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MARDI 19 MAI 2020

76E ANNÉE– NO 23438


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WWW.LEMONDE.FR –
FONDATEUR : HUBERT BEUVE-MÉRY
DIRECTEUR : JÉRÔME FENOGLIO

LA CHINE SUR LA SELLETTE DEVANT L’OMS
▶ L’Organisation mondiale ▶ Une centaine d’Etats ▶ C’est un échec pour ▶ La démission du direc­ ▶ L’accès « universel,
de la santé (OMS) tiendra membres, dont ceux Pékin, qui voulait éviter teur général de l’organisa­ rapide et équitable » à un
par visioconférence, de l’Union européenne, la mise en place d’une en­ tion ne devrait cependant vaccin devrait être désor­
lundi 18 et mardi 19 mai, réclament une évaluation quête indépendante sur le pas être à l’ordre du jour mais considéré comme
sa 73e assemblée annuelle, de « la riposte sanitaire virus et la mention du rôle avant que la pandémie « un bien public mondial »
en pleine pandémie coordonnée par l’OMS » de Taïwan dans la crise mondiale ne soit maîtrisée PAGE S 2- 3

Féminicides BRÉSIL : BOLSONARO IGNORE LA CATASTROPHE Rwanda Fin


Vie et mort  de cavale pour
d’une femme  ▶ Le Brésil a le plus fort taux de contamination du monde ;
le virus pourrait tuer 190 000 personnes d’ici trois mois le génocidaire 
sous emprise ▶ Une trentaine de demandes de destitution du président Félicien Kabuga
Jair Bolsonaro ont été déposées au Parlement
Marie­Alice Dibon, 53 ans, PAG E 6 l’homme d’affaires rwandais,
était féministe, cultivée, âgé de 84 ans, a été arrêté à Asni­
docteure en pharmacie. ères (Hauts­de­Seine), samedi
Elle est tombée amou­ 16 mai, après vingt­six ans de ca­
reuse d’un chauffeur de vale. Félicien Kabuga est l’un des
taxi, qui n’a pas supporté derniers grands responsables du
génocide rwandais de 1994, qui a
qu’elle veuille le quitter. tué près de 800 000 personnes.
Il a jeté son corps dans Proche de la nomenklatura du
l’Oise le 19 avril 2019 pouvoir hutu, il est accusé d’avoir
HORIZONS – PAGES 20- 21 financé les massacres de Tutsi,
d’avoir fait livrer 581 tonnes de
machettes du Kenya et d’avoir
créé la radio­télévision des Mille
Homophobie Collines, qui a constamment ap­
pelé aux tueries.

En 2019, le nombre  C’est par le biais des téléphones


portables de ses enfants que les
enquêteurs sont remontés jus­
de victimes a  qu’à Kabuga, qui vivait discrète­
ment sous un nom d’emprunt.
augmenté de 36 % PAGE 12

L’association SOS Homo­


phobie s’alarme d’une
Politique
hausse inquiétante et Remaniement,
régulière des actes homo­ dissolution,
phobes, des chiffres que
confortent les statistiques
référendum : les
du ministère de l’intérieur pistes de Macron
PAGE 11 Au cimetière de Fortaleza, dans l’Etat du Ceara, au nord­est du Brésil, le 7 mai. JARBAS OLIVEIRA/AFP PAGE 8

GÉNÉRALISTES ENSEIGNEMENT AUTOMOBILE CONFORAMA


Une semaine après la fin Les universités réfléchis­ Les équipementiers Le groupe d’ameuble­ L’abus de
du confinement, les mé­ sent déjà à la rentrée français sur le fil du ment voit son avenir
decins observent un relâ­ des futurs étudiants rasoir, fragilisés par le suspendu à l’octroi d’un journées pyjama
chement de la vigilance de la « génération Covid » manque de liquidités prêt garanti par l’Etat nuit gravement
PAG E 4 PAG E 1 0 P. 14 ET CH R ON I QU E P. 2 9 PAGE 15
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LE REGARD DE PLANTU Allemagne
A Stuttgart, les
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CORONAVIRUS
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2| MARDI 19 MAI 2020

Le directeur
général de
l’Organisation
mondiale de la
santé, Tedros
Adhanom
Ghebreyesus,
en 2017, à Genève.
DENIS BALIBOUSE/REUTERS

La pandémie au cœur de la session de l’OMS
L’accès pour tous aux outils médicaux est l’un des enjeux majeurs de l’assemblée annuelle de l’institution

C
ontrairement à d’autres insti­ L’OMS a déjà mis en place une aide maté­ mination urgente des obstacles injustifiés à Comme KEI, Ellen’t Hoen, directrice du cen­
tutions internationales qui rielle à 135 pays à revenu faible ou intermé­ cet accès dans le respect des dispositions des tre de ressources Medicines Law & Policy, s’est
ont reporté la réunion de leur diaire dans le cadre d’un consortium ras­ traités internationaux pertinents ». Le texte réjouie de l’annonce, le 15 mai, par le directeur
instance souveraine, l’Organi­ semblant, outre les institutions du système fait référence aux « flexibilités » prévues général de l’OMS et les présidents du Costa
sation mondiale de la santé onusien, des ONG, des donateurs et des dans les accords de l’Organisation mondiale Rica et du Chili, du lancement, fin mai, d’une
(OMS) tiendra bien sa 73e as­ agences de financement. Il négocie entre du commerce sur la propriété intellectuelle, plate­forme de mise en commun de connais­
semblée annuelle − l’Assemblée mondiale de autres des achats d’équipements de protec­ qui autorisent la délivrance par les Etats de sances et de propriété intellectuelle pour les
la santé (AMS) −, lundi 18 et mardi 19 mai, tion personnelle, de tests diagnostiques et licences de production pour des produits de produits de santé contre le Covid­19 existants
dans des conditions particulières. La pandé­ de produits médicaux. santé brevetés. ou nouveaux afin de fournir des biens publics
mie de Covid­19 qui continue de se propager, Cela ne saurait suffire à permettre à tous La résolution cite la notion de « bien public mondiaux pour tous. Elle rappelait cepen­
notamment dans les Amériques, en Europe les pays touchés d’avoir accès simultané­ mondial » mais uniquement concernant le dant dans la revue Nature Medicine, le 7 mai :
de l’Est et en Afrique, oblige à une réunion ment aux tests diagnostiques, aux médica­ « rôle d’une vaccination à grande échelle » « Il y a de quoi être légitimement préoccupé de
virtuelle, dans un format très raccourci par ments et, plus tard, aux vaccins, à mesure contre le Covid­19. Concernant la mise au voir l’industrie pharmaceutique chercher à
rapport aux dix jours habituels. qu’ils seront disponibles. Pour cela, les Etats point et la production des « produits de dia­ protéger ses intérêts économiques dans cette
Elle examinera en particulier une résolu­ membres de l’OMS doivent s’accorder sur gnostic, des traitements, des médicaments et crise au détriment de l’accès universel. »
tion sur la réponse au Covid­19 promue par cette question essentielle. « Le débat sur l’ac­ des vaccins sûrs, efficaces, de qualité et abor­
l’Union européenne qui pourrait rassembler cès aux technologies et produits de santé est LES RÉSEAUX  dables pour la riposte » au Covid­19, le texte UNE PIERRE DANS LE JARDIN DE LA CHINE
jusqu’à une centaine d’Etats membres. Le plus que jamais important. Cette pandémie SOCIAUX RELAYENT  rappelle les « mécanismes existants de mise La résolution proposée par l’Union euro­
texte aborde la question de l’accès équitable nous apprend qu’à moins que tout le monde, en commun volontaire de brevets et d’octroi péenne prie par ailleurs le directeur général
aux technologies, médicaments et vaccins partout, dispose des moyens de se maintenir DES ATTAQUES  volontaire de licences de brevets pour faciliter de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, de
contre le SARS­CoV­2, mais demande égale­ en bonne santé, le virus reviendra et nous con­ un accès rapide, équitable et économique­ « continuer à collaborer étroitement avec
ment « au plus tôt » une « évaluation indépen­ naîtrons une deuxième, une troisième vague, CONTRE TEDROS  ment abordable à ces produits ». l’Organisation mondiale de la santé animale
dante de la riposte sanitaire internationale met en garde Bernhard Schwartländer. C’est Pour les rendre disponibles pour tous, (OIE), l’Organisation des Nations unies pour
coordonnée par l’OMS » face au Covid­19. pour cela que nous lançons un “appel à l’ac­
ADHANOM  partout en même temps, « tous les médica­ l’alimentation et l’agriculture (FAO) et les
tion” pour l’accès aux outils médicaux afin GHEBREYESUS,  ments, tests de diagnostic, vaccins et autres pays » afin d’identifier la source du SARS­
« L’AFRIQUE EST DE PLUS EN PLUS ATTEINTE » qu’ils soient au plus vite disponibles. » produits de santé en lien avec la pandémie CoV­2. Le texte évoque à ce propos « des mis­
Il n’était pas acquis d’avance que l’AMS C’est l’un des axes majeurs d’une résolu­ ACCUSÉ D’AVOIR  devraient être considérés comme des biens sions scientifiques et des missions de colla­
puisse se tenir. « C’est un gros défi pour nous, tion qui sera proposée lors de la seconde publics mondiaux, comme l’a clairement ex­ boration sur le terrain ». Une pierre dans le
car il y a des questions techniques et de sécu­ journée de cette AMS. L’Union européenne ASSERVI L’OMS À LA  primé le secrétaire général des Nations unies jardin de la Chine.
rité, notamment afin de nous prémunir con­ en a pris l’initiative et l’Allemagne, la Fin­ CHINE. L’ASSEMBLÉE  le 24 avril dernier. La résolution aurait dû Les réseaux sociaux relayent des attaques
tre des tentatives de piratage dans le système lande et la France en ont rédigé le premier jet être plus ambitieuse », affirme German Ve­ contre Tedros Adhanom Ghebreyesus, ac­
informatique qui serait utilisé lors des vo­ fin mars. Début mai, une version a été adop­ NE DEVRAIT  lasquez, conseiller spécial sur la politique cusé d’avoir asservi l’OMS à la Chine, et des
tes », explique Bernhard Schwartländer, tée par l’UE et ses Etats membres, ainsi que de santé au South Centre, une organisation appels à sa démission. L’AMS ne devrait ce­
chef de cabinet à l’OMS. par neuf autres pays, dont l’Australie, la Nou­ CEPENDANT PAS ÊTRE  intergouvernementale des pays en dévelop­ pendant pas être le cadre d’une telle mise en
Plus de 4,5 millions de cas et plus de velle­Zélande et le Royaume­Uni. A présent, LE CADRE D’UNE  pement. « Cette crise doit aussi être l’occa­ cause, alors que la pandémie continue de
300 000 morts sont déjà à déplorer, selon les plus d’une centaine de pays sur les 194 Etats sion de réinventer l’OMS en la rendant plus faire rage. Comme le demande la résolution
données de l’institution. « La pandémie est membres que compte l’OMS s’y sont ralliés TELLE MISE EN CAUSE forte et plus indépendante, dotée d’instru­ promue par l’UE, la façon dont la direction
toujours en phase d’expansion. Il y a une sta­ et non des moindres : la Russie, l’Inde, neuf ments pour faire appliquer ses résolutions », de l’OMS a conduit la riposte au Covid­19 sera
bilisation en Europe de l’Ouest, mais la courbe pays d’Amérique latine, le Japon, le Canada estime M. Velasquez. évaluée de manière impartiale et indépen­
est ascendante en Europe de l’Est ; elle est en ou encore la Corée du Sud. L’ONG Knowledge Ecology International dante. Cela n’aura vraisemblablement lieu
expansion en Asie du Sud­Est et diminue dans La résolution a fait l’objet de compromis. (KEI) a regretté, par la voix de son direc­ qu’une fois la pandémie maîtrisée, pour ne
la région Pacifique. La maladie est en hausse Elle « demande l’accès universel, rapide et teur James Love, un affaiblissement de la pas ajouter une crise organisationnelle à la
dans les Amériques : les pays d’Amérique sont équitable et la juste distribution de tous les résolution par rapport à une version propo­ crise sanitaire mondiale. Sans compter
de plus en plus touchés et les Etats­Unis cons­ produits et de toutes les technologies de sée par plusieurs pays, dont le Canada et qu’au vu de la manière dont bon nombre de
tituent actuellement l’épicentre de la pandé­ santé essentiels de qualité, sûrs, efficaces et le Botswana, qui faisait référence à des li­ gouvernements prêtent le flanc à la critique
mie. Enfin, l’Afrique est de plus en plus at­ abordables, y compris les éléments qui les cences ouvertes. « Pas de monopoles pen­ dans la gestion de l’épidémie en cours sur
teinte », résume Ibrahima Socé Fall, sous­di­ constituent et leurs précurseurs, nécessaires dant une pandémie, voilà ce que devrait être leur territoire, leur latitude pour donner des
recteur général chargé des interventions à la riposte contre la pandémie de Covid­19, le message », résume James Love sur le site leçons d’exemplarité semble limitée. 
dans les situations d’urgence à l’OMS. en en faisant une priorité mondiale, et l’éli­ de son organisation. paul benkimoun
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MARDI 19 MAI 2020 coronavirus | 3

Le lancement d’une enquête sur le virus place Pékin sur la défensive


Deux sujets sensibles pour la Chine, une demande d’évaluation indépendante de la crise et le statut de Taïwan, doivent être discutés à l’OMS

pékin ­ correspondant dre et conseiller de Donald Trump, forment une question sanitaire en nouveau la Chine de « rival systé­
Les représentants portaient discrètement l’inscrip­ politique ».
Taïwan a su mique dans la promotion d’autres

C’ est un échec pour Pé­


kin. Les deux sujets que
la Chine voulait éviter
de voir émerger lors de l’assem­
blée annuelle de l’Organisation
de Pékin à l’ONU
font valoir que
« le moment n’est
tion « made in Taïwan ». Selon le
ministère des affaires étrangères
taïwanais, 29 pays, dont les Etats­
Unis, l’Australie, le Canada, le Ja­
pon et la Nouvelle­Zélande, sou­
Sachant qu’il s’agit pour Pékin
d’un casus belli, l’Union euro­
péenne n’a pas franchi le pas.
Dans une tribune publiée ce
week­end par plusieurs journaux
utiliser la crise
à son profit,
sans déployer
systèmes de gouvernance », mais
également de « partenaire avec
lequel l’UE partage des objectifs
étroitement intégrés ».
Reste que la Chine qui, ces der­
mondiale de la santé (OMS) qui se
pas approprié » haitent que Taïwan puisse à nou­ européens, dont Le Monde, Josep
une propagande nières années, était parvenue à
tient – par visioconférence – à veau bénéficier du statut d’obser­ Borrell, haut représentant pour la qui s’est révélée isoler Taïwan politiquement –
partir de lundi 18 mai seront au vateur. Plus d’une centaine de politique étrangère et la sécurité seule une poignée de petits pays
centre des débats : le lancement l’enquête a besoin d’être scientifi­ parlementaires européens ont si­ de l’Union européenne, ne fait
contre- des Caraïbes et du Pacifique ainsi
d’une enquête indépendante sur que et juste. Il faut y inclure non gné une lettre allant dans le même pas référence à Taïwan. Il juge que productive que le Vatican continuent de re­
le Covid­19 et la place à accorder à seulement les éléments relatifs à la sens. Pour Le Quotidien du peuple « les maîtres mots de la relation connaître l’île – ne peut que cons­
Taïwan au sein de cette organisa­ Chine mais aussi ceux relatifs aux du lundi 18 mai, ceux qui plaident entre l’UE et la Chine devraient être
pour Pékin tater que Taïwan a acquis une nou­
tion qui se veut mondiale. Etats­Unis et aux autres pays. » pour une telle participation de « la la confiance, la transparence et la velle légitimité internationale. 
Attaquée quotidiennement par La réponse initiale de la Chine à zone de Taïwan » à l’OMS « trans­ réciprocité ». Il y qualifie certes à frédéric lemaître
les Etats­Unis qui l’accusent de l’Australie – ce pays aimablement
mentir tant sur l’origine du virus qualifié de « chewing­gum qui
que sur l’ampleur de la crise sani­ colle à la chaussure » par les natio­
taire en Chine, Pékin va donc se re­ nalistes chinois – avait été tout
trouver sur la défensive. Un échec aussi ambiguë. Officiellement,
pour sa diplomatie qui, depuis fin c’est pour des raisons sanitaires
février, insiste, au contraire, sur sa que Pékin a annoncé mardi 12 mai
maîtrise de la pandémie et l’aide suspendre les importations de
que le pays apporte au reste du quatre producteurs qui, ensem­
monde pour essayer de contenir ble, fournissaient environ 35 %
celle­ci. Le président Xi Jinping de­ des exportations australiennes
vrait prendre la parole au cours de de bœuf vers la Chine. Mais le
cette assemblée annuelle. China Daily lie les deux affaires. La
Ce ne sont pas les Etats­Unis, peu motion lancée par l’Australie était
enclins au multilatéralisme, qui vue par le quotidien communiste
sont à l’offensive sur une enquête comme « une campagne de diffa­
indépendante sur le virus, mais mation initiée par les Etats­Unis
l’Australie. Selon la presse austra­ contre la Chine au nom d’une en­
lienne, 62 pays soutiendraient sa quête internationale sur l’origine
motion réclamant que l’OMS du nouveau coronavirus ».
lance « aussi tôt que cela est appro­

TOUT EST
prié » une évaluation « impartiale, « Casus belli »
indépendante et complète » de la S’il semble que la Chine se soit fait
réponse internationale à la pandé­ une raison sur le lancement de
mie. Une formulation que sou­ cette enquête, il en va tout autre­
tiendraient les Européens et qui ment du deuxième thème : la pré­

À J E T E R.
serait donc plus large et moins sence de Taïwan à l’assemblée de
accusatrice que l’enquête initiale­ l’OMS. Pour le Global Times, il
ment prévue par l’Australie sur s’agit tout simplement d’une
l’origine du virus. Outre l’Union « farce ». Pour la Chine, cette île de
européenne et l’Australie, des pays 23 millions d’habitants n’est
aussi différents que le Canada, la qu’une « province chinoise ». Les
Nouvelle­Zélande, l’Inde, la pays occidentaux n’y ont
Russie, la Turquie, l’Ukraine, le d’ailleurs pas un « ambassadeur »,
Brésil, l’Indonésie et le Japon mais un « représentant ». Lorsque
l’auraient approuvée. l’île a été présidée, de 2008 à 2016,
par le Kouomintang (KMT), parti
Enquête « scientifique et juste » favorable à un rapprochement
Face à ce texte, la Chine est mal à avec la Chine, Pékin avait accepté
l’aise. S’il refuse obstinément en 2009 que Taïwan jouisse du
d’être mis en accusation, ce pays, statut d’observateur à l’OMS.
qui affirme soutenir le multilaté­ Mais depuis l’élection en 2016 à
ralisme, ne peut balayer d’un re­ la présidence de Tsai Ing­wen,
vers de main une enquête de issue du Parti démocrate progres­
l’OMS, une organisation dont il ne siste, formation pro­indépendan­
cesse de chanter les louanges. Ses tiste, la Chine rejette une telle par­
représentants aux Nations unies ticipation. Problème : Taïwan a,
font donc valoir qu’à leurs yeux, de l’avis général, remarquable­
« le moment n’est pas approprié ». ment bien géré cette crise. Malgré
Ce qui importe, c’est de combattre sa proximité géographique avec
le virus, « jusqu’à la victoire finale ». la Chine continentale, l’île est par­
Lundi, l’éditorial du Global venue, sans confinement, à
Times, quotidien nationaliste, n’avoir que sept décès. Soutenue
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était d’ailleurs inhabituellement par les Etats­Unis, Taïwan a su uti­


nuancé. Insistant sur le rôle joué
par l’Union européenne plutôt
liser la crise à son profit, utilisant,
comme Pékin, une « diplomatie
Toutes nos capsules étant recyclables,
que par l’Australie dans le texte des masques », mais sans dé­ vous pouvez les jeter dans le bac de tri
soumis à l’OMS, le journal affirme ployer une propagande qui, in
que « la Chine ne s’opposera pas à fine, s’est révélée contre­produc­ ou les déposer dans les 5 000 points de collecte,
une enquête scientifique sur l’ori­ tive pour le régime communiste.
gine du virus ». Mais elle y met plu­ La presse taïwanaise n’a pas selon votre lieu de domicile.
sieurs conditions : « D’abord elle manqué de relever le 13 mai que les
devrait être menée par l’OMS plu­ masques désormais arborés par
tôt que par un pays ou une organi­ certains dirigeants américains,
sation régionale. Deuxièmement notamment Jared Kushner, gen­ N E S P R E S S O AG IT P O U R LE R ECYC L AG E .
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Aide matérielle aux pays vulnérables
Outre les recommandations techniques, l’Organisation mondiale
de la santé (OMS) fournit, en collaboration avec le Programme ali-
mentaire mondial, une aide matérielle aux pays touchés par le Co-
vid-19. L’OMS participe aussi à un consortium d’achats qui négocie
l’accès aux équipements de protection, aux tests de diagnostic et
*
aux produits de santé. Depuis le début de la pandémie, 135 pays à
revenu faible ou intermédiaire ont pu ainsi être approvisionnés.
Cinq millions de matériels de protection personnels ont déjà été
envoyés et d’autres livraisons vont suivre. L’OMS a aussi fait parve- * Quoi d’autre ?
nir 1,5 million de tests à 129 pays et 2 millions de tests PCR sont
prêts à être expédiés dans 135 pays, tandis que 3 600 oxygénateurs
ont été fournis à 40 pays considérés comme vulnérables.
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4 | coronavirus MARDI 19 MAI 2020

« Les gens baissent la garde trop vite »


Une semaine après la fin du confinement, les généralistes constatent un relâchement de la vigilance

L
ors de la première vague
de l’épidémie de Co­
vid­19, les médecins gé­
néralistes, moins visibles
que le personnel hospitalier qui a
pris en charge les situations les
plus aiguës, se sont eux aussi re­
trouvés en première ligne. Avec la
levée du confinement, le 11 mai, la
profession est donc particulière­
ment attentive aux risques de re­
bond épidémique.
Entre l’apparition des premiers
symptômes de la maladie – géné­
ralement de trois à cinq jours, la Un médecin
période d’incubation peut s’éten­ généraliste
dre jusqu’à quatorze jours –, la dans son
consultation et le résultat des cabinet, à
tests, ils ne s’attendent pas à per­ Wittelsheim
cevoir les premiers effets du dé­ (Haut­Rhin),
confinement « avant le 20 ou le le 11 mai.
21 mai », précise Jacques Battis­ JEAN-FRANCOIS FREY/
toni, président de MG France, le MAXPPP
premier syndicat de généralistes.
« Il ne faudra pas se tranquilliser à
bon compte en constatant à la fin
de la première semaine qu’il n’y a
pas eu de changement », prévient
le généraliste d’Ifs (Calvados).
Les généralistes représentent le
premier maillon de la chaîne de
« traçage » des personnes mala­
des et de celles ayant été en con­
tact avec ces dernières, mise en
place pour empêcher la propaga­
tion du virus. Si un patient est
testé positif, ils sont invités à en
avertir l’Assurance­maladie en
remplissant un fichier informati­
que, baptisé « Contact Covid ».
Avec l’accord du patient, le méde­
cin traitant peut y enregistrer les
coordonnées des personnes de constatent tout juste « un frémis­ CoV­2 ayant consulté un médecin réclament un test sérologique, négligées durant le confine­
son entourage en contact rappro­ sement », en voyant revenir des généraliste entre le 4 et le 10 mai qui permet de détecter les anti­
« Parce qu’ils sont ment. « Si s’ajoute à celle­ci une
ché avec lui depuis quarante­huit patients symptomatiques qu’ils est inférieur à 2 950 sur tout le corps produits à la suite d’une in­ libérés du deuxième vague de cas de Covid,
heures avant l’apparition des ne voyaient plus depuis quinze territoire, contre 94 810 au plus fection. « Ils vont être comptabili­ ça va être extrêmement difficile à
symptômes. Le dispositif a dé­ jours – mais en raison de leur pré­ fort de la crise, entre les 23 et sés comme des nouveaux cas
confinement, gérer », estime Jean­Paul Ortiz,
marré mercredi 13 mai, dès la pu­ cocité, ne les attribuent pas de fa­ 29 mars. « Depuis lundi, il n’y a pas alors qu’ils n’en sont pas véritable­ les gens se président de la Confédération
blication du décret d’application çon certaine aux nouvelles con­ vraiment de retour de l’activité Co­ ment », souligne Jean­Paul Ha­ des syndicats médicaux français
au Journal officiel. Les généralistes ditions de circulation. « En Cham­ vid, ça a plutôt tendance à être le mon, président de la Fédération
croient délivrés (CMSF), premier syndicat chez
espèrent ainsi suivre au jour le pagne, l’activité Covid reprend de calme plat, relève Sébastien Bo­ des médecins de France (FMF) et du virus » les médecins libéraux. « Les jour­
jour l’évolution de l’épidémie et façon accrue, tandis que dans le gajewski, administrateur du cen­ généraliste à Clamart (Hauts­de­ nées sont pleines à nouveau, cer­
XAVIER MARC-TUDOR
pouvoir déceler une montée en Bas­Rhin, le Haut­Rhin et la Mo­ tre médical Croix­de­Chavaux, à Seine), tout en se disant « surpris tains patients n’étaient pas venus
généraliste à Nantes
puissance des cas positifs. selle, la reprise est plus lente », dé­ Montreuil (Seine­Saint­Denis). Il que peu de Français dans la rue depuis trois ou quatre mois, il faut
taille Guilaine Kieffer­Desgrip­ y a toujours un flux de personnes mettent des masques. Les gens absolument les revoir pour réa­
Un « trou dans la raquette » pes. Dans le Grand­Est, 181 cas po­ diagnostiquées, mais très faible baissent la garde trop vite ». juster les traitements et les bilans.
« C’est une grosse différence avec sitifs ont été enregistrés les 13 et par rapport à ce qu’il a été. » tion du risque. « Notre objectif, Et puis, il y a tous les traumatisés
la première vague, où on n’avait 14 mai dans le fichier Contact Co­ Les généralistes interrogés ob­ Pathologies chroniques négligées c’est de mieux contenir une éven­ du confinement, des gens qui ont
pas de visibilité faute de tests », in­ vid ainsi que 450 cas contacts. servent une autre tendance de­ C’est aussi le constat partagé par tuelle deuxième vague. Mais pour plongé dans l’alcool, la dépres­
siste Guilaine Kieffer­Desgrip­ Dans son dernier bulletin, puis le début de la semaine : de plusieurs de ses confrères. Cer­ ça, il faut que les mesures de dé­ sion… Je ne vois pas comment on
pes, présidente de l’Union régio­ Santé publique France estime nombreux patients ayant déve­ tains voient désormais des pa­ confinement soient bien appli­ va faire pour gérer potentielle­
nale des professionnels de santé que le nombre de nouveaux pa­ loppé des symptômes de la mala­ tients se présenter en consulta­ quées, résume Maurice Bensous­ ment deux vagues en même
(URPS) – qui représente les méde­ tients testés positifs au SARS­ die durant le confinement leur tion sans aucune protection, san, président de l’URPS pour temps », abonde Xavier Marc­Tu­
cins libéraux – du Grand­Est, contrairement aux réflexes pris l’Occitanie. Le reconfinement, dor, à Nantes.
dont la capacité affichée est de durant le confinement. « J’en ai c’est un risque que personne ne D’autant que, dans des régions
70 000 tests par jour. Les patients
présentant des symptômes typi­
Hausse significative des décès en Ehpad même deux qui m’ont dit, lundi :
“Ah bon, vous avez encore un
souhaite. » Contrairement aux
deux mois qui viennent de
classées en rouge, comme le
Grand­Est et l’Ile­de­France, on
ques de la maladie, mais testés Plus de 28 000 personnes sont mortes en lien avec le Covid-19 en masque et une blouse, docteur ?” s’écouler, les capacités de test s’inquiète de nouvelles pénuries
négatifs, n’entrent pas en revan­ France depuis le 1er mars, dont 483 dans les vingt-quatre derniè- Parce qu’ils sont libérés du confi­ sont aujourd’hui présentées de matériel. « On n’est pas prêts,
che dans ce système de traçage. res heures, selon le décompte transmis dimanche 17 mai par le nement, les gens se croient déli­ comme suffisantes. Pour le dé­ car il nous manque des masques
« On regrette ce trou dans la ra­ ministère de la santé. Ce bilan quotidien – le plus élevé de ces vrés du virus, déplore Xavier partement de la Haute­Garonne, FFP2 et qu’on n’a plus de désinfec­
quette, car nos confrères savent dernières semaines, alors que les hospitalisations et les admissi- Marc­Tudor, généraliste à Nan­ par exemple, elle est de 7 000 par tant, on s’interroge sur la possibi­
aujourd’hui reconnaître un pa­ ons en réanimation continuent de baisser – est essentiellement tes. Il faut reprendre toute la pé­ jour. « Pour la première semaine lité de continuer à recevoir les pa­
tient Covid, par exemple s’il perd dû aux décès en Ehpad et autres établissements médico-sociaux dagogie à zéro. » Pour la plupart et celle qui s’annonce, c’est pres­ tients, témoigne Sébastien Boga­
le goût et l’odorat brutalement, (+ 429 par rapport à samedi, contre + 54 à l’hôpital). Selon la di- de ces praticiens, le port du mas­ que surdimensionné », com­ jewski, à Montreuil. On en est à se
poursuit la généraliste strasbour­ rection générale de la santé, cette hausse importante résulterait que devrait être systématique mente Maurice Bensoussan. dire “advienne que pourra”. En
geoise. On connaît bien la mala­ d’une « actualisation des données transmises par les ARS [agences dans l’espace public. Les médecins généralistes con­ Seine­Saint­Denis, on ne tiendra
die parce qu’on l’a vue en grand régionales de santé] à Santé publique France », l’agence sanitaire Dans les régions classées « ver­ cèdent une autre préoccupation : pas, si cette deuxième vague
nombre dans nos cabinets… » nationale. Ces derniers jours, les chiffres des décès en Ehpad tes », la vigilance est de mise chez depuis quelques jours, ils voient arrive, on est au bord du craquage
Depuis le déconfinement, elle avaient fait l’objet de plusieurs corrections a posteriori, témoi- les médecins libéraux, qui crai­ déferler dans leurs cabinets une moral. » 
et ses confrères du Grand­Est gnant de la difficulté à collecter et faire remonter ces données. gnent d’assister à une banalisa­ vague de pathologies chroniques élisabeth pineau

Epidémie de Covid-19 : situation au 17 mai, 14 heures


DÉCONFINEMENT DÉCÈS EN FRANCE HOSPITALISATIONS... ... PAR DÉPARTEMENT pour 100 000 habitants EN EUROPE

28 108
Les départements classés en rouge : Paris Royaume-Uni
et départements Personnes de 50 à 97 34 716 morts
où l’épidémie sévit avec le plus
de virulence et où la tension limitrophes hospitalisées de 25 à 50 52 décès / 100 000 hab.
Guadeloupe
hospitalière en réanimation Moins de 25
est importante depuis le 1er mars
Italie
dont 17 466 à l’hôpital 31 908 morts
Martinique et 10 642 en Ehpad 53 décès / 100 000 hab.

RÉANIMATION ET SOINS
Mayotte INTENSIFS
19 361 Espagne
27 563 morts
59 décès / 100 000 hab.
La Réunion
France
2 087 2 972 Nouvelles admissions
28 108 morts
journalières
42 décès / 100 000 hab.
Guyane
152
Allemagne
771
18 mars 17 mai 18 mars
BILAN QUOTIDIEN
17 mai
7 962 morts
10 décès / 100 000 hab.
Infographie Le Monde Sources : Santé publique France, Johns Hopkins University
0123
MARDI 19 MAI 2020 coronavirus | 5

A Stuttgart, la fronde contre l’« Etat policier »


La ville allemande est l’un des principaux foyers d’une contestation hétéroclite contre les restrictions

REPORTAGE contre les restrictions mises en


œuvre par le gouvernement dans
masquent leurs visages, pas les
hommes libres. On est en train de
de « gilets jaunes » sirotant des
bières à côté d’une liste de reven­
L’Office fédéral Lesquels ? « Le droit de penser
autrement, d’aller au restaurant, de
stuttgart (allemagne) ­
envoyé spécial
le cadre de la lutte contre le basculer dans la dictature, voire dications : fin totale des restric­ de police criminelle s’asseoir sur la cuvette des toilettes !
Covid­19. Cinquante personnes le dans le fascisme. Il faut que l’Alle­ tions de déplacement et d’acti­ Même ça, on ne peut plus, au nom
a accusé

A
10 euros le tee­shirt premier samedi, 5 000 deux se­ magne se réveille ! Et c’est bien que vité, pas d’application de traçage de la lutte contre le virus », s’indi­
barré du mot « Grund­ maines plus tard. Des rassem­ tous ces gens si différents qui sont des malades du Covid­19, pas de l’extrême droite gne Michaela. « A ce qu’il paraît, ils
gesetz » (« Loi fonda­ blements également à Berlin, là en aient conscience ! » port du masque obligatoire, pas veulent rouvrir les bars à chicha
mentale »), la jeune Munich, Hambourg, Leipzig… de certificat d’immunité.
d’« instrumentaliser avant les salles de sport. C’est scan­
femme est prête à craquer. Mais « Les gens commencent à com­ Hippie et crânes rasés Assis par terre au milieu de cette la situation daleux », l’interrompt son fils.
son compagnon préfère l’autre prendre qu’on se sert de ce virus Sur ce point, difficile de dire le foule malgré tout respectueuse Autour du quadrilatère réservé
modèle, celui où est écrit : « Ne pour nous priver de nos droits fon­ contraire. Rien que dans un des règles de distanciation phy­
pour sa propre aux manifestants, un espace cal­
laisse pas sa chance à [Bill] Gates ! » damentaux », explique Ahmed, rayon d’une vingtaine de mètres, sique, Michaela et Luca ont l’air propagande » culé pour 5 000 personnes et so­
Ils n’achèteront ni l’un ni l’autre, pour qui le temps est venu d’« en­ on aperçoit un adolescent en cu­ un peu perdu. Agée de 46 ans, la lidement ceinturé par la police,
mais repartiront avec un tract. trer en résistance » afin de « sauver lotte de peau brandir une bande­ mère n’a pas l’habitude de mani­ d’autres groupes plus épars
Dessus : une photo de trois pions, ce qu’il reste de la démocratie ». role remerciant Jésus de sauver fester. A 19 ans, son fils non plus, que ceux qui protestent contre les sillonnent le reste de la vaste es­
un noir, un rouge et un jaune, les Autour de lui, certains ne sem­ des vies ; une hippie opposée aux sauf pour la légalisation du can­ mesures du gouvernement sont planade. Certains distribuent
couleurs du drapeau allemand. Et blent même plus partager cet es­ vaccins ; des crânes rasés agitant nabis. « Ni de droite ni de gauche », des « conspirationnistes », des « ex­ des tracts pour le parti de gauche
cette phrase : « Qui s’endort en dé­ poir. Günter Klein, par exemple. des drapeaux allemands ; un ils reconnaissent que c’est « un trémistes » voire des « débiles qui se Die Linke, d’autres se présentent
mocratie, se réveille en dictature. » Lunettes fumées et bob sur la tête, homme­sandwich prônant d’un peu bizarre » de se retrouver aux font manipuler ». « Qu’il y ait des ra­ comme des militants antifa.
Samedi 16 mai. C’est la première ce sexagénaire venu de Nurem­ côté la « démocratie » et dénon­ côtés de « pas mal d’extrémistes », dicaux ici, bien sûr, et il y a plein de C’est le cas de Max Guttmann,
fois qu’Ahmed Aydin, 27 ans et berg trouve qu’« on marche sur la çant de l’autre la « Merkelature » ; alors que l’office fédéral de police choses avec lesquelles je ne serai ja­ 24 ans, venu « pour ne pas laisser
chauffagiste à Mannheim, vient à tête avec ce virus pas beaucoup un immigré chinois faisant de la criminelle, évoquant ces rassem­ mais d’accord avec eux », explique à l’extrême droite le monopole de
Stuttgart vendre ses tee­shirts. plus méchant qu’une grippe ». publicité pour son atelier de mé­ blements qui se multiplient dans Luca. « Mais aujourd’hui, ce qui la défense des libertés fondamen­
Depuis mi­avril, cette ville d’habi­ Pourquoi manifester mainte­ ditation en expliquant que le le pays, a accusé l’extrême droite compte, c’est que nous défendions tales et de la dénonciation de
tude paisible, au cœur d’une des nant, alors que le pays se décon­ gouvernement de Xi Jinping a d’« instrumentaliser la situation nos droits fondamentaux, ceux l’Etat policier ». « Plus on attend,
régions les plus prospères d’Alle­ fine à vitesse accélérée depuis le « créé le coronavirus pour le ré­ pour sa propre propagande ». qu’on est en train de perdre comme plus ce sera dur de récupérer ce
magne, est devenue l’un des 20 avril ? « A cause du masque ! », pandre à l’étranger et dominer Mais ils ont décidé de passer nos grands­parents les ont perdus qu’on a perdu », dit­il. 
principaux foyers de protestation répond­il. « Ce sont les esclaves qui le monde » ; mais aussi un couple outre, exaspérés d’entendre dire dans les années 1930 », poursuit­il. thomas wieder

Inquiète pour le tourisme,


la Grèce rouvre ses plages
Les citadins se sont rués sur le littoral en
essayant de respecter les distances de sécurité

athènes ­ correspondance Inquiet, Christos prévoit une


« baisse de 80 % des vacanciers

D ès 8 heures du matin ce
samedi 16 mai, Fidanka
Milano est à son poste
devant le guichet de la plage amé­
nagée de Vouliagmeni, à 18 km au
étrangers venant sur la riviera
athénienne cet été ». « Mais après
cette première journée réussie,
nous pourrons dire aux touristes
qu’il n’y a pas de risques à venir en
sud d’Athènes. Gantée, masque en vacances en Grèce », espère le

