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Réciprocité et expression de confiance en situation de prise de décision chez les personnes avec

Réciprocité et expression de confiance en situation de prise de décision chez les personnes avec un Trouble du Spectre de l'Autisme (TSA)

Thèse de doctorat en psychologie Par Marina Mishchenko

Dirigée par Pr Sylvain MOUTIER et Dr Tiziana ZALLA

Université Paris Descartes École Doctorale 261 « Cognitions, Conduites et Comportements Humaines » Laboratoire de Psychopathologie et Processus de Santé (EA 4057) Equipe 2 : Psychopathologie du développement : autisme et handicaps

Présentée et soutenue publiquement le 27 novembre 2018

Devant un jury composé de :

Pr Sylvain MOUTIER

Directeur

Université Paris Descartes

Dr Tiziana ZALLA †

Co-directrice

École Normale Supérieure

Pr Carole TARDIF

Rapporteuse

Université Aix-Marseille

Pr Franck RAMUS

Rapporteur

École Normale Supérieure

Pr Jean-Louis ADRIEN

Examinateur

Université Paris Descartes

Réciprocité et expression de confiance en situation de prise de décision chez les personnes avec un Trouble du Spectre de l'Autisme (TSA).

Résumé : L’enjeu de la thèse est de rendre compte de la sensibilité des personnes avec TSA aux différents niveaux de réciprocité dans un contexte virtuel de l’enfance à l’âge adulte. Pour cela, nous avons utilisé deux paradigmes (Cyberball ; Trust game) permettant de faire varier le caractère explicite du contexte social. Notre objectif est de mieux rendre compte de la capacité des personnes avec TSA à différents âges à ajuster leurs décisions au cours d’un jeu virtuel en fonction des attentes de réciprocité sociale. Dans la première étude nous examinons les capacités de discrimination entre trois profils d’interaction qui correspondent aux trois niveaux de réciprocité (coopération, équité et exclusion) ainsi que la réponse implicite et explicite des enfants, adolescents, jeunes adultes et adultes TSA face à ces attitudes. La deuxième étude réalisée chez les participants tout-venants propose de vérifier le poids de deux facteurs motivationnels, le gain et l’appartenance sociale, susceptibles de favoriser la reconnaissance des niveaux de réciprocité et l’ajustement de son comportement. Dans la troisième étude nous testons les capacités des adolescents TSA à résister au biais explicite de nature sociale (réputation) et à adapter leur comportement conformément au niveau de réciprocité des adversaires dans un jeu économique en utilisant le paradigme bayésien. La reproductibilité des résultats en recherche sur l’autisme ainsi que l’amélioration des paradigmes existants en utilisant de nouvelles méthodes d’analyse sont discutées.

Mots clefs : Troubles du spectre de l’autisme, prise de décision, interaction sociale, réciprocité

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Reciprocity and trust during decision making in individuals with Autism Spectrum Disorders (ASD).

Abstract: How do individuals on the Autism Spectrum respond to different levels of reciprocity during social interactions? The aim of this dissertation is to describe decision making of ASD participants in the social context across different ages (children, adolescents, young adults, and adults), using two experimental paradigms (Cyberball; Trust game) In a series of three experimental studies we: 1) assess the ability of ASD individuals to discriminate between cooperation, fairness, exclusion, and to adopt reciprocal behavior by analyzing their implicit and explicit responses; 2) compare the motivational effects of gain and social affiliation on the recognition of different levels of reciprocity, in typically developed individuals; and 3) test the influence of reputational bias on reciprocal behavior in ASD adolescents using a Bayesian approach of decision making. The use of new methods to improve existing paradigms and to respond to challenges in ASD research are discussed.

Keywords: Autism spectrum disorder, decision making, social interaction, reciprocity

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Remerciements

Tout d’abord, mes pensées vont à Tiziana Zalla, ma directrice de thèse, qui m’a associée à ses projets de recherche en 2013 et qui m’a confiée la suite. Sa disparition tragique et inattendue pendant les derniers mois de travail a eu un impact considérable sur tous ceux qui ont collaboré avec elle. Elle était profondément impliquée dans la cause de l’autisme jusqu’à ses derniers jours.

Je remercie mon directeur de thèse, le Pr Sylvain Moutier, pour votre énorme gentillesse et pour nos discussions stimulantes tout au long de ces années.

Je remercie les rapporteurs, le Pr Carole Tardif et le Pr Franck Ramus, pour votre accord de donner vos appréciations de ce travail de thèse en un délai extrêmement limité.

Je remercie également le Pr Jean-Louis Adrien d’avoir accepté d’être le président de mon jury de thèse. J’ai été honorée d’être votre étudiante en Master Recherche et suis ravie de pouvoir vous montrer ma progression depuis.

Je suis particulièrement reconnaissante à la Pr Isabelle Varescon de m’avoir acceptée dans le Laboratoire de Psychopathologie et Processus de Santé pendant et au-delà de ma thèse. Notre grand laboratoire réunit des personnes remarquables : des chercheurs renommés, des jeunes chercheurs prometteurs. J’ai eu de la chance d’être formée à la recherche à vos côtés. Merci à mes collègues doctorants pour nos échanges, scientifiques et personnels.

Je remercie le Pr Grégoire Borst de m’avoir confié le poste d’ATER au sein de votre service d’enseignement qui m’a permis d’expérimenter avec des différentes méthodes d’enseignement (certaines plus bruyantes que d’autres). C’était un plaisir d’intervenir dans les cours de mes collègues et d’en échanger. Je n’oublierai jamais la confiance et le soutien que le Pr Mathieu Cassotti m’a accordés depuis tout le temps que nous nous connaissons, et je vais toujours en garder un bon souvenir.

Je tiens à remercier la Fondation FondaMental et le Pr Marion Leboyer pour la possibilité de recruter les familles et les personnes ayant un TSA. Les collègues psychiatres et psychologues des Centres Expert Asperger à Paris, Créteil et Bordeaux ont fait un énorme travail de recrutement et d’évaluation. Je veux exprimer une reconnaissance particulière à l’équipe du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital Debré où j’ai passé trois ans derrière un eye-trackeur. Merci au Pr Richard Delorme, le chef de service passionné par la recherche de haute qualité ; merci à Frédérique Amsellem, Marion Poumeyreau, Dr Coline Stordeur et Dr Alexandre Hubert de m’avoir supervisée au début de ma pratique en thérapies comportementales et cognitives.

Je suis très reconnaissante au collège Jacqueline Auriol et au laboratoire Lutin pour l’autorisation d’utiliser leurs locaux recruter les participants, ainsi qu’à tous mes stagiaires avec qui nous avons passé les pauses déjeuner, les week-end et les vacances en passations d’expérience.

Merci aux familles participants au protocole C0733 qui ont consacré leur temps pour s’engager dans le protocole sur plusieurs années. Merci aux collègues et étudiants de Paris 5, Paris 6 et Paris 8 qui ont accepté de participer dans l’étude et m’ont mis en contact avec leurs petits frères ou sœurs ou d’autres familles en Île-de-France et en Bretagne.

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Je remercie les collègues qui m’ont fait part de leurs réflexions sur les expériences, surtout Sacha Bourgeois-Gironde, Thomas Bourgeron, Pierre Jacob, Marine Buon, Andreas Falck, Sylvie Chokron, David Monnet, Cyrielle Derguy, Emmanuel Devouche, Marco Sperduti, Luca Filipin, Cornelius Maurer, Christelle Lemoine, Anne-Emmanuelle Krieger, Eloïse Moy, Camille Vansimaeys, Alexis Ruffault, Lucile Montalescot, Lucie Bellalou, Carol Sankey, Gerane Le Quentrec-Creven, Franck Jankowiak, Pascale Isnard, Alicia Cohen, Isabelle Millet, Florian Forestier, Axel Orgogozo et tous ceux qui ont contribué à ce travail.

Quelques mots personnels :

Guillaume, merci pour être ma source d’inspiration. Mes amies Nia, Varvara, Alice, votre présence dans ma vie est inestimable. A. & T. – merci pour avoir changé ma vie. S. – merci pour tout et même pour plus que ça. Ma famille, merci pour votre soutien. Papa, j’aimerais tellement que tu sois là.

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Liste des acronymes

ABA Applied Behavioral Analysis, ou analyse du comportement appliquée

ADI-R Autism Diagnostic Interview Revised

ADOS-2

Autism Diagnostic Observation Scale Version 2

APA American Psychological Association

CRA Centre des ressources autisme

CTR Participants du groupe contrôle

DSM-5

Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux (5e ed.; DSM–5; American Psychiatric Association, 2013)

HAS Haute Autorité de Sante

INSERM Institut national de la santé et de la recherche médicale

IRM (a), (f) Imagerie par résonance magnétique (anatomique), (fonctionnelle)

RED Réponse ÉlectroDermale

TEP Tomographie par Émission de Positrons

ToM Theory of Mind

TSA Troubles du spectre de l'autisme

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Table des matières

Introduction générale

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Chapitre 1. Prise de décision financière dans un contexte social : aspects théoriques

12

1.1. Prise de décision sous incertitude

12

1.2. Théorie des perspectives : évaluation subjective des risques

13

1.3. Prise de décision sous ambiguïté : ajustement pas à pas

13

1.4. De l’approche fréquentiste à l’approche bayésienne

15

1.5. Théorie du double processus

15

1.6. Apport de la théorie des jeux à la compréhension de la prise de décision sociale

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1.7. Exemples des heuristiques

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1.8. Rôle des émotions dans la prise de décision

21

1.9. Le rôle des émotions pour l’adaptation du comportement lors des interactions

sociales

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Synthèse du chapitre 1

25

Chapitre 2. Capacités cognitives et socio-cognitives sous-jacentes à la prise de décision sociale chez les personnes TSA

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2.1. Meilleure résistance aux biais de raisonnement

27

2.2. Autisme et traitement des émotions : alexithymie

28

2.3. Difficultés auto-rapportées

30

Synthèse du chapitre 2

31

Chapitre 3. Difficultés d’adaptation dans le contexte social chez les TSA

32

3.1. Théorie de l’esprit atypique

32

3.2. Motivation sociale

33

3.3. Adaptation du comportement en fonction du contexte

36

Synthèse du chapitre 3

42

Problématique de la thèse

43

Objectifs

43

Partie expérimentale

44

Étude 1. Capacités de discrimination de différents niveaux de réciprocité (coopération, équité, exclusion) chez les enfants, adolescents et adultes TSA

44

Introduction

44

Méthodologie

49

Résultats

57

Discussion

84

Étude 2. Coexistence de deux types de motivation dans la tâche Cyberball (étude chez les enfants, adolescents et adultes tout-venants)

91

Introduction

91

Méthodologie

92

Résultats

96

Discussion

125

7

Étude 3. Introduction d’un biais de nature sociale dans la prise de décision financière chez les adolescents TSA : paradigme Trust game

127

Introduction

127

Méthodologie

129

Résultats

134

Discussion

141

Discussion générale

143

Synthèse des résultats

143

Etude 1 & Etude 2

144

Etude 3

145

Considérations méthodologiques et perspectives

145

Limites et perspectives

152

Références

155

Annexe

171

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Introduction générale

Caractéristiques des TSA Dans la nouvelle version du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, DSM-5, (American Psychiatric Association, 2013), les catégories diagnostiques précédents « autisme », « syndrome d’Asperger » et « troubles envahissants du développement non-spécifiés » (American Psychiatric Association, 2000) sont regroupés sous l’appellation « troubles du spectre de l’autisme » (TSA), inscrits parmi les troubles neurodéveloppementaux, ce qui souligne le caractère précoce et dynamique du trouble qui se poursuit jusqu’à l’âge adulte.

Le plus souvent, en entendant le mot « spectre de l’autisme », le grand public imagine un continuum entre deux points extrêmes : « pas du tout autiste » et « autiste ». Or, la notion du spectre est censée couvrir l’hétérogénéité des signes cliniques et la sévérité des traits observés chez les personnes TSA, incluant le langage, l’efficience cognitive, la cognition sociale, les troubles sensoriels, la perception et les fonctions exécutives (Lenroot & Yeung, 2013; Loth et al., 2016). Dans cette thèse, nous allons utiliser les termes « troubles du spectre de l’autisme ou TSA », « autisme » de manière interchangeable en nous référant à la sous-population des personnes avec TSA qui ne présentent pas de retard mental (anciennement considérés comme ayant le syndrome d’Asperger ou l’autisme de haut niveau de fonctionnement).

Les caractéristiques clés des TSA sur lesquelles le diagnostic est basé se trouvent dans le domaine de la communication sociale (défaut de réciprocité socio-émotionnelle, inefficacité des moyens verbaux et non-verbaux afin de communiquer avec autrui et difficulté d’établir et de maintenir des relations sociales) ainsi que dans les comportements répétitifs et stéréotypés et des intérêts restreints. L’âge n’est plus considéré comme un critère diagnostique, puisque les symptômes peuvent être repérés à tout âge selon la robustesse des mécanismes compensatoires mis en place par la personne (American Psychiatric Association, 2013).

Prévalence des TSA Selon le dernier rapport de la Haute Autorité de Santé (HAS) datant de 2018, 0,9%-1,2% des personnes en France seraient atteintes des TSA. Le sex-ratio est généralement estimé à 4 garçons pour 1 fille, voire 3 garçons pour 1 fille selon une méta-analyse récente qui met en lumière les difficultés du diagnostic chez les filles (Loomes, Hull, & Mandy, 2017).

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Étiologie L’origine de l’autisme est reconnue d’être multifactorielle avec une forte implication génétique.

A ce jour, plus de 400 gènes ont été identifiés (Bourgeron, 2016; He et al., 2013; Sanders et al.,

2015), mais l’origine génétique a été identifiée seulement pour environ 30% des cas diagnostiqués (Schaaf & Zoghbi, 2011). Le rôle des facteurs environnementaux dans l’environnement pré- et post-natal est étudié en parallèle depuis une cinquantaine d’années

(Gardener, Spiegelman, & Buka, 2011).

Grands défis actuels pour l’autisme L’avancement des recherches sur l’autisme couvre les domaines divers et variés tels que la

génétique, la biologie, l’épidémiologie, la psychologie, les neurosciences et les sciences cognitives. Les chercheurs aspirent à établir des liens entre les causes génétiques menant vers

le développement atypique du cerveau (sur le plan anatomique et fonctionnel) qui se traduit par

des particularités au niveau sensori-moteur, perceptif et cognitif, ce qui à son tour amène aux

difficultés sur le plan comportemental et relationnel.

Contribution de ce travail dans la compréhension de l’adaptation sociale des personnes avec TSA Nous allons nous focaliser sur un des aspects qui présente l’importance pour la compréhension des difficultés des individus avec TSA au sein de la société, à savoir l’implication des particularités au niveau de la cognition sociale lors de la prise de décision dans un contexte d’interaction avec autrui. Plus précisément, à travers deux paradigmes expérimentaux nous allons explorer comment les personnes avec TSA de différents âges détectent et réagissent aux différents niveaux de réciprocité lors des échanges et en quoi potentiellement cela pourrait expliquer leurs difficultés d’adaptation au groupe des pairs.

Dans la première partie de cette thèse, nous allons guider le lecteur vers la compréhension de l’importance du sujet abordé. Le premier chapitre présentera les modèles actuels expliquant la prise de décision sous incertitude qui, certes, caractérise la prise de décision sociale du fait de son caractère imprévisible et changeant, si déstabilisant pour les personnes TSA. Dans le deuxième chapitre nous allons nous focaliser sur les caractéristiques cognitives qui sous-tendent

la prise de décision sociale chez les individus présentant les TSA, en soulignant des forces et

des faiblesses d’un tel fonctionnement. Il nous permet de faire le lien avec le troisième chapitre

théorique qui permet de mieux comprendre les difficultés rencontrées par les patients avec TSA

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lors des interactions sociales, notamment leur comportement face à la réciprocité d’autrui. L’accent particulier est mis sur l’importance de la prise en compte des indices sociaux qui permettent d’adapter son comportement en fonction du contexte.

La deuxième partie de cette thèse présente trois études expérimentales qui testent les capacités des enfants, adolescents, jeunes adultes et adultes avec et sans autisme à adapter leur comportement en fonction du contexte d’interaction. La première étude mesure la reconnaissance de différents niveaux de réciprocité au niveau implicite et explicite en utilisant un paradigme classique Cyberball d’exclusion sociale (modifié pour une meilleure correspondance avec nos objectifs). Les résultats nous ont conduit à réaliser une deuxième étude auprès des sujets tout-venants afin d’investiguer le poids des deux facteurs susceptibles d’interférer avec les résultats de l’étude précédente. Ensuite, la troisième étude explore la prise en compte de deux types d’information éventuellement mutuellement exclusives, mais potentiellement importantes pour la prise de décision sociale (réputation et réciprocité) chez les adolescents TSA.

Dans la discussion générale, nous proposons au lecteur de réfléchir sur des considérations méthodologiques pertinentes pour les études menées en psychologie à l’heure actuelle et proposons plusieurs pistes d’amélioration possibles.

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Chapitre 1. Prise de décision financière dans un contexte sociale :

aspects théoriques

La prise de décision est étudiée en psychologie et en économie comportementale selon les trois axes. Premièrement, les chercheurs s’intéressent aux modèles normatifs qui décrivent la manière rationnelle de prendre une décision sous incertitude. Deuxièmement, d’autres pistes de recherche (surtout en management) cherchent à aider la personne à prendre une décision optimale selon le contexte. Troisièmement, les modèles basés sur les recherches expérimentales décrivent comment les individus prennent leurs décisions réellement (pour la revue, cf. Cadet & Chasseigne, 2009). C’est le troisième axe qui propose le cadre théorique à ce travail.

1.1. Prise de décision sous incertitude

Lorsque nous évoquons la prise de décision, nous la définissons en tant qu’un processus cognitif visant à sélectionner une action parmi les alternatifs existants. Actuellement, la psychologie cognitive conteste le modèle économique classique, selon laquelle nos décisions sont soumises à des calculs de probabilités afin de maximiser le bénéfice supposé en accord avec des conséquences éventuelles de notre choix. Les données empiriques contredisent cette approche purement rationnelle (Tversky & Kahneman, 1986). L’incertitude peut être facilement induite par une complexité des facteurs en jeu, le temps limité et l’inefficacité du calcul mental (Simon,

1991).

Knight (1921) introduit des notions de « risque » et d’« ambiguïté » dans la classification du processus décisionnel, qui se distinguent par l’accès aux probabilités associées à chaque option. En effet, chaque choix implique des éléments d’incertitude sur des paramètres attendus ce qui restreint notre capacité à déterminer le résultat de nos décisions. Si l’individu a connaissance de la probabilité de survenu d’un événement, il est considéré en mesure d’appréhender les conséquences de son choix en calculant le risque qu’un tel événement (ne) se produise (pas). En revanche, si les probabilités associées aux choix ne sont pas connues ou le décideur manque d’information pertinente pour faire un pronostic, on parle d’une prise de décision sous ambiguïté.

