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HIPPOCRATE

^2

L'ANCIENNE MEDECINE

LES BELLES LETTRES

PARIS
HIPPOCRATE
TOME II

Partie
COLLECTION DES UNIVERSITÉS DE FRANCE
Publiée sous le patronage de l'ASSOCIATION GUILLAUME BUDÉ

HIPPOCRATE TOME II

Partie

DE L'ANCIENNE MEDECINE

TEXTE ÉTABLI ET TRADUIT


PAR

Jacques JOUANNA
Professeur à l'Université de Paris-Sorbonne

Ouvrage publié avec le concours du C.N.B.S.

PARIS
LES BELLES LETTRES
1990
Conformément aux statuts de l'Association Guillaume
Budé, ce volume a été soumis à l'approbation de la
commission technique, qui a chargé MM. Anargyros
Anastassiou et Volker Langholf d'en faire la révision
et d'en surveiller la correction en collaboration avec
M. Jacques Jouanna.

Tous droils de traduction, de reproduction et d'adaptation


réservés pour tous les pays.

© 1990. Société d'édition Les Belles Lettres,


95 bd Raspail 75006 Paris

ISBN : 2-251-00417-3
ISSN : 0184-7155
NOTICE

Le traité de V Ancienne médecine a eu un sort inverse


de celui du traité des Vents. Alors que le traité des
Vents, qui était apprécié dans l'Antiquité, fut parfois
sévèrement jugé par les modernes\ le traité de V Ancien-
ne médecine, qui n'a pas beaucoup retenu l'attention des
anciens, est au contraire fort apprécié de nos jours. Il
est vrai qu'Érotien, glossateur d'Hippocrate au i" siècle
après J.-C, range le traité de ï Ancienne médecine, déjà
ainsi nommé à cette époque, parmi les œuvres authenti-
ques d'Hippocrate^ mais Galien, un siècle plus tard,
;

bien qu'il connaisse le traité comme l'indiquent les


quelques gloses de son Glossaire qui s'y rapportent^, n'a
pas jugé bon d'en faire un commentaire; le médecin de
Pergame néglige ce traité, car il est contraire à l'idée
qu'il se fait de la doctrine d'Hippocrate•*. Sans doute, le

1. Voir J. Jouanna, Hippocrate V, 1, Des Venls, De l'Art,


eu. F., Paris, 1988, p. 9.
2. Voir infra, p. 95.
3. Voir infra, p. 97-99.
4. La critique dans V Ancienne médecine
du rôle des qualités
élémentaires (chaud, froid, sec, humide) est en opposition avec les
théories que Gahen trouvait dans les traités jugés authentiques,
Nature de l'homme, Aphorismes, etc. voir Galien, In Ilippocralis
;

Epidemiarum Wenkebach-Pfaff, CMG V 10, 1,


libres I et II, éd.
Berlin, 1934, p. 220. Elle est en opposition aussi avec ses propres
théories; voir infra, p. 27 et n. 1. Par ailleurs, l'auteur de
VAncienne médecine (c. 20) sépare nettement la médecine de la
philosophie, alors que, pour Galien, «l'excellent médecin est aussi
philosophe».
8 ANCIENNE MÉDECINE
traité avait-il particulièrement apprécié dés la
été
période hellénistique par les tenants de la secte
empirique, aussi bien à cause de ses vues sur l'origine de
la médecine qu'à cause de sa polémique contre les

hypothèses et la philosophie^ Mais comme Galien a


joué un grand rôle dans la diffusion de la Collection
hippocratique, il étonnant de constater que
n'est pas
V Ancienne médecine ne faisait pas partie dans l'Antiqui-
té tardive et au Moyen Âge des grands traités de la
Collection. Ce traité n'a été traduit ni en latin ni en
arabe. En revanche, depuis le xix* siècle, il a acquis une
prééminence jusqu'alors inconnue. Significative est la
place que lui accorde Littré, en tête de la Collection
hippocratique (tome I, p. 570-637), parce qu'il y voyait
l'œuvre d'Hippocrate lui-même, celle à laquelle Platon,
dans le Phèdre, aurait fait référence^. Et comme Littré a
joué un grand rôle dans la diffusion de la Collection
hippocratique à l'époque moderne, ainsi s'explique que
le traité apparaisse également en tête de l'édition
Teubner en 1894 et de l'édition Loeb en 1923^. Même si
la critique moderne a généralement abandonné les vues

de Littré sur l'auteur, elle considère toujours VAncienne


médecine comme un document de première importance
sur l'histoire des idées dans la Grèce classique; l'abon-
dance des études particulières consacrées à ce traité
suffirait à le prouver.

1. Voir W. D. Smith, The Hippocratic Tradition, Cornell


Publications in the History of Science, Ithaca and London, 1979,
p. 209 sq.
2. L'admiration de Littré pour ce traité sera renforcée par son
adhésion au positivisme «Les travaux médicaux d'Hippocrate,
:

déclare-t-il dans ses Remarques rétrospectives du tome IV, p. 670,


ont pour caractère essentiel d'être fondés sur une étude ferme et
bien faite de la réalité. Ils sont plus ou moins avancés, mais ils
sont toujours positifs ils ne s'égarent pas dans les vaines
;

hypothèses». Ce jugement est dicté tout particulièrement par


VAncienne médecine. Il semble donc que les raisons qui expliquent
la haute opinion que Littré a de ce traité rejoignent dans une

certaine mesure celles de la secte empirique.


3. Pour ces éditions, voir infra, p. 108-109.
NOTICE

. L'ANCIENNE MÉDECINE,
DISCOURS ÉPIDICTIQUE

La littérature médicale de l'époque classique se


composait non seulement de traités écrits mais aussi
d'oeuvres destinées à être prononcées devant un public.
L'auteur de ÏAncienne médecine le laisse entendre
clairement dans deux passages où il emploie les verbes
«dire» et «écrire» pour désigner ceux qui ont composé
des œuvres médicales (c. 1, 118, 1 sq.
c. 20, 146,
hippocralique
7 sq. ...
elle-même
).
renferme, à
La
côté d'oeuvres
;

Collection

écrites, des œuvres destinées d'abord à une publication


orale, ces œuvres orales pouvant être soit des cours
soit des discours^ A quelle catégorie appartient le traité

de V Ancienne médecine'!
Bien qu'il ne présente pas toutes les caractéristiques
du discours au même titre que le traité des Vents ou
de VArt^ —
en particulier il ne possède pas comme ces
deux œuvres un épilogue, mais se termine par une
brève phrase de conclusion —
le traité de V Ancienne
,

médecine appartient néanmoins, selon toute vraisem-


blance, à la catégorie des discours épidictiques destinés
primitivement à être prononcés devant un public^.

1. Sur la distinction entre œuvres écrites et œuvres orales dans


la Collection hippocralique, voir J. Jouanna, «Rhétorique et
médecine dans la Collection hippocratique», REG, XCVII, 1984,
p. 26-44.
2. Sur des Venls et de V Art en tant que discours
les traités
épidictiques, voir J. Jouanna, Hippocraie V, 1, Des Venls, De
l'Art..., p. 10-24 (Vents) et p. 167-174 (Art).
3. Sur VAncienne médecine en tant que discours, voir W. Aly,
Formprobleme der friihen griechischen Prosa in Philologus,
Suppl. XXI, 3, Leipzig, 1929, p. 60 sq. (n. 68 de la p. 60);
A.-J. Festugière, Hippocrate. L'Ancienne médecine. Introduction,
traduction et commentaire, in Études et commentaires IV, Paris,
1948, p. viii-xiii, qui emploie l'expression de «discours-program-
10 ANCIENNE MÉDECINE
Pour désigner son propre ou-
Les caractères i> ' i

i
^''^g^' ^^t^"'" " emploie que des

du discours épidictique

) ;
termes signifiant «dire». C'est le

cas lorsqu'il annonce ce qu'il va exposer (c. 2, 120, 1

c. 12, 132, 17 sq.


ou pourrait exposer (c. 16, 140, 16 '
),
exposé (c. 5,

6
124, 2 ;
lorsqu'il rappelle ce qu'il a déjà

; c
c. 5,

11, 132,
124, 10 sq.
8 sq.
... c c
8 sq.
; 15, 138, 16
), ou
;

lorsqu'il insiste sur


24, 153,

.
ce qu'il expose
cil,
146, 13
132, 6
;c
(c. 11, 132, 4 sq.
; C.

22, 149, 3
et 4
12, 132, 18
Sans
; cf. aussi
).
c. 20,
;

doute, le vocabulaire de ambigu, car il peut


l'oral est
très bien être employé dans un ouvrage écrit mais ;

comme l'auteur de YAncienne médecine fait par deux


fois la distinction entre les ouvrages écrits et les
ouvrages oraux quand il parle des autres, et comme il
n'emploie pas le vocabulaire de l'écrit quand il désigne
son propre ouvrage, il est raisonnable d'en déduire que
son ouvrage était primitivement un discours destiné à
être prononcé.
L'œuvre présente d'autres caractères rhétoriques qui
l'apparentent aux discours de .4/ et des Vents :

l'auteur affirme sa présence par l'emploi de la première


personne. Les verbes de déclaration, d'opinion ou même
de volonté à la première personne soulignent, tout au
long de l'œuvre, l'avis de l'auteur c. 1, 119, 4 :

me», voulant indiquer par là que les logoi hippocratiques traitent


de la médecine en général et particulièrement de méthode en fait, ;

il n'y avait pas un lien nécessaire entre la forme du discours et son

contenu, le même sujet pouvant être traité soit dans une œuvre
orale, soit dans une œuvre écrite, comme l'indique clairement
l'auteur de YAncienne médecine lui-même (cf. c. 1, 118, 1 sq.
...
).
and Expérience. Cambridge, 1979.
; cf. c. 20, 146, 7 sq.
Voir aussi G.E.R. Lloyd, Magic, Reason
p. 95.
. . .
NOTICE 11

et c. 3, 121, 6; c. 13, 133, 8 et c. 20, 147, 11 ;

c. 17, 141, 16 et c. 20, 145, 17; c. 5, 124,


2, c. 11, 132, 5 et 9, c. 20, 146, 13, c. 22, 149, 3 et 4 ;

c. 13,

c.

c.
vel
134,
24, 153, 13; ,
c. 5,

11, c. 15,

12, 132, 10 et c. 18, 143, 4;


120, 3 sq., c. 3,
124, 11,
137,
c.
c.

15 et 17,
16, 139, 5;

121, 13 et 15 et 122, 6,
1 1,

...
131, 12,
c.

vel
c. 5,
c. 12,

22, 149,
cil,
133, 3,

132, 6,

124, 2 sq.
14 et

c. 2,

et c. 9, 128, 17 sq.. Le pronom personnel vel


renforce parfois les verbes à la première personne.

128, 15

"
: c. 2,

...
; c
120,
...
16,
1

139, 4 sq.,
c
;

...
c 15,
;
; .138, 1 1

...
c 17,
; c. 9.

141,

;
15 sq. ; 20, 146, 7 sq.
cl, ... c 3, 121, 6

;;
: 119, 4
c 3, c 12, 132, 10

.;
; 121, 13
; c 13, 134, 11 ... c 15, 137, 12
' C. 15, 137, 17 C 18, 143, 4
Le traité de V Ancienne médecine est, du
reste, le traité de la Collection qui emploie le plus
souvent la forme (huit fois alors qu'il n'y a que
neuf autres emplois dans le reste de la CollectionY Bien .

que l'œuvre ne fasse aucune référence directe à l'audi-


toire^, l'auteur attire son attention par divers procédés
qui, sans être l'apanage exclusif de la prose orale, sont
fréquents dans les discours. En employant la pre-

1. Voici le détail des autres emplois dans la Collection 4 fois :

dans Articulations, 2 fois dans Art, 2 fois dans Maladie Sacrée,


1 fois dans Maladies IV.

2. La présence de «les auditeurs», au c. 2, 120,


13 sq., a été utilisée par Festugiére, p. ix, n. 2, pour prouver qu'il
s'agit bien d'un discours; mais ce terme ne se réfère pas au
«public» qui écoute le discours, mais au malade et à l'entou-
rage du malade, lors d'une consultation médicale. De même la

( ),
distinction du c. 1, 119, 8 sq. entre celui qui parle
ceux qui écoutent utilisée par W. Aly, Form-
et

probleme ..., p. 60, n. 68, ne s'applique pas à la situation présente


( )
mais à un discours sur la cosmologie. Il n'y a pas dans V Ancienne
médecine de référence directe au public qui écoute.
12

l'engage
, même
;
ANCIENNE MÉDECINE
mière personne du pluriel, il fait appel à l'expérience
commune de son public (par ex. c. 15, 137, 18 sq.
c. 18, 142, 7 sq.

à participer à la recherche
«examinons»). Il sollicite aussi sa réflexion
,
) (c. 5,
— ou
123, 18

par de nombreuses questions directes c. 3, 123, 4 ... :


;

c. 7, 126, 3 c. 7, 126, 14 c. 13, 133, 19

... .
... ; ... ;

...; c. 13, 134, 9-11 ...;


Pour désarmer
tions fictives qu'il réfute
les
ses adversaires,

met dans l'embarras par


(c. 17,
il

141, 12 '
formule des objec-

ses questions pressantes


),
(c.13, 133, 19 sqq.), ou esquisse une petite scène de
comédie dans laquelle le malade, par sa question de
bon sens, désarçonne le médecin faussement savant
(c. 15, 138, 2-4).
L'auteur veut enfin frapper son auditoire par l'éclat
de la forme.
Les effets de style sont moins voyants que dans les
Vents ou même que dans VArt; néanmoins l'influence de
la prose d'art n'est pas absente^. Ce qui caractérise le

style de l'auteur, c'est la recherche des couples de


termes, synonymes ou complémentaires, qui se ressem-

1. Sur le style du traité, on ne trouve dans la littérature érudite

que quelques remarques éparses J. Ilberg (Sludia pseudippocra-


:

lea, Diss. Lipsiae, 1883, p. 39) oppose le style de VAncienne


médecine à celui de VArt en notant que les effets de style,
antithèses et jeux verbaux, sont beaucoup moins fréquents dans
VAncienne médecine que dans VAri; au contraire, F. Blass, Die
aitische Beredsamkeit I, 2' éd., Leipzig, 1887, p. 89, cite Ari et
Ancienne médecine comme exemples d'une prose ionienne où
l'influence de Gorgias est tempérée, mais il ne donne pas
d'exemples; selon W. Aly, Formprobleme ..., p. 61 (n. 68 de la
p. 60), les phrases bien construites ne donnent pas l'impression de
fleurs de rhétorique mais sont le simple résultat d'une pensée
particulièrement bien disciplinée. W. H. S. Jones (Philosophy and
Medicine ..., p. 92) va dans le même sens: l'auteur, selon lui,
adopte une structure périodique sans les artifices qui sont associés
à la rhétorique sophistique ça et là on rencontre quelques touches
;

qui sont très légèrement rhétoriques, si légèrement qu'elles


peuvent passer inaperçues de quiconque n'est pas à leur recherche.
NOTICE 13

blent par sonorité et longueur (paromoiose et


parisose) et sont reliés
la

quelques exemples parmi bien d'autres


par
la

ou En voici
:
.
C. 3,

;
a) liaison
121, 3
c 3,
: c. 2,

123,
120, 7

1
; C. 3, 122, 5
c.
;

4,

.-
;

123, 14 ; c 10, 131, 8 sq.


; c 13, 134, 3 sq.
; c 22, 151, 9 sq.
c 22, 152, 16

.
;

b) liaison 119, 18 sq.


; c. 3, 123, 3 sq.
: c. 2,

; C.
... 19, 143, 20
; C. 10, 131, 7
;

C. 22, 152, 9 sq.

c. 6,
Parfois ces couples s'opposent dans des antithèses

triades
125, 8-10

qui se répondent et s'opposent


...
. Parfois, ce sont des
,...
: c. 3, 122,
:

16-123,
/3

Enfin de longues séries d'homéotéleutes soulignent


^.
des temps forts du discours ici c'est la variété des :

opérations accomplies par les hommes qui inventèrent


le régime des gens en santé c. 3, 122, 8-13 : ...

,
,, , ,
l'intérieur
...

, , ,.
du corps
;

:

c.
.

c'est
22,

ces énuméra-
. .

la

149, 5-10
variété des formes à

tions liées qui donnent une sorte d'ampleur épique dans

1. Pour l'emploi des couples synonymiques et antithétiques


dans V Ancienne médecine, voir M. Fantuzzi, «Varianza e tenacia
del Polar Thinking nel De prisca medicina pseudoippocratico» in
F. Lasserre et Ph. Mudry, Formes de pensée dans la Collection
hippocralique, Genève, 1983, p. 241 sq.
. .

14 ANCIENNE MÉDECINE
l'évocation soit des exploits des hommes soit de la riche
diversité de la nature, s'opposent les accumulations en
asyndète, plus denses et plus dramatiques, quand

,
les
,
. , ... , ,
l'auteur

, ,
-
hommes
énumère
: c.
"
les différents
10, 130,

Grâce à ces quelques exemples, il est clair que


18-131, 4
troubles qui accablent

développements techniques et effets littéraires ne sont


pas incompatibles.

Est-il possible de préciser d'après


La nature du pubuc , , , , , , ,

le discours la nature du public


visé? L'auteur s'adresse-t-il à des spécialistes? à des
profanes? ou à un public mêlé de spécialistes et de
profanes^?
D'un côté, il est évident qu'il vise un public de
médecins —
ou de savants car la grande place — ,

accordée à la réfutation des thèses de ceux qui veulent


fonder la médecine sur de nouvelles bases n'aurait pas
de sens s'il en était autrement. De plus, lorsqu'il
devance, au début du c. 17, l'objection d'un auditeur
(' ),
il s'agit de l'objection d'un spécialiste qui a

la connaissance de maladies particulières, causus et

péripneumonies (141, 13
Enfin quand il définit positivement ce que doit être
selon lui la médecine, il s'adresse implicitement ou
).
explicitement au médecin dont il définit la tâche. Il
s'adresse implicitement au médecin au c. 2, 120,
3 sqq. «il me semble que l'on doit, lorsqu'on traite de
:

cet art, exposer des choses qui soient concevables par

1. La distinction entre spécialistes et profanes est opérée par


l'auteur lui-même. Pour les spécialistes de l'art, l'auteur emploie
trois termes : (c. 1, 118, 10 et 119, 2), (c. 1,

118, 10 et c. 7, 126, 4) et (c. 7, 126, 4 ; c. 9, 128, 15 et 17,


et 129, 4; c. 20, 145, 18 et 146, 8 et 16; c. 21, 148, 8). Pour les
profanes, il emploie deux termes (c. 2, 120, 5 et 120, 10)
et (c. 2, 120, 13; c. 4, 123, 10; c. 9, 129, 10; c. 21, 148, 8).
NOTICE 15

les profanes. Car l'objet qu'il convient de rechercher et


d'exposer n'est autre que les affections dont ces gens-là
sont eux-mêmes atteints et dont ils souffrent». En
revanche, la référence au médecin est explicite au c. 20,
146, 15 sqq. «Car voici, en tout cas, ce qu'il me paraît
()
:

nécessaire pour un médecin de savoir sur la


nature, et de chercher de toutes ses forces à savoir, s'il a
l'intention de remplir tant soit peu ses devoirs». Mais
d'un autre côté, l'auteur semble viser un public plus
large que les seuls spécialistes. Significatifs à cet égard
sont les passages où l'auteur, employant la première
personne du pluriel, englobe avec lui l'ensemble de son
public. Par exemple, au moment d'examiner une série
de maladies pour justifier sa thèse, il déclare (c. 18, 142,
7 sq.)

).
:

rons de faire l'expérience

()
( ...
«Pour commencer, venons-en aux cas les plus
manifestes, dont nous faisons tous souvent et continue-

Tout d'abord, chez tous ceux d'entre nous


qui ont un coryza, etc.». Dans ce passage,
l'auteur se situe non plus du côté du spécialiste, mais du
côté des malades. Il commence par faire appel aux cas
qui sont connus de la totalité de son public, non
seulement des médecins, mais aussi des profanes, et il
organise son développement surtout en pensant aux
profanes. De même, lorsqu'il parle au c. 15, 137, 18 des

),
aliments et des boissons «dont nous usons tous»
il englobe dans cette totalité médecins
(
et profanes. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant
que certaines phrases puissent être adressées plutôt aux
profanes qu'aux médecins. Ainsi à la fin du c. 20 (148,

souffrirait pas» ( :

' ' ,
2 sq.) l'auteur déclare «Qui posséderait ce savoir ne

Puisque l'auteur parle de souffrance et non de traite-


).
ment, il se place surtout dans la perspective du profane.
Connaître les causes des maladies peut éviter au profane
de tomber malade. Bien que dans l'ensemble des
chapitres l'auteur s'adresse avant tout au médecin et
parle de son savoir, il n'y a pas lieu de modifier le texte
16 ANCIENNE MÉDECINE
de ce passage pour que désigne uniquement un
médecin comme on proposée Mieux vaut conserver
l'a

la souplesse, et parfois l'ambiguïté du texte. Ainsi, à la


fin du c. 21 (148, 17-19), quand l'auteur conclut
()
:

«Celui-là donc qui ne saura pas comment chacune


de ces choses se comporte à l'égard de l'homme, ne

()
pourra ni connaître les effets qui en résultent ni en user
correctement», il emploie le verbe
le sens vague d'«user» à la place d'un verbe précis
qui a

signifiant «soigner» tel que (cf. c. 15, 137, 14)

ou (cf. c. 13, 133, 10), si bien que la phrase peut

concerner non seulement le médecin mais aussi le


profane qui, faute de connaissance, ne saura pas user
d'un régime correct. L'ambiguïté paraît voulue par
l'auteur, car, quelques lignes plus haut, il a dénoncé
conjointement l'erreur de la plupart des médecins et des
profanes (148, 7 sq.
)^.
Le public auquel s'adresse l'auteur de VAncienne
,
médecine est donc composite. Il s'adresse d'abord au
médecin mais n'exclut pas les profanes. Cette double
destination du discours ne doit pas surprendre. Elle
trouve sa justification dans la conception même que
l'auteur a de la médecine comme le discours médical
:

Voir commentaire ad loc, p. 148, n. 1.


1.

La même ambiguïté paraît voulue au c. 23, 153, 5


2.
«afin que connaissant les
causes de chacun des maux subis, on puisse correctement s'en pré-
server». Le moyen peut avoir pour sujet aussi bien le
médecin qui évitera au profane les que le profane qui
s'en gardera. De fait, dans la Colleclion hippocratique,

110, 15 sq.
«il
: ,
est employé aussi bien à propos du médecin que du malade. Pour
le médecin, voir par ex. Maladies des femmes II, c. 52, Littré VIII,

faut que (le médecin) refroidisse le ventre (de la malade) tout


en évitant qu'elle ne soit prise de frissons»; pour le malade,
)
voir par ex. Maladies II 2, c 15 (c. 4), Littré VII, 28, 15 sq.
(= Jouanna 149, 19 sq.) : ...

«que (le malade) fasse des promenades en se gardant du vent».


NOTICE 17

porte sur les maux ressentis par le profane, il n'atteint


pas son objet, qui est de les expliquer pour les
combattre, s'il n'est pas compris du profane (cf. c. 2,
120, 12-14).

Contenu Bien que les transitions soient


structure et moins nombreuses et moins ap-
unité du (Sscours
puyées que dans d'autres discours
hippocratiques, la structure du discours, masquée
parfois par la subdivision traditionnelle en chapitres,
est à la fois souple et clairet La souplesse de la
structure, plus grande à la fin du discours qu'au début,
a amené les érudits à s'interroger sur l'unité de l'œuvre.
Le discours débute par un long préambule polémique
(c. 1 et 2) où l'auteur dénonce les erreurs des novateurs

qui partent d'un postulat simplificateur tel que le


chaud, le froid, le sec ou l'humide, pour expliquer la
cause des maladies. Afin de montrer que l'art n'a pas
besoin d'une méthode nouvelle, l'auteur va retracer
dans un long développement, que l'on pourrait appeler
r« archéologie» de la médecine, la naissance de l'art en

dégageant cause qui a provoqué les recherches et la


la

méthode qui a présidé à la découverte (c. 3 à c. 12).


Après une apologie riche et nuancée de l'ancienne
médecine, l'auteur revient à la critique des novateurs
dans une longue partie qui va du c. 13 au c. 19. Dans
les c. 13 à 15, il montre que leur postulat qui consiste à
attribuer la cause des maladies au chaud, au froid, au
sec ou à l'humide, ne correspond pas à la réalité, car ils
ne trouveront pas dans la réalité une thérapeutique en
accord avec ce postulat. Puis, dans les c. 16 à 19,

, 1. Sur la structure de V Ancienne médecine, voir W. Aly,


Formprobleme ..., p. 60, n. 68, H. Wanner, Studien zu
Diss. Zurich, 1939, p. 9-17 («Aufbau der Schrift»);
A.-J. Festugière, Hippocrate, L'Ancienne médecine..., p. xxvni-
xxxi et surtout J.-H. Kuhn, System- und Melhodenprobleme im
;

Corpus Hippocraticum, in Hermès, Einzeischriften XI, Wiesbaden,


1956, p. 3-26 («Aufbau und Tendenz der Schrift»).
18 ANCIENNE MÉDECINE
l'auteur concentre ses critiques sur le chaud et sur le

froid,en montrant que ce sont les qualités qui ont le

moins de pouvoir dans le corps de l'homme.


Avec le c. 20, l'auteur abandonne la polémique
contre les tenants du chaud, du froid, du sec et de
l'humide pour l'élargir aux médecins et aux savants qui
estiment que la médecine suppose une connaissance
préalable de la constitution originelle de l'homme. Loin
d'être préalable à la médecine, la connaissance de la

nature de l'homme n'est possible que par la médecine


bien comprise, c'est-à-dire par l'étude des relations
causales entre le régime (aliments, bains, exercices) et
l'homme. Une telle étude relationnelle du régime et des
constitutions est du reste nécessaire pour connaître les
causes des maladies et pour les soigner; bien des
médecins commettent des erreurs parce qu'ils l'ignorent
(c. 21).
Les trois derniers chapitres (c. 22 à 24) ajoutent des

() ()
précisions sur les causes des maladies. Elles sont dues
non seulement aux qualités mais aussi aux

) )
configurations des parties du corps. Cette fin a

été jugée inauthentique par G. Plambôck^ Il voit en

() (
particulier
les affections
soit
une contradiction entre le c. 22 qui attribue

aux configurations
soit aux qualités (
et le reste de

()
l'œuvre où,
affections
().
notamment au

Par
c. 19, 144, 10 sq., toutes les
ont été attribuées aux qualités
lui paraît singulier qu'un
ailleurs,
il

auteur qui n'a cessé de parler des éprouve le


besoin de les définir seulement au début du c. 22. Du
reste, cette définition ne lui paraît pas coïncider
exactement avec les emplois précédents, car les
sont définies au c. 22 comme les propriétés extrêmes des

1. G. Plambôck, «Dynamis im Corpus Hippocraticum », Akade-

mie der Wissenschafien und der LUeraiur, Abhandlungen der


Geistes- und Sozialwissenschaftlichen Klasse, Mainz, 1964, 2,
p. 89, n. 3.
NOTICE ly

humeurs (), alors que humeurs jouent un rôle


les

peu important dans les vingt et un premiers chapitres.


Enfin, il paraît singulier qu'un auteur qui a accordé
lui

une si grande importance à la notion de cause puisse


envisager au c. 24 qu'une humeur se change d'elle-
même en une autre.
Si l'on examine les choses de plus près, les prétendues
contradictions s'estompent et les ressemblances appa-
raissent. Quand l'auteur au c. 19, 144, 10 sq. affirmait
que les affections sont dues aux qualités, c'était dans un
développement où il voulait montrer qu'elles ne sont
pas dues au chaud et au froid, comme l'affirment ses
adversaires. Il n'y a pas contradiction à compléter la
catégorie des affections causées par les par une
autre catégorie d'affections qui n'entraient pas en ligne

,
de compte dans

au contenu de
la discussion sur le chaud et le froid. De

plus, si l'auteur donne au chapitre 22 une définition des


c'est en fait pour l'opposer à la définition des
qu'il introduit ici
la définition des
pour
,
la première
il
fois. Quant
n'est pas en
contradiction avec ce qui précède dans la mesure où il

s'agit bien ici, comme dans d'une


le reste du traité,
force qui agit sur l'homme. Il ne faudrait pas accentuer
l'opposition entre l'importance des humeurs dans ()
ces chapitres 22-24 et leur rôle plus effacé dans le début
du traité. Le terme est attesté quatre fois dans la
première partie (c. 14, 137, 2; c. 18, 143, 4; c. 19, 145,
5; c. 20, 147, 19); et la première fois qu'il apparaît,

()
c'est dans un sens tout à fait analogue à celui des
chapitres 22 et 24 : <( humeur intempérée» dont il est
question au c. 14, 137, 2 désigne «l'amer,
exactement comme au c. 24, 153,
le salé, l'acide», etc.,

13, l'humeur est amère, salée, acide, etc. Lorsqu'il est


dit au c. 22, 149, 3 sq. que «la est des
humeurs», cela n'est pas en contradiction avec le
passage du c. 14, 136, 5-8 où l'auteur dit que «ce qu'il y
a de plus fort dans le doux c'est le plus doux, dans
l'amer le plus amer, dans l'acide le plus acide et dans
20 ANCIENNE MÉDECINE
chacune des qualités présentes c'est son À ».
vouloir serrer la formulation du texte de trop près pour
faire ressortir des contradictions, on court le risque de
perdre de vue la souplesse d'emploi des termes dans le

rester au terme

tantôt les excluent


,
traité, souplesse qui est évidente même dans la partie
jugée authentique par Plambôck. En effet, pour en
les dans le corps tantôt
comprennent le chaud et le froid (c. 16, 139, 4 sq.)
(c. 19, 144, 10). Enfin la notion de
causalité, loin d'être oubliée dans les trois derniers
chapitres, est réaffirmée à

,
que
la

que
le lien

thérapeutique

l'on
nécessaire entre
(c.

''
peut comparer par exemple à
la

la

23, 153, 5 sq. â


fin

,,
du chapitre
connaissance des causes et

c.
23, ainsi

21, 148, 17-19

). Du point de vue de causalité, l'idée qu'une

)
la

humeur puisse se changer d'elle-même () en une


autre humeur, énoncée dans dernier chapitre, n'est
le

pas plus étonnante que


succéder de lui-même au froid
au c. 16, 141, 9^.
(
l'idée que le chaud puisse
énoncée

Ainsi, les arguments avancés par Plambôck pour


démontrer l'inauthenticité des trois derniers chapitres
ne sont pas convaincants. Bien au contraire, l'auteur
rattache le chapitre 24 sur les à ce qui précède
par une référence interne (153, 8 sq.
). L'unité de l'œuvre est confirmée enfin par le
vocabulaire et par le style. En ce qui concerne le
vocabulaire, on notera la même prédilection pour
l'emploi de

142, 8 sq.,
...
part... d'autre part»
c. 19, 144, 11 et
(
... au sens de «d'une

en
en
c.
c. 16, 139, 16,
22, 149, 10 et 16 sq.
c. 18,

en c. 14, 136, 16, c. 16, 139, 20 sq., c. 19, 143,

1. Voir aussi
spontanément ( ).
c. 21, 148, 6 où des troubles se produisent
.

15 et c. 22, 150, 2), de l'adjectif


NOTICE
, rare dans
21

le

,
reste de la Collection hippocratique

, C. 14,

c. 17,
136, 11
142, 1
, (c.

C. 16, 140, 16

et C. 23, 153, 4
5
14, 135,
...
...
)
et de l'adjectif (c. 1, 118, 7, c. 2, 120, 2, c. 9,
12)i. Pour
129, 1, c. 9, 129, 1, c. 9, 129, 9 et c. 22, 151,
on constate dans ces derniers chapitres la même
le style,

fréquence de
149, 1 ;
la première personne en c. 22,
en c. 22, 149, 3 et 4, c. 24, 153, 10;
(
en c. 22, 149, 14 et c. 24, 153, 13), le même emploi des
interrogations directes
153, 12
analogues par
ou
152, 6 sq.

).
),
(c.
la

la
même

22, 152, 16
(c. 22, 149, 11
recherche des couples de termes
longueur et les sonorités reliés par

; 152, 11 sq.
;
; ;

152, 9 sq.
c. 24,

Les trois derniers chapitres sont donc du même

,
auteur que les chapitres précédents. Mais comme ils
abordent deux points nouveaux (maladies dues aux
transformation spontanée des
pu se demander s'il ne s'agissait pas d'un excursus
on a

ajouté en fin du discours^, ou émettre l'hypothèse que


),
ces chapitres n'appartiennent peut-être pas au projet
primitif de l'œuvre^. Toutefois, la fin du chapitre 24 se

1 L'adjectif est employé vingt fois dans la Collection


tiippocratique ; le traité de VAncienne médecine, avec ses six
emplois, arrive en deuxième position après Blessures de lête (8 fois),
nettement avant le traité qui est en troisième position, Plaies
(2 fois seulement).
2. W.
H. S. Jones, Philosopfiy and Medicine ..., p. 92.
3. H. Diller, ^(Das Selbstverstàndnis der griechischen Medizin
in der Zeit des Hippokrates», in L. Bourgey et J. Jouanna, La
Collection hippocratique et son rôle dans t'tiistoire de ta médecine
(Colloque de Strasbourg de 1972), Leiden, 1975, p. 92, n. 1 « Ich :

meine, dass auch dieser Abschnitt sich in die geistige Gesamt-


haltung der Schrift so weit einfugt, dass er jedenfalls dem gleichen
Verfasser, wenn auch vielleicht nicht dem ursprunglichen Darstel-
lungskonzept seiner Schrift, zugeschrieben werden kann».
22 ANCIENNE MÉDECINE
termine par une maxime («le meilleur est toujours ce
qui est le plus éloigné de l'inapproprié») qui clôt
l'ouvrage d'une manière satisfaisante. La technique de
conclusion est certes beaucoup moins élaborée que dans
les discours des Vents ou de VArt qui se terminent tous
deux par un épilogue, mais cette fin n'est pas plus
abrupte que celle du traité des Airs, eaux et lieux, qui
est pourtant soigneusement rédigée^.

II. LA CRITIQUE

D'UNE MÉDECINE PHILOSOPHIQUE

UAncienne médecine appartient à la catégorie des


œuvres polémiques de la Collection hippocratique^. La
polémique dans le traité comprend deux moments, l'un
où l'auteur s'en prend à une catégorie bien précise de
novateurs et c. 13 à 19); l'autre où il élargit sa
(c. 1

critique tous ceux qui adoptent une méthode


à
philosophique en médecine (c. 20). La distinction entre
ces deux moments est faite clairement par l'auteur
lui-même, puisqu'au début du c. 20 il conclut la
première partie de la polémique par ces termes «Sur :

ce sujet donc, je pense m'être suffisamment expliqué.»


Dés la première phrase de son préambule, l'auteur
présente ses adversaires, suivant une technique analo-
gue à celle que l'on trouve dans le traité de VArt ou
celui de la Nature de l'homme. Ce sont les médecins qui,

1. Airs, eaux, lieux se termine également par une phrase


courte «En partant de ces observations, on pourra juger du reste,
:

sans crainte de se tromper» (trad. Littré, t. II, p. 93).


2. J.-H. Kûhn, System- und Melhodenprobleme im Corpus
Hippocraticum .... p. 1-56 (« Der Methodenstreit in der hippokratis-
chen Schrift De prisca medicina»); G. E. R. Lloyd, «Who is
attacked in On Ancient Medicine?», Phronesis, VIII, 1963,
p. 108-126; Id., «.\spects of the Interrelations of Medicine, Magic
and Philosophy in Ancient Greece», .Apeiron, IX. 1975, p. 1-16;
J. Ducatillon, Polémiques dans la Collection hippocratique, Lille/
Paris, 1977, p. 91 sqq.
NOTICE 23

partant d'un postulat (c. 1, 118, 2 réduisent


la cause des maladies à un ou deux principes (c. 1) et
)\
veulent prescrire une thérapeutique en conformité avec
ces principes (c. 15). Comme principes, l'auteur énumère
les quatre qualités élémentaires, chaud, froid, sec,
humide (c. 1 sans que cette liste soit limitati-
et c. 15),
ve. L'ordre dans l'énumération n'est pas indifférent, car
les attaques se concentreront surtout sur les principes
du chaud et du froid (c. 16 début «J'estime pour ma :

part que le froid et la chaleur sont, de toutes les

propriétés, celles qui ont le moins de pouvoir dans le


corps»).
La critique contre ces premiers adversaires s'opère en
deux temps. L'auteur commence par dénoncer leur
erreur principale dans le préambule (c. 1); puis, il
reviendra sur certaines de leurs erreurs au c. 13 (cf. au
début «Je veux revenir à la théorie de ceux qui
:

adoptent une nouvelle méthode dans leurs recherches


sur l'art en partant d'un postulat»). La principale erreur
porte sur leur méthode et sur les conséquences qu'elle
implique. En introduisant une nouvelle méthode en

),
médecine, celle du postulat (c. 1, 119, 4 sq.

),
les novateurs sont en fait des négateurs de la
médecine, car ils rejettent (cf. c. 2, 119, 16 et

-
c. 12, 133, 1 sq. soit explicitement, soit

;
;
implicitement, un art qui existe réellement (c. 1, 118, 8
c. 2, 120, 2 c. 12, 132,
...
;

18 sqq. où... ...


), qui possède un nom (cf. c. 5, 123, 19 ), des

;), ,
spécialistes (c. 1, 118, 10
c. 5, 124, 1 et une méthode de recherche (c. 2,

119, 13 c. 8, 127, 14 c. 15, 137, 13 ). En


présentant ces novateurs, comme des négateurs de l'art,
l'auteur de V Ancienne médecine se trouve dans une
position analogue à celle de l'auteur de VArt qui

1. Sur le sens de dans V Ancienne médecine et sur les


travaux qui en traitent, voir comm. ad loc.
24 ANCIENNE MÉDECINE
dénonce, dès son préambule, ceux qui nient expressé-
ment l'existence de l'art de la médecine^
Cette application de la méthode du postulat à la
médecine est condamnable, non seulement parce que
l'art de la médecine possède depuis longtemps déjà une
méthode, mais aussi parce que cette nouvelle méthode
que l'on veut introduire n'est pas adaptée à l'objet
même de la médecine. L'auteur établit, à cet égard, une
opposition entre cosmologie et médecine. Dans l'étude
des phénomènes célestes ou souterrains, comme l'objet
de l'étude est hors de portée de l'homme, il n'y a pas de
critère du savoir ; aussi le recours à la méthode du
postulat est compréhensible (c. 1). Au contraire, l'objet
de la médecine est à la portée de l'homme puisque le
savoir est relatif à la souffrance du malade (c. 2). Aussi
existe-t-il un du savoir médical, dont l'auteur
critère
dira plus loin au
(128, 13
c.

).
9 qu'il est ce que ressent le malade
Il n'y a donc pas lieu

de recourir à un postulat en médecine.


Quand l'auteur revient, à partir du c. 13, sur la

critique de ceux qui veulent introduire en médecine la

méthode du va souligner l'écart qui sépare


postulat, il

leur postulat de la réalité. Déjà dans les deux premiers


chapitres, il avait implicitement noté cet écart, en
reprochant à ses adversaires de procéder à une réduc-

le
)
tion simplificatrice des causes des maladies (c. 1, 118, 4
et en rappelant que
discours explicatif du médecin, qui porte sur
l'affection ressentie par le malade, doit être compréhen-
sible par le malade lui-même (c. 2). C'est justement
cette impossibilitédu dialogue entre médecin et malade
qui révèle, aux yeux de tous, l'écart entre le postulat et
la réalité. En effet quand le partisan de la nouvelle

méthode proposera au malade un traitement conforme


à son postulat, par exemple le chaud en soi si la maladie

1. Comp. Art, c. 1, Littré VI, 3, 1 sqq. (= Jouanna 224,


1 sqq.).
NOTICE 25

est censée être causée par ne pourra se faire


le froid, il

comprendre du malade, car ce médicament n'existe pas


dans la réalité (c. 15, 137, 15 sqq.). Ainsi le postulat sur
la cause des maladies est inacceptable, puisque les

conséquences qui en découlent logiquement, par la


thérapeutique des contraires, sont contraires à la

réalité.
de trouver dans la Colleciion hippocra-
Est-il possible
tique, ou exemples de ces théories visées par
ailleurs, des
l'auteur? Il faut surtout chercher du côté des partisans
du chaud et du froid, puisque l'auteur concentre, à
partir du c. 16, sa réfutation sur ces deux qualités, en
passant désormais sous silence le sec et l'humide. En
fait, dans la Collection hippocratique, aucune théorie sur
la cause des maladies ne correspond exactement aux
attaques de l'auteur de V Ancienne médecine^. Certes, il
n'est pas exceptionnel que les maladies soient attribuées
à l'excès de chaud, de froid, de sec ou d'humide. Par
exemple, l'auteur de la Maladie sacrée, c. 14 (Littré VI,
388, 3-6 =
Grensemann 82, 21-24) attribue les grandes
maladies au cerveau quand il est anormalement chaud,

composés en -
froid, sec ou humide. Significatif aussi est l'emploi des
désignant l'excès de ces qualités
élémentaires dans Affections, Maladies I et Maladies II,
V. Mais aucun de ces traités ne part de l'un ou l'autre

1. Voir G. E. R. Lloyd, «Who is attacked in On Ancient


Medicine ?...•>, p. 118.
2. Voir, par exemple, Affections, c. 1, Littré VI, 208, 7 sqq.

