Vous êtes sur la page 1sur 479

CHRONIQUE : CENDRES

Partie 1 : Le Rendez-Vous

C’est un matin comme les autres quand le réveil de mon téléphone


sonne et me tire d’un sommeil profond. 15 minutes plus tard, je suis
encore bien enfouie dans ma couette sur mon petit lit d’étudiant. Je
réfléchis à une excuse que je pourrais inventer pour ne pas avoir à
assister au cours du matin, à l’école située à quelques kilomètres de la
résidence où je loge. Je finis par prendre mon courage à deux mains et
me lever, brusquement pour ne pas être tentée de me recoucher. Je file
rapidement dans la salle de douche et me déshabille, en face du grand
miroir dans lequel je me vois presque entièrement. Je m’arrête un instant
à observer l’image de mon visage froissé par le sommeil. Mon esprit est
déjà loin, si tôt le matin, songeant à comment je m’habillerai, me
maquillerai et me coifferai pour ce qui m’attend ce soir : un rendez-
vous… le rendez-vous ?
Je me réveille brusquement de mes songes et cours sous la douche.
Sébastien, mon camarade de classe et ami, râlera encore si jamais je
me pointe en retard à l’entrée du bâtiment où il me prend tous les matins
pour faire la route jusqu’à l’école ensemble. J’ai la réputation d’être
toujours en retard et je n’en suis pas vraiment fière…

Une demi-heure plus tard j’étais prête. Je descends les escaliers en


prenant mon temps, fidèle à la réputation des femmes de chez moi,
malgré que je sois déjà un peu en retard. Je trouve Sébastien comme
d’habitude garé à la même place, qui m’attend, accompagné d’un autre
de nos camarades, côté passager. Je me glisse à l’arrière de la voiture.

Sébastien, en souriant : Salut la sénégalaise. Encore en retard ? Je t’ai


déjà dit que tu es assez belle, pas besoin de passer autant de temps à te
préparer

« Je vois qu’il est de bonne humeur. Tant mieux. »

Moi : Tu me connais non. Je tiens à respecter ma réputation.

Ils rient et nous partons. L’école d’ingénieurs que nous fréquentons est à
10 min seulement en voiture. Nous arrivons donc rapidement et nous
installons dans le petit amphithéâtre. Le cours commence.
Malgré le discours « passionnant » et incroyablement long du professeur
sur les théories des éléments finis, mon esprit se tourne à nouveau vers
les événements à venir de ce soir. Je ne peux pas m’empêcher d’être
rêveuse, en pensant à ce premier dîner avec Abdelkader. Rien qu’à
l’évocation de son prénom dans ma tête, je souris. Qu’est-ce que ce sera
de discuter enfin pour la première fois en face l’un de l’autre ? De se
regarder les yeux dans les yeux en échangeant sur les mêmes sujets
dont on discute depuis déjà un mois ? Vous l’aurez compris, Abdelkader
et moi ne sous sommes jamais rencontrés. Et ce soir nous nous
sommes enfin décidé à mettre fin à cette situation. Je l’ai connu par le
biais d’un ami, avec qui j’étais en train de discuter un jour sur MSN
quand il a commencé à me parler d’un pote à lui qui était juste à ses
côtés et qui avais envie de faire ma connaissance. Bien sûr, il avait vu
ma photo de profil. Sur le coup, je ne lui ai pas donné la permission de
lui filer mon MSN. J’étais déjà avec quelqu’un, et même si notre relation
s’approchait dangereusement de sa fin, je n’avais aucune envie de me
compliquer la vie avec un autre garçon déjà. Après plus d’une heure de
discussion, il finit par me convaincre de lui donner au moins une chance
de faire connaissance, que ça ne m’engageait à rien. J’ai appris bien
plus tard qu’en réalité c’était avec Abdelkader même que j’échangeais
dans l’essentiel de cette discussion ce jour-là. C’est donc lui-même qui
m’a convaincu et c’est ainsi que nous avons fait connaissance.
Le lendemain même, après des échanges très intéressants sur MSN, je
lui donnais mon numéro de téléphone (madame « je fais ma difficile
»…). Le soir même, nous avons passé pas moins de 2h au téléphone, à
parler sans s’ennuyer l’un de l’autre à aucun moment. C’était incroyable,
je n’aurais jamais pensé trouver un homme aussi intéressant sans même
l’avoir jamais rencontré. Cela s’est répété tous les soirs jusqu’à
aujourd’hui. En quelques semaines, nous sommes devenus clairement
accrochés l’un à l’autre. Nous avons appris beaucoup de choses l’un sur
l’autre, il me parlait de son boulot, ses projets, ses amis, et moi de mes
études. Chacun connaissait pratiquement le quotidien de l’autre. Et
pourtant aucun de nous n’a fait de proposition d’une rencontre, lui parce
que c’est un grand joueur et il aimait garder le contrôle de cette situation
(je l’ai appris plus tard) et moi parce que d’abord je suis très fière et
refuse de faire le premier pas avec un garçon, mais aussi parce que
j’avais déjà quelqu’un dans ma vie, si je peux appeler ça comme ça. En
effet, je n’avais pas encore clarifié la situation avec celui qui deviendra
bientôt mon ex, Gabriel, qui vivait dans une autre ville, à 200km de
distance et que je n’avais pas vu depuis plus d’un mois. Ma relation avec
lui n’était pas au beau fixe. Malgré 8 mois ensemble, je ne ressentais
rien qui me donnait envie d’aller plus loin. Gabriel est de confession
religieuse différente de la mienne et je sais que ma famille n’aurait
jamais accepté que je me marie avec un chrétien. Je suis musulmane.
Lui dit qu’il peut se convertir mais je ne suis pas assez malhonnête pour
lui faire faire une telle chose, alors que je sais au fond de moi que je ne
suis pas vraiment amoureuse. Pourtant il a tout ce qu’il faut, c’est un très
beau garçon, un peu métissé, pas très grand mais assez pour être à ma
hauteur lors des câlins debout (lol); il a un travail et est très attentionné
et amoureux. Je ne sais vraiment pas pourquoi je n’en pince pas plus
que ça pour lui. Bref, j’ai fini par expliquer à Gabriel que notre relation
devait prendre fin. Le pauvre, je pense qu’il s’y attendait déjà, il a semblé
le prendre avec philosophie, du moins au début. A peine 3 jours plus tard
Kader (Abdelkader) me proposait enfin un rendez-vous. Je n’ai jamais
avoué à Kader que je sortais avec quelqu’un, je ne sais toujours pas
pourquoi d’ailleurs… Bref, j’ai accepté l’air de rien, cachant mon
excitation et mon sourire béat (merci le téléphone). On a donc convenu
de se voir, enfin, aujourd’hui vendredi.
Vous devez vous demander comment cela se fait que j’accepte un
rendez-vous avec un homme sans même savoir à quoi il ressemble ? Ce
que je ne vous ai pas dit, c’est qu’en réalité il m’a envoyé au début une
photo de lui. Franchement, il est juste moyen niveau physique, je lui
donne un 5 à peine… Mais en fait je me suis très peu attardé sur cette
photo. Les filles ce mec a eu la capacité de me séduire, mais
complètement, rien qu’au son de sa voix et les échanges que j’ai eus
avec lui. Je vous jure que c’est vrai, je ne me suis donc vraiment pas
attardé sur son physique.

Voilà l’histoire et nous sommes enfin vendredi, le jour J.


La journée arrive enfin à sa fin. J’ai fini les cours et suis rentrée à la
résidence étudiante. Cela fait maintenant 1h que je me prépare. Je ne
veux pas paraître trop sexy, ni trop classe, ni trop négligée. J’opte pour
un look décontracté et sexy : une jupe droite en jean légèrement au-
dessus des genoux, un haut en soie noire et une veste tailleur de la
même couleur que la jupe. Les cheveux (tissage ouvert) relevés en
chignon et légèrement maquillée, je me regarde dans le miroir de la salle
de douche et me trouve à mon goût (lol). Hop, quelques pschitts de mon
parfum préféré et me voilà prête. J’avoue, je suis un peu stressée.
J’attends Abdelkader qui doit m’appeler en arrivant devant mon
bâtiment, je lui ai indiqué précisément comment y accéder. Il m’appelle
enfin, je réponds et lui dis que je descends. Je prends mon sac et sors.
Arrivé en bas, je sors du bâtiment, et vois en face de moi l’image qui
sera sans doute à jamais gravée dans ma tête.
Adossé à la portière d’une berline noire, un homme, grand, de teint clair
type peul, parfaitement habillé me regarde, un sourire en coin. Il portait
un jean bleu, une chemise claire et une veste en daim marron claire. Il
dégageait une classe incroyable. Un choc ! Le plus bel homme que j’ai
jamais vu. Je le regarde un instant, comme hypnotisée, puis finis par
tourner la tête, pour chercher Kader. Ce ne peut pas être cet homme, il
ne ressemble pas du tout à la photo que j’ai reçue. Mais je ne vois
personne d’autre… C’est quoi cette blague ?!
Je regarde à nouveau l’homme en face de moi, qui s’avance.
Lui : Ami… ça va ?

« Mon Dieu c’est lui ». Je reconnais sa voix. C’est bien lui…

Je m’appelle Ami, j’ai 23 ans et aujourd’hui est le jour où ma vie bascule


à jamais.

Vous aimez? Likez pour la suite.

© Partie 2 : La première fois

Adossé à la portière d’une berline noire, un homme, grand, de teint clair


type peul, parfaitement habillé me regarde, un sourire en coin. Il porte un
jean bleu, une chemise claire et une veste en daim marron claire. Il
dégage une classe incroyable. Un choc ! Le plus bel homme que j’ai
jamais vu. Je le regarde un instant, comme hypnotisée, puis finis par
tourner la tête, pour chercher Kader. Ce ne peut pas être cet homme, il
ne ressemble pas du tout à la photo que j’ai reçue. Mais je ne vois
personne d’autre… C’est quoi cette blague ?!
Je regarde à nouveau l’homme en face de moi, qui s’avance.
Lui : Ami… ça va ?

« Mon Dieu c’est lui ». Je reconnais sa voix. C’est bien lui…

Je n’ai pas le temps de réfléchir à la raison pour laquelle Kader m’a


envoyé une photo qui, visiblement, n’est pas la sienne. Je suis trop
occupée à essayer de garder une certaine contenance. Je ne vais quand
même pas rester là, bouche bée, yeux écarquillés, comme une conne. «
Ok il est beau mais je ne suis pas trop mal, non plus. Allez, reprends-toi
ma fille ».

Je me redresse et dégaine mon arme : sourire en coin et regard


charmeur (ben quoi, je me défends)

Moi : ça va Kader. Et toi, tu n’as pas eu trop de mal pour venir ? (Je fais
comme si de rien n’était)
Il me regarde, amusé. Il sait que je joue le jeu.

K : Non pas du tout. Je me suis juste laissé guider. Je vois que tu es


prête. Tu es encore plus belle que sur les photos.

Moi : Les photos ? Je ne t’en ai envoyée qu’une…

K : Et Baba (notre ami en commun) en avait d’autres. J’ai eu plaisir à les


regarder. « Mon cœur danse le lambada ». Alors on y va ? J’ai réservé
pour dans une demi-heure. Il nous faut à peu près ce temps pour y être,
avec les bouchons.

Nous nous dirigeons vers la voiture. Et cet homme, ne se contentant pas


d’être tout ce qu’il y a de plus séduisant, hâte le pas pour me devancer
et m’ouvrir la portière de la voiture, côté passager. Décidément, serait-il
l’homme parfait ?
L’intérieur de la voiture est propre et sent bon. Il met un CD et lance la
musique. De la soul… il connait déjà mes goûts musicaux et moi les
siens, depuis nos échanges téléphoniques.

K : Je t’ai fait une compilation de sons, je pense que tu devrais aimer.

« En effet, j’aime. Et pas que ça d’ailleurs… »

Moi : ça commence bien en tout cas. J’aime beaucoup. C’est Raphaël


Sadiq non ?

Et on continue notre discussion durant tout le trajet. On se raconte notre


journée. Je suis soulagée de constater que nous voir enfin n’a pas inhibé
notre capacité à parler longtemps de tout et de rien, sans nous lasser.
Nous arrivons enfin à destination et nous garons. Il a réservé dans un
restaurant, dans le 16e arrondissement, qui de prime abord semble être
très classe. Monsieur sort de la voiture de son pas leste sans rien dire.
Je devine la suite et attends alors. Il vient bien m’ouvrir la portière.
Décidément… Même si je sais que je devrais me méfier de toutes ces
marques d’attention, je ne peux pas m’empêcher de tomber de plus en
plus sous le charme. Il a quelque chose, une certaine tenue, une dignité
dans le regard et l’expression du visage, qui le rendent mystérieux. Et
j’aime le mystère.

On rentre dans le restaurant où nous sommes accueillis par un garçon


de table qui nous dirige vers notre table après que Kader ait donné son
nom. Nous nous installons confortablement, l’un en face de l’autre.
Bizarrement, je me sens bien, je suis à l’aise. Je ne suis plus intimidée
du tout. J’ai l’impression de connaitre cet homme depuis toujours.
Comme j’avais deviné, le restaurant est très classe. Nous sommes très
bien traités par l’équipe de service et les différents plats sont plutôt bons.
L’ambiance est feutrée, chaleureuse et en même temps très intime. Il y’a
peu de monde et les tables sont éloignées les unes des autres. J’ai
l’impression qu’on est seuls au monde… Le dîner se passe très vite.
A la fin de la soirée, Kader me dépose devant chez moi et descends de
la voiture pour me raccompagner jusqu’à la porte. On se dit au revoir en
se faisant la bise. Il n’essaie pas de m’embrasser. Même si on vient juste
de se rencontrer, Dieu sait que je ne l’en aurais certainement pas
empêché s’il avait essayé (lol). On se promet de se revoir le lendemain.

Je monte dans ma chambre, toute légère. Je sens que je vais avoir du


mal à trouver le sommeil ce soir, je suis toute excitée. Ça tombe bien car
moins d’une heure plus tard, Kader m’appelle et on reprend notre
discussion comme les jours précédents, comme si on ne venait pas de
vivre quelque chose de différent… Il me dit qu’il est content de m’avoir
enfin rencontrée, je décide d’être honnête en lui avouant que moi aussi.
On continue de parler jusqu’à ce que le sommeil se fasse sentir.

Le lendemain.
Kader et moi allons finalement regarder un film au cinéma. Oui, on a
décidé de faire dans l’originalité pour un second rendez-vous (lol).
Arrivés au cinéma, nous nous installons au fond. Durant le film, tout
naturellement nous nous retrouvons les mains emmêlées. Je n’analyse
pas tout le temps le comportement que nous avons l’un avec l’autre
depuis que nous nous sommes rencontrés, mais quand je m’y arrête un
peu, je me rends compte qu’on se comporte déjà comme si on est un
couple amoureux. On n’a pas besoin de se dire les choses, tout semble
venir comme si c’était ce qu’il y a de plus logique : les touchers, les
regards, les sourires… On passe un bon moment ensemble. A la fin de
la soirée, on se promène un peu sur les quais, pas trop éloignés du
cinéma et il me raccompagne ensuite comme la veille. On se fait la bise,
il n’essaie toujours pas de m’embrasser. Mais qu’est-ce qu’il attend enfin
?? Moi je n’attends que ça. Je rentre chez moi, un peu frustrée quand
même. Avant de dormir, il m’appelle, comme la veille.

Je me réveille le lendemain pas très en forme. C’est dimanche, je n’aime


pas les dimanches. Je suis presque toujours de mauvaise humeur le
dimanche. C’est morne, triste et veille de lundi. Je traine toute la journée
dans ma chambre-studio à discuter sur MSN, causer avec quelques
amis au téléphone et lire. En milieu d’après-midi, Kader m’appelle. Je
suis contente, enfin quelque chose qui va égayer la journée. On parle un
peu et il me fait comprendre qu’il s’ennuie aussi tout seul chez lui. Sans
réfléchir, je l’invite à passer chez moi pour regarder un film. « Tout doux,
jeune fille. Ne joue pas avec le feu ». Il accepte rapidement et me dit qu’il
se met en route. Dès qu’il raccroche, je me précipite pour ranger mon
intérieur et parfumer. Mon Dieu pourquoi je ne réfléchis pas avant de
parler ? Je me précipite sous la douche pour me laver, enfin, depuis ce
matin ! J’ai à peine le temps d’enfiler un jean et un tee-shirt que mon
téléphone sonne. C’est Kader qui vient d’arriver. Il ne connait pas ma
chambre, je dois donc descendre. Je vais quand même me mettre du
mascara et un peu de gloss avant.
Quelques minutes plus tard, j’accueille Kader dans ma chambre. On
s’installe sur mon lit comme sur un canapé, en face de la petite télé (on
fait avec les moyens…).Finalement, on opte pour un spectacle de Gad
El Maleh. Nous aimons tous les deux le comédien et n’arrêtons pas de
rigoler. Au fur et à mesure, nous nous sommes rapprochés l’un de l’autre
au point d’être presque collés.
A un moment donné, je ne l’entends plus rire. Je me retourne vers lui, le
sourire encore aux lèvres, quand je tombe sur son regard qui me fixe
intensément.
Mon sourire se fige, je me sens hypnotisée.
Il approche tout doucement son visage du mien. Je ne bouge pas d’un
iota. Arrivé tout près, je sens son souffle sur mon visage. Il me regarde
encore une fois, plongeant dans mes yeux et il prend mes lèvres, déjà
entrouvertes, dans sa délicieuse bouche.

© Partie 3 : La dispute

A un moment donné, je ne l’entends plus rire. Je me retourne vers lui, le


sourire encore aux lèvres, quand je tombe sur son regard qui me fixe
intensément.
Mon sourire se fige, je me sens hypnotisée.
Il approche tout doucement son visage du mien. Je ne bouge pas d’un
iota. Arrivé tout près, je sens son souffle sur mon visage. Il me regarde
encore une fois, plongeant dans mes yeux et il prend mes lèvres, déjà
entrouvertes, dans sa délicieuse bouche.

Ce baiser… Je ne vous mens pas, j’en ai connu des hommes. J’en ai eu


des premiers baisers. Mais celui-là. Cet homme… les mots me
manquent. C’est doux, c’est chaud mais c’est aussi tellement impérieux
que je me sens complètement désarmée. Pendant plusieurs minutes, j’ai
l’impression de me perdre dans un tourbillon de sensations. Je ne me
suis jamais sentie « maîtrisée » à ce point.
Il finit par se détacher de moi et me regarde à nouveau, fixement. Je
détourne mon visage et m’excuse pour aller aux toilettes. Je me regarde
dans la glace et touche mes lèvres. « Ma chère, tu es dans la me*** ».

Quelques mois plus tard…

On est enfin le dernier jour de la semaine. Celle-ci a été particulièrement


fatigante. Je suis en dernière année et la fin des cours approche. Dans
moins de 2 mois, je dois commencer le stage de fin d’études. Mais pour
le moment, j’ai encore des documents de projet à rendre, et j’ai passé
cette semaine beaucoup de temps avec mon binôme, Sébastien, pour
finaliser un projet scolaire particulièrement important. La bonne nouvelle,
c’est que c’est fini pour cette étape. Nous avons fait notre présentation
ce matin, et encore mieux je n’ai pas de cours cet aprèm.
Je dois rejoindre Kader rapidement. On a prévu de déjeuner ensemble à
côté de son lieu de travail.
Eh oui, notre couple s’est confirmé. Cela s’est fait tout naturellement,
sans qu’il m’ait fait de grande déclaration. Il semblait juste clair pour tous
les deux que nous devions être ensemble. Depuis ce premier baiser,
chez moi, nous avons continué de nous parler tous les jours et même
plusieurs fois par jour. Il est devenu une partie indispensable à mon
quotidien. On se parle de tout, on se raconte tout. Il connait les noms
des différentes personnes avec qui j’ai des interactions ou contacts
chaque jour. Je lui raconte vraiment tout et il connait ma vie, du moins
actuelle, de A à Z. Compte-tenu de nos emplois du temps respectifs
chargés, nous ne nous voyons pratiquement que le week-end. Kader, à
28 ans, travaille dans un cabinet d’audit renommé, un « big 4 ». Il
travaille depuis quelques semaines sur le dossier particulièrement
sensible d’un client du CAC40. Ce qui lui fait des journées plutôt
longues, même s’il s’arrête souvent pour me passer un coup de fil ou
m’envoyer un texto.
Durant le week-end, nous passons le plus clair du temps chez lui. Il vit
dans un plus grand appartement que mon petit 15m², on y est donc plus
à l’aise. Je me mets presque toujours aux fourneaux et lui concocte des
plats sur lesquels il me complimente beaucoup. Le reste du temps, on le
passe sur le canapé à regarder des films, écouter de la musique,
discuter de tout et de rien, mais surtout à ne pas discuter… Depuis que
nos bouches se sont découvertes, j’ai remarqué qu’on passe beaucoup
moins de temps à papoter qu’avant. Pour quoi faire, même ?

Bref, nous ne sortons pas beaucoup. Il m’arrive de me dire que nous


nous comportons déjà comme un vieux couple alors qu’on est juste à
nos débuts, mais en même temps c’est tellement agréable lorsqu’on se
retrouve tous les deux chez lui, qu’aucun de nous n’a envie d’être
ailleurs.
Aujourd’hui, pour changer, on se retrouve en semaine, et dehors.

Kader est déjà devant l’entrée du restaurant thaïlandais où on s’est


donné rendez-vous quand j’arrive. Nous nous installons et passons notre
commande.

Kader : ça va ? Pas trop stressée ce matin ?

Moi : Oh non ça s’est bien passé finalement. Avec Sébastien, on a fait


un petit exercice de respiration juste avant. Je n’y croyais pas trop mais
ça m’a bien aidé en fait.

Je vois une petite ombre passer dans son regard. Qu’est-ce-que j’ai dit ?
Je continue de papoter comme si je n’avais rien remarqué, mais il me
répond à peine, en monosyllabes. Le serveur s’approche et nous sert.

Je finis par demander : Qu’est-ce qui se passe Kader. Tu es plutôt


silencieux tout à coup. Ça va ?

K : ça va

Moi : hum, ce n’est pas l’impression que j’ai. Pourquoi tu ne me dis pas
ce qui …

Il me coupe brusquement : C’est quoi exactement tes relations avec ce


Sébastien ?

Moi : Pardon ? Tu veux dire quoi par là ?

K : Je ne sais pas. Je n’aime pas cette histoire.

Moi : Mais quelle histoire ? De quoi tu parles ?

K : J’ai l’impression que vos relations ne sont pas seulement amicales.

Moi : Mais qu’est-ce qui te fait dire ça ? Il n’y a rien entre lui et moi, nous
sommes amis c’est tout.

K : ah bon ? Et tu peux jurer qu’il ne t’a jamais dragué ?


Moi : …

K : Ecoute, je suis un homme, je sais comment sont les hommes.


L’amitié fille/garçon n’existe pas de toute façon. Je pense que tu devrais
faire attention à lui.

Moi : Et je pense que tu exagères. La plupart de mes amis sont des


garçons et il n’y a absolument pas d’ambigüité sur nos relations (j’avoue,
je ne dis pas complètement la vérité).

K : Tu fais comme tu veux. En tout cas, tu sais que ça ne me plait pas.

Il est sérieux, lui, dans son délire ? Comment peut-il se permettre de me


faire la tête parce que j’ai une relation amicale avec un homme, que j’ai
connu avant lui de surcroit. Il se croit mon mari déjà lui? Et pourquoi
diable, je ne lui crache pas à la figure ce que je pense. Pourquoi je reste
là à détourner la tête, sans oser le regarder de peur de voir la colère
dans ses yeux ?

Le déjeuner se finit dans une ambiance tendue. On n’échange plus


vraiment, et à la fin on quitte le restaurant toujours dans la même
ambiance. Je lui fais un « salut », sans lui faire la bise et me dirige vers
le RER. Je sens qu’il reste à la même place quelques secondes à me
regarder, sans doute surpris par ma réaction. Avant de rentrer dans la
bouche du RER, je me retourne et le vois marcher d’un pas solide vers
son immeuble de travail, l’air énervé.

Debout dans le RER, les écouteurs aux oreilles, je réfléchis à ce qui


vient de se passer. Je viens de découvrir que Kader est quelqu’un de
plutôt jaloux. Quoique, je ne peux pas dire que je n’avais pas déjà
remarqué quelques petits signes. Malgré ma colère, quelque part en
moi, ça me fait plaisir, ça prouve qu’il a des sentiments pour moi, non ?
Mais en même temps, j’ai un peu peur… J’ai vu la colère dans ses yeux.
Je n’ai pas aimé ce que j’ai vu, ni l’intonation de sa voix, ni son ton sec.
Mais surtout, j’ai peur parce que je ne veux pas qu’il soit en colère contre
moi. Je n’aime pas ça du tout.

Pour la première fois de ma vie, j’ai peur de la colère d’un homme.


© Partie 4 : Le pardon

Debout dans le RER, les écouteurs aux oreilles, je réfléchis à ce qui


vient de se passer. Je viens de découvrir que Kader est quelqu’un de
plutôt jaloux. Quoique, je ne peux pas dire que je n’avais pas déjà
remarqué quelques petits signes. Malgré ma colère, quelque part en
moi, ça me fait plaisir, ça prouve qu’il a des sentiments pour moi, non ?
Mais en même temps, j’ai un peu peur… J’ai vu la colère dans ses yeux.
Je n’ai pas aimé ce que j’ai vu, ni l’intonation de sa voix, ni son ton sec.
Mais surtout, j’ai peur parce que je ne veux pas qu’il soit en colère contre
moi. Je n’aime pas ça du tout.

Pour la première fois de ma vie, j’ai peur de la colère d’un homme.

Le lendemain, je me réveille assez tard. Ce qui est assez normal, je me


suis endormie très tard. Je n’ai pas arrêté de penser à Kader toute la
nuit. Je pensais qu’il allait s’excuser pour son comportement, mais il ne
m’a même pas appelé. J’étais très triste malgré moi et je le suis encore.
Je ne comprends pas la façon dont cette dispute a pu commencer, je ne
vois pas ce que je peux me reprocher. Je n’ai rien dit ou fait de mal, je
crois. J’ai juste réagi à ses accusations sans fondement et sa façon de
s’immiscer dans ce qui ne le regarde pas. Ai-je exagéré ? Qu’auriez-
vous fait à ma place ? Je ne sais vraiment pas comment réagir face à ce
type de situation.
Mais malgré ma tristesse, je me refuse à faire un pas vers lui. Je me suis
habituée à l’entendre matin et soir et le voir les week-ends, c’est presque
devenu une drogue. Mais je vais résister, je ne l’appellerai pas, c’est
décidé.
Pour faire passer mes idées noires, je me mets à faire le ménage à fond
dans mon petit studio. Je range mon placard, ma table de travail, change
les draps, m’occupe de tout et de n’importe quoi tout en écoutant la
musique à fond, du Pink. Ça a le don de me remettre d’aplomb, me
donner la pêche. Quand je finis, je prends une bonne et longue douche.
Je mets ensuite une robe en pagne et m’installe confortablement dans
mon lit, mon ordinateur sur les genoux, afin de regarder un épisode
d’une des séries américaines que je suis.

Quelques minutes plus tard, un peu avant midi, j’entends toquer à ma


porte. C’est sûrement Sébastien. On a prévu d’aller manger un kébab
avec quelques autres potes, à quelques kilomètres de là. Mais je crois
que je vais décliner. Je n’ai aucune envie de me préparer pour sortir.
J’ouvre la porte, en préparant une expression de lassitude. Je vois
devant moi un bouquet de roses, au bout d’une main tendue. Je devine
immédiatement de qui il s’agit, Kader. Il s’avance devant l’entrée et me
regarde en souriant. Je le regarde un moment, et finis par m’effacer pour
le laisser entrer.

Il entre et me tend à nouveau le bouquet : « C’est pour toi »

Moi, souriant finalement et prenant les fleurs : merci (le cœur d’une
femme !)

Kader : tu vas bien ?

Moi : oui. Et toi ? Tu as fini de m’ignorer ?

K : ce n’est pas comme si tu t’étais beaucoup manifestée, non plus.

Moi : Pardon ? Parce que tu t’attendais…


Il m’interrompt d’un baiser. Je n’ai pas eu le temps de le voir venir mais
je réagis très rapidement en entourant son cou de mes bras et lui
rendant son baiser passionnément. Le bouquet se retrouve au sol.
Il m’a manqué ! Eh Dieu, que m’arrive-t’il ? Cet homme m’a
complètement envoûtée. Je ne me reconnais même pas. Je n’ai jamais
ressenti quelque chose comme ça.

Notre étreinte continue longtemps et on finit par se retrouver sur le lit.


Des caresses s’ensuivent, sur ma poitrine, mon ventre… Seul le tissu de
ma robe empêche notre peau de se toucher. Je lui empoigne la tête et
presse mes lèvres sur son front pendant qu’il me caresse le cou des
siennes, me mordille. La température monte… Je me redresse
brusquement dès que je sens son excitation. Il me laisse faire et s’écarte
légèrement. Il me regarde dans les yeux. Je suis profondément troublée.

Je me racle la gorge et me redresse : « Tu veux un café ? »

Lui : Tu veux me fuir ?

Moi : …

Kader, après un instant (je ne le regarde toujours pas, je fais semblant


de ne pas avoir entendu) : « Je veux bien un petit café stp ».

Je lui prépare son café et un thé pour moi. Nous passons finalement le
reste de la journée ensemble. Cette fois nous décidons de sortir, sous
mon insistance surtout. Il y’a certaines ondes dans l’air, que je préfère
voir se dissiper, si vous voyez ce que je veux dire. Nous allons faire du
shopping, enfin surtout moi, sur les champs-elysées, du moins les
enseignes où mes revenus limités d’étudiante me permettent d’entrer.
Kader est très patient et me conseille sur mes choix, même si je vois
clairement que faire les boutiques est loin d’être son activité préférée.
Le soir, nous entrons dans une pizzeria et en sortons très tard. Il me
dépose ensuite chez moi.

Quelques jours plus tard, nous sommes le jeudi, et comme tous les
jeudis ou presque, une soirée étudiante se déroule dans une salle mise
à disposition dans un des bâtiments de la résidence. C’est l’occasion
pour les futurs ingénieurs de se défouler sur une petite piste entre potes,
mais surtout de se soûler.
J’y vais très rarement car je n’accroche pas tout le temps à leurs délires,
mais je décide d’y rejoindre mes camarades ce soir. Bien sûr, j’ai
prévenu Kader avant d’y aller, je n’ai pas envie qu’il me fasse à nouveau
une crise de jalousie…

Finalement je passe une bonne soirée. C’est toujours amusant quand on


est la seule à ne pas boire, dans un groupe où tout le monde a déjà
enfilé 2 ou 3 verres d’alcool, ou plus. Je les observe en train de se
départir petit à petit de leur sérieux, rigoler pour n’importe quoi et surtout
improviser des pas de danse assez curieux. Les toubabs et la danse…

A la fin de la soirée, Sébastien insiste pour me raccompagner à mon


bâtiment. Il est 23h passées et il prétend que c’est plus sûr si je ne rentre
pas toute seule dans le noir. Vu comment il est déjà éméché, je ne sais
pas qui de lui ou de moi, protégerait l’autre en cas de besoin ! Bref,
j’accepte pour ne pas perdre plus de temps, je me sens vraiment
fatiguée et j’ai cours demain.
Arrivé devant le bâtiment, Séb continue de causer avec moi sans
rebrousser chemin. Bon, apparemment il a décidé de me raccompagner
jusque chez moi. Je ne relève pas.
Arrivée devant ma porte, je le remercie et lui souhaite une bonne nuit.
Il ne répond pas. Je me retourne pour le regarder. Il a l’air intimidé, on
dirait qu’il se cherche du courage ? Oh non, pas ça !

Sébastien : Ami…

Je le regarde, attendant la suite, les yeux écarquillés d’étonnement.

Séb : tu me plais beaucoup…


Et il se penche pour essayer de m’embrasser.

Avant même que j’aie le temps de réagir, je vois qu’on le tire par l’épaule
pour le repousser violemment de l’autre côté du mur. Je le regarde un
bref instant qui essaye de retrouver son équilibre. Je tourne alors mon
regard vers l’agresseur : Kader !

© Partie 5 : La colère

Arrivé devant le bâtiment, Séb continue de causer avec moi sans


rebrousser chemin. Bon, apparemment il a décidé de me raccompagner
jusque chez moi. Je ne relève pas.
Arrivée devant ma porte, je le remercie et lui souhaite une bonne nuit.
Il ne répond pas. Je me retourne pour le regarder. Il a l’air intimidé, on
dirait qu’il se cherche du courage ? Oh non, pas ça !

Sébastien : Ami…

Je le regarde, attendant la suite, les yeux écarquillés d’étonnement.

Séb : tu me plais beaucoup…

Et il se penche pour essayer de m’embrasser.

Avant même que j’aie le temps de réagir, je vois qu’on le tire par l’épaule
pour le repousser violemment de l’autre côté du mur. Je le regarde un
bref instant qui essaye de retrouver son équilibre. Je tourne alors mon
regard vers l’agresseur : Kader !

Mais qu’est-ce qu’il fait là ?

Moi, d’une voix indignée : Kader !

Kader : Toi, tais-toi.

Il se retourne vers Séb, s’adosse au mur et croise les bras. Malgré son
apparente nonchalance, sa colère est presque palpable. Visiblement, il
attend que ce dernier réagisse pour avoir l’occasion de lui régler son
compte.
Je m’interpose avant que ça aille plus loin : « Je suis désolée Séb…
Merci de m’avoir raccompagnée. Ça ira, on discutera demain ».
Il nous regarde à tour de rôle, hébété. Le pauvre, il ne comprend rien. Il
finit par se diriger vers les escaliers, en titubant légèrement.

Je me retourne vers Kader. Je vois presque de la fumée sortir de ses


narines, tellement il a l’air en colère.

J’ouvre la porte de mon studio : « On peut en parler à l’intérieur ? »

Il me regarde durement sans rien dire.

Moi : entre… s’il te plait

K : C’était quoi ça Ami ?

Moi : je ne veux pas en parler ici. J’ai des voisins… Entre, je vais
t’expliquer et tu vas comprendre.

Il finit par entrer, lentement. J’avoue que j’ai un peu peur. Quand il passe
devant moi, je tremble un peu. « Mais bon Dieu, Ami ! reprends-toi. Tu
n’as rien fait de mal enfin ! ». J’essaie de retrouver mon calme et le suis
à l’intérieur. Il ne s’assoit pas, et garde le silence, les pouces enfoncés
dans les poches de son jean. Malgré la tension qui règne, je ne peux pas
m’empêcher de remarquer à quel point il est beau et imposant dans
cette posture.
Pfff ! J’ai vraiment envie de me donner une claque là !

Je m’approche un peu de lui : «Ecoute, je sais ce que tu dois penser.


Mais tu te trompes. »

Lui : Ah bon… et qu’est-ce que je pense, dis-moi ?

Moi : Sébastien a un peu bu. Et il a essayé de m’embrasser. Je n’aurais


jamais accepté et tu le sais.

K, un sourire narquois sur les lèvres : Tu oserais ?!

(Mais pour qui il se prend lui ?)

Moi : Je n’ai pas pour habitude d’être infidèle… Je suis désolée que tu
aies assisté à cette scène, mais ce n’est pas de ma faute. Je…

K : bien sûr que c’est de ta faute. Je t’avais dit tout ça. J’étais sure que
ça allait arriver. Il sait au moins que tu es avec quelqu’un ?

Moi : hmm oui

K : le bâtard. Et il se permet de te draguer. Et toi, tu l’amènes devant ta


porte, comme une femme facile.

Moi : Bon, tu arrêtes maintenant. Tu commences à dépasser les limites...

K : les limites, c’est avec lui que tu aurais dû les poser. Tu crois quoi,
que je vais te laisser avoir n’importe quelle relation avec n’importe qui ?
Tu te trompes ma belle. Tu es à moi, c’est clair !

Moi : arrête de raconter n’importe quoi Kader. Je ne suis pas à toi, ni à


personne d’ailleurs. Qu’est-ce qui te prend de parler comme ça ?

K : et tu te permets de trouver quelque chose à répondre, en plus ?!


C’est simple, soit tu es avec moi et tu arrêtes toute relation avec ce con,
soit tu n’es pas avec moi.

Il délire grave lui ! Arrêter quelle relation exactement ?

Moi, en colère : Bon j’en ai marre, tu te casses de chez moi maintenant !

K : quoi ?

Moi : j’ai dit, tu sors de chez moi. Je ne suis pas le genre de fille à qui tu
peux te permettre de poser un ultimatum. Vas-y, casse toi et ne reviens
plus !

Il me regarde fixement pendant quelques secondes, les yeux plissés. Je


soutiens son regard, les bras croisés. Il finit par se retourner lentement et
se dirige vers l’entrée. Il sort et claque la porte en partant.
Je reste figée sur place pendant un certain temps.

Je finis par m’assoir sur le lit, les coudes sur les genoux et la tête
baissée.
« Mon Dieu, qu’est-ce qui vient de se passer ? » La rage descend tout
doucement, pour faire place à une profonde tristesse. Je me laisse
glisser doucement vers l’oreiller et plie les genoux sur mes bras. J’éclate
en sanglots. « Seigneur, qu’ai-je fait ? »
Je pleure toutes les larmes de mon corps jusqu’à ce que la fatigue me
rattrape. Je m’endors dans cette position.
[Je ne respecte pas toujours mes promesses, mais cette fois, si!
Voici donc votre (longue) suite.

N'oubliez pas de commenter. Sinon, un petit clic sur j'aime fera


l'affaire émoticône wink

bisou émoticône heart ]

© Partie 6 : Le désespoir

Il me regarde fixement pendant quelques secondes, les yeux plissés. Je


soutiens son regard, les bras croisés. Il finit par se retourner lentement et
se dirige vers l’entrée. Il sort et claque la porte en partant.
Je reste figée sur place pendant un certain temps.

Je finis par m’assoir sur le lit, les coudes sur les genoux et la tête
baissée.
« Mon Dieu, qu’est-ce qui vient de se passer ? » La rage descend tout
doucement, pour faire place à une profonde tristesse. Je me laisse
glisser doucement vers l’oreiller et plie les genoux sur mes bras. J’éclate
en sanglots. « Seigneur, qu’ai-je fait ? »
Je pleure toutes les larmes de mon corps jusqu’à ce que la fatigue me
rattrape. Je m’endors dans cette position.

Quand j’ouvre les yeux le lendemain matin, je me rends compte que j’ai
encore mes habits de la veille sur moi; les souvenirs de la soirée me
reviennent immédiatement…
Je me force à me lever. Dans la salle de douche, un coup d’œil dans la
glace me montre une image affreuse. J’ai les yeux complètement gonflés
à force de pleurer.
« Eh Ami, tout ça pour un garçon ! » Ma fierté reprend le dessus petit à
petit. « Je ne vais pas me laisser faire. Si je ne suis pas avec Kader, je
serai avec quelqu’un d’autre, et puis voilà. » Hum... Qui j’essaie de
convaincre là ?
Je sors trois quarts d’heure plus tard, pour l’école. J’ai réussi à camoufler
un peu les traces de la veille sur mon visage, grâce au maquillage.
Je retrouve Sébastien en bas comme d’habitude. J’aurais préféré l’éviter
mais je n’ai pas le choix, il faut bien que j’aille en cours. Lui aussi a l’air
gêné. Après s’être dit bonjour, nous nous parlons à peine durant tout le
trajet. Heureusement que ce n’est pas long.

La journée se passe tranquillement. A la fin des cours, je rentre chez moi


et je sens déjà la solitude m’envahir. Kader n’a pas essayé de me
contacter… Sans vouloir me l’avouer, je sais que quelque part j’espère
encore qu’il va le faire. J’essaie de m’occuper, trouver des activités pour
combler le vide : télé, séries, lecture, mais rien n’y fait. Mes pensées
vont tout le temps vers la même personne. Qui m’ignore
complètement…
Je passe la soirée tristement, seule dans ma chambre. Je ne réponds à
aucun appel.

Le lendemain soir, je n’en peux plus. La journée a été terrible, je déteste


être comme ça. Il faut que je fasse quelque chose. Il faut que je parle à
quelqu’un. De nature, je suis assez solitaire. J’ai 2 meilleurs amis, Badou
et Karine. Mais je ne leur parle de mes problèmes que quand j’ai
vraiment besoin d’aide. Je préfère écouter… Mais là, il faut vraiment que
je parle à quelqu’un.
Je pense à Badou. Je me sentirai plus à l’aise avec lui. D’une manière
générale, je me sens plus à l’aise avec les garçons, mais là c’est surtout
parce Badou est un sénégalais comme Kader. De plus, qui de mieux
qu’un garçon pour comprendre les garçons ? J’adore Karine, mais elle
est d’une culture différente. C’est ma burkinabé préférée. Mais j’ai peur
qu’elle ait du mal à comprendre le côté macho des sénégalais. Ce n’est
pas que je veuille défendre Kader, mais je veux être conseillée
objectivement.

J’appelle Badou. Il décroche : « Allô »

Moi : Salut toi

Badou : Choubi (Oui il m’appelle Choubi, je l’appelle Chouba. Ne riez


pas svp). Ça va ?

Moi : huhun

B, d’un ton inquiet : ça n’a pas l’air. Qu’est-ce qui se passe ?

Moi : ça ne va pas Badou. C’est Kader.


B : Ah ouais, déjà… Bon écoute, je ne sors pas ce soir. Viens chez moi,
on se fait une pizza. Et tu me raconteras tout. Ma petite fille me manque
en plus.

Moi : Oh non, il est presque 20h. Je ne serai pas chez toi avant 21h; ça
va être galère de rentrer ensuite. Je vais être fatiguée…

B : Et alors ? Tu dormiras ici. Allez, viens voir papa.

Moi : T’arrêtes toi !

B, en imitant ma voix : « T’arrêtes toi ! »

Moi : Tchuipp

B : allez, viens stp. J’ai envie de te voir.

Je finis par me laisser convaincre. Ne sautez pas au plafond, ce n’est


pas la première fois que je dors chez Badou et il ne s’est jamais rien
passé. Nous avons une relation purement amicale, sans ambigüité. De
plus Badou est un coureur de jupons que je ne voudrais même pas pour
mon ennemie. Ces pauvres filles ne peuvent pas résister à son sourire à
tomber et ses impressionnantes tablettes de chocolat. Et lui ne se gêne
pas pour en profiter.

Environ une heure plus tard, je sonne à sa porte. Il ouvre quelques


secondes plus tard, une bouteille de bière à la main.

Moi, d’un œil accusateur : Badou !

Badou : Ohoo ! Tais-toi et entre.

Moi, en entrant : T’es pas un musulman toi !

B : Ok, je suis athée, t’es contente ?

Moi : Pff ! Tu fais ce que tu veux. C’est ta vie. Bon, tu commandes les
pizzas ? Oranaise pour moi. Je vais poser mes affaires.
Je me dirige vers sa chambre. Badou vit dans un F2. Je dors toujours
dans sa chambre quand je suis là, et lui sur le canapé du salon. Je vais
donc poser mon manteau et mon sac à l’intérieur.

Plusieurs minutes plus tard, nous sommes installés sur le canapé,


devant nos pizzas. Je mange à peine, je n’ai pas d’appétit. J’ai déjà
raconté à Badou les événements. De la première crise de jalousie de
Kader à nos échanges de la veille.
Il ne semble pas du tout indigné du comportement de Kader.

Badou : Tu aurais réagi comment toi, à sa place ? Si tu te pointais chez


lui et le découvrais dans les bras d’une autre fille.

Moi : Mais je n’étais dans les bras de personne ! Tu m’as écoutée, un


peu, toi ?

B : Je t’ai bien écoutée, mais tu crois vraiment qu’il avait le temps


d’analyser la situation ? Ce Sébastien allait t’embrasser, vous deviez
donc être très proches, l’un de l’autre. De plus, je suis sûr qu’il vous a
vus au moment où vous entriez dans le bâtiment. Il devait donc déjà
commencer à s’énerver.

Moi : Mais il sait que je n’aurais pas répondu à son baiser. Tu sais quoi,
monsieur est même trop fier pour imaginer que j’OSE le tromper. Ce
sont ses propres mots. Ce qu’il me reproche, c’est d’être proche de
Sébastien, tout court. Tu te rends compte ?

B : Hum. Tu ne lui as pas parlé de moi j’espère ? Je n’ai pas envie de


me faire tabasser moi.

Moi : Mais bien sûr. (Entre vous et moi, j’ai juste omis certains détails,
comme le fait de dormir chez « Choubi » par exemple… Ben quoi, qui
est fou.)

B : Hum ; ok. Bon très honnêtement, je trouve que tu as exagéré.

Moi : T’es sérieux là ?

B : Mais oui. Ami, le mec retrouve sa petite amie dans les bras d’un
autre homme. Ok, ok, presque dans ses bras, si tu veux… Il est très
énervé et s’en prend à lui. Tu crois que dans le laps de temps qui suit, il
est capable de se ressaisir et de réfléchir posément à ce qu’il dit ? C’est
un homme, et il est fier, toi-même tu le sais. Tu as réagi trop vite.

Moi : Mais j’étais énervée aussi. Je n’ai pas le droit d’être énervée moi ?
Pourquoi tu le défends.

B : Sois pas bête. Je n’ai aucune raison de le défendre. Je ne te


reproche pas de t’être énervée, je comprends ça. Mais le jeter de chez
toi ?! Ami… Ecoute, si tu tiens à cet homme, va le reprendre. Parce que
si ce que tu dis sur lui est vrai, il ne va certainement pas venir vers toi.
Tu l’as jeté ! Sans blague.

Moi : Pfff, je ne sais plus… Sniff

B : Oh, tu ne vas pas pleurer quand même. Allez, viens faire un câlin à
papa.

Il ouvre son bras vers moi.

Moi : T’arrêtes toi ! Je te rappelle que t’as 2 ans de plus que moi.

Il rigole. Je me rapproche quand même de lui et me blottis dans ses


bras, où je reste la tête posée sur son torse et tournée vers la télé. Ça
me fait du bien. J’adore ce mec. C’est comme mon frère.
On reste comme ça à discuter un peu et regarder la télé. Quand il me
réveille des minutes plus tard pour aller me coucher, je me rends compte
que je me suis endormie sur lui.

Le lendemain, je rentre avant même que Badou se réveille. Il aime trop


faire la grasse matinée lui. Il est 12h là quand même.
Même si ses conseils m’ont fait réfléchir, je ne me sens toujours pas
prête à faire un pas vers Kader. En fait je suis énervée par le pouvoir
que ce dernier a sur moi. Pourquoi je dois me casser la tête pour lui ? Je
n’ai jamais connu ça. J’ai eu beaucoup de relations avant lui, mais au
fond je n’ai jamais vraiment eu de vraies « difficultés » à surmonter avec
un garçon. Ils m’ont pleurer certes, presque toujours pour des caprices
de ma part, des trucs stupides. Mais ils n’ont jamais été indispensables à
mon bien-être. Là, avec Kader c’est différent. Et ça m’insupporte.
Puis franchement, même si je lui ai dit des mots que je n’aurais pas dû
dire, c’est lui l’homme non ? Il n’a qu’à me comprendre et revenir vers
moi, s’il tient vraiment à moi.

Je suis tellement obnubilée par cette histoire que je finis par appeler
Karine sur le chemin du retour.
Elle décroche après une sonnerie : « Tu veux quoi ? »

Moi : Je vais bien ma chérie, merci. Et toi ?

Karine : J’ai dit tu veux quoi même ? Maintenant que tu te souviens de


moi. T’es pas sérieuse Ami, combien de fois je t’ai appelée ?

Moi : Toi aussi, ne te fâche pas. Si je t’explique, tu vas comprendre. Tu


es ma copine à moi, non ?

Karine : Moi je sais plus hein. Depuis que Kader est là, tu ne me connais
plus. Je suis sûre que tu as des problèmes avec lui là.

Moi, honteuse : …

Karine, qui rigole : J’en étais sûre. Bon vas-y raconte. T’as de la chance,
que je t’aime hein.

Je souris et lui raconte tout ce qui s’est passé, ainsi que les conseils de
Badou. Je suis sûre qu’elle va me comprendre et prendre un peu ma
défense.

Je me trompe.

« Ma chérie, va reprendre ton mec »

Moi : T’es sérieuse là ?

Karine : Je dis, cours le reprendre. Je ne t’ai jamais vue comme ça. Tu


dois tenir à lui, c’est sûr. Ce serait dommage d’en finir sur des bêtises
pareilles.

Moi : Mais comment je vais faire ça ? J’aurai trop la honte.


Karine : Tu trouveras. T’as ouvert trop vite ta grande bouche, maintenant
va réparer tes erreurs.

Elle hésite quelques secondes et rajoute : « Juste fais gaffe quand


même. Il m’a l’air un peu trop sanguin celui-là. Il ne faut pas qu’il croit
qu’il peut tout se permettre non plus. »

Là, je retrouve ma copine.

Elle rajoute : Allez, va reconquérir ton mec. Je te fais confiance. Et il est


temps que je le rencontre aussi, sortez un peu vous deux quand même !

Je rigole et lui fais la promesse. Enfin, si on est toujours ensemble…


Quand j’arrive chez moi, je ne me suis toujours pas décidée à contacter
Kader. Et s’il ne répond pas ? Je ne sais pas moi, peut-être qu’il en a
vraiment fini avec moi. Je vais me ridiculiser pour rien. Ou peut-être qu’il
n’attend que ça, qui sait ?
Bon, je vais attendre encore. Peut-être qu’il finira par me contacter ?