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Nous allons brièvement illustrer la présence des biais socio-émotionnels dans la prise de décision humaine en nous appuyant sur les modèles classiques de la prise de décision sous incertitude chez les sujets sains.

1.2. Théorie des perspectives : évaluation subjective des risques

Le début de l'étude du comportement humain dans des situations économiques est marqué par la publication de Daniel Kahneman et Amos Tversky (Kahneman & Tversky, 1979) sur l’analyse de la prise de décision à risque. Dans ce travail les chercheurs ont démontré que les adultes tout-venants ne pouvaient pas correctement estimer la valeur espérée du gain ou de la perte. Il s’est avéré que les participants avaient tendance à échouer lors de l’évaluation des probabilités, notamment à surestimer le survenu des événements peu probables par rapport à des événements qui avaient théoriquement plus de chances d’aboutir. De manière étonnante, même les mathématiciens qui étaient bien familiarisés avec la théorie des probabilités ne se servaient pas de leurs connaissances. Au lieu d’appliquer le raisonnement rationnel à l’évaluation des probabilités, ils faisaient appel à des préjugés et stéréotypes issus de leurs expériences de vie. En se basant sur ces découvertes, Kahneman et Tversky ont proposé une théorie des perspectives qui ne perçoit pas les choix des individus comme étant purement rationnels, mais comme étant pondérés par sa subjectivité. Plus précisément, au lieu de percevoir la valeur absolue des gains et des pertes associés au choix, l’individu d’abord reformule les options envisagées afin de simplifier leur évaluation (phase d’édition) et ensuite évalue le résultat potentiel selon un point de référence subjectif (phase d’évaluation). Autrement dit, même le terme « valeur » est évalué de manière subjective, sans parler des probabilités de gain selon différentes options.

La théorie des perspectives a mis en exergue l’importance des processus cognitifs dans l’évaluation du comportement économique des individus et a permis de souligner les divergences avec les modèles normatifs de la prise de décision. Les heuristiques (stratégies, facilitant le choix en fonction de l’information accessible sous incertitude) jouent un rôle important dans la prise de décision humaine.

1.3. Prise de décision sous ambiguïté : ajustement pas à pas

Face à la prise de décision sous ambiguïté, la personne doit faire un choix en se basant, d’un côté, sur son évaluation subjective de risque, et de l’autre côté, sur un critère subjectif de choix.

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Ensuite, elle doit prendre en compte le feedback afin d’ajuster son comportement en fonction du résultat obtenu. La tâche la plus souvent utilisée afin d’évaluer la prise de décision sous ambiguïté est le « jeu du casino » ou Iowa Gambling Task (Bechara, 1997). On présente à la personne quatre tas de cartes, chacun étant associé à une probabilité de gagner ou perdre une certaine somme d’argent. Au fur et à mesure du jeu, les sujets peuvent apprendre (ou pas) que deux tas (A et B) leur rapportent des gains considérables, mais également des pertes importantes, ce qui s’avère désavantageux à long terme. Les deux autres (C et D) offrent des petites sommes moins importantes, mais également les pertes moins importantes. L’alternance des gains et des pertes est faite de manière aléatoire qui ne permet pas de prédire leur occurrence. À long terme, les deux derniers tas s’avèrent avantageux, puisqu’ils permettent de minimiser le risque. Les sujets tout-venants apprennent à distinguer des tas avantageux vers le milieu du jeu (R. van den Bos, Houx, & Spruijt, 2006).

Deux types d’incertitude peuvent être distingués (Payzan-LeNestour & Bossaerts, 2011). Le premier type – incertitude de mesure (incertitude attendue) – concerne la perception de l’individu de ces capacités à évaluer les indices de l’environnement : à quel point il est capable d’estimer correctement la situation ? Deuxième type est lié aux variations survenues dans l’environnement (incertitude inattendue). L’écrivain Nassim Nicholas Taleb a consacré son dernier livre (Taleb, 2007) à l’étude des événements inattendus et imprévisibles et à leur impact sur la société (le début de la première guerre mondiale, les attaques terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis).

Il arrive souvent que l’information mise à disposition de l’individu est incomplète, peu fiable ou contradictoire. Dans ce cas, le fait de faire un choix peut fournir une nouvelle information qui potentiellement diminue l’attractivité d’une option en faveur de l’autre. Ce de fait, le comportement de l’individu face à l’incertitude est partagé entre deux motifs : 1) explorer les nouvelles options afin de déterminer laquelle présente un gain potentiel le plus important ; 2) éviter d’explorer et rester sur son choix initial afin d’éviter le danger de l’inconnu (Payzan- LeNestour & Bossaerts, 2012). Le comportement rationnel serait d’effectuer plusieurs choix différents afin d’évaluer les probabilités du gain dans chaque option. Or, il a été démontré que les individus ont tendance à rester sur le choix initial, même s’ils ont la possibilité de changer (Payzan-LeNestour & Bossaerts, 2012). Ce phénomène démontre un autre biais de raisonnement appelé l’aversion à l’incertitude. L’aversion à l’incertitude se présente en tant que

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tendance à explorer les options les plus certaines et éviter les options où le degré d’inconnu augmente.

1.4. De l’approche fréquentiste à l’approche bayésienne

En absence d’information complète et fiable, la personne nécessite d’accumuler des données de façon progressive, séquentielle afin de faire un choix adapté. L’approche bayésienne permet de modéliser ces prises de décision sous incertitude au cours du temps. L’individu possède une hypothèse H sur les valeurs paramétriques (probabilité a priori), par exemple la coopérativité d'un autre individu. Puis, il met successivement à jour cette hypothèse en accumulant de nouvelles informations accessibles (accumulation d’évidence) qui la soutiennent ou la contredisent. On parle alors des probabilités a posteriori.

Les progrès récents en modélisation computationnelle ont démontré que les modèles bayésiens peuvent être utilisés pour étudier formellement les mécanismes sous-jacents au comportement social, qu'ils soient perceptifs ou cognitifs, notamment lorsque des indices sociaux explicites sont fournis (Diaconescu et al., 2014). Les études ont notamment démontré que les humains pourraient utiliser des modèles génératifs hiérarchiques pour faire des inférences sur les intentions changeantes des autres. En manipulant l'attention, l'exactitude des indices sociaux, ou encore d'autres sources d'information non sociales de l'information, les modèles bayésiens démontrent que l'intégration faite par les participants correspond à une pondération optimale des repères sociaux et non sociaux. Ce type d'étude a montré chez les participants TSA, cette pondération de la prise de décision sociale était altérée avec une plus grande sensibilité au environnements instables (Sevgi et al. 2016). La volatilité du comportement d'autrui semble donc être une source de difficulté pour les personnes autistes, ce qui pourrait expliquer leur difficulté à contextualiser des indices sociaux lors de grandes incertitudes, et à généraliser ces indices à d'autres situations.

1.5. Théorie du double processus

Mettant en question la théorie du choix rationnel, les résultats décrits ci-dessus vont dans le sens des théories qui postulent l’existence de deux processus de raisonnement, système 1 et système 2 (Evans, 2003; Evans & Curtis-Holmes, 2005). L’indépendance de ces deux systèmes est toujours discutée, notamment d’un point de vue neurobiologique (Bechara, 2005). Le modèle récent propose des arguments en faveur de leur coexistence simultanément où l’une

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prend le dessus de l’autre et amenant aux réactions distinctes (Schiebener & Brand, 2015). Le Système 1, automatique, rapide, lié à des aspects émotionnels et peu coûteux en ressources cognitifs, propose une appréciation immédiate et une réponse intuitive à une situation donnée. Souvent c’est elle qui a guidé le processus décisionnel lorsque la réponse a été donnée rapidement et sans réfléchir. Le Système 2 représente un processus analytique, sériel, sous le contrôle attentionnel et obéissant à des règles prédéfinies. Il fait appel au raisonnement abstrait et à la pensée hypothético-déductive (Kahneman & Frederick, 2007). C’est le Système 1 qui va détecter l’agressivité dans la voix de l’interlocuteur ou finir la phase « Jour et… », tandis que le Système 2 va prendre le relai face à une déclaration d’impôts.

La compétition entre deux stratégies marque le processus de prise de décision chez les êtres humains. L’une d’elles, faisant appel aux heuristiques, et l’autre, basée sur la logique probabiliste. Les heuristiques peuvent être expliquées comme des raccourcis du raisonnement afin d’économiser le temps et les ressources cognitifs. Lorsque l’individu fait face à une situation connue et routinière, ce raccourci de la pensée lui présente une solution le plus souvent correcte et adaptée. Or, leur activation automatique empêche le système 2 de prendre le relais lorsqu’il faut inhiber l’information contextuelle non-pertinente pour la résolution du problème.

non-pertinente pour la résolution du problème. Figure 1. Illustration de la tâche d’Evans (1972) La

Figure 1. Illustration de la tâche d’Evans (1972)

La tâche de réfutation de règle conditionnelle (Evans, 1972) sert d’illustration parfaite de ce conflit cognitif où le système 1 opère selon l’appariement perceptif (cf. Figure 1). La plupart

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des sujets à qui les expérimentateurs proposent de contredire une règle « S'il n'y a pas de carré rouge à gauche alors il y a un cercle jaune à droite », se focalisent sur les éléments cités dans l’énoncé (carré rouge, cercle jaune). Or, pour réfuter cette règle, il faut d’abord pouvoir inhiber ce piège visuo-spatial et ensuite se rappeler les règles logiques (contredire le conséquent « alors »).

Les découvertes décrites dans ce chapitre ont mis en lumière le caractère irrationnel de la prise de décision chez l’homme et ont contribué au rapprochement de l’économie et les neurosciences cognitives.

Les situations de la prise de décision sous incertitude caractérisent parfaitement les interactions sociales : faut-il faire confiance à mon interlocuteur ? dois-je m’engager financièrement dans ce nouveau projet ? Si on transmet les considérations pour la prise de décision économique dans le contexte social, la question se pose sur les stratégies de réduction de l’incertitude en récupérant les informations sur les options présentées, tout en évitant le risque de perdre.

1.6. Apport de la théorie des jeux à la compréhension de la prise de décision sociale

Deux particularités caractérisent la prise de décision dans un contexte social (Sanfey, 2007). La première concerne l’absence ou l’incomplétude de l’information sur les probabilités et sur la valeur espérée du résultat. Par exemple, au début d’une relation amoureuse l’individu ne peut pas prédire la durée de cette relation ni le degré de compatibilité entre lui et son partenaire. Actuellement le développement du marché d’applications numériques offre des sites de rencontres basées sur des algorithmes comparant les intérêts des utilisateurs (David & Cambre, 2016). Aucune étude scientifique n’a évalué l’efficacité des prédictions de ces algorithmes (le seul questionnaire trouvé sur Internet a été sponsorisé par un de tels sites).

La deuxième particularité porte sur la complexité des facteurs en jeu. Les deux individus lors d’une interaction s’influencent mutuellement. Les conséquences du choix fait par l’individu 1 ont un effet sur le comportement ou les intentions de l’individu 2, ce qui à son tour demande à l’individu 1 d’ajuster la stratégie face à cette nouvelle information (Lee, 2008).

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La théorie des jeux (game theory) offre un cadre idéal pour étudier la prise de décision financière dans un contexte social (von Neumann & Morgenstern, 1944). Inspiré et basé sur des modèles normatifs de la prise de décision économique, le but des chercheurs était de modéliser le choix de stratégie afin de maximiser son profit face à l’adversaire.

L’illustration la plus de la théorie des jeux est le célèbre « dilemme de prisonnier », proposé par A.W. Tucker en 1950 (la consigne et l’illustration sont prises de l’article de (Cordonnier,

1997)).

« Deux suspects sont arrêtés après avoir commis un crime grave, mais aucune preuve n’existe contre eux, et le juge peut leur inculper un délit mineur uniquement. Afin de leur faire parler, le juge propose à chaque suspect de choisir une option parmi les suivantes, sans qu’ils puissent en discuter entre eux :

- si aucun n’avoue le crime, les deux vont avoir une condamnation mineure (2 ans pour

chacun) ;

- si l’un des deux avoue le crime et l’autre se tait, le premier sera récompensé pour sa

coopération et relâché de la prison, tandis que le deuxième va avoir la peine maximale (10 ans) ;

- si les deux complices avouent le crime, ils vont être condamnées pour l’affaire grave, mais leurs aveux leur vaudront la clémence du jury (5 ans de prison pour chacun). »

la clémence du jury (5 ans de prison pour chacun). » Figure 2. Illustration des options

Figure 2. Illustration des options dans le dilemme du prisonnier (image de l’article de Cordonnier (1997).

Le paradoxe consiste dans le fait que si chaque individu se comporte en maximisant le profit uniquement pour lui, le résultat ne sera pas le plus bénéfique. L’équilibre de Nash 1 , appelé selon le nom d’un brillant mathématicien qui l’a décrit pour la première fois dans sa thèse en 1950,

1 La notion de l’équilibre de Nash est appliquée aux situations où les participants ne peuvent pas communiquer et agissent indépendamment l’un de l’autre.

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traduit une situation où l’individu prévoit correctement les réactions d’autres joueurs et agit selon cette prévision afin d’augmenter son profit. Autrement dit, le joueur 1 trouve une stratégie qui serait la meilleure en fonction de la stratégie supposée du joueur 2, et personne n’a l’intérêt de changer sa stratégie. Ainsi, la non-coopération s’avère le meilleur choix. La notion d’équilibre introduit l’idée du risque potentiel de perte, si l’un des joueurs change sa stratégie de manière unilatéral.

En revanche, si les joueurs ont la possibilité de communiquer et de se rendre d’accord, ou bien si le jeu consiste en plusieurs essais et les joueurs ont la possibilité de prendre un compte le feedback d’autrui, ils peuvent arriver au résultat meilleur pour tous les deux. Alors dans ce cas la coopération amène à l’amélioration du résultat individuel en veillant à l’augmentation du gain pour autrui. Une des premières méta-analyses sur le comportement des joueurs dans les tâches de type « dilemme de prisonnier » a démontré que les individus ont tendance à coopérer (Sally, 1995), malgré le postulat que l’homme rationnel cherche à augmenter son gain individuel.

Lorsque nous interagissons avec les êtres humains, nous activons notre système des heuristiques basées sur les préjugés, stéréotypes et schémas construits à partir nos expériences précoces avec le monde (Young, Klosko, Weishaar, Cottraux, & Pascal, 2017). Dans cette thèse, nous allons étudier un cas des heuristiques influençant la perception d’une situation sociale ou d’autrui.

1.7. Exemple des heuristiques

Biais de représentativité Un des exemples les plus marquants des biais de raisonnement dans le contexte social concerne le biais de représentativité démontré pas Tversky et Kahneman (1983). Les participants de l’expérience ont lu la description d’une femme, Linda :

« Linda est âgée de 31 ans, célibataire, franche et très brillante. Elle est diplômée de philosophie. En tant qu’étudiante, elle était très sensible aux questions de discrimination et de justice sociale et a également participé à des manifestations antinucléaire » (traduction prise de l’article de Broihanne, Merli, & Roger, 2005) :

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Ensuite les participants ont dû faire un jugement sur la probabilité d’une série d’affirmation décrivant la carrière potentielle de Linda (d’autres options contrôles ont été présentées également) :

1. Linda est militante féministe (A)

2. Linda est employée de banque (B)

3. Linda est employée de banque et militante féministe (A+B)

La réponse logique, guidée par le Système 2, aurait été la première. En effet, la probabilité que les deux événements P(A&B) apparaissent simultanément ne peut pas excéder la probabilité qu’un seul des événements P(A) ou P(B) ne se produise. Autrement dit, l’ensemble des employées de banque qui sont féministes est inclus dans l’ensemble des employées de banque, et pas l’inverse. Or, la majorité des participants (85%) jugent la dernière option comme la plus probable.

La puissance des biais de raisonnement est en partie expliquée par l’effet de la focalisation attentionnelle qui consiste à une tendance à baser ses décisions sur des éléments perceptuels du contexte qui sont explicitement présentés (Legrenzi, 1993).

Coopération – Réciprocité – Pardon (tit-for-tat) Le dilemme du prisonnier, expliqué ci-dessus, permet de modéliser la prise de décision dans une situation de choix répété avec la possibilité d’influencer le comportement d’autrui. Axelrod (1984) a organisé un tournoi informatique afin de déterminer la meilleure stratégie dans le dilemme de prisonnier répété. Les quatorze programmes proposés par des participants variaient selon la complexité du code et de la stratégie adoptée. La stratégie « coopération – réciprocité – pardon », CRP (tit-for-tat), proposée par le psychologue et le philosophe Anatole Rapaport, s’est avérée la plus efficace sur 200 essais.

La première attitude – coopération - consistait à proposer une alliance à l’adversaire dans le premier tour du jeu. Ensuite le programme incarnait l’attitude de réciprocité en mémorisant la dernière réponse de l’adversaire (coopération ou individualisme) et en appliquant la même réponse à son tour (coopérant ou, inversement, agressant le joueur). Finalement, le programme adoptait l’attitude de pardon et de nouveau proposait la coopération. De manière étonnante, les autres programmes ont même adopté cette stratégie au vu de son efficacité.

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Une recherche récente a démontré que les êtres humains comptent sur la réciprocité du partenaire. Sans avoir suffisamment d’information sur le comportement d’autrui, ils espèrent spontanément qu’il « mimer » le comportement de l’adversaire (Chambon et al., 2017). Ce biais s’inscrit dans la logique du modèle bayésien qui souligne l’augmentation du rôle des a priori dans la prise d’information sous incertitude.

Effet du cadre Un autre exemple d’un comportement irrationnel concerne le principe d’invariance (Tversky & Kahneman, 1981). Selon ce principe, la façon dont les options sont décrites ne doit pas influencer des préférences des individus, puisque le choix dépendrait de la probabilité d’avoir des résultats attendus. Or, malgré cette supposition rationnelle, les sujets perçoivent des informations équivalentes différemment en fonction du contexte de leur présentation. Autrement dit, les individus réagissent différemment face à deux situations de choix équivalentes selon leurs valeurs espérées si la consigne est formulée en termes de gain ou de perte.

Ce phénomène porte le nom de l’effet du cadre (Tversky & Kahneman, 1981). La majorité des sujets choisissent l’option sûre quand elle est présentée dans le cadre de gain, mais prennent le risque si l’option sûre est associée à une perte. Cette tendance est expliquée par un effet asymétrique que le gain et la perte peuvent avoir sur l’état émotionnel de la personne. En fait, l’intensité de la satisfaction ressentie après avoir gagné est inférieure à l’intensité de la déception suivante une perte, même si la valeur espérée dans les deux cas est équivalente. Ce phénomène explique l’aversion à la perte chez les êtres humains (Abdellaoui, Bleichrodt, & Paraschiv, 2007). La sensibilité à l’effet du cadre correspond à l’activation automatique du système 1 chez les sujets qui ont présenté ce biais cognitif (attirance/aversion à la perte lors de la prise de décision comportant des risques).