À L’ I N F I N I .
tissu noir sur le nez, elle doit faire quadragénaire.
le décompte du nombre de per­ Assis sur un transat, où il a dis­
sonnes qui entrent et qui sortent. posé avec précaution sa serviette
La plage de sable fin, qui s’étend bleue, Iasonas Papadopoulos ju­
sur 650 mètres de long, peut en bile de pouvoir prendre son pre­
temps normal accueillir jusqu’à mier bain de mer de l’année.
3 000 personnes, mais en raison « Nous sommes restés confinés
des mesures de distanciation im­ pendant longtemps, nous avons li­
posées par le gouvernement à mité les dégâts puisque nous
cause de l’épidémie due au coro­ n’avons eu que peu de morts dans
navirus, seules 1 500 personnes notre pays [163 morts au 17 mai].
peuvent se trouver sur le site. Mais, maintenant, nous voulons
Pour la première fois depuis le revivre, profiter à nouveau de nos
23 mars, date à laquelle le confine­ beaux rivages », confie le jeune
ment avait été déclaré en Grèce, homme, qui a payé un ticket de
les plagistes, restaurants ou bars 5 euros pour profiter « jusqu’au
possédant des transats et para­ coucher de soleil avec ses amis ».
sols sur les 515 rivages du pays ont Mais derrière son sourire, Iaso­
pu reprendre le travail ce week­ nas est angoissé. Lui, comme
end, plus tôt que prévu en raison toute sa famille, travaille dans le
des températures caniculaires tourisme : « Si les touristes étran­
frôlant les 38 degrés. gers ne viennent pas cet été, beau­
A midi, la structure de Vouliag­ coup d’entre nous risquent de per­
meni est déjà pleine à craquer et dre leur emploi. »
ne peut plus recevoir qu’une di­ D’après le Fonds monétaire in­
zaine de personnes en plus. « Je ternational, la Grèce devrait enre­
suffoque sous mon masque, c’est gistrer en 2020 un recul de son
très fatigant de travailler dans ces PIB de 10 %, et le taux de chômage
conditions, mais nous devons res­ pourrait aussi franchir la barre
pecter la réglementation pour ras­ des 20 % cette année.
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surer tout le monde. Ce premier


jour est un test pour toute la sai­ Reprise des vols intérieurs
son ! », confie Fidanka. Le person­ Face à ces prévisions dramati­
nel s’active partout, les chaises ques, le gouvernement grec veut
longues sont aspergées de spray tout faire pour relancer la ma­
dès qu’un client part, le sol est chine, dans un pays où le tou­
lissé à l’aide d’un râteau. risme pèse pour plus de 20 % du
Trente personnes travaillent PIB. Plusieurs lignes maritimes et Les capsules Nespresso sont faites d’aluminium infiniment recyclable.
dans l’établissement, près d’une aériennes vont reprendre pro­
dizaine de personnes en plus ont gressivement durant le mois. Dès
été embauchées pour répondre lundi, les Grecs pourront se dépla­
aux mesures imposées par la cer dans toute la Grèce continen­ N E S P R E S S O AG IT P O U R LE R ECYC L AG E .
crise sanitaire. Dans un méga­ tale, en Crète ou sur l’île d’Eubée.
phone, les règles à respecter sont Les vols intérieurs reprennent Nos actions sur Nespresso.com/agit
rappelées régulièrement aux ci­ aussi alors que certaines compa­
tadins en balade. « Nous devons gnies aériennes ont programmé
permettre aux Athéniens de profi­ dès le mois de mai des vols depuis
ter de la fraîcheur de la mer, mais et vers d’autres villes européen­
pour la protection de tous les visi­ nes. Le premier ministre, Ky­
teurs, il faut appliquer des mesu­
res de distanciation, c’est­à­dire
riakos Mitsotakis, a promis jeudi
de « trouver un moyen de faire re­
*
au moins 4 mètres de séparation venir les gens en toute sécurité ».
entre les parasols, et pas plus de « Nous sommes ouverts à ce que la
40 personnes sur 1 000 m² », ex­ saison démarre le 1er juillet, (…)
plique Christos Petsas, directeur nous voulons, cet été, avoir une * Quoi d’autre ?
de la concession, appartenant à grande part du gâteau du tou­
l’agence grecque gérant les pro­ risme en Europe », a­t­il ajouté. 
priétés publiques. marina rafenberg
0123
6 | coronavirus MARDI 19 MAI 2020

Le Brésil de plus en plus désarmé face au coronavirus


La pandémie, minimisée par le président, a tué au moins 16 000 personnes, d’après le dernier bilan

rio de janeiro ­ correspondant


Alarmiste,

I
ls ont tué ma mère ! » Paula
Ribeiro, 34 ans, parle depuis
l’université
vingt minutes sans s’arrê­ de Washington
ter. Un flot de paroles, en­
trecoupées de larmes de déses­
prévoit jusqu’à
poir, mais aussi d’une rage fé­ 193 000 morts
roce. Le 22 avril, cette habitante
de Manaus, plus grande ville
d’ici au mois
d’Amazonie et épicentre de l’épi­ d’août dans
démie de Covid­19 au Brésil, a
perdu sa maman. Victime de la
le pays
crise due au nouveau coronavi­
rus et de l’effondrement du
système de santé du pays. doublé en une dizaine de jours,
« Dona » Amalia avait 53 ans. avec la plus forte mortalité quoti­
Diabétique, souffrant d’hyperten­ dienne enregistrée en dehors des
sion, elle tombe malade à la fin Etats­Unis. Et le pic n’est attendu
mars. Douleurs, fièvre, fatigue, que pour le mois de juin…
puis toux et difficultés respiratoi­ Tous les chercheurs sont alar­
res : les symptômes classiques du mistes. Prenez ceux du centre
Covid­19. « Mais les médecins que Covid­19 Brasil : selon eux, le
nous avons appelés, comme les pays pourrait en réalité compter
hôpitaux, ont refusé de la tester ou entre 2,5 et 3,4 millions de cas
de la prendre en charge. Ils nous positifs, soit 15 fois plus que les
ont dit : “Il y a trop de monde, ren­ chiffres officiels. Pour l’Imperial
trez à la maison. Ne venez qu’en College de Londres, le Brésil pos­
cas d’urgence” », raconte Paula. sède le plus fort taux de conta­
Le 22 avril, l’état d’Amalia em­ gion au monde, avec un R0 de 2,8
pire. Elle suffoque, agonise. « J’ai – chaque personne malade va
appelé le SAMU au secours, mais infecter à son tour en moyenne
ils étaient déjà débordés. » Pani­ 2,8 nouvelles personnes. Alar­
quée, la famille embarque la miste, l’université de Washing­
mère dans une voiture et l’amène ton prévoit, quant à elle, jusqu’à
aux urgences de l’hôpital Nilton­ 193 000 victimes d’ici au mois
Lins. Mais cette unité, ouverte d’août dans le pays.
spécialement pour les malades Face au drame en cours, et Hôpital de campagne Gilberto­Novaes, à Manaus (Amazonas), le 14 avril. EDMAR BARROS/AP
du Covid­19, ne reçoit que des pa­ en l’absence de réponse du gou­
tients envoyés par d’autres hôpi­ vernement de Jair Bolsonaro, les trottoir, réquisition des hôtels, d’occupation des lits en soins tion d’équipements ont pris un ment sous­financé, explique Mi­
taux. Les infirmiers hésitent à autorités locales ont décidé de distribution d’une aide d’urgence intensifs destinés aux patients retard monumental, victimes guel Lago, directeur de l’Institut
ouvrir la porte à une patiente durcir le ton. Dans le Nordeste, aux plus modestes, achats de atteints du Covid­19 dépasse déjà d’une bureaucratie insensée et de d’études pour les politiques de
qu’ils croient déjà morte. les villes de Fortaleza, Sao Luis et 40 000 tests, fermeture des éco­ 70 % dans au moins 9 des 27 Etats pratiques souvent louches. Dans santé (IEPS). Le Brésil investit
Recife ont décrété un confine­ les, parcs, plages et commerces… de la fédération brésilienne, avec l’Etat de Rio, seuls 4 des 9 hôpi­ l’équivalent de 4 % de son PIB dans
L’épidémie en pleine explosion ment strict de la population. A Et tout ça marche : Niteroi ne des pics à 96 % dans le Pernam­ taux de campagne promis par les la santé, contre 8 % à 10 % pour des
Cris, hurlements, pleurs. Après Rio de Janeiro et Sao Paulo, le comptait au 17 mai que 65 victi­ bouc (Nordeste) ou 100 % à autorités locales ont été ouverts. pays comme la France ou l’Allema­
dix minutes, Amalia, incons­ port du masque est désormais mes, avec un taux de mortalité de Roraima (Amazonie). Certains tirent avantage du chaos. gne, aux systèmes comparables. »
ciente, est prise en charge. « Elle obligatoire. Certaines localités 5,7 %, deux fois inférieur à celui de Le 7 mai, l’ancien sous­secrétaire Selon l’IEPS, dans 72 % des ré­
est décédée deux heures plus tard instaurent des couvre­feux, Rio (qui déplore 1 841 décès). « Ce Retard dans les acquisitions à la santé de l’Etat, Gabriel Neves, gions du Brésil, le nombre de lits
et ils ne l’ont même pas testée. Sur d’autres des « barrières sanitai­ sont les résultats de trente ans de Le Brésil est désarmé. Il manque a ainsi été mis en prison, avec de soins intensifs du SUS est infé­
son certificat de décès, il y a écrit res » à l’entrée de la ville. bonne gestion », explique le maire de munitions, de généraux mais trois personnes, tous soupçonnés rieur aux recommandations mi­
“cause indéterminée”, s’insurge Mais tout cela est confus et mal de Niteroi, Rodrigo Neves (Parti aussi de soldats : mal équipés, mal d’avoir profité de la surfactura­ nimales de l’Organisation mon­
Paula Ribeiro. Si elle avait été appliqué : 43 % de la population démocrate travailliste, PDT, cen­ protégés, 116 membres du per­ tion de respirateurs achetés par la diale de la santé (10 pour
prise en charge à temps, on aurait brésilienne ne respecte aucun tre gauche), pas peu fier de son sonnel de santé brésilien seraient région, pour un montant évalué à 100 000 habitants). « Dans ce
pu la sauver. C’est révoltant. Ce qui confinement. bilan en matière de santé ou déjà morts du Covid­19 depuis le près de 800 000 euros. contexte, les autorités locales
est arrivé à ma mère, ça peut Une ville fait pourtant figure d’éducation. Le Brésil est en train début de l’épidémie. Selon le Au départ, le Brésil disposait n’auront pas d’autre choix que de
arriver à n’importe qui ici. » d’exemple : Niteroi, grande cité de de devenir l’épicentre mondial du ministère de la santé, près de pourtant de plusieurs atouts passer des contrats avec les servi­
Alors qu’une partie du monde 500 000 habitants, située face à coronavirus, poursuit l’édile. Je 200 000 ont présenté des symp­ pour faire face à la pandémie : une ces de santé privés, mieux dotés »,
se déconfine, l’épidémie due au Rio de Janeiro, de l’autre côté de la n’ai aucun doute sur le fait que tômes de la maladie : autant de industrie pharmaceutique ro­ explique M. Lago. Cela aura un
Covid­19 est en pleine explosion grande et belle baie de Guana­ notre exemple va être suivi et que médecins et d’infirmiers, sou­ buste, une expérience des épidé­ coût : près de 10 milliards d’euros
au Brésil. Au 17 mai, le pays comp­ bara. Ici, les autorités locales ont d’autres villes vont prendre des vent mis en quarantaine, qui mies tropicales, et surtout le selon les pires scénarios envisa­
tait officiellement 241 000 cas po­ mis le paquet, et ce depuis le dé­ mesures plus strictes. » risquent de cruellement man­ « SUS », ce système de santé public gés. « Le drame, on y est déjà. Ce
sitifs, davantage qu’en Espagne but : confinement strict avec Mais n’est­il pas déjà trop tard ? quer au moment du pic. gratuit et universel, chéri par la qu’il faut éviter maintenant, c’est le
ou en Italie. Le nombre de décès police dans la rue, masque Selon les relevés du quotidien Pour ne rien arranger, l’ouver­ population. « Mais ses ressources désastre », conclut M. Lago. 
dépasse désormais les 16 000 et a obligatoire, désinfection du Folha de S. Paulo, le taux ture de nouveaux lits ou l’acquisi­ sont très limitées, il est chronique­ bruno meyerfeld

Jair Bolsonaro s’enfonce dans le déni et la crise politique


Au Parlement, une trentaine de demandes en destitution ont été déposées contre le chef de l’Etat brésilien

rio de janeiro ­ correspondant Covid­19 a touché 241 000 per­ protéger sa famille, visée par t­il menacé le 14 mai, décrivant la la liste des activités essentielles
sonnes et fait 16 122 morts). plusieurs enquêtes.
Plus d’un même semaine un climat de pouvant demeurer ouvertes mal­

I l n’aura pas tenu un mois.


Vendredi 15 mai, le ministre
de la santé brésilien, Nelson
Teich, a finalement jeté l’éponge
et présenté sa démission. « La vie
A nouveau, dimanche, Jair
Bolsonaro a salué, face au palais
du Planalto, à Brasilia, une petite
foule de partisans, protestant
contre les mesures de confine­
La crise se joue aussi sur le ter­
rain politique. Une trentaine de
demandes en destitution ont été
déposées auprès du président de
la Chambre des députés, Rodrigo
Brésilien sur cinq
ferait confiance
aux déclarations
« guerre » au sein du pays. « Il faut
rouvrir, nous allons mourir de
faim ! », a prévenu le président,
exhortant les chefs d’entreprise
de la capitale économique Sao
gré la pandémie (une mesure qui
n’a pas été suivie d’effet, la plu­
part des gouverneurs refusant de
l’appliquer). Le 14, M. Bolsonaro
publiait une mesure provisoire
est faite de choix et aujourd’hui ment décrétées dans une majo­ Maia. Le départ de Jair Bolsonaro
du président, qui Paulo à « jouer dur » pour forcer exemptant les agents publics de
j’ai fait celui de partir », a­t­il dé­ rité des Etats fédérés du pays. est réclamé par le Parti des tra­ qualifiait jusqu’à les autorités locales à rouvrir l’en­ la responsabilité de leurs actes
claré, lors d’une brève conférence Mais, une fois n’est pas coutume, vailleurs (PT, gauche) de Lula, semble des commerces. pendant la pandémie, les fonc­
de presse, se contentant de quel­ muni d’un masque et se tenant à mais aussi par des mouvements
récemment la « Ceux qui doivent rester à la tionnaires ne peuvent être punis
ques mots de remerciement à distance, l’incontrôlable chef de de droite conservatrice, tel le Mou­ pandémie de maison, ce sont les plus âgés et les que pour fraude ou « erreur
l’endroit de ses assistants et du l’Etat a employé un ton plus vement Brésil libre (MBL), très ac­ plus vulnérables », approuve la grossière ». Un texte jugé anti­
président Jair Bolsonaro. consensuel qu’à son habitude, tif lors de la destitution de Dilma
« petit rhume » députée Bia Kicis, fidèle de Jair constitutionnel par bien des ex­
Derrière la sobriété du départ, prônant le respect de la Constitu­ Rousseff en 2016. Afin d’éviter une Bolsonaro et soutien des mani­ perts, et qui pourrait bénéficier
c’est pourtant le feu qui couve. tion et de l’Etat de droit. sortie de route, le chef de l’Etat né­ festations anticonfinement, or­ au chef de l’Etat lui­même.
Voire l’incendie. Depuis plusieurs gocie une alliance avec les petits dure d’impeachment quand 45 % ganisées chaque semaine à Brasi­ Dans le même temps, Jair Bolso­
jours, à l’image de son populaire Ton apocalyptique partis dits du « centrao », ventre y seraient favorables, selon l’Ins­ lia. « Aucune base scientifique ne naro ne s’est pas privé d’afficher
prédécesseur Luiz Henrique Est­ce l’effet de la pression ? En mou du Parlement brésilien, qui titut Datafolha. Surtout : plus permet de dire que le confinement son grand mépris pour la pandé­
Mandetta, Nelson Teich s’était re­ pleine épidémie due au coronavi­ comptent monnayer cher leur d’un Brésilien sur cinq ferait sys­ protège contre le virus », soutient­ mie et son indifférence crasse à
trouvé en conflit ouvert avec le rus, Jair Bolsonaro est empêtré soutien, en échange de ministères tématiquement confiance aux elle, affirmant avoir « entendu l’égard des victimes. Le 9 mai,
chef de l’Etat. Effacé, confus, cor­ dans une crise politique, sur fond et de directions d’administration. déclarations du président, qui plein de médecins le dire » et ba­ alors que le Brésil dépassait la
seté par les militaires, il était de multiples affaires judiciaires. Contesté chaque soir par des qualifiait jusque récemment la layant toute critique à l’encontre barre des 10 000 morts, Jair Bolso­
pourtant loin de faire de l’ombre à La plus grave et la plus urgente concerts de casseroles, Jair pandémie de « petit rhume », du président. « Il est accusé de cri­ naro s’offrait ainsi une virée en
Jair Bolsonaro. Mais les divergen­ concerne la procédure lancée par Bolsonaro conserve néanmoins d’« hystérie » ou de doux « rêve ». mes qu’il n’a pas commis ou qu’il Jet­Ski sur le grand lac Paranoa de
ces étaient trop fortes, entre un le procureur général de la Répu­ une base fidèle dans l’opinion. Se voulant champion des chô­ aurait pu commettre : on est dans Brasilia. Deux jours plus tard, il
ministre recommandant le confi­ blique, Augusto Aras, afin de dé­ Plusieurs enquêtes d’opinion meurs et des petits patrons, Jair Minority Report ! », dit­elle. participait à une cérémonie de le­
nement et un président prônant terminer la véracité des accusa­ récentes le donnent en tête des Bolsonaro a concentré son dis­ Pour s’attirer les faveurs de ses ver de drapeau, refusant de met­
la réouverture généralisée du tions lancées par l’ex­ministre de intentions de vote au premier cours ces derniers jours sur la partisans très mobilisés, le prési­ tre en berne la bannière nationale,
pays (et qui n’avait, dimanche, la justice Sergio Moro. Ce dernier tour, en cas d’élection présiden­ crise économique, avec un ton dent a donc naturellement joint à l’inverse du Congrès et du Tribu­
toujours pas nommé de succes­ affirme que le président aurait tielle. Le pays demeure très volontiers apocalyptique. « Il va la parole aux actes. Le 11 mai, il nal suprême fédéral, en hom­
seur à ce portefeuille pourtant tenté d’interférer dans les enquê­ divisé : 48 % de la population [bientôt] manquer de l’argent ajoutait par décret les salons de mage aux morts du Covid­19. 
crucial alors que la pandémie de tes de la police fédérale afin de demeurent opposés à une procé­ pour payer les fonctionnaires ! », a­ coiffure et les salles de sport dans b. me.
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MARDI 19 MAI 2020 coronavirus | 7

« Une forme de nouvelle lutte des classes se joue »


Najat Vallaud­Belkacem revient sur la gestion de la crise par le gouvernement et les débats qui agitent la gauche

ENTRETIEN tes rapidement sur la revalorisa­


tion des métiers dont on a vu la va­
doit instruire son procès, il faut le
faire à charge et à décharge, voir
« Beaucoup conservent leurs différences mais
forment, quand il le faut, un mur
Il faut quelqu’un pour porter
ces combats, notamment lors

A
ujourd’hui directrice leur en même temps que la pau­ ses insuffisances et ses réussites. d’échanges ont de volonté commune. C’est de cela des élections. Y pensez­vous ?
France de l’ONG One, vreté des salaires. que naîtra l’alternative. Je ne veux pas parler à leur place !
l’ancienne ministre de Comme quoi par exemple ?
lieu à gauche en Il faut donner la parole à ces lais­
l’éducation nationale Les violences contre les femmes Comment s’en serait sortie ce moment, qui Voulez­vous jouer un rôle sés­pour­compte que le mouve­
Najat Vallaud­Belkacem plaide ont augmenté durant le confi­ l’éducation nationale si on n’avait dans ces débats ? ment des « gilets jaunes » avait ré­
pour un retour à une souverai­ nement. La gravité du problème pas embauché 60 000 profes­
peuvent poser, La crise a mis en lumière les dé­ vélés, parce que ce sont leurs aspi­
neté économique sans tomber a­t­elle été prise en compte ? seurs supplémentaires ? Si nous à terme, les bases faillances de nos sociétés. C’est rations et leurs compétences qui
dans le souverainisme. La plupart des mesures néces­ voulons être constructifs à gau­ dans ce monde, avec ses contra­ nous aideront à tracer ce chemin.
saires sont déjà dans la loi. Le pro­ che et offrir des perspectives, re­
d’une fédération » dictions et ses tensions, que l’on C’est une forme de nouvelle lutte
Quel regard portez­vous blème c’est leur application. On le connaissons les avancées et ap­ doit agir. Pas avec des incanta­ des classes qui se joue là. Ensuite,
sur l’action du gouvernement voit avec les ordonnances de pro­ prenons des erreurs. tions prophétiques sur le monde on ne peut pas s’arrêter au constat
contre le Covid­19 ? tection ou l’éviction du conjoint sans abandonner le présent où d’après. On est tous d’accord à des fractures, l’enjeu est de les ré­
Si le caractère inédit de la crise violent, plus encore quand la jus­ La gauche peut­elle être l’alter­ se nichent les vies dures. C’est le gauche : on veut une société plus parer. On a vu pendant le confine­
conduit à tempérer certaines criti­ tice est quasi à l’arrêt. La crise aura native à un duel Macron­Le Pen ? fait politique majeur. juste, qui ne soit pas sans liens et ment une formidable envie de co­
ques, on a quand même vu une montré qu’il ne faut pas lésiner Ce duel est une stratégie choisie qui ne détruise pas la nature. La hésion, d’être utile. Il faut s’ap­
pratique du pouvoir assez soli­ en matière de moyens de protec­ par les deux protagonistes, c’est L’écologie serait le débouché question est le chemin à prendre puyer sur ce désir, dès maintenant.
taire, parfois opaque et manquant tion des victimes. Il y a seulement aussi une facilité pour les médias. naturel des partis de gauche ? pour que ce monde se réalise. Il Mais l’erreur à ne pas commettre
d’humilité. Le manque de transpa­ trois mois, les associations récla­ Mais le premier tour des élections L’enjeu n’est pas tant de recons­ faudra construire des rapports de serait de tout ramener à une
rence dans l’information publi­ maient un plan de 1 milliard municipales [le 15 mars] a dessiné truire la gauche que de traduire forces politiques, faire preuve d’in­ question de personnes quand il y a
que, la faiblesse de la délibération d’euros. J’espère que la légitimité un autre visage politique, avec une concrètement ses idéaux en ré­ ventivité. Mais surtout entendre un tel besoin de réhabiliter la
collective ont fini par créer une de leur appel apparaîtra aux pou­ gauche bien présente dans les ponses aux défis du moment, au ceux que la crise a rendus visibles, confiance dans un projet. Gar­
suspicion dont les tergiversations voirs publics. Le confinement territoires et surtout une imbrica­ service de ceux qui en ont besoin. qui maintiennent la société en vie. dons­nous des jeux qui ont affaibli
sur les masques et les tests sont aura au moins été utile à la prise tion de la question sociale et de Beaucoup d’échanges ont lieu à Avec cette épreuve, on les aura vus la qualité du débat politique. 
symptomatiques. Ce n’est pas sain, de conscience de ces violences et l’écologie politique dans ses ré­ gauche en ce moment qui peuvent mais je ne suis pas sûre qu’on les propos recueillis par
car ça amoindrit la portée des poli­ du rôle que chacun de nous, ponses. Bref, la démonstration poser, à terme, les bases d’une fé­ ait entendus. Ils ont pourtant abel mestre
tiques publiques et la confiance comme témoin, peut jouer. que la gauche peut penser le futur dération dans laquelle les partis énormément à nous apprendre. et sylvia zappi
dans l’action étatique.
Mais cette crise a aussi éclairé Faut­il un patriotisme
une certaine vision du monde du économique comme certains
gouvernement qui n’a pris cons­ le préconisent ?
cience qu’avec beaucoup de retard Patriotisme économique oui.
des ravages humains et sociaux. Pour le reste, ce n’est pas au mo­
Longtemps une sorte d’angle ment où on affronte une crise glo­
mort a semblé recouvrir les fa­ bale qu’il faut s’en remettre au
milles enserrées dans des loge­ chacun pour soi, chacun chez soi.
ments inadaptés, les files d’attente On restera dans un monde d’inter­
devant l’aide alimentaire, les étu­ dépendances, n’allons pas fantas­
diants confinés en cité univer­ mer la frontière comme un geste
sitaire sans job ni perspectives, barrière. La souveraineté, oui en­
les enfants sans cantine privés du core, mais comme une capacité à
seul repas équilibré de leur jour­ décider, faire des choix, reprendre
née, les intermittents, les chô­ le contrôle, pas comme un natio­
meurs non indemnisés… nalisme borné qui d’ailleurs nulle
part n’a fait ses preuves de bonne
Il y a quand même la mise gestion dans la crise.
en place du chômage partiel…
Certes, et c’est une bonne chose Les propositions d’Arnaud
pour ceux qui ont un emploi ; Montebourg sur la
pour les autres il y a comme un souveraineté industrielle vous
impensé. Prenez l’attestation de paraissent­elles adéquates ?
sortie téléchargeable sur Internet : Je ne crois pas diverger avec lui
les autorités ont oublié que la frac­ en disant que la souveraineté n’est
ture numérique empêchait énor­ pas le souverainisme ni le nationa­
mément de gens d’y accéder et que lisme. Oui la crise a mis en évi­
plus de 2 millions de Français souf­ dence la vulnérabilité de nos Etats
frent d’illettrisme. Même chose face à une mondialisation sans rè­
avec le refus de la gratuité des mas­ gles. Il faut mettre fin à une forme
ques quand on sait combien cela d’impuissance publique en orga­
pèse dans le budget d’une famille nisant notre indépendance stra­
qui est à 10 euros près. tégique sur quelques secteurs
choisis, la relocalisation de pro­
La pratique solitaire ductions essentielles et de bassins
du pouvoir est induite par d’emploi, nos approvisionne­
la Ve République… ments… Etre lucide aussi : la France
On a un problème structurel en ne pourra avoir seule une souve­
France avec le présidentialisme raineté dans tous les domaines,
qui infantilise le peuple et déres­ donc repenser nos coopérations
ponsabilise le Parlement. Les mo­ européennes. Retrouver de la sou­
nologues d’un homme seul dans veraineté suppose enfin de nous
un bureau doré dont on attend donner des moyens pour affron­
tout, la difficulté des maires à ter les deux défis majeurs que sont
faire entendre les spécificités lo­ la lutte contre les inégalités et
cales et les expertises de terrain, le changement climatique, ce qui
le poids de la bureaucratie… Il y a veut dire maîtriser et utiliser la fis­
un problème d’organisation du calité ou le conditionnement des
pouvoir qui appelle une réforme aides d’Etat aux entreprises…
institutionnelle majeure. Ce tra­
vers est renforcé par l’insuffi­ N’est­ce pas compliqué quand
sance systématique de concerta­ on a participé au quinquennat
tion avec les corps intermédiaires Hollande, qui a une responsa­
propre à ce gouvernement. bilité dans la fermeture de lits
d’hôpital et la gestion des
Quelles seraient les mesures stocks de masques, de porter
d’urgence à prendre votre discours ?
pour amortir cette crise ? L’hôpital et les soignants ont fait
Des bombes à retardement so­ des efforts considérables depuis
ciales sont en train de se fabriquer dix ans. On arrive au bout d’un sys­
qu’il faut désamorcer dès mainte­ tème devenu insoutenable. Nous y
nant. Des milliers de Français ris­ avons notre part de responsabilité
quent de ne plus pouvoir payer et il faut le reconnaître, comme
leur loyer et leurs charges : il faut d’autres avant et après. L’hôpital a
créer un fonds de solidarité pour besoin de moyens nouveaux et
les soulager et adresser des aides d’un changement de modèle.
exceptionnelles au déconfine­ Quant au quinquennat passé, si on
ment aux familles en grande diffi­
culté, au moins 800 euros pour un
couple avec un enfant. Le gouver­
nement doit faire table rase des ré­ « Des bombes
formes adoptées comme celle des
retraites qui affaiblissent notre
à retardement
système de protection sociale. Re­ sociales sont
noncer à la celle de l’assurance­
chômage qui a fragilisé des mil­
en train de se
liers de demandeurs d’emploi et fabriquer, qu’il
prolonger l’indemnisation des
chômeurs qui arrivent en fin de
faut désamorcer
droits. Enfin, il faut passer aux ac­ dès maintenant »
0123
8 | coronavirus MARDI 19 MAI 2020

Remaniement,
dissolution…
le jeu de piste
de Macron
L’Elysée réfléchit à divers scénarios
institutionnels pour « l’après »

D
epuis son arrivée à travaille. « Le déconfinement étant
l’Elysée, il y a trois ans engagé, le président va commencer
presque jour pour jour, à empoigner pleinement l’anticipa­
Emmanuel Macron le tion et se projeter sur l’après, y com­
répète à l’envi : il a été élu pour ap­ pris politique », assure l’Elysée.
pliquer son programme. Un man­ Sur le papier, le président dis­
tra destiné à le distinguer de ses pose de plusieurs solutions insti­ Emmanuel Macron, lors de la
prédécesseurs, accusés d’avoir peu tutionnelles. La plus évidente est commémoration de la bataille
ou prou renié leurs promesses, la dissolution de l’Assemblée et de de Montcornet, à La Ville­aux­
mais aussi à lui éviter les godilles nouvelles élections législatives. Bois­lès­Dizy (Aisne), le 17 mai.
de l’exercice du pouvoir. « En Certains élus y voient l’occasion de FRANCOIS LO PRESTI/AFP
aucun cas, je ne changerai de politi­ renforcer la majorité, émoussée
que, assurait encore le chef de par les départs, et de donner une
l’Etat en septembre 2018. Je me suis assise à l’acte III. Mais la plupart
engagé à procéder aux transforma­ l’envisagent avec réticence. « Dans habiter ». « Le président est capable Troisième solution, le référen­ En l’absence de consensus sur
tions que notre pays, depuis des dé­ un moment où on appelle les partis de prendre son risque, c’est ce qui dum. Dès avant le Covid­19, Em­
« Un référendum l’outil institutionnel, certains pré­
cennies, avait évitées par le petit jeu à la responsabilité, ouvrir une pé­ fait sa force », note Marie Lebec, dé­ manuel Macron l’avait envisagé, peut être conisent de multiplier les débats
du tic­tac de droite et de gauche ou riode électorale, c’est figer le pays », putée (LRM) des Yvelines. pour que les Français s’expriment au Parlement, en s’appuyant sur
par les lâchetés. (…) Notre priorité estime un poids lourd de la majo­ Plus classique, un remaniement sur les propositions de la conven­
le prétexte à une l’article 50­1 créé par la réforme
n’est pas de durer, mais de faire. » rité. « Il y a déjà quatre élections du gouvernement est évoqué avec tion citoyenne pour le climat. nouvelle vague constitutionnelle de 2008. Utilisé
Dix­huit mois plus tard, Emma­ prévues d’ici à 2022 [le second tour insistance. Pour l’aile gauche de la L’idée prendrait d’autant plus de lors de la présentation du plan de
nuel Macron doit le constater : le des municipales, les départemen­ majorité, ce serait l’occasion de sens pour dessiner l’acte III. Le
dégagiste », déconfinement, il permet au gou­
programme de 2017 est tout ou tales, les régionales et les sénato­ débarquer Edouard Philippe, jugé hic ? La Constitution ne permet craint un stratège vernement de faire une déclara­
partie caduc, bousculé par l’épidé­ riales]. Difficile d’en ajouter une trop à droite. Mais à la condition pas de poser n’importe quelle tion à l’Assemblée ou au Sénat,
mie de Covid­19 et ses conséquen­ autre à moins d’être en campagne de raconter une autre histoire. « Si question. « Il faut que cela porte
de LRM suivie d’un débat et éventuelle­
ces. La réforme des retraites a été permanente », met en garde Ro­ on met Bruno Le Maire à Mati­ sur un objet juridiquement ciblé. ment d’un vote, sans engager sa
suspendue, celle des institutions land Lescure, député La Républi­ gnon, cela change quoi pour les On ne peut pas faire approuver une responsabilité. « C’est un format
est à l’arrêt, l’équilibre budgétaire que en marche (LRM) des Français Français ? », s’interroge un élu. politique générale », précise un ca­ Hollande en 2015, après les atten­ collectif qui permet de faire vivre le
n’est plus qu’un vœu pieux… Le de l’étranger. « Un remaniement n’est qu’une de­ dre de LRM. De même, impossible tats de Paris. Lors de son élection, débat, d’associer davantage les op­
chef de l’Etat l’a dit lors de ses der­ Le précédent de 1997, qui avait vu mi­solution, car il n’y a pas de légi­ de poser des questions à plusieurs Emmanuel Macron avait promis positions, on est moins dans le ver­
nières allocutions : il va changer. Jacques Chirac perdre les élections timité du peuple. Ou alors il fau­ réponses, comme le font les Suis­ de se rendre chaque été devant les tical », énumère un conseiller, qui
« Il nous faudra demain tirer les le­ législatives après avoir dissous drait que le virage soit vraiment in­ ses lors des votations. parlementaires, pour rendre parie sur une prolifération de 50­1.
çons du moment que nous traver­ l’Assemblée, l’obligeant à une co­ carné », abonde un proche du lo­ compte de son action. Mais sa « On peut avoir des débats suivis
sons, a­t­il expliqué le 12 mars. Les habitation de cinq ans avec Lionel cataire de l’Elysée. Les noms de Gagner du temps dernière visite remonte au d’un vote sur des sujets non législa­
prochaines semaines et les pro­ Jospin, est aussi dans les esprits. Yannick Jadot et de Xavier Ber­ Mais c’est surtout la nature plé­ 10 juillet 2018, celle prévue l’an tifs, comme la rénovation énergéti­
chains mois nécessiteront des déci­ « Le souvenir de Villepin est un re­ trand sont évoqués parmi biscitaire du référendum qui fait dernier ayant été annulée à la que des bâtiments, cela permet­
sions de rupture. » « Beaucoup de poussoir, il y a un côté apprenti sor­ d’autres. « Mais le président pour­ hésiter le pouvoir. Depuis la dé­ suite du grand débat. trait de créer du consensus », veut
certitudes, de convictions sont ba­ cier », reconnaît un proche du chef rait aussi bien faire tout son man­ mission du général de Gaulle Cette solution a l’avantage pour croire Roland Lescure.
layées (…). Le jour d’après (…) ne sera de l’Etat. D’autres, plus radicaux, y dat avec Philippe, tout va dépendre en 1969, après une consultation l’exécutif de rester en terrain A moins que le chef de l’Etat ne
pas un retour au jour d’avant », a­ voient au contraire une opportu­ du projet défini à la sortie de la où le non l’avait emporté, les poli­ connu et de gagner du temps. sorte de son chapeau une solution
t­il ajouté, le 16 mars, promettant nité pour 2022. « Aucun président crise », relativise un autre. tiques se méfient de cet objet. « Cela permettrait de dire où nous inédite, comme l’a été le grand dé­
de tirer « toutes les conséquences » n’a jamais été réélu sous la Ve Répu­ L’idée d’un gouvernement de « Les Français ont pris l’habitude voulons aller, avant que les Fran­ bat au moment de la crise des « gi­
de la crise du Covid­19. blique hors période de cohabita­ coalition, réunissant des mem­ de répondre à une question qui ne çais partent en vacances, tout en se lets jaunes ». « Cela avait été une
tion. Il ne faut pas écarter cette solu­ bres de chaque famille politique leur était pas posée. Cela peut être donnant quelques mois pour les façon pour le président de légiti­
Renforcer la majorité tion », souligne un ministre, tout hors le Rassemblement national, le prétexte à une nouvelle vague décisions », confie un soutien. mer une évolution de sa politique,
Mais que se passe­t­il quand on en reconnaissant que M. Macron est toujours portée par certains dégagiste », craint un stratège de Seul bémol : la Constitution ne une réussite », se félicite l’Elysée.
change de programme en cours de n’est « pas d’un tempérament à co­ élus. « Notre pays mérite cela, es­ LRM, évoquant l’échec de Matteo permet pas au Parlement d’ap­ « On pourrait imaginer quatre ou
mandat ? L’onction de l’élection time Matthieu Orphelin, député Renzi, obligé de démissionner prouver par un vote un discours cinq débats avec des citoyens, des
précédente suffit­elle ? Faut­il légi­ (ex­LRM) de Maine­et­Loire. Se en 2016 après que les Italiens ont de politique générale du prési­ élus, des associations… Un format
timer par un autre moyen le vire­ mettre d’accord sur un projet clair refusé de réduire le nombre de dent. Seuls les sujets constitution­ plus resserré, pour se projeter sur
ment de bord ? Depuis quelques Pour l’aile gauche de coalition pour deux ans, quel­ parlementaires. nels peuvent donner lieu à con­ l’après, où le président viendrait
semaines, ces questions agitent le que chose à l’allemande, permet­ Reste une quatrième hypothèse, sultation. « Répondre à la crise par convaincre les Français », suggère
pouvoir. « Si on sort de la crise par
de la majorité, trait de réembarquer les citoyens. moins spectaculaire mais moins un Meccano institutionnel, je ne Marie Lebec. « Le président aime
un virage keynésiano­environne­ un remaniement Et cela n’empêcherait pas chacun risquée : réunir les députés et les suis pas sûr que ce soit ce que les penser “out of the box” [hors des
mental, le président aura un pro­ de présenter ses options en 2022. » sénateurs en Congrès à Versailles, Français attendent », met en garde sentiers battus], une autre solu­
blème de légitimité et devra repas­
serait l’occasion Daniel Cohn­Bendit, qui échange où le chef de l’Etat prononcerait un macroniste. « Une déclaration tion pour se légitimer par le bas
ser par le peuple », estime un pro­ de débarquer avec M. Macron, travaille à cette un grand discours sur l’après. de politique générale du premier n’est pas à exclure », acquiesce un
che du chef de l’Etat. Pour le mo­ hypothèse. Mais l’idée semble C’était la solution choisie par Ni­ ministre suivie par un vote à l’As­ proche. Seule condition : se déci­
ment, aucune décision n’a été
Edouard Philippe, difficile à mettre en œuvre tant colas Sarkozy en 2009, lors de la semblée, serait déjà une première der vite. Car le temps presse. 
prise. Mais Emmanuel Macron y jugé trop à droite les oppositions y sont hostiles. crise financière, et par François étape », avance Roland Lescure. cédric pietralunga

Dans l’Aisne, le président cherche à s’inspirer du général de Gaulle


Lors de la commémoration de la bataille de Montcornet, dimanche, Emmanuel Macron a mis en valeur « l’esprit de résistance »

la ville­aux­bois­lès­dizy Emmanuel Macron est venu cé­ de l’Elysée, mais elle a bien failli ration à y faire face. Mais le loca­ cherche la voix de la cohésion per de sa popularité et être capable
(aisne)­ envoyé spécial lébrer, en ce dimanche 17 mai, la ne pas se tenir pour cause d’épi­ taire de l’Elysée n’a eu de cesse que au nom d’une certaine idée de d’assumer seul les bonnes déci­
mémoire de celui qui, « ici même, démie due au coronavirus. Es­ de louer « l’invincible espérance la France. » Un écho au slogan sions », écrit­il.