J’attends encore et encore, en vain. Je finis par m’endormir pour une


sieste et je me réveille assez tard, à 21h passées. Je suis complètement
dans le blues. Le fait d’être un dimanche, d’avoir dormi si longtemps en
plus de la solitude et du manque ; tout ça me fait me sentir profondément
triste. Je reste longtemps les yeux ouverts dans le noir, sans bouger. J’ai
une grosse boule dans la gorge.

C’est bon, j’en ai marre. Je me lève brusquement et je vais prendre une


douche. Quand j’en sors je me maquille légèrement, peigne mon long
tissage bouclé qui tombe librement sur mes épaules. Je mets une jolie
robe verte près-du-corps, assez sexy, des collants transparents et des
escarpins à talon. J’appelle un taxi pendant que je me prépare (Je
penserai à mon compte bancaire plus tard...). Quand celui-ci arrive,
j’enfile ma veste et mon écharpe et mets du parfum.

25 minutes plus tard, je me tiens devant la porte de l’appartement de


Kader. J’ai eu la chance de trouver la porte principale non verrouillée. Il
est presque minuit.

Je reste plantée là, je n’ose pas sonner. « Qu’est-ce que je fais ici ? Je
dois rentrer chez moi». Je recule d’un pas. « Je n’ai rien à faire ici. Je
vais appeler un taxi, l’attendre en bas. Je… »

Je n’ai pas le temps de finir. La porte s’ouvre sur Kader…Torse nu.


Mama !
Il porte juste un bas de pyjama. Il prend tout son temps pour croiser ses
bras sur son torse, ce qui fait se gonfler ses muscles. Il relève la tête et
me regarde de haut. Il attend.

Bon. Je fais quoi maintenant ?

© Partie 7 : Les retrouvailles

25 minutes plus tard, je me tiens devant la porte de l’appartement de


Kader. J’ai eu la chance de trouver la porte principale non verrouillée. Il
est presque minuit.

Je reste plantée là, je n’ose pas sonner. « Qu’est-ce que je fais ici ? Je
dois rentrer chez moi. ». Je recule d’un pas. « Je n’ai rien à faire ici. Je
vais appeler un taxi, l’attendre en bas. Je… »

Je n’ai pas le temps de finir. La porte s’ouvre sur Kader…Torse nu.


Mama !
Il porte juste un bas de pyjama. Il prend tout son temps pour croiser ses
bras sur son torse, ce qui fait se gonfler ses muscles. Il relève la tête et
me regarde de haut. Il attend.

Bon. Je fais quoi maintenant ?

Kader reste planté là, devant sa porte, les bras croisés, la mine sévère. Il
ne parle pas et ne tente aucun geste vers moi.
Il est vraiment hautain quand même, je n’ai même plus envie de faire un
effort. Je m’apprête à m’en aller, en marmonnant : « ça ne sert à rien…
».

Je commence à tourner les talons et c’est là que monsieur se réveille.


Il se décale légèrement et me dit d’une voix sèche : « Entre ».

Je ne bouge pas.

Kader : Ami ?

Je me retourne complètement pour lui faire face. On s’affronte du regard


pendant quelques secondes… Pff, je le déteste… Il me fait craquer.
Je finis par capituler et j’entre rapidement, faisant mine d’être énervée. Il
ferme la porte et me suit en trainant les pieds. Je me dirige vers le
spacieux salon et me tiens debout à côté du canapé, boudeuse. Il arrive
aussi, s’assoit nonchalamment sur le canapé, prend tout son temps pour
saisir la télécommande et éteindre la télé.

Je suis toujours debout.

Il se tourne enfin vers moi et m’indique la place à côté de lui, sur le


canapé : « Tu veux t’assoir ? »
Je ne réponds pas et vais m’assoir sur l’un des fauteuils, sans le
regarder, la tête tournée ailleurs.
Je sens son regard sur moi… J’hésite quelque secondes, avant de lui
jeter un coup d’œil rapide… Je le regarde à nouveau. Je rêve là où il a
l’air amusé ?!

****Dans la tête de Kader***

Ce n’est pas le moment de rire, mais franchement l’envie m’en démange


malgré la journée que je viens de passer, avec la nouvelle de Soukeyna,
ma sœur. Bref, je ne veux plus penser à ça.
Ami ! Cette fille est gonflée, quand même. Elle débarque chez moi à 23h,
ne daigne pas m’adresser un mot et jure qu’elle va rester assise là, dans
mon salon, à bouder. Je doute des fois qu’elle ait vraiment 23 ans ! C’est
une vraie gamine.
Et là, elle est tellement sexy dans cette robe que je ne sais pas ce dont
j’ai le plus envie, en fait : l’embrasser comme une femme ou lui donner
une fessée comme on fait avec les enfants capricieux ?

Elle finit par daigner me regarder... Je vois qu’elle a l’air encore plus
furieuse. Et puis quoi encore ? J’ai fait mon choix, ce sera la fessée!

C’est assez. Je romps le silence : « Tu as quelque chose à me dire, Ami


Ami :…

Moi, plus sévère : Ami !

Ami : Je ne sais pas moi. Tu as quelque chose à me dire toi ?

Moi, en essayant de garder mon calme : Non mais je rêve ! Tu me vires


de chez toi en me précisant de ne plus revenir et tu viens dans mon
appartement, tard, sans me prévenir, pour me demander si j’ai quelque
chose à te dire ?!

Ami, qui commence à élever la voix et j’ai horreur de ça : Tu t’es mal


conduit avec moi Abdelkader. Je ne pouvais pas réagir autrement. Tu te
rends compte de ce que tu m’as dit ? Tu m’as posé un ultimatum ! Et tu
m’as traitée de…

Je la coupe : Bon, ça suffit. Je n’ai pas le temps pour ça. Je vais me


coucher. Tu peux rester autant que tu veux sur ce fauteuil. Tire-bien la
porte en partant s’il-te-plaît.

Je fais mine de me lever sans même la regarder.

Ami : Kader ?

Sa voix est un peu cassée. Ça y’est. Madame baisse les armes. Je me


rassois. De toute façon, je n’allais jamais la laisser rentrer toute seule.
Surtout quand j’ai un autre programme bien plus intéressant en tête… Je
la regarde sévèrement.

Ami, presque en murmurant: Je … suis désolée.

Moi : pardon ?

Ami : Je… j’étais énervée par tes paroles… Tu m’as blessée… J’ai réagi
excessivement… Je m’excuse.

Wow. Il y’a de quoi l’applaudir là. Elle s’excuse, les yeux baissés, l’air
honteuse ! Même si je ne la connais que depuis 4 mois, je sais qu’elle
est assez orgueilleuse, ce que je peux difficilement lui reprocher, car je
dois être certainement pire qu’elle. Là je sens que ces mots ont dû lui
écorcher la langue. Cette pensée me donne envie de rire et je ne me
rends pas compte que je souris déjà.

Elle lève les yeux à ce moment-là et me voit. Oh non, je viens de


l’énerver encore. Elle se lève brusquement, saisit son sac qui était de
toute façon resté sur ses genoux, dans son attitude boudeuse, et tourne
les talons.
Je réagis vite en tendant la main et la tirant par la taille. Elle tombe sur
mes genoux et commence à piailler en essayant de se libérer sans
grand succès… : « ça te fait rire Abdelkader ? Je m’humilie à venir ici et
toi, tu… »

Je lui coupe la parole par un baiser. Cette fille parle trop. On a bien
mieux à faire…

*** Le lendemain matin***

Ami dort dans mes bras. J’adore avoir son corps menu lové dans le
mien. Elle m’appartient…
Elle a dormi comme un bébé, elle devait manquer de sommeil. Il est 8h
passées mais je ne veux pas la réveiller. Je sais que ça ne la dérange
pas de sécher les cours quelquefois et pour ma part, j’estime que je
peux me permettre d’être en retard ce matin, avec les horaires de
malade que je fais tous les jours.
Je la regarde dormir. En un sens, je la préfère dans cet état, au moins
elle n’est pas agressive. Je dois « éduquer » cette femme. Je ne lui ai
encore rien avoué mais je suis fou d’elle. Je veux qu’elle soit MA femme,
Mme Hann. Mais pour ça, elle doit comprendre et assimiler ce que
j’attends d’elle. J’ai besoin qu’elle comprenne que c’est moi le maître.
J’ai horreur de cette nouvelle génération de femmes qui confondent
l’émancipation au fait de porter la culotte à la place de son mari…
C’est la raison pour laquelle je suis sévère avec elle, je veux qu’elle soit
parfaite. Bon, j’avoue qu’il n’y a pas toujours que cette raison. Je ne sais
pas pourquoi, mais elle éveille en moi des instincts que je ne me
connaissais pas. Ma jalousie, la réaction que j’ai eu avec l’autre con là…
ce n’est pas moi. Je n’en suis pas fier mais je ne sais pas si je pourrais
agir différemment si ça se répétait. En fait, je suis sûr que je n’agirais
pas différemment, au contraire. Je me suis vraiment retenu ce soir-là. La
voir là presque dans les bras d’un autre homme… Non, ça m’énerve rien
que d’y penser.
Vous devez vous dire que si je l’aimais vraiment, je n’essaierai pas de la
changer sans doute. Vous vous trompez, cette fille me rend
complètement fou, et elle ne s’en rend même pas compte. Elle a
beaucoup de caractère, ce qui n’est pas pour vraiment me déplaire. Il
faut juste qu’elle apprenne à se « plier » quand il s’agit de moi. Ce que
j’aime le plus chez elle, en dehors de ce corps qui me donne toujours du
fil à retordre à essayer de résister à vous savez quoi, c’est qu’elle a un
grand cœur. Elle est généreuse et sait écouter. Je lui parle de mes
problèmes et elle a toujours les bonnes paroles pour me calmer, me
soulager. Je lui parle beaucoup de mon travail, de l’ambiance souvent
malsaine et concurrentielle que je subis au cabinet. Malgré son manque
d’expérience, elle me donne des conseils qui me sont toujours
bénéfiques quand je les applique. Quand je pense à elle, ce qui arrive
presque tout le temps depuis que je la connais, le son et les paroles
d’une chanson que j’aime beaucoup se jouent dans ma tête (lien par ici
:https://www.youtube.com/watch?v=dls6lgpBDyY&list=RDdls6lgpBDyY ).
Cependant, je ne peux pas supporter… Non, j’ai BESOIN qu’elle accepte
mon autorité, qu’elle sache qu’elle est à moi et qu’elle me le montre.
C’est comme ça et pas autrement.

*** Dans la tête de Ami***

Je me réveille tout doucement. Je me sens bien. Le souffle de Kader sur


mon oreille me révèle qu’il est déjà réveillé. Je me retourne lentement
vers lui pendant qu’il écarte son bras pour me laisser m’y lover à
nouveau. Hum, c’est agréable.

Il me regarde : Bonjour la marmotte.

Je souris. Il me fait un bisou sur le front. Ouf, heureusement ! Je préfère


à cet endroit, plutôt que sur mes lèvres… si tôt le matin (phobie de la
fraîche haleine matinale, lol).

Kader : bien dormi ?

Moi : Huhun. Tu ne te prépares pas pour le boulot ?

K : ça peut attendre quelques minutes de plus. On n’est pas bien là ?

Moi : Je valide.

K : Je suis désolée pour vendredi bébé. Je ne voulais pas te blesser…


J’étais… un peu énervé.

Moi, en souriant : Un peu ?!

K : Vas-y, tu peux parler toi... Tu m’as manquée tout le week-end quand


même. J’avais besoin de te parler en plus.

Moi : De ?

K : De Soukeyna. Figure-toi que Ameth, son mari, s’est marié à


nouveau.

Moi : Genre, il a pris une seconde femme ? Vous faites encore vos trucs
là vous ?
K : NOS trucs ?

Il me pince dans les côtes.

K : Sérieux, elle est complètement ravagée. Je ne savais plus quoi lui


dire pour la calmer, au téléphone. Elle l’a appris quand c’était déjà fait en
plus. C’est un vrai salaud ce mec.

Kader et sa grande-sœur Soukeyna sont extrêmement proches. Elle a 9


ans de plus que lui, et dès sa naissance elle l’a pris sous son aile, c’était
SON bébé. Il m’a dit le considérer comme sa seconde maman. Je ne
suis pas surprise qu’il soit extrêmement touché par la souffrance de cette
dernière. D’autant plus qu’il n’était pas d’accord au départ pour qu’elle se
marie avec Ameth. Mais ça c’est une autre histoire.

Moi : Et elle va faire quoi ?

K : Elle dit qu’elle va le quitter. Je ne l’ai pas encouragée pour ne pas


l’influencer mais entre toi et moi, je ne suis pas contre.

Moi : Attention à ne pas t’immiscer dans leur couple chéri. C’est toujours
délicat ce genre de choses d’autant plus qu’ils ont des enfants.

K : Et alors, elle peut a tout ce qu’il faut pour bien s’occuper d’eux. Et si
ce n’était pas le cas, je m’en chargerais moi. De toute façon, elle peut
facilement trouver mieux que cet homme.

Moi : Ne dis pas ça. Tu ne sais pas ce qu’il y a entre eux. Je suis triste
pour elle, mais laisse-les régler leur problème. Et sois juste là pour
l’écouter et la soutenir, quelle que soit sa décision. SA décision, pas la
tienne.

K : Oui oui, d’accord Mme Hann.

« Mme Hann ? »

Il m’embrasse rapidement sur les lèvres et se lève.

K : Bon, il faut que j’y aille maintenant. Attends.

Il se dirige vers le salon et revient quelques secondes plus tard.


Il me tend une clé : C’est la clé de l’appart. Comme ça tu fermes derrière
quand je serai parti et tu la gardes au cas où. Il y’a des brioches et
autres sucreries dans le placard de la cuisine, j’ai fait les courses. Tu
veux que je te fasse un thé ?

Moi : Non pas la peine. Je vais prendre mon temps et déjeuner


calmement tout à l’heure.

Il acquiesce et file dans la salle de bain attenante à la chambre.

Quelques heures plus tard, je suis attablée dans un restaurant ‘Paradis


du fruit’ avec Karine. Ayant de toute manière séché mon cours de ce
matin, j’ai décidé que je pouvais profiter de la matinée entière, et revoir
ma copine. Je l’ai appelée et elle ne s’est pas fait prier pour qu’on se
retrouve dans ce restaurant qu’on adore toutes les deux, situé non loin
de l’université qu’elle fréquente, afin de déjeuner et papoter.
Ma copine m’a manquée ! Nous vivons dans la même région, mais
pouvons rester plusieurs semaines sans nous voir. N’empêche, à
chaque fois qu’on se retrouve, on dirait qu’on ne s’est jamais quitté.
Je l’ai attendue quelques minutes et quand elle arrive enfin, je la prends
dans mes bras pour lui faire un gros bisou. Elle ne se gêne pas pour me
regarder tout de suite de manière ironique, l’œil accusateur.

Karine : Donc toi c’est habillée comme ça que tu vas demander pardon à
ton Kader… la nuit !

Moi : Ah mais tu me connais non ? « Qui veut la paix prépare la guerre »


ou bien ? J’ai ouvert les hostilités. T’inquiètes pas pour lui, il s’est bien
défendu.

Karine : Fais-moi rire. A faire ta dévergondée là, et dès qu’un mec se


tient de trop près, tu trembles comme une feuille.

Moi : Ma copine, ça c’était avant hein.

Karine : Comment ça avant ? Hum t’as des choses à me dire ?

Moi : Regarde-moi celle-là encore qui va s’imaginer des choses. Y’a rien
à dire ici. Tout est ok, là où il faut.

Karine : Ah je ne suis pas sûre han. Vas-y, raconte voir.

Je lui raconte notre soirée. Avant même que je finisse elle commence à
se marrer.
Karine : Miss « je me la joue dure ». Je savais que ça se passerait ainsi.
Il t’a envoûtée ce mec. Enfin quelqu’un pour te mater. Krkrkrkrkr

Moi : Pfff, prends pas ton cas pour une généralité hein.

Karine : T’insinues quoi là ?

Moi : Oh tais-toi ! On se sait non ?

Elle retrouve tout de suite son sérieux. J’ai envie de rire à mon tour, mais
je me retiens pour ne pas la vexer. Même si elle ne me l’a jamais avoué,
je sais que Karine en pince pour Badou. Elle sait bien que je le sais. Elle
ne me le dit pas parce qu’elle sait que jamais je ne serai d’accord avec
cette relation. Karine est une fille très jolie et attirante. Son teint chocolat,
son corps menu et surtout ses formes particulièrement bien
proportionnées laissent peu d’hommes indifférents. De plus elle a hérité
de sa grand-mère, qui est métissée, de longs cheveux. Elle n’a donc
jamais besoin de se mettre des rajouts, ce que j’avoue lui envier. Elle est
très belle, mais elle a un défaut : un gros faible pour les mauvais
garçons. Mais quand je dis mauvais garçon, ce n’est pas le genre qui
joue au dur et qui ne l’est pas vraiment hein. Non je parle des vrais sal***
qui savent clairement ce qu'ils font et l’assument très bien. Le pire dans
tout ça, c’est qu’elle est très sensible et quand ça ne va plus avec son «
amoureux » du moment, ce qui en général arrive très vite vu le genre,
elle est dévastée et c’est moi qui ramasse les morceaux. J’ai envie de la
voir faire le bon choix et être enfin heureuse, mais il faut croire qu’elle
doit être maso.
Depuis quelques mois déjà, j’ai remarqué certains regards entre elle et
Badou qui ne m’ont pas plu du tout. Depuis, j’évite au maximum de les
voir ensemble. J’adore Badou mais vraiment qu’il reste avec « ses filles
». Si je le vois changer un jour, on en reparlera.

On aborde d’autres sujets avec Karine et on passe un bon moment, à


papoter et siroter nos smoothies. Ça me manquait. A un moment, nous
sommes dérangées par la sonnerie de mon téléphone. Je regarde
l’écran et vois le nom et la photo de Gabi affichés en appel.

Gabriel ? Mais qu’est-ce qu’il me veut ?


[ la suite par mes chers/chères! bisous ♥)

© Partie 8 : La question

Depuis quelques mois déjà, j’ai remarqué certains regards entre elle et
Badou qui ne m’ont pas plu du tout. Depuis, j’évite au maximum de les
voir ensemble. J’adore Badou mais vraiment qu’il reste avec « ses filles
». Si je le vois changer un jour, on en reparlera.

On aborde d’autres sujets avec Karine et on passe un bon moment, à


papoter et siroter nos smoothies. Ça me manquait. A un moment, nous
sommes dérangées par la sonnerie de mon téléphone. Je regarde
l’écran et vois le nom et la photo de Gabi affichés en appel.

Gabriel ? Mais qu’est-ce qu’il me veut ?

Je montre l’écran à Karine : « Regarde »

Karine : ton ex ?

Moi : Oui je n’ai pas eu de ses nouvelles depuis notre rupture. Du coup
ça me surprend un peu qu’il m’appelle. Bref je ne vais pas décrocher.

On finit notre repas plutôt qu’on le voudrait car mon école n’est pas très
proche et je dois passer à la résidence pour me changer avant d’aller en
cours.

L’après-midi se passe calmement. En fin de journée, je reçois un appel


de mon chéri dès que je rentre chez moi. On ne dure pas longtemps au
téléphone car il est encore au boulot. Quelques minutes avant de rentrer,
je vois Gabriel qui essaie de me joindre à nouveau.

Je décroche : « Allô »

Gabriel, d’une voix très calme : Salut Ami.

Moi : Salut tu vas bien ?

G : Mouai. On est là…

Moi : …

G : alors tu deviens quoi depuis la dernière fois ?


Moi : Ben, rien de spécial…

G : Ok… (silence) Ecoute, je sais que tu te demandes pourquoi je


t’appelle, après plus de 4 mois… C’est juste que… Ami, je n’arrive pas à
t’oublier. Je me demande tous les jours depuis lors ce que j’ai pu faire de
mal, en fait, et je ne vois pas. Tu as commencé à t’éloigner et j’ai bien
compris que quelque chose n’allait pas. Je n’étais pas surpris quand tu
as finalement décidé de mettre fin à notre relation. Seulement, j’ai beau
me repasser le film dans la tête, je ne vois pas à quel moment
exactement ça s’est passé mal entre nous. J’ai voulu accepter ta
décision et je pensais avoir réussi mais ce n’est pas le cas. Il fallait que
je te le dise.

Wow ! Je ne m’attendais vraiment pas à ça. Je savais qu’il tenait


beaucoup à notre relation, il me parlait quand même de mariage… Mais
je pensais vraiment qu’il était passé à autre chose. Il donnait tellement
l’air d’avoir… « compris ». Je ne sais pas…

Je ne sais pas quoi lui dire.

Moi : Je ne sais pas quoi te dire Gabriel.

G : Redonne-moi une chance. Si c’était la distance qui posait problème,


on peut trouver une solution. On en a déjà parlé. Je peux essayer de
trouver du travail là-bas (Gabriel vit à Lyon). Ou sinon c’est une grande
ville ici. Je suis sûr qu’avec ton diplôme tu ne vas pas avoir de difficultés
à trouver du travail.

Moi : Gabi…

Il m’interrompt : « On ne se disputait jamais Ami. On avait aucun


problème toi et moi. Tout allait bien. Si c’est un problème de religion, tu
sais déjà ce que je suis prêt à faire ».

Moi : Gabriel Mendy ! Ecoute-moi stp. Tu sais très bien que ce n’est pas
aussi simple. Tu ne peux pas changer de religion juste parce que tu es…
amoureux. De plus, je ne veux pas te faire faire ça et tu le sais, je ne te
l’ai jamais demandé. Je suis désolée si je t’ai fait du mal, ce n’était pas
mon intention crois-moi. Mais ce n’est pas possible entre nous deux.

G : Pourquoi ?
Moi : Je suis avec quelqu’un. Voilà.

Un silence gêné s’ensuit. Qu’il finit par rompre : « Tu es avec quelqu’un


».

Moi : Oui

G : Je peux savoir depuis quand ?

Moi : Ce n’est pas important…

G : ça l’est pour moi.

Moi : Tout ce que tu as besoin de savoir c’est que nous avions déjà
rompu toi et moi.

G : Tu veux dire que TU avais déjà rompu.

Moi : C’est pareil…

G, d’une voix qui semble triste : Non, ça ne l’est pas… Je ne te dérange


pas plus longtemps. Je te souhaite… d’être heureuse.

Moi : Merci. Je te souhaite pareil.

Il raccroche. Je me sens triste. J’aurais voulu que ce coup de fil n’ait


jamais eu lieu. Je m’en veux d’avoir fait du mal à quelqu’un qui ne m’a
jamais rien fait. Je me rends compte maintenant que j’aurais peut-être dû
prendre plus de gants avec lui. Ne pas rompre au téléphone, lui
expliquer… Mais qu’aurais-je pu expliquer sinon que je n’arrivais pas à
être amoureuse de lui et que j’ai rencontré quelqu’un (que je n’avais
jamais vu) qui me plaisait plus ?

Il a raison, on n’a jamais eu de problème lui et moi, en 7 mois de


relation. Il a toujours été attentionné, et même si ce n’était pas l’amour
fou, j’étais quand même bien, c’était tranquille, paisible… Il n’y a qu’aux
dernières semaines que j’ai commencé à vouloir plus, je ne sais pas
vraiment ce qui a été le déclencheur.
Avec Kader c’est beaucoup moins… « paisible ». Mais c’est tellement
plus intéressant ! Il me change de tout ce que j’ai toujours connu. Ça me
fait peur certes, mais quelque chose de puissant m’attire chez lui. Je ne
sais pas l’expliquer…
*** Plusieurs semaines plus tard***

Ça y’est. L’école, c’est enfin terminé ! J’ai commencé mon stage de fin
d’études dans une célèbre boîte qui produit des matériaux de
construction, située à Courbevoie. Je fais partie officiellement d’un
bureau d’études et travaille sur un projet qui vient juste de débuter. Mais
pour le moment en tant que stagiaire, je me retrouve surtout à gérer
toutes les tâches ingrates. Je découvre les « joies » de la vie
professionnelle.
N’empêche, je compte faire mes preuves, même si je suis assez
impressionnée par ce milieu froid de béton, de verre et d’acier qu’est le
secteur de la Défense et toutes ces personnes tirées à 4 épingles, qui
courent partout, l’air tellement sûres d’eux. Oui, j’ai la ferme intention de
me faire ma place ici.

Le meilleur dans tout ça, c’est que je me retrouve à seulement quelques


minutes à pied du bureau de mon chéri. Nous nous voyons donc plus
souvent car nous déjeunons et rentrons quelquefois ensemble. J’aime le
voir dans son environnement professionnel. Il donne l’air très sérieux,
tiré à quatre épingles comme ils le sont tous dans son cabinet où ils sont
très stricts sur le « dress code » (règles d’habillement). Mais il ne se fond
pas dans la masse lui. Il a quelque chose de plus que les autres. Déjà
c’est le plus beau de tous, mon homme !

Il me supporte beaucoup dans ma nouvelle situation et m’aide à ne pas


avoir peur, à avoir confiance en moi-même et mes capacités. Il a lui-
même été à ma place quelques années plus tôt, donc comprends très
bien ce que je vis.

Le seul hic dans tout ça, ce sont ses crises de jalousie. Il ne supporte
pas par exemple quand je n’arrive pas à me libérer à midi pour déjeuner
avec lui, ou encore quand je préfère déjeuner avec des collègues.
Pourtant je suis bien obligée, je dois apprendre à m’intégrer dans mon
groupe et mon entreprise. Et pour cela, j’ai besoin d’entretenir la relation
professionnelle en dehors des heures de travail également.
Bref, même si ses remarques et les colères qu’il me fait ces jours-là
m’embêtent beaucoup, je l’avoue, j’essaie de ne pas trop en faire cas.
J’ai fini par comprendre sa personnalité et l’accepter. Après tout, si je
tiens à lui, je dois faire des efforts aussi pour lui convenir, n’est-ce-pas ?
Je suis amoureuse de cet homme, j’ai fini par me l’avouer il y’a quelque
temps. Je suis complètement amoureuse de lui.

Ce vendredi soir-là, après avoir dégusté un bon plat de riz-sauce chez


Karine qui nous avait invités, nous rentrons Kader et moi chez ce
dernier.
Je dors souvent chez Kader maintenant. J’ai pris en location un studio
dans Paris depuis que j’ai commencé le stage mais j’avoue ne pas y
passer beaucoup de temps. Je sais que c’est un peu « risqué » vu que je
tiens à ce qu’on ne dépasse pas une certaine limite. Mais je fais
confiance à Kader. Bon, je ne me leurre pas, je vois bien que ce genre
de choses n’est pas très important pour lui et qu’il ne serait pas tout à fait
contre si je changeais d’avis sur ce sujet. Mais heureusement, il ne fait
rien pour me pousser à quoi que ce soit. Du moins pas en l’exprimant
par des paroles… En effet, certaines fois, on se retrouve dans des
situations assez tendues où je sens qu’il a vraiment du mal à se retenir.
Dans ces moments, il préfère se détacher immédiatement de moi.
Quelquefois même il a l’air énervé. Je préfère alors l’éviter jusqu’à ce
qu’il se calme.
Bref, heureusement que ce n’est pas comme ça tous les jours.

Ce soir-là, quand on rentre, on décide de se faire un film à la maison.


Nous prenons une bonne douche chaude (pas ensemble je vous
rassure) et rattrapons les prières de la journée. J’enfile ensuite un short
que j’avais laissé chez Kader auparavant, et une de ses chemises à lui.
Je vais récupérer dans la cuisine le grand pot de glace, Haagen Dazs -
notre marque préférée à tous les deux – et rejoins mon chéri sur le
canapé du salon où il est déjà bien installé. Hum ! Qu’est-ce qu’il est
beau dans son djellaba ! Je me blottis à côté de lui et tire le plaid sur
nous.

Après les habituelles disputes sur le choix du film, on se décide enfin sur
un film d’épouvante. J’ai gagné comme d’habitude. Je suis bien installée
dans les bras de mon homme, qui a entouré ma taille de sa main,
presque en position de cuillère. Je lui glisse de temps en temps de la
glace dans la bouche… Le bonheur est vraiment dans les choses
simples.

On suit le film silencieusement en se caressant de temps en temps.


D’habitude je suis super emballée au début du film, mais je m’endors
toujours avant la fin, sans même m’en rendre compte. Kader me le
reproche toujours. Cette fois encore, je ne déroge pas à la règle. C’est
quand je sursaute doucement à un moment donné que je m’aperçois
que je m’étais endormie. Kader a dû changer de chaîne quand je
dormais car je vois sur l’écran un match de foot.

Je me tourne légèrement pour le regarder et lui souris, honteuse : «


Désolée »

Bizarrement il n’a pas l’air d’avoir la tête dans son match. Il me regarde
intensément, je crois qu’il m’observait déjà avant que je me retourne.

Je me redresse un peu, inquiète : « ça va ? »

Il me sourit et tire un peu ma tête pour m’embrasser. Quelle tendresse,


dis-donc.

Moi, en me rapprochant un peu plus : Hummm, qu’est-ce qui me vaut ça


?

Kader : Tu veux être ma femme ?

*** Dans la tête de Kader***

Elle me regarde comme si je venais de lui annoncer la fin du monde. Ce


n’est quand même pas si terrible d’être ma femme. Elle me donne envie
de rire.

Ami : Ta… femme ?

Bon. Je crois qu’elle a perdu la tête.

Moi : Oui, ma femme. Mon épouse quoi… Tu sais, porter mon nom, vivre
avec moi, supporter mes ronflements, me laver les pieds tous les soirs…

Ami : tu peux rêver !

Là je la retrouve.

Ami : T’es sérieux, tu veux qu’on se marie ?

Moi : Je n’ai jamais été plus sérieux. Alors ?

Elle sourit enfin, et de toutes ses dents. Elle est belle !

Ami : C’est pour quand ?

Moi : Demain si tu veux…

Je mets fin à l’échange en l’embrassant. J’ai trouvé la femme qu’il me


faut et je ne vais plus la lâcher.

***Dans la tête de Ami***

Cela fait plusieurs minutes déjà que j’attends à l’arrêt de bus de la gare
la plus proche de chez moi. Je rentre du travail et je suis tellement
fatiguée que je n’ai pas le courage de faire les 15 minutes à pied qui
séparent la gare et l’immeuble où je vis. Kader, lui, est encore au boulot.
Nous sommes fiancés depuis 3 semaines maintenant. Bon les fiançailles
n’existent pas vraiment là d’où nous venons, mais on va dire que nous
nous sommes promis l’un à l’autre, si vous voulez.
Le bus arrive enfin. Je patiente durant les 5 minutes de trajet. Juste
avant de descendre, mon téléphone sonne en appel. C’est Badou. Je
décroche rapidement : « Allô ? »

Badou : Mon choubi à moi !

Moi : Mme Hann, s’il-te-plaît.

Badou : Ah ouais c’est comme ça maintenant. Donc comme ça tu vas


quitter ton papa pour un autre homme. Alors que je n’ai jamais donné ma
bénédiction en plus !

Je suis un peu gênée à ces dernières paroles. Badou et Kader ne se


sont jamais rencontrés. Même si je parle à ce dernier de Badou, ce qui
n’a pas l’air de toujours lui plaire, je préfère éviter qu’il nous voie
ensemble et remarque le lien qui nous unit, surtout si Badou m’appelle
devant lui comme il a l’habitude de le faire. Je connais mon homme et
pour avoir la paix, je fais bien la part des choses que je fais en sa
présence de celles que je fais ou même dis quand il n’est pas là. Ce
n’est peut-être pas très honnête de ma part mais vraiment j’ai du mal à
gérer quand il est en colère.

Bref, Badou et moi, on continue de parler de tout et de rien, jusqu’à ce


que j’arrive presque devant mon immeuble. Plongée dans ma
discussion, je ne remarque pas la voiture grise garée non loin, que
pourtant je reconnaîtrais facilement en temps normal. J’arrive devant
l’immeuble, je fouille dans mon sac pour chercher le badge de la porte
quand je sens que quelqu’un est derrière moi. Je me retourne et je
vois… Gabi.
Moi : Badou, je te rappelle.
[ Voici votre suite! Hope you enjoy! Bisou ♥]

© Partie 9 : Le retour

Bref, Badou et moi, on continue de parler de tout et de rien, jusqu’à ce


que j’arrive presque devant mon immeuble. Plongée dans ma
discussion, je ne remarque pas la voiture grise garée non loin, que
pourtant je reconnaîtrais facilement en temps normal. J’arrive devant
l’immeuble, je fouille dans mon sac pour chercher le badge de la porte
quand je sens que quelqu’un est derrière moi. Je me retourne et je
vois… Gabi.

Moi : Badou, je te rappelle.

Je raccroche. Je ne quitte pas Gabriel des yeux, sous le choc de


l’étonnement. La première question que je me pose c’est comment il a
bien pu savoir où je vis.
Le temps de me reprendre, je lui demande sèchement : « Qu’est-ce que
tu fais là ? »

Gabi : Tu sais très bien ce que je fais. Tu ne répondais plus à mes


appels, il fallait que je te voie.

Ce que vous ne savez pas, c’est qu’en effet il a tenté, trop de fois pour
que je puisse en faire le compte, de me joindre par téléphone depuis des
semaines. Il a envoyé aussi beaucoup de messages pour me demander
pourquoi je ne répondais pas. Je m’empressais toujours de supprimer
toutes les traces laissées sur mon téléphone de peur que Kader tombe
dessus.

Je lui réponds : « A quoi bon Gabriel ? Pourquoi tu m’appelles ? Tu sais


très bien que j’ai quelqu’un dans ma vie »

G, un sourire sarcastique sur le visage : Ce… Kader.

Moi : Comment tu connais son nom ?

Je ne peux pas cacher ma surprise. Il y’a des choses que je ne


comprends pas là. Qui a pu donner ces informations à Gabriel ?

G : Ecoute Ami, on peut en parler à l’intérieur ?


Je me rends compte à cet instant que nous étions restés dehors devant
la porte. A ces paroles, un voisin arrive justement et je m’écarte pour le
laisser entrer. Je déteste ça, étaler ma vie privée, bor***.
Je regarde Gabriel. Il a l’air déterminé et en même temps, je sens qu’il
n’est pas très assuré, comme s’il redoute ma réponse.

Je lui dis : Gabriel, je n’ai pas envie de me donner en spectacle dans la


rue là et il va falloir que tu m’expliques certaines choses. Après ça, tu ne
restes pas chez moi plus de 5 minutes. Tu t’en iras et tu me laisseras
tranquille stp, ok ?

Il ne répond pas et continue de me regarder. Vraiment, je ne sais pas


quoi faire de lui. Je sors enfin mon badge et on entre dans l’immeuble.

On arrive chez moi. Gabi enlève sa veste et s’installe sur le petit canapé
2 places. Mon studio n’est pas très grand mais j’ai réussi à emménager
un coin chambre séparé du reste de la pièce par des panneaux japonais.
Je me dirige dedans et pose mes affaires. Je soupire : comment je vais
pouvoir gérer ça ? Et si Kader était au courant que mon ex est à cet
instant même chez moi ? Un autre homme pourrait tolérer ça et essayer
d’écouter mes explications, mais Kader, je n’ose même pas imaginer sa
réaction. Il faut que je gère rapidement cette situation.
Je vais dans le coin salon, tire une chaise et me tourne vers Gabi.

Moi : Je t’écoute.

Gabi : Ecoute, je sais que tu es énervée. Crois-moi je ne voulais pas que


les choses se passent comme ça. Mais tu ne répondais pas à mes
appels et je n’avais aucun moyen de te joindre. Je n’avais pas le choix…

Moi : Tu m’as déjà dit tout ça Gabriel. Je veux savoir comment tu as


obtenu mon adresse. Je ne me souviens pas te l’avoir donné quand j’ai
déménagé.

Gabi : C’est Badou.

Badou ?! Ce n’est pas possible. Je sais que Badou et Gabi, sans être les
meilleurs potes du monde, s’entendent assez bien et sont quelquefois en
contact. Mais Badou n’a aucune raison de donner des informations sur
moi à Gabi, mon ex, sans m’en parler.

Moi : Je ne te crois pas.


G : C’est la vérité. Mais avant que tu lui en veuilles, c’est moi qui l’ai
poussé à le faire. Je lui ai raconté des histoires… Je lui ai dit que j’étais
parti à Dakar et… que j’avais un colis de ta mère et que c’était une
surprise.

Moi : Ma mère ? Mais tu ne la connais même pas.

G : Badou ne le sait pas.

Moi : Mais pourquoi tu fais tout ça ?

G : Tu sais pourquoi.

Pff. Je ne lui demande même pas comment il a connu le nom de Kader.


Ce doit être Badou qui lui a dit encore. Il a dû lui raconter des histoires
comme quoi tout allait bien entre nous, qu’on était potes, ou ce genre de
choses…
Je regarde Gabriel, assis là devant moi. Et je ne sais plus quoi dire. Il a
fait tout ça en plus du trajet depuis Lyon, un vendredi pour venir chez
moi. Ce qui veut dire qu’il n’a pas travaillé aujourd’hui. Tout ça, pourquoi
?

Moi : Tu es arrivé quand ?

G : Je t’ai attendu plus de 2h… Je suis venu en voiture, j’étais assis


dedans.

What ? Je suis dépitée. Je ne sais pas si je ressens plus de colère ou de


pitié.

J’essaie de m’adoucir un peu : « Gabi… qu’est-ce que tu veux


exactement? »

Gabi : Tu sais bien Ami. Je veux qu’on se donne une autre chance.

Moi : ça n’arrivera pas Gabriel.

G : On peut essayer…

Moi : ça n’arrivera pas !

G : Je t’aime Ami. Je veux que tu sois ma femme. Je ne peux pas


imaginer me marier avec quelqu’un d’autre que toi. Je suis persuadé
qu’on sera heureux ensemble. On l’était. Tu ne peux pas le nier.

Moi : Gabi, je vais me marier avec Kader. On va se marier cette année


même.

Gabriel me regarde. Il reste plusieurs secondes sans réagir. Puis il


recule sur le canapé et pose son dos sur le dossier.

Moi : Je suis vraiment désolée. Même si je t’en veux beaucoup pour la


manière dont tu t’y es pris, je suis touchée par les efforts que tu as faits.
Seulement je ne les mérite pas, je ne suis pas la femme de ta vie. Mais
je suis persuadée qu’il y’a quelque part quelqu’un qui est fait pour toi. Et
elle sera la plus heureuse de…

Je m’arrête. Gabriel a baissé la tête et je crois qu’il cache des larmes.


Oh, non il ne va pas me faire ça quand même. Je me lève, gênée. Je ne
supporte pas ça, voir quelqu’un pleurer par ma faute. Je me sens
coupable. Je regrette de lui avoir dit pour le mariage avec Kader.

Je vais dans la salle de douche, l’air d’avoir quelque chose à y faire, et


patiente debout quelques minutes. Je refuse d’assister à cette scène de
Gabi qui pleure. C’est un homme, il va regretter plus tard de m’avoir
montré sa faiblesse.

Quand je finis par sortir, il est toujours assis à la même place. Il me


regarde et me fait un triste sourire. Bon, au moins il n’y a plus de larmes.
Même si ça se voit quand même qu’il a pleuré.

Je romps le silence, gênée : « Désolée, je ne t’ai rien proposé. Tu veux


du jus, de l’eau ? »

Gabi : Un verre d’eau s’il-te-plait.

Je le lui sers. Je reste debout, attendant qu’il finisse et me dise au revoir.


Kader va sûrement essayer de me joindre d’une minute à l’autre et je
préfère être seule pour lui répondre.

Gabriel : Je peux te demander un service ?

Moi : Dis toujours ?

G : Je n’ai pas pensé à réserver une chambre d’hôtel. Dans la


précipitation, j’ai complètement omis ce détail. Là, en plein mois d’avril,
les vacances scolaires, un vendredi, je n’aurai aucune chambre de
disponible. J’ai déjà essayé pas mal pendant que je t’atten…

Moi : Tu ne peux pas dormir ici Gabriel.

G :… Ok, je comprends. Ne t’inquiète pas, je vais… dormir dans ma


voiture.

Moi : Mais pourquoi tu ne rentres pas à Lyon.

G : J’ai fait beaucoup de route déjà Ami. Je suis fatigué. Je ne peux pas
prendre le risque de conduire dans ces conditions.

« Tu n’avais qu’à réfléchir à tout ça avant de prendre la route ! »

Bon, je ne lui dis pas ça. Il m’énerve. Des fois, je me trouve vraiment trop
gentille.

Moi : Tu peux rester dormir. Ce canapé n’est pas très confortable mais
c’est tout ce que je peux te proposer.

Gabi, l’air soulagé : Oh non, ça ira. Je te remercie.

Moi : Par contre, je dois sortir tôt demain, donc il faut vraiment que tu
partes très tôt.

G : Ne t’inquiète pas.

Si, je m’inquiète ! Je commence déjà à regretter ma décision… Et si


Kader propose qu’on se voie ce soir, ce qui est très probable, qu’est-ce
que je vais bien pouvoir lui dire ? Je n’ai pas envie du tout de laisser
Gabi seul chez moi. Déjà que je ne lui fais pas confiance mais en plus je
veux être sûre qu’il partira aux premières heures demain matin.
Vraiment, j’aurais préféré passer ma fin de semaine autrement…

Bon, je me résigne. Je propose à Gabi d’aller nous chercher des kébabs


et lui indique comment aller au plus proche.
En-dehors du fait que je n’ai aucune envie de préparer quelque chose
pour lui, je veux surtout en profiter pour appeler Kader.

Je le trouve justement en train de se préparer à quitter le bureau.


Il décroche : « Bonsoir ma femme »

Moi : Salut bébé. Ça va ? (Je fais une petite voix).

Kader : Comme un vendredi soir. Mais ça n’a pas l’air d’aller toi. C’est
quoi cette petite voix ?

Moi : J’ai une migraine, là. C’est horrible. Je pense que c’est juste la
fatigue…

K : Une petite nature, ma femme… Je peux passer à une pharmacie


avant de te rejoindre. Que dirais-tu d’un bon massage pour te détendre ?

Moi : Hum, tentant ! Mais je pense que j’ai surtout besoin de sommeil,
babe. Il me reste encore un peu de doliprane sinon. C’est mieux si on se
voit demain.

(Silence…)

Moi : Kader ?

K : Comme tu vœux mon cœur. Ecoute, je te laisse te reposer. Va te


coucher mais mange quelque chose avant quand même. Si t’arrives pas
à dormir, tu m’appelles, ok ?

Moi : Oui papa

K : … Je t’aime.

Moi : Tu vas faire quoi de ta soirée alors ? (Je me sens un peu coupable)

K : Bof, je ne sais pas encore. Je vais appeler Karim peut-être pour


qu’on se retrouve. Ça fait longtemps… Je me demande pourquoi,
d’ailleurs ?

Il dit ça d’un air faussement accusateur. Karim est son meilleur pote, à
Paris. Je l’ai rencontré quelquefois et il est assez sympa. Kader et moi
passons presque tout notre temps libre ensemble, surtout les week-
ends. Il doit donc voir beaucoup moins ses amis. D’où son allusion.

Je ris, à ces accusations.

Kader : Allez. Gros bisous.


Il s’apprête à raccrocher. Je l’arrête : « Kader ? »

Kader : Oui ?

Moi : Je t’aime aussi.

Je vois presque son sourire à l’autre bout du fil. On raccroche enfin.

Là, je me sens vraiment coupable. Je n’aurais jamais dû autoriser Gabi à


dormir chez moi. Je me retrouve à mentir à Kader et ça, ça ne me plait
pas du tout. A un moment, j’ai même eu l’impression qu’il se doutait de
quelque chose… La culpabilité doit sûrement me rendre un peu
paranoïaque.

Quand Gabriel revient avec les kébabs, on s’assoit dans le salon devant
la télé, moi faisant attention à rester bien écartée et fixant l’écran. Je me
sens de plus en plus mal à l’aise et je suis tentée de faire silence radio
jusqu’à la fin du diner, mais apparemment lui veut faire la conversation.

Gabriel : Ami… Je veux que tu saches que j’ai conscience de la gêne


que je cause. J’ai bien réfléchi depuis tout à l’heure et j’ai décidé de ne
plus t’embêter. Si tu as décidé de te marier avec cet homme, c’est que
ce doit être plus sérieux que ce que je croyais.

Je le regarde brièvement, sans répondre.

Gabriel : Ecoute, je suis désolé vraiment. Je n’aurais jamais dû venir


chez toi, sans te prévenir. J’espère que tu pourras me pardonner.

Moi : C’est bon Gabi. Ce qui est fait est fait.

G : Je tiens quand même à te dire que je suis content pour toi malgré
tout. J’aurais préféré être à la place de… Kader. Je pensais vraiment
que tu étais la femme de ma vie, tu sais… Tu ne peux pas savoir à quel
point je t’aime.

Là, je ne peux pas m’empêcher d’être touchée par ce qu’il dit. Tout de
suite, ces paroles me rappellent fortement celles d’une chanson que
j'aime bien (lien par ici --
> http://www.youtube.com/watch?v=IdSyx6r7Gps).

Ça me rend un peu triste tout ça. J’espère vraiment qu’il va passer


rapidement à autre chose. Au fond, c’est quelqu’un de bien Gabriel.
Après tout, il ne m’a jamais offensée, hormis par actions d’aujourd’hui.

Moi : Je suis désolée Gabi. Je te souhaite vraiment d’être heureux. Je


suis sûre que tu trouveras une femme qui t’aimera comme tu le mérites.

Le genre de parole qui ne console personne ! Moi-même j’en suis


consciente, mais je ne sais pas quoi d’autre lui dire. Une ombre passe
dans ses yeux furtivement. Puis il sourit.

Gabriel : Donc comme ça tu te maries bientôt. C’est prévu quand ?

Moi : Cet été si Dieu le veut. (Je ne peux pas m’empêcher de sourire à
cette pensée). Dès que je finis mon stage, on ira à Dakar.

Gabriel : ça me fait tout drôle quand même. Je vais devoir t’appeler


Mme… ?

Moi : Mme Hann.

Gabriel : Mme Hann… C’est bien…Tu as l’air heureus. Je suis content


pour toi.

Moi : Merci.

On continue de discuter en mangeant. Quand on finit, je vais prendre


une douche et prends soin de m’habiller ensuite avant de sortir de la
salle.

Pendant que je fais mes prières dans le coin chambre, j’entends les
bruits de Gabriel qui se prépare sans doute pour se coucher aussi. Je
ressors rapidement pour lui laisser un oreiller et des draps.

De retour dans la chambre, je porte mes écouteurs et me couche avec


de la bonne musique aux oreilles et un roman. Tout pour éviter de
penser à Kader, je me sens encore coupable…et pas très rassurée…

***Dans la tête de Gabriel***

Il est 3h du matin passées. Je n’ai pas fermé l’œil une seule fois. Je
m’approche doucement du coin où dort Ami et contourne les panneaux
sans faire de bruit. Je me tiens au seuil et la regarde dormir pendant
quelques minutes. Elle a ramené ses genoux à sa poitrine et le livre
qu’elle tient encore s’est refermé presque entièrement. Je m’approche
encore plus et me penche au-dessus d’elle. Je retire tout doucement le
livre et le pose sur le meuble à côté.

Je passe mon doigt sur sa tempe, la touchant à peine. Je la veux


tellement.

J’ai envie de l’embrasser avant de partir, mais la voyant bouger un peu,


je n’ose pas prendre le risque.
Je me redresse. Je la regarde encore quelques secondes, puis soupire
et éteins la lampe de chevet.

Je sors enfin de là, prend ma veste et mon portable posé sur la table.
J’ouvre doucement la porte d’entrée que je referme derrière moi.

Cette histoire n’est pas finie.

« Aminata Fall, tu vas m’appartenir...quel qu’en soit le prix »

[La suite ci-dessous. ♥]

© Partie 10 : Le début…

J’ai envie de l’embrasser avant de partir, mais la voyant bouger un peu,


je n’ose pas prendre le risque.
Je me redresse. Je la regarde encore quelques secondes, puis soupire
et éteins la lampe de chevet.

Je sors enfin de là, prend ma veste et mon portable posé sur la table.
J’ouvre doucement la porte d’entrée que je referme derrière moi.

Cette histoire n’est pas finie.

« Aminata Fall, tu vas m’appartenir...quel qu’en soit le prix »

***Dans la tête de Ami***

Il fait complètement jour quand je me réveille le lendemain. Je mets


quelques secondes à me rappeler des événements de la veille et je
saute immédiatement du lit. Il faut que je réveille Gabi, il doit partir
rapidement. Je vais dans le salon et je ne le trouve ni lui ni aucune de
ses affaires. La porte de la salle de douche est ouverte et il n’y a pas de
bruit qui en sort. Ouf ! Je crois qu’il est déjà parti. C’est bien, au moins il
a respecté sa parole.

Je prends mon portable pour regarder l’heure et surtout vérifier mes


appels, même si je sais que Kader ne se lève pas tôt le week-end.
Mer*** il est complètement déchargé. Je me souviens que j’avais mis la
musique avant de dormir, ça a dû vider la batterie. Je le mets à charger
et vais prendre ma douche.
Quand je sors quelques minutes plus tard, j’allume mon portable et je
reçois immédiatement des notifications d’appels manqués. Kader a
essayé de me joindre 3 fois depuis ce matin et il m’a envoyé un
message vers 1H : « Je viens de rentrer bébé. J’espère que ça va
mieux. Fais-moi signe si tu ne dors pas ».
Il est presque 11H. Je dois le rappeler. Il décroche à la première
sonnerie : « Allô »

Moi : Salut chéri. Je viens juste de voir ton message et tes appels. Ça va
?

Kader : Tu dormais ?