Certes, la prise de décision inclut la capacité de l’individu de percevoir des options et des conséquences éventuelles de son choix, mais il peut être influencé, d’une part, par le contexte présenté (description des options), d’autre part, par des caractéristiques propres au sujet.

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1.8. Rôle des émotions dans la prise de décision

Ancrage émotionnel des biais de raisonnement Étant retrouvé au niveau des réponses comportementales, les heuristiques sont-elles accompagnées par une certaine réaction émotionnelle ?

Supposons que des sujets sont amenés à effectuer la prise de décisions financières sous risque dans le jeu suscitant un important effet du cadre (De Martino, Kumaran, Seymour & Dolan, 2006). Au début de chaque essai ils possédaient (virtuellement) 50 euros. Par la suite, ils pouvaient choisir entre une option sûre ou une option risquée. L’option sûre a été présentée soit en termes de gain (garder 20 euros), soit en termes de perte (perdre 30 euros). La deuxième option, identique pour chaque essai, proposait de jouer à la rue de la fortune où la probabilité de gain et de perte a été indiquée (cf. Figure 3).

de gain et de perte a été indiquée (cf. Figure 3). Figure 3. Illustration de la

Figure 3. Illustration de la tâche de De Martino et al., 2006.

Comme dans le problème cognitif de Tversky & Kahneman (1981), les participants ont manifesté l’effet du cadre en choisissant l’option sûre dans le cadre de gain (garder 20 euros) et prenant le risque dans le cadre de perte (jouer à la roue de la fortune, même à risque de perdre

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tout l’argent). Les données issues de l'IRMf révèlent que cet effet du cadre est associé à une augmentation de l’activité d’un système cérébral émotionnel (noyaux amygdaliens bilatéraux), tandis que la résistance à cet effet impliquerait elle aussi un système neurocognitif émotionnel complémentaire (cortex préfrontal orbital et médian). Les individus les plus rationnels disposeraient alors, grâce à ce second système émotionnel, d’une meilleure prise de conscience de leurs propres biais émotionnels et parviendraient à résister aux pièges du contexte. En outre, l’effet du cadre peut être retrouvé au niveau psychophysiologique (De Martino, Harrison, Knafo, Bird & Dolan, 2008). Son reflet correspond à l’augmentation des réactions électrodermales chez les sujets sains suite à la présentation du cadre de perte comparé au cadre de gain.

La question de la manipulation de la susceptibilité aux biais de raisonnement se pose. En poursuivant les travaux sur l’effet du cadre, Cassotti et collaborateurs (2012) ont modifié le paradigme afin d’évaluer l’impact éventuel du contexte émotionnel à valence positive et négative induit juste avant la prise de décision. Dans cette optique, des photos agréables ou désagréables ont été présentées à deux groupes respectivement avant de demander aux participants de faire un choix entre deux options (sûre et risquée). Le troisième groupe a accompli la tâche sans photos (condition contrôle). Les résultats de l’étude ont confirmé l’apparition de l’effet du cadre dans la condition sans modifications. De plus, les auteurs ont démontré que le contexte émotionnel positif diminue l’aversion au risque dans le cadre de perte. L’étude présente une perspective neuroscientifique : l’impact du contexte positif, diminue-t-il l’activation de l’amygdale et donc réduit l’effet du cadre ou favorise-t-il l’activation du cortex orbito-frontal et, par conséquent, un meilleur contrôle cognitif afin de surmonter l’effet du cadre ? Finalement, contrairement à ce qui a été attendu, le contexte négatif n’a pas rendu les sujets encore plus sensibles à ce biais, leurs résultats étant semblables à ceux des contrôles.

Hypothèse des marqueurs somatiques La prise de décision dépend non seulement des capacités attentionnelles et de raisonnement, mais de l’expérience émotionnelle précédente. Les travaux de Damasio et collaborateurs (1991, 1994) portent sur l’interdépendance des processus cognitifs et émotionnels, à savoir l’influence que les émotions peuvent avoir sur le comportement et sur la prise de décision. Son hypothèse des marqueurs somatiques – des traces mnésiques de stockage de l’information émotionnelle de valence positive ou négative – explique la prise de décision rapide et intuitive dans les

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situations d’incertitude (Damasio, Tranel & Damasio, 1991), ce qui correspond à l’activation du Système 1 décrits ci-dessus.

Notamment, au fur et à mesure du « jeu de casino » (Iowa Gambling Task ; Bechara, Damasio, Tranel & Damasio, 1997), les sujets contrôles présentent une réponse électrodermale plus importante devant les cartes dites désavantageuses (A et B), ce qui correspond à une anticipation d’une perte associée au choix de cette carte (Bechara et al., 1997). Cette activation psychophysiologique de nature émotionnelle fournit aux sujets des indices implicites d’alerte qui les amènent à changer de stratégie et à choisir les cartes qui apportent une récompense sûre. Contrairement à cette capacité, les patients avec lésions du cortex ventromédian (impliqué dans la représentation des états émotionnels positifs et négatifs selon Davidson & Irwin (1999)) ne présentent pas d’anticipation au niveau psychophysiologique et continuent à choisir les cartes qui les amènent à perdre.

La modification de l’état émotionnel semble avoir un impact sur la susceptibilité au biais de raisonnement de nature émotionnelle. Par la suite nous discuterons de la possibilité de manipuler le raisonnement des sujets lors des tâches effectuées dans un contexte social, le sujet de cette thèse. L’individu qui n’a pas de connaissance des probabilités associées au résultat, ni la valeur du gain ou de la perte potentiels, se trouve dans une situation d’ambiguïté. De ce fait, l’évaluation de la probabilité d’un événement est davantage intuitive et souvent erronée (Tversky & Kahneman, 1974). La sensibilité à nos propres réactions émotionnelles guide les décisions dans le contexte social.

1.9. Le rôle des émotions pour l’adaptation du comportement lors des interactions sociales

L’incapacité à ressentir ou à interpréter des signaux émotionnels ralentit la réponse du sujet lors d’une tâche impliquant de nombreux facteurs, souvent contradictoires. Lors des interactions sociales, laissant peu de temps à l’individu de prendre une décision, le traitement automatique, « intuitive », basée sur une réponse émotionnelle a une grande importance.

La perception d’une scène sociale et la nécessité de faire un choix amènent à une activation physiologique. Associée à un état émotionnel positif ou négatif basé sur des expériences similaires précédentes, cette activation automatique peut fournir de l’information sur les

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conséquences à long terme, surtout lorsque le risque associé à chaque option n’est pas évaluable consciemment. La prise en compte de cette réponse automatique permet d’éviter des choix qui potentiellement sont dangereux ou, au moins, pas avantageux.

Le défaut d’activation et/ou de perception de ces marqueurs somatiques altère l’appréhension correcte des conséquences positives ou négatives envisagées et rend le comportement de l’individu inadapté. Damasio, Tranel et Damasio (1990) l’ont démontré en étudiant les patients qui avaient des lésions dans le cortex ventromédian. Ces patients ont perdu la capacité à se référer aux signaux d’alerte émotionnels et ne pouvaient pas arrêter de faire des choix risqués. De plus, des lésions dans cette région du cerveau sont associées au comportement agressif, violent et antisocial (Grafman et al., 1996).

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Synthèse du chapitre 1.

Les travaux de Tversky et Kahneman ont mis en question la rationalité humaine et contredit le point de vue selon lequel les choix de l’homme sont purement rationnels. Au contraire, le caractère irrationnel et l’existence de nombreux biais de raisonnement de nature émotionnelle sont pris en compte lors de la modélisation des situations de prise de décision. La coexistence de deux modes de raisonnement (Système 1 et Système 2) est particulièrement observable lors des interactions sociales, rapides et imprévisibles. Ces données permettent de conclure que la prise de décision est un processus plus complexe qu’un simple calcul des probabilités afin d’atteindre un gain maximal. Les choix des individus tout-venants, même si potentiellement rationnels, sont accompagnés et influencés par des aspects émotionnels. Dans la vie quotidienne il est rare que le décideur possède toute information nécessaire sur chaque option ainsi que sur leurs conséquences éventuelles. Dans cette optique, le système heuristique devient indispensable pour effectuer un choix rapide en s’appuyant sur des indices émotionnels implicites dans des situations sous incertitude.

La littérature sur la prise de décision se focalise prioritairement sur des sujets sains, même si les études auprès des patients cérébrolésés ont contribué à la définition du concept (Bechara et al., 1996 ; Camille et al., 2004). Actuellement les recherches incluent également les sujets sans lésions acquises, mais qui présentent néanmoins des particularités dans le fonctionnement cérébral. L’intérêt particulier est suscité par l’influence des facteurs socio-cognitifs et émotionnels sur la prise de décision, notamment chez les personnes avec TSA qui présentent des atypicités dans ces trois domaines de fonctionnement.

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Chapitre 2. Capacités cognitives et socio-cognitives sous-jacentes à la prise de décision sociale chez les personnes TSA

Les personnes avec le trouble du spectre de l’autisme (TSA) sont atteintes d’un trouble d’origine génétique associé à des facteurs environnementaux. Cette atteinte a des répercussions sur leur trajectoire de développement anatomique et fonctionnel du cerveau. Par conséquent, ce trouble affecte le comportement et la cognition dans le domaine des interactions sociales. Dans ce chapitre nous allons nous focaliser sur le traitement de l’information sous-jacente à la prise de décision sociale chez les personnes TSA anciennement appelées « de haut niveau de fonctionnement » (avec une efficience verbale et cognitive préservée).

2.1. Meilleure résistance aux biais de raisonnement

Biais de représentativité Illustré par le problème de Linda (Tversky & Kahneman, 1983), les adultes tout-venants ont démontré un biais de représentativité qui consistait à croire que l’addition des deux éléments les rend plus probables (tandis que c’est le contraire selon la logique probabiliste). La même expérience a été effectuée avec les enfants et les adolescents TSA (11-16 ans), en adaptant le texte à l’âge des enfants (Morsanyi, Handley, & Evans, 2010).

« Tim a 10 ans. Il habite dans une maison avec un jardin. Il a beaucoup d’amis et il aime faire du sport dans un parc ainsi que collectionner des stickers de footballeurs ». Lequel parmi les énoncées suivantes est le plus probable ?

(a)

Tim a un lapin

(b)

Tim a une sœur

(c)

Tim a un lapin et il joue souvent au foot.

Les résultats ont démontré que les enfants et les adolescents TSA sont moins susceptibles de présenter le biais de représentativité. Cependant, au vu du taux d’erreurs important dans le groupe contrôle (96%) et TSA (86%), les auteurs ne peuvent pas conclure sur la rationalité accrue chez les adolescents TSA. L’explication d’une meilleure résistance à ce biais concerne les difficultés chez des personnes TSA à prendre en compte l’information contextuelle. Ce qui semble être un processus automatique chez les sujets tout-venants (nous l’avons mentionné en expliquant la tâche d’Evans et l’activation de piège visuo-perceptif) semble nécessiter un effort

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pour les personnes TSA. Il est probable qu’ils soient plus affectés par des biais de raisonnement quand le contexte contient peu d’éléments à prendre en compte.

Hypothèse des hypo-priors Une attente implicite sur l’utilisation de la stratégie « tit-for-tat », observée chez les adultes neurotypiques dans une tâche de prédiction du comportement d’autrui, n’a pas été retrouvée chez les adultes TSA de haut niveau (Chambon et al., 2017). L’ampleur des déficits dans le domaine des interactions sociales réciproques (un des scores dérivés de l’ADI-R) corrèle négativement avec la capacité à s’attendre à des comportements réciproques chez le partenaire. Afin de trouver la réponse correcte et finalement avoir le même taux de réussite que le groupe contrôle, au lieu de se servir des heuristiques sur la réciprocité du comportement, ils ont dû effectuer une analyse de chaque essai, de manière consécutive et réfléchie (correspondant à l’activation du Système 2), ce qui a pris plus de temps pour trouver la réponse. En absence d’un a priori sur la façon dont deux personnes vont interagir, les participants TSA ont pu quand même déduire que la stratégie utilisée était tit-for-tat, en se basant sur les régularités observées.

Cette étude continue la lignée des travaux sur l’application de l’approche bayésienne à l’explication des particularités du traitement de l’information chez les personnes TSA. Pellicano & Burr (2012) ont déjà émis l’hypothèse des hypo-priors, ou la moindre dépendance de l’expérience précédente dans la perception visuelle chez les autistes.

L’étude de Chambon et collaborateurs étend cette hypothèse des hypo-priors dans le domaine de la cognition sociale chez les autistes. Elle souligne néanmoins que ce n’est pas la capacité générale à inférer les intentions et à prédire le comportement qui est entravée chez les personnes TSA puisqu’elles sont capables d’arriver à la même conclusion que leurs pairs neurotypiques au fur et à mesure des essais. Plus spécifiquement, les personnes TSA se servent moins des a priori pour inférer une intention d’autrui et donc leur stratégie pour interpréter des interactions sociales s’avère plus coûteuse et lente par rapport aux neurotypiques.

Biais de nature émotionnelle Une des premières études sur la résistance aux biais de raisonnement a porté sur la sensibilité des personnes TSA à l’effet du cadre. Il existe une évidence que les adultes TSA sont moins influencés par la présentation des options équivalentes, comparés aux sujets typiques (De

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Martino et al., 2008). En outre, ils ont tendance à éviter la prise de risque. Au niveau psychophysiologique, les patients manifestent une activation émotionnelle, qui pourtant n’est pas spécifique aux cadres de gain ou de perte. Autrement dit, il semble que les individus TSA prennent moins en compte leur activation émotionnelle, ce qui, par conséquent, permet de résister plus efficacement au biais de présentation et facilite l’activation du système 2. Afin de confirmer cette hypothèse, il est indispensable de mettre les données comportementales et psycho-physiologiques en lien avec des données issues de l’imagerie cérébrale fonctionnelle.

Lors de Iowa Gambling Task (Bechara et al., 1997), l’amplitude de la Réaction Électro- Dermale (RED) est moins importante chez les sujets TSA que chez les sujets contrôles

). Même si la performance des patients

(proportion des cartes avantageuses choisies) ressemble à celle des témoins, le pattern des choix est légèrement différent : les patients ont besoin de plus de temps pour développer la préférence pour un tas de cartes. Autrement dit, malgré les renforçateurs positifs et négatifs (correspondant au choix des cartes avantageuses et désavantageuses), leur processus d’apprentissage semblait être moins rapide que celui des contrôles. Ce phénomène serait dû au manque de feedback (la RED moins importante) ou à l’insensibilité générale aux marqueurs somatiques ainsi qu’à une charge importante pour le mémoire de travail. Le fait que les patients ont réussi la tâche à la fin aussi bien que les témoins supposerait de nouveau l’utilisation d’une stratégie particulière chez les patients.

(

Johnson, Yechiam, Murphy, Queller & Stout, 2006

Ces deux exemples ont un point en commun selon lequel la moindre sensibilité à des réactions émotionnelles réduit l’impact des émotions dans la prise de décision chez les personnes TSA. Nous voudrions éviter de juger ce phénomène en termes des avantages ou des déficits, puisque les répercussions dépendent des objectifs et des tâches effectuées. Dans le premier cas, la moindre prise en compte des marqueurs somatiques contribue à une meilleure résistance au biais de raisonnement. Dans l’autre cas, elle semble ralentir le processus d’apprentissage comparativement aux sujets contrôles.

2.2. Autisme et traitement des émotions : alexithymie

Il existe une difficulté notable à identifier et à exprimer ses propres émotions chez les enfants (Griffin, Lombardo, & Auyeung, 2016), adolescents (Milosavljevic et al., 2016) et adultes TSA (Berthoz & Hill, 2005; Hill, Berthoz, & Frith, 2004). Cette condition a reçu le nom d’« alexithymie », ce qui se traduit du grec par « sans nom pour l’émotion ». L’alexithymie est

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présente chez environ 40-60% des personnes TSA et 10-16% de la population tout-venant (Bird & Cook, 2013; Milosavljevic et al., 2016). Vu le taux d’alexithymie chez les patients TSA, les cliniciens cherchent à définir si cette condition fait partie des caractéristiques inhérentes au trouble du spectre de l’autisme ou s’il s’agit d’une comorbidité.

Évalués par les auto- et hétéro-questionnaires d’alexithymie TAS-20 (Loas et al., 2010), les enfants ont rapporté moins de difficultés dans la compréhension et l’expression des émotions que leurs parents. De plus, les scores d’alexithymie d’après l’évaluation parentale corrèlent positivement avec la sévérité des traits autistiques (Griffin et al., 2016). Ces résultats peuvent témoigner d’une perception de soi moins fiable chez les enfants, probablement majorée par des difficultés de la théorie de l’esprit.

Il semble que l’alexithymie dans l’autisme touche des aspects cognitifs (savoir analyser et verbaliser des ressentis), tandis que les émotions sont présentes. Lors de l’évaluation des images non-sociales à valence positive, négative et neutre, la Réponse ÉlectroDermale (RED; mesure implicite de l’activation émotionnelle) ne diffère pas entre les patients et les témoins. Néanmoins, quand les enfants TSA évaluent l’attractivité des images de manière explicite, ils témoignent l’absence de préférence marquée (Ben Shalom et al., 2006). Ceci nous laisse supposer qu’il existe un décalage entre ce qu’ils ressentent et ce qu’ils en verbalisent.

Il semble que les personnes avec TSA ont une double difficulté à naviguer dans le monde social, ayant, d’une part, une moindre sensibilité à leurs propres émotions, et d’autre part, présentant des difficultés à comprendre les états mentaux des autres. Il a été largement argumenté que les individus TSA doivent se baseraient sur des stratégies de prise de décision autres que les personnes neurotypiques. Notamment, les patients TSA qui présentent une alexithymie associée ont tendance à se référer aux normes sociales explicites afin de juger si leurs remarques vont être acceptables socialement (Patil, Melsbach, Hennig-Fast, & Silani, 2016). Au vu des difficultés importantes dans l’apprentissage implicite 2 , Mottron propose de ne pas sous-estimer le rôle d’une « prothèse explicite » pour la résolution d’un problème spécifique » (Mottron, 2006, p. 234).