L es champs de betteraves
et d’oignons s’étendent à
perte de vue, horizon seule­
ment crevé par la ronde des éo­
liennes. Une stèle, surmontée de la
sur les champs de bataille de l’Aisne,
rencontra son destin ». Il y a quatre­
vingts ans jour pour jour, Charles
de Gaulle, alors inconnu du grand
public, freinait l’avancée des Pan­
pérée comme une grande réu­
nion populaire, prélude à « l’an­
née de Gaulle », qui voit se suc­
céder le 80e anniversaire de
l’appel du 18­Juin, le 130e anniver­
[qui] a jailli dans le cœur d’un
homme », comme une réponse à
ceux qui lui reprochent de pro­
mettre « les jours heureux » avant
même d’avoir gagné la « guerre »
« la France unie » que le chef de
l’Etat promeut depuis plusieurs
semaines pour tenter de répon­
dre à la crise.
Pendant ce temps­là, le prési­
Dans ses Lettres, notes et carnets,
le général de Gaulle, pour sa part,
cherchait à puiser dans la mé­
moire de la bataille de Montcor­
net une leçon d’espoir. « Avec les
tourelle d’un char d’assaut, a été zer allemands lors de la bataille de saire de la naissance et le 50e anni­ contre le Covid­19. dent de la région Hauts­de­France, morceaux épars, on peut faire quel­
érigée au milieu de ce paysage Montcornet, du nom d’un village versaire de la mort du Général, Xavier Bertrand, écoute, le visage que chose de puissant, pour peu
aride, le long d’une étroite route de voisin. « Au moment même où cette journée d’hommage a dû Querelles d’héritage à moitié recouvert par un masque qu’on les rassemble – ce fut là
campagne qui relie La Ville­aux­ l’ombre de la résignation et du re­ être ramenée à des proportions Il a surtout cherché à mettre en va­ remonté jusque sur le haut du nez. toute l’histoire de notre 4e division
Bois­lès­Dizy et Clermont­les­Fer­ noncement s’étendait sur notre plus modestes. Pas de foule en leur « l’esprit de résistance » qui, se­ Personne n’en porte autour de lui. cuirassée », écrivait­il. Mais cet
mes, deux villages des confins de pays, l’esprit de la résistance se liesse sur les bords de la route, lon lui, anime ses compatriotes. Dans une tribune au Journal du di­ homme sans cesse tiraillé par le
l’Aisne, au nord de Laon. Elle com­ leva », souligne Emmanuel Ma­ juste quelques élus et descen­ Cette détermination à se relever, manche publiée le matin même, démon de la dépression ajoutait
mémore la mémoire des combat­ cron, derrière son pupitre, au dants de combattants, placés à un « qui jamais ne meurt, même l’ancien du parti Les Républicains à ce constat une conclusion plus
tants de la 4e division cuirassée milieu des champs. De Gaulle, une mètre les uns des autres. quand le pays est vaincu », Em­ se réclame du général de Gaulle, sombre : « Nous sommes un pays
qui, en mai 1940, « tentèrent déses­ fois devenu président, résuma la Dans son discours, Emmanuel manuel Macron veut même en lui aussi, mais pour mieux criti­ qui passe sa vie à traverser des dra­
pérément d’arrêter l’invasion alle­ chose d’une formule lors d’une vi­ Macron n’a pas fait référence di­ faire un mantra pour l’après­coro­ quer en creux Emmanuel Macron. mes et à en tirer de temps en temps
mande », comme dit le message site à Montcornet, le 12 juin 1964 : rectement à la crise sanitaire qui navirus. Explicite, il prévient : « Pour de Gaulle, un chef ne doit des leçons sans que toujours mal­
gravé dans la pierre. Le nom de « L’espérance avait jailli. » secoue la France, ni aux polémi­ « De Gaulle nous dit que la France pas parler en permanence, à tort et heureusement ces leçons suffisent
leur commandant est inscrit, lui Cette commémoration était ins­ ques qui assaillent l’Etat et le est forte quand elle sait son destin, à travers. Il doit mener son pays à éviter le drame suivant. » 
aussi : « colonel de Gaulle ». crite de longue date sur l’agenda gouvernement sur leur imprépa­ quand elle se tient unie, qu’elle d’une main ferme sans se préoccu­ olivier faye
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MARDI 19 MAI 2020 coronavirus | 9

Duel à droite pour la tête des Hauts­de­Seine


Les maires Georges Siffredi et Eric Berdoati s’affrontent pour succéder à Patrick Devedjian, mort du Covid­19

A
près Charles Pasqua, dont les habitants déclarent les du mandat. Et au­delà, pour un concurrence pour les sénatoria­ doit les aider davantage », ajoute­
Nicolas Sarkozy et Pa­ plus hauts revenus : près de mandat de plus. « Si je suis élu,
L’élection, d’abord les ! Aujourd’hui, Eric Berdoati, t­il. Enfin, il préconise de stopper
trick Devedjian, qui 43 000 euros en moyenne par j’aurai neuf mois pour démontrer à bloquée par 55 ans, ne compte pas s’effacer. Lui la fusion envisagée avec les Yveli­
sera le prochain patron foyer, deux fois plus que dans la mes collègues que leur confiance aussi paraît légitime, puisque cet nes. « Ce projet était une astuce de
des Hauts­de­Seine, l’un des dé­ Seine­Saint­Denis voisine. Avec la n’est pas usurpée », confie­t­il.
l’état d’urgence ex­LR désormais sans étiquette Patrick Devedjian pour contrer la
partements les plus riches de Défense, de nombreuses grandes A 63 ans, Georges Siffredi a pour sanitaire, préside le groupe de droite au sein menace de suppression des dépar­
France ? Un mois et demi après la entreprises y sont présentes. Le lui une certaine légitimité. C’est un du conseil départemental. Et il tements et torpiller la montée en
mort brutale de Patrick Devedjian, budget du département est l’un maire apprécié, qui entame son
aura finalement souhaite porter une vision diffé­ puissance de la métropole, analy­
emporté par le Covid­19 à l’âge de des plus élevés de l’Hexagone. cinquième mandat d’affilée à la lieu le 25 mai rente de celle de Georges Siffredi. se­t­il. Aujourd’hui, on peut conti­
75 ans, deux hommes sont sur les Politiquement, enfin, il s’agit mairie de Châtenay­Malabry, une « Cette épidémie et la crise écono­ nuer les coopérations engagées
rangs pour lui succéder à la prési­ d’une forteresse de droite, avec des commune de 33 000 habitants. mique massive qui nous attend avec les Yvelines, mais fusionner
dence du conseil départemental. figures comme André Santini à Is­ Propulsé aux commandes du dé­ Avant de se lancer, Georges Sif­ vont tout bouleverser, estime le n’est plus nécessaire. »
Deux maires de droite, réélus dès sy­les­Moulineaux, Patrick Balk­ partement en pleine crise sani­ fredi a pris soin de sonder les poids maire de Saint­Cloud. Se glisser Sur plusieurs points, les deux
le premier tour des municipales de any et son épouse Isabelle à Leval­ taire, il estime avoir agi efficace­ lourds du conseil, en particulier dans les chaussons de Patrick De­ candidats ne sont à dire vrai pas si
mars : Georges Siffredi, l’homme lois­Perret, ou Patrick Ollier à ment : achats de masques, aide Pierre­Christophe Baguet, qui en­ vedjian et recommencer comme éloignés. Georges Siffredi entend
fort de Châtenay­Malabry, et Eric Rueil­Malmaison. Une poignée de aux travailleurs pauvres, etc. « Son visageait d’être candidat. « Il était avant, ce n’est pas la solution. Il lui aussi accentuer les dépenses
Berdoati, celui de Saint­Cloud. communes défavorisées est néan­ plan “Covid” de 80 millions d’euros inenvisageable qu’on se déchire, faut revoir la ligne politique. » sociales, et renforcer le lien avec les
L’élection, d’abord bloquée par moins dirigée par la gauche, no­ tient la route », opine Pierre­Chris­ alors que nous étions tous deux très A ses yeux, trois correctifs s’im­ communes. Dans son plan d’ur­
l’état d’urgence sanitaire, aura fi­ tamment communiste, et La Ré­ tophe Baguet, le maire (LR) de Bou­ proches de Patrick Devedjian, re­ posent. D’abord, le conseil des gence, n’a­t­il pas décidé de leur
nalement lieu le 25 mai, selon la publique en marche (LRM) a réa­ logne­Billancourt, la plus grande late le maire de Boulogne. On s’est Hauts­de­Seine s’est sans doute verser 10 euros par habitant ? Sur
convocation envoyée vendredi lisé une percée importante lors commune du département. Sur­ mis d’accord. Je le soutiens, et je se­ un peu dispersé, en s’engageant la fusion avec les Yvelines, en re­
15 mai. Mais l’affaire se jouera en des législatives de 2017. tout, Georges Siffredi semble l’hé­ rai son premier vice­président. » notamment dans de grands pro­ vanche, le maire de Châtenay­Ma­
réalité un peu auparavant, lors de ritier le plus naturel de Patrick Dans l’idéal, le président par in­ jets culturels. « Vu les circonstan­ labry se montre un peu plus posi­
la réunion des élus de droite qui « Revoir la ligne politique » Devedjian, son « ami de trente­ térim aurait aimé se retrouver ces, il faut revenir à nos missions tif. « Ce projet, on l’a tous voté, on va
dominent largement le conseil, Lorsque Patrick Devedjian est huit ans », dont il a été le suppléant seul candidat. Mais la droite des fondamentales, la santé, le social, continuer à avancer, dit­il. Après
avec 38 membres sur 46. « On s’ex­ mort, rien n’était prévu pour sa à l’Assemblée, et le bras droit dans Hauts­de­Seine reste diverse. l’éducation », plaide Eric Berdoati. mars 2021, il appartiendra à la nou­
pliquera entre nous, on votera au succession. « Il laissait planer le le département. « Il s’agit d’être En 2017, pas moins de cinq listes Ensuite, « la crise va coûter cher velle majorité de trancher. » 
besoin, puis on présentera un seul doute sur son éventuelle candida­ dans la continuité », dit­il. conduites par des LR étaient en aux communes, et le département denis cosnard
candidat lors de la séance publique, ture à une réélection en mars 2021
à laquelle participent les élus de et, dans l’immédiat, nous étions fo­
gauche », explique un pilier du dé­ calisés sur les municipales », témoi­
partement. « Cela s’annonce assez gne un maire. Dans l’urgence, c’est
serré, aucun candidat ne s’im­ son premier vice­président, Geor­
pose », évalue un autre. « Et pour ges Siffredi, qui assure l’intérim.
une fois, cela va se jouer sur le fond, Peu connu du grand public, ce
les idées pour l’évolution du dépar­ Corse né à Marseille, fidèle de
tement », pronostique Jean­Didier Charles Pasqua puis de Patrick De­
Berger, le maire Les Républicains vedjian, ambitionnait jusqu’alors
(LR) de Clamart. de finir plutôt sa carrière comme
L’enjeu est d’importance. Les sénateur. Mais quarante jours
Hauts­de­Seine ne constituent pas d’intérim lui ont donné l’envie de
tout à fait un département comme s’installer durablement dans le
un autre. Paris mis à part, c’est à la fauteuil de président du départe­
fois le plus petit du pays, et celui ment. Jusqu’en mars 2021, terme

Le droit du travail
de nouveau assoupli
Des règles sociales dans les entreprises
ont été modifiées pour répondre à la crise

L e droit du travail n’en finit


pas de se relâcher au con­
tact du coronavirus. Ven­
dredi 15 mai, les députés ont
adopté le projet de loi « portant di­
primauté aux accords de branche.
Des représentants de la gauche
sont intervenus pour dénoncer
une mesure synonyme, à leurs
yeux, de précarité accrue : « On
verses dispositions liées à la crise tombe du niveau de la loi à celui de
sanitaire », qui assouplit, tempo­ l’entreprise, sans aucun garde­fou,
rairement, des règles encadrant ouvrant ainsi la voie à une forme
les relations entre patrons et de dumping », s’est indigné Pierre
salariés. Tout comme les mesu­ Dharréville, élu communiste des
res prises, fin mars, pour alléger Bouches­du­Rhône. Ce dispositif
– provisoirement, là encore – les est voté « parce que le Medef vous
contraintes sur la durée du travail, l’a demandé », a estimé Loïc
ces changements sont justifiés Prud’homme (La France insou­
par la nécessité de permettre aux mise, Gironde).
entreprises de s’adapter aux Autre évolution controversée :
conséquences de la récession. le comité social et économique
L’une des principales modifica­ (CSE) – qui a, peu à peu, remplacé
tions porte sur les renouvelle­ le comité d’entreprise – pourra
ments de contrats à durée déter­ utiliser une partie de son budget
minée (CDD) et de contrats de tra­ de fonctionnement (pas plus de
vail temporaire (CTT). Leur nom­ la moitié) « au financement des
bre pourra être fixé par une activités sociales et culturelles »
« convention d’entreprise » et dé­ proposées aux salariés. Cette ca­
passer celui prévu par l’accord de pacité d’initiative, qui résulte
branche (ou, à défaut, par la loi, s’il d’un amendement porté par Cen­
n’y a pas d’accord de branche). dra Motin (LRM, Isère), est don­
Cette nouvelle règle s’appliquera née « à titre exceptionnel (…), jus­
aux contrats conclus jusqu’au qu’à l’expiration d’un délai de six
31 décembre 2020. Il s’agit de mois à compter de la date de ces­
« prolonger les relations de travail » sation de l’état d’urgence sani­
qui ont été suspendues, notam­ taire ». L’objectif est « d’apporter
ment en raison du recours au chô­ un soutien matériel supplémen­
mage partiel, a expliqué, vendredi, taire » aux travailleurs.
Marc Fesneau, le ministre chargé La mesure a été très critiquée,
des relations avec le Parlement, en particulier par plusieurs syn­
qui défendait l’amendement gou­ dicats. « C’est n’importe quoi !!! », a
vernemental contenant cette dis­ lancé Laurent Berger, vendredi,
position. Le but est de « maintenir sur le réseau social Twitter. Le
les compétences indispensables à la secrétaire général de la CFDT
reprise de l’activité », a­t­il ajouté. craint que les CSE soient privés
de ressources pour commander
« Aucun garde-fou » des expertises sur « l’emploi » et
La démarche a suscité des réser­ la « santé au travail ». Force
ves au sein la majorité. Le député ouvrière, pour sa part, a déploré
(La République en marche, Hauts­ qu’une telle décision soit arrêtée
de­Seine) Jacques Maire a indiqué, « sans consultation préalable des
lors des débats dans l’Hémicycle, organisations syndicales ». 
qu’il serait préférable de laisser la bertrand bissuel
0123
10 | coronavirus MARDI 19 MAI 2020

L’université s’inquiète pour la « génération Covid »


Les établissements réfléchissent déjà à l’organisation de la rentrée avec des étudiants fragilisés

A
dmis, refusé, en at­ système d’alternance entre des
tente… Il ne reste que cours « en présentiel » et « à dis­ LES DATES
quelques heures aux tance » qui est en réflexion. « Nous
lycéens avant de dé­ sommes déjà au maximum de l’uti­
couvrir les réponses à leurs vœux lisation de nos locaux, souligne 19 mai Les réponses des forma-
d’orientation dans l’enseigne­ Olivier David, président de l’uni­ tions du supérieur interviennent
ment supérieur, sur la plate­forme versité de sciences humaines bre­ à partir du mardi 19 mai, à
d’admission Parcoursup, mardi tonne. On ne pourra pas dédoubler 17 heures. Les candidats accep-
19 mai à 17 heures. nos enseignements en plus petits tent ou refusent les propositions
Le confinement n’a pas bous­ groupes, en termes de ressources qu’ils reçoivent dans un flux
culé la procédure, qui concerne humaines, ce n’est pas possible. » continu, libérant ainsi des places
950 000 élèves de terminale, étu­ Même les travaux dirigés, logique­ pour d’autres. Ils ont au départ
diants en réorientation et reprise ment en effectifs réduits, vont de­ cinq jours pour répondre à une
d’études. Mais les universités se voir fonctionner avec des « rota­ proposition, puis trois jours
préparent à l’arrivée de cette tions », pour respecter les règles de à partir du 24 mai. Cette phase
génération marquée par la crise distanciations, prévoit­il. s’achève le 17 juillet.
du Covid­19 avec de nombreuses
interrogations. « Parcoursup était « Non-sens pédagogique » 16 juin La phase complémentaire
peut­être la seule chose prête Chez les universitaires, l’injonc­ va s’ouvrir plus tôt que les années
pour le Covid », résume en riant tion au « distanciel » est loin de précédentes. Elle permet aux
Aurelle Levasseur, enseignante­ faire l’unanimité. Doyen de la fa­ candidats n’étant pas satisfaits
chercheuse qui a examiné culté de droit de Reims (Marne), des réponses reçues ou n’ayant
3 379 candidatures pour la licence Julien Boudon a fait ses calculs : eu aucune proposition favorable
d’administration économique et entre les cours magistraux à dis­ de postuler dans les formations
sociale (AES) de l’université Sor­ tance, qui représentent près des qui ont encore des places
bonne­Paris­Nord. deux tiers de ses enseignements, vacantes, jusqu’au 13 septembre.
Au cœur des dossiers des candi­ et les travaux dirigés en rotation,
dats figurent les notes obtenues ses futurs étudiants de licence se 8 juillet Au lendemain des
au lycée, jusqu’au deuxième tri­ retrouveraient avec moins de résultats du bac, les lycéens
mestre de terminale, qui a pu 20 % de cours en « présentiel »… sans proposition peuvent sollici-
avoir lieu, avant le début du « Je m’y refuse, c’est un non­sens ter l’aide d’une commission
confinement. La suppression des pédagogique, tempête­t­il. Qu’on d’accès à l’enseignement
épreuves finales du bac n’a pas arrête de nous vendre cet ensei­ supérieur dans leur académie,
posé de problème non plus : gnement soi­disant hybride pour trouver une formation.
ces résultats n’étaient déjà pas comme une solution, c’est un
pris en compte dans la procédure leurre motivé par des considéra­
de sélection. tions budgétaires, il faut trouver Dans les disciplines scientifi­
Ici ou là, on rapporte des évolu­ d’autres solutions. Pourquoi ne ques, le programme du lycée a
tions à la marge, comme en mé­ pas repousser la rentrée, le temps toute son importance pour sui­
decine. « Nous avions l’habitude d’apaiser les craintes ? » vre ensuite à la fac.
de lire l’ensemble des lettres de C’est une population « plus fra­ « Chez nous, la plupart des matiè­
motivation, rapporte Djillali An­ gile » qui va arriver sur les bancs res, ils ne les suivent pas au lycée,
nane, doyen à Versailles. Cela n’a universitaires, après avoir quitté rassure néanmoins Didier Deli­
pas été possible cette année, alors le lycée en mars, pointe Françoise gnières, professeur en Staps à
qu’une grosse partie de nos effec­ Lambert, du syndicat SGEN­CFDT. Montpellier. Je n’ai pas d’inquié­
tifs est mobilisée sur la lutte Le passage à l’université constitue tude sur le niveau, ce ne sont pas
contre la pandémie. » Un logiciel déjà un moment difficile pour de trois mois de cours qui vont chan­
fonctionnant par mots­clés a L’inquiétude est cependant forte Chaigneau, doyenne de la faculté nombreux lycéens, avec des taux ger ce qu’ils sont, ils récupéreront
remplacé l’œil humain. dans les établissements. Com­
« On ne pourra de droit à Nanterre, où l’amphi d’échec importants. « Le décalage sans problème. » C’est moins la
ment accueillir ces jeunes qui ont pas dédoubler nos de prérentrée accueille quelque sera encore plus lourd, ça risque question des prérequis que celle
Hausse des candidatures arrêté leur année de lycée le 1 000 étudiants chaque année. d’être l’hécatombe », craint l’ensei­ de l’acquisition de « l’autonomie »,
Seul changement de taille : les 16 mars ? Plus de trois mois de
enseignements Nous n’avons aucune consigne gnante­chercheuse de Poitiers. qui fait dire à son collègue Olivier
écoles qui organisaient des con­ cours en moins, sans lien social en plus claire du ministère, il faut organi­ Des dispositifs pour combler Oudar, vice­président à l’univer­
cours d’entrée postbac, comme au lycée, pas de rite initiatique du ser des réunions en urgence. » Où les lacunes doivent être envisa­ sité Sorbonne Paris­Nord, qu’il
les Sciences Po, ont remplacé leurs bac, et le tout avec une rentrée qui
petits groupes » situer la « barre » maximale de gés en classes préparatoires ou faudra « cibler ces néoentrants
épreuves par une sélection sur promet d’être bousculée. OLIVIER DAVID l’effectif autorisé à venir ? Quid en BTS, avec des heures d’ensei­ pour les accueillir en priorité ».
dossier. Ainsi, 2 000 formations « Nous avons demandé aux éta­ président de l des pratiques sportives en filière gnement supplémentaires, plai­ « La rentrée se prépare mainte­
ont révisé dans l’urgence leur ma­ blissements de prévoir que les ’université Rennes-II Sciences et techniques des activi­ de­t­on au Syndicat national des nant, mais c’est très difficile dans
nière de sélectionner, d’après le cours magistraux puissent être tés physiques et sportives personnels de direction de l’édu­ un contexte où nous essayons
ministère de l’enseignement su­ offerts à distance », a indiqué (Staps) ? En informatique, com­ cation nationale (SNPDEN). « Les déjà de boucler les examens de
périeur, sur les 15 000 filières pro­ Frédérique Vidal. L’annonce n’a 20 000 élèves de terminale sup­ ment gérer des salles de travaux manques ne seront pas les mêmes nos étudiants… », souligne Ga­
posées sur la plate­forme. pas surpris grand monde, mais sa plémentaires scolarisés en France pratiques en permanence rem­ partout », note Philippe Vincent, briel Galvez­Behar, doyen de la fa­
« Ce maintien de la procédure mise en musique, avec le main­ ont ainsi confirmé des vœux − ils plies avec des groupes qui pas­ à la tête du syndicat. culté des humanités à Lille, qui
dans un calendrier inchangé per­ tien probable de règles sanitaires sont 658 000 au total. « Et il y a de sent sur les mêmes claviers, à Dans les universités, où les ef­ compte 6 700 étudiants. « D’un
met de donner un cadre commun et de distanciation physique stric­ fortes chances de voir plus de ly­ moins d’un mètre de distance ? fectifs étudiants sont plus four­ point de vue pédagogique, les
et de la stabilité aux lycéens », sou­ tes, promet un casse­tête dans céens que d’habitude décrocher le Les questions sont sans fin. nis et les moyens financiers très équipes seront bien sûr attentives
tient Jérôme Teillard, chargé du des établissements aux amphis bac [avec les nouvelles modalités C’est une « rentrée 2020 à haut contraints, l’opération promet au fait que ces bacheliers ont eu
dossier Parcoursup au ministère. régulièrement bondés. en contrôle continu], pointe Julien risque » avec le danger de « sacrifier d’être ardue. « On a déjà prévu des une fin d’année problématique,
Et de maintenir la rentrée en sep­ L’enseignement supérieur a en­ Gossa, maître de conférences à une génération entière d’étu­ remises à niveau pour nos étu­ mais cela devra aller plus loin,
tembre : les dates « ne seront pas core vu croître les candidatures : l’IUT de Strasbourg. Le taux d’évic­ diants », alerte­t­on dans les rangs diants de deuxième et troisième dit­il. Nous vivons une crise qui est
décalées », a affirmé Frédérique 50 000 inscrits de plus cette année tion, jusqu’ici d’environ 10 %, pour­ syndicaux du Snesup­FSU, où l’on années de licence, décrit un ensei­ aussi morale, intellectuelle ; le rôle
Vidal, la ministre de l’enseigne­ sur la plate­forme, qui accueille rait être moindre… » appelle déjà à un effort budgé­ gnant­chercheur. Mais il en fau­ de l’université est d’armer les étu­
ment supérieur, dans un entre­ dans le même temps un millier « La rentrée est un énorme souci taire d’ampleur. A l’université drait aussi pour ces jeunes qui diants dans leur réflexion. » 
tien au Parisien le 7 mai. de formations en plus. Parmi eux, pour nous, reconnaît Aurore Rennes­II comme ailleurs, c’est un arriveront en première année. » camille stromboni

« Derrière la fracture numérique, c’est la ségrégation sociale »


A la tête de Sorbonne Université, Jean Chambaz plaide pour que l’enseignement « présentiel » ne soit pas sacrifié

ENTRETIEN ditions sanitaires, bien sûr, notre


priorité sera de les accueillir pour
ciaux, nous allons mettre en place
un welcome pack [pack de bienve­
avec un basculement du jour au
lendemain dans un enseignement
mes aujourd’hui sur Zoom [appli­
cation de visioconférence] ou
du monde d’avant, il faut parler de
solutions nouvelles. Il ne faudra

P our Jean Chambaz, le


président de Sorbonne Uni­
versité – mastodonte pari­
sien de 55 000 étudiants en lettres,
médecine, sciences et ingénierie –,
leur remettre le pied à l’étrier cor­
rectement. On ne peut se passer
d’un vrai « contact » avec eux à la
rentrée, tout ne peut pas se faire
« à distance ».
nue], avec les équipements néces­
saires pour travailler correcte­
ment à distance.

Etes­vous prêt à déployer un


totalement à distance. L’enjeu est
de transformer l’expérience accu­
mulée en une démarche organisée
et construite. Nous ne partons pas
de rien, et nous revoyons nos li­
d’autres outils dont la France n’a
pas la maîtrise, c’est parce qu’au
bout de trois jours de confine­
ment Renater, le réseau national
public et sécurisé, a fait pschitt.
pas oublier l’importance de ce
modèle social. Ce ne sont pas les
solutions néolibérales du monde
d’hier qui nous ont permis de sor­
tir de la crise, mais ce sont plutôt
qui travaille au développement Il nous faudra les former aux enseignement à distance plus gnes budgétaires pour renforcer elles qui nous ont menés dans le
d’un enseignement « hybride », pratiques universitaires et aux généralisé, notamment pour les moyens des studios de fabrica­ Que retirez­vous de cette crise ? mur. De même, ce ne sont pas les
entre cours en présentiel et cours outils, puis les accompagner avec les cours magistraux, comme tion et pour recruter davantage C’est avant tout la démonstra­ seuls « premiers de cordée », mais
à distance, « tout ne peut se faire des modules de tutorat et de re­ le prévoit le gouvernement ? d’ingénieurs pédagogiques. tion de l’efficacité incroyable du l’ensemble des acteurs qui ont per­
à distance ». médiation. Derrière ce qu’on ap­ Nous y travaillons. Mais il ne Il y a aussi une question d’infras­ service public. A l’hôpital, bien sûr, mis de faire tourner la machine.
pelle pudiquement la fracture nu­ s’agit pas juste de remplacer le tructure numérique. Si nous som­ mais aussi à l’université, qui ne Pour l’enseignement comme
Comment envisagez­vous mérique pour les étudiants, ce cours en amphi par des cours en li­ s’est jamais arrêtée. Le fait d’être pour la recherche, une recapitali­
la rentrée en septembre, avec n’est rien d’autre que la ségréga­ gne. C’est un enseignement « hy­ un opérateur public nous a permis sation du secteur est indispensa­
de nouveaux étudiants tion sociale que l’on voit à l’œuvre. bride » que nous construisons, ce de jouer notre rôle. On voit à quel ble. La crise devrait nous permet­
qui auront fini leur année de Nous ne pouvons pas y remé­ qui nécessite du temps et une ré­ « Le fait d’être point cela est précieux en enten­ tre de laisser derrière nous la
lycée le 16 mars et des règles dier pleinement, mais il faut à flexion pédagogique. Cela sup­ dant nos collègues britanniques vision « darwinienne » et l’appro­
sanitaires strictes ? tout prix l’atténuer, pour donner pose un mix entre le « distanciel »
un opérateur qui demandent une aide de l’Etat che « inégalitaire » prônés par cer­
Le retour de ces jeunes à une vie des chances réelles aux jeunes de et le « présentiel ». public nous a de plusieurs milliards d’euros, tains. La future loi de programma­
sociale et collective me paraît in­ milieux modestes de réussir leurs L’essentiel, c’est de réussir à mo­ sous peine de ne pouvoir rouvrir. tion pluriannuelle de la recherche
dispensable le plus rapidement études. Ainsi, pour ceux qui en biliser nos équipes, qui sont déjà
permis de jouer Plutôt que de parler du monde ne pourra pas être la même. 
possible. Dans le respect des con­ auront besoin, sur critères so­ éprouvées par le confinement, notre rôle » d’après, qui ne sera pas différent propos recueillis par c. st.
0123
MARDI 19 MAI 2020 france | 11

LGBTphobie : forte depuis la création de son rapport


annuel. Et ceci alors que le projet
de loi de bioéthique, voté en pre­
mière lecture, doit encore retour­
« Se tenir la main,
marcher côte à
côte, s’embrasser
sonnes seulement avaient ap­
pelé la ligne téléphonique pour
témoigner. « En 2020, c’est pres­
que quatorze fois plus de cas de

hausse des témoignages


ner à l’Assemblée nationale pour transphobie qui nous ont été si­
être adopté définitivement. dans la rue, gnalés », relève l’association.
En 2018, SOS Homophobie sou­ Les images extrêmement re­
lignait une hausse « spectacu­
deviennent une layées sur les réseaux sociaux de
prise de risque
de victimes
laire » des cas de lesbophobie. l’agression de Julia, femme
Consciente d’être sollicitée majo­ transgenre insultée et frappée le
ritairement par des hommes
pour un couple 31 mars 2019 place de la Républi­
pour diverses raisons, l’associa­ de femmes », que, à Paris, en marge d’un ras­
tion a décidé d’affiner son ana­ semblement contre le régime al­
relève le rapport
L’association SOS Homophobie relève une lyse des situations dénoncées par
des femmes lesbiennes, de l’ordre
gérien d’Abdelaziz Bouteflika,
ont marqué un tournant récem­
augmentation de 26 %. Du jamais­vu depuis 2013 de 300 spécifiquement en 2019.
Il en ressort que ces dernières, Autre tendance observée en
ment. « Le cas de Julia, mais aussi
celui de Maël, un étudiant trans
quand elles s’affichent en couple, 2019 : la forte augmentation agressé à Besançon, ont permis à
risquent davantage d’être agres­ d’agressions physiques rappor­ plus de personnes transgenres
sées que leurs homologues tées par des personnes trans­ de se sentir légitimes de parler de
Autre tendance

U
ne hausse « inquié­ lesbiennes. « Tout au long de l’an­ masculins. Ainsi, 58 % des agres­ genres (+ 130 % par rapport à ce qu’elles vivent », explique
tante ». Dans son observée : la forte née, sur les réseaux sociaux et sions visant des femmes les­ l’année précédente). A l’image de M. Falédam, qui salue aussi
dernier rapport an­ dans de nombreux médias, la pa­ biennes dans l’espace public sur­ la hausse globale des témoigna­ « l’émergence de figures médiati­
nuel, présenté lundi
augmentation role a été donnée aux tenants viennent quand elles sont en ges, l’augmentation de ce seg­ ques plus visibles comme l’humo­
18 mai, l’association SOS Homo­ (+ 130 %) d’une famille traditionnelle et couple, contre 22 % pour les hom­ ment reflète à la fois le refus riste Océan ».
phobie s’alarme de l’augmen­ conservatrice qui refusent que mes. Cette forte proportion s’ex­ des hommes et des femmes Il n’empêche que, selon le res­
tation de 26 % du nombre de té­
d’agressions les personnes LGBT accèdent à plique notamment par leur plus transgenres de tolérer ces vio­ ponsable associatif, « tout ce qui
moignages reçus en 2019, sur sa rapportées par une égalité des droits », regrette forte vulnérabilité. « Des actes lences, mais aussi la grande cris­ dévie de la norme risque encore
ligne d’écoute téléphonique et Jérémy Falédam. anodins pour des couples hétéro­ pation d’une partie de la société d’être la cible de l’intolérance »,
son site Internet.
des personnes L’association dresse d’ailleurs sexuels, comme se tenir la main, face à ces derniers. avec des conséquences qui peu­
L’association, qui lutte contre transgenres le parallèle avec la déferlante ho­ marcher côte à côte, se serrer dans vent être lourdes. Ainsi, l’isole­
les discriminations liées à mophobe ayant accompagné les bras ou s’embrasser dans la Un tournant ment, la dépression, et plus large­
l’orientation sexuelle, a recueilli l’adoption de la loi ouvrant le rue, deviennent une vraie prise de Les temps ont bien changé de­ ment l’expression d’un mal de
en 2019 2 396 témoignages, con­ des menaces, des agressions phy­ mariage aux couples de même risque pour un couple de fem­ puis dix ans et l’apparition, vivre guettent les victimes de
cernant 1 899 situations. « Cette siques et/ou sexuelles, de dégra­ sexe. L’année 2019 figure ainsi en mes », relève le rapport, en dé­ en 2009, du chapitre « trans­ LGBTphobies, en particulier les
hausse illustre un double mou­ dations, d’outing (révélation de seconde place, après 2013, dans le nonçant une « visibilité interdite phobie » dans l’étude annuelle de plus jeunes, s’alarme le rapport. 
vement : à la fois une prise de l’homosexualité d’une personne signalement d’actes LGBTphobes pour les lesbiennes ». l’association. A l’époque, 15 per­ solène cordier
parole accrue des victimes, qui sans son consentement) mais
sont encouragées à témoigner aussi de licenciements… Dans
et veulent signaler des actes qu’el­ quasiment la moitié des cas, des
les ne laissent désormais plus insultes accompagnaient les ac­
passer, et aussi la persistance des tes et propos dénoncés.
actes et propos LGBTphobes dans
la société française », considère « Visibilité interdite »
Jérémy Falédam, coprésident Fait notable, l’expression de la
de l’association. haine sur Internet a connu un
La grande majorité de ceux et bond de 56 % par rapport à l’an­
celles qui ont composé le nu­ née précédente − 596 cas en 2019
méro de sa permanence télépho­ contre 383 en 2018. Une « explo­
nique ont été confrontés en sion » qui s’explique notamment,
premier lieu au rejet de leur en­ selon les auteurs du rapport, par
tourage (72 % des cas rapportés). le contexte politique, marqué par
Les autres situations portent le débat autour de l’ouverture de
sur des cas de discriminations, la procréation médicalement
de diffamation, du harcèlement, assistée (PMA) aux couples de

Les chiffres officiels grimpent


aussi nettement en 2019
en 2019, le ministère de l’intérieur a recensé 1 870 per­
sonnes victimes d’infractions à caractère homophobe ou
transphobe, principalement des injures ou agressions,
soit une hausse de 36 %. Elles étaient 1 380 en 2018, déjà en
augmentation de 33 % par rapport à l’année précédente.
« C’est une hausse tendancielle et progressive, qu’on observe
depuis trois ans », rappelle Frédéric Potier, délégué inter­
ministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la
haine anti­LGBT (Dilcrah).
Il avance deux phénomènes, l’un n’excluant pas l’autre,
pour l’expliquer. « On a une homophobie profondément an­
crée dans la société, avec des phénomènes de rejet qui sont liés
à l’octroi de davantage de droits pour les personnes LGBT,
comme le mariage. Mais en parallèle, ces chiffres illustrent
aussi le travail des associations qui accompagnent les victimes
et les encouragent à porter plainte. » Reste que ces statistiques
sont loin de refléter l’ampleur des actes homophobes, un
grand nombre de victimes renonçant encore bien souvent à
alerter les forces de l’ordre. « Ces chiffres s’inscrivent dans un
contexte plus large de progression des actes de haine et des
extrémismes identitaires », relève le ministère de l’intérieur,
qui salue dans son communiqué la « meilleure sensibilisation
des forces de l’ordre » aux LGBTphobies, notamment grâce au
travail de l’association Flag !