()
:

«La bile et la phlegme produisent les maladies quand, dans le

(), (),
humide
ou froide
à l'excès
à l'excès ()
corps, l'une de ces humeurs devient sèche à l'excès
chaude à l'excès
comp. Mal. /, c. 2, Littré VI,
;

142, 15-17 (=Wittern6, 7sq.); voir aussi Mal. II, 1, c. 5,

-
,
Littré VII, 12, 20 (= Jouanna 136, 1). La plupart des emplois de
1

ces composés en dans la Colleciion hippocraiique se trouvent


groupés de façon significative dans ces trois traités. Les treize
emplois de et les six exemples de sont dans
ces trois traités sur neuf emplois de
;
sept sont dans
26 ANCIENNE MÉDECINE
de ces principes à l'exclusion d'autres pour expliquer la
totalité des maladies^. En dehors de la Collection
hippocratique, certaines théories médicales connues
indirectement par un écrit doxographique, dit Anonyme
de Londres, qui utilise un matériel remontant à Aristote
ou à son école^, semblent mieux convenir. Concernant
l'humide et le sec, la théorie qui correspond le mieux est
celle d'Hippon de Crotone (XI, 22-42) qui pense que
l'être vivant est constitué d'une humidité naturelle
dont le dessèchement entraîne l'insensibilité et la mort,
et qui attribue les maladies à la modification de ce
principe humide par un excès de chaud ou de froid.
Concernant le chaud et le froid, les deux théories qui se
rapprochent le plus sont celles de Philolaos de Crotone
(XVIII, 8 sqq.) et de Pétron d'Égine (XX, 1 sqq.).
D'après le compte rendu de V Anonyme de Londres,
Philolaos dit que le corps de l'homme est constitué d'un
principe, le chaud, et Pétron d'Égine de deux, le froid et

le chaud. Selon Philolaos, les maladies peuvent être


favorisées par l'excès ou le manque de chaud ou de froid
... ...
,
XVIII, 48-50
(cf.

). De même, selon Pétron d'Égine,


les maladies sont causées, en partie, par ces deux
principes quand ils sont en déséquilibre (cf. XX, 12-14

).
:

,
Mais les théories de Philolaos et de
Pétron sont plus complexes que les théories visées par
V Ancienne médecine. Car Philolaos, tout en disant que la
nature humaine est constituée de chaud refroidi par
l'air de la respiration, attribue la cause principale des

Maladies I et Affections enfin les trois emplois de


;
sont
aussi dans ces deux traités. Sur la parenté de l'étiologie dans ces
trois traités, voir J. Jouanna, Hippocrate. Pour une archéologie de
l'école de Cnide, Paris, 1974, p. 262-360.
Dans tous ces traités, une explication par les humeurs est
1.

combinée avec l'explication par les qualités élémentaires.


2. La meilleure édition est celle de H. Diels, Anonymi
Londinensis ex Arislolelis lalricis Menoniis, Berlin, 1893 (= Sup-
plementum Aristotelicum III, 1).
NOTICE 27

maladies aux humeurs bile, sang et phlegme (XVIII,


30 sqq.)• Et Pétron d'Égine explique les maladies non
seulement par les deux qualités élémentaires (froid et
chaud), mais aussi par les résidus de la nourriture (XX,
8-12). En bref, certaines théories médicales soutenues
soit par des médecins influencés par le pythagorisme
(Philolaos de Crotone), soit par des médecins qui
remettent au goût du jour les anciennes théories
ioniennes en les appliquant à la biologie (Hippon
reprenant l'ancienne théorie de Thaïes), semblent cor-
respondre mieux que celles des traités de la Collection
hippocratique aux attaques de l'auteur de ï Ancienne
médecine, mais il n'y a aucun exemple qui illustre
exactement ses dires sauf Hippon. Cela s'explique à la
fois par les nécessités simplificatrices de la polémique et
par la perte d'une grande partie de la littérature
médicale de l'époque classique. De telles théories sont,
en tout cas, attestées aussi par le Sophiste de Platon
(242 d) qui fait allusion à des théories expliquant
l'Univers «par deux principes, humide et sec ou chaud
et froid». Il reste toutefois assez étrange que l'auteur de
l'Ancienne médecine ait mis tant de zèle à dénoncer le
rôle du chaud et du froid dans la pathologie on ne ;

saisit pas en quoi les théories visées par l'auteur


pouvaient menacer à ce point la médecine traditionnel-
le. Du reste, la position de l'auteur restera isolée; les

qualités élémentaires chaud, froid, sec, humide conti-


nueront à jouer un rôle important, soit directement soit
indirectement dans la pathologie. Le silence de Galien
sur Y Ancienne médecine vient probablement de cette
attaque contre le rôle du chaud et du froid en
pathologie, car lui-même explique les maladies par un
excès de chaud, de froid, de sec et d'humide^

1. Voir, par exemple, son traité sur les Causes des maladies (éd.
Kuhn VII, 2) «A mon avis, il y
: a quatre maladies simples et
quatre composées, les premières venant d'un accroissement
excessif du chaud ou du froid tout seul, ou de l'un des termes de
l'autre opposition, celle du sec et de l'humide, et les secondes
28 ANCIENNE MÉDECINE
En revanche, quand l'auteur de VAncienne médecine
élargit sa polémique au c. 20 à tous les savants ou
médecins qui adoptent une méthode philosophique en
médecine, il aborde une question plus fondamentale et
les exemples précis susceptibles d'illustrer la méthode
qu'il condamne ne font pas défaut. Ce qu'il condamne,
c'est la nécessité affirmée par certains savants ou
médecins d'une connaissance de l'homme préalable à la
médecine. Selon ces penseurs, la connaissance de la
constitution originelle de l'homme est nécessaire pour
en déduire la thérapeutique. Ainsi la médecine devrait
prendre son point de départ dans un savoir qui lui est
extérieur. Bien que l'auteur de VAncienne médecine ne
parle plus ici d', il est clair que les critiques
faites à propos de la méthode des premiers adversaires
restent valables. Mais pour montrer l'écart entre la
théorie et la réalité, l'auteur choisit ici une autre voie,
celle de l'assimilation de leur exposé sur la nature
originelle de l'homme à l'œuvre d'un peintre^ De même
que le peintre recrée l'homme à partir d'un nombre fini
de couleurs, ces médecins ou savants reconstituent la
nature de l'homme à partir d'un nombre fini d'éléments
premiers. Mais, de même que les peintres, ils aboutis-
sent à une image de l'homme et non à sa réalité. Selon
l'auteur, pour atteindre à une connaissance réelle de la
nature de l'homme, il faut procéder à l'inverse. C'est
l'exercice de la médecine bien comprise qui permettra
d'aboutir à une connaissance de l'homme par l'étude
des relations causales entre le régime et ses effets sur les
différentes catégories de natures humaines. Ce n'est pas
l'une des moindres audaces de l'auteur que d'aller à
rencontre de toute cette recherche qui était
en vogue dans la deuxième moitié du siècle et qui.

venant de ce que ces éléments s'accroissent par couple, ce qui


donne la maladie chaude et sèche, ou froide et sèche, ou chaude et

1. Voir c. 20, 146, 9( ),


humide, ou froide et humide».
avec la note ad loc.
NOTICE 29

selon Platon, dansPhédon 96 a, avait passionné


le

Socrate dans sa jeunesse. Ce n'est pas non plus la


moindre audace que de citer nommément pour le
critiquer un savant célèbre, en l'occurrence Empédocle,
ce qui est un procédé exceptionnel dans la Collection
hippocratique^.
Parmi les traités de la Collection hippocratique,
plusieurs correspondent aux critiques de l'auteur de
V Ancienne médecine ; c'est le cas des Vents, des Chairs et
du Régime^. Surtout dans ces deux derniers traités, des
termes établissent un lien particulier avec la polémique
de VAncienne médecine. L'auteur des Chairs affirme
dans son préambule (cl, Littré VIII, 584, 4-8 =
Joly 188, 6-10) la nécessité de fonder sa connaissance de
la nature de l'homme sur la cosmologie si bien que, pour

cet auteur, comme pour les adversaires de VAncienne


médecine au c. 20, la connaissance de la nature humaine
nécessaire au médecin puise ses sources dans un savoir
extérieur à l'art; et dans les deux cas il s'agit de
déterminer comment l'homme s'est formé (comp. Ane.

).
méd. c. 20, 146, 6 et Chairs c. 1
L'auteur des Chairs peut donc faire partie des
adversaires visés au c. 20, si l'on admet sa date
traditionnelle vers la findu siècle^.
Mais c'est dans le traité du Régime (c. 2) que l'on
trouve exactement les déclarations que VAncienne
médecine attribue à ses adversaires du c. 20*. Le
parallélisme entre les deux passages est frappant :

1. Pour les autres passages de la Collection hippocratique où un

adversaire est nommément cité, voir p. 146, n. 4 p. 207. =


2. Voir J.-H. Kuhn, System- und Methodenprobleme im Corpus
hippocraticum ..., p. 57 sqq. (Vents-Chairs-Régime). Il faudrait
ajouter le traité des Semaines.
3. Sur la date du traité, voir R. Joly, Hippocrate, t. XIII,
eu. F., Paris, 1978, p. 182 sq.
4. Sur la comparaison de ces deux passages, la mise au point la

plus récente est celle de R. Joly, Hippocrate. Du régime, CM. G., 1,

2, 4, Berlin, 1984, p. 36 sq.


30 ANCIENNE MÉDECINE
Régime , c 2, Littré VI, Ancienne médecine, c. 20,
468, 6-12(=Joly, CUF 145, 18-146, 7.
2, 8-15 et CMG 122,
22-27).

- -
- ,
-
,
, --


.--
'
.
6
<>-
,
.
L'argumentation de l'auteur du Régime coïncide
point par point avec celle des adversaires présentés par

quer

méd.
correctement

(comp. Régime
la

et Ane. méd.
médecine (comp.

)
)
l'auteur de VAncienne médecine. Celui qui veut prati-
Régime

avoir une connais-


sance préalable de la nature de l'homme (comp. Régime
et Ane.
doit

'
constitution originelle (comp. Régime
), et Ane. méd.
c'est-à-dire de sa
et Ane.
méd.
méd. ).
comp. Régime

'
; et Ane.
Sans cette connaissance préalable
(comp. Régime
et Ane. méd. ), il est

Ane. méd. ' ).


impossible d'y parvenir (cf. Régime
De cette coïncidence parfaite
et
NOTICE 31

dans l'argumentation, il résulte que l'auteur du Régime


est l'exemple conservé qui illustre le mieux la catégorie
des adversaires visés par V Ancienne médecine au c. 20.
Est-ce à que l'auteur de VAncienne médecine
dire
connaissait passage du Régime et y fait allusion? Les
le

avis sont divergents. Selon les uns, l'auteur du Régime


fait effectivement partie des adversaires visés par la
critique de VAncienne médecine, ou bien est même
l'adversaire particulièrement visé^. Selon les autres,
c'est la relation inverse qu'il faut envisager, l'auteur du
Régime réagissant contre la position VAncienne
de
médecine'^. A s'en tenir à la seule comparaison des
passages, c'est la première solution qui paraît la plus
naturelle. Mais la réponse dépend en fait de la date que
l'on attribue aux traités. Si l'on pense, comme il est
admis généralement, que le traité du Régime est
postérieur à celui de VAncienne médecine, on pourra
expliquer la rencontre entre VAncienne médecine et le
Régime par la reprise d'un lopos traditionnel que
l'auteur de VAncienne médecine connaissait par des
ouvrages plus anciens, plutôt que par une réponse
directe de l'auteur du Régime à celui de VAncienne
médecine. Il faut compter avec la perte d'une grande
partie de la littérature médicale écrite de l'époque

1. Voir, par exemple, C. Fredrich, Hippokraiische Unlersuchun-


gen, 1899, p. 169-171
Berlin, Th. Gomperz, Die Apologie der
;

Heilkunsl, 1' éd., Leipzig, 1910, p. 171 approuvé par W. Capelle,


«Zur hippokratischen Frage», Hermès, LVII, 1922, p. 259;

»,
M. Wellmann, «Die pseudohippokratische Schrift
Sudhoffs Archiv, XXIII, 1930, p. 300; A.-J. Festugière,
Hippocraie. L'Ancienne médecine ..., p. 56 (n. 67) et J. Ducatillon,
Polémiques ..., p. 115-118; voir aussi A. Cosattini, «Nota ad
Ippocrate c. XX», Hiv. di Filologia,
XXXVII, 1909, p. 161 sq.
par exemple, W. Jaeger, Paideia. 3'" éd., Berlin, 1959,
2. Voir,
t. 33 sq. R. Joly, Recherches sur le traité pseudo-hippocraii-
III, p. ;

que Du
régime, Paris 1960, p. 184-187, qui a nuancé sa position
dans Hippocrate. Du régime, CMG
I 2, 4, Berlin 1984, p. 36 sq. cf. ;

G. Plambôck, Dynamis im Corpus Hippocraticum ..., p. 94, n. 2.


32 ANCIENNE MÉDECINE
classique et a fortiori avec la perte de la production
orale que l'écrit n'a pas sauvée, et éviter de transformer
en relations personnelles ce qui peut s'expliquer par
l'existence d'un lieu commun dont la plupart des
versions ont disparu.
L'auteur de V Ancienne médecine ne fut certes pas le
seul médecin à contester la validité d'une connaissance
de la nature de l'homme extérieure à la médecine.
L'auteur de la Nature de l'homme va dans le même sens
quand il rejette dans son préambule polémique, au c. 1,
toute connaissance de la nature humaine qui dépasse les
strictes limites de la médecine «Quiconque, déclare-t-:

il, a l'habitude d'écouter des exposés sur la nature


humaine qui sortent du strict domaine de la médecine
n'a aucun intérêt à écouter le présent exposé». Sa
polémique contre les philosophes et les médecins
partisans d'un principe unique (c. 1 et c. 2) est compa-
rable à l'attaque de V Ancienne médecine contre ceux qui
réduisent la cause des maladies à un seul ou deux
principes (comp. Ane. méd. c. 1, 118, 6 et Nature de
l'homme c. 1, Jouanna 164, 1 1 et c. 3, Jouanna 170, 9
).
tout n'est pas comparable dans ces deux
Certes,
traités adversaires visés ne sont pas exactement les
: les
mêmes et l'auteur de la Nature de l'homme fait
intervenir les qualités élémentaires, chaud, froid, sec,
humide dans l'étiologie des maladies, alors que l'An-
cienne médecine veut réduire considérablement leur rôle.
Mais la réaction contre une médecine philosophique
rapproche ces deux traités ils affirment pour la :

première fois dans l'histoire des sciences, l'auto-


nomie de la médecine par rapport à une anthropologie
philosophique^.

1. Dans la réfutation des adversaires un argument est analo-


gue : la thérapeutique qui découle de
réalité est contraire à la
leur théorie sur les causes des maladies; comp. Ane. méd. c. 15,
137, 15 sqq. et Nat. hom. c. 2, Jouanna 168,4 sqq.
2. Pour d'autres ressemblances entre Ancienne médecine et
NOTICE 33

Dans cette «première querelle des anciens et des


modernes» qu'a connue le

133, 7
traditionnelle (c.
)
de ces théories nouvelles
siècle^ la condamnation

et
(cf. c.

la

12, 132, 18 sq.


place l'auteur du côté des anciens,
1, 119, 4,
défense
...
comme
de la

)
et

Aristophane
c. 13,

médecine

qui critique la nouveauté et fait l'éloge de l'ancien. Et


l'on pourrait trouver une certaine analogie dans le

contenu de la critique des novateurs chez l'homme de


théâtre et chez le médecin recherche vaine d'un savoir
:

cosmologique^ ou d'une trop grande précision dans le


domaine des arts*. Toutefois dans son «archéologie» de
la médecine véritable, qui est l'ancienne, l'auteur de
VAncienne médecine rejoint la vision des modernes en
faisant l'éloge des découvertes qui ont arraché l'homme
à un passé de sauvagerie et d'ignorance.

Nature de l'homme, voir infra, p. 55 sq. On trouvera une comparai-


son suggestive entre ces deux traités dans J. Ducatillon, Polé-
miques..., p. 134-142; voir aussi J.-H. Kiihn, System- und
Methodenprobleme im Corpus hippocraticum ..., p. 70-74.
1. L'expression est de L. Edelstein, The Idea of Progress
in Classical Antiquity. Baltimore, 1967, p. 35, qui étudie cette
querelle des anciens et des modernes à l'intérieur du Corpus hippo-
cratique, p. 37-40. Parmi les anciens, il range également l'auteur
des Semaines cf. c. 53 (Littré IX, 466, 9 sq.
;
=
Roscher 80, 7 sqq.) :

«credens melius esse recte intelligere anteriora quam nova et falsa


dicere ».

2. Comparer la critique des recherches cosmologiques dans


Ane. méd. c. 1, 119, 5 sqq., et chez Aristophane, Nuées, v. 225 sqq.
(critique de la passion de Socrate pour la cosmologie). Xénophon,
dans les Mémorables IV, 7, 6, s'efforcera de réhabiliter Socrate en
lui faisant
(
condamner les spéculations sur les phénomènes célestes,

)
qu'il juge inconnaissables
).
3. Dans les Grenouilles, Aristophane se moque de la prétention

v. 797 ).
du novateur Euripide à vouloir juger la poésie «en pesant» (cf.
et en «mesurant» (v. 799 L'auteur de
VAncienne médecine laisse entendre que les novateurs condamnent
l'ancienne médecine parce qu'ils ne la trouvent pas assez précise
(c. 12 fin), mais leur exigence de précision qu'ils prétendaient

atteindre par leur postulat est factice, car il n'y a pas de poids et
de mesure autre que la sensation du corps (c. 9).
34 ANCIENNE MÉDECINE
Par ce double aspect de son œuvre, qui n'a rien de
contradictoire, l'auteur de VAncienne médecine occupe
une place originale dans les théories sur l'art et le
progrès.

III. LA MÉDECINE
DANS L'ANCIENNE MÉDECINE

L'« archéologie»
^^^^ réfuter les théories de ses
de la médecine adversaires, l'auteur devait mon-
(') non seulement que cette méde-
trer
cine nouvelle est mal fondée, mais aussi que la méde-
cine traditionnelle a un fondement solide. A
(«postulat») de cette nouvelle médecine s'oppose
(«origine») de l'ancienne médecine. Alors que
des adversaires est un acte individuel et arbitraire,
de la médecine traditionnelle s'enracine dans
l'histoire. Aussi pour démontrer la réalité de l'art,
l'auteur en vient-il naturellement à remonter jusqu'à
l'origine, à faire une «archéologie» au sens étymologique
du terme en reconstruisant la naissance et les progrès de
l'art médical dans une fresque historique qui présente
de nombreuses analogies avec les grands textes du
v•^ siècle célébrant les progrès apportés par les arts aux

hommes^.

1. Sur l'« archéologie» de la médecine dans VAncienne médecine,


voir H. Wanner, Siudien zu ..., p. 81 sqq. ;

H. W. Miller, «On Ancient Medicine and the Origin of Medicine»


T.A.Ph.A., LXXX, 1949, p. 187-202; Id., «Technê and Discovery
in On Ancient Médecine», T.A.Ph.A., LXXXVI, 1955, p. 51-62;
W. K. C. Guthrie, In the Beginning some Greek Views on the
:

Origins of Life and the early State of Man, London, 1957, p. 95-97 ;

H. Herter, «Die kulturhistorische Théorie der hippokratischen


Schrift von der Alten Medizin», Maia, XV, 1963, p. 464-483; cf.
également J. Pigeaud, «Qu'est-ce qu'être malade? Quelques
réflexions sur le sens de la maladie dans Ancienne médecine», in
NOTICE 35
Mais avant de montrer ces analogies, il convient de
souligner la solution originale adoptée par l'auteur dans
le problème de la délimitation du point de départ de la

médecine. Que l'origine de la médecine remonte dans les


temps lointains (c. 2
Mais où se situe cette
), cela ne fait aucun doute.
selon l'auteur? Ce n'est pas
la réponse la plus évidente qu'il choisit. La réponse la

plus évidente serait de dire que l'origine se confond


avec le moment où, après des recherches, on a
découvert la médecine proprement dite, c'est-à-dire le

.).
régime approprié aux malades (c. 5, 124, 9 ol
Mais pour l'auteur ce
n'est pas là la véritable En effet, cette découverte

)
du régime des malades a été précédée d'une autre

,
découverte, celle du régime en santé (c. 3, 122, 6-8

or ces deux découvertes, qui se


;

sont succédé dans le temps, sont comparables d'une


part, les recherches qui ont abouti à ces découvertes ont
:

);,
la même cause, la nécessité ou le besoin (comp. pour le

régime en santé c. 3, 122, 6 et pour le régime des


malades c. 3, 121, 2 d'autre part, ces recher-

);
ches ont été menées suivant la même méthode (c. 8,
127, 14 et le même raisonnement (c. 7, 126,
...
9
;
cf. aussi c. , 124, 9 sq.

)
enfin ces recherches aboutissent à une décou-
verte analogue (cf. c. 7, 126, 9 qui

R. Joly, Corpus Hippocraticum, Mons, 1977, p. 205-212. On


trouve aussi des remarques dispersées dans des études plus
générales sur l'idée de progrès : voir surtout J. de Romilly,
«Thucydide et l'idée de progrés», Annali délia scuola normale
superiore di Pisa (Lettere, storia e filosofia), XXXV, 1966,
p. 143-191; L. Edelstein, The Idea of Progress ..., p. 25, n. 10,
p. 34, p. 37 sq., p. 51, p. 54, n. 71, p. 55, n. 73, p. 85, n. 62;
E. R. Dodds, The Ancient Concept of Progress (1973), p. 11 sq. ;

W. den Boer, «Progress in the Greece of Thucydides», Medede-


lingen der Koninklijke Nederlandse Akademie van Welenschappen,
Afd. Letterkunde, N.R. XL, 1977, p. 7 et p. 48 sq.
36 ANCIENNE MÉDECINE
a la
5 sq.
même fin, la santé et le salut de
).
l'homme (c. 3,

La
123,
seule

).
différence
complexe

médical est,
est
que
que le régime du malade est plus
régime en santé (c. 7, 126, 15
le

Dès lors, l'origine première de l'art


en fait, la première découverte, celle du

).
régime en santé (c. 7, 126, 16

Cette position originale a l'avantage d'ancrer l'art de


la médecine dans un passé encore plus lointain, et
surtout de montrer la continuité et le progrès des
découvertes sur le régime. Mais cette prise de position
ne va pas sans un certain embarras. Tout en montrant
qu'il n'y a qu'une différence de degré, et non de nature,
entre les recherches et les découvertes qui concernent le
régime en santé et celles qui portent sur le régime des
malades, l'auteur est obligé de reconnaître que la
première de ces activités n'est pas un art proprement
dit au même titre que l'autre. En effet, alors que le
régime des malades est un art véritable parce qu'il a un
nom, la médecine (c. 5, 123, 19
tes, les médecins (c. , 124, 1
),
),
et des spécialis-
le régime des

gens en santé, lui, n'a pas de spécialistes à proprement


parler, puisque tout le monde est savant (c. 4, 123,
10 sq.), et l'auteur se garde bien d'attribuer à cette

«cuisine» ( ),
activité le nom auquel tout le monde pense, celui de
car, dans son esprit, elle
mériterait de s'appeler «médecine». Dès lors, il devient
assez périlleux de faire remonter l'origine d'un art (la
médecine) à une activité qui n'a pas pleinement le
statut d'art. En ayant hésité à intégrer totalement «la
cuisine» dans la médecine pour ne pas trop heurter des
vues plus traditionnelles, l'auteur s'est mis dans une
position épistémologique délicate.
Comme dans les autres textes du siècle relatifs à
la naissance de la civilisation par la découverte des

arts,
l'une
hommes
constitue une coupure entre deux périodes,
négative, l'autre positive.
ont une vie sauvage et malheureuse.
Avant , En
les
effet
NOTICE 37
avant la découverte du régime en santé et de la

ils avaient un régime «sauvage»

17 et c. 7, 126, 7; comp. vel


(,
médecine, les hommes vivaient comme des animaux
c. 3, 121,

c. 7, 126,
;

11); ce terme de «sauvage» qualifie également la vie

),
des premiers hommes dans les Suppliantes d'Euripide
(v. 202
Critias (DK 88
v. 1 sq.

Radt, F 181 a, v. 2 sq.


)
dans le fragment du Sisyphe de
25 = TrGF, vol. 1, Snell, 43 F 19,
... et dans le fragment d'un

... ' )^
Palamède que l'on attribue à Eschyle (TrGF, vol. 3,
Ce régime
sauvage entraînait une vie malheureuse, car les hommes
«éprouvaient bien des souffrances terribles» (c. 3, 121,
16, ),
tombaient malades et
mouraient aussitôt après. De façon analogue, dans le
Prométhée d'Eschyle, avant la découverte de la méde-

' )..
cine, il

tombait malade (v. 478 sq. ' ,


n'y avait pas de secours possible lorsque l'on

Mais tout change après la découverte qui


|

constitue

substitue (c. 3, 123, 6, )


À la place du régime fort et bestial qui
était cause de souffrance, de maladie et de mort, se
un régime qui apporte
le salut, la santé, et la nourriture. La découverte opère

donc un changement radical du négatif au positif. C'est


un changement analogue qui est apporté à la vie des
hommes par les arts dans les Suppliantes d'Euripide
(v. 201-202) et surtout dans le Prométhée d'Eschyle
(v. 442-506). Si l'on prend plus particulièrement dans
le Prométhée l'exemple de la médecine, on assiste à un

renversement total. Tout était négatif avant la méde-


cine «si quelqu'un tombait malade, il n'y avait aucun
:

1. Voir aussi Diodore I, 8, 1 (= DK 68 5, î):

et I, 8, 6 (sur le problème des sources de Diodore,


voir, infra, p. 47, n. 1). Comp. au iv« siècle, Isocrate, Pané-
(), ( )
)
gyrique 28 Échange 254 ;cf. aussi
plus tard Moschion (TrGF, vol. 1, Snell, 97 F 6, v. 4 :

et le pastiche comique d'Athénion


(Frag. 1,4-5 à propos de la cuisine qui a délivré les hommes d'une
vie sauvage : ... ).
38 ANCIENNE MÉDECINE
remède, ni à manger, ni à oindre, ni non plus à boire»
(v. 478-480) puis, à partir du moment où les hommes
;

possèdent «les remèdes bien tempérés», grâce à eux «ils


se protègent contre toutes les maladies». Du rien on
passe au tout. Le rapprochement entre le Prométhée et
V Ancienne médecine est d'autant plus intéressant que
l'auteur tragique, comme le médecin, accorde de
l'importance dans la découverte de la thérapeutique à
la notion de «mélange» (comp. Prom., v. 482

Ane. méd. c. 5, 125, 2 ).


Dans VAncienne médecine ce changement radical est
et

dans
cinq fois
le

,
opéré par une découverte. Les emplois des verbes
signifiant «découvrir» sont particulièrement nombreux
on y rencontre vingt-trois fois
traité : et
ce qui est une fréquence tout à fait
exceptionnelle dans la Collection hippocratique^. Dans le
traité de VArt, qui exalte aussi les découvertes de la
médecine^, les mêmes
verbes ne sont attestés respecti-
vement que sept quatre fois or c'est le second
fois et ;

traité après VAncienne médecine pour le nombre d'em-


plois de ces deux verbes dans la Collection hippocratique.
On ajoutera l'emploi du surcomposé au
c. 4, 123, 15 et aux c. 3, 123, 3,
du substantif
c. 4, 123, 13 et Ce simple décompte est
c. 7, 126, 9^.
déjà significatif. Il arrive même que ces termes de la
découverte apparaissent cinq fois dans la même phrase
«La médecine est en possession

)()()
(c. 2, 119, 12-16) :

depuis longtemps de tous ses moyens, d'un point de


départ et d'une voie qui ont été découverts
(
;

grâce à ces moyens, des découvertes en


grand nombre et de belle qualité ont été faites
au cours d'une longue période de temps et les découver-

1. Voir Index verborum, s. .


2. Voir J. Jouanna, Hippocraie V, 1. Des Vents, De ...,
p. 183-185.
3. Le composé nest pas attesté ailleurs dans les
traités techniques de la Collection hippocratique. Le substantif
se rencontre une autre fois dans le Régime, c. 2, Littré VI,
470, 14 (=Joly CMC 124,17).
les restantes seront
NOTICE
faites () pourvu que,
39

joignant à des dons suffisants la connaissance des


découvertes acquises ( ),
on les prenne pour
point de départ de la recherche». Ce qui est aussi
caractéristique du traité de V Ancienne médecine, c'est la
fréquence du vocabulaire de la recherche qui accompa-
gne celui de la découverte. Le verbe est employé
seize fois dans le traité\ et le substantif apparaît
au c. 3, 123, 4, alors qu'il n'est attesté qu'une autre fois
dans le reste de la Collection hippocratique^. L'auteur ne

1 )
cesse

(cf.

).).
donc de parler de recherche
cesse aussi d'en faire l'éloge

119, 13 sq.
...
...

; les

II
c.

...

faut
Cette admiration enthousiaste devant les
:

découvertes

les
les

;
et de découverte.

14, 135, 14 sq.

admirer
le
;

c.
Il ne

recherches sont belles


cf. c.

sont aussi
12, 133,
(c. 12,
12, 133,
(c. 2,

5
133, 4

découvertes rappelle les autres textes du siècle sur le


progrès. Dans les deux passages du Prométhée d'Eschyle
où le héros, bienfaiteur de l'humanité, se vante d'avoir
inventé les arts pour les hommes et notamment la
médecine, les verbes signifiant «découvrir» vel
ponctuent, comme dans V Ancienne médecine, les
inventions^. Si ce vocabulaire de la découverte ne
réapparaît pas dans le chœur des vieillards de ÏAntigone
de Sophocle, l'admiration étonnée devant ces découver-
tes n'en est pas moins grande. Les vieillards admirent

1. Ce terme n'apparaît que neuf autres fois dans le reste des


traités de la Collection hippocratique, à l'exception des Lettres.
2. Régime dans les maladies aiguës, c. 3, Littré II, 240, 7 = Joly
c. 8,

;
dans
39,9.
3. Prométhée, v. 460
.469
le
. 503
. 467 sq.
; .;

Cf. aussi l'emploi de


...

fragment du Palamède que l'on attribue à Eschyle (TrGF,


vol. 3, Radt, F 181 a, v. 4, qui est comparable à Prométhée,
' |

V. 459), et de dans le Sisyphe de Critias, v. 13


(DK 88 25 = TrGF, vol. 1 Snell, 43 F 19). ,
40 ANCIENNE MÉDECINE
l'habileté technique de l'homme qui dépasse toute
attente (v. 364-365) et citent parmi les arts découverts,
la médecine (v. 362 sq. «contre les maladies qui étaient
:

sans remède, l'homme a conçu des moyens d'y


échapper»)^.
Mais si tous les textes du v siècle qui évoquent le

progrès de l'humanité s'accordent pour faire l'éloge des


découvertes, ils se partagent en deux groupes sur les
causes de cette transformation selon les uns elle est :

due à une divinité qui a fait don des arts aux hommes
{Prométhée d'Eschyle Suppliantes d'Euripide) selon les
; ;

autres, c'est l'œuvre de l'homme lui-même {Antigone de


Sophocle, cf. v. 355 Sisyphe de Critias).;

L'auteur de VAncienne médecine appartient au second


groupe. Conformément à l'esprit rationaliste de la
Collection hippocratique, il attribue les deux découvertes
successives du régime des gens en santé et du régime des
malades tantôt à des hommes (cf. pour le régime en
santé c. 3, 122, 6 et pour la médecine proprement
dite c. 5, 124, 9 oî
cf. aussi c. 14, 135, 16

homme (cf. c. 7, 126, 9-12


8
tantôt à un
pour le régime en santé
), ;

et pour le régime des malacies)^. Il n'ignore certes


pas la croyance traditionnelle qui attribue la découverte
de la médecine à un dieu. Mais au lieu de s'y opposer, il
l'utilise habilement, pour faire l'éloge de la découverte :

1. Pour le thème de la recherche et de la découverte avant le

v« siècle, voir l'épopée Phoronis (environ 600 avant J.-C), à propos


des Dactyles de l'Ida «qui, les premiers, ont découvert l'art
d'Héphaistos à la pensée fort habile» (oî
|
in Schol. Apoiionios de Rhodes 1, 1129 sq. =
Frag. 2) avec le commentaire de K. Thraede, « Das Lob des
Erfinders», Rheinisches Muséum, N.F. 105, 1962, p. 161, et voir
Xénophane (DK
2.
Philologus, Suppl.
21

XXVI,
18).
L'ouvrage classique de A. Kleingunther,
1934, ne parle pas de VAncienne
1,

médecine. Cette constatation a déjà été faite par P. Lain Entralgo,


,
«El Escrito 'De prisca medicina' y su valor historiografico»,
Emerita, XII, 1944, p. 3, n. 2.
NOTICE 41

les premiers inventeurs de la médecine ont estimé que


leur découverte était digne d'être attribuée à un dieu
(c. 14, 135, 17 ).
L'homme donc l'auteur de la découverte dans
est
VAncienne médecine. Et de même que le chœur des
vieillards de VAntigone de Sophocle célébrait l'intelli-
gence de l'homme inventif (v. 347 ^),

)
l'auteur hippocratique souligne que les découvertes ne
sont pas l'effet du hasard, mais de la réflexion de
l'homme, de sa
ou de son
(c. 5, 124, 10; cf. c. 7, 126, 3

(c. 12, 133, 4). Toutefois

l'impulsion première de la recherche et de la découverte

)
ne vient pas de l'homme, mais de la réalité. L'auteur
insiste avec force sur le rôle de la nécessité (c. 3, 121, 2
et du besoin (c. 3, 122, 6 ).
C'est parce que
le régime bestial, loin d'être utile aux premiers hommes,

causait souffrances, maladies et morts que le régime des


gens en santé fut recherché et découvert c'est parce ;

que le régime des gens en santé ne convenait pas aux


malades que les hommes furent contraints de chercher
et de trouver les divers régimes appropriés aux divers
malades. Ce lien de cause à effet, établi entre la
nécessité ou le besoin d'une part et la recherche ou la
découverte d'autre part, n'est affirmé avec autant de
netteté dans aucun texte conservé du siècle. Un des
rares témoignages directs est un fragment du Télèphe

(,
d'Euripide (Frag. 715 Nauck) «Ulysse n'est pas le seul
:

à être enjôleur; le besoin est un maître d'intelligence,


même chez un balourd » ,
)^. En revanche le thème est bien attesté au début
du IV' siècle dans le Ploutos d'Aristophane, où la
relation entre le besoin et la recherche est formulée dans

.
= TrGF,

(
1. Comp. aussi Critias, Sisyphe, v. 12 sq. (DK 88 25
vol. 1,Snell, 43 F 19) :
|
...

2. Comp. TrGF, vol. 2, Kannicht/Snell, adesp. F 509 «le :

temps, le temps, avec l'aide du pressant besoin d'assurer la vie


), découvre bien des choses».
42 ANCIENNE MÉDECINE
une expression tout à fait comparable à celle de
V Ancienne médecine (comp. Ane. méd. c. 3, 122, 6 ...
... et Ploutos, . 534
... )^ Le thème était probablement déjà
répandu chez les penseurs du v* siècle. Mais nous n'en
possédons que des témoignages indirects ï Anonyme de :

Jamblique qui peut remonter au siècle^, et de façon


beaucoup plus problématique le développement de
Diodore de Sicile sur les premiers hommes, dont
certains érudits font remonter la source première
jusqu'au v" siècle^.
Ainsi, face à la nécessité et grâce à leur intelligence,
les hommes ont découvert d'abord le régime en santé
puis régime des malades. Mais ces découvertes ne
le

sont pas seulement situées dans une chronologie relati-


ve, elles sont envisagées dans leur durée. Les découver-

L'expression èv ,
tes passées ont exigé une longue période de temps.
«en beaucoup de temps»,
est employée de façon caractéristique aussi bien pour la
découverte du régime en santé (c. 3, 121, 15) que pour
celle de la médecine (c. 2, 119, 14). C'est un thème que
l'on trouvait déjà un siècle auparavant chez le philoso-
phe présocratique Xénophane qui disait «Ce n'est pas :

certes dès le départ que les dieux ont révélé toutes


choses aux mortels, mais c'est avec le temps
qu'en cherchant les mortels découvrent ce qui est
()
meilleur»*. Au v* siècle, Thucvdide a conscience aussi

1. Comp. 369 b-c


aussi Platon, République II c'est le besoin
() DK
:

2.
qui explique naissance de la cité.
la

89, 6 (1) c'est sous l'emprise de la nécessité


:

les hommes ont inventé tous leurs moyens de vivre et les arts.
que()
3. I, 8. 9=DK 68 5
«d'une manière générale c'est le
besoin lui-même qui a été le maître de tout pour les hommes». Sur
le problème des sources de Diodore, voir infra, p. 47, n. 1.

4. DK 21 18. Au iv siècle, le poète tragique Chérémon, qui


doit se souvenir de Xénophane tant son expression est proche, dit
également (TrGF, vol. 1, Snell, 71 F 21) «Il n'est rien des choses
humaines qui ne soit découvert avec le temps (èv
cherche».
:

)
quand on
NOTICE 43

que les progrès de la civilisation dans la Grèce ancienne


ont exigé une longue période de temps^ Mais nulle part
ailleurs, dans la Collection hippocraiique, les découvertes
de la médecine ne sont situées comme ici dans la durée
passée. Quand l'auteur de VArt, qui défend également
l'existence de l'art de la médecine contre des négateurs,
parle des découvertes de l'art, il les présente comme des
découvertes acquises sans s'interroger sur la façon dont
elles l'ont été^. De même l'auteur des Lieux dans
l'homme, c. 46 (Littré VI, 342, 4 sq. =
Joly 76, 6 sq.) se
contente d'affirmer que la médecine est découverte tout
entière, sans se poser la question de la genèse de cette
découverte. Au contraire l'auteur de VAncienne médeci-
ne envisage les découvertes acquises dans leur succes-
sion chronologique, dans leur durée et aussi dans leur
perfectionnement. Car les deux phases successives de
découvertes qu'il a distinguées se différencient non

première (c. 7, 126, 15 ).


seulement par leur objet, mais aussi par leur degré de
complexité la seconde phase est plus complexe que la
:

En effet, alors que


le régime découvert pour les gens en santé est le même

pour tous (c. 3, 122, 7), car c'est un régime adapté à la


nature humaine en général ( ),
le régime décou-

vert pour les malades comprend trois degrés (nourriture


solide, potages, boissons) qui correspondent à trois
catégories de malades (c. 5, 124, 12 sqq.).

L'originalité du traité de VAncienne médecine, par


rapport aux autres traités de la Collection hippocratique
qui parlent des découvertes de l'art, ne se borne pas à la
seule vision du passé elle concerne aussi le présent et
;

l'avenir. Alors que dans le traité de VArt et dans les

1. Thucydide I, 12,4 ; voir aussi Diodore I, 8, 8

, 8, 3
;
' , 8, 7
problème des sources de Diodore, voir
;
; cf. aussi
'
, 8,

infra, p. 47, n.
2

1.
;
pour le

2. Voir J. Jouanna, Hippocraie V, 1. Des Vents, De l'Art...,


p. 185.
.