2 Nous faisons référence à l’apprentissage implicite comme étant la capacité à acquérir une nouvelle connaissance sans intention d’apprendre et sans pouvoir expliciter le processus d’apprentissage (Brown, Aczel, Jiménez, Kaufman, & Grant, 2010)

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2.3. Difficultés auto-rapportées

Nous avons présenté certaines particularités associées au style de prise de décision chez les personnes avec autisme. Rares sont les études qui donnent la parole aux participants afin qu’ils témoignent eux-mêmes sur leurs choix et la difficulté de vivre avec. Grâce à l’auto- questionnaire portant sur plusieurs aspects de leur vécu, l’équipe de chercheurs a recueilli des données sur les problèmes perçus par les adultes TSA lorsqu’ils sont amenés à prendre une décision. Ce processus est associé avec l’anxiété, la fatigue et surtout la tendance à éviter de faire un choix (Luke, Clare, Ring, Redley, & Watson, 2012). Les auteurs font le lien entre les témoignages et les données scientifiques, par exemple, associant la fatigabilité avec la moindre utilisation des heuristiques de pensée (De Martino, Harrison, Knafo, Bird, & Dolan, 2008). La Figure 4 présente le taux de (in)satisfaction chez les participants concernant l’influence de leur condition sur la prise de décision.

l’influence de leur condition sur la prise de décision. Figure 4. La distribution des réponses à

Figure 4. La distribution des réponses à la question « à quel point votre condition aide avec la prise de décision » (en clair) et à la question « à quel point votre condition perturbe la prise de décision » (en foncé)

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Synthèse du chapitre 2

L’analyse de la moindre sensibilité aux biais de raisonnement ainsi que les particularités du traitement des émotions citées ci-dessus nous amène à supposer que les personnes TSA utilisent d’autres stratégies décisionnelles que la plupart des personnes neurotypiques. Leur raisonnement semble être moins influencé par l’activation émotionnelle chez leurs pairs. Sachant que les personnes TSA sont capables d’éprouver des émotions au niveau physiologique, mais ne les intègrent pas dans leur processus décisionnel, l’intérêt de notre étude consiste à introduire un contexte émotionnel saillant pour vérifier si cela les rendrait plus sensibles aux biais de raisonnement de nature sociale. Les stratégies de prise de décision autres que celleschez les sujets neurotypiques amènent à évaluer chez les participants TSA à la fois leur comportement face aux adversaires (implicite) et leur ressentis par rapport aux adversaires (explicite). Ceci permettrait de rendre compte d’un décalage entre la façon de procéder et d’argumenter ses choix lors d’une prise de décision sociale.

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Chapitre 3. Difficultés d’adaptation lors des interactions sociales chez les TSA

3.1. Théorie de l’esprit atypique

Les compétences en théorie de l’esprit (mentalisation) font référence à la capacité de représenter les états mentaux d’autrui (croyances, désirs, intentions) ainsi que de prédire et expliquer le comportement (Baron-Cohen, Leslie, & Frith, 1985). Le déficit en théorie de l’esprit est considéré comme le noyau clé de l’autisme qui expliquerait le spectre des troubles d’interaction sociale. La discrimination entre la théorie de l’esprit implicite et explicite permet de préciser la trajectoire atypique de son développement dans l’autisme.

La théorie de l’esprit explicite réfère à la capacité de comprendre ou d’expliquer le comportement ou l’état mental d’autrui. Elle est évaluée à travers des tâches dites « de fausses croyances » (« Maxi et le chocolat » de Wimmer & Perner, 1983; « Sally et Ann » de Baron- Cohen et al., 1985). Dans ce genre de tâches, le personnage principal possède une croyance sur l’emplacement (A) d’un objet, qui se fait déplacer dans un autre endroit (B) après que le personnage quitte la pièce. L’expérimentateur pose la question à l’enfant en demandant où le personnage va chercher un objet. Si l’enfant arrive à se décentrer de la connaissance qu’il possède en tant qu’observateur externe (que l’objet a été déplacé) et répond du point de vu e du personnage (endroit A), le test est considéré comme réussi.

(endroit A), le test est considéré comme réussi. Figure 5. Illustration pour la tâche de Wimmer

Figure 5. Illustration pour la tâche de Wimmer & Perner (1983) « Maxi et le chocolat »

Habituellement les enfants tout-venants arrivent à passer ce test vers l’âge de 4-5 ans, les fluctuations peuvent être observées en fonction des consignes ou de la mise en scène de l’histoire (Wellman & Liu, 2004). En ce qui concerne les personnes avec autisme, les premiers résultats de Baron-Cohen et collaborateurs (1985) n’ont rapporté que 20% de la réussite chez les individus âgés de plus de 6 ans (mais appariés selon l’âge verbal supérieur à 4 ans). Rappelons que la réussite des tâches de la théorie de l’esprit classiques dépend en partie de

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l’efficience du langage (Astington & Baird, 2005). Les recherches suivantes ont remis en question ce pourcentage, en démontrant la réussite chez les enfants et adultes TSA de haut niveau de fonctionnement ou avec le syndrome d’Asperger (Frith & Happé, 1994; Scheeren, de Rosnay, Koot, & Begeer, 2013).

Les chercheurs ont remarqué que les individus qui réussissent des tests de la théorie de l’esprit en laboratoire continuaient à éprouver des difficultés marquantes dans la vie quotidienne, sur le plan de la communication et des interactions sociales. Il a été supposé qu’il existe un décalage entre la capacité à expliquer le comportement d’autrui et mettre en action ce savoir-faire de manière spontanée (Senju, Southgate, White, & Frith, 2009). Les enfants tout-venants manifestent des comportements qui suggèrent une compréhension de l’intention d’autrui (attention conjointe vers 10 mois) ou des tentatives de modifier leur comportement (aide à 18- 20 mois, tromperie vers 3 ans). Chez les enfants autistes ces compétences apparaissent tardivement et/ou présentent une rigidité (Bruinsma, Koegel, & Koegel, 2004; Plumet, 2014; Tomasello, Carpenter, Call, Behne, & Moll, 2005).

Une relation bi-directionnelle a été suggérée entre la théorie de l’esprit et l’adaptation sociale :

« sans théorie de l’esprit, l’individu présente des difficultés d’adaptation sociale, mais également un individu avec des difficultés sociales a des problèmes pour inférer les états mentaux des autres » (Nader-Grosbois & Detraux, 2015).

3.2. Motivation sociale

Théorie d’un déficit de la motivation sociale

Un des modèles explicatifs avancés dans les années 2000 et repris à ce jour serait la théorie d’un déficit de la motivation sociale dans l’autisme (Chevallier, Kohls, Troiani, Brodkin, & Schultz, 2012 ; Dawson, Meltzoff, Osterling, Rinaldi, & Brown, 1998). Selon les auteurs, les difficultés socialesd’eraient expliquées par une atteinte au niveau du circuit cérébral incluant les zones qui se spécialisent en traitement des stimuli sociaux (gyrus fusiforme, sillon temporal supérieur) et celles impliquées dans le système de récompense (striatum). La moindre valeur renforçatrice associée aux stimuli sociaux, par conséquent, réduit l’occasion de bénéficier de l’apprentissage social et perturbe le développement des compétences en cognition sociale. De plus, comme il a été discuté précédemment dans la partie théorique de cette thèse, ce modèle

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tente d’expliquer le moindre le moindre plaisir éprouvé lors de contacts sociaux (Chevallier, Grèzes, Molesworth, Berthoz, & Happé, 2012).

Or, les enfants, adolescents et adultes avec TSA comprennent et témoignent de la solitude et veulent interagir avec d’autres personnes (Bauminger, Shulman, & Agam, 2003 ; Volkmar, Rogers, Paul, & Pelphrey, 2014), bien qu’ils reconnaissent avoir des difficultés dans l’engagement social (Knott, Dunlop, & Mackay, 2006). La facilité d’entrer et de maintenir le contact change à travers les âges : les enfants semblent maintenir plus facilement l’amitié basés sur le partage des jeux et des conversations, tandis que l’amitié à l’adolescence est imprégnée par la recherche d’intimité qui nécessite des compétences socio-émotionnelles, souvent insuffisamment développées chez les adolescents TSA (Chamberlain, Kasari, & Rotheram- Fuller, 2007). En ce qui concerne les adultes, paradoxalement les réponses au questionnaire d’amitié (Simon Baron-Cohen & Wheelwright, 2003) décrivent les adultes TSA comme étant moins intéressés à l’amitié que les adultes neurotypiques.

Valeur des stimuli sociaux Les partisans de la théorie d’un déficit de la motivation sociale dans l’autisme s’’appuient sur la valeur perçue des stimuli sociaux, autrement dit, sur leur caractère renforçant pour une personne avec TSA.

L’étude des renforçateurs remontent vers l’approche comportementale en psychologie et notamment vers les travaux de Skinner (Skinner, 1953, 1966) sur le conditionnement opérant. En analysant le schéma S-R (stimulus – réponse), il a introduit la notion de la conséquence (S- R-C) qui influence la probabilité que le comportement observé se reproduise de nouveau. La conséquence peut augmenter la fréquence d’apparition du comportement (renforcement) ou la diminuer (punition). L’analyse des liens entre les antécédents, les comportements et leurs conséquences a été mise à la base d’une méthode éducative comportementale nommée ABA (applied behavioral analysis, ou analyse appliquée du comportement ; Lovaas, 1981), l’une des rares méthodes éducatives recommandées en France pour la prise en charge précoce de l’autisme selon l’accord des experts (HAS, 2012).

Lorsque on s’intéresse à la typologie des renforçateurs pouvant influencer le comportement humain, on distingue des stimuli primaires et secondaires (Rivière, 2006). Les premiers ont une valeur renforçante inconditionnée, autrement dit, sans aucun lien associatif avec d’autres

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stimuli. La nourriture est un exemple classique, utilisé dans les travaux de Pavlov (1934) sur l’apprentissage de nouveaux réflexes. Les stimuli secondaires n’avaient pas de valeur renforçante en soi, mais elle a été acquise par association avec des stimuli inconditionnés. Par exemple, un billet de 10 euros n’est pas un renforçateur en soi pour un enfant, mais il le devient lorsque celui-ci obtient la notion du pouvoir d’achat.

La deuxième distinction qui nous intéresse davantage pour ce travail de thèse concerne la nature des renforçateurs : sociale et non-sociale (tangible). Les renforçateurs sociaux (sourires de la mère, chatouilles, câlins, félicitations verbales, etc.) deviennent une force clé dans le développement socio-cognitif de l’enfant (Rivière, 2006) et favorisent les interactions sociales et l’apprentissage vicariant. Le fait de s’engager dans une activité pro-sociale est également renforçant pour une personne neurotypique. Lorsqu’elle choisit de coopérer avec autrui dans des jeux économiques, cette expérience de coopération engage des circuits neuronaux de récompense similaires à ceux qui s’activent lors des gains financiers (Ruff & Fehr, 2014).

De plus, l’interaction avec autrui peut amener à modifier son comportement. L’individu apprend à adapter son comportement lors des interactions avec autrui si son interlocuteur lui donne un feedback (Georges & Pansu, 2011). Les retours positifs tels que les encouragements agissent comme des renforçateurs secondaires, en impliquant les mêmes bases neuronales – le striatum et le cortex orbitofrontal – que les renforçateurs primaires tels que la nourriture.

En effet, le cerveau des personnes neurotypiques est attiré par des renforçateurs sociaux tout autant que par les renforçateurs non-sociaux. L’individu adapte son comportement en fonction des différents degrés de fréquence ou de l’intensité du renforcement (Jones et al., 2011). Par exemple, les pairs qui fournissent tout le temps un renforcement positif (encouragement, félicitations, etc.) tout le temps sont jugés plus favorablement que les pairs qui donnent un feedback positif de temps en temps et encore plus que ceux qui ne félicitent que très rarement (Jones et al., 2011). De manière étonnante, 93% des participants n’ont pas pu relier consciemment ces scores de préférence aux attitudes des pairs, ce qui montre que le renforcement social agit de manière discrète, mais puissante.

En revanche, il a été démontré que les enfants diagnostiqués avec un TSA par la suite ont moins de sourire social et moins d’échanges affectifs avec leurs mères (G. Dawson, Hill, Spencer, Galpert, & Watson, 1990). La question qui se pose est de déterminer si la valeur des stimuli

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sociaux est la même que des stimuli non-sociaux pour les personnes avec TSA ? Les enfants atteints de TSA ont démontré une réduction de l'activité neuronale dans le cortex orbito-frontal et le striatum pendant les tâches proposant la récompense sociale (les visages souriants), mais pas lorsque la récompense était monétaire (images des monnaies), tandis que leurs pairs tout- venants n’ont pas manifesté de changement d’activation cérébrale (Scott-Van Zeeland, Dapretto, Ghahremani, Poldrack, & Bookheimer, 2010). Ceci peut suggérer que les stimuli sociaux n'ont pas la même valeur au niveau neuronal que pour les enfants typiques (Dawson, Bernier, & Ring, 2012).

3.3. Adaptation du comportement en fonction du contexte

Parfois il suffit d’un léger indice social qui influence la façon de percevoir l’autrui ou se comporter avec lui. Malgré la trajectoire atypique du développement de la théorie de l’esprit, les enfants TSA (âge mental 7 ans) ont une connaissance des stéréotypes sur l’ethnie et le genre. De plus, même ceux qui n’ont pas passé les tests classiques de la théorie de l’esprit ont pu prédire le comportement des personnages en se basant sur ces stéréotypes, tout comme leurs pairs tout-venants (Hirschfeld, Bartmess, White, & Frith, 2007).

De même manière, les adultes TSA ont été capables de juger correctement plusieurs caractéristiques des visages présentés (âge, statut social, niveau de confiance évoquée, attractivité). La seule difficulté pour eux consistait à évaluer l’attractivité des personnes de même sexe (White, Hill, Winston, & Frith, 2006). Les auteurs expliquent ces performances par les difficultés de la théorie de l’esprit du deuxième ordre (se décentrer et adopter une perspective d’autrui).

Autrement dit, ces deux études suggèrent que les personnes TSA perçoivent et traitent l’information sociale, mais leur difficulté principale consiste à l’appliquer de manière pertinente lors des interactions sociales.

Deux facteurs sont à considérer lorsque nous évaluons si le comportement de l’enfant est adapté au contexte : 1) la forme, autrement dit la pertinence des moyens de communication utilisés (gestes conventionnels, énoncés) et 2) la fonction (Plumet, 2014). Par exemple, un adolescent autiste qui change d’établissement scolaire veut trouver des amis dans sa classe (fonction, qui correspond à son besoin d’être intégré dans un groupe de pairs, tout à fait correspondant à son

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âge), mais pour le faire, il fait le clown pendant les cours (la forme qui n’est pas adaptée à ce qu’il cherche à obtenir).

Réponse à la réciprocité Face à un nouveau groupe, les personnes neurotypiques s’attendent à être acceptées, sauf si leur expérience de vie n’a pas été marquée par des moments d’exclusion sociale, ce qui peut activer la peur d’être exclu (Kerr & Levine, 2008). Malheureusement, la plupart des gens ont déjà expérimenté une exclusion sociale (le fait d’être séparé du groupe de manière physique ou émotionnelle).

Afin de s’engager dans une relation réciproque, il est indispensable de pouvoir interpréter des signaux verbaux et non-verbaux, faire des inférences sur des intentions d’autrui, adapter son comportement en fonction de l’attitude de l’interlocuteur, mais avant tout – avoir envie d’interagir avec autrui. De ce fait, la réponse à la réciprocité nécessite de posséder une motivation sociale et une théorie de l’esprit suffisamment développées.

La réciprocité nécessite également de savoir adopter la perspective d’autrui. Chez les adolescents tout-venants, ce passage ne commence pas avant 12-14 ans, quand ils sont encore concernés davantage par leurs propres intérêts. En revanche, à partir de 15-17 ans ils commencent à devenir sensibles au point de vue et au vécu d’autrui et à prendre plus de responsabilités sociales (W. van den Bos, van Dijk, Westenberg, Rombouts, & Crone, 2011). À noter que, bien que le comportement pro-social augmente avec l’âge de manière stable (Eisenberg et al., 1999), la période de l’adolescence est avant tout un passage vers une véritable réciprocité, voulue et ressentie.

Comme nous l’avons mentionné dans la section sur l’apprentissage social, les relations (harmonieuses) avec les pairs sont importantes non seulement pour le bien-être psychologique de la personne, mais aussi pour l’acquisition des habiletés sociales telles qu’apprendre le sens des règles implicites de communication (Surian, 1996) ou bien le respect des tours de parole (Bee & Boyd, 2008). Or, les enfants avec autisme ont une grande difficulté à initier et maintenir les relations réciproques. En partie, cela est expliqué par l’acceptation dans un groupe selon les intérêts communs, qui peuvent être très spécifiques ou limités chez un enfant avec TSA.

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Les enfants et les pré-adolescents TSA manifestent peu de comportements réciproques lors des interactions de la vie de tous les jours (Channon, Charman, Heap, Crawford, & Rios, 2001). La réciprocité augmente avec l’âge chez les enfants et les adolescents TSA (van Ommeren, Begeer, Scheeren, & Koot, 2012). En revanche, dans des tâches expérimentales structurées (de type « dilemme de prisonnier »), ils s’engagent dans la coopération, et d’autant plus avec l’âge : les enfants de 10 ans manifestent plus d’attitudes coopérantes que les enfants de 6 ans (Sally & Hill, 2006).

Expression de confiance La réciprocité favorise la confiance qui est la base pour initier et maintenir les interactions sociales mutuellement satisfaisantes (King-Casas, 2005). De plus, l’évaluation du niveau de confiance attribué à l’interlocuteur est un processus rapide, automatique et basé sur les expériences similaires ou des préférences sociales telles que les stéréotypes ou préjugés (Stanley, Sokol-Hessner, Banaji, & Phelps, 2011). De ce fait, on peut conclure que la confiance aide à réduire l’incertitude lors d’une prise de décision sociale.

Les enfants TSA, intolérants à l’incertitude, se fient à l’adulte beaucoup plus que leurs pairs lorsqu’ils n’ont pas suffisamment d’informations sur la situation (Yi et al., 2013). Ils sont également plus lents pour apprendre à se méfier de l’adulte, même s’il les a trompés à répétition (Yang et al., 2017).

Étudier la confiance via la réciprocité : paradigme Trust game A la différence du dilemme de prisonnier où les participants font leur choix simultanément, le jeu de la confiance ou le jeu de l’investissement (trust game) propose de modéliser l’effet de la réciprocité sur l’expression de confiance lors d’une prise de décision sociale séquentielle (Berg, Dickhaut, & McCabe, 1995).

Deux participants jouent à un jeu économique où chacun a un rôle prédéfini. L’investisseur reçoit une somme d’argent et il a la possibilité de décider du montant d’une dotation au partenaire. Lors du transfert d’argent, le partenaire reçoit le montant multiplié par X. À son tour, il a la possibilité de retourner (ou pas) un certain montant à l’investisseur. Ainsi, les deux joueurs ont la possibilité de se retrouver avec un gain supérieur au montant initial reçu par l’investisseur. La confiance entre les deux joueurs est un facteur clé afin de multiplier le gain mutuel. Dans la version du jeu avec un seul essai, la théorie des jeux prédit que chacun va

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vouloir maximiser son profit : le partenaire ne rendra pas son argent, l’investisseur ne partagera pas. Or, la majorité des investisseurs envoient quand même une certaine somme d'argent au partenaire qui manifeste un comportement réciproque et leur rend une partie (Sanfey, 2007).