Plan d’urgence
Dans le détail, les violences − physiques et sexuelles −
concernent 28 % des plaintes. Les injures et les outrages re­
présentent, eux, 33 % des infractions enregistrées, indique
le service de statistiques du ministère de l’intérieur. « On a
notamment relevé beaucoup de menaces et d’insultes en ligne
lors de l’adoption en première lecture du projet de loi ouvrant
la procréation médicalement assistée aux couples de femmes
lesbiennes », précise M. Potier. Du côté du secteur associatif,
le constat est partagé, comme en témoigne la recrudescence
de signalements enregistrés en 2019 par l’association SOS
Homophobie, attribuée en partie au contexte politique.
De même qu’en 2018, les victimes qui poussent la porte des
commissariats et des gendarmeries sont majoritairement
des hommes (75 %) et assez jeunes : 62 % sont âgés de moins
de 35 ans. « La géographie des plaintes, avec 36 % des infrac­
tions survenues dans des aires urbaines supérieures à
200 000 habitants, prouve que l’homophobie touche tout le
territoire », ajoute Frédéric Potier.
Le phénomène s’est d’ailleurs vérifié récemment, en pé­
riode de confinement. Les associations luttant pour les
droits des personnes homosexuelles ont été contactées
par des jeunes se trouvant en situation de danger dans
leurs familles, en raison de leur orientation sexuelle. Pour y
remédier, les pouvoirs publics ont annoncé un plan d’ur­
gence, doté de 300 000 euros. Depuis, une quarantaine
de jeunes ont été mis à l’abri grâce à un système de nui­
tées hôtelières, déployé sur tout le territoire. Un dispositif
d’urgence qui sera maintenu jusqu’au 10 juillet, date de la fin
de l’état d’urgence sanitaire. 
s. cr
INTERNATIONAL
0123
12 | MARDI 19 MAI 2020

Fin de cavale pour le génocidaire Kabuga
L’homme d’affaires, l’un des grands responsables de la tragédie du Rwanda, a été arrêté samedi, à Asnières

RÉCIT
la haye, johannesburg ­
correspondants

S
on seul nom ne fera plus
trembler. Aucune mort
mystérieuse et violente
ne frappera ceux ou celles
lancés à sa poursuite. Nulle théorie
sur les protections secrètes dont il
a, ou pas, bénéficié, ne pourra plus
fleurir. Félicien Kabuga, recherché
pour son rôle central dans le géno­
cide commis au Rwanda, d’avril à
juillet 1994, n’est plus qu’un petit
homme en mauvaise santé de
84 ans, qui vivait sous une identité
d’emprunt et a été arrêté dans un
appartement à Asnières (Hauts­
de­Seine), samedi 16 mai, au terme
de vingt­six ans de cavale et de
deux mois de confinement en
France. Le vieillard a, d’une cer­
taine façon, été trahi par ce qu’il ne
pouvait ni corrompre ni effrayer :
le temps, mais aussi le Covid­19,
qui l’a obligé à rester confiné dans
son immeuble, de peur d’être con­
taminé. Et, au final, un regain d’in­
térêt pour sa personne.
L’homme d’affaires rwandais
était établi en France « depuis plu­
sieurs années », sous une identité
d’emprunt, selon une source judi­
ciaire à La Haye. Il était jusqu’ici
l’un des derniers grands responsa­
bles du génocide rwandais encore
en liberté, et en vie. En tant que
« financier du génocide », il était
aussi le plus recherché. Dans les
prochains jours, une audience de­
vrait se tenir devant la chambre
des mises en accusation à Paris. Fé­ Des photos des victimes du génocide des Tutsi au Rwanda de 1994, au Mémorial du génocide de Kigali, en avril 2019. BEN CURTIS/AP
licien Kabuga aura la possibilité de
contester son arrestation. Il de­
vrait être ensuite transféré à la pri­ pendant deux décennies ? « Cette étendu dans ce cas ses activités de référence (Le Tribunal des vain­ Dans les années 2000, une rébel­
son du « Mécanisme » à La Haye, la arrestation ramène à la surface avec succès au thé, au commerce cus, Calmann Lévy, 2006), note :
Lors du décès de lion hutu se réorganise dans l’est
juridiction chargée des dossiers bien des questions demeurées sans de gros, puis à l’import­export, « Depuis quelques années, Kabuga son épouse, en de la RDC pour revenir au Rwanda
dits « résiduels » des tribunaux réponse depuis vingt­six ans, es­ nouant des liens politiques au n’était plus du tout dans le radar. Il « terminer le travail », c’est­à­dire
pénaux internationaux, comme time le spécialiste du Rwanda et plus haut de l’Etat. Il a ensuite joué a fallu que l’année passée, le procu­
Belgique, les achever d’exterminer les Tutsi. Les
le TPIR (en charge des acteurs du expert du TPIR, le sociologue un rôle de premier plan dans la ra­ reur [du Mécanisme], Serge Bram­ enquêteurs s’étaient rebelles se dispersent sur un arc de
génocide rwandais) qui était établi André Guichaoua. L’évacuation de dicalisation du pouvoir, puis dans mertz, remette l’accent sur lui pour plus d’un millier de kilomètres, vi­
à Arusha, en Tanzanie, et a fermé douze membres de la famille Ka­ le détournement de fonds publics que les recherches reprennent. Et en
déguisés, espérant vent dans des zones reculées, ex­
ses portes en 2015. buga par l’ambassade de France à en vue de la préparation des réactivant ce dossier froid, il semble repérer le fugitif ploitent des minerais, font des en­
Lors de sa première comparu­ Kigali le 12 avril 1994, son séjour en massacres, et, enfin, des tentatives qu’il a été localisé, au fond, avec des fants. De loin, ils ressemblent aux
tion, il dira s’il plaide coupable ou Europe à partir de juillet 2007 avec pour reprendre le pouvoir par les moyens très simples. »
dans le cortège. combattants perdus d’une guerre
non coupable. Mais décidera­t­il son gendre pour y être hospitalisé armes au Rwanda. Il était visé Dans le passé, cela n’avait pas été Encore un échec terminée. En réalité, une coordina­
ensuite de lever le voile sur les et opéré pendant plus d’un mois, par un mandat d’arrêt émis par le suffisant. Fin novembre 1999, tion unit leurs mouvements. De­
complicités dont il a bénéficié ses déménagements entre l’Alle­ TPIR depuis 1997. Le département une vingtaine d’hommes de la bri­ puis le Kenya, de jeunes combat­
magne, la Belgique, le Luxembourg d’Etat américain avait offert, de­ gade antiterroriste enfonçaient, à tueries, dans la nuit du tants rejoignent même « la forêt »,
et peut­être la Suisse au moins puis 2002, une récompense de l’aube, la porte d’un petit apparte­ 6 avril 1994, l’homme d’affaires comme ils disent. Certains vien­
jusqu’en novembre, sans qu’appa­ 5 millions de dollars (4,6 millions ment du 13e arrondissement de est à la manœuvre au Rwanda. nent du quartier de Kayole, à Nai­
LE PROFIL remment aucun pays ne souhaita d’euros), pour toute information Paris. Ils y trouvaient l’un de ses Installé à Gisenyi, dans le nord du robi, où s’est organisée une com­
récupérer cet hôte encombrant. » permettant son arrestation. Pour fils. Des documents étaient saisis. pays, il prend part à la création du munauté de Rwandais hutu. Une
Comme tous les procès devant avoir tenté de l’attirer dans un Dans la foulée, les comptes de cinq Fonds de défense nationale (FDN), de nos sources, originaire de ce
la justice internationale, celui­là piège et de toucher le pactole, une des treize enfants de l’homme un organe au cœur de la machine milieu, détaillait alors l’organisa­
devrait durer plusieurs années. personne au moins, un journaliste d’affaires avaient été gelés, ainsi génocidaire. L’entrepreneur con­ tion de l’aide aux combattants
affairiste, a été tuée au Kenya. In­ que celui du couple Kabuga. trôle les comptes des entreprises dans la lointaine forêt congolaise.
Un « rêve » de procureur versement, payer sa protection Augustin Ngirabatware, son gen­ d’Etat, dont les recettes seront
« Chaque procureur [du TPIR] a auprès de responsables a dû être dre, qui disposait d’amitiés solides directement allouées aux « frais Guerre sans fin, sans pardon
rêvé d’avoir Kabuga, constate extrêmement coûteux, d’autant au Quai d’Orsay, avait été alerté et de restauration » des tueurs ou à Des camions de marchandises
Thierry Cruvellier, qui a suivi les que Félicien Kabuga était aussi fi­ s’était envolé quelques jours plus l’achat d’armes, et serviront de étaient affrétés dans la capitale ké­
procès et les enquêtes de ce tribu­ ché par Interpol. Mais l’homme tôt vers Libreville. trésor de guerre. Le FDN se consa­ nyane, chargés de biens et de jeu­
Félicien Kabuga nal en Tanzanie. Ce rêve, c’est aussi d’affaires, sans doute fort riche, Il ne sera finalement arrêté cre aussi à ce qu’on appellerait nes hommes. Ils prenaient la di­
Félicien Kabuga, 84 ans, fut celui qui a échappé jusqu’ici à avait toujours échappé de justesse qu’en 2007 en Allemagne, près de aujourd’hui « la narration » des rection du sud, descendaient à tra­
l’une des pièces maîtresses du tous les procureurs de juridictions à ses poursuivants. Des protec­ Francfort, alors qu’il y organisait massacres en cours. Déjà, en 1993, vers la Tanzanie, passaient en
génocide des Tutsi, au Rwanda, consacrées aux grands crimes de tions lui ont permis d’y échapper en secret une opération chirurgi­ constatant que la mobilisation de Zambie, où ils trouvaient d’autres
en 1994, en mettant sa fortune masse : toucher les financiers. » Le pendant longtemps au Kenya, cale que devait subir son beau­ la population pour effectuer groupes prorebelles installés en
et ses réseaux au service du fi- rôle de Félicien Kabuga dans le avant que sa cavale ne le mène en père. M. Kabuga avait alors des massacres s’effectue d’autant Afrique australe, puis contour­
nancement des tueries, selon « crime des crimes », qui a provo­ Europe et, finalement, en France. échappé aux agents de la police mieux qu’on l’accompagne de naient la pointe sud du lac Tanga­
l’acte d’accusation. Son entrée qué la mort de 800 000 person­ Puis « tout s’est accéléré il y a deux allemande et à ceux du TPIR. Mais chansons et de plaisanteries sca­ nyika pour se diriger vers les Kivu,
dans le sérail fut définitivement nes, était sans doute plus large en­ mois », indique, à Paris, l’Office entre des protecteurs « toujours breuses, l’idée était venue de créer dans l’est de la RDC. Un long
scellée lorsque, en 1993, une de core que cette fonction. En tant central de lutte contre les crimes plus gourmands », et la détermi­ une radio à l’ambiance musicale voyage, et une logistique à toute
ses filles épousa le fils aîné du que membre de la nomenklatura contre l’humanité (OCLCH). nation de Carla Del Ponte, sa ca­ déchaînée : la Radio­télévision épreuve. Au retour, les camions
président Juvénal Habyarimana. du pouvoir hutu de l’époque, il a C’est, selon des sources concor­ vale était devenue plus compli­ libre des Mille Collines (RTLM), amenaient de sacs de minerai, no­
Il crée le Fonds de défense noué, dès les années 1980, des al­ dantes, le suivi par le biais de leurs quée. Sa reddition auprès du TPIR dont Félicien Kabuga est l’un tamment de coltan, dont les prix
nationale, qui devait servir à liances au plus haut du pouvoir du téléphones portables des mouve­ avait même été annoncée. A tort. des fondateurs et principaux res­ avaient alors flambé.
l’achat d’armes, notamment de président Juvénal Habyarimana, ments de ses enfants qui a permis Sa dernière arrestation ratée re­ ponsables. La figure tutélaire qui organisait
machettes, pour les milices hutu grâce à son entregent et aux ma­ aux enquêteurs d’identifier un montait à Noël 2018. Lors du Lorsque le régime s’effondre de­ alors ces trafics, dont la program­
Interahamwe. Félicien Kabuga riages de ses enfants. Une de ses immeuble banal, à Asnières, vers décès de son épouse, en Belgique, vant l’avancée de la rébellion tutsi, mation se discutait dans des villas
était par ailleurs président du filles avait épousé Jean­Pierre, le lequel tous semblaient converger. les enquêteurs du Mécanisme qui mettra fin aux massacres, le cossues de Nairobi, notamment
Comité d’initiative de la triste- premier fils du couple Habyari­ Thierry Cruvellier, observateur de s’étaient déguisés, espérant repé­ « financier » s’envole vers la Suisse, dans le complexe résidentiel de
ment célèbre Radio-télévision mana ; une autre, l’un des hauts longue date de la justice du géno­ rer le fugitif dans le cortège. Ils n’y obtient pas l’asile, et est ex­ Runda, n’était autre que Félicien
libre des Mille Collines qui pro- responsables du groupe de mili­ cide, sur laquelle il a écrit l’ouvrage avaient été rapidement débus­ pulsé vers le Zaïre de Mobutu, Kabuga. Plus de dix ans après la fin
pageait l’idéologie hutu extré- ciens Interahamwe. L’une de ses qués. Encore un échec. autre vieil allié. C’est sur le terri­ du génocide, alors que beaucoup
miste et des discours d’incitation sœurs était la conjointe du minis­ La cavale de l’homme d’affaires, toire de la future République dé­ de responsables du régime de 1994
à la haine contre les Tutsi. Il est tre du plan, Augustin Ngiraba­ longtemps, semble avoir été pro­ mocratique du Congo (RDC) que se avaient été arrêtés, vivotaient
également accusé d’avoir direc- tware, qui a joué un rôle important C’est par le suivi tégée au plus haut niveau, notam­ réorganisent les génocidaires, dans la clandestinité ou étaient
tement supervisé les massacres dans le génocide. ment au Kenya, où le président de noyés dans une foule de civils morts sous des identités d’em­
commis par les Interahamwe Pas autant, toutefois, que celui
des téléphones des l’époque, Daniel arap Moi, était un massés dans des camps le long de prunt, Félicien Kabuga continuait
de Gisenyi (nord-ouest) et de son beau­père. Félicien Kabuga, enfants de Kabuga allié. Le pouvoir rwandais utilisait la frontière avec le Rwanda. L’am­ de participer à cette guerre sans
de Kimironko, un quartier fils de paysans pauvres du nord du d’ailleurs, à l’aube du génocide, le biance est terrible. Une épidémie fin, sans pardon, sans autre espoir
de Kigali. En 1994, il était réputé Rwanda, a peut­être commencé
que les enquêteurs Kenya pour y acheminer des ma­ de choléra s’y déclare. Félicien Ka­ que celui de reprendre le contrôle
l’homme le plus riche dans la vie « en vendant des pa­ ont identifié un chettes – 581 tonnes dans l’année buga préfère s’envoler vers le Ke­ du Rwanda, les armes à la main.
de son pays. Sa réussite était niers », comme l’affirmait l’une de précédant les massacres –, avec nya, sans doute avec une fortune L’homme du génocide total. 
telle qu’un paysan aisé était ses filles lors d’un témoignage au
immeuble banal, Kabuga en artisan de cette acti­ conséquente. Il est loin d’avoir stéphanie maupas
surnommé « Kabuga ». TPIR. Après le colportage, il avait à Asnières vité. Lorsque commencent les abandonné le combat. et jean­philippe rémy
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MARDI 19 MAI 2020 international | 13

Nouveau gouvernement en Israël Acontre


Sarajevo, protestations
une cérémonie
après 500 jours de campagne pro­oustachie en Croatie
La coalition d’« urgence », censée d’abord se concentrer sur la crise due Zagreb, qui préside l’UE, a organisé
un hommage aux soldats du régime pronazi
au Covid­19, associe Benyamin Nétanyahou à son rival, Benny Gantz

jérusalem ­ correspondant proches se font fort d’encadrer le


premier ministre jusqu’au pas­
L’annexion l’appel. L’un des leurs, le rabbin
Rafi Peretz, a fait défection pour P our la première fois en Eu­
rope depuis 1945, un pays
exerçant la présidence de
Les Sarajéviens ont scandé
« Mort au fascisme, liberté au peu­
ple ! », le slogan de la Yougoslavie.

L
e plus vaste gouverne­ sage de relais, en premier lieu au des territoires prendre le ministère chargé de Jé­ l’Union européenne (UE) a orga­ « C’est la réponse de la Sarajevo
ment de l’histoire d’Israël sein du ministère de la justice, rusalem. Mais, après des mois pas­ nisé un événement marquant de citoyenne, libre et antifasciste à
a prêté serment, diman­ dont ils prennent la direction. Le
palestiniens est le sés à multiplier les serments d’al­ facto une sympathie pour l’ère na­ ceux qui essayent de célébrer les cri­
che 17 mai : pas moins de procès pour corruption, fraude et seul acte politique légeance, le ministre de la défense, zie. La Croatie, actuellement prési­ minels de guerre », a déclaré l’orga­
trente­six ministres et seize vice­ abus de confiance de M. Nétanya­ Naftali Bennett, est débarqué, et dente pour six mois du Conseil de nisateur de la manifestation, Nijaz
ministres s’y serrent. Il fallait bien hou doit s’ouvrir dès le 24 mai.
qu’autorise Ayelet Shaked, ex­ministre de la l’UE, a honoré, samedi 16 mai, à Skenderagic, président de l’Asso­
ça pour respecter l’accord conclu Aucune chance que le nouveau l’accord dans les justice et éternelle étoile mon­ Zagreb et Sarajevo, la mémoire des ciation des antifascistes.
par Benyamin Nétanyahou et son ministre de la justice, Avi Nissen­ tante, est oubliée. Accusant M. Né­ soldats de l’Etat oustachi croate La manifestation avait pour
« premier ministre d’alternance », korn, n’annonce un nouveau
six premiers mois tanyahou de leur avoir « coupé les pronazi, tués par le mouvement les Sarajéviens un parfum de
Benny Gantz, au terme d’une cam­ report de l’audience, comme de gouvernement ailes », ils promettent de le presser de résistance yougoslave en 1945. 5 avril 1992 lorsque, à la veille de la
pagne qui s’est étirée sur plus de l’avait fait son prédécesseur, Amir sur sa droite, en attendant sa fin. La « commémoration de Blei­ guerre de Bosnie, ils étaient des­
500 jours, à travers trois scrutins Ohana, dès le début de l’épidémie. Gage donné à cette droite reli­ burg » a généralement lieu dans ce cendus dans les rues en chantant
législatifs, depuis avril 2019. Mais le diable est dans les détails. sadeur à Washington et auprès des gieuse, Tzipi Hotovely, relais ap­ village de Carinthie, en Autriche, les mêmes slogans afin de clamer
M. Gantz prend le ministère de M. Ohana obtient en retour le mi­ Nations unies, à New York. précié des colons au sein du où des vaincus oustachis ont été leur droit de vivre ensemble. A
la défense et prévoit de succéder à nistère de la sécurité publique. Il y Le libéral Yaïr Lapid, ex­allié de Likoud, obtient le portefeuille des faits prisonniers et exécutés par l’époque, la menace venait des na­
M. Nétanyahou à la tête du gouver­ nommera plusieurs hauts fonc­ M. Gantz et leader d’une opposi­ « implantations » pour quelques les partisans communistes à la fin tionalistes serbes, qui allaient as­
nement dans dix­huit mois. Cet ac­ tionnaires de police, dont les pos­ tion désunie, sans aucun dénomi­ mois – elle est appelée par la suite à de la seconde guerre mondiale. siéger la ville durant près de quatre
cord complexe, miné par le man­ tes demeuraient vacants, à l’heure nateur commun, a beau jeu de l’ambassade israélienne de Lon­ A l’origine une manifestation ans. « J’ai eu peur que cette messe
que de confiance entre les deux où des enquêteurs de police seront dénoncer « un gâchis » de deniers dres. Dimanche, Mme Hotovely a confidentielle, elle est devenue, soit cette fois un piège des nationa­
hommes, a été ancré par les parle­ appelés à témoigner devant les ju­ publics. Il souligne qu’Israël comp­ été prompte à affirmer à la presse depuis l’indépendance de la Croa­ listes croates pour mettre de nou­
mentaires dans la Loi fondamen­ ges de M. Nétanyahou. tera bientôt plus de ministres que que ce gouvernement annexerait tie en 1991, un point de ralliement veau le feu aux poudres, déclare
tale le 7 mai. Dans la pratique, il fait de malades du Covid­19 sous respi­ enfin des territoires palestiniens des nationalistes croates et de l’intellectuel sarajévien Haris Pa­
craindre la paralysie : sur quoi s’en­ « Gâchis » de deniers publics rateur. Finalement, c’est un gou­ en Cisjordanie, entre les mois de néonazis européens. Vienne ayant sovic, organisateur du Festival des
tendre, comment avancer ? L’ex­partenaire de M. Gantz à la vernement de fidèles que M. Néta­ juillet et de septembre. cette année interdit le rassemble­ arts et de la politique. Heureuse­
« La population veut un gouver­ direction du mouvement Bleu nyahou verrouille autour de lui. ment pour cause d’épidémie de ment, il n’y a eu aucune violence.
nement d’unité, et c’est ce qu’elle Blanc, Gabi Ashkenazi, obtient les Yuli Edelstein, ex­président de la « Processus historique » Covid­19, le Parlement croate a dé­ Sarajevo a démontré, comme pen­
obtient aujourd’hui », a affirmé affaires étrangères. Mais on ima­ Knesset, qui a tenu le Parlement L’annexion, qui romprait avec le cidé d’organiser les célébrations dant le siège, que l’esprit de la civili­
M. Nétanyahou dimanche, avant gine mal comment cet ex­chef au moment crucial où son parti y régime d’occupation militaire en dans un cimetière de Zagreb et, sation et la volonté de vivre ensem­
d’annoncer la date prévue de la d’état­major de l’armée pourrait était minoritaire, obtient le minis­ vigueur depuis les conquêtes de avec l’appui de l’Eglise catholique ble est l’essence de la ville. »
passation des pouvoirs à son par­ échapper au sort de ses prédéces­ tère de la santé. 1967, est le seul acte politique et de l’Union démocratique croate
tenaire : le 17 novembre 2021. Du­ seurs, éclipsés par M. Nétanyahou, Il est remplacé par Yariv Levin, qu’autorise l’accord de M. Gantz et (HDZ, nationaliste) de Bosnie, Le silence de l’UE
rant les six premiers mois, leur qui tend à incarner seul la diplo­ l’un des artisans de l’accord avec M. Nétanyahou dans les six pre­ dans la cathédrale de Sarajevo. Si l’ambassadeur américain à Sara­
gouvernement se veut modeste­ matie israélienne. D’autant que le M. Gantz. Miri Regev, voix toni­ miers mois de leur gouverne­ Si ce genre de commémoration jevo s’est ému, « l’année du 75e an­
ment d’« urgence » : il est censé gé­ premier ministre a rappelé auprès truante dans les médias, obtient le ment, en dehors de la lutte contre est récurrent en Croatie depuis niversaire de la fin de la seconde
rer presque exclusivement les de lui plusieurs poids lourds du portefeuille des transports. L’ul­ le virus. Dimanche, dans un dis­ trente ans, l’annonce de la messe guerre mondiale et du 25e anniver­
contrecoups de l’épidémie de Co­ métier, dont l’ambassadeur à traorthodoxe Yaakov Litzman, qui cours à la Knesset, M. Nétanyahou célébrée par l’archevêque de Sara­ saire de la fin de la guerre de Bos­
vid­19, qui a mis un million d’Is­ Washington, Ron Dermer. Le Parti a démissionné du ministère de la a rappelé ses alliés ultranationalis­ jevo, le cardinal Vinko Puljic, a pro­ nie », d’une commémoration s’ap­
raéliens au chômage, soit près travailliste, héritier des fondateurs santé en avril, sous le feu des criti­ tes à contribuer à ce projet. fondément choqué les habitants parentant à du « révisionnisme », le
d’un quart de la force de travail. de l’Etat d’Israël, en 1948, réduit à ques, obtient sans difficulté celui « Le temps est venu pour quicon­ de la capitale de Bosnie­Herzégo­ plus étonnant est sans doute l’ab­
La moitié des portefeuilles deux députés, se joint à cet équi­ du logement, cher à ses électeurs. que croit à nos droits sur la terre vine. Depuis des semaines, des or­ sence de réaction de l’Union euro­
échoient à M. Gantz et à ses alliés, page, Amir Peretz obtenant le mi­ Le maintien des partis ultraortho­ d’Israël de se joindre à un gouverne­ ganisations antifascistes et des re­ péenne. Ni Bruxelles, ni aucune ca­
en dépit de leur faible poids à la nistère de l’économie. doxes au gouvernement devrait ment que je dirige pour mettre en présentants des communautés pitale européenne, ni les déléga­
Knesset (dix­sept sièges sur cent Parmi les alliés du premier mi­ permettre à ceux­ci de faire bar­ œuvre ensemble un processus his­ juive, serbe et rom, principales vic­ tions et ambassades à Sarajevo ne
vingt). Le général Gantz, qui a af­ nistre, le manque d’air au sommet rage aux promesses de campagne torique », affirmait­il. En visite à Jé­ times de la terreur nazie entre 1941 se sont émus que le pays présidant
firmé une nouvelle fois son sens de l’Etat se fait également sentir. de M. Gantz. Ce dernier avait am­ rusalem, mercredi, le secrétaire et 1945, ont dénoncé l’organisa­ l’UE honore les oustachis.
de la « responsabilité » dimanche, Il a suscité, jeudi, une rébellion bitionné, un temps, de modifier d’Etat américain, Mike Pompeo, tion de l’événement, rejoints par La seule voix à s’élever fut celle
y voit un accord « équilibré ». Ses ouverte au sein de son parti, le les rapports entre le domaine reli­ s’était abstenu d’encourager l’allié les partis bosniaques musulmans. de la commissaire aux droits hu­
Likoud, qui a repoussé de quaran­ gieux et l’Etat, en réduisant israélien à appliquer trop vite le Cinq mille personnes sont des­ mains du Conseil de l’Europe,
te­huit heures la formation du l’exemption de service militaire « plan Trump » pour le Proche­ cendues samedi dans les rues de la Dunja Mijatovic. La diplomate a
gouvernement. Pour ne pas trop dont bénéficient les étudiants en Orient, révélé en janvier, qui ouvre ville, à l’heure où la messe était cé­ mis en garde contre « le risque de
M. Nétanyahou a s’aliéner ses barons, M. Nétanya­ yeshiva (école religieuse). la voie à l’annexion. M. Pompeo lébrée devant une vingtaine de glorification de ceux qui ont sou­
hou a dû découper des porte­ Parmi les rebelles et les déçus de s’était contenté d’affirmer qu’une prêtres. La manifestation a com­ tenu le régime oustachi pronazi,
dû découper des feuilles en tranches, en créer de la droite, Gideon Saar, qui avait osé telle décision relevait de la souve­ mencé dans le quartier de Marijin complice de la mort de centaines de
portefeuilles en toutes pièces, à l’intitulé vague, or­ se présenter contre M. Nétanya­ raineté israélienne, avant de s’en­ Dvor, où le dernier crime oustachi milliers d’êtres humains » et contre
ganiser des rotations à leur tête et hou durant les primaires du parti, tretenir avec M. Gantz. Le général a été commis en mars 1945 (la pen­ ce qui pourrait être « un choc allant
tranches, en expédier les alliés les moins in­ en décembre 2019, demeure sim­ est, quant à lui, rétif à l’annexion, daison publique de 55 militants contre les efforts de réconciliation »
créer de toutes dispensables en ambassade à ple parlementaire. Plus grave : comme l’essentiel de l’appareil antifascistes), et s’est achevée de­ dans la région. Mais Mme Mijatovic,
l’étranger – ainsi, l’ex­ministre de les alliés de Yamina, alliance de la sécuritaire israélien. Il n’en a pas vant la Flamme éternelle, un mo­ elle­même sarajévienne, ne repré­
pièces à l’intitulé la sécurité publique, Gilad Erdan, droite ultranationaliste et reli­ dit mot dimanche.  nument célébrant la libération de sente pas l’Europe politique. 
vague cumulera les postes d’ambas­ gieuse (cinq sièges), manquent à louis imbert Sarajevo le 6 avril 1945. rémy ourdan

Iran : cinq ans de prison pour la Franco­Iranienne Fariba Adelkhah


La France réclame la libération de la chercheuse arrêtée en juin 2019, en même temps que son compagnon, Roland Marchal, relâché en mars

A près presque un an de dé­


tention « provisoire » dans
la prison d’Evin à Téhé­
ran, la chercheuse franco­ira­
nienne Fariba Adelkhah, 61 ans, a
la double nationalité de ses ci­
toyens. De ce fait, cette spécialiste
du chiisme et chercheuse au Cen­
tre de recherches internationales
de Sciences Po Paris n’a pas pu,
français Roland Marchal, spécia­
liste de l’Afrique de l’Est, avait été
interpellé au même moment
qu’elle, à l’aéroport de Téhéran­
Imam Khomeyni, alors qu’il s’ap­
pour faire libérer un de ses di­
plomates, Assadollah Assadi, in­
carcéré en Belgique. Il est accusé
d’avoir été impliqué dans l’atten­
tat déjoué contre un rassemble­
l’Autriche et la Suède sont parmi
les pays concernés.
Depuis l’épidémie du Covid­19
en Iran (le pays le plus touché au
Moyen­Orient, avec officielle­
les citoyens iraniens détenus à
l’étranger, explique un connais­
seur en Iran des dossiers politico­
sécuritaires, qui préfère rester
anonyme. Dans le cas de Fariba
été condamnée à cinq ans de pri­ pour l’instant, bénéficier de l’as­ prêtait à passer des vacances en ment en 2018 à Villepinte de l’Or­ ment 6 988 morts), les inquiétu­ Adelkhah, il est probable que la
son, a annoncé samedi 16 mai son sistance consulaire de l’ambas­ Iran avec Mme Adelkhah. Accusé de ganisation des moudjahidin du des sont vives quant à l’état de chercheuse soit relâchée contre la
avocat, Saïd Dehghan. La justice sade de France à Téhéran. vouloir « porter atteinte à la sécu­ peuple, ennemis jurés de Téhéran. santé de Fariba Adelkhah, affaiblie libération d’un Iranien détenu en
iranienne a retenu contre l’an­ rité nationale » et de « collusion L’Iran a, par le passé, utilisé après une grève de la faim de pres­ Europe, mais qu’elle soit empêchée
thropologue les charges de « ras­ « Condamnation illégale » avec un Etat étranger », Roland les détenus iraniens ayant une que cinquante jours, jusqu’en fé­ de retourner en France, au moins
semblements et collusion en vue Son avocat, Saïd Dehghan, espé­ Marchal a été finalement libéré en autre nationalité comme mon­ vrier. Elle a été jugée en mars de­ pour quelque temps, pour que l’af­
d’agir contre la sécurité nationale » rait une libération conditionnelle. mars, sans qu’aucun verdict ne naie d’échange dans ses négocia­ vant le tribunal révolutionnaire de faire perde de son importance. »
et « propagande » contre la Répu­ Pour lui, la condamnation de Fa­ soit prononcé à son encontre. tions avec l’Occident. Téhéran par le juge Abolghasem Du fait de sa condamnation, les
blique islamique. Pour cette der­ riba Adelkhah est « une décep­ Parmi les analystes, l’hypothèse De fait, la libération de Roland Salavati, connu pour ses verdicts inquiétudes sont vives au sein des
nière accusation, la Franco­Ira­ tion ». Me Dehghan, qui compte la plus répandue est que l’Iran Marchal a été concomitante avec sévères contre les opposants. milieux de la recherche liée à
nienne a été condamnée à un an faire appel, avait réussi à prouver cherche à utiliser Mme Adelkhah celle, en France, d’un ingénieur l’Iran. « La situation, notamment,
de prison, mais, si la sentence est l’innocence de sa cliente concer­ iranien, Jalal Rohollahnejad. Ar­ Inquiétudes pour la recherche des chercheurs dans le domaine des
confirmée en appel, elle purgera la nant deux autres accusations, rêté en février à Nice, ce dernier L’issue d’un appel est très incer­ sciences humaines qui collaborent
peine la plus longue. « espionnage » et « trouble à l’opi­ risquait une extradition vers les taine : les tribunaux concernés avec les universités à l’étranger de­
La France a condamné cette dé­ nion publique ». « Pour nous, cette Très peu de Etats­Unis, qui l’accusent d’avoir sont plutôt politiques et peu de vient très compliquée, soutient un
cision de justice, réclamant la li­ condamnation est illégale, expli­ cherché à exporter du matériel condamnations ont connu un al­ universitaire iranien en France
bération immédiate de la cher­ que­t­il. Dans le texte du verdict,
condamnations technologique malgré l’embargo légement ou une annulation de qui préfère garder l’anonymat. Les
cheuse. Samedi, dans un commu­ il n’y a même pas une ligne de ont connu américain contre Téhéran. peine en seconde instance. « Mais chercheurs qui ont besoin des sour­
niqué, le ministre des affaires mon plaidoyer. » L’Iran détient au moins une di­ nous avons toujours de l’espoir ces académiques en Iran ou de me­
étrangères, Jean­Yves Le Drian, a Fariba Adelkhah a été arrêtée en
un allégement zaine d’étrangers et d’Iraniens quant à une libération », explique ner des études de terrain dans ce
dénoncé une condamnation « po­ Iran en juin 2019 alors qu’elle ou une possédant une double nationalité l’avocat de Fariba Adelkhah. « Le pays doivent, au moins à court
litique », qui n’était « fondée sur menait des études sur le clergé ou un droit de séjour permanent but de l’Iran est de manière géné­ terme, attendre ou même changer
aucun élément sérieux ou fait dans la ville religieuse de Qom.
annulation en dans un pays occidental. Les Etats­ rale l’échange des prisonniers leur sujet de recherche. » 
établi ». Téhéran ne reconnaît pas Son compagnon, le chercheur seconde instance Unis, le Royaume­Uni, l’Australie, comme Fariba Adelkhah contre ghazal golshiri
ÉCONOMIE & ENTREPRISE
0123
14 | MARDI 19 MAI 2020

Le cri d’alarme des équipementiers automobiles
Au moment de devoir redémarrer, la filière est au bord de l’asphyxie du fait d’un manque de liquidités

I
l se présente parfois comme
« la Jeanne Calment du dé­
colletage ». Roger Pernat,
75 ans dont cinquante ans
de mécanique de précision dans
la vallée de l’Arve, entre Genève et
Chamonix (Haute­Savoie), en a
vu passer des crises, du choc pé­
trolier de 1973 à l’effondrement
financier de 2008­2009. Mais cel­
le­là, le président du groupe Per­
nat – 90 millions d’euros de chif­
fre d’affaires, 500 employés – lui A l’usine
aura fait baisser la tête comme à Renault
un boxeur qui aurait pris un coup de Flins
sévère à l’estomac. « Cela ne fait (Yvelines),
que commencer, commente­t­il. le 6 mai.
On peut s’attendre à des effets de GONZALO FUENTES/
trésorerie mortels pour les entre­ REUTERS
prises qui ne sont pas bordées de
cash. Il y aura de la casse. »
La casse, c’est­à­dire la cessation
de paiement, le tribunal de com­
merce, la liquidation, le chô­
mage… La casse, elle a déjà com­
mencé, avec la mise en redres­
sement judiciaire, le 11 mai, de
Novares, spécialiste des pièces
plastiques, 12 000 salariés, un
chiffre d’affaires de 1,4 milliard
d’euros, brûlant 4 millions d’euros
par jour, incapable d’honorer ses
factures et qui, désormais, attend
son repreneur pour la fin mai.
Ils sont ainsi des dizaines de pa­
trons de la filière amont de l’auto­
mobile française, dirigeants de
petites, moyennes et parfois as­
sez grandes entreprises, à mal
dormir la nuit. Au moins 120 so­
ciétés, représentant 72 000 em­
plois si on s’en tient aux seuls ad­
hérents de la Fédération des in­ lier (pièces d’aluminium), Punch « La chute de notre chiffre d’affai­ La situation est d’autant plus Alain Martineau, le PDG de GMD.
dustries des équipements pour (boîtes de vitesses), GMD (pièces res est vertigineuse en avril, cons­ critique que certains fournis­
« La chute « Il y a des stocks énormes dans
véhicules (FIEV), qui fédère les métalliques et plastiques), des tate François Liotard, directeur seurs étaient fragilisés par la de notre chiffre les concessions, indique Claude
équipementiers. plasturgistes comme Plastiva­ général de Lisi Automotive, avec transformation environnemen­ Cham, le président de la FIEV. Il
Au­delà des mastodontes que loire, ou Akwel, qui se propose de − 80 % ou − 90 % dans certains si­ tale de l’industrie, sommés de
d’affaires faut absolument vider ce tuyau et
sont Faurecia, Valeo ou Plastic reprendre Novares. Ces sociétés tes français. C’est irréel. Ce sont des passer des motorisations ther­ est vertigineuse en profiter pour rajeunir un parc
Omnium, se cachent de belles oscillent entre 0,5 et 1,5 milliard magnitudes qui n’ont pas de précé­ miques vers les motorisations qui a plus de dix ans d’âge moyen.
réussites industrielles françaises d’euros de ventes. Elles ont créé dent. Quant à la reprise de mai, elle électriques. « Dans la vallée de
en avril » C’est pourquoi nous plaidons pour
méconnues : Lisi Automotive des milliers d’emplois. Elles se reste faible, avec 40 % des volumes l’Arve, mes collègues et moi avons FRANÇOIS LIOTARD un plan qui irait au­delà des seuls
(fixation mécanique), ARaymond sont développées hors de France. habituels. » « Jusqu’ici, ces entre­ beaucoup investi sur des projets directeur général véhicules neufs. » « Il faut un plan
(solutions d’assemblage), Le Bé­ Et, aujourd’hui, elles souffrent. prises vivaient avec les factures de de moteur hybride et nous nous de Lisi Automotive coup de fouet pour regarnir les
janvier­février et sans besoin de sommes beaucoup endettés », carnets de commandes », ajoute
fonds de roulement, puisque l’acti­ souligne M. Pernat. M. Liotard. « Faisons au plus vite
Fiat Chrysler négocie un emprunt vité était à l’arrêt et que le chô­
mage partiel avait pris le relais, ex­ « Stocks énormes »
Si les acteurs se félicitent unani­
mement des mesures actuelles de
pour éviter l’effet d’attentisme »,
complète Roger Pernat.
de 6,3 milliards d’euros avec Rome plique Marc Mortureux, directeur Dans ce contexte délicat, les failli­ soutien à l’économie (chômage Tous ne sont pas forcément
Le constructeur italo-américain Fiat Chrysler (FCA) est en discus- général de la Plateforme automo­ tes des uns peuvent accélérer cel­ partiel, report de charges, prêts d’accord sur la nature écologique
sions pour contracter un emprunt – 6,3 milliards d’euros au plus – bile (PFA), l’entité publique qui les des autres. « Novares est un de garantis), ils réclament tous une du plan de relance : « Il doit s’ins­
garanti par l’Etat italien, a annoncé l’entreprise, samedi 16 mai. coordonne les entreprises du sec­ nos clients, souligne M. Liotard. sortie très progressive de ces dis­ crire dans l’actuelle trajectoire
Cette facilité de crédit de trois ans, négociée avec la banque Intesa teur. Mais, en juin, nous entrons Heureusement, nous avons une positifs. Et, surtout, ils appellent à CO2 », estime François Liotard.
Sanpaolo, est destinée à aider le constructeur ainsi que ses dans une période très dangereuse. assurance­crédit. Mais, en ce mo­ un plan de soutien rapide et mas­ « Evitons qu’il soit trop spécifique,
10 000 fournisseurs, petits ou moyens, à passer le cap de la crise L’absence des factures de mars et ment, de plus en plus d’équipe­ sif à l’achat automobile. Une nou­ sinon il ne servira à rien, préfère
due au Covid-19. FCA, qui est engagé dans un processus de fusion avril va se faire sentir au moment mentiers perdent leur assurance­ velle prime à la casse. « Nous som­ M. Pernat. Si, en plus, on tape sur la
avec le français PSA, est le second grand industriel automobile à où il faut de l’argent pour le redé­ crédit. Cela fait entrer le secteur mes bien aidés par le gouverne­ voiture traditionnelle, on va être
demander un soutien financier étatique après Renault, qui attend, marrage. Beaucoup de sociétés dans une zone de risque avec des ment, mais, là, on a un besoin ur­ totalement à genoux. » 
en France, la garantie de l’Etat pour 5 milliards d’euros de prêts. vont être étranglées. » défaillances en cascade. » gent de retravailler », résume éric béziat