44 ANCIENNE MÉDECINE
Lieux dans l'homme l'art de la médecine apparaît
totalement découvert, les découvertes dans V Ancienne
médecine n'appartiennent pas seulement au passé; elles
continuent dans le présent et se prolongeront dans
l'avenir, qu'il s'agisse aussi bien du régime des gens en
santé que du régime des malades. Concernant le régime
des gens en santé, les maîtres de gymnastique ou
entraîneurs d'athlètes, contemporains de l'auteur,

... ).
continuent dans le présent à faire des découvertes qui
s'ajoutent aux découvertes passées (c. 4, 123, 14 sq.
Et concernant le régime
des malades, il reste des découvertes à faire dans
l'avenir (c. 2, 119, 14 sq. ).
L'auteur reconnaît que la médecine n'est pas encore
entièrement découverte, bien qu'elle ait atteint dans
plusieurs domaines l'exactitude la plus grande (cf. c. 12,
132, 16 sq.). Cette vision nuancée contraste aussi avec
l'optimisme sans faille du Prométhée eschyléen qui a
montré aux hommes les remèdes écartant «toutes les
maladies» (v. 481-483).
Pour retracer cette «archéologie» de la médecine,
l'auteur hippocratique emploie une méthode compara-
ble à celle de l'historien Thucydide qui retrace dans son
livre I l'évolution de la Grèce depuis ses origines
jusqu'à la période contemporaine. Ce qui rapproche le
médecin et l'historien, outre le tour personnel donné à
la thèse^, c'est le recours à la vraisemblance^ et surtout

à l'analogie avec le présent pour fonder la reconstitu-


tion du passé chez l'un, comme chez l'autre, le monde
:

barbare actuel et même une partie des Grecs qui n'a pas
été touchée par la civilisation donnent des indications
sur le genre de vie des anciens. Chez Thucydide, la

3,
1

3;
Comp.
9, 1 ; 9,
l'emploi de ,
3; 10, 4 et dans Ane. méd.
chez Thucydide 1,3,2;
c. 3,121, 15; 122, 6; cf.
aussi dans Ane. méd. c. 3, 121, 13 et c. 5, 124, 11.
2. Comp. l'emploi de chez Thucydide I, 4; 10, 3 bis; 10, 4
et dans Ane. méd. c. 3, 121, 21 et 122, 2.
NOTICE 45
chose est bien connue une partie de
: la Grèce
continentale nous renseigne sur la façon dont les
anciens considéraient et pratiquaient le pillage, et les
barbares sur la manière dont les anciens portaient une
ceinture dans les compétitions sportives (1,5 et 6). Chez
l'auteur hippocratique (c. 5, 124, 5 sqq.), une partie des
Grecs et l'ensemble des barbares nous renseignent sur le
genre de vie des anciens, dans la mesure où, ne
pratiquant pas la médecine, ils agissent, quand ils sont
malades, comme les anciens devaient agir avant la
découverte de la médecine. Dans l'expression même,
des rapprochements sont possibles pour introduire ces
:

preuves secondaires tirées de l'observation du monde


contemporain les deux auteurs emploient la même
liaison «encore maintenant» (comp. Thucydi-
de 1,5,2 et 6,5 ... et Ane. méd.
c. 4, 123, 14 ... et c. 5, 124, 5 ... )^.
Tous ces rapprochements que l'on peut faire entre les
thèmes de V Ancienne médecine relatifs à la naissance et
au développement de l'art de la médecine et ceux que
l'on rencontre chez les trois tragiques, Eschyle, Sopho-
cle et Euripide, à propos de la naissance de la
civilisation due à la découverte des arts, ou chez
l'historien Thucydide, lors de son exposé sur l'état de la
Grèce ancienne et son développement au livre I de ses
Histoires, attestent une même vision optimiste de
l'évolution de l'humanité qui est passée d'un état
primitif, où tout est négatif pour l'homme, à un état de
civilisation grâce à des découvertes bénéfiques.
On a voulu trouver la source première de ces thèmes
chez des penseurs du siècle, sophistes ou philosophes
présocratiques. Parmi les sophistes, on cite depuis

1. Pour comparaison entre l'Ancienne médecine et Thucydide


la

sur ce point, voir W. Nestlé, « Hippocratica», Hermès, LXXIII,


1938, p. 21, n. 5; H. Diiler, « Hippokratische Medizin...», p. 396

»,
{= Kleine Schriflen ..., p. 57); J. de Romilly, «Thucydide et l'idée
de progrès...», p. 161 sq. ;S. L. Radt, «Zu
Mnemosyne, XXXII, 1979, p. 81.
.

46 ANCIENNE MÉDECINE
longtemps le plus ancien, Protagoras^. En effet, on a
conservé parmi les titres de ses œuvres un traité intitulé
(DK 80 1 = Diogène

Laërce IX, 55), qui est probablement un traité «sur


l'état originel de l'humanité»; et Platon, dans son
Protagoras (320c sqq.), met dans la bouche du sophiste,
sous la forme du mythe de Prométhée, un tableau de
l'humanité primitive et de son évolution qui est un
reflet plus ou moins fidèle de ce que l'on pouvait lire
chez le sophiste^. Mais il n'y a aucune commune mesure
entre les rares indications sur le régime contenues dans
la version de Platon censée remonter à Protagoras et les

longs développements sur le régime de l'auteur hippo-


cratique^. Parmi les philosophes présocratiques, on cite

l'homme dans son *.


surtout Démocrite, qui aurait traité de l'histoire de
On fait ressortir,

1. Voir par exemple W. K. C. Guthrie, In the Beginning ...,

p. 84 sqq.
2. Voir W. K. C. Guthrie, A History of Greek Philosophy, III,
Cambridge, 1969, p. 63 sq.
3. Voici les quelques indications sur le régime contenues dans
le Protagoras de Platon (321b-322a) : Épiméthée «fournit aux
différents animaux une nourriture distincte, aux uns les herbes
de la terre, aux autres les fruits des arbres, aux autres les racines;
et il en est d'autres à qui il donna pour nourriture la chair
d'autres animaux»; l'homme, grâce au don de Prométhée,
«découvrit les nourritures qui naissent de la terre»
). (
Ces rares indications ne concordent même pas avec
l'Ancienne médecine. Alors que le mythe de Protagoras fait
allusion essentiellement à la découverte de l'agriculture qui donne
à l'homme une nourriture différente de celle des animaux,
V Ancienne médecine passe sous silence cette découverte de
l'agriculture pour mettre en lumière la découverte de la prépa-
ration du régime par la cuisson et par le mélange.
4. Voir H. Wanner, Studien zu . . p. 84;,

. W. Miller, «On Ancient Medicine and the Origin of Medi-


cine...», p. 190-192 et surtout H. Herter, «Die kulturhistorische
Théorie der hippokratischen Schrift von der Alten Medizin...»,
p. 472 sqq. ; voir dernièrement A. Stuckelberger, Vesligia Demo-
critea. Die Rezepiion der Lehre von den Atomen in der anliken
Naturwissenschafl und Medizin, Schweizerische Beitràge zur
Altertumswissenschaft XVII, Bâle, 1984, p. 81-85.
NOTICE 47

médecine à la nécessité
comme point de départ
()
en particulier, que le rôle accordé dans VAncienne

()
et au besoin
pour la découverte de
()
l'art () est une idée démocritéenne. On s'appuie
pour cela sur les parallélismes entre VAncienne médecine
et le développement de Diodore de Sicile (I, 8, 1-9) sur
la vie des premiers hommes et la naissance progressive

de la civilisation. Des ressemblances entre les deux

)
textes existent bien non seulement sur l'idée que le
besoin (comp. Diodore I, 8, 9 est à l'origine de
la découverte des arts, mais aussi sur l'idée que cette

découverte est progressive (voir supra, p. 43) et enfin


sur le genre de vie sauvage des premiers hommes avant
la découverte des arts (voir supra, p. 37). Mais pour

conclure de ces rapprochements à une origine démocri-


téenne, il faudrait être sûr que Démocrite est la source
de Diodore, ce qu'il est impossible de prouver, puisqu'il
ne nous reste de son ouvrage perdu qu'un titre^. Il est

1. On s'est longtemps fondé sur un article de Karl Reinhardt

de 1912 reconstruisant le contenu du de


Démocrite, article qui risque d'avoir encore longtemps force de
loi, puisque H. Diels à la suite de cet article, a inséré le
texte de Diodore parmi les fragments de Démocrite dans son
ouvrage sur les Présocratiques en 68 5. L'avertissement de
W. K. C. Guthrie, A Hisiory of Greek Philosophy, II, Cambridge,
1965, p. 389, n. 1, mérite d'être rappelé : «A warning is par-
ticularly necessary concerning the lengthy passages of Diodorus
printed by DK (II, 135 ff.) with extracts from Tzetzes and
Johannes Catrares as reproducing the content of the
of Democritus. Their inclusion dépends on a confident
attribution by Reinhardt in 1912, which however was already
seriously impugned by Dahlmann in 1928, since when an exten-
sive literature has accumulated around the subject. Although
scholars differ in their positive conclusions, almost ail agrée that
Reinhardt's thesis is condemned by the absence of any trace of
the atomic worldview». Pour la critique de la thèse de Reinhardt,
«Hekataios von Abdera und Demokrit», Hermès XLVII, 1912,
p. 492-513 qui fait remonter Diodore I, 8 à Démocrite par
l'intermédiaire d'IIécatée, voir F. Jacoby, F. Gr. Hist. III a
30 sq., G. Pfligersdorffer, «Studien zu Poseidonios», S. B. Wien,
CCXXXII, 5, 1959, p. 110 sq. et les travaux de W. Spoerri,
Spàlhellenislische Berichte ûber Welt, Kultur und GôHer, Bâle, 1959
48 ANCIENNE MÉDECINE
certes probable que Démocrite a expliqué l'émergence
progressive des arts suivant leur degré de nécessité,
puisque, dans un fragment conservé par Philodème
(68 144),Démocrite prétendait que la musique était

()
un art jeune et, pour l'expliquer, disait que «la nécessité

).
n'avait pas sécrété cet art, mais qu'il était
désormais né du superflu» ( Cela
implique que les arts nés en premier lieu sont issus de la
nécessité. Mais d'une indication aussi fragmentaire, il
est difficile de conclure à une relation particulière entre
Démocrite et V Ancienne médecine; et d'une rencontre, il
est imprudent de conclure à une influence. L'influence
de Démocrite sur V Ancienne médecine, affirmée comme
une évidence, est un locus classicus qui n'a pas de

besoin d'une ,
fondement solide. Pour reprendre les termes de VAn-
cienne médecine, c'est une question douteuse qui a
car il n'y a pas de critère sûr
auquel se référer pour savoir si l'on atteint le vrai. Ce
n'est évidemment pas la meilleure méthode pour
expliquer V Ancienne médecine^.

(qui pense que Diodore se fait l'écho de théories plus tardives,


celles de Posidonius), «Zu Diodor von Sizilien 1. 7/8», Muséum
Helveticum XVIII, 1961, p. 63-82 et «L'anthropologie du
(et Diodore I 7, 3 s.», in Formes de pensée dans la Collection
hipocratique. Actes du IV"" colloque international hippocratique,
éd. F. Lasserre et Ph. Mudry, Genève, 1983, p. 57-70. Même un
partisan de la thèse de Reinhardt, tel que Th. Cole (« Democritus
and the Sources of Greek Anthropology», Philological Monographs
publ. by the Am. Phil. Ass. XXV, 1967, p. 59) reconnaît que
l'identification de la source du passage de l'histoire de la civilisa-
tion avec Démocrite n'est pas certaine et qu'il peut s'agir
d'Épicure, même si Épicure a pu s'inspirer de Démocrite. En tous
les cas, le fait que le passage de Diodore est inséré tantôt dans
les fragments de Démocrite (DK 68 5) tantôt dans ceux du
stoïcien Posidonius (W. Theiler, Poseidonios, Die Fragmente,
Berlin/NewYork, 1982, Frag. 306) doit inviter à la plus grande
prudence.
1. Voir déjà le doute de H. Diller, « Hippokratische Medizin ...»,

p. 396, n. 2 (= Kleine Schriften ..., p. 57, n. 42). Il est, en tous les


cas, aberrant de présenter le passage de l'auteur hippocratique
comme un fragment de Démocrite, ce que fait S. Luria, Democri-
NOTICE 49

Un rapprochement est moins aléatoire, dans l'état


actuel de notre documentation, avec un autre philoso-
phe présocratique, Archélaos^ Selon Archélaos (DK 60
A 4 = Hippol. Refut. I, 9, 5), comme dans VAncienne

;)
médecine, les premiers hommes avaient le même régime
que les animaux (Archélaos
Ane. méd. c. 3, 121, 14 sq.
et mouraient prématurément (Arché-
:

Ane. méd. c. 3, 122, 1 sq.


)
;
laos : ; :

... ;
puis les hommes se
séparèrent des animaux par la découverte des arts
(Archélaos : ...

... Ane. méd. c. 3, 121, 14 sq.

). ...

Mais, malgré ces rencontres, on se gar-


dera de conclure à une influence directe du philosophe
123, 6 sq.

sur le médecin, car l'auteur de V Ancienne médecine, qui

dénonce dans sa polémique le postulat du chaud et du


froid, ne pouvait adhérer à la doctrine d'un philosophe
qui explique la genèse de l'homme et des animaux par
le mélange du chaud
Refut. 5 I, 9, :
et du

Notre connaissance des philosophes présocratiques ou


froid (DK 60 A
).
4 = Hipp.,

des sophistes est donc trop lacunaire pour conclure à


une influence d'un penseur précis sur VAncienne médeci-
ne. Les rencontres témoignent d'un bien commun que
chacun pouvait reprendre et adapter à son propos. En
tout état de cause, la cohérence tout à fait remarquable
de la théorie dans VAncienne médecine exclut qu'elle soit
l'œuvre d'un compilateur. Il vaut mieux la prendre
comme un fait que comme un reflet. C'est, en tous les
cas, la seule théorie ancienne que l'on ait conservée
dans son intégralité.

iea, Leningrad 1970 (Frag. 558). La mise au point récente


d'A. Stuckelberger, Vestigia Democrilea ..., p. 82-85, est claire et
pondérée, mais elle paraît encore trop optimiste quand elle parle
de la «preuve d'une influence fondamentale» (p. 85) de Démocrite
sur Ane. méd.
1. Voir A. Lami, «Un'eco di Gorgia in Antica Medicina»,
Crilica storica, XIV, 1977, p. 3.
50 ANCIENNE MÉDECINE
Bien que l'auteur de V Ancienne
La méthode
médecine ait pleinement conscience
de la médecine
(') (}g l'évolution progressive de l'art

médical depuis son origine et de l'échelonnement des


découvertes dans le passé, le présent et l'avenir, il reste
que ces découvertes supposent un élément invariant qui
a été découvert dès le début, c'est la méthode ou
(c. 2, 119, 13)^. Quelle est cette méthode qui, selon
l'auteur, est la seule possible en médecine?
Cette méthode a déjà été mise en pratique par ceux
qui ont découvert le régime des gens en santé et c'est en
appliquant la même méthode que fut découvert le
régime des gens malades, c'est-à-dire la médecine. Elle

)
consiste à adapter la nourriture à la nature humaine
(c. 3, 122, 6 sq.

cf. ibid. 122, 14 sq.

1. Autres emplois de dans le traité : c. 2, 119, 17; c. 4,

123, 16; c. 8, 127, 14; c. 15, 137, 13. Dans tous ces emplois
a le sens de «voie, méthode», sens qui est exceptionnel ailleurs
dans la Collection hippocratique; comp. seulement Lieux dans
l'homme, c. 34, Littré VI, 326, 11 (= Joly 67, 17), Épidémies VI,
3,
à
12 Littré V, 298, 8
employer en médecine)
(= Manetti/Roselli 66,2)
et le
( «méthode»
traité tardif de la Bienséance, c. 6,
Littré IX, 234, 13. Dans tous
autres emplois (plus de soixante),
les
a des sens Sur la notion de
très concrets. «voie
(de recherche)» au v* siècle, voir O. Becker, «Das Bild des Weges
im fruhgriechischen Denken», Hermès, Einzelschriften IV, 1937,
p. 101 sqq. et 139 sqq. H. Diller, « Hippokratische Medizin ...»,
;

siècle ,
p. 390 {= Kleine Schriften ..., p. 51), insiste sur le fait qu'au
V employé au sens de «voie de recherche» (Hérodote,
Parménide), n'est envisagé que par référence au résultat où elle
mène et non dans les modalités méthodologiques du parcours,
comme c'est le cas dans VAncienne médecine et chez Platon.
Toutefois déjà chez Parménide, les voies de l'être et du non être
(DK 28 8 2) sont distinctes par la nature du chemin et non pas
seulement par
médecine entre
et l'autre voie
est la voie
l'opposition entre les
le

la
(cf. c. 2,

de
but où il

119, 17,
l'erreur, est
mène. L'opposition dans VAncienne
vraie voie, celle de la médecine traditionnelle,

),
comparable,
deux voies parménidiennes.
cellede
mulalis
,mutandis,
qui
à
1

NOTICE 51

implique donc
; c 14, 135, 15 sq.

connaissance des causes des maladies


la
). Elle

qui se ramènent à un déséquilibre entre la force de la

(
nourriture et celle de la nature humaine. Pour que la
nourriture apporte du profit à l'homme, il faut qu'il
dominer 122, 16 et

'
puisse la uel c. 3,

123, 2 ; c. 4, 123, 16 ; c. 5, 124, 16 et 125, 1 ;


c. 7, 126, 1

et 13; c. 11, 131, 15). Et une fois qu'il la domine, il en


retire de la force (c. 4, 123, 16 sq.

).
), Mais quand
nourriture est trop forte (cf. 3, 122,
la

l'individu ne peut pas la dominer (cf.

)).
15
c. 3; c. 5; c. 7 et c. 14), si bien qu'elle lui cause des

dommages (cf. c. 9, 127, 16


dont les plus graves sont les maladies (c. 3,

123, 1 6 résume
Une formule de la fin du c.

clairement cette conception de la cause des maladies :

«Toutes les causes de la souffrance remontent au même


principe, à savoir que les substances les plus fortes sont
celles qui causent les dommages les plus grands et les
plus manifestes à l'homme, qu'il soit en bonne santé ou
qu'il soit malade». Ainsi, à la base de la physiologie et
de la pathologie du traité de V Ancienne médecine se
trouvent les notions de force et de lutte. La fréquence
d'emploi du vocabulaire de la force est remarquable
dans le traité. La famille de est bien représen-
tée ; notamment le substantif qui garde des liens
avec le verbe et qui implique, malgré la

diversité des sens, la force d'agir ou de réagir, est


employé vingt fois; c'est la fréquence absolue la plus

traité
(,
1. Sur
,)
élevée dans la Collection hippocralique, si l'on excepte le
du Régime^. Les termes de la famille de

l'emploi
sont employés une trentaine de

de dans VAncienne médecine, voir


W. H. S. Jones, Philosophy and Medicine ..., 1946, p. 93-96;
H. W. Miller, « Dynamis and Physis in On Ancient Medicine»,
T.A.Ph.A., LXXXIIl, 1952, p. 184-197 et G. Plambôck, «Dyna-
mis im Corpus Hippocraticum»..., p. 74-89.
52 ANCIENNE MÉDECINE
fois^ Ce qui est surtout remarquable, c'est la cohérence
des emplois. Une grande partie de ce vocabulaire de la
force est employée, soit pour régime qui agit sur
le

l'homme, soit pour l'homme est capable ou


qui
incapable de réagir à ce régime et de le dominer.
La méthode consiste donc à réduire le déséquilibre
entre la force du régime et la force de l'individu, que

l'individu soit en bonne santé ou qu'il soit malade.


C'est ce que firent les premiers inventeurs du régime
des malades (c. 5), comme les premiers inventeurs du
régime en santé (c. 3). L'auteur de ï Ancienne médecine
montre permanence de
la en établissant un
parallèle entre ces deux inventions. Elles consistent
toutes deux à supprimer ce qu'il y a de trop fort dans

)
la

c. 7,
nourriture
126, 14
(cf. c. 5, 124,

par diverses opérations dont les deux prin-


cipales sont le mélange (cf. l'emploi de

122, 12 et c. 5, 124, 18, de


19
;

au c. 3,
au c. 3, 122, 13,
c. 14, 136, 5
;

et de au c. 5, 124, 19) et la cuisson (cf. au


c. 3, 122, 12 et au c. 5, 124, 20). De même que
les premiers inventeurs ont adapté la force du régime
à celle de la de l'homme en santé (c. 7, 126, 10),
les inventeurs de la médecine ont adapté la force du
régime à celle de la du malade (c. 7, 126, 12).
La méthode
(c. 4,

le
123, 15 sq.
présent
est la

(c. 4,
même

123, 14
;

))
et c'est cette même méthode
qui est appliquée dans
par les entraîneurs
d'athlètes lorsqu'ils ajoutent des découvertes au régime
même méthode
des gens en santé
(c. 8, 127, 14
;

de découvrir la médecine dans sa totalité.


)
c'est, enfin, cette
qui permettra dans l'avenir

Les découvertes successives de l'art médical suppo-


sent donc une méthode qui a été découverte d'emblée et
qui, elle, n'évolue pas. Comme cette méthode est le fruit

1. Je laisse de côté les emplois d ' (8 fois).


NOTICE 53

d'un raisonnement sur les causes des maladies, même si


ce raisonnement a été motivé par la contrainte des faits,
la position de l'auteur ne saurait être confondue avec

(c. 12, 133, 4 ) )


l'empirisme. L'art médical, selon l'auteur, n'est pas né
d'une accumulation de faits, mais d'un raisonnement
grâce auquel s'est effectué le
passage de l'ignorance (cf. c. 12, 133, 4
savoir progressif^
à un

Si la méthode découverte d'emblée depuis longtemps


n'a pas donné lieu encore à une découverte totale de
l'art médical, c'est parce que son application est
complexe. Adapter la force du régime à la force de la
constitution du malade exige la recherche d'un équili-
bre. Il ne faut pas que le régime soit trop fort, mais il ne
doit pas non plus être trop faible, car un état de vacuité
n'est pas moins néfaste qu'un état de pléthore (c. 9 à
c. 12). Or pour atteindre cet équilibre des forces, il n'y a

pas de proportion mathématique absolue. La médecine


n'est pas une science du nombre. Le seul critère de cet

128, 13 ).
équilibre est la sensation du corps des malades (c. 9,
Ce qui doit guider la
médecine dans la recherche de cet équilibre, c'est la
façon dont le malade ressent les effets du régime^. Aussi
l'équilibre exact est-il difficile à atteindre. Et le
médecin digne d'éloge est celui qui s'écarte le moins
possible de ce point exact d'équilibre.
Telle est la méthode de la médecine selon l'auteur
hippocratique. Du point de vue de l'historien des

1. Aussi existe-t-il une différence essentielle, malgré les ressem-


blances, entre « archéologie» de la médecine chez notre auteur
et chez lesmédecins de la secte empirique (cf. Celse, De medicina,
Praefatio 33-36), bien que les empiriques aient pu se réclamer de
ce traité (cf. supra, p. 8). Alors que le raisonnement est
l'instrument de la découverte selon le médecin hippocratique, il
est postérieur à elle selon les empiriques (cf. 36 :«Nec post
rationem medicinam esse inventam, sed post inventam medicinam

sion ,
rationem esse quaesitam»).
2. Sur les différentes interprétations proposées pour l'expres-
voir le commentaire ad loc.
54 ANCIENNE MÉDECINE
sciences, apparaît comme un bel exemple du
elle
tâtonnement expérimental avec des découvertes qui
sont le résultat de multiples tentatives au cours d'une
longue période de temps^ et comme une nette résistance
à l'application en biologie d'un rationalisme de type
arithmétique ou géométrique^.

La médecine, selon l'auteur de


et le p^hologique V Ancienne médecine est fondamen-
diini /'Ancienne médecine .-ta lement diététique; c'est le ré-
les théories médicaUs
qyj est cause des maladies
gjp^g ;

de l'auteur , . • •

c est par le régime que sont soi-


gnées les maladies. À aucun moment l'auteur n'envisa-
ge des causes externes telles que l'influence du climat.
La médecine «météorologique» que l'on trouve par
exemple dans Airs, eaux, lieux, dans Maladie sacrée,
dans les Épidémies ou dans Nature de l'homme, est
totalement absente du traité. Cette absence est-elle le
signe d'une réprobation? Il est difficile de le dire;
toutefois le scepticisme de l'auteur sur la connaissance

des phénomènes d'en haut, des (c. 1, 119, 7),

ainsi que sa critique de l'importance du chaud et du


froid dans les maladies (c. 16 sqq.), et plus générale-

1. Voir M. Grmek. «La sperimentazione biologica quantitativa

neU'antichita» in La vita le forme i numeri. Biologica I. 1988,


p. 11-33; sur VAncienne médecine, voir p. 16 sq. et p. 19 sq.,
notamment p. 17 «Pour le dire en un mot, la médecine serait
:

fondée historiquement sur une série d'expériences qui, dévelop-


pées à travers des tentatives faites à l'aveuglette, auraient été
conduites sur la base d'hypothèses relatives à la force des aliments
d'un côté, et du corps sain et malade de l'autre. Ces expériences,
de niveau élémentaire, sont présentées comme expériences quanti-
tatives parce qu'elles comportent un raisonnement de type
quantitatif. Cependant nous devons souligner l'absence de toute
référence à des mesures précises, exprimées en nombre».
2. Voir L. Bourgey, Observation el expérience chez les médecins de
la Collection hippocratique. Paris, 1953, p. 201. n. 3; G. Bratescu,
«Le problème de la mesure dans la Collection hippocratique», in

F. Lasserre et Ph. Mudry, Formes de pensée dans la Collection


hippocratique. Genève, 1983, p. 141.
NOTICE 55

ment des qualités chaud, froid, sec,


élémentaires,
humide, justifient bien cette absence de référence aux
levers et aux couchers des astres ainsi qu'aux saisons.
Entre le traité des Airs, eaux, lieux qui affirme que
l'astronomie contribue grandement à la médecine (c. 2)^
et le traité de VAncienne médecine qui sépare nettement
la médecine de la «météorologie» et fait le silence total

sur l'influence des saisons sur le corps, il y a plus qu'une


différence de degré 2.
Les aliments et les boissons peuvent provoquer des
perturbations chez l'homme. Comment s'effectue ce
passage du normal ou pathologique à l'intérieur du
corps ?
Malgré la diversité des constitutions humaines qui
sont plus ou moins résistantes et entre lesquelles
l'auteur établit une hiérarchie en fonction de leur degré
de résistance, toute nature humaine est constituée de
nombreux éléments, «le salé, l'amer, le doux, l'acide,
l'acerbe, le fade et mille autres substances possédant
des propriétés diverses sous le rapport de la quantité et
de la force» (c. 14). Ces substances qui composent le
corps de l'homme sont aussi parfois nommées «hu-
meurs». Il y a santé lorsque ces substances sont
mélangées les unes aux autres il y a maladie lorsque
;

l'une d'entre elles se sépare et se tient à l'écart. Cette


conception de la santé et de la maladie est tout à fait
analogue à celle d'un autre traité hippocratique, la
Nature de l'homme

,
:

Ane. méd. c. 14. Nature de l'homme c. 4.

5
, 1.
8

Airs, eaux, lieux, c. 2,


,
Littré II, 14, 15-19 (=
-
Diller 26, 18-
21).
2. Comp. W. Nestlé, « Hippocratica» ..., p. 20 et n. 1.
56 ANCIENNE MÉDECINE

, . ' • '

...
. ... ,' fj

. . ...

...

Sans doute éléments qui composent le corps ne


les
sont identiques ni par leur nombre ni par leur nature,
dans ces deux traités. L'auteur de la Nature de l'homme
ne retient que quatre éléments constitutifs, et ce sont
les humeurs sang, phlegme, bile jaune et bile noire.
Néanmoins, le principe d'explication est identique :

plusieurs éléments sont en état de mélange et de crase


dans l'état normal et la séparation de l'un d'entre eux
cause la souffrance. Comme cette identité de la pensée
se double d'une similitude du vocabulaire désignant le
mélange ou la séparation des substances constitutives,
on est en droit de se demander s'il n'existe pas une
deux traités^. On a pensé que
relation directe entre ces
l'auteur deNature de l'homme se souvenait de
la

V Ancienne médecine^; mais l'hypothèse inverse a été


également envisagée'.

1. Les ressemblances verbales portent aussi bien sur le


vocabulaire du mélange dans l'état de santé (comp. en
Ane. méd. et

hom.
en Ane. méd. à
;
'
en al. hom. ;

en Ane. méd. et
et
en Ane. méd. et
en .Va/, hom.) que sur celui de la séparation et de
l'isolement dans l'état de maladie (comp.

'
et
en Nat.
en Nat.
)
hom.).
Voir L. Bourgey, Observation et expërienee ..., p. 32, n. 1 et
2.
p. 57; J. Jouanna, Hippocrate. La nature de l'homme, CMC 11,3,
Berlin, 1975, p. 51 J. Ducatillon, Polémiques dans la Colleetion
;

hippocratique ..., p. 134.


3. Voir H. Diller, « Das Selbstverstàndnis der griechischen
Medizin in der Zeit des Hippokrates» in L. Bourgey et
J.Jouanna, La Colleetion hippocratique et son rôle dans l'histoire de
la médecine (Colloque de Strasbourg 1972), Leiden, 1975, p. 87.
NOTICE 57

Quoi en soit des rapports entre ces deux traités,


qu'il
la théorie de V Ancienne médecine présente des analogies
avec celle d'un penseur proche de l'école pythagoricien-
ne, contemporain de Pythagore, mais plus jeune que
lui, Alcméon de Crotone^. Selon une doxographie sur la

santé et la maladie conservée à la fois par Plutarque et


par Stobée qui remonte à Aétius, «Alcméon dit que ce
qui maintient la santé c'est l'égalité
forces (), des
l'humide, le chaud, le sec, le froid,
()
()
l'amer, le doux, et tout le reste, tandis que la monarchie
instaurée parmi ces forces cause la

)
maladie^.» Dans V Ancienne médecine, comme chez
Alcméon de Crotone, le corps humain est constitué de
nombreuses
...
(comp. Ane. méd., c. 16 -
l'amer et
et
et
et Alcméon
pas toutes énumérées (comp. Ane. méd., c. 14
Alcméon

, ). )
qui ne sont

et qui comprennent
le doux (comp. Ane. méd., c. 14

Alcméon La santé et la maladie


sont expliquées de façon analogue, la santé par l'égalité
de toutes les forces constitutives, et la maladie par la
prédominance de l'une d'entre elles sur les autres. Il est
vrai que la métaphore n'est pas exactement la même.

Dans doxographie sur Alcméon, l'idée est exprimée à


la

l'aide d'une métaphore politique, qui peut remonter à


Alcméon lui-même la santé correspond à un état
:

démocratique où les citoyens ont les mêmes droits,


tandis que la maladie est comparée à un état monarchi-
que où un seul individu a pouvoir sur tous les autres
sujets; en revanche, chez l'auteur hippocratique, qui
parle de mélange ou de séparation, toute référence
politique précise semble absente. Mais il ne faudrait pas

1. Sur la date d'Alcméon, voir Aristote, Métaphysique I, 5,


986a 29 sq. : « Il était dans la force de l'âge quand Pythagore était

vieux ».

2. Les versions de Plutarque et de Stobée sont éditées par


H. Diels, Doxographi graeci, Berlin, 4'" éd., 1965 ("- éd. 1879),
p. 442 sq.; cf. DK 24 4.
58 ANCIENNE MÉDECINE
exagérer l'opposition, car dans V Ancienne médecine, où
la notion de force est à la base de toute la physiologie, il
est clair que lorsqu'une substance se sépare des autres
c'est pour manifester son pouvoir et exercer sa domina-
tion l'emploi du verbe
: au c. 16, 139, 5 est
significatif à cet égard.
De cette ressemblance entre Alcméon et le traité de
VAncienne médecine sur les principes constitutifs de
l'homme et sur l'explication de la santé et de la
maladie, on a conclu depuis longtemps à une origine
pythagoricienne du traité^. Toutefois, VAncienne méde-
cine présente une grande différence par rapport à la
doxographie d'Alcméon l'auteur hippocratique nie, ou
:

tout au moins réduit considérablement, le rôle du


chaud, du froid, du sec et de l'humide dans la
production des maladies, alors que la doxographie sur
Alcméon présente ces qualités sur le même plan que
l'amer et le doux et les place en tête de l'énumération.
S'ily a eu influence d'Alcméon sur VAncienne médecine,
cette influence est limitée puisque le médecin hippocra-

tique apporte une modification importante à la théorie


d'Alcméon.
Pour rendre compte des vues de l'auteur de VAncien-
ne médecine sur la santé et la maladie, on a invoqué plus
récemment un autre présocratique, Anaxagore'^. Effec-
tivement, les notions de «mélange» et de «séparation»
reviennent souvent dans les fragments conservés de ce

1. par exemple, M. Wellmann, «Die pseudohippokra-


Voir,
tische Schrift »..., p. 299-305.
Voir surtout G. Vlastos, C. R. de F. M. Cornford, Principium
2.
sapientiae in Gnomon, XXVII, 1955, p. 67 sq. (= n. 2 de la p. 67).
Voir aussi W. H. S. Jones, Hippocrates I, London, 1923, p. 5 et
n. 2 et Philosophy and Medicine .... p. 78 F. Heinimann, Gnomon,
;

XXIV, 1952, p. 272; J. Longrigg, «Philosophv and Medicine»,


Harvard Studies in Classical Philology, LXVII, 1963, p. 147-175 et
«[Hippocrates] .\ncient Medicine and its intellectual context» in
Formes de pensée dans la Collection hippocratique, Genève, 1983,
p. 249 sqq.
, -
DK59B12
comp. Ane. méd.,

12
c.

14
14,

c.
136,

c. 14,

16, 139,
7
...
NOTICE
philosophe, et les termes employés pour les désigner
sont les mêmes que dans ï Ancienne médecine (comp.
Ane. méd., 13

10
136, 15

16
...
[bis],

-
et

).
...
et

Anaxagore
9
Anaxagore

136,

Tout
59

21
6

13

particulièrement l'expression qui signifie qu'une subs-


tance séparée des autres «demeure à part soi» est
commune
méd., c.
'
12
au médecin et au philosophe (comp. Ane.
14, 136, 15

-
et
'
'
Anaxagore
Tous
, ).
DK 59
'
c.

6
15, 137,
'
16

deux notent que les substances sont invisibles quand


elles sont mélangées (comp. Ane. méd., c. 14, 136, 13
et Anaxagore DK 59
), 1 59 4

;
...
lorsqu'elles

même
alors
sont séparées {Ane.
Anaxagore DK59B12
cf.
qu'elles

Et de
qu'Anaxagore récuse l'existence de principes
élémentaires existant à part
deviennent manifestes
méd.,
). c. 14, 136, 15

(cf. 59 6 ' '


excepte l'esprit
cf. 59
soi, si l'on

8), de ;

même l'auteur de V Ancienne médecine récuse au c. 15,


137, 15 sq. l'existence du chaud, du froid, du sec ou de
l'humide à part soi ( ... '
).
En s'appuyant sur ces rappro-
chements et d'autres plus discutables^, on a conclu à

1. Selon G. Vlastos, C. R. de F. M. Cornford, p. 67, n. 2,

VAncienne médecine, comme Anaxagore, soutient que les multiples


qui sont dans l'homme sont aussi dans les autres choses, le
cuir, le bois, etc. (cf. c. 15). Ce rapprochement a été justement
critiqué par J. Longrigg, « Philosophy and Medicine ...», p. 160,
car le chapitre 15 de VAncienne médecine ne parle pas des éléments
constitutifs du cuir ou du bois. Un autre rapprochement fait par
G. Vlastos, ibid., p. 67, n. 2, et repris cette fois par J. Longrigg,
concerne la théorie médicale. Il note que la bile ()
est la cause
60 ANCIENNE MÉDECINE
une influence d'Anaxagore sur le médecin hippocratique
ou inversement de l'auteur de V Ancienne médecine sur le
philosophe présocratique^. Mais ici encore, comme dans
le cas d'Alcméon, il ne faudrait pas majorer la
signification des rapprochements et masquer des diffé-
rences importantes. Les rapprochements sur le vocabu-
laire du mélange et de la séparation ne sont pas très
significatifs, car on peut retrouver ce même vocabulaire
chez Empédocle qui est, pourtant, un adversaire déclaré
de l'auteur^ même le rapprochement précis sur l'ex-
;

pression ' appliquée à des éléments constitutifs


qui sont isolés des autres n'est pas aussi décisif qu'on
pourrait le croire, car cet emploi n'est pas particulier à
ces deux seuls auteurs^, mais se retrouve dans le c. 4 de
la Nature de l'homme*. Par ailleurs, ce qui fait
l'originalité de la théorie d'Anaxagore, à savoir l'isole-
ment de l'esprit qui domine le reste et l'organise, est
étranger à VAncienne médecine. Enfin, il n'est pas très
heureux de vouloir rechercher une relation trop étroite

des maladies aiguës chez Anaxagore (DK 59 A 105 = Aristote,


Parties des animaux 677 a que cela concorde avec VAncienne
5) et
médecine qui ne mentionne jamais le phlegme, mais seulement (une
fois) la bile jaune (c. 19, 144, 12 ).
En fait, l'auteur de
VAncienne médecine n'a jamais prétendu que la bile était la seule
cause des maladies aiguës. C'est une humeur parmi d'autres. Par
exemple les péripneumonies, qui appartiennent à la série des
maladies aiguës (cf. par ex. Régime des maladies aiguës, c. 2,
Littré II, 232, 6 sq. = Joly c. 5, 37, 22), sont attribuées dans
VAncienne médecine à un flux d'humeurs salées et acres, bien
distinctes de l'humeur amère qu'est la bile jaune. Le rapproche-
ment n'est donc pas convaincant.
1. G. Vlastos, C. R. de F. M. Cornford, p. 67, n. 2, conclut à une

; .
influence du philosophe sur le médecin; en revanche J. Longrigg,
«Philosophy and Medicine ...», p. 161 sqq. et «[Hippocrates]
Ancient Medicine ...», p. 252 sqq., croit à l'influence inverse.

. 1 : ;
2. Pour le mélange des éléments, voir par exemple Empédocle
DK 31 35, . 7 et 16 :

pour la séparation, voir


3. Contrairement à
8, . 3
9, . 4 :

ce que pense G. Vlastos, C. R. de


F. M. Cornford..., p. 67, n. 2.
: 9,

4. Voir supra, p. 56, n. 1.


NOTICE 61

entre deux auteurs qui ont des vues si différentes sur la


méthode à suivre pour connaître la nature humaine^
Pour expliquer les phénomènes internes de la santé
ou de la maladie, l'auteur de V Ancienne médecine ne s'en
tient pas aux seules notions de mélange, de crase, ou de
séparation utilisées au c. 14. Il introduit, à partir du
c. 18, les notions supplémentaires de coction (adjectif :

c. 18, 142, 18 et c. 19, 143, 20;


substantif c. 18, 143, 3; verbe

[];
143,
[];
:

c. 19, 143, 13
c. 18,

c. 19, 143, 14 []
[]
:

[] C ; cf.
19,
aussi
145,
le
3
verbe
; c.

au
19,
c.
145,
19, 143, 15
15

et le verbe en c. 19, 145, 9


de coction (c. 19, 144, 17
ou d'absence
Un flux d'humeur est
morbifique tant qu'il n'est pas cuit; au contraire, la
). [])

; ...
coction de ce flux d'humeur marque la fin de la maladie.
Cette coction se manifeste par l'épaississement du flux
(cf.

...
c. 18, 142, 17 sq.
20 c. 19, 143,
Cet approfondissement dans l'explication de la santé
; c. 19,

). 143, 13

et de la maladie ne signifie pas que les notions nouvelles


de coction ou d'absence de coction se substituent à
celles de mélange ou de séparation. Bien au contraire,

, ).
l'auteur de VAncienne médecine, à partir du moment où
il les

143, 14 sq.
144, 17
introduit,
mélange ou de séparation
;

...
c.
les

18, 143,

des humeurs sont deux processus qui aboutissent au


allie

5 sq.
constamment
(c.

Car
18,

la
142,

coction et
18
à

le
celles

;
c.

c
mélange
de

19,
19,

même résultat, à la diminution de la trop forte

)2.
de l'humeur (cf. c.

Et
18, 142, 17 sq.
ces deux processus internes de
...