Réponse à l’exclusion L’école inclusive est devenue la priorité de l’Éducation Nationale avec la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation de la citoyenneté des personnes handicapées. En réalité, selon l’association Agir pour l’autisme, seulement environ 20% des enfants autistes bénéficient d’une scolarisation en milieu ordinaire. Ce chiffre est d’autant plus regrettable qu’une étude récente a démontré un effet bénéfique de la scolarisation en classe ordinaire sur les compétences académiques, intellectuelles et langagières ainsi qu’un moindre degré de sévérité d’autisme chez les enfants TSA suivis de 9 à 18 ans par rapport à ceux qui ont été placés en institution spécialisée.

Néanmoins, les enfants TSA qui participent au programme d’inclusion scolaire ont un risque de ne pas être accepté par leurs pairs. Une étude comparant le rejet des enfants TSA et des enfants dyslexiques a établi le taux d’acceptation plus faible pour les premiers (Symes & Humphrey, 2010). Malgré la présence de la motivation pour l’appartenance sociale, la plupart des enfants TSA ne savent pas se faire des amis et témoignent de la solitude à l’école, l’endroit où ils sont entourés de pairs (Bauminger, Shulman, & Agam, 2003). La faible quantité d’amis qu’ils ont est considérée en lien avec leurs déficits socio-cognitifs et le comportement jugé déroutant (Kasari, Locke, Gulsrud, & Rotheram-Fuller, 2011).

Toutes ces manifestations rendent l’inclusion sociale pour une personne TSA plus difficile. Il a été établi que l’enfant Asperger a moins d’amis et joue moins souvent et moins longtemps avec les pairs (Bauminger & Shulman, 2003 ; Bauminger, Shulman & Agam, 2003). Atwood (2009) précise que malgré l’insensibilité apparente, ils sont capables d’avoir le sentiment d’être exclus des activités. Les adolescents et les adultes Asperger expriment le sentiment de solitude et de tristesse du fait de ne pas avoir d’amis. Le même auteur (Atwood, 2009) souligne que la véritable motivation à l’intégration sociale apparaît dans l’école primaire et reste pendant toute la vie. Néanmoins, du fait de la lenteur de leur maturité sociale, ils rencontrent souvent l’incompréhension, l’isolement ou le rejet et, dans les pires des cas, du harcèlement.

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Etudier l’inclusion et l’exclusion : paradigme Cyberball En utilisant un paradigme mettant le participant dans une situation d’exclusion lors d’un jeu de balle en ligne, Williams et collaborateurs (2000) ont fait varier sa participation dans le jeu dans les phases d’inclusion (Figure 6, A) et d’exclusion (Figure 6, B).

d’inclusion (Figure 6, A) et d’exclusion (Figure 6, B). Figure 6. Illustration de l’expérience Cyberball :

Figure 6. Illustration de l’expérience Cyberball : A) période d’inclusion ; B) période d’exclusion

Après avoir été exclus pendant plusieurs essais, les enfants, les adolescents et les adultes tout- venants ont rapporté des conséquences psychologiques néfastes concernant les quatre besoins fondamentaux : l’estime de soi, le sentiment d’appartenance sociale, le contrôle perçu et le sens de l’existence (Crowley, Wu, Molfese, & Mayes, 2010, pour la revue : Kawamoto, Ura, & Nittono, 2015).

Les adolescents TSA, ayant réalisé la même expérience d’exclusion, ont déclaré le même niveau de stress et les mêmes conséquences sur le plan psychologique. En revanche, les chercheurs ont observé une moindre activation des régions cérébrales associées à l’expérience désagréable d’exclusion ainsi qu’une moindre activation des régions impliquées dans la gestion de stress (le cortex préfrontal ventro-latéral et le striatum ventral). Une dissociation entre le vécu implicite et rapporté suggère que les adolescents TSA sont tout à fait conscients d’avoir été exclus, mais le vivent différemment que leurs pairs.

Le TSA provoquent-ils l’exclusion sans le vouloir car ils manquent d’indices émotionnels qui guident le comportement de manière automatique dans le milieu social ? Comme nous l’avons déjà évoqué dans la section sur le rôle des émotions dans la prise de décision sociale, la sensibilité à ses propres ressentis est cruciale afin d’estimer la probabilité d’avoir des conséquences bénéfiques ou, à défaut, d’arrêter l’interaction. Ou bien n’arrivent-ils pas à détecter et à éviter des pairs qui sont dangereux en termes de harcèlement (bullying) ?

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L’incapacité à analyser des indices sociaux afin d'obtenir des résultats souhaitables a été identifiée comme un des problèmes potentiels liés à une exclusion sociale chez les enfants TSA de haut niveau (Sofronoff, Dark, & Stone, 2011). En utilisant des paradigmes mettant le sujet dans un contexte social face à une décision, nous comptons éclairer davantage ces deux considérations pouvant contribuer à une exclusion sociale des personnes avec TSA.

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Synthèse du chapitre 3

Dans ce chapitre, nous avons abordé les difficultés d’interaction sociale des personnes avec TSA selon deux modèles théoriques : l’existence d’un déficit de la théorie de l’esprit et un manque de motivation sociale. L’interaction sociale déficitaire des personnes avec TSA explique leur adaptation sociale insuffisante, marquée par une moindre réciprocité sociale, une attribution de confiance atypique et un risque accru d’exclusion. L’insertion des personnes avec TSA dans la société a été défini comme l’une des priorités du nouveau plan autisme (2018-2022). Nous souhaitons contribuer à la cause nationale à travers plusieurs études qui traitent la façon dont les personnes TSA (anciennement diagnostiqués de haut niveau de fonctionnement ou avec syndrome d’Asperger) reconnaissent et s’adaptent à différents niveaux de réciprocité lors des interactions sociales, au travers de plusieurs études expérimentales.

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Problématique de la thèse

L’enjeu de la thèse est de rendre compte de la sensibilité des personnes avec TSA aux différents niveaux de réciprocité dans un contexte virtuel de l’enfance à l’âge adulte. Pour cela, nous avons utilisé deux paradigmes (Cyberball ; Trust game) permettant de faire varier le caractère explicite du contexte social. Notre objectif est de mieux rendre compte de la capacité des personnes avec TSA à différents âges à ajuster leurs décisions au cours d’un jeu virtuel en fonction des attentes de réciprocité sociale.

Dans la première étude nous examinons les capacités de discrimination entre trois profils d’interaction qui correspondent aux trois niveaux de réciprocité (coopération, équité et exclusion) ainsi que la réponse implicite et explicite des enfants, adolescents, jeunes adultes et adultes TSA face à ces attitudes. La deuxième étude réalisée chez les participants tout-venants propose de vérifier le poids de deux facteurs motivationnels, le gain et l’appartenance sociale, susceptibles de favoriser la reconnaissance des niveaux de réciprocité et l’ajustement de son comportement. Dans la troisième étude nous testons les capacités des adolescents TSA à résister au biais explicite de nature sociale (réputation) et à adapter leur comportement conformément au niveau de réciprocité des adversaires dans un jeu économique en utilisant le paradigme bayésien.

Objectifs

- Rendre compte des capacités de discrimination des trois niveaux de réciprocité (coopération, équité, exclusion) chez les enfants, adolescents, jeunes adultes et adultes au niveau explicite et implicite

- Comparer le poids de la motivation sociale et non-sociale dans le paradigme Cyberball

- Evaluer la résistance au biais de réputation lors de la prise de décision financière chez les adolescents TSA

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Partie expérimentale

Étude 1. Capacités de discrimination de différents niveaux de réciprocité (coopération, équité, exclusion) chez les enfants, adolescents et adultes TSA.

Résumé Non seulement la volonté d’interagir, mais également la capacité d’adapter son propre comportement au comportement d’autrui sont deux clés pour réaliser des échanges mutuellement satisfaisants. En utilisant le paradigme Cyberball (Williams, Cheung, & Choi, 2000), nous répliquons l’étude de Andari et al. (2010) afin de rendre compte de la reconnaissance des trois niveaux de réciprocité (coopération, équité, exclusion) chez les enfants, adolescents, jeunes adultes et adultes TSA. Contrairement à notre hypothèse sur l’effet facilitateur de l’âge sur la performance dans le jeu, nous n’avons pas pu observer les différences développementales dans le repérage des profils ni dans le groupe TSA, ni chez les sujets tout- venants. En outre, aucun lien entre l’alexithymie et la reconnaissance des profils n’a été détécté.

Introduction

Les difficultés à développer des relations sociales et à adapter son comportement à différents contextes font partie des caractéristiques principales des troubles du spectre de l’autisme selon la DSM-5 (American Psychiatric Association, 2013). Une des explications des difficultés relationnelles chez les personnes TSA serait le développement atypique de la théorie de l’esprit (Baron-Cohen, 2000), la capacité à identifier et prédire les états mentaux d’autrui (émotions, croyances, intentions, représentations mentales).

Les compétences en théorie de l’esprit, permettant d’inférer l’intention d’autrui, permettent également de choisir une stratégie adaptée au contexte. Selon la première impression décrite par les évaluateurs neurotypiques, les personnes TSA sont perçus comme maladroites dans des situations sociales, ce qui diminue la probabilité que l’interlocuteur souhaite maintenir le contact (Sasson et al., 2017). Or, la réciprocité est un des facteurs qui amène les personnes TSA à interagir davantage avec l’interlocuteur (Gernsbacher, 2006), et ce dès l’âge de 4 ans (Odom & Strain, 1986). Pour illustrer l’importance des échanges réciproques pour le développement

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des enfants avec autisme, la Haute Autorité de Santé a reconnu la thérapie d’échange et de développement (TED ; Barthélémy, Hameury et Lelord, 1995), basée sur la sollicitation de l’enfant et sur l’encouragement de la réciprocité, comme une des rares interventions recommandées en France selon l’accord des experts.

Et si l’interlocuteur n’initiait pas l’interaction, mais au contraire, excluait un individu avec TSA des échanges ? Du fait de son caractère stressant et conformément aux règles éthiques et déontologiques, l’exclusion sociale nécessite d’être étudié avec précaution dans les conditions laboratoires. Williams, Cheung & Choi (2000) ont proposé un paradigme original (à stress minimal) pour des recherches : Cyberball. Dans sa version initiale (Williams et al., 2000 ; Williams & Jarvis, 2006), il s’agissait d’un jeu sur l’ordinateur. Le participant était amené à croire que les joueurs dont les avatars il voyaient sur l’écran étaient des personnes réelles, connectées sur Internet. Or, ils n’étaient que les composantes du programme dont les comportements avait été définis à priori.

Le jeu consistait à lancer la balle à un joueur au choix et à recevoir la balle à son tour. Il existait deux conditions expérimentales :

1) Condition d’inclusion, quand le sujet recevait la balle de manière égale aux autres (approximativement un tiers d’essais) ; 2) Condition d’exclusion, quand le sujet ne recevait plus la balle. Dans ce cas le jeu continuait entre deux « joueurs » programmés qui se lancaient la balle pendant un nombre de passes limités.

Cette version du jeu permettait d’introduire ce que les auteurs appelaient l’ostracisme, ou l’exclusion sociale. Les données contradictoires concernant le comportement social ont été rapportées. D’une part, les réactions pro-sociales ont été identifiées : les adultes qui ont subi l’ostracisme avaient tendance à être plus attentifs envers des informations sociales, d’adapter les stratégies conformistes, de travailler plus dur sur les tâches groupales, de montrer un intérêt augmenté envers de nouveaux groupes (DeWall, 2013). D’autre part, les réactions paradoxales à l’ostracisme ont été rapportées (Williams & Wisselmann, 2011), notamment la tendance à devenir plus agressif envers l’autre personne qui n’a pas participé à l’exclusion sociale et aider moins son interlocuteur (DeWall, 2013). Plus important, il a été démontré que l’ostracisme agit négativement sur quatre besoins psychologiques primaires (estime de soi, sentiment d’appartenance, contrôle perçu et sens d’existence) chez les adultes tout-venants (Williams et

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al., 2000). Les adolescents TSA (d’âge moyen 16 ans), tout comme leurs pairs tout-venants, ont rapporté un effet négatif sur les quatre besoins psychologiques à travers des auto- questionnaires. En revanche, contrairement au groupe contrôle, ils n’ont pas indiqué la diminution de l’humeur suite à une épisode d’exclusion dans le jeu (Sebastian, Blakemore, & Charman, 2009). Plus jeunes participants TSA, âgés de 5 à 15 ans, se sont montré également sensibles aux effets négatifs de l’ostracisme sur l’estime de soi, le sentiment d’appartenance, le contrôle perçu et le sens d’existence, ainsi que sur l’humeur (McPartland et al., 2011). L’absence de baseline pour l’évaluation de l’humeur pourrait expliquer les différences entre les deux études.

Nous observons, d’un côté, que les personnes avec TSA sont maladroits lors des interactions sociales, mais ils ont également sensibles à l’exclusion du groupe, quoi qu’il ne soit pas clair en quelle mesure elle affecte leur humeur. Le fait de détecter l’exclusion, mais ne pas pouvoir adapter leur comportement lors des interactions serait-il lié à une mauvaise détection des indices pertinentes ?

Une étude a été réalisée dans le but de tester un effet de l’ocytocine sur la détection et la réponse à des comportements pro-sociaux chez les adultes TSA (Andari et al., 2010). Les chercheurs ont utilisé le paradigme modifié de Cyberball où l’accent a été mis davantage sur la discrimination des trois profils d’interaction (coopération, équité, exclusion) que sur les effets de l’ostracisme pur. Contrairement aux adultes tout-venants qui ont davantage interagi avec le joueur présentant une attitude coopérante comparativement au joueur qui ne leur envoyait pas la balle, les adultes TSA ont failli discriminer ces 2 profils. Cependant, l’injection intranasale de l’ocytocine a amélioré la performance dans le jeu pour les personnes TSA dont le comportement a ressemblé à celui des sujets sans autisme en termes de la discrimination des profils dans le jeu (échanges plus fréquents avec le joueur Coopérant) et en termes du jugement de confiance et de préférence (le joueur Coopérant mieux évalué que le joueur Rejetant).

Suite à cette étude, trois questions restent à explorer. Premièrement, la discrimination des différents niveaux de réciprocité serait-elle différente chez les sujets plus jeunes ? Les habiletés sociales se développent avec l’âge et la prise en compte de la perspective d’autrui influence moins la prise de décision chez les enfants que chez les adolescents (van den Bos, van Dijk, Westenberg, Rombouts, & Crone, 2011). En termes des différences entre les jeunes avec TSA

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et leurs pairs neurotypiques, les premiers éprouvent plus de difficultés à interpréter le comportement d’autrui (Willey, 2003). Deuxièmement, il n’est pas clair si les adolescents TSA sont moins sensibles à leurs propres émotions que les adolescents tout-venants lors d’une exclusion sociale, ou bien le fait d’être exclu des échanges ne produit pas le même effet sur leur humeur. Nous proposons d’explorer à quelle mesure l’absence de sensibilité à ses propres émotions (alexithymie) joue-t-elle un rôle dans la prise de décision sociale, notamment lors d’une confrontation aux trois niveaux de réciprocité.

Troisièmement, l’expérience de Chambon et al. (2017) sur la construction progressive de la détection des intentions chez autrui et la moindre attente de réciprocité chez les participants avec autisme nous a conduit à la question suivante : ont-ils besoin de plus de temps pour détecter les différentes stratégies d’interaction et adapter leur comportement ? Les enfants et les jeunes adultes tout-venants repèrent l’exclusion dans le paradigme Cyberball très vite, entre 500 et 900 ms (Crowley et al., 2009; Crowley, Wu, Molfese, & Mayes, 2010). Est-il possible que la complexification du paradigme dans l’étude de Andari et al. (2010) rend la tâche de discrimination plus difficile pour les individus TSA ?

Afin de répondre à ces trois questions, nous proposons d’utiliser le paradigme modifié Cyberball utilisé par Andari et al. (2010) afin de tester la discrimination des trois niveaux de réciprocité chez les personnes TSA de différents âges (enfants, adolescents, jeunes adultes et adultes) qui diffèrent selon leur degré d’alexithymie. Plus particulièrement, notre but est d’évaluer à travers des mesures implicites et explicites si les personnes TSA présentent l’échec dans la discrimination de différentes attitudes chez autrui ou bien l’incapacité à adapter leur comportement en fonction du contexte.

Objectifs

Les objectifs de cette étude sont :

1)

Analyse de la discrimination implicite (pendant le jeu) des trois profils chez les différents groupes d’âge dans le groupe TSA et CTR

a. sur les premiers 80 essais (réplication de l’étude d’Andari et collaborateurs,

2010)

b. sur la totalité du jeu

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2)

Analyse de la dynamique temporelle de la discrimination des profils chez les différents groupes d’âge dans le groupe TSA et CTR : vérification de l’effet de profil à trois phases du jeu (début, milieu, fin)

3) Analyse de l’identification explicite des trois profils chez les différents groupes d’âge dans le groupe TSA et CTR

4)

a. Selon le jugement de préférence

b. Selon le jugement de confiance

Corrélation entre le score d’alexithymie et la performance dans le jeu

Hypothèses

Hypothèse sur la discrimination implicite des profils sur 80 essais :

Conformément à l’étude de Andari et al. (2010), nous supposons que les participants du groupe CTR manifesteraient une discrimination entre les trois profils lors des premiers 80 essais, tandis que les participants du groupe TSA ne démontreraient pas de discrimination entre les trois profils. 1) Les participants CTR enverraient plus de balles au joueur Coopérant qu’à deux autres profils.

2)

Les participants TSA enverraient autant de balles aux trois joueurs.

Hypothèse sur la discrimination implicite des profils sur la totalité du jeu (180 essais):

Le groupe CTR manifesteraient une discrimination entre les trois profils, tandis que les participants du groupe TSA ne démontreraient pas de discrimination entre les trois profils. 1) Les participants CTR enverraient plus de balles au joueur Coopérant qu’à deux autres profils.

2)

Les participants TSA enverraient autant de balles aux trois joueurs.

Hypothèse sur la discrimination explicite des profils : scores de préférence Le groupe CTR manifesteraient une discrimination entre les trois profils a posteriori en termes de préférence, tandis que les participants du groupe TSA ne démontreraient pas de discrimination explicite entre les trois profils. 1) Les participants CTR attribueraient les scores de préférence plus élevés au joueur Coopérant qu’à deux autres joueurs.

Les participants TSA ne manifesteraient pas de différence dans l’attribution des scores de préférence entre les trois profils.

2)

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Hypothèse sur la discrimination explicite des profils : scores de confiance Le groupe CTR manifesteraient une discrimination entre les trois profils a posteriori en termes de confiance, tandis que les participants du groupe TSA ne démontreraient pas de discrimination explicite entre les trois profils. 1) Les participants CTR attribueraient les scores de confiance plus élevés au joueur Coopérant qu’à deux autres joueurs.

Les participants TSA ne manifesteraient pas de différence dans l’attribution des scores de confiance entre les trois profils.

2)

Hypothèse développementale :

Les capacités de discrimination des profils augmentent avec l’âge dans le groupe CTR, plus que dans le groupe TSA.