A La Roche­sur­Yon, les « Michelin » plus très sereins sur leur avenir


Après la fermeture de l’usine du groupe, beaucoup étaient confiants sur leur reclassement. La crise sanitaire et économique les a rattrapés

la roche­sur­yon ­ correspondant nes de licenciements annoncés. Paralysées par une situation auprès de 2 115 entrepreneurs ven­ ment entre les salariés. Pour ré­ quatre­vingt­cinq entretiens à
A tel point que 78,7 % des ouvriers économique fortement dégradée, déens, entre le 29 avril et le 11 mai. pondre aux demandes d’Altedia, distance avec le cabinet Altedia. »

J ean­Louis Divet demande à ce


qu’on le rappelle plus tard
dans la journée. « J’ai un ren­
dez­vous en visioconférence
avec le cabinet Altedia, il ne faut
se sont prononcés à 96,1 % en fa­
veur de négociations dans le ca­
dre d’un plan de sauvegarde de
l’emploi (PSE). Sept mois et une
double crise sanitaire et écono­
la majorité des 24 000 entreprises
recensées par la chambre de com­
merce et d’industrie (CCI) de Ven­
dée ont cumulé près de 400 mil­
lions d’euros d’aides et de reports
Anticipant le recours massif
au chômage partiel (au mois
d’avril, 26,4 millions d’heures de
travail ont été autorisées pour
60 000 salariés vendéens) et les
il fallait s’équiper en logiciels in­
formatiques, dit encore le salarié
aux vingt­neuf ans d’ancien­
neté. Un investissement difficile
pour beaucoup. »
Face à « l’inquiétude de certains,
compte tenu du contexte », cette
dernière a pourtant refusé la de­
mande du comité social et écono­
mique d’allonger la durée de
pas que je le rate. A 50 ans, si je mique plus tard, ce reclassement de crédits. « Des chiffres qui per­ problèmes de trésorerie à venir, la C’est notamment le cas de Willy congé de reclassement des sala­
veux retrouver du boulot, je dois s’avère bien plus compliqué à mettent de mesurer l’ampleur des CGT s’est rapidement inquiétée Palierne. « Pour être candidat, j’ai riés, au motif « qu’ils ont, au mini­
me donner à 100 %. » Le reclasse­ mener que prévu. dégâts », a réagi Arnaud Ringeard, du respect des règles du PSE besoin d’engager rapidement une mum, jusqu’à septembre 2021
ment, cet ancien responsable « Ça a bougé », reconnaît Lau­ président de la CCI, lors de la pré­ auprès de la direction régionale validation des acquis de mes pour retrouver un emploi ».
d’équipe connaît. « C’était en 1993, rent Bador, délégué central CFDT, sentation d’une enquête réalisée des entreprises, de la concur­ trente années en tant que contrô­ Bénéficiant toujours de l’arrêt
lors de la fermeture d’un atelier qui a pourtant fait le déplace­ rence, de la consommation, du leur qualité, mais les logiciels de­ indemnisé, la majorité des « Mi­
de l’usine de Tours. Je suis passé ment depuis Clermont pour ac­ travail et de l’emploi. mandés sont bien trop chers. » chelin » réfléchit encore à sa re­
d’un site Michelin à un autre. ter, le 13 mai, quatre nouvelles « Avant la reprise du 11 mai et la conversion, 52 ont choisi la mo­
Aujourd’hui, c’est différent, on promesses d’embauche en CDI.
« Il est difficile « Inégalité de traitement » possibilité de pouvoir revenir se bilité interne et une centaine les
parle d’un arrêt total d’activité. » « La réalité, nuance Nicolas Ro­ de se projeter, « Ce confinement va diminuer le former sur le site, deux fois deux mesures d’âge. Quant aux 70
Communiquée le 10 octo­ bert, de SUD Michelin, c’est que, temps de recherche d’emploi ou heures par semaine, il n’était pas ayant opté pour le congé sans
bre 2019, la fermeture de l’usine sur les vingt CDI déjà engagés, la
les formations de formation », prédisait Antony très difficile à la direction de pro­ solde et un travail dans l’agroali­
de La Roche­sur­Yon prendra ef­ majorité a soit été repoussée, soit prévues Guilloteau. Interrogé au lende­ poser gratuitement des supports mentaire ou la plaisance, « ils
fet fin 2020. Un coup de massue transformée en CDD. » Contactés, main du déconfinement, le délé­ informatiques avec un mot de sont passés de 2 000 euros au
pour les 619 salariés du dernier certains des salariés concernés
en mars ayant gué CGT confirme qu’« il est diffi­ passe commun », tempête An­ smic », dit Antony Guilloteau, qui
fleuron français de confection de n’ont pas souhaité donner suite à été décalées cile de se projeter, les forma­ tony Guilloteau. anticipe déjà une hausse des de­
pneus poids lourds, rapidement nos sollicitations. « Le contexte tions prévues en mars ayant été « Nous n’avons pas laissé les sa­ mandes de reclassement, no­
atténué par la promesse d’un étant ce qu’il est, je préfère ne pas
sine die » décalées sine die ». lariés seuls, répond la direction de tamment sur le site Michelin
bassin d’emplois vendéen me griller », a fini par déclarer un ANTONY GUILLOTEAU Pour Jean­Louis Divet, « il y a Michelin. Pendant la période de voisin de Cholet. 
comme amortisseur à ces centai­ « ex­Michelin ». délégué CGT clairement eu inégalité de traite­ confinement, ils ont bénéficié de pierre­yves bulteau
0123
MARDI 19 MAI 2020 économie & entreprise | 15

PERTES & PROFITS | TSMC
L’avenir de Conforama suspendu par phi lippe esc ande

à l’octroi d’un prêt garanti par l’Etat contreDonald Trump


la loi de Moore
Le groupe d’ameublement ne peut pas financer sa restructuration
Donald Trump n’est pas un geek, fonde TSMC, avec comme objectif
c’est un promoteur immobilier. de produire des puces pour tous

D
ans le secteur de la 10 Maison Dépôt, entraînant la à 90 %, au lieu de 80 % dans ciations au début de l’année, refu­ Ce qui intéresse le président amé­ ceux qui le souhaitent. En se con­
consommation, Fnac suppression de 1 900 emplois – d’autres dossiers, pour que le prêt sant de reprendre en l’état, ricain, c’est la transaction du mo­ centrant sur la production, il a pu,
Darty l’a eu (500 mil­ sur quelque 9 000 en France. Un soit bouclé. Rien n’y a fait. L’une comme la loi le prévoit, les con­ ment, pas les conjectures sur le grâce aux effets d’échelle, déjouer
lions d’euros), Casto­ plan de sauvegarde de l’emploi des quatre banques, BNP, ayant trats de travail des salariés. L’en­ futur des technologies. Pourtant, ce que ne dit pas la loi de Moore :
rama et Brico Dépôt, propriété de (PSE) avait été mis en place pour même séché la dernière réunion, seigne a également envoyé début dans la guerre qu’il mène actuel­ chaque génération de puces né­
Kingfisher, viennent de l’obtenir accompagner le départ des sala­ vendredi 15 mai, organisée par le mai, comme l’a révélé Le Parisien, lement pour abattre l’équipemen­ cessite une nouvelle usine deux
(600 millions d’euros), la Cafom, riés et la fermeture des magasins CIRI. « Et HSBC semble moins inté­ « une marque d’intérêt sur une sé­ tier télécoms chinois Huawei, il fois plus chère que la précédente.
propriétaire d’Habitat et de Ven­ programmée en trois vagues, à ressée à soutenir des investisse­ lection d’actifs qui ne correspond est en train de modifier en pro­ Quelques centaines de millions
te­unique.com, aussi, mais pas partir du 15 avril. ments français, indique Jacques ni aux intérêts des salariés, ni à fondeur l’organisation du high­ de dollars dans les années 1990,
Alinéa, qui a annoncé son place­ Quelques acquéreurs pour les Mossé­Biaggini, délégué syndical ceux de la filière », indique la direc­ tech mondial et son avenir. C’est plus de 10 milliards aujourd’hui.
ment en redressement judiciaire, magasins s’étaient même présen­ central FEC­FO. Avec l’augmenta­ tion de Conforama. le sens de l’avertissement adressé TSMC, qui investit 16 milliards de
samedi 16 mai. Conforama, lui, tés, comme But et Lidl. Depuis, les tion de l’engagement de l’Etat, c’est Alors qu’aujourd’hui le patron au fabricant taïwanais Taiwan dollars (14,8 milliards d’euros) par
attend toujours l’obtention du résultats financiers commen­ difficilement compréhensible. » de But se dit prêt à investir, selon le Semiconductor Manufacturing an, ne vend rien sous sa propre
prêt garanti par l’Etat (PGE) de çaient à s’améliorer. Le chiffre d’af­ Figaro, de 200 millions à 300 mil­ Company (TSMC) de ne plus four­ marque, contrairement à Sam­
320 millions d’euros, selon nos in­ faires a progressé de 1 % au qua­ But se dit prêt à investir lions d’euros dans son concurrent, nir Huawei en puces haut de sung. Il est donc le plus demandé,
formations, sollicité il y a plu­ trième trimestre 2019, par rapport Or, sans ce prêt, outre une mise à Conforama est méfiant, rappelant gamme, qu’il est l’un des seuls au d’Apple à Huawei, mais aussi par
sieurs semaines. à 2018, et la tendance se poursui­ mal de la situation financière de qu’il y a un an, des discussions de monde à savoir fabriquer. tous les électroniciens américains
La dernière réunion sous l’égide vait jusqu’en février. « On était sur l’entreprise, pas de finance­ rapprochement entre les deux en­ Si, aujourd’hui, un smartphone comme Qualcomm, Broadcom
du Comité interministériel de res­ la voie du retour de la rentabilité, ment du plan social pour les sala­ seignes avaient échoué, car l’entre­ est plus puissant qu’un superor­ ou Nvidia, qui ont préféré se con­
tructuration industrielle (CIRI), avec une trésorerie positive depuis riés. Un emprunt de 110 mil­ prise n’avait jamais reçu d’offre dinateur des années 1980, c’est centrer sur la conception.
avec les quatre banques qui ont le mois d’octobre. Le Covid­19 nous lions d’euros précédemment con­ ferme de la part de But. grâce à la progression continue de
accompagné sa restructuration a fait sortir de la trajectoire », expli­ tracté, conditionné à plusieurs in­ « Le plan A est toujours d’obtenir la capacité de calcul des puces Spécialisation des tâches
en 2019 (Crédit du Nord, LCL, que la direction de Conforama. dicateurs financiers du groupe, le PGE, et le plan B serait la mise en électroniques. L’un des fonda­ Cette spécialisation des tâches au
HSBC et BNP), vendredi 15 mai, n’a Depuis plusieurs semaines, cel­ devait permettre de financer les redressement judiciaire, et on tra­ teurs d’Intel, Gordon Moore, avait niveau mondial est clé dans l’avè­
pas débloqué la situation. Pour le le­ci négocie avec difficulté cet conditions négociées avec les vaillera alors à un plan de conti­ constaté que, à prix constant, le nement de la société de l’informa­
distributeur français de produits apport financier. L’Etat a même syndicats. « C’est le serpent qui nuité. D’ici là, si But formulait une nombre de transistors insérables tion, qui nous permet à tous de
d’ameublement, la situation est accepté d’augmenter sa garantie se mord la queue ! », se désole offre acceptable, nous l’étudie­ sur une puce doublait tous les télétravailler en visioconférence.
de plus en plus tendue. Sans cet M. Mossé­Biaggini. Certains sala­ rons », assure la direction. deux ans. Ce qu’on a appelé la « loi On pensait que la loi de Moore
apport financier, il risque, dans riés ayant déjà quitté l’entreprise, Pour le moment, Conforama n’a de Moore » se vérifie depuis près buterait sur les limites physiques
les prochaines semaines, la mise environ 1 500 personnes sont en­ rouvert que 19 magasins en libre­ de quarante ans. Elle est au fonde­ de la finesse de gravure des puces,
en redressement judiciaire. Le plan de core concernées. « Les proposi­ service sur 182. Entre les magasins ment de la révolution des micro­ qui se rapproche de l’épaisseur
Après le scandale financier lié à tions de reclassement internes de­ devant fermer définitivement et ordinateurs, puis, aujourd’hui, d’un brin d’ADN. Ce sera peut­être
des irrégularités comptables de
restructuration vaient être envoyées à partir du les autres, la situation est compli­ des smartphones et, derrière, des finalement la politique, qui, en li­
son actionnaire principal, le prévoit la 11 mai, et les premières notifica­ quée pour l’ensemble des salariés, usines géantes qui gèrent le trafic mitant la spécialisation des ac­
groupe Steinhoff, en 2017, Confo­ tions de licenciement devaient qui « sont plongés dans l’insécu­ Internet mondial. teurs et la taille de leur marché
rama avait été pris dans une tem­
suppression partir début juin. Tout est gelé », rité quant à la viabilité de leur en­ Cette loi empirique a été rendue mondial, et donc la rentabilité
pête financière qui a abouti, en de 1 900 emplois, poursuit le syndicaliste. treprise et la pérennité de leur em­ possible par une organisation d’opérations aussi coûteuses, aura
juillet 2019, à un vaste plan de res­ Rien de signé non plus du côté ploi », s’inquiétait, samedi, la CGT mondiale qui a poussé les entre­ raison de cette période exception­
tructuration : 32 magasins Confo­
sur quelque des acheteurs potentiels des ma­ dans un communiqué.  prises à la spécialisation. En 1987, nelle dans l’histoire mondiale des
rama en France fermés en 2020, et 9 000 en France gasins. But s’est retiré des négo­ cécile prudhomme le Sino­Américain Morris Chang technologies. 
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16 | économie & entreprise MARDI 19 MAI 2020

Une famille
parisienne
se partage
un ordinateur
en télétravail
durant
le confinement.
BRUNO LÉVY

Le télétravail pour tous ? dans l’organisation par hybridation. « Le té­


létravail n’est pas une fin en soi, relève
Olivier Girard, le président France­Benelux
d’Accenture. Quand on ne sera plus en crise
sanitaire, on ne restera sans doute pas à 30 %
de l’économie française en télétravail, mais
DOSSIER L’expérience du confinement a validé la possible l’organisation du travail sera devenue hy­
bride, avec du télétravail et du présentiel.
extension du travail à distance pour certains métiers. Les discussions pour aller plus loin dans les

J’
ai appelé mon directeur à 8 heu­
res. On a créé un Skype et on par­ Des barrières sont tombées et les contraintes sont mieux accords [de télétravail, en place depuis 2010]
étaient ouvertes avant le coronavirus et vont
tage le même bureau. J’appuie
sur un bouton, il voit ce que je
connues. Les employeurs pensent désormais à des modes se poursuivre. »
Introduit dans le code du travail depuis la
vois », raconte Elise Geinet, res­
ponsable commerciale installée
d’organisation alliant travail chez soi et dans l’entreprise loi Warsmann II du 22 mars 2012, le télétra­
vail n’est plus l’apanage des seuls cadres.
à Bordeaux dans sa cuisine, « car Dans la dernière enquête Surveillance médi­
la pièce est grande ». Le télétravail était le cale des expositions des salariés aux ris­
quotidien d’Elise avant le Covid­19, il l’est ques professionnels (Sumer), 61 % des télé­
pendant et le sera probablement après. Le travailleurs étaient cadres. « Il va y avoir un
ministère du travail a estimé à 30 % (7 mil­ pris en « mode agile » : « Des équipes techni­ que c’est compliqué. Le télétravail crée de rééquilibrage entre le travail en présentiel et
lions de personnes) la part de la population ques qui doivent sortir des produits en mode l’isolement et une certaine fatigue, car on est « LE LIEN SOCIAL  le télétravail, explique Jean­Charles Voisin,
active susceptible de travailler à distance itératif sur des boucles très courtes (on teste, tout le temps au téléphone. Le lien social n’est N’EST PAS  DRH de Jungheinrich France, un fournisseur
– davantage dans les grandes entreprises on adapte) ne travaillaient qu’en présentiel, pas le même et il y a encore des choses qu’on d’équipements industriels, spécialiste du
que dans les petites. Fin mars, un salarié les chercheurs ont réussi à continuer à dis­ n’arrive pas à faire », remarque Hélène LE MÊME  chariot élévateur. Fin 2018, nous avions signé
sur quatre était en télétravail, selon une en­ tance. La généralisation du télétravail nous a Gemähling, DRH de Nespresso France. De­ un accord de quatre jours par mois de télétra­
quête de la direction de l’animation de la re­ permis de repousser la frontière de ce qu’on puis la mi­mars, nombreux sont les salariés ET IL Y A ENCORE  vail exclusivement pour les cadres [25 % des
cherche, des études et des statistiques (Da­ croyait impossible », résume Julien Fanon, qui ont pris conscience de la perte de lien so­ 1 200 salariés], parce qu’ils étaient équipés. En
res). Et alors même qu’un tiers des em­ consultant associé chez Accenture. cial, tentant de reproduire en visioconfé­
DES CHOSES  24 heures, 50 % de l’effectif a dû télétravailler.
ployeurs n’y étaient pas favorables avant la rence tout ce qui ressemble au côté informel QU’ON N’ARRIVE  On a paramétré tous les ordinateurs fixes de
pandémie, plus de 90 % d’entre eux l’ont mis « PAS UNE FIN EN SOI » de la machine à café. l’entreprise pour être utilisés à distance, et ça
en place. Qu’en restera­t­il dans l’organisa­ Le télétravail ne va pas pour autant devenir L’urgence de la situation a poussé les en­ PAS À FAIRE » a marché. Pour l’“après”, on étudie l’extension
tion du travail de l’après­crise sanitaire ? la règle de l’après­11 mai. Lors de sa présenta­ treprises à repenser l’activité à 100 % en té­ HÉLÈNE GEMÄHLING du télétravail aux autres catégories de per­
Le premier atout de cette expérience hors tion du plan de déconfinement progressif, le létravail. PSA en a déjà conclu qu’à l’avenir DRH de Nespresso sonnel, et les moyens matériels nomades
norme est d’avoir mis en place ce qui sem­ 28 avril, le premier ministre, Edouard Phi­ ce serait la référence pour les activités non France (portables, téléphones…) à leur fournir. »
blait irréalisable. L’idée même de travailler lippe, a rappelé que « nous allons devoir vivre liées à la production. La présence sur site ne Les entreprises ont en effet dû se pencher
à distance était jugée incompatible dans avec le virus » et a demandé aux entreprises sera plus que « d’une journée à une journée sur la question de l’équipement du télé­
des secteurs entiers de l’industrie ou des de maintenir le télétravail « partout où c’est et demie par semaine en moyenne » pour les travailleur. Chez Nespresso, le télétravail
services, comme la banque. « Il n’y avait pas possible » durant cette période. Mais les salariés dans le tertiaire, le commercial et la était déjà une pratique courante pour les
du tout de télétravail dans le réseau [d’agen­ deux tiers des postes ne sont pas compati­ recherche­développement, a précisé le DRH, fonctions support (300 personnes sur un ef­
ces bancaires] pour des raisons de sécurité bles avec le travail à distance, indique le mi­ Xavier Chéreau. Dans l’incertitude du mo­ fectif de 1 400), à raison de deux jours par se­
essentiellement, explique Philippe Fournil, nistère du travail. Et même si « on est capa­ ment, les entreprises envisagent plus géné­ maine. « On souhaitait étendre le télétravail
délégué CGT de la Société générale. Avec la bles d’œuvrer en télétravail, certains trouvent ralement de renforcer la place du télétravail au centre relation client de Lyon [170 sala­
crise sanitaire, ce qui était impossible pen­
dant des années est devenu un peu possible,
et on a été équipés. » Même scénario pour
les services informatiques du géant du
Les jeunes étonnamment plus réticents
conseil Accenture, qui n’avaient pas accès
au télétravail pour des raisons de sécurité et à en croire corona­work.fr, plus 60 % des répondants affirment vou­ Les adeptes sont pour plus de 45 % interrogés refusent de continuer,
d’infrastructure. de 4 personnes sur 5 souhaitent con­ loir télétravailler davantage quand la des néotélétravailleurs. Ils ne prati­ mais ils sont 20,6 % chez les 18­29 ans.
Certains métiers (cardiologue, député) ou tinuer à télétravailler après la sortie situation sera redevenue normale, quaient jamais, ou exceptionnelle­ Les plus jeunes, qu’on aurait pu croire
certaines activités (la gestion de projets) ex­ de crise. Projet collaboratif, ce site a car leurs conditions de travail se sont ment, le télétravail avant le confine­ plus adeptes du télétravail car dési­
cluaient également le travail à distance. De­ été lancé par six spécialistes de l’ana­ améliorées pendant le confinement. ment et souhaitent télétravailler au reux d’être libres de s’organiser et
puis mars 2020, tous les médecins consul­ lyse de données pour mesurer et moins un jour par semaine. Ils sont en aguerris au numérique, réclament
tent à distance, les commissions parlemen­ comprendre l’impact de la mise en té­ Plus efficaces et plus concentrés grande majorité employés et de pro­ leur bureau. Ce pourcentage monte à
taires et les auditions d’experts se tiennent létravail confiné de plus de 5 millions S’ils disent travailler plus qu’avant, ils fessions intermédiaires. Les cadres et 28,7 % pour les jeunes célibataires et à
en visioconférence, les informaticiens tra­ de personnes. Entrepreneurs, ingé­ affirment aussi être plus efficaces et professions intellectuelles supérieu­ 36,1 % pour les jeunes femmes. Le be­
vaillent à domicile et les projets collectifs nieurs ou sociologues, ils ont élaboré plus concentrés. Ils font également res, qui représentaient 60 % des télé­ soin d’être en relation avec les autres
avancent, même à l’international. « Remettre un questionnaire qui a récolté plus de plus d’activité physique que les travailleurs avant la crise, souhaitent et avec son manageur, alors que l’on
sur les rails un projet qui se développe en Asie 1 540 réponses depuis le 16 mars. Les autres. Ils envisagent de télétravailler continuer autant sinon plus. Les aspi­ commence sa carrière profession­
sans se rendre sur place paraissait inconce­ données brutes dressent une typolo­ une fois de temps en temps (44,3 %), rants au télétravail se répartissent nelle, est important. Le lieu de travail
vable », reconnaît Vinciane Beauchene, di­ gie des télétravailleurs. le plus possible (14 %), voire tous les également entre hommes et femmes. reste un espace de sociabilité et de
rectrice associée au Boston Consulting L’expérience du travail à distance jours (1,7 %). Et 25,5 % souhaitent télé­ En revanche, l’âge est un critère cli­ rencontres essentiel pour les jeunes. 
Group. Cela ne l’est plus désormais. Y com­ est suffisamment positive pour que travailler « autant qu’avant ». vant. Seuls 14,5 % des télétravailleurs sophy caulier
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MARDI 19 MAI 2020 économie & entreprise | 17

Une pratique plébiscitée, mais qui concerne surtout les cadres


Le confinement a fait exploser
le recours au télétravail Une progression généralisée mais massive pour les acteurs et secteurs les plus habitués
Salariés du privé pratiquant le télétravail : Part des salariés en télétravail entre les 23 et 27 mars 2020 selon les secteurs, en %
En 2017 (ensemble des entreprises) Information Secteurs où le télétravail Enseignement, santé
63,1 21,5
3,1 % régulièrement
(au moins 1 jour par semaine)
et communication

Activités financières
est souvent possible
et qui étaient déjà les plus
enclins à le pratiquer avant
et action sociale

Fabrication d’autres
55,3 le confinement. 18,5
+ 4,2 % occasionnellement et d’assurance produits industriels

Commerce et réparation
Depuis le début du confinement
Activités immobilières 41,5 automobile
15,4
(entreprises de plus de 10 salariés)

25,3
Activités scientifiques

%* 38,2 12,6
et techniques, services Transports et entreposage
administratifs de soutien
Secteurs dans lesquels
* Le chiffre pour l’ensemble des entreprises Fabrication de denrées peu de salariés peuvent
Fabrication d’équipements
privées, qui inclurait donc celles de moins 36,6 alimentaires, de boissons 11,8 télétravailler. Durant
électroniques, informatiques.
de 10 salariés, est probablement un peu Fabrication de machines et de produits à base de tabac le confinement, ceux-ci
moins élevé, ces dernières utilisant légèrement sont donc le plus souvent
moins le télétravail. Toutefois, il resterait Industries extractives, au chômage partiel.
largement au-dessus du chiffre de 2017. énergie, eau, gestion 29,7 Construction 11,7
des déchets et dépollution

3 10
Fabrication de matériels
de transport
22,6 Hébergement et restauration 5,8
salariés sur
exercent un métier
dans lequel le télétravail
est a priori possible. Une expérience satisfaisante qu’une partie
des salariés souhaiteraient reconduire
Part des salariés en télétravail régulier, en % « Diriez-vous que vos conditions de télétravail sont… »
Selon le statut Selon la taille de l’entreprise
Très 25 16 Peu
En 2017 (secteurs privé et public) satisfaisantes satisfaisantes
De 10 à 49 salariés 2,3 3 Pas du tout
satisfaisantes
11,1
1,4 0,2 De 50 à 249 salariés 3,6 Assez 56
satisfaisantes
De 250 à 499 salariés 2,5
Cadres Employés Ouvriers
500 salariés et plus 4,5
Part des salariés télétravaillant durant le confinement
Fin mars (secteur privé) voulant prolonger l’expérience après

De 10 à 19 salariés 18,2 Ponctuellement 41 32 Régulièrement


70 De 20 à 49 salariés 20,3
23
8 De 50 à 99 salariés 22,9

De 100 à 249 salariés 26,7


Cadres Employés Ouvriers
De 250 à 499 salariés 28,1

500 salariés et plus 28,6

Infographie : Philippe Da Silva, Maxime Mainguet Sources : Insee, Dares, Fondation Jean-Jaurès, Kantar, Malakoff-Humanis

riés], où seuls les cadres télétravaillaient. réunion de plus de deux heures n’est pas pos­ muniquer plus, beaucoup plus, pour asseoir nageur ce qu’on fait et avec quelles contrain­
Le confinement a accéléré la mise en œuvre, sible. Après le confinement, je pense qu’on « LES ENTREPRISES  les nouveaux canaux de circulation de l’in­ tes, au lieu de laisser l’interrelation se faire
témoigne Hélène Gemähling. Tout le monde aura convaincu beaucoup de monde qu’il ONT PRIS  formation, s’assurer que chacun sache à qui toute seule. « Quand la petite de 6 ans arrive
était déjà équipé d’ordinateurs et de casques. n’est plus besoin d’aller à Rouen pour tenir un s’adresser pour travailler « normalement », en pleine visioconférence, ça dit ce que fait le
Mais certains sont venus chercher leur fau­ atelier de créativité », poursuit le consultant CONSCIENCE  et, bien sûr, suivre l’état de santé physique et salarié, et ça crée de la sympathie. En visio­
teuil ergonomique. Et au bout d’un mois de associé chez Accenture. Mais « c’est quand mentale des salariés. « La visio aide à déceler conférence, il y a des gens qui prennent plus
confinement, nous avons de nouvelles de­ même formidable de se retrouver en réunion. QUE LE TÉLÉTRAVAIL les salariés piégés dans le surtravail », assure ou moins la parole. Le télétravail valorise des
mandes de salariés qui souhaitent venir cher­ On reprendra l’avion et on se resserrera les Virginie Jourdan, DRH de Dalibo, une petite salariés et en met d’autres dans l’ombre, ce ne
cher leur fauteuil de bureau. » mains », relativise Olivier Girard. Chez Engie
RENFORCE LA  entreprise de services. sont pas forcément les mêmes que dans l’or­
aussi, « la pratique des voyages va évoluer », NÉCESSITÉ D’AVOIR  ganisation. Des travailleurs loyaux peuvent
« ACCÉLÉRATION CULTURELLE » affirme Pierre Deheunynck, après avoir « COORDINATION NARRATIVE » être mis en difficulté ou devenir invisibles »,
A une autre échelle, chez Engie ou à la So­ constaté qu’il a été possible de réunir plus de UNE STRATÉGIE ET  La visibilité doit être reconstruite, « car les alerte le sociologue.
ciété générale, le matériel a été fourni pen­ 2 500 salariés en même temps et à distance. mécanismes de coordination ne se reprodui­ Enfin, la généralisation soudaine du télé­
dant le confinement. « On a acheté des por­ La crise liée au Covid­19 a créé un véritable UNE VISION CLAIRE  sent pas automatiquement en télétravail », travail a mis en exergue l’importance du col­
tables pour le réseau (…). On a fait un stress­ électrochoc. « Les entreprises ont pris cons­ DE SES PRIORITÉS » ajoute Vinciane Beauchene. Les priorités de lectif pour l’entreprise, en apportant une
test grandeur nature. On a fait confiance aux cience qu’au­delà de l’outil et de la capacité à l’entreprise doivent être explicitées pour connaissance plus fine des équipes. Grâce
staffs et on a eu raison », déclarait Caroline l’utiliser, le télétravail renforce la nécessité VINCIANE BEAUCHENE éviter que chacun, derrière son ordinateur, aux différents outils mis en place pour cette
Guillaumin, la DRH du groupe Société géné­ d’avoir une stratégie et une vision claire de ses directrice associée au n’avance en ordre dispersé. Le sociologue période, chacun a pu se rendre compte du
rale, en téléconférence avec les syndicats, le priorités et la capacité à la communiquer », Boston Consulting Group Jean Pralong, qui a suivi 317 télétravailleurs contexte dans lequel travaille l’autre. « Cette
14 avril. Chez Engie, « le fait d’avoir à équiper explique Vinciane Beauchene. L’importance durant dix ans, a mis en évidence la « coordi­ période a confirmé l’engagement des collabo­
55 000 salariés pour interagir en télétravail a de la communication dans la vie de l’entre­ nation narrative » propre au télétravail, la ca­ rateurs, résume Hélène Gemähling. Il faut
montré que tout cela était efficace pour tout prise aura été un des premiers enseigne­ pacité à se rendre visible là où on n’est pas, à bâtir là­dessus. » 
le monde, constate de son côté Pierre Deheu­ ments de cette période particulière. Com­ faire parler de soi ou à faire entendre au ma­ anne rodier
nynck, le DRH du groupe. On avait un niveau
de maturité [numérique] intermédiaire, va­
lidé par un accord d’entreprise à deux jours
par semaine, et des salariés, comme les ma­
Alerte sur la confidentialité des entreprises
nageurs, pas très enthousiastes. Nous avons
fait bouger le management. Des freins ont été quand, du jour au lendemain, plu­ malveillants, mieux vaut consulter la ment l’application de suivi du Covid­ nées », constate Jérôme Notin, direc­
levés. » Dans le plan de continuité qui suivra sieurs millions d’employés et politique de confidentialité. 19 sur la carte du monde, largement teur général du site public Cybermal­
le plan de reprise, le groupe envisage d’ac­ d’agents de collectivités se sont re­ Les données personnelles et profes­ diffusée sur les smartphones, servait veillance.gouv.fr. Pour se protéger, il
corder une plus grande place au télétravail. trouvés à travailler depuis leur domi­ sionnelles sont d’autant plus à risque en fait à exfiltrer les données des mo­ faut faire des sauvegardes régulières
« Certains salariés ont constaté que finale­ cile, les cybercriminels se sont frotté que beaucoup d’employés ont com­ biles… « Cet exemple dans l’environne­ du contenu de son ordinateur.
ment, le télétravail, c’est pas si mal », résume les mains. Dès les premiers jours du mencé à télétravailler sur l’ordinateur ment personnel leur a fait mesurer ce Enfin, les dérogations accordées
M. Deheunynck. confinement, les utilisateurs se sont de la maison. « Les logiciels y sont rare­ qu’il peut se passer dans le monde pro­ pendant le confinement ont créé de
Mais « le télétravail est bien plus que du précipités sur les applications de vi­ ment mis à jour, il y a donc un risque fessionnel. » Et pour éviter que des nouveaux risques. Ainsi, il a fallu
travail à distance, c’est un sujet culturel et de sioconférence. Le nombre de réu­ lorsqu’on les autorise à accéder aux données sur les savoir­faire indus­ autoriser des collaborateurs à télé­
méthode. Ça remet le rôle de l’équipe en exer­ nions organisées chaque jour sur serveurs des entreprises », remarque triels ou de recherche s’égarent, Ser­ charger des logiciels sur leur ordina­
gue, qui forge d’autres méthodologies », es­ Zoom est ainsi passé de 10 millions en Gérôme Billois, associé cybersécurité vier a tout simplement proscrit le pa­ teur professionnel pour piloter leurs
time Olivier Girard. Accélération de l’accul­ décembre 2019 à 300 millions fin et confiance numérique au cabinet de pier pour ceux qui travaillent à domi­ imprimantes à domicile ou pour ac­
turation numérique, acquisition de compé­ avril… Mais utiliser une telle applica­ conseil Wavestone, sauf pour les en­ cile. Les assistantes ont créé les procé­ céder à certaines applications. Pour
tences techniques, autonomisation des tion sans avoir activé ou non les diffé­ treprises qui ont déjà migré une par­ dures d’utilisation de la solution cela, l’administrateur du système in­
salariés : « En quelques semaines, on a réalisé rents paramètres expose aux fuites tie des applications dans le cloud. Les collaborative Teams, adoptée par formatique donne au compte de l’em­
cinq ans d’accélération culturelle », déve­ de données, à la présence de partici­ logiciels de messagerie, les docu­ toute l’entreprise. ployé des « privilèges » qui lui permet­
loppe Julien Fanon. pants non invités et à l’enregistre­ ments et les données sont alors acces­ tent de faire des choses qu’il n’a pas le
Au jour le jour, les manageurs ont appris à ment des échanges. Rapidement ac­ sibles en ligne sans passer par le sys­ « Remettre tout cela en ordre » droit de faire d’habitude. « Il faudra re­
faire des réunions plus courtes, mieux orga­ cusée de ne pas chiffrer les réunions tème informatique de l’organisation. Les rançongiciels qui visent les parti­ mettre tout cela en ordre quand les
nisées dans l’ordre du jour et la prise de pa­ et de faire transiter certains échanges « Le collaborateur est le premier rem­ culiers se sont aussi multipliés depuis employés reviendront au bureau », in­
role, et à décider plus vite. « Les ateliers de par des serveurs en Chine, l’applica­ part de l’entreprise, il faut lui faire la mi­mars. Ces logiciels malveillants siste Gérôme Billois. Faute de quoi
créativité duraient deux heures minimum en tion a été interdite par nombre d’en­ adopter les bonnes pratiques », af­ chiffrent les fichiers de l’ordinateur les cybercriminels n’auront qu’à utili­
présentiel. On a tout réinventé pour découper treprises, et même d’Etats. Elle a été firme Stéphane Tournadre, responsa­ puis exigent une rançon pour délivrer ser discrètement ces portes grandes
en séances de vingt­cinq ou cinquante­cinq corrigée depuis. Mais si l’on ne tient ble de la sécurité des systèmes d’infor­ la clé de déchiffrement. « Mais il s’agit ouvertes vers le système d’informa­
minutes maximum, afin de pouvoir faire une pas à voir ses discussions entre collè­ mation (RSSI) du groupe Servier. Le la­ de faibles montants, et les risques ne tion pour se servir. 
pause entre chaque, car au téléphone, une gues exploitées par des inconnus boratoire a montré à ses salariés com­ portent pas directement sur les don­ so. c.
0123
18 | économie & entreprise MARDI 19 MAI 2020