1. Anaxagore fait partiedes auteurs à tendance philosophique


critiqués par le c. 20 de VAncienne médecine.
2. Ces deux processus qui sont d'ordinaire sur le même plan,
sont subordonnés dans la définition de la coction du c. 19, 143,
62 ANCIENNE MÉDECINE
coction et de mélange des humeurs sont comparables
aux deux pratiques externes opérées sur les aliments et
les boissons par ceux qui ont inventé le régime des gens
en santé ou celui des malades, à savoir la cuisson et le
mélangea L'une des caractéristiques de VAncienne
médecine est d'avoir combiné systématiquement ces
deux modèles d'explication de la santé et de la
maladie^, alors que les autres traités de la Collection
hippocralique privilégient l'un ou l'autre de ces deux
types d'explication ou les associent moins fréquem-
ment. C'est ainsi que dans la Nature de l'homme, le
modèle d'explication par le mélange ou l'absence de
mélange est le seul allégué pour expliquer la santé et la
maladie à aucun moment n'apparaît dans ce traité le
;

vocabulaire caractéristique de la coction des humeurs^.


En revanche, dans le groupe formé par les livres
Épidémies et les traités qui leur sont apparentés, le
vocabulaire de la coction est riche, et la notion y joue
un rôle dans l'évolution des maladies*; quant à la

14 sq. : «La coction provient du mélange et de la crase des


flux entre eux, ainsi que de leur cuisson en commun». La
cohérence d'ensemble de la pensée n'exclut pas une certaine
souplesse dans le détail.

\. Toutefois le vocabulaire de la cuisson et de la coction n'est

pas totalement identique. Si le verbe (ou son composé -)


appartient au.x deux registres, le verbe n'est employé que
pour la cuisson (des aliments) et le verbe seulement pour la

.
coction (des humeurs) ou la digestion (des aliments).
2. Ancienne médecine présente aussi une certaine originalité
dans le vocabulaire de la coction, dans la mesure où il emploie le
verbe (5 fois), là où les autres emploient plutôt
Le verbe est d'ordinaire réservé à la

digestion des aliments. Comp. toutefois en Régime dans


les maladies aiguës, c. 11, Littré II, 312, 5 (= Joly c. 42, 54, 3) à
propos de la coction d'une maladie.
3. Les seuls emplois de et de que l'on ait dans
Nai. hom. (c. 22 [=Hég. sai 7], Littré VI, 82,14 et 16, 84,9 =
Jouanna 216, 10 et 13, 218, 7) concernent la digestion des aliments.
4. Ce groupe est formé des Épidémies et de huit traités
{Humeurs, Pronostic, Prorrtiétique I. Prorrhélique II. Prénolions
coaques, Aphorismes, Régime dans les maladies aiguës et Appen-
NOTICE 63

notion de mélange (ou d'absence de mélange), elle existe


aussi dans ce groupe, mais elle est rarement associée à
cellede coction (ou d'absence de coction)^
Les théories du traité sur la santé et la maladie sont
donc plus complexes que celles de ses adversaires;
néanmoins, elles apparaissent à l'historien des sciences
aussi spéculatives que les leurs^.

IV. PLACE DE L'ANCIENNE MÉDECINE


DANS LA COLLECTION HIPPOCRATIQUE :

relations entre V Ancienne médecine


et le Régime dans les maladies aiguës

De tous les rapports que l'on peut établir entre


V Ancienne médecine et d'autres traités de la Collection
hippocratique le plus étroit et le plus indéniable est celui
qui l'unit au traité du Régime dans les maladies aiguës.
La connexion entre ces deux traités a paru si grande à
É. Littré (tome 314-320) qu'il y a vu la preuve
I, p.
d'une identité d'auteur (cf. p. 318 «C'est le même
homme qui a écrit les traités de VAncienne médecine et
du Régime des maladies aiguës»). Depuis Littré, les
choses sont devenues plus complexes, car les rapproche-
ments portent non seulement sur la première partie du
Régime dans les maladies aiguës (= RMA I) mais aussi
sur V Appendice (RMA II) qui n'est pas nécessairement
du même auteur que la première partie^. On ne croit

dice). Ce qui caractérise ce groupe pour le vocabulaire de la


coction, c'est l'emploi du substantif

1.Voir toutefois Épidémies


Kuehlewein
,
I, 242, 26 (à propos des selles)

«déjections bilieuses, sans mélange, crues».


,,
attesté douze fois,
alors qu'il est absent du reste de la Collection hippocratique.
17, 13, Littré III, 140, 1

2. Voir G. E. R. Lloyd, Magic, Reason ..., p. 149.


3. Sur la question d'auteur dans RMA I et RMA II, voir
=

R. Joly, Hippocrate VI, 2. Du régime des maladies aiguës,


Appendice ..., C\JF, Pans, 1972, p. 1 1-13 J. Jouanna, «Le problè-
;
64 ANCIENNE MÉDECINE
plus à l'identité d'auteur entre VAncienne médecine et le
Régime dans les maladies aiguës depuis que des analyses
plus fines du vocabulaire ont été faites, et d'autres
hypothèses ont été avancées pour expliquer ces rappro-
chements^ Mais les rapprochements sont indéniables et
certains ne peuvent pas être dus au hasard. Voyons
donc d'abord les faits.
Entre Ancienne médecine et BMA /, il existe deux
développements parallèles. Ils ont pour objet de décrire
les troubles dus à un changement de régime, d'une part
chez les gens qui, ayant l'habitude de prendre un seul
repas par jour, passent à deux repas, et inversement
chez ceux qui ne prennent qu'un seul repas, alors qu'ils
sont habitués à en prendre deux. Comme ces deux
sortes de troubles sont également décrits dans RMA II,
on est donc en présence de trois rédactions parallèles sur
ces deux changements opposés de régime. Voici les
textes présentés côte à côte :

I. Passage d'un repas à deux repas :

DESCRIPTION DES TROUBLES

A =
Anc. méd. c. \0, = RV/.1 / c. 9, Lit- C = fiMA II c. 18,
130,9-14. tré II, 282, 10 sqq. Littré II, 478, 5 sqq.
(=Jolv

, ,
(=Jolv c. 28, 48, c. 42, 87,

(a)

,--
, -
7

(a)
sqq.)^.

, 23
(a)
sqq.).

--
3 : . 1 \ Gai. : om.
MV II
2 A"'
Gai : A? M
V.

me de l'unité du Régime dans les maladies aiguës», in R. Joly,


Corpus Hippocraticum (Colloque de Mons 1975). Mons, 1977,
p. 291-312 et .\. Thivel, «La composition de VAppendice RMA », in
M. Grmek/F. Robert, Hippocratica (Colloque hippocratique de
Paris 1978), Paris, 1980, p. 449-467; voir aussi II.-D. Kunstmann,
Die Diàl bei akulen Krankheiten. Eine Untersuchung ziveier
Schriflen des Corpus Hippocraticum. Diss. med. Hamburg, 1976.
1. Voir infra, p. 71 sqq.
NOTICE 65

• -
, .- .,

,
(b)
"

- (b)

'
- (b)

.-

.
4

recte.
MV
Gai.
fortasse
:

II. Passage de deux repas à un seul repas


DESCRIPTION DES TROUBLES

A = Ane. méd. c. 10, B = RMA C. 9, c =

130, 16-131, 4. Littré 11,288, 3 sqq.


(=Joly c. 30, 49,

,
1 sqq.).

,
- -
(a)

-
,, , (a)

, - ,,
, ,

...

'

,
, ,- .-
*

.
'
66 ANCIENNE MÉDECINE
(b) ...

, ,- -- (b) -
- (b)

. -,
/- - •

. -
-
-
, -
-
. -
22
.
: -
Entre ces trois versions (A, B, C), qui décrivent les
symptômes malaises dans les deux exemples
des
opposés d'un changement de régime contraire à
(I-II)
l'habitude, il existe des ressemblances aussi bien dans la
structure que dans le contenu et dans l'expression. En
ce qui concerne d'abord ladeux exemples
structure, les
sont construits de la même
manière dans les trois
versions. Dans le premier exemple, c'est-à-dire chez les
individus qui sont au régime habituel d'un seul repas
par jour, le repas du soir, on envisage d'abord les
troubles s'ils déjeunent à midi contre leur habitude
(I A a I B a I C a) puis on décrit les troubles si, après

).
; ; ;

cela, ils dînent (I Ab, I Bb, I Cb, avec la présence,


dans les trois versions, de []
De même,
dans le cas inverse des individus qui, eux, sont habitués
à déjeuner à midi, c'est-à-dire qui sont au régime de
deux repas, on expose d'abord les troubles s'ils ne
déjeunent pas (II A a, II Ba, II Ca, avec la présence,

),
dans deux versions sur trois, de ...

dans
puis les troubles supplémentaires occasion-
nés par le dîner (II A b, II B b, II C b avec la présence,
les trois versions, de
vel

uel ).
NOTICE 67

Dans le contenu et l'expression, de nombreux


symptômes sont parallèles. Ils sont parfois attestés dans
les trois versions à la fois (ainsi la diarrhée en I Ab,
I Bb et Cb ou l'urine chaude et la bouche amère en
I

II A a, II aet II Ca). Mais assez souvent, ils ne se


rencontrent que dans deux versions sur trois ces deux ;

versions sont tantôt Ane. méd. et RM


A I (ainsi en I Aa
et en a en II A a
et en II a
...

... en II A a
;

...
),
et en II a
en 1 1 b;
et en
tantôt Ane. méd. et RMA II (ainsi

-
II b
en I A a
II
II
Ca
Ba
), et I C a en II A a
tantôt enfin
et II
RMA
Ca
et ;

I et RMA II (en

). examine maintenant le rôle et la place de ces


Si l'on
trois dans chacune des séquences où elles
versions
s'insèrent, on constate des ressemblances qui peuvent
unir soit les trois versions soit surtout deux versions
sur trois. Dans les trois versions, on dénonce le danger
d'un changement de régime contraire à l'habitude. La
notion d'habitude est présente dans
et le

;
même

I B a
participe parfait
habitué» apparaît dans chacune d'elles

). Toutefois, dans
et 1 1

la
a
(II Aa

version de V Ancienne
-
les trois versions,
au sens d'«être

; Ca

médeeine, cette notion d'habitude est subordonnée à


celle d'intérêt. Alors que dans les versions de I et RMA
RMA II, les maux décrits affectent, lors d'un change-
ment de régime contraire à l'habitude, tous les gens
sans distinction, dans V Ancienne médecine, en revanche,
ils n'affectent qu'une catégorie, uniquement ceux qui

«ont intérêt» à suivre ce régime habituel


et II Aa ), ceux
dont la santé exige un tel régime. Or, selon l'auteur
c'est-à-dire
(cf. lAa

d'Ancienne médecine, il s'agit d'une minorité, car pour


la majorité des gens (cf. c. 10, 130, 3 ... ).
68 ANCIENNE MÉDECINE
iln'importe pas de s'en tenir à une habitude plus qu'à
une autre. La notion d'habitude a donc un rôle moins
déterminant dans V Ancienne médecine que dans les deux
autres versions. Du reste, la finalité du développement
dans l'Ancienne médecine n'est pas centrée sur la notion
d'habitude comme c'est le cas dans les deux autres
versions. Alors que, dans BMA I et BMA II, il s'agit
de montrer le rôle néfaste d'un changement d'habitude,
dans V Ancienne médecine le propos est d'établir que la
vacuité n'est pas moins nocive que la pléthore.
Le développement qui fait suite à la description des
symptômes dans chacune des trois versions révèle une
nouvelle différence entre V Ancienne médecine et les deux
autres versions. Dans I et RMA RMA
II, la sémiologie

de chacun des deux changements de régime est suivie


de la thérapeutique^; V Ancienne médecine ne donne pas
les prescriptions thérapeutiques, mais présente un
développement sur l'étiologie qui est absent de I RMA
et RMA IP.
Ainsi, lorsqu'on examine la place et le rôle du
développement sémiologique dans les trois versions,
l'accord de deux versions sur trois a lieu surtout entre
RMA I et RMA II contre Ancienne médecine. Cepen-
dant la complexité des relations entre ces trois versions
se vérifie ici également, car l'accord peut avoir lieu
entre Ancienne médecine et I contre RMA II. RMA
Alors que dans RMA
II l'ensemble formé par la
sémiologie et la thérapeutique constitue un tout qui se
suffit lui-même, dans V Ancienne médecine et dans
à
RMA ensemble, qu'il comprenne la sémiologie et
I cet
la thérapeutique (RMA I) ou la sémiologie et l'étiologie

(Ancienne médecine), s'insère dans une argumentation

1. RMA I c. 9, Littré II, 284, 6 sq. (= Joly c. 29, 48, 14 sq.)


... et c. 9, Littré II, 294,
(=
1-3 Joly c. 33, 49, 21 sq.) Tôv

478, 9 (= Joly c. 42, 88, 1)


; RMA .
'
II C. 18, Littré
II,
Littré II, 482, 5 (= Joly c. 44, 89,
2. Ane. méd., c. 11, 131, 11 sqq.
1) . et c. 18,
.

NOTICE 69

qui prend le régime des gens en santé comme point de

comparaison pour montrer les dangers à éviter dans le


régime des malades (comp. Ane. méd., c. 10, 129, 16 sq.

et
22

ne,
RM
sq.)

comme
C. 9,

) Littré II, 280, 8 sq.

Ainsi dans V Ancienne médeci-


.

dans RMA I, l'exposé parallèle sur les maux


causés par un écart de régime chez les gens en santé
n'est pas une fin, mais un moyen dans un raisonnement
(= Joly
)
c. 28, 47,

a fortiori.
Unsecond parallélisme a été signalé, depuis Littré,
entre V Ancienne médecine et I il porte sur RMA :

l'attention que l'on doit accorder aux différentes façons


de préparer les aliments et notamment le pain de blé ou
la galette d'orge, dans la mesure où ces différentes
préparations modifient différemment l'état du corps et
ont donc une incidence sur la santé et la maladie.

Ane. méd. c. 14, 135, 1- RM C. 10, Littré II,

11. 298, 10sqq.(= Joly C.37,


51, 2 sqq.).

... ...-

-
-
-
,
-
,. - <>

*
'
-

- ...
. .

- .
.
70 ANCIENNE MÉDECINE
Dans deux passages, l'idée fondamentale est la
les
même corps de l'homme est différemment modifié
le

, ()
:

par les différentes préparations du pain de blé


().
),,
et de la galette d'orge Certaines expressions sont

)
). ,
parallèles, qu'elles soient relatives à la modification du
corps {Ane. méd.

RMA I
I
différence des effets des aliments {Ane. méd.
à la

ou aux variétés de pain {Ane. méd.

que ce thème est exploité


II est vrai
différemment dans chacun des deux traités. RMA I
RMA
RMA

l'utilise dans son développement sur les effets néfastes

)
d'un changement de régime contraire à l'habitude (cf.
c'est donc un argument qui a le même rôle
;

que l'exemple des repas. Dans VAncienne médecine au


contraire, les deux exemples appartiennent à deux
parties différentes du traité. Alors que l'exemple du
changement de régime dans les repas s'insérait dans le
développement sur les dangers de la vacuité qui ne sont
pas moins grands que ceux de la pléthore, le thème de
l'importance des différentes préparations du pain ou de
l'orge est introduit lors de la reprise de la polémique
contre les adversaires qui, eux, n'accordent de l'impor-
tance qu'au chaud, au froid, au sec ou à l'humide.
Malgré une utilisation assez différente dans les deux
traités, l'idée reste comparable.
Voilà donc les principaux points de rencontre entre
VAncienne médecine et le Régime dans les maladies
aiguës I et 11^. Pour rendre compte de ces rapproche-

1. Littré (I, p. 317 sq.) rapproche aussi Ane. méd. c. 8, 126,


20 sqq. :

RMA
. ,
et c. 12, Littré II, 320,
6-8 = Joly c. 46, 56, 4 sq.
Festugière .
41 (. 40) ajoute plusieurs
autres rapprochements, surtout Ane. méd. c. 9, 128, 15
/.4
,
et /
'
c. 2, Littré II, 232, 3 sqq. (= Joly
...
c. 5, 37, 18 sqq.) :
NOTICE 71

ments, les érudits ont avancé des explications divergen-


tes, bien qu'ils s'accordent à penser que ces rapproche-
ments sont trop précis pour être attribués au hasard.
Littré, nous l'avons dit, a conclu à l'identité d'auteur.
Selon lui, qu'on remarque dans
«les légères différences
les mots prouvent que c'est non pas un homme qui en
copie un autre, mais un auteur qui reproduit, avec toute
liberté de rédaction, une pensée qui lui appartient»
(tome I, p. 316). Il croyait même pouvoir établir une
chronologie relative entre les deux traités. L'Ancienne
médecine serait antérieure au Régime dans les maladies
aiguës, car l'annonce d'un développement faite dans le
premier traité {Ane. méd. c. 12, 132, 17 sq.,
«dont il sera question») trouverait sa réalisa-
tion dans le second {RM A I cil, Littré II, 314,
12 sqq. [= Joly c. 43, 54, 18-22]). Plus généralement, il
considère que «le livre du Régime dans les maladies
aiguës est véritablement une application de la grande
pensée qui domine tout le livre de VAncienne médecine,
et qui est que, pour devenir savant dans la science de la
vie, il importe, non pas d'étudier le corps en soi et
d'après une hypothèse telle quelle, mais de rechercher
tous les rapports qu'il a avec les choses qui l'entourent».
Il semble toutefois que Littré ait changé d'avis, car,

dans son tome II (p. 198), il présente l'évolution inverse


lorsqu'il déclare «Le traité Du régime dans les maladies
:

aiguës repose sur une doctrine que Hippocrate, plus


tard selon moi, développa dans le livre de VAncienne
médecine»^. Mais cette explication par l'identité d'au-
teur est aujourd'hui sujette à caution, car une étude
comparative du vocabulaire des deux œuvres aboutit à

; Ane. méd. c. 20, 146, 11 sq.


et FMA c 2, Littré II, 230,
1 sq. (= Joly
. c. 4, 37, 11 sq.) : Se ...
1. Ce qui est singulier c'est que Littré ne fait nullement
allusion dans son tome II à sa première position soutenue dans le
tome I.
72 ANCIENNE MÉDECINE
trop de divergences pour qu'on puisse les attribuer à un
même auteur^. J'ajouterai un argument tiré de la
comparaison des deux passages parallèles sur le pain de
blé et la galette d'orge. Lorsque le RMA I énumère les
différentes préparations,
(), «sec» (, cf. aussi ),
il emploie les adjectifs «chaud»

(), ce que V Ancienne médecine évite par-dessus tout,


«humide»

puisqu'il veut justement montrer que les qualités


élémentaires, chaud, froid, sec, humide, n'ont pas
l'importance que veulent leur accorder les adversaires
qu'il est en train de réfuter. Ce qui fait donc la grande
originalité de V Ancienne médecine ne réapparaît pas
dans le BMA I.

Si l'on les trois œuvres sont écrites


admet donc que
par trois auteurs différents, on expliquera les parallé-
lismes, soit par une influence directe des œuvres les
unes sur les autres, soit par l'existence d'un modèle
commun. Alors que Th. Gomperz*, reprenant la posi-
tion de Littré dans son tome I, pense que le traité de
VAncienne médecine est antérieur au Régime dans les
maladies aiguës, H. Diller, signalant la position de
Littré dans son tome II, explique les parallélismes par
une influence directe de HMA I et de RMA II, déjà
réunis, sur VAncienne médecine^. Ainsi s'expliquerait le
fait que VAncienne médecine présente des expressions
parallèles tantôt avec RMA I, tantôt avec RMA II.
L'auteur de VAncienne médecine aurait donc fait œuvre

Th. Gomperz, «Die hippokratische Frage und der .Ausgangs-


1.

punkt ihrer Lôsung», Philologus, Neue Folge, XXIV, 191 1 p. 225- ,

226, notait déjà des différences de vocabulaire, en particulier la


fréquence de dans RMAet son absence dans Ane. méd. La
comparaison d'ensemble a été faite par I. M. Lonie, «The
Hippocratic Treatise
1965, p. 50-79, en particulier p. 60, n. 1.
»,
Sudhoffs .Archiv, XLIX,

ippocrateo
(= Kleine
8
2. Th. Gomperz, «Die hippokratische Frage...». p. 225.
3. H. Diller, C. R. de R. Rlum, La composizione dello scritto
in Gnomon XIV,
Schriflen zur antiken Medizin ..., p. 174
1938,
sq.).
p. 302
NOTICE 73

de contamination. Cette position de H. Diller a été


assez largement suivie^. L'explication par la conta-
mination ne serait vraiment satisfaisante que si l'exposé
sémiologique dans VAncienne médecine se réduisait à
l'addition des symptômes donnés par BMA I et
BMA II, ce qui n'est pas le cas. Des symptômes que
présentent à la fois I et BMA II ne se retrouvent
BMA
pas dans VAncienne médecine, tandis que VAncienne
médecine donne des symptômes qui n'apparaissent ni
dans BMA I ni dans BMA
II. Aussi l'hypothèse d'un

modèle commun, proposée pour la première fois par


M. Wellmann^, ne saurait être écartée. La variété des
relations entre les trois versions qui offrent tous les
types d'accord possibles (accord de AB contre C, de
AC contre et de BC contre A) plaide plutôt en faveur
de cette hypothèse^. Il est possible que ce modèle
commun, qu'il est vain de vouloir déterminer*, soit un
lieu classique de la médecine grecque transmis d'abord
oralement, ce qui expliquerait la diversité des variantes
d'une version à l'autre. En tout état de cause, il n'est

1. Voir, par exemple, R. Joly, Hippocrate VI, 2. Du régime des

maladies aiguës, Appendice ..., p. 13 sq. et p. 23, et surtout V. di


Benedetto, qui a réexaminé en détail les parallélismes entre
RM A I et Ancienne médecine, et conclut également à une influence
directe de FMA sur VAncienne médecine dans un article dont le
titre est révélateur de sa thèse (« 1! debito deli' Antica medicina nei
confronti del Régime délie malaltie acute», Sludi classici e orienlali,
XIX-XX, 1970-1971, p. 430-441 voir aussi Ch. Lichtenthaeler,
;

Chronologische und gedankliche Rezugssysleme in und um « Uber die


aile Medizin», XI. Hippokratische Studie, Genève, 1980, p. 12-14,
selon qui l'auteur de VAncienne médecine a lu «sans aucun doute»
(p. 13) le traité du Régime dans les maladies aiguës et d'autres
traités que l'on attribue à l'école de Cos.
2. M. Wellmann, «Die pseudo-hippokratische Schrift
»..., p. 305.
Voir déjà J. Jouanna, «Le problème de l'unité du traité du

»
3.
Régime dans les maladies aiguës»..., p. 311, n. 72.
4. M. Wellmann («Die pseudo-hippokratische Schrift

'.
..., p. 305) pensait notamment à un traité perdu

de la Collection hippocralique,
74 ANCIENNE MÉDECINE
pas prudent de s'appuyer sur la seule comparaison de
ces trois versions pour en tirer une chronologie relative
de ces trois traités^. La possibilité de l'existence d'un
modèle commun perdu ainsi que l'existence d'opinions
contradictoires (même chez un seul auteur comme
Littré !) sur les relations entre les traités ôtent toute
certitude aux conclusions d'ordre chronologique que
l'on voudrait tirer de l'utilisation directe d'un traité
par l'autre^.

V. L'ANCIENNE MÉDECINE ET PLATON

Le de VAncienne médecine est, de tous les


traité
traités de la Collection hippocratique, celui dont les
relations avec Platon ont été le plus étudiées et le plus
discutées. Les discussions portent d'abord sur la
question de savoir si VAncienne médecine, qui offre des
rapprochements possibles avec d'autres traités de
Platon depuis le Gorgias jusqu'aux Lois en passant par
le Philèbe, n'a pas subi l'influence de la philosophie

attique de Platon. Elles portent ensuite et surtout sur le


passage du Phèdre qui fait allusion à la méthode
d'Hippocrate VAncienne médecine est-il le traité au-
:

quel Platon fait allusion, comme Littré pensait l'avoir


démontré? Sur la première question un consensus
semble maintenant s'établir alors que sur la seconde les
avis restent divergents.

L'auteur
L'hypothèse selon laquelle VAn-
de /'Ancienne médecine médecine serait un traité
cienne
a-t-U connu postérieur à Platon a déjà été
l'ctuvre de Platon ? > r-i
soutenue au xix" siècle par Erme-
i

rins^; mais c'est au milieu du xx^ siècle que la question

Pour le problème de la date du traité, voir infra, p. 84 sq.


1.

Voir la position prudente de W. H. S. Jones, Philosophy and


2.
Medicine ..., p. 96-98 (plutôt influence de RMA
sur Ane. méd., mais
l'influence inverse est possible).
3. F. Z. Ermerins, t. II, Prolegomena. p. xxviii sqq. ; voir aussi
NOTICE 75

a été reprise. Dans un article de 1952 qui a fait date,


H. Diller^ a examiné avec la plus grande acribie tous les
rapports possibles entre ÏAncienne médecine et les
divers dialogues de Platon et il en a tiré la conclusion
que les rapprochements ne s'expliquent pas, comme on
le pensait généralement jusque-là, par une influence de

la médecine hippocratique sur Platon, mais inverse-

ment par une connaissance des dialogues de Platon,


même de dialogues tardifs tels que le Philèbe. En
particulier, selon lui, les conceptions de l'auteur de
(), ()
le postulat ()
V Ancienne médecine sur l'art la méthode

supposent la connaissance directe


et

de la réflexion rationnelle et spéculative de Platon sur le


savoir et sa transposition dans le domaine empirique, ce
qui explique à la fois les ressemblances avec la
terminologie platonicienne et la différence des contextes
d'emploi. Cette position était fort différente de celle de
A.-J. Festugière qui, quelques années auparavant, da-
tait le traité des années 430-420 (ou 440-430) et ne
pensait pas que les expressions du traité que l'on
retrouve chez Platon présupposent déjà tout le système
de Platon^. La thèse de H. Diller n'a pas convaincu.
Elle a été critiquée notamment par J.-H. Kuhn et par
H. Herter^. Revenant vingt ans plus tard sur sa thèse

F. Poschenrieder, Die platonischen Dialoge in ihrem Verhaltnisse zu


den hippokratischen Schriften, Landshut, 1882, p. 37, n. 5.
1. H. Diller, « Hippokratische Medizin...», p. 385-409 {= Klei-

ne Schriften zur antiken Medizin..., p. 46-70).

l'usage qui est fait ici de ,


2. Festugière, p. 60 (pour la date) et notamment p. 52 (pour les
rapports avec Platon) «Je ne vois donc pas, pour conclure, que
:

'
présuppose déjà tout le système de Platon».
3. J.-H.
de et de

Kuhn, System- und Methodenprobleme im Corpus


hippocraticum ..., p. 46-56 (5. Die Frage der Fruh- oder Spàtab-
fassung); H. Herter, «Die Treffkunst des Arztes in hippokra-
tischer und platonischer Sicht...», p. 262 sqq. La thèse de
H. Diller a pratiquement fait l'unanimité contre elle. Voir aussi
H. W. Miller, «Technê and Discovery in On Ancient Medicine»,
T.A.Ph.A., LXXXVI, 1955, p. 52, n. 7 et surtout F. Heinimann,
«Eine vorplatonische Théorie der », Muséum Helveticum,
76 ANCIENNE MÉDECINE
dans une communication au Colloque de Strabourg de
1972^, H. Diller prenait en compte les critiques faites
par ces deux érudits et abandonnait ce qu'il y avait
d'excessif dans sa position, en particulier l'idée que
VAncienne médecine suppose nécessairement la connais-
sance des œuvres tardives de Platon telles que le
Philèbe, mais il maintenait le traité dans l'ambiance
intellectuelle qui va de la sophistique à la pensée
attique du iv siècle. Les points de vue se rapprochent
même s'il reste encore un écart entre ceux qui situent le
traité de VAncienne médecine avant l'œuvre de Platon
et ceux qui le placent au moment des premiers
dialogues de Platon.

La conception de l'art médical

de l'art de la rhétorique et de la
politique dans Gorgias présente des analogies avec
le

celle de l'auteur de VAncienne médecine aussi bien dans


les buts recherchés que dans la méthode utilisée.
L'art médical, selon Platon, ne vise pas à satisfaire le

plaisir () du malade mais à servir son intérêt^. De


manière analogue dans VAncienne médecine l'art médi-
cal, dans la mesure où il impose un régime restrictif au
malade, pour lui rendre la santé ne va pas dans le sens
de son plaisir ou de son désir (c. 5, 124, 7 sq.)^.
L'analogie la plus profonde porte sur le lien qui existe
entre la notion de cause et celle d'art. Le véritable art
médical, selon l'auteur de VAncienne médecine, consiste
à déterminer la cause (c. 20, 147, 3 des effets )

XVIII, 1961, p. 112 et n. 32; J. de Romilly, «Thucydide et l'idée


de progrès...», p. 147, n. 13; L. Edelstein, The Idea of Progress ...,

p. 37, n. 1.
1. «Das Seibstverstàndnis der griechischen Medizin»...,
p. 92 sq.
Gorgias 464 c-e; 500e -501 a; 521 d- 522c.
2.

( ).
3. Voir aussi en c. 14, 137, 5 la condamnation implicite des
aliments proposés pour le plaisir
NOTICE 77

néfastes du régime sur la nature de l'homme ; de même,


selon Platon, la médecine est un art dans la mesure où

le

(501 a )
médecin connaît la nature du malade et la cause
des prescriptions thérapeutiques.
Mais deux auteurs divergent aussi sur deux points
les
essentiels. Platon, dans le Gorgias, établit pour la
première fois une distinction entre et
entre l'art fondé en raison et l'expérience routinière^
Une telle distinction n'est pas connue de l'auteur de
,
VAncienne médecine, pour qui le savoir technique est
indissociable de l'expérience, et l'absence d'expérience
est synonyme de hasard (cf. c. 1, 118, 13 sq.
Sa position, sur ce point, est
... ...).

fondamentalement identique à celle de Polos, le disciple


de Gorgias que critique Platon^. N'est-ce pas le signe
que le traité de VAncienne médecine est antérieur au
Gorgias"! Enfin Platon et l'auteur de VAncienne médeci-
ne s'opposent sur les relations entre la cuisine et la
médecine. Alors que le médecin hippocratique s'efforce
de montrer les analogies qu'il y a entre le régime des
gens en santé et le régime des malades dans le but visé
(maintien ou rétablissement de la santé) et dans la
méthode employée (mélange et coction des aliments
pour adapter le régime à la nature de l'homme en santé
ou à l'état du malade), le philosophe établit une
différence radicale de nature entre la médecine qui est
un art visant au bien du corps et la cuisine qui est une
routine au service du plaisir (Gorgf /as 464 d-465b). 11
semble donc que Platon construit dans le Gorgias une
opposition que ne connaissait pas encore l'auteur de
VAncienne médecine.

L'Ancienne médecine ^^ témoignage le plus ancien sur


et la méthode d'Hippocrate \a méthode d'Hippocrate est le
dans k Phèdre Phèdre de Platon. Dans un dia-
logue entre Socrate et Phèdre, Platon voulant définir

1. Gorgias 465 a.
2. Gorgias 448 c.
78 ANCIENNE MÉDECINE
un art véritable de la rhétorique prend l'art de la

médecine comme modèle


pour le définir et fait allusion
à la méthode d'Hippocrate sur la connaissance de la
nature du corps (270 c-d). Depuis l'Antiquité, on a
essayé de déterminer l'ouvrage de la Collection hippo-
cratique où pouvait se trouver cette méthode, afin
d'apporter quelques lumières sur la question hippo-
cratique. Galien pensait qu'il s'agissait du traité de la
Nature de l'homme^. Littré dans une longue analyse
parue dans son tome I (1839, p. 295-314) critique la
position de Galien et pense avoir démontré que Platon
fait allusion au c. 20 de VAncienne médecine^. Aussi
place-t-il le traité de VAncienne médecine en tête de sa
première classe des écrits hippocratiques, c'est-à-dire
des livres qui sont d'Hippocrate lui-même. Au contrai-
re, selon A.-J. Festugière, dans son édition de VAncien-

ne médecine (p. 63), la méthode d'Hippocrate dans le


Phèdre, loin de faire allusion au c. 20, «est exactement
à l'opposé de celle que préconise» VAncienne médecine
et «s'accorde bien plutôt avec celle des novateurs
critiqués» par l'auteur^. Deux positions aussi radica-

1. Galien, Galeni In Hippocratis De natura hominis commen-


taria tria, éd. Mewaldt (CMC V 9, 1), p. 8,31 -9, 11.
Littré était certain d'avoir découvert une vérité importante
2.
(tome I, p. 295) «Or, j'ai découvert, je pense, en faveur du traité
:

de VAncienne médecine, un de ces témoignages décisifs qui, une


fois reconnus, ne laissent plus de place pour aucun doute :c'est
celui de Platon». Littré est revenu sur cette question dans d'autres
tomes de son édition où il renforce plus nettement que dans le
tome I ce témoignage extrinsèque sur l'authenticité de VAncienne
médecine par un témoignage intrinsèque, celui des rapports entre
VAncienne médecine et le Régime dans les maladies aiguës; voir
tome II, p. 214 («De la sorte, ce qui est certifié par les témoigna-
ges extrinsèques est confirmé par les témoignages intrinsèques ;

et rien ne peut plus ébranler, je pense, la croyance à leur


authenticité» et surtout tome IV, p. 657-658 (n. 1 de la p. 656)
où, selon la formule de \. Diès {Autour de Platon, Paris, 1926,
p. 37), «le passage de Platon n'est plus, s'il l'a jamais été, le pivot
de la critique littréenne».
3. Le ton de Festugière n'est pas moins péremptoire que celui
de Littré «Maintenant, si on lit sans préjugé le morceau du
:
NOTICE 79

lement opposées sont symboliques des innombrables


discussions variées et contradictoires qui ont eu lieu et
qui auront lieu sur l'utilisation du Phèdre dans l'étude
de VAncienne médecine, pour me borner à cet aspect
particulier de la question hippocratique^. L'existence

Phèdre, à partir de 269 d 2 qui marque le début de la section sur la


rhétorique philosophique et ses conditions, on ne peut pas ne pas
constater que la méthode que recommande Socrate est exacte-
ment à l'opposé de celle que préconise V. M., et qu'en revanche
cette méthode s'accorde bien plutôt avec celle des novateurs
critiqués en V. M.».
1. Sur cette question, on trouvera une bonne mise au point

bibliographique dans A. Hellwig, Uniersuchungen zur Théorie der


Rhelorik bei Platon und Aristoteles, in Hypomnemata, 38, Gôttin-
gen, 1973, p. 182 et n. 14 a.
Pour la catégorie d'interprètes qui voient une relation entre
la méthode de VAncienne médecine et le passage du Phèdre, outre
Littré, voir par exemple Th. Gomperz, « Die hippokratische Frage
und der Ausgangspunkt ihrer Losung», N.F. XXIV, 1911, p. 213-
241 (cf. p. 219 « Dass Platon im 'Phaedros' unter Hippokrates

eben den Verfasser des Bûches Von der alten Medicin ver-
' '

standen bat, daran scheint uns ein Zweifel nicht gestattet»);


F. E. Kind, « Bericht uber die Literatur zur antiken Medizin 1911-
1917», Jahresberichl ûber die Fortschritte der klassischen Altertums-
CLXXX, 1919, p. 6-8 (cf. p. 8 «Platon kann aiso
wissenschaft,
sehr wohi . .. :

im Auge gehabt haben»); F. Steckerl,


«Plato, Hippocrates, and the Menon Papyrus», Classical Philo-
logy, XL,1945, p. 166-180 (p. 174 «There seems to exist an
:

agreement in principle between the conception of medicine as


expressed in the treatise «On Ancient Medicine» and the ideas
developed above from the passage in Plato»).
Pour la catégorie d'interprètes qui opposent la méthode
d'Hippocrate dans le Phèdre et celle de VAncienne médecine, outre
Festugière, voir par exemple H. Diels, « Hippokratische Forschun-
gen I», Hermès, XLV, 1910, p. 125 (qui oppose «
idéalisme»
de la méthode d'Hippocrate dans le Phèdre au «positivisme»
et à r«empirisme» de la méthode de VAncienne médecine); Id.,
«Ûber einen neuen Versuch, die Echtheit einiger hippokratischen
Schriften nachzuweisen», S. B. Berl. Ak., 1910, p. 1141, n. 1;
M. Pohlenz, « Das zwanzigste Kapitel von Hippokrates De prisca
medicina», Hermès, LUI, 1918, p. 406 sq. ;W. Capelle, «Zur
hippokratischen Frage», Hermès, LVII, 1922, p. 247-265 (critique

,
de la thèse de Littré et de Gomperz; cf. p. 253 «Man wird also
:

die Littré-Gomperzsche Hypothèse endgultig begraben mussen»);


H. Wanner, Studien zu
p. 75-78.
Diss. Zurich, 1939,
80 ANCIENNE MÉDECINE
de telles oppositions provient surtout de divergences
dans l'interprétation du passage du Phèdre sur Hippo-
crate. De la réponse à diverses questions sur ce passage
dépend la diversité des opinions. Mais la question qui
est à la racine des divergences les plus marquées est
celle-ci quand il est dit que, selon Hippocrate, il n'est
:

pas possible de connaître la nature du corps ou de


l'âme sans connaître la nature du tout, que signifie le
tout? Est-ce l'univers ou est-ce la totalité de l'objet
considéré^? Si l'on interprète le tout dans le passage
du Phèdre comme étant le tout de l'univers, aucune
relation n'est possible entre la méthode de l'Hippocrate
du Phèdre et celle du c. 20 de VAncienne médecine, car
la médecine de l'auteur hippocratique n'est ni météo-

rologique ni cosmologique si l'on interprète en re-


;

vanche le tout, comme étant le tout de l'objet à


considérer, une relation n'est pas impossible c'est ;

même l'un des traités de la Collection hippocratique qui


correspond le mieux à la médecine hippocratique selon
le Phèdre ainsi interprété, dans la mesure où l'auteur

1. Voir la mise au point bibliographique de A. Hellwig,


Untersuchungen zur Théorie der Rhelorik bei Platon und Aristote-
les..., p. 183, n. 16a et p. 184, n. 16b.
La majorité des interprètes entendent par le tout de

l'Univers; c'est le cas, par exemple, de Diels, Pohlenz, Capelle,


Wanner et Festugière cités à la note précédente ou de H. Herter,
«The Problematic Mention of Hippocrates in Plato's Phaedrus»,
Illinois Classical Studies, I, 1976, p. 22-42; mais une minorité
d'interprètes entendent le tout de l'objet considéré ; voir, par
exemple, L. Edelstein, und die Sammlung der
hippokratischen Schrifien (Problemata 4), Berlin, 1931, p. 131 et
J. Jouanna, «La Collection hippocratique et Platon {Phèdre 269c-
272a)», REG, XC, 1977, p. 15-28.
Pour une revue des diverses interprétations sur ce point, voir
R. Joly, «La question hippocratique et le témoignage du Phèdre»,
R.E.G., LXXIV, 1961, p. 69-92 et sa continuation (inutilement
polémique) dans «Platon, Phèdre et Hippocrate vingt ans après»
in F. Lasserre et Ph. Mudry, Formes de pensée dans la Collection
hippocratique {CoWoque hippocratique de Lausanne 1981), Genève,
1983, p. 407-421 (avec ma remarque p. 422).
.

NOTICE 81

de l'Ancienne médecine, dans son chapitre 20, trace le


programme de recherche d'un art de la médecine, pris
dans toute son extension, qui se fonde sur la connais-
sance de la nature du corps dans ses relations causales
avec le régime, de même que chez Platon, l'art véritable
de la rhétorique se fonde sur la connaissance de la
nature de l'âme dans ses relations causales avec les
discours^. Mais, même dans ce cas, il existe un écart
entre la méthode de l'Hippocrate reconstruit par Platon
(à de la raison)^ et celle de l'Hippocrate
l'aide
historique. Cet écart dont on ne peut pas mesurer
l'amplitude, joint à la divergence irréductible des
interprétations sur le passage du Phèdre, fait que ce
témoignage de Platon n'apporte, en définitive, aucune
lumière certaine sur le traité ou les traités d'Hippocrate
visés par Platon, et en particulier sur VAncienne
médecine^.