Hypothèse sur la dynamique temporelle :

Les participants TSA repèrent le profil coopérant moins vite que les CTR.

Hypothèse sur l’effet des émotions sur la performance dans le jeu :

La difficulté à identifier ses émotions (telle que mesurée par le questionnaire d’alexithymie) est inversement corrélée avec la discrimination des profils chez tous les participants.

Méthodologie

Participants Quatre-vingt-un participant avec TSA et cent-trente-neuf participants contrôle ont été recrutés dans les centres partenaires (voir la section Lieu de recrutement). Les caractéristiques sociodémographiques et cliniques des participants sont représentées dans le tableau 1.

Notre échantillon a été divisé en plusieurs sous-groupes selon une tranche d’âge en suivant les recommandations du Centre d’observation de la société (cf. le tableau 2).

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Tableau 1. Caractéristiques socio-démographiques des participants. Aucune différence inter-groupe entre l’âge

moyen (test de Student bilatéral, t=0.76, p=0.44) et le QI total (t=1.38, p=0.17) n’a été détectée, en revanche, la

différence entre les scores d’alexithymie est statistiquement significative (t=4.94, p<0.0001).

 

TSA

CTR

N

81

139

Hommes / femmes

n=68 / n=13

n=77 / n=62

Age moyen (écart-type)

18.5 (10.3)

17.4 (9.6)

Age minimum

6

6

Age maximum

55

56

QI total 3

101 (19)

106 (15)

Score d’alexithymie 4

46 (19)

32 (13)

Tableau 2. Caractéristiques socio-démographiques des participants selon les tranches d’âge définies. Pas de

différence entre les scores du QI total entre les participants TSA et CTR (test de Student bilatéral, enfants : t=1.19,

p=0.25 ; adolescents : t=1.63, p=0.15 ; jeunes adultes : t=1.16, p=0.25 ; adultes : t=-0.53, p=0.59). Pas de différence

inter-groupe entre les scores d’alexithymie chez les les enfants et chez les adolescents TSA et CTR (test de Student

bilatéral, enfants : t=1.32, p=0.19 ; adolescents : t=0.76, p=0.47), une différence inter-groupe statistiquement

significative chez les jeunes adultes et chez les adultes TSA et CTR (jeunes adultes : t=5.41, p<0.0001; adultes :

t=4.81, p<0.0001).

 
   

TSA

 

CTR

 
   

Jeunes

     

Jeunes

 

Enfants

Adolescents

adultes

Adultes

Enfants

Adolescents

adultes

Adultes

N

23

24

17

17

44

 

42

30

23

Hommes /

               

femmes

22

/ 1

20

/ 4

14

/ 3

12 / 5

28 / 16

22

/ 20

14 / 16

13 / 10

Âge moyen

8.9

 

21.5

35.2

       

(écart-type)

(1.6)

13.9 (1.4)

(2.7)

(8.9)

8.7 (1.8)

14

(1.5)

21.7 (2.3)

34.9 (6.7)

Âge

               

minimum

 

6

 

12

18

26

6

 

12

18

27

Âge

               

maximum

11

 

17

25

55

11

 

17

25

56

QI total

   

101

109

       

(écart-type)

94

(18)

97

(19)

(18)

(22)

103 (17)

112 (11)

107 (12)

105 (19)

QI verbal

   

108

116

       

(écart-type)

96

(21)

99

(24)

(18)

(17)

indisponible

indisponible

indisponible

indisponible

QI

               

performance

104

(écart-type)

97

(14)

101 (14)

99 (19)

(22)

indisponible

indisponible

indisponible

indisponible

Score TAS

26

(4)

24

(8)

58

(8)

59 (12)

24 (6)

21 (6)

43 (9)

42 (9)

3 Les scores du QI total ont été récupérés pour 13 enfants, 5 adolescents, 15 jeunes adultes et 16 adultes TSA ainsi que pour 11 enfants, 7 adolescents, 17 jeunes adultes et 16 adultes CTR évalués dans les centres expert Asperger par les cliniciens.

4 Les scores d’alexithymie ont été récupérés pour 13 enfants, 6 adolescents, 15 jeunes adultes et 16 adultes TSA ainsi que pour 29 enfants, 29 adolescents, 27 jeunes adultes et 22 adultes CTR.

51

Lieux de recrutement Lieux de recrutement des participants TSA

Centre Expert Asperger, Hôpital Robert Debré (chef de service Pr Delorme), Paris

Centre Expert Asperger, Hôpital Charles Perrins (chef de service Pr Manuel Bouvard), Bordeaux

Centre Expert Asperger, Hôpital Albert Chenevier (chef de service Pr Marion Leboyer), Créteil

Lieux de recrutement des participants du groupe contrôle

Centre Expert Asperger, Hôpital Robert Debré (chef de service Pr Delorme), Paris

Centre Expert Asperger, Hôpital Charles Perrins (chef de service Pr Manuel Bouvard), Bordeaux

Centre Expert Asperger, Hôpital Albert Chenevier (chef de service Pr Marion Leboyer), Créteil

Le Laboratoire des Usages en Technologies d'Information Numériques, FED 4246 (directeur M.Charles Tijus), Paris

Institut de psychologie, Université Paris Descartes, Paris.

École Normale Supérieure, Paris

Période d’inclusion Pour atteindre cette taille d’échantillon, il a fallu 1 an et demi de recrutement (entre 2013 et

2015).

Évaluations Diagnostic Le diagnostic d’un TSA a été réalisé dans les centres experts Asperger de la fondation FondaMental (Centre Expert Asperger, Hôpital Robert Debré ; Centre Expert Asperger, Hôpital Charles Perrins ; Centre Expert Asperger, Hôpital Albert Chenevier) selon les critères des classifications internationales (CIM-10, 1992 ; DSM-IV-TR, APA, 2000 ; DSM-5, APA, 2013). Les outils recommandés par la Haute Autorité de Santé (2011) tels que ADI-R (Lord et al., 1994) et ADOS (Lord et al., 2012) ont été utilisés.

52

Mesure d’alexithymie Nous avons mesuré la sensibilité à ses propres émotions grâce au questionnaire TAS-20 (The Twenty-Item Toronto Alexithymia Scale) : version enfant et adolescent (Loas et al., 2010); version adulte (Bagby, Taylor, & Parker, 1994). Les exemples des questionnaires se trouvent dans les annexes 1 et 2.

Mesure d’efficience intellectuelle Le test de QI a été effectué par les psychologues des Centres Expert Asperger en utilisant les outils suivants : WPPSI-III (Wecshler, 2004), WISC-III (Wecshler, 1996), WISC-IV (Wecshler, 2005), WAIS-III (Wecshler, 2008), WAIS-IV (Wecshler, 2011).

Critères d’inclusion Pour les deux groupes

- Hommes et femmes

- Age à partir de 6 ans

- Consentement libre et éclairé du participant et de ses parents (si mineur).

Pour les participants TSA

- Les patients atteints d’autisme devaient remplir les critères diagnostiques du DSM-IV (APA, 1994) ainsi que ceux de l’ADI-R (Lord et al., 1994) et/ou de l’ADOS (Lord et al., 2012) pour l’autisme.

- Les patients atteints du syndrome d’Asperger devaient remplir les critères du DSM-IV (APA, 1994) ainsi que les critères de l’ASDI pour le syndrome d’Asperger (Gillberg et

al., 2001) et de l’ADOS (Lord et al., 2012) pour les troubles du spectre de l’autisme.

- patients avec TSA non-spécifiés devant remplir les critères diagnostiques du DSM-

Les

IV

(APA, 1994) et de l’ADOS (Lord et al., 2012) pour les troubles du spectre de

l’autisme.

Critères d’exclusion

Pour les deux groupes

- Arrêt de passation

- Difficulté de compréhension du français Pour les participants TSA

- QI < 70

53

Pour les participants du groupe contrôle :

- QI < 70 ou redoublement de classe (pour les participants CTR qui n’ont pas bénéficié d’évaluation psychométrique standardisée du QI) ;

- Prise de médicaments neuroleptiques ;

- Antécédents neurologiques et psychiatriques connus ;

- Antécédents d’épisodes d’épilepsie.

Éthique La présente étude est inscrite dans le protocole de recherche C07-33, résultant de la collaboration scientifique entre la fondation FondaMental, INSERM et les laboratoires Roche (investigateur coordinateur Pr Marion Leboyer; responsable scientifique Pr Thomas Bourgeron). L’avis favorable du Comité de Protection des Personnes (CPP) d’Ile de France IX, le 14/11/2008 pour le projet de départ, le 24/03/2014 pour l’amendement n°8 et le 06/01/2016 pour l’amendement n°9 a été obtenu.

Le recrutement complémentaire dans le groupe contrôle a été effectué en dehors des centres d’inclusion du réseau FondaMental afin de permettre un meilleur appariement des patients par âge et genre. Les participants contrôles ont signé un formulaire de consentement complémentaire (annexes 3 et 4). Deux avis favorables d’un comité d’éthique de l’Université Paris Descartes n°201621 (pour les mineurs) et n°201646 (pour les adultes) ont été obtenus.

Procédure Matériel Le jeu a été adapté adapté du paradigme Cyberball (Williams et al., 2000) et programmé dans le logiciel Presentation® (Neurobehavioral systems Inc, version 10.1) en 2010 (Andari et al.,

2010).

systems Inc, version 10.1) en 2010 (Andari et al., 2010). Figure 7. Illustration du design expérimental
systems Inc, version 10.1) en 2010 (Andari et al., 2010). Figure 7. Illustration du design expérimental

Figure 7. Illustration du design expérimental

54

La participant P est représenté par une main en bas de l’écran. Les photos des trois adversaires sont affichées à côté des avatars anthropomorphes animés avec un prénom associé (Thomas, Michel, Pierre). Le P a le choix de lancer la balle à un des adversaires en utilisant la souris d’ordinateur ou les touches de clavier. L’intervalle inter-stimuli (temps de décision chez chaque adversaire) était variable (1-1.5 sec).

Déroulement de la passation Etape 1. Consigne. Etape 2. Jeu. Etape 3. Échelles de jugement de préférence et de confiance.

La consigne « Vous allez participer à un jeu de balle avec trois autres participants qui se trouvent actuellement dans d’autres pièces. Tous les ordinateurs sont connectés en réseau de façon que vous puissiez jouer tous ensemble en même temps. Chaque fois que vous recevez une balle, vous gagnez 1 point. Le but du jeu est d’avoir le plus de points possible ».

Description des profils Les trois adversaires manifestent les trois profils d’interactions envers le P : coopération, équité, exclusion, définis par la probabilité d’envoyer la balle au P. Après les premiers 6 échanges où la probabilité d’envoyer la balle au P est égale pour chaque adversaire (1/3), les profils se révèlent :

- le joueur Coopérant aura fait en moyenne 70 % de ses passes au P ;

- le joueur Équitable aura fait en moyenne 30% des passes au P ;

- le joueur Rejetant aura fait en moyenne 10% des passes au P.

Échelles utilisées Deux échelles de Likert évaluant la préférence et la confiance envers les adversaires ont été proposées après le jeu :

1)

Préférence : « À quel point tu préfères jouer avec X (prénom du joueur) ? »

Échelle de Likert (1 – min, 7 – max)

2)

Échelle de Likert (1 – min, 7 – max)

Confiance : « À quel point tu fais confiance à J (prénom du joueur) ? »

55

Stimuli utilisés Afin de rappeler l’existence réelle des adversaires humains, nous avons utilisé des photos correspondant à chaque groupe d’âge. Les stimuli proviennent des bases de données NIMH Child Emotional Faces Picture Set (NIMH-ChEFS) pour enfants et adolescents (Egger et al., 2011) et NimStim Face Stimulus Set (Tottenham et al., 2009) pour les adultes. La majorité de nos participants étant de genre masculin, nous avons sélectionné uniquement les visages masculins, avec une expression émotionnelle neutre.

visages masculins, avec une expression émotionnelle neutre. Figure 8. NimStim Face Stimulus Set (Tottenham et al.,
visages masculins, avec une expression émotionnelle neutre. Figure 8. NimStim Face Stimulus Set (Tottenham et al.,
visages masculins, avec une expression émotionnelle neutre. Figure 8. NimStim Face Stimulus Set (Tottenham et al.,
visages masculins, avec une expression émotionnelle neutre. Figure 8. NimStim Face Stimulus Set (Tottenham et al.,
visages masculins, avec une expression émotionnelle neutre. Figure 8. NimStim Face Stimulus Set (Tottenham et al.,
visages masculins, avec une expression émotionnelle neutre. Figure 8. NimStim Face Stimulus Set (Tottenham et al.,
visages masculins, avec une expression émotionnelle neutre. Figure 8. NimStim Face Stimulus Set (Tottenham et al.,
visages masculins, avec une expression émotionnelle neutre. Figure 8. NimStim Face Stimulus Set (Tottenham et al.,
visages masculins, avec une expression émotionnelle neutre. Figure 8. NimStim Face Stimulus Set (Tottenham et al.,

Figure 8. NimStim Face Stimulus Set (Tottenham et al., 2009) pour adultes (images utilisées : 24_M, 25_M, 22_M , NIMH Child Emotional Faces Picture Set (Egger et al., 2011) pour adolescents et enfants (images utilisées : M1NS_4286, M3NS_4688, M18NS_8844, M2NS_4477, M10NS_6758, M11NS_6873).

Différences méthodologiques avec la version initiale (Andari et al., 2010). Du fait de nos questionnements et de notre population, nous avons décidé de modifier certains paramètres de l’expérience décrite dans Andari et al. (2010) :

56

Tout d’abord, nous avons introduit des photos correspondantes pour chaque tranche d’âge (enfants, adolescents, adultes), puisque cela semble augmenter le sentiment d’appartenance au groupe (McPartland et al., 2011).

Ensuite, nous avons augmenté le nombre d’essais (de 80 à 180 essais) afin de vérifier si l’augmentation du temps d’interaction favorise la reconnaissance des profils chez les participants TSA.

Le feed-back sur le score personnel, affiché sur l’écran dans la version initiale, n’a pas été montré aux participants suite à une erreur de manipulation.

Les adultes qui ont participé à la version initiale du jeu, ont été récompensé selon leurs performances (en euros). Le protocole de notre étude n’a pas prévu de payer les participants, surtout les mineurs (à part le remboursement des frais de transport). Par conséquent, nous ne pouvons pas affirmer que nos participants avaient une motivation monétaire, mais nous avons introduit une motivation de gain grâce à la consigne.

Du fait du plus grand nombre de participants et des créneaux de passations variables, nous n’avons pas pu recruter des sujets complices du même âge pour jouer le rôle des adversaires présents dans la salle, comme il a été fait dans la version initiale du jeu. Nous avons pallié à cette difficulté en expliquant à nos participants que leurs adversaires se trouvaient dans d’autres bureaux de l’hôpital.

Finalement, nous avons augmenté considérablement le nombre de participants, comparativement à l’étude initiale, afin de pouvoir les séparer en sous-groupes selon l’âge.

Analyses Les analyses ont été faites en utilisant les logiciels JMP Version 9.0.1 (SAS Institute Inc., Cary, NC, 1989-2007) pour les tests statistiques et G.Power 3.1. (Faul, Erdfelder, Lang, & Buchner, 2007) pour le calcul de la puissance statistique. L’interprétation de la taille de l’effet η 2 est présenté dans l’annexe 5.

Dans un premier temps, nous avons procédé au test des hypothèses de l’analyse de variance (ANOVA) en réalisant le test de normalité de la distribution des résidus 5 issus du modèle, ainsi que le test d’égalité des variances (homoscédasticité ; Glele Kakaï, Sodjinou & Fonton, 2006).

5 Les résidus sont les écarts entre les valeurs observées et celles prédites par le modèle.

57

Afin de tester si les résidus issus du modèle suivent la loi normale, le test W de Shapiro-Wilk (Shapiro & Wilk, 1965) a été utilisé (la valeur de p <0.05 permet de rejeter l’hypothèse de la

normalité). De plus, le test de Levene (Levene, 1960) a été réalisé pour vérifier l’égalité des variances en fonction de chaque facteur (la valeur de p <0.05 permet de rejeter l’hypothèse de l’égalité des variances). Ces deux conditions, la normalité de la distribution et l’égalité des variances, doivent en effet être remplies simultanément afin de pouvoir utiliser l’ANOVA. Les

graphiques et les statistiques des tests de normalité sont présentés dans les annexes 6-7. Dans un second temps, le choix des tests appropriés a été fait en fonction du caractère de la distribution.

En nous intéressant aux capacités de discrimination des trois profils TSA et CTR, nous avons supposé que les participants CTR (quel que soit la tranche d’âge) feraient une discrimination entre les trois joueurs, tandis que les participants TSA enverraient autant de balles les trois profils. Pour tester cette hypothèse, nous avons d’abord appliqué le test de Kruskall-Wallis pour

vérifier si les échantillons proviennent de la même population (H0) avec la taille de l’effet η 2 rapporté (Fritz, Morris, & Richler, 2012 ; Cohen, 1988 ; pour l’interprétation de la taille de l’effet cf. l’Annexe X). La correction de Bonferroni pour le nombre de tests réalisés a été appliquée selon la formule

seuil p ajusté =

0. 05

éé

Ensuite, si l’hypothèse nulle est rejetée, nous avons réalisé des tests post-hoc (comparaisons multiples non-paramétriques) en utilisant le test des rangs signés de Wilcoxon, en appliquant la

correction de Bonferroni pour le nombre de comparaisons selon la formule :

seuil p ajusté =

0. 05

Résultats

Discrimination implicite des profils Contrairement à Andari et collaborateurs qui ont utilisé comme variable le nombre de passes

faits par le participant P, nous avons normalisé ce nombre par le nombre total de passes réalisés. En effet, le nombre total de passes fait par un participant P varie en fonction de la stratégie utilisée. Les ratios donc ont été calculées selon la formule suivante :

58

Fréquence des passes au joueur X = éé

I. Fréquence des passes sur les 80 premiers essais (réplication de l’étude d’Andari et al.)

Afin de comparer la distribution des passes dans notre étude par rapport à l’étude de Andari et

al. (2010), nous avons procédé à une analyse de variance suivant le plan expérimental : Groupe2

x Âge4 x Profil3, où le groupe (TSA et CTR) et l’âge (enfants, adolescents, jeunes adultes et

adultes) sont deux facteurs inter-sujet et le profil de joueur (Coopérant, Equitable et Rejetant)

est un facteur intra-sujet. Cette analyse fut effectuée sur les premiers 80 essais uniquement

(conformément à la durée du jeu dans l’expérience de Andari et al. (2010)). Les conditions de

la normalité n’étant pas respectées (cf Annexe 6 et 7), nous avons utilisé les tests non

paramétriques.