Moi : Oui, oui. Je ne sais pas ce qui m’a prise. Tu me connais… Dormir
jusqu’à 11h n’est vraiment pas dans mes habitudes.

Kader : Et ta tête ça va mieux ? Tu n’as pas eu de problème pour


t’endormir ?

Moi : hum, no. Ça va, je n’ai plus mal. C’était horrible, je n’en pouvais
plus.

Kader : …Ok… Je voulais juste voir comment t’allais.

Hum ! Il n’a pas l’air de bonne humeur lui.

Moi : Et c’est tout ?! Je ne te manque même pas ?

Kader : …On se voit quand ?

Moi : Tu n’as vraiment pas l’air dans ton assiette toi, ce matin. Ta soirée
avec Karim s’est bien passée, au moins ?

Kader : Yep. Je suis juste fatigué, j’ai dormi tard et je me suis levé tôt. Je
vais récupérer un peu. Je viens te prendre après, ça te va ?
Moi : Non, ne t’inquiète pas. Tu vas bien dormir, c’est mieux. Je vais
faire des courses, appeler maman et faire d’autres petites choses en
attendant. Je prendrai les transports ensuite pour venir chez toi. Ok ?

Kader : Ok. A tout à l’heure alors. Bisou !

Moi : Bisou bébé

Je raccroche. Je sens que mon homme est un peu fâché même s’il ne
me le dit pas. Il doit sans doute m’en vouloir un peu pour la soirée que
j’ai décidée de passer seule. En même temps, il exagère un peu, lui
aussi. Même si on a l’habitude d’être ensemble tous les week-ends, j’ai
quand même le droit de vouloir rester seule de temps en temps. Bon, je
vais éviter de la ramener aussi, vu que je lui ai menti quand même…
Ce qu’il nous faut, c’est une bonne soirée de retrouvailles. Gabriel est
parti maintenant, et pour de bon cette fois-ci. Je l’espère en tout cas.
Mieux vaut l’enterrer et me consacrer à mon homme pour me faire
pardonner…en secret.

J’appelle ma maman pour voir si elle peut se connecter sur Skype.


Quelques minutes plus tard, nous sommes connectées et c’est avec
plaisir que je revois son sourire sur l’écran de l’ordinateur.

Maman : Ay Ami, pourquoi tu ne te connectes pas plus souvent ? J’étais


même surprise quand tu m’as appelée pour ça. Tu te rends compte que
ça fait des semaines que je ne t’ai pas vue ?

Moi : Je sais maman. Je suis désolée, mais avec le stage je n’ai plus du
tout de temps. Je ne peux profiter que des week-ends pour voir mes
amis, faire mes courses et tout ça. Des fois même, je travaille chez moi.

Ben quoi, qui est fou ?! Vous ne croyez quand même pas que je vais
dire à ma mère que je passe tous mes week-ends dans les bras d’un
homme. La femme-là débarquerait ici-même pour soit me tuer, soit me
ramener illico presto au Sénégal.

Ma mère et moi sommes très proches. Normal, je suis sa benjamine. Je


lui parle beaucoup de ce que je vis et elle connait tous mes amis, même
Badou qu’elle apprécie d’ailleurs.
Mais les histoires de garçons, c’est autre chose. Sa philosophie à elle,
c’est qu’une jeune fille doit rester chez ses parents jusqu’à ce qu’un
homme bien sous tous rapports (le prince charmant sur son cheval blanc
des toubabs peut-être, lol) vienne demander sa main. Et là ce sera
l’occasion pour elle de faire la grande fête de mariage à la sénégalaise,
comme elles veulent toutes.
D’ailleurs elle ne voulait pas que je continue mes études à l’étranger.
Bon heureusement que là où il y’a une maman, il y’a souvent un papa
aussi, et que le mien me supportait dans ma décision de vivre en
France. Et comme c’est lui le chef, tout était bouclé !

En tout cas là tout de suite, mes explications ne semblent pas la


convaincre.

Maman : Donc il ne te reste pas 1h ou même quelques minutes à


consacrer à celle qui t’a mise au monde.

Moi : Mais maman, je suis là non ? C’est même moi qui t’ai proposée de
nous retrouver !

Maman : Hum, ok ! En tout cas fais attention à toi dé. Ne fais pas de
bêtises.

Moi : Bon, comment il va papa ?

Pour changer de sujet.

Maman : Il dit d’arrêter de demander à tout le monde comment il va. Si tu


veux le savoir, tu connais son numéro et n’as qu’à l’appeler directement.

Mon père aussi ! Lui il n’appelle jamais personne et reproche à tout le


monde de ne pas l’appeler. Bref, je lui passerai un coup de fil plus tard.

Pendant que je parle à maman, je vois ma nièce Mariétou derrière qui


essaie de la pousser pour se mettre devant l’écran. Elle a 4 ans et avec
maman elles se disputent tout le temps, mais en fait elles s’adorent.
C’est la fille de ma grande sœur Khady qui, elle, vit avec mes parents.
Elle a divorcé quelques mois plutôt. Mon autre sœur Oumou et mes
deux frères Malick et Assane vivent et travaillent à Dakar pendant que
mes parents sont à Saint-Louis. C’est là que je suis née et que j’ai fait
mes études jusqu’au baccalauréat.
J’adore ma famille. Ils sont ce que j’ai de plus précieux au monde.

Je discute longtemps avec maman qui en avait des choses à me


raconter apparemment. Je finis par me libérer en prétextant devoir faire
des courses.
Ce que je fais, mais plus d’une heure plus tard, ayant reçu un appel de
Karine. On papote longtemps mais je ne lui parle pas de ma soirée avec
Gabi. Je me sens assez coupable comme ça, je n’ai pas besoin qu’on en
rajoute.

Quand je finis mes courses, il est près de 17h. Je rentre pour me


préparer à ma soirée avec Kader. J’ai décidé de sortir le grand jeu,
histoire de le dérider. Je vais me faire spécialement belle pour lui. Je
sors une petite robe jaune plutôt sexy, sans être vulgaire. Elle est faite
d’un joli tissu soyeux, est cintrée jusqu’à la taille avec un décolleté au
dos et évasée ensuite jusqu’aux genoux.
Je vais prendre ma douche et me maquille simplement. Quand je mets la
robe, je suis contente de l’image que me renvoie la glace. Elle dessine
bien mes formes et j’aime le contraste entre le jaune et ma peau marron
foncée.
Je complète le tout en me coiffant d’une queue de cheval, histoire de
montrer le décolleté.

C’est le printemps et il ne fait pas chaud. Je n’ai donc pas besoin de


mettre une veste, juste une étole. Finalement, vu comment je suis
habillée et chaussée (talons très hauts), je décide de prendre le taxi.

Il est presque 19h quand je sors enfin de chez moi.

***Pendant ce temps, dans la tête de Kader***

Il est 17h et je viens à peine de me réveiller. J’ai beaucoup dormi mais


c’était un repos bien mérité. C’est la pression en ce moment au travail et
j’avais vraiment besoin de décompresser, surtout avec ma femme. Je
me suis finalement rabattu sur Karim, et on passé une bonne soirée à
jouer presque tout le temps à la Play (à celles qui écarquillent déjà les
yeux, non il n’y a pas d’âge pour ça).
Je ne suis pas rentré très tard pourtant, mais j’ai mis des heures à
trouver le sommeil. Je dois vraiment être accro à Ami. Il est temps qu’on
se marie, surtout que j’en ai vraiment marre d’attendre de passer aux
choses sérieuses. Mais elle y tient et je respecte son choix même si elle
pousse un peu le bouchon à vouloir attendre la fin de son stage pour
faire le mariage.

Bon, malgré que j’ai envie qu’on passe une soirée agréable, il faut que je
lui parle sérieusement quand elle sera là. Je n’ai pas du tout avalé son
excuse d’hier. Elle ment très mal et j’ai senti qu’elle me cachait quelque
chose. Peut-être qu’elle voulait juste rester seule mais dans ce cas, je
préfère qu’elle me le dise tout simplement au lieu d’inventer des
excuses. En plus, elle a persisté à mentir ce matin, et c’est là que mes
doutes se sont confirmés.

Je vais dans la cuisine me faire un café. Avant même de pouvoir en


profiter, j’entends l’interphone sonner. C’est sans doute Ami, elle a dû
oublier les clés chez elle. J’appuie sur le bouton de l’interphone et j’ouvre
un peu la porte de mon appartement pour qu’elle n’ait pas à toquer
quand elle arrive.
Je m’installe sur le canapé avec mon café et allume la télé.

Une minute plus tard, j’entends du bruit à l’entrée. Je me retourne pour


voir… un homme au seuil de l’entrée du salon.

Je lui dis, en me levant : « Je crois que vous vous êtes trompé


d’appartement… »

L’homme : Kader Hann ?

D’où il me connait lui ?

Moi : Pardon, on se connait ?

Lui : Non… pas directement en tout cas. Ami m’a parlé de vous.

Ami ?! Je m’approche de lui, pour mieux le toiser.

Moi : Et vous la connaissez d’où, Ami ?

Lui : Je suis son ex… Enfin… j’étais.

Son ex… Bon, je vais garder mon calme…


Non, je ne peux pas.
Moi : « Vous foutez quoi chez moi, vous ? Sortez… Attends, ça veut dire
quoi « j’étais » ? »

Lui, en prenant tout son temps : Attendez…Une question à la fois.

Il a du toupet lui ! Je vais commettre un meurtre, c’est sûr.

Je croise les bras pour essayer de me calmer. Quelque chose m’intrigue.


C’est quoi ces allusions de mer*** ?

Il reprend : « Je suis venu pour vous dire de lâcher l’affaire avec Ami.
Elle ne sera jamais votre femme. Vous l’avez aidée à surmonter la
douleur de notre rupture mais je suis de retour maintenant, dans sa vie.
Là, elle est embêtée parce qu’elle se retrouve entre nous deux. Elle m’a
elle-même dit qu’elle ne sait pas comment rompre avec vous, que vous
avez été là pour elle, et tout ça.
Eh bien, je suis là pour faciliter les choses. Je ne vais pas pouvoir
attendre qu’elle se décide. »

What ? Attends, je dois rêver là… Ce n’est pas possible.


Je n’y crois pas. Ce mec est gonflé de venir chez moi, me raconter des
bobards !

Moi : Tu lui as parlé quand ?

Lui : Ah oui, c’est vrai. Je ne vous ai pas dit… On a passé la soirée d’hier
ensemble, chez elle… Et toute la nuit... Apparemment je lui manquais
beaucoup.

Hier…

***Dans la tête de Gabi***

Je vois son visage se décomposer au fur et à mesure qu’il avale mes


dernières paroles. C’est bon, il me croit. Aucun homme ne voudrait d’une
femme après qu’elle l’ait trompée.

Je savoure ma victoire et je n’ai pas le temps de voir le coup venir, droit


sur mon visage.

Je crie, sous le choc : Mais vous êtes complètement fou ?

Kader, d’une voix sourde : Sortez tout de suite de chez moi si vous ne
voulez pas que je vous tue.

Je suis un homme et je n’ai pas peur d’un homme. Mais la fureur que je
voie dans ces yeux ne me donne pas envie de rester.
Puis à quoi bon me battre. Après tout, je viens de lui faire plus de mal
qu’il ne m’en fera jamais.

Je recule vers la porte en essuyant une goutte de sang sur mon visage.

Première étape réussie.


[Et voilà.

Il y'aura peut-être une suite ce soir, si.... on atteint 50 like dès ce soir

bisous émoticône smile ]

[La suite par ici! Enjoy! kissou ♥]

[Voilà pour vous mes chers\chères. Je vous fais plein de bisous ♥]

© Partie 10 bis : ….de la descente

Je vois son visage se décomposer au fur et à mesure qu’il avale mes


dernières paroles. C’est bon, il me croit. Aucun homme ne voudrait d’une
femme après qu’elle l’ait trompée.

Je savoure ma victoire et je n’ai pas le temps de voir le coup venir, droit


sur mon visage.

Je crie, sous le choc : Mais vous êtes complètement fou ?

Kader, d’une voix sourde : Sortez tout de suite de chez moi si vous ne
voulez pas que je vous tue.

Je suis un homme et je n’ai pas peur d’un homme. Mais la fureur que je
voie dans ces yeux ne me donne pas envie de rester.
Puis à quoi bon me battre. Après tout, je viens de lui faire plus de mal
qu’il ne m’en fera jamais.

Je recule vers la porte en essuyant une goutte de sang sur mon visage.

Première étape réussie.

***Dans la tête de Ami***

J’arrive enfin chez mon chéri. Heureusement que j’ai pris un taxi, je ne
sais pas comment j’aurais pu y arriver avec mes talons là. Rien que
quelques pas me font souffrir. Décidément, je ne serai jamais un
mannequin.
Et tout ça pour lui. J’espère juste réussir à le détendre, mais ça ne
devrait pas être un problème.
Dans l’ascenseur qui me monte au 5e étage où se trouve l’appartement
de Kader, je profite de la glace pour me retoucher les lèvres avec mon
gloss et me remets un peu de parfum dans le cou.
Je ne sais pas si c’est le manque ou la culpabilité qui me fait faire autant
d’efforts. Bref, je ne veux plus penser à ça.
J’ai hâte de le voir.

J’ouvre doucement la porte et la referme. J’entre dans le salon et je vois


mon chéri assis sur le canapé en face de la télé, un verre dans une
main, la télécommande dans l’autre.

Il est de dos.

Je sais qu’il m’a entendu et pourtant il ne se retourne pas.


Bon il ne m’entend peut-être pas, quoique je doute qu’il soit à ce point
concentré sur cette émission débile qui passe sur l’écran.

Je m’approche sans rien dire. Debout derrière lui, je me penche pour lui
entourer le cou de mes bras et lui chuchoter dans l’oreille : « ça va mon
amour ? ».

Aucune réaction.

Je me penche un peu plus pour le regarder. Il a les yeux bien ouverts,


donc il n’est pas mort !
Il ne me jette même pas un regard. Bon qu’est-ce qui se passe, qu’est-
ce que j’ai encore fait ?

Je contourne le canapé et m’assoit à côté de lui, étonnée : « Kader ? »

Il ne me répond pas. Il a l’air extrêmement tendu.

Moi : Bébé qu’est-ce qui se passe ? Tu me fais peur.

Je dis ça en posant ma main sur son bras. Je le sens se crisper.


J’enlève ma main.

Je fais un mouvement de recul.

Moi : Kader, stp. Je t’ai fait quelque chose ?

Là, il se retourne lentement et me fixe. Ses yeux sont tellement plissés


que je ne peux pas en voir le blanc. Et l’expression sur son visage… j’en
perds la parole.
Il continue de me fixer. Je détourne les yeux. Je ne peux plus supporter
son regard.

Il me parle enfin. Sa voix est tellement basse que j’ai un peu de peine à
l’entendre : « Tu étais où hier soir ? »

Je mets quelques secondes à prendre conscience de sa question. Non,


ce n’est pas possible. Il ne peut pas savoir, c’est impossible.

Je ne dis pas un mot.

Kader : Je t’ai posée une question Aminata.

J’essaie de sourire et lui réponds, d’une voix peu assurée : Mais enfin, tu
sais bien… J’étais chez moi.

Kader : Avec qui ?

Mer***, mer***, mer***. Cette fois c’est fini entre nous.

Je ne m’avoue pas encore vaincue : « Comment ça… avec qui ? J’étais


seule, j’étais malade. Pourquoi tu… »

Il me coupe brusquement : « Tu me mens Ami ? »

Moi :…

Cette fois il crie : « Réponds ! »

Moi : Je suis désolée Kader. J’allais te le dire.

Kader : Tu allais me dire quoi ?

Moi : Mon… mon ex est venu chez moi. Je ne lui ai pas donnée mon
adresse, je te jure. Il l’a trouvée…

Kader : Vous avez passé la nuit ensemble ?

Moi : Quoi ? Non ! Non pas du tout… Il a juste dormi chez moi parce
que…

Kader : Lève-toi
Moi : Chéri, écoute-moi, je peux t’expliquer. Je n’ai rien fait de mal.

Kader, en criant : Lève-toi Ami !

Moi : Kader, stp écoute-moi…

Je n’ai pas le temps de finir ma phrase. Il jette violemment son verre qui
atterrit sur le meuble de la télé et se casse en mille morceaux.
Je me lève brusquement, sous le choc.

Kader : Sors d’ici… Je n’ai pas envie de te toucher. Si tu restes ici, je


vais te faire très mal.

Je prends mon sac en pleurant et cours vers la porte.

Gabriel. Quel salaud ! Il n’y a que lui qui a pu lui dire. Il n’y a que lui qui
savait à part moi. Je n’aurais jamais dû lui faire confiance.
Maintenant que je réalise ce qu’il a fait, je me souviens de sa stratégie
pour avoir le nom de Kader. Prétendre être content pour moi et me
souhaiter du bonheur. Quel salaud !

Mais ce n’est pas lui qui m’a fait ça. Tout est de la faute de Badou. Je
sors mon téléphone de mon sac pour l’appeler, pendant que je marche
dans la rue.
Dès qu’il décroche, je lui crie dessus : « Tout est de ta faute, Badou…
sniff… tu n’aurais jamais dû lui donner mon adresse. Comment toi tu as
pu me faire ça, Badou ?! sniff »

Badou : Ami, hé, calme-toi enfin. Qu’est-ce qui se passe ?

Moi : Gabriel. Tu lui as donné mon adresse. Il est venu chez moi, et y a
dormi… sniff… Et maintenant Kader est au courant… sniff… Il lui a dit le
salaud. Tu te rends compte ? Je ne sais pas quand ni comment mais il
lui a dit qu’il a dormi chez moi… et c’est la vérité tu comprends ? Kader
est jaloux, Badou… sniff… et maintenant c’est fini, il ne va plus vouloir
de moi parce que je lui ai menti.

Badou : Ne te mets pas dans ces états. Tu es dans la rue, là ?

Moi : sniff… oui

Badou : Tu es à Chatou ? Chez Kader ?


Moi : oui

Badou : Ok, je ne suis pas loin. Envoie-moi l’adresse, je viens tout de


suite te prendre.

Moi : Ok.

Je raccroche et lui envoie l’adresse.


J’ai froid. Dans la précipitation j’ai laissé mon étole chez Kader. Je
m’assois sur un banc proche, pose ma tête sur les genoux et pleure
doucement.

***Dans la tête de Kader***

Je suis sur mon balcon et je vois Ami marcher dans la rue. Elle semble
parler au téléphone.
Je la hais plus que jamais. Comment j’ai pu me laisser avoir à ce point,
moi de nature si méfiant. Je pensais qu’elle m’aimait, me respectait… Le
pire c’est que je n’arrive pas à m’imaginer vivre sans elle, malgré
l’énorme colère que je ressens. Si elle était restée, je l’aurais battue,
c’est sûr. Et ça je ne le veux pas. C’est peut-être une menteuse, mais
c’est Ami. Je connais ses principes, elle n’a pas pu faire ce que ce
connard a insinué.
Je n’ai pas pu m’empêcher de venir la surveiller du balcon, après avoir
vu comment elle a couru pour sortir. Elle doit avoir peur…
Je la vois s’assoir sur un banc. Elle a l’air d’avoir froid.
Je ne peux la laisser comme ça.

Je sors vite pour la rejoindre. Quand je sors dans la rue, elle est toujours
assise sur le banc, la tête penchée, s’entourant de ses bras. Je suis très
en colère et je ne sais pas encore si je vais lui pardonner mais je n’aime
pas la voir comme ça. Au moins je la déposerai chez elle.

Je ne suis pas encore arrivé quand je vois une voiture qui vient de faire
un demi-tour se garer devant elle. Elle se lève de son banc. L’homme
sort de la voiture qu’il contourne et la prend dans ses bras. Je la vois s’y
blottir et poser sa tête sur son torse, exactement comme elle le fait avec
moi.

Je m’arrête, complètement sous le choc. Non là c’est grave ! Ce n’est


même pas le gars de tout à l’heure. C’est un troisième. Mais il y’en a
combien comme ça, exactement ?
Cette fille est une vraie p***.
Mais ça ne va pas se passer comme ça. Elle est mal tombée en osant se
frotter à moi.

Je cours vers ma voiture.

***Dans la tête de Ami***

J’ai pleuré sur tout le trajet en racontant à Badou ce qui s’est passé. Le
pauvre est désolé, il se reproche ce qui s’est passé. Je n’aurais pas dû
l’accuser, il n’aurait jamais fait ce qu’il a fait s’il savait ce qui s’ensuivrait.

Arrivés chez lui, je m’installe sur le canapé, perdue dans mes pensées.
Badou me ramène du thé. Je bois quelques gorgées et repose la tasse.
Il s’approche de moi et m’entoure les épaules de son bras : « Je suis
vraiment désolé. Je suis sûre que Kader et toi ça ira. Il est juste très en
colère, pour le moment. C’est normal. Laisse-lui le temps de se calmer.
Tu lui as quand même menti. Tu as été très naïve, tu sais. »

Moi : oui… je sais

Badou : Bon, va prendre une douche chaude. Ça te fera du bien. Après,


on se fait un film, ok ?

Moi : Je n’ai pas envie de regarder un film.

Badou : Ok, on regardera du foot alors. Mais va prendre une douche


d’abord.

Je souris à sa moquerie. Moi, regarder du foot… et puis quoi encore.

Je vais dans la salle de bains, ferme la porte et enlève ma robe. J’allais


continuer de me déshabiller quand j’ai entendu un échange de voix
venant du salon.
Ce n’est pas possible. Kader ?

Je m’approche de la porte et je l’entends plus clairement : « Je ne veux


pas de problème avec vous, ok. Dites-moi où elle est et on n’aura pas de
problème. »

Badou est en train d’essayer de le calmer mais il risque de perdre


patience. S’il s’énerve aussi, ça ne va pas le faire. Je saisis son peignoir
accroché à la porte, l’enfile rapidement et sors de la salle de bain.
J’arrive dans le salon juste à temps. Ils sont trop proches l’un de l’autre
et Badou commence à crier : « Maintenant vous baissez le ton. Vous
êtes chez moi ici, je vous rappelle ».

Moi : Kader ! Qu’est-ce que tu fais ici ?

Je me mets entre lui et Badou, faisant face à Kader. Il me regarde


d’abord avec mépris et me tire par le bras, sans rien dire, en me
dirigeant vers la porte d’entrée.

Badou lui crie : Kader, arrêtez maintenant.

Kader abandonne mon bras et fait demi-tour pour retourner vers lui: «
Vous me cherchez, c’est ça ? Vous me cherchez ! »

Moi, me remettant entre eux : Badou, non, stp ! Kader, je vais partir avec
toi, ok, laisse-moi juste me rhabiller.

Non, en fait non. Je ne vais pas laisser ces deux-là seuls ici.

Moi : Non, c’est bon. Allons-y Kader. (Je me tourne vers Badou) Ne
t’inquiète pas, ça va aller. (Je lui fais un signe lui disant que je
l’appellerais).

Kader me prend à nouveau le bras et on sort. Il est bouillant de colère. Il


me fait peur, je n’aurais peut-être pas dû le suivre. Ce n’est peut-être pas
trop tard pour m’enfuir ? Je le sens resserrer la pression de sa main sur
mon bras. Il a dû entendre mes pensées.

C’est quand on foule le sol de la rue que je me rends compte que je suis
pieds-nus. Kader semble s’en apercevoir aussi, sans doute à ma
démarche, et me soulève dans ses bras. Je me retrouve perchée
comme un sac de riz sur son épaule.
Il fait quelques pas pour arriver devant sa voiture, me fait descendre et
ouvre la portière côté passager, sans rien dire. Bon, je suppose que je
dois entrer. Je n’ose pas lui dire un mot.

Il conduit tout le trajet en silence. Je m’enfonce dans le siège de la


voiture et n’ose rien dire. Il va se calmer si je ne dis rien. Il va se calmer
et je vais lui expliquer pour qu’il comprenne tout, pour Gabi, pour
Badou... Cette fois-ci je lui dirai toute la vérité, je ne lui cacherai rien.
Je ne veux pas le perdre. Je l’aime et je sais qu’il m’aime aussi. Je suis
sa femme. Je vais juste me taire pour le moment et il va finir par se
calmer.
On arrive chez lui. Je descends sans qu’il me force et marche devant lui.
Je veux lui montrer que je collabore. Ça va peut-être le calmer plus
vite…

Quand on arrive devant l’appartement, je commence à hésiter et le


laisse entrer tout seul. J’ai peur, j’ai un mauvais pressentiment. Il fait
deux pas et en voyant que je ne le suis pas, il fait demi-tour et saisit mon
bras. Il ferme la porte et me dirige vers la chambre.

Quand on entre, il ferme la porte. J’avance un peu et me retourne pour le


regarder, dans l’expectative et la crainte.

Kader : Déshabille-toi.

[Aimez, commentez, partagez svp!! ]


J’aime · Commenter · Partager

© Partie 11 : Les flammes

Quand on arrive devant l’appartement, je commence à hésiter et le


laisse entrer tout seul. J’ai peur, j’ai un mauvais pressentiment. Il fait
deux pas et en voyant que je ne le suis pas, il fait demi-tour et saisit mon
bras. Il ferme la porte et me dirige vers la chambre.

Quand on entre, il ferme la porte. J’avance un peu et me retourne pour le


regarder, dans l’expectative et la crainte.

Kader : Déshabille-toi.

Hein ? Mais il est devenu complètement fou. Me déshabiller ? Pour quoi


faire ?

Moi : Pardon ?

Kader, d’un ton sec : J’ai dit « déshabille-toi » ! Enlève-moi… ce foutu


peignoir !

Moi, en reculant : Kader, je ne sais pas ce que tu as dans la tête là, mais
tu es très en colère. Tu ne réfléchis plus…
Kader crie : « Enlève ce truc Ami ! Tout de suite ! »

Moi : NON

Je resserre les pans du peignoir sur moi, dans un mouvement de révolte.


Je jette un coup d’œil vers la porte de la chambre. Il faut que je sorte
d’ici. Kader a perdu la tête.

Il remarque mon geste et me dit : « T’as pas intérêt »

Je n’ai pas le choix, je tente ma chance et cours vers la porte. Dès que
je touche la poignée de celle-ci, je sens Kader me saisir par la taille. Je
m’accroche à la poignée que je ne veux pas lâcher, dans une tentative
désespérée. Je finis par céder sous la pression de Kader qui me tire.
En quelques secondes, je me retrouve sur le lit. Il m’a jeté dessus et se
tient debout en me regardant. Ses yeux brillent de fureur ? de désir ? Je
ne sais plus…

Je m’empresse de me redresser et remarque que le peignoir s’est défait,


on voit mes sous-vêtements ! Je le referme vite et me précipite en
rampant vers l’autre côté du lit.
Peine perdue. Kader est plus rapide que moi. Je me retrouve à nouveau
complètement couchée et lui… dressé au-dessus de moi.

Je le regarde, apeurée. Je commence à pleurer ; il m’ignore totaement. Il


enlève son tee-shirt d’un seul mouvement rapide. Je le vois là,
pratiquement assis sur moi.

Je lui dis, en pleurant : « Je vais crier Kader. Laisse-moi partir tout de


suite ou je te jure que je vais crier »

Il se penche vers moi, en me regardant les yeux noirs de fureur.


Ok. Bon. Je ne vais pas crier.

Mais il faut faire quelque chose. Je ne peux pas le laisser faire ce que je
pense qu’il va faire. Ce n’est pas comme ça que les choses sont
censées se passer, entre nous.
C’est quand même Kader, c’est mon futur mari !

Pendant que je réfléchis à ce qu’il faut faire, il écarte rageusement le


peignoir. Il essaye de me l’enlever. Il commence à glisser l’une des
manches. J’essaie de résister en tordant le bras mais il bloque tout le
reste de mon corps en subissant une forte pression du sien et en
retenant mon autre bras de sa main. Je sens sa peau sur mon ventre. Je
sens… une pression sur ma cuisse…

Mon Dieu, c’est là que j’apprends que la force d’un homme n’a
absolument rien à voir avec ce qu’on peut imaginer tant qu’on ne l’a pas
subie. Je ne me suis jamais sentie aussi impuissante. J’ai l’impression
de n’être absolument rien du tout, de ne pas peser plus qu’une feuille
devant la puissance de l’homme qui est au-dessus de moi.
Cette puissance, je ne veux pas la subir. Non, non, je ne veux pas,
jamais !

Je ne sais comment Kader réussit à retirer mes bras du peignoir, malgré


ma résistance et les coups que j’essaie de lui donner. Il tire rageusement
dessus jusqu’à le dégager complètement et le jette au loin.
Il bloque ensuite mes deux bras avec ses mains et commence à
m’embrasser. Je pleure en sanglots. Il descend sa bouche dans mon
cou.
Il me libère le bras droit que je porte immédiatement à son épaule pour
le repousser, le taper... ça n’a pas l’air de lui faire grand-chose. Je
soupire, fatiguée. Il prend mon sein droit de sa main libre et le sort du
soutien-gorge. Il le presse et prend le téton dans sa bouche, durement.
Je sens un frisson me parcourir malgré la peur.

Il y’a peut-être quelque chose à faire…

Je commence à le caresser de ma main libre. Je lui caresse le dos,


l’épaule, la tête. Je suis consciente que mes gestes sont désordonnés
mais je tente le tout, c’est ma dernière chance.

Je lui dis : « Kader, je comprends bébé » Sa main quitte maintenant mon


sein et se dirige plus bas. « Kader, écoute-moi stp. Ne fais pas ça. Pas
comme ça » Il tire violemment sur mon boxeur qui commence à se
déchirer. « Non Kader…J’accepte ! Tu m’entends ? On va faire ce que tu
veux. J’accepte mais pas comme ça. Stp mon amour. » Je pleure de
plus belle. Il continue de tirer sur le slip, l’air encore plus déterminé. Il
continue d’aspirer mon téton, me maintenant toujours sous sa pression.
« Kader, regarde-moi, regarde-moi ! Je ferai tout ce que tu veux ».

Il relève la tête à ce moment pour me fixer dans les yeux. Je comprends


alors que la bataille est perdue. J’arrête immédiatement de sangloter. Ce
n’est pas mon homme qui se tient là, sur moi. Ce n’est pas Abdelkader.
Ce regard… bestial, ce n’est pas celui de MON Kader.
Je le regarde, figée.

En me fixant des yeux, il écarte mes cuisses de toute force avec son
genou et… me pénètre d’un seul coup violemment.

***Dans la tête de Kader***

Ahhhhhhhhhhhhhhhh

Le cri strident de Ami accompagne l’horreur que je ressens à cet instant


précis. Je me retire immédiatement d’elle, comme brûlé par le feu.
Mon Dieu, qu’est-ce que j’ai fait ?

Elle est vierge !

Mon Dieu, non, pas ça ! Qu’est-ce que je viens de faire ?

Encore couché sur Ami, je la regarde… sangloter, hoqueter... Elle a l’air


tellement mal ! Ma Aminata !

Je me glisse sur le côté et la prends dans mes bras. Elle ne me


repousse pas, à mon grand étonnement. Elle pose son front sur ma
poitrine et continue de pleurer, les mains sur le visage. On reste dans
cette position durant plusieurs minutes.

Elle commence à se calmer. Ses sanglots s’arrêtent mais elle pleure


encore. Je lui caresse doucement le dos. Mon amour, qu’est-ce que je
t’ai fait ?

Entre deux hoquets, elle me dit : « Je suis désolée. »

Quoi ?! Désolée ?

Elle continue de plus belle : « Je suis désolée Kader. C’est de ma


faute… Je ne me rendais pas compte que… c’était dur pour toi. Pas à ce
point… J’aurais dû faire attention. Ne pas te faire attendre si longtemps.
Mais je ne savais pas… Je n’ai jamais… pris de risque à part avec toi. Et
mes mensonges… Je m’en veux. Je t’ai frustré… Tout est de ma faute. »

Non. Elle est folle de penser ça. Ma Ami, toujours à penser aux autres
avant elle-même. Elle veut porter le monde entier sur ses petites
épaules.
Une profonde tristesse m’envahit. J’ai tellement honte ! C’est moi qui
suis censé la protéger. Au lieu de ça, je lui fais ce qu’il y’a de pire qu’elle
puisse vivre.

Non. Je ne peux pas la laisser croire que c’est de sa faute. Je ne peux


pas faire ça, pas après ce que je viens de lui faire subir.
Je la sers délicatement dans mes bras et plonge mon visage dans son
cou. Je veux la tenir encore comme ça, encore un peu, respirer son
odeur, la toucher.
Car je sais que je n’aurai plus l’occasion de le faire avant longtemps,
peut-être plus jamais, après ce que je vais lui dire.

Je soupire et me détache un peu. Je retire doucement sa main de son


visage, et prends son menton pour lui relever la tête vers moi.
Je la regarde droit dans les yeux : « Je t’aime Ami »

Je prends une pause, car je veux qu’elle n’oublie jamais ce que je viens
de lui dire.

Je continue : « Rien n’est de ta faute. Tu ne dois pas t’en vouloir. C’est


moi qu’il faut blâmer. Avec tout ce qui s’est passé ces dernières heures,
les insinuations de…cet homme sur la nuit que vous avez passée
ensemble…puis ma jalousie, ma colère… J’ai été complètement
aveuglé… Je pensais que… J’étais persuadé que tu… »

Je ne peux plus continuer.

Ami se redresse un peu et me regarde, l’air alarmée : « Que je quoi…


Kader ? »

Je ne réponds pas.

Ami : Kader, tu pensais quoi ?

Moi : …

Ami : Tu pensais que… je couchais avec lui ? Et… et Badou ? C’est ça ?

Moi : Je suis désolé.

C’est tout ce que je trouve à répondre.

Elle se redresse brusquement et se dirige de l’autre côté du lit. Se


voyant presque nue, elle tire sur le drap rageusement. Je me lève pour
lui permettre d’y arriver.

Elle pose enfin le drap sur elle et me crie : « Tu m’as violée, Kader ! Tu
m’as souillée ! Tu m’as fait mal ! Tout ça parce que dans ta tête j’étais
une p*** ?!
C’est ça que tu voulais, prendre ton pied, avec LA p*** que je suis,
histoire d’être au même niveau que les autres…? C’est ça, Kader ?
Ensuite quoi tu m’aurais jeté dehors comme une mer*** ?
Tu me dégoutes !! Je ne te pardonnerai jamais Kader, jamais ! Je te hais
! Je ne veux plus jamais te voir ! Sors ! »

Elle est hystérique. Debout de l’autre côté du lit en face d’elle, je fais un
geste pour le contourner afin de la prendre dans mes bras : « Ami.. »

Elle tend le bras, dans un geste d’arrêt: « Ne t’approche pas Kader. Tu


ne me toucheras plus jamais. Tu as eu ce que tu voulais. Maintenant va-
t’en ! Sors d’ici. Sooooors ! »

Je la regarde encore un moment, elle a reculé jusqu’au coin du mur, un


bras retenant le drap sur sa poitrine. Elle continue de me crier de sortir.
Si je reste ici, elle ne va jamais se calmer… elle a besoin de tout sauf de
moi en ce moment.

Je ramasse mon tee-shirt et ma veste par terre et sors de la chambre.


Quand je m’arrête dans le salon pour prendre mon portable, j’entends
Ami qui recommence à pleurer, douloureusement. Je reviens devant la
chambre mais reste planté là, à la porte, n’osant pas entrer.

J’ai mal. Mal pour elle, mal de ne pas pouvoir la consoler. Et mal pour
moi, parce que je sais que j’ai tout gâché. Elle ne voudra jamais me
pardonner.

Je finis par me diriger vers la porte d’entrée de l’appartement, et sors. Je


la referme derrière moi, la mort dans l’âme.

[N'oubliez pas d'aimer et de partager les ami(e)s, mais surtout dites ce


que vous en pensez.

Vos commentaires sont ma lecture à moi XO ]

[Coucou!! Voici votre suite les ami(e)s! Hope you enjoyémoticône heart

Courage pour la semaine à venir. Kissou! ]


© Partie 12 : La souffrance

Je ramasse mon tee-shirt et ma veste par terre et sors de la chambre.


Quand je m’arrête dans le salon pour prendre mon portable, j’entends
Ami qui recommence à pleurer, douloureusement. Je reviens devant la
chambre mais reste planté là, à la porte, n’osant pas entrer.

J’ai mal. Mal pour elle, mal de ne pas pouvoir la consoler. Et mal pour
moi, parce que je sais que j’ai tout gâché. Elle ne voudra jamais me
pardonner.

Je finis par me diriger vers la porte d’entrée de l’appartement, et sors. Je


la referme derrière moi, la mort dans l’âme.

***Dans la tête de Karine***

Il est presque 23h quand je reçois un appel sur mon téléphone. Le nom
qui s’affiche me surprend assez, surtout à cette heure-ci. Je crains qu’il
soit arrivé quelque chose. Je décroche rapidement : « Allô Kader ?»

Kader : Bonsoir Karine. Excuse-moi si je te dérange mais… c’est un peu


urgent.

Le ton très bas de sa voix m’alarme immédiatement. Je me redresse du


canapé où je suis allongée.

Moi : Bonsoir Kader. Tu ne me déranges pas. Qu’est-ce qui est urgent ?


Ami va bien ?

Kader : Oui… enfin non.

Je me lève immédiatement. Là je suis très inquiète.

Je lui crie presque : Oui ou non Kader ?

Kader : Il s’est passé quelque chose… Ecoute, je suis garé dans ta rue.
Tu peux me rejoindre, stp ? Il faut que je t’amène voir Ami. Elle a
vraiment besoin de toi là.

Moi : Oh Kader, j’espère qu’il n’est rien arrivé de grave. J’arrive tout de
suite.
Kader : Attends… Tu peux euh, ramener une veste… pour elle ? Et des
chaussures ? Et… des vêtements qu’elle peut mettre ?

Mon étonnement est grandissant. C’est quoi cette histoire ?

Moi : Quoi ?! Mais elle se trouve où là ? Dis-moi ce qui se passe au


moins.

Kader : Je t’expliquerai mais il faut vraiment que tu viennes.

Je me précipite pour m’habiller et fourrer dans un sac les affaires


demandées par Kader. Je ne comprends rien du tout mais je sens qu’il
y’a urgence. De plus la voix de Kader est triste. Tout ça ne me dit rien
qui vaille.

Moins de 3 minutes plus tard, je suis dans la rue en train de chercher


Kader. Je le vois descendre d’une voiture et me faire signe. Je me hâte
de le rejoindre.

Kader démarre immédiatement mais j’ai besoin d’explications : « Qu’est-


ce qui se passe Kader ? Qu’est-il arrivé à Ami ? Elle est où là »

Je le vois serrer le poing sur le volant à ma question. Il a l’air très ému.

Kader : D’abord merci de venir avec moi. Je ne t’ai pas prévenu avant…
Mais je ne savais pas quoi faire d’autre. Tu es la seule personne que je
pouvais venir voir… Ami est chez moi.

Il s’arrête un moment de parler. Il dit tout ça les yeux fixés sur la route,
sans me regarder une seule fois. Je préfère le laisser continuer. Je suis
tournée vers lui et ne le quitte pas du regard. Il faut qu’il m’explique vite
ce qui se passe.

Kader : Je…lui ai fait du mal.

Moi : Comment ça, du mal ? Tu lui as fait quoi exactement ?

Kader : Elle a besoin de quelqu’un Karine. Elle a besoin de toi. Il faut que
tu l’aides.

Moi, un peu énervée : Kader, je vais aider Ami quoi qu’il se passe. Mais
je veux savoir ce que tu lui as fait. Tu n’as pas usé de violence Kader,
j’espère !
Kader : Je ne l’ai pas battue.

Moi : C’est quoi alors… tu l’as giflée ?

J’ai conscience que ma question est stupide. Pourquoi Ami aurait besoin
de vêtements pour une gifle ?! Mais là je ne sais plus quoi penser. J’ai
besoin de savoir rapidement et on n’est pas encore arrivés à destination.

Kader : Non, je n’ai pas levé la main sur elle.

Ouf, je suis au moins rassurée pour ça. Mais ça ne dure pas plus d’une
seconde. Qu’est-ce qui peut être plus grave que des coups ? Et que
Kader aurait fait à Ami ?

Moi, bien énervée cette fois : Tu l’as trompée ? Elle s’est battue avec
quelqu’un à cause de toi ?... Mais enfin, pourquoi tu ne me dis pas ce
que tu as fait !

Kader : Je préfère que tu la voies d’abord. Tu… comprendras. Elle te


dira.

Là, j’ai envie de gifler Kader. Bon, je vais éviter hein, je connais son
caractère. Déjà que je lui crie dessus.
Mais il m’énerve. C’est quoi, ces choses-là ? C’est sûr qu’il a fait quelque
chose de grave, sinon il n’aurait pas autant de mal à le dire.
Je ne sais pas ce qu’il a fait mais je le déteste déjà. Tous pareils ces
hommes.

Je rouspète, en croisant les bras : Je comprendrai hein ? Ok, allons-y.


En tout cas, j’espère que tu n’as rien fait de grave. C’est mieux pour toi.
Tchuiip

Kader ne répond pas.


Je reste silencieuse tout le reste du trajet, qui est interminable.
Quand on se gare enfin, on sort tous les deux et je suis Kader vers le
bâtiment où il se dirige. Je ne suis jamais venue chez lui auparavant.

Quand on arrive devant son appartement, il ouvre la porte et me laisse


entrer.

Voyant qu’il ne me suit pas je me retourne pour lui demander : « Où est-


elle ? »
Kader, toujours sur le seuil : Je l’ai laissée dans la chambre, au fond à
gauche. Attends Karine…

J’étais déjà partie. Je m’arrête pour le regarder dédaigneusement.

Kader : Vous pouvez rester dormir ici, si vous voulez. Je vais à l’hôtel.
Attends stp, je peux t’appeler plus tard ? Pour savoir…?

Karine : Il faut que j’aille la voir Kader.

Kader : Ok. Juste… dis-lui que je l’aime stp.

Je me retourne sans daigner lui répondre et me dirige vers la chambre.

***Dans la tête de Ami***

Je me sens si fatiguée. Fatiguée de pleurer, fatiguée de revivre les


images de cette soirée…
Ma tête me fait très mal. Je l’ai posée sur mes genoux, et me suis
recroquevillée sur moi, à même le sol. Je suis restée dans cette position
depuis que…cet animal est parti. Je ne sais même pas depuis combien
de temps je suis là, assise, serrant ce drap autour de moi.

L’image qui me revient le plus est celle des yeux de… de ses yeux juste
avant… La torpeur et les élancements de douleur dans mon bas-ventre
sont là pour me rappeler chaque fraction de seconde de ce moment. Je
n’ai jamais connu une douleur aussi forte, aussi brusque. Mais ce n’est
rien, comparé à celle que j’ai ressentie quelques minutes plus tard quand
ce salaud m’a avoué pourquoi il a fait ça.

Comment il a pu faire ça ? Comment j’AI pu aimer un homme capable de


faire ce qu’il a fait ? J’aurais pu tout supporter pour lui. Je me suis pliée à
ses désirs, supporté son caractère. Et j’aurais pu tout lui pardonner. Mais
ça !

Je suis plongée dans mes pensées quand j’entends la porte s’ouvrir. Oh,
non. Je ne veux pas le voir, plus jamais. Je sais que je suis chez lui mais
je m’en fiche. Qu’il aille ailleurs.
Je ne relève pas la tête. Je ne veux même pas qu’il me parle.

J’entends la voix de Karine : « Ami ? »


Je relève doucement la tête – elle est si lourde – et la regarde, sans rien
dire. Il a dû lui demander de venir. Je suis contente de la voir. Elle
s’approche de moi.
Karine : Seigneur Jésus ! Ami, qu’est-ce que tu fais là, au sol ?

Elle s’assoit à côté de moi, me prend par les épaules et me regarde


quelques secondes. Je dois donner une belle image…
Ensuite elle se redresse un peu pour tirer ma tête qu’elle pose sur son
épaule. Je ne peux plus m’empêcher de recommencer à pleurer.

Karine : Oh Ami qu’est-ce qu’il t’a fait ? Qu’est-ce qu’il t’a fait ?

Elle me caresse la tête doucement, ce qui me donne encore plus envie


de pleurer. Je pleure encore un bon moment et je finis par lui répondre :
« Il…m’a violée ».

J’ai moi-même du mal à entendre ma voix. Mais Karine semble l’avoir


bien entendu.

Elle crie : Vio quoi !! Seigneur ! Non, tu plaisantes. Il n’a pas osé faire ça
! Kader, te violer ?! Le fils de p*** !

Moi : Je ne veux plus entendre ce prénom. Stp, plus jamais.

Karine : Oh ma chérie, je suis tellement désolée… Mais ça ne va pas se


passer comme ça. Ce serait trop facile. Y’a des lois dans ce pays.

En disant ça, elle tire son sac et fouille à l’intérieur. Elle sort son portable
et commence à le manipuler.

Je me redresse : « Qu’est-ce que tu fais ? »

Karine : J’appelle la police. Ça ne va pas se passer comme ça.

Moi : Non, arrête.

Karine, qui met déjà le téléphone à son oreille : Comment ça, arrête.

Je me redresse, lui retire le portable de la main et raccroche.

Elle me regarde quelques secondes et dit : « Il faut qu’il soit puni,


Aminata. Il faut que tu portes plainte ».
Moi : Non Karine. Ça va détruire sa vie… C’est quand même… lui.

Elle me regarde quelques secondes, visiblement pas d’accord avec moi.


Mais je maintiens ma décision. Je ne peux pas porter plainte. Les
conséquences sont trop graves et irrémédiables. Je ne peux pas faire
ça.

Karine : Bon. C’est toi qui décides Ami. Mais à ta place, je ne le


laisserais pas s’en sortir comme ça.

Moi : Je veux juste qu’il sorte de ma vie. C’est tout ce que je veux,
l’oublier… sniff

Karine : Ami, ma pauvre… Tu as mal ?

Oui. Extrêmement.

Mais je réponds: « ça va aller. Je veux sortir d’ici, rentrer chez moi. Mais
je… n’ai rien à mettre. Je n’ai que des sous-vêtements ici. Mon sac… »

Toutes mes affaires sont chez Badou. Même mon sac, mon portable et
mes clés.

Je soupire : « Je ne peux pas rentrer chez moi ».

Karine : Ne t’inquiète pas, j’ai ramené des vêtements pour toi. Kad… Il
m’a dit que tu en aurais besoin. On va aller chez moi, ok ?

Moi : Ok. Donne-moi les vêtements stp.

Je me relève doucement et j’essaie de me tenir debout mais j’ai un


vertige. J’ai le corps lourd ! Karine se dépêche de me soutenir et essaie
de me diriger vers le lit.

Je lui crie : NON

Elle me regarde, surprise.

Moi : Non, je ne veux pas m’assoir. J’ai juste besoin d’une seconde…
Voilà, ça va. Donne-moi les vêtements stp.

Elle me tend le sac et se dirige vers la sortie, sans doute pour me laisser
de l’intimité.
Moi : Attends Karine… Tu peux, euh, me donner un slip stp ? Y’en a
dans le tiroir là à gauche, celui du haut… Il y’a les siens aussi… Je ne
veux pas les voir.

Karine acquiesce, compréhensive.

3 minutes plus tard, j’ai fini de m’habiller et me chausser. Avant de sortir,


je ne peux pas m’empêcher de me retourner pour regarder une dernière
fois la chambre. Je vois mon boxer, petit morceau de tissu difforme
trainant à côté du lit. Je me précipite pour le ramasser, ce qui me vaut
quelques élancements en bas…

Je sors de la chambre et Karine vient à ma rencontre. Elle me dit en


arrangeant ma coiffure que le taxi arrive dans 10min.
Je décide de sortir dehors pour l’attendre. A ce moment précis, je me
sens presque sereine. J’ai arrêté de pleurer.

Plus de trois quarts d’heure plus tard, nous sommes arrivées chez
Karine. Je ne peux pas m’empêcher de penser que si je me retrouve ici
c’est parce que ma vie a basculé du jour au lendemain. Je ne peux pas
encore rentrer chez moi et je ne peux pas aller à l’endroit où j’ai
l’habitude d’être. En l’espace de 2 jours, je suis passée d’une fille
amoureuse et confiante dans son couple à une fille violée. J’AI été
violée. J’ai perdu ma virginité et ce n’était pas mon choix.

Karine a la délicatesse de ne pas me poser de questions, même si elle


doit vouloir en savoir plus sur ce qui s’est passé pour qu’on en arrive là.
Je lui en suis reconnaissante car je ne suis pas prête pour en parler.
Elle s’est juste assise à côté de moi sur le canapé, silencieuse, après
m’avoir préparé un thé. J’observe la tasse dans mes mains, incapable de
boire une gorgée. Je finis par la reposer sur la table et lui dis que je vais
prendre une douche.

Sous la douche, je laisse couler l’eau chaude sur tout mon corps, de la
tête aux pieds. Je veux effacer mes souvenirs mais chaque frottement
que je tente de faire me ramène à un toucher de lui. Je n’en peux plus !
J’ai une énorme boule dans la gorge. Je finis par éclater en sanglots.
Je crie, j’ai envie que cette boule disparaisse. Elle m’étouffe. J’entends
Karine frapper à la porte de la salle de bains, mais ça ne me calme pas.
J’essaie de m’arrêter de pleurer mais j’en suis incapable.
J’ai l’impression d’étouffer. Je me sens faible. Je m’appuie sur le mur et
glisse jusqu’à m’assoir sur le sol. L’eau est trop chaude, j’étouffe ! Je
veux respirer. J’arrête le robinet. Je continue de crier, complètement
assise sur le sol, en m’appuyant de mes mains.

Je crie et pleure jusqu’à ce qu’il ne me reste plus de force.