VI. L'AUTEUR ET LA DATE DU TRAITÉ

les plus opposées ont été soutenues sur


Les positions
l'auteur et date du traité.
la

Concernant l'auteur, l'opposition était déjà nette


entre les deux grands éditeurs du xix*^ siècle. Selon
Littré qui s'appuyait sur le témoignage externe du

1 Voir J. Jouanna, « La Collection hippocratique et Platon ... »,


p. 15-28 (et notamment p. 27 pour les relations entre la méthode
du Phèdre et celle de VAncienne médecine).
2. Voir Platon, Phèdre 270c («Ainsi donc, en ce qui concerne

('
l'enquête sur la nature, examinant ce que peut bien dire
).
.
Hippocrate et la juste raison»
3. Pour un scepticisme analogue, voir par exemple A. Nelson,
Die hippokratische Schrift Text und Studien, Uppsala
1909, p. 92 sq. G. E. R. Lloyd, «The Hippocratic Question», The
;

Classical Quarterly, N.S. XXV, 1975, p. 172-175. Ce scepticisme


peut être la conclusion ultime d'analyses divergentes sur le
Phèdre; comp. par exemple J. Jouanna, «La Collection hippo-
cratique et Platon...», p. 27 et R. Joly, «Platon, Phèdre et
Hippocrate...», p. 421.
82 ANCIENNE MÉDECINE
Phèdre de Platon et sur la comparaison, à l'intérieur de
la Collection, avec le Régime dans les maladies aiguës,

l'auteur n'est autre qu'Hippocrate lui-même^. Au


contraire, selon Ermerins, l'auteur est un sophiste et un
rhéteur postérieur à Platon^. Ces deux positions extrê-
mes sont aujourd'hui généralement abandonnées^. Mê-
me si l'auteur avait une profonde et large connaissance
de la rhétorique, de la sophistique et de la philosophie*,
il est, avant tout, un médecin qui défend l'art de la
médecine devant un public de spécialistes et de
profanes. Et même si l'œuvre de ce médecin paraît
encore, à certains au moins, correspondre le mieux dans

1. Voir supra, p. 78 et n. 2.
2. Voir supra, p. 74 et n. 3.
3. La position de Littré a été suivie par Th. Gomperz, «Die
hippokratische Frage und der .\usgangspunkt ihrer Lôsung...»,
p. 213 sqq. et plus récemment par F. Steckerl, «Plato. Hippocra-
tes, and the Menon Papyrus ...», p. 166 sqq.) qui a voulu confirmer
la thèse de Littré par des voies nouvelles en essayant de montrer

que la doxographie sur Hippocrate contenue dans VAnonyme de


Londres et attribuée à Aristote (éd. Diels V, 35- VI, 43) faisait
référence non pas au traité des Vents mais à celui de VAncienne
médecine, c. 22, 151, 7 sqq.; voir comm. ad loc. (p. 218, n. 5).
La position d'Ermerins a été critiquée par Th. Gomperz, «Die
hippokratische Frage...», p. 224. Même ceux qui insistent sur les
échos de la sophistique dans le traité ne croient pas qu'il s'agisse
de l'œuvre d'un sophiste; voir A. Lami, «Un'eco di Gorgia in
.\ntica Medicina» .... p. 1-8. Dernièrement, toutefois Ch. Lichten-
thaeler {Chronologische und gedankliche Bezugssysteme in und um
«Cher die aile Medizin», XI. Hippokratische Studie, Genève,
1980. p. 30) voit dans l'auteur de VAncienne médecine «non pas
le grand médecin empirique de l'époque classique grecque mais

un sophiste plein d'idées du iv siècle avec ses bons et ses mau-


vais côtés» («er ist nicht der grosse medizinische Empiriker
dergriechischen Klassik, sondern ein einfallsreicher Sophist des
4. Jahrhunderts mit seinen Licht- und Schattenseiten»). Il rejoint
ainsi la position d'Ermerins. Cependant dans une lettre que j'ai
reçue le 9-12-88, Ch. Lichtenthaeler nuance son jugement sur

l'auteur il:ne le qualifie plus de sophiste, mais de «médecin


expérimenté et intéressé par la philosophie qui mêle sans s'en
douter des connaissances positives et la spéculation».
4. Voir supra, p. 9 sqq.
NOTICE 83

la Collection hippocratique à l'Hippocrate platonicien, il

serait hasardeux d'en tirer des conclusions trop péremp-


toires sur l'Hippocrate historique^ Il n'est même pas

sûr que leappartienne directement au groupe des


traité
traités qu'on attribue traditionnellement à l'école de
Cos^, bien qu'il s'en rapproche par plusieurs aspects;
car l'absence, sinon le refus, d'une médecine météorolo-
gique tranche avec l'une des intuitions dominantes de
traités tels que Airs, eaux, lieux. Maladie sacrée.
Épidémies I-III ou Nature de l'homme, à savoir
l'influence des saisons sur la santé et les maladies^.
L'auteur y occupe, en tout cas, une position particulière
dans la mesure où mêle deux modèles d'explication,
il

celui de la coction et celui du mélange*. Si l'on a de la


difficulté à situer avec précision l'auteur, c'est moins à
cause de son éclectisme qu'à cause de la cohérence
d'une pensée originale qui, tout en reflétant les grands
courants de pensée de son époque (éloge du progrès,
réflexions sur l'art) a eu une conscience aiguë du danger
inhérent à des méthodes qui, au nom d'une apparente
rigueur scientifique, veulent envahir toutes les sciences,
y compris celles du vivant, et passent à côté d'une
réalité complexe qu'une méthode traditionnelle s'effor-
ce depuis longtemps de saisir*. L'auteur de V Ancienne

Voir supra, p. 81.


\.

Pour ce groupe de traités, voir surtout K. Deichgrâber, Die


2.
Epidemien und das Corpus Hippocraticum, Berlin, 1933 (2*" éd.
1971).
3. Voir W. Nestlé, « Hippocratica»..., p. 22 sq. et R. Joly, Le
niveau de la science hippocratique, Paris, 1966, p. 156.
4. Voir supra, p. 62.
5. Ce sentiment de la complexité du réel est perceptible dans le
style lui-même
élargies par des expressions telles que , ,
les énumérations ne sont pas fermées, mais sont
:

etc. qui
laissent entendre que ces énumérations ne sont pas exhaustives et
n'épuisent pas le réel; voir M. Fantuzzi, «Varianza e tenacia del
Polar Thinking» ..., p. 239 (recensement de nombreuses énuméra-
tions de ce type dans le traité); cf. aussi l'emploi de (voir
supra, p. 21).
84 ANCIENNE MÉDECINE
médecine est un esprit moderne qui a eu le courage de
refuser les excès de la modernité.
Concernant la date du traité, les positions sont aussi
fort divergentes. Entre les dates extrêmes qui ont été
proposées, 440 avant J.-C. et 350 avant J.-C, il existe
presque un siècle^. Ces désaccords sur la chronologie
absolue résultent de divergences sur la chronologie
relative de ce traité, essentiellement par rapport à
Platon^ et par rapport aux traités hippocratiques du
Régime dans les maladies aiguës ou de la Nature de
l'homme^. Actuellement, un certain accord semble se
faire sur l'antériorité de l'auteur de V Ancienne médecine
par rapport à Platon*. Et l'on a tendance à penser que
le traité de V Ancienne médecine est postérieur au Régime

dans les maladies aiguës, mais antérieur à la Nature de


l'homme, bien qu'aucune preuve décisive ne puisse être
avancée en ce domaine^. Quant aux jugements contra-
dictoires sur le style ou sur le vocabulaire, ils ne
reposent pas sur une analyse assez précise pour être
véritablement fondés^. La seule donnée objective est

1. La date la plus haute a été proposée par Festugière,


Hippocrate. L'Ancienne médecine ..., p. 60 (n. 69), qui ne voyait pas
dans le traité des traces du relativisme de Protagoras : «les
années 430-420 ou, si l'on préfère, 440-430, me paraissent la date
la plus probable pour notre écrit»; et la date la plus basse
(années 355) par H. Diller, « Hippokratische Medizin...», p. 402-
409, qui décèle une influence des œuvres de Platon, même tardives
sur le traité (voir supra, p. 75), mais qui en est venu plus tard à
une position moins tranchée (voir supra, p. 76).
2. Voir supra, p. 74 sqq.
3. Voir supra, p. 63 sqq. et p. 55 sqq.
4. Voir supra, p. 75 sq.
5. Voir supra, p. 72 sq. et 56.
6. F. Blass, Die Attische Beredsamkeit. I, 2^ éd., 1887, p. 89,
place le traité de V Ancienne médecine ainsi que le traité de VArt au
IV siècle pour des raisons de style l'influence de Gorgias y est
:

tempérée (longues périodes bien construites; diminution des


ornements et des figures); mais il a été critiqué par Th. Gomperz,
« Die hippokratische Frage und der .\usgangspunkt ihrer
Lôsung...», p. 223 qui place le traité au siècle.
NOTICE 85
en définitivela mention d'Empédocle au c. 20, 146, 4;

elleconstitue un terminus post quem. Le traité se situe


à un moment où Empédocle était assez éloigné pour
être une référence, et assez proche pour ne pas être
démodé. Les années 420-410, peu après la mort du
philosophe (vers 423) conviendraient assez bien^. Il ne
semble pas pouvoir être postérieur au Gorgias de Platon
(années 390-385)^. Le traité a donc des chances de dater
de la fin du v* siècle ou du tout début du iv" siècle,
plutôt de la fin du v* siècle, si l'on admet l'antériorité
par rapport à la Nature de l'homme^.

VIL LA TRADITION DU TEXTE

A. La tradition directe
Le VAncienne médecine
traité de
""""^""
dans vingt et un manuscrits
ge lit

qui contiennent le texte en entier et dans trois autres


qui ne donnent que des extraits. Ils sont recensés pour

1. Comp. M. Pohlenz, « Das zwanzigste Kapitel...», p. 421 :

«La façon dont Empédocle est cité comme archégète des médecins
spéculatifs indique que celui-ci est mort depuis déjà quelque
temps. Nous ne devrons donc pas placer la composition de l'écrit
avant la dernière décennie du siècle».
2. Voir supra, p. 76 sq.
3. La date de 410-400 proposée par H. Wanner, Studien zu
..., p. 101 sqq. n'est pas déraisonnable. Dernière-
ment Ch. Lichtenthaeler, Chronologische und gedankliche Bezugs-
systeme in und um « Ober die aile Medizin » ..., p. 26 sq., s'appuyant
en particulier sur la postériorité d'Ancienne médecine par rapport
au Régime des maladies aiguës propose une date plus tardive :

«notre traité ne peut pas être paru avant 390-380; il peut même
être de quelques années plus jeune». Mais on observe que le même
argument peut servir à des fins différentes les relations étroites
:

entre Ancienne médecine et Régime dans les maladies aiguës, aussi


bien dans la théorie et la manière de pensée que dans le style, sont
invoquées par F. Heinimann, « Eine vorplatonische Théorie der
...», p. 112, n. 32, pour défendre une date haute (fin du
siècle) contre la date basse de H. Diller.
86 ANCIENNE MÉDECINE
la plupart par H. Diels dans son Catalogue des manus-
crits médicaux ^ En voici la liste :

a) manuscrits contenant l'ensemble du traité :

Marcianus gr. 269 (coll. 533)


NOTICE 87

b) manuscrits ne donnant que des extraits :

— Parisinus 2332 gr. s. XV f. 204^-205^ X


— Neapolilanus C 32 II s. XV f. 362"

— Vindobonensis med. gr. 15 s. XVI f. 139''-140'^

Manuscrits Anciens

1. Présentation. L'Ancienne médecine est trans-


mise par deux manuscrits anciens :

'
Marcianus gr. 269 (coll. 533) (M), du x•" siècle, qui
donne le texte sur deux colonnes à partir du folio 16^
(col. 1, 1. 12) avec le titre
numérotation
le titre de rappel
et la
(= 4) jusqu'au folio 23^ (col. 2, fin) avec

traité fait suite à celui de VAri et précède les Préceptes.



Le .
titre ()
Parisinus gr. 2253 (A), du xr siècle, qui donne le
texte à pleine page à partir du fol. 117" (1. 16) avec le

() sans numérota-
tion, jusqu'au folio 130'" (1. 25) avec le titre de rappel
,
^. Le traité est
copié entre les Lieux dans l'homme et Épidémies I.

2. Notes marginales et corrections.


a) dans M :

Les notes marginales de première main sont très


rares. Il n'y en a que deux :

— fol. 19" col. 2, 1. 12 en face de


Yàp = c. 13, 134, 1

— fol. 22" col.


;

1, 1. 27 en face de
=. 20, 147, 12.

Les corrections de seconde main sont peu nombreuses


et peu importantes. S'il est aisé de distinguer la main du
scribe des corrections plus récentes, il n'est pas toujours
possible de faire la distinction entre les différentes

1. Pour la description et la date de ces deux manuscrits


anciens, voir la bibliographie donnée dans mon édition de Vents et
Art, p. 51, n. 1 et p. 52, n. 1.
88 ANCIENNE MÉDECINE
mains On désignera donc toutes les correc-
correctrices.
tions de seconde main par le sigle M^. Au folio 22" (au

'
bas dans la marge de gauche au niveau de la
32 = c. 20, 147, 15), un correcteur a écrit une

.
ligne
assez longue note marginale qui est fort curieuse, car
elle est une réflexion sur la correction d'Hippocrate. La
voici
..

:

(non legitur)


,
main qui ne réapparaît pas dans
. Cette note marginale est d'une
le reste du manuscrit.

b) dans A :

On a distingué, comme pour les traités des Vents et de


VArt parus dans la même Collection (tome V, V^ partie),
outre les corrections du scribe (A^), trois correcteurs ou
catégories de correcteurs (A^, A^, A*). Les corrections,
qui sont nombreuses, portent principalement sur l'ac-
centuation et l'orthographe.

3. Relations entre A et M.
Les deux manuscrits remontent à un modèle commun
perdu, car ils possèdent des fautes communes.

c.

c.
2, 119,
8, 127, 11
15 Ermerins :

:
AM
-
C. 10, 131, 8 ^^ :

C. 12, 132, 17 » :

^
C.

C.

C.
19, 144,
22. 151,
5
2
22, 152, 12 sq.
2-4 :
:

* : -
Le modèle commun de A
un modèle en et de M était
onciale, car plusieurs divergences entre les deux manus-
crits s'expliquent par des mélectures d'onciale soit dans
la branche de A soit dans celle de M. Ils proviennent de
c.
90 ANCIENNE MÉDECINE
c. 16, 140, 10 A : M
(<OIAnACXOÎCIN) confusion C/e
c. 18, 142, 17 A M
(<60)
:

confusion O/G
c. 19, 144, 1 A M
(<[]?)
:

confusion A/A?
c. 20, 146, 13 A : M
(<0060?) confusion C/G
c.

c.
22,
22,
150,
152, 15
1 A : M (<6)
A
confusion
M
/
(<666?)
:

confusion 6/?
A ces fautes d'onciale, il faudrait joindre celles qui
sont nées de la scriptio continua par mécoupure des
mots. Par exemple la faute absurde de M «les
corps» à la place de (A) «et crus» au c. 3, 121, 17
se comprend fort bien dans la séquence continue
AIAITHCi2M>17ieKAlAKPHTA; le C final de a
été lu (aussi) comme initial de entraînant la
lecture ; voir aussi c. 20, 147, 15
A : M.
Autant que l'on puisse en juger, cet archétype était
généralement de bonne qualité, encore que certaines de
ses imperfections aient pu entraîner des divergences
entre ses copies. Ainsi au c. 24, 153, 17 recte
Kuehlewein A om. M il est possible que l'archétype
: ;

de AM ait déjà eu la leçon fautive GCTINGI par


mélecture de GCT1AI61 (confusion de Al et de N) et que
cette leçon fautive, conservée dans la branche de A, ait
été supprimée dans celle de M, car la conjonction n'a
pas de fonction dans la phrase.
Par rapport à cet archétype, les manuscrits conservés
présentent chacun de leur côté de nombreuses fautes,
comme l'attestent les nombreuses divergences qui les
séparent. Outre les mauvaises lectures dues à des
erreurs d'onciale ou à la scriptio continua, les fautes les
plus importantes proviennent de lacunes, ces lacunes
étant favorisées par le style de l'auteur qui multiplie
les doublets et les homéotéleutes et favorise ainsi les
NOTICE 91

sauts du même au même. Ces omissions vont de la


faute d'une ou deux lettres qui peuvent changer
considérablement le sens (ainsi c. 3, 121, 11
A; c, 19, 143, 13
144, 6
M^ M)
M
A C. 19,
A :
(
M; c 20, 146, 14
: :
:

< ;;
M
;
membre de phrase

15
:

(omission dans
A) jusqu'à
A : c.

;
la

1,

c. 13,
perte d'un
118, 12
133,
'
15
; c. 3,

c.
121,
13,
134, 8 (e

>); c
:

15, 138, 9
c 17, 141, 19 sq. c 22,

;
; ;

150, 3 omissions dans


;

M : c. 1, 118, 10 c. 3, 123, 3 sq.


; c. 3, 123, 7 c. 9, 128, 9

; c 18, 143, 1 sq.

;
;

C.

C.
20,
22, 149, 9
À
146, 18 sq.

toutes ces fautes mécaniques s'ajoute


c 24, 153, 18 ait.
le
).
remplace-
ment d'une ledio difficilior par une lectio facilior; et ici
encore la faute peut se trouver dans l'un ou dans l'autre
des manuscrits. En particulier, les caractéristiques
ioniennes ont tendance à disparaître, soit que les formes
ioniennes disparaissent au profit des formes attiques
(ex. c. 8, 127, 4 [relatif ionien] A : M ; mais c. 6,

125, 13 M : A) soit que les termes


ioniens laissent la place à leur synonyme attique (ex.
c. 2, 120, 10 A^ : M ; c. 9, 128, 16
A : M; mais c. 3, 122, 11 M : A).
Plus généralement les mots rares sont remplacés par
des mots courants (ex. c. 6, 125, 7 A :

M; c. 9, 128, 6 A : M (faute de
minuscule v/p) ; ibid. A : M; 128, 7
A : M ; c. 15, 138, 13 A :

M; mais c. 3, 122, 6 M : A ; c. 11, 131, 11


M : A; c. 16, 139, 6 M :

A). Dans ce processus de banalisation, les gloses ont


souvent joué un rôle, le mot rare glosé disparaissant
92 ANCIENNE MÉDECINE
au profit de son synonyme plus courante Disparition
du mot glosé dans A c. 6, 125, 6
A (cf. Hésychius
:

); M
c. 8, 127, 9•
:

M :

Hésychius
A (cf. Erotien
... );
cil, 131, 11

cf. aussi •
;

M :

Hésychius
M :
A et c. 16, 139, 6

A (cf. Hésychius

, );, , ).
M
c. 3, 122, 11
A (cf.


:

A^
) ,)
Disparition du mot glosé dans M
: M (cf. Hésychius
c. 2, 120, 10 :


• ).
; c 9, 128, 16 :

(cf. Hésychius •
et peut-être aussi
c. 7, 126, 11 A'"' : M (cf. Hésychius

De l'examen de ces divergences entre les deux


manuscrits anciens, il ressort clairement que chaque
catégorie d'erreurs se rencontre dans chacun des
manuscrits. Il en résulte qu'il n'y a pas lieu d'accorder
un préjugé favorable à l'un des deux manuscrits, mais
de peser chaque divergence en utilisant toutes les
ressources dont dispose la critique verbale.
Le plus pour l'éditeur est sans aucun doute
irritant

,
le cas des interversions dont la fréquence est assez

?
étonnante. Pourquoi lit-on par exemple au c. 4, 123, 13
dans A mais dans M
ou au c. 9, 128, 11 sq.
dans A et dans M ? La raison de ces
interversions n'apparaît pas souvent aussi la reconsti- ;

tution de l'archétype est-elle aléatoire dans la majorité


de ces cas. Pourtant dans deux passages au moins, le
coupable de l'interversion peut être découvert. Dans un

., ,
cas, il se trahit; dans l'autre il est dénoncé par un
témoignage indirect. Au c. 9, 129, 1 sq. A donne
tandis que M donne
, Or, après le manuscrit A donne

1. Pour les gloses d'Érotien, de Galien et d'Hésychius, voir


infra, p. 95 sqq.
,

NOTICE 93
l'adjectif rare qui est omis par M. C'est l'omis-
sion accidentelle de l'adjectif rare qualifiant le
vent qui rend possible dans M l'interversion de et

,
de
c. 10,

,
(pour plus de détails, voir comm. ad loc). Au
131, 1 on lit dans A
et en revanche, dans M,

texte de l'archétype? Le comparatif


Quel était le
«plus
jaune» qualifiait-il les yeux ou l'urine? La tradition
parallèle du Régime dans les maladies aiguës, c. 9 (voir
.
infra, p. 103 sq.), confirme sans ambiguïté la leçon
de A. Voilà donc deux passages où l'inversion fautive
se situe dans la branche de M. Mais, à partir de ces deux
exemples, aucune généralisation ne doit être faite.

.. . ,
En ce qui concerne les ma-
Manuscnts récents . , , , , , , ,

nuscrits récents, le seul problème


important pour l'éditeur est de déterminer s'ils dérivent
ou non d'un manuscrit ancien conservé. J. Ilberg, dans
un Epimelrum à ses Studia pseudippocralea, Leipzig,
1883, p. 59-61, où il examinait quelques variantes des
manuscrits du traité de ÏAncienne médecine, concluait
en disant que l'établissement du texte doit prendre en
compte trois sources, d'abord le manuscrit A, en second
lieu le manuscrit M et en troisième lieu les manuscrits
récents qui, tout en étant proches de M, ne dérivent pas
de lui, mais sont les seuls à préserver parfois la leçon
ancienne. Malheureusement, il ne donne pas d'exemple
d'une bonne leçon ancienne conservée par les manus-
crits récents.
En d'une comparaison de M et du recentior le
fait,

plus ancien,le Parisinus gr. 2140 (I), faite sur l'ensem-

ble du traité de ÏAncienne médecine, il résulte que


l'hypothèse la plus vraisemblable est que M est la
source de L II est inutile d'insister sur les nombreuses
leçons communes à MI contre A, qu'elles soient
mauvaises ou bonnes. On notera simplement que toutes
les omissions fautives de M signalées supra, p. 91, sont
également dans I. Mieux vaut souligner les innovations
94 ANCIENNE MÉDECINE
fautives de I par rapport à M qui peuvent s'expliquer

par forme ou la disposition de l'écriture dans M. En


la

ce qui concerne la forme de l'écriture, au c. 22, 150, 8,


' de I face à de M peut s'expliquer par le
oncial très ouvert dans M (fol. 23^ col. 2, 1. 3), dont
la première branche est presque aussi courbe que la

seconde et qui a pu être lue . En ce qui concerne la


disposition de l'écriture, l'omission dans I au c. 14,
135, 4 de peut sans doute
s'expliquer indépendamment de la disposition de son

(
modèle, puisqu'elle est due à un saut du même au
même toutefois, elle correspond exactement à une
;

ligne de M (fol. 20, col. 1, 1. 10). Il en est de même pour

)
la longue et célèbre lacune du c. 20, 146, 2-5

qui correspond exactement à sept lignes de M


(fol. 22, col. 2, 1. 18-23). Le manuscrit I ne paraît
-

présenter aucune leçon nouvelle qui soit susceptible de


remonter à un stade ancien de la tradition. Je signale
par acquis de conscience une variante qui n'est pas
absurde c. 23, 153, 6; AM I recc. :

Il n'a pas lieu dans le cadre de cette Collection de

procéder à un classement détaillé des recentiores. Pour


les recentiores les plus anciens, rien ne s'oppose
I H^ R,
à ce que H'' soit une copie de outre que H'' possède
I :

régulièrement les innovations^ de I par rapport à M, il


tient compte de certaines corrections de seconde main^
faites dans I. Le modèle de R peut avoir été H'', car R
présente des innovations^ de H*^ par rapport à I.

1. Voici quelques exemples significatifs : c. 4, 123, 14


M : I H*" ; c. 8, 126, 19 M : I H*" ;

c.

(iege
10, 130, 7
) :

H''; c. 23,

M :

153, 6
H** ;
I

c.
H''
22,
; c.

150,
M
10, 130, 8 où

:
3
H''.
M
M
:

2. Voici quelques exemples : c. 10, 131, 8 M^" P" :

M^ F H''; c. 14, 137, 2 M I :


'*
H*•; c. 15, 137, 13 M l"=l : H^ c. 16, 140, 7
M : ^ ** c ; 22, 149, 14 post
add * ''; c 22, 152, 12 sq. : F *».
3. C. 16, 141, 11 : H^R ; c. 17, 141, 13
NOTICE 95

. La tradition indirecte

Le

l'Ancienne
glossaire

médecine
. .
a Erotien
, .

traite de
dans la
catégorie des écrits d'Hippocrate qui traitent de l'art en
le rapprochant judicieusement du traité de VArt (éd.
rain
(
Érotien,
,

de
, -

INeron,
)
srlossateur
• .

cite
i
le
contempo-
. • . - i

Nachmanson, 9, 18 sqq.).

Son Glossaire comprend trois mentions du traité :

1. Dans la glose à A 4 (éd. Nachmanson, 10,


16 sqq.), pour illustrer le sens d'pt, Érotien cite
entre autres traités :


»

=.

12,
'
132, 15-17.
'
« 2.
11 sqq.),
Dans la

Erotien cite

probablement du c. 22 où l'adjectif
glose à

f
est employé
trois fois au pluriel neutre (149, 10; 150, 14; 151, 3).
».
A 6 (éd. Nachmanson

Cette citation provient très


12,

()
Mais dans tous ces cas, il s'agit des parties du corps
(),
;
(
et non des corps et l'adjectif qui lui
est coordonné est soit soit cf. aussi un

quatrième passage du c. 22 où l'adjectif est


...,
employé au neutre singulier

ont été proposées pour amender l'énigmatique t


). Plusieurs corrections
:

-' '
c. 16,
;
M
c
140, 12
I :

24, 153, 15
c. 20, 147, 10
'
:
; c. 17, 141, 13

*"
:
:

'' R
R; c
;
:

cf.

16,
M
aussi
139,
:

'' *»™- R
16
• ^'"
:

R.
; c. 16, 139, 17 :
96 ANCIENNE MÉDECINE
soit Stephanus soit Klein soit
Nachmanson. À

,
ces corrections indiquées dans l'appa-
rat critique de l'édition de Nachmanson^, il convient
d'ajouter celle de Foes {Oec. p. 89) qui est
supérieure à celle d'Etienne, car correspond à un elle
terme du c. 22. Toutes ces corrections supposent que le
texte lu par Érotien était différent du texte de nos
manuscrits. On peut toutefois se demander si le texte lu
par Érotien n'était pas
3. Dans la glose à 1
.
(éd. Nachmanson 90,
2 sqq.), Érotien donne trois sens à dans la
Collection. Un de ces trois sens est illustré par ï Ancienne
médecine

En
/ :

=c 10, 130, 13 et c. 22,^ 151, 7 et 152, 8.


plus de ces citations, Érotien a glosé plusieurs
termes du traité qu'il a lu entre le traité des Lieux dans
l'homme et le traité de VArt^
-
:

— A 60 (éd. Nachmanson 19, 13 sq.)



=c 14,
135, 3.
— 61 (éd. Nachmanson 19, 15) •


Bien que
médecine,
62

le
(éd.

terme ne
E.
=c

Nachmanson
15, 138, 6.
Nachmanson

soit
19,
'.
16

pas employé dans VAncienne


{Erotianstudien....
sq.)

p. 340)
pense que la glose peut en provenir, étant donné sa
place à la suite de deux gloses tirées de ce même traité
(A 60 et

— 27
A.
A

(éd.
61); comp.

Nachmanson
= c.
c. 4,

37, 6)
123, 14

22, 149, 6 et 12 et 150, 9.



- M vel

1. .
Nachmanson, Eroliani vocum hippocralicarum collectio,
Upsaliae. 1918, p. 12.
2. Voir E. Nachmanson, Erotianstudien, Uppsala, 1917,
p. 339 sq.
.

NOTICE 97
— M 10
127, 9
— Mil
' ,
(éd.
M
(éd.
Nachmanson
:

Nachmanson
.
60, 4)

60, 5-7)
'
'
" ,


= c. 8,

127, 12;

=.
c.

11 (éd.
3, 122, 11;
14, 135, 6; c. 14, 137, 3.
Nachmanson
= c.
cf. aussi

91, 14)
22, 152, 14.
c.


6, 125, 11; c. 8,

ot

Ces citations ou ces gloses n'apportent pas beaucoup


d'indications utiHsables pour l'établissement du texte.
La glose M 10 indique que le manuscrit conservé M a
la bonne leçon (), tandis que, dans manuscrit le

(/)
A, la leçon authentique a
^

Aucune
été remplacée par la glose

glose n'est attribuée


Le Glossaire de Gahen . •. . i, ^
nommément
de An-
,

au traite
i
1

cienne médecine, mais quatre gloses proviennent du


traité ou sont susceptibles d'en provenir.

1. Gloses provenant probablement du traité de


l'Ancienne médecine :

— Al (éd. Kûhn XIX 80, 16)


= c. 22, 151, 7. La glose est tirée de V Ancienne
médecine, car c'est le seul passage de la Collection où
soit à l'accusatif. Dans le second passage où

(
l'on
6

p.

1.
rencontre
= Jouanna
A2

Pour
(éd.

la

180 sq. (=n. 8 de


M
115, 11),
Kuhn XIX
:
le

om. L

discussion
terme {Venls, c.
il est au nominatif.

la p.
85, 4 sq.)
secl.

de
132).
la
Helmreich)^,

citation
:
9, Littré VI, 104,

du c. 20, voir infra,

2. de l'édition de Kuhn, à l'aide d'une


J'ai contrôlé le texte
collation personnelle de M {Marcianus gr. 269 du x" siècle), et de la
collation de L {Laurentianus 74,3 du xiii•• siècle) faite par Helm-
reich (« Handschriftiiche Verbesserungen zu dem Hippokrates-
glossar des Galen», Sitzungsberichte der kôniglich preussischen
Akademie der Wissenschafien, philos. -hislorische Klasse, Berlin,
1916, p. 197-214).
98

, , (
ANCIENNE MÉDECINE

- def. in M) ^ c. 14, 135, 3.


Seul passage de
employé au

Collection
A

.
3 (éd.

Le terme
^c
la Collection où l'adjectif
génitif pluriel.
Kùhn XIX
22, 149, 18
133, 5)

n'est pas conservé


La forme glosée par Galien
hippocratique.
correspond exactement à notre passage. Comp. la glose
ailleurs
: - dans
est

la

de Galien à (M L)


:

(M : L), (Kuhn XIX,


133, 4) et à (M Kuhn) :

(éd. Kuhn XIX 84, 6).


— A 4 (éd. Kuhn XIX 153, 10)
= C. 3, 122, 10 M. Le A :

verbe est attesté dans la cinq autres fois


Collection hippocratique, mais le participe au nominatif
masculin pluriel n'apparaît que dans ce passage.

2. Gloses susceptibles de provenir du traité de


V Ancienne médecine :

— 1 (éd. Kuhn XIX 73, 5 sq.)


(def. in M) = c. 14, 136, 19


(bis). Évidemment d'autres passages de la Collection
hippocratique sont possibles ;
voir notamment
en Régime des maladies aiguës, c. 15, Littré II, 342, 6
(= Joly c. 54, 59, 24) ou en Maladies des femmes II,

c. 199, Littré VIII, 382, 6.


— 2 (éd. Kuhn XIX 87, 13) •

(def. in M) = c. 10, 131, 1. dans Le terme se retrouve


Maladies II 1, c. 5 (Littré VII, 12, 17 sq. = Jouanna
136, 8) et dans six autres traités de la Collection.

=
3 (éd. Kuhn XIX 98, 6)
c. 22, 151, 1 A M. Le verbe
n'est pas attesté dans la Collection hippocrati-
: ' •
-
que. Ce passage d'Ancienne médecine est ce qu'il y a de
plus proche. Dans les ouvrages imprimés, le rapproche-
.

NOTICE 99
ment a été fait pour
première fois par A. Foes dans
la

son Oeconomia Hippocratis de 1588, s.v. mais ;

la tradition manuscrite récente atteste que le rappro-

,
chement était fait dès le xiv'^ le Parisinus gr. 2143, ;

comme le remarque déjà Littré (t. I, p. 631), porte en


marge du passage de ï Ancienne médecine la glose de

et

M)
le
,
Galien. Pour la comparaison des deux leçons


= c.
voir infra, p. 217 (= p. 151, n. 1).
4 (éd.

11, 131, 15
Kuhn XIX

.
reste de la Collection (une vingtaine de fois).
117, 9)

Le verbe
- est fréquent
(def.
dans
in

, ^. . ..„, .. Si le Glossaire d'Hésychius doit


Le Glossaire a Hesychius , . • . , . ,

être mentionne, ce
est pas seule-
ment parce possède un mot glosé tiré directement
qu'il
du traité de ÏAncienne médecine, mais c'est surtout
parce que les gloses qu'il donne pour certains mots
attestés dans le traité éclairent des variantes des
manuscrits anciens A et M.

c. 6,
1. (éd.
125, 6
K. Latte
M
5323) .
,. .

Comp.


:

. Latte Comp.


2. (éd. 8142) •

.
c. 9,

3.
.
128, 16
(éd. . Latte 880)
:

•,,. ^.

•,.
Comp. c. 2, 120, 10 :

4. (éd. . Latte 604)


Comp. c. 8, 127, 9 : .
5. (éd. Schmidt III 397)
.
•,,.
Comp. 131, 11 Cf. aussi

•,-
c. 11, :

c. 16, 139, 6 M : .
6. (éd. Schmidt IV, 112)
Comp. c. 3, 122, 11 : .
7. (éd. Schmidt IV, 255)
= c 3, 122, 10 : .
De ces gloses, la seule qui semble tirée directement
de V Ancienne médecine est la glose n° 7
est dit à la glose de Galien A 4 (). ; comp. ce qui
C'est
100 ANCIENNE MÉDECINE
vraisemblablement un hasard si, dans cinq cas sur sept,
le remplacement du mot originel par la glose se fait

dans le manuscrit A. Néanmoins cette proportion doit


mettre en garde contre une confiance trop grande dans
le caractère conservateur de A.

À la fin du Vaticanus Urbinas


Le traité anonyme no j • i

sur la Rage d''' ""' "lanuscrit du xiv•^ siècle


qui donne la Collection hippocra-
iique (= **), a été préservé aux fol. 429'^-430'' (= U''), un
traité copié par une main plus récente. Ce traité resté
sans titre, parce que le travail de rubrication n'a pas été
exécuté, est un exposé sur l'étiologie, la sémiologie et la
thérapeutique de la rage. Bien que la rage soit une
maladie absente de la Collection hippocratique, l'auteur
réussit le tour de force de composer un traité sur cette
nouvelle maladie à partir d'un tissu de réminiscences
hippocratiques. Plusieurs passages de ce traité, publié
par Diels en 1918^, sont repris à VAncienne médecine. En
voici la liste

— Sur
:

la rage

. ,
10 (éd. Diels 64, 5 sq.)

,
:

'
méd. c. 20, 146, 13-15 ...

' '= Ane.

— Sur

méd. 20, 146, 13 sq.


la

.
rage 24 (éd. Diels 65,

,
10 sq.)
= 7 ne.

, ,,
— Sur la rage 25 (éd. Diels 65, 12 sqq.)

20, 146, 15-17


' '
= /Inc. méd.
c.

'.
1. .
Diels, « Hippokratische Forschungen V. Eine neue
Fassungdes XIX. Hippokratesbriefes», Hermès, LUI, 1918, p. 57-
87.
NOTICE 101

Toutes les réminiscences de VAncienne médecine


appartiennent au c. 20. Le premier érudit qui a noté ces
rapprochements est M. Pohlenz, dans un article de 1918
paru juste après la publication du traité par Diels^
Comparant la version du traité Sur la Rage à la
tradition manuscrite de VAncienne médecine, Pohlenz
remarque d'abord que le traité sur la Hage confirme la
leçon de M recc. alors que A
présente un texte fautif et il en
tire la conclusion que Kuehlewein, dans son édition de
1894, n'aurait pas dû écrire en
mêlant la leçon de M et de A, mais suivre M recc. 11
remarque surtout que le traité sur la Rage présente le
texte fautif des recentiores dans .
Comme il
admet, avec H. Diels, que ce traité sur la Rage date du
début de l'époque impériale et, avec Th. Gomperz
{Apologie der Heilkunst, 2^ éd., Leipzig, 1910, p. 64), que
les recentiores hippocratiques ne peuvent pas dériver de
M, il en conclut (p. 401) que la séparation entre M et les
recentiores s'est produite déjà avant le début de notre
ère et que la séparation entre A et M recc. est encore
beaucoup plus ancienne. 11 faudrait, dans ces condi-
tions, ne pas négliger le témoignage des recentiores,
l'accord de M recc. garantissant l'ancienneté d'une
leçon et l'accord de A recc. signifiant une erreur de M.
De telles conclusions sont hasardeuses et s'appuient
sur deux certitudes qu'il faudrait d'abord démontrer, à
savoir que les recentiores ne dérivent pas de M et que le
traité sur la Rage date du début de l'époque impériale.
En ce qui concerne la relation de M et des recentiores,
l'hypothèse de la filiation M recc. est la plus vraisembla-
ble^. Quant à la date du traité sur la Rage, les avis
divergent actuellement entre l'époque romaine et l'épo-
que byzantine, si bien qu'une datation précise est

1. M. Pohlenz, « Das zwanzigste Kapitel von Hippokrates De


prisca medicina», Hermès, LUI, 1918, 399 sq.
2. Voir supra, p. 93 sq.
102 ANCIENNE MÉDECINE
exclue en l'état présent des recherches sur ce traité^. Il
est clair que le modèle de VAncienne médecine qui a
servi de base à l'auteur du traité sur la Rage se situe du
côté de la branche de M recc. ; mais le matériel fourni
par ce témoignage indirect est trop mince pouf
autoriser des conclusions solides sur la place de ce
modèle dans l'histoire du texte^.

c. la tradition parallèle :

Le Régime dans les maladies aiguës


Dans les quelques passages de VAncienne médecine
qui présentent des rédactions parallèles avec le Régime
dans les maladies aiguës^, la comparaison entre ces
diverses rédactions donne parfois un critère de choix là

où l'éditeur du traité pourrait hésiter entre deux leçons


divergentes de A et de M qui lui paraissent également
possibles.
Ainsi au c. 10, 131, 4, dans l'énumération des malai-

ses survenant chez ceux qui ont l'habitude de pren-


dre deux repas mais s'abstiennent du repas de midi,
M^*^ recc. et la vulgate donnent «mauvaise
humeur», alors que A lit «difficulté à travail-
ler». Littré, qui est le premier à prendre connaissance
de la leçon de A, écrit dans son apparat critique ad
loc. (t. I, p. 593) «Quoique : soit certainement
une bonne leçon, de 2253 (= A) me paraît
encore meilleur». Mais il ne donne pas de justifica-
tion de sa préférence. Aussi n'est-il pas étonnant de

1. Pour la datation du traité à l'époque byzantine, voir


H. Diller «Die sogenannte zweite Fassung des Hippokrates-19.
briefes», Quellen und Studien zur Geschichte der Naturwissenschaften
und der Medizin, 1933, III, Heft 4, p. 35 (243)-44 (252) avec les
remarques de J. Jouanna, Hippocrate V, 1. Des vents, De l'art...,
p. 85, n. 1.
2. Comparer les problèmes posés par ce témoignage indirect
pour la tradition du traité des Vents in J. Jouanna, Des Vents,
De l'Art..., p. 83-86.
3. Voir supra, p. 63 sqq.
NOTICE 103

constater qu'Ermerins, qui édite le traité après Littré,


revienne à la vulgate en critiquant avec vivacité la
leçon de A (p. 30) « Equidem : nuUo modo
concoquo, sed falsam lect. esse puto». Bien qu'ils soient
opposés, les jugements de Littré et d'Ermerins se
ressemblent, dans la mesure où ils expriment tous deux
une impression personnelle sans argumentation objec-
tive. Si l'on compare, en fait, ce passage de V Ancienne
médecine avec les deux autres rédactions parallèles du
Régime dans les maladies aiguës et de son Appendice, il
apparaît que la leçon de A est confirmée aussi bien par

49, 3
Littré II, 482, 3
)
l'une {HMA I c. 9, Littré II, 288, 4 sq.