1.1. Effet du profil pendant les premiers 80 essais (toutes les tranches d’âge confondues)

Dans le groupe TSA (n=81), contrairement à notre hypothèse, on observe une différence dans

les fréquences d’envoi de balles aux joueurs Coopérant, Équitable et Rejetant lors des premiers

80 essais. Après la correction de Bonferroni réalisée, cet effet de petite taille reste significatif

(p=0.025, η2=0.07). Les comparaisons post-hoc réalisées (test de Wilcoxon) montrent que les

participants TSA ont envoyé plus de balles au joueur Équitable par rapport au joueur Rejetant,

cet effet étant petit ( η 2 =0.04). Aucune autre différence statistiquement significative n’a été

détectée (cf. le Tableau 3).

Conformément à notre hypothèse, on observe une différence entre la fréquence d’envoi de balle

aux trois joueurs également dans le groupe CTR (n=139). Cet effet de petite taille est significatif

(p=0.002, η2=0.08). Nous avons observé une petite différence significative entre l’envoi de

balle au joueur Équitable et aux joueurs Coopérant et Rejetant pendant les premiers 80 essais

(p=0.002, p=0.003 respectivement, η 2 =0.03 pour les deux comparaisons). Aucune autre

différence statistiquement significative n’a été détectée (cf. le Tableau 3).

59

Tableau 3. Résumé des statistiques pour la comparaison de la fréquence d’envoi de balle (médiane) aux profils

Coopérant, Equitable et Rejetant chez les participants TSA et CTR (tous les âges confondus) durant les premiers

80 essais (effet de profil). L’astérisque indique un résultat statistiquement significatif (p<0.025 pour le test de

Kruskall-Wallis, p<0.016 pour les post-hoc, test de Wilcoxon). La valeur de η 2 représente la taille de l’effet.

   

Médiane

Effet profil

(p<0.025)

 

Post-hoc (p<0.016)

 

GROUPE

Coopérant

Equitable

Rejetant

Coopérant-

Coopérant-

Equitable-

Equitable

Rejetant

Rejetant

TSA

0.33

0.35 0.32

 

χ² =7.4,

ddl=2,

p=0.025*,

Z=-1.48,

p=0.14,

2=0.01

η

Z=1.13,

p=0.25,

2=0.01

η

Z=2.65,

p=0.001*,

η

2=0.04

η

2=0.07

CTR

0.32

0.36 0.32

 

χ² =12.72,

ddl=2,

p=0.002*,

Z=-3.15,

p=0.002*,

η

2=0.03

Z=-0.35,

p=0.72,

2=0.001

η

Z=2.99,

p=0.003*,

η

2=0.03

η

2=0.08

* * *
*
*
*

Figure 9. Représentation graphique des passes faites par les TSA et CTR aux joueurs Coopérant, Équitable et

Rejetant durant les premiers 80 essais. Cinquante pour cent des observations se trouvent à l’intérieur de la boîte à

moustache, la barre horizontale à l’intérieur de la boîte indique la médiane, les barres représentent les points dans

1,5 fois l’écart interquartile.

60

1.2.

Effet du groupe pendant les premiers 80 essais (toutes les tranches d’âge confondus).

En réalisant la comparaison intergroupe (TSA vs CTR) pour chaque profil, nous n’observons pas de différence statistiquement significative entre la fréquence de passes pour le joueur Coopérant (test de Wilcoxon, z=0.81, p=0.42, η 2 =0.003), Rejetant (z=-0.74, p=0.47, η 2 =0.002) et Équitable (z=-0.11, p=0.91, η 2 =0).

1.3. Effet du profil dans chaque tranche d’âge chez les TSA et les CTR sur les premiers

80 essais Nous n’observons pas d’effet du profil dans aucune tranche d’âge ni dans le groupe TSA, ni dans le groupe CTR (cf. le tableau 4). Suite à la correction pour le nombre des tests effectuée, aucune comparaison n’a atteint le seuil de signification (p<0.006).

Tableau 4. Résumé des statistiques pour la comparaison de la fréquence d’envoi de balle (médiane) aux profils Coopérant, Equitable et Rejetant chez les enfants, adolescents, jeunes adultes et adultes TSA et CTR durant les premiers 80 essais (effet de profil). L’astérisque indique un résultat statistiquement significatif (p<0.006 pour le test de Kruskall-Wallis, p<0.016 pour les post-hoc, test de Wilcoxon). La valeur de η 2 représente la taille de l’effet.

     

Effet profil

GROUPE

AGE

 

Médiane

(p<0.006)

Coopérant

Equitable

Rejetant

 

ENF

     

χ² =2.97, ddl=2, p=0.23, η 2 =0.05

(n=23)

0.3

0.33

0.33

ADO

     

χ² =4.58, ddl=2, p=0.1, η 2 =0.12

TSA

(n=24)

0.35

0.35

0.32

JADU

     

χ² =7.83, ddl=2, p=0.02, η 2 =0.41

(n=17)

0.29

0.39

0.33

ADU

     

χ² =2.27, ddl=2, p=0.32, η 2 =0.02

(n=17)

0.33

0.33

0.29

 

ENF

     

χ² =5.95, ddl=2, p=0.051, η 2 =0.10

(n=44)

0.31

0.37

0.32

ADO

     

χ² =0.04, ddl=2, p=0.98, η 2 =0.05

CTR

(n=42)

0.33

0.33

0.32

JADU

     

χ² =6.8, ddl=2, p=0.03, η 2 =0.17

(n=30)

0.32

0.37

0.32

ADU

     

χ² =9.90, ddl=2, p=0.007, η 2 =0.36

(n=23)

0.3

0.37

0.33

61

1.4.

Effet de l’âge sur les premiers 80 essais

Étant intéressés à un éventuel effet de l’âge, à savoir si les participants d’un des groupes d’âge ont envoyé plus de balles à un profil particulier, nous avons comparé la fréquence des passes aux joueurs entre les quatre groupes d’âge à l’intérieur de chaque groupe (TSA et CTR) en utilisant le test de Kruskall-Wallis avec la correction de Bonferroni pour le nombre de tests

effectués (k=6, seuil de significativité ajusté p<0.008).

Pour le groupe TSA, nous comparons les médianes de la fréquence des passes chez les enfants, adolescents, jeunes adultes et adultes pour le joueur Coopérant (0.30, 0.35, 0.29 et 0.33 respectivement), Equitable (0.30, 0.35, 0.32 et 0.33 respectivement) et Rejetant (0.33, 0.32, 0.33 et 0.29 respectivement). L’analyse n’a pas démontré de différence significative entre différents groupes d’âge (pour le joueur Coopérant χ²=5.96, ddl=3, p=0.11, η 2 =0.04 ; Equitable χ²=3.07, ddl=3, p=0.38, η 2 =0.001 ; Rejetant χ²=1.24, ddl=3, p=0.74, η 2 =0.02).

En comparant les médianes de la fréquence des passes chez les enfants, adolescents, jeunes adultes et adultes dans le groupe CTR pour le joueur Coopérant (0.31, 0.33, 0.32 et 0.30 respectivement), Equitable (0.37, 0.33, 0.37 et 0.37 respectivement) et Rejetant (0.32, 0.32, 0.32 et 0.33 respectivement), nous ne pouvons pas conclure à la différence dans l’envoi de balle entre les quatre groupes d’âge (Coopérant χ²=2.51, ddl=3, p=0.47, η 2 =0.004), Equitable ( χ²=6.65, ddl=3, p=0.08, η 2 =0.03) ni Rejetant ( χ²=1.61, ddl=3, p=0.65, η 2 =0.01).

1.5. Effet du groupe dans chaque tranche d’âge sur les premiers 80 essais

Afin de vérifier si les participants TSA et CTR d’âges différents se diffèrent selon la fréquence des passes faits à chaque joueur, nous avons réalisé le test de la somme des rangs de Wilcoxon avec la correction de Bonferroni pour le nombre de groupes (k=12, p=0.004). Aucune

comparaison ne passe pas le seuil de signification corrigé (cf. Tableau 5 pour les statistiques).

62

Tableau 5. Résumé des statistiques pour la comparaison intergroupe de la fréquence d’envoi de balle (médiane) par groupe chez les enfants, adolescents, jeunes adultes et adultes TSA et CTR durant les premiers 80 essais (effet de groupe). L’astérisque indique un résultat statistiquement significatif (test de Wilcoxon, correction de Bonferroni au seuil de p<0.004). La valeur de η 2 représente la taille de l’effet.

Joueur

Tranche d'âge

Groupe

Effet groupe (p<0.004)

TSA

CTR

 

Enfants

0.3

0.31

Z=-0.22, p=0.82, η 2=0.001

Coopérant

Adolescents

0.35

0.33

Z=1.28, p=0.2, η 2=0.03

Jeunes adultes

0.29

0.32

Z=-0.99, p=0.32, η 2=0.02

 

Adultes

0.33

0.3

Z=1.68, p=0.09, η 2=0.07

 

Enfants

0.33

0.37

Z=-0.03, p=0.96, η 2=0

Adolescents

0.35

0.33

2=0.96, p=0.34, η 2=0.01

Equitable

Jeunes adultes

0.39

0.37

Z=0.51, p=0.6, η 2=0.006

Adultes

0.33

0.37

Z=-1.83, p=0.08, η 2=0.07

 

Enfants

0.33

0.32

Z=0.33, p=0.73, η 2=0.002

Rejetant

Adolescents

0.32

0.32

Z=-0.88, p=0.38, η 2=0.01

Jeunes adultes

0.33

0.32

Z=0.48, p=0.63, η 2=0.005

 

Adultes

0.29

0.33

Z=-1.73, p=0.08, η 2=0.07

II. Fréquence des passes pour les trois profils durant la totalité du jeu (180 essais) Afin d’analyser la discrimination des profils à l’intérieur de chaque groupe en fonction de l’âge des participants sur la totalité du jeu (180 essais), nous avons procédé à une analyse de variance selon le plan expérimental : Groupe2 x Age4 x Profil3 où les variables Groupe (TSA et CTR) et Age (enfants, adolescents, jeunes adultes et adultes) sont des facteurs inter-sujet et la variable Profil (Coopérant, Equitable et Rejetant) est un facteur intra-sujet. Les conditions de normalité n’étaient pas respectées (cf. Annexe 8 et 9), nous avons utilisé les tests non paramétriques.

2.1. Effet du profil chez les participants TSA et CTR (toutes les tranches d’âge confondues) sur la totalité du jeu Pour tester l’hypothèse de la discrimination entre les trois profils chez les participants CTR, contrairement aux participants TSA qui ne manifesteraient pas de telle discrimination, nous avons utilisé le test de Kruskal-Wallis, en comparant les médianes de la fréquence des passes aux trois joueurs dans chaque groupe (TSA et CTR). Si l’effet de joueur est démontré (seuil p ajusté en fonction de nombre de groupes p<0.025), les comparaisons multiples sont réalisées selon le test de Wilcoxon avec la correction de Bonferroni (seuil p ajusté : p<0.016).

63

Tableau 6. Résumé des statistiques pour la comparaison de la fréquence d’envoi de balle chez les participants TSA et CTR pendant la totalité du jeu (effet de profil). L’astérisque indique un résultat statistiquement significatif (p<0.025 pour le test de Kruskall-Wallis, p<0.016 pour le test post-hoc, test de Wilcoxon). La valeur de η 2 représente la taille de l’effet.

   

Médiane

Effet profil

 

Post-hoc (p<0.016)

 

GROUPE

     

Coopérant-

Coopérant-

Equitable-

Coopérant

Equitable

Rejetant

(p<0.025)

Equitable

Rejetant

Rejetant

       

χ² =15.51,

Z=2.48,

Z=3.81,

Z=1.59,

ddl=2,

TSA (n=81)

0.34

0.34

0.3

p=0.0004*,

p=0.013*,

p<0.0001*,

p=0.11,

η

2=0.17

η

2=0.03

η

2=0.09

η

2=0.02

       

χ² =19.8,

Z=2.14,

Z=4.33,

Z=2.53,

CTR

ddl=2,

(n=139)

0.35

0.33

0.31

p<0.0001*,

p=0.03,

p<0.0001*,

p=0.012*,

η

2=0.13

η

2=0.02

η

2=0.07

η

2=0.02

Dans le groupe TSA (cf. Tableau 6), contrairement à l’hypothèse de la non-discrimination des trois profils chez les TSA, on observe une différence entre les médianes de la fréquence des passes aux joueurs Coopérant, Equitable et Rejetant sur la totalité du jeu. Cette différence est significative (p<0.0004), l’effet est important ( η 2 =0.17). Les comparaisons post-hoc ont relevé que le joueur Coopérant reçoit davantage de balles que le joueur Équitable (p=0.013) ou le joueur Rejetant (p=0.0001), cependant, les tailles des effets sont petites ( η 2 =0.02 et η 2 =0.09 respectivement). On ne peut pas conclure à une différence statistiquement significative entre le nombre de balles envoyées aux joueurs Équitable et Rejetant (p=0.11).

Dans le groupe CTR (cf. Tableau 6), on observe également une différence dans la fréquence des passes aux trois profils. Cette différence est significative (p<0.0001), l’effet est intermédiaire ( η 2 =0.13). Notre hypothèse sur le joueur Coopérant qui arrive en tête du classement n’a pas été confirmée : nous ne pouvons pas conclure à une différence statistiquement significative entre la fréquence des passes aux profils Coopérant et Equitable (p=0.03 < 0.016). En revanche, le joueur Rejetant reçoit moins de balles que le Coopérant (p<0.0001) ou Equitable (p=0.012), les effets étant petits ( η 2 =0.07 et η 2 =0.02 respectivement).

64

* * * *
*
*
*
*

Figure 10. Fréquence des passes au joueurs Coopérant, Equitable et Rejetant sur la totalité du jeu dans les groupes TSA et CTR. Cinquante pour cent des observations se trouvent à l’intérieur de la boîte à moustache, la barre horizontale à l’intérieur de la boîte indique la médiane, les barres représentent les points dans 1,5 fois l’écart interquartile.

2.2. Effet du groupe sur la totalité du jeu (toutes les tranches d’âge confondues)

Si on s’intéresse à la différence inter-groupes, on compare les médianes des deux groupes (TSA et CTR) pour les trois profils en utilisant le test de Wilcoxon avec la correction de Bonferroni pour le nombre de tests (seuil p ajusté p=0.016). On ne peut pas constater de différences statistiquement significatives pour la fréquence des passes faits par les TSA et les CTR au joueur Coopérant (test de Wilcoxon, z=0.64, p=0.52, η 2 =0.002), Equitable (z=-0.64, p=0.52, η 2 =0.002) et Rejetant (z=0.12, p=0.9, η 2 <0.001).

2.3. Effet du profil dans les différentes tranches d’âge chez les TSA et CTR sur la totalité

du jeu L’effet du profil dans chacun des sous-groupes a été vérifié par la comparaison des médianes (test de Kruskall-Wallis avec la correction de Bonferroni au seuil de p<0.006), les

65

comparaisons multiples ont été appliquées si le test s’est avéré significatif (méthode de Wilcoxon avec la correction de Bonferroni au seuil de p<0.016).

D’après les résultats, dans le groupe TSA, aucune comparaison n’a atteint le seuil de signification corrigé (pour le tableau de résultats, cf. Annexe 10). De même, dans le groupe CTR, l’effet joueur n’est retrouvé dans aucun groupe d’âge sauf les jeunes adultes (l’effet est important, p=0.001 η 2 =0.4) qui ont fait plus de passes au joueur Coopérant qu’aux autres joueurs.

2.4. Effet de l’âge chez les TSA et CTR sur la totalité du jeu

Si on s’intéresse à la différence entre les quatre groupes d’âge pour la fréquence d’envoi de balle à chaque joueur séparément chez les TSA et les CTR, on utilise le test de Kruskall-Wallis

pour comparer les médianes (correction Bonferroni pour le nombre de tests réalisés (k=6), seuil

p ajusté p=0.008).

Ni dans le groupe TSA, ni dans le groupe CTR nous n’observons d’effet de l’âge en analysant la fréquence des passes à trois joueurs (chez les TSA : pour le joueur Coopérant χ²=2.56, ddl=3, p=0.47, η 2 =0.006 ; Equitable χ²=10.69, ddl=3, p=0.014, η 2 =0.1 ; Rejetant χ²=3.41, ddl=3, p=0.33, η 2 =0.005 ; chez les CTR : pour le joueur Coopérant χ²=8.97, ddl=3, p=0.03, η 2 =0.04 ; Equitable ( χ²=9.06, ddl=3, p=0.03, η 2 =0.05 ; Rejetant χ²=10.82, ddl=3, p=0.74, η 2 =0.06).

2.5. Effet du groupe dans les différentes tranches d’âge sur la totalité du jeu

Afin de vérifier si les participants TSA et CTR se diffèrent selon la fréquence des passes faits

à chaque joueur, nous avons réalisé le test de la somme des rangs de Wilcoxon avec la correction

de Bonferroni pour le nombre de tests (k=12, p=0.004). Aucune comparaison ne passe pas le seuil de signification corrigé, les effets sont petits ou quasi-inexistants (cf. Annexe 11 pour les statistiques).

III. Analyse de la dynamique temporelle de la distribution des passes Afin d’analyser la distribution des passes en fonction du profil de joueur pendant le jeu, nous avons regroupé les 180 essais en 18 blocs de 10 essais. Le participant avait entre 0 et 4 opportunités de lancer la balle. Après avoir observé les trajectoires d’interaction avec chaque profil à travers les 18 blocs chez les TSA et les CTR (cf. Figure 11), nous avons séparé le temps du jeu en trois phases égales :

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Début (la fréquence moyenne des passes pour les blocs 1-6), Milieu (la fréquence moyenne des passes pour les blocs 7-12), Fin (la fréquence moyenne des passes pour les blocs 13-18).

Fin (la fréquence moyenne des passes pour les blocs 13-18). Figure 11. Représentation graphique de la

Figure 11. Représentation graphique de la fréquence moyenne des passes faites aux joueurs Coopérant, Équitable et Rejetant à travers les 18 blocs dans les groupes TSA et CTR. Chaque bloc illustre la moyenne des passes sur 10 essais consécutifs. Les barres d’erreur représentent les intervalles de confiance à 95%.

représentent les intervalles de confiance à 95%. Figure 12. Comparaison entre les trajectoires de la

Figure 12. Comparaison entre les trajectoires de la fréquence des passes chez les TSA et CTR en fonction du profil du joueur pendant les 18 blocs consécutifs. Chaque bloc illustre la moyenne des passes sur 10 essais consécutifs. Les barres d’erreur représentent les intervalles de confiance à 95%.

67

Afin de comparer la distribution des passes chez les deux groupes à différentes périodes du jeu, nous avons procédé à une analyse de variance selon le plan expérimental : Groupe2 x Age4 x Phase3 x Profil3, où Groupe (TSA et CTR) et Age (enfant, adolescent, jeune adulte et adulte) sont des facteurs inter-sujet et Phase (Début, Milieu et Fin) et Profil (Coopérant, Equitable et Rejetant) sont des facteurs intra-sujet. Les conditions de normalité n’étaient pas respectées (cf. Annexes 12 et 13), nous avons utilisé les tests non paramétriques.

3.1. Effet du profil chez les TSA et les CTR à différentes phases du jeu (toutes les tranches d’âge confondues) Afin de tester un effet du profil à chaque période du jeu dans chaque groupe (TSA, n=81 ; CTR, n=139), nous avons réalisé un test de Kruskall-Wallis (avec la correction de Bonferroni pour le nombre de tests (k=6), le seuil de p ajusté p=0.008), avec le test post-hoc selon la méthode de Wilcoxon (seuil de signification corrigé pour le nombre de comparaisons p=0.016). Le tableau avec les statistiques est présent dans l’Annexe 14.

Début du jeu Dans le groupe TSA, on observe un effet de joueur important ( χ²=12.53, ddl=2, p=0.002, η 2 =0.14), à savoir les passes plus fréquentes au joueur Équitable comparativement au joueur Rejetant (p=0.0004, η 2 =0.15). La différence des passes au joueur Équitable et Coopérant (p=0.06, η 2 =0.04) et entre le Coopérant et Rejetant (p=0.1, η 2 =0.03) n’a pas atteint le seuil de signification après la correction de Bonferroni réalisée. Dans le groupe CTR, l’effet modéré de joueur ( χ²=16.67, ddl=2, p=0.002, η 2 =0.11) est dû aux passes plus fréquentes au joueur Équitable comparativement au joueur Rejetant et Coopérant (p=.0004, η 2 =0.09 pour les deux comparaisons).

Milieu du jeu. On n’observe aucune différence entre les médianes de passes faits à trois joueurs au milieu du jeu dans le groupe TSA ni CTR (pour le groupe TSA : χ²=1.35, ddl=2, p=0.509, η 2 =0.008 ; Pour le groupe CTR : χ²=0.36, ddl=2, p=0.836, η 2 =0.01).

Fin du jeu A la fin du jeu, l’effet important de joueur est observé dans les deux groupes (TSA : χ²=25.09, ddl=2, p<0.0001, η 2 =0.30 ; CTR : χ²=44.03, ddl=2, p<0.0001, η 2 =0.31). Les participants font plus de passes au joueur Coopérant comparativement au joueur Rejetant (TSA : p<0.0001,

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η 2 =0.25 ; CTR : p<0.0001, η 2 =0.28) et Équitable (TSA : p<0.0001, η 2 =0.21 ; CTR : p<0.0001, η 2 =0.18), en absence de différence entre les passes au Rejetant et Équitable (TSA : p<0.605, η 2 =0.003 ; CTR : p<0.089, η 2 =0.02).

* * * * *
*
*
*
*
*

Figure 13. Représentation graphique de la fréquence moyenne des passes faites aux joueurs Coopérant, Équitable et Rejetant au début, au milieu et à la fin du jeu dans les groupes TSA et CTR (tous les âges confondus). Chaque phase est composée de 6 blocs. Les barres d’erreur représentent les intervalles de confiance à 95%.

3.2. Effet du groupe sur la fréquence des passes aux trois profils à différentes phases du jeu (tous les âges confondus)

Début du jeu :

Aucune différence inter-groupe (TSA vs CTR) n’a été retrouvé pour l’envoi de balle aux joueurs Coopérant (test de Wilcoxon corrigé pour le nombre de groupes z=0.91, p=0.36, η 2 =0.004), Equitable (z=-0.07, p=0.94, η 2 =0), Rejetant (z=-0.89, p=0.37, η 2 =0.004).

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Milieu du jeu :

Aucune différence inter-groupe (TSA vs CTR) n’a été retrouvé pour l’envoi de balle aux joueurs Coopérant (test de Wilcoxon corrigé pour le nombre de groupes z=0.51, p=0.61, η 2 =0.001), Equitable (z=-1.05, p=0.29, η 2 =0.005), Rejetant (z=0.27, p=0.78, η 2 =0).

Fin du jeu Aucune différence inter-groupe (TSA vs CTR) n’a été retrouvé pour l’envoi de balle aux joueurs Coopérant (test de Wilcoxon corrigé pour le nombre de groupes z=-0.05, p=0.95, η 2 =0), Equitable (z=-0.75, p=0.46, η 2 =0.003), Rejetant (z=0.2, p=0.84, η 2 =0).

3.3. Effet de la phase du jeu sur la fréquence des passes aux trois profils chez les TSA et

les CTR (tous les âges confondus) Afin de comparer la fréquence d’envoi de balle à chaque joueur au début et à la fin du jeu dans les deux groupes, nous avons réalisé le test de Wilcoxon avec la correction de Bonferroni pour

le nombre de tests (k=6, le seuil de signification ajusté p=0.008).

Nous avons observé l’effet de temps dans les deux groupes. Autrement dit, les participants envoient plus de balles au joueur Coopérant à la fin qu’au début du jeu, l’effet étant modéré pour les deux groupes (TSA : z=2.99, p=0.003, η 2 =0.07 ; CTR : z= 4.32, p<0.0001, η 2 =0.13). L’inverse se produit pour le joueur Équitable qui reçoit plus de balles au début qu’à la fin du jeu, l’effet est important (TSA : z=-5.45, p<0.0001, η 2 =0.37; CTR : z=-6.09, p<0.0001, η 2 =0.27).

La fréquence de passes au joueur Rejetant ne varie pas entre le début et la fin du jeu dans le groupe TSA (z=-1.56, p=0.12, η 2 =0.03). Chez les participants CTR, on observe un effet intermédiaire de temps pour le joueur Rejetant, qui reçoit moins de balles à la fin du jeu qu’au début (z=-2.89, p=0.005, η 2 =0.06).

3.4. Effet du profil dans les différentes tranches d’âge chez les TSA et les CTR à différentes

phases du jeu Nous souhaitons déterminer si l’effet du profil est observé chez les participants TSA et CTR d’âges différents. Pour cela, nous avons réalisé le test de Kruskall-Wallis avec la correction de Bonferroni pour le nombre de tests réalisés (k=24, seuil de p corrigé p=0.002) en comparant les médianes pour la fréquence des passes au trois joueurs dans chaque tranche d’âge chez les

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TSA et les CTR au début, au milieu et à la fin du jeu. Le test de Wilcoxon permet de réaliser la comparaison par pair afin d’expliquer l’effet observé (seuil de p corrigé pour le nombre de comparaisons p=0.016).

Début du jeu :

Au début du jeu, nous n’observons pas de différence statistiquement significative dans l’envoi de balle aux trois profils chez les participants TSA quel que soit leur tranche d’âge (cf. Annexe 15 pour le résumé des statistiques). Notons que les effets dans certains groupes sont importants (pour les adolescents η 2 =0.33, pour les jeunes adultes η 2 =0.55), mais ne sont pas statistiquement significatifs avec notre taille de l’échantillon après la correction de Bonferroni réalisé pour le nombre de groupes. Chez les participants CTR, nous observons un effet du profil important et significatif chez les jeunes adultes (p=0.002, η 2 =0.39). En effet, les participants de cette tranche d’âge envoient plus de balles au joueur Equitable au début du jeu qu’à deux autres profils. Les statistiques descriptives présentent la même tendance à effet important chez les enfants et les adultes CTR, mais qui n’est pas statistiquement significatif avec notre taille de l’échantillon.

Milieu du jeu :

Aucune différence statistiquement significative n’est observée pour l’envoi de balle aux trois joueurs chez les participants TSA au milieu du jeu. De même, les résultats ne nous permettent pas de conclure à un effet du profil chez les participants CTR au milieu du jeu (cf. Annexe 16 pour le résumé des statistiques).

Fin du jeu :

Malgré un effet du profil important observé chez les enfants ( η 2 =0.17), jeunes adultes ( η 2 =0.69) et adultes ( η 2 =0.63) TSA, il ne passe pas le seuil de signification corrigé pour le nombre de groupes. Nous ne pouvons donc pas se prononcer sur la discrimination des trois profils chez les participants TSA d’âges différents à la fin du jeu.

Chez les participants CTR, l’effet du profil important statistiquement significatif (p<0.0001, η 2 =0.93) a été retrouvé uniquement chez les jeunes adultes qui ont envoyé la balle plus souvent au joueur Coopérant qu’à deux autres joueurs dans la dernière phase du jeu. Malgré l’importance de l’effet observé dans d’autres tranches d’âge chez les CTR (enfants, adolescents), il ne passe pas le seuil de signification corrigé.

71

3.5. Effet de l’âge sur a fréquence des passes aux trois profils chez les TSA et les CTR à différentes phases du jeu Nous avons voulu vérifier s’il existe une différence entre les quatre groupes d’âge pour la fréquence d’envoi de balle à chaque joueur séparément chez les TSA et les CTR à différentes phases du jeu. Pour cela, nous avons appliqué le test de Kruskall-Wallis pour comparer les passes faites par chaque groupe d’âge aux joueurs Coopérant, Equitable et Neutre au début, au milieu et à la fin du jeu (correction Bonferroni pour le nombre de tests (k=18), seuil p ajusté

p=0.003).

Début du jeu Au début du jeu, nous n’observons pas de différence statistiquement significative entre les quatre tranches d’âge chez les TSA en analysant la fréquence des passes (pour le joueur Coopérant χ²=5, ddl=3, p=0.17, η 2 =0.03 ; Equitable χ²=3.16, ddl=3, p=0.36, η 2 =0.002 ; Rejetant χ²=1.49, ddl=3, p=0.68, η 2 =0.02). Dans le groupe CTR, nous n’observons également pas de différence statistiquement significative entre les quatre tranches d’âge pour la fréquence des passes (pour le joueur Coopérant χ²=3.3, ddl=3, p=0.34, η 2 =0.002 ; Equitable ( χ²=6.88, ddl=3, p=0.08, η 2 =0.03 ; Rejetant χ²=2.58, ddl=3, p=0.45, η 2 =0.003).

Milieu du jeu Au milieu du jeu, aucune différence statistiquement significative n’a été observée entre les participants d’âges différents chez les TSA (pour le joueur Coopérant χ²=2.93, ddl=3, p=0.4, η 2 =0.001 ; Equitable χ²=1.3, ddl=3, p=0.72, η 2 =0.03 ; Rejetant χ²=2.65, ddl=3, p=0.45, η 2 =0.005). Pareil pour le groupe CTR, nous n’observons pas d’effet de l’âge pour la fréquence des passes aux trois profils (pour le joueur Coopérant χ²=5.47, ddl=3, p=0.14, η 2 =0.02 ; Equitable ( χ²=5.37, ddl=3, p=0.15, η 2 =0.02 ; Rejetant χ²=6.01, ddl=3, p=0.11, η 2 =0.02).

Fin du jeu À la fin du jeu, nous ne retrouvons pas d’effet de l’âge dans le groupe TSA qui serait statistiquement significatif (pour le joueur Coopérant χ²=0.7, ddl=3, p=0.87, η 2 =0.03 ; Equitable χ²=2.93, ddl=3, p=0.4, η 2 =0.001 ; Rejetant χ²=2.43, ddl=3, p=0.48, η 2 =0.007). Tout comme pour les participants TSA, nous n’ont pas observé de différence dans l’envoi de balle entre les quatre tranches d’âge dans le groupe CTR (pour le joueur Coopérant χ²=3.58,

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ddl=3, p=0.31, η 2 =0.005 ; Equitable ( χ²=2.75, ddl=3, p=0.43, η 2 =0.002 ; Rejetant χ²=0.85, ddl=3, p=0.83, η 2 =0.02).

3.6. Effet de la phase sur la fréquence des passes aux trois profils de joueurs au sein des différentes tranches d’âge chez les TSA et les TSA Afin de comparer si la fréquence des passes à chaque joueur diffère entre le début, le milieu et la fin du jeu, nous avons réalisé le test de Kruskall-Wallis avec la correction pour le nombre de tests réalisés (k=24, seuil de p ajusté p=0.002).

Chez les enfants TSA, nous n’avons pas retrouvé d’effet de la phase sur la fréquence des passes au joueur Coopérant ( χ²=3.16, ddl=2, p=0.21, η 2 =0.02), Equitable ( χ²=2.27, ddl=2, p=0.32, η 2 =0.004) et Rejetant ( χ²=3.45, ddl=2, p=0.18, η 2 =0.02). De même, chez les adolescents TSA, il n’y pas de différence dans la fréquence des passes entre les trois phases du jeu (pour le Coopérant : χ²=0.5, ddl=2, p=0.77, η 2 =0.002; pour l’Equitable :

χ²=4.31, ddl=2, p=0.12, η 2 =0.004; pour le Rejetant : χ²=4.19, ddl=2, p=0.12, η 2 =0.03). Un effet important de la phase mais qui ne passe pas le seuil de signification corrigé dans notre échantillon est retrouvé chez les jeunes adultes TSA pour le joueur Coopérant ( χ²=9.85, ddl=2, p=0.007, η 2 =0.16) et Equitable ( χ²=10.54, ddl=2, p=0.005, η 2 =0.18), mais pas pour le joueur Rejetant ( χ²=3.49, ddl=2, p=0.17, η 2 =0.03). Nous n’avons pas retrouvé d’effet de la phase chez les adultes TSA (pour le Coopérant χ²=3.26, ddl=2, p=0.19, η 2 =0.03 ; pour l’Equitable : χ²=2.74, ddl=2, p=0.25, η 2 =0.02 ; pour l’ Rejetant :

χ²=2.77, ddl=2, p=0.25, η 2 =0.02).

Dans le groupe CTR, les enfants ne manifestent pas de différences statistiquement significatives dans l’envoi de balle à un joueur entre les différentes phases de jeu (pour le Coopérant : χ²=3.62, ddl=2, p=0.16, η 2 =0.01 ; Equitable : χ²=1.58, ddl=2, p=0.45, η 2 =0.003 ; Rejetant : χ²=5.88, ddl=2, p=0.05, η 2 =0.03). L’effet de la phase n’est pas retrouvé chez les adolescents CTR non plus (pour le Coopérant :

χ²=3.09, ddl=2, p=0.21, η 2 =0.009 ; pour l’Equitable : χ²=6.24, ddl=2, p=0.04, η 2 =0.003 ; pour le Rejetant : χ²=0.53, ddl=2, p=0.77, η 2 =0.01). En revanche, les jeunes adultes CTR présentent un effet important de la phase pour le joueur Coopérant ( χ²=18.12, ddl=2, p=0.0001, η 2 =0.19). Les comparaisons post-hoc (test de Wilcoxon au seuil de p corrigé pour le nombre de comparaisons, p=0.016) n’ont pas relevé de différence dans les passes que le joueur Coopérant a reçu entre le début et le milieu du jeu

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(Z=1.78, p=0.07, η 2 =0.04). Cependant, on observe une augmentation modérée de la fréquence des passes entre le milieu et la fin du jeu (Z=2.62, p=0.009, η 2 =0.08). La différence entre le début et la fin du jeu est également significative, avec un effet observé plus important (Z=4.11, p<0.0001, η 2 =0.19). De plus, un effet important de la phase a été retrouvé pour le joueur Equitable ( χ²=14.22, ddl=2, p=0.0008, η 2 =0.14). Les comparaisons entre chaque phase du jeu ont démontré que les jeunes adultes CTR envoient plus de balles au début qu’au milieu (Z=2.82, p=0.005, η 2 =0.09) ou qu’à la fin du jeu (Z=3.53, p=0.0004, η 2 =0.14). La différence entre les deux dernières phases s’est avérée non-significative (Z=0.87, p=0.39, η 2 =0.008). L’effet de la phase pour le joueur Rejetant n’a pas passé le seuil de signification corrigé ( χ²=6.14, ddl=2, p=0.05, η 2 =0.05). Concernant les adultes CTR, l’effet de la phase n’est pas statistiquement significatif pour aucun profil (pour le joueur Coopérant : χ²=4.6, ddl=2, p=0.1, η 2 =0.04 ; pour l’Equitable : χ²=3.3, ddl=2, p=0.19, η 2 =0.02; pour le Rejetant : χ²=3.4, ddl=2, p=0.18, η 2 =0.02).

3.7. Effet du groupe sur la fréquence des passes aux trois profils au sein des différentes

tranches d’âge à différentes phases du jeu Afin de tester la différence entre les participants TSA et CTR dans chaque tranche d’âge pour la fréquence des passes pour les trois profils à différentes phases du jeu, nous avons réalisé le

test de Wilcoxon avec la correction de Bonferroni pour le nombre de tests (k=36, p=0.001). Aucune différence significative entre les TSA et les CTR n’a été relevée (cf. Annexe 18 pour les valeurs du test).

IV. Discrimination explicite des profils : jugement de préférence Afin de comparer la distribution des scores de préférence en fonction du profil du joueur chez les deux groupes, nous avons procédé à une analyse de variance selon le plan expérimental :

Groupe2 x Age4 x Profil3, où le groupe (TSA et CTR) et l’âge (enfants, adolescents, jeunes adultes et adultes) sont deux facteur inter-sujet et le profil (Coopérant, Equitable et Rejetant) est un facteur intra-sujet. Les conditions de normalité n’étaient pas respectées (cf. Annexe 19 et 20), nous avons utilisé les tests non paramétriques.

4.1. Effet du profil sur le jugement de préférence chez les TSA et CTR (toutes les tranches

d'âge confondus) Afin de mesurer l’effet de profil chez les participants TSA et les CTR, nous avons analysé les scores de préférence attribués aux joueurs Coopérant, Équitable et Rejetant dans les deux

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groupes en utilisant le test de Kruskal-Wallis (correction de Bonferroni en fonction du nombre de tests réalisés (k=2), seuil de signification ajusté p=0.025) et test de Wilcoxon pour des comparaisons multiples (corrigé pour le nombre de comparaisons, p=0.016). Les statistiques se trouvent dans le tableau 7.

Tableau 7. Résumé des statistiques pour la comparaison des scores de préférence chez les TSA et CTR en fonction

des phases du jeu. L’astérisque indique le résultat statistiquement significatif (p<0.025 pour le test de Kruskall-

Wallis, p<0.016 pour les comparaisons multiples selon le test Wilcoxon après la correction de Bonferroni). La

valeur de η 2 représente la taille de l’effet.

   

Médiane

Effet profil

 

Post-hoc (p<0.016)

 

GROUPE

     

Coopérant-

Coopérant-

Equitable-

Coopérant

Equitable

Rejetant

(p<0.025)

Equitable

Rejetant

Rejetant

       

χ² =12.66,

Z=1.56,

Z=3.55,

Z=1.96,

TSA

ddl=2,

(n=77 6 )

5

5

4

p=0.002*,

p=0.12,

p=0.0004*,

p=0.05,

η

2 =0.14

η

2 =0.03

η

2 =0.16

η

2 =0.05

       

χ² =72.49,

Z=3.23,

Z=8.21,

Z=5.53,

CTR

ddl=2,

5

5

3

p=0.001*,

p<0.0001*,

p<0.0001*,

(n=139)

p<0.0001*,

η

2 =0.52

η

2