Le Cirque du Soleil, affaibli et convoité


L’entreprise québécoise, endettée à hauteur de 900 millions de dollars, est l’objet de grandes manœuvres

montréal ­ correspondance cent pour tenter qui de sauver la


belle marque au bord de l’as­

L
es chapiteaux jaune et phyxie, qui d’en profiter pour la
blanc sont toujours dres­ récupérer. Les trois actionnaires
sés sur le Vieux­Port de offrent une bulle d’oxygène en
Montréal. Le Cirque du consentant un prêt exceptionnel
Soleil devait y lancer en fanfare, de 50 millions de dollars, mais
le 22 avril, son nouveau spectacle toutes les options sont désormais
de performances acrobatiques sur la table : injecter de l’argent
Sous un même ciel. Mais l’image frais des investisseurs actuels, re­
s’est figée, ces chapiteaux sont capitaliser l’entreprise avec de
aujourd’hui vides de toute acti­ nouveaux partenaires ou la ven­
vité et de tout public. dre. Le Cirque du Soleil mandate
Car, au premier jour de l’arrivée la Banque du Canada pour explo­
de la pandémie de Covid­19 au Ca­ rer tous les scénarios.
nada, toutes les représentations Québecor, le conglomérat de té­
ont été annulées, comme l’ont été lécoms et de médias contrôlé par
celles des 44 spectacles produits le magnat Pierre Karl Péladeau
dans le monde entier, de Las Ve­ est, à ce jour, le seul à être sorti du
gas à Hangzhou, de Lyon à Mos­ bois en affichant, début mai, par
cou, de Tel­Aviv à Melbourne. voie de communiqué « sa déter­
Cette mise à l’arrêt annoncée, le mination à participer au sauve­
19 mars, par la direction du cir­ tage (…) de cet ambassadeur du ta­
que, a entraîné la mise à pied im­ lent québécois ». Une sortie publi­
médiate de 4 679 de ses em­ que contrainte, car, si une propo­
ployés, soit 95 % de ses effectifs. sition de rachat a bien été
Depuis, le géant québécois du formulée au cirque près d’un
spectacle vivant, fondé en 1984 mois auparavant, elle était restée
par l’ex­cracheur de feu devenu confidentielle.
millionnaire Guy Laliberté, va­
cille et craint pour sa survie. Québecor intéressé
La crise entraînée par la pandé­ C’est un article paru dans Le Jour­
mie a révélé la grande fragilité fi­ nal de Montréal, propriété de
nancière de ce qui était pourtant Québecor, qui déclenche les hos­
considéré comme un masto­ tilités : il y est révélé que le rachat
donte culturel : depuis la vente, par la CDPQ mi­février, juste
en 2015, par Guy Laliberté de l’es­ avant la crise, des 10 % que Guy La­
sentiel de ses parts au fonds liberté possédait encore dans le Lors d’une représentation du spectacle « Crystal » du Cirque du Soleil, à Riga, en Lettonie, le 15 janvier. INTS KALNINS/REUTERS
texan TPG Capital (60 %), au chi­ Cirque, s’est fait par une transac­
nois Fosun Capital Group (20 %) tion avec une société établie aux
et à la Caisse de dépôt et place­ îles Caïmans, un paradis fiscal. Parti québécois – assure qu’il a à sans doute resserrer son activité qu’il hésitait à « sauter dans
ment du Québec (CDPQ), qui Le Cirque du Soleil, qui finira par cœur de maintenir à Montréal cet
L’arrêt sur les spectacles rentables, soit l’arène » pour sauver du gouffre
passe de 10 % à 20 % des parts, le reconnaître les faits, soupçonne « emblème du patrimoine culturel des spectacles, les six grands shows actuels de son ancienne compagnie.
cirque traîne une dette estimée à le patron de Québecor de vou­ du pays ». Jouer sur la fibre patrio­ Las Vegas, et quatre autres en A ce jour, les discussions formel­
900 millions de dollars améri­ loir dénigrer l’entreprise avant de tique, quand le gouvernement du
en raison Chine, au Mexique, en Allemagne les entre Québecor et Le Cirque du
cains (832 millions d’euros). Quel­ la racheter au rabais, il met en Québec répète qu’une solution « à de la pandémie, et en Floride, Pierre Karl Péladeau Soleil sont enlisées, le premier re­
ques jours après le début de la demeure le groupe de Pierre Karl la québécoise » aurait sa préfé­ se veut rassurant vis­à­vis des fusant de signer une clause de
crise, l’agence de notation améri­ Péladeau (« PKP ») de cesser rence, ne saurait nuire.
a entraîné la mise milliers d’employés du cirque. confidentialité exigée par le se­
caine Moody’s soulignait « un ris­ d’écrire des articles à son sujet. « Au fil des acquisitions de Qué­ à pied immédiate cond pour lui donner accès à ses
que de défaillance élevé d’ici à la « PKP » parle de « manœuvres na­ becor [notamment le câblo­opé­ Discussions enlisées comptes. Une dizaine d’investis­
fin de l’année » : l’arrêt des ventes vrantes », mais confirme, dans la rateur Videotron], nous avons
de 4 679 des « Il faut assurer les marchés finan­ seurs se seraient, en revanche,
de billets, dont le cirque tire l’es­ foulée, l’intérêt qu’il porte à l’en­ prouvé que nous étions des entre­ employés du ciers du sérieux de notre gestion, déjà signalés pour participer au
sentiel de ses ressources, le prive, treprise affaiblie. preneurs, pas des financiers, notre explique­t­il, mais la créativité processus de recapitalisation ou
jusqu’à nouvel ordre, de toute De son bureau vitré, au 13e étage objectif est bien d’assurer la péren­
cirque, soit 95 % des artistes du cirque, je suis le pre­ de rachat du cirque, qui s’ouvrira
possibilité d’honorer jusqu’aux de la tour Québecor, Pierre Karl nité du cirque », promet­il égale­ des effectifs mier à savoir qu’on ne la trouve officiellement au début du mois
intérêts de sa dette. Péladeau pourrait presque aper­ ment. Une pierre dans le jardin pas au supermarché du coin ! Ce de juin. Une frénésie qui con­
Fin mars, Reuters dévoile que cevoir les chapiteaux du cirque. des actionnaires actuels, en majo­ sont eux le véritable “actif” de l’en­ traste avec la réalité des activités
l’entreprise « étudie plusieurs op­ Dans un entretien accordé au rité des fonds d’investissement treprise. » Le grand patron se dit actuelles du cirque : personne ne
tions pour restructurer son endet­ Monde, celui qui se présente étrangers. Enfin, interrogé sur la même prêt à accueillir à bras sait aujourd’hui quand on pourra
tement, et n’exclut pas d’être con­ comme « un fier Québécois » – il stratégie de redressement envisa­ ouverts, pour un éventuel « par­ de nouveau acheter un billet et
trainte de se placer en faillite ». Les s’est d’ailleurs aventuré en politi­ gée, son directeur financier ayant tenariat », Guy Laliberté, qui, profiter du spectacle. 
grandes manœuvres commen­ que, en 2015, en tant que chef du suggéré que la compagnie devrait dans une lettre publique, a confié hélène jouan

L’agroalimentaire fortement secoué par le coronavirus AÉRIEN


Emirates Airlines
envisage de supprimer
30 000 postes
L’arrêt de la restauration collective a fortement pesé sur l’activité du secteur, et notamment sur les TPE et les PME Emirates Airlines envisage la
suppression de 30 000 pos­
tes, soit 30 % de ses effectifs,
a affirmé l’agence Bloom­

P as de déconfinement pour
les entreprises agroali­
mentaires. Et pour cause,
elles n’ont jamais fermé boutique,
et leurs équipes sont restées sur le
« Il y a une très grande hétérogé­
néité de résultats par secteurs et
par taille d’entreprise », reconnaît
Stéphane Dahmani, directeur
économie à l’ANIA, et d’ajouter :
tout le monde n’était pas logé à la
même enseigne.
Les grands groupes agroalimen­
taires, de part leur fort ancrage
dans les enseignes de distribu­
res a plongé de 14,5 % entre jan­
vier et mars. Une évolution qui il­
lustre la chute de la commerciali­
sation des alcools, quand
restaurants, bars et aéroports
Les gens en production sont sur les
genoux. Il y a des opérations de
maintenance à gérer, des lignes de
production à réorganiser. Je ne
vois pas de retour à la normale
berg, dimanche 17 mai. La
compagnie de Dubaï a déjà
réduit de 25 % à 50 % les sa­
laires de ses employés pour
une période de trois mois.
pont pendant toute la période de « Les TPE et les PME sont les plus tion, ont pu bénéficier du report sont fermés. Toutefois, beaucoup avant octobre », analyse Richard
mise sous cloche pour participer touchées : 80 % à 90 % d’entre elles des achats des Français. Et, par­ de groupes cotés, même s’ils affi­ Panquiault, directeur général de CONJO NCTU RE
à la chaîne d’approvisionnement affirment être confrontées à une fois, en étant présents sur plu­ chent des croissances d’activité, l’Institut de liaisons des entrepri­ La Fed refuse d’assimiler
des Français. Une chaîne qui a baisse de chiffre d’affaires. » sieurs catégories de produits, lis­ ont suspendu leurs prévisions de ses de consommation (ILEC), qui la crise actuelle
tenu, malgré de multiples ten­ Sans surprise, les petites entre­ ser les effets négatifs. La publica­ résultats pour l’année 2020. La défend les intérêts des groupes de à la Grande Dépression
sions. S’il est encore tôt pour tirer prises qui écoulaient leur pro­ tion des résultats trimestriels des réorganisation de la production grande consommation. Jerome Powell, le patron de la
un bilan complet de l’incidence duction dans la restauration entreprises cotées, même si elle pour répondre à la demande et sa­ « Il y a un moratoire depuis le Reserve fédérale (Fed, banque
de la crise du coronavirus sur ce commerciale, dans les cantines n’intègre que le début de la crise, à tisfaire aux exigences renforcées 23 mars entre l’industrie agroali­ centrale américaine), estime
secteur industriel, l’Association ou hors des rayons libre­service partir de mi­mars, donne quel­ de sécurité sanitaire, la hausse du mentaire et la grande distribution que la crise provoquée par la
nationale des industries agroali­ des supermarchés ont pris de ques indications. coût du transport et de la logisti­ pour ne pas appliquer les pénalités pandémie de Covid­19 pré­
mentaires (ANIA) a souhaité faire plein fouet l’arrêt net de ces ca­ que aux premiers temps du confi­ liées au taux de service [la probabi­ sente « des différences fonda­
un coup de sonde dans ses rangs naux de distribution. A l’image « Reconstituer les stocks » nement, les incertitudes sur le lité attendue de ne pas être en mentales » avec la Grande Dé­
pour évaluer le moral des troupes. des PME fabriquant des fromages Grâce à l’appétit des consomma­ pouvoir d’achat des consomma­ rupture de stock]. En effet, le taux pression. Mais M. Powell a
Elle a publié les résultats de ce ba­ AOP. Ou des entreprises vinico­ teurs pour les conserves, par teurs touchés par la crise écono­ de service a été dégradé par la sur­ jugé qu’un pic du taux de chô­
romètre, mardi 12 mai. les, avec des chutes entre 50 % et exemple, Bonduelle a bénéficié mique qui pourrait découler de demande. Nous sommes inquiets, mage à 20 % ou 25 % est pro­
Un échantillon restreint de 602 70 % de leur activité. d’une progression de son chiffre celle du Covid­19, mettent les car des enseignes commencent à bable, et que la chute du PIB
entreprises, sur un total de 17 723 De même, certains aliments ont d’affaires de 12,7 % au premier tri­ marges sous pression. reparler de ces pénalités après le des Etats­Unis au deuxième
recensées dans ce secteur, a ré­ été délaissés au profit d’autres, mestre. Une hausse quasi identi­ « Tant que la restauration com­ 11 mai », explique M. Chargé. trimestre sera « facilement
pondu au questionnaire. Il en alors que les Français, cloîtrés que chez le fromager Bel sur cette merciale et collective reste fermée, Il demande également que la dans les 20 % ou 30 % ».
ressort qu’en moyenne les son­ chez eux, changeaient leurs habi­ période. Grâce à la bonne perfor­ même si les exportations ont re­ discussion s’ouvre pour savoir
dées ont vu leur chiffre d’affaires tudes alimentaires. Ainsi, selon mance des produits laitiers et des pris, nous avons des problémati­ comment répercuter les surcoûts Le Japon en récession
fondre de 22 % sur la période du l’institut Nielsen, les ventes de laits infantiles, Danone a, lui, affi­ ques de gestion de marché. Nous que l’industrie a dû encaisser pen­ Après un deuxième trimestre
confinement. Un résultat qui farine ont bondi de 125 %, quand ché une hausse de 3,7 % de son restons dans un mode de fonction­ dant la crise. Après une période de d’affilée de baisse du PIB sur
peut paraître contre­intuitif, à l’inverse celles de champagne, chiffre d’affaires. Le leader mon­ nement dégradé », affirme Domi­ « paix des braves » pour éviter la la période janvier­mars, le Ja­
quand chacun garde en mémoire confiseries ou chewing­gums dial de l’agroalimentaire, Nestlé, a nique Chargé, président de Coop crise alimentaire, le sujet des rela­ pon est entré en récession. Le
les cohues d’acheteurs compul­ étaient en berne, affichant un re­ vu ses ventes progresser de 4,3 %, de France, le bras armé des coopé­ tions commerciales entre agricul­ PIB a reculé de 0,9 % au pre­
sifs soucieux de faire des réserves pli de près de moitié. Les sand­ un niveau de croissance qu’il ratives agricoles françaises. « Il teurs, industriels et distributeurs, mier trimestre de l’année par
dans les allées des supermarchés. wichs ont aussi été délaissés, alors n’avait pas connu depuis cinq ans. faut reconstituer les stocks à la fois au cœur de la loi Egalim, va très rapport au dernier trimestre
Mais ce chiffre ne reflète pas, à lui que les œufs étaient plébiscités. Parmi les contre­exemples, Per­ chez les industriels et dans la vite revenir sur la table.  de 2019, selon les chiffres pu­
seul, une réalité très contrastée. Dans ce contexte très chahuté, nod Ricard, dont le chiffre d’affai­ grande distribution, pendant l’été. laurence girard bliés, lundi 18 mai, par Tokyo.
0123
MARDI 19 MAI 2020 carnet | 19
Harjeet Singh Gill, Marie Jarreau, Monique Shearer, Irène et Olivier Berton,
son mari, son épouse, son épouse, Antoinette et Gilles Teisseire,
Mathilde Jarreau, Alexandre et Katia, Emmanuel, ses sœurs et beaux-frères
Eric et Julie, ses enfants, Et toute sa famille,
en vente Le Carnet Anila et Jean-Guillaume, sa fille,
Victor, Faustine, Alice, Pierre,
Sandrine, Jaspal, Nilam, Aalia, Ishaan Félix et Gaspard Megret, remercient tous ceux et celles qui
actuellement ses enfants et ses petits-enfants, ses beaux-fils,
Pénélope,
se sont associés à leur peine lors du
ses petits-enfants
Merci de nous adresser Patrick Jarreau, Ainsi que Xéna décès de
ont la tristesse de faire part du décès
K En kiosque vos demandes par mail de son frère, Et toute sa famille de France et
Francis TROUSSELIER,
en précisant impérativement Pierre-Henri et Marie-Pia Jarreau, de Nouvelle-Zélande,
votre numéro Danielle GILL, son frère et sa belle-sœur,
née GUÉGAN, survenu le 26 mars 2020.
Réviser son bac de téléphone personnel, Sophie et Philippe Demange, ont la très grande tristesse de faire
2020

enseignante,
part du décès de
HORS-SÉRIE

avec votre nom et prénom, germaniste, sa sœur et son beau-frère,


TERMINALE, SÉRIES L ES S
docteur en linguistique, Joachim et Cristina, Arthur, Hugo,
PHILOSOPHIE adresse postale et votre traductrice du pendjabi, David SHEARER,
éventuelle référence Ysé, Esther, Solal,
survenu le 23 avril 2020, à Paris, ses neveux et nièces, survenu à Paris, le 7 mai 2020,
d’abonnement.
CAHIER
SPÉCIAL
16 pages pour
à l’âge de quatre-vingts ans. à l’âge de soixante-treize ans.
se tester avant

L’équipe du Carnet ont la très grande tristesse de faire


le bac

Ses obsèques ont eu lieu le 7 mai. La crémation a eu lieu dans


reviendra vers vous part du décès de
L’ESSENTIEL DU COURS

LES SUJETS CORRIGÉS

LES ARTICLES DU MONDE

LES TEXTES CLÉS

Elle repose au cimetière du Père- l’intimité familiale, ce 18 mai.


dans les meilleurs délais.
En partenariat avec

Lachaise, Paris 20e. Philippe JARREAU, La Fédération des Aveugles


Une cérémonie sera organisée dès de France
Hors-série Un hommage lui sera rendu dès
journaliste, que les circonstances le permettront.
carnet@mpublicite.fr que les circonstances le permettront. ancien rédacteur en chef photo rend hommage
à ses généreux bienfaiteurs.
du Journal du Dimanche, La famille remercie très
familledaniellegill@gmail.com chaleureusement le docteur
AU CARNET DU «MONDE» En désignant notre association
& CIVILISATIONS

survenu le 13 mai 2020. Gueugneau qui l’a accompagné tout comme bénéficiaire
Michèle Goubet, au long de sa maladie ainsi que
N° 61
MAI 2020

& C I V I L I S AT I O N S de leur patrimoine,


Naissance née Réal, le docteur Angelergues et le
L’AN 40 Les obsèques auront lieu dans ils contribuent à améliorer
QUAND TOUT SEMBLAIT PERDU son épouse, personnel du service oncologie
Philippe et Nathalie Goubet, l’intimité familiale au cimetière du la vie quotidienne
Caroline VERDURE-RIMAUD de l’hôpital de la Croix-Saint-Simon. des personnes aveugles
Sophie Migairou et Cyril Maury, Montparnasse, Paris 14e.
et Yohan RIMAUD ses enfants et leurs conjoints, et malvoyantes.
Pierre, Elisa, Etienne, Marion et moniqueshearer@yahoo.fr Leur mémoire restera à jamais
partagent avec Ni fleurs ni couronnes.
Clara, ancrée dans nos souvenirs.
Gabriel, ses petits-enfants, Nous ne les oublierons jamais.
Raoul Sicsic,
Maryse Dubo,
CHAQUE MOIS UN PRÉSIDENT

CRASSUS
L’HOMME
MOYEN ÂGE
LA PESTE NOIRE
LINCOLN
LE PRÉSIDENT
la joie d’annoncer la naissance de Ce avis tient lieu de faire-part. son époux,
sa sœur,
LE PLUS RICHE TRANSFORME PRÉFÉRÉ DES
DE ROME LES MENTALITÉS AMÉRICAINS

Pierre et Elisabeth Sicsic-Kremp, Fédération des Aveugles


Mensuel Amédée, ont la grande tristesse d’annoncer Paris. son fils et sa belle-fille, de France,
le décès de 6, rue Gager-Gabillot,
Paul, Aude et Christophe, Hélène,
75015 Paris.
Michel GOUBET, Monette Aïdan, ses petits-enfants,
le 8 mai 2020, à Besançon. Tél. : 01 44 42 91 91.

Collections agrégé d’histoire, sa sœur, Julia,


ancien professeur son arrière-petite-fille,
Décès au lycée Pierre-de-Fermat René et Gérard Maruani, Anniversaire de décès
Les familles Guillaumou, Scherrer,
de Toulouse, ses frères Darmon, Sicsic, Drighes, Kremp,
Magdeleine Cocrelle, et leurs épouses, Eva et Nicole, Le jeudi 19 mai 2011.
survenu le 6 mai 2020, Houchard,
son épouse, dans sa quatre-vingt-quatrième année. Albert, Audrey et Didier Aïdan,
Michel PRIGENT,
Fabienne et Florence Cocrelle, Estelle Nahum, Anna et Julia Maruani, ont la grande tristesse de faire part président du directoire
ses filles, Villaines-en-Duesmois. ses nièces et ses neveux, du décès de des Presses Universitaires de France,
Gérard Hovakimian,
son gendre, Christine Graffin,
ont la tristesse de faire part du décès
Annie SICSIC, nous quittait à l’âge de soixante ans.
son épouse, née GUILLAUMOU,
Timothée et Chloé Hovakimian, Juliette, Ambroise, Clémence, de
pharmacienne, Nous ne l’oublions pas.
ses petits-enfants, Matthieu et Camille,
ses enfants,
Jeanne, Lou, Gustavo, Gabriel, M. Georges William Braham survenu le 7 mai 2020, Communication diverse
ont la douleur de faire part du décès Jonas, Marco, Marius, Rita, Georges MARUANI, dans sa quatre vingt douzième année.
de et Lisa, né le 26 mai 1943,
ses petits-enfants,
Brigitte, Cécile et Roselyne, Famille Sicsic,
Actuellement en vente, Gérard COCRELLE, ses sœurs, survenu le 8 mai 2020. 200, boulevard Malesherbes,
le volume n° 7 ENA promotion « 18 juin », 75017 Paris.
DE GAULLE ont la tristesse de faire part du décès
chevalier de Les obsèques ont eu lieu dans
de la Légion d’honneur, l’intimité familiale le 10 mai. Remerciements
Philippe GRAFFIN,
officier Le samedi 28 mars 2020, Envie d’être utile ? Rejoignez-nous !
dans l’ordre national du Mérite, survenu le 5 mai 2020. Cet avis tient lieu de faire-part et
FEMMES de remerciements. Maurice CERISOLA, Les bénévoles de SOS Amitié
D’EXCEPTION survenu à Paris, des suites du
Toute sa tribu lui souhaite un bon
écoutent
voyage.
Pierre Martin, succombait à une crise cardiaque par téléphone et/ou par internet
Covid-19, le 23 avril 2020, à l’âge de
xtinegraffin@live.fr chez lui, à l’Île de la Réunion qu’il ceux qui souffrent de solitude,
quatre-vingt-neuf ans. président,
aimait tant. de mal-être et peuvent avoir
Le bureau national
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Ses amis,
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Résistance (ANACR), Anne-Sophie, Thomas, Adeline, bénévoles
Paris 7e et les obsèques ont eu lieu
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dans l’intimité. ont appris avec très grande tristesse L’écoute peut sauver des vies
Pierre GRANET, remercient chaleureusement tous et enrichir la vôtre !
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de la Légion d’honneur,
foudroyé par une crise cardiaque grand’croix Société éditrice du « Monde » SA
a la tristesse d’annoncer le décès de dans sa soixante et onzième année, Président du directoire, directeur de la publication Louis Dreyfus
de l’ordre national du Mérite,
le samedi 2 mai 2020, en fin Directeur du « Monde », directeur délégué de la publication, membre du directoire Jérôme Fenoglio
d’après-midi. présidente de l’ANACR. Directeur de la rédaction Luc Bronner
Directrice déléguée à l’organisation des rédactions Françoise Tovo
Jean-Pierre DUCLOS, Homme de livres et de luttes, survenu le 8 mai 2020, Direction adjointe de la rédaction Grégoire Allix, Philippe Broussard, Emmanuelle Chevallereau, Alexis Delcambre,
il avait la conviction qu’un autre Benoît Hopquin, Marie-Pierre Lannelongue, Caroline Monnot, Cécile Prieur, Emmanuel Davidenkoff (Evénements)
avocat et fondateur du cabinet. monde est possible. à l’âge de cent un ans, Directrice éditoriale Sylvie Kauffmann
Rédaction en chef numérique Hélène Bekmezian
Rédaction en chef quotidien Michel Guerrin, Christian Massol, Camille Seeuws, Franck Nouchi (Débats et Idées)
Le soleil brillera toujours. Compagne de vie et de lutte du Directeur délégué aux relations avec les lecteurs Gilles van Kote
Directeur du numérique Julien Laroche-Joubert
colonel Henri Rol-Tanguy, elle
Ses associés, anciens et actuels Des dons peuvent être adressés Chef d’édition Sabine Ledoux
au Conseil démocratique kurde restera pour l’Histoire un exemple Directrice du design Mélina Zerbib
collaborateurs et salariés présentent en France, à Droit au logement, de l’engagement des femmes dans la Direction artistique du quotidien Sylvain Peirani
Photographie Nicolas Jimenez
leurs plus sincères condoléances à La Terre en commun. Résistance et de la fidélité à ses Infographie Delphine Papin
Actuellement en vente, à son épouse, Jacqui, à son fils, valeurs. Directrice des ressources humaines du groupe Emilie Conte
le volume n° 11 Un hommage sera organisé Secrétaire générale de la rédaction Christine Laget
Sébastien, ainsi qu’à toute sa famille. l’année prochaine. (Le Monde du 10-11 mai.) Conseil de surveillance Jean-Louis Beffa, président, Sébastien Carganico, vice-président
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20 | horizons 0123
MARDI 19 MAI 2020

S
ur sa page Facebook, Marie­Alice
Dibon avait choisi une poignée de
mots pour se résumer : « Free bird
and happy nerd ». Voilà comment
elle se voyait et se présentait aux
autres : « Oiseau libre et passion­
née de sciences ». Au­dessus de la phrase en
anglais, sa photo : la cinquantaine, cheveux
mi­longs teints en blanc, les traits fins, le
sourire impeccable. Seules quelques rides
d’expression, au coin des yeux et sur les joues,
esquissaient joliment le passage du temps.
Quand ses proches évoquent aujourd’hui
cette consultante en biotechnologies de
53 ans, les qualificatifs flatteurs se succèdent :
« Cultivée », « brillante », « sociable », « fémi­
niste convaincue »… « “Free bird”, c’était elle,
confirme Hélène de Ponsay, sa sœur. Ce n’était
pas quelqu’un qui se laissait enfermer dans
une cage. » Un mot, en revanche, ne vient pas
spontanément : « Victime ».
Le 22 avril 2019, le corps de Marie­Alice
Dibon a été retrouvé, recroquevillé dans un
grand sac de voyage flottant dans l’Oise, près
de la base de loisirs de Cergy­Pontoise, au
nord­ouest de Paris. Luciano Meridda,
66 ans, son compagnon, s’est enfui en Italie
après l’avoir empoisonnée puis jetée à l’eau,
faisant d’elle la cinquante et unième victime
de féminicide en France cette année­là. Trois
semaines plus tard, le 10 mai, il s’est suicidé.
Les mécanismes psychologiques en jeu
dans cette histoire – de la séduction au condi­
tionnement en passant par le dénigrement,
les « signaux faibles » observés par l’entou­
rage et l’impossibilité de sortir d’une relation
toxique – dessinent par touches un phéno­
mène au cœur des féminicides que Le Monde
a étudiés : l’emprise. La famille et les amis de
Marie­Alice Dibon en décrivent les rouages
sans forcément utiliser le mot. La psychiatre
Marie­France Hirigoyen, auteure de Femmes
sous emprise (éd. de Noyelles, 2005), a recours
à la « fable de la grenouille » pour mieux
comprendre cette notion aux mille nuances,
si insaisissable que le code pénal lui­même
ne la définit pas : « Si on la plonge dans l’eau
bouillante, la grenouille va s’échapper d’un
bond. Mais si la température grimpe petit à
petit, elle ne va pas prendre conscience du
danger et finira par mourir ébouillantée. »
Pour Marie­Alice Dibon, tout a donc com­
mencé par une rencontre aux allures de
conte de fées, au début des années 2000. Elle
habite alors entre les Etats­Unis et la France,
et doit se rendre chez sa sœur, en banlieue
parisienne. Dans le taxi, le chauffeur a posé
un bouquin sur le siège passager. Il lit sou­

Vie et mort d’une


vent, entre deux clients. Marie­Alice, elle
aussi, dévore les livres. La conversation s’en­
gage. Le chauffeur lui laisse sa carte de visite.
Il s’appelle Luciano Meridda, approche la cin­
quantaine. Venu d’Italie alors qu’il était en­
core enfant, il se présente comme un autodi­

femme sous emprise


dacte curieux, issu d’un milieu modeste.

RENCONTRE AVEC « UN TYPE INCROYABLE »


« Quand elle est arrivée chez nous, elle était sur
un nuage, se remémore Hélène de Ponsay.
Elle venait de rencontrer un type incroyable. Il
était chauffeur de taxi et lisait je ne sais quel
roman médiéval ou de la poésie qu’elle était en
train de lire aussi. » Marie­Alice et Luciano se
revoient. Elle a connu un premier mariage Marie­Alice Dibon, 53 ans, a été tuée par son compagnon en avril 2019, au terme
jeune, en 1989, une installation aux Etats­
Unis l’année d’après, puis un divorce, sept d’une relation toxique dont ses proches décryptent aujourd’hui le mécanisme
ans plus tard, sans enfant. Des histoires senti­
mentales compliquées ensuite – « avec des
hommes impossibles », selon une amie –,
notamment avec un Belge, qu’elle a aidé à ma sœur passe beaucoup de temps aux Etats­ compagnon ou compagne idéale. Marie­Alice qu’il s’était présenté comme divorcé, elle ap­
sortir de l’alcoolisme. Luciano, lui, dit se re­ Unis et, quand elle rentre au pays, ils se retrou­ me décrit quelqu’un. Je lui dis : “Tu me parles prend plusieurs mois après leur rencontre
construire après une rupture difficile. « C’est vent, avec plaisir je pense, décrit Hélène de de quelqu’un d’ingénieux, d’intelligent, mais qu’il est encore marié. Du reste, l’apparte­
divorcée et sans boulot qu’elle l’a rencontré, ra­ Ponsay à propos des premières années du ce n’est pas du tout Luciano.” Ça la vexe. Elle ment de Courbevoie où ils habitent appar­
conte Sandie Jaidane, l’une des amies de couple. Luciano devient une donnée stable avait un caractère assez fort, je me fais en­ tient en partie à sa femme, domiciliée dans
Marie­Alice. Elle avait besoin de beaucoup dans sa vie, une sorte de point d’ancrage. » gueuler. Quand elle me parlait de lui, je n’arri­ l’ouest de la France et avec laquelle il ne vit
d’affection, d’amour. Il a comblé ses vides. » Où qu’elle se déplace en France, il arrive. vais plus à suivre son raisonnement. Comme plus. Ce n’est pas Luciano qui le lui révèle,
Elevée au sein d’une famille plutôt bour­ Laure de La Guéronnière, une amie de trente s’il y avait une main invisible qui la faisait dé­ mais son épouse, qui appelle les parents de
geoise de la région lyonnaise, fille de profs ans de Marie­Alice, se rappelle de « ce côté vier de sa rationalité habituelle. » Marie­Alice. Au passage, celle­ci découvre
d’allemand, Marie­Alice est titulaire d’un “j’ai mon chevalier servant”, parce que, effec­ D’autres proches ont, eux aussi, l’impres­ également qu’il a des enfants.
doctorat en pharmacie. Luciano, lui, n’a pas tivement, il présente bien, est chauffeur classe sion que Marie­Alice n’est plus la même en
fait de longues études et aime à répéter qu’il affaires. Mais ça devient pesant, au fil du compagnie de Luciano. Petite femme éner­ LA PHASE DE « CONDITIONNEMENT »
s’est bâti à la force du poignet et du volant. temps ». Même quand ils ne sont pas sur le « J’AI PENSÉ QU’IL  gique, la soixantaine, Bathsheba Mashleen, Nous sommes alors au milieu des années
Dans l’entourage de Marie­Alice, le couple même continent, le téléphone les relie. Ils Y AVAIT DEUX  une amie américaine, relate une autre anec­ 2000. Disputes et moments de tension s’en­
détonne. Elle le sait, et s’amuse parfois de s’appellent plusieurs fois par jour. C’est dote marquante, un voyage en France, il y a chaînent. Marie­Alice n’en parle pas trop à
l’étonnement que cela provoque, peut­être plutôt lui qui appelle, d’ailleurs. Luciano MARIE­ALICE  quelques années. Avec son compagnon, son entourage. « Je savais des choses par bri­
pour ne pas s’en agacer. « Elle aimait bien les Meridda aime dire à ses connaissances qu’il Marie­Alice et Luciano, ils avaient décidé bes, témoigne Catherine Sallenave, l’une de
trucs insolites, ça lui plaisait plutôt d’être avec fréquente une brillante scientifique franco­ ET QUE  d’aller une semaine visiter les environs de ses confidentes, qui habite Los Angeles. Elle
quelqu’un que les autres trouvaient inappro­ américaine. « Il avait besoin de se faire mous­ Cognac, en Charente. Mais, une fois sur n’aimait pas s’étendre sur le sujet. Mais, une
prié, pas dans sa gamme, souligne Marc An­ ser, analyse Laure de La Guéronnière. Marie­
L’UNE D’ELLES  place, Luciano ne sort plus de sa voiture, re­ fois ou deux, elle m’avait dit : “Tu sais, Luciano
selme, un ami consultant expatrié à Sacra­ Alice lui apportait cette mousse, ce côté un ÉTAIT MANIPULÉE  fuse les promenades. Au milieu du séjour, est supermacho.” Elle m’avait raconté que,
mento (Etats­Unis). C’était quelqu’un qui peu plus glamour, peut­être, que la réalité de Marie­Alice annonce qu’elle doit le raccom­ dans leur appartement, sur le plancher en
aimait bien tailler son propre chemin. » sa vie quotidienne. » Mais Luciano se montre PAR LUI » pagner à Paris. Bathsheba ne comprend pas : bois, le soleil avait éclairé un peu de poussière.
Au gré de conférences et de rendez­vous « possessif », « jaloux », se souviennent divers BATHSHEBA MASHLEEN « Je lui ai même dit quelque chose comme : Luciano s’était énervé en lui reprochant d’être
professionnels, la consultante en biotechno­ témoins. Certains s’étonnent de son côté une amie de Marie-Alice “Ce n’est pas très féministe, comme compor­ une très mauvaise ménagère. » Même si Ma­
logies alterne les séjours de deux mois en macho, voire xénophobe. tement, et je sais que tu l’es pourtant.” Mais rie­Alice sait le remettre à sa place, le méca­
France et aux Etats­Unis. En Californie, elle a La phase de séduction n’a duré qu’un elle n’a pas répondu. Elle a juste lancé : “Je nisme de l’emprise opère peu à peu, comme
acheté un petit chalet près du lac Tahoe, un temps. Marc Anselme évoque une relation dois rentrer avec lui.” Ce jour­là, j’ai pensé un piège qui se referme.
écrin de nature où elle aime se ressourcer, à sentimentale ressemblant à « une collection qu’il y avait deux Marie­Alice. Et que l’une A sa mère, Marie­Alice annonce un jour au
trois heures de route au nord­est de San Fran­ de problèmes ». Comme d’autres, il ne d’elles était manipulée par lui. » téléphone qu’il « a levé la main » sur elle. Elle
cisco. A ses retours en France, « Lulu » vient comprend pas ce que son amie trouve à « Manipulée », ou simplement amoureuse ? n’ira pas jusqu’à dire qu’il l’a frappée. A de
la chercher, en taxi et costume. Ils vivent Luciano. Lors d’une balade dans la nature Toujours est­il que Marie­Alice fait preuve rares amies, elle confie qu’il l’a giflée, mais
dans un appartement qu’il possède à Courbe­ avec Marie­Alice, le sujet arrive, presque par d’une grande mansuétude face au premier qu’elle a passé outre. Son attitude interpelle
voie, dans les Hauts­de­Seine. « A l’époque, hasard : « On discutait, en forêt, de notre gros mensonge de son compagnon. Alors son entourage. Elle, la femme au caractère
0123
MARDI 19 MAI 2020 horizons | 21

espérant ainsi échapper à leur persécuteur » ?


Sandie Jaidane constate : « Elle était lucide
pour les autres, naïve pour elle­même. » Ma­
rie­Alice fantasmait une rupture en douceur,
sans trop de heurts. « Elle était dans cet état
d’esprit­là : arriver à le quitter en lui faisant le
moins de mal possible pour pouvoir garder
des relations apaisées avec lui et envisager la
suite dans des conditions sereines », analyse sa
sœur Hélène. Après le drame, pour la famille
et les amis, tout est devenu plus clair : les stra­
tégies de contrôle, la relation toxique, l’em­
prise. Mais, sur le moment, le constat était
Marie­Alice Dibon bien plus difficile à établir. « Marie­Alice, en
(page de gauche) théorie, est armée socialement, relève Laure
a été étouffée par de La Guéronnière. C’est une femme indépen­
son compagnon, dante, intelligente. Elle n’est pas menacée phy­
qui a mis son siquement tous les jours, elle n’est pas battue
corps dans un sac et n’a rien d’une victime. » Sa mère, Jacqueline
de voyage et l’a Dibon, n’a jamais envisagé une issue vio­
jeté dans l’Oise. lente. « Je l’aurais vue arriver avec des coups
Sa sœur Hélène dans la figure, je n’aurais pas demandé son
(ci­contre, le avis : je serais allée à la police tout de suite. Dès
21 février) et qu’elle était loin de lui, elle était joyeuse. Mais
ses amis, parmi quand je revois les photos d’elle maintenant,
lesquels Laure sur beaucoup, j’ai l’impression qu’il y a un œil
de La Guéronnière qui pleure et un œil qui rit. »
(ci­dessous),
la décrivent LA « RÉAPPROPRIATION »
comme une Le 19 avril 2019, un vendredi, Marie­Alice a
femme rendez­vous avec « Rob », avec qui elle se pro­
« cultivée », jette un futur. Sans prévenir, elle ne s’y rend
« sociable », pas, ce qui ne lui ressemble pas. Elle qui est si
« féministe présente sur les réseaux sociaux, si active sur
convaincue ». son téléphone, voilà qu’elle ne répond plus
PHOTOS CAMILLE GHARBI aux messages de son entourage. Sa sœur
POUR « LE MONDE » Hélène, inquiète, tente vainement de l’appe­
ler. Elle joint Luciano Meridda, qui évite de ré­
pondre aux questions et affirme ignorer où
se trouve Marie­Alice. En réalité, quelques
heures plus tôt, dans la nuit du 18 au 19 avril,
dans son nouvel appartement de Puteaux
(Hauts­de­Seine), il lui a fait avaler des som­
nifères, avant de la tuer en l’étouffant.
Dans la journée du 19, Luciano demande à
son fils Simon, 31 ans, de le rejoindre à Pu­
teaux. Pour toute explication, il affirme avoir
fait « une connerie ». Les deux hommes pla­
cent le corps dans une malle métallique. « On
s’est dit ensuite qu’on ne ferait rien
aujourd’hui et que le mieux à faire, c’était de
quitter les lieux, expliquera Simon Meridda
aux enquêteurs. Il m’a dit de partir travailler
et qu’on trouverait une solution demain. »
Luciano lui­même travaille cette après­mi­
di­là au volant de son taxi, comme si de rien
n’était, laissant le corps de Marie­Alice chez
lui. Le soir, il va dormir chez l’une de ses maî­
tresses. Le lendemain matin, il rejoint son
domicile et retrouve Simon. Après avoir sorti
affirmé, qui ne se laisse pas dicter sa à certains proches. Mais la perspective lui Alice préfère en rire. Puis, face à l’insistance le cadavre de la malle, ils l’enferment dans un
conduite, a parfois des réactions inhabituel­ donne des scrupules. « Lulu » n’avait­il pas de son amie, « elle a répondu : “Je le rends grand sac de voyage, qu’ils emportent dans
les. Hélène, sa sœur, se souvient ainsi d’un été là quand elle traversait une période diffi­ vraiment malheureux, tu te rends compte de le coffre de la voiture du jeune homme. Ils
incident, qui a eu lieu au détour d’une dis­ cile ? N’avait­il pas perdu plusieurs kilos une tout ce qu’il est obligé de faire ?” Au lieu de tentent d’abord de l’enterrer dans une forêt,
cussion banale. « On devise gaiement sur nos des fois où elle lui a annoncé qu’elle envisa­ comprendre que c’était quelqu’un de dange­ mais n’y parviennent pas. Leur véhicule
histoires de sœurs, et là Marie­Alice perd geait la séparation ? « Sa culpabilité la ren­ reux, elle culpabilisait encore davantage de le étant embourbé, ils doivent même appeler
complètement sa contenance et s’affole : “J’ai dait aveugle, estime Sandie Jaidane. Elle me rendre manipulateur à cause d’elle, et non une dépanneuse à la rescousse. Ils décident
oublié d’acheter du pain !” » Hélène s’en disait souvent : “Je culpabilise de ne plus parce qu’il était effectivement manipula­ alors de balancer le sac dans l’Oise, où il sera
amuse : « Pas grave, tu iras plus tard, ou Lu­ l’aimer, de ne plus le désirer, de ne pas avoir teur ». Luciano continue de l’appeler réguliè­ repêché deux jours plus tard.
ciano peut en rapporter. » Marie­Alice in­ envie de finir mes jours avec lui alors qu’il rement quand elle est aux Etat­Unis, et Luciano s’enfuit en Italie, d’où il téléphone
siste : « Tu ne te rends pas compte, il aime sera bientôt à la retraite.” » même en France, quand elle n’est pas avec à son fils. Sans jamais s’étendre sur les rai­
vraiment que je le lui prépare. J’achète du lui, pour savoir où elle se trouve, et avec qui. sons de son acte contre Marie­Alice, il af­
pain frais, je coupe des tranches, je les mets DÉCIDÉE À ROMPRE Il veut tout savoir de ses sorties. firme vouloir se suicider. Le jeune homme
au congélateur, comme ça, le lendemain, il Luciano ne se prive pas d’alimenter ce senti­ Jusqu’au bout, il gardera le contrôle sur elle. cherche à l’en dissuader : « Je lui ai dit qu’il
peut se faire ses petites tartines grillées… » ment de culpabilité, lui répétant à l’envi qu’il Hélène, sa sœur, ressasse ainsi le douloureux n’était pas doué avec la mort et qu’il finirait
Hélène est estomaquée : « Je ne reconnais­ ne peut pas vivre sans elle, qu’il se laissera souvenir de son cinquantième anniversaire, paraplégique et condamné », a déclaré ce der­
sais pas ma sœur. On ne nous a pas élevées mourir si elle part. Sa possessivité est prise au printemps 2019. Pour l’occasion, elle avait nier devant les enquêteurs. Son père a tout
comme ça. » Avec le recul, elle estime que pour de l’amour. « C’est valorisant, un proposé à sa sœur de venir dormir chez elle, de même fini par se tuer en se jetant sous un
« rentrer dans la maniaquerie de Luciano, homme qui vous dit que, sans vous, il ne peut dans un quartier résidentiel de Louveciennes camion dans le nord de l’Italie. Seul Simon
dans ces espèces de routines qui s’imposent, pas vivre, observe Laure de La Guéronnière. « DÈS QU’ELLE  (Yvelines), après la fête. Durant la soirée, les Meridda, mis en examen pour recel de cada­
c’était entrer dans son système de contrôle ». Peut­être que ça vient titiller quelque chose de invités voient une Marie­Alice rayonnante. vre, sera donc jugé dans cette affaire, pour la­
Ainsi s’est mise en place, après l’étape de sé­ profond qui est ce besoin d’attention, de re­ ÉTAIT LOIN DE LUI,  Jusqu’à un appel imprévu de Luciano, qui dé­ quelle il encourt deux ans de prison.
duction, la phase de « conditionnement » dé­ connaissance. » Fin 2018, Marie­Alice semble cide de venir. « A partir de son arrivée, elle a Le procès permettra­t­il d’en savoir davan­
crite par la psychiatre Marie­France Hiri­ vraiment décidée à rompre. Elle prend ELLE ÉTAIT JOYEUSE.  été moins joyeuse. Elle a moins dansé, ils se tage sur les circonstances exactes de la mort
goyen. Les barrières critiques de Marie­Alice même un appartement à Paris. Mais l’un des MAIS QUAND  sont isolés. » Ce soir­là, impuissante, Hélène a de Marie­Alice ? Luciano avait fait disparaître
cèdent. La femme rationnelle excuse des com­ fils de Luciano, Simon, a de graves problè­ vu sa sœur s’éclipser. « Il a abrégé la fête par son téléphone, qui n’a jamais été retrouvé, et
portements qu’elle aurait jugés intolérables mes de santé. Elle remet ses projets à plus JE REVOIS  son besoin de gâcher son bonheur, de la gar­ n’a laissé derrière lui aucune lettre d’explica­
s’ils avaient concerné ses amies. « Le fait que tard. « Voyant le père en complet désarroi, en der pour lui. Elle est allée chercher ses affaires tion. « Il a fait ça parce qu’elle avait vraiment
l’on soit d’une grande intelligence et que l’on ra­ panique devant ce qui était arrivé à son fils, LES PHOTOS, dans la chambre, elle est repartie avec son ba­ dû lui faire comprendre que c’était fini, pour
tionalise tout, ça aide à rationaliser l’intoléra­ elle est retournée à ses côtés, comme une J’AI L’IMPRESSION  luchon et son boulet. » « Avec du recul, com­ de bon, avance Catherine Sallenave. Et lui s’est
ble, analyse sa sœur Hélène. Quand Luciano bonne épouse, pour le soutenir, analyse Hé­ plète Laure de La Guéronnière, je me rends dit : “Si je ne peux pas t’avoir, personne ne
était méchant avec elle et qu’on lui en faisait la lène. Elle était toujours là pour le pire, elle n’a QU’IL Y A UN ŒIL  compte qu’elle était sa chose. » t’aura.” » Ultime étape de l’emprise, celle de la
remarque, Marie­Alice trouvait une explication juste jamais eu le meilleur. » « réappropriation ». Simon Meridda a indi­
rationnelle. Elle pouvait dire, par exemple : “Il Début 2019, Laure de La Guéronnière QUI PLEURE  « ARMÉE SOCIALEMENT » qué aux enquêteurs que son père, « jusqu’au
n’a pas été assez aimé quand il était petit. Il n’a conseille à son amie de consulter une Grande lectrice, Marie­Alice achète pourtant dernier moment », ne lui avait jamais avoué
pas eu la chance qu’on a eue d’avoir des parents psychologue. Une étape nécessaire dans le
ET UN ŒIL QUI RIT » des ouvrages sur les relations toxiques. Elle ne plus être avec Marie­Alice.
qui nous ont aimées, qui nous ont poussées à processus de rupture qu’elle a décidé d’entre­ JACQUELINE DIBON offre même à son amie Catherine Sallenave Sur sa page Facebook, le 7 mars 2019, cel­
faire des études, qui nous les ont payées.” » Au prendre. Ce travail avec la psychologue, et le la mère de Marie-Alice un livre de Marie­France Hirigoyen intitulé le­ci avait changé sa photo de profil, nou­
sein du couple, le froid succède au chaud. Son fait qu’elle envisage de construire sa vie avec Le Harcèlement moral, la violence perverse au velle coupe et cheveux teints en blanc. Les
compagnon semble orchestrer la perte de re­ un autre homme, Rob, rencontré il y a quel­ quotidien (Syros, 1998). Avait­elle repéré ce couleurs sombres « durcissent le visage, c’est
pères. Après chaque dispute, il se fait préve­ ques années, l’encourage à aller au bout de passage dans lequel la psychiatre souligne mieux de préférer la lumière », commentait­
nant. « Elle me montrait un bracelet ou un col­ sa démarche. Avec l’espoir que celle­ci soit que le processus d’emprise « n’est possible elle, tout en déplorant que le blanc soit asso­
lier en me disant : “C’est lui qui me l’a offert. douce. Ne pas faire trop de mal à Luciano, le que par la trop grande tolérance du parte­ cié à la vieillesse. « Ce qui doit poser pro­
C’est toujours pareil : à chaque fois qu’on s’en­ protéger encore. « Elle avait peur pour lui, pas naire » ? Une tolérance qui peut s’expliquer, blème à de nombreux hommes, c’est qu’avec
gueule et que je menace de le quitter, il devient de lui, constate Laure. Même quand on lui écrit l’auteure, par « l’acceptation d’un rôle de l’âge, les femmes gagnent en assurance et en
tout gentil, fait des efforts. Mais ça ne dure assurait : “Il te fait du chantage affectif”, elle personne réparatrice du narcissisme de pouvoir d’agir », rebondissait une connais­
pas” », se rappelle Sandie Jaidane, l’amie de ne voulait pas l’entendre. » l’autre, une sorte de mission où elle aurait à se sance. Marie­Alice semblait d’accord et citait
Marie­Alice. Après une énième crise, il lui pro­ Marie­Alice voit d’abord un homme perdu, sacrifier ». Marie­Alice s’est­elle un temps Simone de Beauvoir : « Une femme qui n’a
met de divorcer. Il ne le fera jamais. trop dépendant d’elle. Devant ses amis, sa sentie concernée par cet autre passage, où la pas peur des hommes leur fait peur. » En titre
Les mois passent. Cette « main invisible » famille, elle persiste à le défendre. Sandie psychiatre écrit que « les victimes se défen­ de sa photo, elle avait écrit : « Time for
dont parle Marc Anselme empêche à plu­ l’appelle pour lui signaler qu’il s’est montré dent mal, surtout si elles se croient à l’initiative change. » Luciano Meridda ne lui en a pas
sieurs reprises Marie­Alice de rompre. Elle y prêt à la séduire pour lui soutirer des infor­ de la séparation, ce qui est souvent le cas, leur donné la possibilité. 
pense pourtant depuis longtemps, en parle mations concernant leur couple ? Marie­ culpabilité les porte à se montrer généreuses, yann bouchez
CULTURE
0123
22 | MARDI 19 MAI 2020

Chaumont­sur­Loire 
revoit la vie en vert
Le château et ses jardins, le parc et ses installations,
ainsi que le festival international, ont ouvert
samedi 16 mai, pour le plaisir des visiteurs de la région

REPORTAGE La réalisatrice Amatrice d’art contemporain, elle


vient aussi y faire des découver­
chaumont­sur­loire
(loir­et­cher) ­ envoyée spéciale et scénariste tes : « Chantal n’oublie jamais les
femmes artistes. L’art fait par des
Coline Serreau,

L
e traditionnel tapis vert femmes n’est ni mieux ni moins
n’a pas été déroulé cette l’une des bien, seulement moins visible, or, il
année. La simple réou­ offre des regards sur le monde qu’il
verture, samedi 16 mai,
marraines du faut montrer. »
du domaine de Chaumont­sur­ festival, cette C’est devenu une des caractéris­
Loire (Loir­et­Cher) était en soi un tiques de Chaumont : présenter à
événement : elle a à la fois rem­
année, est venue la fois le travail d’artistes reconnus
placé l’inauguration de la pro­ en voisine (d’El Anatsui à Andy Goldsworthy
grammation d’art contempo­ ou Nils­Udo) et celui d’artistes
rain, qui devait être lancée fin
et en famille plus dans l’ombre. Largement mé­
mars, et celle du Festival interna­ connue, Marinette Cueco, dont les
tional des jardins, rendez­vous herbiers abstraits et les dentelles
très attendu du début du mois de La matinée est très calme, le so­ de végétaux révèlent jusqu’à la
mai. Une réouverture pas si évi­ leil radieux. Une parfaite « jour­ beauté nacrée des peaux d’ail ou
dente que ça quand on considère née test » pour redémarrer et d’oignon, fait ainsi l’objet d’une
l’envergure des lieux : 32 hectares amorcer un retour à la normale exposition dans le château.
de parc, jardins et bâtiments his­ dans ce département en zone Comme les deux têtes d’affiche de
toriques, en premier lieu le châ­ verte, qui attend un assouplisse­ la saison de la saison, Pascal Con­
teau et ses écuries, à rendre con­ ment à partir du 2 juin. « Les visi­ vert et Giuseppe Penone.
formes au protocole sanitaire du teurs étrangers représentent en gé­
déconfinement. néral 25 % de la fréquentation, con­ Un joyeux biotope
Dès 10 heures, une fois passé le tre 50 % pour Chambord. Nous es­ Le premier a reconstitué la biblio­
contrôle des billets – qu’il est con­ pérons qu’il y aura un phénomène thèque de la princesse de Broglie,
seillé d’acheter en ligne pour évi­ de compensation avec davantage qui avait brûlé dans le château
ter tout contact –, tout en respec­ de public français cette année », en 1957, avec des ouvrages en
tant les distances de sécurité, les détaille la directrice, qui arpente verre, où de vrais livres, encore vi­
premiers visiteurs munis d’un le domaine en voiturette. sibles en transparence, ont été en­
masque, obligatoire dans les es­ Un couple matinal reconnaît ve­ capsulés et en partie calcinés par
paces intérieurs, ont pu recon­ nir d’au­delà des 100 km régle­ la matière en fusion. « Un para­
quérir les lieux, pour le moment mentaires : « Nous arrivons de Loi­ doxal retour des livres par le feu »,
accessibles aux seuls résidents du re­Atlantique, mais pour des rai­ résume la directrice. Autre pro­
fameux périmètre de 100 km. sons professionnelles, avec un jus­ duction pour Chaumont, autre
« Les Parisiens représentent ha­ tificatif ! Après, on profite de ce travail sur la mémoire : l’artiste a
bituellement une partie impor­ déplacement pour venir à Chau­ retrouvé des souches d’arbres
tante des visiteurs, mais nous mont, où nous venons en toutes abattus pour creuser des tran­ Une famille visite les jardins du domaine de Chaumont­sur­Loire (Loir­et­Cher), samedi 16 mai.
avons la chance de nous trouver saisons depuis une quinzaine d’an­ chées pendant la première guerre En arrière­plan, « La Constellation du fleuve », de Christian Lapie. NICOLAS KRIEF POUR « LE MONDE »
au cœur de la région Centre­Val de nées, parce que c’est un lieu magi­ mondiale. Des souches, rebuts gé­
Loire, entre Tours et Orléans », que, plein de surprises, notam­ néralement restés sur place, qu’il
confie Chantal Colleu­Dumond, ment grâce à l’art. Et ça fait un bien a peintes en noir et installées, ra­ missements font contrepoint aux grandes civilisations de jardins.
la directrice des lieux. Ancienne énorme de sortir du monde virtuel cines vers le ciel, dans le parc his­ obstruantes poutres de l’installa­
Penone ouvre Après les jardins chinois, japonais
conseillère culturelle à Bucarest, dans lequel le confinement nous torique, comme un étrange cime­ tion de Jannis Kounellis, l’une des le parcours ou anglais, la nouveauté cette an­
Rome et Berlin, cette passionnée avait plongés. » tière à la mémoire des soldats nombreuses pièces des éditions née est un jardin sud­africain, à
d’art et de jardins a pris les rênes La réalisatrice et scénariste Co­ tombés. précédentes ayant pris racine
avec une découvrir juste avant la sortie.
de cet établissement régional et line Serreau, l’une des marraines Quant à Penone, il ouvre le par­ dans l’écrin chaumontais. nouvelle œuvre La fréquentation s’est raisonna­
patrimonial en 2007, en associant du festival cette année, est venue cours avec une nouvelle œuvre en Côté festival, sur la vingtaine de blement intensifiée au fil de
une saison d’art contemporain au en voisine, et en famille. « Je viens extérieur, conclut son exposition jardins présentés cette année, le
en extérieur l’après­midi : quand, à la même
Festival international des jardins, 3, 4, 5, 6 fois par an ! Non seulement de dessins (inédits) par une sculp­ plus singulier est une sorte de jar­ et conclut son période, le domaine draine quoti­
qui préexistait. parce que j’habite à 500 mètres, et ture, Respirare l’ombra (« respirer din­cicatrice où la nature, comes­ diennement environ 2 000 per­
que les restaurants y sont fort bons, l’ombre »), poumons en feuilles tible ou toxique, recompose un
exposition de sonnes, cette première journée
« Journée test » mais surtout parce que Chantal de laurier dorées, qui résonne de joyeux biotope au milieu de vesti­ dessins inédits aura attiré un peu plus de 200 vi­
On croise une famille de Tours, Colleu­Dumond fait un travail in­ façon frappante en cette période ges industriels et urbains, où le siteurs. Le pont de l’Ascension, le
qui a appris la réouverture la croyable : c’est une super gestion­ de Covid­19. plan d’eau relève de l’infiltration
par une sculpture week­end prochain, s’annonce
veille à la radio. « On a besoin d’es­ naire, elle a un goût d’acier et c’est La qualité vibratoire de la nature marécageuse. Il s’agit du Jardin de d’ores et déjà beaucoup plus
paces de nature après le confine­ une immense jardinière. Personne se dégage de nombreuses œuvres la résilience, d’Eric Lenoir, paysa­ chargé. 
ment, et on se doutait qu’il n’y ne le sait, mais c’est elle qui conçoit de l’année, des toiles de Philippe giste, pépiniériste et auteur du Pe­ emmanuelle jardonnet
aurait pas grand monde tous les espaces interstitiels des jar­ Cognée – qui a sorti l’urbain de tit traité du jardin punk : appren­
aujourd’hui, c’est parfait. D’habi­ dins. Elle aime produire de la son cadre pour laisser la place aux dre à désapprendre (Terre vivante, Domaine de Chaumont­sur­
tude, on se déplace le nez au vent, beauté pour les gens, de tous hori­ broussailles, champs et forêts – 2018), invité en « carte verte ». Loire, ouvert tous les jours de
là, avec le fléchage du parcours et zons ou classes sociales. Il y a ici un jusqu’aux tableaux de cristaux de Depuis 2012, l’ajout d’un parc de 10 heures à 19 heures. Tarifs : 19 €,
un sens de circulation, c’est plus ca­ esprit de liberté, et une luxuriance Léa Barbazanges ou à la poutre de 10 hectares permet de créer des 12 € et 6 € en tarif réduit, passe
dré, mais ça reste très agréable. » qui n’est jamais manucurée. » plumes d’Isa Barbier, dont les fré­ jardins permanents en écho aux famille, passes annuels.

« Tout le monde est un peu sorti du cadre dans cette période »


Chantal Colleu­Dumont, directrice du domaine de Chaumont, explique comment les équipes se sont réorganisées face au confinement

ENTRETIEN tations et la finalisation du Festi­


val des jardins. Les gens étaient
jardiniers ont planté à la place des
concepteurs, des médiateurs
niers. Rouvrir le plus tôt possible
était la priorité car nous nous
Etes­vous pleinement rassurée ?
Nous avons eu l’autorisation
tour à la terre mère », a une thé­
matique très écologique. Elle

A la tête de l’établissement
régional et patrimonial
depuis 2007, où elle a
créé une saison d’art contempo­
rain, Chantal Colleu­Dumont
tétanisés d’angoisse, il a fallu
beaucoup rassurer en interne,
mais aussi les équipes de concep­
teurs de jardins invitées. Nous
avons réussi à convaincre les uns
nous ont aidés à désherber des
cours du château et des écuries,
par exemple. Tout le monde est
un peu sorti du cadre dans cette
période exceptionnelle ! Et le
autofinançons à hauteur de 75 %.
Il fallait absolument redémarrer
pour que Chaumont ait un ave­
nir. Pour fonctionner, nous de­
vons gagner 8 millions d’euros
préfectorale mercredi 13 mai à
19 heures, et annoncé, jeudi 14,
l’ouverture pour le samedi 16.
Nous avons communiqué, bien
sûr, mais nous ne voulions pas
avait été choisie dès l’été dernier,
avec l’idée de retrouver une rela­
tion harmonieuse avec la terre et
la nature en proposant des solu­
tions face à l’exploitation indus­
compte sur le retour des visiteurs et les autres de venir à tour de coup de feu a été décisif les quinze par an, or, à la mi­mars, juste non plus un afflux massif les pre­ trielle et à la destruction de la
cet été pour compenser le man­ rôle et en toute sécurité, avec du derniers jours, alors même qu’il y avant le lancement de la saison, miers jours, on a besoin de rester biodiversité, comme le retour à
que d’entrées dû aux deux mois travail en plein air et des mas­ a eu une tempête. Nous avons pu nous en étions à 180 000 euros. prudents et de se roder avec les des techniques agricoles ances­
de confinement. ques fournis par la région. Nous réaliser tous les jardins sauf trois, Nos sources de revenus sont la protocoles sanitaires. Peut­être trales ou le recyclage. Le contexte
ne savions pas quand nous pour­ deux sont juste décalés, un est re­ billetterie, avec 500 000 visiteurs prolongerons­nous un peu la sai­ de la pandémie est venu rappeler
La période de confinement rions rouvrir, mais nous étions porté à l’an prochain. par an, nos deux boutiques, qui son d’art pour compenser les que la destruction des écosystè­
a été très active à Chaumont, déterminés à être prêts pour le ont rouvert, nos deux restau­ deux mois de fermeture. Mais mes rapproche dangereusement
malgré la fermeture… 1er mai. Rouvrir tôt était­il vital rants, qui restent pour l’instant oui, nous sommes soulagés, car l’homme de la vie sauvage, par
Annoncé à dix jours de l’ouver­ pour le domaine ? fermés mais qui proposeront on devrait éviter la catastrophe. exemple des pangolins. Cela
ture de la programmation artisti­ C’est un tour de force. Comment Deux mois, c’est une interrup­ bientôt des paniers­repas, et les nous renforce dans notre vo­
que, le coup d’arrêt a été brutal, vous êtes­vous organisés ? tion massive à cette saison, d’ha­ ateliers et formations, qui restent Cet épisode pandémique aura­ lonté de célébrer la relation de
mais nous avons immédiate­ Nous avons tenté d’être à la fois bitude d’une incroyable efferves­ en suspens. Les deux mois de t­il un impact sur le position­ l’homme à la nature, dont il a be­
ment élaboré un plan d’attaque, très rigoureux et très réactifs. cence. Chaumont est un grand confinement correspondent à un nement de Chaumont ? soin et qu’il doit respecter pour
car la période entre le 15 mars et Pour faire face, les équipes ont été vaisseau, avec 80 permanents, et manque à gagner d’à peu près Cette 29e édition du festival, in­ survivre. 
le 15 avril, c’est le cœur des plan­ formidables et polyvalentes : nos jusqu’à 160 l’été avec les saison­ 1 million d’euros. titulée « Les Jardins de la terre, re­ propos recueillis par e. j.
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MARDI 19 MAI 2020 culture | 23

Jérôme Bel et son laboratoire de création à distance


Depuis le 16 mars, le chorégraphe fait travailler des élèves de l’Ensemble chorégraphique chez eux

DANSE « C’est tout

A
u début, c’était assez un autre mode
énigmatique, alors
même que ça avait l’air
de pensée
très simple à exécuter. de la danse
Danser comme dans une fête ou se
tirer sur la peau du ventre, ça n’a
qui apparaît, plus
l’air de rien à première vue, et pour­ conceptuelle »
tant ! » Voix claire, Zoé De Sousa,
CÉDRIC ANDRIEUX,
21 ans, étudiante au Conserva­
responsable du pôle
toire national supérieur de musi­
des études chorégraphiques
que et de danse de Paris, se livre
tranquillement. Depuis lundi
16 mars, elle participe, avec les
treize pré­professionnels de l’En­ très cash, m’aident beaucoup à
semble chorégraphique, à un la­ avancer, mais je n’ai pas encore
boratoire de création à distance fini. » Quant à Zoé De Sousa, elle
piloté par le chorégraphe Jérôme en est à la « quarantième version »
Bel. « Ce télétravail par mail avec de son texte et a été profondé­
Jérôme n’a évidemment rien à voir ment remuée par cette recherche.
avec le rapport direct en studio, « C’est la première fois que je me
mais il permet une introspection penchais sur moi­même et j’ai tout
et une réflexion sur ce qu’est un in­ donné jusqu’à mes côtés sombres,
terprète en danse », ajoute­t­elle. confie­t­elle. Mais j’ai aussi réalisé
Crise sanitaire oblige, mille et que si j’adore donner en tant que
une stratégies se déploient pour danseuse, il est nécessaire de fixer
faire travailler les danseurs chez des limites à ce que l’on veut offrir
eux. Dès le début du confinement, au chorégraphe. »
le pôle des études chorégraphi­ Alors que le confinement en­
ques dirigé par Cédric Andrieux a tame le moral, fait vivre des hauts
réagi en proposant aux 126 élèves, et des bas émotionnels, ces
âgés de 14 à 22 ans, un cadre de échanges profonds et prenants
cours en ligne, de la fiche techni­ ont bouleversé les participants.
que à la préparation physique, Zoé De Sousa poursuit : « Cela m’a
avec un volume horaire quasi­ permis de faire un bilan sur des
ment identique à celui qui existait. choses pas faciles de ma vie et de
Pour l’Ensemble chorégraphi­ réaliser que la danse est vraiment
que, en première année de mas­ ma porte de secours, mon ticket
ter autour de la question du ré­ « The Show Must Go On » (2001), de Jérôme Bel. MUSSACCHIO LANIELLO d’intégration, et maintenant j’en
pertoire, une collaboration avec suis sûre. » « Mais comment envi­
Jérôme Bel était programmée, qui sager aujourd’hui cet avenir de la
a été adaptée au contexte. « Il pour nos déplacements, ce qui m’a ges. « Nous faisons ensemble des possible dans ce qu’on fait. Je dé­ danse ?, s’inquiète Marie Albert. Je
s’agit de développer un processus
« Nous faisons permis de tester certaines répéti­ expériences, ensemble nous tâton­ couvre grâce à cet atelier com­ rêvais de grandes choses, de tour­
de recherche en tête à tête avec ensemble tions à distance. J’ai créé deux ver­ nons », précise Bel, qui s’adapte au ment les outils techniques doivent ner dans le monde entier et je com­
chacun des étudiants à travers des sions du spectacle Isadora Duncan rythme des participants. servir à bon escient et comment mence aujourd’hui à repenser mes
vidéos et des mails, précise Cédric
des expériences, simultanément, une à Paris et une « J’étais assez déstabilisée au dé­ aussi ne pas subir sa formation. » désirs à d’autres échelles. »
Andrieux. C’est tout un autre ensemble nous à New York, par Skype. Nous avons part par cette proposition », confie Le passage à l’écriture et à l’auto­ Quant à Jérôme Bel, il se déclare
mode de pensée de la danse qui transmis plusieurs pièces du réper­ Marie Albert, 21 ans. Tandis que biographie s’est aussi révélé un « ébranlé par l’énergie et la fragilité
apparaît, plus conceptuelle. Il y a
tâtonnons » toire de la compagnie récemment Zoé De Sousa s’est sentie « perdue, cap crucial. Se retrouver tout mêlées de ces jeunes gens ». « Cette
eu un petit moment de panique au JÉRÔME BEL à Taipei et à Miami sans avoir à paralysée même ». « Et puis, j’ai di­ jeune vingtenaire à retourner les rencontre qui s’est précipitée sans
départ, en particulier, du côté des chorégraphe nous déplacer. Tout cela grâce aux géré et me suis lancée, poursuit­ couches de sa vie, de son désir de avoir suivi les codes habituels de la
cinq interprètes classiques qui vidéos, aux transcriptions sur pa­ elle. C’est assez violent de se re­ danse, en se dévoilant pour déni­ sociabilité entre le chorégraphe et
sont habitués à reproduire un vo­ pier et aux téléconférences. » tourner la peau comme le font les cher les mots de ses émotions, ne les danseurs, cette incertitude,
cabulaire et pas à ce qu’on leur Must Go on (2001)… Objectif : interprètes de Jérôme Bel. Je n’osais tombe pas direct sur le clavier. cette vulnérabilité que nous éprou­
pose des questions, mais tout s’est interpréter librement ses mor­ « Se retourner la peau » pas et je me demandais aussi dans « Etre confinée et plonger dans vons tous en ce moment font que
mis en marche depuis. » ceaux choisis en envoyant le ré­ Pour de tout jeunes danseurs, ha­ quelle pièce me filmer, comment un état introspectif n’a pas été fa­ le travail prend une dimension
Concrètement, Jérôme Bel a en­ sultat sur vidéo. Parallèlement, il bitués à la pratique en groupe, aborder la nudité ? J’ai décidé de le cile, reconnaît Marie Albert. Je n’ai inattendue. Il en ressort une infinie
voyé à chaque élève quatre ex­ leur a demandé d’écrire un texte cette méthode de recherche faire dans ma baignoire… » pas beaucoup d’expérience, alors délicatesse ainsi qu’un abandon
traits de ses pièces dont la « danse autoportrait. « Cette méthode oblige à secouer sa pratique. Marie Albert, elle, a improvisé j’ai parlé de mes débuts dans la poignant de la part des interprè­
de la peau », du spectacle Jérôme n’est pas très nouvelle pour moi, Chacun devant son ordinateur, la en short et le buste nu. « En fait, danse, à La Réunion, où j’ai habité tes. » Le labo se terminera lundi
Bel (1995), dans lequel les inter­ précise Jérôme Bel. Pour des rai­ réception des images et consi­ j’ai peu à peu réalisé qu’il cherche le jusqu’à 17 ans. J’ai écrit de manière 15 juin en attendant un rendez­
prètes nus se malaxent le corps, et sons écologiques, j’ai décidé, il y a gnes n’a pas toujours été évi­ corps de tout le monde sans dé­ très sobre. Les retours rapides, vous, en chair et en os, à la rentrée
Let’s Dance, jet clubbing sur le un an, que ni ma compagnie ni dente. Certains ont mis du temps monstration. Il faut d’abord être quasiment du jour au lendemain, de septembre. 
tube de David Bowie, de The Show moi ne prendrions plus l’avion à répondre et à envoyer leurs ima­ simple, modeste, le plus sincère de Jérôme, qui est très honnête, rosita boisseau

Les danseurs de la compagnie Batsheva R ECTI FI C ATIF


Contrairement à ce que nous
avons écrit dans l’article
mois de septembre à Nancy,
mais avec d’importants amé­
nagements. Laurent Hénart,
« A Saint­Ouen et à Caen, le maire (MR) de la ville,

lancent leur festival en ligne on aspire à un changement de


programme », dans l’édition
du Monde datée du 15 mai, la
candidat à sa réélection, a
annoncé que la 42e édition
de la manifestation aura lieu
décision de construire le futur « sous une forme différente »
Jusqu’au 24 mai, ils réalisent depuis chez eux, à Tel­Aviv, cours, performances et concerts hôpital Grand Paris Nord et sans son habituel chapi­
sur la parcelle de 41 000 m2 teau. Le festival, qui devait
actuellement occupée par une initialement avoir lieu les 11,
FESTIVAL contexte du Covid­19, il était im­
portant de combiner nos forces
Moyens du bord, donc, pour un
plongeon dans les conditions de
duos, lorsque les danseurs confi­
nent en couple, mais aussi une
ancienne usine de pièces
détachées du groupe PSA
12 et 13 septembre, devrait
se poursuivre les week­ends

S e serrer les coudes, mutua­


liser ses ressources. Pour la
première fois, le rendez­
vous annuel Batsheva Dancers
Create, créé en 2003 à Tel­Aviv et
dans une entreprise commune.
Nous avons toujours des plan­
nings différents, et il est rare que
nous soyons tous disponibles au
même moment. »
vie de chacun, dont celles d’un li­
vreur à vélo à Tel­Aviv. A la ren­
verse sur la balustrade de son pe­
tit balcon, la chorégraphe Yarden
Bareket se réveille en mesurant
création de groupe à distance en
live sur Facebook, ajoute Etay
Axelroad. Une galerie virtuelle
pour le public sera ouverte pour y
envoyer photos, dessins, poèmes. »
Citroën, à Saint­Ouen (Seine­
Saint­Denis), plutôt que sur
un terrain plus vaste de la ZAC
des Docks voisine, n’a pas été
prise par William Delannoy,
suivants, jusqu’à la mi­octo­
bre. « L’idée est d’échelonner
les lectures, rencontres et
dédicaces sur plusieurs week­
ends, avec des jauges de salles
présentant des créations inédi­ son aire de jeu pour mieux bascu­ Une dizaine de propositions se­ le maire (UDI) de Saint­Ouen, beaucoup plus faibles »,
tes des interprètes de la troupe Moyens du bord ler dans un bon rock qui fouette. ront mises en ligne quotidienne­ mais par l’AP­HP. Le terrain de a expliqué M. Hénart,
israélienne Batsheva, bascule Autant donc en profiter, non seu­ Avigail Shafrir et Yoni Simon ont ment jusqu’au 24 mai, en accès li­ la ZAC des Docks avait été précisant qu’une sorte de
dans le numérique. Jusqu’au lement pour se maintenir en transformé leur toit en mini­ bre, et disponibles pendant vingt­ validé par la ville lors de la si­ « village » serait mis en place
24 mai, sur un site ouvert pour forme, mais pour faire pulser sa plage avec fauteuils pliants et pis­ quatre heures « Nous avons la gnature d’un protocole d’ac­ dans le centre­ville. – (AFP.)
l’occasion, le nouveau festival créativité. Et sur ce terrain, les in­ cine gonflable, ça éclabousse sur chance, ici, de continuer à être cord en décembre 2016. Une
Batsheva Creates Online dé­ terprètes furieusement virtuoses un mambo de Perez Prado. « Il y payés par la compagnie dirigée étude a ensuite révélé que la MUS IQU E
ploiera un programme quoti­ et inventifs de la Batsheva ne aura évidemment des solos et des par Ohad Naharin, et le festival est zone des Docks se situait en Le Festival de La Chaise-
dien de cours, performances et manquent pas de munitions. aidé financièrement par le fonds zone inondable. L’Etat et Dieu est annulé
concerts réalisés de chez eux par Chacun chez soi, entre la cuisine, Michael Sela pour l’aide aux jeunes l’AP­HP ont alors décidé, La 54e édition du Festival de
les 28 membres des deux grou­ la chambre, la douche et l’entrée talents de la Batsheva », souli­ à la suite de l’annonce de musique de La Chaise­Dieu
pes de la Batsheva : la Compagnie de l’immeuble, un menu apéritif
Une dizaine gnent Ben Green et Etay Axelroad. la fermeture de l’usine PSA (Haute­Loire), prévue initiale­
et le Young Ensemble. a été concocté, comme le met joli­ de propositions Une excellente nouvelle dans un Citroën, d’établir l’hôpital ment du 20 au 30 août,
« C’est la première fois que nous ment en scène la bande­annonce contexte mondial où la plupart sur cette parcelle. n’aura pas lieu en raison du
collaborons tous ensemble, préci­ réalisée par César Brodermann
seront des danseurs, en particulier les in­ Covid­19. Le conseil d’admi­
sent les danseurs Ben Green et sur le site de la manifestation. disponibles dépendants, se retrouvent actuel­ LITTÉ RATU RE nistration de l’association
Etay Axelroad, deux des quatre « Nous avons choisi, en raison de la lement sans emploi ni soutien.  La ville de Nancy Festival de La Chaise­Dieu a
responsables de l’opération, avec crise sanitaire, le thème des limi­
quotidiennement r. bu. maintient son salon considéré que les conditions
Guy Davidson et Danai Porat. tes, qu’elles soient spatiales ou inti­ pendant vingt- Le Livre sur la place n’étaient pas réunies pour
Nous avons commencé à penser à mes, poursuit Ben Green. Chacun Batsheva Creates Online, Premier salon national de la assurer le bon déroulement
ce rendez­vous dès le 1er avril, au travaille avec son téléphone porta­
quatre heures jusqu’au 24 mai, rentrée littéraire, Le Livre sur et la sécurité des 20 000 visi­
début du confinement. Dans le ble ou une webcaméra. » et en accès libre Batshevacreates.com la place se tiendra bien au teurs attendus. – (AFP.)
24 | styles 0123
MARDI 19 MAI 2020

Car, en mode comme ailleurs, la


nature a horreur du vide. Et, si
Les designers
maisons et créateurs n’ont pas doivent réfléchir
pour l’instant publiquement
réagi aux annonces de Paris et de
à de nouveaux
Milan, ils devraient profiter du formats pour
terrain d’exposition offert, car
convaincre journalistes et sur­
présenter
tout acheteurs de l’intérêt d’une leurs collections
collection reste un prérequis
pour espérer vendre des vête­
ments ensuite. collections ; les directeurs de cas­
ting faire une croix sur les man­
Saint Laurent fera bande à part nequins étrangers qui ne pour­
Si, pour juillet, les programmes ront pas voyager ; les stylistes et
restent à découvrir, on sait déjà coiffeurs sublimer des silhouet­
que les jeunes labels recevront un tes destinées à n’être vues qu’à
coup de pouce. Milan s’engage à travers un écran ; les construc­
financer la production de leurs teurs de décors apprendre à bri­
contenus. Paris les mettra en lu­ coler des mises en scène pure­
mière dans Sphere, un showroom ment virtuelles. Les profession­
réservé, rendu virtuel. Mais, pour nels qui forment un microcosme
parvenir à faire de leurs événe­ cosmopolite resteront, quant à
ments numériques un succès, les eux, cloîtrés dans leurs pays.
organisateurs devront prendre Conséquences ? Les chiffres dé­
soin de composer un calendrier montrant la puissance incontes­
divers. Paris, notamment, a une tée de la fashion week de Paris
Défilé automne­hiver 2020­2021 de Junko Shimada , à Paris, le 3 mars. KRISTY SPAROW/GETTY IMAGES réputation à tenir en termes de – 5 000 participants, 5 000 postes
variété de son offre de mode mas­ en équivalent temps plein,
culine, qui mélange générale­ 440 millions de chiffre d’affaires
ment créateurs pointus (GmbH, annuel grâce aux retombées éco­