Kader, mon amour, pourquoi tu m’as fait ça ?

[A demain pour la partie 13.

Faites-moi plaisir aussi si vous avez plaisir à lire. Aimez, partagez et


COMMENTEZ

émoticône heart ♥]

[Prêt(e)s pour la suite? La voici!

Kissou!! ♥]

© Partie 13 : Les regrets

Sous la douche, je laisse couler l’eau chaude sur tout mon corps, de la
tête aux pieds. Je veux effacer mes souvenirs mais chaque frottement
que je tente de faire me ramène à un toucher de lui. Je n’en peux plus !
J’ai une énorme boule dans la gorge. Je finis par éclater en sanglots.
Je crie, j’ai envie que cette boule disparaisse. Elle m’étouffe. J’entends
Karine frapper à la porte de la salle de bains, mais ça ne me calme pas.
J’essaie de m’arrêter de pleurer mais j’en suis incapable.
J’ai l’impression d’étouffer. Je me sens faible. Je m’appuie sur le mur et
glisse jusqu’à m’assoir sur le sol. L’eau est trop chaude, j’étouffe ! Je
veux respirer. J’arrête le robinet. Je continue de crier, complètement
assise sur le sol, en m’appuyant de mes mains.

Je crie et pleure jusqu’à ce qu’il ne me reste plus de force.

Kader, mon amour, pourquoi tu m’as fait ça ?

Je ne sais pas combien de temps je suis restée sur le sol de la salle de


bains. Quand je me lève enfin, je ne pleure plus. Je n’ai plus la force de
pleurer. Je suis lasse. Je tire une serviette et m’essuie. Quand je relève
la tête, je vois mon image dans la glace. Je m’approche pour me
regarder de plus près. Mes yeux sont rouges et tellement gonflés. Mais
surtout, quelque chose a changé, je ne saurais pas dire quoi mais je ne
me vois plus comme avant. Je ne suis plus la même, je ne serai plus
jamais la même. A cette pensée, une larme coule sur mon visage,
brûlante.

Karine est debout à côté de la porte quand je sors de la salle de bains.

Karine : ça va mieux chérie ?

Moi : Oui.

Karine : Je t’ai posé un pyjama sur mon lit. Est-ce que tu as dîné ?

Sa question me rappelle que je n’ai rien mangé depuis le petit-déjeuner,


chez moi. Ça me semble si loin.

Moi : Non. Mais je n’ai pas faim.

Karine : Il faut que tu manges un peu aussi… Je vais te préparer


quelque chose

Je ne réponds pas. Je vais me changer dans la chambre de Karine.

Quelques minutes plus tard, on est assises sur le canapé et j’observe


l’assiette posée devant moi sur la table basse, sans la toucher.

Karine : Mange un peu Ami, ça te fera du bien.

Moi : Merci Karine mais je n’ai vraiment pas faim.

Karine : Tu veux que je te la mette au frigo ? Comme ça si tu as faim


dans la nuit, tu pourras la réchauffer.

Moi : Ok.

Elle semble hésiter un peu, puis me dit : « Ecoute Ami… je pense que tu
n’es pas encore prête à me parler. Ne te presse surtout pas. Tu me
parleras quand tu en auras envie. Mais… j’ai besoin de te poser une
question, c’est important. »

Moi : Ok.

Karine : Est-ce qu’il s’est protégé avant de… tu sais.

Je la regarde sans répondre. Je comprends sa question, mais j’ai du mal


à accepter que c’est à moi, Ami, qu’on la pose. J’ai l’impression de vivre
dans une autre dimension.

Je lui réponds finalement : Je ne sais pas… Je ne crois pas.

Karine : Ok. Demain à la première heure, je vais à une pharmacie de


garde. Il faut que tu prennes une pilule rapidement.

Moi : une pilule… ok... Ecoute, je vais aller me coucher.

Karine : Ok chérie. Va te reposer. Je te rejoindrai plus tard. Et essaie de


dormir, ok ?

Je hoche la tête et me dirige vers la chambre.

***Pendant ce temps, dans la tête de Kader***

J’avais prévu d’aller à l’hôtel. Mais pour le moment, je n’arrive pas à


bouger de là où je suis garé. Après avoir quitté l’appartement, j’ai
déplacé ma voiture un peu plus loin, à un endroit d’où je peux surveiller
discrètement le balcon de ma chambre. Je sais très bien que ça ne sert
à rien, il n’y aucune raison pour que Ami vienne sur le balcon, mais j’ai
envie d’être là, c’est tout.
De toute façon il me sera sans soute impossible de trouver une chambre
d’hôtel de libre à cette période de l’année et surtout à cette heure-ci. Je
pourrais aller dormir chez Karim, mais je ne le veux vraiment pas. Il me
poserait forcément des questions et je ne peux pas lui parler, à lui ni à
qui que ce soit, de ce qui s’est passé. Autant dormir dans ma voiture,
tant qu’à faire.

De toute façon, comment pourrais-je dormir après ce que j’ai fait ? Ami a
raison. Je suis vraiment un salaud.

Je me demande comment on en est arrivé là ? Tout s’est passé si vite !


J’ai beau repenser à tout ce qui s’est déroulé depuis que cet homme est
venu dans mon appartement, je n’arrive à trouver rien de logique qui ait
conduit à tout ceci. Je n’en reviens pas de m’être laissé aveugler à ce
point.

Plein de rage contre moi-même, je donne un coup de poing au volant,


violemment. J’en tire juste une forte douleur au poignet. Ça ne sert à
rien. Ça n’effacera rien de ce que j’ai fait.
Après quelques minutes toujours assis dans ma voiture, je vois deux
personnes sortir de mon immeuble. Ami !
Apparemment elles ont décidé de partir finalement. Je la comprends.
Pourquoi voudrait-elle rester chez moi ? Elle ne veut plus rien avoir à
faire avec moi. Qui peut l’en blâmer ?

Je suis tenté de sortir de la voiture et de la rejoindre. Mon Dieu ! Ami, j’ai


tellement envie de la prendre dans mes bras là, la serrer contre moi,
sentir son corps. J’ai envie de la soulever et de retourner avec elle dans
notre appartement. Je la serrerai contre moi, la caresserai et la
consolerai. Je lui montrerai tellement d’amour qu’elle finira par tout
oublier. Et on reprendra alors notre vie telle qu’elle était, encore mieux
que ce qu’elle était.
Mais ça n’est pas aussi simple, j’en suis conscient. Si je la rejoins là, elle
piquera encore une crise, c’est sûr. Là au moins, elle a l’air de s’être
calmée.

La main encore sur la poignée de la portière, toujours hésitant à


descendre, je les vois monter dans un taxi qui vient de s’arrêter, et partir.
Je suis la voiture du regard jusqu’à ce qu’elle disparaisse.

Quelques minutes plus tard, je sors de la voiture et rejoins mon


appartement. A l’intérieur, rien n’a changé, à part les débris de verre
encore dans le salon. On dirait presque que rien ne s’est passé, que je
vais retrouver Ami, quelque part dans une des pièces...

Mais quand j’entre dans la chambre, c’est une autre histoire. Je me tiens
au seuil et le lit complètement défait, témoin de la bataille qui s’y est
livrée, le peignoir qui traine sur le sol et surtout le drap de l’autre côté du
lit me rappellent la scène d’il y’a quelques heures.

Je suis dépité. Je pense et repense à Ami, mon bébé. A ses cris, ses
pleurs. Elle avait l’air d’avoir tellement mal. Et me dire que c’est moi qui
lui ai causé autant de souffrances m’est insupportable. Comment j’ai pu
la forcer ?! Comment j’ai pu croire qu’elle pouvait faire… ces choses ?
Elle est tellement innocente.

J’entre dans la chambre et vais ramasser le drap avec lequel Ami s’était
couverte. Je le manipule dans mes mains, triste, quand je remarque une
petite tâche sombre sur le tissu assez clair. Je devine tout de suite ce
que c’est.

God ! Je me laisse tomber sur le lit, abattu. Assis à contempler le drap,


je ne peux pas m’empêcher de le ramener à mon visage pour le toucher,
le sentir, l’odeur de Ami. Je sens que des larmes tentent de remonter à
mes yeux. Ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps…
Ami va me manquer horriblement. Je ne me leurre pas. Ce n’est pas
qu’une simple dispute qu’on a eue. Ce que je lui ai pris, je sais à quel
point elle y tenait. Je la lui ai prise de la manière la plus horrible et je ne
pourrai jamais la lui rendre.

Je veux la voir. Je veux voir Ami pour lui dire à quel point je regrette, que
je tiens à elle plus que tout, que je veux qu’elle soit ma femme et la mère
de mes enfants. Je veux lui demander pardon. Mon Dieu ! Et si elle ne
me pardonnait jamais ?

Si seulement je pouvais revenir en arrière, effacer les dernières heures.


Je l’aurais écoutée m’expliquer, j’aurais peut-être compris pourquoi elle
m’a menti sur ses relations. Je ne comprends pas encore ce que j’ai vu
et entendu, mais ce que je lui ai fait est plus grave que tout ce qu’elle a
pu faire. Elle est vierge ! Etait… Je lui ai volé sa première fois en la
brutalisant. Cette première fois pour laquelle je rêvais de l’honorer…
mon bébé.
J’ai tout gâché. Quoiqu’il se passe, ce ne sera plus jamais pareil.

La seule consolation que j’ai est que je me suis retiré d’elle


immédiatement. Elle ne peut pas tomber enceinte. Elle ne s’en remettrait
jamais si notre premier enfant était conçu dans ces conditions.

Parce que oui je compte faire d’elle la mère de mes enfants, ma femme,
quoi qu’il m’en coûte. Je sais que je la rendrai heureuse, avec le temps.
Je refuse de la perdre. J’attendrai le temps qu’il faudra. J’oublierai tout
ce qu’elle a pu faire. Elle est MA femme, et elle le restera.

Seulement, pour le moment, je suis impuissant.

Je récupère mon téléphone et essaie d’appeler Karine, qui ne décroche


pas. A la deuxième tentative, je tombe directement sur son répondeur.
Ok, j’ai compris.
J’ouvre alors le profil de « Sama khol » (mon cœur en wolof) et je
regarde la photo de Ami, que j’avais prise un jour pendant qu’elle
dormait, l’air si innocente. C’est fou à quel point je suis amoureux d’elle.
Le doigt au-dessus de la touche d’appel, j’hésite à appuyer. C’est trop
tôt, je le sais. Mais j’ai besoin de savoir comment elle va. Je l’appelle.
Après deux sonneries, elle décroche mais ne dit rien. Je prends mon
souffle : « Ami ? »
La voix d’un homme me répond, après une hésitation : « Ce n’est pas
Ami, Kader. C’est Badou. Tu n’es pas avec elle ? »

Je raccroche immédiatement. Je me souviens que dans ma rage, je n’ai


même pas laissé Ami prendre ses affaires. Quel idiot je suis. Et là je n’ai
plus aucun moyen de savoir comment elle va.
Quant à ce Badou, je n’ai aucune envie de lui parler, à celui-là. Je ne
sais pas ce qu’il représente exactement pour Ami. Même si elle me
parlait d’elle, pourquoi semblaient-ils si proches ? Beaucoup de points
restent encore flous dans ma tête, mais rien n’est plus important que ma
volonté de me faire pardonner. D’abord ça… Rien que ça s’il le faut. Le
reste n’a plus d’importance.

Impuissant, je laisse tomber le portable et me dirige dans la salle de


bains. Je vais aller me laver et prier ensuite.
Comme ma mère me dit toujours : « Quand tu ne sais plus à qui
t’adresser, retourne-toi vers l’Unique ». C’est ce que je vais faire.
Demander de l’aide à Dieu.

Je vais prier pour Ami et moi.

***Dans la tête de Badou***

Il n’est vraiment pas bien, ce Kader. Il a des manières du siècle passé.


Finalement, je ne suis pas mécontent de ne pas l’avoir connu plus tôt.
Il vient de me raccrocher au nez, sans explications. Qu’est-ce qu’il croit,
que je vais laisser Ami avec lui sans aucune nouvelle d’elle, une brute
comme lui !

Je n’en reviens pas encore de son comportement de tout à l’heure. J’en


reviens encore moins de les avoir laissés partir ensemble. Elle n’était
même pas habillée ! Tout s’est passé tellement vite que je n’ai pas eu le
temps de me remettre les idées en place. C’est seulement quand ils sont
partis que je me suis rendu compte de ma bêtise.

J’ai tenté de joindre Ami ensuite, mais bien sûr, son téléphone était ici
avec tout le reste de ses affaires. Il ne me restait plus qu’à attendre
qu’elle me contacte, en espérant qu’elle puisse le faire.
Depuis lors j’attends, sans cesser de m’inquiéter, tout ça à cause de ce
connard.

Et là, comme si ça ne suffisait pas, j’apprends qu’il n’est même pas avec
elle. Où peut-elle bien se trouver, à cette heure-ci, sans les clés de son
appartement qui doivent forcément être dans son sac aussi ? Je vérifie,
et oui, elles sont bien dedans.
Il ne l’a quand même pas laissée dans la rue ?! Du peu que j’ai vu de lui,
je suis sûr qu’il en est capable.

Bon, j’appelle Karine, on ne sait jamais… Je tombe directement sur son


répondeur.
Il ne me reste plus qu’à rappeler sur le numéro de Kader. Il me faut des
explications. J’appelle, mais ça sonne dans le vide jusqu’à tomber sur la
messagerie. J’attends quelques minutes et retente encore, mais c’est la
même chose.
Après avoir retenté une quatrième fois, ma colère est à son summum. Je
lui envoie un message : « Si dans les dix minutes, tu ne me dis pas où
se trouve Ami, je jure que je débarque chez toi».

Voilà, il a intérêt à me répondre parce que je suis loin de bluffer. Je ne


vais pas me coucher sans avoir vu Ami.

Je patiente encore quelques minutes. Voyant que Kader ne me rappelle


pas, je l’appelle une dernière fois pendant que je saisis déjà ma veste et
mes clés… Ok il ne répond pas.

Sans une seconde de réflexion supplémentaire, je sors de chez moi.

Vivant à Nanterre, je ne mets pas beaucoup de temps pour rejoindre


Chatou, surtout à la vitesse à laquelle je roule. Moins de 15 minutes
après avoir quitté, j’arrive dans la rue où j’étais il y’a encore quelques
heures.
Je me gare, descends et cherche l’entrée correspondant à l’adresse
donnée par Ami plus tôt.
J’espère trouver un moyen d’entrer facilement.

Quand j’arrive devant l’immeuble, les numéros des appartements sont


affichés sur l’interphone, mais pas les noms.
Bon, il est minuit passée, mais je n’ai pas le choix. Je décide de sonner à
tous les numéros jusqu’à tomber sur quelqu’un qui m’ouvre.
Je tente une première fois. Un homme me répond à qui je dis : «
Bonsoir. Excusez-moi de vous déranger. J’ai oublié mes clés et… » Clic.
Bon je retente ma chance : « Bonsoir Madame… Pourriez-vous m’ouvrir
s’il vous plait ? Je suis descendu fumer, et j’ai oublié mes clés à
l’intérieur ».
La chance me sourit cette fois car elle déverrouille la porte, me
permettant d’entrer.
Et on se demande pourquoi j’adore les femmes…

Je me dirige vers les boîtes aux lettres dans le couloir d’entrée et


regarde les noms affichés jusqu’à tomber sur « Hann ». Je note le
numéro de l’appartement dans ma tête et me dirige vers l’ascenseur.
Arrivé au cinquième, je n’ai aucun mal à le trouver. Voilà, j’y suis.

Kader va forcément me voir à travers l’œillet mais qu’importe. C’est


simple, soit il m’ouvre cette porte, soit je vais tambouriner dessus jusqu’à
réveiller tous ses voisins. C’est le dernier de mes soucis.
Je commence quand même par sonner. J’attends quelques secondes.
Je remets à peine le doigt sur la sonnerie que, lentement, la porte
s’ouvre.

Kader se tient au seuil et me regarde avec indifférence, l’air nullement


surpris de me voir.

Bon, à nous deux maintenant.

[Bonne soirée! ça va être très compliqué demain, mais je ferai mon


possible pour poster une suite!

But... no promess émoticône smile ♥]

[La suite de ce soir! Kiss ya émoticône heart ♥]

© Partie 14 : La confrontation

Kader va forcément me voir à travers l’œillet mais qu’importe. C’est


simple, soit il m’ouvre cette porte, soit je vais tambouriner dessus jusqu’à
réveiller tous ses voisins. C’est le dernier de mes soucis.
Je commence quand même par sonner. J’attends quelques secondes.
Je remets à peine le doigt sur la sonnette que, lentement, la porte
s’ouvre.

Kader se tient au seuil et me regarde avec indifférence, l’air nullement


surpris de me voir.

Bon, à nous deux maintenant.

***Dans la tête de Kader***


Je me demande ce que je vais en faire de celui-là. Il a quand même du
courage de se pointer chez moi sans y être invité, de plus en me
menaçant. Je dois au moins lui reconnaître ça.
Ok, j’ai fait la même chose tout à l’heure, mais c’était pour de bonnes
raisons. Ma femme était chez lui…
Mais maintenant ce sont ses raisons à lui que je veux entendre, et elles
ont intérêt à être bonnes…

Je me rapproche de lui et croise mes bras : « Je t’écoute. »

Oui, je le tutoie. Au stade où on est, j’estime qu’il n’y a plus place aux
salamalecs.

Il me répond nerveusement : « Ecoute Kader. Je te connais à peine et je


ne veux pas de problème avec toi. C’est simple, tu me dis où est Ami et
on n’en aura pas. Si tu ne me le dis pas, on aura de très sérieux
problèmes. Je ne plaisante pas. Je sais que c’est impossible que Ami
soit chez elle et je n’ai aucune nouvelle. Tu n’as pas voulu m’en donner
au téléphone, alors je viens chez toi. J’ai besoin de savoir ce qui s’est
passé quand tu l’as prise de chez moi. Et pourquoi elle n’est plus avec
toi.»

Ses menaces puériles m’énervent au plus haut point. Mais ses questions
me ramènent d’un coup à un sentiment de culpabilité, encore plus fort
que ma colère. Pendant un bref instant, j’avais oublié le plus important.
La vérité est simple, si je ne suis pas avec Ami en ce moment, c’est
parce que je l’ai violée puis dénigrée et elle est partie. Je me sens à
nouveau abattu.

N’empêche je ne connais pas les raisons exactes de la présence de ce


Badou. Je vois encore l’image de Ami dans ses bras et ça, ça ne passe
pas.
J’ai bien vu ses appels manqués tout à l’heure quand j’ai fini ma douche.
Je n’avais juste aucune envie de le rappeler, encore moins répondre à
son message menaçant. Il n’avait qu’à venir, qu’on parle d’homme à
homme.

Moi : Pourquoi tu veux le savoir ?

Badou : Pourquoi je veux le savoir…?! Mais parce que c’est mon amie
Kader, tu le sais déjà. C’est ma sœur ! Je me sens responsable d’elle, tu
comprends ça ? Ce que tu lui as fait ce soir, c’est aussi ma faute, mer** !
Moi : Ta faute ?

Badou : Bon, Kader, tu me fais perdre mon temps. Je n’ai pas


d’explication à te donner.

Moi : Il va bien falloir si tu veux en avoir de moi.

On se regarde quelques secondes, face à face.


Je ne le montre pas mais j’ai presque décidé de lui dire où se trouve Ami
car il a l’air sincère dans ce qu’il dit. Ça peut être dans mon intérêt aussi
s’il a plus de chance avec Karine que moi.
Mais avant, il faut que j’en sache plus sur cette histoire. Pourquoi ce
serait « sa faute » ? Aurait-il profité de la situation de faiblesse de Ami
quand il est venu la prendre tout à l’heure ?

Il finit par secouer la tête et me répondre : « C’est de ma faute si Gabriel


est venu chez Ami puis chez toi. Je lui ai donné des informations que je
n’aurais pas dû lui donner. Mais je ne connaissais pas ses intentions. Je
le prenais pour un ami. Voilà, tu es content ? »

Gabriel ? … C’est forcément l’ex de Ami… Wow. Si je m’attendais à ça !


Si c’est de ça que Badou se sent coupable, c’est qu’il n’y a rien entre lui
et Ami. Du moins pas encore…

J’ouvre plus grand la porte et lui dis : « Entre »

Badou : Je ne veux pas entrer. Juste savoir où est Ami.

Moi : Elle est entre de bonnes mains, ne t’inquiète pas. Entre, je vais
t’expliquer.

Il hésite un peu puis finit par entrer. Je lui indique le salon et l’invite à
s’assoir. Il n’en a visiblement pas l’intention. Bon.

Moi : As-tu essayé d’appeler Karine ?

Badou : Oui, mais je tombe sur son répondeur.

Moi : … Je sais. Elle a coupé son téléphone, je pense.

Badou : Pourquoi ?

Moi : Ecoute, Ami est avec elle…


Badou, l’air soulagé : Ok c’est déjà ça… Et elle va bien, au moins ?

Moi, honteux : Elle n’est pas… blessée, si c’est à ça que tu penses. Elle
n’est juste pas bien. Moi aussi, j’essaie d’avoir de ses nouvelles.

Je crois que j’ai répondu trop vite, là. La question de Badou n’est pas
dans ce sens, mais je suis obsédé par ce que j’ai fait. Lui n’a aucun
moyen de savoir ce qui s’est passé déjà.

Badou me regarde, méfiant : « Blessée ? Mais pourquoi serait-elle


blessée ? Tu n’as pas levé la main sur elle quand même ! »

Moi : Non ce n’est pas ça. Ecoute, je ne peux pas te dire ce qui s’est
passé entre nous. C’est privé.

Même si j’ai honte de ce que j’ai fait, ce n’est pas pour ça que je ne veux
rien lui dire, non. Je pense juste que c’est à Ami d’en décider elle-même.
C’est quand même du domaine de l’intime. Et franchement, moi-même je
ne souhaite pas que ce soit rendu public. Il s’agit quand même de la
mère de mes futurs enfants…

Badou : Et c’est ça tes explications ?! C’est pour ça que tu m’as invité à


entrer ! Ecoute, peux-tu m’assurer qu’elle va bien ?

Moi : Elle est entre de bonnes mains… Mais elle ne veut pas me parler.
Peut-être que tu pourrais essayer de rappeler Karine ?

Badou : Oui je réessaierai. Bon, je vais y aller.

Moi : Attends mec…Tu peux la rappeler devant moi ?

Badou : Comment ça ?

Moi : Karine ne va pas répondre à mes appels. Et…je veux juste avoir
des nouvelles de Ami. C’est important pour moi.

Badou : Kader, est-ce qu’il y a une chose que tu ne me dis pas ?


Pourquoi Karine ne veut pas te parler ?

Moi : Je n’ai pas à tout te dire Badou. Mais là je te demande juste de me


rendre ce service, ok. Quoiqu’il se soit passé entre Ami et moi, je le
regrette. Je l’aime cette fille.
Après un moment d’hésitation, il sort son portable et compose le numéro
de Karine.
Visiblement, il est tombé sur son répondeur car il lui laisse un message :
« Bonsoir Karine. C’est Badou. J’ai appris que Ami est avec toi. Je sais
ce qui s’est passé avec son copain aujourd’hui et je veux savoir
comment elle va. Son téléphone est avec moi, alors… Bref, rappelle-moi
stp quand tu as mon message. »

Il se tourne vers moi : « Voilà. Elle va sûrement me rappeler si elle


rallume son portable ce soir. »

Moi : Ok, je peux te proposer un café en attendant.

Il me regarde, l’air exaspéré : « Je ne compte pas veiller chez toi Kader.


Tu n’avais qu’à être correct avec Ami pour ne pas en arriver là. Merci
pour le café mais je m’en vais ».

Il a de la chance d’être l’ami de Ami lui parce qu’il m’énerve


sérieusement. Je vais quand même me calmer, j’ai besoin de son aide.

Je lui réponds, en essayant de cacher mon énervement : « Pas de


problème. Mais peut-être que tu peux m’appeler après l’avoir eue ? Ou
un texto, ça fera l’affaire ».

Badou : Bon ok. J’y vais maintenant.

Avant qu’il sorte, je l’interpelle une dernière fois : « Eh Badou »

Il se retourne.

Moi : Ne t’avise plus jamais de me menacer à l’avenir.

Il se retourne et me regarde fixement : « Tant que tu seras correct avec


ma sœur… »

Puis il s’en va.

***Dans la tête de Karine***

Ce Kader là qui a essayé de m’appeler, il a cru que j’allais lui répondre,


moi Karine Gouba ! Il peut rêver. Il n’a qu’à crever avec son inquiétude à
deux balles. Le jour où je le croise lui, il va voir de quel bois je me
chauffe.
Tchuuip ! L’air de rien, qui vient me prendre chez moi tranquillement,
comme s’il ne venait pas juste de violer ma copine ! Ah, non, j’ai la rage
quoi.

Comment il a pu même oser la toucher, seulement y penser même. S’il


avait un problème de libido, pourquoi rester avec Ami ? Je suis sûre
qu’elle a été claire à ce propos depuis le début. Je la connais bien. En
plus ils allaient se marier dans quelques mois à peine. A quoi ça sert de
se précipiter ? Au point de la violer ! Vraiment, je ne comprends pas les
hommes.

Une fille sensible comme Ami, en plus. Il doit la connaître quand même,
depuis des mois qu’ils sortent ensemble. Et il lui fait ça !
Je ne me demande même pas ce qui a pu se passer pour qu’ils en
arrivent là. Absolument rien ne justifie cet acte. Si c’était moi seulement,
il serait déjà arrêté et menotté à l’heure actuelle.

Ma pauvre Ami, j’espère qu’elle a réussi à dormir. Ça lui fera du bien


d’oublier un peu tout ça. Je me dirige vers ma chambre et ouvre
doucement la porte. Ami est couchée sur mon lit, la tête tournée de
l’autre côté. Je marche sur la pointe des pieds et contourne le lit. Je la
vois les genoux ramenés sur sa poitrine et la tête reposant sur sa main.
Elle ne dort pas, elle fixe la fenêtre en face d’elle, le regard vide. Ma
pauvre chérie.

Je m’approche et m’assois sur le lit, à côté d’elle. Je lui essuie


doucement une larme qui coule et lui dis : « ça va ma chérie ? ».

Ami, d’une voix qu’on entend à peine : Oui

Moi : C’est une question stupide. Bien sûr que ça ne va pas. Chérie… je
sais que ça ne va pas te consoler, mais dis-toi qu’au moins tu as
découvert son vrai visage avant de l’épouser. Cet homme ne te mérite
pas.

Ami : Il m’a tellement déçue, Karine…sniff

Moi : Je sais ma chérie. Mais tu vas l’oublier, j’en suis sûre. Tôt ou tard.

Elle me regarde quelques secondes quand je dis ça. Elle ne dit rien,
mais son regard en dit assez. Non, elle ne va pas l’oublier. Pas
facilement, en tout cas. C’est le seul qu’elle ait aimé.
Je me lève pour aller me préparer, quand elle m’arrête : « Karine, tu
peux appeler Badou stp. Je lui avais promis de l’appeler. Dis-lui juste
que je suis chez toi, et que je dors. Que je suis fatiguée. Je ne veux pas
lui parler pour le moment ».

Karine : Je vais l’appeler demain, ok ? J’ai peur qu’il soit déjà couché.

Ami : Non, tu ne comprends pas. J’étais chez lui avant de… Tout à
l’heure. Il doit s’inquiéter. Je suis sûre qu’il ne dort pas.

Karine : Ok. Je l’appelle tout de suite.

Ami : Ne lui dis rien de plus, d’accord ?

Karine : D’accord.

Je sors de la chambre et vais récupérer mon portable dans la cuisine où


je l’avais laissé quand Kader a essayé de m’appeler. Je le mets en
marche et avant même que je puisse appeler, je vois des appels
manqués de Badou, en plus de ceux de l’autre là. Je le rappelle de suite.

Badou : Allô

Moi : Bonsoir Badou. Je ne te dérange pas ?

Badou : Ah non. Pas du tout. Au contraire, j’attendais ton appel. Merci de


me rappeler. Ami est bien avec toi ?

Moi : Oui, oui. C’est justement ce que je voulais te dire.

Badou : Ok. Et comment elle va ? Kader m’a dit qu’ils se sont disputés.

Ils se sont « disputés », hein ? Le sal****

Moi : Euh oui, ça l’a un peu chamboulée... Mais ça va mieux là. Elle dort
mais elle m’a demandé de t’appeler avant. Elle était trop fatiguée pour le
faire.

Badou : Ah bon ?... Bon écoute, l’essentiel est qu’elle aille bien. J’ai ses
clés et son sac. Je passerai demain les déposer pour qu’elle puisse
rentrer chez elle.
Ses clés ? Mais pourquoi Badou a les clés de Ami ? C’est donc là qu’elle
a toutes ses affaires… Décidément, il y’a beaucoup de choses qui
m’échappent dans cette soirée.

Moi : Ok. On t’attendra Badou. Bonne nuit.

Je m’apprête à raccrocher quand il m’arrête : « Attends… Tu vas bien toi


Moi, surprise par l’attention : Oui je vais très bien… Merci.

Badou : Tant mieux. On se voit demain alors. Je t’embrasse.

Il raccroche.

Je me dirige vers la salle de bains pour me préparer. Quand je me


regarde dans la glace quelques secondes plus tard, malgré tout ce qui
s’est passé, je contemple un visage illuminé d’un large sourire.

Badou !

[Aimez et commentez pleaaaaaase!! lol! A demain pour la


suite émoticône wink ]

[La dose de ce soir est là!!! Très longue n'est-ce pas?

Kissou émoticône heart émoticône heart ]

© Partie 15 : La culpabilité

Je m’apprête à raccrocher quand il m’arrête : « Attends… Tu vas bien toi


Moi, surprise par l’attention : Oui je vais très bien… Merci.

Badou : Tant mieux. On se voit demain alors. Je t’embrasse.

Il raccroche.

Je me dirige vers la salle de bains pour me préparer. Quand je me


regarde dans la glace quelques secondes plus tard, malgré tout ce qui
s’est passé, je contemple un visage illuminé d’un large sourire.
Badou !

***Dans la tête de Kader***

Je me sens désœuvré. Après le départ de Badou, je suis resté à la


même place sans bouger, adossé à ce canapé pendant je ne sais
combien de temps. Je ne sais juste pas quoi faire. Je n’arrive à penser à
rien d’autre, qu’à voir Ami. Je n’arrive pas à accepter l’idée que je puisse
la perdre. Je ferme les yeux. J’ai l’impression de vivre un cauchemar
depuis tout à l’heure.

Seulement là, je veux me réveiller. Je veux ouvrir les yeux et regarder


Ami venir m’enlacer, le sourire aux lèvres. Ami, la femme de ma vie !
Avec le recul, je me rends compte que je l’ai considérée comme telle
depuis le premier soir que je l’ai vue. Je me souviens exactement de ce
qu’elle portait au moindre détail. Dans sa jupe en jean qui faisait sortir
ses minces jambes, on aurait dit une adolescente se prenant pour une
vraie femme. La couleur de sa peau, sa fraicheur, sa démarche lente,
son air sûre d’elle… Je l’ai trouvée tellement belle.
Ce soir-là, elle m’a regardé et, malgré son visible intérêt pour moi, elle a
préféré détourner les yeux jouant l’indifférente. Quand elle a enfin
compris qui j’étais, elle n’a paru étonnée qu’une seconde. Elle s’est très
vite reprise, dressant la tête fièrement. Ça m’a amusé. A cet instant
même, je suis tombé amoureux d’elle.

Je l’aime ! Il n’y a rien de plus vrai pour moi que ce fait. J’aime Ami.

Quand je sors enfin de mes pensées, je consulte ma montre et il est


presque 2h du matin. Badou ne m’a fait aucun signe. Ce qui ne m’étonne
pas en fin de compte. J’ai encore une fois laissé ma colère me dominer
et il a dû s’en apercevoir, surtout avec mes derniers mots. Pour quelle
raison voudrait-il m’aider ?

Je décide de l’appeler malgré l’heure, je ne peux pas rester une minute


de plus sans avoir des nouvelles de Ami. J’appelle sur le numéro de
cette dernière, je ne connais pas celui de Badou. Le téléphone sonne
dans le vide jusqu’à ce que je tombe sur le répondeur. J’essaie encore
une deuxième et une troisième fois et c’est la même chose. Avant la
quatrième tentative, je reçois un message de Badou : « J’ai eu Karine.
Ami va bien ».

Bon. C’est tout ce que j’ai. J’ai fait le con avec la femme que j’aime et
maintenant c’est tout ce que j’obtiens. Un message de son ami pour me
dire qu’elle va bien. Je suis tentée d’aller chez Karine, mais je vais faire
plus peur à Ami qu’autre chose. Surtout qu’à cette heure-ci, il vaut mieux
que je la laisse se reposer. Mais je voudrais au moins l’entendre !

Je n’en peux plus. J’ai besoin de parler à quelqu’un, là. Sinon je vais
devenir fou ce soir.
J’envoie un message à Soukeyna, ma sœur : « Tu dors ? »

J’attends sa réponse. Il est 1h du matin à Dakar mais je sais que si elle


voit mon message elle va me rappeler. C’est comme ça qu’on est, elle et
moi, toujours là l’un pour l’autre.
Je ne me suis pas trompé car 2 minutes plus tard, mon téléphone sonne
et c’est elle.

Je décroche : « Salut petite maman ».

Elle rit, la voix ensommeillée : Bonsoir mon poussin.

Moi : Désolé de te réveiller J’avais besoin d’entendre ta voix.

Soukeyna : Oh, arrête de dire des bêtises. Tu sais très bien que je
préfère te parler que dormir. Puis je venais à peine de fermer les yeux.

Moi : Tu es seule ?

S : Oui je suis seule. Ce qui me sert de mari dort chez sa femme ce soir.

Soukeyna vit dans un mariage polygame depuis quelques mois. Malgré


qu’elle parle souvent de divorce, elle ne s’est jamais décidée à le
demander à son mari. Je sais pourtant qu’elle vit très mal cette situation.

Moi : Je suis désolé sister.

S: Ah ! Oublions ça. Dis-moi plutôt pourquoi tu m’as envoyé un message


si tard. Qu’est-ce qui embête mon aîné ?

Je soupire. S’il y’a une seule personne à qui je peux parler ouvertement,
c’est bien Soukey. Elle sait tout de moi. Elle me connait sous tous les
plans. Même si j’essayais de lui mentir, ce serait en vain. Elle saurait tout
de suite que je ne dis pas la vérité. De plus j’ai vraiment besoin de me
confier à elle.

Je lui réponds : « J’ai fait une grosse bêtise, Soukey. La pire de ma vie
».

Soukey : Ok là, tu me fais peur Kader. Qu’est-ce que tu as fait ?

Moi : J’ai fait du mal à Ami. Beaucoup de mal.

Soukeyna connait bien Ami, car je la lui passe souvent au téléphone.


Elle sait aussi à quel point je suis amoureux d’elle. Je pense qu’elle le
sait même plus que la concernée.

S : Ami ? Mais pourquoi tu lui ferais du mal ? Tu es fou de cette fille. Ay


Kader, tu l’as trompée ? Mais c’est quoi votre problème à vous, les
hommes ?

Moi : Je ne l’ai pas trompée Soukey. Je ne l’ai jamais trompée… Mais je


crois que j’ai fait pire.

S : Pire !

Moi : Oui…

Je décide de me lancer et raconte à Soukey tout ce qui s’est passé


depuis le début de ce samedi avec l’arrivée de l’ex de Ami chez moi
jusqu’au moment où on a quitté l’appartement de Badou.

Moi : J’étais comme fou Soukey. J’avais la rage ! Je ne savais même


plus ce que je faisais... Je l’ai ramenée chez moi et…

Je m’arrête. Ce n’est pas la partie la plus facile à raconter.

Soukey : Et quoi ? Tu as fait quoi ?

Moi : Je l’ai…forcée.

S : Comment ça forcée ? Forcée à quoi ? Attends, tu n’es pas fou


Kader.

Moi : Je l’ai forcée à… être avec moi.

S : Etre avec toi ?? Mais dis les choses clairement Kader. Tchuiip !
Kader, dis-moi que ce n’est pas ce à quoi je pense, stp.

Cette fois, je ne peux plus empêcher mes larmes de couler.


Moi : Si… C’est ça... Et elle était vierge.

S : Soubhanallah !! Kader, non. Je refuse de croire ça. Toi Kader, violer


une fille !

Moi : Je ne voulais pas Soukey. Je ne sais toujours pas comment j’ai pu


faire ça. Je ne réalise pas encore vraiment.

S : Ah Kader, ce que tu as fait est énorme. C’est impardonnable.


Comment tu as pu violer la femme que tu aimes en plus? Tout ça par
jalousie ? Et la pauvre fille, tu imagines comment elle doit se sentir ? Ce
n’est pas à toi de pleurer Kader, je suis désolée. Tu mérites toute la
peine que tu ressens.

Moi : Je regrette. Je regrette vraiment.

S : C’est trop tard pour les regrets. Franchement tu me fais honte.

Moi : …

S : Je n’arrive pas à y croire. Mon petit-frère ! Et tu vas faire quoi


maintenant ?

Moi : Je ne sais…

Je suis coupé par le bip du téléphone. Le crédit de Soukeyna doit être


épuisé. Je me presse de la rappeler et elle décroche à la première
sonnerie d’un allô sec.

Moi : Ecoute Soukey, je ne sais vraiment pas quoi faire. Je me sens


perdu ! Je l’aime toujours. Je ne sais pas comment réparer mon erreur.
Et je ne sais pas comment vivre sans elle. Je ne sais rien, Soukeyna.
Tout ce que je veux c’est qu’elle me pardonne. Je veux qu’elle soit ma
femme, tu comprends ?

S : Bon, écoute-moi bien maintenant, petit con. Je pense que tu ne


réalises pas la gravité de la situation. Déjà tu as violé une fille. Ça ne
t’inquiète pas un peu de te retrouver en prison ?

Moi : En prison ? Ami ne porterait jamais plainte contre moi. Mais si


grâce à ça, elle considère que j’ai réparé mon erreur, j’irais volontiers.
S : Toi, tu as perdu la tête en fait. Mon frère est devenu fou, voilà. Je ne
vois pas d’autre explication.

Moi : Je ne pourrai pas vivre sans elle. Si je suis devenu fou au point de
faire ces choses, c’est surtout parce qu’au fond de moi, je pensais l’avoir
perdue pour d’autres… Et là je risque de la perdre pour de vrai, par ma
propre faute. Et ça je ne peux pas l’accepter. Vivre sans elle, c’est pire
que de me retrouver en prison.

S : Ah bon ! Parce que tu sais déjà ce que c’est que d’être en prison ?

Moi : …Aide-moi à faire ce qu’il faut Soukey.

S: Mais tu veux faire quoi… (elle soupire) Bon. Tu as prié ?

Moi : Oui.

F : C’est bien. C’était la première chose à faire. Prier et demander


pardon pour le mal que tu as fait à cette pauvre fille. Maintenant, va te
coucher. On reparlera de tout ça demain, à tête reposée.

Moi : Je ne peux pas dormir.

Elle hésite quelques instants, puis me dit d’une voix plus douce : «
Ecoute chéri. Je t’en veux énormément pour ce que tu as fait. J’avoue
que je ne te reconnais pas. Je te savais colérique. Mais aussi jaloux et
possessif, au point de devenir violent, ça je n’en reviens pas. Je ne t’ai
jamais vu te comporter comme ça avec une fille.
Et puis tu as 28 ans Kader, comment tu peux croire à tout ce qu’on te
raconte sans réfléchir ? Si cet ex avait ce qu’il voulait avec Ami, tu crois
vraiment qu’il aurait eu besoin de venir t’en parler? Tu t’es vraiment
conduit de façon stupide. Et tu en tires les conséquences, maintenant.
On ne fait pas de mal à une femme Kader, encore moins celle qu’on
aime. Et tu vas t’en mordre les doigts, ça j’en suis certaine… »

Elle s’arrête quelques instants pendant que je digère ses mots, honteux.

Elle reprend : « Mais tu es mon frère et je t’aime. Bien sûr que je vais
t’aider. Je sais à quel point tu souffres actuellement, même si je suis
sûre que tu vas faire ton fier devant les autres. Seulement là, je ne sais
pas quoi te dire. Je suis dépassée par les événements.
Donc va te coucher et essaie de te reposer, même si tu ne dors pas.
Tout ça est encore très récent, et demain est un autre jour. Tu
m’appelleras l’après-midi d’accord ? »

Moi : Ok. A demain.

S : Mon pauvre bébé. J’ai l’impression que tu as à nouveau 5 ans… Ça


ira in sha Allah. Bonne nuit chéri.

***Dans la tête de Ami***

Les dix heures sont passées ce dimanche matin quand je sens Karine
commencer à se réveiller. Pour ma part je suis réveillée il y’a plusieurs
heures mais je n’ai pas quitté le lit ni même changé de position depuis
lors. Je n’ai envie de rien. Je suis juste couchée là, les yeux ouverts et
sans arrêt en train de penser. Je voudrais pouvoir reposer mon esprit
mais je n’y arrive pas.
Cette nuit, la fatigue aidant, j’ai réussi à dormir finalement, bien que très
tard. Malheureusement ça n’a pas duré. Je me suis très vite réveillée et
depuis je cherche le sommeil en vain.

Mes pensées tournent presque entièrement autour du même sujet, ce


qui m’est arrivé hier. Je ne cesse de me repasser le film de ma relation
avec Kader, me posant essentiellement une question : qu’est-ce que j’ai
pu faire et à quel moment pour qu’il ait cru ce qu’il a cru ? Je ne peux
pas m’empêcher de me demander si ce qui est arrivé est de ma faute.
J’ai forcément ma part de responsabilité. Je ne peux pas tout reprocher
à Kader. Mais ça n’excuse pas ce qu’il m’a fait. J’ai le sentiment que je
ne pourrai jamais lui pardonner même dans des années.

Je n’aurais jamais cru que la douleur la plus vive que je puisse ressentir
me serait infligée par l’homme que j’aime et qui prétendait m’aimer.
Même Gabriel avec ses mensonges ne m’a pas fait autant de mal que
Kader.
Il m’a pris deux choses qui me tenaient à cœur : ma virginité et ma
dignité. Pour la première, je n’aurais jamais voulu l’offrir à quelqu’un
d’autre qu’à lui, mais il l’a prise de la pire des manières… Pour la
seconde, je ne pensais pas que ce serait lui, parmi tous les autres, qui
me le prendrait. Et il l’a fait. Il m’a traitée comme un torchon sale qu’on
utilise pour s’essuyer les mains et qu’on jette quand on a fini. Si je
n’avais pas été vierge, c’est ça qu’il aurait fait. Me violer et me jeter
ensuite de chez lui. Comment on peut prétendre aimer quelqu’un et lui
faire ça ? Je ne le lui pardonnerai jamais.

Et je pense à ma mère et à tous ses espoirs pour moi qu’elle ne réalisera


jamais. Elle n’aura jamais le bonheur d’être fière de sa fille. Je la lui ai
prise. Kader la lui a prise.
De toute façon, à quoi bon penser au mariage ? Comment pourrais-je
jamais faire confiance à un homme au point de le laisser…me toucher ?
Rien qu’à l’idée, je frissonne d’effroi.
Kader prétendait m’aimer et il m’a fait quand même souffrir. Qu’est-ce
qui empêcherait un autre homme de faire pareil ? Je ne veux plus jamais
ça. Je ne vais plus jamais laisser qui que ce soit abuser de moi.

Karine est toujours couchée derrière moi, même si je sais qu’elle est
réveillée. Je sens qu’elle me regarde. Je me redresse pour m’assoir et
lui souris. Je lui suis tellement reconnaissante de me soutenir. Ça se voit
qu’elle a de la peine pour moi. Elle est la meilleure amie dont je pouvais
rêver.

Elle me sourit à son tour avant de me demander : « Tu as pu dormir un


peu ? »

J’essaie de rendre ma voix plus soutenue pour la rassurer : « Oui j’ai


dormi… ça va, je me sens reposée ».

Karine : Hum ! Pas à voir ta tête en tout cas.

Moi : C’est parce que je n’ai pas encore pris ma douche. Ne t’inquiète
pas, je vais beaucoup mieux.

K : Ok, si tu le dis. J’envoie un message à Badou pour lui dire qu’il peut
passer dès qu’il est réveillé.

Une heure plus tard, nous sommes attablées Karine et moi dans la
cuisine. Elle a tenu à tout me préparer, du chocolat chaud à la tartine.
J’avais juste à rester assise et dire ce que je voulais. Je n’ai pas pu
m’empêcher de sourire, amusée, en la voyant s’occuper de moi comme
de sa petite fille.

Je prends une bouchée de ma tartine mais n’arrive pas à en faire plus.


Je veux bien reprendre du poil de la bête mais là vraiment, la nourriture
c’est impossible.
Karine me regarde, dépitée : « Donc tu jures que tu ne vas rien manger.
Tu veux mourir de faim en fait ».

Moi : Je n’ai juste pas faim. Si je mange encore, j’ai peur de vomir.
K : Ok, je n’insiste pas. Mais avant de mourir, pense à faire un testament
et me léguer tes chaussures.

Moi : Tu es folle.

Elle a réussi à me faire rire.


Visiblement contente d’elle-même, elle enchaine : « Badou va ramener
tout à l’heure tes clés. Ça te dirait qu’on aille ensemble chez toi
récupérer quelques affaires ? Ensuite on revient ici et tu restes avec moi
quelques jours ».

Moi : Pour que tu me harcèles jour et nuit avec une assiette et une
cuillère sous le nez? Non merci.

Elle sourit : « Je suis sérieuse »

Moi : Je sais… Ne le prends pas mal, mais j’ai besoin de rester seule
pour le moment.

K : Ne t’inquiète pas, je comprends. Je voulais juste être là au cas où tu


aurais besoin de quelqu’un. Mais tu sais que tu peux m’appeler quand tu
veux. Je serai là.

Moi : Je le sais Karine. Tu es adorable. Merci.

Je me lève de ma chaise pour lui faire un câlin.

***Dans la tête de Badou***

Il est 11h et je suis presque arrivé chez Karine. J’ai fait fort quand même
ce matin pour être capable de me réveiller à 9h, surtout un dimanche.
J’ai activé hier soir deux réveils pour être sûr de me lever. Je ne voulais
pas que Ami se retrouve bloquée chez Karine à cause de moi, parce que
j’ai ses clés. Demai, c’est lundi, jour de travail, et elle doit sûrement
vouloir rentrer chez elle pas trop tard.
Sans compter le fait que j’ai envie de les voir, mes petites femmes.

Quelques minutes plus tard, je suis devant l’appartement de Karine.


C’est elle qui vient m’ouvrir. Quand je la vois, je ne peux pas
m’empêcher d’apprécier sa beauté. Sans maquillage, je la trouve encore
plus charmante, surtout avec ses longs cheveux qu’elle a laissés libres.
Je n’ai pas l’habitude de la voir comme ça.
Je lui fais la bise : « ça va toi ? »

Karine : Très bien. Et toi ? Je ne pensais pas que tu serais déjà réveillé.

Moi : Oh, j’étais levé depuis bien longtemps quand j’ai reçu ton message.

K : Tant mieux. Je ne voulais pas te réveiller. Entre.

Moi, en entrant : C’est comme ça que tu es belle le matin, toi ?

K, le sourire aux lèvres : Arrête de te moquer Badou… Vas-y, installe-toi.


Ami est en train de s’habiller. Tu veux un café ?

Moi : C’est pas de refus. Merci.

Je m’assois et saisis la télécommande pour zapper sur une émission de


sport pendant que Karine se dirige vers la cuisine.

Quelques instants plus tard, j’entends la voix de Ami : « Salut Badou ».

Je me retourne et la vois debout devant la chambre de Karine, qui ouvre


sur le salon.

Je me dirige vers elle : « Eh ma choubi ! ça va ? »

Elle me fait un sourire triste en me répondant : « Oui ça va. »

Moi : Wow. C’est quoi cette tête-là ?

J’essaie de la prendre dans mes bras pour l’embrasser mais elle recule
vivement.

J’arrête mon geste et lui demande, surpris : Tu es sûre que ça va ?

Elle sourit et s’approche doucement de moi pour me faire la bise,


presque sans me toucher : « ça va très bien. Je suis juste un peu
fatiguée ».

Je n’avale pas l’excuse. Je pense qu’elle est beaucoup plus touchée par
sa dispute avec Kader, qu’elle ne veut le laisser paraître. Son sourire-là
ne convaincs personne. Elle doit m’en vouloir encore un peu, vue sa
réaction…
En tout cas, je n’aime pas du tout la voir comme ça. J’espère qu’ils se
réconcilieront très vite.

Moi : Tu devrais faire une sieste tout à l’heure… Alors tu es prête ? J’ai
laissé tes affaires dans la voiture. Je te dépose chez toi.

Ami : Tu n’as pas besoin Badou. Je peux prendre les transports.

Moi : Pas question. Je suis là et c’est moi qui t’emmène. Fin de la


discussion.

Elle sourit.

Après avoir bu mon café, nous disons au-revoir à Karine et partons. Sur
la route vers chez Ami, j’essaie de faire la conversation mais elle me
répond à peine. A court de sujets, je finis par renoncer. Je ne veux
surtout pas lui poser des questions sur sa dispute avec Kader. Je ne
veux pas la rendre plus triste qu’elle ne l’ait déjà.

Quand on arrive, je m’apprête à entrer avec elle dans l’immeuble, quand


elle me dit : « On se voit bientôt ? »

Moi, surpris : Euh… Ok comme tu veux… Tiens, voilà tes affaires.

Ami : Merci.