=
Joly c. 44, 88, 24
Joly c. 30,
que par l'autre {HMA II c. 18,
èv
=

). La forme dans M^*^ provient vrai-


semblablement d'une mélecture d'onciale^.
Le choix entre deux autres variantes du même
passage dues également à une faute d'onciale^ est
également facilité par la tradition parallèle du Régime
dans les maladies aiguës. Au c. 10, 131, 7, alors que M

obstruent ()
recc. et la vulgate ont «(les aliments) en descendant
le ventre», le manuscrit A, suivi

descendant brûlent ()
par les éditeurs depuis Littré, donne «(les aliments) en
le ventre». Ici encore la

leçon de A est confirmée, mais cette fois par une seule


:

{RM A
des deux rédactions parallèles
288, 6 sq.
Une
= Joly c. 30, 49, 5
dernière divergence importante, qui n'est pas
)^.
I c. 9, Littré 11,

due

1 sq.,
à
véritable réécriture

l'urine plus
la

)
leçon de
jaunes, l'urine épaisse et chaude»
recc.
(
une faute de lecture d'onciale, mais à une
du texte, oppose, au c. 10, 131,
M

(,
vulg. «les
, yeux sont plus

à celle de A «les yeux sont creux,


jaune et plus chaude»

1. Voir supra, p. 89.


2. Voir supra, p. 89.
3. Pour plus de détails, voir le commentaire ad toc.
104

). ANCIENNE MÉDECINE
Dans son apparat critique au
passage (p. 593, n. 28), Littré insiste opportunément sur
l'ampleur de la divergence «Ce passage est une des
:

preuves qui font voir que le n° 2253 (= A) reproduit une


édition antique différente de celle qu'ont suivie les
autres manuscrits que nous possédons, et nos imprimés.
Les différences que les deux textes présentent ne sont
pas de simples variantes, ou de simples erreurs de
copistes». Mais il ne justifie pas les raisons de son choix
en faveur de la leçon de A. La justification se trouve, en

.)^.,
fait, dans la rédaction parallèle du Régime dans les

maladies aiguës (c. 9, Littré II, 288, 6-8 =


Joly c. 30,
49, 4-6: ...
Ainsi, par trois fois, le témoignage du Régime dans les
maladies aiguës confirme une leçon de A contre M. C'est
le signe que le manuscrit A, même s'il a été parfois

surévalué, conserve une valeur indéniable. Il a permis


d'apporter des améliorations notables au texte de la
vulgate; toutefois les leçons de ce manuscrit ont fait
assez tard leur entrée dans l'histoire du texte imprimé,
seulement à partir de Littré.

D. Les Éditions et l'histoire du texte imprimé


Du xvr au début du xix*• siècle, le traité de
siècle
V Ancienne médecine a été édité sans que soient directe-
ment connus les manuscrits anciens A et M. Précédée
par une traduction latine de Calvus publiée en 1525 et
faite à partir d'un manuscrit récent issu indirectement
de M, le Valicanus gr. 278 (W), la première édition en
grec, l'Aldine, publiée un an plus tard à Venise, a eu
pour modèle principal un autre manuscrit récent
dérivant lui aussi de M à travers des intermédiaires, le
Parisinus gr. 2141 (G). Ce texte, corrigé par Cornarius

1. Cette justification a été donnée par Ermerins dans son


apparat critique ad loc. (p. 30).
NOTICE 105

dans son édition de 1538\ a été réédité plusieurs fois


au cours du xvr, notamment par le bâlois Th. Zwinger
(1579) avec une cinquantaine de notes marginales
provenant en partie des collations de Sambucus, par le
padouan Mercurialis (1588) avec vingt-sept notes margi-
nales qu'il attribue à un manuscrit ancien (Vet. cod.), et
par le messin A. Foes (1595) dans une édition qui a
marqué le texte des éditions suivantes surtout par les
leçons de Servin et de Févrée données en appendice,
puis au xvir par J. A. van der Linden (1665) et
R. Chartier (1679), et au xviir siècle par le médecin de
la cour de Vienne, S. Mack (t. 1, 1743)^. L'édition
commentée du traité faite par Coray (1748-1833) au
début du XIX•" siècle, demeurée longtemps inédite^, est

1. On doit aussi à Cornarius une traduction latine (Bâle 1546)


dont consultation reste fort utile pour l'interprétation du texte.
la

2. L'édition de Mack repose sur la collation des variantes


relevées dans les précédentes éditions, notamment les variantes
marginales des éditions de Zwinger, Mercurialis et Heurnius
(1593), ainsi que les variantes de Servin et de Févrée données par
Foes, auxquelles il ajoute les variantes portées par Sambucus dans
un exemplaire de l'Aldine de la Bibliothèque de Vienne (une
vingtaine pour le traité de VAncienne médecine). Pour ce traité,
l'apparat critique de Mack ne possède aucune variante prise dans
l'exemplaire de la bibliothèque de Vienne annoté par Cornarius.
3. Il s'agit en fait d'une édition commentée en français de deux
traités hippocratiques. Régime dans les maladies aiguës (sans
l'Appendice) et Ancienne médecine, dont le manuscrit a été
accidentellement disloqué en plusieurs dossiers conservés sous des
cotes différentes à la bibliothèque Coray de Chio (n»* 454, 453 et
285). Pour la reconstitution de l'ensemble, voir J. Jouanna,
«Coray et Hippocrate», in Hippocrate et son héritage, Colloque
Franco-hellénique d'Histoire de la médecine, Fondation
M. Mérieux. Lyon, 1985, p. 185. La version la plus élaborée du
commentaire de VAncienne médecine (accompagnée du texte grec
établi par Reinhold) a été publiée par N. M. Damalas à Athènes
en 1887 dans le tome V des œuvres posthumes de Coray,
conjointement avec le commentaire du Régime dans les maladies
aiguës. Quant au texte grec de VAncienne médecine établi par
Coray lui-même, il n'a été publié que beaucoup plus tard, par
K. Métropoulos en appendice à sa propre édition de VAncienne
médecine (Athènes 1952). Cette édition commentée de VAncienne
106 ANCIENNE MÉDECINE
exemplaire de ce que pouvait être encore la critique
érudite au début du xix'' elle est sans doute très
:

ingénieuse et l'éditeur moderne peut encore y trouver


des conjectures utiles, mais le texte pris pour base est
celui d'une édition précédente, celle de van der Linden
(sigle V), complétée par les collations de Servin et de
Févrée (sigle Ms.), qui ont été recueillies dans l'édition
de Foes (sigle F), avec consultation de l'édition de
Zwinger (sigle Z) et des traductions latines de Calvus

médecine (rédigée définitivement en 1823 ou postérieurement


comme l'indique «1823» dans le bifolium formant les
le filigrane

pages 297 à donnant le début du commentaire de


300 et
VAncienne médecine) avait été précédée par un commentaire
critique en latin de ce traité fait dansle cadre de la préparation

d'un grand ouvrage critique sur l'ensemble de la Collection


hippocratique (voir J. Jouanna, «Coray et Hippocrate»...,
p. 182 sqq.). De cet ouvrage inachevé et resté inédit, il reste des
«cahiers» à la Bibliothèque de Chio, représentant plusieurs étapes
du travail. Une première version se trouve sous les numéros 1733
et 1732 (Ancienne médecine ^
n" 1733, p. 58-120) et une version
plus récente sous le numéro 1734 (Ancienne médecine p. 125- =
357). La postériorité de version du n" 1734 par rapport à celle
la

du n" 1733 est évidente pour de nombreuses raisons et en


particulier parce que Coray renonce dans le n" 1734 à une
conjecture qu'il avait faite dans le n" 1733. A propos d'Ane, méd.,
c. 3, 122, 8,

legendum »;
il écrit dans le n" 1733 (p. 69) «putarem pro
:

cette conjecture a paru, par


ailleurs, à Londres en 1797 dans le Musei Oxoniensis litterarii
fasciculus secundus. Quo continentur Observaiiones in Hippocra-
tem ..., p. [1]. Mais dans sa version du n" 1734 (p. 150), commen-
tant le même passage, Coray note «Fuit ubi censebam legendum
esse
lubentius legerem
pro ... vel ».
:

sed tamen meliora edoctus, nunc eo


Ce sont ces deux
nouvelles conjectures qui seront reprises dans son commentaire en
français. Le commentaire critique en latin, bien qu'étant antérieur
au commentaire en français, mérite d'être consulté, car il est plus
érudit et permet, en particulier, de déterminer l'origine de leçons
citées de façon trop allusive dans son commentaire en français.
Ainsi, au c. 1,1 19, 4, Coray pour justifier sa correction de en
dit, dans son commentaire en français, que cette correction
est «confirmée par un manuscrit» sans autre précision. Le
commentaire en latin précise, lui, qu'il s'agit de «Serv'inus e Mss»,
c'est-à-dire de la collation de Servin donnée à la fin de l'édition de
Foes.
NOTICE 107

(1525) et de Cornarius (1546), sans examen critique de


l'origine des leçons et de leur valeur relative et sans
consultation du texte des manuscrits de Paris, que
Coray aurait pu coUationner tout aussi facilement que
Littré.
L'ère des éditions fondées en grande partie sur les
leçons des manuscrits commence avec Emile Littré
(tome I, 1839, p. 557-637). C'est à partir de lui que l'un

des deux manuscrits anciens est utilisé, le manuscrit A.


Avec une grande lucidité, Littré a reconnu son impor-
tance pour l'édition, comme l'indique le Nota inséré en
tête de son apparat critique (p. 570) dont voici un
extrait: «Il est certain... qu'il {se. le Parisinus
gr. 2253 =
A) contient une foule de leçons qui comblent
des lacunes, rétablissent le sens et fournissent d'excel-
lentes corrections... En
conséquence, je lui donnerai
souvent la préférence». Mais Littré ne connaissait
qu'indirectement l'autre manuscrit ancien, le manus-
crit M, par plusieurs copies qu'il pouvait lire à la
Bibliothèque royale de Paris. Il est revenu sur certains
de ses choix ou de ses traductions dans le tome II
{Addenda et Corrigenda, p. xlix-lii) en tenant compte
d'observations que Dùbner lui avait communiquées, et

aussi de remarques critiques d'Ermerins.


La seconde grande édition complète d'Hippocrate au
xix" siècle est l'œuvre du médecin hollandais Ermerins.
Le texte grec de ï Ancienne médecine, accompagné d'une
traduction latine, se trouve au tome II (1862), p. 19-48.
L'édition d'Ermerins repose fondamentalement sur le
travail de collation des manuscrits fait par Littré. Il
y
ajoute simplement la collation personnelle d'un manus-
crit récent (Voss. = Vossianus gr. F ne
10^ s. xvi) ; il

dispose pas pour ce traité, comme pour


c'est le cas
d'autres, de la collation du manuscrit M faite par
Cobet. Ermerins a introduit une innovation malheureu-
se en réunissant en un même ouvrage, qu'il attribue à
un même auteur, à un sophiste ou à un rhéteur, les
traités Loi, Art, Ancienne médecine, avec une numérota-
108 ANCIENNE MÉDECINE
tion de chapitres continue, si bien que le c. 1 de
VAncienne médecine devient le c. 19 chez Ermerins^.
Néanmoins, l'édition d'Ermerins n'est pas sans mérite;
il a, en particulier, justifié ses choix dans des notes

critiques en bas de page.


On ne peut pas en dire autant de l'édition de
Reinhold (vol. 1, 1865, p. 14-36) qui présente, de façon
curieuse, un texte apparat critique, sans
seul sans
traduction, et sans commentaire, si bien qu'il n'est pas

facile de déterminer ni l'origine du texte choisi, ni la


raison des choix. Il est clair toutefois que Reinhold a
utilisé, pour la première fois dans l'histoire du texte, les
leçons de M. De tous les éditeurs, Reinhold est celui qui
s'écarte le plus intrépidement du texte des manuscrits ;

sur la masse de ses changements, pour la plupart


inutiles et téméraires^, certaines solutions sont astu-
cieuses et parfois judicieuses.
Il faut attendre l'extrême fin du xix*" siècle pour que
les du manuscrit M apparaissent systématique-
leçons
ment avec celles de A dans l'apparat critique. Le mérite
de l'édition de H. Kuehlewein (t. I, 1894, p. 1-30) est de
présenter pour la première fois un texte critique qui
repose essentiellement sur la collation de A et de M et
qui donne cette collation dans l'apparat critique. Son
édition avait été précédée d'un article sur la tradition
manuscrite de VAncienne médecine où il soulignait en
particulier l'importance de l'accord de A et de M^.
Depuis lors, les bases qui servent à établir le texte
n'ont pas changé. L'édition critique la plus récente,
celle de Heiberg (CMG I, 1, 1927), repose également sur

1. Comp. J. Jouanna, Hippocrate, V, \. Des vents, De l'art...,

p. 215.
2. Certaines des conjectures de Reinhold ont été critiquées par
Ermerins dans le volume III de son édition d'Hippocrate
{Epimetrum, p. xcv-xcviii).
3. H. Kuehlewein, «Die Textesuberlieferung der angeblich
hippokratischen Schrift. Ober die alte Heilkunde», Hermès, XXII,
1887, p. 179-193.
NOTICE 109

la collation de A
de M. La différence entre les
et
éditions, si on laisse de côté la question du dialecte,
réside désormais essentiellement dans le choix entre les
variantes de A et de M et dans l'utilisation des
conjectures. L'édition de Kuehlewein se caractérise par
une préférence nette pour le manuscrit A. 11 a été suivi
en cela, à quelques exceptions prés, par W. H. S. Jones
(I, 1923, p. 12-64) dont l'édition ne donne qu'un
apparat critique très sélectif. Pourtant, assez vite après
la parution de l'édition de Kuehlewein, des critiques ont

souligné que l'éditeur avait accordé trop systématique-


ment la préférence à A sur M. C'est le cas de la
recension signée de l'initiale B. (=
dans le Blass)
Litterarisches Centralblatt. de779 «il peut
1896, p. :

sembler que l'éditeur a attribué quelque peu à l'excès la

,
préférence à A sur M». Ce jugement est partagé par
H. Weber, dans son article «Zu der Schrift
1-11», Philologus, LVI, 1897,
Th. Gomperz qui a édité en 1911 (à la fin de son article
« Die hippokratische Frage und der Ausgangspunkt
p. 231-2441.

ihrer Lôsung»..., p. 229-241) le texte partiel de l'an-


cienne médecine sans apparat critique (c. 1 à 13 et c. 20
à 24) accorde aussi plus de crédit que Kuehlewein aux
leçons de M. Dans l'édition de Heiberg, parue en 1927,
la préférence donnée au manuscrit A est également

moins grande; il reste qu'en l'absence d'un commentai-


re critique la raison de certains choix, en apparence au
moins singuliers, demeure énigmatique.
Le texte établi par Heiberg a eu de l'influence sur les
éditions suivantes. W. H. S. Jones a refait une édition
en 1946 avec introduction, texte, traduction, et notes
additionnelles. Alors que sa première édition avait pour
modèle principal le texte de Kuehlewein, sa seconde
édition s'inspire du texte de Heiberg.

1.Voir aussi G. Schonack, Curae hippocraiicae, Berlin, 1908,


p. 83 et 88 sq. ;E. Nachmanson, C.R. de Jones^ in Philol.
Wochenschr. XL IV, 1924, p. 226.
110 ANCIENNE MÉDECINE
Dans les travaux du xx^ siècle une mention
toute spéciale doit être faite de la contribution de
A.-J. Festugière, Hippocrate. L'Ancienne médecine. In-
troduction, traduction et commentaire, Paris, 1948.
Comme l'indique le sous-titre, ce n'est pas à proprement
parler une édition, puisque le texte qui sert de base est

celui de Heiberg (sans apparat critique), texte qui «a


été... reproduit pour la commodité du lecteur»
(p. xxxiii). Mais par son introduction, par sa traduction
beaucoup plus précise que celle de Littré, et surtout par
son commentaire d'une richesse inégalée, aussi bien
dans le détail de l'expression que dans l'interprétation
du contenu et dans les rapprochements avec le reste de
la littérature grecque, ce travail constitue le premier

grand monument de la renaissance des études hippocra-


tiques en France au xx' siècle.
Après le travail de Festugière, une mention spéciale


doit être faite du commentaire critique de S. L. Radt
dans un long article modestement intitulé «Zu
et paru dans Mnemosyne
XXXII, 1979, p. 75 à 118, Radt réexamine, à partir de
l'édition de Heiberg, l'établissement du texte et le sens
:

de nombreux passages du traité. Il a eu le mérite de


rassembler un matériel très riche, non seulement chez
les éditeurs précédents, mais aussi chez de nombreux
critiques dont les analyses ou conjectures éparses
avaient été, en partie, négligées par les éditeurs précé-
dents. Par ailleurs, poursuivant l'orientation amorcée
par Blass et par Weber, il a bien montré que les édi-
teurs ont eu tendance à privilégier certaines leçons
de A inférieures à celles de M^.

1. Il existe aussi une édition avec traduction en catalan due


à J. Alsina (avec la collaboration de E. Vintro), Hipocrates,
Tractais mèdics, M : De aère aquis locis, Prognosticum, De prisca
medicina, Barcelone, 1976, et une édition avec traduction en
espagnol de C. Eggers Lan, Hipocrates. De la medicina antigua,
Mexico, 1987.
NOTICE 111

Parmi nombreuses traductions, sans l'édition du


les
texte, la seule qui apporteune contribution à l'histoire
du texte est la traduction allemande de Hans Diller^,
car elle repose implicitement sur une édition originale
du texte grec, que l'on peut souvent reconstituer grâce
à la précision de la traduction^.

La présente édition donne une collation personnelle


de A et de M faite directement sur les manuscrits elle :

s'est efforcée d'être aussi précise que possible, mais, à la


différence de l'édition de Heiberg, elle passe sous silence
les nombreuses fautes d'orthographe ou d'accentuation
dans A n'ayant aucune incidence sur l'interprétation
des formes. Néanmoins, quand ces formes doivent être
signalées pour une autre raison, les fautes d'orthogra-
phe et leurs corrections sont notées, mais non les fautes
d'accent, sauf si elles sont susceptibles d'avoir quelque
signification. Quant au choix des variantes et de
l'interprétation, il résulte d'abord d'un examen person-
nel des leçons de A et de M pesées, sans préférence
systématique, à l'aide de tous les moyens de la critique
verbale, puis d'une confrontation avec les différents
choix des éditeurs ou critiques sans en privilégier

1. H. Diller, Hippokrates. Schrifien, Reinbek bei Hamburg,


1962, p. 201-223.
2.D'autres traductions sont utiles pour l'interprétation; en
français J.-B. Gardeil, Œuvres d'Hippocrate, t. I, Paris, 1855
:

(p. 422-440); Ch. Daremberg, Œuvres choisies d'Hippocrate, 2'" éd.,


Paris, 1855 (extraits, p. 611-616); R. Joly, Hippocrate. Médecine
grecque, Paris, 1964 (extraits, p. 45-53); en allemand R. Fuchs, :

Hippokrates. Sàmmtliche Werke, I, Munich, 1895 (p. 18-39);


R. Kapferer-G. Sticker, Die Werke des Hippokrates, Teil II,
Stuttgart-Leipzig 1934 (p. 13-37); W. Mûri, Der Arzt im
,

Altertum, 3' éd., Munich, 1962 (c. 3-21 avec le texte grec sans
apparat critique, p. 150-183); en anglais F. Adams, The genuine
:

Works of Hippocrates, London, 1849 (p. 132-146), J.Chadwick-


W. N. Mann, The médical works of Hippocrates {\" éd. Oxford,
1950), réimprimé dans G. E. R. Lloyd [éd.], Hippocratic writings,
Hammondsworth, 1978, p. 70-86; en italien M. Vegetti, Opère :

di Ippocraie, 2' éd. Turin, 1976, p. 151-190 (avec des notes


suggestives); A. Lami, Ippocrate. Testi di medicina greca, Milan,
1983 (c. 1-20 seulement, p. 185-211).
112 ANCIENNE MÉDECINE
aucun. Les notes justifient, dans la mesure du possible,
les choix. Quant d'une
à la traduction, elle résulte aussi
première ébauche, confrontée ensuite systématique-
ment à d'autres, en particulier celles de Littré, Jones,
Festugière, Diller. Tout en n'hésitant pas à reprendre
parfois, quand on ne pouvait pas être plus précis, la
traduction de Festugière, on s'est efforcé d'éviter, pour
rendre les termes de la réalité physiologique et médica-
le, les modernismes de sa traduction qui peuvent
procurer de l'agrément au lecteur, mais donnent une
idée inexacte de l'histoire des sciences. Il reste que la
littérature médicale technique du siècle ne forme pas,
comme de nos jours, une production technique séparée
de la littérature et de la pensée philosophique contem-
poraines. C'est ce qu'a bien compris Festugière, dans
son introduction et dans son commentaire, et c'est ce
que nous avons essayé de montrer aussi dans notre
introduction et dans nos notes, sans avoir eu l'impres-
sion de refaire ce que Festugière avait fait, et très
souvent excellemment fait, même si sa lecture du traité
hippocratique est parfois un peu trop platonisante.

J'ai plaisir à exprimer tous mes remerciments à mes


deux réviseurs, A. Anastassiou et V. Langholf qui ont
apporté, avec un amical dévouement et une extrême
compétence, tout le soin nécessaire pour supprimer des

imperfections et faire des suggestions enrichissantes,


ainsi qu'à M. Grmek dont l'amicale et fidèle collabora-
tion m'est très précieuse pour tout ce qui concerne
l'histoire de la médecine. Mes remerciements s'adres-
sent également à D. Manetti qui a relu le manuscrit
et à L. Villard qui a bien voulu accepter une fois encore
de rédiger l'index des mots. Une pensée reconnaissante
va enfin à tous les auditeurs du séminaire hippocratique
de la Sorbonne où cette édition a été élaborée.
GONSPECTVS SIGLORVM

I. CODICES

1. De vetere medicina liber.

M = Marcianus gr. 269; X. s.

M^ = emendatio scribae ipsius.


M^ = manus posteriores.
M**^ = lectio ante correctionem.
j^corr _ igçj^iQ pQg^ correctionem.
M""^* = lectio post rasuram.
A =Parisinus gr. 2253; s. XI.
A^ = emendatio scribae ipsius.
A^, A^, A* = manus posteriores.

Raro memorantur :

I
114 ANCIENNE MÉDECINE
Foes^ = A. FoES, Oeconomia Hippocratis, Franco-
furdi, 1588.
Mercurialis = Mercurialis, Hippocratis opéra quae
exstant ..., Venetiis, 1588.
Foes^ = A. FoES, Magni Hippocratis ... opéra
omnia, Francofurti, 1595, Sect. I, p. 9-
20 (notes, col. 36-39).
L = lectiones e Servini exemplari desumptae
apud Foes^ (col. 46-48).
Q' ^ lectiones e Fevrei exemplari desumptae
apud Foes^ (col. 46-48).
Lind. =J. A. Van der Linden, Magni Hippo-
cratis Coi opéra omnia..., vol. I, Lug-

Mack

Coray = '
duni Batavorum, 1665, p. 14-40.
^Hippocratis opéra omnia..., t. I, Viennae
Austriae, 1743, p. 16-35.


-
Littré =
crate, t.
..
I,
,
... ',
É. LiTTRÉ, Œuvres complètes d'Hippo-
Paris, 1839, p. 570-637;
1887.

cf.

etiam Addenda et Corrigenda in t. II,

Paris, 1840, p. xlix-lii.


Ermerins = F. Z. Ermerins, Hippocratis et aliorum
medicorum veterum reliquiae, t. II,Tra-
jectiad Rhenum, 1862, p. 19-48; t. III,

Reinhold

Weil
=
=
,
1864; Epimetrum, p. xcv-xcviii.
C. H. Th. Reinhold,
1865, p. 14-36.
',
vol. I,

H. Weil, «Observations critiques». Re-


II, 1878, p. 86-89
vue de Philologie, N.S.
(Hippocrate).
Kuehlewein = H. Kuehlewein, Hippocratis opéra quae
feruntur omnia, vol. I, Lipsiae, 1894.
B. = Blass, C. R. de Kuehlewein, Lilera-
risches Centralblatt, 46, 1896, p. 779 sq.
SIGLA 115

Weber^ = H. Weber, «Zu der Schrift


I-II», Philologus, LVI, 1897,
p. 231-244.
Wilamowitz = U. von Wilamowitz-Moellendorff,
«Lesefruchte 9», Hermès, XXXIII, 1898,
p. 518 sq. (= Kleine Schriften IV, Berlin,
1962, p. 29-30).
Weber^ = H. Weber, «Zu der Schrift
», Philologus, LVIII, 1899,
p. 215-223.
Diels = H. DiELS, «Hippokratische Forschun-
gen I», Hermès, XLV, 1910, p. 125,
n. 2.
Schonack = G. Schonack, «Coniectanea in nonnulla
scripta Hippocratea. I. De prisca medi-
cina», Philologus, LXIX, 1910, p. 428-
434.
Gomperz = Th. Gomperz, Die hippokratische Frage
«

und der Ausgangspunkt ihrer Lôsung»,


Philologus, N.F., XXIV, 1911, p. 213-
241 (éd. c. 1-13 et c. 20-24) Hellenika, =
t. II, Leipzig, 1912, p. 324-354.

Pohlenz = M. Pohlenz, «Des zwanzigste Kapitel


von Hippokrates De prisca medicina»,
Hermès, LUI, 1918, p. 396-421 (éd.
c. 20).
Jones^ = W. H. S. Jones, Hippocrates, voL 1, Cam-
bridge (Massachusetts)/London, 1923.
Heiberg = I. L. Heiberg, Hippocralis opéra, CMG,
I 1, Lipsiae et Berolini, 1927, p. 36-55.
Edelstein = L. Edelstein, und die
Sammlung der hippokratischen Schriflen,
Problemata IV, BerHn, 1931.
Gutmann = M. Gutmann, Die Nebensàlze in ausge-
wahllen Schriflendes hippokralischen Cor-
pus und ihre Bedeutung fur die Verfasser-
frage, Diss. Munchen, 1929.
116 ANCIENNE MÉDECINE
= Wanner,
Wanner
-,H. Studien
Diss. Zurich, 1939.
zii

Jones^

Festugière
= W. H.

of

=A.-J.
S.
cine in Ancient Greece.
7]
(éd. p. 38-98).
Festugière.
,
Jones, Philosophy and Medi-
With an Edition
Baltimore, 1946

Hippocrate. L'An-
cienne médecine, Paris, 1948.
Diller^ = H. Diller, « Hippokratische Medizin
und attische Philosophie», Hermès,
LXIII, 1952, p. 385-409 = Kleine Schrif-
ten zur antiken Medizin, Berlin, 1973,
p. 46-70.
Kùhn =J. H. KuHN, System- und Methoden-
probleme im Corpus Hippocralicum in
Hermès, Einzelschriften XI, Wiesbaden,
1956.
Diller^ = Hippokrates. Schrifien, Reinbek bei
Hamburg, 1962, p. 201-223.
Mûri = W. Mûri, Der Arzi im Alierium. 3^ éd.,
1962, p. 150-183.
Dihle = A. Dihle. « Kritisch-exegetische Bemer-
kungen zur Schrift Cher die alte Heil-
kunst». Muséum Helveticum, XX, 1963,
p. 135-150.
Herter^ = H. Herter, «Die Treffkunst des Arztes
in hippokratischer und platonischer
Sicht», Sudhoffs Archiv Gesch. éd. Na- M
XLVII,
turœiss., 1963, p. 247-290.
Herter^ = H. Herter, « Die kulturhistorische Théo-
rie der hippokratischen Schrift von der
Alten Medizin», Maia, XV. 1963, p. 464-
483.
Lloyd = G. E. R. Lloyd, «Who is attacked in On
Ancient Medicine?», Phronesis, VIII,
1963, p. 108-126.
SIGLA 117

= .
Fritz

»,
von Fritz, «Einige Bemerkungen
zur Uberlieferung und Textkritik von
Wiener

Radt =S.
»,
Studien,

p.
L.
LXXIX,
Radt, «Zu

75-118.
1966, p. 165-178.

Mnemosyne, XXXII, 1979,

Index Hippocraticus = J.-H. Kuhn/U. Fleischer ...,


K. Alpers, a. Anastassiou, D. Irmer,
V. ScHMiDT, Index Hippocraticus, Got-
tingae, 1986-1989.
HIPPOCRATE

DE L'ANCIENNE MÉDECINE

I. 1 Tous ceux
qui, ayant entrepris de traiter de la
médecine, oralement ou par écrit^, se sont donné
comme fondement à leur thèse un postulat^ tel que le
chaud, le froid, l'humide, le sec, ou tout autre postulat
de leur choix', simplifiant la cause originelle des
maladies et de la mort chez les hommes et postulant
dans tous les cas la même cause, un ou deux principes,
commettent des erreurs manifestes sur bien des points
de leur thèse*, mais sont surtout blâmables parce que
ces erreurs portent sur un art existant réellement^,
auquel tout le monde a recours en vue des choses les
plus importantes^, et dont tout le monde honore' au
plus haut point les bons praticiens et
les bons profes-
sionnels®. 2 Parmi les professionnels, les uns sont
médiocres*, les autres sont de beaucoup supérieurs^". Or
cette différence, si l'art de la médecine n'existait
absolument pas et si l'on n'y avait fait aucune
observation ni aucune découverte, n'existerait pas^^,
mais tous seraient semblablement sans expérience et
sans connaissance de cet art^^, et c'est le hasard qui

9. Les manuscrits A et M donnent deux synonymes, A


M. La prédominance de en prose ionienne, face à la
prédominance de en prose attique, fera préférer ici la leçon
de M. Les dictionnaires de l'Antiquité qui expliquent par
(Hésychius, Et. Magnum) confirment que la leçon de A est
une glose qui a remplacé la leçon originelle conservée par M. Le
choix de par les éditeurs modernes (Kuehiewein, Heiberg,
Jones^-*, Festugiére) n'est pas heureux.
9,
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. 1 ircpl Littré

, 570

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cf.

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10
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13
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1 1

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: -- e corr. M^
om. A 14
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:
:
Littré

M
A
||
:

||

8'
12 '
om. M.
om. A
||

||
119 ANCIENNE MÉDECINE
régirait en totalité le sort des malades^ En réalité, il
n'en est pas ainsi ; mais, de même
que dans tous les
autres arts les professionnels diffèrent beaucoup entre
eux par la main et par l'intelligence^, de même en est-il
pour la médecine. 3 C'est pourquoi j'ai estimé, pour ma
part, qu'elle n'a pas besoin d'innover en posant un
postulat^, comme on le fait pour les choses invisibles et
douteuses; car pour ces choses-là, il est nécessaire, si
l'on entreprend d'en dire quoi que ce soit, de recourir à
un postulat, comme c'est le cas pour les choses qui sont
au ciel ou sous la terre"* quand bien même quelqu'un
:

les exposerait et les concevrait^ comme elles sont, ni


celui qui expose lui-même ni ceux qui l'écoutent ne
verraient clairement s'il est dans le vrai ou non car il ;

n'y a pas de critère auquel on puisse se référer pour


avoir une connaissance exacte^.
II. 1 Au contraire, la médecine est en possession

depuis longtemps de tous ses moyens, d'un point de


départ et d'une voie qui ont été découverts'' grâce à ces
;

moyens, des découvertes en grand nombre et de belle


qualité ont été faites au cours d'une longue période de
temps^, et les découvertes restantes seront faites,
pourvu que, joignant à des dons suffisants la connais-
sance des découvertes acquises, on les prenne pour
point de départ de la recherche. 2 Mais celui qui,
rejetant et récusant tous ces moyens, entreprend les
recherches par une autre voie et un autre procédé et
prétend avoir fait une découverte, celui-là s'est trompé
et continue à se tromper*. Car c'est impossible. Pour

1.

règne total de la .
Admettre l'absence
L'art et
de la
totale ,
c'est admettre le
hasard sont opposés et s'excluent
le

.
l'un l'autre; cf. aussi c. 12, 132, 18-133, 6, ...
On retrouve cette même antithèse dans d'autres traités de
la Collection hippocratique voir Ari, c. 4, Jouanna 227, 11 sq.
;

avec la note ad loc, et Lieux dans l'homme, c. 46, Littré VI,


342, 4-344, 2 (= Joly 76, 6-77, 4). Elle est du reste fréquente
aux v*^ et IV'' siècles dans les discussions sur l'existence de l'art
et sur le rôle du hasard.
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Littré (app. crit.) A

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||
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10
Ermerins :
:

16
||

Kuehlewein
13 (pr.)
: - || 15

-
||

^
||

:
|| 18 Kuehlewein :

et fort, sequitur rasura 1 litt. M A : M


-
|| ||

Lind. : A A^ M || A :

M II A^M : A jj 19 ait. M : A.
120 ANCIENNE MÉDECINE
quelles raisons nécessaires c'est impossible, je vais
essayer, pour ma montrer, en exposant et en
part, de le

montrant que l'art existe^ De cette démonstration il


apparaîtra clairement qu'il est impossible de faire des
découvertes par quelque moyen différent de celui-ci.
3 Et par-dessus tout, il me semble que l'on doit,
lorsqu'on traite de cet art, exposer des choses qui soient
concevables par les profanes^. Car l'objet qu'il convient
de rechercher et d'exposer n'est autre que les affections
dont ces gens-là sont eux-mêmes atteints et dont ils
souffrent. Sans doute ne leur est-il pas aisé de connaître
parfaitement par eux-mêmes leurs propres affections, la
façon dont elles naissent et dont elles cessent^, les
causes qui les font croître et décliner, puisqu'ils sont des
profanes mais quand elles sont découvertes et exposées
;

par un autre, c'est facile. Car il ne s'agit de rien d'autre


pour chacun que de se remémorer, en les écoutant, les
accidents qui lui sont arrivés*. En revanche, si l'on
passe à côté de la faculté de compréhension des pro-
fanes, et si on ne met pas les gens qui écoutent dans
cette disposition d'esprit, on passera à côté de la
réalité*. C'est donc aussi pour ces mêmes raisons que la
médecine n'a nullement besoin de poser un postulat*.
III. 1 A l'origine, l'art de la médecine n'aurait été ni
découvert ni recherché — car le besoin ne s'en serait
point fait sentir — s'il avait été profitable aux gens
souffrants d'user, dans leur régime et dans leur
alimentation, des mêmes aliments, des mêmes boissons,

5. a le sens prégnant de «ce qui est réellement», «la


réalité»;voir déjà supra, p. 118, n. 5. Pour un autre emploi
comparable de dans la Collection hippocratique, voir Maladie
sacrée, c. 17, Littré VI, 392, 6 (= Grensemann 86, 15) "
). Comme
:

propos. Littré : (lege " le

remarquent Coray (p. 123)Festugière (p. 37


et n. 21), cet=
emploi se rencontre aussi dans la prose ionienne d'Hérodote
(I, 30, 3; I, 97, 1 IX, 11,5). Cet usage annonce Platon; à notre
;

passage on comparera surtout Platon, Phédon 66 a


(rapprochement déjà fait par Littré I, 560, n. 1).
II, 2

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120

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, 574

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10
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15

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Littré
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13
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scripsi : || 15 om. || :

16 (pr.) om. M 17 ^*' om.


*^ -
: :
|| || ||

18 post add. 19 :

*^
II || ||

om. II
\''°" """ : - in ras. || om. .
121 ANCIENNE MÉDECINE
et, en général, du même régime que les gens bien
portants, et s'il n'y avait pas eu d'autres choses
meilleures que celles-là. 2 Mais en réalité, c'est la
Cjiécessité elle-même^ qui fit que la médecine fut
recherchée et découverte chez les hommes, car il n'était
pas profitable aux gens souffrants de prendre la même
alimentation que les gens bien portants, de même
qu'aujourd'hui non plus cela n'est pas profitable. 3 Et
en remontant encore plus haut^, j'estime, pour ma part,
que même le régime et la nourriture des gens bien
portants dont on use actuellement n'auraient pas été
découverts s'il avait été tout à fait suffisant pour
l'homme de manger et de boire les mêmes choses que le
bœuf, le cheval, et tous les animaux en dehors de
l'homme, comme par exemple les produits de la terre,
fruits^, broussailles et fourrages car, grâce à ces
;

produits, ils se nourrissent, s'accroissent et vivent à


l'abri des souffrances sans nul besoin d'un autre régime.
Et à vrai dire, je crois pour ma part qu'à l'origine,
l'homme aussi a usé d'une telle nourriture. Quant au
régime actuellement découvert et élaboré avec art, il
a fallu une longue période de temps*, à mon avis, pour
qu'il soit ce qu'il est. 4 En effet, comme^ les gens
éprouvaient bien des souffrances terribles par suite
d'un régime fort et bestial, du fait qu'ils ingéraient
des aliments crus, intempérés et dotés de qualités
fortes^ —
souffrances analogues à celles que les gens
d'aujourd'hui éprouveraient aussi' à la suite de ce
régime, tombant dans de fortes douleurs, dans des
maladies, et rapidement dans la mort; sans doute est-ce
à un moindre degré que les gens d'alors devaient

L'auteur, remontant plus haut dans le temps, va traiter


2.
longuement de la découverte du régime des gens en santé, qui est
antérieure à la découverte du régime des gens malades. Il va
s'efforcer de montrer que les causes de la naissance de ces deux
découvertes sont analogues, ainsi que leurs méthodes et leur but.
On est loin de l'oppositon entre cuisine et médecine du Gorgias de
Platon voir Notice, p. 77.
;
III, 1

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|| 12 om. || 13
II
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|| 13 sq.
: || 15 om. || Kuehlewein
|| 16 : || : || 17

- ||
||

20
18 om.
:
|| 19
||
:

^ : -.
||
122 ANCIENNE MÉDECINE
éprouver ces à cause de l'habitude^
souffrances, ;

toutefois ils éprouvaient fortement même à ce


les
moment-là, et le plus grand nombre, ceux qui avaient
une nature plus faible, devaient périr, tandis que ceux
qui leur étaient supérieurs devaient résister plus long-
temps^, de même qu'aujourd'hui encore, après avoir
pris une nourriture forte, les uns s'en remettent facile-
ment tandis que les autres n'y arrivent qu'au prix de
bien des souffrances et de bien des maux dès lors, — ,

pressés par ce besoin^, ces gens-là, à mon avis, cher-


chèrent une nourriture adaptée à leur nature et décou-
vrirent celle dont nous usons actuellement. 5 Ainsi
donc, à partir des grains de blé, après les avoir
mouillés*, mondés, moulus, tamisés, pétris et cuits,
ils confectionnèrent^ le pain, et à partir des grains

d'orge, la galette*. Et procédant à bien d'autres


opérations pour préparer cette nourriture, ils firent
bouillir et rôtir, mêlèrent et tempérèrent les substances
fortes et intempérées à l'aide de substances plus faibles,
façonnant tout en conformité avec la capacité naturelle
de l'homme car ils estimaient que, dans le cas des
;

aliments trop forts, la nature de l'homme ne sera pas

4. . Toutes les opérations nécessaires à la fabrication


du pain semblent être énumérées dans un ordre chronologique il

,
;

faut donc admettre que le mouillage du grain servait à séparer le

d'Alexandrie)

,
grain de la balle; comparer Geoponica 3,8 (à propos du blé

, «il faut le mouiller et


monder». Radt. dans une longue note (p. 77-80), préfère adopter
une conjecture de Coray, «après avoir vanné». Sur cette
conjecture de Coray, voir Notice, p. 106, n. 5 de la page 105.
le

5. La variante de A

sont à la troisième personne du pluriel .(cf.


correction entraînée par la V^ pers. du pluriel
,
qui est une première personne
du pluriel, ne convient pas dans un développement où les verbes
etc.). Est-ce une

précède? Est-ce au contraire une ledio difficilior conservant, avec


qui

corruption, un primitif comme l'a conjecturé


Ermerins? On aurait ici un exemple de réduplication de (cf.

Denniston, Greek Particles ..., p. 385 sq.). Ces exemples sont rares,
peut-être parce que les copistes ont tendance à les supprimer.
III, 4 122

€, €
6€€
, €,

cikos,

- —

.
5 ,

10

15
,,
,
,
5

"

,
[

-
,
fj

f[,
578

Test. 10
Kuhn XIX,
1 1

p. 97).
]
] 153, 10).
cf. Erot. s.v.
cf.

(M
Gal

1 1
Gloss., s.v.

, éd. Nachmanson
(A 4 supra,

60, 5-7
p. 98

= supra,
= éd.

2
M II
post
M
add.
: - M
A
|| 6
|| 3
M
A
:
:

A ||
M
7
|| 4
A'M
A

A 8
II
Kuehlewein : AM ||
AM
vel Coray || Kuehlewein : A om. M |

9 post add. M || A*M : M'


(-- add. s.l.) ||
10 A Gai. : M ||

Ermerins : A M ||
post add. M sed
del.
M*)
Ermerins

13 sq.
:
M"""' Il

A*M^
: -
11
M^""»

:
AM
||

||

Littré
M

post
AM
:

:
M

-,
||
:

13
A

AM
||

om.
A

||
||

M
15
12

||
AM™"^

iter.
(--

M :
e

M'^* (post
corr.

A
A
||

||

-01 ras. 1 litt.) : A || Index Hippocraticus


s.v. III (p. 578, . 19) (cf. Zwing.•"») :

™" (-V et e corr. *-^) , Reinhold Heiberg

16
, apud Kuehlewein
Diels
Kuehlewein :
||

* ||
:

Littré
||

(app. crit.) : A M.
123 ANCIENNE MÉDECINE
capable de les dominer si elle les ingère\ et qu'il
résultera de ces aliments eux-mêmes souffrances, mala-
dies et mort, tandis que de tous les aliments qu'elle
est capable de dominer, il résultera nourriture, accrqis-
sement et santé^. 6 Or, à cette découverte et à cette
enquête, quel nom plus juste ou plus adéquat pourrait-
on donner que celui de médecine, puisqu'il s'agit d'une
découverte^ faite pour la santé, le salut et la nourriture
de l'homme, en remplacement de ce régime-là qui était
à l'origine des souffrances, des maladies et de la mort^?

IV. 1 Si cela ne passe pas communément pour un


art, ce n'est pas sans raison car dans un domaine
;

où personne n'est profane, mais où tout le monde


est savant^ par le fait de l'usage et de la nécessité,
dans un tel domaine* personne ne mérite le titre
de «spécialiste de l'art». 2 Pourtant ce fut une grande
découverte', fruit de beaucoup d'observations et de
beaucoup d'art; ce qu'il y a de sûr, c'est qu'encore
de nos jours ceux qui s'occupent des exercices et
de l'entraînement des athlètes^ ajoutent sans cesse
quelque découverte en appliquant la même méthode
dans leur recherche pour déterminer quels sont les
aliments^ et les boissons dont l'athlète triomphera au
mieux et grâce auxquels il sera au summum de sa
force^".

V. Mais examinons aussi la médecine reconnue


1

comme qui a été découverte pour les malades


telle, celle
et qui possède à la fois un nom et des spécialistes de

préférable à la conjonction causale


L'antécédent de ce relatif causal est .
3. Radt, p. 80, note judicieusement que le relatif 6

4. Dans cette fin de chapitre, l'auteur oppose par deux fois


est
adoptée par les éditeurs.

deux triades 1) 123, 1

opposé à
;2) 123, 6
. opposé à

Dans la vulgate
avant Littré, cette symétrie a partiellement disparu à cause de
l'omission de dans la branche de M recc.
III, 5


'
. € ,

€€,
123


€ , «
8€

6


Se

,
€ ;
If

€ €,- €,

.
IV. 1

10 •


2 ||


580

15

V. 1
.
1

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8 : S' 3sq. ||

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13 :
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||

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: || 15 :
|| 16
: || :
™'"' (- in ras. A*) || 17
: || :
|| om. ||

: || 19 : .
124 ANCIENNE MÉDECINE
l'art : de ces buts? Comment
vise-t-elle, elle aussi, l'un
donc a-t-elle commencé^? A mon avis, comme je l'ai
dit au commencement^, on n'aurait même pas entamé
les recherches sur la médecine si le même régime avait
convenu aussi bien aux malades qu'aux bien portants.
2 Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'encore de nos jours
tous ceux qui n'usent pas de la médecine les —
Barbares et un petit nombre de Grecs conservent —
(quand ils sont malades) le même régime que les gens
bien portants, n'écoutant que leur plaisir, et ils ne
sauraient ni renoncer à aucun des mets qu'ils désirent,
ni même en réduire la quantité^. 3 Mais ceux qui ont
cherché et découvert la médecine, tenant le même
raisonnement que ceux dont il a été question dans mon
développement précédent*, commencèrent, à mon avis,
par retrancher sur la masse de ces aliments eux-mêmes
et à réduire la quantité de beaucoup à très peu*.
4 Mais comme, à ce qu'ils virent, ce régime, parfois
suffisant pour certains malades et manifestement béné-
fique pour eux, ne l'était pas cependant pour tous,
puisque certains étaient dans un état tel qu'ils ne
pouvaient même pas triompher d'une petite quantité
d'aliments, et comme, dès lors, c'est d'un régime plus
faible que de tels malades leur paraissaient avoir besoin,
ils découvrirent les potages en mélangeant une petite

quantité de substances fortes à beaucoup d'eau et en


ôtant la force de ces substances par le tempérament et
la cuisson. 5 Enfin, pour les malades qui ne pouvaient
même pas triompher des potages, ils retranchèrent aussi

1. On a choisi la
conviennent bien à la vivacité du ton du discours.
2. Voir c. 3, 120, 16 121, — Après
sa longue parenthèse sur «l'archéologie» du régime des gens bien
portants, l'auteur revient à «l'archéologie» du régime des malades.
.
solution des interrogations directes. Elles
, 124

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1

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||
||

Littré :

-. ||
20 :
||
:
125 ANCIENNE MÉDECINE
ces potages et en vinrent aux boissons encore veillè-
;

rent-ils à ce qu'elles fussent dans une juste mesure tant


par le tempérament que par la quantité, s'abstenant
d'administrer des boissons trop abondantes et trop
intempérées ou aussi trop insuffisantes^.
VI. 1 Voici une chose qu'il faut bien savoir : les sujets
à qui les potages ne sont pas bénéfiques dans les mala-
dies mais sont contraires^, voient s'aviver leur fièvre et
leurs douleurs quand ils prennent ces potages, et il est
évident que ce qui a été ingéré apporte nourriture et
accroissement à la maladie^, mais dépérissement et fai-
blesse au corps. 2 Et tous les sujets qui, étant dans
cette disposition, ingéreraient un aliment sec, de la
galette de blé ou du pain d'orge, fût-ce en fort petite
quantité, seraient victimes d'un mal dix fois* plus
grand et plus manifeste que s'ils prenaient des potages,
uniquement à cause de la trop grande force de l'aliment
par rapport à leur disposition. 3 Quant au malade à qui
il est utile de prendre des potages, mais non de manger,

s'il mangeait beaucoup, il serait victime d'un mal bien

plus grand que s'il mangeait peu, et même s'il mangeait


peu, en souffrirait. Dès lors, toutes les causes de la
il

souffrance remontent au même principe^, à savoir que

1 Cette dernière mention


.

pement des
(' ) .annonce le dévelop-
c. 9 sq.; comp. en particulier 128, 5

régime trop peu abondant et trop faible est aussi néfaste qu'un
régime trop abondant et trop fort.
Un

3. Le potage ingéré est une «nourriture» ()


pour la

,
maladie. C'est une survivance, dans la pensée rationnelle, d'une
conception plus archaïque de la maladie, conçue comme un être
vorace qui a pénétré à l'intérieur du malade et s'y nourrit à ses
dépens.

. 4. À comp. au c. 16, 140, 7. Le terme


n'est pas employé ailleurs dans la Collection hippocratique.
L'adverbe modifie les deux comparatifs
comp. (avec Radt, p. 83), à ia fin du chapitre,
et ;
€, €
, 5

, 125

€ €
€ . €-
, ,,
Cis

,. , '
VI. 1

?
, ,
" 2

9
9
, ,.
'

'
584

,,
II

3 ' ,
€S , .
<>

2)
1

Il
™" Kuehlewein
: --
:

in ras.
-^ * (- ) ||
™'''
™"'' (--
:
in ras.

|| 2
\ (cf. jam Coray) M (<KPHCG
)
: :
||

M
CI)
A'M
Il

:
3 A. :

.\ \\ 4
M^ (- add. supra
A : *MM || 5
lin.)

]
|| 3sq.
A :

^ II
M ||

»
- ' om.

Reinhold
||
:
M
||

^^'
||

om.
:
A

^
:

|| 8
||
:

7
|| 6

||
post
:
||

add.
6sq.

»
: -^'"*'

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||

-
om. ™'''' : ||
9 :
II

|| 10 : ||
* : ||
1 1 :

||
:
"* || 12 post add.
**' II
: || 13 post add. |1

15
^ om. 16 ante

-
: || : ||
||

add. ||
post add. || :
||

Ermerins : om. || 17 om. || om. || 18


: || : || : (<TG).
126 ANCIENNE MÉDECINE
les substances les plus fortes sont celles qui causent les
dommages les plus grands et les plus manifestes à
l'homme, qu'il soit en bonne santé ou qu'il soit malade.
VII. 1 Quelle différence apparaît donc entre le
raisonnement de l'homme, appelé médecin et reconnu
spécialiste de l'art, qui a découvert le régime et la
nourriture des malades, et le raisonnement de cet
homme-là qui, à l'origine, a trouvé et préparé pour tous
les hommes la nourriture dont nous usons aujourd'hui,
à la place de ce régime sauvage et bestial d'autrefois^?
2 A mes yeux, ce qui apparaît, c'est l'identité de la
méthode, c'est l'unité et la similitude de la découverte^.
L'un a cherché à retrancher tous les aliments ingérés
dont la nature humaine dans l'état de santé n'était pas
capable de triompher à cause de leurs propriétés
bestiales et intempérées, et l'autre tous les aliments
dont le malade, dans la disposition où il se trouvait à
chaque fois, ne pouvait triompher^. 3 En quoi donc
cette recherche-ci diffère-t-elle de celle-là, sinon en ce
qu'elle a plus de faces, qu'elle est encore plus diversifiée
et qu'elle exige une plus grande habileté opératoire*?
Mais le point de départ a été cette recherche-là, qui
fut la première.

VIII. 1 Si l'on examinait le régime des malades en


le comparant à celui des gens en bonne santé, on
trouverait qu'il ne cause pas plus de dommage que le
régime des gens en bonne santé comparé à celui des
bêtes sauvages et à celui des autres animaux*. 2 Pre-
nons en effet un homme souffrant d'une maladie qui

3. La proposition éventuelle ... est citée par


Schwyzer-Debrunner, Griechische Grammaiik ..., II, p. 312, parmi

lescas de propositions éventuelles sans av. Voir aussi M. Gutmann,


Die Nebensatze in ausgewàhlten Schriflen des hippokralischen
Corpus, Diss. Munchen, 1929, p. 39.
VI, 3

VOS
VII.

.
$ € 1 CTcpoiov €€-
ôs è|cûpc
126

5 tous €
'
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,.
'

,
10

,
' , '
15

VIII. 1
||

,.
'
3

. 586

20 2 -
* """ -
- -
1 : 2 : 3 :

^
|| ||

in ras. || 3sq. : || 5 :

•^"" (-V0 in ras. A*) || 6 :


|| :
||

7 transp.

(
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|| ||

post || 8 :
|| 9
:
||
post add. || 10 sq.

^- : ||
:

"» )
'' :
|| 11
ait.

^ ?-
||

om. 12 II : ||post add.


Kuehiewein 13
(- in ras.
del.
^)
Reinhold
||

|| 14 ' A
:

:
:

(<6)
||
' ||

:
:

scripserim
15
'"''''

||

^
-
|| || :
||

16

-(
:
|| scripsi :

:
|| :
' || 17 :
||

; 18 om. :

*
|| ||

19 Littré (app. crit.) ^


^ || :

) || om. .
127 ANCIENNE MÉDECINE
n'appartienne ni à catégorie des maladies difficiles
la

et intolérables\ ni inversement à celle des maladies


tout à fait bénignes, mais telle qu'il doive, en cas
d'erreur de régime, s'en ressentir clairement^, et
supposons qu'il veuille manger du pain et de la viande,
ou quelque autre des aliments que les gens en bonne
santé ont profit à manger, non pas en grande quantité,
mais beaucoup moins que ce qu'il eût pu manger s'il
eût été en bonne santé prenons à côté un homme en
;

bonne santé, doué d'une nature ni tout à fait faible ni


inversement tout à fait forte, et supposons qu'il mange^
un des aliments dont le bœuf ou le cheval tirerait en
les mangeant profit et vigueur, de l'ers*, de l'orge*, ou
tout autre aliment analogue, non pas en grande
quantité, mais beaucoup moins^ qu'il le pourrait chez :

l'homme en bonne santé qui agirait ainsi, la souffrance


et le danger ne seraient pas moins grands que chez ce
malade-là qui a pris inopportunément du pain de blé
ou de la galette d'orge. 3 Tous ces faits sont des
preuves que l'art de la médecine proprement dit*, si
l'on poursuit la recherche dans la même voie, peut être
découvert tout entier.
IX. 1 Si la chose était aussi simple qu'il a été indiqué
— tous les aliments, quand ils sont plus forts, étant
nocifs, et quand ils sont plus faibles, utiles et nourris-
sants aussi bien pour le malade que pour l'homme en

1. Bien que l'archétype de A et de M donne

récents depuis Ermerins préfèrent la correction de A^


voir déjà Coray (p. 130) qui, sans connaître la leçon de A", a
,
les éditeurs

conjecturé en rapprochant judicieusement de Maladies IV,


c. 49, Littré VII, 578, 16 (= Joly 105, 2). La fièvre n'est «ni

sans remède ni forte


que le sens passif de
)^ ( Il est vrai ).
«impossible à supporter», n'est pas
signifie

-
attesté ailleurs (dans la Collection hippocratique,
«stérile» à propos d'unefemme); mais le sens passif est attesté
pour d'autres adjectifs composés en : comp.
«difficile à supporter», à propos des souffrances; voir LSJ s. . 2.

La leçon n'est-elle pas une lectio difficiliorl


1

VIII, 2

£ £
, ' ,, €
fj
127

' ,,
5

,
10 , ||

. 3
588

15 IX. 1

,, , , .
'

Test. 9
supra, p. 97);
] cf.
cf.

Hsch
Erot.
s.v. (éd.
s.v. (M 10, éd.
Latte 604
Nachmanson,
= supra,
60, 4
p. 99).
=

AM ( A ''M
''
1 : A™"' add. A^*') || ait. :
||

M Dubner A
ait.
A^"'
:
' om.
M
|| 2

3
Zwing""»
:
||
in Littré II, p. l
:

:
:

||

(<660)
|| || ||

corr.
:
om.

^ ||
||

7
4
||
:

:
^- :
||

||
||

:
:

™"
'^"'''"
(-
: -
|| 5
et
in ras.
-- e
3
litt.) 8 om. A post add. Kuehiewein

-
|| ||
Il

scripsi : A™" (pr. -o- A*)M ||


Littré : A (-poî
A^) M || 9 A : M ||
M Erot. : A ||

post add. Gomperz || 10 A™''"' (-ai- A**') M : A || 1


'""''
:

™" (- add. **')


(-V

II
add.
14
^)
om. II

.\
:

15
(<)
||
13
^ (lege ):

||

-
:

^ (- )
: : ||
||

|| 17 : ||
(ait.) om. M.
.

128 ANCIENNE MÉDECINE


bonne santé —
la tâche serait aisée^. Il conviendrait en
,

effet, pour obtenir une ample marge de sécurité, de


conduire vers le plus faible^. 2 Mais, en
le régime
réalité, la faute n'estpas moins grande et le dommage
pour l'homme n'est pas moindre si on lui administre une
alimentation inférieure en quantité et en qualité à ce
qui convient. Car la faim impétueuse pénètre avec force
dans la nature de l'homme pour lui couper les jambes, le

rendre faible et le tuer^. Bien d'autres maux, différents


de ceux qui proviennent de la réplétion mais nullement*
moins redoutables, proviennent aussi de la vacuité^.
3 C'est pourquoi les tâches (du médecin) sont bien plus
diversifiées et requièrent une exactitude bien plus
grande*. Il faut en effet viser à une mesure' or il n'y a

;

pas de mesure pas plus du reste qu'un nombre ni


qu'un poids —
à quoi l'on puisse se référer pour
,

connaître ce qui est exact, si ce n'est la sensation du


corps*. Aussi est-ce un travail que d'acquérir un savoir
assez exact pour ne commettre que de petites erreurs en
deçà ou au-delà^. 4 Le médecin auquel j'adresserais,
pour ma part, de vifs éloges est celui qui ne commettrait
que de petites erreurs, la précision parfaite étant un
spectacle rare. C'est que la majorité des médecins me
paraissent subir le même
mauvais pilotes de
sort que les

navires^". De fait ces gens-là, quand ils commettent une


erreur en pilotant par temps calme, le font sans que l'on

1 L'auteur va insister dans les chapitres suivants


.
(c. 9 à 12) sur
la complexité de l'art médical (thème déjà indiqué à la fin du c. 7)

et sur la difficulté d'atteindre l'exactitude parfaite. Mais cela ne


saurait remettre en cause l'existence de l'art. Pour
... ... 8, comp. Platon, Phèdre 244
a 5 . . . . . .

On comprend (avec Radt, p. 85) le membre de phrase


comme une parenthèse développant

'
. .

. —

.
«Si la chose était aussi simple à savoir <si> tout ce qui est
trop fort nuisait». On sous-entendra donc devant
Il est probablement inutile de rajouter

pour supprimer l'anacoluthe.


ou
et
devant
.
IX, 1

— ,

2
€€€5
iSci
Se
€€5 €
,
'
128

9
,
.
.,
"

3
.
10

, ., '

'
,
||

590

.
,
15 4

,
— .

.
1

:
'
^
:
II
:

'°" (
3sq.
II

(<)
add.

||
"')
:

||

:
3
|| 2

*•"«
:
' :

''"''''
- :

|| 6
||

||

7 (cf. jam Coray) : M ||


(-- add.
2>*') : ||
^^' om. : || 8 om. || 9 scripsi :

|| om. || :

(<?) II
10 :

^'^^
'^"" (
add. ^"') II
: || :

|| : eras. et "'" || 1 1 : Reinhold ||

llsq.
:

:
^ (/ )
||
^' ||
:

:
||

|| 14
:
' ||

|| 13
12

' II
16
:

: - ||
:

||
:
||

; -
||
:
'

.
:
|| 17
|| 18
129 ANCIENNE MÉDECINE
s'en aperçoive mais quand ils sont pris par une forte
;

tempête et un vent qui fait dériver^, désormais il est


bien clair aux yeux de tous que c'est par leur ignorance
et leur erreur qu'ils ont perdu le navire. 5 II en est de
même aussi pour les mauvais médecins, qui sont les plus
nombreux quand ils soignent des malades qui n'ont
:

rien de grave et chez lesquels on ne saurait provoquer


rien de grave en commettant les plus grandes erreurs —
de telles maladies sont nombreuses et surviennent bien
plus souvent que les maladies graves —
eh bien donc
,

dans de tels cas^, ils peuvent commettre des erreurs


sans que les profanes s'en aperçoivent mais quand ils
;

tombent sur une maladie importante, violente et


dangereuse, alors leurs erreurs et leur ignorance de l'art
sont visibles aux yeux de tous car pour l'un comme
;

pour l'autre le châtiment ne se fait pas attendre


longtemps, mais bien vite il est là^.
X. 1 Que les troubles chez l'homme ne sont pas
moins graves quand ils proviennent d'une vacuité
inopportune que quand ils proviennent d'une réplétion
inopportune, c'est ce que l'on peut bien comprendre si
l'on se réfère aux gens en bonne santé. Pour certains
d'entre eux•*, en effet, il est bénéfique de ne prendre
qu'un seul repas —
régime qu'ils ont aménagé ainsi
pour eux-mêmes justement à cause de son caractère
bénéfique — et pour d'autres de prendre aussi un
,

déjeuner, en vertu de la même nécessité^. Car pour tous

— forme une parenthè-

)
La proposition
5.
se. Les parenthèses sont très fréquentes dans le traité, comme l'a
justement noté Radt (p. 87) à propos d'autres passages. La
proposition (M A)
: (se.

paraît être un raccourci d'expression. L'auteur veut dire :

«et à d'autres il est bénéfique de prendre (aussi) un déjeuner (et)


c'est pour la même nécessité (qu'ils ont adopté un tel régime)».

lors, «prendre le repas de midi» ()


Ceux qui prennent un seul repas prennent le repas du soir; dès
revient à dire qu'on prend
deux repas. Pour plus de clarté, j'ai ajouté «aussi» dans la
traduction.
IX, 4

, , '
-
129

5
'
*
5


,,
10 ,, '
— ,

",
'

.,
15

."

. 1

— ,
'

-
.
- 1 ^ :

:
- - || 2
||
' :

:
||

||
* :

^
||

™"
om.

- *)
II

II
4 ante
|| 2sq.
add.
:

|| 5
(
: - corr. in
|| 3
: -
et in
:

||

- :
:

||
||

om.
II

8 om.
|| 9
||
:

^- :
:
||

||
7
||
om. ||

scripsi
:

10 :
|| scripsi :

: - ||

11
^
:

om.
||

-
|| || ||

12 :
||
post add. ||

: || 13 :
|| :
||

^)
-
'"''''
15 : (-- e corr. 17

--
||

Reinhold
II
:

Kuehlewein :
scripserim
||18
||

'"""
:

: -
^
et -
:

II
in ras. A*

^
||

( )
:

:
||

.
18 sq.
Kuehlewein || 19 :
130 ANCIENNE MÉDECINE
ceux-là il mais non pour
est bénéfique de procéder ainsi,
ceux qui adoptent l'un ou l'autre de ces deux régimes^
par plaisir ou pour toute autre raison fortuite. 2 En
effet, pour la plupart des gens, quel que soit celui des
deux régimes qu'ils pratiquent, soit un seul repas, soit le
déjeuner en plus, il n'importe en rien de s'en tenir à
cette habitude il est des gens, en revanche, qui ne
;

sauraient être capables, s'ils s'écartaient du régime qui


leur est bénéfique, de s'en remettre facilement, mais il
survient chez eux, dans chacun des deux types de
régime, pour peu qu'ils en changent durant une seule
journée, et encore pas tout entière, un malaise extraor-
dinaire. 3 Les uns en effet, s'ils prennent un déjeuner

alors que cela ne leur est pas bénéfique^, aussitôt


deviennent pesants, lents de corps et d'esprit, et sont
pleins de bâillements, de somnolence et de soif. Et si, là-
dessus, ils prennent leur dîner, ce sont des vents, des
coliques, un flux de ventre^, et pour beaucoup c'est là
l'origine d'une grande maladie, même si la quantité de
nourriture qu'ils ingèrent en deux fois est identique et
nullement supérieure à celle qu'ils avaient l'habitude de
digérer* en une seule fois. 4 D'un autre côté^, si
l'individu qui a l'habitude de prendre un déjeuner,
alors qu'un tel régime lui est bénéfique^, vient à
supprimer son déjeuner, il éprouve, aussitôt qu'en
est passée l'heure, faiblesse étrange, tremblement, éva-

4. Le verbe signifie littéralement «dépenser» les


aliments, «consumer». Cela correspond à notre français
les
«digérer», étant bien entendu que la digestion implique, pour
l'auteur, des idées différentes des nôtres; sur le processus de
digestion selon l'auteur, voir cil, 131, 16 avec la note ad loc.
La leçon de M ... est une leclio difficilior par
rapport à <â> ... de .\ comparer à la fin du c. 3
;

avec la note ad loc. Littéralement «les aliments


:

qu'ils avaient l'habitude de digérer..., ces mêmes aliments». C'est


une manière d'insister sur l'identité.
5. Pour la dissymétrie oi ... . voir Kûhner-Gerth,
Ausfûhrliche Grammatik .... II. 2. p. 265 .\ 2.
, 130

»,

'

€,.,
€€
||

'
2
€'•€ €€
€€
-
592

€,

eioî

Tiv€S €|
€€5
€6 6. '
, '

|
.
,
,
3 01 ,

,] Test. 13 cf. Erot. s.v. ( 1, éd.


,
Nachmanson 90,2
4 ,

sqq.
supra, p. 96).

^ - )
1 A : M ||

' - A :

Reinhold
M ||
(-

-- -
: :

Wilamowitz ||
2 Si' (ait.) om. M ||
AM^ : M ||

3 M : A A : M 4 A :

-
|| ||

M ||
M : A ||
M : A
Langholf || 5 A : M ||
M : A ||
A :

M ||
A"'" (-- in ras. A*) M : A || 7
M A (sed ras. supra -v) A M 8
A :
:

- M ||

A* (- M - A A :

A) :
M
||

||

M
:

AM^ :
||

M ||
9

j\4mg iQ : A™'''' (ait. -o- add.


II ||

A"') : A (corr. in al. manu) M


(sed. - in ras. M^) ||
A' : A M || A :

M ||
scripsi : AM ||
11 ante om. M || 13
A^M^ AM 14 IH'' (cf. 131, 9)

-
: :
||

A A' M ||
A : M ||
om. M ||
15
om. A II
â om. A ||
A : M || 16 A :

M A M 17 M A A

-
: : :
|| || ||

M || A : M Radt (coll. 130, 10) ||

post add. A || 18 AM : M^.


131 ANCIENNE MÉDECINE
nouissement^ en plus de cela, les yeux sont creux,
;

l'urine est plus jaune et plus chaude^, la bouche amère ;

et il lui semble que les viscères pendent; il y a ver-


tige, abattement, incapacité au travail^. Voilà tous les
symptômes qui Et quand il se met à
se manifestent^.
dîner, la nourriture est moins agréable et il ne peut pas
digérer tous les aliments qu'il prenait auparavant à son
dîner du temps où il déjeunait. Ces aliments eux-mêmes,
dont la descente s'accompagne de coliques et de gar-
gouillements, brûlent le ventre^. Ces gens dorment mal
et ont des rêves agités et tumultueux®. Et même chez
beaucoup d'entre eux c'est là l'origine d'une maladie.
XI. 1 II faut examiner par quelles causes ces
accidents leur arrivent. Pour celui qui a l'habitude de
ne faire qu'un seul repas, c'est, je pense, parce qu'au
lieu le temps suffisant pour que son ventre
d'attendre
puisse tirer complètement profit des aliments ingérés
la veille, les dominer, se vider et avoir du repos, il a

introduit en sus de nouveaux aliments dans un ventre


qui était en ébullition et en fermentation'. Chez de tels
individus, le ventre cuit les aliments beaucoup plus
lentement et a besoin d'un temps plus long de relâche
et de repos. 2 Quant à celui qui a l'habitude de prendre

3. Contrairement à ce que pense E. Fraenkel, «Zur Geschichte


der Verbalnomina auf --, -.
Eine wortgeschichtliche Unter-
suchung», Zeilschrift f.
vergleich. Sprachforschung, XLV, 1913,
p. 179, n. 1, la leçon de M n'est pas la ledio difficilior;
c'est une faute d'onciale pour voir Nolice, p. 89.

;
;

),, ,
Comparer Régime dans les maladies aiguës, c. 9, Littré II, 288,
4 sq. (= Joly c. 30, 49, 3) cf. aussi App. c. 18,

Littré II, 482, 3 (= Joly c. 44, 88, 24) ;


voir
Notice, p. 65 sqq. Il faut lire soit dérivé de avec
M^, soit (dérivé de et non de A qui est
vraisemblablement un pseudo-ionisme.
4. La phrase (se.

de symptômes qui précèdent, alors que


)
reprend les deux catégories
(131, 1)
reprenait la première catégorie En apparence inutile (Wilamowitz
la supprime), cette phrase insiste sur l'accumulation des malaises
énumérés.
,4
€,

||
,
"
,
,
,,,, '


,,
131

5
'

, 594

10 . '

. XI. 1

15
'
. 2
'

(
,
ante
II
1

)
add.
:

' (- )
scripsi
|| 3

:
||

, :
Kuehlewein
Kuehlewein
:

:
|| 2

* ||

(corr. in
3sq.
||

^), 4 seci. Wilamowitz 5


(-
|| ||

om. ||
^ : ||
(sed

(cf.
e corr.) :

||

Littré)
^ || 7
: ||

(<06)
:

Kuehlewein
8
^^
:

^
||

-*
:

-
||

) : || ait. om. || 9 :

: * : 1 1

-
II || ||

: : 12
-
|| ||

Kuehlewein 13

(<) -
: : :
|| ||

II
: ||
14 : ||

^ || 18
|| 16
:
Littré :

.
132 ANCIENNE MÉDECINE
aussi un déjeuner^, c'est parce que son corps n'a pas,
au moment où il a eu besoin de nourriture, et où il
avait dépensé le repas précédent et n'avait plus rien

de quoi tirer profit, reçu aussitôt l'apport d'une


nourriture nouvelle^. Il dépérit et se fond sous l'effet
de la faim; car tous les maux dont je dis qu'un tel
homme souffre, je les attribue à la faim^. 3 Et j'affirme
même que tous les autres hommes qui, jouissant d'une
bonne santé*, resteront sans manger pendant deux ou
trois jours, souffriront des mêmes maux que ceux que
j'aiprécisément mentionnés dans le cas des individus
privés de leur déjeuner^.

XII. 1 De telles constitutions, qui se ressentent


promptement fortement des erreurs (de régime)^, je
et
dis, pour ma part, qu'elles sont plus faibles que les
autres. Le faible est celui qui se rapproche le plus du
malade, mais le malade est encore plus faible, et il lui
revient de souffrir davantage à chaque fois qu'il s'écarte
de la juste mesure'. 2 II est difficile, quand une telle
exactitude est exigée de l'art, datteindre toujours la
plus grande précision. Et pourtant, bien des aspects de
la médecine, dont il sera question, parviennent à un

tel degré d'exactitude^. Je prétends donc qu'il ne

2. La place de dans les deux manuscrits anciens


la négation
est très différente avant la subordonnée
: dans M, en tète
de la principale dans A. Les éditeurs se partagent Littré et :

Gomperz suivent M. tandis que Ermerins. Reinhold, Kuehlewein,


Heiberg, Jones^-^, Festugière suivent A. Il est possible que ces
deux leçons renvoient à un archétype qui avait la négation aux
deux endroits. La reprise de la négation conviendrait bien à la

à Colone. v. 587 où : ,,
vivacité du ton du discours. Pour deux négations qui se
reprennent et se renforcent, voir, par exemple, Sophocle, Œdipe
.
Pour d'autres exemples
où les deux négations sont plus éloignées, voir Kûhner-Gerth,
Ausfùhrliche Grammaiik .... II 2, p. 204-206. Par prudence, j'ai
conservé la leçon d'un des deux manuscrits, en l'occurrence celle
de M qui est la ledio difficilior.
3. Selon le

104, 5), «la faim est


traité des
une maladie» (
Venh, c. 1. Littré VI. 92, 6 (= Jouanna
).
€$
,
XI, 2 132

,
5
. 3
' '

.
.' ,
|

-
,
10 XII. 1 596

,
. ,
15

. '
2
. ,
Test. 15-17
Nachmanson, 11, 7-10

= supra,
] p. 95).
Erot. s.v. ( 4 éd.

1 A™"'M : pr. -- in ras. .\^ \\ M : .\ || 2

II
:
A
||
:

^ Zwing""^
:
||

||
3 ante

7
|| 4
add.

om.
'
||
||

: 8 : (sed ras. supra )


^
||

)
: : ||

(<0)
|| ||

* (- .\) 10 (ait.) om. M 11


-
: || ||

(sed eras.) :

-
- -
||

13
II

Erot.
:

Radt
||

^
||
: - :

|| 15
:
|| 14

||
:

16
: //
||

':
||

om.
:

Erot. ]|
: || 17 : \ \\

: Erot. ||
» : || 18 : .
133 ANCIENNE MÉDECINE
convient pas de croire que l'ancienne médecine n'existe
pas et n'est pas l'objet d'une bonne méthode de
recherche, et, partant, de la rejeter en s'appuyant sur
la raison qu'elle ne possède pas l'exactitude dans tous

ses aspects, mais qu'il convient bien plutôt, pour la


raison qu'elle est capable, à mon sens, de s'approcher
tout près^ de la précision la plus grande à l'aide du rai-
sonnement après être sortie d'une profonde ignorance,
d'admirer les découvertes obtenues par une méthode
bonne et correcte, et non sous l'effet du hasard^.
XIII. 1 Je veux revenir à la théorie de ceux qui
adoptent une nouvelle méthode dans leurs recherches
sur l'art en partant d'un postulat^. Admettons que c'est
un principe chaud, froid, sec ou humide qui est la cause
du dommage chez l'homme, et qu'il faille, pour soigner
correctement, porter secours par le chaud contre le
froid, par le froid contre le chaud, par le sec contre
l'humide, et par l'humide contre le sec. Qu'on me
choisisse alors un homme, non parmi ceux qui ont une
constitution forte, mais parmi ceux qui l'ont plutôt
faible qu'il mange des grains de blé ramassés sur l'aire,
;

crus et sans préparation, ainsi que des viandes crues, et


qu'il boive de l'eau. En suivant ce régime, il sera
victime, je le sais bien, d'accidents multiples et graves;
effectivement il éprouvera des souffrances, son corps
sera sans force, l'état de son ventre se détériorera et il
ne pourra pas survivre longtemps*. 2 Quel secours faut-
il donc ménager à un homme dans un pareil état? Le

4. L'auteur propose une expérience en pensée pour mettre ses


adversaires dans l'embarras. Il réunit toutes les conditions pour

que l'homme tombe gravement malade constitution faible et


:

régime fort. Le régime qui lui est imposé est comparable à celui
des premiers hommes avant la découverte de la «diététique» (cf.
c. 3) absence de préparation
: ()
et de cuisson (... ).
L'auteur considère que l'eau est une boisson plus néfaste que le

l'eau par le vin (134, 6 )


vin, puisqu'il conviendrait normalement, selon lui, de remplacer
pour que le malade retrouve la santé.
Il est certain que l'eau pure non bouillie était, dans l'Antiquité,

plus dangereuse que le vin, car elle véhiculait les causes de


nombreuses maladies.
XII, 2

, , - 133

5 |
.
|| 598

XIII. 1

.
10

,, | ,
, ,
*

15
'
.
"

'

20 ' ; 2
|
- --1

(<?)
|| 7
:
:

||
||
Wilamowitz Radt

Coray Ermerins
|| 2

:
:
^
secl.
:
:

||3
Ermerins
|| 1 sq.
||

||

||
^
6
8
||
:
""*

'
:

||

: :
||

(ait.) ^
Kuehlewein

2 :
|| 9
II
om.
12
||

^^ :
:

||
|| 11
(pr.) ^om.
:
||

?
: (ait.) : || :
* ||13
^
II

15
^
: : :
|| ||

*
||

|| 17
om. ||

^' (? )
16
:
Kuehlewein
|| 18
:

]
19 scripsi 20
'
: || :
||

:
|| : ^ ' ||

-- eras. in A ||
20-1 p. 134 : .
134 ANCIENNE MÉDECINE
chaud ou le froid, le Il est évident que
sec ou l'humide?
c'est l'un de ces principes; car cause du dommage
si la

est l'un ou l'autre d'entre eux, c'est par son contraire


qu'il convient de la supprimer, conformément à leur
théorie^. En fait, le remède le plus sûr et le plus évident
consisterait à supprimer le régime dont il usait en lui
donnant, à la place des grains de blé, du pain et, à la
place des viandes crues, des viandes bouillies et en lui
faisant boire, après cela, du vin^; ce changement ne
manquerait pas de lui rendre la santé, à condition bien
entendu que son état ne soit pas complètement détérioré
par un (mauvais) régime prolongé. Que dirons-nous
donc? Qu'il souffrait à cause du froid et qu'en lui admi-
nistrant le régime chaud en question on lui a été utile^?
Ou que c'est le contraire? 3 Je pense, pour ma part,
avoir mis dans un grand embarras la personne interro-
gée*. Car celui qui prépare le pain, est-ce le chaud ou le
froid, le sec ou l'humide qu'il a retranché des grains de
blé? En fait, ce qui a été soumis au feu et mouillé avec
de l'eau^ et qui a subi bien d'autres opérations dont
chacune possède une propriété naturelle particulière,
a perdu certaines de ses qualités premières, mais s'en
est adjoint d'autres par tempérament et par mélange.

2. Au début de la phrase, la particule se comprend par


référence à une idée sous-entendue (je dis «conformément à leur
théorie», car le remède le plus sûr...). Pour cet emploi de
J. D. Denniston, The Greek
, voir
articles ..., p. 61 sq. Il n'y a pas lieu
de changer en avec Wilamowitz.
La véritable thérapeutique consisterait, selon l'auteur, à

(.)
remplacer un régime fort par un régime faible, en tenant compte
des découvertes de la diététique.
3. Le passage de la première à la troisième personne du pluriel
— a paru surprenant à Radt (p. 93) qui corrige
en
ambiguë («on» ou
V
«ils»,
personne du pluriel
.
Mais la 3•" personne du pluriel volontairement
les adversaires) sert de transition entre la
désignant l'auteur et son public et
la S*"""" personne du singulier désignant un adversaire

Par un subtil glissement, on passe de «nous» à «il» par


l'intermédiaire de «on».
XIII, 2

CTCpov,
.

cî €, 134

5 , , ,, '

.; ; || -
10

.
; ,^)
3
600

15

, .- ,

' Test. 5

1 :
— ] cf. Bekker, Anecdota

(<)
(sic) •
graeca

""»
.
, 169

||
post
:

add. Zwing'"^' || 2 :
||

3 om. 4 : || 5 : 6
*
II ||

""" (-
'^'-'-
:
:
-- in ras.
||
||

* in ras. A*)
:
:
' M
||
|| 7
:
||

add.
:

2
||
10

Reinhold Wilamowitz
||

Radt ||
11
:

: -^ ||

||

:
||

-
om.
:

||
||

post
12
:
9
||

om.
|| ||

II
:
|| 14 :

^
||

(pr.) om. A || add. Reinhold || :

|| 15 Heiberg :

* || :
||

16 ante add. post add.


-
:

*
II || ||

16 sq. 17 om.
(<)/1|
: || :
||

om. .
135 ANCIENNE MÉDECINE
XIV. Car je sais également, bien sûr, que le pain
1
agit différemment sur le corps de l'homme suivant qu'il
est fait de farine pure ou mêlée, de blé non mondé ou
mondé, suivant qu'il est pétri avec beaucoup d'eau ou
peu, fortement pétri ou non pétri, bien cuit ou presque
cru, ou suivant mille autres préparations en plus de
celles-là^. Il en est de même également de la galette
d'orge; dans ce cas aussi, les propriétés de chaque pré-
paration ont un grand pouvoir et l'une de ces propriétés
ne ressemble en rien à l'autre^. 2 Celui qui n'a pas exa-
miné ces questions ou qui, tout en les examinant, n'en
possède pas le savoir, comment pourrait-il connaître la
moindre des affections qui atteignent l'homme^? Car
par chacune de ces préparations l'homme est affecté et
se modifie de telle ou telle façon, si bien que toute sa
vie en dépend, qu'il soit bien portant, convalescent
ou malade. Il n'existe donc aucun savoir qui soit plus
utile ni plus nécessaire que celui-là, c'est sûr. 3 Et
comme* pour avoir mené leurs recherches, suivant
c'est
une bonne méthode et un raisonnement approprié, en
conformité avec la nature de l'homme que les premiers
à faire ces découvertes les ont faites^, ils pensèrent
même que l'art méritait d'être attribué à un dieu, ce
qui est effectivement la croyance usuelle*. Estimant en
effet que ce n'est pas le sec ni l'humide ni le chaud ni
le froid ni aucun autre de ces principes qui cause du

5. Pour ces premiers inventeurs de la médecine, voir déjà le


c.

6 sq. .
5; comparer aussi les inventeurs du régime en santé, c. 3, 122,
La méthode est identique
elle consiste dans les deux cas à adapter le régime à la nature
:

humaine.
6. Si le traité date bien du v"" siècle, il s'agit plus vraisem-
blablement d'Apollon que d'Asclépios. Dans le Serment, Apollon
est invoqué avant Asclépios (Littré IV, 628, 1 : «Je jure par
Apollon médecin et par Asclépios»). Notre auteur, tout en se

voir J. Jouanna, « Ippocrate e il sacro»,


p. 91-113.
,
prononçant clairement pour l'origine humaine de l'art médi-
cal, paraît respecter la croyance traditionnelle dans l'origine
divine. Cette attitude semble caractéristique des «.\sclépiades» ;

XII, 1988,
XIV, 1 135

XIV. 1 € €€
€€ --
5
'
, . ".
<)
'

, 2

10 ;' ,
' . .
15

|| ,, . 3

602

Test. 3
13 sq.
A
=
supra, p. 96); Ga\. Gloss.,
2 supra, p. 97 sq.).
] cf. Erot. s. . (A 60 éd. Nachmanson 19,
. {ea. Kùhn XIX,85, 4sq.=
s.

1 A
A
:

:
M II 2
M ||
M
A
: - :
A || 4
M
add. Ermerins 5
6 ||A*M
||

A || 8è om. A || 7 M : A || M : A ||

?
y^corr]y[
_Q^. A* in ras. A M 8 A M
(<6)
.
: :
Il || ||

^ M : otS' A
* A* || 9 M :
||

^ '-
ante add.

-
:
|| :
|| ||

:
*"* || 10 :

.)
- :
II
11

14 ' ||
:

:
|| 13
16
||

om.
om.
||
(lege

**
: : :
|| || || ||

: || 17 :
|| : .
,

136 ANCIENNE MÉDECINE


dommage l'homme
à —
ou dont l'homme a besoin —
mais ce qui, en chaque aliment, est fort et surpasse la

nature humaine, estimèrent donc que ce qui était


ils

nuisible, c'était ce que la nature humaine ne pouvait


pas dominer, et voilà ce qu'ils cherchèrent à retran-
cher^. Or, ce qu'il y a de plus fort, dans le doux, c'est le
plus"3oux, dans l'amer, le plus amer, dans l'acide, le
plus acide, et dans chacune de toutes les substances pré-
sentes^, le degré extrême. 4 Car ils voyaient que ces
substances étaient égalem^e^nt présentes dans l'homme et
qu'elles l'incommodaient. Il y a en effet dans l'homme
du salé, de l'amer, du doux, de l'acide, de l'acerbe^, du
fade*, et mille autres substances possédant des proprié-
tés diverses sous le rapport de la quantité et de la
force^. Ces substances, tant qu'elles sont mélangées et
tempérées l'une par l'autre, ne sont pas manifestes et ne
font pas souffrir l'homme; mais quand l'une d'entre
elles se sépare et devient manifeste et
s'isole, alors elle

fait souffrir l'homme^ 5 D'autre part, en ce qui


concerne les aliments, tous ceux qui ne nous sont pas
appropriés et incommodent l'homme quand ils sont
ingérés sont, chacun pris à part, de l'amer intempéré ou
du salé ou de l'acide ou toute autre substance intempé-
rée et forte ; et c'est la raison pour laquelle nous som-
mes dérangés par les aliments comme par les substances
qui se séparent à l'intérieur du corps'. 6 En revanche
tout ce que l'homme mange ou boit (régulièrement).

.
3.
souvent,
et
une fois
Le terme revient
la
six fois

Alors que A donne toujours la forme


(ici) et cinq fois

10; 16; c. 24, 153, 13). En théorie,


dans
confusion est grande dans les manuscrits entre

(c. 15,
M donne
138, 5; 9;
s'applique au goût
,
le traité, et, comme il arrive

et signifie «acerbe»; mais comme ce qui est acerbe est resserrant


et desséchant
c.

«les
(cf.,

55, Littré VI, 264, 24


dans la Collection

aliments acerbes dessèchent et contractent le corps»),


hippocralique,
,
Affections,

les

confusions ont pu se faire entre «acerbe» et


«resserré, dur».
€ € € -
XIV, 3 136

5
'
,
, € .,,
4
€ € oùScv

€,
€€.
outc

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604

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4 :

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^ edd. :

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scripsi :

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II ||

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: || 6 "* :

7 8 om.
(<)
: : ||
|| || ||

10
^'
:

-
; ||

|| 14
16
|| 12
:

Kuehiewein
- :

||

:
|| 13
:

post
|| 15
:

-
:


|| ||

iteravit (14) sed expunxit A* ||


17 :

18 om.

-
: : ||
II || ||

: || 18 sq. : delev. Reinhold || 19 post


(pr.) add. M ||
pr. om. M || 20 A : M 21 ||

om. M.
137 ANCIENNE MÉDECINE
de tels aliments participent manifestement moins que
tout autre à une telle humeur intempérée et prédomi-
nante, comme par exemple le pain de blé, la galette
d'orge et autres aliments analogues^ dont l'homme a
l'habitude d'user en très grande quantité et journelle-
ment, à l'exclusion de ceux qui sont assaisonnés et pré-
parés en vue du plaisir et de la satiété^. Ces aliments,
bien qu'ils pénètrent en très grande quantité en
l'homme, causent, moins que tout autre, trouble^ et
séparation des qualités contenues dans le corps, et plus
que tout autre, force, accroissement et nourriture, pour
cette seule raison* qu'ils sont bien tempérés et ne
contiennent rien ni d'intempéré ni de fort, mais forment
dans leur totalité une unité simple^.
XV. 1 Pour ma part, je me demande avec perplexité
comment les gens qui professent cette thèse-là, et qui
conduisent l'art hors de la présente voie vers un
postulat, peuvent traiter les malades en conformité
avec ce qu'ils postulent.. Car ils n'ont pas découvert,
je pense, quelque chose qui soit chaud, froid, sec ou
humide, en soi et à part soi, sans être associé à aucune
autre sorte de qualité^! Mais je pense pour ma part
qu'ils ont à leur disposition les mêmes aliments et les
mêmes boissons que ceux dont nous usons tous. Seule-
ment, ils assignent à l'un la qualité d'être chaud, à

1. Pour l'expression
contexte analogue Platon, République lïl 406 d
, . comparer dans un

.
du
2. C'est
plaisir,
la deuxième fois
car elle est nuisible à

,
que l'auteur condamne
la santé; cf. c. 5,
la recherche
124, 7

,
C'est
22
Le terme
le
111
contraire du
, ,
ne signifie pas autre chose ici que la «satiété».
de la «faim». Comparer Heraclite DK

maladie rend la santé agréable et bonne, la faim


«la
rend la satiété agréable et bonne, la fatigue rend le repos agréable
et bon». .Aussi des traductions telles que «pour flatter... la
sensualité» (Littré) ou «pour exciter... son appétit» (Festugière)
relèvent-elles plus de l'imagination que de la raison.
XIV, 6 137

5 ,, |

, [,]., '
'

'
10

XV. 1 '

15

. , ,| '

' 2 ''
, ||
606

- 1 Se :
'
3
II

:
:

4
Ermerins 2
Reinhold
|| :

-
:

.)
II ||

|| :
|| (lege :

: 6 : 7
^
|| || :
II ||

om. || 8 :
|| : || 9
post add.
'M 10 (pr.)

-
|| :
||

om. M II
(ait.) A :
||
1 1 A""M : A ||

A M AM M^
:

M
A :
||

M (<?) delev. Reinhold

M^ 15
|| 14
|| 12 oi

Reinhold
A
:

:
|| 13

(
|| :

M ||
ante add. M || 16 M : A || 17
M : A A"'* || A'"^ : M || 18 A :

M M"* ||
post add. A ||
A''"*

A) : M || Reinhold : A' (-oi- in ras.)


M II
19 A : A"* M || (pr.) AM :

A'"" {-6 add. A^^') ||


M : A || (ait.) AM : add. A*^'.
138 ANCIENNE MÉDECINE
l'autre d'être froid, à tel autre d'être sec et à tel autre
d'être humide. Car c'est à coup sûr une impasse que de
prescrire au malade de prendre quelque chose de chaud ;

aussitôt en effet il demandera : «quelle chose?», si bien


qu'ils seront contraints de divaguer ou de recourir à
l'une de ces choses chaudes qui sont connues^. 3 Mais
s'il est vrai que telchaud se trouve être acerbe, tel autre
chaud fade, et que tel autre chaud se trouve causer
des troubles^ — il existe aussi bien d'autres variétés
de chauds qui ont bien d'autres propriétés opposées
entre elles —
assurément il ne sera pas indifférent^
,

d'administrer tel d'entre eux, le chaud acerbe, ou le


chaud fade, ou du même coup le froid acerbe (cela
existe aussi), ou le froid fade. 4 Car, à ce que je sais
pour ma part, c'est un effet tout à fait contraire qui
résulte de chacune des deux variétés*, non seulement
sur l'homme, mais aussi sur le cuir, le bois, et bien
d'autres corps qui sont moins sensibles que l'homme^.
Car ce n'est pas le chaud qui possède une grande
propriété, mais l'acerbe et le fade, ainsi que toutes les
autres substances que j'ai mentionnées*, qu'elles soient

5. Les êtres, animés ou inanimés, différent par leur degré de


«sensibilité» (),
c'est-à-dire par leur degré de réaction aux
différentes qualités, acerbe, fade, etc.
128, 13
que les animaux, et les
). animaux
Les
(cf.

hommes
le

plus sensibles que


le cuir ou le
commentaire à c. 9,
sont plus sensibles

bois. Du reste, à nature humaine, il y a des


l'intérieur de la

degrés de «sensibilité» les hommes bien portants sont moins


:

sensibles que les malades, et à l'intérieur des hommes bien


portants, les uns sont plus sensibles que d'autres. Plus un être
est «sensible», moins il est résistant. En prenant ici l'exemple du
cuir ou du bois qui sont moins sensibles que l'homme, l'auteur
avance un argument a fortiori; mais on aimerait savoir ce qu'il
a effectivement observé sur le cuir ou sur le bois.
6. L'auteur fait référence à l'énumération du c. 14, 136, 10 sq.
En plus de l'acerbe et du fade, il avait cité le salé, l'amer, le doux
et l'acide comparer aussi à la fin du traité l'énumération du c. 24,
;

153, 10-13 doux, amer, salé, acerbe et acide.


:
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XV,

€ € 2 138

,. ,
bk |, € '
èuci €

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.
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10

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4

. —

15 ,
19, 15
Test.
= supra,
6 ] p. 96).
cf. Erot. s. . (A 61 éd. Nachmanson

1 AM : A™"'' (- add. A**') ||


(pr.) AM : add.
A**' Il
AM : A™" (- add. A**') || (ait.) M : A ||

AM : A™"' (- add. A**') ||


AM''"" : M || 2
A™" (-ai add. A**') M A M A
-
: :

--
|| ||

3 M : A A^ ||
post add. M i|
AM : A^ ||

A : M || 4 A : M || A :

M
A
7sq.

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II

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9
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M
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*""^
II

^)
7

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:
M

scripsi
om.
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*
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M
(ait.)

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8

om.
Kuehlewein
om.

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M
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6

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A
A om. M

Ermerins
M :

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II ||

|| ante add. || 10 ante add.


™"
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13
II
12 '
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'
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||
? :

:
||

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||
11

14
: -' :

:
||

II
15 : || 16 : || om. .
139 ANCIENNE MÉDECINE
dans l'homme ou hors de l'homme, prises sous forme
d'aliments et de boissons ou appliquées de l'extérieur
sous forme d'onguents et d'emplâtres.
XVI. 1 J'estime pour ma part que le froid et la
chaleur sont, de toutes les propriétés, celles qui ont le
moins de pouvoir dans le corps, pour les raisons que
voici^. Aussi longtemps, bien entendu, que le froid et le
chaud restent ensemble dans le corps mélangés l'un
avec l'autre, ils ne causent pas de souffrance; car le
froid est tempéré et modéré par le chaud, et le chaud
par le froid^. Mais quand l'un des deux se sépare et se
tient à l'écart, alors il cause de la souffrance. 2 Toute-
fois, en cet instant critique, dès que le froid survient et

cause quelque souffrance à l'homme, en toute hâte, de


ce seul fait, le chaud venu de l'intérieur même de
l'homme se présente en première ligne, sans qu'il ait
besoin d'aucun secours ni d'aucun préparatifs. Et cette
intervention, le chaud la mène à bien chez les gens en
bonne santé comme chez les malades*. 3 Par exemple,
si un individu en bonne santé veut en hiver refroidir son

corps soit en prenant un bain froid, soit de quelque


autre façon, plus fortement il l'a refroidi et à —
condition toutefois que son corps ne soit pas complète-
ment gelé —plus intensément encore et plus fortement
,

son corps se réchauffe une fois qu'il a remis ses


vêtements et regagné un abri^. 4 D'un autre côté, s'il

4. Le sujet de est le chaud «qui mène à bien» son


expédition, et non le froid (trad. de Festugière).
La distinction faite entre gens en bonne santé et gens ma-
lades sert de principe d'organisation dans les exemples qui vont

santé (cf. 139, 16 ),


suivre. La première catégorie d'exemples concerne les gens en

malades (cf. 140, 16 sq. ).


tandis que la seconde porte sur les

XV, 4

€ €
- 139


èv

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XVI.


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17
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20
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om.
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om. ||

scripserim
- : ^.
seclus.
^'"'

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||
19
(. supra

:
134,
:
140 ANCIENNE MÉDECINE
veut se chauffer fortement soit par un bain chaud, soit
par un grand feu, et, après cela, remettre le même
vêtement et rester dans le même local que quand il
s'était refroidi, manifestement il aura bien plus froid
et, par ailleurs, frissonnera bien davantage i. 5 Ou
encore, si quelqu'un qui s'évente à cause d'une cha-
leur étouffante et se procure à lui-même du froid
de cette manière, vient à cesser de le faire, la chaleur
brûlante et étouffante sera pour lui dix fois plus intense
que pour celui qui ne fait rien de tel^. 6 Voici main-
tenant une preuve encore plus forte^ tous les gens
:

qui, pour avoir marché dans la neige ou par quelque


autre temps glacial, ont eu particulièrement froid aux
pieds, aux mains ou à la tête, quelles souffrances
n'endurent-ils pas la nuit, quand ils sont enveloppés
dans leurs couvertures et sont à l'abri, à cause de la
chaleur brûlante et de la démangeaison*! Chez certains
même, des phlyctènes surgissent, comme chez ceux qui
ont été brûlés par le feu. Et ils n'endurent pas ces
souffrances avant de s'être réchauffés. Telle est donc la
diligence avec laquelle chacun de ces deux principes se
présente à l'encontre de l'autre*. Et je pourrais citer
mille autres exemples. 7 En ce qui concerne les
malades, n'est-ce pas chez ceux qui sont pris de frissons

2. Après l'expérience faite en hiver (139. 16 ), ).


expérience faite en été par une chaleur étouffante (140, 5
voici une

Ici encore le froid


restitution de
() est suivi de l'arrivée du chaud. La
(Ermerins) correspond au style attendu dans
l'exposé des expériences non seulement dans Ancienne médecine
(cf. précédemment
l'ensemble de la Collection
et
hippocraiique.
), mais aussi dans
La protase introduite par
(-1- ind. ou optatif) ou par (-|- subjonctif) énonce les
conditions de l'expérience, tandis que l'apodose à l'indicatif en

.
donne les résultats voir G. Senn, « Uber Herkunft und Stil der
;

Beschreibungen von Experimenten im Corpus Hippocraiicumo.


Sudhoffs Archiv, XXII, 1929, p. 260-268 (surtout les tableaux
p. 266-267). Comme le remarque Dihie. p. 144, le pléonasme
(moyen) se rencontre ailleurs dans la
Collection hippocraiique. On préférera le moyen de .\ à l'actif de M
à cause de la paromoiose ...
, €€ ,
. €
XVI, 4 140

€ €

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5 <6Î> 610

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add. Ermerins : sed -- supra -- add.


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Kuehlewein : ||
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II

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|| ||

II
: Kuehlewein ||
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Kuehlewein)
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II

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II

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13

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||
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||
om.
™''''•
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||

II
17 : || : ||
scripsi :

||
Reinhold : .
141 ANCIENNE MÉDECINE
qu'éclate la fièvre la plus aiguë — fièvre qui n'est
pourtant pas aussi forte (qu'il y paraît), mais même
cesse en peu de temps et se révèle, d'ailleurs, générale-
ment inoffensive? Et tout le temps que le frisson est
présent, elle est très chaude ;
puis, traversant tout le
corps, elle se termine le plus souvent aux pieds,
là où
précisément le frisson et le refroidissement ont eu le
plus de vigueur et sont demeurés plus longtemps
qu'ailleurs^. Inversement, lorsque le malade a transpiré
et que la fièvre s'est éloignée, il se refroidit beaucoup
plus que ne l'avait pas saisi tout d'abord^.
si la fièvre
Dès lors, d'un principe face auquel se présente avec
autant de hâte le principe qui lui est le plus opposé et
qui lui enlève spontanément son pouvoir, que pourrait-
on attendre de grand ou de redoutable? Qu'est-il besoin
d'un puissant secours contre lui?

XVII. 1 Quelqu'un pourrait objecter: «Mais ceux


dont la fièvre est due aux causus, péripneumonies, et
autres maladies graves, ne se débarrassent pas rapide-
ment de la chaleur, et dans ces cas-là le froid ne se pré-
sente pas à rencontre du chaud^.» 2 bien, moi, je Eh
pense disposer là d'une très grande preuve que, si ces
gens ont de la fièvre, ce n'est pas simplement à cause du
chaud et que ce principe ne saurait être à lui seul la
cause de l'affection*, mais qu'il y a conjointement de
l'amer et du chaud, de l'acide et du chaud, du salé et du

3. Aucun des manuscrits anciens n'a conservé la bonne leçon,

aisément (corruption de
de entre et
en
,
mais la comparaison des deux variantes permet de la restituer

,
dans A, entraînant l'adjonction
déplacement de dans M). Cette
restitution, qui est confirmée par la comparaison avec le c. 16,
140, 15 a été faite dès le
xvi•" s.par Cornarius (suivi par Zwinger) dans sa traduction latine
(«neque adest hic frigidum adversus caiidum»), et au xix*' par
Coray, p. 152 ( ).
Elle n'a pas eu le succès
qu'elle méritait dans les éditions modernes. La leçon fautive de A
est adoptée par Littré, Ileiberg, Jones*, Festugière. Jones^ offre le
bon texte, qu'il attribue à Cornford (= F. M. Cornford, « Emenda-
tiones in ...», Proc. Cambi . Philol. Soc. CLXXVIII, 1941/45,
p. 22 sq.); il a échappé à Cornford et à Jones que c'était déjà le
texte de Kuehlewein.
XVI, 7 141

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5

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Jones^ Il

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Ermerins ||
om. || 8 :
|| 9
Reinhold 10

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Ermerins : (pr.) :
|| : || 1 1

^
||

- :

Ermerins

Corn. [Lat.]
||

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ante
*
||

add.

Kuehlewein
: -
Kuehlewein
|| 14
(cf.
:

||

frigidum adversus calidum


Coray) :
13
|| 12 post

^ : - ||
add.

15
"
:

II
19
|| 17 om.
||

:
16
||
18 ' :

||
19-
||

.
||

142.1
om.

om. .
142 ANCIENNE MÉDECINE
chaud, et mille autres combinaisons le froid à son —
tour étant associé à d'autres qualités. 3 Ce qui cause
donc le dommage, ce sont ces qualités-là^; c'est en
auxiliaire que le chaud est présent aussi, participant à
la force dans la mesure où le principe qui dirige en

possède^, s'exacerbant et s'accroissant avec lui, mais ne


possédant aucune puissance plus grande que celle qui
lui est propre.
XVIII. 1 II est clair qu'il en est ainsi d'après les
exemples suivants^. Pour commencer, venons-en aux
cas les plus manifestes* dont nous faisons tous souvent
et continuerons de faire l'expérience. 2 Tout d'abord,
chez tous ceux d'entre nous qui ont un coryza avec
déclenchement d'un flux par les narines^, ce flux, (étant)
généralement plus acre que celui qui existait aupara-
vant et qui sortait par les narines chaque jour, fait que
le nez se gonfle et s'enflamme au point d'être chaud et

brûlant au dernier degré^ ; et si l'on y porte la main', et


que le flux persiste assez longtemps, cette partie, qui
n'est pas charnue et qui est dure*, en vient même à
s'ulcérer. Et comment donc cesse cette brûlure du nez^?
Ce n'est pas lorsqu'il y a flux et inflammation, mais
c'est quand l'humeur s'écoule plus épaisse, moins acre,
cuite^" et davantage mêlée à l'humeur précédente^^ ;

alors donc désormais la brûlure cesse. 3 Toutefois, chez


ceux dont le coryza est manifestement provoqué par
le froid seul sans qu'aucune autre qualité ne vienne s'y

associer, chez tous ces gens voici comment survient la

6. Je choisis de

sont sur le même plan.


lire

, avec
A, Littré. Kuehlewein, Heiberg, Jones^-^.
M vulg. et non
et trjYxatciv
dont le sujet sous-entendu est
est employé ici intransitivement au sens de «s'enflammer»;
et sont des adjectifs à l'accusatif (féminin), attri-
( ).
Avec la leçon
avec

de A, 'J
buts proleptiques du sujet à l'accusatif
est transitif (cf. 131, 7).

XVII, 2

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142

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Kuehiewein
||
om.
12
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addiderim
Kuehiewein
||
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|| 16 om. ||

recc.
om.
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|| 18

Littré
21
:

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: -
delev. Ermerins
||
||

:
:

||
||

:
143 ANCIENNE MÉDECINE
délivrance : du refroidissement on se réchauffe
à la suite
on se refroidit;
alors qu'à la suite de la chaleur brûlante
et ces états se présentent rapidement sans qu'il y ait
besoin en plus d'aucune coction^. 4 Mais tous les autres
cas de coryza, dont je dis qu'ils se produisent par
l'âcreté et le manque de crase des humeurs, s'achèvent
de façon identique quand il y a eu coction et crase^.
XIX. 1 En second qui se tournent vers
lieu^, les flux
les yeux, dans la mesure où
contiennent des âcretés
ils

violentes et variées, ulcèrent les paupières, rongent


complètement chez certains les joues ainsi que la région
sous les yeux à l'endroit où ils s'écoulent, déchirent et
traversent en rongeant la tunique qui enveloppe la
pupille. Douleurs, chaleur brûlante et inflammation
extrême s'emparent du malade, et cela jusqu'à quand*?
Jusqu'à ce que les flux subissent la coction, deviennent
la chassie. Or la coction
plus épais, et qu'il en résulte de
provient du mélange et de la crase des flux entre eux,
ainsi que de leur cuisson en commun^. 2 Autre exem-
ple les flux qui se tournent vers la gorge* et sont à
:

l'origine des enrouements', des angines, des érysipèles^


et des péripneumonies, tous ces flux commencent par
émettre des substances salées, aqueuses et acres et à —
cause de telles substances les maladies sont pleines de
vigueur^ — , mais quand ils deviennent plus épais et
plus cuits ^*', et qu'ils se sont débarrassés de toute âcreté.

grec .
Aucun terme français ne correspond exactement au terme
7.
La traduction traditionnelle par «enrouement»
privilégie un symptôme parmi d'autres. Dans la Collection
hippocratique, c'est une affection de la gorge, accompagnée ou non
de toux, qui affecte la voix et peut descendre sur la poitrine.
Comparer en particulier Vents, c. 10, Littré VI, 106, 3 (= Jouan-
na, 117, 4 avec la note 2, p. 117) où la maladie est causée par un

).
flux de phlegme mêlé à des humeurs acres (
On retrouve donc les humeurs acres dans les
V^ents comme dans VAncienne médecine. Selon M. Grmek, Les
maladies à l'aube de la civilisation occidentale .... p. 476 (n. 96 de la
p. 475). c'est un rhume avec laryngite et trachéo-bronchite.
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15 pr.

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Reinhold
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II, p.

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M)
M
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:

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A'

18
(-
A
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A
" ||

||
ait.
:

17
:
144 ANCIENNE MÉDECINE
alors désormais les fièvres cessent, ainsi que tous les

autres maux qui affligeaient l'homme. 3 II convient,


naturellement, de considérer que ces substances-là sont
la cause, dans chaque cas, de l'affection, puisque leur

présence détermine nécessairement son mode d'être, et


que leur changement en une autre crase détermine
nécessairement sa cessation^. 4 Et dans ces conditions,
tous les flux (sur la gorge) qui proviennent de la chaleur
seule à l'état pur ou du froid seul à l'état pur, sans avoir
part à aucune autre qualité^, cesseront de la façon
suivante par le changement du chaud au froid et du
:

froid au chand, changement qui s'opère comme je l'ai


dit précédemment^. 5 Qui plus est, les autres maux qui
affectent l'homme proviennent, tous, des qualités*.
D'une part en effet, quand une humeur amère s'est
déversée^, humeur que nous appelons bile jaune, quelles
nausées, quelles fièvres brûlantes, quelles faiblesses
s'emparent des malades! Et une fois qu'ils se déli-
vrent de cette humeur —
parfois même à la suite
d'une purgation soit spontanée, soit provoquée par un
remède, si l'une de ces opérations se produit comme il
convient* —
les voilà manifestement qui se délivrent
,

et des douleurs et de la chaleur; mais aussi longtemps


que ces humeurs sont soulevées' sans coction et sans
crase, ils n'ont aucun moyen de mettre fin ni à leurs
douleurs ni à leurs fièvres. D'autre part aussi dans les
cas où des acidités acres et érugineuses viennent se

Les malades sont délivrés de la bile jaune soit par la coction


6.
et la crase de cette humeur, soit parfois par une évacuation,
qu'elle soit spontanée ou provoquée par un médicament évacuant.

Il
porte sur
faut que l'évacuation se fasse
une juste mesure et au moment opportun
,
comme l'a rappelé Radt (p. 102).
c'est-à-dire à la fois
(sens spatio-temporel de
dans

). Comparer Eschyle, Prométhée, v. 379


(métaphore médicale). Les médecins hippocratiques
employaient des évacuants qui, selon eux, attiraient électivement
la bile (jaune). Comparer Nature de l'homme, c. 5, Littré VI, 42,

,
11 sq. (= Jouanna
. 176, 12 sq.) :
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XIX, 2

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1 1
Reinhold
- om.
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10
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12
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add. **' et
13 :

17
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II
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-
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18
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||

II
19
||

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:

: --
ras.
* ||
A* ||

scripsi
:

: .
||
145 ANCIENNE MÉDECINE
fixer, quels accès de fureur^ quelles morsures dans les
viscères et le thorax, quelle détresse ! Et le malade ne
quitte pas cet état avant que l'acidité ne s'évacue ou ne
se calme et ne se mêle à toutes les autres substances (du
corps)2. 6 Mais subir la coction, se transformer, devenir
ténu ou plus épais pour aboutir à une forme d'humeur
en passant par de nombreuses formes variées, ce qui —
explique que les crises et le décompte des périodes aient
une grande importance dans de telles maladies ce — ,

sont là des modifications que le chaud ou le froid sont


de toutes ces substances (du corps) les moins aptes à
subir^. Car il ne saurait y avoir, dans ce cas-là au moins,
ni mûrissement* ni épaississement. De fait, en quoi
pourrons-nous dire qu'il existe pour le chaud et le froid
des crases possédant telle ou telle propriété suivant
qu'elles se font avec telle ou telle substance, puisque le
chaud ne se mélangera à rien d'autre quand il perdra sa
chaleur sinon au froid, et le froid, lui, ne se mélangera à
rien d'autre sinon au chaud*? 7 II en va autrement de
toutes les autres substances présentes en l'homme plus :

les substances auxquelles elles se mêlent sont nombreu-


ses, plus elles s'adoucissent et s'améliorent. L'homme se
trouve dans la condition la plus excellente de toutes
quand les substances sont en état de coction et de
calme, sans manifester aucun pouvoir particulier^.
XX. 1 Sur ce sujet donc je pense m'être suffisam-
ment expliqué. Cependant certains médecins et certains

4. Le verbe reprend dont il est ici synonyme.


.)
XIX, 5 145

€)
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5
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1

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: om.
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C. 15, 138, 6

Coray
II
5

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II

-
:
6 om.
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:

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an

seclus.
: -
|| om.
Langholf
||
cf.

||

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7
9
:

'

""" (
II

supra
*
-- add. *)
:

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Reinhold
^ :
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|| 10
Ermerins

:
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: Zwing."'*' Coray ||
scripsi :
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II
12 2:

:
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13
1

' :
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|| om.
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14
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II ||

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^corrjyi _^. ^ras
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pgg pQgj^ Lind.

-
|| :

(sic) post add. Kuehiewein

:
(sed add. supra
\\

') : //
Ermerins :
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||

16
17
|| ||

om. sed où ( = ?) add. A' jj Ermerins : M om.


A II
om. A \\
M : A || 18 pr. om. A.
146 ANCIENNE MÉDECINE
savants déclarent qu'il n'est pas possible de connaître la
médecine si l'on ne connaît pas ce qu'est l'homme, mais
que c'est ce savoir que doit parfaitement acquérir celui
qui a l'intention de soigner correctement les hommes^.
Et le discours de ces gens-là va dans le sens de la
philosophie^ comme^ celui d'Empédocle* ou d'autres
qui, à propos de la nature^, ont écrit en remontant à
l'origine^ ce qu'est l'homme, comment il s'est formé au
début et de quels éléments il s'est constitué'. 2 Mais
moi, j'estime que tout ce qui a été dit ou écrit sur la
nature par tel savant ou tel médecin a moins de rapport
avec l'art de la médecine qu'avec l'art de la peinture^,
et j'estime que pour avoir quelque connaissance précise
sur la nature, il n'existe aucune source autre que la
médecine. Et cette connaissance, il est possible de
l'acquérir parfaitement quand on embrasse la médecine
elle-même correctement dans sa totalité —
tant qu'on
ne l'a pas fait, il s'en faut de beaucoup —
je veux dire^
,

cette enquête qui consiste à savoir ce qu'est l'homme,


les causes de sa formation et tout le reste, avec
exactitude. 3 Car voici ^", en tout cas, ce qu'il me paraît
nécessaire pour un médecin de savoir sur la nature, et
de chercher de toutes ses forces à savoir, s'il a
l'intention de remplir tant soit peu ses devoirs c'est ce :

qu'est l'homme par rapport aux aliments et aux


boissons, ce qu'il est par rapport au reste de son genre

coagulation; c'est ce qu'implique le verbe

(voir Chairs, c. 9, Littré VIII, 596, 4 =


froid qui a formé les chairs par coagulation
.
de vie^^, ce qui arrivera à chacun^^ à la suite de chaque

7. La formation originelle de l'homme est conçue comme une

manière de se représenter la formation de l'être vivant se


rencontre chez d'autres médecins de la Colledion hippocratique
Cette

Joly, 194. 9, à propos du


— —
voir ;

aussi Maladies IW, c. 32, Littré VIL 542, 5 = Joly 84, 3 à propos
de la semence qui s'est coagulée — — dans la matrice pour
former, avec le temps, une «nature à forme humaine» —
— ) et chez les philosophes présocratiques (Empédocle

... ).
DK 31 15. V. 4 ... ; Anaxagore DK 59 4
XX, 1


, . Teiv€i
146

.
|
-
10

.
2

, | 622

,
î

15

, . 3
— ,

'

, '

sq.);
Test. 13-15
24 (éd. Diels 65, 10
15-17 — ] ] —
cf.
sq.).
De rabie
cf. De

25
rabie 10 (éd. Diels 64, 5

(éd. Diels 65, 12-15).

1 A : M II 2 AM" : 8M || 3 A :

-
II
.A*M : A A*""^ || M :

- A ||
4 Reinhold :

om.
in
M
ras.
A
A
II

om. A
M^
II

8
6

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om.
11
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M

A
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add. A^'
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A
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M
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M

M
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M

13
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A*M
A
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A || 10

A
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A
M^

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M
||

-
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12

M (<0060?) ||
A : M ||
A : M ||

A : MU'' ||
14 :

: || 15 : || : \\
II

:
* ||
Kuehiewein : \\ 16
: om. ''' || 17 : ||

: ||
om. ||
18 om. || 18 sq.
om. || 19 om. .
147 ANCIENNE MÉDECINE
chose, et pas simplement ainsi : «Le fromage est une
nourriture mauvaise, car il cause du mal à qui s'en est
rempli», mais quel mal il cause, pour quelle raison, et
quelle est, parmi les substances contenues dans l'hom-
me^, celle à laquelle il est inapproprié^. 4 Car il y a bien
d'autres nourritures et boissons mauvaises, qui affec-
tent l'homme d'une façon qui n'est pas la même. Ainsi
donc, qu'il me permis de prendre l'exemple du vin
soit :

non mélangé, bu en grande quantité, il affecte l'homme


d'une certaine façon et tous, à la seule vue de cet état,
;

reconnaîtraient que c'est là la propriété du vin et que


c'est bien lui qui en est la quant aux substances
cause ;

contenues dans l'homme sur lesquelles il exerce surtout


cette action, nous savons quelles elles sont*. 5 Telle est
donc la vérité que je veux voir apparaître également
dans les autres cas. Le fromage, puisque je l'ai choisi
comme exemple, n'incommode pas tous les hommes de
la même façon, mais il y a des individus qui peuvent

s'en remplir sans en éprouver le moindre dommage, et


même il procure une force étonnante à ceux auxquels il
convient il en est d'autres, en revanche, qui ont de la
;

difficulté à l'éliminer'*. 6 II existe donc une différence


entre les natures de ces gens-là, et la différence porte
sur la substance qui dans le corps est précisément
ennemie du fromage et qui est éveillée et mise en
mouvement par lui. Ceux chez qui une telle humeur se
trouve être en plus grande quantité et exercer une plus
grande domination dans le corps, ceux-là éprouvent
XX,

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3

€, '
» « 147

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3 : || : || 3sq.

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om.

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II
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Ermerins :
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12
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II
13 in ras. A' ||
14 : || :

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|| 15 :

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: 16 || :

Ermerins
: - ||

)
|| 18 pr. om.
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||

19
17
'"*

.
||
:

20
||

^ :

:
|| :

||
||

:
148 ANCIENNE MÉDECINE
normalement une plus grande souffrance. Si le fromage
était néfaste nature humaine, il
pour l'ensemble de la

aurait incommodé l'ensemble des hommes. Qui posséde-


rait ce savoir ne souffrirait pas^.

XXI. D'autre part, dans les convalescences au


1
sortir des maladies, et de plus dans les maladies de
longue durée, il se produit de nombreuses perturba-
tions, les unes spontanément, les autres par des choses
fortuitement administrées. 2 Or je sais que la majorité
des médecins comme les profanes, si, ce jour-là^, les
malades trouvent avoir fait quelque innovation, soit
se
en se baignant, soit en se promenant, soit en mangeant
un mets différent —
que tout cela, une fois administré,
se trouve ou non meilleur pour les malades^ en — ,

attribuent néanmoins la responsabilité à l'une de ces


innovations, ignorant la cause et supprimant, si cela se
trouve être ainsi•*, ce qui est le plus utile. 3 II ne faut
pas raisonner ainsi, mais savoir l'effet que produira un
bain supplémentaire pris inopportunément, ou l'effet
que produira une fatigue (supplémentaire et inopportu-
ne). Car ce n'est jamais la même souffrance qui résulte
de chacune de ces deux choses^, ni non plus d'une
pléthore, ni même de tel ou tel aliment. Celui-là donc
qui ne saura pas comment chacune de ces choses se
comporte à l'égard de l'homme ne pourra ni connaître
les effets qui en résultent ni en user correctement*.

au
5. Le terme
c. 10,

. apparaît deux autres fois dans le traité,

129, 15 et 130, 9. Les manuscrits tiésitent entre les formes


et Une harmonisation semble nécessaire
pour l'ensemble du traité. On écrira

. .
qui est la forme

- (type — ).
attendue dans le cas d'un abstrait dérivé d'un adjectif en
Mais la forme
dans les inscriptions (cf. LSJ s.v.). Le génitif
est attestée
est un
génitif objectif dépendant de Radt (p. 110 sq.) estime
nécessaire de rétablir, à la suite de Wilamowitz et Gomperz, la
préposition devant
lélisme avec la suite ...
correction semble être une lertio facilior.
pour rétablir le paral-
Cette
XX,

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6

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'
148

5 , , .,,
XXI. 1 '

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- :

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' :

3sq. '

(

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:
II

Gomperz || 4 ait. :
|| 6 :

||
: ||
7sq.
corr. ^) ( in ras.) A : || 8
'^"'"''
: ||
9 ; ||

(-- in ras. A*) M : A* (- add. si) ||


pr. A :

M 10 II
A^^M : A sed supra add. A et
mut. in
^ A^)
||

:
||

12 :

|| 13
A ;

||

:
:
||

||
1 1 :

||

]
scripsi :

Ermerins
Wiiamowitz Gomperz
: - |

||
||

' 16
:
||
14
:
in ras.

|| 19
^ <> A || 15

||
Kuehiewein : .'MVI.
149 ANCIENNE MÉDECINE
XXII. 1 On doit, à mon avis, savoir également ceci :

quels sont lesmaux subis par l'homme qui proviennent


des qualités et quels sont ceux qui proviennent des
configurations^ Que veux-je dire par là^? Par qualité,
j'entends l'acuité^ et la force des humeurs; par
configurations, toutes les parties internes du corps, les
unes étant creuses et se resserrant après une portion
large en une portion étroite, d'autres étant au contraire
évasées^, d'autres dures et arrondies, d'autres larges et
suspendues, d'autres étendues, d'autres longues, d'au-
tres compactes, d'autres lâches et gonflées, d'autres
spongieuses et poreuses^. 2 Dans ces conditions, quand
il s'agit, tout d'abord, d'attirer à soi et d'aspirer un
liquide du reste du corps, sont-ce les parties creuses et
évasées qui sont les plus capables de le faire, ou les
parties dures et arrondies, ou les parties creuses et se
resserrant en une portion étroite après une portion
large? Je pense, pour ma part, que ce sont ces
dernières, celles qui se rétrécissent en une portion
étroite après une portion creuse et large^. 3 Pour le
comprendre, convient de se référer à ce qui est visible
il

à D'une part, en gardant la bouche


l'extérieur^.
ouverte, vous ne pourrez aspirer aucun liquide^; mais
en avançant les lèvres^, en les contractant et en les

que,
rares
9.
du verbe
presque
P. Chantraine,
,
Unique emploi, dans l'état actuel de

DELG,
qui appartient
exclusivement
s. .
attestée
() «les
la

à
Collection fiippocrati-
une famille de mots
dans les gloses
lèvres».
voir ;

Pourtant, à

,
l'époque de Galien, y avait au moins un autre endroit de la
il

Collection où ce verbe était attesté. En effet Galien signale dans


son Glossaire liippocratique, outre notre passage qu'il glose par
(«tendant les lèvres en avant à l'extérieur»),
un passage où était employé le présent glosé par
(éd. Kùhn XIX, 133, 4). Un
autre composé est attesté dans Articulations, c. 33,
Littré IV, 152, 1 (= Kuehiewein II, 152, 2), et relevé par les
glossateurs, Érotien (A 118 éd. .Nachmanson 25, 11-13) et Galien
(éd. Kùhn XIX, 84, 6). Cf. chez Aristophane, Guêpes,
V. 1315 («faire la moue).
-
XXII,

€ '
. , ,€ XXII.
1

1 Aeîv 8é cîSévai
149

€ €,
cîvai

$
;

€€, , €,
, ,€€
, . €,
€€
6€ €
es


10 €

'
€ 2

€ €
'

| .
. ,- ;

15 éç 3

'

37, 6

5 =
Test. 6

18
A
]]
= supra,
3 supra,
et 12
p. 96).

p. 98).
cf. Gai..,
cf.

Gloss.,
Erot. s.

s.v.
. ( 27, éd. Nachmanson
(éd. Kùhn, XIX, 133,

add.
1

M
M
A
:

||

M
:

om. A
A
M
||

AM
||

4 ]<>
6
:
M ''• A

M
:

-- in ras. A^"*"'*

A
|| 2 pr.

Gomperz
M
||
post
AM'

||
:

b post
add.

A post
M ||

< > ^—
|| || : || :
||

add. M M A 6sq.

-
|| : ||

om. || 6 post addiderim ; cf. 149, 12 || 7


post add. ||
ait. om. || 8 :

'"*

- ]'
|| 9 om. || 10 : ||

:
||
1 1 : ||
12 ait. in ras.
A* Il
13 M : A A^ ||
14 M : A || M :

A
' A''"'''" (ai add.
]
A*'') || ait. om. M || 15 M :

, -
A II
: A || in ras. A* || ante add. A ||

16 A : M ||
17 post add. âv Ermerins ||

A : M ||
18 M Gai. : A ||

A^M A M A 18-p. 150.1


(<001)
: :
|| ||

scripsi : .
150 ANCIENNE MÉDECINE
comprimant, vous aspirerez; et même, si de surcroît^
vous appliquez une canule contre les lèvres, c'est avec
facilité que vous pourrez aspirer tout ce que vous
voudrez. D'autre part, les ventouses que l'on applique,
formées d'une portion large se resserrant en une portion
plus étroite, sont une invention de l'art dont le but est
précisément d'attirer hors de la chair et d'aspirer; il en
est ainsi de bien d'autres instruments analogues. 4 Les
parties à l'intérieur de l'homme qui ont une configura-
tion naturelle de ce type^ sont la vessie, la tête, et, chez
les femmes, la matrice^. Manifestement ces parties-là
sont celles qui attirent le plus et elles sont constamment
remplies d'un liquide