Ecran total pour Botter, Sankuanz), valeurs mon­


tantes (Hed Mayner, JW Ander­
son, Alyx), fidèles habitués (Paul
Smith, Raf Simons, Dries Van No­
nomiques, selon une étude
réalisée en 2016 par l’Institut
français de la mode et le cabinet
Quadrat Etudes – pourraient

MODE
les fashion weeks ten) et poids lourds (Louis Vuit­
ton, Dior Men, Hermès).
Autre défi pour les fédérations :
conserver leur autorité pour sé­
pâlir… A l’inverse, les acteurs qui
devraient en profiter sont les
entreprises du numérique. Les
canaux de communication de

C
ondamnée à exister à lectionner les participants et at­ Google, Facebook et Microsoft
travers des écrans en pé­ Fini les personnalités au pied des podiums, tribuer les horaires des défilés, (tels qu’Instagram, Facebook,
riode de confinement, même s’ils ont lieu en ligne. Le YouTube, LinkedIn…) seront
la mode restera digitale les photographes et les happy few à la sortie 27 avril, Saint Laurent a décrété d’ailleurs partenaires de Londres
dans les semaines à venir. Quel­ son émancipation du calendrier et de Milan (Paris n’a pas encore
ques jours après que la London des défilés. Après Londres, c’est au tour de Paris officiel pour l’année 2020. Au précisé les siens).
Fashion Week a indiqué qu’elle même moment, en Italie, un coup Le principe même de défilé de
deviendra totalement digitale, la et de Milan de décréter que leurs semaines d’éclat similaire est venu d’Erme­ mode physique, lancé en 1858 par
Fédération de la haute couture et negildo Zegna, qui a déclaré pré­ Charles Frederick Worth, se re­
de la mode (FHCM), qui organise de la mode se dérouleront en ligne. Avec un voir un événement « phygital » trouve cette saison, pour la pre­
la puissante fashion week de Pa­ (contraction de physique et digi­ mière fois de son histoire, éclipsé
ris, lui emboîte le pas. Le 6 mai, nouveau défi : maintenir un calendrier officiel tal) de son côté. au profit du digital. Comme un ri­
elle a annoncé la tenue d’un évé­ Les semaines de la mode de tuel mis en sommeil. Rien de
nement 100 % numérique, qui juillet seront aussi une façon de neuf, minimisent depuis quel­
aura lieu du 9 au 13 juillet. garder la main pour éviter que les ques jours les connaisseurs, en
Pour compléter le tableau, la marques ne fassent toutes bande rappelant le défilé Helmut Lang
Chambre nationale de la mode à part. Milan s’est d’ailleurs em­ automne­hiver 1998, que l’Autri­
italienne (CNMI), l’organisateur live­streaming, séminaires en li­ de la FHCM, devant un groupe de « China, We Are With You » : la re­ pressé de préciser que le fameux chien avait montré à travers une
de la fashion week milanaise, a gne, etc.) les collections homme journalistes français, le 18 sep­ transmission de ses défilés en li­ coup de com « phygital » de Ze­ vidéo, accessible sur Internet et
décrété, le même jour, que sa ses­ printemps­été 2021 et les précol­ tembre 2019. Six mois quasiment gne pour les professionnels chi­ gna, rattrapé à la volée, figurerait sur CD­Rom. Un « grand succès »,
sion se tiendra également en li­ lections printemps­été 2021. Une jour pour jour avant le confine­ nois empêchés de se rendre à dans les clous du calendrier offi­ se remémorait le designer dans
gne, et dans la foulée (du 14 au initiative qui n’allait pas de soi il y ment de la France. Depuis, une l’étranger. « Plus de 25 millions de ciel. De son côté, la FHCM rap­ un entretien à WWD paru le
17 juillet). Voici donc venue une a peu. « Dans la mode, la réunion pandémie mondiale, assortie de personnes ont ainsi pu assister vir­ pelle dans son communiqué que 5 mai. Renouvelée en 2001, l’ex­
saison sans carton d’invitation ni physique de la fashion week est un déplacements limités, de frontiè­ tuellement » à ces parades, se féli­ « le principe du calendrier officiel périence n’avait pourtant pas
premier rang, sans photographes repère : un rituel où se retrouve res fermées et de vols aériens sus­ cite la CNMI. Cette fois, les plates­ est maintenu ». été jugée pertinente par les
de street style, ni salut final sous une communauté. Sa digitalisa­ pendus, a balayé les certitudes et formes numériques de juillet re­ Pour participer à une fashion concurrents, qui ne l’ont pas imi­
les applaudissements. tion briserait l’unité de lieu et contraint le système de la mode à présentent, comme le résume la week dématérialisée, chaque tée. Jusqu’à ce qu’ils n’y soient
Pour Paris comme pour Milan, il l’amoindrirait en termes de sensa­ faire preuve de souplesse. CNMI, « une réponse concrète au griffe doit se repenser ; les desi­ contraints et forcés par une crise
s’agira de présenter au travers de tions et d’émotions », jugeait Pas­ Dès février, Milan avait franchi besoin de promotion et de busi­ gners réfléchir à de nouveaux sanitaire mondiale. 
films et divers contenus (photos, cal Morand, le président exécutif une première étape avec le projet ness exprimé par les marques ». formats pour présenter leurs valentin pérez

Et le logo du NHS devint cool


Tee­shirts, casquettes, pulls… les trois lettres en blanc gins Sound s’est associé à la gra­
phiste Victoria Boyle pour créer
sur fond bleu du National Health Service, le système public des écharpes inspirées de celles
de santé britannique, se portent fièrement outre­Manche. des supporteurs de clubs de
foot, à ceci près que l’équipe ici
Et même les marques de streetwear s’y sont mises encouragée est celle des soi­
gnants : moyennant 19,99 livres
(22,80 euros), on peut se procurer

C rise sanitaire ou non, on


n’a encore vu aucun Fran­
çais porter un tee­shirt
imprimé d’un sigle de l’Assuran­
ce­maladie ou de l’AP­HP. Au
bleu Pantone 300, pour être pré­
cis). Un sigle iconique dont la créa­
tion remonte aux années 1990.
« Nos études montrent que notre
logo est instantanément reconnu
home » chez Rixo ou d’un let­
trage arc­en­ciel chez Marks
& Spencer, casquette chez Blacks­
mith, pull aux poignets multico­
lores chez Mint Velvet, collier
l’un des deux modèles au choix
portant l’inscription « Social dis­
tancing » (« distanciation so­
ciale ») ou « Wash your hands »
(« Lavez­vous les mains ») et le
Royaume­Uni, il est difficile de et suscite une réaction affective po­ gravé d’un dessin de deux mains logo le plus cool de tous les servi­
faire plus cool, ces jours­ci, qu’un sitive basée sur la confiance, sur un en train d’applaudir (le person­ ces de santé du monde au revers.
vêtement à la gloire du National sentiment de sûreté et de fiabilité », nel soignant) chez le joaillier Logo qui, au­delà des actions cari­
Health Service (NHS), le système peut­on lire sur la page du site du Missoma… Et surtout, des labels tatives liées à la pandémie ac­
de santé publique du pays. NHS consacrée à ce qui est pré­ de streetwear se sont emparés du tuelle, est tellement ancré dans
Les Britanniques sont très atta­ senté comme l’un des symboles fameux logo. le lexique iconographique du
chés à ce service qui, depuis sa « les plus appréciés d’Angleterre ». Ainsi, la marque Sports Banger a Royaume­Uni qu’il suffit de se
création, en 1945, représente un Et voilà que la tempête Covid­19, ressorti un sweat­shirt déjà célè­ rendre sur des plates­formes
enjeu politique constant – ce n’est et ses plus de 230 000 cas confir­ bre en Grande­Bretagne, sur le­ comme Etsy, TeePublic ou Re­
pas un hasard si, depuis son arri­ més au Royaume­Uni à l’heure où quel coexistent les sigles du NHS Les bénéfices de la vente de ces tee­shirts servent à livrer dBubble pour se procurer un tee­
vée au poste de premier ministre, l’on écrit, enfonce le clou. et de Nike : un modèle originelle­ des repas dans les services de soins intensifs. SPORTS BANGER shirt qui en soit frappé.
en juillet 2019, Boris Johnson n’a ment lancé en 2015 en faveur des Bref, arborer le sigle du NHS est
cessé de clamer que le Brexit et le « Stay at home » chez Rixo jeunes médecins anglais, dont ling (114 000 euros) en trois ven­ preme : sa capsule de sweats et plus en vue que jamais chez les
NHS étaient les deux priorités de Ces dernières semaines, une les bénéfices servent aujourd’hui tes en ligne d’une demi­heure tee­shirts aux couleurs du NHS, Anglais branchés : il faut dire, en­
son gouvernement. pléiade de marques britanniques à livrer des repas dans les services chacune, les premiers vendredis entièrement conçue au profit de tre parenthèses, qu’au­delà de la
Aucun d’entre eux n’ignore son ont lancé des produits exclusifs de soins intensifs de plusieurs hô­ soir de cette période de crise. celui­ci, a été lancée en ligne le bonne cause, la vibration 90’s de
logo, aussi emblématique que ce­ destinés à soutenir financière­ pitaux londoniens. Même esprit chez Palace Skate­ 1er mai et épuisée en l’espace de… son graphisme s’accorde à mer­
lui du métro de Londres : les trois ment l’organisation : tee­shirts Le fondateur de la marque, boards, qui est peu ou prou consi­ deux minutes. veille avec la tendance nostalgi­
lettres en blanc sur fond bleu (po­ imprimés d’un cœur chez Chinti Jonny Banger, a déclaré avoir ré­ déré comme l’équivalent anglais Moins attendu, mais tout aussi que du moment. 
lice Frutiger en gras italique sur & Parker, de la mention « Stay at colté près de 100 000 livres ster­ de la marque new­yorkaise Su­ « street », le label de musique Ori­ théodora aspart
CHARLES LECLERC
26 | télévision 0123
MARDI 19 MAI 2020

La vie selon Zoey est une comédie musicale VOTRE


SOIRÉE
TÉLÉ
Austin Winsberg marie habilement un scénario de soap opera avec des moments chantés et dansés

WARNER TV Les dialogues dispensent habi­


MARDI 19 - 20 H 55 Jane Levy lement les notations contem­ MARDI  19  MAI
SÉRIE dans le rôle poraines, présentant une version
de Zoey. WARNER TV gentiment satirique du monde TF1

Z
oey a beau être une de la tech, ici bien moins cruel 21.05 Harry Potter et le prince
codeuse d’élite, employée que la jungle sans pitié de la Sili­ de sang-mêlé
par une firme high­tech con Valley. Le scénario n’hésite Film de David Yates. Avec
établie près du port de jamais à flirter avec le mé­ Daniel Radcliffe, Emma Watson,
San Francisco, elle n’en est pas lodrame, mais là où This Is Us Rupert Grint (RU-EU, 2009, 170 min).
moins un fossile vivant, une hé­ offre une succession de crises 23.55 Les Experts
roïne vertueuse et traditionnelle paroxystiques, les personnages Série. Avec Ted Danson,
comme on en voyait il y a très de Zoey et son incroyable playlist Marg Helgenberger (EU, 2011).
longtemps sur le grand écran, ou trouvent refuge dans la musique
le petit, quand celui­ci était encore et la danse. France 2
cathodique. De ce contraste, à la Ce n’est pas que ces numéros 21.00 Cash Investigation
limite de l’oxymore, entre l’envi­ soient des sommets de la comé­ Magazine présenté par Elise Lucet.
ronnement numérique et les figu­ die musicale, mais ils sont mis en 23.15 Ménopausées
res éprouvées du drame et de la co­ scène avec une simplicité et un Documentaire de Joëlle Oosterlinck
médie familiale, Austin Winsberg, entrain communicatifs. Il n’y a (Fr., 2019, 55 min).
le créateur de Zoey et son incroya­ pas de leçons profondes à tirer
ble playlist, fait bon usage, façon­ de ces moments de pur divertis­ France 3
nant un microcosme rassurant et sement, si ce n’est, première­ 21.05 Tandem
souvent charmant, dans lequel ment, que Jane Levy est une par­ Série. Avec Astrid Veillon,
l’inédit est systématiquement faite girl next door (« fille d’à Stéphane Blancafort (Fr., 2020).
tempéré par des situations et des côté ») qu’on aimerait voir dans 22.50 Tandem
personnages familiers. çoit que, non seulement son les numéros s’appuient sur les sique binôme chouette copain/sé­ un rôle plus exigeant, et, deuxiè­ Série. Avec Astrid Veillon (Fr., 2017).
Comme on est à San Francisco, cerveau a téléchargé l’intégralité titres les plus classiques du réper­ duisant nouveau venu (Skylar mement, qu’il ne faut jamais sor­
la série s’ouvre sur un séisme. Le du répertoire de la plate­forme, toire pop (Help, True Colors, I Got Astin/John Clarence Stewart) ; à la tir de chez soi sans une provision Canal+
tremblement de terre surprend mais que les chansons ainsi accu­ The Music in Me…). Ces moments maison – un immeuble des beaux de chansons qui transformeront 21.05 Portrait de la jeune fille
Zoey (Jane Levy) au moment où mulées surgissent au gré de chantés et dansés scandent l’iti­ quartiers –, elle devient la gar­ le quotidien en une succession de en feu
elle est étendue dans le tube d’un l’humeur des gens qui l’entourent, néraire chahuté de la codeuse. dienne de la psyché de ses voisins, moments hollywoodiens.  Film de Céline Sciamma.
appareil à IRM. Hypocondriaque, qui se mettent, à leur insu, à chan­ dont elle perçoit les tracas à travers thomas sotinel Avec Adèle Haenel, Noémie Merlant
elle se croit atteinte d’une maladie ter et à danser. Elle est bien sûr la Version gentiment satirique ces chansons, à commencer par (Fr., 2019, 119 min).
cérébrale. Claustrophobe, elle seule à pouvoir les entendre. Au travail, cette enfant prodige Mo (Alex Newell, ancien élève de Zoey et son incroyable playlist, 23.00 Perdrix
tempère sa phobie en écoutant de De ce moment, vers la fin du doit convaincre sa patronne (Lau­ Glee), garçon au genre fluide. Et créé par Austin Winsberg. Film d’Erwan Le Duc.
la musique grâce à une plate­ premier épisode (sur les quatre vi­ ren Graham) que ses dons ne l’em­ chez ses parents, il lui faut soutenir Avec Jane Levy, Skylar Astin, Alex Avec Swann Arlaud, Maud Wyler
forme de streaming pendant l’exa­ sionnés), la vie de Zoey n’est plus pêcheront pas d’être une bonne sa mère (Mary Steenburgen) face à Newell, Peter Gallagher, Mary (Fr., 2019, 100 min).
men. Quand le sol retrouve un peu seulement un soap opera, mais manageuse ; elle est par ailleurs la maladie neurodégénérative qui Steenburgen, John Clarence
de stabilité, la jeune femme s’aper­ aussi une comédie musicale, dont prise entre deux collègues – le clas­ frappe son père (Peter Gallagher). Stewart (EU, 2020, 12 × 42 min). France 5
20.50 Recettes pour un monde
meilleur : mieux manger
pour changer le futur
Documentaire de Benoît Bringer

Des « recettes » pour préserver notre santé et la planète (Fr., 2020, 70 min).
22.45 C dans l’air
Magazine présenté
Ce documentaire édifiant place notre assiette au centre d’actions accessibles à tous pour changer le futur par Caroline Roux.

Arte
20.50 Corée, une guerre
FRANCE 5 est le levier le plus puissant pour Pour vous mettre en appétit, ci­ surcoût, à l’achat, du bio, pour déchets par mois avant de les faire sans fin
MARDI 19 - 20 H 50 rendre notre planète vivante. » tons Mouans­Sartoux (Alpes­Ma­ montrer comment il peut être digérer par des vers de terre. Documentaire de John Maggio
DOCUMENTAIRE Ex­rédacteur en chef de « Cash ritimes), qui a monté une ferme compensé par la réduction du Réalistes, rentables, ces recettes (Fr., 2020, 90 min).
Investigation », Benoît Bringer in­ biologique après la crise de la va­ gaspillage. Des chiffres interpel­ n’oublient pas que, pour séduire, 22.20 Permis de tuer

N os enfants grandissent
dans un monde où tout
est accessible au moindre
coût. Des tomates en hiver, des frai­
ses en automne (…). Leur assiette
vite le téléspectateur chez ceux
qui n’ont attendu ni la crise sani­
taire ni les directives étatiques
pour agir, imposer le bio dans leur
cantine, éradiquer le gaspillage ali­
che folle, en 2008, pour les canti­
nes de la commune. Contre toute
attente, le 100 % bio sera atteint
en quatre ans. A Grande­Synthe
(Nord), où un tiers des habitants
lent : 1,3 milliard d’aliments sont
jetés chaque année, soit un tiers
de la production mondiale. « Si le
gaspillage alimentaire était un
pays, il serait le 3e producteur de
elles doivent être source de plaisir.
Au Plaza Athénée – 3 étoiles –, le
chef Alain Ducasse fait rimer très
haute gastronomie et cuisine sans
viande. Il en est persuadé : « L’effet
aux Philippines
Documentaire de Marc Wiese
(All., 2019, 90 min).

M6
est le résultat et la cause d’un sys­ mentaire, recycler… Parfois depuis vit sous le seuil de pauvreté, un re­ gaz à effet de serre au monde. » tache d’huile d’olive est plus fort 21.05 L’Invitation
tème devenu fou. » Qui peut en­ plus de dix ans. Leur retour d’ex­ pas bio est fourni à ceux qui en A l’autre bout de la chaîne, Ste­ que le pouvoir politique. »  Pièce d’Hadrien Raccah, enregistrée
core en douter ? Mais si « notre ali­ périence est passionnant. Sans ont besoin grâce aux fermes ur­ phan Martinez n’a pas non plus catherine pacary au Théâtre de la Madeleine, à Paris,
mentation est la principale coupa­ éluder les difficultés, ils démon­ baines installées par la commune. attendu le feu vert des pouvoirs en 2020.
ble », insiste le professeur suédois trent que leurs « recettes » sont A Neuville­sur­Oise (Val­d’Oise), publics pour fonder Moulinot Recettes pour un monde 22.45 Le Fusible
Johan Rockström, elle en est égale­ bonnes, rentables, même à grande l’exploitation maraîchère de Lau­ Compost. Ses vingt­cinq camions meilleur, de Benoît Bringer Pièce de Sylvain Meyniac, enregistrée
ment la solution : « Notre assiette échelle. Et ça, c’est nouveau. rent Berrurier permet d’aborder le collectent plus de 1 000 tonnes de (Fr., 2020, 70 min). aux Bouffes parisiens en 2017.

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MARDI 19 MAI 2020 | 27

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de la non-maîtrise
de notre histoire
D
epuis quelques années, les aler­
tes répétées des scientifiques
La pandémie de Covid­19 nous rappelle l’effet d’une accélération des connaissan­
ces scientifiques dans tous les domaines,
profilait, ce retour du religieux opposait
la croyance. Ce qui survient se trouve
quant à la crise écologique pro­
voquée par la démesure techni­
à quel point l’avenir nous échappe. le virus, la pandémie et leurs conséquen­
ces sont l’illustration criante et effrayante
ainsi sous l’empire d’une volonté trans­
cendante à laquelle on se confie.
que et économique des sociétés Mais elle ouvre ainsi la possibilité des limites de la puissance que ces savoirs Il n’empêche que cela survient. La catas­
industrialisées et les multiples confèrent, alors que les progrès de la tech­ trophe de la pandémie est là. L’inconnu
crises minant la démocratie laissaient en­ d’une véritable révolution de l’esprit, nique qui en résultent ont pu nous faire de tous les dérèglements que produit le
trevoir la possibilité d’un effondrement. croire que la maîtrise de notre destin per­ virus dans les organismes, non seule­
Aussi une révolution de l’esprit parais­ expliquent le philosophe et l’essayiste sonnel et collectif était à portée de main. ment individuels, mais aussi sociaux,
sait­elle déjà indispensable. Sans elle, il L’illusion de l’infini de cette puissance économiques, politiques et internatio­
ne semblait pas envisageable de rompre résiste encore à plusieurs constats pour­ naux, nous met radicalement en de­
avec les logiques du calcul et de la produc­ tant très inquiétants. Le premier est celui meure non pas de croire en ceci ou cela,
tion, au sens où le calcul conduit à sortir des dégâts environnementaux de cette mais d’oser prendre le risque de vivre en
de ce qu’Aristote visait comme la quête de puissance incapable d’autolimitation : situation de non­savoir – ce qui ne veut
la bonne vie – par l’amélioration réfléchie pillage et pollution des ressources natu­ pas dire renoncer à penser ni à connaître,
de ce qui existe – et à rechercher l’aug­ venir : la « machine », le « système » si sou­ relles, destruction de la biodiversité, mais le faire dans la conscience que si
mentation, l’accroissement… vent incriminé, mais jamais démonté, est dérèglement climatique. Le second, c’est nous prenons en charge notre destin,
Cette fuite en avant dans tous les do­ presque à l’arrêt. La menace de mort, parce la somme des effets en retour des progrès nous ne pouvons en être totalement les
maines de l’économie, qui caractérise le qu’elle s’est soudain terriblement rappro­ techniques, comme le vieillissement de maîtres, ni individuellement ni collecti­
capitalisme depuis son essor et s’accom­ chée, nous a fait préférer la survie à la la population, le renchérissement du vement. Cette prise de risque passe par la
pagne d’inégalités croissantes, mettait en poursuite de notre trajectoire « capita­ coût de la santé, les menaces sur les liber­ disponibilité à l’inconnu qui vient.
danger la survie de cette même humanité liste », car, soudain, le prix à payer immé­ tés que fait peser l’intelligence artificielle,
et celle de la biodiversité. Rien n’était joué diatement à la mort semble exorbitant, au la consommation croissante d’énergie Production du sens
d’avance, mais il n’était pas déraisonna­ point de nous voiler les conséquences fu­ qui résulte des effets démultiplicateurs Quand le futur déraille, quand la projec­
ble de penser que la mort, si nous n’y pre­ tures de la suspension planétaire d’une des derniers outils technologiques aux tion du présent ne tient plus, la vie ne
nions pas garde, pourrait avoir le dernier grande partie de la vie économique. usages toujours plus intenses. Le constat peut que se tourner vers l’à­venir en se
mot. Pourtant, la conscience de ce danger Conséquences dont on pressent pourtant sans doute le moins connu, c’est le ver­ risquant à ses incertitudes. Il n’est plus ici
ne permettait pas de commencer à dès aujourd’hui qu’elles vont être gi­ tige des questions que la science se pose à question de croyance mais de foi, définie
mettre en œuvre un redressement de la gantesques socialement, économique­ elle­même lorsqu’elle établit que ses pro­ comme ce consentement à l’incertitude
trajectoire. Comme s’il n’était pas possi­ ment, politiquement, géopolitiquement, grès les plus pointus la placent au bord qui pose que la vie ne peut que se risquer
ble d’imaginer, autrement que sous le ré­ et qu’elles pourraient faire plus qu’ébran­ CE N’EST PAS d’un non­savoir abyssal : la représenta­ à vivre. Pour soi­même, pour les généra­
gime de l’utopie, une révolution écono­
mique et sociale. Quand bien même,
ler le système : amorcer son effondrement.
Il a pu sembler, dans les débuts de la
SIMPLEMENT tion de la science comme maîtrise d’un
réel unique se dissipe…
tions suivantes qui, à leur tour, se verront
mises au défi du non­savoir radical de la
comme on l’avait vu avec les « gilets jau­ pandémie, que les démocraties contem­ LA FINITUDE mort, qui ne peut être surmonté autre­
nes », l’aggravation de la situation dans poraines étaient particulièrement fragi­ Extrême incertitude ment que par la transmission de la vie, et
des pays pourtant parmi les plus riches les et peu efficaces dans la lutte contre le DE L’EXISTENCE Le virus – par sa nouveauté, sa vitesse de non par la course à la prolongation des
portait dans ses flancs un potentiel de virus, tandis que des régimes autoritaires circulation, par les surprises qu’il nous existences individuelles.
révolte et de soulèvement de plus en plus et des sociétés moins individualistes ob­
QUI NOUS réserve quant à ses modes d’action sur En nous plaçant en ce lieu, le virus
difficile à contenir. tenaient de meilleurs résultats. Cinq EST DIFFICILEMENT l’organisme, et, surtout, par cette caracté­ ouvre la possibilité d’une véritable révo­
mois après le début « officiel » du Co­ ristique si particulière qui fait qu’une lution de l’esprit, au cœur de laquelle est
Menace de mort vid­19, tous les régimes, quels qu’ils SUPPORTABLE, partie des personnes qu’il infecte sont posée la question de notre capacité à
Stopper la machine à court terme, et soient, sont menacés par l’effondrement des porteurs asymptomatiques – nous nous accommoder collectivement de la
même à moyen terme, semblait impossi­ de la machine mondiale. Les interdépen­ C’EST LE NON-SAVOIR place dans une situation d’extrême incer­ non­maîtrise absolue de notre histoire.
ble : c’était irreprésentable. Personne ne dances sont telles que nul pays, si grand FACE AUQUEL NOUS titude. Il a, en quelque sorte, collé la pos­ La démocratie, avec toutes ses limites et
pouvait sérieusement le penser, à moins et si puissant soit­il, ne peut se sauver sibilité de la mort sous nos yeux, nous ses imperfections, est à vrai dire le seul
de faire abstraction de la complexité des tout seul. Cette évidence, cependant, cède NOUS TROUVONS plaçant devant l’impensable et l’inconnu régime qui puisse donner un corps politi­
effets en retour d’une telle décision. A encore le pas devant l’aveuglement des par excellence. Ce n’est pas simplement que à cet acte de foi radicalement laïc.
l’inconnu qui était devant nous, le pré­ égoïsmes nationaux. La coopération et la la finitude de l’existence qui nous est Elle est née de l’effondrement des régi­
sent si imparfait, si potentiellement ca­ solidarité internationale font défaut, difficilement supportable, c’est le non­sa­ mes de « certitudes » théocratiques et de
tastrophique, semblait préférable pour la comme si chaque pays pouvait rester in­ voir face auquel nous nous trouvons. l’impasse dans laquelle se trouvaient des
majorité, d’autant que, depuis quelques demne du drame des autres… Tous sa­ Le suspens que nous nous sommes im­ régimes despotiques ou tyranniques. Elle
années, les esquisses de solutions un vent pourtant qu’il n’en est rien. posé par le confinement, pour tenter est une tentative de trouver comment en­
temps envisagées se révélaient problé­ En effet, une chose reste inchangée, de conjurer la mort, nous a fait sortir de trer ensemble – en peuple – dans l’avenir.
matiques, voire impraticables, durable­ avant comme après la survenue du virus : toutes les trajectoires que nous pouvions Non qu’elle soit capable de produire les
ment (qu’on songe aux biocarburants, les humains choisissent le proche contre baliser par le calcul. calculs et les projections qui permet­
aux éoliennes, voire au biomimétisme). le lointain, de même qu’ils choisissent le Le futur – au sens de ce que nous proje­ traient de résorber l’inconnu, le non­sa­
L’horizon du changement semblait de­ présent contre l’avenir. Choix désespéré, tions à partir des données du présent – se voir. Ce qu’elle peut offrir – et elle seule –,
voir constamment reculer, à mesure au sens où il rend manifeste une impossi­ dérobe désormais pour nous laisser face c’est le partage à voix égales du poids de
même que l’on se rapprochait du mur de bilité d’espérer, c’est­à­dire de croire à un à l’incertain radical de l’à­venir, dont la finitude et du non­savoir.
la catastrophe. En ce sens, par­delà une avenir autre que la reconduction du pré­ nous n’avons pas la maîtrise. Le « gouver­ Enoncé ainsi, cela semble accablant.
« lutte des classes » réelle mais assourdie, sent et de ses modalités. Ce qui ne se nement par les nombres » – pour repren­ Cela ne l’est pas si ce partage démocrati­
malgré les velléités de renverser le « sys­ trouve pas dans le champ de vision est dre les termes du juriste Alain Supiot – se que s’accompagne, comme Athènes
tème », une absence générale de volonté comme sans existence, sinon sous une trouve mis en échec, presque congédié, l’avait compris, de la seule production
de s’engager dans l’inconnu de la « transi­ forme fantasmatique qu’il est tentant et par le « retour » de la mort comme hori­ dont l’infini soit supportable, celle du
tion » écologique laissait au capitalisme le facile d’agiter pour désigner des coupa­ zon ineffaçable. sens, par les arts, par la pensée, par l’es­
loisir de poursuivre sa route. Traduction bles supposés et des boucs émissaires. Le retour du religieux, sous des formes prit, par l’amour… en sorte que la cons­
postmoderne de « l’esprit d’un monde sans L’impossibilité d’espérer et la tentation fondamentalistes, millénaristes, hystéri­ cience du caractère tragique de l’exis­
esprit » que stigmatisait Marx. de pointer des coupables résultent large­ Jean-Luc Nancy, philosophe, ques ou piétistes, ces dernières années, a tence nous conduise à nous considérer
La pandémie, à laquelle personne ou ment de l’expérience terriblement provo­ et Jean-François Bouthors, sans doute été la traduction de l’inquié­ les uns les autres avec empathie, puisque
presque n’était préparé, est venue tous cante que nous fait faire le virus. Alors essayiste, ont coécrit tude diffuse devant un monde dont la nous affrontons le même effondrement,
nous prendre à revers. Brutalement, ce qui que depuis le milieu du XIXe siècle, l’igno­ « Démocratie ! Hic et nunc » complexification rendait à beaucoup le la même incertitude. Or c’est en défini­
semblait inimaginable, un virus, l’a fait ad­ rance avait reculé à marche forcée sous (Editions Francois Bourin, 2019) futur insaisissable. Au non­savoir qui se tive l’effondrement qui nous fonde. 
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28 | idées MARDI 19 MAI 2020

Stéphanie Hennette-Vauchez
Ce n’est pas cacher son visage qui pose
problème, mais certaines formes de dissimulation
S’
il est une ironie profonde de la crise liée au Couvrir son visage était encore il y a peu en France associé à la été au cœur de décisions disciplinaires d’exclusion
Covid­19, c’est que les normes compor­ et de procédures contentieuses. Ce sont par la suite
tementales qu’il nous est aujourd’hui en­
radicalité religieuse ou politique. Le masque sanitaire montre d’autres « signes » qui ont été saisis par le droit
joint d’adopter (ne pas serrer la main, porter que ce geste peut prendre un autre sens, ce qui n’est pas sans comme porteurs de significations inadmissibles :
un masque…) tendaient, il y a peu encore, à être le niqab, bien sûr, depuis la loi de 2010 ; mais aussi
présentées comme d’immanquables signes de « ra­
incidence sur la façon dont on fabrique la loi, note la juriste par exemple le refus de serrement de main, qui a
dicalisation ». La dissimulation du visage, notam­ pu être qualifié de « défaut d’assimilation » valant
ment, a pu être lue comme le signe infaillible de retrait de la nationalité française.
formes « à combattre » de radicalisation, tant reli­ Mais, si le signe est toujours simultanément
gieuse (loi du 11 octobre 2010 interdisant le voile in­ D’ailleurs, la loi du 11 octobre 2010 prescrit certes « masque Covid­19 » oblige à répondre par la coconstruit par le regard de l’observateur et inter­
tégral) que politique (loi anticasseurs du que « nul ne peut, dans l’espace public, porter une te­ négative. Qu’il soit ou non orné de lisérés aux cou­ prète, n’y a­t­il pas quelque chose comme une
10 avril 2019 pénalisant la dissimulation du visage nue destinée à dissimuler son visage », mais elle ré­ leurs nationales, le masque anti­Covid révèle que erreur de méthode dans le fait, pour des règles de
aux abords des manifestations). Cette pénalisation serve aussitôt l’hypothèse d’une dissimulation ce n’est pas, en tant que telle, la dissimulation du droit, de fétichiser des références à des « signes »,
de la dissimulation du visage a ainsi construit la commandée par des raisons de santé (mais aussi visage qui pose problème, mais seulement certai­ dont on présuppose (et impose) une définition va­
musulmane portant le niqab ou le black block (pour pour des raisons professionnelles, ou encore liées à nes formes spécifiques de sa dissimulation – no­ lable toujours et partout – depuis ceux qui manifes­
faire court) comme figures antinomiques de la res la pratique de certains arts et sports). tamment celles qui sont associées, dans la France teraient toujours « ostensiblement » une apparte­
publica. Or ces deux figures contrastent fortement En revanche, le masque fragilise le discours pre­ contemporaine, à la « pratique radicale » de l’islam nance religieuse à ceux qui « seraient destinés à dis­
avec le sens aujourd’hui donné au port du masque nant largement appui sur les travaux du philoso­ ou à certaines formes de la radicalité politique. simuler le visage » et porteraient de ce fait même
dans le cadre de la lutte contre le Covid­19. phe Emmanuel Levinas (1906­1995), et notamment En d’autres termes, le masque de protection con­ atteinte au vivre­ensemble ?
Le masque chirurgical est justifié et anobli par son sur l’importance qu’il accorde au visage dans toute tre le Covid 19 nous donne une robuste leçon de sé­ C’est cette erreur de méthode que révèle l’impossi­
rôle éminent de santé publique : il permet de se relation éthique, que nombre des promoteurs de miotique : il révèle que la dissimulation du visage bilité, que nous percevons tous intuitivement, de
protéger soi­même, mais aussi de protéger les l’interdiction du voile intégral avaient cru pouvoir ne veut rien dire, ou peut vouloir dire tant de choses transposer au masque Covid les raisonnements ap­
autres et de prendre part au nécessaire effort collec­ articuler : était­ce vraiment la nécessité de la visibi­ différentes que cela revient au même. Le ralliement plicables aux dissimulations interdites du visage.
tif pour briser les chaînes de contamination. lité du visage pour toute expérience authentique généralisé au masque comme outil de la préser­ Dans un état du débat national sur la laïcité qui
Plus avant, à mesure que se diffuse le modèle du de l’altérité et donc de l’interaction sociale (mes­ vation de la santé publique nous révèle que nous fonctionne souvent par anathèmes, cette désta­
masque réutilisable en tissu, il devient support sage philosophique bientôt condensé dans le­ construisons sans cesse le sens prêté à telle ou telle bilisation sociale et politique du sens même que
symbolique. Il n’en est pas de meilleur exemple standard juridique du « vivre­ensemble ») qui justi­ forme de voilement ou de dissimulation du visage. nous prêtons à la dissimulation du visage donne
que celui véhiculé par le masque couleur bleu fiait l’interdiction du niqab ? Le signe que constitue Le signe n’a pas de sens en soi ; celui­ci est néces­ l’occasion de suggérer que le débat gagnerait à pren­
nuit bordé d’un liseré bleu­blanc­rouge porté, sairement et largement coconstruit par le regard dre la mesure de cette difficulté d’abord sémiotique.
mardi 5 mai, par le président Emmanuel Macron en de l’observateur. En un sens, seule compte la signifi­ Si le signe, en lui­même, ne veut rien dire, qui peut
visite dans une école. Un masque ainsi « décoré » cation que nous lui prêtons. l’interpréter, et comment ? Le croyant est­il le seul à
sied, sans aucun doute, à la sobriété et au sym­ pouvoir faire sens de ses propres choix ? Et, sinon,
bolisme de la fonction présidentielle ; mais plus Fétichisation du signe comment assurer une coconstruction de sens
avant, le masque aux couleurs du drapeau entend Une telle leçon invite à réfléchir sur les modes de inclusive et délibérative ? Une décennie de tensions
véhiculer un puissant message l’associant au bon LE MASQUE AUX fabrication de la loi, et du droit, notamment parce sur les dimensions excluantes et discriminantes de
comportement citoyen, à la réalisation en actes qu’il est difficilement contestable qu’une large part certaines itérations contemporaines de la laïcité
des valeurs républicaines : liberté, égalité et, sur­ COULEURS DU DRAPEAU des réponses juridiques apportées aux questions mérite d’être prise au sérieux. 
tout, fraternité. de laïcité et de liberté religieuse depuis une quin­
FRANÇAIS PORTÉ zaine d’années repose sur une forte fétichisation
Une fragilisation de l’interdiction du niqab ? PAR M. MACRON du signe. Depuis que la loi du 15 mars 2004 a inter­
Faut­il alors considérer que la République ne se vit dit aux élèves de l’enseignement public le port de
plus à visage découvert ? Faut­il désormais avoir ENTEND VÉHICULER « signes ou tenues par lesquels [ils] manifestent os­
une lecture asymétrique de la dissimulation du vi­ tensiblement une appartenance religieuse », nom­
sage, tantôt insulte, tantôt célébration des valeurs UN PUISSANT MESSAGE bre d’autorités scolaires mais aussi juridictionnel­
républicaines ? En un mot : le masque comme élé­ L’ASSOCIANT AU BON les ont été placées en position de juger et qualifier Stéphanie Hennette-Vauchez est professeure
ment de la réponse au Covid­19 vient­il fragiliser toutes sortes de signes : bandanas, jupes trop lon­ de droit public à l’université Paris Ouest-Nanter-
l’interdiction du voile intégral ? Certainement pas. COMPORTEMENT CITOYEN gues, bonnets