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Les USA et la Chine en trêve, quid

de la fin de la guerre commerciale?


Donald Trump a accepté de faire la trêve dans la guerre commerciale contre la
Chine.

Selon la Maison-Blanche, l'accalmie dans la guerre commerciale avec la Chine laissera du


temps aux deux camps pour mener de nouvelles négociations après la rencontre au sommet en
Argentine, écrit le quotidien Nezavissimaïa gazeta.
Conformément à cette entente, Washington n'augmentera pas les taxes sur les importations
chinoises le 1er janvier 2019. En échange, la Chine a accepté d'acheter une «quantité
considérable» de produits énergétiques, industriels et agricoles américains. Mais, selon les
experts, ce n'est qu'une pause dans le conflit car Washington n'a pas renoncé à son intention
d'empêcher la Chine de se transformer en superpuissance.

© REUTERS / HYUNGWON KANG


Guerre commerciale: Pékin fait un geste pour les États-Unis

L'administration américaine a qualifié de «réussite» la rencontre de Donald Trump


avec son homologue chinois Xi Jinping. Selon The New York Times, elle rassurera
les marchés inquiets, tout comme les agriculteurs américains qui redoutent les dures
conséquences d'un long conflit commercial.
Les deux pays ont fixé un délai de 90 jours pour déboucher sur un accord plus large. Si aucun
compromis n'était trouvé, Washington augmenterait les taxes de 10 à 25% sur 200 milliards
de dollars de produits chinois.

La chaîne CNBC rapporte que dans les 90 jours à venir, les responsables américains et chinois
poursuivront les négociations sur les différends relatifs au transfert de technologies, à la
propriété intellectuelle et à l'agriculture. En l'absence d'accord, la Maison-Blanche décréterait
des taxes qui pourraient aller jusqu'à 25%.

CC0 / PIXABAY
La Chine va-t-elle à son tour léser les agriculteurs américains?

Alexeï Portanski, professeur à la faculté d'économie et de politique mondiales du


Haut collège d'économie, résume: «C'est un succès local dans la baisse de la
tension entre la Chine et les USA. Mais je ne crois pas que cette trêve temporaire
deviendra permanente. Ces six derniers mois, les deux pays ont semblé trouver des
ententes à plusieurs reprises, mais ensuite la confrontation a repris. Généralement à
cause des agissements de Washington.»
«La principale motivation des États-Unis consiste à faire obstacle au
leadership économique et technologique de la Chine dans le monde.
Cette principale motivation n'a pas changé. Il ne s'agit pas seulement de
réduire le déficit commercial des USA dans les échanges bilatéraux. Les
enjeux sont bien plus élevés. Trump, qui a proclamé le slogan
"l'Amérique avant tout", essaiera de stopper la transformation de la
Chine en leader économique et technologique. Conformément au
programme-2025, les Chinois avancent progressivement vers ces
objectifs. Voilà ce qui effraie le plus les USA», explique l'expert.

© AP PHOTO / MARK SCHIEFELBEIN, FILE


La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a fait une nouvelle victime

Toutefois, le commerce ne fut pas le seul thème évoqué pendant le sommet sino-
américain. Les deux dirigeants ont également parlé de la dénucléarisation de la
péninsule coréenne et de Taïwan. Il semblerait que les concessions aient été
réciproques. Le chef de l'État américain a affirmé qu'il resterait attaché au principe
d'une «Chine unie».
Cette formule sous-entend que l'Amérique ne soutient pas les exigences d'accorder son
indépendance à l'île. C'est ce qu'essaie d'obtenir Pékin de Washington. D'un autre côté, les
USA considèrent Taïwan comme un bastion de leur stratégie militaire en Asie orientale et
continuent de fournir des armes sur l'île.

En ce qui concerne la Corée du Nord, la Chine a déclaré qu'elle souhaitait du succès au


dialogue entre les USA et la Corée du Nord sur le désarmement nucléaire.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de


l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.
Donald Trump vient de mettre à exécution
sa menace de taxer de 10%
quelque 200 milliards de dollars
d’importations chinoises supplémentaires.
Au risque de se tirer une balle dans le pied.

Au risque de mettre l’économie mondiale (déjà fragile) cul par-dessus


tête, Donald Trump a donc décidé de jouer à fond la carte du va-t-en-
guerre commercial. Le locataire de la Maison Blanche vient de mettre à
exécution sa menace de taxer de 10% quelque 200 milliards de dollars
d’importations chinoises supplémentaires à partir de lundi 24 septembre
pour les porter ensuite (dès le 1er janvier 2019) à 25%. Cette nouvelle salve
contre Pékin intervient moins de trois mois après celles de juillet et août
lorsque Washington annonçait une hausse des droits de douane
de 25% sur un total de 50 milliards de dollars de produits chinois. Il
s’agissait de contraindre Pékin à modifier radicalement sa politique en
matière de commerce, de transfert de technologie et de subventions aux
industries de haute technologie. La Chine ripostait en taxant le même
montant d’importations américaines.

Escalade entre géants


Les deux pays sont désormais dans un engrenage. Lundi soir, dans la
foulée de son annonce, Trump s’est voulu encore plus menaçant,
déclarant à l’endroit de Pékin que «toutes mesures de représailles contre les
Etats-Unis entraînerait la mise en œuvre de la phase 3», à savoir des tarifs
douaniers sur 267 milliards de dollars d’importations supplémentaires.
Ce serait alors la totalité des importations de l’empire du Milieu qui
seraient frappées de mesures protectionnistes américaines, perspectives
déjà agitées par Trump. L’escalade entre les deux géants de l’économie
mondiale, qui pèsent environ un tiers du PIB mondial, risque de se
poursuivre : Pékin a annoncé hier l’imposition de nouveaux droits de
douane punitifs sur les produits américains, représentant (cette fois
encore) 60 milliards de dollars d’importations annuelles en Chine. A
l’instar des Etats-Unis, les douanes chinoises appuieront sur le bouton de
la vendetta dès le 24 septembre. Le géant asiatique appliquera alors des
droits de douane de 5% ou 10% sur une liste de quelque 5 200 produits
en provenance des Etats-Unis. C’est désormais la quasi-intégralité des
produits américains importés sur le sol chinois qui vont être surtaxés.
«Made in World»
«La Chine et les Etats-Unis étaient dans un processus de négociation. Avec la
décision de Trump, les Chinois pourraient décider de ne pas revenir à la table
des négociations», estime Sébastien Jean, directeur adjoint au Centre
d’études et prospectives d’informations internationales. Si nombre
d’observateurs hésitaient jusqu’à il y a encore peu pour qualifier de
guerre économique les précédentes déclarations sidérantes de Donald
Trump, leur appréciation est tout autre aujourd’hui. «Cette fois l’escalade
est importante, ça devient gros. On a vraiment l’impression que ni Trump, ni
son entourage ne comprennent ce qu’est le commerce
international, brocarde Charles Wyplosz, professeur d’économie à
l’Institut de hautes études internationales et du développement de
Genève. En raisonnant sur le mode "les importations c’est mal, les exportations
c’est bien", l’administration Trump prend le risque de déséquilibrer le
commerce mondial, et surtout de se tirer une balle dans pied.»
Nombre d’économistes soulignent que les grandes entreprises
américaines immergées dans le grand bain de la mondialisation n’ont
cessé de fragmenter leur chaîne de production entre plusieurs pays. Pour
caractériser cette recomposition industrielle à l’échelle d’un monde
devenu village, les économistes parlent d’éclatement de la chaîne de
valeur. Sous ce terme un peu barbare, se cache une évidence qui touche
la plupart des secteurs… Electronique, informatique, automobile, chimie,
électroménager. La dispersion des activités de production d’un iPhone
montre, par exemple, à quel point la firme californienne joue la carte du
«Made in World».

Potentiels dommages collatéraux


Certes, les produits importés sur le sol américain (ou ailleurs) le sont au
prix où la Chine les vend aux Etats-Unis. Mais cette vision est pour le
moins trompeuse. Explication : pour assembler ces mêmes produits en
Chine, l’entreprise installée par exemple dans la province de Henan
(l’Apple City locale) fait appel à des dizaines de fournisseurs qui
constituent la chaîne d’approvisionnement de Foxconn (qui assemble
Apple en Chine). Or, toutes ces entreprises importent des circuits
imprimés, des écrans, des mémoires du Japon ou encore de Corée du
Sud. Au final, la valeur ajoutée de la Chine ne représente donc qu’une
«petite» partie de la valeur totale à laquelle un iPhone est importé aux
Etats-Unis (ou ailleurs).
«Et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’Apple ne figure pas sur la liste des
produits taxés. Mais en taxant la Chine, Trump risque, par effet de ricochet,
d’affecter les économies d’autres pays fournisseurs comme le Japon,
l’Allemagne, la Corée du Sud et bien d’autres pays émergents qui sont devenus
des pays satellites de la Chine», ajoute le spécialiste d'économie
internationale Thierry Madiès. Dans ce maelström économique, une
guerre protectionniste entre les deux mastodontes risque de déclencher
une chute des échanges… Ne manquerait alors qu’une panique boursière
pour mettre à terre les plus fragiles, des économies émergentes comme
l’Argentine, le Brésil, la Turquie, l’Inde, tous déjà mal en point.