Je n’ai vraiment pas envie de la laisser seule.


Je lui dis : « Tu es sûre que ça ira ? »

Ami : Tout va bien. Ne t’inquiète pas.

Facile à dire. Je lui fais la bise et me tourne pour partir.

En direction de ma voiture, je sors mon portable pour appeler Karine.

Il faut absolument que j’obtienne le numéro de Kader que je n’ai pas


pensé à noter du portable de Ami.

C’est à cause de moi que tout ça a commencé, c’est donc à moi de le


réparer.

[Vous avez aimé? Alors dites le pas un j'aime ou un commentaire.


Excellente soirée!! ♥]

[Bonsoir à tou(te)s !
Vous l'attendiez? La voici. Hope you enjoy émoticône heart ]

© Partie 16 : Les conspirations

Quand on arrive, je m’apprête à entrer avec elle dans l’immeuble, quand


elle me dit : « On se voit bientôt ? »

Moi, surpris : Euh… Ok comme tu veux… Tiens, voilà tes affaires.

Ami : Merci.

Je n’ai vraiment pas envie de la laisser seule.


Je lui dis : « Tu es sûre que ça ira ? »

Ami : Tout va bien. Ne t’inquiète pas.

Facile à dire. Je lui fais la bise et me tourne pour partir.

En direction de ma voiture, je sors mon portable pour appeler Karine.

Il faut absolument que j’obtienne le numéro de Kader que je n’ai pas


pensé à noter du portable de Ami.

C’est à cause de moi que tout ça a commencé, c’est donc à moi de le


réparer.

J’appelle donc Karine, qui décroche : « Allô Badou ? »

Moi : Oui Karine. Dis, tu peux me filer le numéro de Kader stp.

Karine, l’air étonnée : Pourquoi tu veux le numéro de Kader ?

Je lui dis en riant : « Je dois t’expliquer pourquoi j’ai besoin du numéro


de Kader ? C’est le fiancé de Ami je te rappelle. »

K : C’était…

Moi : Oh tu ne crois pas sérieusement que c’est fini entre eux. Ils ont
décidé de se marier quand même. On ne se fiance pas pour rompre
ensuite du jour ou lendemain !

K : Badou tu ne sais pas ce qui s’est passé entre eux. Tu ne devrais pas
t’en mêler.

Moi : Tu le sais toi ?

K, qui hésite avant de répondre : Non je ne le sais pas.

Moi : Eh bien moi si. Je sais exactement ce qui a causé leur dispute.
C’est pour ça que je veux parler à Kader.

Elle soupire, puis me répond : « Bon, je t’envoie ça par texto. Mais


franchement je serais toi, je laisserais tomber. »

Moi : Ok, ok. Sois mignonne, envoie-moi ça stp.

Les filles et leur solidarité…

Je démarre ma voiture. Le temps d’arriver chez moi, Karine m’a envoyé


le message avec le numéro demandé.
Je rentre chez moi et m’installe avant d’appeler Kader. Ça sonne
plusieurs fois avant de tomber sur son répondeur. Il ne doit pas vouloir
répondre aux numéros inconnus. Je lui laisse un message : « Bonjour
Kader. C’est Badou. Je t’appelais à propos de Ami. Tu peux me rappeler
stp ? Merci.»

Moins d’une minute plus tard, il me rappelle. Je décroche : « Allô ? »

Kader : Salut Badou. Ami va bien ?

Encore heureux qu’il me salue. Si lui n’est pas amoureux, je n’y connais
rien à l’amour. Bon, de toute façon, je n’y connais rien quand même…

Je lui réponds en essayant d’être rassurant : « Oui Kader. Elle va bien.


Ne t’inquiète pas. »

Il parait soulagé : « Ok »

Moi : Je l’ai vue ce matin. Je l’ai ramenée chez elle.

Kader : Elle a son téléphone ?


Moi : Oui, mais ce n’est pas pour ça que je t’appelle. Par contre, je
voudrais qu’on parle d’elle. En réalité elle ne va pas si bien que ça. Je ne
sais pas ce qui s’est passé exactement quand vous avez quitté hier,
mais rien ne serait arrivé si au départ j’avais été plus discret. Je m’en
veux beaucoup et je souhaite réparer mes torts. Mais avant, j’ai besoin
d’en savoir plus sur cette histoire. Après tout, je ne sais de toi que ce
que Ami m’en a dit. Et franchement, je trouve que tu as exagéré dans ta
réaction... Ça te dit qu’on en parle ?

Il me répond, hésitant: « Oui… oui, ça me va. »

Moi : Bon. On peut peut-être se voir un jour de la semaine, alors, après


le boulot ? T’en dis quoi ?

Il s’empresse de me répondre : « Je viens tout de suite chez toi si tu


veux »

Moi : Euh non. Je ne pense pas que ce soit nécessaire.

Bon, il ne faut pas pousser non plus. Je tiens à ma tranquillité, le


dimanche. Et puis j’ai le sentiment que ce n’est pas aujourd’hui qu’ils
vont se réconcilier ces deux-là, de toute façon…

Kader : Ecoute, je ne veux pas abuser Badou, mais j’aimerais vraiment


te parler. Je deviens fou ici à tourner en rond sans savoir quoi faire.

J’ai l’impression de rêver. C’est Kader qui me parle comme ça, presque
en suppliant ?
Je regarde ma montre. Il est presque 14h… Bon tant pis.

Moi : C’est ok. Tu peux passer vers 17h ?

Kader : Oui, je serai là. A tout à l’heure.

***Dans la tête de Kader***

Enfin un événement positif depuis hier… Oui, tout ça n’a commencé


qu’hier mais j’ai l’impression que ça fait un siècle que c’est arrivé. Pas
une seule fois je n’ai fermé l’œil cette nuit, cherchant en vain des
moyens de me racheter auprès de Ami.
Et maintenant, à ma grande surprise, c’est Badou qui me tend une
main… Bon, c’est aussi parce qu’il ne sait pas tout. Je doute fort que
Ami lui ait raconté ce qui s’est passé exactement.
En tout cas, il est hors de question que je laisse passer l’occasion pour
me réconcilier avec Ami.
Je n’aurais peut-être pas dû me comporter avec Badou comme je l’ai
fait, finalement. Je n’aurais pas dû faire beaucoup de choses telles que
je les ai faites…

Assis dans la cuisine, devant mon café, je repense à ce qu’il m’a dit.
Donc Ami a récupéré son téléphone et est rentrée chez elle... Et si je
l’appelais ? J’hésite beaucoup quand même… Est-ce vraiment une
bonne idée ? Et si elle se braquait encore plus et que mes chances se
retrouvent ainsi réduites à néant ?
Bon, je ne vais pas l’appeler, je vais attendre de voir Badou d’abord…

Que je ne vois qu’à 17h… Il n’est que 14h là…

Je tourne et retourne le téléphone dans ma main. Finalement, sans


savoir comment, je me retrouve à appuyer sur le bouton d’appel de mon
téléphone. Je colle l’appareil à mon oreille et les battements de mon
cœur s’accélèrent d’un coup… J’attends… Et ça ne sonne pas, je tombe
directement sur le répondeur…. Je suis presque soulagé.

Pourquoi je n’irais pas directement chez elle ?


Non par contre ça, c’est vraiment une très mauvaise idée. De toute
façon, elle ne va jamais m’ouvrir.

Je décide de prendre mon mal en patience. Déjà, je dois rappeler


Soukeyna. Ça m’occupera la tête en attendant et puis qui sait, elle
pourrait peut-être avoir de bonnes idées.

J’appelle donc Soukeyna, qui met du temps à répondre. Je m’apprête


déjà à raccrocher quand elle répond : « Oui »

Oui ? Elle ne m’a pas habitué à ce type d’accueil… Ses remontrances de


la veille me reviennent immédiatement, quoique je n’aie pas trop eu
l’occasion de les oublier. J’espère seulement qu’elle n’a pas changé
d’avis à propos de m’aider…

Moi : ça va ?

Soukeyna : Oui.

Puis silence. Elle ne dit rien de plus.


Moi : Euh… tu m’avais dit de t’appeler… tu sais ?

S : Oui je sais Kader. C’est bon, je ne suis pas sénile.

Moi : …

S : Bon. Tu as eu des nouvelles de Ami ? Tu sais au moins comment


elle va ?

Moi : Son meilleur ami l’a vue. Il m’a dit qu’elle va bien. Elle est chez elle.
C’est tout ce que j’en sais. Je voudrais…

Elle me coupe : « La pauvre fille. Elle doit se sentir seule. Ce n’est pas le
genre de chagrin que tu peux raconter à n’importe qui et te faire
consoler. En plus loin de sa famille… »

Elle soupire puis reprend : « Ah vraiment Abdelkader, c’est toi mon frère,
ça je n’y peux rien. Mais ce n’est vraiment pas toi que j’ai envie d’aider
en ce moment. »

Moi : Je suis désolé.

S : Oh tais-toi ! Tchuipp ! Bon déjà tu vas m’envoyer son numéro de


téléphone tout à l’heure. Ensuite voilà ce que tu vas commencer par
faire…

***Dans la tête de Ami***

Quand j’ai quitté Badou devant l’immeuble tout à l’heure et que je suis
montée chez moi, j’ai ressenti une vive solitude dès que j’ai pénétré mon
appartement. Ça m’a envahi d’un coup, comme un poignard. Pourtant, je
suis presque toujours seule quand je suis chez moi, je suis habituée.
Mais là c’était différent.
Dire que quand je quittais ce même endroit hier, j’étais pimpante et toute
heureuse de revoir Kader. Si seulement j’avais su ce qui m’attendait…

J’ai laissé tomber toutes mes affaires à l’entrée et me suis dirigée vers
mon lit.
Très lasse, j’ai fini par m’endormir, malgré toutes les pensées noires qui
peuplaient ma tête.

Et là, je viens de me réveiller après plusieurs heures de sommeil.


Malheureusement, le sentiment de solitude n’a pas disparu.
Pourtant, bizarrement, je n’ai envie d’entendre ni de voir personne, pas
même ma famille.
J’ai le sentiment que voir un de mes proches ne va rien enlever à ma
solitude.
Je décide alors de trouver au moins quelque chose pour m’occuper.

Après avoir pris une longue douche de purification, je mets ma tenue de


prière et commence le rituel.
Quand je finis, je récupère le coran que je garde sur le meuble de chevet
et me réinstalle sur mon tapis de prière.

C’est mon papa qui m’a offert ce coran, la première fois que je quittais
Saint-Louis pour venir poursuivre mes études en France. C’était un de
ses exemplaires préférés. Je le lui avais moi-même demandé parce que
je trouvais la couverture belle et qu’il était traduit en français. Au début, il
a rechigné à me le donner, puis il a fini par accepter en me disant : «
Prends-en soin Aminata. Un coran n’est pas un meuble qu’on se
contente d’admirer. Le meilleur soin que tu peux lui apporter est de le lire
régulièrement ».
J’avais alors promis de le faire, toute contente de l’avoir convaincu.

J’avoue que depuis lors, je l’ai beaucoup admiré, mais rarement ouvert.
Aujourd’hui, je ressens le besoin de le faire.

J’ouvre une page au hasard et commence à lire les versets. Des larmes
ne tardent pas à rouler sur mes joues. Car bizarrement, j’ai l’impression
que les phrases que je suis en train de lire me sont destinées et sont en
rapport avec ce qui m’est arrivé. Ça parle des épreuves que Dieu fait
subir aux hommes, et du fait que seuls les endurants s’en relèvent avec
leur foi encore plus affermie.

Ce qui m’est arrivé est une épreuve par laquelle je devais passer.
Je n’ai jamais vraiment eu à vivre de réelles difficultés. Et cette épreuve
était peut-être un test. Je prends alors la ferme résolution de le réussir.

Je reste encore très longtemps assise à lire.

Soudainement, la sonnerie de l’interphone retentit, me sortant de ma


profonde concentration. Je sursaute sous l’effet de surprise.

Je n’attends personne…
***Dans la tête de Kader***

Il est 16h30 quand j’arrive chez Badou. J’ai quitté plus tôt que nécessaire
pour ne pas être en retard à cause des bouchons. Mais au fond de moi,
je sais que c’était juste une excuse pour ne pas rester une minute de
plus à tourner en rond chez moi. Des bouchons, il n’y en a eu aucun et
l’appartement de Badou n’est vraiment pas éloigné du mien.

Je suis resté longtemps au téléphone avec Soukey tout à l’heure et


heureusement ça m’a rasséréné un peu. Mais ça ne suffit pas, je dois
parler à Badou maintenant et voir ce qu’on peut faire.

Je fais sonner le bouton de l’interphone qui porte son nom, le seul à


consonance sénégalaise. Je me rappelle qu’hier soir, j’avais justement
évité de sonner à celui-là, pour ne pas qu’il soit au courant de mon
arrivée… Je les avais suivis jusqu’ici Ami et lui… Je me suis vraiment
comporté comme un con.

Quelques minutes plus tard, je suis devant son appartement. Il m’invite à


entrer.
Je me fais peut-être des idées, mais à voir sa tête j’ai l’impression qu’il
est amusé.

Badou : Je croyais qu’on avait dit 17h.

Moi : Oui j’arrive un peu en avance ?

Badou : Un peu ?

Je le regarde brièvement, les mains dans les poches, mal à l’aise.

Badou : Je t’en prie, entre et assieds-toi… Je peux t’offrir quelque chose


?

Moi : Non merci.

Badou : Ok.

Je m’assois sur le premier fauteuil que j’atteins et lui s’installe sur le


canapé à côté.
Je décide de commencer : « Ecoute Badou. Je tiens d’abord à
m’excuser pour mon comportement d’hier. Je n’avais pas le droit de
débarquer chez toi comme ça, encore moins être agressif. Mais c’est
parce que je ne savais pas qui tu étais au départ et surtout je ne savais
pas que tu étais aussi proche de Ami. J’étais déjà très en colère en
arrivant, surtout après avoir su qu’elle me mentait. Je suis désolé ».

Badou : Ne t’inquiète pas mec. Je suis un homme et je peux


comprendre… Au contraire ça prouve juste que tu l’aimes, et ça, ça me
rassure.
Mais par contre, la forcer à partir avec toi comme tu l’as fait, c’était
vraiment exagéré.

Moi : Je sais. Maintenant je m’en rends compte. Et je le regrette


beaucoup.

Badou : …Moi aussi j’ai des choses à me reprocher Kader. Et je voulais


être sûr que tu es convaincu que Ami ne voulait pas te faire de tort. Elle
a menti sans doute parce qu’elle redoutait ta réaction…
Je t’ai déjà expliqué l’histoire avec Gabriel, l’ex de Ami. C’est ce qui a
causé tout ça. C’est pour ça que je ne peux pas la laisser souffrir par ma
faute.

Là je ne sais pas quoi lui répondre. Il n’a rien à voir avec l’état actuel de
Ami, mais il ne le sait pas. Et je ne peux pas le lui dire.

Moi : Quoiqu’elle ait pu faire, c’est enterré pour ma part.

Badou : Bien... Tu as essayé de la joindre ?

Moi : Oui, mais je n’ai pas pu. Son portable était coupé.

Badou : Il doit être déchargé je pense.

Moi : Non… Je ne crois pas que ce soit ça. Ami ne veut plus me parler.

Badou : Voilà aussi ce que je ne saisis pas. Ok, tu l’as emmenée de


force hier mais elle a quand même accepté de te suivre... Comment elle
est passée de ça à ne plus vouloir te parler du tout ?

Moi : C’est parce que tu ne sais pas tout…

Badou : Bon Kader, je ne sais pas tout ce qui s’est passé entre vous et
je ne vais pas te poser de questions à ce propos… Par contre, je ne
veux pas causer plus de problèmes à Ami qu’elle n’en a déjà. Si tu
comptes la faire souffrir, arrêtons là tout de suite. Est-ce que tu aimes
vraiment Ami ?

Je le regarde fixement avant de lui répondre : « Je l’aime plus que tout


Badou. Et je veux la rendre heureuse. Il n’y a rien que je souhaite de
plus que faire d’elle ma femme. »

Badou : Je te crois.

Moi : Merci.

Badou : Qu’est-ce que tu dirais d’aller la voir ensemble, alors ?

Je secoue la tête : « Mec, je ne crois pas que ce soit une bonne idée. »

Badou : Bien sûr que si. Quoi, tu as peur ?

Moi : Non, ce n’est pas ça. Mais elle est en colère et…

Badou : Et elle est malheureuse. Tout comme toi apparemment, vu ta


tête.

Et il rigole. Bon, il ne faut pas qu’il pousse le bouchon ce Badou.

Il se lève en me tapant sur l’épaule : « Allez, on y va ! Cessez de vous


faire du mal. »

C’est ainsi qu’une demi-heure plus tard, environ, nous nous retrouvons
devant l’immeuble de Ami.

Badou sonne. Après quelques secondes, Ami répond : « Oui ? »

Badou : Ami, c’est Badou. Ouvre stp.

Elle déverrouille la porte et on pénètre dans l’immeuble.

Quand on arrive devant chez elle, je ne contrôle déjà plus les battements
de mon cœur.

Je reste sur le côté de la porte pendant que Badou se tient devant et


toque dessus.

La porte s’ouvre.
J’entends la voix de Ami : Badou ?

Badou, avec le sourire : Rebonjour choubi. Je t’ai ramené quelqu’un.

Je prends alors un grand souffle et me mets devant la porte : « Salut


Ami. »

[Passez une excellente soirée et à demain pour la suite!

Love émoticône heart émoticône heart ]


[Bonsoir!! La suite est là! Enjoy émoticône heart émoticône heart ♥]

© Partie 17 : Les craintes

Quand on arrive devant chez elle, je ne contrôle déjà plus les battements
de mon cœur.

Je reste sur le côté de la porte pendant que Badou se tient devant et


toque dessus.

La porte s’ouvre.

J’entends la voix de Ami : Badou ?

Badou, avec le sourire : Rebonjour choubi. Je t’ai ramené quelqu’un.

Je prends alors un grand souffle et me mets devant la porte : « Salut


Ami. »

***Dans la tête de Ami***

Je ne sais pas pourquoi Badou est revenu. Je pensais lui avoir fait
comprendre que je voulais rester seule ; et j’y tiens vraiment !
Là, je lui ai ouvert la porte d’en bas et le temps qu’il monte, je décide
d’aller ramasser les affaires que j’avais jetées à la porte : mon sac et le
sachet qu’il m’a remis ce matin. La robe jaune que j’avais portée hier se
distingue dans le tas… Un fort sentiment d’amertume m’envahit et
m’enlève un peu la sérénité que j’avais réussi à gagner de ma lecture. Je
pense immédiatement au boxer enroulé dans la poche de mon sac à
main…
Ça y’est la grosse boule dans ma poitrine revient… Je prends un grand
souffle et ramasse les affaires que je vais ensuite ranger dans ma
chambre.
Je suis encore en tenue de prière, la tête couverte de mon voile, quand
Badou toque à la porte.

Dès que j’ouvre celle-ci, voulant qu’il m’explique rapidement le but de sa


venue, je le questionne indirectement : « Badou ? »

Badou : Rebonjour choubi. Je t’ai ramené quelqu’un.

Quelqu’un ? J’ai à peine le temps de me poser la question que je vois


devant moi… Kader : "Salut Ami"

Sans pouvoir contrôler mon geste, je recule immédiatement.

Non mais c’est quoi ça ? Qu’est-ce qu’il me fait Badou ?

Je ne veux pas voir Kader, alors là pas du tout ! Je regarde Badou,


maîtrisant mal la nervosité dans ma voix malgré mes efforts : « Qu’est-ce
qui se passe Badou ? »

Badou : Ne m’en veux pas Ami. Je fais ça pour toi. Je t’ai vue tout à
l’heure et tu avais l’air malheureuse et…

Je le coupe brusquement : « Tu ne sais absolument rien de ce que je


ressens. Mêle-toi de tes affaires, d’accord ! Tu n’avais pas à ramener
quelqu’un chez moi sans me prévenir. »

Badou : Calme-toi Ami. Qu’est-ce qui te prend ?

Là je crie : Je n’ai pas envie de me calmer. Tu aurais dû me prévenir !

Badou : Tu aurais accepté qu’on vienne si je t’avais prévenue ?

Moi : NON !

Mon cri sonne trop fort à mes propres oreilles. Bon, il faut que je me
maîtrise. Mon cœur bat à cent à l’heure et je sens que je tremble.
J’essaie de reprendre mon souffle, me tenant toujours à deux pas de la
porte.
Je dois me calmer… Badou ne sait pas ce qui est arrivé et je ne tiens
pas à crier sur tous les toits que j’ai été violée.

Je regarde Badou, ignorant royalement Kader qui est juste à côté de lui.
J’ouvre la bouche pour lui répondre quand ce dernier m’interpelle : «
Ami.. »

Ah non, non, je ne veux pas l’entendre. Ça je ne veux pas. Il n’a qu’à se


taire et puis partir !
Je ne lui jette même pas un regard. J’essaie de contrôler ma colère qui
risque d’exploser d’une seconde à l’autre.

Il continue : Ami, stp, écoute-moi. Ce n’est pas la faute de Badou. C’est


la mienne. Regarde-moi Ami, c’est juste moi, Kader. Regarde-moi stp.

Je ferme les yeux et compte jusqu’à 5 dans ma tête. Je me calme. Je


prends mon souffle et fixe Badou: « Tu n’aurais pas dû Badou. »

Il se rapproche de moi et soutient mon regard.

Badou : Ami, je pense que vous devriez au moins vous parler. Vous ne
résoudrez aucun problème sans communication…

Moi :…

Badou : Je vais y aller et vous laisser.

Moi : Quoi ?

Il sort rapidement, sans m’écouter.

Je lui crie : Badou !

Il ne me répond pas. Il est parti. Je vais le tuer !!

Kader est toujours devant la porte. Je sens son regard qui me fixe, mais
il est hors de question que je le regarde. Je reviens vers la porte et la
pousse violemment pour la refermer. Kader met sa main dessus, ce qui
arrête le mouvement: « Ami ! Chérie, je t’en prie, regarde-moi »

Moi, en m’acharnant sur la porte : Ne m’appelle pas chérie. Ne m’appelle


plus jamais chérie ! En fait, c’est simple, ne m’appelle plus jamais rien du
tout. Je ne veux plus de toi, plus jamais. Tu comprends ça ?

Kader : Ami…

Je continue de pousser sur la porte qui résiste sous la pression de la


main de Kader.
Ce qui me rappelle à quel point ma force est insignifiante devant la
sienne. J’ai envie de pleurer.

Je le regarde dans les yeux : « Quoi, tu veux me forcer encore ? Ça ne


t’a pas suffi hier ? Tu en veux plus, c’est ça ? »

A ces mots, il retire immédiatement sa main de la porte et j’en profite


pour la fermer complètement. Je tourne ensuite la serrure à double tour
et m’appuie sur la porte.

J’entends Kader derrière : « Mon amour. Tu te trompes… Je ne te


forcerai plus jamais à quoi que ce soit. Je te le jure ! »

Moi : Je m’en fous Kader ! Va-t’en ! Pars de chez moi immédiatement.

Kader : Pardonne-moi Ami. Pardonne-moi aujourd’hui ou dans dix ans


mais je t’en prie, laisse-moi au moins l’occasion de me faire pardonner…
Je regrette. Tu ne peux pas savoir à quel point je regrette. Je t’aime Ami.

Je ne veux pas l’entendre. Mon Dieu, je ne veux pas !


Adossée à la porte, je glisse tout doucement jusqu’au sol, ne pouvant
plus retenir mes larmes. Je voulais juste rester seule, rien qu’aujourd’hui.
C’est tout ce que je demandais.

Et Kader qui continue, le ton suppliant : « Tu ne peux pas savoir à quel


point je suis amoureux de toi Ami. Tu n’as pas idée… Je suis
complètement fou de toi et je…je me sens perdu… Je ne sais plus quoi
faire.
Je ne pourrai plus jamais te faire souffrir. J’en serai incapable. Pas après
ce que je t’ai fait. Je passerai le restant de ma vie à essayer de me
racheter, je te pro-mets. Mais je veux être avec toi. Je ne peux pas vivre
sans toi.
Tu le peux, toi ?

J’entends une porte s’ouvrir dans le couloir. Sans doute un voisin qui se
demande ce qui se passe.

Kader baisse la voix : Ami, tu peux m’ouvrir stp ? Je reste juste quelques
minutes, je te promets. Je veux juste… te voir encore un peu.

Moi : Va-t’en Kader. Rentre chez toi.


Kader : Ami…

Je décide de ne plus répondre.

Plusieurs minutes plus tard, je suis encore assise au même endroit à


pleurer et renifler doucement, croyant Kader parti.

Quand je commence à me calmer, je l’entends à nouveau.

Sa voix est plus calme quand il me dit : « Je ne renoncerai jamais à nous


deux Aminata. Sache que je ferai tout pour te reconquérir. Parce que je
sais que tu m’aimes toi aussi… presque autant que je t’aime. Et quand
j’aurai réussi et que je t’aurai épousée, crois-moi, je ferai de toi la femme
la plus heureuse du monde… A très bientôt mon amour…»

Juste va-t’en ! Sors de ma vie !

***Dans la tête de Kader***

Je fais peur à Ami ! Pendant que je marche vers le métro, j’ai les yeux
embrouillés et l’esprit envahi par cette pensée : elle a peur de moi ! Je
voulais la « maîtriser » quand tout a commencé ? Eh bien voilà, j’ai ce
que je voulais. Maintenant elle a peur de moi. Et elle ne veut plus de
moi…

Je savais que c’était une mauvaise idée d’aller chez elle. Je le savais. Je
n’aurais jamais dû y aller. Me voir lui a forcément été difficile. Encore une
fois, j’ai été égoïste de ne penser qu’à mon envie de la voir.
Soukeyna avait raison, la dernière chose dont Ami a besoin
actuellement, c’est de me voir, moi, qui suis la cause de toute sa peine.

C’était terrible de la voir réagir comme elle l’a fait. Comme hier… J’ai vu
de la peur, de la rage et limite de la haine dans ses yeux.
Mais j’espérais quoi, au fond ? Qu’elle allait tomber dans mes bras juste
parce que je lui demande pardon ? Je l’ai violée, put*** ! C’est ça le mot
que je refuse d’accepter. Je l’ai violée… la femme que j’aime.

Tout a changé. Je réalise maintenant plus que jamais que plus rien ne
sera pareil. Je veux la reconquérir c’est sûr, mais je ne me leurre pas.
Rien ne redeviendra comme avant. Les choses sont allées trop loin.

La voir comme ça, sous son voile m’a fait encore plus réaliser à quel
point je me suis trompé sur son compte. Comment j’ai pu me comporter
de manière aussi stupide ? Ami est la meilleure femme dont je pouvais
rêver. Et j’ai peut-être perdu toutes mes chances de faire ma vie avec
elle…

Je suis perdu dans mes pensées durant tout le trajet en métro et RER,
pour retourner chez Badou. Ma voiture est garée là-bas et je vais juste la
récupérer et repartir. Je n’ai pas le courage de raconter à Badou ce qui
s’est passé.

***Dans la tête de Ami***

Ça y est. On est lundi. Si on m’avait dit que le lundi me manquerait un


jour, j’en aurais ri. Mais ce lundi-ci, je l’ai attendu désespérément, toute
la nuit. Je n’en pouvais plus de revivre la scène avec Kader. Je ne
voulais pas le regarder ni l’écouter mais j’ai été bien obligée à un
moment donné.
Et ensuite tout est resté dans ma tête. Afin d’échapper à ces pensées, je
suis sortie très tôt de chez moi pour me rendre au travail.

Là, je viens de finir le boulot. Je ne peux pas dire que la journée était
excellente mais je me suis sentie à peu près normale. J’ai tout fait pour
toujours trouver de quoi m’occuper et éviter de penser aux événements
du week-end. Je me force à ne pas y penser. Et être entourée de
collègues de travail qui ne connaissent rien à ma vie privée, et donc ne
m’en parlent pas, m’y a aidé.

J’ai quand même reçu des appels de Karine puis Badou ce matin.
Heureusement, Karine n’est pas revenue sur l’histoire avec Kader.
Quant à Badou, je ne savais pas trop comment me comporter avec lui.
Je lui en veux pour hier mais en même temps je dois reconnaître que
sans savoir ce qui s’est passé vraiment, c’est difficile pour lui de me
comprendre. Quand il m’a posée des questions sur Kader, je lui ai juste
dit que je ne souhaitais pas en parler. Et il n’a pas insisté heureusement.
Sinon on se serait sûrement disputé.

Tout en marchant dans l’espace RER/Métro de la Défense, mon humeur


devient de plus en plus morose à ces pensées. A un moment donné, je
passe devant la pharmacie et la dépasse sans prêter attention aux
lumières vertes clignotantes. Une seconde plus tard, je m’arrête
subitement, un souvenir me revenant : je n’ai pas pris de pilule !
Je suis tout de suite paniquée. Mon Dieu, si je tombe enceinte de Kader,
je vais me suicider ! Je n’ai pas pris de pilule. Karine m’en a parlé mais
on a oublié toutes les deux dès le lendemain.
Je ne me laisse même pas le temps de réfléchir et retourne
immédiatement sur mes pas. Quand j’entre dans la pharmacie, je tombe
sur une longue file de personnes qui attendent. Je me mets au bout mais
je n’arrive pas à rester sur place, plus que nerveuse.

Quand quelques minutes plus tard c’est enfin mon tour, je demande
d’une voix basse à la pharmacienne, en regardant sur mes côtés pour
contrôler que personne ne puisse m’entendre : « Bonjour. Je voudrais
une pilule svp »

La pharmacienne : Une pilule…du lendemain ?

Ben oui une pilule du lendemain ! Sinon, je demanderais un paquet,


mer*** Et t’es obligée de parler aussi fort ?

Moi, toujours la voix basse : Oui

Elle : Attendez madame. Je vais regarder.

Elle marche un peu et se baisse pour prendre une boîte dans une
rangée.
Pendant qu’elle l’enregistre sur sa machine, elle se sent obligée de me
poser des questions.

Elle : Vous les avez eus quand vos derniers rapports, madame ?

Hein ?!

Moi, sans grande motivation : Euh… vendredi.

Elle : Hum. C’est un peu juste quand même. Vous savez, vous ne
pouvez la prendre que jusqu’à 72h après les rapports. Au-delà ça ne sert
plus à rien… C’était vendredi soir ?

Moi : Oui.

Elle : Bon. Disons qu’il vous reste encore quelques heures. Mais je vous
conseille de faire quand même un test de grossesse dans une semaine
pour être sûre… Vous réglez comment madame ?

Je lui file ma carte bancaire, la main tremblante.

Mon Dieu. Je suis fout*** ! Et si je tombe enceinte ? Je vais faire quoi ??


Je vais raconter quoi à ma mère ?

En sortant de la pharmacie, j’ai presque les larmes aux yeux. Tout ça à


cause de Kader ! Je le déteste !

Je marche jusqu’au premier distributeur de boissons où je prends une


bouteille d’eau. Je me cache dans un coin et prends la pilule. Ensuite, je
range la bouteille dans mon sac, essuie furtivement mes larmes et
reprends la marche vers le RER.

***

Presque une semaine plus tard, le samedi, je suis chez moi en train de
préparer du riz au poisson dans la cuisine. J’attends Karine qui vient
manger avec moi, et elle doit arriver d’une minute à l’autre. Elle a voulu
passer plusieurs fois pendant la semaine, surtout quand je lui ai parlé de
l’histoire de la pilule, mais je finissais toujours tard le boulot. D’ailleurs
elle passe à la pharmacie pour me ramener une boîte de test de
grossesse.

Elle s’en est beaucoup voulue pour l’oubli de la pilule mais je l’ai
rassurée. On a juste oublié toutes les deux et il ne reste plus qu’à
attendre maintenant.
J’affiche au quotidien plus de zen que je n’en ressens au fond de moi, à
propos de cette histoire d’éventuelle grossesse. Si ça se trouve, le bébé
de Kader est en train de grandir en ce moment-même dans mon ventre.
Mon Dieu, je ne veux même pas y penser !

A propos de ce dernier, je n’ai reçu aucune nouvelle de lui depuis


dimanche. Et c’est très bien! J’espère qu’il a bien compris cette fois.

Pendant que je suis toujours dans la cuisine, je reçois un message. Je


l’ouvre et vois le nom de Gabi. Il ose me parler lui ?

Je suis tentée de ne pas lire le message mais ma curiosité est plus forte
« Hello Ami ! J’espère que tu vas bien ? Quoi de neuf ? Tu me manques.
Gabi. »

Non mais vraiment, vraiment, il se f**** de qui lui ? Tchuipp ! Il m’a


énervée.

Karine arrive quelques minutes plus tard me trouvant dans cet état :
Karine, en enlevant sa veste : Qu’est-ce qui se passe ? Ça va ?

Moi : Non mais c’est l’autre là. Il m’énerve quoi. Il va raconter n’importe
quoi sur moi à Kader, et après il m’envoie un message pour me dire «
bonjour » comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes.

Karine : Mais de qui tu parles ?

Moi : De Gabriel ?

Karine : Gabriel ? Il continue de t’appeler celui-là ? C’est quoi cette


histoire de trucs qu’il a racontés à Kader ?

Je me rappelle que je n’ai encore rien raconté à Karine, à part ce que


m’a fait Kader.

Moi : Il faut que je te raconte ce qui s’est vraiment passé. Tu


comprendras.

Et je lui raconte tout depuis le début. Quand j’arrive sur la partie où


j’avais laissé Gabriel dormir chez moi, j’ai remarqué un geste de
désapprobation de Karine. Mais elle n’a fait aucune remarque, ce qui
m’a touchée.

Karine : C’est vraiment un sal**** Gabriel. Dire que je l’appréciais. Pour


que Kader soit dans l’état dans lequel il était, il devait lui avoir raconté
les pires choses sur vous deux.

Moi : Je ne sais pas ce qu’il lui raconté exactement mais Kader semblait
convaincu que je n’étais plus vierge…

Ce souvenir m’est encore très douloureux. Karine me regarde et dit : «


N’en parlons pas de celui-là… »

Moi :…

Karine : Ami, en dehors du viol, je sais que perdre ta virginité a été


quelque chose de terrible pour toi. Je sais ce que ça représentait pour
toi…
Mais dis-toi que tu ne l’as pas vraiment perdue. Ce n’était pas ça faire
l’amour, tu sais. Tu vas voir, un jour tu vas vraiment vivre une vraie
première fois et tu en seras comblée.
Moi : Un jour ! Je ne ferai plus jamais ça Karine. Ça n’a duré qu’une
seconde avec Kader, mais j’ai assez ressenti la douleur pour ne plus
jamais être tentée de recommencer. La douleur a persisté même…

Karine me coupe : « Comment ça une seconde ? »

Moi : Quoi ?

Karine : Tu dis que ça n’a duré qu’une seconde avec Kader. Ça veut dire
quoi exactement ?

Moi : Ben… Il est…rentré et… est ressorti… tout de suite après. Tu vois
?

Si j’étais blanche, je serais rouge pivoine en ce moment.

Karine : Attends, tu veux dire qu’il n’a pas continué à te…

Elle simule un geste obscène avec ses doigts.

Je lui dis, choquée : Karine !

Karine : Désolée, je veux juste comprendre.

Moi : Non, je te dis. Il est ressorti, voilà.

Karine : Mais il a joui avant ?

Je lui crie : Il est ressorti immédiatement Karine ! C’est tout ce que je


sais, moi…

Elle me regarde quelques secondes et je remarque un sourire dans son


regard. Puis elle me prend les mains.

Karine : Chérie, je pense que c’est impossible que tu sois enceinte.

Moi : Pourquoi tu dis ça ?

Karine : Ce n’est pas possible si les choses se sont passées telles que
tu me les décris.

Moi : …
Karine : Mais fais quand même le test demain. Juste pour être
rassurée… Moi en tout cas je suis soulagée.

Et elle se lève pour rentrer dans la cuisine.

Je reste assise sur le canapé, le regard perdu pensant à ce qu’elle vient


de me dire. J’ai agi comme si je ne connaissais rien du tout à la
reproduction. Bien sûr que je ne peux pas être enceinte.

C’est une bonne nouvelle !

Mais alors, pourquoi moi je ne me sens pas soulagée ?

[Commentez, commentez surtout!! émoticône smile

Et passez une excellent week end! Profitez de vos proches surtout!

[Hello!!

Désolée que ça arrive plus tard que prévu mais elle est là! Votre
nouvelle partie.
J'ai eu un gros imprévu qui m'a empêchée de poster plus tôt.

Love émoticône heart ]

© Partie 18 : Les amitiés

Je reste assise sur le canapé, le regard perdu pensant à ce qu’elle vient


de me dire. J’ai agi comme si je ne connaissais rien du tout à la
reproduction. Bien sûr que je ne peux pas être enceinte.

C’est une bonne nouvelle !

Mais alors, pourquoi moi je ne me sens pas soulagée ?

***Dans la tête de Kader***

Cela fait plus d’une semaine que je n’ai pas vu Ami, 8 jours exactement.
Oui, je compte les jours. Je ne fais pas exprès. Mon esprit se fait un
malin plaisir de compter chaque nouveau jour qui se lève sans la voir ou
l’entendre, et de garder les chiffres bien en évidence dans ma tête.
Je ne pense qu’à ça. Je ne pense qu’à elle. Chaque minute que je passe
seul chez moi, je suis tenté de l’appeler ou de lui envoyer un message.
Mais vu comment ça s’est passé la dernière fois que j’ai succombé à la
tentation, je me retiens. J’ai décidé de suivre à la lettre les conseils de
Soukeyna. C’est une femme, elle comprend forcément les femmes
mieux que moi.

Pour éviter justement d’être tenté, je fais tout pour rester seul chez moi
le moins souvent possible. Toute la semaine j’ai fini très tard le boulot. Je
n’arrivais jamais avant 21h chez moi. Et ce week-end, j’ai surtout passé
du temps avec Karim. Samedi on a joué longtemps au foot, avec un
groupe qu’il avait déjà l’habitude de rejoindre. J’ai sauté sur l’occasion
quand je l’ai appelé au téléphone et qu’il m’a proposé de venir avec lui.
Ensuite dimanche, je suis parti manger chez lui et il en profité pour me
présenter sa petite amie. C’est une fille qu’il a rencontrée seulement 3
mois plus tôt et ils ont l’air déjà très amoureux.
Inutile de vous dire à qui leur couple m’a fait penser… Malgré moi, j’ai eu
un pincement de jalousie.

Le reste de ces deux journées, je crois avoir fait le tour complet de toute
la famille proche ou lointaine et de tous les amis quelle que soit leur
situation géographique. Je les ai tous appelés au téléphone.
Bien sûr, plus d’un étaient surpris. Il faut dire que pour certains, ils n’ont
pas eu de mes nouvelles depuis plus d’un an… Mais j’avais besoin de ça
pour m’occuper l’esprit.
Et ça a servi en plus à remplir mon quota de bonnes actions de la
semaine…
Quoique je ne suis pas tout à fait convaincu que tous étaient ravis des
nombreuses questions que je posais sur leur vie et de mes discours
quelquefois longs juste pour faire durer l’appel.

M’enfin, tout ça a bien marché en tout cas, car je me retrouve aujourd’hui


lundi, enfin, avec la satisfaction de ne pas avoir essayé de joindre Ami.

Comme pour me récompenser de mes efforts, la providence décide de


me faire un clin d’œil ce soir. Il est 20h30 environ. Je viens de quitter le
bureau et compte aller prendre le RER pour rentrer chez moi. Je ne suis
qu’à 4 arrêts de la Défense, ce qui me dispense de venir travailler en
voiture. Je prends donc presque toujours le RER A.

A peine suis-je sorti de l’immeuble que je remarque une silhouette fine


marchant rapidement dans la direction perpendiculaire à la mienne,
visiblement pour aller dans la bouche de métro aussi. Je m’arrête
immédiatement, je l’aurais reconnue entre mille cette silhouette. C’est
Ami. J’attends qu’elle dépasse ma position d’au moins quinze mètres
avant de marcher dans la même direction qu’elle.
Je suis incapable de la quitter des yeux. Je me demande pourquoi elle
finit si tard car ce n’était pas dans ses habitudes.

Ami ! Je n’avais pas remarqué à quel point la vie professionnelle l’a


changée. Ma petite saint-louisienne, qui quand je l’ai connue prenait tout
son temps pour marcher à son rythme lent qui est caractéristique des
femmes de sa ville, et ce quelle que soit l’urgence.
En seulement quelques mois à la Défense, elle se retrouve à marcher
aujourd’hui d’un pas leste et rapide, même juchée sur ces talons.
Cette pensée me fait sourire.

Je suis content de la voir, même de loin. Je la suis jusqu’à l’entrée de la


station et marche derrière elle sur les escaliers qui descendent vers le
RER. Nos chemins vont bientôt se séparer. Elle part dans le sud, en
direction de Champigny et moi dans l’ouest. Je la suis du regard quand
elle passe le tourniquet et la regarde descendre jusqu’à ce que je ne
puisse plus la voir.
Je marche alors vers ma propre direction, le cœur lourd.
Je donnerais n’importe quoi pour qu’on prenne ensemble la même
direction…

***

Plus d’une heure plus tard, je suis installé chez moi devant une assiette
vide de plat surgelé réchauffé et prends mon téléphone pour appeler
Badou.

Badou : Grand Kader.

Moi : Salut Badou. Je ne t’appelle pas trop tard ?

Badou : Oh non. Pas du tout. Je suis loin de me coucher... Alors


comment tu vas ? Je n’ai pas eu de tes nouvelles depuis la dernière fois.
J’imagine que ça ne s’est pas passé comme voulu ?

Moi : Eh non ! Mais je ne me faisais pas trop d’illusions… Je m’y


attendais un peu.

Badou : J’avais bien deviné… Car Ami ne voulait pas en parler non plus,
quand je lui ai posé la question. Votre problème est grave quand même
vous deux.

Moi : Plus que tu ne crois.

Badou : Je n’ai jamais vu Ami réagir comme ça. Même avec moi elle est
distante maintenant.

Moi :…

Badou : Je trouve ça un peu bizarre. Mais t’es mon grand frère Kader et
je te respecte. Raison pour laquelle j’évite de poser trop de questions.

Moi : J’apprécie… Si je ne te dis rien, c’est surtout pour protéger Ami.


Peut-être qu’elle-même choisira de te le dire... Et peut-être qu’alors tu
regretteras ces conversations avec moi… Quoiqu’il en soit, sache que je
reconnais mes torts et que je les regrette amèrement.

Badou : Hum. Ça je le sais…

***Dans la tête de Badou***

Ces deux-là pensent que je ne connais pas le vrai problème entre eux.
J’ai deviné la raison de leur éloignement depuis déjà un moment et
Kader ne fait que la confirmer à l’heure actuelle. Je peux paraître
insouciant mais je ne suis pas bête.
C’est simple, Kader me parle d’un tort qui semble plus grave que la
violence physique, et qu’il ne peut pas révéler pour protéger l’intimité de
Ami. Et Ami elle-même ne m’en a jamais parlé alors que d’habitude on
se dit tout.

A coup sûr il a dû la convaincre cette nuit-là de passer à un niveau


supérieur dans leur relation. Ami a dû accepter se sentant sûrement
coupable par rapport à ce qui était arrivé avec Gabi et son mensonge. Et
bien sûr, la connaissant elle n’a pas mis longtemps à le regretter.
Ce qui est inutile pour moi car visiblement Kader veut toujours l’épouser.

C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles je ne lui en veux pas
vraiment. Je suis un homme et je suis bien placé pour savoir que
certaines tentations sont difficiles à résister. Et puis on est ce qu’on est,
nous les hommes, c’est-à-dire égoïstes… Quand certaines situations se
présentent, on a le défaut de vouloir en profiter en ne pensant qu’à notre
propre plaisir. C’est dommage mais ça peut arriver à n’importe quel
homme.
Mais Kader, contrairement à beaucoup d’hommes en commençant par
moi, regrette lui et il veut se racheter. Je suis certain qu’il aime vraiment
Ami. C’est juste dommage que celle-ci ne voit pas les choses comme je
les vois…

Kader : Donc… tu lui as parlé ? Vous vous êtes vus ?

Moi : On s’est juste parlé au téléphone.

Kader : Elle était en forme ?

Moi : Elle a essayé de me le faire croire en tout cas…

Kader : Ok… Je l’ai vue aujourd’hui, de loin. Tu ne lui dis pas stp. Elle ne
m’a pas vu elle.

Moi : Ne t’inquiète pas pour ça mec. Du coup, tu comptes faire quoi


maintenant ?

Kader : Pour le moment rien. Je lui laisse de l’espace. Elle en a besoin.


Mais je ne renonce pas…
Pourquoi on ne regarderait pas le match de samedi ensemble ? On
pourra reparler de tout ça ?

***Dans la tête de Ami***

Je suis rentrée chez moi tard ce soir, comme d’habitude depuis presque
un mois, mais sans regret. Finalement, la résolution que j’ai prise de
m’investir encore plus dans mon travail commence à avoir des effets
plus que positifs.
En dehors du fait que ça me permet de m’échapper de ma vie
personnelle qui a beaucoup changé, ça m’a permis aussi de me
construire une place de plus en plus solide au sein de l’équipe du projet
sur lequel je travaille.

Ce matin, j’ai été prise à part par le directeur du projet, qui est aussi mon
maître de stage. Il m’a annoncé que je ferai partie de l’équipe qui irait
faire les formations réservées aux « key-users » (utilisateurs clés) du
logiciel de gestion d’entreprise qu’on est en train de mettre en place.
Cette nouvelle est une aubaine pour moi. Je dois finir mon stage dans
moins de trois mois, et s’ils ont décidé de payer cette formation qui coûte
relativement cher, il y’a de grandes chances qu’ils me proposent aussi
de rester avec eux après le stage.

C’est donc de plutôt bonne humeur que j’arrive chez moi. A peine suis-je
entrée dans mon appartement vide et silencieux que cette humeur
commence à se dissiper. C’est le genre de nouvelles que j’avais pris
l’habitude de partager avec Kader… Ne pas savoir avec qui partager ma
joie l’a rapidement fait se dissiper. Je n’avais pas l’habitude de parler de
mes études ou de ma vie professionnelle avec Karine ou Badou. Je sais
que ce ne serait pas la même chose qu’avec Kader…

En parlant de ce dernier, j’ai finalement fait le test de grossesse il y’a


trois semaines et, sans surprise il s’est révélé négatif.

Après ma douche et mes prières, je m’installe devant la télé avec un pot


de glace. C’est ce qui constituera mon dîner… Depuis que je suis
célibataire, je peux dire que je n’ai pratiquement jamais pris un vrai dîner
à la maison. C’est soit de la glace, soit des céréales, un fruit ou encore
du thé. Le reste de la journée, je mange à peine. Je bois juste
énormément de thé sans sucre. Inutile de dire que mon poids s’en est
ressenti. J’ai beaucoup maigri et j’en suis surtout consciente le matin
quand j’essaie de trouver un vêtement dans lequel je ne flotte pas.

Pendant que je déguste ma glace, mon téléphone se met à sonner. Je


regarde l’heure sur l’écran et je ne connais pas le numéro qui s’affiche.
C’est un numéro du Sénégal.

Je décroche : « Allô ? »

La voix : Allô ma chérie. Comment tu vas ? C’est Soukeyna.

Soukeyna !

Moi : Euh… Soukeyna ?.

Soukeyna : Oui, Soukeyna Hann, la sœur de Kader.Tu m’as déjà oubliée


?

Moi, qui me reprends : Non, non. Je vois bien qui tu es Soukeyna.


Désolée. J’ai juste été surprise.

Soukeyna, en riant : Ne t’inquiète pas ma chérie. Je te fais marcher…


J’ai demandé ton numéro à Kader. J’espère que ça ne t’embête pas ?
Moi : Non. Non pas du tout. Tu vas bien toi ?

S : Oui, je te remercie… Ma chérie, je demandais de tes nouvelles à


Kader car je ne t’ai pas entendu depuis bien longtemps. Et il m’a dit que
vous aviez rompu tous les deux ?

Donc ça y’est. Il considère qu’on a bien rompu cette fois. Eh ben tant
mieux.

Moi : Euh… oui.

S : Eh bien c’est une nouvelle qui me fait de la peine. Je ne t’ai peut-être


jamais rencontrée mais Kader a tellement chanté tes louanges que je
suis convaincue que tu es une bonne personne.

Moi : Merci Soukeyna.

S : Kader n’a pas voulu me dire pourquoi vous avez rompu mais
connaissant les hommes, je suis convaincu que c’est de sa faute.
Surtout qu’il avait l’air de se sentir coupable quand il m’a dit ça. J’ai
raison ?

Moi :…

S : Ton silence en dit assez. J’en étais sûre ! Ces hommes ! Kader est
peut être mon frère mais il est comme les autres. Ils font des bêtises
même avec la seule femme qu’ils aiment, au point de la perdre. Et après
ça vient se plaindre d’être malheureux ! Parce que pour l’être, ça il l’est
et c’est bien fait pour lui.

Moi :…

S : Ça va toi ? Tu gères bien la séparation ?

Moi : Oui ça va.

S : Ecoute chérie. Quoiqu’il se passe entre vous, moi je t’apprécie déjà


et ça ne va pas changer à cause de Kader. De plus, je suis une femme
comme toi et je sais ce que c’est que de souffrir à cause d’un homme. Je
suis même très bien placée.
Kader a dû te raconter ce qui s’est passé avec mon mari, non ? Eh bien
figure-toi que monsieur s’est permis de…
***

J’ai passé plus d’une demi-heure avec Soukeyna au téléphone hier. Je


savais déjà qu’elle était très ouverte mais je ne m’attendais quand même
pas à ce qu’on puisse passer autant de temps à discuter sans s’être
jamais vues. Quoique ça me rappelle quelqu’un d’autre…

Il faut dire que Soukeyna m’a bien mise à l’aise. A ma grande surprise,
elle s’est beaucoup confiée à moi à propos des difficultés qu’elle
rencontre dans son mariage. Après l’effet de gêne du départ, j’ai été de
plus en plus touchée au fur et à mesure qu’elle me racontait ce qu’elle
endure. Je me suis sentie solidaire vis-à-vis d’elle. J’avais l’impression
qu’elle avait besoin de se confier.

Ensuite elle m’a posé des questions sur ma famille en s’inquiétant de la


difficulté que c’est de vivre loin d’eux, surtout pour une femme. Elle m’a
même posé des questions sur mon travail, me poussant à lui parler de la
bonne nouvelle que j’avais reçue hier, sans même m’en rendre compte.
Bizarrement ça m’a fait du bien.

Ce qui m’a le plus plu dans notre conversation, c’est qu’à aucun moment
elle n’est revenue sur l’histoire avec son frère. D’ailleurs elle ne semble
pas du tout être de son côté, ce que j’apprécie beaucoup.

En raccrochant, elle m’a proposé de noter son numéro et de l’appeler à


chaque fois que j’en avais envie ou besoin, qu’elle puisse me conseiller
comme une grande sœur.
Il va s’en dire que malgré notre agréable discussion, je ne suis pas à
l’aise avec cette proposition. Soukeyna est quand même la sœur de
Kader. Et même si je l’apprécie, ce serait quand même bizarre que je
rompe avec Kader pour me lier d’amitié avec Soukeyna. Je lui ai promis
que je l’appellerai mais vraiment je ne compte pas le faire.

Je repense à tout ça alors que


je suis dans le RER pour partir au travail. Encore une fois j’ai quitté très
tôt. Là, il est à peine 7h.
Quand je sors du RER, mon téléphone bipe pour un message. Je l’ouvre
et vois qu’il vient de Kader. J’ai effacé son nom de mon répertoire mais
ça ne sert à rien car je connais de toute façon son numéro par cœur.

Le contenu : « Bonne journée à toi, la femme de ma vie. Tu es toujours


dans mes pensées. Kader »
Je relis et relis le message pendant que je marche dans la station,
essayant de comprendre. Je me suis même fait heurter par un voyageur
pressé.
Pourquoi Kader m’envoie tout d’un coup un message après m’avoir
ignorée pendant un mois ? Je croyais qu’il avait fini par renoncer à moi !
Bref, je ne comprends pas et ne veux pas essayer plus que ça de
comprendre. Je range mon portable et pense à autre chose en essayant
de contenir les battements accélérés de mon cœur.

Ce matin, je participe à une réunion très importante. Mes collègues et


moi rencontrons la nouvelle équipe envoyée par la société de prestation
informatique qui va travailler sur notre projet. Jusque là, nous n’avions
travaillé qu’avec l’équipe qui s’occupait de la gestion du changement de
cette même entreprise. Cette fois, on rentre vraiment dans les choses
sérieuses, le démarrage effectif du projet avec l’équipe finale qui va
travailler dessus.

La réunion ne commence pas avant 8h30 et bien sûr je suis très en


avance. Ce qui était calculé car je voulais être sûre de bien préparer
toutes mes questions. Quand j’entre dans l’immeuble de l’entreprise, je
me dirige à pas rapides vers le couloir qui mène à l’open-space que
l’équipe de projet partage. Il y’a peu de monde à cette heure-ci et je suis
sûre qu’aucun de mes collègues n’est encore arrivé. La porte doit donc
être fermée.

Occupée à fouiller dans mon sac pour trouver la clé de la salle, je ne


remarque pas l’homme assis dans la pièce qui fait office de salle de
cafés juste à côté.
Dès que j’ouvre la porte, j’entends quelqu’un s’adresser et moi : «
Excusez-moi madame. »

Je sursaute de surprise et me retourne. Je vois alors devant moi un


homme blanc d’assez grande taille et plutôt bel homme, me sourire, l’air
amusé.

Lui : Désolé, je ne voulais pas vous faire peur. J’ai rendez-vous avec M.
Bourrée et la réception m’a indiqué cette salle. On a une réunion à 8h30
mais j’avais besoin de venir plus tôt pour finir des choses. Vous le
connaissez ?

Il a un fort accent qui est inconnu pour moi, et j’ai dû mal à le


comprendre facilement.
Moi : Euh… Oui c’est mon manager. 8h30 ? Ce doit être la réunion de
kick-off. J’y participe aussi. Venez, entrez svp.

Je lui laisse le passage pendant qu’il entre dans la salle. J’allume les
lumières et lui indique un bureau : « Vous pouvez vous installer ici. Il n’y
a personne. »

Il dépose son sac d’ordinateur puis reste debout à me regarder, comme


s’il attendait quelque chose.
Je lui tends la main : « Au fait, moi c’est Aminata Fall. Je suis stagiaire
sur le projet. On travaillera sûrement ensemble. »

Il prend ma main, un sourire sur les lèvres : « Dans ce cas… appelez-


moi Marc. »

[Bonsoiiiiir!! La dose du lundi est là!


Enjoy! Muahh! ]

© Partie 19 : La surprise

Je lui laisse le passage pendant qu’il entre dans la salle. J’allume les
lumières et lui indique un bureau : « Vous pouvez vous installer ici. Il n’y
a personne. »

Il dépose son sac d’ordinateur puis reste debout à me regarder, comme


s’il attendait quelque chose.
Je lui tends la main : « Au fait, moi c’est Aminata Fall. Je suis stagiaire
sur le projet. On travaillera sûrement ensemble. »

Il prend ma main, un sourire sur les lèvres : « Dans ce cas… appelez-


moi Marc. »

Euh « Marc », on n’est pas en speed-dating ici. Votre nom svp.

Je suis tentée d’exprimer tout haut mes pensées mais il vaut mieux que
je me retienne. Après tout je ne suis qu’une stagiaire…

Moi : Marc… Ok. Alors bienvenue Marc.

En disant ça, je fais un mouvement pour retirer ma main qui, selon moi,
reste un chouia trop longtemps dans la sienne.
Et puis c’est quoi ce sourire encore ? Je l’amuse ou quoi ?

Il me fait un : « Merci Aminata »

Là c’est moi qui suis amusée. Déjà que je trouvais son accent bizarre
mais sa manière de dire « Aminata » est juste impossible.
Je tourne immédiatement les talons et vais poser mes affaires sur mon
bureau. Heureusement que je lui tourne le dos de là où je suis assise.
Ça me permet de rire discrètement.

Je me plonge immédiatement dans le travail, en oubliant cette rencontre


matinale et le message de Kader.

Vers 8h, mes autres collègues commencent à arriver. A un moment


donné, j’entends derrière moi mon manager, qui vient sûrement d’arriver,
en train de discuter avec monsieur « Marc ». Deux minutes plus tard,
j’entends ce dernier dire plus haut, visiblement pour se faire mieux
entendre : « Peut-être que Aminata veut nous rejoindre ? »

Je lève la tête et me retourne pour les regarder en train de m’observer


tous les deux.

Manager : Ah, je vois que vous vous connaissez déjà ?

Marc : Oui, c’est Aminata qui m’a ouvert la porte ce matin. Elle était la
première à arriver.

En disant ça, il me fait un clin d’œil. Euh, il se croit mon pote lui ?

Manager : Ça c’est bien elle ! Salut Aminata. Alors tu viens prendre un


café avec nous ?

Je fabrique le sourire le plus faux dont je suis capable et lui réponds : «


Non merci. J’ai un truc à terminer. »

Et je me retourne à nouveau vers mon ordinateur. Je n’aime pas


l’attitude familère de ce Marc. On se connait à peine et il me fait un clin
d’œil. Ça ne me donne pas envie de prendre un café avec lui.

Le reste de la journée se passe relativement bien. C’était même très


intéressant de participer à la réunion de démarrage du projet et de
rencontrer tous les consultants avec qui je serai amenée à travailler. Je
me suis sentie importante de faire partie de cette équipe, en tant que «
réel » élément. Dans la période de l’avant-projet, je ne participais aux
réunions que pour faire les comptes-rendus essentiellement.

Au début de la réunion, on a fait le tour de table pour se présenter et j’ai


enfin appris le nom de Marc : Diers. Nom qui m’est aussi inconnu que
son accent.
J’ai aussi appris qu’il avait déjà à son actif plus de 12 ans d’expérience
sur les systèmes d’information.
C’est un vieux quoi…

Bref, la bonne nouvelle c’est qu’il est spécialisé en finance et contrôle de


gestion, ce qui tombe bien car on ne sera sûrement pas binômes. Moi je
travaille sur la partie production.
De toute manière, il gère le projet du côté de l’équipe des prestataires,
donc aucune raison qu’il passe beaucoup de temps avec la « petite main
» dont je fais partie.

Ma journée, bien que très intéressante s’est finie encore plus tard que
d’habitude. Mon binôme - dont j’ai fait la connaissance pendant la
réunion - et moi avons passé beaucoup de temps à travailler sur les
spécifications de notre périmètre.

Quand je rentre enfin chez moi le soir, je suis harassée. A peine ai-je fini
ma douche et mes prières que je me jette sur le lit. J’ai envie d’appeler
Karine mais j’ai peur de m’endormir pendant la communication… Je
regarde mon portable, hésitant à l’appeler.
C’est là que je vois un message reçu sur l’écran. Je n’avais pas entendu
la notification. Quand je l’ouvre, je vois que c’est encore Kader : «
J’espère que tu as passé une bonne journée mon cœur. Mes prières
t’accompagnent. Fais de beaux rêves. Kader. »

Trop fatiguée pour me poser des questions, je me contente de laisser


tomber le portable sur le tapis. Je me retourne de l’autre côté dans un
geste ridicule de m’en éloigner un peu plus. Je ne mets pas longtemps à
m’endormir.

***

Les jours suivants se passent plutôt bien, à quelques exceptions près.


Chaque matin et chaque soir avant de dormir, je reçois un message de
Kader. Ce sont des mots doux à chaque fois, du même genre que ceux
du premier jour. Le plus curieux c’est qu’il n’a même pas l’air d’attendre
des réponses.
J’ai arrêté de me poser des questions par rapport à ça, même si ça
m’énerve. C’est comme si je l’avais encore dans ma vie, que j’y suis
obligée alors que j’ai pris la ferme décision de l’en effacer. Je me
demande si je ne vais pas changer de numéro…surtout avec l’autre Gabi
qui essaie de me joindre quelquefois. Et à qui, bien sûr, je ne réponds
jamais.

Décidément, les « drames » de ma vie ont la résistance tenace !

Au bureau, tout serait parfait s’il n’y avait pas Marc et ses regards plus
qu’insistants. Je ne sais pas pourquoi il me donne autant d’importance.
Je ne suis qu’une simple stagiaire et je ne travaille même pas dans son
domaine ! Mais il insiste pour avoir mon avis sur n’importe quel sujet
durant les réunions, quelquefois même il me met dans l’embarras, sur
des choses que je ne maîtrise pas du tout.
J’espère juste qu’il ne va pas me causer des problèmes. Je tiens
vraiment à ce qu’on me fasse une proposition d’embauche et je suis sur
le bon chemin pour l’obtenir. Qu’il ne vienne pas gâcher tout mon travail.

***

On est le week-end et comme tous les week-ends depuis quelque


temps, je ne suis pas du tout de bonne humeur. En fait je les
appréhende maintenant les week-ends, contrairement à avant quand
j’avais hâte qu’ils arrivent.
N’ayant pas à travailler et restant souvent dans le seul environnement de
mon studio, je me retrouve à trop penser. Et de fil en aiguille, trop de
souvenirs surgissent dans ma tête…

Karine, qui essaie toujours de me faire sortir, m’a convaincue pour


aujourd’hui d’aller prendre l’air et surtout faire du shopping. Je vais
profiter de l’occasion pour me faire un peu plaisir. Avec la rémunération
de mon stage qui est pas mal, je peux me permettre de me lâcher un
peu.

Quand j’entends l’interphone sonner, je vais ouvrir en me faisant la


réflexion que Karine arrive plus tôt que prévu.

Je décroche : Oui ?

Une voix : « Bonjour. Mme Fall ?


Moi : Oui, c’est moi.

Lui : C’est la poste. J’ai un colis pour vous. »

Moi : Un colis ? Mais je n’ai rien commandé.

Lui : C’est marqué Aminata Fall, et c’est à cette adresse, madame.

Je déverrouille la porte, étonnée. Qu’est-ce que ça peut bien être ?


J’attends le facteur à la porte.

Il arrive, me remet un petit paquet et me fais signer un reçu. Je rentre


chez moi, impatiente et curieuse de découvrir le contenu.

Quand je l’ouvre, ma surprise est à son comble en voyant le contenu : un


CD.
Dessus il y’a marqué ce message : « En souvenir de notre première
rencontre qui reste à jamais gravé dans mon cœur. Love. Kader. »

Je soupire. Pourquoi Kader ne me laisse tranquille ? Pourquoi il ne me


laisse pas avancer dans ma vie ? Il faut qu’il accepte une bonne fois
pour toutes que c’est fini entre nous !
Je décide que la meilleure réponse que je peux lui faire est de l’ignorer
complètement.

Mais par curiosité, j’allume mon ordinateur et mets le CD en marche. Au


premier son, je reconnais la compilation qu’il avait faite pour moi pour
notre premier rendez-vous. Un fort sentiment d’amertume m’envahit
soudain. Ce souvenir me paraissait si loin ? Et là, en écoutant ça, j’ai
l’impression que c’était hier…

Je m’empresse d’arrêter le CD et de fermer l’ordinateur. Je dois me


reprendre. Beaucoup de choses ont changé depuis ce premier jour. Le
Kader d’alors n’est plus le même que je connais. Et je n’ai aucune envie
de penser à lui en termes de « bons souvenirs ».

Karine arrive enfin quelques minutes plus tard et malgré ma mauvaise


humeur, on passe ensemble un bon moment dans les magasins à
Châtelet.

Je n’ai pas parlé du colis de Kader à Karine. D’ailleurs je ne lui ai pas


parlé non plus de ses messages…
Il n’y a que Karine qui connait toute la vérité sur mon histoire avec
Kader. Et je sais qu’elle lui en veut autant que moi. Mais à cause de ça
elle le critique durement les rares fois où on aborde son sujet.
Quelquefois, je ne sais pas pourquoi, mais la virulence de ses
remarques sur Kader me dérange un peu, même si je sais qu’elle ne fait
ça que par solidarité envers moi.
Elle croit bien faire, mais au fond ça ne me fait aucun bien.
Du coup, je ne tiens pas à ce qu’elle soit au courant des événements
récents.

Après notre séance de shopping, on est assises à une terrasse de café


en train de siroter nos verres, quand mon téléphone sonne. Je regarde
l’écran et vois le nom de Soukeyna. Je m’excuse auprès de Karine et
décroche.
Après quelques banalités et les reproches de Soukeyna à qui j’avais
promis quelques jours plus tôt de la rappeler, je lui propose d’attendre
que je rentre chez moi pour lui repasser un coup de fil.

Je raccroche, le sourire aux lèvres. Cette fille a le don de me mettre à


l’aise et je ne peux pas m’empêcher de l’apprécier.
Mon sourire a dû éveiller la curiosité de Karine, car elle me demande : «
C’était qui ? »

Moi, gênée : Euh, une copine. Tu ne la connais pas.

Karine : Une copine que je ne connais pas…

Oh non elle insiste. Omettre c’est une chose, mentir c’est une autre tout
à fait différente, surtout à Karine.

Je me résigne et lui réponds : « C’était la sœur de Kader. »

Karine, l’air étonnée : Pourquoi tu causes avec la sœur de Kader ?

Moi : Ben parce qu’elle est sympa… Elle essaie de se rapprocher de


moi.

Karine : Et pourquoi ça ?

Moi : Parce qu’elle m’apprécie bien. Kader lui parlait beaucoup de moi
apparemment… Elle veut être là au cas où j’ai besoin de parler. Elle est
au courant de notre rupture et sans même savoir ce qui s’est passé,
n’est pas du tout du côté de Kader.
Karine : Son frère !

Moi : C’est bon Karine. Elle veut juste être mon amie, que je puisse me
confier à elle quand ça ne va pas…

Karine : Parce que tu n’as pas déjà une amie pour ça ?

Moi : Karine ! Tu n’as pas besoin de prendre les choses comme ça


quand même. Bien sûr que j’ai déjà une amie. Mais Soukeyna a de
l’expérience. Elle vit des choses dures aussi. C’est comme une grande
sœur.

Karine : Oui, celle de Kader… En tout cas, je serais toi, je me méfierais.


Pourquoi c’est maintenant qu’elle veut devenir ton amie ? A mon avis,
elle est aussi fourbe que son frère.

Voilà, ce que je disais. C’est ça le problème avec Karine. Kader est


devenu fourbe maintenant.

Je commence à m’énerver : « Franchement Karine tu exagères. C’est à


cause de ça que je n’aime plus te parler de Kader. Tu juges les gens
trop facilement. »

Karine : C’est de moi dont tu parles ? Donc je ne suis plus digne de


confiance maintenant ?

Moi : Mais de quoi tu parles Karine ? Qui a parlé de confiance ici ?

Karine : Si tu me faisais confiance, tu me dirais tout. Je vois bien ton jeu


Ami. D’abord tu écartes Badou et maintenant c’est moi. Tout ça à cause
de Kader. Tu as déjà oublié ce qu’il t’a fait ?

Mais pourquoi elle mélange tout ? Qu’est-ce que Badou a à voir là-
dedans ?

Moi : Arrête Karine stp. Je ne suis vraiment pas d’humeur.

Karine : Ok, ma chère. J’arrête. Tiens, rentrons. Comme ça au moins tu


ne seras pas obligée de me supporter.

Moi : T’es sérieuse ?

Mais je la vois se saisir de ses sacs et se lever, énervée.


Ok, si c’est ce qu’elle veut hein, pas de problème pour moi ! Je prends
mes affaires aussi et on se dirige vers la caisse du café pour payer
l’addition. Nous marchons ensuite rapidement dans la même direction
pour prendre le RER, sans se parler ni se regarder. On finit par se quitter
sans même se dire au revoir, chacune se dirigeant vers son train.

Je ne comprends rien à ce qui vient de se passer. Ça m’énerve !

***

Le week-end s’est terminé comme il avait commencé, c’est-à-dire mal. Il


ne s’est rien passé de particulier le dimanche mais j’avais un gros coup
de blues.
Le dimanche soir, n’y tenant plus, j’ai essayé d’appeler Badou mais je
suis tombée sur sa messagerie après plusieurs sonneries dans le vide.
Il m’a envoyé un message très tard pour me dire qu’il me rappellerait le
lendemain. Je ne l’ai vu que le lendemain justement.

Donc, week-end raté. C’est avec beaucoup d’espoir que j’ai repris le
boulot le lundi, espérant « souffler » un peu.
Malheureusement, ça ne se passe pas comme voulu. J’avais oublié le
cas « Marc ».

Toute la semaine, j’ai appréhendé les ateliers auxquels je devais


participer, me demandant s’il allait y être ou pas.
Malheureusement, c’était le cas pour beaucoup. Et malheureusement, je
me suis encore retrouvée plusieurs fois dans sa ligne de mire. Je pense
même que les autres ont dû remarquer son manège. Ce n’est pas
possible qu’ils trouvent normal le fait que je sois la principale personne à
qui il se sent obligé de demander un avis, moi la stagiaire…

Et comme si ça ne suffisait pas, en dehors des réunions, je sens souvent


son regard sur moi, même en lui tournant le dos. Une vieille collègue m’a
même fait la remarque que j’avais « tapé dans l’œil du nouveau
‘bogosse’ » avec mon « corps de gazelle », ses propres mots. Voilà une
chose que je déteste. Qu’on se permette ce type de familiarités avec moi
au travail. Et sans Marc, ça ne serait pas arrivé. Je suis peut-être une
stagiaire mais je ne tiens pas à ce qu’on dépasse les limites avec moi,
surtout étant africaine. Ça commence toujours gentiment, puis ça finit
par te demander « et tu comptes rentrer chez toi un jour ? » Je le sais,
j’ai connu ça à l’école.
Bref, je ne sais vraiment plus quoi faire avec Marc.

Le jeudi, il est 12h30 quand on finit une réunion de laquelle je suis sortie
particulièrement remontée contre lui. D’habitude mes collègues et moi
allons manger ensemble à la cantine de l’entreprise. Mais aujourd’hui j’ai
vraiment besoin d’une pause loin d’eux tous.

Quand on me propose donc de venir manger, je décline : « Non allez-y.


Je vais prendre un sandwich dehors. »

A peine ai-je terminé que Marc, qui était resté assis dans la salle de
réunion, lève la tête de son ordinateur et dit : « Ah ça tombe bien. Je vais
prendre un sandwich aussi. Je ne serai pas seul… »

Et il me sourit un large sourire ! Je sens que je vais commettre un


meurtre.

Moi : Euh… J’y vais maintenant en fait.

Marc : Allons-y. Je suis prêt.

Il ferme son ordinateur en même temps qu’il dit ça et sort de la salle.

Marc : « Après toi ».

Je m’engage dans le couloir, énervée, et je remarque une ou deux têtes


du groupe de collègues qui nous ont précédés se retourner pour nous
regarder. Ce qui m’énerve encore plus.

Je marche rapidement, Marc à mes côtés. Je ne lui adresse pas un mot,


même dans l’ascenseur. Lui n’arrête pas de me regarder. Quand on sort
de l’immeuble, il m’arrête en me tirant légèrement le bras : « Tout va
bien Aminata ? ».
Je retire violemment mon bras. Pourquoi il me touche ?
Marc fait un mouvement de recul et lève ses mains : « Oh… ça va. Je ne
voulais pas t’agresser Aminata. Pourquoi tu es si énervée ? »

Moi, reprenant ma marche : Je ne suis pas énervée.

Marc : Tu es sûre ? Parce que tu en as tout l’air.

Moi, bien énervée : Je ne suis pas énervée Marc !


Il garde le silence. C’est mieux pour lui. Qu’on aille prendre nos
sandwichs et retourne au bureau vite fait. S’il me parle encore, je ne vais
plus répondre de moi.

Mais il ne s’arrête pas là : « C’est moi qui t’énerve comme ça ? Je t’ai fait
quelque chose ? »

Là, c’est trop. Je vais lui dire le fond de ma pensée. Je m’arrête et me


retourne vers lui.

Moi : Oui Marc tu m’as fait quelque chose. Plusieurs choses même.
D’abord pourquoi tu me poses toutes ces questions pendant les ateliers
? On dirait que je suis la seule key-user. Tout le monde a plus
d’expérience que moi sur les flux et les produits. Alors pourquoi c’est moi
que tu choisis de mettre dans l’embarras à chaque fois ?

Son expression passe de la surprise à un visible amusement.

Marc : Pourquoi ça te dérange ? Tu ne te sens pas à la hauteur ?

Moi : Quoi ? Bien sûr que je suis à la hauteur. Mais pourquoi moi
seulement ? Je ne comprends pas ce que tu y gagnes en fait. Tu veux
me faire rater mon stage ?

Marc : Oh non Aminata, tu te trompes sur mes intentions. Tu vas


comprendre.

Moi : Non Marc, tes intentions sont très claires. Ce que je ne sais pas,
c’est ce que ça t’apporte exactement. Passons ! Franchement Marc, tu
étais obligé de venir avec moi là, au lieu de manger avec les autres ?

Marc, l’air surpris : Je ne savais pas que ça te dérangeait de marcher


avec moi.

Moi : Eh bien si, tu vois. Tu as vu comment les autres nous ont regardés
? Tu sais qu’ils sont en train de s’imaginer des choses là ?

Marc, qui reste désespérément calme : Des choses… Comme quoi ?

Moi : Tu vois bien ce que je veux dire. Ils pensent que… qu’on…

Je ne sais plus quoi dire. Pourquoi il est si calme ?


Marc, qui me regarde fixement : …qu’il y’a quelque chose entre nous
deux ?

Moi : Oui Marc!

Marc : Eh bien ils ont raison.

Moi : Pardon ?

Marc : Ils ont raison de penser ça.

Moi: Je ne comprends pas… Pourquoi ils ont raison ?

Il me répond du tac au tac : « Parce que tu me plais. »

… Je dois avoir mal entendu. Ça doit être son français…

Moi, plus calmement : Je te… plais ?

Marc : Oui, tu me plais. Et oui, je connais très bien le verbe « plaire ».

Et il lit dans mes pensées en plus.

Je le scrute du regard : « Cest une blague ? »

Marc : J’ai l’air de plaisanter ?

Je le regarde plus attentivement. Non il n’a pas l’air. Pour une fois il n’a
pas son sourire amusé. Il me regarde fixement comme s’il attend une
réponse.

Alors que moi, je ne sais juste pas quoi dire. Je suis trop surprise. Je
continue de le scruter pour détecter dans son regard une quelconque
lueur de moquerie.

On se tient là, face à face, au milieu de la grande rue sans s’occuper des
passants qui vont et viennent.

Marc réagit soudainement en affichant à nouveau son sourire amusé : «


Viens, on va chercher ces sandwichs maintenant. »

Et il reprend sa marche.
Je reste à la même place et le suis du regard pendant quelques
secondes, toujours sous le coup de la surprise.
Non, il doit sûrement plaisanter en fait.

Je finis par chasser ces pensées et le suis.

[Alors? Elle était longue n'est-ce-pas?

Pensez fort à ça quand je vais vous faire une petite annonce tout à
l'heure émoticône smile

Kiss ya émoticône heart ]

[Suuuuuurpriiiiise!!!

Donc voilà, je vais en voyage pro demain et je ne suis pas sure des
conditions sur place. Je vous poste donc en avance la dose de mercredi!
Une très longue émoticône smile

Enjoy!! ]

© Partie 20 : Les confidences

On se tient là, face à face, au milieu de la grande rue sans s’occuper des
passants qui vont et viennent.

Marc réagit soudainement en affichant à nouveau son sourire moqueur :


« Allez. On va chercher ces sandwichs maintenant. »

Et il reprend sa marche.
Je reste à la même place et le suis du regard pendant quelques
secondes, toujours sous le coup de la surprise.
Non, il doit sûrement plaisanter en fait.

Je secoue la tête pour chasser mes pensées et le suis.

***

Le lendemain vendredi, je décide de finir ma journée plus tôt que


d’habitude. Je veux aller voir Karine avant de rentrer. On ne s’est pas
rappelé depuis notre dispute du samedi et je ne supporte plus cette
situation. Il faut que l’une de nous deux brise la glace.
Vers 17h30, avant de quitter, je lui envoie un message pour vérifier
qu’elle est chez elle. Elle me répond que oui. Je tire ma sacoche pour
ranger mon ordinateur quand je reçois un message sur la messagerie
instantanée interne de l’entreprise (genre MSN).

C’est Marc : « Tu rentres plus tôt aujourd’hui ? »

Je me tourne pour le regarder. Il en profite pour me faire un clin d’œil. Je


me retourne immédiatement, gênée.

Je tape sur le clavier : « Oui »

Marc : Tu as une minute avant ? Je voudrais te parler.

Je regarde l’écran sans réagir. J’ai peur que Marc soit vraiment sérieux
quand il dit que je lui plais. Et ça ne me convient pas du tout. Il va falloir
que je l’arrête avant qu’il ne se fasse trop d’idées.
Je reconnais qu’il a beaucoup de charme. Mais il n’est juste pas fait pour
moi. Autant qu’il s’intéresse à une de celles qui constituent sa cour
d’admiratrices et qui ne se donnent même pas la peine de s’en cacher.
Je pourrai même lui en suggérer une ou deux qui nous tympanisent avec
ça pendant les pauses café.

Je n’ai toujours pas répondu quand je reçois un autre message : « Alors


Moi : Ok.

Marc : Parfait. Je vais à la salle de café du premier. Tu attends quelques


minutes pour me rejoindre ?

Moi : Ok.

Marc se lève et sort de la salle. Pendant que je patiente pour le


rejoindre, je fais semblant de m’occuper sur mon ordinateur. Mais je
réfléchis en réalité à ce que je vais lui dire exactement pour ne pas trop
le froisser. La vérité c’est que je ne suis vraiment pas prête pour une
nouvelle relation. Mais si je lui dis ça, il risque de me poser des
questions sur le pourquoi… Bien sûr, je ne lui dirai pas la vérité, mais ça
risque d’allonger l’apparté plus que nécessaire.

Donc je lui dis quoi pour l’arrêter net ? « Tu vois Marc, je n’aime pas les
blancs en fait, désolée. Donc merci mais non, toi et moi ce ne sera pas
possible»
Hum, je doute que ça le fasse ça, même si c’était vrai.

Je me lève enfin pour prendre l’ascenseur tout en continuant de réfléchir.


Finalement, je pense que la meilleure excuse que je puisse sortir est de
prétexter vouloir séparer ma vie professionnelle de ma vie personnelle,
par principe… Oui je pense que ça peut le faire. Bonne idée.

Quand j’arrive dans la petite salle de café, je vois Marc adossé à une
table haute avec 2 gobelets en plastique dessus. Il regarde les images
qui défilent sur l’écran de publicité interne.
Il sent ma présence et se tourne vers moi en souriant. Quand je
m’approche, il me tend le plus grand des gobelets : « Tiens, je t’ai pris un
thé. Je sais que tu ne bois pas de café. »

Il a remarqué ? Je prends le gobelet et le remercie avant de me tenir en


face de lui, de l’autre côté de la petite table ronde.
Je commence à parler : « Ecoute Marc… »
Mais il me coupe immédiatement : « Aminata, je suis désolé pour ce qui
s’est passé hier. Je n’aurais pas dû te dire ça. J’ai dépassé les limites du
cadre professionnel. Tu crois qu’on peut oublier cet épisode ? »

Moi : Euh… oui. Oui bien sûr. C’est déjà oublié.

Il me fait un grand sourire : « Parfait. Je voulais te dire aussi que


j’arrêterai de t’embêter durant les ateliers. Je ne savais pas que tu le
prendrais mal. Désolé.
Tu vois, dès que je suis arrivé ici, j’ai remarqué tout le potentiel que tu
as. Mais je me suis vite aperçu aussi que tu ne t’en rendais pas compte
toi-même. J’ai vu ton parcours scolaire. Tu as fait une très bonne école
et tu es sérieuse et intelligente. Par contre, tu ne te fais pas assez
confiance, ce qui t’empêche de te vendre correctement. Or il le faut dans
ce milieu, surtout dans ce type d’entreprise où, tu le verras, on ne se
pardonne pas quand il s’agit de grimper les échelons. De plus, étant
d’origine étrangère tu dois te battre plus que les autres. Je sais de quoi
je parle. Il faut montrer que tu en veux et que tu as ce qu’il faut pour y
arriver. Tout est dans la communication. Ne te considère pas que
comme une stagiaire. Tu dois déjà voir plus loin. Ne te contente pas de
comprendre, montre le aussi que tu as tout compris. C’est pour ça que je
te poussais pendant les ateliers. Je voulais juste te donner l’occasion de
t’exprimer et montrer aux autres de quoi tu es capable. »
Je le regarde depuis quelques secondes les yeux écarquillés. Je suis
vraiment surprise, je ne m’attendais pas du tout à ça.

Moi : Mais pourquoi tu fais ça ? Je veux dire…pour moi.

Une lueur sombre passe furtivement dans ses yeux clairs, qu’il baisse.
Puis il me regarde à nouveau et fait son éternel sourire.

Marc : Parce que je t’apprécie. Tu m’as sorti de ma galère le premier


jour, tu te rappelles ?

Je souris : « Tu appelles galère rester assis dans un fauteuil moelleux


devant un café toi ? »

Marc, en riant : Tu sais depuis combien de temps j’étais là ! J’étais arrivé


aux aurores Aminata !

Sa manière de dire Aminata…


Je lui rends son sourire : « ça te vient d’où ton accent ? »

Marc : Tu n’as jamais rencontré de flamand ?

Moi : Tu es belge !

Marc : Belge flamand.

Moi : Mouai. Belge quoi. C’est ça que tu appelles « origine étrangère » ?

Marc, en riant : Quoi ? Tu crois que c’est plus simple plus moi.

Moi : Euh oui Marc. J’en suis sûr.

Il me regarde et sourit. Je le regarde de plus près et commence à le voir


différemment. Il a vraiment de très beaux traits, en plus d’être sympa.

Je baisse la tête et regarde ma montre.

Moi : Je dois y aller. J’ai un rendez-vous

Marc : Ok. Je te laisse remonter en premier, comme tu dois partir.

Je marche vers la sortie mais avant je me retourne vers lui : « Merci


Marc. C’est…gentil. »
Il me fait un clin d’œil et répond : « Bon week-end Aminata. »

***

Je remonte au bureau prendre mes affaires et ressors.

Environ trois quarts d’heure plus tard, je suis devant l’appartement de


Karine.
Je sonne à la porte, un peu nerveuse après ce qui s’était passé le week-
end dernier, même si Karine sait déjà que je suis arrivée.

La porte s’ouvre. On se regarde quelques secondes Karine et moi, puis


on se met à rire doucement toutes les deux en même temps.
Heureusement qu’il n’y a pas de témoin parce qu’on nous prendrait
vraiment pour des folles.
Je franchis la porte et la prends dans mes bras. On se fait un gros câlin.
Hum, je préfère ça.

Karine : Je suis désolée ma puce.

Moi : C’est moi qui suis désolée chérie. Je ne pouvais plus supporter de
te savoir fâchée contre moi. Alors tu vois, je me traine jusqu’ici pour te
demander pardon. Tu me pardonnes ?

Je simule une mine triste, les mains jointes. Ce qui fait rire Karine.

Karine : On est deux vraies gamines ! Allez viens t’assoir.

Je me débarrasse de mes affaires en lui disant : « Parle pour toi.


T’aurais dû te voir quand tu t’es levée de ta chaise « Ok j’arrête… ». »

J’imite sa voix quand elle est énervée et on éclate de rire.

Karine : T’abuses ! Je ne parle même pas comme ça.

On s’affale toutes les deux sur le canapé, collées l’une à l’autre.

Je me tourne vers elle et glisse mon bras sous le sien avant de lui dire
plus sérieusement: « Karine, je ne cherche pas à t’écarter tu sais… pas
toi. »

Karine : Oui je sais. Mais tu ne veux plus te confier à moi ?


Moi : Ce n’est pas ça… C’est juste que tu es dure des fois.

Karine : Avec Kader ?

Moi : Je ne voulais pas parler de lui.

Karine : C’est bon Ami. Tu as le droit d’avoir encore des sentiments pour
lui. Je comprends maintenant.

Moi : Je n’ai pas dit ça…

Karine : Arrête. Je vois bien que tu l’aimes encore. Et c’est normal, ce


genre de choses ne se commande pas et surtout ne disparait pas juste
comme ça.

Moi :…

Karine : Et puis j’ai exagéré aussi. Je pense qu’inconsciemment


j’essayais de te rendre la pareille…

Moi : Comment ça ?

Karine : Tu as été dure par rapport à… qui tu sais.

Moi : Tu parles de Badou ?

Karine : Oui. Tu as tout fait pour qu’il n’y ait rien entre nous. On n’en a
jamais ouvertement parlé mais je sais très bien que tu évitais qu’on se
voie et tu faisais toujours des remarques voilées qui visaient à me mettre
en garde. Je sais que tu pensais me protéger... Mais ça m’énervait, c’est
comme si tu décidais à ma place… Inconsciemment, je pense que je
voulais que tu voies ce que ça fait de voir sa meilleure amie critiquer
l’homme qu’on aime.

Moi : « L’homme qu’on aime ?? »

Elle détourne les yeux, gênée.

Moi : Karine, tu veux dire que tu aimes Badou ? Je pensais que c’était
juste… de l’attirance ?

Karine : Oublie ça.


Moi : Non Karine. Ecoute, je suis désolée. Je voulais juste te protéger
avant que tu ne tombes amoureuse de lui. Badou est…

Je m’arrête en me rendant compte que j’allais encore le critiquer.

Je me reprends : « Karine, si vous avez vraiment envie d’être ensemble


tous les deux, vous n’avez pas besoin de ma bénédiction. Et si vous la
voulez quand même, vous l’avez. »

Cette fois elle ne se contente pas de détourner la tête. Elle se lève,


comme si elle avait quelque chose à faire.

Moi : Karine ?

Elle me répond sans se retourner : Hum ?

Moi : Regarde-moi.

Elle se tourne et me regarde. Je la scrute quelques secondes avant de


lui demander : « Depuis quand ? »

Karine : Je ne comprends pas ?

Je lui souris : « Arrête ton jeu Karine. Depuis quand tu vois Badou ? »

Elle soupire et se rassoit avant de répondre : « Depuis quelques


semaines. Il est venu chez moi le lendemain de… ta dispute avec Kader.
Il m’a dit qu’il venait de déposer Kader chez toi et ne comprenait pas
pourquoi tu avais réagi excessivement, selon lui. Je l’avais mis en garde
avant qu’il parte alors il pensait que je savais quelque chose...
Ne t’inquiète pas, je ne lui ai rien dit sur ce qui s’est vraiment passé.
On a commencé à parler des relations compliquées puis de fil en aiguille
on en est arrivé à parler de nous deux… Et il s’est passé ce qui s’est
passé… »

Moi, alarmée : Vous avez…

Karine : Non, non. Pas jusque là... Enfin, pas ce jour-là.

Moi : Karine… J’espère que tu sais ce que tu fais.

Karine : Oui, ne t’inquiète pas. C’est pour ça que je ne voulais pas t’en
parler même si c’était devenu insupportable de te le cacher. Je ne
voulais pas que tu le critiques encore. Je lui avais demandé de ne rien te
dire pour le moment… Il est adorable, tu sais. Ça me change de mes
précédentes relations. Mais toi, tu es son amie et tu le vois avec des
yeux différents.

Justement. Je sais comment Badou se comporte avec ses petites amies.


Oui il est adorable avec elles. Chacune d’entre elles, leur faisant croire
qu’elles sont uniques et ce de manière très convaincante. Moi je savais
ce qu’il en était réellement de ses sentiments. Je voyais défiler plusieurs
de ces filles dans la même période. Et de toute façon, à moi, il ne cachait
pas qu’il les collectionnaient.

Je ne veux pas le montrer à Karine mais je suis quand même très


inquiète. Donc là ça fait deux mois qu’ils entretiennent une relation !
Ils sont tous les deux mes amis, mais Karine est sensible même si elle
aime jouer à la forte. Au fond, on est toutes les deux pareilles. Et je ne
veux pas qu’elle souffre comme moi je l’ai fait. Elle a déjà assez souffert
comme ça à cause des garçons.

Je lui réponds : « Je suis désolée… Je ne pensais pas que c’était à ce


point, sinon je ne m’en serais jamais mêlée… Mais fais attention Karine.

Je réfléchis en silence, me demandant si je dois parler à Badou ou non,


pour être sûr de ce qui le motive. Mais en même temps, je ne veux pas
m’en mêler… Là je ne sais pas quoi faire.

Finalement, je préfère changer de sujet et décide de raconter à Karine


les messages que je reçois depuis maintenant deux semaines de Kader.

Moi : Il n’arrête jamais Karine, pas un seul jour. C’est simple, dès que
mon téléphone bipe tôt le matin ou tard le soir, je ne me pose même pas
de questions. Je sais que c’est lui. Et le week-end dernier, il m’a aussi
envoyé un cadeau, un CD de compilation qu’il avait fait pour moi.

Karine : C’est une tactique. Il ne veut pas se faire oublier. Il essaie de te


rappeler ce que vous avez vécu avant le drame.

Moi : Et ça ne m’aide pas à avancer, tu vois ? J’essaie vraiment mais je


ne peux pas m’empêcher d’y penser.

Karine : Ce qu’il te faut c’est un nouveau mec, une relation « pansement


» quoi.
Moi : Ah non hein. Tout sauf ça. Je vais faire quoi avec un mec ? On va
se contenter de se regarder et parler de la pluie et du beau temps ?

Karine : Tu exagères ! Tu veux dire que tu vas rester toute ta vie


célibataire.

Moi : Exactement.

Karine : Eh bien bonne chance.

Moi : Karine, je suis sérieuse. Je ne m’imagine même pas me laisser


toucher par un homme. Alors comment tu veux que je sorte avec
quelqu’un ?

Karine : Tu ne peux pas savoir tant que tu n’as pas essayé.

Moi : Mouai… Y’a un mec dans mon équipe, il m’a dit hier que je lui
plaisais. Je te jure que c’est tombé comme ça ! Alors qu’on n’était même
pas proches quoi, au contraire ! Et puis tout à l’heure, il s’est finalement
excusé pour ça, disant qu’il n’aurait pas dû. Je n’ai rien compris mais ça
m’a bien soulagée. C’est un collègue que je vais voir tous les jours et je
ne savais pas comment le rejeter sans créer de malaise, tu vois... Bref.
On a fini par parler d’autre chose et en fait il est vachement cool.

Karine : Hum ! Il est comment ?

Moi : Oh, pas la peine de t’imaginer des choses toi aussi! Je te disais ça
juste comme ça.

Karine : Ok, ok. Dis-moi juste comment il est, d’accord.

Moi : Plutôt pas mal… Non, j’avoue, il est très beau en fait. Puis il a
quelque chose de rassurant, tu vois… Toutes les filles au bureau
craquent pour lui.

Karine : Et pas toi ?

Moi : Moi je n’ai pas le temps pour ça. Je le trouve sympa, sans plus. Et
je pense qu’il peut m’être de bon conseil, professionnellement… Puis il
est vieux Karine! Il doit avoir au moins 35 ans !

Karine : L’âge parfait ! Il saura te traiter comme un bébé. Tu devrais le


séduire ma belle. A coup sûr, tu lui plais. S’il te l’a dit une fois, c’est que
c’est vrai.

Moi : Eh, je n’ai aucune intention de sortir avec lui, ok. Je regrette déjà
de t’avoir raconté ça.

Karine : Tu as tort. Ce serait justement un bon moyen d’oublier Kader…

Quand Karine veut convaincre, elle se donne vraiment les moyens. Je la


laisse faire son exposé sur les raisons pour lesquelles je devrais sortir
avec Marc. Au bout d’un moment, je ne l’écoute même plus.
Finalement, à bout d’arguments, elle finit par changer de sujet. Ensuite,
on reste longtemps à papoter de choses plus légères avant que je ne me
décide à rentrer.

***

Le soir, avant de me coucher, je reçois comme d’habitude mon message


de bonne nuit.

Quelques minutes plus tard, je reçois aussi un coup de fil de papa. Je


suis tellement surprise que j’ai failli raccrocher au lieu de décrocher.
Papa qui m’appelle ! Promis, demain, je joue au loto.

Moi : Allô papa ?

Papa : Ma fille indigne. Comment tu vas ?

Moi : Toi aussi pourquoi tu dis ça ?

Papa : Parce que c’est ce que tu es. Tu n’appelles jamais ton père.

Moi : Mais ça coûte cher les cartes, papa. Si tu veux que je t’appelle plus
souvent, envoie-moi un peu plus de sous.

Papa : J’étais sûr que tu dirais ça. Tu n’auras rien de moi, tu me ruines
déjà assez. Bon je ne vais pas durer. Je voulais juste te dire que je vais
au Maroc demain avec Malick qui m’accompagne (mon frère aîné). On
va passer quelques jours là-bas.

Moi, surprise : Au Maroc ? Qu’est-ce que vous allez faire là-bas ?

Papa : On va voir un médecin. Juste pour un bilan de santé.


Moi : Tu as besoin d’aller au Maroc pour un bilan de santé ? Pourquoi tu
ne le fais pas à Dakar.

Papa : Tu sais comment ils sont les médecins ici… En plus, je veux en
profiter pour visiter Fèz.

Moi : Hum. Ok. Mais tu vas bien ?

Papa : Oui, oui. Tout va bien. Bon, je te laisse.

Moi : Tu m’appelles quand t’es là-bas pour que j’aie ton numéro d’accord
?

Papa : Donc tu as de quoi appeler maintenant… Tu n’es qu’une petite


menteuse, Aminata ! Allez, j’y vais. Que Dieu te garde.

Moi : Amine papa.

Je raccroche, le sourire aux lèvres. Je n’entends pas souvent papa, mais


il a le don de me faire oublier tous mes maux avec des phrases banales.
Juste le son de sa voix m’apaise. Je ne sais pas l’expliquer…

Je m’endors en me promettant de l’appeler quand il sera au Maroc. Il ne


va pas en croire ses oreilles.

***

Presque trois semaines sont passées depuis ce week-end. On est mi-


juin et je finis mon stage dans 6 semaines environ. Presque à la même
période que mon anniversaire.

Les jours se sont écoulés en se ressemblant les uns aux autres. Ma vie
est composée de mon boulot, les nouvelles de ma famille, mes amis et…
Kader.
Je ne l’ai pas vu depuis longtemps mais c’est tout comme car il trouve le
moyen de se rendre présent. Il continue de m’envoyer des messages et
des cadeaux chaque week-end. Le week-end dernier c’était une boîte de
chocolats. Le précédent c’était juste une carte postale où il avait marqué
des mots doux.

Il y’a trois jours, le matin, j’ai été surprise de ne recevoir aucun message
de lui.
J’avoue que n’ayant toujours rien reçu à 11h passées, j’ai commencé à
m’inquiéter. De nature, je suis très anxieuse et j’imagine toujours les
pires choses pour un rien. J’ai commencé à me demander s’il lui était
arrivé quelque chose.
Cependant, il était hors de question que je l’appelle. C’est juste qu’il vit
seul, et je n’étais pas sûre que quelqu’un puisse le secourir s’il lui était
arrivé quelque chose.

A 12h, pendant la pause, je n’ai plus pu me retenir. J’ai appelé Badou.

Badou : Salut choubi.

Moi : salut toi. Ecoute, je ne vais pas durer, on m’attend pour manger.
Dis-moi, tu as eu des nouvelles de Kader récemment ?

Badou mit du temps à répondre. J’ai eu l’impression qu’il souriait : «


Pourquoi cette question ? »

Moi : Euh, pour rien. Juste, tu peux essayer de l’appeler maintenant stp
? Juste pour voir s’il répond… Ne lui dis pas que c’est moi qui te l’ai
demandé hein !

Badou : Ok. Je ne comprends rien du tout. Mais je vais le faire.

Moi : T’es gentil. Tu m’envoies un texto après ?

J’avais alors raccroché pour rejoindre mes collègues. Quelques minutes


plus tard, je recevais un texto de Badou : « Désolée. Il ne répond pas. »

Là j’étais vraiment inquiète. J’ai beau détester Kader, il reste quand


même un être humain et sa famille n’est pas ici avec lui, non plus.

Je commençais déjà à me lever de ma chaise pour rappeler Badou et lui


demander d’aller directement chez Kader, quand j’ai reçu un autre
message d’un numéro inconnu : « Bonsoir mon amour. J’ai pris un peu
de retard pour te souhaiter un bon jour aujourd’hui. Je suis en
déplacement professionnel mais je rentre très vite. Je ne t’oublie jamais.
Kader. »

Je me suis alors rassise. « Bonsoir », il devait être loin s’il considérait


être le soir. Et ce numéro devait être son numéro professionnel que je
n’avais pas gardé en tête, contrairement à l’autre.
Bref, soulagée, je m’étais rassise. Je pouvais manger tranquillement à
présent, sans me sentir coupable de ne pas sauver un être humain en
détresse. Marc qui me regardait bizarrement, se demandant sans doute
ce qu’était mon manège.

En parlant de ce dernier, on est pratiquement potes maintenant. On


prend toutes nos pauses café ensemble et il me prodigue beaucoup de
conseils. D’ailleurs c’est grâce à ceux-ci que j’ai décidé de postuler dans
d’autres entreprises pour mon futur poste. En effet, d’ici peu c’est la fin
de mon stage et malgré la formation que j’ai faite il y’a quelques jours,
mon manager ne m’a parlé d’aucune proposition d’embauche. Marc m’a
également proposée en cooptation dans son entreprise au cas où.

On est vendredi, presque l’heure de la pause, et je suis assise à mon


bureau concentrée dans mes tâches quand je reçois un message
instantané de mon manager : « Tu me rejoins en salle de réunion X dans
5 minutes, Aminata ? »

Je réponds : « Ok », me demandant ce qu’il peut bien me vouloir. Peut-


être qu’il veut enfin me parler d’embauche ? Ayant peur d’être trop
déçue, j’évite quand même de m’exciter. En sortant de la salle, je me
retourne vers Marc qui me fait un clin d’œil.
Mon cœur bat fort quand je rejoins mon manager dans la petite salle.

***

J’en ressors 10 minutes après, plus qu’heureuse. Voilà, c’est fait. Je vais
rester ici, en tant qu’ingénieur projet junior. Mon manager m’a dit que les
RH m’enverront une lettre pour confirmer la proposition de rester avec
eux.
Je suis aux anges. Je m’empresse d’entrer dans l’open-space et de faire
un signe discret à Marc, en essayant de contenir mon excitation pour
que les autres ne me remarquent pas. Rien n’est signé encore, donc il
ne faut pas attirer le mauvais œil.

Marc me rejoint dans notre salle de café préférée. Avant même que je
n’ouvre la bouche, il me dit : « Alors ça y’est ? T’es embauchée ?

Moi, surprise : Comment tu sais ?

Marc : Bernard (mon manager) me l’a dit hier. Mais je voulais que ce soit
lui qui te l’annonce, rien que pour voir ta tête ensuite. J’avoue que ce
sourire en valait la peine.
En disant ça, il passe son doigt furtivement sur ma joue.

Le geste me gêne un peu, mais je suis trop heureuse pour m’y attarder.

Moi : Je suis trop contente Marc. Si tu savais !

Marc : N’oublie pas que tu le mérites Aminata.

Moi, un grand sourire aux lèvres : Merci.

Marc me regarde quelques secondes, puis dit « Bon, je te propose qu’on


fête ça. Je sais que tu aimes le paradis du fruit alors je t’invite. On pourra
être dehors pour parler de tout ça, sans tous ces parasites autour. »

Je ris et lui demande : Quand ?

Marc : Tout de suite. On va prendre nos affaires ?

*** Dans la tête de Kader***

La matinée a été harassante à tel point que je me demande comment je


vais finir cette journée. J’ai fait plusieurs heures de vol hier et suis arrivé
tard le soir. J’étais en déplacement professionnel pour seulement trois
jours, mais l’aller et le retour ont été tellement rapprochés que je n’ai pas
du tout eu le temps de récupérer entre les deux, surtout avec le
décalage horaire.

Et pour combler le tout, j’ai dû quand même revenir au boulot ce matin


pour boucler un dossier. J’ai l’impression que ma tête va exploser
bientôt.

Je donnerais tout pour trouver un peu de réconfort… Je pense à Ami et


me mets à rêver que je la retrouve chez moi ce soir, en rentrant. Mais
inutile de me faire du mal. Je sais que ça n’arrivera pas de sitôt.
Cela fait plus de deux mois que je suis les conseils de Soukeyna pour la
reconquérir. Et pour l’instant, elle n’a fait aucun signe vers moi.
Je voudrais juste pouvoir la voir, même de loin. Mais même ça c’est
impossible. Je ne sais pas combien de fois je suis resté devant mon
immeuble pendant de longues minutes pour voir si elle passerait devant.
Je suis sûr que certains de mes collègues ont dû se demander ce que je
faisais debout dehors, à rien faire.
J’ai été tenté d’aller chez elle aussi, mais Soukeyna et Badou me l’ont
déconseillé. Badou m’assure qu’elle finira par craquer, mais pour le
moment je n’ai rien qui me permette de le croire.

Je décide d’aller prendre le seul réconfort que je peux obtenir pour le


moment : du doliprane à la pharmacie du centre commercial. Je vais en
profiter pour prendre un sandwich.

Des minutes plus tard, je monte l’escalator des « 4 temps » en direction


de l’espace Restauration, complètement perdu dans mes pensées.

J’arrive en haut et me tourne pour prendre la direction du comptoir de


sandwichs.
A peine, je fais quelques pas que je vois, à dix mètres de moi, un
spectacle qui me fige sur place.

Ami, un grand sourire aux lèvres, est assise à la terrasse d’un


restaurant…avec un homme qu’elle fixe du regard.

Sa main serre celle de l’homme.

[Et voilà!
Je ne vais pas avoir la 3g sur place donc ne vous étonnez pas si je ne
réponds pas aux commentaires. Peut-être le soir...

A vendredi in sha Allah pour la suite et mille bisous émoticône


heartémoticône heart ♥]

[Là voici, là voilà! Hope you enjoy it.

Kissou émoticône heart émoticône heart émoticône heart ]

© Partie 21 : La décision

Je décide d’aller prendre le seul réconfort que je peux obtenir pour le


moment : du doliprane à la pharmacie du centre commercial. Je vais en
profiter pour prendre un sandwich.

Des minutes plus tard, je monte l’escalator des « 4 temps » en direction


de l’espace Restauration, complètement perdu dans mes pensées.
J’arrive en haut et me tourne pour prendre la direction du comptoir de
sandwichs.
A peine je fais quelques pas que je vois, à dix mètres de moi, un
spectacle qui me fige sur place.

Ami, un grand sourire aux lèvres, est assise à la terrasse d’un


restaurant…avec un homme qu’elle fixe du regard.

Sa main serre celle de l’homme.

***Pendant ce temps dans la tête de Ami***

On est installés Marc et moi à la terrasse du Paradis du fruit depuis


quelques minutes déjà et on discute du sujet du jour : ma promesse
d’embauche. Je suis incapable de contenir mon excitation. Cette
nouvelle est une vraie récréation pour moi, une petite pause de bonheur.

Le serveur arrive et je lui passe ma commande. Pendant que Marc


passe la sienne, je lève le regard vers les escalators situés dans mon
champ de vision, et je sens le sourire collé à mon visage depuis tout à
l’heure se figer. Parmi les personnes qui montent, je remarque un
homme que je reconnais immédiatement : Kader. Il est de dos et il ne
nous voit pas.

Pendant quelques secondes, je ne le quitte pas des yeux. Le revoir


après tout ce temps me fait une impression bizarre. Je suis
profondément troublée.

Il arrive en haut de l’escalator et… oh non, il se tourne dans notre


direction. Il va me voir !
Sous une impulsion soudaine, sans réfléchir, je me tourne vers Marc qui
avait repris la conversation sans que je m’en rende compte et saisis
brusquement sa main posée sur la table. Il arrête de parler et me
regarde surpris. Je lui fais un grand sourire, ce qui semble le rassurer
assez pour qu’il se remette à parler. Je le regarde avec des yeux que
j’essaie de faire paraître amoureux. A l’intérieur de moi, je suis loin de
ressentir l’assurance que j’essaie de montrer. Mon cœur bat la chamade.

Kader s’arrête de marcher. Je distingue sa silhouette de profil, qui est


trop proche. Il nous a vus, c’est sûr. Je résiste difficilement à l’envie de
tourner mon regard vers lui.

Il va passer son chemin. Mon Dieu, faites qu’il passe son chemin. Il a vu
que je suis avec quelqu’un, non ? Mon « petit ami » ! Il ne va quand
même pas oser venir me parler dans ces conditions, si ?
A moins que… Oh non, c’est Kader, il va faire un scandale à coup sûr !
Je n’aurai pas dû faire ça. Mon Dieu, je suis bête, bête, bête ! Je vais
avoir la honte de ma vie. Mais je ne peux plus reculer... Et là j’ai envie de
pisser !

Il ne bouge toujours pas. Je ne sais pas depuis combien de temps il est


debout à cette même place mais pour moi on dirait des heures. Mais
qu’est-ce qu’il attend pour s’en aller ? En plus Marc va commencer à se
poser des questions. Je continue de lui faire un grand sourire, dents
dehors, alors que je ne sais même pas si ce qu’il raconte est drôle.

Au bout d’un instant, je distingue un mouvement de Kader. Mon cœur


s’arrête de battre. Il vient vers nous…
Non. Il s’en va. Ouf ! J’ose enfin le regarder. Il a dépassé notre niveau et
marche rapidement vers je ne sais où. Il marche calmement. Même pas
l’air énervé ?!
Bref, tant mieux. Le danger est passé.

J’entends enfin Marc : « …Aminata ? »

Je secoue la tête pour me réveiller et le regarde : Oui ?

Marc : Tu vas bien ? Tu es un peu bizarre.

Moi : Oui, oui. Tout va bien. J’ai juste… Je reviens.

Je me lève pour aller aux toilettes et vider ma vessie qui s’est remplie
sous le coup du stress. J’en profite pour bien me reprendre. Comment je
peux me mettre dans de pareils états pour Kader ? Ce n’est pas possible
quand même. C’est trop le pouvoir qu’il a sur moi ! Même après tout ce
qu’il m’a fait ! Il faut vraiment que ça change. Ce n’est juste plus
possible.
Je devrais suivre les conseils de Karine et sortir avec quelqu’un juste
pour écarter Kader pour de bon. J’en ai marre !

Quand j’ai bien rouspété dans ma tête et enfin repris mon calme, je sors
des toilettes et me dirige vers notre table. Je m’arrête subitement.
Non ! Ce n’est pas possible. C’est un cauchemar !
Qu’est-ce que Kader fait assis à ma place ? En face de Marc ?

Je n’ose plus approcher et commence à faire demi-tour. Mais Marc, qui


m’a sur son champ de vision, a la bonne idée de lever les yeux vers moi
à cet instant précis. Il me sourit. Kader se retourne alors et me voit. Il me
sourit aussi.

Je les regarde tous les deux, me demandant lequel je hais le plus : celui
qui vient de me trahir ou celui que je hais tout court.

Mais je n’ai plus le choix. Au risque de paraître ridicule au milieu de la


salle, je dois avancer.

Je me dirige à pas lents vers la table pendant que Kader est en train de
se lever. Je m’arrête à distance respectable pour lui laisser le temps de
s’éloigner de la chaise. Mais c’est compter sans son audace. Au lieu
d’aller dans l’autre sens, il s’avance vers moi. Je recule pour éviter tout
contact.

Kader, l’air inquiet : Ça va chérie ? Tu n’as pas l’air bien.

Quoi ? Mais à quoi il joue ? Je le regarde les yeux écarquillés.

Puis je lui demande d’une voix basse : Tu fais quoi ici ?

Kader parle assez fort, visiblement pour se faire entendre par Marc: « Je
t’ai vue alors que tu allais aux toilettes, bébé. Je ne pouvais pas passer
sans venir t’embrasser. En attendant que tu reviennes, j’en ai profité
pour faire connaissance avec ton collègue… Marc, c’est ça ? »

En disant ça, il se retourne vers Marc, l’œil interrogateur. Marc lui répond
par un sourire clairement forcé. On dirait qu’il est énervé. Qu’est-ce qui
s’est passé ici ?

Kader continue, l’air content de lui: « Bon, je ne vous dérange pas plus
longtemps. J’étais juste venu prendre un sandwich… Assis-toi chérie. »

Il me tire la chaise et tiens le dossier attendant que je m’assoie. Je n’ai


pas le choix… Je réussis à bouger mais mon esprit semble figé. Je finis
par m’assoir doucement.
Avant que je m’en rende compte pour réagir, Kader se penche vers moi
et me souffle tout bas dans les cheveux : « Tu me manques. »

Puis il se redresse, s’éloigne de la chaise et dit plus haut en me souriant


« A ce soir mon amour »
Et à Marc : « A bientôt peut-être ? »

Sans attendre la réponse de celui-ci, il s’en va, laissant au passage


l’odeur de son parfum que je connais tant.

*
Je mets quelques secondes avant de me réveiller. Qu’est-ce qui vient de
se passer là ?

Petit à petit, mon incompréhension fait place à la colère. Mais pour qui il
se prend, enfin ?

Marc choisit ce moment pour me dire : « Je ne savais pas que tu avais


un fiancé. »

Oh ! Qu’il n’en rajoute pas lui aussi !

Je lui réponds avec colère : Je n’ai PAS de fiancé !

Surpris par mon ton, il ne dit plus rien. On attend que le serveur arrive
avec nos plats et on commence à manger dans un silence religieux.
Marc finit par le rompre en parlant de banalités.
A force, je finis par retrouver le calme et un semblant de sourire.

***Dans la tête de Kader***

Voilà ! Au moins cette fois je n’ai pas laissé ma colère me dominer. Et


pour être en colère, ça je l’étais. Mais je ne l’ai pas laissée me dominer.
C’est l’essentiel. Et être aussi proche de Ami, la sentir… ça en valait la
peine.

Je suis content de moi. Au moins, j’ai écarté la possibilité qu’elle soit


réellement avec ce mec.

Quand je les ai vus, au début, ça me paraissait évident pourtant. Je suis


passé alors en quelques secondes par plusieurs sentiments. D’abord
une colère tellement intense que je suis content de ne pas avoir eu
d’arme en ma possession. Ensuite, j’étais triste, en me rappelant que je
n’avais plus aucun droit d’être en colère. Et enfin, en observant de plus
près Ami, j’ai eu un doute.

Elle ne le sait peut-être pas, mais je lis en elle comme un livre ouvert. Et
ça n’a pas changé malgré tout ce temps sans l’avoir vue. Je sais le voir
quand elle ment, quand elle est gênée ou encore nerveuse. Je sais lire
en elle, quand je me donne la peine de bien vouloir le faire au lieu de
n’écouter que mes propres sentiments comme j’ai eu à le faire…

Je l’ai regardée et j’ai vu son malaise. J’ai alors compris qu’elle aussi
m’avait vu. Elle jouait donc peut-être la comédie, avec son grand sourire
et cette main qu’elle serrait.
Peut-être qu’elle me testait ? Qu’elle voulait voir comment j’allais réagir ?
Dans ce cas, voulant lui prouver que j’ai changé, j’ai décidé de passer
mon chemin.

Mais arrivé devant le stand de sandwich, je n’en pouvais plus. Je ne


pouvais juste pas passer comme ça et rester dans le doute. Je suis donc
retourné sur mes pas. Même si je n’avais pas de réponse sur ce que cet
homme représentait pour elle, au moins je lui aurais parlé. Elle n’oserait
pas faire de scandale en public. Je sais comment elle est.

A ma grande chance, je l’ai vue quitter la table quand j’arrivais. C’était


l’occasion ou jamais d’avoir des réponses. Je me suis empressé de
rejoindre leur table.

Je suis arrivé devant ce Marc et lui ai dit : « Bonjour. Je me permets. J’ai


vu Aminata quitter votre table. Ça vous dérange si je l’attends ici pour lui
dire bonjour ? »

Lui : Euh, non. Comme vous voulez.

Je m’installai en face de lui sans attendre d’y être invité.


Puis j’enchainai : Merci. Monsieur… ?

Il hésita puis répondis : Marc Diers.

Moi : … Kader Hann. Le fiancé de Ami.

Je laissai passer un instant le temps de le laisser bien assimiler mes


paroles, avant de reprendre : « Et vous ? »

Lui : Euh… On travaille ensemble.

J’entendis le ouf de soulagement dans ma tête

Je lui répondis, en faignant d’être étonné : « Marc… C’est bizarre, elle ne


m’a jamais parlé de vous. »
Cette fois il ne répondit pas. Il avait l’air énervé.

On s’est regardé fixement quelques secondes les yeux dans les yeux,
une forte tension régnant entre nous.
Ça c’était la partie la plus difficile. Ma main me démangeait. J’avais
fortement envie de lui filer mon poing dans la gu**** maintenant que
c’était évident qu’il avait des vues sur Ami.

Heureusement qu’il leva les yeux à ce moment-là. Ami venait


d’apparaître.

Malgré mon soulagement d’avoir réussi à me contrôler, je suis loin d’être


satisfait. Et si Ami pensait sérieusement à sortir avec ce clown ? Ils
étaient seuls tous les deux, elle y réfléchit peut-être déjà…

Qu’est-ce que je ferai si jamais elle tombe amoureuse de lui ? Je ne


veux même pas y penser…mais cette éventualité s’est glissée dans ma
tête et bien installée.

Décidément, ma journée se passe très mal. Je n’ai pas la force de


retourner au travail. Je vais aller au bureau récupérer mes affaires et
rentrer. Je trouverai une explication à fournir plus tard.

***Dans la tête de Ami***

Sur le chemin du retour au bureau, je repense à la réaction de Kader


tout à l’heure. Malgré qu’il m’ait soûlée avec ses insinuations qui
n’avaient, j’en suis sûre, pour autre but que celui de faire passer un
message à Marc, je suis quand même très surprise qu’il ait pu se
contrôler. C’est la première fois qu’il me voit avec un homme sans
s’énerver.
Mais je refuse de penser plus à ça. Je ne dois pas me permettre de lui
trouver des qualités.

Marc marche à côté de moi sans parler, les mains dans les poches. Je
tourne la tête vers lui et il me sourit. Je lui rends un sourire sincère. Cet
homme est tellement patient. Je me sens encore un peu coupable pour
la manière dont je lui ai répondu tout à l’heure. Après tout, il n’a rien à
voir avec ce qui s’est passé.
Moi : Désolée pour tout à l’heure Marc. J’étais énervée mais ce n’était
pas contre toi.

Marc : Je sais. Ne t’en fais pas.

Je sens bizarrement le besoin de rétablir la vérité et aussi de me confier


à lui.

Je lui dis : « Cet homme a été mon fiancé. Mais il ne l’est plus. Je n’ai
aucun homme dans ma vie. Et je ne cherche pas à en avoir. »

Il garde le silence l’air pensif puis me répond : « C’est dommage. Tu


mérites qu’un homme te rende heureuse. »

Moi : Je suis déjà heureuse.

Gros mensonge.

***

La journée de travail se termine et je quitte tard le bureau comme j’ai pris


l’habitude de le faire quand je n’ai rien de prévu. Le soir, à l’heure
habituelle, je reçois un message de Kader : « C’était bon de te revoir
aujourd’hui. Tu as maigri… Mais tu es toujours aussi belle. Désolé pour
tout à l’heure. Je voulais te parler un peu, sans risque que tu me cries
dessus ou me ferme la porte au nez. Ce serait bien qu’on parle Ami. Il
n’y a jamais eu d’explications entre nous. Je t’aime. »

Cette fois je décide de réagir. J’en ai marre qu’il ne prenne pas en


considération mon choix d’en finir avec lui.

Je lui réponds : « Oublie-moi Kader !!! »

Il ne tarde pas à me répondre : « Je ne peux pas. »

Je jette à nouveau le portable sur le tapis avant de me retourner sur le lit.


A force, je vais le casser ce portable. C’est décidé, je change de numéro.

***

On est le 25 juillet aujourd’hui et c’est mon anniversaire. Cette année ça


tombe un vendredi. Comme d’habitude, je m’attends à ce que Karine et
Badou viennent le soir chez moi pour souffler les bougies. 24 ans...
J’ai l’impression que cette année a été la pire de ma vie, la plus longue
aussi.
Je mens aux autres et à moi-même quand j’essaie de faire croire que je
suis heureuse. Je ne le suis pas. J’admets que j’ai beaucoup de choses
dont je peux remercier le ciel : une famille aimante, des amis
attentionnés, un boulot stable bientôt et une bonne santé. Mais je suis en
manque de quelque chose ; un manque que je ne connaissais pas avant
ou alors auquel je ne prêtais pas attention.

Donc voilà. C’est mon anniversaire, je devrais être heureuse, penser à


faire la fête. Au lieu de ça, je suis assise ici au bureau, toute seule à
7h30 du matin et j’ai le blues.
Plongée dans mes pensées moroses, je n’entends pas quand quelqu’un
entre dans la salle. Je suis concentrée sur l’écran de mon ordinateur
quand je vois un bras poser un petit paquet devant moi. Une petite part
de gâteau surmontée d’une bougie unique allumée.
Le sourire me revient instantanément. Je n’ai pas besoin de me
retourner pour savoir qui c’est : Marc.

Je pivote ma chaise pour le regarder.

Marc : Joyeux anniversaire.

Moi : Merci. Comment tu sais ?

Marc : Je sais tout de toi.

Moi : Je ne crois pas non…

Marc : Je plaisante. Je l’ai vu sur l’un des documents du projet. Les


dates de naissance de tous les membres de l’équipe y sont.

Moi : Ah bon ? C’est intéressant ça. Je pourrai enfin connaître ton âge.

Marc : Pourquoi tu ne me le demandes pas tout simplement ? J’ai 34 ans


si tu veux savoir.

Moi : Ah je n’étais pas loin…

Marc : Tu fais quoi demain ?

Moi : Pourquoi ?
Marc : ça te dit Disneyland ?

Moi : Euh Marc, je crois que j’ai dépassé l’âge. Hier encore, j’aurais dit
oui. Mais aujourd’hui, j’ai 24 ans, ok ?

Marc, en riant : Oui ça se voit que tu as pris beaucoup de maturité en un


jour... Non, sérieusement. Je récupère mon fils à l’aéroport aujourd’hui. Il
veut aller à Disneyland. Tu ne veux pas venir avec nous ?

Moi : Attends. Pas si vite. Tu as un fils ?

Marc : Je ne te l’ai jamais dit ?

Moi, ironique : Je crois que je m’en serais souvenue si c’était le cas.

Marc : Alors oui. Gabin. Il a 6 ans... Il vit avec sa mère à Mulhouse et je


le récupère un week-end sur deux.

Moi : Ok… Mais pourquoi tu veux que je vienne avec vous ? Il ne me


connait même pas.

Marc : Eh bien ce sera l’occasion non ? Viens stp. Tu vas voir, ça va être
fun.

Je réfléchis un moment et repense à mes idées noires d’avant l’arrivée


de Marc. Il a réussi à me faire sourire. J’ai besoin de sourire…
De plus, je n’ai rien de prévu ce week-end. Karine et Badou passent plus
de temps ensemble maintenant qu’ils ne le passent avec moi. Et je ne
veux pas qu’ils se sentent obligés de me tenir compagnie. C’est sûr que
si je reste seule chez moi, je vais encore déprimer…

Je regarde Marc qui, assis sur mon bureau, attend toujours ma réponse.

Moi : C’est ok.

Marc, l’air satisfait : Parfait. Tu me donneras ton adresse. On passera te


prendre, c’est plus simple.

***

Le soir, comme je m’y attendais, Badou et Karine arrivent chez moi


ensemble, sans prévenir.
Dès que j’ouvre la porte, ils crient : « Joyeux anniversaire ! »
Je les fais entrer, amusée : « Merci. Vous êtes complètement fous. Vous
voulez ameuter tout le voisinage ou quoi ! »

Karine : C’est ton anniversaire, oh ! On a le droit de faire un peu de bruit


quand même.

En disant ça, elle pose une bouteille de « champomy » et un pack de


bière sur la table.

Moi, faussement fâchée : Eh oh c’est quoi ça ? Je ne veux pas de ça


chez moi hein.

Karine : Ce n’est pas moi qui l’ai ramené. C’est Badou.

Moi : Ça ne m’étonne pas.

Badou : Oh c’est bon. Joue pas ta rabat-joie encore.

Moi : Tchuip !

Karine se dirige vers la cuisine pour mettre le gâteau et le « champomy »


au frigo.

Badou en profite pour me tendre un petit sac : « Tiens. C’est pour toi. »

Je le prends, regarde à l’intérieur et en sors un petit paquet rouge.


Quand je l’ouvre, je vois une jolie chaînette en or avec au milieu une
boucle formée de deux cercles qui se chevauchent. Le cercle du dessus
est serti de ce qui semble être des petits diamants. Le bijou est
magnifique.

N’en croyant pas mes yeux, je regarde Badou : « T’es fou ? Ça a dû


coûter un bras ça. »

Badou : Sans doute… Mais pas le mien.

Moi : Comment ça ? Attends, Karine n’est pas assez folle pour ça quand
même…si ?

Cette dernière sort alors de la cuisine et me regarde étonnée : « Qu’est-


ce que j’ai fait ? »
Badou me prend la main : Viens.

Il se dirige vers la cuisine et je le suis, intriguée. Il ouvre la fenêtre de


celle-ci et me fait signe d’approcher.

Commençant à deviner de quoi il s’agit, je m’approche doucement et


regarde la rue en dessous. Sans surprise, je vois Kader adossé à sa
voiture, de l’autre côté de la rue. Il observait la fenêtre apparemment.
En me voyant, il simule un bisou avec sa main et tend celle-ci vers moi.
Ensuite il continue de me regarder et finit par contourner la voiture et se
mettre au volant.
Quand il démarre, je me retourne vers Badou, pensive. Ma bonne
humeur suite au cadeau est tombée d’un coup. Je me sens extrêmement
triste. On avait l’habitude Kader et moi de plaisanter avec ce geste. Je lui
envoyais un bisou et il faisait semblant de sauter pour l’attraper et le
poser ensuite sur ses lèvres. C’était tout bête mais ça me faisait rire.
C’était un des bons moments…

Badou, sentant que ça ne va pas, essaie de m’attirer à lui.


Instinctivement, j’ai un mouvement de recul. Mais il insiste en me forçant
un peu et je finis par poser mon front sur sa poitrine. Je suis fatiguée…
N’y tenant plus, j’éclate en sanglots. Je pleure toutes les larmes de mon
corps pendant que Badou me serre encore plus. Ça faisait longtemps
que je n’avais pas eu de contact avec un homme. Je m’en rends compte
alors que ses bras solides m’entourent. Mes pleurs redoublent d’intensité
en pensant aux bras que j’aurais aimé avoir à la place des siens.

Badou me tient là, sans rien dire, pendant des minutes, jusqu’à ce que
mes larmes s’arrêtent. Quand je relève enfin la tête, sa chemise est
toute trempée et tâchée de mascara.

Il se penche vers moi et demande affectueusement : « ça va mieux ? »

Je hoche la tête et lui réponds : « Désolée pour ta chemise »

Badou : Oh, laisse ça.

Je me retire de ses bras et me tourne vers la sortie. Je vois Karine


debout à l’entrée qui m’observe, le visage triste.
Je tente de lui sourire pour la rassurer.

Je vais dans la salle de bain et me lave la figure à l’eau fraîche. Ensuite


je m’essuie, souris à mon image pour détendre un peu mon visage et
ressors. Karine et Badou sont assis dans le salon. Je vais récupérer la
petite boîte dans la cuisine et reviens la tendre à Badou.

Moi : Rends-lui stp.

Badou : Ami.

Moi : Juste rends-lui ça Badou. Et stp arrête de lui donner des


informations sur moi. Je suis sûre que c’est encore toi qui lui a donné
mon nouveau numéro.

Badou : Oui, mais il savait déjà pour l’anniversaire.

Moi : Il faut qu’il sorte de ma vie Badou, tu comprends ça ? Sinon je ne


vais jamais m’en sortir, ce sera toujours comme ça. C’est comme ça que
tu aimes me voir ? A pleurer comme une petite fille ? Même à mon
anniversaire ? Dis-moi si c’est ce que tu veux !

Badou : Je veux juste que tu sois heureuse.

Moi : Alors qu’il arrête de me harceler.

Badou me regarde puis prend lentement la boîte que je lui tends.


Puis il me dit : « Tu n’es pas obligée de faire ça Ami. Vous pouvez
encore arranger les choses. Kader t’aime. »

Moi : Arrête Badou ! Une bonne fois pour toutes, arrête !

Puis je le plante là et entre dans la cuisine. J’y reste debout quelques


instants et reviens m’assoir dans le salon, un peu honteuse. Karine et
Badou sont là pour moi, je ne dois pas me comporter comme une enfant.

Mais cet événement a gâché le reste de la soirée. Malgré nos efforts à


tous les trois, l’ambiance est restée tendue.

Ils m’ont remis leurs cadeaux et on a essayé tant bien que mal de finir la
soirée en profitant du gâteau et des boissons, sans grande excitation.
J’ai soufflé mes 24 ans sur cette note triste.

***Dans la tête de Badou***

Karine et moi venons de quitter Ami. Pendant qu’on était ensemble tous
les trois, Kader m’a envoyé un message pour me demander comment
Ami avait réagi. Je lui ai répondu que je passerais chez lui dans la
soirée. J’ai bien réfléchi et il faut que je lui parle sérieusement. Même si
je ne suis pas d’accord avec Ami, je ne peux plus la laisser souffrir
comme elle le fait.

Karine dort chez moi ce soir et nous sommes dans ma voiture en route
vers Nanterre. Quand nous arrivons, je m’arrête devant l’immeuble et me
tourne vers elle : « Bébé, je crois que je vais aller voir Kader avant de
me coucher. Ça ne te dérange pas de m’attendre ? Je ne serai pas
long»

Karine : Mais pourquoi ? Ne t’en mêle pas encore Badou, stp.

Moi : Ne t’inquiète pas. Je sais ce que je fais.

Karine soupire : « Ok. Comme tu veux. »

Elle m’embrasse puis sort.

***

Vingt minutes plus tard, je suis assis avec Kader, chez lui.
Le pauvre… même s’il essaie de paraître serein, ça se voit qu’il a hâte
de savoir ce que j’ai à lui dire. Je ne sais vraiment plus quoi faire de ces
deux-là. S’aimer autant et se faire autant de mal… Je ne les comprends
pas.

Je lui dis : « Kad, je pensais qu’on était sur la bonne voie avec Ami, mais
là, honnêtement, je ne le crois plus. »

Il se redresse de son fauteuil, l’air inquiet : « Qu’est-ce que tu veux dire ?


»

Moi : Je veux dire que ça ne marche pas… Elle est toujours aussi
furieuse, et toujours malheureuse. Et ça fait déjà plus de trois mois que
ça dure... Elle a craqué aujourd’hui. Elle ne va vraiment pas bien. Tiens.

Je lui tends la boîte de bijou. Il le prend et l’observe. Puis il le pose sur


son visage, l’air hagard et perdu. Il me fait de la peine.

Il se tourne enfin vers moi et me demande : « Qu’est-ce que je dois faire


maintenant ? »
Moi, hésitant : Je crois… que tu devrais la laisser.

Kader : Quoi ?!

Moi : Pas pour toujours. Juste un moment… quelques mois. Avec le


temps, tu finiras par lui manquer, j’en suis sûr. Mais là je pense qu’elle a
besoin d’être tranquille.

Kader : Quelques mois hein. Et si elle rencontre quelqu’un entre temps ?


En fait elle a déjà rencontré quelqu’un. Mais si elle… se met avec ?!

Moi : Alors tu la laisseras faire. Et tu te mets avec une fille aussi,


pourquoi pas ? Faites un break, un vrai. Je suis sûr …

Il me coupe et me regarde l’air énervé cette fois : « Arrête. Tu ne sais


pas de quoi tu parles. Tu ne sais pas ce que tu me demandes mec. »

Moi : Je sais que ce ne sera pas facile… Mais tu peux le faire.

Kader : Facile ? C’est au-dessus de mes forces ! Je ne PEUX pas


imaginer Ami avec un autre homme. Et tu crois vraiment que j’ai envie
d’être avec une autre fille ? Enfin, Badou !

Moi : Et si c’est le seul moyen de la reconquérir ?

Kader :…

Moi : Réfléchis bien. C’est peut-être le seul moyen pour elle de te


pardonner.

Kader : Ça n’a pas de sens.

Moi : Kader, c’est la plus belle preuve d’amour que tu peux lui donner. La
laisser vivre. Accepter de faire ce que tu te sens incapable de faire. Pour
elle…
Refléchis-y

***Dans la tête de Ami***

Il est 2h du matin et je n’arrive pas à fermer l’œil. Badou et Karine sont


partis depuis longtemps et j’ai déjà tout rangé, nettoyé et me suis
couchée depuis une heure. Mais le sommeil refuse de venir. Il faut
pourtant que je dorme. J’ai promis à Marc d’être prête pour 10h demain
matin.
Ça m’énerve de ne pas pouvoir dormir et j’ai déjà lu tous les livres que
j’ai ici. Je n’ai rien pour m’aider.
.
Dépitée, je me tourne et me retourne sur le lit quand j’entends mon
téléphone biper. C’est forcément Kader. Je suis tentée de ne pas
prendre le téléphone…mais je le fais quand même.

J’ouvre son message et le lis : « Mon amour. Je ne supporte pas l’idée


que tu sois malheureuse à cause de moi. Tu as assez souffert par ma
faute. J’ai été égoïste de m’imposer à toi alors que tu m’as toujours dit
que tu ne me voulais plus. Maintenant il est temps que je te laisse vivre.
Tu mérites plus qu’aucune autre femme d’être heureuse. Et je veux que
tu le sois, plus que tout. Vis ta vie, ne te prive de rien. Sois heureuse. Et
si un jour, tu as besoin de moi, tu sais que je serai toujours là. Je t’aime.
Kader. »

Je le relis et le relis encore.


Après l’avoir relu une énième fois, je pose le portable sur ma poitrine, à
l’endroit où bat mon cœur.

Je sais que je ne vais pas dormir ce soir.

[Ne vous privez pas pour aimer et commenter please. J'ai besoin de
réconfort ce soir émoticône frown

Love ♥]

[Hello!!

Voici votre suite! émoticône heart ♥]

© Partie 22 : La paix

J’ouvre son message et le lis : « Mon amour. Je ne supporte pas l’idée


que tu sois malheureuse à cause de moi. Tu as assez souffert par ma
faute. J’ai été égoïste de m’imposer à toi alors que tu m’as toujours dit
que tu ne me voulais plus. Maintenant il est temps que je te laisse vivre.
Tu mérites plus qu’aucune autre femme d’être heureuse. Et je veux que
tu le sois, plus que tout. Vis ta vie, ne te prive de rien. Sois heureuse. Et
si un jour, tu as besoin de moi, tu sais que je serai toujours là. Je t’aime.
Kader. »

Je le relis et le relis encore.


Après l’avoir relu une énième fois, je pose le portable sur ma poitrine, à
l’endroit où bat mon cœur.

Je sais que je ne vais pas dormir ce soir.

***

Le lendemain, il est 8h quand je me force à me réveiller à la sonnerie du


téléphone. J’ai dormi moins de deux heures mais j’avais réglé mon réveil
pour 8h ce matin.
Là, je suis extrêmement fatiguée et je ne me sens pas la force d’aller
passer une journée entière avec Marc et son fils à Disneyland.

J’appelle Marc.

Marc : Allô Aminata ?

Moi, la voix enrouée : Bonjour Marc.

Marc : Bonjour. Tu n’es pas encore bien réveillée toi… Ne me dis pas
que tu ne viens plus avec nous.

Moi : Je suis désolée Marc. Je n’ai pas dormi cette nuit. Je suis
incapable de rester debout toute la journée à Disneyland.

Marc : Qu’est-ce qui s’est passé ? Tout va bien.

Moi : Oui, tout va bien. J’ai juste eu une grosse insomnie.

Marc : Ma pauvre. Tu as raison, il vaut mieux que tu récupères. Ne


t’inquiète pas pour Disneyland. J’irai avec Gabin. On ne t’en veut pas.

Moi : Merci.

Marc : Par contre, pour te rattraper, tu dînes avec nous. Je vais te


montrer mes talents de cuisinier.

Moi, dubitative : Hum tu cuisines toi…

Marc : Ben oui je cuisine. Et même très bien.


Moi : Je vois que tu es modeste aussi.

Marc, en riant : Alors c’est ok ?

Moi : Je ne sais pas Marc…

Marc : Aminata, c’est juste un dîner. On ne va pas te manger, promis.


Gabin et moi, on préfère les dodues. Leur chair est plus tendre.

Moi, en riant : Tu es fou.

Marc : Viens… Tu ne le regretteras pas, promis.

Moi : … Ok.

Marc : Super. On vient te prendre en revenant de Disney. Ce ne sera


sûrement pas avant 18h, mais je t’appellerai avant. Repose-toi bien
d’accord ?

***Dans la tête de Kader***

Allongé sur mon lit, je fixe le plafond de ma chambre comme si toutes les
réponses aux questions que je suis en train de me poser y sont inscrites.
J’ai pris hier une décision avec Ami, qui peut être très lourde de
conséquences : sortir complètement de sa vie. Je ne suis toujours pas
convaincu que cette décision puisse jouer en ma faveur, que ça puisse
l’amener à me pardonner un jour… Mais si ça peut au moins la rendre
heureuse, j’ai bien fait de l’avoir prise.

Mais je ne sais pas comment, moi Kader, je vais pouvoir vivre avec ça.
Comment je vais gérer mon quotidien ?
Il faut que je trouve le moyen de supporter de vivre plusieurs mois sans
Ami. Même si je ne la voyais plus, je gardais une sorte de contact avec
elle avec les messages et les cadeaux que je lui envoyais. Je n’avais
pas de retour, mais je savais que j’étais au moins dans sa vie à elle.
C’était déjà ça.

Là, il me faut quelque chose d’autre pour compenser le manque.


Sortir avec une fille ? Badou l’a suggéré mais c’est complètement
ridicule. Ni elle ni moi n’en tirerions du plaisir.
Un nouveau sport ? Un nouveau défi ? Un challenge ?
Un challenge... Pourquoi pas ? Mon boss m’a parlé il y’a quelques
semaines d’un nouveau contrat qui pourrait se signer avec une
entreprise automobile, à Detroit. Si ça se confirme, pourquoi ne pas
essayer de faire partie de l’équipe ? Si j’arrive à les convaincre, ce serait
l’opportunité pour moi de vivre quelque temps dans un nouvel
environnement.
Ça ne me ferait pas oublier Ami, mais au moins j’aurai plus de choses à
découvrir et auxquelles penser.
Je commence à m’en occuper dès lundi.

En attendant, je vais appeler Soukeyna, pour la tenir au courant.

Elle décroche : « Allô. »

Moi : Salut sister.

Soukey : Petit-frère ! Tu es définitivement devenu matinal on dirait.


Comme quoi hein, tout est possible dans cette vie-là… Comment tu vas
?

Moi : Bof. Je suis là, comme d’hab.

S : Des nouvelles de Ami ?

Moi : A ton avis… Mais c’est pour ça que je t’appelle. J’ai décidé de tout
arrêter. Tout ce que je faisais pour la reconquérir.

S : Ah bon ? Et pourquoi ?

Moi : C’était égoïste de ma part. Tout ça avait pour but de ME faire


pardonner. Mais au fond ça la rendait malheureuse elle. Je lui rappelle
trop de choses qu’elle n’a pas encore dépassées… Je me demande si
elle les dépassera jamais…

Soukeyna soupire avant de me répondre : « Tu as raison… Au fond, il


n’y a qu’elle qui peut vraiment savoir ce qu’elle ressent. Aucun de nous
ne peut se mettre à sa place. Ce que tu lui as fait est terrible et on ne
peut pas nous décider quand elle devrait dépasser ça ou non. Surtout
pas toi…
Et comment tu en es arrivé à cette conclusion ? »

Moi : Son ami, Badou, est venu me parler après l’avoir quittée hier. Il m’a
ouvert les yeux sur le fait que je lui faisais plus de mal que de bien.
S : Je vois. Mais je suis quand même fière de toi. Cette décision prouve
que tu es en train de changer.

Moi :…

S : Et ça va aller toi ?

Moi : Ça ira… Mais Soukeyna, je me retire seulement pour le moment.


Je garde espoir qu’elle me reviendra un jour. Je ne peux pas vivre sans
cet espoir.

S : … Je comprends. Mais, Kader, je ne veux pas que tu sois


malheureux toute ta vie. Tu as fait une terrible erreur, mais à un moment
donné, il faudra que tu la dépasses et que tu penses aussi à toi.

Moi : Je ne me la pardonnerai jamais.

S : Il le faudra un jour ou l’autre… Je parle souvent à Ami et je l’aime


beaucoup. Mais je t’aime aussi, tu es mon bébé. Je veux que tous les
deux vous soyez heureux, que ce soit ensemble ou non.

Moi : On sera heureux ensemble. Tu verras.

Soukeyna soupire à nouveau avant de me dire au revoir et raccrocher.

Tout le monde peut croire que c’est fini entre Ami et moi, mais moi je
suis convaincu du contraire. Il n’y a que nous deux qui savons
réellement ce qu’on a vécu ensemble, ce qu’on a ressenti quand on était
seuls, à quel point nos sentiments étaient forts.

Ce genre de choses ne peut pas juste disparaître.

***Dans la tête de Ami***

Il est 18h30 et je suis prête avant l’arrivée de Marc. Il m’a appelée il y’a
quelques minutes pour dire qu’ils quittaient Marne-la-Vallée. J’étais déjà
réveillée heureusement. J’ai pratiquement dormi toute la journée. Je n’ai
même pas mangé… J’avais plus besoin de récupérer.

Je me suis habillée de manière très décontractée. Un simple jean bleu et


un bustier noir. J’ai préféré ne pas me maquiller, je me suis juste attaché
les cheveux derrière.
En attendant que Marc arrive, j’en profite pour passer quelques coups de
fil. D’abord Badou et Karine qui ont essayé de me joindre quand je
dormais. Je les rassure sur le fait que je ne vais pas passer la soirée
seule et qu’ils n’ont donc pas à s’inquiéter pour moi.
Karine a dû deviner que je serai avec Marc vu comment elle avait l’air
réjouie.

Ensuite j’ai appelé maman et papa, surtout pour leur confirmer que je
passerai la fête du ramadan avec eux. En effet dans un mois à peu près
c’est le début du ramadan et ils ont insisté pour que je les rejoigne à
Saint-Louis pour le finir avec eux.
Papa veut absolument faire des prières pour moi pour mon premier vrai
travail.

Mais il fallait que je négocie d’abord avec mon boss. J’avais droit à une
semaine de vacances pour mon stage, dont je n’ai jamais profité, plus
quelques RTT (jours de repos) et congés anticipés que je pourrai
prendre. Au total, je vais pouvoir passer deux semaines pleines au
Sénégal. J’ai hâte de revoir ma famille.

Quand j’ai fini, j’attends l’appel de Marc encore quelques minutes. Il ne


tarde pas à arriver.

Je prends mon sac et descends pour les rejoindre.


Je vois Marc debout devant l’immeuble. Je l’observe, un peu surpris. Je
ne l’ai jamais vu dans une tenue aussi décontractée : un bermuda à
carreaux bleu, un tee-shirt lacoste blanc immaculé et des simples
sandales, le tout agrémenté d’une paire de lunettes de soleil noires. Les
cheveux ébouriffés, il fait beaucoup plus jeune et je le trouve vraiment
beau.

J’arrive à la porte et l’ouvre. Marc m’accueille avec le sourire.

Moi : Pourquoi tu ne t’habilles pas comme ça tous les jours ?

Il rit : « Je ne pense pas que ça le ferait auprès de mes clients… Tu es


très belle. »

Moi : Merci.

Marc : Viens.
On rejoint sa voiture garée à quelques mètres. Le fameux Gabin est
assis derrière sur son siège auto et nous observe, l’œil interrogateur. Il
ressemble trait pour trait à son père, en dehors de ses cheveux qui sont
blonds.

Je m’approche de lui, me penche au-dessus de la vitre baissée et lui dis


: « Bonjour Gabin. Moi c’est Aminata. »

Je lui tends ma main, qu’il prend sans arrêter de me regarder.

Moi : Tu as passé une bonne journée à Disney ?

Il hoche la tête en guise de réponse, toujours sans arrêter de me


regarder.

Je lui souris et rejoins la place passager avant. Marc entre aussi et


démarre.

Moi : On va où ?

Marc : 15ème.

***

Des minutes plus tard, on arrive devant un très grand immeuble. Après
s’être garés dans le parking souterrain, nous montons dans l’ascenseur.
J’essaie tant bien que mal de faire la conversation avec Gabin, mais
pour le moment je n’ai aucune réponse de sa part.
Son père me dit qu’il est simplement fatigué.

Arrivés au 17ème étage, on descend et Marc ouvre la porte d’un


appartement pour nous laisser entrer. J’entre et m’arrête quelques
secondes à la porte, incapable de cacher ma surprise.

Je suis devant un grand espace salon-séjour qui est largement délimité


de baie vitrée et est décoré de manière très recherchée. Ça sent à plein
nez le travail d’un professionnel.
Mais le clou du spectacle, c’est la magnifique et large vue qu’on a sur la
Seine et le pont Mirabeau, depuis l’entrée même de l’appartement.
L’espace, la décoration, les meubles, tout ici respire l’argent. Vivre dans
ce quartier et dans un tel appartement n’est pas donné à tout le monde.
Marc doit être plus riche qu’il ne veuille le laisser penser.
J’avance à l’intérieur et me tourne vers lui, pendant qu’il ferme la porte :
« Ça gagne combien déjà un consultant ? »

Il rit : « Crois-moi. Pas beaucoup. »

Moi : Ok. C’est le moment où tu m’avoues que tu es dans la mafia ?

Il sourit sans répondre.


Gabin s’est déjà installé devant la télé, essayant de démarrer un jeu.
Son père lui dit d’aller prendre une douche et se changer. Il obéit,
visiblement à contrecœur.

Marc me propose alors à boire et m’invite à m’installer au bar de la


cuisine américaine.

On s’y installe tous les deux et discutons en attendant le retour de


Gabin.

Moi : Gabin est mignon.

Marc : Tu as vu son père ?

Moi : Ça va les chevilles, sinon ?

Il rit.

Moi : Alors, tu nous prépares quoi ce soir ?

Marc : Je préfère te faire la surprise. Ce sera plus amusant.

Moi : J’espère qu’il n’y aura pas de porc.

Marc : Je sais que tu es musulmane Aminata. Ne t’inquiète pas. J’ai


appris à connaître tes goûts, je suis sûr que tu vas aimer.

Moi : Ok. J’attends de voir alors.

Il me raconte ensuite sa journée avec Gabin et me montre les


nombreuses photos qu’ils ont prises.

Celui-ci ne tarde pas à revenir. Il est déjà en pyjama.

Gabin : Je peux jouer à la console papa ?


Oh, ça y’est. J’entends enfin le son de sa voix. Il était temps.
Son père accepte à peine qu’il court vers le canapé et allume la télé.

Je regarde Marc et lui chuchote : « Je parie qu’il aime les voitures. »

Il me fait signe que oui. Je me lève alors et vais m’assoir à côté de


Gabin. Il ne me regarde même pas. Décidément.

Moi : Il parait que t’as un jeu de courses ?

Gabin :…

Moi, en faisant semblant de me lever : Bon, tant pis. J’avais envie de


jouer mais…

Gabin : Tu sais jouer ?

Moi : Si je sais jouer ? Si tu savais, je suis imbattable, surtout aux


courses de voiture… Tu veux qu’on joue ?

Gabin : Oui.

Moi : Passe-moi la manette.

Je me tourne pour faire un clin d’œil à son père qui, amusé, a suivi toute
la scène.

Il va ensuite prendre sa douche à son tour pendant que Gabin et moi


sommes plongés dans notre jeu.
Quand je l’entends revenir dans le salon, je tourne la tête vers lui et
l’observe. Encore une fois, impossible de ne pas remarquer son charme.
Il a troqué sa tenue de tout à l’heure contre un jean de la même couleur
que le mien et une chemise à moitié déboutonnée…

Et voilà je viens encore de me faire battre.

Gabin se tourne vers moi, l’air douteux : « Tu es sûre que tu sais jouer ?
»

Je réprime difficilement mon envie de rire : « Je veux juste te laisser


t’échauffer. Je fais ça quand je joue avec des enfants… Alors, une autre
partie ? »
Marc va vers la cuisine et commence à s’activer. Je me retourne pour
voir ce qu’il fait mais il est de dos et je n’arrive pas à voir. Il va falloir que
je patiente jusqu’au dîner. Mon ventre gargouille et me rappelle que je
n’ai rien mangé depuis mon réveil. Ce qui me rappelle que c’est parce
que je dormais. Ce qui me rappelle pourquoi je n’ai pas dormi la nuit…

Je refuse de penser à ça.

***

Le dîner valait la peine d’être attendu. Marc a préparé un succulent


risotto aux morilles et au parmesan accompagné de noix de saint-
jacques.

Je me régale comme je ne l’ai pas fait depuis longtemps.

Marc : Désolée, les noix étaient surgelées. Je n’ai pas eu le temps d’en
prendre des fraiches.

Moi : Oh, arrête. C’est délicieux.

Marc sourit : « Ça fait plaisir de te voir manger avec appétit. »

Je ne lui réponds pas. Je suis trop occupée à me régaler.

A la fin du dîner, Marc propose à Gabin d’aller se coucher. Celui-ci


bougonne un peu avant de descendre de sa chaise. A ma grande
surprise, il vient m’embrasser avant de partir.
Son père l’accompagne.

Mon alarme interne commence à sonner. Gabin couché, je vais me


retrouver seule avec Marc, avec un homme ! Ce n’est pas arrivé depuis
des mois et je ne veux pas que ça arrive aujourd’hui.
Je commence déjà à me lever, préparant dans ma tête une excuse pour
partir. Marc revient au moment où je pose la main sur mon sac posé sur
le bar.

Marc : Qu’est-ce que tu fais ?

Moi : Je dois y aller. Il se fait tard.

Marc : Aminata, on est samedi et il est à peine 21h30.


Moi : Je dois y aller Marc. Merci pour le dîner.

Il s’approche de moi et pose ses mains sur mes épaules. Je recule pour
m’éloigner de ce contact.

Marc me regarde attentivement : « Aminata, de quoi tu as peur ? »

Moi :…

Marc : Je ne vais rien te faire dont tu n’as pas envie. Je veux juste qu’on
passe une bonne soirée. Reste pour boire un verre stp. Détends-toi. Et
quand tu en as assez, je te raccompagne chez toi, d’accord ? Tu me fais
confiance non ?

Moi : Je ne sais pas.

Marc m’observe encore avant de me demander : « Qui a bien pu te faire


autant de mal ? »

Moi :…

Marc : C’est l’homme que j’avais vu n’est-ce pas ?

Moi :…

Marc : Je vois. Je ne sais pas ce qu’il t’a fait mais ça t’a traumatisée…
Viens.

Il me tend sa main en disant ça. J’hésite. Je viens de passer une très


bonne soirée avec Marc et Gabin, mais Kader a réussi à s’y glisser
comme d’habitude. Je ne dois plus laisser ce qui s’est passé entre nous
diriger mes pensées et mes actions. Sinon je ne vais jamais m’en sortir.
Je tends la main à Marc.

On se dirige alors vers l’entrée de la baie vitrée qu’il ouvre, avant de


m’inviter à m’assoir sur un des fauteuils installés sur la terrasse. Il
retourne ensuite à l’intérieur et prend la carafe du délicieux cocktail qu’il
avait préparé et deux verres, qu’il pose sur la table de la terrasse.
Il vient s’installer sur le fauteuil à côté de moi et me regarde, en souriant
: « Alors, on n’est pas bien là ? »

Oui, on est bien. En fin de mois de juillet, l’air est tiède et agréable et la
vue sur la Seine magnifique. J’arrive même à distinguer au loin la tour
Eiffel.
Je ferme les yeux une seconde et les rouvre. Je me sens en paix.
Marc me sert un verre de cocktail et on se met à discuter de choses
banales.

A un moment, encore fascinée par la vue, je me lève et m’approche du


rebord de la terrasse où je pose mes mains. Je regarde les lumières
scintiller sur l’eau et les gens se promener. Il y’a deux bateaux jumeaux
accostés à la berge. Tout ce spectacle, aussi simple soit-il, est
magnifique.
Plongée dans mes pensées, je n’ai pas entendu Marc s’approcher.
Quand je sens son souffle derrière moi, je me retourne pour le regarder.
Il a posé ses mains sur la rambarde et je me retrouve entre celle-ci et lui,
incapable de reculer. Sa taille imposante commence à me faire
paniquer.

Il se penche vers moi et dit doucement : « Calme-toi Aminata. Je ne


veux pas te faire de mal. Je veux juste que tu me donnes une chance. »

Il faut qu’il recule.

Je lui dis, la voix haletante : « Je croyais qu’on était amis Marc. »

Marc : Oui, on est amis. Regarde-moi. Stp calme-toi. Fais-moi confiance.


Je suis ton ami. Regarde-moi.

Je le regarde. Après quelques secondes, je sens les battements de mon


cœur se calmer. J’ai devant moi le même Marc que d’habitude. Ses yeux
n’ont pas changé. Ils ne sont pas devenus sombres comme ceux de…
Non je ne dois pas penser à ça. C’est Marc qui est devant moi. Et Marc
n’est pas violent.

Quand il voit que je me suis calmée, il me dit : « Aminata, je suis ton ami.
Mais je veux être plus que ça, tu le sais. »

Moi : Je ne suis pas une fille pour toi Marc.

Marc : Laisse-moi la liberté de croire le contraire.

Moi : Tu ne comprends pas. On est trop différents. Tu n’auras pas tout


ce que tu veux avec moi.
Marc : Tout ce que je veux c’est être avec toi.

Il s’arrête un peu comme s’il réfléchissait à quelque chose avant de


reprendre : « Je sais que tu es musulmane, que tu es sénégalaise et que
tu as certains principes. Je sais ce que ça implique. »

Je le regarde et en effet je vois dans ses yeux qu’il a compris.

Moi : Et ça ne te dérange pas ?

Marc : Je te l’ai dit. Je veux juste être avec toi.

Moi : Marc…

Sans me laisser finir, il approche son visage et pose ses lèvres sur les
miennes. Je ferme les yeux, essayant de me trouver du courage pour
répondre à son baiser.
Mais il s’éloigne déjà.

Juste ça.
Juste une légère pression qui a duré à peine trois secondes. Il me fixe
de son regard et je comprends alors qu’il a fait ça pour me rassurer. Il
s’éloigne ensuite et se rassoit.

Voilà ce que Marc fait. Il me rassure.

[Mon petit doigt me dit qu'il y'en a qui sont fachés contre moi, à cet
instant même.

Je vous réponds par des bisous! lol

A lundi pour la suite.

love émoticône heart ♥]

[Bonsoir!!

Voici la suite du lundi. Enjoy!! ]


© Partie 22 : La surprise

Sans me laisser finir, il approche son visage et pose ses lèvres sur les
miennes. Je ferme les yeux, essayant de me trouver du courage pour
répondre à son baiser.
Mais il s’éloigne déjà.

Juste ça.
Juste une légère pression qui a duré à peine trois secondes. Il me fixe
de son regard et je comprends alors qu’il a fait ça pour me rassurer. Il
s’éloigne ensuite et se rassoit.

Voilà ce que Marc fait. Il me rassure.

***

Le lendemain, c’est vers 11h seulement que je réussis à ouvrir les yeux.
Encore une fois j’ai dormi tard. Mais cette fois, ce n’était pas à cause
d’une insomnie. C’était parce que je me suis vraiment couchée tard. Je
suis rentrée chez moi à presque 3h du matin.
Marc et moi sommes restés très longtemps sur la terrasse, la main dans
la main. Nous avons beaucoup discuté mais nous profitions aussi du
silence quelquefois. Cette terrasse avait quelque chose de magique.
Marc n’a rien retenté vers moi tout le reste de la soirée. Il était juste assis
sur le fauteuil à côté de moi et tenait ma main en la caressant
doucement de son pouce. Ce simple geste avait des vertus calmantes.
J’étais détendue et je me sentais vraiment bien.

Marc m’a parlé un peu plus de lui. Avant hier, je ne savais pas grand-
chose de son passé. Il m’a raconté qu’il s’est séparé de la maman de
Gabin deux ans plus tôt après une relation de 5 ans, pour cause d’«
incompatibilité ». Ils s’étaient connus quand il travaillait en Belgique et
ont vécu ensemble plusieurs années. Quand ils se sont séparés, elle est
rentrée en France et lui a préféré venir y vivre pour être plus proche de
son fils. Depuis, il n’a connu aucune vraie relation, juste des histoires
sans lendemain.
J’ai voulu à mon tour lui parler de Kader, mais cette histoire est encore
trop fraîche. Je ne lui ai donc rien dit de plus qu’il ne sache déjà.
Heureusement, il ne m’a pas posé de questions là-dessus.

Plus tard, quand il a commencé à faire froid, on est rentré à l’intérieur.


Puis Il m’a ramenée chez moi, malgré mon insistance pour prendre un
taxi afin qu’il ne laissât pas Gabin seul.
Arrivée chez moi, il a encore fallu me laver et faire mes prières. C’est
donc tard que je me suis couchée et que j’ai reçu ensuite un appel de
Marc. On a parlé un peu et il a préféré me laisser me reposer.
Quand j’ai raccroché, je n’ai pas pu m’empêcher de regarder le portable,
pensant aux messages que j’avais l’habitude de recevoir de Kader. Je
pense qu’il va me falloir du temps avant que je me réhabitue à ne plus
les attendre.

Je me suis forcée à détourner mes pensées vers Marc et la soirée qu’on


venait de passer. J’ai fini par m’endormir le sourire aux lèvres.

Aujourd’hui, je n’ai rien de prévu, pour le moment. Je pense passer du


temps sur Skype avec ma famille, mais avant je dois rappeler Karine.
Elle a essayé de m’appeler sept fois depuis 9h. Sept appels ! Et je sais
très bien pourquoi : la curiosité ! Elle vient aux nouvelles, elle veut
profiter de ce que Badou dort pour me poser les questions qui doivent
sûrement la ronger depuis hier, telle que je la connais. Mais je l’ai laissée
mariner et je me suis tranquillement réveillée, douchée puis j’ai pris mon
petit-déjeuner. C’est cruel de ma part je sais, mais elle est trop curieuse.

Je l’appelle enfin vers 12h30. Elle répond à la première sonnerie.

Karine, en chuchotant : Ne quitte pas.

J’entends des bruits sourds puis Karine à nouveau : « Voilà, là c’est bon.
»

Moi : Tu étais avec Badou ?

Karine : Oui, j’essayais de le réveiller. J’en avais marre d’être seule.

Moi : Pauvre Badou…Bon c’est pourquoi tes sept appels là ?

K : Et toi c’est maintenant que tu me rappelles ? Je t’appelle sept fois et


tu prends tout ton temps pour me rappeler. Tu ne t’es pas dit que c’était
peut-être une urgence ?

Moi : Ok, c’était quoi l’urgence ?

K : Comment s’est passée ta soirée avec Marc ?

Moi : C’est ça l’urgence ?!


K : Oh, arrête de parler pour rien dire. Dis-moi juste comment ça s’est
passé.

Moi : Je ne comprends pas, en plus. Qui te dit que j’ai passé la soirée
avec Marc ?

K : Ami, tu m’énerves.

Je ris puis lui raconte quelques détails de la soirée, en parlant surtout de


Gabin, intentionnellement.
Elle m’écoute attentivement au début puis commence à s’impatienter : «
Ok, ok. Gabin est mignon, bla bla. J’ai compris. Qu’est-ce qui s’est passé
quand le mignon Gabin s’est couché ? »

Moi : Ah non. Il a passé toute la soirée avec nous.

K : Non ! Tu rigoles ? Marc lui aussi, il n’avait qu’à lui dire d’aller se
coucher. Ces toubabs ne savent pas éduquer leurs enfants quoi.

Moi : Je plaisante. Bien sûr qu’il est parti se coucher

Je lui raconte ensuite comment j’avais essayé de fuir et comment il avait


réussi à me convaincre de rester, jusqu’au baiser.

Moi : Ce n’était rien de plus qu’un bisou en fait. Mais ça m’a fait
énormément de bien. Il n’a même pas cherché à aller plus loin alors qu’il
en avait l’opportunité.

Karine, l’air enchantée : Ah je l’aime déjà ce Marc. Il faut que je le


rencontre. Je sens qu’il peut te réparer.

Moi : Me réparer ?! Je ne suis pas un objet cassé Karine.

K, en riant : Tu es pire, une toute petite chose délicate. Et Marc va te


remodeler comme il faut. Il a onze ans de plus que toi, il va te traiter
comme un bébé, tu verras.

Moi : Je ne t’ai pas dit qu’on est ensemble.

K : Tu ne le veux pas ?

Moi : Je ne sais pas… Peut-être... Je suis bien quand je suis avec lui. Il
ne me presse pas, il est tout le temps attentionné…

K : Alors fermes les yeux et vas-y.

Moi : Fermer les yeux, ça non. Plus jamais. Mais j’ai envie d’essayer.

K : Vas-y ma belle. Ne te prive pas. Il s’est passé quoi ensuite ?

Mon téléphone bipe. Je regarde l’écran. C’est un appel de Marc.

Moi : Karine, on se rappelle plus tard, ok. Bisou.

K : Ok, tu finiras après hein. Bisou.

Je réponds à Marc : « Allô »

Marc : « Bonjour princesse. Bien dormi ? »

Son « princesse » me prend un peu au dépourvu.

Moi : Oui, très bien. Je me suis bien reposée. Et toi ?

Marc : Je me suis levé tôt mais ça va je me sens en forme. Je viens de


déposer Gabin à l’aéroport. Je suis dans ma voiture là. Tu fais quoi ?

Moi : Euh, j’étais en train de parler au téléphone. Pourquoi ?

Marc : Tu veux qu’on se voie ? Un après-midi dehors, au soleil… ça te


dit ?

Moi : C’est tentant… Mais j’avais prévu de parler avec mes parents sur
Skype.

Marc : Ah oui, c’est vrai. Tu sais quoi, profite d’eux. Je suppose que ce
n’est pas tous les jours que tu leur parles. On a tous les jours pour se
voir, toi et moi.

Moi : Ok.

Marc : Appelle-moi si tu en as envie. Je t’embrasse.

Moi : Moi aussi.


Quelques minutes plus tard, j’envoie un message à ma sœur Khady pour
qu’ils se connectent sur Skype.
J’ai la chance de causer avec presque toute la famille, mon autre sœur
Oumou et mes frères étant venus en week-end chez les parents avec
leurs enfants.

Je passe 3 bonnes heures très détendues avec eux, à tour de rôle,


même papa. Les voir presque tous ensemble me rend nostalgique.
Quand j’étais plus jeune, ce type de réunion familiale était habituel. Tous
les dimanches après le déjeuner, on restait dans le salon pendant des
heures, avec les cousins et les cousines en plus des fois, quand ils
étaient venus en vacances chez nous. On discutait, racontait des
blagues, se rappelions de certaines histoires dont la plupart étaient des
bêtises que je faisais plus petite. Etant la benjamine de la famille, tout le
monde avait une histoire à raconter sur moi.
Ensuite, ceux qui voulaient partir avec papa au verger familial situé à
quelques kilomètres le faisaient. Les autres inventant des excuses pour
ne pas l’accompagner, souvent parce qu’ils voulaient plutôt aller à la
plage, ce que détestait papa.

Je me rappelle qu’un jour du mois d’août, il n’y avait plus de place dans
aucune voiture parce que papa avait obligé tout le monde à aller au
verger avec lui pour la cueillette annuelle des noix de coco.
Avec deux de mes copines, on avait pris une natte qu’on avait étendue à
l’arrière du camion pick-up qui devait ramener les cocos. C’est comme
ça qu’on s’est toutes les trois étendues dessus et avons fait le trajet d’à
peu près vingt minutes faisant face au ciel, le vent nous fouettant les
joues. On aurait dit des moutons qu’on ramène du marché. Ça nous
avait fait bien rigoler. [Clin d’œil à elles qui me lisent. Love you ♥]

Ces instants sont sans aucun doute les meilleurs de mon enfance.

Après cette petite récréation familiale, je me suis retrouvée à nouveau


dans la solitude de mon appartement.

Je m’allonge sur mon lit, repensant à nos échanges, mais mes pensées
dérivent vite vers d’autres que je n’ai pas envie d’avoir. J’ai pris la ferme
décision de lutter contre moi-même et d’intervenir immédiatement quand
je commence à être triste. Je veux me battre contre cette douleur qui
m’envahit dès que je me retrouve seule, et qui est même oppressant
quelquefois.

Avant, je ne savais pas trop quoi faire dans ces moments-là, sinon
attendre que ça aille mieux le lendemain. Aujourd’hui, je sais quoi faire.
Je prends mon téléphone et j’appelle Marc.

Il décroche : « Princesse ? »

Bon, je crois qu’il a décidé que c’était mon surnom maintenant.

Je souris : « J’espère que tu ne vas pas m’appeler ainsi au bureau, hein.


»

Marc : Ah non non, ne t’inquiète pas… Je pensais plutôt à « Son altesse


».

Moi, en riant : Tu es complètement fou.

Marc, d’un ton sérieux : Je commence à peine…

Moi :…

Marc : Alors, tu as parlé à tes parents ?

Moi : Oui c’était bien. Ils me manquent tellement tu sais. Toute la famille
me manque en fait. Des fois, je me dis que ce serait mieux que je
retourne travailler là-bas tout simplement. Il y’a quelques bonnes
opportunités tu sais. Par exemple…

Marc : Attends, attends. Ne t’emballe pas, voyons voir toutes les bonnes
raisons pour lesquelles tu devrais rester ici d’abord.

Je rigole. C’est comme ça qu’on passe pratiquement tout notre temps au


téléphone à comparer les réalités professionnelles entre la France et le
Sénégal, mais aussi à parler de nos familles respectives et les relations
qu’on entretient avec eux.
J’ai appris que Marc est un peu « en froid » avec son père et son frère
aîné. Son père est à la direction de l’entreprise familiale de plasturgie
que leur arrière-grand-père avait créée. Pendant que son frère aîné était
à la direction des ventes, Marc lui, y dirigeait le département de la
finance et des systèmes d’information. Mais il m’a expliqué qu’il se
sentait oppressé dans cet environnement « familial et professionnel » et
avait l’impression que tout son avenir était déjà tracé.

Quand il a quitté la Belgique deux ans plus tôt pour venir en France, ces
deux-là lui en ont beaucoup voulu mais Marc estimait qu’il pouvait gérer
correctement ses affaires depuis la France qui, après tout n’était qu’à
deux heures de vol. Après pas mal de discussions, les choses avaient
apparemment dérapées et Marc avait tout bonnement quitté l’entreprise
pour en finir net. Il en a profité pour recommencer une nouvelle vie ici et
se libérer du joug familial. Finalement il dit préférer sa vie actuelle, qui
est plus simple, même si sa mère lui manque un peu.

Je voudrais pouvoir en dire autant. Tous les jours, vivre loin de ma


famille me pèse un peu plus. Peut-être parce que je n’ai moi-même pas
encore fondé de famille ici ? Même si je considère Karine et Badou
comme ma famille, il me manque quand même quelque chose… une
sorte de groupe autour de moi.

***

La semaine suivante se déroule presque comme d’habitude. Je dis


presque parce qu’il y’a deux choses qui ont changé. La première est que
je ne reçois plus aucun message de Kader. Honnêtement, je ne sais pas
trop ce que je ressens par rapport à ça. Suis-je soulagée ou déçue ? Je
ne me laisse pas le temps d’y réfléchir. Dès que j’y pense, je me tourne
vers Marc, que ce soit la journée ou la nuit. Il est toujours là.

Et donc la seconde chose, c’est Marc et notre toute nouvelle relation. Au


bureau, on se comporte plutôt normalement. On passe toujours autant
de temps ensemble, en faisant croire à tout le monde qu’on est juste de
bons amis. Et non, il ne m’appelle pas « princesse » ni « son altesse »
quand on est avec les autres. Il tient à sa vie !
Je lui ai expliqué que je ne voulais que personne sache qu’on se voit en
dehors des heures de travail et il respecte mon choix.
Je viens à peine d’être embauchée ici et je suis encore en période
d’essai. Ça ne sert à rien de rendre les choses compliquées. Ils n’ont
pas besoin de le savoir de toute façon.

Le jeudi, pendant une pause-café rien que tous les deux, Marc me
demande soudainement, comme s’il venait d’avoir une idée : « Tu
prévois quoi ce week-end? »

Moi : Rien. Quelque chose à me proposer ?

Marc : Peut-être… Juste ne prévois rien du tout stp. On a le temps de


trouver quelque chose. Ok ?

Moi : Ok.
De toute façon, je n’ai rien à prévoir. Je n’ai pas une tonne d’amis et les
deux qui me sont proches sont collés l’un à l’autre tous les week-ends.
Et je suis sûre qu’ils préfèrent que je sois loin d’eux.

Le lendemain, vendredi, il est à peine 16h et je suis assise à mon bureau


quand Marc vient se pencher à mon oreille pour me chuchoter : « Il faut
qu’on y aille. »

Je me retourne, surprise. Je lui indique des yeux que les autres peuvent
nous voir. Il me fait signe de sortir et sort lui-même de la salle.
Intriguée, je le suis et on ferme la porte de la salle derrière nous pour se
mettre dans la salle de café à côté.

Moi : De quoi tu parles ?

Marc : On va quitter plus tôt aujourd’hui, ok ? J’ai une surprise pour toi.
Malheureusement, ça ne peut pas attendre.

Moi : Marc, je n’ai pas prévenu Bernard que je partirais plus tôt.

Marc : Bernard sait que tu es sérieuse. Tu peux te permettre quelques


extras de temps en temps.

Moi : Mais c’est quoi cette surprise ? Ça ne peut pas attendre 17h ?

Marc : Désolé princesse mais non. Il faut qu’on y aille maintenant. Ma


voiture est garée en bas.

Moi : Pourquoi tu as amené ta voiture ?

Marc, en souriant : Si je réponds à toutes tes questions, autant annuler


la surprise.

Moi :…

Marc : Aminata, détends-toi. Je veux juste te faire plaisir.

Moi : Ok. Je vais ranger mes affaires.

J’avoue que je suis curieuse de savoir ce qu’est la surprise de Marc. Je


range mes affaires et explique à Bernard que je suis obligée d’y aller
pour un truc à régler. Il me répond presque en me virant : « Va profiter
de ton week-end Aminata. Et oublie-nous un peu. »
Il me regarde bizarrement, en souriant. Ah non, je n’aime pas ça du tout.

Je range mes affaires et sors. Marc m’attend déjà en bas devant


l’ascenseur. Il me fait signe de remonter dedans et monte à son tour.
Dès qu’on est seuls, je lui demande, furieuse : « Tu as dit quelque chose
à Bernard ? Sur nous deux ? »

Marc : Aminata, Bernard est mon ami mais je respecte toujours ma


parole. Je ne lui ai rien dit sur nous.

Moi, d’une voix plus calme : Dans ce cas, il a dû deviner.

Marc : …Il est loin d’être bête. Donc c’est possible… Mais c’est surtout
quelqu’un de bien, Bernard. Je le connaissais déjà avant de venir ici. S’il
sait quelque chose, je suis sûr qu’il le gardera pour lui. Au pire, je lui
parlerai.

Moi : Si tu le dis… Bon, on va ou ?

Marc : Je te l’ai dit, prendre ma voiture.

Moi : Oui mais pour aller où ?

Il me sourit, amusé, avant de descendre de l’ascenseur arrivé au niveau


sous-sol. Je reste dedans sans bouger. Il me tend alors sa main que je
prends et finis par le suivre, boudeuse.

***

Des minutes plus tard, Marc et moi sommes dans la voiture qui roule à
pleine vitesse. Il n’a voulu répondre à aucune de mes questions sur
notre destination et maintenant il veut me tuer. Si je dois mourir dans
cette voiture, autant que je sache au moins pourquoi je suis dedans !

Je me tourne vers lui : « Marc, roule moins vite stp. »

Il s’exécute et se tourne un peu vers moi : « Désolé princesse. Je ne


veux juste pas qu’on rate… la surprise. »

En disant ça, sa main droite lâche le volant pour venir prendre la mienne.
Ce geste me calme un peu.
Je demande donc, plus détendue mais toujours curieuse : « Mais c’est
quoi cette surprise ? »

Marc : Tu ne vas pas tarder à le savoir.

En effet. A peine faisons-nous quelques kilomètres supplémentaires et


que je vois les indications sur l’autoroute que je commence à deviner. En
même temps, je me dis que ce n’est pas possible. Marc n’est pas assez
fou.

Je le regarde : « L’aéroport ? »

Il sourit.

Moi : Qu’est-ce qu’on va faire à l’aéroport ?

Marc : Ce que tout le monde fait à l’aéroport, prendre l’avion.

Je ne peux m’empêcher de rire. Il ne peut pas être sérieux… Mais lui ne


rit pas. Il se contente juste de sourire. Il est sérieux ?

Moi : Attends Marc t’es sérieux ?

Marc : C’est juste pour le week-end Aminata. On revient dimanche, ne


t’inquiète pas.

Je lui crie, presque énervée : « Mais enfin tu es fou ? Je ne peux pas


prendre l’avion juste comme ça. Ce n’est pas comme prendre le bus
enfin! Ça se prépare, prendre l’avion ! Ça se réfléchit avant... On ne part
pas juste comme ça sur un coup de tête ! »

Marc : Calme toi, princesse. Stp. J’ai déjà pris les billets. J’ai réservé hier
soir. Je voulais te faire la surprise, c’est pour ça que je ne t’ai rien
demandé.

Moi : Mais prendre l’avion Marc ??

Marc : Aminata, si tu n’as pas ton passeport, ce n’est pas grave. Je sais
que tu as toujours une pièce d’identité sur toi, ça suffira pour notre
destination.

Moi : Marc ! Je n’ai pas mon passeport, pas de valise, mes vêtements,
rien du tout !! Je n’ai rien !
Pendant que je lui crie dessus, on pénètre dans l’enceinte de l’aéroport
et Marc va se garer au parking.
Là, je suis vraiment énervée ! Comment il peut décider comme ça de
tout mon week-end ? Qu’est-ce qu’ils ont ces hommes à vouloir décider
de MA vie ? Je suis une adulte mer** ! Je peux prendre mes propres
décisions. C’est décidé, je ne vais nulle part.

Dès qu’il arrête le moteur, je me tourne vers lui et lui dis : « Je ne pars
pas Marc. Je rentre chez moi. »

Il se tourne vers moi, l’air désorienté : « Aminata, je suis désolé. Je


pensais te faire plaisir. Mais avec ton passé... Tu as peur de tout… Je ne
pensais pas que c’était à ce point… Désolé.
Ecoute, je vais te ramener si tu veux. Pardonne-moi. C’est juste qu’hier,
en parlant de tes prochaines vacances, j’ai réalisé que dans moins de
deux semaines, le ramadan commencera. Ensuite tu vas partir au
Sénégal voir ta famille. Il se passera plus d’un mois sans qu’on se revoie
vraiment. Je sais comment ça se passe pendant le ramadan. »

Je le regarde, surprise : « Et comment tu en sais autant sur le ramadan?


»

Marc : Je me renseigne… Ecoute, je voulais juste t’offrir des moments


de détente, de relaxation, que tu ne penses plus à rien. Je sais que tu
souffres… Je t’observe beaucoup même si tu ne le remarques pas... Et
je voulais aussi qu’on apprenne à mieux se connaître, avant le
ramadan… J’ai peut-être été impulsif mais rassure-toi, je ne comptais
rien t’imposer. Et rien n’allait se passer, je te promets. J’ai réservé deux
chambres séparées, tu vois. Et on ne sera qu’à trois heures de vol de
Paris. J’ai réfléchi à tout. Pour les vêtements, il y’a des boutiques sur
place…

Voyant que je commence à hésiter il rajoute en souriant : « Du soleil


aussi… beaucoup de soleil. La plage, le spa…
Alors tu veux toujours que je te dépose chez toi ? »

Je le regarde. Il me fixe des yeux, l’air attentif. Je réalise qu’il a organisé


tout ça juste pour me faire plaisir. Il est vraiment adorable.
Bref, je n’ai pas le cœur de le décevoir, même si tout ça me parait
complètement fou.

Moi : On va ou ?
Marc, le sourire lui revenant : Au Maroc. Agadir. Tu verras, tu ne vas pas
le regretter.

C’est ainsi qu’on descend de la voiture et qu’on entre dans l’aéroport


CDG, avec comme seuls bagages, mon sac à main. On a laissé les
ordinateurs dans le coffre de la voiture de Marc.

Nous nous dirigeons directement vers le contrôle de bagages, n’ayant


pas de valise à enregistrer. Marc avait déjà imprimé la carte
d’embarquement. Après l’avoir présentée, le contrôleur nous indique la
file prioritaire.
Je me tourne vers Marc, le regard interrogateur.

Marc : J’ai pris des billets business.

Moi : Tu étais obligé ?

Marc : Il n’y avait que business et éco, pas de première.

Je le regarde, dépitée : « Ce n’est pas ce que je veux dire Marc. Je n’ai


jamais pris autre chose que la classe éco. J’aurais pu m’en contenter. Tu
vis sur quelle planète ? »

Il sourit, l’air gêné.

Moi : Je vais te rembourser.

Marc : Avec ton premier salaire ?

Moi : Je ne plaisante pas.

Marc : Aminata, c’est un cadeau. Disons que c’est pour fêter ton
embauche, ok ?

Moi :…

Marc, en souriant : C’est compliqué de te faire plaisir

Moi, un peu honteuse : Bon ok… Merci Marc.

Heureusement qu’il ne m’a pas dit oui ! J’aurais été un peu dans la
mer**.
On passe rapidement le contrôle. Si seulement je pouvais voyager à
chaque fois sans bagages !
Dans la salle d’embarquement, j’envoie un message à Karine : « Je pars
en week-end au Maroc. Je suis à l’aéroport. A dimanche. Bisou. PS : Ne
dis rien à Badou stp. »

J’éteins rapidement mon portable car je sais que Karine va me rappeler


immédiatement et voudra des explications que je ne veux pas lui donner
devant Marc. En plus ça apprendra à cette petite curieuse la patience.

***

Moins de quatre heures plus tard, nous atterrissons à l’aéroport d’Agadir-


Al-Massira. Quand on sort de l’avion et qu’on marche vers l’intérieur de
l’aéroport, je commence à paniquer un peu en me rendant compte de
l’énormité qu’est ce voyage. Certes, je connais Marc depuis plusieurs
mois, mais quand même… ce n’est pas mon mari… Puis je ne connais
personne ici. Et s’il m’arrive quelque chose ? A part Karine, personne ne
sait que je suis là. Il faut que je l’appelle dès qu’on arrive à l’hôtel pour lui
donner plus d’informations.

Comme s’il entendait mes pensées, Marc me sert un peu plus la main.
Je tourne la tête vers lui et le voit me sourire pour me rassurer. Ce qui
me redonne confiance.
On passe assez rapidement les contrôles de l’aéroport et sortons pour
prendre l’un des typiques taxis blancs garés devant.

Vingt minutes plus tard, nous sommes devant un magnifique et imposant


hôtel de style oriental. Je ne suis même pas surprise que ce soit un « 5
étoiles ». Le contraire m’aurait étonné… Deux portiers en uniforme
s’approchent du taxi pour prendre nos bagages pendant que nous en
sortons, mais finissent par reculer en voyant que nous n’en avons pas.

Un troisième vient nous accueillir et nous fait entrer dans le bâtiment. Il


nous dirige vers un géant patio à ciel ouvert, décoré de grands palmiers
ainsi que d’autres plantes. Nous nous installons sur un des larges
coussins posés sur les bancs de brique orange.
Je regarde partout, émerveillée par la décoration environnante. Marc me
fait comprendre qu’il est déjà venu dans cet hôtel avec des collègues et
avait beaucoup aimé.
Quelques minutes plus tard, un autre employé de l’hôtel vient nous servir
sur un plateau des serviettes en coton, fraîches et parfumées et du thé à
la menthe. Je commence à me détendre, envahie par toute la douceur
environnante, le parfum de fleur d’oranger ambiant et la douce musique
orientale. Je trouve cet endroit déjà très agréable.

Un dernier employé, cette fois en costume et cravate, arrive enfin pour


prendre nos noms et revient quelques instants plus tard avec une
pochette contenant la carte de notre… suite ?!!

Dès qu’il s’éloigne je me tourne vers Marc : « Pourquoi il a parlé de suite


? Tu m’avais dit que tu avais réservé deux chambres ! »

Il me sourit : « Relax Aminata. Tu es terrible… C’est une suite oui, mais


avec deux chambres séparées. Tu pourras même t’enfermer à clé si tu
veux. »

Moi : C’est bien ce que je compte faire.

Il rit. Puis il se lève et me tend la main : « Viens, on va chercher des


vêtements dans la boutique de l’hôtel avant que ça ferme. »

Je le suis et on arrive dans une petite boutique où toutes les tenue sont
d’inspiration orientale tout en restant modernes. Je prends une grande
tunique longue, trois combinaisons tunique-short, un maillot de bain, un
chapeau et des sandales. Marc se prend aussi quelques vêtements
basiques et des sandales. Nous prenons tous les deux le nécessaire
pour l’hygiène, qu’ils ont, heureusement, dans cette boutique : sous-
vêtements, déodorant.

Nous rejoignons enfin nos chambres. L’entrée de la suite est commune


et on se retrouve immédiatement dans un petit espace de vie très
confortable.
Marc m’indique ma chambre dans laquelle je rentre pour poser mes
affaires. Je suis époustouflée par la taille du lit « king-size » et sa
décoration. C’est clair, ce n’est pas fait pour les célibataires. Je ressors
de la chambre, un peu gênée.
Marc me montre la sienne, qui semble plus petite et est décorée
différemment. Je pense que c’est prévu pour accueillir les enfants au
départ
.
On avance ensuite dans le magnifique salon à la décoration zen et très
recherchée. Marc me devance et écarte les rideaux blancs qui ornent
tout un côté du salon. J’avance vers lui et découvre peu à peu le clou du
spectacle : sur la terrasse derrière la baie vitrée, une petite piscine
privative à côté d’un petit salon de terrasse, et derrière une vue
magnifique sur une piscine gigantesque qui traverse tout l’hôtel. Elle est
elle-même traversée de deux ponts en bois et entourée de grands lits à
baldaquin et de transats qui remontent jusqu’à la plage de l’océan.
Malgré le crépuscule, la vue est magnifique avec les lampadaires et les
lumières au sol.

Je sens déjà que je vais passer un bon week-end. J’avoue qu’à cet
instant, tous mes soucis ont disparu. J’ai juste envie de m’étendre et de
profiter de l’environnement.

Je regarde Marc : « Tu as payé combien pour tout ça ? »

Avant qu’il puisse répondre, je rajoute : « Non, ne me dis rien… Je vais


t’en vouloir encore. »

Marc, amusé : Ok… Ne pense plus à ça stp. Je veux juste que tu


profites… Je te propose de prendre ta douche pendant que je vais faire
un tour.

Je suis sûre qu’il sort juste pour me laisser de l’intimité. Ce que


j’apprécie.

Moi : Tu vas où ?

Marc : Pas loin. Je reviens…

Il hésite quelques secondes et je sens qu’il a envie de faire un geste vers


moi. Je me retourne vers la terrasse, gênée. Je ne suis pas encore
prête…

Il finit par sortir.

Après ma douche, je m’habille et vais m’assoir sur la terrasse attendant


le retour de Marc qui ne tarde pas à arriver. Il va lui-même prendre sa
douche. J’en profite pour appeler Karine avec le téléphone de l’hôtel.

Elle décroche : « Allô »

Moi : Ma chérie, c’est Aminata.

Karine : Aminata, tu m’appelles du Maroc là ?


Moi : Oui, je t’ai dit.

Karine : Donc ce n’était pas une blague !

Moi : Non. Marc m’a fait la surprise. Je n’avais aucune idée d’où j’allais
avant d’être proche de l’aéroport.

Karine : Mais il ne blague pas hein ce Marc. C’est comme ça qu’il se


bat... J’en connais qui ont du souci à se faire…

Moi : Karine. Pas de ça stp.

Karine : Excuse-moi. Tu me connais non, je parle trop vite... Alors


raconte-moi tout, dans les détails.

Moi : Non, je t’appelais juste pour te donner le nom de l’hôtel et un


numéro de téléphone. Mais vraiment tu ne m’appelles que quand c’est
vraiment nécessaire. Je te promets de tout te raconter à mon retour. Ça
te va ?

Karine : Non. Mais est-ce que j’ai le choix !

Moi, en riant : Non. Alors note…

Je lui donne les informations nécessaires, lui rappelle de ne pas en


parler à Badou et raccroche.

***

Plus tard, Marc et nous sommes un peu promenés dans l’hôtel avant de
décider d’aller dîner. Décidément ils ont tout vu en grand ici. Les
couloirs, le patio, la piscine, les chambres… L’hôtel possède plusieurs
restaurants mais Marc, connaissant mes goûts, m’a proposé celui des
fruits de mer, avec vue sur la plage.

A la fin du dîner, nous nous dirigeons vers la plage et nous installons


dans l’un des lits baldaquins, assis l’un à côté de l’autre.

J’observe les vagues, les pieds balançant au-dessus du sable, profitant


de la quiétude environnante et inspirant fort l’air tiède.
Je sens le regard de Marc sur moi. Je tourne la tête vers lui et lui souris.

Marc : Tu te sens bien ?


Moi : Je me sens très bien… Merci pour ce cadeau.

Marc : J’attendais juste que tu me donnes l’occasion de te faire plaisir.

Moi :…

Marc : Tu me fais confiance Aminata ?

Moi : J’apprends…

Il hésite un peu avant de reprendre : « Je peux te poser une question ? »

Moi : Oui.

Marc : Tu l’aimes toujours ?

Aïe ! C’est quoi cette question encore.

Moi : Marc…

Marc : Je veux juste savoir Aminata. Juste pour savoir à quoi


m’attendre…

Moi : Je ne sais pas quoi te dire…

Marc :…J’ai ma réponse.

Puis il me fixe des yeux, intensément. Gênée, je détourne la tête. Il pose


la main sur mon visage et le tourne doucement vers lui. Mais je garde
toujours les yeux baissés.

Marc : Regarde-moi.

En disant ça, il remet une mèche de cheveux échappée de ma coiffure


derrière mon oreille. Malgré moi, ce geste extrêmement tendre me
rappelle Kader. Même à cet instant je ne peux pas m’empêcher de
penser à lui. Je me force alors à lever les yeux vers Marc, pour l’oublier.

Je le regarde fixement. Il est tellement différent de Kader. Son regard


clair me déroute un peu. Je me sens bizarre. Son visage est tout proche
et je sens son souffle me caresser.
Il prend doucement mes lèvres et m’embrasse, pour de vrai cette fois.
Sans répondre à son baiser, je ferme les yeux et me laisse envahir par la
douceur de ce contact, lui offrant mes lèvres.

Je le sens reculer et j’ouvre les yeux, l’interrogeant du regard.

Il me chuchote en me regardant: « Tu vas l’oublier… Je te promets… »

Je ne le laisse pas finir. Je me redresse rapidement et pose mes lèvres


entrouvertes sur les siennes. Encouragé, il prend ma tête entre ses
mains et m’embrasse fougueusement. Je me serre contre lui et réponds
à son baiser avec la même intensité.

Je ne veux pas que ça s’arrête. Oublier Kader…je ne demande que ça.

[Et voilà mes chères! Je vous ai déjà dit d'aimer et de commenter? Non?
Jamais?

Eh bien aimez alors, commentez, et partagez la page avec vos amis qui
aiment lire! ça fait plaisir de savoir que ses efforts sont appréciés, n'est-
ce pas mes chers sous-marins émoticône wink

Je vous en remercie d'avance!

Bonne soirée et Gros bisous émoticône heart émoticône


heart émoticône heart

[La suite est là mes chers! J'espère que vous aimerez. Bonne lecture! ]

© Partie 23 : La rencontre

Je le regarde fixement. Il est tellement différent de Kader. Son regard


clair me déroute un peu. Je me sens bizarre. Son visage est tout proche
et je sens son souffle me caresser.
Il prend doucement mes lèvres et m’embrasse, pour de vrai cette fois.
Sans répondre à son baiser, je ferme les yeux et me laisse envahir par la
douceur de ce contact, lui offrant mes lèvres.

Je le sens reculer et j’ouvre les yeux, l’interrogeant du regard.

Il me chuchote en me regardant: « Tu vas l’oublier… Je te promets… »


Je ne le laisse pas finir. Je me redresse rapidement et pose mes lèvres
entrouvertes sur les siennes. Encouragé, il prend ma tête entre ses
mains et m’embrasse fougueusement. Je me serre contre lui et réponds
à son baiser avec la même intensité.

Je ne veux pas que ça s’arrête. Oublier Kader…je ne demande que ça.

***

Je suis réveillée ce matin par des coups frappés à la porte. J’ouvre les
yeux, encore dans le brouillard me demandant où je suis. Un coup d’œil
autour de moi me remet très vite les idées en place. Moi, Aminata Fall, je
viens de me réveiller dans un hôtel, dans un autre pays, où je me trouve
avec un homme que je connais depuis quelques mois et qui n’est pas
mon mari. Je crois que j’ai définitivement perdu la tête. Qu’est-ce que je
fais ici ?
Marc continue de frapper à la porte.

Moi : Oui.

Marc : Je peux entrer princesse ?

Moi : Euh…non, attends.

Il est fou ? Je n’ai pas de pyjama, je suis en sous-vêtements. Je me lève


et enfile rapidement mon short et ma tunique de la veille. J’arrange un
peu ma coiffure avant de dire à Marc d’entrer.

Il entre, hésitant.

Marc : Ça va ?

Je le regarde. Lui aussi, comment il peut être aussi beau et aussi frais le
matin comme ça ? Ce devrait être interdit. Je suis sûre que je ne
ressemble à rien moi, à cet instant, surtout avec mon tissage qui doit
être dans tous les sens.

***Dans la tête de Marc***

Aminata me regarde comme si je venais de tomber du ciel. Elle est


quand même étonnante ; il y’a à peine quelques heures je la tenais dans
mes bras et elle avait l’air d’apprécier autant que moi ce qu’on se faisait.
Et maintenant elle me regarde les yeux grands ouverts l’air de se
demander ce que je fais ici.

Elle se lisse les cheveux de la main avant de me répondre : « Oui… ça


va. Désolée je dormais, je ne t’ai pas entendu frapper. »

Je m’approche doucement d’elle. Elle est imprévisible et je n’ai pas envie


de la braquer à nouveau. Je ne tiens vraiment pas à perdre l’avancée
que j’ai obtenue si difficilement.

Moi : Non, c’est moi qui suis désolé. Je ne voulais pas te réveiller…

Je me penche lentement vers elle et lui fais un bisou sur la bouche.


Soulagé qu’elle ne me repousse pas, j’enchaine : « Je veux qu’on profite
de cette journée. Demain on a un vol en début d’après-midi. Ce serait
dommage de passer notre temps ici à dormir… non ?

Ami : Il est quelle heure ?

Moi : 10h. Il ne nous reste pas assez de temps pour prendre le petit-
déjeuner tranquillement au restaurant de l’hôtel. Ça te va si je nous
commande quelque chose ? On mangera sur la terrasse.

Ami : Ok. Je dois juste prendre une douche et faire mes prières avant. Je
ne les ai pas faites hier soir.

Moi : Bien sûr, on a le temps. Je commande pour dans une demi-heure.


Ça te va ?

Elle hoche la tête et sort de la chambre. En l’attendant, je passe la


commande et vais m’installer sur la terrasse avec une revue d’économie.
J’ai déjà pris ma douche et n’ai plus rien à faire d’autre. J’essaie de lire
mais mes pensées sont encore tournées vers Aminata. Je ne sais pas
ce que cette fille m’a fait pour que je lui sois autant dévoué. Je ne me
reconnais pas.
Pas que je ne traite pas bien les femmes d’habitude, mais depuis ma
rupture avec Sophie, la maman de Gabin il y’a deux ans, je n’ai jamais
eu à faire d’efforts avec elles pour avoir ce que je voulais. Et surtout il n’y
en a pas eu une seule qui m’ait donné envie d’entretenir une relation au-
delà de quelques nuits, et encore...

Mais quand j’ai rencontré Aminata, j’ai vite compris que ce serait
différent. Déjà elle n’a rien à voir avec le type de filles que j’ai connues
jusque-là. Ce n’est pas lié à ses origines, c’est autre chose… Au début
son comportement m’a intrigué. Sans même me connaître, elle a érigé
une barrière invisible entre nous. Une pancarte qui me disait « Bas les
pattes, je ne suis pas pour toi. »
Le problème c’est que j’étais déjà séduit. Dès notre première rencontre,
quand elle a sursauté au son de ma voix, j’ai été attiré par elle. Je ne
sais pas encore l’expliquer mais elle m’a donné envie de la prendre sous
mon aile, de la protéger. Mais plus j’essayais d’attirer son attention, plus
elle avait l’air de m’en vouloir. Heureusement qu’elle m’a finalement
parlé ouvertement, ce qui m’a donné l’occasion de lui exprimer
clairement mes sentiments. Au final, j’ai réussi à me rapprocher d’elle en
tant qu’ami.

J’ai ainsi passé plusieurs mois à apprendre à mieux la connaître, et la


séduire discrètement. Et plus je la connaissais, plus j’avais envie d’être
avec elle. Elle n’a pas seulement gagné mes sentiments mais aussi du
respect pour ce qu’elle est. Une jeune femme qui se bat toute seule
depuis des années, loin de sa famille et qui affronte les problèmes de la
vie la tête haute, malgré la souffrance qu’elle essayait de cacher et que
j’arrivais à détecter malgré tout.

J’ai voulu lui enlever un peu de ce poids qu’elle semblait porter toute
seule, et elle me donne enfin l’occasion de le faire comme je le souhaite,
c’est-à-dire en étant plus que son ami.
Je sais qu’elle souffre encore, je sais qu’elle n’a pas oublié cet homme
qui l’a fait souffrir, mais au moins elle le veut. Et moi je veux l’aider à y
arriver, tant qu’elle m’en donne la chance.

Pendant que je repense à tout ça, j’entends Aminata sortir de la salle de


bains. Je me retiens de me retourner pour la regarder, même si j’en ai
très envie. Elle apprend à me faire confiance et ce n’est pas le moment
de lui donner une raison de se rebiffer.

En parlant de confiance, je n’ai aucune idée de comment je vais arriver à


entretenir une relation amoureuse avec elle sans sexe. Très
honnêtement, je sais juste que je veux être avec elle. Pour le moment,
mieux vaut que j’évite de penser au reste… Dans tous les cas je ne la
pousserai jamais à faire quelque chose dont elle n’a pas envie.
Je m’étonne moi-même de considérer sérieusement la possibilité de
vivre une relation presque platonique avec ma petite amie. Ça me parait
bizarre et je ne comprends vraiment pas pourquoi. Mais quand il s’agit
d’Aminata, il semble que je ne réfléchisse plus pareil…

Elle me rejoint quelques instants plus tard sur la terrasse. Je l’observe


derrière mes lunettes de soleil, peu habitué à la voir dans une tenue
autre que professionnelle. Elle porte la grande tunique orange achetée la
veille. Cette tenue la rend plus « femme » et je la trouve vraiment belle.

Elle s’assoit, souriante, en face de moi : « Je n’ai pas été trop longue ? »

Moi : Non, le petit-déjeuner n’est pas encore arrivé… Tu as fait comment


pour la prière ? Je viens d’y penser mais ils ont sûrement des tapis ici…

Ami : Je me suis débrouillée avec mes autres vêtements. Ça va… Alors


c’est quoi le programme ?

Moi : Et bien, je te propose qu’on sorte dès qu’on finit de manger pour
faire un tour en centre-ville. Tu découvriras le vrai Agadir, pas seulement
celui des hôtels. Peut-être aussi que tu trouveras des choses qui te
plaisent, à ramener ?

Ami : Ah oui je pourrai ramener un truc à Karine. Et Badou aussi. Mais


cette fois c’est moi qui paie.

Moi, amusé : Ok… C’est qui Badou ?

Ami : C’est un ami.

Je vois qu’elle se rembrunit en disant ça. Ce qui me donne envie d’en


savoir plus mais je préfère la laisser m’en parle toute seule.

Elle me regarde puis dit : « Il est… aussi ami avec mon ex. On s’est un
peu éloignés, c’est pour ça que je ne t’ai jamais parlé de lui. »

Je me penche vers elle : « Princesse, tu n’es pas obligée de me donner


des explications. Tu parles de ce dont tu as envie seulement, à moins
que ça touche de près notre couple.»

Elle me regarde l’air étonnée comme si ce que je viens de dire n’est pas
ce qu’il y’a de plus normal. Malgré tout son caractère, j’ai l’impression
qu’elle se sent obligée de me justifier tous ses gestes depuis qu’on est
ensemble. Je me demande si c’est cet homme qui l’a habitué à se
comporter de la sorte ou si c’est juste sa personnalité. Je penche pour la
première supposition. Dans les deux cas, je n’aime pas ça.

Le petit-déjeuner arrive pendant que je suis en train de détailler le reste


du programme de la journée à Ami.
Moi : Si tu aimes les plats marocains, il y’a un bon restaurant local en
centre-ville. On n’y voit presque pas de touriste et la cuisine est
excellente. La vraie cuisine marocaine.

Ami, en croquant avec appétit dans sa brique aux œufs : Bonne idée.

Moi : Ensuite, je te propose qu’on revienne ici pour s’offrir deux heures
de détente au spa. Qu’est-ce que tu en dis ?

A, un grand sourire aux lèvres : Humm à ton avis !

Moi : Ok, tant pis si ça te ne plait pas. On peut aussi…

Ami : Attends, bien sûr que ça me plait. Qu’est-ce que tu racontes ?

Moi, en riant : Je plaisante, princesse. Bon après ça, on fait ce que tu


veux. Une sieste, la mer… Mais ce soir, je te fais découvrir un restaurant
à la marina. Je suis sûr qu’il va te plaire.

***

Nous avons passé une excellente journée. Aminata a visiblement


apprécié tous les instants qu’on a passés ensemble. Pour la première
fois je ne l’ai pas vue triste une seule fois. Après le spa, on s’est
promené longtemps sur la plage et avons même profité des chevaux
qu’un garçon proposait pour un tour. Ami m’avait dit qu’elle adorait
l’équitation qu’elle pratiquait à l’école. Je sais monter aussi, donc on ne
s’est pas privé. Vu notre niveau, le moniteur n’a pas eu besoin de nous
suivre.
Au galop sur la plage, je la voyais rire comme une petite fille. Libre et
heureuse... Voilà le visage que j’ai envie de voir plus souvent et je vais
faire tout mon possible pour y arriver.

Après cette magnifique journée, nous sommes retournés dans notre


suite pour nous doucher et repartir, cette fois, dans le restaurant que j’ai
voulu lui faire découvrir.
C’est situé sur la marina qui est un endroit très agréable et je connais le
propriétaire à qui j’ai demandé discrètement de nous réserver un
traitement spécial. Il a bien compris le message et nous a installés dans
un coin où aucun autre client ne pouvait nous voir. Le staff a été aux
petits soins avec nous, mais surtout avec ma princesse. Je l’ai vue
gênée par toute cette attention, mais heureuse. Comme d’habitude, elle
ne s’est pas fait prier pour bien profiter des fruits de mer. J’ai bien choisi.
J’ai compris que pour la rendre heureuse, il suffit de lui proposer jour et
nuit des fruits de mer.

Le dîner se termine et nous rentrons à l’hôtel, dans notre suite. Aminata


a l’air fatiguée et je vois qu’elle est tentée d’aller se coucher mais je n’ai
pas envie que la soirée se termine déjà. Je veux encore profiter d’elle.

Aminata : Merci Marc pour cette journée. C’était magique.

Marc : Tout pour te faire plaisir… Ça te dit qu’on la finisse dans la


piscine, sur la terrasse ?

Ami, hésitante : Hum je suis fatiguée…

Marc : On ne va pas nager, juste se tremper, discuter… Le week-end est


presque fini et je n’en ai pas assez de toi… allez, viens stp.

Je m’approche d’elle et lui caresse la joue.

A : … Ok, je vais mettre mon maillot.

Elle rentre dans sa chambre et je vais moi-même me changer avant de


prendre des boissons dans le frigo-bar. Je sors sur la terrasse et me
glisse dans la piscine. L’eau est chauffée, comme je m’y attendais. Je
sens la fatigue me gagner aussi au fur et à mesure que j’entre dans
l’eau. Je finis par m’adosser au rebord, fermant les yeux.

J’entends Ami et j’ouvre les yeux pour la voir debout en face de moi,
emmitouflée dans un peignoir. Elle commence à en défaire la ceinture et
je n’arrive plus à détacher mon regard d’elle. Elle laisse glisser le
peignoir de ses épaules et… God!

Dans quoi je me suis embarqué ? Elle porte un maillot deux-pièces noir,


tout ce qu’il y’a de plus simple mais... Elle est tellement désirable !
Sentant mon excitation monter, je me force à détourner mon regard de
son corps pour fixer ses yeux. Elle me sourit en entrant doucement dans
la piscine.

Ami : Qu’est-ce qu’il y a ? Ça va ?

Au vu de son expression, elle n’a aucune idée de l’effet qu’elle vient de


me faire. Comment peut-elle être aussi innocente ? A mon grand dam,
loin de me calmer, cette pensée m’excite encore plus.

Moi : Oui… Oui, tu es très belle.

A : