, exercices de logique sans a priori, ou presque

5

Gare aux oreilles, un banc d’écoute, une liste

6

PAS - Parcours Audio Sensibles, tentative de définitions non définitives

8

Campus Corpus - Parcours sensible

15

Explorations, extractions, parcours sensibles et territoriales

17

Points d’ouïe en Stations d’écoute

19

Gare aux oreilles, un banc d’écoute, une liste

20

Points d’ouïe, du sentiers au chantiers d’écoute

21

Carnet de voyage, de point d’ouïe en point d’ouïe

22

Points d’ouïe

Les aménités

en Stations d’écoute

 

23

auriculaires

24

Point d’ouïe, la feuille tout

près des arbres…

25

Mon éternel Back To The Trees

25

PAS – Parcours Audio Sensibles, tentative de définitions non définitives

27

Écritures sensibles et dépaysement au quotidien

34

Points d’ouïe, un abécédaire

35

Parcours et paysages sonores, des oreilles, des pas et des mots

37

PAS – Parcours Audio Sensibles, des oasis sonores et des traversées nocturnes

38

Point d’ouïe, un lieu, un moment, une image, des mots, des sens

39

Réminiscence en marche

41

Point d’ouïe, vers une phénoménologie de l’écoute paysagère

44

Apprendre, décrire, ressentir, percevoir

44

Récit de PAS – Parcours Audio Sensible – L’Ile Barbe à Lyon

46

Résidence anthropocènique Titre à venir

46

Tracé(s) de PAS – Parcours Audio sensible

48

Une histoire de tracé(s) et/ou les tracé d’une histoire

48

Points

d’ouïe, florilège d’écoute(s)

51

PAS – Parcours Audio Sensibles canailles

63

2018, paysage sonore arpenté et autres utopies

64

Points d’ouïe, expérience acoustique

66

Chemins de voix

67

Point d’ouïe, FluxOdiOcartO

69

PAS – Parcours Audio Sensible et cartographie sonore

69

Phasage

71

Points d’ouïe, Points de vue et fils d’écoute

73

PAS – Parcours Audio Sensible – Où il s’agit de faire entendre le dépaysement

74

PAS – Parcours Audio Sensibles in carnets

75

Points d’ouïe, de la veille informatique au terrain

77

PAS – Parcours Audio Sensibles et Points d’ouïe sur bancs d’écoute, parcours et cartographie

78

Banc d’écoute

83

Another PAS

83

PAS – Parcours Audio Sensible au Parc de La Villette à Paris

84

À La Villette, on tranche l’écoute !

84

PAS Parcours Audio Sensible, des bosquets de Goutelas aux berges du Lignon

90

PAS – Parcours Audio Sensible nocturne à Loupian

95

Les chants de la nuit

95

City Sonic 2017 – Points d’ouïe et PAS-Parcours Audio Sensible à Charleroi

98

Charleroi , écoute by night

98

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Point d’ouïe – Face à la mer

104

Point d’ouïe – Face à la mer

104

Sweet Spot – In front of the Sea

104

Les restes d’un PAS-Parcours

105

Mes amies les cloches

105

Décoassance

105

Éviter la surenchère

105

Stations d’écoute in situ

105

À

même le terrain

106

Faire ensemble

106

Chaos

106

Croisements

106

L’attention à la marche

107

 

Inauguration d’un Point d’Ouïe et PAS à La Romieu – Made of Walking 2017

107

À

l’envers et contre tout

112

Aménités

112

Filtrages

112

Bureau nomade

112

Accroches

113

Inspirations et modèles

113

Villes et autres villes

114

Expériences versus paysage

114

Lieux de vie ?

114

L'eau raye, fluide, la surface des sons

114

Banc d’écoute en duo, Parc de la Tête d’Or à Lyon avec Lucile Longre

115

En PAS, ceux d’être

116

On ne peut pas avoir Debord et l'art genre Debord !

117

Itérations humaines

117

Immersion méditative

117

PAS – Parcours Audio Sensible, l’exercice de l’incertitude stimulante

118

Performeurs ou perforateurs ?

119

De la saturation du discours

119

Random né, au hasard de la marche

119

Scènes auriculaires

120

Motivations

120

Points d’ouïe et paysages sonores partagés ?

121

121

Construire un paysage sonore ?

121

Nocturne d’écoute, je vous invite !

122

Point d’ouïe, une harpe éolienne lyonnaise

123

« En priant Dieu qu’il fit du vent… »*

123

Points d’ouïe, vers une éco-écoute sensible, sociale et politique

125

PAS – Parcours Audio Sensibles, Points d’ouïe et paysages sonores partagés, vers une éco-écoute

sociale et écologique

125

Points d’ouïe Sardes

128

Chroniques de Cagliari et alentours à l’écoute

128

Points d’ouïe en marche, la Sant’Efisio à Cagliari

133

Une journée Oh combien sonore !

134

Point d’ouïe et rêve(s) de sons

135

Juste une mise en boite

136

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Partition de PAS – Parcours Audio Sensibles, partition N°5

137

Point d’ouïe et partition de PAS – L’oreille collée à…

137

Les PAS – Parcours Audio Sensibles, catalyseurs d’une communication non verbale

138

Point d’ouïe campanaire à Cagliari

142

Carnet de sentiers

143

Les sentiers de l’écoute

144

Dans un modeste PAS

144

L’oreille en sentier est souvent une oreille enchantée !

145

PAS – Parcours audio Sensibles, le dynamisme du simple au complexe

146

La meilleure façon de marchécouter?

146

Un PAS – Parcours audio Sensible – Gare de Perrache à Lyon

147

Point d’ouïe – Les flâneries d’un promeneur solidaire

149

La marche, un repérage de territoires sensibles ?

151

À votre sentier les oreilles !

154

PAS – Parcours Audio Sensible, marcher, écouter, cartographier

156

Une, des cartographie(s) sonore(s), des écoutes à la carte ?

156

Écoutant marcheur, acteur chercheur

158

Improbable paysage#1 – Nœuds d’écoute

160

Situation d’écoute, musée sonifère à ciel ouvert – opus1

161

Situation d’écoute Opus1 – Où je fais mon marché de sons

162

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible, partition n°6 – « immobilité, statues de l’écoute »

165

Postures – Installations d’écoute(s) collective(s)

166

Version

forestière

166

Version

panoramique

167

Version

urbaine

168

Paysages – espaces sonores, une prolifération mise en récit

169

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Le paysage sonore, exercices de logique sans a priori, ou presque

Par déduction (syllogistique) Tous les paysages sonores sont bruyants La ville est un paysage sonore. Donc la ville est bruyante

Par induction (anti syllogistique) Tous les matin, j’entends les sirènes des véhicules de pompiers qui quittent leurs casernes. La ville résonne comme une caserne de pompiers. La ville, et au-delà, est une immense caserne de pompiers à deux tons.

Par analogie L’environnement sonore urbain est au concert ce qu’est le grand vacarme qu’ont orchestré des Fluxus, Russolo et autres metalo-noisy réunis.

Par intentionnalité (phénoménologique) A travers le chant d’un oiseau en cage (enfn des oiseaux), j’entends la grande symphonie de la nature. merci Monsieur Krauss !

Par l’effet de synthèse (a priori) L ‘environnement sonore est menacé, comme du reste tout autre environnement. il est de ce fait dangereux car il sera à la fois le fossoyeur et le tombeau de nos oreilles exsangues

Par la compréhension (ou l’inverse) Le paysage sonore est d’autant plus insaisissable qu’il nous révèle toute sa subjectivité culturelle et et par-delà, le côté acoustiquement instable de son approche.

Par l’imagination La sirène d’un camion de pompier est posée sur un rocher, au centre d’une fontaine, pour attirer à elle toutes les voitures de la villes.

Bien sûr, au-delà de ces exercices de styles, on peut toujours parcourir un paysage sonore, celui que l’on se construit en marchant par exemple, en recherchant des affnités plus généreuses et apaisées…

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Gare aux oreilles, un banc d’écoute, une liste

Des pas et des pas beaucoup de pas discrets ou claquants assurés ou hésitants rapides ou flneurs… Des voix et des voix beaucoup de voix féminines et masculines Jeunes ou matures dans différentes langues différentes accentuations des voix annonceuses aussi microphoniques et amplifées des trains au loin à gauche, au-dessus du talus entr’aperçus grondant et ferraillant par intermittence klaxonnant vivement ponctuation virulente déchirant l’espace ferroviaire et nocturne de surcroit des métros chuintant en dessous s’arrêtant puis repartant cycliques des bips de composteurs véloces stridences aigus sur bruit de fond magmatiques des portes coulissantes feutrées feulantes et sans claquement et d’autres portes sésames soumises aux cliquetis des tickets approuvés parfois une sonnerie rageuse bad compostage ou hors délai puis un balai effeurant les dalles en traquant l’immondice un charriot cliquetant des bruits de papiers froissés de bouteilles jetées decrescendo avec la nuit tombante un apaisement gradué s’installe des bus qui s’arrêtent tout près derrière la vitre des portes qui s’ouvrent alors des fux de pas et de voix en déferlantes puis un rellchement détente résiliant un calme envahissant qui revient les espaces qui ’apaisent discrètement les voix au loin encore se perdant dans un enchevêtrement de réverbérations un bébé braillard s’égosille un curieux effet d’écho au fond d’un long couloir vitré et obstinément dallé deux enfants passent en trombe de l’énergie dans les voix de l’énergie dans les corps des boules de vitalité bousculant la presque somnolence des lieux avant que de lui rendre la sirène d’une escouade policière

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

parcourant furieusement les quais une valise à roulette fait chanter le jointoiement des dalles scansion entêtante qui marque son trajet indécis crescendo decrescendo chaotiques et vis et versa entremêlés jusqu’à l’extinction lointaine irrémédiable un tintement de clés des gardiens médiateurs le vacarme oh combien envahissant d’un rideau de fer qui coulisse en grondant en fermeture d’un commerce fatigué une gare toute aux oreilles en somme sa multiplicité ses acoustiques ses activités ses passagers ses objets fxes ou ambulants ses ambiances changeantes ses paysages forgés par l’écoute postée autant qu’obstinée des scènes remodelées par les mots du récit adjacent.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

PAS - Parcours Audio Sensibles, tentative de définitions non définitives

Des mots et des actes, tentatives de défnitions contextualisées. Une réfexion lexicologique en chantier, non exhaustive tant s’en faut ! Liste non triée, non hiérarchisée, écrite selon ce qui me venait à l’esprit dans l’instant de la rédaction.

- Écoute : Tendre l’oreille et oreille tendre, se tendre vers et se détendre ici…

- Paysage sonore : Nos lieux de vie, des villes, des forêts, des parcs, des espaces péri- urbains, des sites naturels, entre nos deux oreilles exactement.

- Ensemble : Un groupe de promeneur écoutant à l’oreille solidaire, en synergie de faire avec les autres.

- Parcours : Partir d’un points pour aller vers un ailleurs qui transformera, peut-être, notre façon de voir, et d’entendre, les choses, sonore et autres.

- Ville/cité : Une entité géographique, sociale, territoriale, complexe, que l’on abordera par le petit bout de l’oreillette, ou par le grand, selon les cas.

- Point d’ouïe : un arrêt sur son, un point focal où il fait bon écouter, un espace-temps immobile surprenant.

- Lenteur : Où il faut prendre le temps de marcher et d’écouter sans rien presser, en sentant la présence d’autrui dans chaque geste partagé.

- Partage : Faire ensemble, créer une dynamique collective pour mieux échanger sur nos ressentis, nos émotions, colères, espoirs, désirs…

- Géographie : Une géographie du sensible qui trace des espaces à portée de tympan.

- Société : Des espaces - temps où les communs sont en écoute, voire se construisent en écoutant.

- Marche : Le moteur-même de l’action. un geste kinesthésique, une façon de lire et

d’écrire le cheminement, le territoire, de le traverser collectivement et d’en être traversé.

- Repérage : Découvrir des lieux pour en saisir les saillantes auriculaires, les ambiances caractéristiques, se qui nous tire l’oreille.

- Improvisation : Jouer avec l’inattendu, les événements sonores, composer l’espace d’écoute en fonction de ce qui s’y passe, jouer de la sérendipité.

- Corps : Un corps agissant, sensible, émetteur et récepteur, en lien avec d’autres corps, immergé dans une sonosphère vivante.

- Oreille : Le réceptacle de nos petits et grands plaisirs auriculaires, mais aussi de potentiels désagréments.

- Aménités (humaines, paysagères, urbaines…) : Ce qui nous charme, nous met en joie, nous servira de modèle pour embellir notre marche, voire notre vie.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

- Nuit : Un espace privilégié pour re-découvrir de l’oreille nos villes et campagnes. Des instants d’apaisement propices à la rêverie de promeneurs solidaires.

- Effets acoustiques : Chercher et jouer avec des échos, des réverbérations, des lieux surprenant nos écoutes.

- Marqueurs sonores : Ce qui fait qu’un espace se révèle singulier, un carillon, une fontaine…

- Sensible : Nos sens en émoi, en éveil, en alerte, en jouissance de l’instant présent,

paysage à feur de peau, d’oreilles, nous sommes des êtres pluri-sensoriels. Développer notre sensibilité pour ne pas rester de marbre.

- Voir : L’œil guide l’oreille, et vice et versa, une complicité/xomplémentarité bien entendu(e).

- Mixage : L’espace acoustique comme un vaste terrain de jeu, jeu de l’ouïe, parcours en fondues, en ruptures, en glissements progressifs, agrégations sonores, diminution, amplifcation, zooms… La marche secoue des sons.

- Ambiances : Harmonies ou dysharmonies, atmosphère plus ou moins agréables, fonctionnements ou dysfonctionnement, ce qui nous imprègne.

- Audio : Littéralement, j’écoute !

- Silence :

poétique ou trivial. Le PAS se fait en silence, pour mieux laisser la place aux sons.

- Oasis : Une zone de calme « naturelle » ou construite, un lieu Agora ou l’échange sera privilégié.

- Récit : De l’histoire qui fait naitre, qui explique, qui transmet, qui charme, à la trace qui conserve en mémoire.

- Traces : Des paroles, des images, des sons, des façon de ré-incarné un geste passé, une action éphémère, immatérielles, ou de la transposer.

- Territoire : Là où la présence humaine se montre, se fait sentir, où l’oreille se socialise (ou non).

- Auriculaire : Une des synonymes d’acoustique que j’aime bien il sonne joliment.

- Mémoire : Ce qui restera en nous d’un parcours, d’une action d’écoute collective, qui peut-être changera notre façon de ressentir les choses.

- Art (sonore) : Une modeste façon de décaler notre regard, notre écoute, notre vision- audition du monde.

- Écologie (sonore) : Sensibiliser, prévenir, conserver (les aménités paysagères), améliorer, prendre conscience d’un patrimoine sonore Oh combien fragile et souvent bruyamment malmené.

- Patrimoine : Des spécifcités territoriales et humaines hérités de traditions, de savoir-

Ce qui permet aux sons de (mieux) trouver les place, espace qui, ou inquiet,

faire, des cloches, des langues et des accents, des chants et des sonnailles, ce qui fait vie.

- Écho : Un mythe ou un phénomène physique dont je ne me lasse pas, avec lequel j’adore jouer.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

- Campanaire : Relatif à la cloche, un objet musical installé de puis fort longtemps dans l’espace public, à défendre envers et contre tout.

- Chemin : Ce qui nous mène à, vers, et aussi ce que l’on construit en marchant, y.

- Poésie : Ce qui nous emmène vers une sensibilité exacerbé, un imaginaire bienveillant, un décalage stimulant.

- Environnement : Ce qui nous entoure, écosystèmes fragiles, agréables ou oppressants, voire hostiles, là où nous sommes à la fois écoutant récepteurs et hommes sonores producteurs, pour le meilleur et pour le pire.

- Philosophie : Ce qui est lié à la sagesse (d’entendre et de s’entendre) à la recherche de clés auditive, à une phénoménologie descriptive du geste d’écoute et de ses sources.

- Hétérotopies : Concept de lieux superposés selon Michel Foucault. Un espace sonore à la fois physique, social, artistique, territoire et paysage en couches.

- Mouvement : Tout ce qui nous empêche de trop prendre racine, met en marche notre

corps, notre oreille et notre pensée, nous unis dans une réfexion sociale parfois revendicative, voire résistante.

- Résistance : Ce qui nous évite de tomber dans la pensée unique, l’écoute pré-fabriquée,

de résister à la folle accélération du monde, d’accepter l’altérité et l’hybridation pour vivre plus dignement.

- Groupe : Ensemble d’individus potentiellement ou temporairement communauté de promeneurs écoutants, mettent en commun leur énergie et volonté à mieux entendre le monde, et par delà, à mieux s’entendre.

- Chemins de travers : Emprunter des passages inhabituels, décalés, écouter le quotidien

le trivial, rompre avec les habitudes des chemins machinaux; mettre du piment dans notre écoute, notre parcours.

- Errance : vagabondage sans itinéraire préalable, utilisation de cartes pour mieux se perdre, et sans doute se retrouver.

- Images : Images acoustiques, visuelles, mentales, tout ce que la promenade écoute peut générer, entre interprétation et rêverie.

- Politique : Au sens premier, qui est partie prenante dans la vie de la Cité, mais peut-être

contestataire aussi, marcher/écouter, c’est aussi montrer, questionner, résister, proposer…

- Quotidien : Montrer sous un autre angle (sonore) les richesses d’un dépaysement à partir

de nos quotidiens, faire sortir nos trajets d’un geste machinal, ouvrir les oreilles sur le détail comme sur le panorama in-entendu, ou inécouté.

- Universalité : Entendre le Monde comme un vaste chantier d’écoute où se partagent des

valeurs universelles, de la voix aux sons des pas en forêt, du vent et de l’eau ruisselante…

- Transmission, apprentissages : Faire passer ses expériences, ses valeurs, ses récits, ses joies et questionnements, donner envie de poursuivre plus avant les chemins d’écoute.

- Promeneur écoutant : Emprunté au compositeur Michel Chion. Dans mon cas, personnage engagé dans une écoute collective, en mouvement, et rune réfexion autour

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

de ce qui fait sens dans nos vie par le prisme, entre autre, du sonore. Atelier our marcheurs entendant à ciel ouvert.

- Installation sonore : Par extension, ou imagination/décalage, considérer que toute écoute

peut permettre une posture mentale qui nous ferait considérer le paysage sonore comme une immense installation sonore à ciel ouvert, à 360°, interactive, auto-générative, et plus si affnités…

- Audition/addiction : L’écoute à forte dose peut générer des habitudes addictives dont il

fait parfois savoir se dégager our remette les oreilles sur terre, ou les déconnecter de leur activités d’écoutantes forcenées.

- Parole : Source sonore très présente par le biais de la voix. La parole qui précède, qui

ritualise, qui fait entrer dans, celle qui suit, qui se libère après une marche silencieuse , qui partage les ressentis, qui exprime son propre parcours et celui du groupe, cette qui aide à conserver en mémoire, celle qui matérialise et parfois combat, ou réunit.

- Postures : Des postures mentales (attention, bienveillance, ouverture, curiosité…) ou

physiques, faire ensemble, être guidé (ou guider), s’assoir, tourner le dos à, ausculter, se toucher, s’allonger…

- Plaisir : Un des moteur essentiel pour des parcours d’écoute dont on gardera un souvenir agréable, une impression forte, une envie peut-être de refaire.

- Synesthésie : Quand un son devient forme, couleur, abstraction mentale…

- Transitions : Passer d’un lieu ou une ambiance à l’autre en ressentant les espaces

intermédiaires, passer entre, par, dedans, à côté, transiter pour appréhender les vides et les creux, les espaces indéterminés, quasi indéfnis.

- Collaborations : Inviter un graphiste, un élu, un habitant, une danseuse, un musicien

improvisateur… à découvrir, faire sonner, élargir ses savoir-faire, hybrider ses pratiques, cultivé une altérité féconde, construite ensemble…

- Acoustique :Tout ce qui vibre autour de nous, colore l’espace, révèle et signe des topophonies, des architectures…

- Acousmatique : Écoute imersive, sans voir les sons, point d’ouïe enfermé qui ne laisse de la place pratiquement qu’à nos oreilles, plaisir et surprises du hors-champ, très fréquent dans l’acte d’écoute.

- Écrit : ce qui peut venir fxer l’écoute, la transposer, la matérialiser via des mots et images mentales, mais aussi substituer au microphone lorsque celui-ci ne parvient pas à faire ressentir le sensible et l’émotion du parcours.

- Questions : Retrouver des questions façon fraîcheur enfantine. Pourquoi le paysage

sonore n’existe t-il que s’i y a des auditeurs pour l’écouter ? Pourquoi le chemin n’existe t-il que s’il y a des marcheurs pour le tracé ?

- Synergie : Lorsque la somme de nos énergie amplife nos capacités perceptives.

- Variations : Sur la base d’un parcours, d’une thématique, explorer les différentes façon de faire, comparer les différentes phases, étapes, modifcation, ne jamais reproduire à l’identique, une faon d’avancer sans se répéter.

- Contexte : Ce qui entoure la marche, l’écoute. Le lieu de l’action, les circonstances, le

climat, l’ambiance, l’histoire, les personnes… Tout ce dont il faut absolument tenir compte pour ne pas dénaturer l’action, mais au contraire la rendre plus crédible.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Sensibles prennent

tous leurs sens. Il faut que les expériences et ressentis soient généreusement partagés.

- Guide : Celui qui accompagne, qui montre le chemin, qui imprime l’allure, qui propose

des postures, qui sait « sentir » les attentes du groupe et y répondre. Celui qui parfois désoriente et parfois fait se retrouver.

- Sérendipité : Transformer l’imprévu, l’inattendu, l’in-entendu, l’accident, la perturbation en un élément de jeu, de découverte. Rester ouvert à tout ce qui peut venir modifer le parcours et s’en servir comme une nouvelle richesse. Une forme d’improvisation positive.

- Rituel : Ce qui permet d’assoir une base reproductible et rassurante. Mise en condition, mise en marche, offrande et cérémonie de l’écoute, inauguration de points d’ouïe…

- Relationnel (art /esthétique) : Le fait que le faire ensemble soit plus important que la chose faite. Une œuvre immatérielle, construite sur des relations avant tout humaines.

- Nature : Un espace naturel, la nature des chose. Question d’origine. ce qui se fait tout seul (nature) face à ce qui est fabriqué (culture). Un son naturel, culturel, résiduel, conceptuel, hybrides ?

- Couleur : Ce qui donne des aspects singuliers aux sons, des timbres, des chaleurs, des éléments reconnaissables,identifables.

- Humanité :

- Sens : Le sens de la marche, géographiquement parlant, ou la recherche de défnition,

de justifcation, d’un forme de philosophie ambulante, nomade. Les sens qui nous font aborder le paysage sonore comme une construction sensible, pluri-sensorielle.

- Culture : Ce qui fait qu’un son ne sera pas forcément le même ici ou là, que ces

perceptions, jugements de valeur, appréciations esthétiques varieront beaucoup. L’écoute et la perception auditive st éminemment culturelle. On peu t également parler de culture de l’oreille lorsque l’écoute est développée comme un apprentissage visant à améliorer l’acuité auditive, sa (re)connaissance des sources. Le chemin de campagne n’a rien de naturel, u-il est construit à travers champs et bois. Comme la campagne aménagée, l’environnement est donc culturel. Quand aux sons…

- Inauguration (de points d’ouïe) : Une cérémonie offcielle, publique, discours et moment

- Partage : Un élément moteur pour que les PAS - Parcours Audio

d’écoute à l’appui, certifant un Point d’ouïe comme un site reconnu, identifé, cartographie, renseigné. Un repérage préalable, souvent public, aide à le choisir, à l’aide d’une série de critères esthétiques et sensibles.

- Nomadisme : Ce qui met le promeneur écoutant en mouvement, évite qu’il ne s’enracine dans un paysage trop fgé par l’habitude.

- Dépaysement : Un changement plutôt positif, stimulant, à l’inverse du « Mal du pays »,

dans notre façon de voir les chose, d’aborder un territoire inconnu. A lire le superbe ouvrage de Jean-Christophe Bailly « Dépaysement, le voyage en France »

- Empathie : Entrer et rester en contact avec autrui, et les territoires explorés… Ne pas se

faire engloutir par l’émotionnel mais néanmoins, le cultiver comme une émulation créative, et généreuse.

- Bruit de fond : Une masse résiduelle, arrière-fond sonore peu ou pas maitrisée ni

contrôlée, un brouillage assez désagréable et perturbant dans son invasion chronique et parfois hégémonique.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

- Kinesthésie : Le corps en marche, dans l’espace public, dans l’espace humain, dans un forme de danse, le monde ressenti comme une expérience toujours en mouvement.

- Itinéraire : Se tracer un chemin à suivre tout en sachant que l’on pourra s’en éloigner parfois, bifurquer, hésiter, prendre la tangente…

- Tourisme (culturel) : Visiter en s’imprégnant du patrimoine des langues, des coutumes,

des savoir-faire, des sonorités intrinsèques… Mais surtout sans envahir, sans dégrader, sans imposer une présence, une idée, surtout dominante, un préconçu….

- Identité (sonore) : A l’origine, ce qui est identique. Aujourd’hui, surtout ce qui est

identifable, reconnaissable - la cloche, la fontaine, l’écho de la montagne… Des sons et ambiances dans lesquels on se reconnait. Mais attention aux dérives phobiques et excluantes !

- Zoom : Objectif à focal variable, grossissement et dé-grossissement. Se rapprocher d’un

son, coller l’oreille à, focaliser un point d’ouïe, isoler, user de la parabole (acoustique)… Tout un monde de micro sonorités inouïes…

- Plans (sonores) : Étagement spatial du plus près (1er plan), au plus loin (rumeur), avec

tous les intermédiaires selon les lieux. Mais les sons bougent très vites, s’éloignent, se rapproches, plans mouvants, fugaces, qui peuvent brouiller les carte de l’écoute. Ne restons pas en plan, en tous cas pas systématiquement. Sans parler des bons plans qui se révèlent parfois des mauvais plans…

- Signal : Signe ou geste convenu pour montrer, alerter, déclencher… Sonal, bip, sirène,

cloche… Signaux informatifs, de préférence qualitatifs. Signal sur bruit (rapport), rechercher la qualité d’une information qui se détache du bruit de fond, très utile e milieu urbain.

- Scénario : Construction, trame, qui permet, si tout ce passe bien, de raconter, de

montrer, de faire entendre, de mettre en scène, à portée d’oreilles, une histoire. Évitons les scénario catastrophes.

- Carte/cartographie : La représentation, ou les procédés représentatif d’un territoire

géographique donné, avec la mise en exergue parfois de ses spécifcités (dont les sources sonores). Carte mentale, du sensible au subjectif. Outil pour (moins) se perdre. Approche audio-géomatique en chantier.

- Enregistreur : Ce qui sert à enregistrer, à capturer à conserver des données, en un

instant T et un lieu donné. Appareils, microphones, pas si objectif qu’on veut bien le dire, l’oreille reste la grande cadreuse. Parfois impuissant à retranscrire la charge émotive que l’on croyais capturée. Les mots peuvent perdre le relai si nécessaire.

- Field recording : Enregistrement in situ, de terrain, de choses existantes, issue à l’origine de la volonté de garder des traces ethnographiques (langues, chants…) et audio- naturalistes (espèces animales menacées). Également sources inspiratrices de paysages sonores.

- Sources (sonores) : Ce qui sourd de, l’eau, de la terre à l’origine. Ne pas confondre ici

l’état de surdité et le verbe sourdre. Ce qui nous fait identifer un son par son producteur, son origine. Ce qui ne coule pas toujours de source à l’oreille.

- Décalages : Écart temporel, spatial, ou perceptif. Créer un décalage poétique par des

gestes inhabituels, écoute de lieux où l’oreille n’as pas coutume à s’y frotter. Le décalage est bien souvent ce qui permet de vivre plus fortement une action, et de la mémoriser à plus long terme.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

- Flux : Déplacements, dans un même sens, de données, de personnes, d’objets, de

fuides, de sons… Attention de ne pas se laisser emporter, il faudrait parfois aller à contre- courant, mais pas si facile que cela !

- Coupures (effet de) : Brusque changement dans une ambiance acoustique, généralement disparition ou affaiblissement important et rapide. Il sufft pour cela qu’une source s’éteigne, ou de tourner à l’angle d’une rue, d’un bltiment… En urbanisme, nous trouvons aussi un effet de coupure, mais en général beaucoup plus préjudiciable. Voie de circulation coupant une ville, un quartier…

- Dispositif : Agencement d’éléments, matériels ou non, pour mettre en scène, en pratique, un parcours, une écoute, une pédagogie, une installation sonore…

- Création sonore : Composition, installation, performance, à dominante sonore, mais non musicale, ou au frontières (imprécises) de…

- Soundwalk : L’équivalant anglophone des balades sonores, promenades écoute, et pour moi, une des formes des PAS - Parcours Audio Sensibles.

- Radio/radiophonie : La radio est un incroyable écran sonore. Terrain de jeu, d’exploration

sonore, de diffusion, boite à images sonore, je ne cesserai de défendre ce média, lorsqu’il n’est pas trop médiatiquement intrumentalisé.

- Technologie : Des outils et des techniques qui, lorsqu’elles se font transparentes et ne

prennent pas tout l’espace, sont d’incontournables leviers de création, même si parfois on peut faire sans.

- Casque : Dispositif et espace de diffusion intime (trop ?), permettent d’emmener des

sonorités nomades au ras les oreilles. Parfois objets d’isolement, parfois prétextes à de beaux parcours d’écoute, parfois destructeurs de tympans… J’utilise aussi des casque anti-bruits plus ou moins trafqués.

- Microphones : Matériel entonnoir à la base de la captation sonore, permettant de nombreuses techniques de prises de son. Ce qui, côté matériel, remplacerait nos oreilles. Enfn, l’émotion et les fltres psycho-acoustiques en moins.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Campus Corpus - Parcours sensible

Cette promenade est un projet qui nous trottait dans la tête depuis déjà un certain temps, quand nous avons décidé de passer à l’action. On, c’est Natacha Paquignon, danseuse et chorégraphe, Patrick Mahon, tresser urbain amateur de paysages, d’histoires, de lyonnaiseries et de chocolat, et Gilles Malatray, alias Desartsonnants, alias moi-même. Après un repérage copieusement arrosé, où nous avons sélectionné quelques lieux qui nous semblaient intéressants à explorer, à écouter, à danser, à raconter, nous avons guidé à trois un groupe de personnes entre chiens et loups. Le lieu choisi était le campus universitaire de la Doua, Lyon 1, tout au moins une partie tant celui-ci est étendu (100 hectares, plu de 22 000 étudiants, 1500 chercheurs, l’un des plus vaste de France…). Un lieux dédié aux sciences de toutes natures. Ce lieu est d’ailleurs en voie de modernisation et est actuellement le théltre de nombreux et imposants travaux. Il nous offre de ce fait un merveilleux champs de déambulation, entre architectures et parcs, passages divers et variés… Nous seront tour à tour guide, écoutant, danseur, raconteur, invitant le public à participer à nos expérimentations sensorielles et postures d’écoute.

Tout d’abord, une petite séance « d’échauffement « collectif, d’ouverture à l’espace, de mise en condition. On prend co,science de son corps, de l’autre, du paysage environnant, tout en douceur, avant que de partir déambuler sur le campus.

Première halte au pied d’une sculpture-monument en pointe élancée vers le ciel. Un objet qui attire le regard vers le haut, décale nos perspectives. Une danse qui invite à regarder plus haut, à la contre-plongée comme point de fuite. Une dédicace de ce parcours à notre ami Geert Werner et artiste marcheur international, Geert Werneire.

Nous longeons une voie verte de tram, et, geste enfantin, mettons nos pas dans des rails que néanmoins nous n’hésiterons pas à quitter bientôt.

Signe cantique au détour d’un trottoir, un panneau penché nous indique une route à suivre, il vibre lorsqu’on le touche, une petite danse pour le remercier.

Nous empruntons la rue de l’émetteur. Un nouveau signe pour le groupes de récepteurs que nous sommes.

Une série de bancs, prétexte à une écoute collective assise, dos à dos, pour ressentir les vibrations ambiantes, les vibrations de l’autre, de l’espace également…Des galets percutés et frottés contre les assises de pierres ponctuent l’espace de rythmes, une nouvelle danse se profle, venant solliciter le le corps par des frôlements, contacts tactiles qui nous fait ressentir la physicalité du groupe.

Une clairière, face à la Maison de l’émetteur, nous offre un décor pour une scène où nous deviendrons antennes, où la danse se fera tournée vers le ciel, sur fond de signaux électromagnétiques, spatiaux, galactiques, installées pour l’occasion à même la pelouse. Une petite histoire patrimoniale contée gun situ. http://leradiofl.com/LADOUA.htm

Peu après, une petite voie verte, un alignement de peupliers, de végétaux et autres matériaux nous ferons ausculter de micros sonorités, et utilise quelques longues-ouïes desartsonnantes, toujours en mouvement.

Longeant des terrains de sport, nous gravirons ensuite quelques marches, pour emprunter un chemin en hauteur, séparant le campus d’un périphérique bourdonnant à notre oreille

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

droite. Nous somme sur la grande digue protégeant Villeurbanne d’éventuelles crues du Rhône.

Replongeant au cœur du campus, une série de dalles piétonnières nous pousse à improviser quelques pas de danse collectives. Sentir le sol sous ces pieds, jouer avec l’espace, un jeu très apprécié. Un lampadaire se transforme en instrument de percussion, donnant des temps, avant que de se taire pour marquer la fn de la séquence, immobilité.

Sur le chemin du retour, une autre clairière parsemée de gros blocs granitiques sciés, autre proposition d’ écoute, de mouvements, de postures.

Plus loin, un jardin collectif avec une spirale accueillants des plantes aromatiques elles- même attirant et accueillant des insectes pollinisateurs et autre faune locale. Une pause, assis sur une spire de pierres sèches, rappel de notre propre ADN est ce haut-lieu de recherche scientifque, mais aussi de notre colimaçon cochléaire, un des siège de l’écoute lové au creux de notre oreille interne. La nuit tombe doucement, le ciel vire au bleu de plus en plus soutenu, avant l’obscurité trouée d’une belle installation lumineuse multicolore vers la clairières aux granits. Une moto passe vrombissante, coupure tonique de cet espace entre douceur et accidents sonores. Une dame promenant son chien nous aborde, visiblement intrigué par nos expériences sans doute bizarres vues d’un observateur non averti. Lui ayant expliqué notre dé-marche, elle nous trouve sympathiques, accueillants, avec une douce folie qu’elle ne regrette de ne pas pouvoir partager, vu son emploi du temps. Sympathique rencontre emplie d’empathie. L’espace public c’est aussi cela !

Retour à notre point de départ, au Toï Toï le Zinc. Des images, des sons et des idées plein la tête, avec l’envie de poursuivre et de développer ce genre de parcours somme toute très hétérotopique, au sens foucaldien du terme.

toute très hétérotopique, au sens foucaldien du terme. Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Explorations, extractions, parcours sensibles et territoriales

L’action se situe dans le cadre d’un projet art-science, Titre à venir, autour de l’anthropocène. Un collectif d’artistes, de chercheurs et de citoyens engagés s’est réuni pour une série de résidences/actions, portées par le tiers-lieu la Myne (https://www.lamyne.org/). Sont ainsi développées différentes expériences, réfexions, rencontres, parcours sensibles, documentations, méta-langages, bidouillages de systèmes éco-logiques, modes de communication, expérimentations, revendications politiques, au sens large… et plein d’autres effervescences qui se brassent sans complexe. Ces rencontres activistes donnent lieu à des expositions en chantier, ateliers communs, invitant artistes, chercheurs et publics à modestement re-visiter notre monde, l’environnement, ses fragilités, voire grands périls, sans toutefois sombrer dans un pessimisme mortifère. Il s’agit de poser des questions, sensibiliser, chercher à faire, à mieux faire, à ajouter sa petite goutte de sociabilité, d’humanité, sans vouloir tout résoudre, mais sans totalement subir aveuglément. Dysfonctionnements climatiques, migrations, économie/écologie… sont des sujets brûlants sous le regard (et l’oreille) de personnes venues de différents horizons, mais curieuses d’en expérimenter les tenants et aboutissants,, et surtout de partager ces questionnements plus que jamais d’actualités. Il n’est pas question ici de moraliser à outrance, de sanctionner, de catégoriser le bien et le mal de façon par trop manichéiste, mais bien d’expérimenter ensemble ce que nous pouvons faire et mettre en commun, entre rêves et réalités, quotidien trivial et utopies, société et individus, pensées et agir… Pour mieux saisir ce projet complexe, l’idéal est de s’inscrire, de participer, même ponctuellement, dans une de ces actions qui, d’une ville à l’autre, s’installent progressivement dans le monde de ce que l’on nomme parfois des alternatives, des fabriques de commun, des tiers-lieux d’innovation sociale, fablabs et autres espaces ouverts… Le cadre étant posé, revenons à notre Titre à venir. Il se promène dans quatre lieux durant une année. Le PAA (Pratiques Artistiques Amateurs) (http://amateurs.ensba-lyon.fr/) dépendant de l’École Nationale Supérieurs des Beaux-Arts de Lyon (https://www.ensba- lyon.fr/), Le centre Culturel l’Attrape-Couleurs de Lyon 9e (http://www.attrape- couleurs.com/), le Centre culturels la MAC, Maison des Arts Contemporains de Pérouges (http://www.lamacdeperouges.fr/index.html), et pour fnir, le centre culturel de Lacoux (http://www.cacl.info/). Nous nous retrouvons ainsi, par petits groupes, autour de certains ateliers collectifs, où chacun croise, à sa façon, ses savoir-faire, affnités, champs de pratiques et connaissances, pour donner formes à de nouvelles créations hybrides. c’est ce qui nous a permis par exemple, lors de balades sensibles, de mixer écriture textuelle, sonore, échantillonnage de différents matériaux in situ, mesures sonores, de la qualité de l’air, des ondes électrostatiques… Nous mettons en place une forme composée de promenades esthétiques et scientifques, dans un petit village médiéval et sa campagne environnante. Lydie, artiste férue d’écriture(s), Cécile, militante contre l’envahissement des ondes de tous genres, David, artiste plasticien performer, manager de Titre à venir, entre autres choses, et Desartsonnants, l’habituel promeneur écoutant, ont donc le temps d’un week- end, parcouru un petit bout de la cité médiévale de Pérouges (01), pour mettre en commun leurs pratiques, et en découvrir de nouvelles en regard de l’autre. Nous avons ainsi tenter d’extraire des échantillons de toutes sortes, sur le site investi, pour les insérer à une sorte de matériauthèque, pour certains dans une exposition/atelier in progress, pour d’autres comme catalyseurs d’écritures, installations, et/ou de performances transmédiales. Première promenade, à deux pas de la résidence, ans le centre historique de Pérouges. Auscultation des pierres et des mousses de vieilles bltisses médiévales, relevés graphiques, relevées de la qualité de l’air, enregistrement audio, relevés des taux d’ondes

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

électromagnétiques, écriture (textuelle) in situ, nous déployons une batterie d’outils, pour beaucoup bidouillés pour la circonstance. L’idée est de jumeler le sensibles, je regarde, j’écoute, je touche… à des relevés in situ, pour les retransposer, les mixer, les interpréter, les incorporer par la suite, dans des actions et créations artistiques. Deuxième série de relevé au départ d’un sentier en contrebas du village. Notre centre d’intérêt est cette fois-ci, un fl de fer barbelé ! Nous observons quelques centimètres de matière, que nous calculons à) l’échelle du lieu (longueur total du fl). ausculté, il chante joliment avec des résonances métalliques, et des sortes d’ »échos musicaux. Une famille indue nous observe curieusement, avant que de nous demain ce que nous faisons. s’ensuit une sympathique conversation où nous expliquons notre démarche arts/sciences, au fl de questions et remarques échangés. Notre médiation voyagera fnalement loin… Troisième lieux d’observation et de prélèvement, un ruisseau dans un vallon s’étendant au bas de la colline de Pérouges. Il porte le joli nom de Longevent, déjà tout un poème que l’on se plait à entendre dans notre imaginaire. Le site est bucolique, une rivière bien bouillonnante, des arbres, beaucoup de verdure, des ruines d ‘un ancien moulin… Mais aussi des promeneurs, nombreux sous ce premier soleil printanier, des chiens, et même des motos… alors que j’effectue différentes prises de sons du Longevent, David teste diff évents modes de captations graphiques via des frottis sur des mousses, terres, et effet de l’eau recomposant de surprenants paysages tout en mouvements. Notre équipée cherche des moyens de « faire parler » le paysage dans ses moindres recoins, d’en traquer ses matières sensibles, d’en prélevé des échantillons aussi divers que surprenants, de les remodeler et rassembler pour montrer tout à la fois les beautés et les fragilités environnementales. Le lendemain, dimanche, je me lèverai tôt pour être sur le terrain, magnétophone en main, avant le levée du jour. C’est l’heure bleue, le réveil de la nature où un maximum d’oiseaux chantent pour saluer l’aube naissante. Ce sont toujours des instants d’une incroyable intensité, surtout lorsque l’on se trouve dans un site très rural et boisé. Sachant que la biodiversité se réduit d’année en année comme peau de chagrin, ces instants sont précieux à savourer. Nous poseront en fn de matinée nos observations en commun, et surtout nombre de questions sur les mises en formes à venir de nos collectages. L’après-midi, nous irons explorer l’acoustique de l’église. Beaucoup de monde en ce dimanche pascal et ensoleillé, mais surtout, une insupportable muzac pseudo religieuse, qui écrase toutes les beautés des acoustiques pourtant oh combien intéressantes pour que l’oreille vienne s’y reposer. Un week-end riche en expérimentations qui vont murir lentement, au fl des promenades, rencontres, terrains à découvrir et installations à venir.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Points d’ouïe en Stations d’écoute

Husserl disait que les choses n’allaient jamais de soi et méritaient toujours d’être questionnées. Questionnées notamment en terme de phénomènes. Le philosophe indique que par le questionnement, nous aurons une démarche d’explorateur qui pourra ainsi expérimenter le monde, ce qui me convient parfaitement dans la posture de promeneur écoutant. Le phénomène n’est pas ici lié au phénoménal, à l’énorme, à l’hors-norme, mais plutôt dans son acception première « Ce qui apparaît, ce qui se manifeste aux sens ou à la conscience, tant dans l'ordre physique que dans l'ordre psychique, et qui peut devenir l'objet d'un savoir- source (Centre National Textuel et linguistique) », donc dans la description phénoménologique du terme. Hors pour questionner, il faut tout d’abord décrire. Et pour décrire, observer, ou dans le cas de phénomènes sonores, écouter.

Et c’est là que resurgit l’importance de la posture, celle qui poste notre corps, nos sens, notre attention, dans une position favorable pour écouter le monde, le questionner, et l’expérimenter, de préférence collectivement.

Après les PAS - Parcours Audio Sensible, qui impliquent une écoute en mouvement, même si cette dernière est ponctuée de Points d’ouïe stationnaires, et les inaugurations événementielles de certains de ces dits points d’ouïe, c’est maintenant autour de zones d’écoute que je rechercherai de nouvelles postures.

En résonance avec ces expériences, je suis en train de mettre en place, à titre expérimental, des Stations d'écoute in situ, rassemblements ponctuels d'écoutants potentiels sur un site précis, dans une durée assez longue (quelques heures). Il s'agit de mettre en commun nos oreilles, les paysages sonores ambiants, nos ressentis, dans une posture d'écouteurs publics postés. Je réféchis donc à des sites pouvant accueillir ces Stations, places publiques, parcs, escaliers, rivages, clairières… Ces lieux devront pouvoir offrir un certain confort d’écoute pour y stationner assez longtemps (bancs, assises, possibilité d’amener ses fauteuils…) et bien entendu offrir une biodiversité auriculaire intéressante, même si elle n’est pas spectaculaire, sans doute bien au contraire.

L’écoute phénoménologique doit tenter de revenir aux sources, sans autres artifces que l’attention portée aux choses, la synergie d’un groupe d’écouteurs publics, et de la mise en commun d’une écoute »partagée.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Gare aux oreilles, un banc d’écoute, une liste

Des pas et des pas beaucoup de pas discrets ou claquants assurés ou hésitants rapides ou flneurs… Des voix et des voix beaucoup de voix féminines et masculines Jeunes ou matures dans différentes langues différentes accentuations des voix annonceuses aussi microphoniques et amplifées des trains au loin à gauche, au-dessus du talus entr’aperçus grondant et ferraillant par intermittence klaxonnant vivement ponctuation virulente déchirant l’espace ferroviaire et nocturne de surcroit des métros chuintant en dessous s’arrêtant puis repartant cycliques des bips de composteurs véloces stridences aigus sur bruit de fond magmatiques des portes coulissantes feutrées feulantes et sans claquement et d’autres portes sésames soumises aux cliquetis des tickets approuvés parfois une sonnerie rageuse bad compostage ou hors délai puis un balai effeurant les dalles en traquant l’immondice un charriot cliquetant des bruits de papiers froissés de bouteilles jetées decrescendo avec la nuit tombante un apaisement gradué s’installe des bus qui s’arrêtent tout près derrière la vitre des portes qui s’ouvrent alors des fux de pas et de voix en déferlantes puis un rellchement détente résiliant un calme envahissant qui revient les espaces qui ’apaisent discrètement les voix au loin encore se perdant dans un enchevêtrement de réverbérations un bébé braillard s’égosille un curieux effet d’écho au fond d’un long couloir vitré et obstinément dallé deux enfants passent en trombe de l’énergie dans les voix de l’énergie dans les corps des boules de vitalité bousculant la presque somnolence des lieux avant que de lui rendre la sirène d’une escouade policière

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

parcourant furieusement les quais une valise à roulette fait chanter le jointoiement des dalles scansion entêtante qui marque son trajet indécis crescendo decrescendo chaotiques et vis et versa entremêlés jusqu’à l’extinction lointaine irrémédiable un tintement de clés des gardiens médiateurs le vacarme oh combien envahissant d’un rideau de fer qui coulisse en grondant en fermeture d’un commerce fatigué une gare toute aux oreilles en somme sa multiplicité ses acoustiques ses activités ses passagers ses objets fxes ou ambulants ses ambiances changeantes ses paysages forgés par l’écoute postée autant qu’obstinée des scènes remodelées par les mots du récit adjacent.

Points d’ouïe, du sentiers au chantiers d’écoute

Les PAS - Parcours Audio Sensibles, jalonnés de haltes Points d’ouïe, mettent en avant une forme d’approche a priori paradoxale. Au départ, tout est déjà là, installé, existant, préexistant, en mouvement, l’audible, le visuel, la matière, les multiples vibrations… Il n’y aurait plus qu’a puiser, tous sens activés, dans cette abondance ressource offerte. Pourtant, les PAS n’offrent pas une scène décorum auriculaire fgée, « prête à l’écoute », mais engagent plutôt un chantier d’écoute permanent, à inventer et à construire au jour le jour, pas à pas. Chacun doit fabriquer son écoute, son propre paysage, qui n’est pas d’emblée offert comme une chose acquise sans effort. Une des richesse de ce perpétuel chantier est qu’il peut être activé dans tous les lieux possibles et imaginables, par des milliers de piétons (écoutants) planétaires pour reprendre le formule de Thierry Davila*. Plus que les réseaux, ou les objets numériques connectés, c’est l’oreille et par delà l’écoutant, qui est ici connecté en direct au monde.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Carnet de voyage, de point d’ouïe en point d’ouïe

Mon carnet de voyage, toujours en chantier, est fait de sons et de silences, d’ombres et de lumières, de couleurs et de matières, d’odeurs et de goûts, de visages et de paysages, d’architectures et de natures, de haltes et de mouvements, de trajectoires et d’errances, et surtout, d’une infnité de réminiscences furtives…

L’imprécision chronique d’un réel parcellaire, où le corps et l’esprit semblent pourtant trouver ce qui pourrait faire sens, enracine moult paysages sensibles, complexes, aussi présents que volatiles, dans une mémoire vibrante.

Se nouent ainsi à l’envi, des espace-temps déliés ou entremêlés à l’aune des périples cheminants.

Strate par strate, se compile un mille-feuilles à jamais inaccompli, un sédiment mémoriel où la pensée s’aventure parfois, sans doute pour se rassurer d’être encore bien là, et d’aller de l’avant.

d’être encore bien là, et d’aller de l’avant. Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Points d’ouïe en Stations d’écoute

Husserl disait que les choses n’allaient jamais de soi et méritaient toujours d’être questionnées. Questionnées notamment en terme de phénomènes. Le philosophe indique que par le questionnement, nous aurons une démarche d’explorateur qui pourra ainsi expérimenter le monde, ce qui me convient parfaitement dans la posture de promeneur écoutant. Le phénomène n’est pas ici lié au phénoménal, à l’énorme, au hors-norme, mais plutôt dans son acception première « Ce qui apparaît, ce qui se manifeste aux sens ou à la conscience, tant dans l’ordre physique que dans l’ordre psychique, et qui peut devenir l’objet d’un savoir- source (Centre National Textuel et linguistique) », donc dans la description phénoménologique du terme. Or pour questionner le phénomène, il convient tout d’abord de le décrire.

Et pour décrire, il nous faut observer, ou dans le cas de phénomènes sonores, écouter.

Et c’est là que resurgit l’importance de la posture, celle qui poste notre corps, nos sens, notre attention, face à un objet, ici paysage sonore, dans une position favorable pour l’écouter, le questionner, et l’expérimenter, de préférence collectivement.

Après les PAS – Parcours Audio Sensible, qui impliquent une écoute en mouvement, même si cette dernière est ponctuée de Points d’ouïe stationnaires, et les inaugurations événementielles de certains de ces dits points d’ouïe, c’est maintenant autour de zones, ou stations d’écoute que je recherche de nouvelles postures, méthodologies, protocoles, rituels…

En résonance avec ces expériences, toujours en chantier, je suis en train de mettre en place, à titre expérimental, des Stations d’écoute in situ, rassemblements ponctuels d’écoutants potentiels sur un site précis, dans une durée assez longue (quelques heures). Il s’agit de mettre en commun nos oreilles, les paysages sonores ambiants, nos ressentis,

dans

Je réféchis donc à des sites pouvant accueillir ces Stations, places publiques, parcs,

escaliers,

Ces lieux devront pouvoir offrir un certain confort d’écoute pour y stationner assez

longtemps (bancs, assises, ombrages, possibilité d’amener ses fauteuils…) et bien entendu offrir une biodiversité auriculaire intéressante, même si elle n’est pas spectaculaire, sans doute bien au contraire.

L’écoute sensible doit tenter de revenir aux sources, sans autres artifces que l’attention portée aux choses, la synergie d’un groupe d’écouteurs publics, et de la mise en commun d’une écoute »partagée.

Remarques : Selon les cas, on pourra assimiler ces actions à des ZEP (Zones d’Écoutes Prioritaires), ou à des ZAD (Zones Auriculaires à Défendre)

une

posture

d’écouteurs

rivages,

publics

postés.

clairières…

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Les aménités auriculaires

Pierres et murs ont leurs secrets enfouis au cœur des cités des jardins et autres oasis sonores ils les livrent à l’oreille curieuse attentives à leurs échos bienveillantes à leurs leurs résonances réceptives à leurs histoires cachées de points d’ouïe en aménités auriculaires des sites se révèlent lors de PAS – Parcours Audio Sensibles une expérience intime, collective, poétique, partagée transmise à feur de tympan…

L’oreille collée au paysage s’encanaille au cœur de la ville pour en saisir la vibration entrer dans la résonance ausculter la pierre vive faire bloc dans l’écoute tracer des lignes auriculaires ménager des silences habités flner dans le sillage des rues y œuvrer de concert.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Point d’ouïe, la feuille tout près des arbres…

Mon éternel Back To The Trees Tout d’abord, une branche de ma famille, paternelle en l’occurrence, se nomme Sylvestre. Un signe généalogique ?

J’ai d’ailleurs constaté que je me suis toujours bien entendu avec les Sylvain(e), Sylvie, Silvia, Silvana, Sylviane, sans toutefois rencontrer de Sylphides, si ce n’ai dans l’œuvre Wagnérienne.

Dans mes premières lectures d’épopées médiévales de Chrétien de Troyes, la forêt, passage initiatique de futurs chevaliers me fascinait, tout autant que celle, appel, terre d’aventure et d’humanité, de Jack London.

Mon père d’ailleurs, passionné de forêts, en a planté, entretenu, et mes parents m’ont moult fois emmené y faire des cabanes, ou apprendre à traquer la girolle et le charbonnier, ou simplement arpenter ses chemins escarpés.

Deux de mes oncles étaient bûcherons. Et là encore j’ai vu de près le travail au corps de la forêt. Je sens encore l’odeur, de résine, à la fois douce et prégnante, qu’il ramenaient à la maison.

Dans mes premières études d’horticulteur paysagiste, j’ai appris à le connaître, reconnaître, nommer, classer, planter, agencer, entretenir, apprendre leurs spécifcités, quels étaient leurs sols et expositions préférés…

J’ai appris également, progressivement à distinguer le frémissement, le chant éolien d’un Populus Tremula (peulpier tremble) de celui d’un verne, d’un saule pleureur ou des grands roseaux…. Et parfois quels oiseaux aiment à s’y poser et chanter à l’abri des profondes frondaisons.

La rencontre d’Élie Tête, fondateur de l’ACIRENE, et admirateur des arbres, de leurs formes, couleurs, senteurs, avec qui j’ai appris à écouter et comprendre en partie l’environnement sonore, à en faire paysage, n’a fait que renforcer cet attrait sylvestre.

Aujourd’hui encore, et sans doute plus que jamais, mes PAS – Parcours Audio Sensibles, traversent des forêts, des parcs, des bosquets, rencontrent beaucoup d’arbres, isolés ou en groupe, jusqu’au cœur même de la cité.

Je les touche, les effeure, les caresse, colle mon oreille contre ou dans leurs feuillages, les ausculte et même en enregistre le chant de leurs écorces, épines, feuilles, grlce à des stéthoscopes trafqués, bidouillés pour ce faire. Je les donne à entendre aux promeneurs écoutants que j’accompagne. Gardez grande ouvertes vos feuilles toujours vertes.

Je participe depuis quelques années, depuis sa naissance, à toutes les éditions du festival Back To The Trees (BTTT) en Franche-Comté. Nous nous retrouvons ainsi, artistes sonores, plasticiens, musiciens, graphistes, sculpteurs, poètes, performeurs… en fn de journée et de nuit, à construite un parcours sensible autour de l’arbre et dans la forêt. De superbes rencontres en chemins forestiers et clairières nocturnes.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

J’ai d’ailleurs été invité ces dernières années à mettre en place, avec Sterenn Marchand Plantec, une collègue plasticienne, une installation sonore et visuelle « Canopée », dans un sous-bois du chlteau de Buffon à Montbard. Buffon, un immense encyclopédiste, dessinateur naturaliste, célèbre entre autre pour ces planches d’oiseaux nous invitait là dans un cadre idéal pour installer dans les arbres de vais faux-oiseaux, qui chantèrent plus de trois mois jours et nuit, mais discrètement pour ne pas déranger la vraie gent oiselière. Et ils frent assurément bon ménage ! Quand au public, une façon de leur rappeler les beautés et fragilités de nos écosystèmes.

Parallèlement, j’installai d’autres sons, les échos et résonances de la Saline Royale d’arc et Senans notamment, dans une allée de tilleuls bordant les jardins de ce superbe site. Invité par Lionel Viard et l’équipe de la Saline, un collectif d’amis férus de sons, créé et réuni pour l’occasion, plancha sur un dispositif de diffusion sonore totalement inédit, conçu pour le lieu. Œuvres collectives et individuelles s’y répondirent, de voix en échos, de piaillement en ruissellements, le tout voyageant d’arbre en arbre, de branche en branche, venant cueillir ci-et -à l’écoute du visiteur surpris, ne sachant où donner de l’oreille. Les échos de la Saline.

Bref, toujours des arbres au centre de l’histoire sonore qui se construit au pas à pas. Peut- être une sorte de tronc (commun), solide colonne vertébrale et auriculaire.

J’aime parfois à leur suspendre temporairement quelques légers mobiles éoliens tintinabullants sous le souffe d’Éole

Dans mes promenades urbaines, je recherche l’abri, l’ombre protectrice, la présence réconfortante d’un arbre jouxtant un banc, banc d’écoute il s’entend, tout en m’inquiétant pour ces vénérables végétaux. Je crains pour leur survie, devant les massacres écologiques en cours, prenant conscience de leur fragilité qui nous renvoie à la notre propre.

Les arbres, je les écoute plus que jamais, respectueusement, tentant de tirer de la sève circulant dans les entrailles de leurs troncs séculaire, l’énergie nécessaire pour faire entendre les choses, qui vont comme elles vont, dans leurs aménités intrinsèques comme dans les crises les plus alarmantes.

intrinsèques comme dans les crises les plus alarmantes. Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

PAS – Parcours Audio Sensibles, tentative de définitions non définitives

Des mots et des actes, tentatives de défnitions contextualisées. Une réfexion lexicologique en chantier, non exhaustive tant s’en faut ! Liste non triée, non hiérarchisée, écrite selon ce qui me venait à l’esprit dans l’instant de la rédaction.

– Écoute : Tendre l’oreille et oreille tendre, se tendre vers et se détendre ici…

– Paysage sonore : Nos lieux de vie, des villes, des forêts, des parcs, des espaces péri- urbains, des sites naturels, entre nos deux oreilles exactement.

– Ensemble : Un groupe de promeneur écoutant à l’oreille solidaire, en synergie de faire avec les autres.

– Parcours : Partir d’un points pour aller vers un ailleurs qui transformera, peut-être, notre façon de voir, et d’entendre, les choses, sonore et autres.

– Ville/cité : Une entité géographique, sociale, territoriale, complexe, que l’on abordera par le petit bout de l’oreillette, ou par le grand, selon les cas.

– Point d’ouïe : un arrêt sur son, un point focal où il fait bon écouter, un espace-temps immobile surprenant.

– Lenteur : Où il faut prendre le temps de marcher et d’écouter sans rien presser, en sentant la présence d’autrui dans chaque geste partagé.

– Partage : Faire ensemble, créer une dynamique collective pour mieux échanger sur nos ressentis, nos émotions, colères, espoirs, désirs…

– Géographie : Une géographie du sensible qui trace des espaces à portée de tympan.

– Société : Des espaces – temps où les communs sont en écoute, voire se construisent en écoutant.

– Marche : Le moteur-même de l’action. un geste kinesthésique, une façon de lire et

d’écrire le cheminement, le territoire, de le traverser collectivement et d’en être traversé.

– Repérage : Découvrir des lieux pour en saisir les saillantes auriculaires, les ambiances caractéristiques, se qui nous tire l’oreille.

– Improvisation : Jouer avec l’inattendu, les événements sonores, composer l’espace d’écoute en fonction de ce qui s’y passe, jouer de la sérendipité.

– Corps : Un corps agissant, sensible, émetteur et récepteur, en lien avec d’autres corps, immergé dans une sonosphère vivante.

– Oreille : Le réceptacle de nos petits et grands plaisirs auriculaires, mais aussi de potentiels désagréments.

– Aménités (humaines, paysagères, urbaines…) : Ce qui nous charme, nous met en joie, nous servira de modèle pour embellir notre marche, voire notre vie.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

– Nuit : Un espace privilégié pour re-découvrir de l’oreille nos villes et campagnes. Des instants d’apaisement propices à la rêverie de promeneurs solidaires.

– Effets acoustiques : Chercher et jouer avec des échos, des réverbérations, des lieux surprenant nos écoutes.

– Marqueurs sonores : Ce qui fait qu’un espace se révèle singulier, un carillon, une fontaine…

– Sensible : Nos sens en émoi, en éveil, en alerte, en jouissance de l’instant présent,

paysage à feur de peau, d’oreilles, nous sommes des êtres pluri-sensoriels. Développer notre sensibilité pour ne pas rester de marbre.

– Voir : L’œil guide l’oreille, et vice et versa, une complicité/complémentarité bien entendu(e).

– Mixage : L’espace acoustique comme un vaste terrain de jeu, jeu de l’ouïe, parcours en fondues, en ruptures, en glissements progressifs, agrégations sonores, diminution, amplifcation, zooms… La marche secoue des sons.

– Ambiances : Harmonies ou dysharmonies, atmosphère plus ou moins agréables, fonctionnements ou dysfonctionnement, ce qui nous imprègne.

– Audio : Littéralement, j’écoute !

– Silence : Ce qui permet aux sons de (mieux) trouver les place, espace qui, ou inquiet, poétique ou trivial. Le PAS se fait en silence, pour mieux laisser la place aux sons.

– Oasis : Une zone de calme « naturelle » ou construite, un lieu Agora ou l’échange sera privilégié.

– Récit : De l’histoire qui fait naitre, qui explique, qui transmet, qui charme, à la trace qui conserve en mémoire.

– Traces : Des paroles, des images, des sons, des façon de ré-incarné un geste passé, une action éphémère, immatérielles, ou de la transposer.

– Territoire : Là où la présence humaine se montre, se fait sentir, où l’oreille se socialise (ou non).

– Auriculaire : Une des synonymes d’acoustique que j’aime bien il sonne joliment.

– Mémoire : Ce qui restera en nous d’un parcours, d’une action d’écoute collective, qui peut-être changera notre façon de ressentir les choses.

– Art (sonore) : Une modeste façon de décaler notre regard, notre écoute, notre vision- audition du monde.

– Écologie (sonore) : Sensibiliser, prévenir, conserver (les aménités paysagères),

améliorer, prendre conscience d’un patrimoine sonore Oh combien fragile et souvent

bruyamment malmené.

– Patrimoine : Des spécifcités territoriales et humaines hérités de traditions, de savoir-

faire, des cloches, des langues et des accents, des chants et des sonnailles, ce qui fait vie.

– Écho : Un mythe ou un phénomène physique dont je ne me lasse pas, avec lequel j’adore jouer.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

– Campanaire : Relatif à la cloche, un objet musical installé de puis fort longtemps dans l’espace public, à défendre envers et contre tout.

– Chemin : Ce qui nous mène à, vers, et aussi ce que l’on construit en marchant, y.

– Poésie : Ce qui nous emmène vers une sensibilité exacerbé, un imaginaire bienveillant, un décalage stimulant.

– Environnement : Ce qui nous entoure, écosystèmes fragiles, agréables ou oppressants, voire hostiles, là où nous sommes à la fois écoutant récepteurs et hommes sonores producteurs, pour le meilleur et pour le pire.

– Philosophie : Ce qui est lié à la sagesse (d’entendre et de s’entendre) à la recherche de clés auditive, à une phénoménologie descriptive du geste d’écoute et de ses sources.

– Hétérotopies : Concept de lieux superposés selon Michel Foucault. Un espace sonore à la fois physique, social, artistique, territoire et paysage en couches.

– Mouvement : Tout ce qui nous empêche de trop prendre racine, met en marche notre

corps, notre oreille et notre pensée, nous unis dans une réfexion sociale parfois revendicative, voire résistante.

– Résistance : Ce qui nous évite de tomber dans la pensée unique, l’écoute pré-fabriquée,

de résister à la folle accélération du monde, d’accepter l’altérité et l’hybridation pour vivre plus dignement.

– Groupe : Ensemble d’individus potentiellement ou temporairement communauté de promeneurs écoutants, mettent en commun leur énergie et volonté à mieux entendre le monde, et par delà, à mieux s’entendre.

– Chemins de travers : Emprunter des passages inhabituels, décalés, écouter le quotidien

le trivial, rompre avec les habitudes des chemins machinaux; mettre du piment dans notre écoute, notre parcours.

– Errance : vagabondage sans itinéraire préalable, utilisation de cartes pour mieux se perdre, et sans doute se retrouver.

– Images : Images acoustiques, visuelles, mentales, tout ce que la promenade écoute peut générer, entre interprétation et rêverie.

– Politique : Au sens premier, qui est partie prenante dans la vie de la Cité, mais peut-être contestataire aussi, marcher/écouter, c’est aussi montrer, questionner, résister, proposer…

– Quotidien : Montrer sous un autre angle (sonore) les richesses d’un dépaysement à

partir de nos quotidiens, faire sortir nos trajets d’un geste machinal, ouvrir les oreilles sur le détail comme sur le panorama in-entendu, ou inécouté.

– Universalité : Entendre le Monde comme un vaste chantier d’écoute où se partagent des

valeurs universelles, de la voix aux sons des pas en forêt, du vent et de l’eau ruisselante…

– Transmission, apprentissages : Faire passer ses expériences, ses valeurs, ses récits, ses joies et questionnements, donner envie de poursuivre plus avant les chemins d’écoute.

– Promeneur écoutant : Emprunté au compositeur Michel Chion. Dans mon cas, personnage engagé dans une écoute collective, en mouvement, et rune réfexion autour

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

de ce qui fait sens dans nos vie par le prisme, entre autre, du sonore. Atelier our marcheurs entendant à ciel ouvert.

– Installation sonore : Par extension, ou imagination/décalage, considérer que toute

écoute peut permettre une posture mentale qui nous ferait considérer le paysage sonore comme une immense installation sonore à ciel ouvert, à 360°, interactive, auto-générative, et plus si affnités…

– Audition/addiction : L’écoute à forte dose peut générer des habitudes addictives dont il

fait parfois savoir se dégager our remette les oreilles sur terre, ou les déconnecter de leur activités d’écoutantes forcenées.

– Parole : Source sonore très présente par le biais de la voix. La parole qui précède, qui

ritualise, qui fait entrer dans, celle qui suit, qui se libère après une marche silencieuse , qui partage les ressentis, qui exprime son propre parcours et celui du groupe, cette qui aide à conserver en mémoire, celle qui matérialise et parfois combat, ou réunit.

– Postures : Des postures mentales (attention, bienveillance, ouverture, curiosité…) ou

physiques, faire ensemble, être guidé (ou guider), s’assoir, tourner le dos à, ausculter, se

toucher, s’allonger…

– Plaisir : Un des moteur essentiel pour des parcours d’écoute dont on gardera un souvenir agréable, une impression forte, une envie peut-être de refaire.

– Synesthésie : Quand un son devient forme, couleur, abstraction mentale…

– Transitions : Passer d’un lieu ou une ambiance à l’autre en ressentant les espaces

intermédiaires, passer entre, par, dedans, à côté, transiter pour appréhender les vides et les creux, les espaces indéterminés, quasi indéfnis.

– Collaborations : Inviter un graphiste, un élu, un habitant, une danseuse, un musicien

improvisateur… à découvrir, faire sonner, élargir ses savoir-faire, hybrider ses pratiques, cultivé une altérité féconde, construite ensemble…

– Acoustique :Tout ce qui vibre autour de nous, colore l’espace, révèle et signe des topophonies, des architectures…

– Acousmatique : Écoute immersive, sans voir les sons, point d’ouïe enfermé qui ne laisse de la place pratiquement qu’à nos oreilles, plaisir et surprises du hors-champ, très fréquent dans l’acte d’écoute.

– Écrit : ce qui peut venir fxer l’écoute, la transposer, la matérialiser via des mots et images mentales, mais aussi substituer au microphone lorsque celui-ci ne parvient pas à faire ressentir le sensible et l’émotion du parcours.

– Questions : Retrouver des questions façon fraîcheur enfantine. Pourquoi le paysage sonore n’existe t-il que s’il y a des auditeurs pour l’écouter ? Pourquoi le chemin n’existe t- il que s’il y a des marcheurs pour le tracé ?

– Synergie : Lorsque la somme de nos énergie amplife nos capacités perceptives.

– Variations : Sur la base d’un parcours, d’une thématique, explorer les différentes façon de faire, comparer les différentes phases, étapes, modifcation, ne jamais reproduire à l’identique, une faon d’avancer sans se répéter.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

– Contexte : Ce qui entoure la marche, l’écoute. Le lieu de l’action, les circonstances, le

climat, l’ambiance, l’histoire, les personnes… Tout ce dont il faut absolument tenir compte

pour ne pas dénaturer l’action, mais au contraire la rendre plus crédible.

– Partage : Un élément moteur pour que les PAS – Parcours Audio Sensibles prennent

tous leurs sens. Il faut que les expériences et ressentis soient généreusement partagés.

– Guide : Celui qui accompagne, qui montre le chemin, qui imprime l’allure, qui propose

des postures, qui sait « sentir » les attentes du groupe et y répondre. Celui qui parfois

désoriente et parfois fait se retrouver.

– Sérendipité : Transformer l’imprévu, l’inattendu, l’in-entendu, l’accident, la perturbation en un élément de jeu, de découverte. Rester ouvert à tout ce qui peut venir modifer le parcours et s’en servir comme une nouvelle richesse. Une forme d’improvisation positive.

– Rituel : Ce qui permet d’assoir une base reproductible et rassurante. Mise en condition, mise en marche, offrande et cérémonie de l’écoute, inauguration de points d’ouïe…

– Relationnel (art /esthétique) : Le fait que le faire ensemble soit plus important que la chose faite. Une œuvre immatérielle, construite sur des relations avant tout humaines.

– Nature : Un espace naturel, la nature des chose. Question d’origine. ce qui se fait tout seul (nature) face à ce qui est fabriqué (culture). Un son naturel, culturel, résiduel, conceptuel, hybrides ?

– Couleur : Ce qui donne des aspects singuliers aux sons, des timbres, des chaleurs, des

éléments

– Humanité :

– Sens : Le sens de la marche, géographiquement parlant, ou la recherche de défnition,

de justifcation, d’un forme de philosophie ambulante, nomade. Les sens qui nous font aborder le paysage sonore comme une construction sensible, pluri-sensorielle.

– Culture : Ce qui fait qu’un son ne sera pas forcément le même ici ou là, que ces

perceptions, jugements de valeur, appréciations esthétiques varieront beaucoup. L’écoute et la perception auditive st éminemment culturelle. On peu t également parler de culture de l’oreille lorsque l’écoute est développée comme un apprentissage visant à améliorer l’acuité auditive, sa (re)connaissance des sources. Le chemin de campagne n’a rien de naturel, u-il est construit à travers champs et bois. Comme la campagne aménagée, l’environnement est donc culturel. Quand aux sons…

– Inauguration (de points d’ouïe) : Une cérémonie offcielle, publique, discours et moment

reconnaissables,identifables.

d’écoute à l’appui, certifant un Point d’ouïe comme un site reconnu, identifé, cartographie, renseigné. Un repérage préalable, souvent public, aide à le choisir, à l’aide d’une série de

critères esthétiques et sensibles.

– Nomadisme : Ce qui met le promeneur écoutant en mouvement, évite qu’il ne s’enracine dans un paysage trop fgé par l’habitude.

– Dépaysement : Un changement plutôt positif, stimulant, à l’inverse du « Mal du pays », dans notre façon de voir les chose, d’aborder un territoire inconnu. A lire le superbe ouvrage de Jean-Christophe Bailly « Dépaysement, le voyage en France »

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

– Empathie : Entrer et rester en contact avec autrui, et les territoires explorés… Ne pas se

faire engloutir par l’émotionnel mais néanmoins, le cultiver comme une émulation créative,

et généreuse.

– Bruit de fond : Une masse résiduelle, arrière-fond sonore peu ou pas maitrisée ni

contrôlée, un brouillage assez désagréable et perturbant dans son invasion chronique et

parfois hégémonique.

– Kinesthésie : Le corps en marche, dans l’espace public, dans l’espace humain, dans un forme de danse, le monde ressenti comme une expérience toujours en mouvement.

– Itinéraire : Se tracer un chemin à suivre tout en sachant que l’on pourra s’en éloigner parfois, bifurquer, hésiter, prendre la tangente…

– Tourisme (culturel) : Visiter en s’imprégnant du patrimoine des langues, des coutumes,

des savoir-faire, des sonorités intrinsèques… Mais surtout sans envahir, sans dégrader,

sans imposer une présence, une idée, surtout dominante, un préconçu….

– Identité (sonore) : A l’origine, ce qui est identique. Aujourd’hui, surtout ce qui est

identifable, reconnaissable – la cloche, la fontaine, l’écho de la montagne… Des sons et

ambiances dans lesquels on se reconnait. Mais attention aux dérives phobiques et excluantes !

– Zoom : Objectif à focal variable, grossissement et dé-grossissement. Se rapprocher d’un

son, coller l’oreille à, focaliser un point d’ouïe, isoler, user de la parabole (acoustique)… Tout un monde de micro sonorités inouïes…

– Plans (sonores) : Étagement spatial du plus près (1er plan), au plus loin (rumeur), avec

tous les intermédiaires selon les lieux. Mais les sons bougent très vites, s’éloignent, se rapproches, plans mouvants, fugaces, qui peuvent brouiller les carte de l’écoute. Ne restons pas en plan, en tous cas pas systématiquement. Sans parler des bons plans qui se révèlent parfois des mauvais plans…

– Signal : Signe ou geste convenu pour montrer, alerter, déclencher… Sonal, bip, sirène,

cloche… Signaux informatifs, de préférence qualitatifs. Signal sur bruit (rapport), rechercher la qualité d’une information qui se détache du bruit de fond, très utile e milieu urbain.

– Scénario : Construction, trame, qui permet, si tout ce passe bien, de raconter, de

montrer, de faire entendre, de mettre en scène, à portée d’oreilles, une histoire. Évitons les scénario catastrophes.

– Carte/cartographie : La représentation, ou les procédés représentatif d’un territoire

géographique donné, avec la mise en exergue parfois de ses spécifcités (dont les sources sonores). Carte mentale, du sensible au subjectif. Outil pour (moins) se perdre. Approche audio-géomatique en chantier.

– Enregistreur : Ce qui sert à enregistrer, à capturer à conserver des données, en un

instant T et un lieu donné. Appareils, microphones, pas si objectif qu’on veut bien le dire, l’oreille reste la grande cadreuse. Parfois impuissant à retranscrire la charge émotive que

l’on croyais capturée. Les mots peuvent perdre le relai si nécessaire.

– Field recording : Enregistrement in situ, de terrain, de choses existantes, issue à l’origine de la volonté de garder des traces ethnographiques (langues, chants…) et audio-

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

naturalistes (espèces animales menacées). Également sources inspiratrices de paysages sonores.

– Sources (sonores) : Ce qui sourd de, l’eau, de la terre à l’origine. Ne pas confondre ici

l’état de surdité et le verbe sourdre. Ce qui nous fait identifer un son par son producteur, son origine. Ce qui ne coule pas toujours de source à l’oreille.

– Décalages : Écart temporel, spatial, ou perceptif. Créer un décalage poétique par des

gestes inhabituels, écoute de lieux où l’oreille n’as pas coutume à s’y frotter. Le décalage

est bien souvent ce qui permet de vivre plus fortement une action, et de la mémoriser à plus long terme.

– Flux : Déplacements, dans un même sens, de données, de personnes, d’objets, de

fuides, de sons… Attention de ne pas se laisser emporter, il faudrait parfois aller à contre- courant, mais pas si facile que cela !

– Coupures (effet de) : Brusque changement dans une ambiance acoustique,

généralement disparition ou affaiblissement important et rapide. Il sufft pour cela qu’une source s’éteigne, ou de tourner à l’angle d’une rue, d’un bltiment… En urbanisme, nous trouvons aussi un effet de coupure, mais en général beaucoup plus préjudiciable. Voie de circulation coupant une ville, un quartier…

– Dispositif : Agencement d’éléments, matériels ou non, pour mettre en scène, en pratique, un parcours, une écoute, une pédagogie, une installation sonore…

– Création sonore : Composition, installation, performance, à dominante sonore, mais non musicale, ou au frontières (imprécises) de…

– Soundwalk : L’équivalent anglophone des balades sonores, promenades écoute, et pour moi, une des formes des PAS – Parcours Audio Sensibles.

– Radio/radiophonie : La radio est un incroyable écran sonore. Terrain de jeu,

d’exploration sonore, de diffusion, boite à images sonore, je ne cesserai de défendre ce

média, lorsqu’il n’est pas trop médiatiquement instrumentalisé.

– Technologie : Des outils et des techniques qui, lorsqu’elles se font transparentes et ne

prennent pas tout l’espace, sont d’incontournables leviers de création, même si parfois on peut faire sans.

– Casque : Dispositif et espace de diffusion intime (trop ?), permettant d’emmener des

sonorités nomades au ras les oreilles. Parfois objet d’isolement, parfois prétextes à de beaux parcours d’écoute, parfois destructeurs de tympans… Personnellement, je limite drastiquement son usage. J’utilise aussi des casque anti-bruits plus ou moins trafqués.

– Microphones : Matériel entonnoir à la base de la captation sonore, permettant de nombreuses techniques de prises de son. Ce qui, côté matériel, remplacerait nos oreilles. Enfn, l’émotion et les fltres psycho-acoustiques en moins.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Écritures sensibles et dépaysement au quotidien

J’essaie de penser ce qui ne m’accrocherait pas, me laisserait indifférent, dans une ville, un village, un quartier, un territoire péri-urbain, naturel… Mais je n’y arrive pas vraiment. Il y a toujours, partout, quelque chose, une petite aspérité, un infme décalage, qui m’accrochent, m’attirent, m’inspirent. Des expériences en marche, des rencontres, des micro-événements imprévus, l’attrait du quotidien, d’une forme d’inconnu non spectaculaire…

Poser l’oreille et le regard quelque part, dans une ville, goûter ses spécialités culinaires, se faire raconter la cité historique, sociale, politique, culturelle, anecdotique, par des guides autochtones, c’est déjà chercher une forme de dépaysement stimulant. Je peux alors un peu plus jouir de ses ambiances, sonorités, couleurs, odeurs, températures, lumières…

En apprenant à (mieux) écouter, j’ai appris à (mieux) regarder, sentir, tlter, lever la tête vers des détails architecturaux, vers d’autres rythmes qu’il faut aller chercher. Il me faut être curieux de ce qui construit un territoire hétérotopique comme dirait Foucault, en l’occurrence celui que je marcherai.

Je suis d’ailleurs très reconnaissant à Jean-Christophe Bailly, dans son livre « Le dépaysement, voyage en France » d’avoir, pour moi, mis en lumière, révélé, exacerbé, cet état de fait, cette richesse de l’écriture narrative sans cesse renouvelée, quel qu’en soit le terrain.

Au fnal, au fl de ces traversées auriculaires collectives, des workshops que je mène, ce sont bien l’écriture et le partage d’histoires, de récits, celles et ceux que l’on tisse ensemble, qui seront le pivot, l’axe moteur de ces déambulations multiples.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Points d’ouïe, un abécédaire

En écho, en lien hypertextuel à un précédent article « Parcours et paysages sonores, des oreilles, des pas et des mots », traitant des rapports des PAS – Parcours Audio Sensibles et de l’ écrit, des procédés littéraires, voici un exemple d’abécédaire. Dans une forme d’écriture quasi spontanée, d’élan instinctif, cet abécédaire n’est ni achevé ni parfaitement maitrisé. Il est un exemple parmi bien d’autres possibles. Il est un renvoi d’un texte à l’autre, dans un jeu de miroirs où le mot s’associe aux gestes d’écoute, de marche, et à des formes un brin oulipiennes de réfexions socio-acoustico-littéraires. Il est mien et peut être autre.

Mais commençons par le commencement, et suivons le programme à la lettre !

A

– Audio (j’écoute) – Auriculaire – Acoustique – Admiration – Aménités – altérité – actions

anthropocène

B

– Bruit – binaural – brisures – basses

C

– Calme – couleur – colimaçon – créativité – colère

D

– Densité – désinence – destination – drôle

E

– Écoute – écho – éclats – extinction

F

– Force – fragilité – fxation – fuite – fabrique – fête

G

– Grlce – gêne – généralités – grelot – glissement (glissando)

H

– Heurts, histoire – heuristique – Hululement

I – Indice – identité – incidence – irréversibilité – icône

J – Joie – jaillissement – jeux – je – justesse – juxtaposition

K – Kilowatt – kaléidoscope – Kermesse – Kant

L – Limite – lancinante – litanie – littérature – labial

M – Mouvement – micro/macro – musique – mixage – mort – monodie – mélodie marche

N – Nuisances – nuit – narration – neutralité – noir- neurones

O – Organisation – originalité – organisme – obsession – ouverture

P – Paroles – paysages – puissance – paix – phénomène – pluri – partage

Q – Quotidien – quiétude – quantitatif – qualitatif – quoique

R – Repos – ressac – rythme – résistance – résilience – récit

S – Silence – saturation – société – secret – suspension – soi-même

T – Timbre – ton – tension – tonicité – ténacité – terminaison

U – Uniformité – unicité – uchronie – utopie – ultime

V – Voyage – vie – vélocité – variantes/variations – versatilité

W – Web – Wiki – workshop

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

X- X/inconnu – xylophone – xénophilie

Y – Yoddle – Y avait-il ? – Y a t-il ? – Y aura t-il ?

Z – Zéro (absolu ) – zones – zénitude – zygomatiques

– Zéro (absolu ) – zones – zénitude – zygomatiques Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Parcours et paysages sonores, des oreilles, des pas et des mots

Depuis longtemps je me pose la question de ma propre perception du monde sonore environnant, et des interactions complexes entre vie sociale, monde sensible, création artistique, environnement, paysage et territoire auriculaires…

Comment les questions écologiques, écosophiques, sociales, patrimoniales, politiques, résonnent-elles entre mes deux oreilles ? Quelles sont les moyens de représentation, d’analyse, de partage, qui me permettraient de comprendre un tant soit peu plus fnement mes espaces auriculaires, les stimuli qu’ils déclenchent, les modes de vie et de pensée qu’ils infuent ?

Je relie alors des pratiques qui me sont familières, et au fnal chères. L’écoute est bien entendu au tout premier plan. La marche s’impose d’emblée comme une pratique spatio- temporelle, kinesthésique, sensible, vectrice d’une énergie intellectuelle connectée, traversant moult éc(h)o systèmes, m’immergeant dans des ambiances plurisensorielles. Et enfn, le mot, la description textuelle, voire même littéraire m’ apportent de nouveaux modus operandi, qui eux-même peuvent m’amener à une forme de distanciation féconde.

Je convoque alors le récit, la narration, la description littéraire, ou littérale, sensible, poétique, analytique, phénoménologique, sémantique, l’inventaire, la liste, le journal (de

de

renseignement), le glossaire, l’abécédaire, le corpus, la note, le renseignement, la consigne… Je cherche l’espace, le moment où le mot, le texte, l’écrit, peuvent élargir, et/ou rafraichir l’écoute et ainsi l’appréhension environnementale pour les conduire vers des approches plus pertinentes. Quand le fait de s’assoir longuement sur un banc, ici ou là, ou de traverser la ville à pied, armé de mon carnet et de mon stylo, fait de moi un marcheur (plus) impliqué.

bord, de voyage, intime),

le

carnet

de

notes,

la

fche

(pratique,

de

lecture,

Un croisement d’actions et de réfexions est sans doute plus que jamais nécessaire pour démêler un brin la complexité du monde, en saisir les prémices de ses innombrables hybridations, ne pas trop s’y noyer, et surtout rester socialement connecté au territoire. Car si le paysage sonore est esthétique, le territoire sonore est tout d’abord et avant tout social. Dissocier ces deux réalités amputerait ma, notre perception environnementale d’une bonne partie de sa crédibilité, de sa force, voire de sa légitimité.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

PAS – Parcours Audio Sensibles, des oasis sonores et des traversées nocturnes

Je travaille aujourd’hui sur de nouveaux projets dé-ambulants, en chantier, en co-gitation :

– Oasis sonores, les aménités paysagères urbaines

– Traversées nocturnes, la nuit transfgurée.

Les oasis sonores sont, pour moi, une forme de réponse à un monde trépidant, voire acoustiquement stressant dans l’augmentation, la surenchère du bruit ambiant. Ils questionnent donc essentiellement le milieu urbain. Il s’agit de retrouver des poches de tranquillité, des microcosmes sereins, des espaces auriculairement apaisés, esthétiquement beaux. Je propose pour cela une déambulation urbaine dans des lieux parfois surprenants, amènes, décalés, en rupture avec une ville survoltée. En bref, la recherche d’un panel d’aménités paysagères contrebalançant une certaine violence sonore du monde urbain, est au cœur du projet

Les traversées nocturnes, marches urbaines de nuit, participent également à la quête d’une écoute empreinte de quiétude. La nuit est un espace-temps où les perceptions sont à la fois augmentées, stimulées, et atténuées. Les lumières et les sons s’y trouvent dé- densifés et pourtant mis en avant, comme des fgures sur fond nettement marquées, très prégnantes bien que plutôt adoucies. Nos perceptions, les stimuli sensoriels, sont baignés, lors de parcours urbains, dans un halo poétique, une quiétude inhérents aux ambiances nocturnes.

Les deux projets, étant pensés dans une continuité, se font naturellement écho, et peuvent donc se mener de façon complémentaire et enchainée.

Des espaces de travail in situ, tels des universités, festivals, résidence artistiques, workshops, sont d’ors et déjà en prévision. Parmi eux : Lyon, Mulhouse, Villeurbanne, Saint Vit, Cagliari, La Chaux de Fond, Paris, les centres culturels de Pérouges, Crane Lab et Lacoux, City Sonic à Charleroi, Aix-en-Provence… Ailleurs… Chez vous ?

Et toujours plus que jamais d’actualité, l’Inauguration de Points d’ouïe cherche des nouveaux sites auriculaires remarquables à valoriser !

Ceci est une oreille tendue vers des espaces intéressés ?

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Point d’ouïe, un lieu, un moment, une image, des mots, des sens

d’ouïe, un lieu, un moment, une image, des mots, des sens Un point d’ouïe un groupe

Un point d’ouïe un groupe d’écoutants une écoute collective l’attention aux sons des postures d’écoute les yeux fermés un espace sensible la perception des aménités paysagères une trace mémorielle une pause dans un PAS – Parcours Audio Sensible un arrêt sur sons les sens émoustillés une douce concentration

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

une écoute intergénérationnelle le murmure de l’eau un pont, architecture et acoustique une chaleur printanière un instant de quiétude prendre le temps la musique des lieux une belle acoustique les oiseaux pépiant une géographie sonore un instant de quiétude un lieu auriculaire remarquable la rumeur d’un village, au dessus l’inauguration d’un point d’ouïe le nouveau statut d’un espace une légère brise dans les arbres la fabrique d’un souvenir sensoriel une instant de fraîcheur une part de poésie une émotion une phénoménologie paysagère l’attention, collective, au monde l’essence des sens.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Réminiscence en marche

Réminiscence en marche C’était une fn de soirée, c’était une fn d’été une chaleur tenace C’était

C’était une fn de soirée, c’était une fn d’été une chaleur tenace C’était un rendez-vous des marcheurs des arpenteurs des diseurs des écouteurs et des marcheurs encore et en corps des mouvements, pérégrinations, déambulations de jours comme de nuit des collines tranquilles des fruits mûrissants des bltisses de pierres séculaires une collégiale marquant le centre un vieux lavoir blotti dans un espace verdoyant des chats félins de pierre également ou de chair d’os et de poils vivants

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

prolongement d’une légende gravée dans une histoire de délivrance

d’une légende gravée dans une histoire de délivrance c’est un carrefour pérégrinant axe vers Compostelle La

c’est un carrefour pérégrinant axe vers Compostelle La Romieu nous accueillait c’est en pré-ambulation une silhouette blanche, diaphane qui nous offre la lenteur d’une marche extatique partagent des offrandes sur la place publique dans un silence posé sur la chaleur déclinante trajet tout en douceur éloge de la lenteur les murs sont frôlés les pierres caressées nous suivons ce chemin, et cette ombre blanche traversons le village en cortège quasi religieux le temps s’étire sereinement prendre le temps de marcher marcher pour prendre le temps guidés par une silhouette butoïste tout au bout du village tout au fond d’une allée derrière une porte de bois c’est ici que nous avons été guidés pénétrons installation des toiles colorées, organiques, suspendues des fls de couleurs organisent ou brisent l’espace

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

des images fuctuantes s’accrochant ça et là des refets miroitants, univers mouvants des chemins tracés de moirures organiques entre lesquels nous nous fauflons prudemment des aquarelles d’itinérantes labyrinthiques des nappes sonores, aquatiques, à feur de tympans des prolongements de la marche en quelque sorte une étape, ou bien une arrivée, ou bien un oasis, ou un nouveau départ pèlerinage spirituel autant que silencieux vision intime dIsabelle la marcheuse, traces d’un narrateur subjectivant.

la marcheuse , traces d’un narrateur subjectivant. Vendredi 16 février, un TGV flant entre les brumes

Vendredi 16 février, un TGV flant entre les brumes d’un jour levant, quelque part en Lyon et Paris, des mots à la volée

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Point d’ouïe, vers une phénoménologie de l’écoute paysagère

Apprendre, décrire, ressentir, percevoir

Je me pose régulièrement la question de la transmission, de la retransmission de Parcours Audio sensibles, du partage d’expériences, et de la réfexion qui pourrait emmener mes marches un peu plus loin, au-delà de la marche-même.

Le travail de Maurice Merleau-Ponty, autour de la phénoménologie de la perception amène incontestablement quelques gouttes d’eau à mon moulin. Et justement, l’une des énergies faisant du moulin un puissant moteur, c’est bien l’eau.

Chercher l’essence – de l’écoute, du paysage, de l’écoutant, des sens-sensations, des rapports intrinsèques entre eux…, décrire en profondeur, minutieusement, replacer le corps, ses membres-extensions sensibles, sa propre proprioception comme vecteurs d’expériences d’écoute in situ, penser la corporéité, le langage, le caractère complexe de la sensation… Autant de fls à saisir, à tirer, à démêler, à entremêler, à tisser.

J’ai également, pour alimenter cette réfexion, relu un texte de Brian Eno, faisant implicitement écho à la notion phénoménale de l’écoute, que je vous livre ici.

« Il y a une expérience que j’ai faite. Depuis que je l’ai faite, je me suis mis à penser que c’était plutôt un bon exercice que je recommanderais à d’autres personnes. J’avais emmené un magnétophone DAT à Hyde Park et, à proximité de Bayswater Road, j’ai enregistré un moment tous les sons qui se trouvaient là : les voitures qui passaient, les chiens, les gens. Je n’en pensais rien de particulier et je l’écoutais assis chez moi. Soudain, j’ai eu cette idée. Et si j’en prenais une section — une section de trois minutes et demies, la durée d’un single — et que j’essayais de l’apprendre ? C’est donc ce que j’ai fait. Je l’ai entrée dans SoundTools et j’ai fait un fondu d’entrée, j’ai laissé tourner pendant trois minutes et demie, puis un fondu de sortie. Je me suis mis à écouter ce truc sans cesse. Chaque fois que je m’asseyais pour travailler, je le passais. J’ai enregistré sur DAT vingt fois de suite ou quelque chose comme ça, et donc ça n’arrêtait pas de tourner. J’ai essayé de l’apprendre, exactement comme on le ferait pour une pièce de musique : ah oui, cette voiture, qui fait accélérer son moteur, les tours-minute montent et puis ce chien aboie, et après tu entends un pigeon sur le côté là-bas. C’était un exercice extrêmement intéressant à faire, avant tout parce que je me suis rendu compte qu’on peut l’apprendre. Quelque chose d’aussi complètement arbitraire et décousu que ça, après un nombre suffsant d’écoutes, devient hautement cohérent. Tu parviens vraiment à imaginer que ce truc a été construit, d’une certaine façon : « Ok, alors il met ce petit truc-là et ce motif arrive exactement au même moment que ce machin. Excellent ! » Depuis que j’ai fait ça, je suis capable d’écouter beaucoup de choses tout à fait différemment. C’est comme se mettre dans le rôle de quelqu’un qui perçoit de l’art, de décider simplement : « Maintenant, je joue ce rôle. »

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Brian Eno se pose la question de l’apprentissage d’une séquence sonore, non musicale, où les sources seraient des « thèmes », des motifs, où la construction d’un univers a priori non organisé musicalement, non composé, se re-construirait au fl d’écoutes mémorisant et décrivant, jusqu’à trouver au fnal une cohérence liée à la signature de l’écoute minutieuse. Exercice qui permet de passer logiquement de la captation à l’écoute, puis vers une analyse structurante, compositionelle, donnant au fnal du sens à notre écoute.

façon expérientielle pour poser une écoute pragmatique, inhabituelle,

sans doute sur les traces de Raymond Murray Schafer et de Max Neuhaus. Il nous faudra pour cela nous s’astreindre à l’exercice de mémoriser une tranche de paysage en écoute, avec ses composantes, ses ruptures, transitions, ses ressentis. La

phénoménologie versus Ambiant Music, façon Brian Eno en quelque sorte.

Il s’agit là d’une

Pour revenir à la phénoménologie « historique » de la perception, une expression de Merleau Ponty trouve chez moi un écho assez fort via « notre contact naïf avec le monde », qui implique « l’être présent et vivant » (dans l’exercice de la perception du monde). Ceci étant, au-delà d’une naïveté novice, évitant des a priori trop enfermants, le travail archéologique autour de la sensation, conduit par le philosophe, nous emmène du terrain « naturel » vers un cogito renaturant, réinterprétant. Cette fouille intellectuelle autant que physique, exigeante, me pousserait entre autre à sans cesse décrire et écrire mes expériences corporelles, sensorielles et perceptives. Peut-être à les partager également. C’est là sans doute un travail acharné et de longue haleine, voire de longue-ouïe, qu’il me faudrait mener plus en avant, pour emmener modestement mes PAS à percevoir un peu plus loin que de la sensation, du ressenti, des aménités paysagères, mais vers la perception du sens-même, comme l’a remarquablement fait et explicité Maurice Merleau Ponty.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Récit de PAS – Parcours Audio Sensible – L’Ile Barbe à Lyon

de PAS – Parcours Audio Sensible – L’Ile Barbe à Lyon Résidence anthropocènique Titre à venir

Résidence anthropocènique Titre à venir

Où il s’agit de se retrouver pour réféchir à des productions artistiques, sociales, autour de l’anthropocène, et plus particulièrement durant cette marche, de l’écologie sonore. Un PAS – Parcours Audio Sensible d’une heure trente environ, qui nous immerge dans les sons urbains.

Un dimanche où le soleil luit généreusement, où la température est douce, les couleurs

hivernales,

superbes

dans

leurs

nuances

assez

tranchées.

Un

petit

groupe

de

cinq

à

six

personnes,

pour

l’occasion

écoutantes.

Une

marche

lente,

ponctuée

d’arrêts

Points

d’ouïe,

comme

à

l’accoutumée.

Premier arrêt, assis sur des bancs d’un espace très animé. Un quai très circulant,

commerces, voix, voitures, limite saturation, mais au fnal un espace humainement tonique.

Traversée d’un pont suspendu pour rejoindre une ile, elle aussi éminemment urbaine. Traversée lente de l’ile par une série de chemins de traverse zigzaguant d’une rive à l’autre. La rivière Saône est en crue, bouillonnement aquatique à droite, à gauche, tout autour ! Une multitude de personnes la regarde, dans sa furie du moment, l’écoute, ?

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Sous un pont, une acoustique étrange, des grondement et cliquetis par dessus. Traversée d’une pelouse bruissante, puis de jeux d’enfants, d’autres espaces en parcelles toniques.

Sous une haie-tunnel de bambous, intimité, des matières auscultées, le long d’un mur,

inaudibles.

décalage

Tout au fond de l’ile, impasse sur l’eau, les quais ronronnants au loin, de vieilles murailles encaissées, toujours et encore des voix récurrentes traversant nos champs d’écoute en

moins rapprochés.

différents plans

audio

poétique

vers

les

sons

d’habitude

plus

ou

Retour par le même chemin, à rebrousse poil en quelque sorte, un flm rembobiné. Nous re-déroulons la trame sonore et visuelle à l’envers, donc forcément très différente. Un ami artiste relève, depuis le début du PAS, les vibrations environnantes, du bout de son crayon sono-sismographique. Traces sensibles, audio vibro pédestres cartographiques autant que kinesthésiques, crayonnages en mouvement. (Voir en pied de texte). Puis une ruelle, amorçant une deuxième tranche de notre parcours. Bascule.

Le calme se fait soudain, comme un apaisement bienvenu.

Une aération soufferie néanmoins bruyante ronronne, arrêt sur son, l’étrange beauté du

industriel.

trivial

Une montée entre deux murs resserrés, le calme se densife encore. Une bouche dégoût s’égoutte à l’oreille, au détour du chemin, tel un ruisseau, tandis que s’égosille une oiseau caché dans les frondaisons d’un arbre. Halte urbano-bucolique et heureux mixage auriculaire qu’il nous faut saisir en l’état. Il a abondamment plu les jours précédents, les traces sonores en témoignent, tout en ruissellements diffus. Le parvis d’une église, et une placette, presque silencieuse, un espace sensoriel privilégié. Le contraste est ici affrmé avec l’ile trépidante au bas, la décompression acoustique s’installe.

Nous pénétrons un jardin caché, le Jardin secret c’est son propre nom, nous approchons là une forme d’intime quiétude urbaine.

Un oasis acoustique, tout juste une rumeur lointaine, quelques douces émergence motorisées, ponctuelles.

localement, très

Des mini haut-parleurs installés dans l’instant viennent, très

éphémèrement, animer-perturber l’espace. Voix, oiseaux, oiseaux, voix…

Suivi d’un moment de calme, toujours oh combien appréciable.

Des objets longues-ouïe pour écouter les pas amplifées sur une allée gravillonnée, les

les micros sonorités ambiantes.

plantes auscultées, nouveau zoom focal

vers

Retour, progressif vers le point de départ. La parole se libère alors, prenant tout son temps. Il s’agit de ne rien brusquer, la nuit tombe doucement.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Tracé(s) de PAS – Parcours Audio sensible

Tracé(s) de PAS – Parcours Audio sensible Une histoire de tracé(s) et/ou les tracé d’une histoire

Une histoire de tracé(s) et/ou les tracé d’une histoire

Par défnition, un tracé serait, dixit les dictionnaires :

« La représentation par des lignes d’un dessin, d’un plan : Le tracé d’un boulevard. Une ligne continue formant le contour naturel d’une côte, d’une voie, etc. Un jalonnement sur le sol des lignes caractéristiques d’un ouvrage (tracé d’une route, d’une voie de chemin de fer, d’une fortifcation). »

Si le tracé se réfère très vite à la ligne, aux lignes, celle-ci ne sont fort heureusement pas forcément droite. Bien au contraire, leurs sinuosités, parfois leurs discontinuités, à l’instar de l’écoute, traceront un plan de marche tendant à nous éloigner des sentiers battus. Quitte à risquer de perdre la trace. Charge alors à l’oreille de nous remettre sur le « droit » chemin.

Comment alors envisager de tracer, de relever le tracé d’un parcours sonore, pensé pour l’oreille ? Quelles en seraient les contraintes, les modes de représentations, les possibilités de lectures, les formes de récits envisageables pour le suivre de l’oreille ?

Proposer, construire et fxer le tracé un PAS suppose que l’oreille parcourt au préalable l’espace, ou les espaces envisagés comme terrain de déambulation sonore. Le tracé et la carte le recueillant complice de l’oreille en quelque sorte.

Il faudra donc envisager l’écriture d’un itinéraire sonnifère, partant d’un point de départ donné, jusqu’à un autre (d’arrivée), avec la possibilité de multiples variantes. Ce trajet

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

pourrait ou devrait parcourir différents lieux/séquences susceptibles de raconter une, des histoires auriculaires, ou tout au moins de les (faire) vivre dans ses péripéties acoustiques.

Comme pour un topo guide de randonnée , une sélection de points d’ouïe intéressants, spécifques, spectaculaires ou non, d’ambiances caractéristiques, d’écoutes surprenantes, pourrait construite et ponctuer un cheminement piéton. Une hodologie s’appuyant sur des milieux sonores choisis pour leurs aménités paysagères par exemples.

Prenons le cas de circuits thématiques. Nous pourrions envisager un fl rouge donnant à notre PAS une cohérence écoutante et assumée, affrmée. Par exemple, un parcours autour de l’eau (feuves, rivières, fontaines, lacs…), ou de lieux résonants (églises, passages souterrains, parkings, ponts…), des architectures spécifques (cours intérieures, traboules), un parcours forestier, une exploration de friches ou sites industriels… Ainsi, notre tracé affcherait une sorte de continuité rassurante, une logique préméditée, une forme de récit accompagnant l’oreille, sans trop ni la contraindre, ni la perdre dans la complexité, la densité de l’environnement sonore, surtout en milieu urbain.

Il s’agirait donc de tracer un territoire d’écoute, dont les délimitations, les lisières seraient forcément mouvantes, du fait des plans sonores toujours en mouvement, des innombrables hors-champs qui font du média son un objet qui ne peut être appréhendé comme un le serait celui du champ visuel.

Tel quartier, ou écosystème, serait abordé par le biais d’une écriture propre à en faire saillir leurs spécifcités, aménités, ou même trivialités, révélées voire exacerbées par des gestes dépaysants. Il m’est par exemple arrivé, avec des étudiants d’architecture/urbanisme, d’entendre comment sonnait une vieille cité aux rues et trottoirs pavés, via des valises à roulettes. On pourrait ainsi développer des parcours d’après des expériences partagées avec des aveugles, ou des handicapés moteurs, des habitants d’un quartier, des danseurs cherchant des appuis corporels et sensoriels urbains, des écoles, un tissage industriel…

L’histoire même des espaces parcourus alimenterait des écritures in situ où les récits de territoires joueraient du passé, du présent, des mutations en cours, et pourquoi pas d’un rêve pour demain. Des sites industriels, parfois en ruine, ou reconvertis, voire disparus, ensevelis par de nouvelles couches urbanistiques nourriraient des sortes de fables à écouter en arpentant les lieux.

La notion de tracé, de ses lignes fxées sur papier, via l’informatique, des applications numériques, cartographiées, signalisées, emmenant le promeneur au fl des itinéraires sonores proposés, serait alors matérialisée par un ensemble de marqueurs territoriaux, pour explorer sensiblement les lieux sans perdre leur entendement.

Le PAS peut être physiquement guidé, animé, comme c’est régulièrement le cas, où bien alors associé à ne forme de balisage qui n’est cependant pas évidente à matérialiser sur le terrain, du fait de l’immatérialité et de la mouvance des cheminements sonores. Entre cartographie, parfois subjective, et guidages numériques, applications mobiles, des balises plus souples sont aujourd’hui possibles quitte à en inventer ou à en contextualiser de nouvelles.

Un des points intéressants de la démarche étant de jouer sur une réalité de terrain qui ferait émerger un imaginaire collectif, par lequel tout un chacun se raconterait sa propre histoire, tout en restant soudé au groupe par un geste d’écoute collectif.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

La description pragmatique, l’analyse d’ordre phénoménologique, d’autres approches analytiques, seraient toujours confrontées, frottées, avec une expérience éminemment sensorielle, qui tracerait des chemins parfois sinueux, aux contours plus ou moins défnis, aux variantes propices à des écarts assumés entre tracés et marche. Chemin de travers obligent. De la représentation itinérante au geste, il n’y a qu’un pas.

Le tracé d’un parcours sonore peut donc être contraint par l’expérience même d’un PAS qui résisterait parfois à l’itinéraire imposé, pour s’encanailler selon les caprices d’un déroulé auriculaire facétieux.

Des cartes sonores pour mieux se perdre en quelque sorte, ou en tous cas ne pas forcément suivre les sentiers battus que préconiserait un tracé, aussi travaillé fut-il dans ses écoutes en sentiers, en ruelles, ou avenues.

L’histoire proposée, suggérée, serait donc un mélange de rigueur et d’audio libertinage vagabond, un tracé somme toute un brin rebelle, que l’œil, l’oreille et les pieds, tenteraient de suivre avec une curiosité entretenue par la part d’incertitude liée au monde auriculaire- même. Les tracé nous entraine dans une forme de réalité augmentée (sensoriellement) qui ne fait pas appel à des dispositifs ou un appareillage technologique pour nous embarquer, nous immerger, dans une histoire à portée de pieds aventureux d’oreilles titillées.

Cette carte à jouer de l’entendre, plus suggestive qu’injonctive, démultiplierait les possibilités de l’écoute, selon les territoires traversés, jouant sur des surprises, des ruptures, le déroulé des dépaysements, qui nous offriraient de vraies friandises sonores. Et je sais par expérience qu’il sufft de déplacer, de décaler légèrement l’attention à ce qui nous entoure, de solliciter une posture physique plus réceptive, un imaginaire de cueilleur de sons par exemple, un scénario de marche original, des points d’ouïe inhabituels, pour s’ouvrir une belle aventure sensorielle, qui n’est pas par autant par avance toute tracée. En tout cas, dont le tracé ne demande qu’à s’échapper de ses propres lignes, pour y revenir à l’envi.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Points d’ouïe, florilège d’écoute(s)

La pratique récurrente (et passionnante) des PAS – Parcours Audio sensibles, m’a amené à construire, petit à petit, une forme de mémoire vive, auditive, sensible, à feur d’oreilles. J’en extrais ici un forilège de Points d’ouïe emblématiques, subjectifs et non exhaustifs, ayant marqué mon expérience d’écoutant, voire ma vie quotidienne dans son rapport à l’environnement sonore.

Ce sont, généralement lors de parcours d’écoutes collectives, mais parfois solitaires, des espaces temps auriculairement exceptionnels, ponctuels ou non, parfois très fugaces, vécus en général lors de PAS*, ou de repérages de ces derniers… Souvent survenus tout à fait à l’improviste.

Ils ne sont (pas tous) particulièrement beaux, esthétiquement parlant, mais généralement surprenants, poétiques, décalés, inattendus, et livrés ici par le prisme, le fltre culturel, donc forcément subjectif de l’écoutant promeneur que je suis…

J’ai déJa relaté, dans des articles antérieurs, certaines situations d’écoutes présentées ici, certes de façons assez différentes, souvent plus développées. Cependant, le fait de confronter des espaces/temps/événements se rapportant à des paysages sonores fort différents, joue des frottements inhérents à ces situations d’écoutes multiples. De résonances en dissonances, ces micro récits construisent in fne une trame support d’écoutes actives, des formes de process d’écritures auriculaires transposables in situ, c’est à dire à peu près partout, mais jamais répétés à l’identique.

En ce tout début d’année 2018, comme un best-off auriculaire, j vous en livre quelques exemples, sans chercher aucune forme de tri ou de hiérarchisation, plutôt dans l’ordre d’apparition capricieuse à l’écran de ma mémoire.

Fontaine des lépreux (Dole 39)

Au centre ville de Dole, sur un trottoir de la belle cité historique Jurassienne, se trouve un simple escalier descendant on ne sait où de prime abord. Celui qui aura la chance de s’y aventurer se retrouvera dans un espace magique, souterrain urbain conduisant à une vaste fontaine souterraine que l’on parcourt tous yeux et oreilles charmés. Des gouttes d’eau réverbérées, des voix, des sons de la ville qui nous parviennent par une sorte de puits à ciel ouvert. En ressortant d’un autre côté de la ville, le canal au bord duquel naquit Pasteur, des chutes d’eau alimentant un ancien moulin bruissent. Un oasis sonore et visuel rare, à ne manquer sous aucun prétexte, Dole étant une ville sonique autant qu’aquatique !

Un jour de grand vent, au pied du beffroi de Mons (Be)

Je suis assis sur de mes bancs (d’écoute) favoris, sur une hauteur de Mons, vieille cité Belge de la Région du Hainaut. Je suis en résidence Montoise pour le festival d’arts

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

sonores City Sonic. Le vent souffe fort, très fort se jour là. Je me trouve juste sous le célèbre beffroi Montois, fgure architecturale et monumentale emblématique dominant la ville et ses alentours de ses 87 mètre de haut, et qui plus est juché au plus haut d’une colline. Victor Hugo ne l’appréciait guère : « une énorme cafetière, fanquée au-dessous du ventre de quatre théières moins grosses » écrivait-il à son épouse Adèle en 1837. Ce beffroi est également reconnu par tous les carillonneurs de Wallonie, de Flandres et de Navarre pour la qualité de ses 49 cloches. Ce soir là, la nuit est tombée, le fond de l’air très humide, charme de la Belgique en automne, et justement, un carillonneur s’exerce, passant en revue un répertoire varié, de Bach à la Vie en rose, des Feuilles mortes à un Ave Maria. Son jeu tout en élégantes foritures d’infuence baroque, est très virtuose. Le vent tourbillonnant en tous sens, joue avec les notes d’airain égrenées selon les caprices d’Éole. Les mélodies grossissent, disparaissent presque, reviennent, tournoient, virevoltent, comme sous les mains d’un mixeur fou se jouant de l’espace. Moment exceptionnel s’il en fût.

Tour d’une place d’une chanteuse nocturne à Orléans

Je réside une semaine durant à Orléans, lors d’un worshop autour du paysage sonore avec des étudiants de l’École des Beaux Arts et du Design. La nuit est tombée, je me suis posté sur un banc, en périphérie d’une place très tranquille, lovée au cour de la vieille ville. Il est près de minuit, l’ambiance est douce, calme, sereine. Quand soudain arrive une jeune femme promenant son chien, et chantonnant d’une fort belle voix « Summertime » de Georges Gershwin. Elle fera lentement le tour de la place, sans cesser de chanter, marquant son trajet d’une sorte de ruban mélodique aussi ténu que présent. Instant suspendu… Le même jour, avec un groupe d’étudiants en exploration, nous étions surpris par le puissant grondement de la Loire en crue, elle qui est d’habitude très discrète dans sa traversée urbaine.

Les moments se suivent et ne se ressemblent pas.

Un périphérique routier, au travers un mur anti-bruit, vers Vaulx-en Velin

Qui a dit que les murs ont des oreilles ? Et bien dans ce cas oui ! Lors d’un repérage, nous sommes trois ou quatre promeneurs écoutants dans le cadre d’un projet « Des cartes pour mieux se perdre », où se retrouve chercheurs, aménageurs et artistes. Nous longeons un périphérique Lyonnais, à hauteur de Vaulx-en-Velin La Soie, en empruntant des itinéraires « traboulant » via des jardins, ilots d’immeuble, terrains vagues… Bref des espaces périurbains que le piéton lambda ne visite guère d’ordinaire. Au détour d’un petit square, une cité est construite tout près d’un périphérique très circulant, masqué par un mur anti- bruit assez haut, aveugle, et construit en une sorte de très grandes plaques de matières plastiques, l’ensemble placés sur un talus dominant les immeubles en contrebas. Le son de la voie de circulation est donc très fltré, amoindri, au détriment d’un horizon visuel pour le peu très rétréci. Cette imposante cloison offre néanmoins, pour l’écoutant curieux et aventureux, un terrain de jeu acoustique intéressant. En collant l’oreille contre ces murs,

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

on entant, via un effet stéthoscopique, et une forme de conduction vibratile osseuse, le fux des voitures transformé en une sorte de musique, si j’ose dire, curieusement fltrée. On sent parfaitement les fux rythmiques, les déplacements stéréophoniques, à travers des timbres adoucis, épurés de leur agressivité mécanique… Une fnalement belle découverte pour qui ose coller l’oreille à un objet au départ qui en dissuaderait plus d’un de le faire.

Une chanteuse dans une traboule des pentes de la Croix-Rousse (Lyon)

Après celle d’Orléans, encore une histoire de chanteuse. Cette fois-ci dans les célèbres traboules de la Croix-Rousse à Lyon. Avec une groupe d’étudiants designers, nous écoutons les pentes en passant d’escaliers en couloirs, de cours intérieurs en passages resserrés, un brin labyrinthiques entre de très hauts immeubles. Bref, nous traboulons de l’esgourde dirait-on chez les gônes. Au débouché d’une belle enflade de cours intérieures, chacune avec ses ambiances propres, isolées des sons de la circulation via une série de sas architecturaux, nous attend une petite friandise acoustique. Dans un espace minérale resserré, donc résonnant, intime, s’élève une voix de chanteuse faisant ses gammes, ses échauffements, vocalisant des arpèges volubiles. Un piano exhorte notre chanteuse, à chaque pause, via un bref accord, à monter d’un degré de plus vers l’aigu, par demi-tons pour parler musique. Par une fenêtre ouverte, au-dessus de nos tête, les vocalises, trilles et autres enjolivures, emplissent joyeusement l’espace. C’est une scène dont il faut profter sur le vif, un peu comme l’instant décisif de Cartier-Bresson, ni trop tôt, ni trop tard, sinon nous la manquons, irrémédiablement.

Les échos multiples du pont Schuman (Lyon)

Un tout nouveau pont a été construit à Lyon, enjambant la Saône à quelques encablures de chez moi. Ses quais ont d’ailleurs été réaménagés ces derniers années, avec de belles promenades piétonnes, avec un circuit parsemé de commandes artistiques en espace public. Alors que nous faisions, avec un collègue preneur de son un Parcours en duo d’écoute, nous passons sous ce pont sans rien remarquer d’ exceptionnel a priori. Arrive alors à notre hauteur, une dame promenant son petit chien en laisse, type fort en gueule et en aboiements m’a tu vu. Et là, merci toutou, nous découvrons stupéfaits une incroyable série d’échos digne des plus spectaculaires paysages jurassiens (des sites à échos remarquables). Nous en jouons bien sûr. Des cris, susurrement, claquements, face à la rivière ou dos tourné. l’écho toujours, comme dans le mythe, répète inlassablement nos productions sonores. Je ne manque pas depuis, lors de balades dans le quartier, surtout en nocturne, d’y revenir, d’y jouer de l’écho, voire d’emmener des promeneurs découvrir cette petite perle acoustique.

Une grue entre chiens et loups à Auch (Gers)

C’est un nouveau PAS avec un groupe d’écoutants, à tombé de nuit, dans la vieille ville haute d’Auch. Nous sommes en février, le temps est frais, le ciel dégagé, et les lumières

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

hivernales parent le ciel d’une déclinaison chatoyante de rouges orangés, qui nous invitent ‘emblée à une belle promenade, yeux et oreilles à la fête. Des ambiances de rues piétonnes à la sonnerie majestueuse de la cathédrale, tout y est pour dresser le décor sonore ad hoc. Et c’est pourtant une événement curieux et inattendu qui captera notre attention et nous fera nous arrêter longuement sur une place dominant la vallée en contrebas où coule le Gers. Une grue, se détachant visuellement sur le ciel de fn de soirée, pivote lentement sur son axe, en émettant des sons somme toute très mélodieux, bien loin des grincements que l’on pourrait attendre de cette imposante masse métallique. Notre groupe restera un long moment à écouter/regarder cette musique et ballet mécaniques où un monstre de fer pivotant dans le ciel, produit une effet sirène, captivant son auditoire de voix enjôleuses. Écoute en chantier, écoute enchantée, la beauté des paysages sonores n’est pas toujours là où on l’attend.

Des grillons et autres animaux, nocturne à St Martin-en-Haut (Monts du Lyonnais)

Notre cortège s’ébranle, à nuit tombée, dans une site rural des Monts du Lyonnais, lors d’une rencontre universitaire autour des métiers des Arts et de la Culture. C’est un soir d’été assez chaud. Après avoir fait le tour d’un petit étang où coassent d’agiles batraciens qui plongent dans l’eau avec de multiples ploufs à notre approche, nous empruntons un sombre chemin grimpant à travers bois, à l’assaut d’une colline. Nous débouchons soudain en haut d’une vaste combe verte, des prairies en forme d’amphithéltre naturel. Des milliers de grillons et autres insectes ponctuent le vaste paysage, proftant de la chaleur nocturne de la terre. Des chiens et des vaches au loin nous donnent la mesure du site, son échelle acoustique. La tentation de se coucher dans l’herbe pour profter de ce concert nocturne est trop tentante pour que nous y résistions plus longtemps. Et c’est un long moment de quiétude qui s’installe tout naturellement dans notre groupe, soudé par ce paysage sensible qui nous est offert. Tant et si bien que nous auront beaucoup de mal à nous extirper de cette ambiance apaisée, pour redescendre vers notre village et retourner vers des sons plus festifs.

De l’eau et des ventilations à Victoriaville (Québec)

Lors d’une résidence québécoise où je travaille autour de l’écologie sonore, je décide de composer une petite carte postale sonore et nocturne de Victoriaville, mon camp de base. Cette cité est d’ailleurs considérée au Centre-Québec comme un berceau expérimental du développement durable. Parti pour une promenade nocturne, je longe le Nicollet, rivière traversant Victoriaville dans un vaste parc urbain. L’eau et ses multiples bruissements accompagnent mon trajet. En sortie de ville, des chutes d’eau alimentant d’anciens moulins et industries, grondent de part et d’autre du chemin piétonnier et cyclable. Je remonte la ville en empruntant cette fois-ci un itinéraire beaucoup moins bucolique, zigzaguant à travers des ilots d’immeubles, des arrières-cours et des parking, quasiment déserts à cette heure-ci. L’espace sonore est ponctué, comme dans beaucoup de sites urbains par les vrombissements et cliquettements ferraillants des ventilations et autres climatisations. Étrange musique minimaliste nocturne qui se mêle aux sons de roulements chuintants sur les chaussées humides de quelques voitures encore éveillées. L’eau et l’air brassé font fnalement bon ménage pour composer une cartographie sonore de

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Victoriaville tout en fux et en variations de longues plaintes aqua-aériennes. Une vision parfaitement subjective du promeneur écoutant découvrant la ville.

Des RER à Vitry/Seine (région parisienne)

A Vitry/Seine, je suis invité par Gare au théltre, structure culturelle installée dans le beau

site d’une ancienne gare SNCF, à effectuer des PAS, diurnes et nocturnes. Sur plusieurs

saisons, dans le cadre d’un programmation de recherche/actions « Frictions urbaines » autour de la ville, de l’urbanisme, d’aménagements et d’actions sociales, sont invités différents artistes à emmener le public arpenter le quartier des Ardoines, chacun à sa façon. La mienne sera bien entendu sonore et écoutante. Le quartier des Ardoines est surprenant, coupé par une ligne très passante de RER, bordé par de beaux quais de

Seine où subsistent encore des infrastructures portuaires monumentales, on y trouve côte

à cote un immense foyer de réfugiés Maliens, une impressionnante usine thermique

désaffectée, aux tours totémiques rouges et blanches, sorte de marquer territorial repère

visuel ardoinnais, des lotissements, des zones industrielles, le tout entremêlés façon patchwork. Un urbanisme de ville, de quartier, qui ont connu des développements

tentaculaires et désordonnées lors des extensions du Grand Paris. Ce qui les rend tout à

la fois curieuses, presque inquiétantes, mais aussi attirantes dans leurs brassages un brin

sauvages. Lors de ces promenades, un lieu, parmi bien d’autres a fortement impressionné ma mémoire. Il s’agit d’une sente enfermée entre des clôtures, des murs, des végétations sauvages, longeant les lignes du RER toutes proches. De nuit, d’incroyables déchainements sonores explosent très régulièrement, à quelques encablures de nos oreilles. Il s’agit de nombreux passages des trains, certains faisant halte en gare, d’autres flant à pleine vitesse. On se sent presque broyé, malmené par ces féroces intensités ferroviaires, et à la fois exalté, un peu comme devant une déferlante de Hard Rock des années 70. Il faut le vivre pour en ressentir toute la poésie tonitruante, façon Pacifque 231 revisité par un acousmate futuriste contemporain.

Une obscurité silencieuse à La Romieu (Gers)

Après une déferlante sonore, un oasis de calme. Les vacances touchent à leurs fns, la chaleur est encore écrasante dans la petite ville de La Romieu, blottie sur des terres Gasconnes où se côtoient vignes et pruneliers, sans parler de toute la tradition culinaire locale née à l’élevage de volailles notamment. Nous sommes une quarantaine d’artiste marcheurs, venus du Monde entier ou presque, réunis pour une semaine de rencontres, d’ateliers, de réfexion, de partages, de marches sensible, expérimentales, de jour comme de nuit. Made of Walking, réseau international, à choisit de s’installer dans le magnifque site de La Romieu, de sa collégiale classée au patrimoine mondiale de l’Unesco, et lieu de passage incontournable pour des milliers de pèlerins en marche sur les chemins de Compostelle. Si la journée est assez animée dans ce petit bourg historique, la nuit tombée, les deux bars restaurants fermés, s’installe un incroyable silence. Un silence que je n’ai rarement entendu aussi profond, même en pleine montagne. C’est l’expérience que nous vivrons avec un groupe d’une trentaine de personnes, dans un étroit chemin très obscur, au sortir du village. Seuls quelques discrets grillons osent s’aventurer dans cette

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

espace d’obscurité et de silence. Presque une chape tangible qui nous ferait toucher de l’oreille l’immatérialité d’une rare quiétude.

Une combe Jurassienne et des saxophonistes (Parc Naturel Régional du Haut-Jura,

39)

Années 80, nous travaillons, avec des collègues d’ACIRENE, à un inventaire des sites acoustiques remarquables du Parc Régional du Haut-Jura. Une commande qui inféchira fortement et irrémédiablement mon approche paysagère et tous les projets marchés que je pratique aujourd’hui.

Le territoire jurassien, gruyère karstique de failles et de grottes, de combes en reculées, de cascades en lacs, de forêts en prairies humides, sonne magnifquement. Il possède notamment quantité de sites à échos vraiment incroyables ! Un lieu où aurait pu naître l’inspiration du mythe d’Écho. Ce jours-là, nous avons invité un quatuor de saxophones à venir jouer avec l’acoustique, dont les multiples échos, d’une vaste combe entourée de collines et moyennes montagnes. Une demi-journée durant, nos musiciens expérimenterons des émissions sonores, se déployant dans l’espace, se répondant, superposant leur jeu à celui des échos parfois bavards. La mise en son de l’espace est fascinante, digne de la plus belle installation sonore que l’on puisse rêver. Un musicien me dira plus tard qu’il a retrouvé dans ces rapports sons/espaces, des postures physiques et mentales quasi animales, sauvages, où il s’est mis à ramper dans l’herbe avec son saxophone. Je retrouverai ailleurs, dans le Parc Régional du Haut-Jura, des sites aux merveilleux échos dont j’ai parfois joué à l’envi. Moments inoubliables entre tous que j’espère bien un jour revivre, magnétophone en main cette fois-ci.

Un concert de cornes de bateaux à Cagliari (Sardaigne)

Nous somme de dernier jour d’un séjour – workshop consacré à la prise de son naturaliste, avec le GMVL (Groupe de Musique Vivante de Lyon), dans la belle ville de Cagliari, Capitale de la Sardaigne. Ce jour là, se déroule dans la ville une immense fête, la procession, ou pèlerinage, d’environ 60 Kilomètres de San Efsio. Des milliers de participants costumés, des chants, des bœufs et chevaux, chars et charrettes ornés, enclochetés, des couleurs, des ornements, des chants, des musiques, des prières, animent la ville sur leur long déflé urbain… De quoi à réjouir plus d’un preneur de son durant quasiment quatre heures consécutives. Le bouquet fnal, que je serai le seul à avoir la chance d’emprisonner dans mes micros, c’est le salut du port au Saint quittant la ville. Durant quinze minutes environ, tous les bateaux, petits et gros, mouillant au port de Cagliari, nous offre un incroyable concert de cornes de bateaux. Des sons graves, aigus, joyeux, disséminés aux long des quai, ou plus loin vers le large, une polyphonie, poly- rhythmie, des sortes de joutes et réponses sonores, l’effet est puissant, saisissant, magique ! On ne peut s’empêcher de penser au célèbre enregistrement des bateaux à Vancouver par Raymond Murray Schafer dans les années 70, ou aux symphonies portuaires de Montréal

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Une Valiha, un slameur et des musiciens danseurs à Antananarivo (Madagascar)

Lors d’un travail avec des musiciens, slameurs, danseurs, vidéastes Malgaches, nous expérimentons moult postures d’écoute et d’improvisations urbaines pour faire sonner le paysage et ses différentes acoustiques. Nous sommes sur une des nombreuses collines de la ville, dans un grand campus universitaire jouxtant un quartier populaire, riche en couleurs et en sons, à la lisière de la ville et de la forêt. Le site offre des points de vue comme des points d’ouïe magnifques sur la ville et ses rizières en contrebas. Quelques expériences, a priori de simples jeux d’écoute et d’improvisation in situ, donneront lieu à des moments inoubliables. Un parc périurbain où chantent des centaines d’oiseaux, et dans lequel chacun se disposera dans des points stratégiques pour dialoguer avec la voix, le corps, les instruments en en écoute et en réponse à l’environnement sonore. J’entends encore la valiha (prononcer vali), harpe cithare cylindrique traditionnelle et spécifque à la Grande Ile, égrainer ses délicates perles sonores en contrepoint des chants d’oiseaux. Plus loin, sous une dalle très réverbérante d’un parking, c’est Tagman le slameur, accompagné de musiciens improvisant, qui fera sonner les lieux d’un texte « Écoute le son », écrit et lu pour la circonstance. Puis un danseur qui se jouera de l’espace urbain tandis qu’un joueur de didjeridoo scandera l’espace. Autant de séquences dont la prise de son aura bien du mal à traduire les émotions. Je retiendrai ici la joie d’écouter et de faire ensemble, dans l’espace public (ce qui n’est pas chose courante à Tana), aux yeux et aux oreilles de tous, au long d’une promenade écrite par les stagiaires, durant la dizaine de jour que nous aurons passé ensemble.

Un point focal en aveugle, des installations sonores et de l’eau et des canards à Neerpelt (Be)

Le centre Culturel Musica, à Neerpelt, dans le Limbourg Belge, m’avait invité a concevoir le tracé et l’animation d’un parcours d’écoute au sein d’un parc, dans lequel une imposante collection d’installation sonores pérennes est mise en place. Nombre d’artistes sonores internationaux de renom ont été invités à concevoir ou a contextualiser une œuvre, installée dans l’espace public du parc. Ce dernier résonne donc de toute une collections de sonorités surprenantes, que le visiteur peut découvrir en se promenant au sein de ce musée sonore à ciel ouvert, souvent de manière interactive. Le pari était pour moi de tracer un parcours d’écoute qui éviterait donc les œuvres pour s’attacher à entendre l’environnement sonore paysager, des forêts de pins et de feuillus, des dunes de sable, une rivière, des infrastructures sportives et hôtelières, une route avoisinante… Bien sûr, l’oreille n’échapperait jamais totalement à certaines sculptures sonores, mais je prenais le parti de les donner à entendre mixées au paysage sonore pré-existant, comme faisant partir d’une ambiance globale, et non comme un spot artistiquement installé. Une semaine de repérage a été nécessaire pour trouver les Points d’ouïe intéressants, en dégager un parcours cohérent, penser à des jeux et postures d’écoute qui seraient signalisés. Lors ces repérages, un passage m’a beaucoup intéressé, intime sente enfermée dans de hautes et épaisses haies de lauriers. En s’arrêtant au centre, on percevait mille sonorités alentours sans en voire aucune source. Point d’ouïe acousmatique* par excellence. Cette allée débouchait sur une sorte de caillebotis où le Dömel, petite rivière sinuant dans le parc, produisait tout une série de clapotis, de sussions gaves, et autres sons ténus, mais qui émergeaient nettement pour se frotter à

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

ceux des installations proches. Sans parler d’un groupe de canards cancanant parfois joyeusement, qui adoraient visiblement cet espace.Un parfait mixage tout en fnesse où je

demeurer longtemps, oreilles charmées.

* Acousmatique : Fait d’écouter sans voir les sources sonores

pouvais

Du vent dans le bâtiment d’une Minoterie du Pas de Narouze (Ariège)

Nous sommes le jour de la World Listening Day. je suis invité par le poète, musicien perforateur Alain Joule, à effectuer un parcours et une mini installation sonores dans et autour d’une très ancienne minoterie aujourd’hui transformée en partie en chambre d’hôte et restaurant. Cependant la grande partie historique des bltiments, avec ses immenses greniers, sa fosse souterraine voûtée où se déverse un fracassant et assourdissant torrent d’eau, ses machineries désormais immobiles, mais encore quasiment intactes. Les alentours sont semi boisés, mais surtout parsemés de cours d’eau, de bassins, des aménagements d’un canal et de cours d’eau datant du règne de Louis XIV. Bref, le site, sur lequel se trouve une ligne de partage des eaux est tout simplement splendide ! Ce jour- là souffe très violemment le terrible vent d’Autant qui descend des montagnes noires. Le vent qui rend fou, ou des fadas, dit-on dans les terres sauvages du Lauragais. Ses rafales avoisinent les 100 km /heure faisant gémir et craquer les arbres, au bord de la rupture. Le paysage entier semble s’agiter dans un mouvement désordonné, violent et tonique à la fois. Notre balade se fera dans dette atmosphère des plus turbulente. A l’intérieur de la minoterie, tout craque, claque, planches et volets disjoints, tout l’espace semble remué par le vent furieux qui vient buter sur les épais murs, cherche le monde interstice pour s’y engouffrer, fait siffer les tuiles mal emboitées. Une atmosphère de tourmente siffante et tourbillonnante, et pour autant incroyablement vivifante pour les promeneurs aux cheveux et oreilles décoiffés que nous sommes.

Des échos de la Saline Royale d’Arc et Senans (Franche Comté)

Lors de mes nombreux passages dans le site majestueux de la Saline Royale d’Arc et Senans, j’avais très vite déceler une particularité acoustique intéressante : les échos générés par les vis à vis symétriques de très grands bltiments en arc de cercle. C’est donc pour une résidence de création sonore, que je décidais de les ausculter de plus près. Le point focal étant visiblement, ou plutôt acoustiquement, le centre de la grande pelouse, centre-même du site architectural, armé d’une puissante trompe, je déclenchais différents échos en tournant lentement sur moi-même dans une rotation à 360°. Je visais ainsi alternativement chaque bltiment pour en écouter ses réponses. J’avais d’ailleurs pris soin d’effectuer mes sonneries hors d’une période d’activité touristique, pour ne pas trop importuner les visiteurs. Tout le monde n’apprécie pas je de la même façon je pense, des échos longuement répétés, fussent-ils, pour moi en tous cas, très intéressants esthétiquement. Couplés aux longues résonances intérieures des bernes, immenses pièces où l’on faisait sécher le sel, ces échos ainsi repérés, écoutés, sonnés, et enregistrés serviraient de base à une installation sonore collective. Celle-ci se tiendrait dans une allée reliant des jardins Est-Ouest, au cœur de l’enceinte-même de la Saline. j’ai donc joué sur un recyclage de matières sonores itératives, transposées d’un espace à un

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

autre, et recomposées pour faire sonner l’espace différemment, tout en conservant respectueusement « l’esprit des lieux ».

Des patineurs nocturnes au Stade Boucaud (Lyon)

Au cours d’un repérage pour le projet Européen « Les paysages sonores dans lesquels nous vivons » nous parcourons le quartier de la gare de Vaise, à Lyon, une fois encore en nocturne. Nous descendons dans l’enceinte d’un grand complexe sportif, où s’alignent plusieurs stades destinés différentes pratiques. Le lieu est une immense fosse construit sur une ancienne « Gare d’eau », port fuvial intérieur, aujourd’hui entièrement asséchée et comblée. Cette position en contrebas de ville environnante, non seulement isole acoustiquement les lieux des voies routières alentours, très circulantes, mais confère à l’espace acoustique une étrange réverbération, qui fait que l’on ne sait plus trop si l’on est à l’intérieur ou à l’extérieur. Ce soir là, sur la piste, anneau de vitesse, entourant le grand stade de foot, des équipes de rollers s’entrainent. Visuellement comme acoustiquement c’est un spectacle fabuleux. Des grappes de sportifs en rolllers, flant à une incroyable vitesse, soudés les uns aux autres par une précision virtuose dans la coordination des mouvements, passent devant nous, dans une traine de chuintements, de feulements. De nuit, ces mouvements véloces, ces sons extrêmement dynamiques et doux à la fois, les voix réverbérées des entraineurs qui managent l’ensemble, créent une scène aux ambiances chatoyantes, captivantes.

Des annonce SNCF en gare TGV de Massy Palaiseau (Région parisienne)

Plusieurs fois, j’ai transité par la gare TGV de Massy-Palaiseau, une grande bande couloir bétonné aussi chaleureux qu’un abord de périphérique aux heures de pointe. Bref, l’endroit qui ne donne pas trop envie d’y musarder, en tous cas au long des quais. Sauf peut-être pour une oreille curieuses de phénomènes et d’effets acoustiques surprenants. Et là, il s’agit de la sonorisation des quais, celle annonçant les arrivées, départs, et parfois retards, des convois ferroviaires. Ce très long couloir aux murs lisses est donc ponctué de haut-parleurs qui sont sensés nous transmettre des informations utiles pour entamer ou poursuivre notre voyage. Cependant, c’est sans compter sur les caprices acoustiques des lieu qui créent d’incapables effets de décalages, d’échos, de phasing, de superpositions, faisant que si on est placé entre deux haut-parleurs, le message entendu est pour le peu très « brouillon ». Intéressant certes pour un écouteur curieux, mais pas des plus effcace pour le voyageur indécis. Jacques Tati s’en serait sûrement inspiré pour sa célèbre scène ferroviaire de départ en vacances.

Les bords du Lignon (Forez, 42)

Invité par le Centre Culturel de Rencontres du Chlteau de Goutelas (42) pour un colloque autour du paysage, en plein cœur de la magnifque région du Forez, à quelques

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

encablures de Saint Étienne, je présentais, pour aborder pratiquement le paysage sonore, deux PAS – Parcours Audio Sensibles. L’un se déroulant dans une forêt en nocturne, l’autre le long des rives méandreuses du Lignon, rivière qui vit la naissance du célèbre roman feuve l’Astrée d’Honoré d’Urfée. Le Lignon nous offrait un fl rouge d’écoute aquatique aux mille sonorités, déclinaisons de chuintements, de glougloutements, de ruissellements, tintinnabulis…Les méandres capricieuses de la rivière jouant un mixage sonore surprenant au fl de la marche, amplifant ou diminuant les sons de l’eau, les faisant brusquement disparaître ou ressurgir au fl d’un détour du chemin. Un beau moment de poésie dans un paysage gorgé d’eau, de lumières et de sons.

Une Masscleta Façon Valencia à Besançon (Franche-Comté)

Il y a quelques années, lors de la dernière édition bisontine du festival « Musiques de rues », lequel brassait joyeusement et sans vergogne des fanfares de rues et des installations/performances sonores, j’assistais à une scène assez époustoufante pour mes oreilles. Les programmateurs avaient invité des « artifciers » spécialistes de la Mascletta, une tradition espagnole festive autant que tonitruante, tout droit venue de Valencia. La mise en œuvre est simple, mais bigrement effcace. Il s’agit de faire exploser, une bonne vingtaine de minutes durant, une impressionnante quantité d’énormes pétards, selon une succession, une progression assez apocalyptique et somme toute assez guerrière dans l’esprit. Surtout que ces dits pétards ressemblent plus à des bltons de dynamite qu’à des objets festifs pétaradants ! Je vous laisse imaginer le résultat. J’avoue que ce jour là, n’ayant pas de protections acoustiques ad hoc, je me suis tenu à l’écart du lieu de ce déferlement sonore, juste ce qu’il faut pour assister à cette Masceletta sans y laisser mes tympans. Lorsque tout se tu, un immense nuage gris-blanc traversait Besançon, accompagné d’une forte odeur de poudre. Tonique voire brutale expression festive hispanique !

Déferlante de bagads à l’Interceltique de Lorient (Bretagne)

Les cornemuses, bombardes et percussions façon celtique, autrement dit les bagads, ou bagadoùs en Bretagne, ont toujours exercé sur moi une sorte de fascination, jouissive. Ces grands déflés, cette puissance sonore, ces timbres caractéristiques, ces mélodies ornementées, ces rythmes extrêmement rigoureux, se déversant au pas cadencés par les rues, et que l’on entend, de arriver de très loin, mettent en fête un espace public revigoré. C’est donc tout naturellement que j’assistais à une grande parade du festival Interceltique de Lorient, où moult régions et pays cultivant certaines traditions Celtes, de La Grande Bretagne en passant par la France, La Galicie espagnole, des régions de l’Inde déflaient de concert. Plusieurs heures durant résonnent ces ensembles colorés, grande vague de Celtitude d’où l’on repart un brin sonné, dans la plus traditions des anciens sonneurs bretons, mais généreusement repus. Fortement déconseillé à ceux qui n’apprécient pas bombardes et cornemuses !

Un bateau péniche dans un aber du Trieux (Bretagne)

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Toujours en Bretagne, mais un un lieu et contexte très différents. Lors d’une rencontre autour du paysage sonore, nous sommes, à nuit tombante, assis sur les bords encaissés d’un aber, au pied du chlteau de la Roche Jagu en Trégor, en compagnie de quelques audionaturalistes très expérimentés. L’un d’entre eux, Fernand Deroussen pour ne pas le nommer, a décidé de poser ses micros une nuit durant sur ce site, dormant tout près, dans son camion studio aménagé pour ce genre de pratiques. Il fait très doux, l’acoustique réverbérée de ce feuve côtier qui serpente entre les collines est très agréable, la nuit est doucement tombée et nous pouvons, après une journée de colloque, nous laisser aller à une quiète et ressourçante rêverie. Soudain, un grondement puissant enfe rapidement, tandis qu’un éclairage type projecteur balaie les méandres du Trieux. Et débouche alors, au détour d’une courbe fuviale, un assez gros bateau (de pêche) qui vient radicalement chambouler tout le paysage de ses moteurs diésels pétaradants, et de son éclairage éblouissant. De quoi à nous tirer de notre douce torpeur ! Néanmoins, comme des soucoupes volantes surgissant des collines dans « Rencontre du 3e type », l’effet est spectaculaire, et pour tout dire assez magique. D’autant plus que, par un phénomène de résilience rapide et effcace, le bateau disparu de notre vue, le son de ses moteurs estompé, puis éteint, le site retrouve sa quiétude initiale. Et ceci pour le plus grand plaisir des micros de notre ami preneur de sons.

Le portillon chantant d’un parking souterrain à Saint-Étienne (42), et d’autres… L’association stéphanoise « Cartons pleins », travaillant sur des vitrines de magasins fermés dans l’ancienne ville de Saint-Étienne, m’invite à effectuer un PAS, lors d’un Biennale internationale Design, explorant à l’écoute de ce territoire en pleine requalifcation. Comme à mon habitude, notre itinéraire, s’appuyant sur un repérage préalable, mais se jouant des événement sonores tels qu’ils surviennent, emprunte un parcours parfois surprenant, entre cours intérieures et parkings souterrains. C’est d’ailleurs dans ce dernier type de lieu que nous dénicherons notre pépite sonore du jour, parmi d’autres. Une porte-sas séparant la cage d’escalier d’accès au parking lui-même, et qui chante joliment, pourvue nous trouvions le doigté pour lui tirer des gémissements, cris, plaintes, appels insistants, et autres mélopées souterraines. Une manne pour créer un temps fort lors d’un montage type « carte postale sonore », composition trace de notre PAS collectif. Je commence d’ailleurs à collectionner quantité de chants de portes, portails, dans différentes régions, villes, villages, parcs publics, parkings… Chacun, une fois trouvé la façon d’utiliser le potentiel sonore et musical de ces instruments sauvages, offre une gamme de sons, de timbres et de rythmes très intéressants. Je ne sait pas encore comment je tisserai à partir de tout cela une pièce sonore, concert ferraillant, ou une installation entre deux ou plusieurs portes, mais j’y songe…

La Villa d’Este à Tivoli et ses eaux folles (Italie)

C’est ici le souvenir extrêmement présent d’une visite pourtant déjà ancienne à la célébrissime Villa d’Este et de ses eaux paysageant visuellement et acoustiquement le site. Passé les portes du parc, nous nous trouvons devant un jardin de fontaines, fantasmagorique, où sont mises en scène les plus belles installations hydrauliciennes que l’on puisse rêver. Ses fontaines, dont la célèbre dite « de l’orgue », orgue hydraulique cela

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

va sans dire, habitent et façonnent le jardin de mille sonorités aquatiques, de la plus intime à la plus majestueuse. Une symphonie des (grandes) eaux qui inspirera sans doute une autre architecture paysagère, que pour ma part je trouve moins féérique, malgré sa qualifcation. Au détours d’une allée, du panoramique d’une terrasse, de chutes en ruissellements, les eaux se déploient tout autant aux regards qu’aux oreilles. Elle nous baignent dans un fux d’ondes soniques venant rafraîchir notre écoute. Et ce texte me donne sans doute l’envie de revisiter, physiquement, ce lieu de l’oreille.

Et tant d’autres Points d’ouïe vécus ici et là, ou à découvrir encore.

* ©PAS – Parcours Audio Sensibles – Gilles Malatray/Desartsonnants

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

PAS – Parcours Audio Sensibles canailles

Les PAS – Parcours Audio Sensibles, doivent s’aventurer dans des espaces surprenants, déroutants, là où les sons s’encanaillent, ne sont pas gentiment lisses, dans une version trop « entouristiquée ».

Ils doivent explorer des territoires improbables, à des heures où l’utopie peut facilement titiller notre imagination, la nuit par exemple, feutrée et propre à l’éclosion de tous les doux dingues complots sociaux- idéalistes.

Ils nous faut traquer des situations amènes, où la surprise et le dépaysement sont plus douces rêveries qu’oppressantes anxiétés.

sont plus douces rêveries qu’oppressantes anxiétés. Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

2018, paysage sonore arpenté et autres utopies

Je vais faire en sorte d’avancer d’un bon pas croisant sur mon chemin des personnes que j’aime d’autres que je découvrirai, j’ai hlte, dans l’action, dans le geste et la parole réciproques partageant avec eux des routes incertaines des idées à défricher de concert à tracer de l’oreille toujours insatiable et de nos corps kinesthésiques être dans leur pas ou bien modeste guide l’oreille en sentier, l’oreille en chantier, l’oreille enchantée des points de vue et des points d’ouïe des lignes de vie, lignes de fuite, en perspective des croisées de chemins pour tenter de se perdre pour égarer la certitude d’un tracé par trop tracé la sérendipité comme un attrape-rêve d’inattendus, comme un cueilleur fdèle d’in-entendus un ou deux pas de côté pour sortir des sentiers battus un chemin de travers(e) pour contourner les idées rebattues des écritures multiples, forgées d’aménités paysagères inspirées de rencontres fertiles d’humanité des forêts traversées telles d’initiatiques démarches les frontières et lisières incertaines voire piétinées et confondues franchissables sans heurts violentant le droit du sol les itinéraires qui deviendraient paradoxalement errances et vice et versa nous perdant pour mieux nous retrouver des cartes qui n’en feraient sensiblement qu’à leur tête des obstacles qui, de gré ou de force, nous confortent le pas des détours d’horizons qui nous échappent encore, et toujours des altérités sédentaires comme d’autres en mouvement, ou bien en alternances une société parcourue à feur de pieds librement vagabonds leur plante qui ne s’enracine que pour mieux repartir des postures, de pied en cap, à oreille comprise des récits dignes des plus beaux clochards célestes et de ceux qui sont restés rivés aux solitudes terrestres des road-movies qui tracent et flent vers des espaces fuyants des empreintes éphémères modestement effacées de résilience des balades entre chiens et loups, où on ne sait plus qui est qui dans l’obscurité bienveillante d’un entre-deux fertile des espaces temps ou l’imaginaire s’exalte des communautés de marcheurs soudés de nomadisme des cités aux contours fottant entre béton et jardins de grandes avenues et d’infmes intimes passages des oasis de calme et des agoras bavardes des mains comme des oreilles, tendues

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

des escales dans des ports bien sonnants où jeter l’encre noire ou bleue, écritoires de nos pérégrinations des labyrinthes en colimaçons complices et complexes une boussole effervescente qui parfois perdrait le Nord des bancs havres de paix, refuges d’urbanité, accueillant nos plus folles rêveries urbi et orbi des envies de lenteur comme décroissance prospère un logis planétaire bien ancré, autant que rhizomatique des hôtes bienveillants, avec qui refaire généreusement le Monde un arpentage salvateur pour se mesurer à soi-même, comme à l’autre une ligne droite qui n’est pas toujours, tant s’en faut, le meilleur des chemins il nous faudra également combattre des exodes planifés, à l’échelle de la barbarie des migrations qui marchent hagardes d’atrocités sur les routes d’une terre qu’on épuise à grands pas accepter de ne pas toujours connaître le bon sens de la marche mais ne pas renoncer à en chercher sans rellche l’essence vitale avancer toujours pour ne pas tomber dans le piège du hiatus forger des utopies sans fn vers lesquelles sans doute, on titubera rien ne sert de courir, il faut marcher à point rien ne sert de courir, il faut marcher ensemble.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Points d’ouïe, expérience acoustique

Points d’ouïe, expérience acoustique PAS – Parcours Audio Sensible. C’est ici que l’on s’arrête, Point

PAS – Parcours Audio Sensible. C’est ici que l’on s’arrête, Point d’ouïe obligé, dans un couloir étroit, lumières à chaque extrémité, obscurité ambiante, immobiles, adossés, oreilles frémissantes. Un cadre sonore resserré devant, un autre derrière, des lointains proches, ou l’inverse. L’écoutant est au centre, dans une ligne-couloir circonscrite et très délimitée, expérience acoustique traversante, mêlant nos propres sons intimes à ceux d’une ville perçue en focales opposées. L’expérience est auditive autant que visuelle, humaine autant qu’architecturale, simple, autant que surprenante, frisant sinon fricotant avec l’in-ouïe.

Saillans 2017 – Festival « Et pendant ce temps les avions »

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Chemins de voix

Il faut partir de quelques chose. Une voix peut-être. Dans une rue passante, une impasse déserte, peut importe où. Il faut tenter de la garder, cette immature voix fugace de la garder en ligne d’écoute, cette voix-ci, cette voix-là ou bien s’accrocher à une autre tisser tracer fler tricoter l’écheveau écheveau vocalique, via la corde sensible via la corde vocale tendre l’organe pavillonnaire d’une épopée tympanique laisser du moût aux amarres de la langue ou des dialectes entre-choqués vers un cri haut perché un éternuement tonique un soupir par trop résigné un rire qui n’en fnirait pas. Il faut partir de quelque chose. Et si la voix s’éteint, et si la voix s’enroue, se perd dans l’urb-espace saturé, se dissout dans le brouhaha, s’englue dans le dialogue piétiné il nous faut recommencer encore à traquer la parole indocile comme chair vibrante même si l’on perd le sens, le mot de la fn repoussé ne reste alors que sonore, matière crûment indéchiffrable. Il faut partir de quelque chose. Du bord du souffe volatile, cycle et rythme de brises fragiles, de l’articulation maladroite, apprivoisant le phonème revêche, d’une respiration diffuse, corporellement évanescente,

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

d’un murmure aux confns de l’inaudible, susurrant tout en retenue, aux frontières d’une bouche, coincée dans un palais sans trône, à l’instar d’une labiale, dite du bout des lèvres, d’une explosive non létale d’une mue anamorphosée, autant qu’incontrôlée allant vers d’autres corps, enveloppes charnelles à peine connues, espaces organiques à peine reconnus. Il faut partir de quelque chose, dont l’oreille saurait que faire, comme une nourriture langagière, une rumeur bétonnée d’urbanité, ou vers d’autres leurres acoustiques, sirènes mielleuses susurrantes, sirènes aux traces-Dopler hullulantes, des voix cassées fracassées contre une rude altérité éraillées comme les graviers du chemin, des stentors criant sans vergogne, un magma de langues babélisées, Il faut partir de quelque chose, même si la voix n’est jamais vraiment sûre. pas plus qu’un ersatz de route une voie in-défnitivement tracée, Il faut partir de quelque chose, Pour dire en corps et écouter encore, ou bien inversement.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Point d’ouïe, FluxOdiOcartO

PAS – Parcours Audio Sensible et cartographie sonore

FluxOdiOcartO est une action/installation audio-paysagère qui mixe en temps réel des ambiances sonores locales, pour nous les faire voir et entendre autrement. Nous fabriquons ainsi une scène acoustique et une cartographique singulière, à la fois blties sur des points d’ouïe emblématiques, captés in situ, identifables, et sur un brassage sonore permanent réalisé par une sorte d’audio-morphose numérique. Cette exploration auditive nous fera percevoir un paysage auriculaire en perpétuel mouvement, naviguant entre un terrain (re)connu et d’autres inouïs, mais toujours alimentés par le terreau sonore local, les ambiances du cru. C’est une façon ludique et prospective de (re)découvrir des territoires auriculaires environnants, de la concrétude du paysage arpenté jusqu’au qu’à son interprétation via le dispositif de monstration.

Entre apparition et disparition, cette installation, par de multiples morphings et polyphonies tissées en contrepoints, pose non seulement la question de l’identité sonore des lieux, de ses esthétiques, mais aussi de l’équilibre fragile, voire du déséquilibre acoustique, liés à une saturation ou à une paupérisation sonore tout aussi sclérosante. Ces dysfonctionnements chroniques se réfèrent et font écho aux concepts de l’écologie sonore, développés depuis les année 70 par le compositeur et chercheur Canadien Raymond Murray Schafer.

Et avec ta ville, ton quartier, tes lieux de vie, d’activité, comment tu t’entends ? la question est posée !

Entre musique(s) des lieux et questions environnementales, sont convoquées des approches esthétiques, tout autant que des problématiques liées au confort ou inconfort d’écoute, jusqu’au niveau de l’insupportable, de l’intolérable. En contrepartie, sont aussi abordées les questions des aménités paysagères, du plaisir d’entendre, de s’entendre, voire de bien s’entendre, réfexions primordiales entre toutes ici.

Ce travail, dans ses différentes phases d’élaboration ou dans sa globalité, peut faire l’objet d’ateliers partagés, outdoor/indoor, avec et pour différents publics. Il peut également être complété par l’inauguration offcielle d’un point d’ouïe.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018
Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Phasage

Phase 1 : Se promener dans une ville, un quartier, un espace rural, naturel, un site spécifque,…Écouter, repérer des points d’ouïe emblématiques, des ambiances caractéristiques (cloches, fontaines, acoustiques réverbérantes, échos, marchés, commerces…).

Phase 2 (en règle générale concomitante à la phase 1): Enregistrer des séquences sonores caractéristiques pour esquisser un paysage auriculaire des lieux investis, élaborer la construction d’une cartophonie in progress, d’un cheminement intra muros, un PAS – Parcours Audio Sensible.

Phase 3 : Positionner les sons et ambiances, les géolocaliser comme des Points d’ouïe sur une carte numérique, audio-géographique dédiée, aux paysages sonores, en prenant soin de les taguer et renseigner très précisément.

Phase 4 : Mettre en place un player multipiste, application qui mixera de façon aléatoire deux à 4 points sonores des lieux investis, avec la possibilité de les travailler/jouer en live lors d’une audition/performance, à la suite d’un PAS collectif, in situ.

Phase 5 : Mettre en scène la projection de la carte sonore qui se modifera en même temps que les sons seront mixés, aléatoirement, en faisant voir les points écoutés et des liaisons mouvantes entre les différentes sources mixées (fond de carte et multi-player Open Source Aporee).

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Dispositif Un espace d’installation plutôt obscur et acoustiquement isolé. Un ordinateur relié à internet. Un

Dispositif Un espace d’installation plutôt obscur et acoustiquement isolé. Un ordinateur relié à internet. Un vidéo-projecteur. Une surface de projection (assez grande). une système se diffusion sonore de bonne qualité (2 ou 4 HP). Une ville, un quartier, un site naturel et leurs ambiances à cueillir à feur de tympans et de micros, des résidents, acteurs potentiels.

Timing 2 à 4 jours de repérage/écriture, voire une résidence artistique de quelques semaines à quelques mois, enregistrements in situ, dérushage et mixage des sons, création sonore contextuelle… 1 journée d’installation, pouvant être fnalisée par un concert mixage audio-paysager en live, un ou plusieurs PAS – Parcours Audio Sensible publics…

L’installation pourra se poursuivre ensuite de façon autonome.

Intervenant(s) Une personne, artiste sonore, promeneur écoutant, avec éventuellement d’autres acteurs associés, des participants à des ateliers dans les lieux d’accueil (Centres culturels, écoles, écoles de musiques, structures d’éducation populaire, conservatoires de musique, Beaux arts…).

Ce projet recherche des lieux de résidences, d’accueil, et équipes susceptibles de ramifer et mailler des territoires/paysages sonores dans une synergie d’écoute partagée. Qu’on ce le dise !

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Points d’ouïe, Points de vue et fils d’écoute

Aujourd’hui, je tente de tirer des fls entre quelques focales telles que l’écoute, la marche, la cartographie, les audio-data (in situ comme dans la galaxie numérique). Arpenter un territoire, en capter des ressources (sonores), les organiser comme objets d’étude et/ou de création artistique, les jouer, rejouer in situ, les cartographier pour les mixer ici ou là, du local au mondial, hybrider des savoir-faire, en ébaucher d’autres… De la recherche action, au corps des paysages, comme dans des laboratoires, amphithéltres et ateliers décentrés, jusque dans les archipels de réseaux numériques, de l’arpentage au cloud, en passant par le papier, la matière, la rencontre humaine, surtout… Avec l’oreille guide pour ne pas (trop) se perdre.

Un exemple en chantier, qui cherche des lieux de résidence, recherche/action, partenariats, pour tisser et partager sa toile d’écoute :

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

PAS – Parcours Audio Sensible – Où il s’agit de faire entendre le dépaysement

Il s’agit de faire entendre les angles morts d’une ville labyrinthique, d’une forêt non balisée, des abords d’une rivière sinueuse, et d’autres lieux tout aussi imprévisibles.

Il s’agit de faire entendre des lieux que les cartographies ignorent parfois, tout au moins dans des interstices et la mouvance de tiers-espaces (temps) transitoires.

Il s’agit de faire entendre des espaces a priori sans histoire, sans saillance manifeste, des territoires occultés, inécoutés, dans et par leur apparente trivialité.

Il s’agit de faire entendre une forme de paysage sonore vernaculaire, dépourvu de tout artifce ostentatoire.

Il s’agit de faire entendre des points d’ouïe non spectaculaires, en les considérant avec précaution, comme une série non fgée, non défnitive, de points estimés*

Il s’agit en fait de faire entendre que de là peut naitre la surprise.

Il s’agit en fait de faire entendre que de là peut naitre le dépaysement.

Il s’agit en fait de faire entendre que de là peut naitre la rencontre.

* « On appelle point estimé celui qui donne la position d’un bateau par le fait d’un jugement prudent, ou de données dans laquelle entre une grande part d’incertitude » Gabriel Ciscar, Cours de navigation – 1803

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

PAS – Parcours Audio Sensibles in carnets

Carnet, du français médiéval quernet (« Groupe de quatre feuilles »), du latin quaternum (« relatif à quatre », « plié en quatre »).

Plions nous ici en quatre pour ouvrir et couvrir quelques feuillets encore vierges, au gré des chemins sauvages.

S’il y a des mots, et plus matériellement des objets que j’aime beaucoup, le carnet en est un !

Carnet de notes, de chèques, de voyage, de comptes, de campagnes, du jour, de bal, de santé, de timbres, de croquis… Les carnets sont multiples. Tous n’ont pourtant pas pour moi le même attrait, ou la même utilité. Celui que j’apprécie et utilise le plus est certainement le carnet de notes. Je vais donc en parler prioritairement.

Iles tiennent dans la poche et pourtant, carnets de notes, de voyages, ils (me) font rêver, sur un écran beaucoup plus large que n’importe quels télévision ou cinéma.

J’en ai toujours un ou deux dans une poche, un sac à dos, une valise, pas des télévisions il va de soi, des carnets.

En marchant, en transport en commun, assis sur un banc, au bureau, ils fxent quelques idées par trop volatiles, fugaces, dont on he sait pas forcément pourquoi elles viennent, d’où elles viennent, et ce qu’elles feront par la suite germer, ou non.

Le carnet est pense-bête, une mémoire papier tangible. Il est terrain d’explorations sensibles écrites ou griffonnées. Il est fxateur de ressentis, d’images, de sons, de lumières, pas si fxes que cela du reste. Il est l’intime et l’extime confondus. Il est un attribut de la mobilité, d’une forme de légèreté, de bribe de liberté donc. Il est la porte d’un exotisme dépaysant, ou d’un quotidien, tout aussi dépaysant. Il est la compilation de signes divers, sur lesquels on reviendra peut-être. Il est gardien de notes de contacts, d’adresses, de noms, de ressources potentielles. Il est bien plus encore, ce que l’on veut bien en faire, y compris dans les hybridations les plus singulières.

Les PAS – Parcours Audio Sensibles, ont besoin de légèreté, d’une forme de liberté, sérieusement frivole, d’une souplesse mobile, et d’une trace possible. Un petit bloc de papier, est bien mieux pour moi qu’un ordinateur, un smartphone, une tablette, l’objet qui répondra à mes attentes nomades et parfois imprévisibles.

Un carnet en poche, ou de poche, et plus parfois, est, de façon plus libre qu’un microphone, et la mémoire est sauve, ou presque, ou une partie, propre à être réactivée.

Le carnet, notes à la volée, croquis maladroits, plans de textes, est souvent, dans mon travail, le préliminaire à un écrit plus étendu, développé, prélude à l’article à venir, à des rendus potentiels et différés.

Je suis pour ma part, resté à la matérialité de l’objet, bloc de papier et crayons compris. J’aime les toucher du doigt, rassurants car à portée de main, toujours prêts à l’emploi.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

J’aime les effeurer dans une poche, sans même y noter quoi que ce soit, sans même les ouvrir, juste sentir leur présence complice.

Pour fxer l’écoute, ou la transcrire, la commenter, la développer, l’interpréter, imaginer sa transmission, son partage, sans en fxer les sons par une quelconque captation, les mots noircissent les carnets, de verbes en adjectifs, de formules descriptives en ressentis poétiques, d’analyses en graphies-utopies, dans des projets en chantiers d’écritures.

Le carnet accompagne mes PAS, les expériences et réalisations, il en recueille les confdences, les scories, les substantifques moelles, quitte à les re-cuisiner selon les caprices ou rêveries de celui qui le tient.

D’ailleurs, le fait de tenir un carnet, implique non seulement de s’y tenir, avec la force et la ténacité d’un geste répété au fl des marches et démarches, mais aussi un sentiment d’attachement personnel. Je tiens un carnet de notes, je m’y tiens, et j’y tiens !

La richesse de croiser des carnets, ou de savoir les remplir de mots comme de dessins, est une porte ouverte vers l’ailleurs, le demain, parfois en (dés)ordre de marche, en même temps qu’un regard vers ce qui est advenu, et dont on a voulu, même de façon très fragile et éphémère, garder trace.

Ne sachant ni dessiner ni prendre correctement une belle photo, je recherche souvent des carnets à croiser sur des chemins communs. L’un prêtant l’oreille, l’autre aiguisant le regard, l’un couchant des mots, l’autre jouant des formes et des couleurs crobardées sur le vif. Car le carnet n’est pas seulement, et pour moi pas du tout, un repli auto- biographique dans une chambre douillette de post adolescent, ni une tour d’ivoire protégeant des tourbillons du monde. Il est aussi, et surtout, un passeport pour l’altérité, y compris dans ses formes qui n’ont parfois rien d’avenantes.

L’exercice du carnet vagabond m’invite à coucher des parcelles de monde par mots, ou autre signes interposés, à rêver ce monde, tout comme à nous heurter à ses violences sans concessions. À nous de décider, plus ou moins consciemment, ce que nous conserverons et partagerons le cas échéant d’un monde revisité, y compris via le sonore, in-carnets.

En fait, l’écrit dans lequel vous vous trouvez est principalement un carnet de notes auriculaire, qu’on se le lise et qu’on se le dise.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Points d’ouïe, de la veille informatique au terrain

Points d’ouïe, de la veille informatique au terrain Faire une veille informatique, comme c’est mon cas

Faire une veille informatique, comme c’est mon cas actuellement autour des parcours sonores et de la marche en général, c’est tous les jours s’étonner de la richesse et de la diversité des projets de par le Monde. Une curiosité toujours ravivée de découvertes parfois très inspirantes, et par delà l’écran, une envie de réseaux, de voyages, de rencontres, d’hybridations… Une aspiration à partager, à transmettre, à échanger. Au-delà de la veille, c’est une sorte de jardin sonore planétaire en chantier, pour reprendre l’expression de Gilles Clément, qui se tisse entre l’immatérialité de la ressource et la concrétude du terrain, et bien sûr de l’humain. A la façon d’un collectionneur addict, plus on avance, plus on se rend compte du chemin qui reste à parcourir, plus on s’engage sur de multiples routes, toutes plus passionnantes, parfois inquiétantes, les unes que les autres dans leurs entrelacs, croisements et bifurcations. Une recherche-action qui invite à un nomadisme fécond, toujours en quête d’amènes humanités.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

PAS – Parcours Audio Sensibles et Points d’ouïe sur bancs d’écoute, parcours et cartographie

d’ouïe sur bancs d’écoute, parcours et cartographie City Sonic -Mons (Be) PAS – Parcours Audio Sensibles

City Sonic -Mons (Be)

PAS – Parcours Audio Sensibles et Points d’ouïe sur bancs d’écoute

J’envisage généralement deux principales postures physiques, pour écouter, tout simplement, et mettre en scène, et ou en action, un ou plusieurs Points d’ouïe. En plus du fait d’être promeneur-écoutant, voire écouteur public, je m’efforce de mettre en scène des espaces d’écoute(s), afn de pouvoir partager ces ambiances où fnalement, l’immatérialité des sons pose un voile parfois assez épais sur les oreilles potentiellement intéressées. Souvent, lorsque l’écoute se porte consciemment sur des lieux, cela tient du fait que ces derniers sont soumis à des déséquilibres sonores parfois extrêmement violents, à la limite de l’invivable, d’une insupportable pollution acoustique. Il est évident que, si nous ne pouvons ignorer ces situation de crise, d’excès, il ne faut pas attendre qu’elles se généralisent pour porter une écoute active sur notre environnement. Nous ne pouvons pas non plus ne montrer que ces points de déséquilibre stressants, en ignorant le fait qu’il existe encore, pour l’instant, de beaux oasis sonores, y compris en hyper centre urbain. Bref je tente de mettre en scène ce que le paysage sonore possède comme des aménités environnementales constructives, pour ne pas tomber dans le panneau sclérosant du bruit sans autre échappatoire que de s’enfermer dans un habitat cocon isolé, dans une situation quasi autistique.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

L’écoute se pratique bien évidemment au cœur des sons, des cités, de l’espace public, et des personnes qui l’habitent et le façonnent au fl de leurs activités.

Je procède par une approche d’écoute immersive, si possible dans des laps de temps suffsamment conséquents pour prendre la mesure des ambiances sonores, mais aussi plus globalement des ressentis plurisensoriels.

Deux postures se sont ainsi imposées au fl des expériences, l’une statique, en situation d’affut, de guetteur qui laisse venir à lui les sons, l’autre en mouvement, via la marche, pour aller vers les sources sonores, et en mixer des ambiances au gré des PAS.

sources sonores, et en mixer des ambiances au gré des PAS. Invitation à l’écoute Desartsonnants «

Invitation à l’écoute

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Je parlerai ici de la première, celle qui s’effectue de façon statique, immobile, et le plus souvent assise.

J’ai très rapidement élu domicile, en tous cas dans des situation d’écoutant, sur des bancs publics, ceux que je nomme souvent « Bancs d’écoute ». Ils se sont révélés d’excellents points d’ouïe, faisant face à des situations urbaines, ou non, très variées, tantôt sereines, tantôt turbulentes, étant parfois situées dans des lieux surprenants, atypiques. Certains bancs sont posés de façon assez anachronique, faisant face à une rue, tout en tournant le dos à une forêt, un magnifque panorama, une rivière de beaux cas d’étude. Mais pour moi, c’est bien la visée sonore qui m’intéresse dans un premier temps. Je suis capable de m’assoir parfois deux à trois heures consécutives sur un même banc, voire plus, écoutant, regardant, notant, enregistrant, parfois conversant… Ce mobilier devient alors, lorsque le temps le permet, un bureau de travail provisoire, susceptible ainsi de se déplacer dans différents points d’un quartier, de la ville, dans différentes cités, via une forme de construction géographique studieuse autant qu’audiophile. Prenant mon propre quartier et ses bancs comme terrain d’expérimentation, tel un laboratoire auriculaire urbain, ou, modestement, une ré-écriture de la performance de Georges Pérec qui tentait de mener à bien l’épuisement d’un lieu parisien, j’ai ainsi cartographié, au fl des écoutes assises et publiques, une série d’ambiances fnalement assez caractéristiques, en fonction des jours, des heures, et des saisons.

Il me faut, comme lors des PAS – Parcours Audio Sensibles, construire dans une certaine durée, dépassant de très loin es quelques minutes accordées à des pastilles sonores radiophoniques, pour viser une immersion qui se compte plutôt en heures. Il me faut aussi tabler sur une répétition, une itération des écoutes, sur un même banc, sur une compilation de situations qui feront que j’appréhenderai les scènes acoustiques comme des pauses non contraintes par des rythmes de vie trépidantes, mais visant plutôt le repos du flneur, une certaine aspiration vers la lenteur, le non pressé, le temps de vivre, de ressentir à l’envi. Pierre Sansot avec ses ouvrage « Du bon usage de la lenteur » et « poétique de la ville », mais sans doute aussi un Gaston Lagaffe travaillant à « rebrousse poil » sont des références des plus inspirante dans mon appropriation en mode doux.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Cadre d’écoute et point d’ouïe La géographie des mobiliers, la spécialisation des bancs dans l’espace

Cadre d’écoute et point d’ouïe

La géographie des mobiliers, la spécialisation des bancs dans l’espace public, urbain, dessine une forme de parcours qui nous conduit d’un point d’ouïe à l’autre, jouant sur les différences sensibles d’un espace à l’autre.

J’ai ainsi conçu un dispositif, un mode d’écriture de PAS qui sont directement liés à des implantations de mobiliers urbains, ici les bancs, sachant que, d’une ville à l’autre, ou dans différents villages, les déambulations, les modes de jeu, seront très donc différents.

J’ai expérimenté ces parcours dans différentes villes ou villages, de Mons (Be), Lausanne (Ch), Malves en Minervois, Lyon, Charleroi, Paris, Orléans, Loupian, Victoriaville (Québec), Tananarive (Madagascar), Nantes, La Romieu, Cagliari (Sardaigne), Vienne (Autriche)… Dans chaque lieu, sur chaque banc, le parcours et ses haltes sont tellement différents, que l’on peut imaginer une collection infnie de points d’ouïe, tous plus riches et dépaysants les uns que les autres.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

PAS – Lyon – Projet Parcours métropolitainS – ©photo Pierre Gonzales Ainsi, un parcours de

PAS – Lyon – Projet Parcours métropolitainS – ©photo Pierre Gonzales

Ainsi, un parcours de bancs d’écoutes géolocalisés et cartographié dans mon quartier (Lyon 9 e )

Un texte

Un projet de parcours

Desartsonnants, promeneur et metteur en écoute

Lyon le17 novembre 2017

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Banc d’écoute

Banc d’écoute Audiographie Another PAS Un autre PAS. Nous nous sommes retrouvés, parlés, puis fait silence,

Audiographie

Another PAS

Un autre PAS. Nous nous sommes retrouvés, parlés, puis fait silence, avons marché, écouté, nous sommes assis ici et là, avons arpenté, écouté encore, parlé à nouveau Pour désamorcer la violence du monde ?

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

PAS – Parcours Audio Sensible au Parc de La Villette à Paris

À La Villette, on tranche l’écoute !

Villette à Paris À La Villette, on tranche l’écoute ! ©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique

©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique

C’est sur l’invitation de chercheurs de Paris 1 Sorbonne, Notamment Frédéric Mathevet et Célio Paillard, dans le cadre d’un séminaire autour du thème « Partitions »* et accueilli par le CDMC (Centre de Documentation de la Musique Contemporaine) que s’est déroulée ce nouveau PAS Parisien.

Le LAM, structure organisatrice, Laboratoire l’Autre Musique est associé à l’ACTE, UMR 8218 Paris1 Panthéon_Sorbonne/CNRS, équipe Musique et Arts Sonores effectue des recherches/actions; ouvertes à la participation de nombreux artistes et chercheurs, autour de thématiques musico/sonores. Parmi celles-ci, se construisent des des axes de réfexion tels que le corps/corporalité, le rapport social, la circonstance, le bruit, la technologie… Des publications électroniques sont ainsi accessibles à tous pour prendre connaissance de ces foisonnantes recherches interdisciplinaires.

Le CDMC quant à lui, qui nous accueille, est situé entre la Cité de la musique et la toute nouvelle Philharmonie, et à quelques encablures du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de paris, tout près de la Fontaine aux lions et de la Grande Halle de La Villette, donc dans un espace haut en sonore.

La journée de travail portait sur les partitions, objets de conservation, d’interprétation(s), de (re)lectures multiples et variées. Des partitions graphiques aux jardins en passant par l’architecture et le Parcours sonore, il n’y a qu’un, ou que quelques pas, que nous avons

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

allègrement franchi. Des enregistrements sonores de ces débats seront prochainement en ligne. J’ai donc été invité à présenter mon travail sous deux aspects, une présentation orale des PAS – Parcours Audio Sensibles, de leurs généalogies, objectifs, formes esthétiques… Et une déambulation in situ, démonstration physique et sensible qui vaut bien de longs discours, d’autant plus que le site s’y prête à merveille.

Comme à mon habitude, même si ce n’est pas ma première exploration auriculaire à la Villette, j’ai effectué un traditionnel repérage préalable, mise en oreilles et en jambes, façon de voir les chantiers en cours, les atmosphères de saison, et de me ré-immerger dans le tissu sonore local.

de saison, et de me ré-immerger dans le tissu sonore local. ©photo Frédéric Mathevet – l’Autre

©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Le repérage fut tout à fait concluant même si, comme d’habitude, le PAS public ne le suivra pas dans son intégralité, qui peut le plus peut le moins, par manque de temps. La température et l’ensoleillement en ce début d’automne sont très agréables, ce qui ne glche rien à la balade, bien au contraire.

Le jour dit, je dispose d’une heure et demi de présentation et parcours, devant un public de d’intervenants et de participants, logiquement déjà très impliqués dans les choses sonores et musicales.

L’imposante Fontaine aux lions, formant une sorte de grand rond-point piétonnier, lieu de casse-croûte et de discussion aux margelles fort appréciées, sculpture rafraîchissant l’espace acoustique par sa pétulance aquatique nous attire inévitablement, pour constater l’effet de masque. En acoustique, un effet de masque est un son continu qui cache presque tous les autres. La fontaine en est un exemple fagrant, lorsque que l’on se tient très près de ses jeux d’eau, toute la circulation alentour, la vie animée d’un espace public semblent tendues presque muets, à quelques émergences près.

Nous éloignant lentement de la fontaine, les sons du parc réapparaissent progressivement, dans un fondu croissant, un fade in diraient les spécialistes des studios électro-acoustiques. Tournant le dos à la fontaine, nous nous dirigeons lentement sous l’immense auvent de la Grande Halle, vestige conservé des anciens abattoirs installés en ces lieux. Nous jouons alors avec l’effet de fondue en sortie, ou Fade out, qui fait disparaître peu à peu le drone aquatique pour laisser ré-émerger les sons ambiants du parc, voix et rumeurs urbaines entremêlées. Longeant les bltiments de la Grande Halle, nous écoutons à l’intérieur des essais de sons annonçant un concert à venir, en percevant visuellement quelques mouvements internes, sans trop les distinguer. Nouveau mouvement en direction du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse, nouvelles trajectoires dans la partition sonore de La violette, que nous sommes en train d’écrire in situ. Nous nous arrêtons sous le auvent de l’entrée principale, en jouant, comme à l’entrée de la Grande Halle, sur les notions de lisières, de frontières, et à la fois de porosités sonores intérieur/extérieur. La veille, jour du repérage, des sons instrumentaux, virtuoses, entre gammes et traits techniques, exercices et décorticage d’un passage ardu, partition déchiffrée, travaillée, rablchée à l’envi, s’échappaient des minuscules fenêtres du conservatoire. Aujourd’hui, vendredi après-midi, aucun musicien ne daigne se faire entendre, le week-end arrivant, beaucoup ont sans doute quitter le navire. C’est toujours la surprise du décalage entre repérage et geste public, où ce qui était n’est plus, ou fort différemment, et où ce qui n’était pas s’est installé depuis, sans vergogne.

Même sans un seul musicien audible, le fait de s’aligner de part et d’autre de l’entrée, d’écouter les fux de personnes passer entre nous, nous regardant d’ailleurs curieusement, d’entendre les portes battantes entremêler le dedans du dehors, par séquences aléatoires, de regarder la dense circulation du proche boulevard sans pour autant que celle-ci envahisse notre espace d’écoute, n’est pas sans intérêt, loin de là. Nous nous offrons un petit concert insolite, que seul notre groupe perçoit, à l’entrée d’un grand temple de la Musique, la Grande…

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Nous empruntons maintenant une allée bordée de vastes pelouses et sous-bois, où de nombreux groupes de promeneurs proftent de l’été indien, égrenant ci-et là cris, rires et bribes de voix qui anime l’espace à 360°.

J’en profte pour faire sonner de ma trompe,les échos et réverbérations, et s’envoler en même temps des masses de pigeons, dans un froissements d’ailes et un fot de roucoulements.

dans un froissements d’ailes et un fot de roucoulements. ©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique Commence

©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique

Commence alors la partie plus intime, et sans doute la plus surprenante, de ce PAS. Nous nous engageons dans une petite sente qui descend directement au cœur du jardin des bambous, dans lequel se trouve le Cylindre sonore, cette magnifque installation sonore de Bernhard Leitner, que nous ne pouvions pas manquer de visiter, surtout qu’elle n’est pas, au fnal, pas si connue qu’elle le mérite. Pour ceux qui ne connaitraient pas, Le cylindre sonore est une sorte d’amphithéltre circulaire, niché dans un espace en creux, à l’intérieur du jardin des bambous. Il est construit de huit plaques de béton arrondies, alvéolées, contenant chacune un haut-parleur. Ces plaques diffusent une composition électroacoustique, dont les sons se confondent parfois avec ceux de l’environnement du parc. Ils entourent le public en jouant des mouvements sonores véloces, en contrepoint avec les sonorités de l’espace alentour. La porosité acoustique de cette grande installation avec son milieu crée un bel effet immersif. Pour ma part, je connais cette œuvre depuis longtemps, et ne manque jamais d’y passer un moment lors de mes déplacements à La Villette. Notons que Bernhard Leitner mène, depuis le début des années 70, un remarquable travail autour des rapports sons/espace/architecture/postures d’écoute (voir le lien ci-avant).

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique Mais autour du cylindre, la musique des lieux est

©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique

Mais autour du cylindre, la musique des lieux est elle aussi bien présente. Enfermés dans une fosse plantée de bambous, la plupart des sons nous parviennent en mode acousmatique. Nous les entendons en effet sans en voir les sources, ce qui rajoute un véritable intérêt à ce paysage sonore perçu au maxima par les oreilles. Par exemple, une voix (africaine?) lance de belles mélopées non loin de nous, sans que nous sachions précisément la situer. Nous empruntons une étroite passerelle métallique, zigzaguant au milieu d’une bambouseraie sauvage, que nos pas font sonner. Brusquement, des rollers, ou skates, nous passent juste en dessus de la tête, sur une passerelle surélevée enjambant la fosse dans laquelle nous déambulons, effet de surprise assuré!. Débouchant sur une sorte de clairière, toujours enchlssée entre murs de béton et végétaux, des sons de voix et de djembés se mêlent à d’autres ambiances, auxquelles je rajoute une éphémère installation sonore personnelle. Ici aussi, ces acousmaties sont saisissantes, tout cela à quelques encablures de la Philharmonie. Remontant « en surface », nous traversons une grande pelouse qui nous ramène vers la Cité de la musique. Proftant de cette belle journée ensoleillé les, de nombreux groupes se prélassent, jouent au ballon, dans un pointillisme de sons disséminés sur cette aire, qui tranche assez radicalement, de par son ouverture acoustique et visuelle, avec la scène d’écoute précédente, très intimement circonscrite.

Lorsque soudain, bouquet sonore fnal, retentit, venant du bltiment de la Philharmonie toute proche, une puissante sirène d’alarme, très rythmique, dont les motifs sonores ne cessent de se répéter, façon minimalisme américain survitaminé. Cette sonnerie d’alarme fait violemment sonner l’espace, le rudoyant même dans sa répétitivité, son insistance tonitruante, et sa durée. Ce leitmotiv n’en fnit pas de bousculer l’acoustique des lieux, quelques minutes avant plutôt sereine. Les sons incisifs nous font remarquer de beaux échos contre la façade d’un théltre, qui se modiferont selon nos déplacements. Tout semble calculé pour nous accueillir, de façon très tonique, en fn de PAS. Sauf que nous nous retrouvons, avec beaucoup d’autres, refoulés au-delà d’un périmètre

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

de sécurité, contenus par des sentinelles vigipirates, tous les bltiments ayant été évacués, ou étant en voie de l’été. Alerte à la bombe oblige. Après une bonne attente, l’alerte ayant été levée, nous réintégrons notre salle pour clore ce parcours d’une façon tout à fait imprévue. Néanmoins, le petit parcours effectué dans le parc de La Villette aura tenu toutes ses promesses, voire plus encore, en nous offrant un vaste panel de sons, d’acoustiques, d’ambiances. Un PAS, entre les lieux repérés et les improvisations liées à d’heureux accidents sonores, reste, et restera sans doute toujours, une expérience unique, à vivre en groupe, et entre les deux oreilles.

unique, à vivre en groupe, et entre les deux oreilles. ©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique

©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

PAS Parcours Audio Sensible, des bosquets de Goutelas aux berges du Lignon

Sensible, des bosquets de Goutelas aux berges du Lignon C’est dans le cadre de rencontres autour

C’est dans le cadre de rencontres autour de la thématique « Paysages en mouvement,

que

Desartsonnants promène ses oreilles, ainsi que celles d’autres écoutants, dans la belle région du Forez. Entre plaine et monts, tout près de Saint-Étienne, le Forez, et plus spécifquement le lieu où nous étions, a vu naître, sous la plume d’Honoré d’Urfé, le très célèbre roman feuve lAstrée. Cette fresque littéraire de presque 5400 pages, roman pastoral où bergers et bergères nouent et dénouent des aventures galantes, où il est question de politique guerrière et d’œuvres d’art, et où la nature très présente, a guidé nos PAS sur les sentiers de l’Astrée. L’œuvre est quasiment irracontable, aussi méandreuse que le Lignon et ses rives capricieuses.

vie »

au

du

de

L’Astrée débute ainsi « « Auprès de l’ancienne ville de Lyon, du côté du soleil couchant, il y a un pays nommé Forez, qui en sa petitesse contient ce qu’il y a de plus rare au reste des Gaules… Plusieurs ruisseaux en divers lieux vont baignant la plaine de leurs claires ondes, mais l’un des plus beaux est Lignon, qui vagabond en son cours, aussi bien que douteux en sa source, va serpentant par cette plaine depuis les hautes montagnes de Cervières et de Chalmazel jusqu’à Feurs où Loire le recevant, et lui faisant perdre son nom propre, l’emporte pour tribut à l’Océan. », plantant d’emblée le décor bucolique qui accueillera néanmoins moult perfdies et intrigues. Ses chemins balisés nous emmèneront

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

jusque dans l’un des territoires d’Arcadie, pas moins ! Pour fnir de planter le décor, Céladon, le nom du berger héros de l’Astrée signife « Chant du ruisseau » en Grec, et le Lignon, ruisseau astréen par excellence, sonne superbement bien, mais je vous en reparle très vite.

Pour revenir aux propos du colloque évoqué ci-avant, plusieurs thématiques ont été soulevées, défendues, décortiquées et discutées, par une phalange érudite de juristes, architectes et paysagistes, historiens, politiciens et autres chercheurs en sciences dures ou sociales.

J’avais donc, dans ce cadre, proposé de sortir hors-les-murs pour parcourir, ressentir, lire à haute oreille, deux tranches de territoires sur lesquels nous nous trouvions. Le premier, en nocturne, étant les proche des abords du Chlteau de Goutelas, dans son parc boisé, ses sentiers sylvestres. Le second était une portion des chemins d’Astrée, là où, entre, autre se noya Céladon, l’amoureux dépité, qui fut du reste sauvé des eaux par des nymphes, permettant à l’œuvre de rebondir encore. Le parcours s’effectue en bordure du Lignon, boucle autour du chlteau Renaissance de La Bltie d’Urfé, de jour cette fois-ci.

Renaissance de La Bltie d’Urfé, de jour cette fois-ci. Un premier repérage hivernal, dans de beaux

Un premier repérage hivernal, dans de beaux paysages enneigés m’avait d’emblée permis de découvrir ces beaux sites et d’en mesurer tout le potentiel sensible, et il est énorme. Juste avant le début des rencontres, un autre repérage s’imposa, pour se remettre les parcours en jambes, les ambiances en oreilles, et trancher entre différentes variantes de parcours. Après ma première visite hivernale, le changement de décor est cette fois assez radical, en ces premiers jours d’automne. Les couleurs et lumières sont très différentes,

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

hésitant entre le vert perdurant et l’ocre naissant, néanmoins toujours aussi belles, changeantes. Les sonorités elles, sont plus actives, notamment avec les oiseaux qui proftent d’une agréable douceur post estivale. Le chlteau de Goutelas est beaucoup plus animé que lors de mon premier passage, entre promeneurs et participants aux rencontres. Néanmoins j’avais beaucoup apprécié l’atmosphère hivernale, un brin ouatée, dans ses apaisantes lumières neigeuses et ses vivifantes fraîcheurs.

J’effectue donc deux repérages en solitaire dans les bois du parc, de jour et de nuit, et un autre près du Lignon, accompagné d’une personne très engagée dans la vie du centre culturel de Goutelas, très activement militante dirais-je même. Nous sommes accompagnés par sa pétulante petite chienne, qui jouit tout autant que nous des beautés de ces paysages foréziens, voire qui semble elle-même nous guider sur les chemins du Lignon qu’elle connait visiblement par cœur.

Première sortie publique en nocturne. La fraîcheur automnale se fait nettement sentir. Après une petite histoire du paysage sonore, du paléolithique à nos jours, pas moins, en mentionnant quelques jalons de musiciens « environnementalistes », de mouvements écologiques auriculaires, de nouvelles pratiques croisées entre esthétiques et aménagement du territoire, tourisme culturel et patrimoine sonore, nous nous enfonçons dans la nuit.

Une chouette hulotte nous salue de ses cris, vigile discrète nous surveillant de l’épaisseur des frondaisons. Ses appels marquent la nuit de repères spatio-temporels qui nous invitent à la pérégrination. L’obscurité se fait vite presque totale, la lune ne se levant que très tardivement à cette époque. Nos sens n’en sont que plus en alerte. Le son de nos pas, parfois hésitants, foulant feuilles mortes et branchages, rythme notre avancée de mille craquements et froissements amplifés par la nuit.

A

l’embranchement de chemins élargissant le paysage vers des collines devinées, au loin,

je

sonnerai de la trompe pour exciter les échos du Forez, perturbation temporaire qui fera

taire, momentanément, les oiseaux nocturnes.

Quelques lumières du Chambon-sur-Lignon pénètrent timidement la forêt, et quelques sons urbains, lointains et très étouffés. Soudain, alors que je jouais à égrener de subtils tintements d’une boule chinoise, la cloche anime le paysage, par une sorte de magie de l’instant, de l’imprévu, d’un contrepoint-réponse arrivant à point nommé. Onze coups dans une atmosphère nocturne, qui se répéteront quelques minutes plus tard. Plus loin, sur un élargissement de la sente, se sera la voix d’Écho, désespérée de l’ignorance Narcissique, qui se mourra d’amour jusqu’à se fondre dans la forêt, réduite à une seule voix fragile et solitaire, condamnée à répéter toujours les derrniers sons qu’elle entend. Une micro installation sonore éphémère qui je trouve, sonne très poétiquement dans les arcanes de

la nuit.

Au retour, nous ausculterons des matières et végétaux pour terminer ce parcours en toute intimité, avec la chose sonore.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Deuxième PAS vers 10 heures du matin, alors qu’un soleil timide, mais qui se montrera de plus en plus généreux, tente de percer les nuages insistants.

Nous somme devant l’emblématique chlteau de la Bltie d’Urée, qui sera en quelque sorte le pivot de notre marche, point de départ et d’arrivée d’une boucle, pastorale à souhait. Le Lignon, et un de ses biefs alimentant le chlteau, seront notre fl conducteur, de bosquets en prairies, de rives enchlssées en plages de galets.

L’atmosphère de cette déambulation, matinale, sera donc très différente de celle de la veille au soir, autres ouvertures – fermetures paysagères, autres lumières, odeurs, sons, ressentis… J’effectue une présentation, préambule, mise en oreille, toujours autour des thématiques du paysage-environnement sonore, axes qui guideront encore nos pas. Le fl rouge sonore sera bien cette fois-ci une, ou plutôt des ambiances aquatiques, déroulant sous nos oreilles rafraichies tout un vocabulaire émaillé de glouglouttis, clapotements, chuintements, et autres bruissonnements du Lignon.

Cette rivière capricieuse, nous mène dans de multiples détours, chemins facétieux, de rives en bosquets, nous faisant suivre parfois des bras morts, dont certains seront revivifés au fl des saisons et des pluies. Tantôt nous entendons le Lignon tout proche, tantôt, au fl d’un détour, nous le perdons d’ouïe, en même temps que de vue, puis il se rapproche à nouveau, en fondue sonore progressive, ou très vite, sans prévenir. A chaque rencontres, le Lignon se révèlera si différent ! La richesse de ce parcours tient sans doute beaucoup à ces thèmes et variations au fl des ondes. Un pont enjambant la rivière se fait instrument de percussion. En effet, en le martelant, tapotant, grattant, l’oreille collée à ses rambardes métalliques, nous déclenchons une série de sons étranges, fugaces, rapides, aux couleurs d’un synthétiseur surprenant. Une improvisation collective nait spontanément de cette étrangeté acoustique. Un grand merci aux deux jeunes architectes, dont leur belle cabane en renouée du japon voisine avec ce pont, de m’avoir signalé cette particularité auriculaire !

Plus loin encore, nous trouvons le « Tombeau du poète », site astréen, une stèle et un monticule de terre recouvert de lierre, entourés d’arbres, et de bancs. Nous nous y asseyons et, magie du moment, les images et les sons mêlés peignent une scène

moment, les images et les sons mêlés peignent une scène Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

romantique à souhait. Des corbeaux coassent en volant d’arbre en arbre, des coups de fusils d’une battue de chasseurs animent le paysage au lointain, face à ce tombeau que nombre de peintres auraient pu coucher sur la toile, nous somme plongés en plein cœur d’un Freischütz Forézien, d’un promenade romantique, introspective, que Goethe lui- même n’aurait pas dénié vivre.

Bifurquant pour revenir ver le chlteau de départ, nous longeons le bief qui nous apparait tout à coup fort silencieux, laissant la place aux oiseaux que le soleil, réchauffant progressivement les lieux, poussent à chanter un brin plus vélocement. La dernière prairie nous fait passer de la pénombre des bosquets à la lumière vive d’espaces ouverts, où l’écoute même se déploie vers des horizons plus lointains. Horizons marqués d’ailleurs ce jour là de trainées sonores vrombissantes, un rallye automobile nous apprend t-on. Pour autant, ces rumeurs motorisées, dans leur éloignement, en contrepoint aux coups de feu des chasseurs, n’envahissent pas la scène acoustique. Elles lui conférent même en toile de fond, écoutées avec un certain recul, une posture « musicale », plutôt intéressante, esthétiquement parlant. Au cours du parcours, il y aura bien entendu eu une micro installation sonore éphémère, et une auscultation des objets environnants, sortes de marques de fabrique des PAS Desartsonnants.

Ainsi s’achève in situ, de belles et riches journées du colloque « Paysage, lignes de fuite, lignes de vie »

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

PAS – Parcours Audio Sensible nocturne à Loupian

Les chants de la nuit

Audio Sensible nocturne à Loupian Les chants de la nuit Je suis cette fois-ci invité par

Je suis cette fois-ci invité par Pascale Ciapp et Thomas Andro, de lEspace O25rjj à loupian, belle petite bourgade tout près de l’étang de Thau, juste en face Sète (34), dans le cadre d’une soirée consacrée aux arts sonores « Prozofoni#5 ».

Loupian est pour moi un terrain d’écoute qui ne m’est pas étranger, voire même familier. C’est en effet la quatrième fois que j’aventure mes oreilles dans ce village, pour différents PAS, diurnes ou nocturnes, en groupe ou en duo, précédés parfois d’un massage sonore. L’acoustique de cette cité fortifée, ses points d’ouïe, bancs d’écoute, ont donc déjà été l’objet de plusieurs explorations desartsonnantes, repérages ou actions collectives. Je trouve d’ailleurs très riche ce genre de récurrences où, à chaque passage, on peut creuser différemment les gestes et postures d’écoute, les itinéraires, en constituant peu à peu une collection locale de parcours sonores, et une sorte de géographie sensible, auriculaire, de Loupian. Un site laboratoire en quelque sorte.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Ma proposition était cette fois-ci encadrée, temporairement, par un concert de musique « bruitiste », où le musicien Jules Desgoutte, légataire d’un artiste trop peu connu et reconnu, qui interprétait l’œuvre posthume « Ana-logue #1 de Ulrich Herrlemann (performance sonore, live électronique, synthèse analogique en temps réel) et le Duo électrique par Lionel Malric (clavicorde amplifé) et Pak Yan Lau (Pianet, objets électroniques). Le PAS conduisant ainsi le public d’un lieu à un autre, d’un concert à un autre, c’est -à-dire de l’Espace o25rjj à la chapelle Sainte-Hippolyte, en prenant bien entendu moult chemins de traverse en écoute.

Le PAS s’effectuait à la nuit tombée, comme beaucoup d’autres ce début d’année, et d’autres encore à venir, ceci dans une démarche d’appréhender le paysage sonore dans ses ambiances nocturnes, un axe de travail en chantier.

Après un repérage, comme à l’ordinaire, même en connaissant les lieux, la remise en écoute d’un site est toujours un passage obligé, un élargissement du champ exploratoire, une façon de tester d’autre modes d’action, ou tout simplement de remettre l’oreille dans le bain local.

Le soir premier soir de mon arrivée, le bar du village est en fête, juke-box, voix et rires fusant comme un feu d’artifce de sons éclaboussant la nuit, jusqu’à ce que tout s’éteigne subitement, à l’heure de la fermeture légale de l’établissement. Bel enchainement de séquences, l’une tonique et festive, et l’autre ramenant le village dans un calme profond, serein, tout cela en quelques minutes. La magie des sons en mouvement, qui apparaissent parfois aussi rapidement qu’ils disparaissent.

Le lendemain, est donc le jour du PAS collectif. Le soir venu, un bon groupe, très inter- générationnel (voir les photos au pied de l’article) m’emboite le pas, et de fait l’oreille. Après quelques mots de présentation, le silence s’installe. Nous partons d’un pas tranquille, dans une belle nuit chaude de son d’été. Des sons s’échappent des fenêtres ouvertes, ambiance caractéristique des rues étroites et placettes enserrées, où le dedans et le dehors se mélangent, où le public et le privé, l’intime et l’extime s’interpénètrent. L’oreille se fait un brin voyeuse, ou plutôt écouteuse, volant innocemment ici et là quelques bribes de vie intime.

Les réverbérations minérales sont toujours bien en place, maintenant les sons dans une jolie brillance, un halo qui séquence l’espace en plans sonores nettement différentiés, du plus proche au plus lointain, du plus nettement perceptible dans ses moindres détails au plus diffus.

Nous débouchons sur une place jalonnée de vieux et imposants platanes où, à cette heure nocturne, des centaines d’étourneaux braillards, de retour d’une grappille viticole, animent les arbres d’une vie trépidante. Je claque des mains et un incroyable mouvement de cris et de battements d’ailes frénétiques inonde la place dans une sorte de folie collective. Puis les étourneaux, peu farouches, se reposent en grappes pépiantes, dans les peupliers, qui semblent trembler de toutes parts dans leurs branchages. Je répète plusieurs fois l’opération, et à chaque fois la même séquence , envole frénétique et retours non moins bruyants se réitère. Un jeu tout à fait improvisé dans cette rencontre inopinée entre promeneurs et oiseaux, lesquels semblent se plier de bonne grlce à orchestrer cet

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

étrange et surprenant ballet aérien, pour le plaisir de nos oreilles amusées. J’ai distribué, au départ du parcours, des stéthoscopes et autres longue-ouïes, que les enfants, mais aussi les adultes, utilisent ici et là, auscultant un mur, un tronc d’arbre, un lampadaire, le sol et ses matériaux divers… L’écoute peut ainsi se déplier des ambiances globales vers les micro sonorités, généralement inaudibles, effectuant des allers-retours entre le lointain et le très proche, la rumeur et le détail, le spectaculaire et le trivial, de l’éthéré à la matière…

Une place publique en belvédère nous offre une plongée visuelle et acoustique vers le bas du village. J’y installerai ponctuellement quelques sons rapportés, un mythe d’Écho suppliant l’insensible Narcisse (encore une histoire éminemment sonore) transposé en un facétieux conte urbain, une éphémère mythologie pointilliste qui susurre dans la nuit, ramenant dans les lieux des sons décalés et virevoltants.

Cette petite traversée sonore d’une parcelle d’espace et de nuit rejoindra à son terme, après quelques nouveaux détours, la belle et très ancienne chapelle Sainte-Hippolythe, pour le dernier concert.

Nous aurons, durant une parcelle de temps nocturne, arraché à la nuit, au village, quelques doux secrets que seule une oreille attentive, et qui plus est une écoute collective, peuvent faire émerger de la pénombre ambiante. Une poésie des lieux sereine, entre douces sonorités et lumières portant des ombres dansantes.

Cette presque obscurité rend plus pétillantes, plus ciselées, plus délicates, les lumières du village, plus bruissonnants les moindres souffes de vent dans les feuillages, plus intimes les voix fltrant des fenêtres, plus apaisés les moteurs ronronnant au loin, avec parfois la sensation d’un univers ouaté, drapé dans des traines sono-lumineuses qui titillent nos sens plus délicatement et plus curieusement que le jour. Les images ci-après en témoignent je pense.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

City Sonic 2017 – Points d’ouïe et PAS-Parcours Audio Sensible à Charleroi

Charleroi , écoute by night

Audio Sensible à Charleroi Charleroi , écoute by night © Zoé Tabourdiot – Transcultures Ce nouveau

©Zoé Tabourdiot Transcultures

Ce

nouveau

PAS

Belge

répond

à

une

commande

de

association

fondatrice

et

organisatrice

du

festival

international

des

arts

sonores

Cette commande comportait deux opus dans une même fn de journée et soirée. Le premier consistait en une conférence autour de l’œuvre du compositeur américain Max Neuhaus. devant un parterre avec beaucoup de « gens du son ». j’y évoquais les recherches et réalisations de ce visionnaire et précurseur des arts sonores, tels son travail sur l’espace, notamment l’espace public, la perception, le design sonore, les représentations graphiques d’installations, et bien entendu, une de ses actions phares, les Listens. C’est en effet au cours de ces soundwalks, performances d’écoutes urbaines, que l’artiste expérimente une posture d’écoute en marche, performative, transformant la ville

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

en une scène d’écoute musicale. Par delà l’approche pédagogique de Murray Schafer, Max Neuhaus nous invite à une expérience esthétique forte, ce qui résonne fortement en moi depuis que j’ai regardé de près les gestes et les écrits de ce pré-soundwalker. Le PAS que j’ai effectuer à Charleroi, suite à la conférence, et prolongeant également un fabuleux concert de Charlemagne Palestine, je vous en reparlerai bientôt, sont en effet tout naturellement, et très modestement, en écho des Listens de Max Neuhaus, comme une illustration pratique de ce que j’ai énoncé durant la conférence.

Il ne s’agit pas pour autant de copier le modèle Neuhausien, ce qui ne représenterait que bien peu d’intérêt, mais de mettre la ville en écoute façon Désarsonnante. Pratiquant ces écoutes en marche depuis le milieu des années 80, plutôt dans l’esprit didactique d’un Murray Schafer au départ, j’ai découvert, quelques années plus tard, les Listens, qui ont certainement infuencé mes marches pour les rapprocher plus près des arts sonores, tout en gardant une forme de militance pour la belle écoute et une sensibilisation autour de Points d’ouïe remarquables.

une sensibilisation autour de Points d’ouïe remarquables. © Zoé Tabourdiot – Transcultures Desartsonnants «

©Zoé Tabourdiot – Transcultures

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Pour effectuer un PAS dans de bonnes conditions, maîtriser un tant soit peu le paysage investi, ne pas trop s’y perdre, physiquement comme sensoriellement, tout commence par une série de repérages.

Ma première journée à Charleroi fut une grande marche urbaine entre la ville basse et la ville haute, le centre en grand travaux de réhabilitation et la périphérie post industrielle. Bref beaucoup de kilomètres pour s’imprégner des ambiances, des acoustiques, dans un journée très physique, avec quelques bonnes dénivelées. Mais au fnal, ce fut une plongée vivifante dans une ville très tonique.

Charleroi est incontestablement, aujourd’hui, une ville de contrastes, auditivement et visuellement parlant. Ancienne cité industrielle, minière, sidérurgique, elle fut très prospère dès la révolution industrielle. De la fn des année 60 jusqu’à 2012, les secteurs industriels qui faisaient vivre la ville s’écroulent les uns après les autres, laissant d’immenses champs de friches industrielles désertées, un paysage digne des meilleurs albums de la BD science-fction, et une catastrophe économique, sociale.

Le paysage alentour est bordé d’immenses crassiers, certains de plus de 200 mètres de haut, reliefs signant la feu prospérité minière. La Sambre, rivière sinueuse sur laquelle naviguent d’imposantes péniches, canalisée entre d’énormes entrepôts, longe la ville basse. Un incroyable réseau routier ceinture la ville, rings en hauteur dominant la cité d’un entrelacs de ponts et de voies suspendues. Le réseau ferroviaire est lui aussi assez gigantesque. Tout ceci vous vous en doutez bien, n’est pas sans conséquence sur l’ambiance sonore de la ville! Ajoutons à cela d’incroyables trompes, identiques à celles de gros bateaux, qui sonorisent les tramways, notamment à un carrefour où voitures et trams cohabitent, plutôt mal à certaines heures, et la ville se fait se fait parfois trépidante, voire bruyante, n’ayons pas peur des mots.

Fort heureusement, la requalifcation de certains quartiers a aménagé un réseau de places et de rues piétonnes qui viennent donner un peu d’air à la cité, y compris pour les oreilles

Mon parcours devant s’effectuer en nocturne, situation que j’apprécie et recherche d’ailleurs de plus en plus, une bonne partie du repérage s’effectuera durant une semaine, de nuit, après avoir interviewé les artistes du festival pour la Sonic Radio. A ces heures obscures la ville prend une toute autre allure, surtout si l’on se promène sous les rings, le longs d’usines désaffectées, et sur les bords de la Sambre, ce que bien entendu, je ne manquerai de faire, parfois micros en mains, pour capter l’ambiance un brin canaille de cette cité en pleine mutation.

Car la ville, surtout basse, est un immense chantier où les places et les quais sont réaménagés, où un imposant centre commercial fambant neuf a vu le jour, ainsi que plusieurs centres culturels, restaurants lieux d’exposition, cinémas… Déjà riche de quelques lieux phares, culturellement parlant, dont le célèbre Charleroi Danse, la cité mise, comme l’a fait quelques années auparavant Mons sur un développement de l’offre culturelle. Ceci pour redynamiser une ville que les séquelles d’un violent déclin industriel

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

stigmatisent encore, et faire en sorte d’oublier le slogan qu’a développé une équipe artistique « Charleroi Adventure ». Cette dernière propose des circuits safari dans la ville, élue à ce titre comme « la plus laide d’Europe ». Bien sûr, aussi surprenante et contrastée que soit le tissu urbain, il s’agit là également d’un effet d’annonce de ce Safari urbain décalé, même si je me rendrai compte que, inconsciemment, je suivrai plus ou moins ces chemins post industriels de l’oreille. On ne peut, en tant qu’arpenteur, échapper à ce qui fait de Charleroi une ville un brin sauvagement fascinante, même s’il ne s’agit pas pour moi de construire une nouvelle série de situations touristico-artistiques. La ville en tous cas, est multiple et il faut s’en saisir par un bout, celui des oreilles pour moi…

s’en saisir par un bout, celui des oreilles pour moi… © Zoé Tabourdiot – Transcultures Le

©Zoé Tabourdiot – Transcultures

Le jour J, qui s’avère le plus humide de tout mon séjour, mais un PAS Belge, ça se mérite ! À 21H30 devant la basilique Saint-Christophe de Charleroi, se forme un groupe d’intrépides et sympathiques marcheurs écouteurs noctambules.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Sous une pluie fne, qui fnalement s’estompera au fl ne notre déambulation, nous entamons une descente de la ville haute vers la ville basse. Beaucoup de passants flnent encore, leurs voix réverbérées entres les murs serrés. Nous zigzaguons pour suivre des passants, coller nos oreilles à une blche derrière laquelle se déroule une fête, nous arrêtons sous des porches, auvents, fenêtres d’écoute(s) où les gouttes de pluie rythment joliment l’espace. La ville chuinte fnalement, joliment en fait, sous les pneus des voitures, dans ambiance caractéristique des journées pluvieuses. A l’approche de la grande place centrale de la ville basse, dite Place verte, alors que paradoxalement son réaménagement l’a transformée en une immense aire minérale, intégralement bétonnée, les voix se font plus denses, plus présentes, dans un crescendo progressif. Essentiellement des étudiants qui s’égaillent en volées de rires partagés.

Nous partons vers la périphérie où l’effet acoustique inverse va se faire sentir, un decrescendo lié à la raréfaction progressive des passants, un apaisement sonore que la nuit renforce sans doute.

Arrêt Point d’ouïe, moment fort du parcours, sous un nœud routier où les rings distribuent nombres de véhicules, quelques mètre au-dessus de nos oreilles. La scène acoustique nocturne est saisissante, entre chuintements tout autour de nous et d’incroyables claquements, grondements, infra basses rythmées juste sur nos têtes. Impressionnant, même pour les carolorégiens qui n’ont fnalement pas l’habitude de s’arrêter sous des rings pour en écouter leurs sauvages plaintes nocturnes. J’installerai en contrepoint, de façon éphémère et en décalage, des sons d’une forêt francomtoise et une histoire d’Écho cherchant désespérément à séduire l’inatteignable Narcisse.

Nous longerons ensuite cet entrelacs sonique pour nous éloigner encore un peu plus du centre ville. Une petite rue s’éclaire à notre passage, ilot très vert, très feuri,féerie passagère en parfait décalage avec le site environnant hyper bétonné, un petit havre de paix pour l’oreille et la vue. Sans prévenir, au détour de cette ruelle, c’est un champs d’usines en ruines, sombres, inquiétantes, qui servent d’ailleurs visiblement à la fois de squats sauvages et de dépôts d’ordures en tout genre. Acoustiquement, c’est plutôt calme, visuellement, plutôt violent, dans une distorsion, un paradoxe sensoriel. Nous voilà débouchés sur les quais de la Sambre, que nous remonterons vers le centre. Arrêt Point d’ouïe sur des clapotements à nos pieds, des gouttes d’eau tombant d’un surplomb, espace aquatique où les lumières de la villes firtent avec l’eau, dans des miroitements irisés, comme les sons cette fois-ci plus en adéquation. Ce passage des quais de nuit est un vrai délice, sensoriellement parlant, une autre magie urbain qui vient donner à notre PAS une coloration fnalement très sereinement inattendue.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

© Zoé Tabourdiot – Transcultures Remontés sur les hauts-quais, là où s’aménagent moult nouveaux lieux

©Zoé Tabourdiot – Transcultures

Remontés sur les hauts-quais, là où s’aménagent moult nouveaux lieux de culture et de loisirs, nous nous retrouvons dans une lumière et des sons plus organiquement urbains. Ce sera notre dernière halte, utilisant mes longues-ouïe et audio-stéthoscopes pour ausculter les sols, les mobiliers et plantations, histoire de fnir le parcours en ramenant l’écoute vers une micro matérialité, de promener l’oreille de vastes champs vers des parcelles intimes.

Nous nous retrouverons au fnal dans un de ces nouveaux lieux disposant du reste d’une excellente brasserie, endroit idéal pour échanger sympathiquement autour de notre expérience d’écoute partagée.

Charleroi a donc conquis mon oreille, à tel point je souhaiterais évidemment prolonger la sonique aventure vers d’autres terrains encore inexplorés pour moi.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Point d’ouïe – Face à la mer

Point d’ouïe – Face à la mer Sweet Spot – In front of the Sea

– Face à la mer Sweet Spot – In front of the Sea C’est une illustration,

C’est une illustration, presque une modélisation de mes Points d’ouïe, où le regard comme l’écoute recherchent une forme d’exaltation sensorielle, en même temps qu’une profonde sérénité…

C’est aussi un geste récurrent chez moi, que de placer une, ou des chaises, à un endroit acoustiquement stratégique, et d’y capter avidement le bruit du monde, ou d’une parcelle de monde. Une radio ouverte sur des ondes toujours en mouvement. Une installation sonore indomptée, à ciel ouvert, et à 360°. Ou bien encore de dénicher des bancs publics pour les transformer en bancs d’écoute, tout à la fois lieux d’échanges et affûts sonores…

Les images, parfois, suggèrent les sons, comme un beau paysage peut les attirer dans une scène d’écoute qui nous met, dans ces micros événements spatio-temporels, dans une profonde connivence avec le monde, si ce n’est une exaltante harmonie fusionnelle…

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Les restes d’un PAS-Parcours

Faire un PAS - Parcours Audio Sensible, c'est un peu comme une composition sonore à partir d'enregistrements de terrain. Il faut marcher a minima 8 à 10 heures la ville, ou ailleurs, pour s'y sentir à l'aise, et garder une heure de parcours à l'arrivée.

Mes amies les cloches

En écoutant ce matin différentes volées de cloches à Cagliari, je me disais que ces dames d'airain étaient pour moi de vraies amies qui m'accompagnaient fdèlement dans mes

périples auriculaires. Ici, dans cette ile sarde, de grandes volées dans des campaniles où les cloches tintent joyeusement à l'air libre. Ailleurs, beaucoup plus au Nord, en Flandre par exemple, des carillons perchés sur de hauts beffrois qui empruntent à la chanson populaire comme à l'air sacré des ritournelles volubiles. Autre part, des sonorités plus

Chaque territoire est joliment signé par ces véritables installations

claires, et plus sages

sonores campanaires, qui donnent à l'espace public un air de fête, en même temps qu'une échelle spatiale, et une forme de rituel partagé, au-delà-même de tout contexte religieux.

Décoassance

La disparition des grenouilles n'est pas forcément synonyme de décoassance positive.

Éviter la surenchère

Dans ma pratique du paysage sonore, je vais aller de plus en plus vers l'abandon de tout son rajouté. Plutôt installer et/ou inaugurer, mettre en scène, des points d'ouïe, des stations d'écoute 100% acoustiques, des ZAD (Zones Auriculaires Prioritaires), mettre en situation, en posture d'écoute, en bref, éviter de participer à la surenchère sonore généralisée.

Stations d’écoute in situ

J'aimerais, en résonance avec les Points d'ouïe et PAS-Parcours Audio Sensibles, mettre en place, à titre expérimental, des Stations d'écoute in situ, rassemblements ponctuels d'écoutants potentiels sur un site précis, dans une durée assez longue (quelques heures). Il s'agirait de mettre en commun nos oreilles, les paysages sonores ambiants, nos ressentis, dans une posture d'écouteurs publics postés.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

À même le terrain

Je pense souvent le Paysage/territoire sonore comme une problématique susceptible de questionner pertinemment l'espace public, et les communs inhérents que l'on peut y trouver, voire y fabriquer, notamment via la chose sonore. Pourtant je suis souvent au bord de la saturation tant ces espaces publics et ces (lieux) communs envahissent les discours, jusqu'à se vider de leurs pourtant belles et nobles substances initiales. Trop souvent, le discours s'auto-alimente, sans passer par la dynamique de l'action de terrain, préalable qui construit du sens, de la sensation, à partir de l'expérience vécue. Trop souvent, l'étude de cas et la froide analyse distanciée, l'appareil critique intellectuel, prennent le pas sur l'action, le sensible, le faire in situ. Par contre, je me retrouve d'autant mieux que lorsqu'un acteur de terrain pense sa pratique comme une matière à réféchir en même temps qu'à construire une recherche/action, une recherche impliquée, à même le territoire.

Faire ensemble

Y'a des fois je me dis que j'aurais envie de danser, de mettre en scène, de bricoler, de

Tout ça pour mieux entendre, ou mieux donner à entendre. Mais tout

ça je ne sais pas vraiment le faire. Et peut être bien que c'est tant mieux, qu'y a des gens qui savent faire. Alors j'me dis, autant faire ensemble.

dessiner, de flmer

Chaos

Le monde sonore semble bien être l'expression d'une forme de chaos, de l'indomptable, et parfois de l'in-compréhensible. Accepter le fait que le paysage sonore, à l'instar du visuel, ne se plie pas à nos volontés de le canaliser, de l'organiser à notre bon gré, peut être une façon de concevoir l'imprévisible comme une valeur ajoutée. Si un design sonore urbain parvenait à modéliser et à organiser un paysage sonore totalement maitrisé, cela pourrait produire une artifcialisation plus mortifère que la pire des muzacs.

Croisements

Si je maintiens fermement le cap des PAS - Parcours Audio Sensibles orientés écoute, des points d'ouïe, j'expérimente avec beaucoup de bonheur et d'inspiration des croisements arts/sciences/aménagement, marche/danse/performance, création sonore/art plastique/territoires, Esthétique/écologie/politique, artistes/personnes handicapées, et bien d'autres ateliers ouverts, trans-média, en chantier.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

L’attention à la marche

Inauguration d’un Point d’Ouïe et PAS à La Romieu – Made of Walking 2017

Point d’Ouïe et PAS à La Romieu – Made of Walking 2017 Made of 0alking 2017

Made of 0alking 2017 s’est tenue dans la petite cité de La Romieu – littéralement une toponymie qui nous enseigne du fait que les pèlerins vont (allaient) à Rome en passant par ou en partant de ce village. C’est ici où se sont rassemblés fn août, une quarantaine de marcheurs, dessinateurs, penseurs, écoutants, venus de différents pays. Des ateliers en marche et réfexions se sont déroulés une semaine durant, de jour, de nuit, poétiques, philosophiques, méditatifs, militants, déambulants.

Le village de La Romieu est aujourd’hui une étape de pèlerinage importante, non plus vers Rome, mais pour Saint-Jacques de Compostelle. Son patrimoine blti, un ensemble collégial classé au patrimoine mondial de l’Unesco, un lavoir gothique, la beauté de ses paysages alentours, font que le village constitue un lieu de rencontre symbolique pour tester, pratiquer et célébrer moult formes de déambulations pédestres.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Comme à mon habitude, et d’autant plus que le séjour se déroule sur une semaine,

Comme à mon habitude, et d’autant plus que le séjour se déroule sur une semaine, je m’installe progressivement dans une forme d’immersion. Il s’agit pour moi d’errer de ci de là, tôt le matin, dans la journée, à nuit tombée. Je marche bien sûr, mais aussi prends la mesure de la vie sonore des lieux en m’asseyant sur les différents bancs qui ponctuent La Romieu, de pierre (mon préféré), de bois ou de métal. Mes oreilles sont toujours titillées par l’excitation de découvrir un lieu inconnu, que j’écoute, mais regarde aussi avec une certaine gourmandise sensorielle. J’adore les rencontres, les échanges, avec mes logeurs, les habitants, les commerçants – où trouver ceci et cela, entre autres des spécialités locales, à manger comme à boire. Les spécifcités culinaires et viticoles, les produits du cru, j’y ai découvert le melon de Lectoure, de succulents fromages de chèvre locaux, véritables régals, sont un autre patrimoine qui possède pour moi de vraies valeurs repères pour comprendre et bien se sentir dans un territoire.

Mais il faut également entrer dans l’histoire, petite ou grande, ancienne ou en cours, pages couvertes de récits au quotidien, que la marche révèle au fl des pas. Et l’histoire de La Romieu est riche, son architecture en témoigne, mais aussi cette belle légende des chats d’Angeline, et la présence en chair et en os de Rimbô, le célèbre félin, chat fétiche et très lgé du village, à qui une équipe d’artistes a même dédié un parcours géolocalisé. La Romieu se tisse à mes oreilles des sons du jour comme de la nuit, la cloche de la Collégiale égrenant ses tintements, son Angelus, les terrasses des restaurants qui s’ouvrent et se ferment, avec les clients qui discutent sous les arcades séculaires autant que joliment réverbérantes, un lavoir qui glougloute dans un écrin de verdure bruissonnant, des pas, des rires, un village qui s’anime et s’endort au fl des heures, l’acoustique de ses ruelles très serrées peuplées de pigeons qui s’envolent effarouchés, des nids de jeunes hirondelles pépiantes, lovées sous les toits… C’est ainsi que se

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

dessine, par bribes, l’histoire sonore du lieu, la mienne en tous cas, mais aussi celle que je tenterai de partager avec le plaisir sans cesse renouvelé d’ausculter en groupe l’audio biotope du village, et sa poésie auriculaire intrinsèque.

L’un de mes objectifs, outre de procéder à des PAS – Parcours Audio Sensible, un nocturne et l’autre diurne, est aussi de repérer, de choisir un Point d’ouïe remarquable, afn de l’inaugurer offciellement.

Le premier PAS fut nocturne. Nous sommes entrés dans une douce histoire sonore, au moment où s’endort le village, où des voix et des sons de télé sourdent des fenêtres, où Écho s’installe pour quelques instants dans une intime ruelle, par le biais d’une micro installation sonore éphémère, où l’on ausculte le sons de nos pas sur les graviers (hommage à Pauline Oliveros) via des « longues-ouïes ». Nous auscultons aussi les chants secrets de la végétation, des arbustes, des pierres… Nous plongeons un instant dans la nuit peuplée d’une multitudes de chants d’insectes et autres discrets nocturnes. Le bas du village nous livre un incroyable moment de silence, instant si rare aujourd’hui. Nous fnissons notre parcours sur la terrasse désertée d’un bar, pour communier dans l’écoute une dernière fois, ensemble, dans le calme du village… Le second parcours fut diurne, et donc sensiblement différent. Nous entrons dans les résonance du cloître de la Collégiale, écoutons ici aussi le son de nos pas dans le déambulatoire, auscultons les végétaux du jardin et la pierre de l’édifce. Nous déplorons la « musique de fond » qui écrase et annihile la pourtant belle acoustique de l’église. Dans la somptueuse chapelle peinte, nous jouons avec l’acoustique, par un chant diphonique, et surprise, une réponse chantée nous parvient du haut des escaliers de la tour, où un homme, accompagné de son fls, joue lui aussi avec les résonances des lieux. Une belle et inopinée réponse vocale que nous conserverons dans un recoin de l’oreille. Chacun de ces deux PAS, si différents fussent-ils, nous entrainent, nous embarquent dans une trame sonore spécifque à La Romieu.

embarquent dans une trame sonore spécifque à La Romieu. Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Arrive alors le jour de l’inauguration offcielle du Point d’ouïe. Ce dernier à été fnalement très vite choisi. Il s’agit du magnifque lavoir gothique, en contre-bas du village. Ce site s’est très vite imposé à moi, enceinte aquatique, verdoyante, oasis de calme peuplé, selon les heures, des chants d’oiseaux, d’insectes, des glouglouttements de l’eau, du vent dans les arbres environnants, très prégnant ce jour-ci. D’ailleurs, d’autres artistes avaient choisi ce lieu pour installer leur voix dans une très longue et performative lecture publique de Peter Jaeger, ou pour jouer en contrepoints avec le plic-ploc ambiants et de nouvelles gouttelettes installées par Inge van den Kroonenberg. D’autres encore y reproduiront des gestes séculaires du pliage des draps.

Ce nouveau Point d’ouïe est inauguré en présence de Monsieur le Maire de La Romieu, de l’élue à la culture, d’un élu du Conseil Régional, des représentants de l’association culturelle le bouc qui zouke, d’habitants et des marcheurs de Made of Walking. Nous y soulignerons que, au-delà du côté symbolique, voire anecdotique, de cette inauguration, c’est une forme de militance pour la belle écoute, la protection de tels lieux, y compris acoustiquement, le plaisir de ré-écouter nos espaces de vie. A cette militance écologique, cette prise de position ancrée dans une écologie sonore telle que l’a pensée Raymond Murray Schafer, viendra s’ajouter de façon plus impromptue, celle d’une militance pour la cause féminine, mélangeant ainsi quelque peu les torchons et les serviettes, ce qui est presque « normal » dans un lavoir. Ainsi se croisent inopinément deux revendications, l’une liée à l’écoute, l’autre à la cause des femmes, dans l’espace symbolique du lavoir, lieu de travail, lieu de rencontres, lieu d’échanges, et ici de revendications. Comme à l’accoutumée, nous nous rendrons en marche silencieuse vers ce nouveau Point d’ouïe et, après les discours offciels, observerons quelques minutes de silence/écoute collective, non pas commémoratives, mais bien pour acter de l’inauguration de ce nouveau lieu d’écoute à ajouter à la liste de ceux déjà existants. La mairie, en partenariat avec l’association culturelle locale le bouc qui zouke, matérialisera d’ailleurs le Point d’ouïe d’un panneau in situ.

La carte postale sonore réalisée durant le séjour est un montage audio de différentes ambiances de nuit et de jour, lors de repérages effectués en solitaire, du centre bourg au lavoir. C’est une vision (audition) très personnelle de La Romieu by Desartsonnants, entre zooms, ambiances, jeux de portails et gouttes d’eau, et bien sûr l’appel quelques chats nocturnes venus saluer mes micros.

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Documents, liens Vidéo inauguration par ArtFactories : https://vimeo.com/233304T65?activityReferer=1 Carte postale

Documents, liens

Vidéo inauguration par ArtFactories : https://vimeo.com/233304T65?activityReferer=1

Carte postale sonore, écoutez ici :

Album photos PAS nocturne:

@photos Ienke Kastelein

Album photos Lavoir, inauguration du point d’ouïe, Lecture et installation :

@photos Ienke Kastelein, Nawel Gendouz, Julie Poitras Santos, Art/Factories, Ruth Broadbent

Le Point d’ouïe du lavoir de La Romieu est géolocalisé et répertorié ici –

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

À l’envers et contre tout

L'heure est grave, mieux vaut en ouïr !

Aménités

Hier, aux environs de 20 heures je me suis assis sur un banc, dans un petit jardin public tout près de chez moi. C'est là chose somme toute tout à fait habituelle. La température est agréable, le ciel bleu, constellé d'une étonnante variation de moutonnements rosés. Ces derniers semblent parfaitement immobiles et cependant, ne cessent de se dissoudre et de se recomposer assez rapidement, en trames et vapeurs éthérées. Derrière moi, un ilot d'arbustes est peuplé d'oiseaux piaillant à plein syrinx. Des familles et des couples de tous lges, de toutes nationalités, passent devant moi, insouciants, devisant et riant à l'aune d'un printemps renaissant. La nuit s'installe subrepticement, dans un bel entre chiens et loups aux dégradés ombreux. Les nuages tout à l'heure rosés ont maintenant viré au gris, laissant apparaitre les premières taches d'étoiles, et des trainées lumineuses d'avions volant vers on ne sait où. C'est juste un geste sensible, un petit bout d'oasis dans un de mes ateliers à ciel ouvert. Il y a des jours où je souhaiterais ne voir que les beautés du monde, pour les partager en exemples amènes.

Filtrages

Se frotter aux réalités du terrain, d'un territoire, fut-il sonore, s'est déjà brouiller ce dernier par une superposition plus ou moins consciente de fltres déformants. Rentreront en effet en jeu la sensorialité, les affects, l'extrapolation, l'imaginaire, l'interprétation, le doute, la

Néanmoins, nous ferons en sorte

divagation, la subjectivité, l'humeur vagabonde, le rêve que l'humain reste au centre de l'écoute.

Bureau nomade

Je suis en train d'expérimenter de plus en plus le bureau nomade, l'atelier mobile, en espace public, immersion sensorielle et sociale. Un sac à dos, un ordinateur portable, un carnet de notes, quelques stylos, éventuellement un enregistreur numérique, des gares, des bancs publics, des médiathèques, universités, des chambres d'hôtels, des lieux de

Ateliers en mouvement, installation éphémère,

réfexion in situ, des rencontres, ne pas (trop) s'enraciner. Trouver des points de chute,

résidences, des trains, bus, du wi-f

des parcours, encore…

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Accroches

J'essaie de penser ce qui ne m'accrocherait pas, me laisserait indifférent, dans une ville,

Mais je n'y arrive pas vraiment. Il

y a toujours, partout, quelque chose, une petite aspérité, un infme décalage, qui

m'accrochent, m'attirent, m'inspirent. Des expériences en marche, des rencontres, des micro-événements imprévus, l'attrait du quotidien, d'une forme d'inconnu non

spectaculaire

spécialités culinaires, se faire raconter la cité historique, sociale, politique, culturelle, anecdotique, par des guides autochtones, c'est déjà chercher une forme de dépaysement stimulant. Je peux alors un peu plus jouir de ses ambiances, sonorités, couleurs, odeurs,

températures, lumières

sentir, tlter, lever la tête vers des détails architecturaux, vers d'autres rythmes qu'il faut aller chercher. Il me faut être curieux de ce qui construit un territoire hétérotopique comme dirait Foucault, en l'occurrence celui que je marcherai. Je suis d'ailleurs très reconnaissant à Jean-Christophe Bailly, dans son livre "Le dépaysement, voyage en France" d'avoir, pour moi, mis en lumière, révélé, exacerbé, cet état de fait, cette richesse de l'écriture narrative sans cesse renouvelée, quel qu'en soit le terrain. Au fnal, au fl de ces traversées auriculaires collectives, des workshops que je mène, ce sont bien l'écriture et le partage d'histoires, de récits, celles et ceux que l'on tisse ensemble, qui seront le pivot, l'axe moteur de ces déambulations multiples.

En apprenant à (mieux) écouter, j'ai appris à (mieux) regarder,

Poser l'oreille et le regard quelque part, dans une ville, goûter ses

un village, un quartier, un territoire péri-urbain, naturel

Inspirations et modèles

C'est plus tard, un peu plus tard, beaucoup plus tard, maintenant, que j'ai commencé, que

je commence à comprendre ce qui relie mes attirances, mes croisements, mes affnités,

Un instituteur qui jouait de la guitare et chantait, des profs de français qui

m'ont incité à lire des milliers de pages, et ça continue plus que jamais, tous genres confondus, des profs de dessin et d'histoire de l'art qui nous parlaient de Jéricho et Picasso, des profs d'histoires géo qui, parfois, nous racontaient de belles ou terribles histoires, une expérience du paysage horticole, professionnelle, in situ, un ami qui m'a fait écouter le monde, et découvrir l'environnement et le paysage sonore, un passage tardif à

mes projets

la fac qui m'a re-placé devant le questionnement, le brassage de problématiques toujours

en chantier, des rencontres diverses et variées avec des de belles personnes, de beaux lieux, sans compter tout ce que j'ai oublié et redécouvre au fl des expériences. Et tout ce qui reste à venir…

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Villes et autres villes

Petit à petit, se met en place un réseau de villes où je suis invité à tendre l'oreille, les micros, à arpenter l'espace sonore, à raconter et visiter la ville comme une immense installation sonore à ciel ouvert, et à 360°.

En chantier et à venir - Cagliari, Bastia, Mulhouse, Charleroi, Le Locle - La Chaux de

Fond, Saragosse

Mais il en reste tant d'autres !

Expériences versus paysage

Mieux vaut partir de l'expérience de l'écoute, plutôt que de l'idée préfabriquée d'un quelconque paysage sonore. Si ce dernier doit naître, il prendra corps au fl des agencements, ressentis, interprétations, manipulations, inhérentes à l'expérience d'écoute in situ.

Lieux de vie ?

En me promenant, ou plutôt travaillant ici ou çà, je note, sans doute naïvement, des constantes qui peuvent, ou pourraient nous aider à (un peu) mieux vivre. Conserver, voire installer des bancs publics, des marchés (de fruits et légumes et autres forains) des places publiques à taille humaine, avec des arbres, des petits commerces de proximité, des espaces piétonniers, de petits bars et restaurants dans leur jus, des fêtes pas trop aseptisées par une médiatisation nivelant tout, des services publics ad hoc (postes, guichets SNCF de quartier), des structures culturelles locales, dont les bibliothèques et

autres centres sociaux culturels, des lieux de culte multiples, des jardins partagés, et bien

Mais cela n'est pas toujours si évident dans la

"logique" rationnelle de l'aménagement du territoire, et encore moins dans la pensée libérale et sécuritaire ambiante. L'urbanisme aseptisé, les enseignes archi franchisées et donc omniprésentes, la politique frileusement commerciale, le système policé, au sens large du terme, l'hégémonie des grandes et moyennes surfaces, la gentrifcation des quartiers dits "populaires" et la spéculation immobilière inhérente, la culture populiste ou élitiste, les transports urbains pas toujours géographiquement et économiquement égalitaires, réduisent d'autant plus l'imaginaire social urbain qui fond ainsi comme peau de chagrin.

d'autres espaces hybrides à imaginer

L'eau raye, fluide, la surface des sons

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

Banc d’écoute en duo, Parc de la Tête d’Or à Lyon avec Lucile Longre

en duo, Parc de la Tête d’Or à Lyon avec Lucile Longre Jusque là, nous avons

Jusque là, nous avons régulièrement pratiquer des PAS – Parcours Audio Sensibles en duos d’écoute. Une marche, généralement d’une bonne heure, où nous devisions des choses parcourues tout en en gardant des traces via l’enregistrement audio. (https://desartsonnantsbis.com/les-pas-parcours-audio-sensibles-en-duo-decoute/).

Cette fois-ci, en compagnie de Lucile Longre, photographe, preneuse de sons et auteure très attachée à l’environnement. C’est ici une écoute-discussion posée sur un banc que effectuons. Une première en la matière !

Desartsonnants « Points d’ouïe et paysages sonores partagés » 2018

En PAS, ceux d’être

En PAS, ceux d’être Je suis un promeneur, promeneur écoutant, arpenteur paysageur, marcheur au gré des

Je suis un promeneur, promeneur écoutant, arpenteur paysageur, marcheur au gré des sons, insatiable partageur d’écoutes, traqueur de choses bien-sonnantes, guide accompagnateur Desartsonnants, installateur de micro points d’ouïe, am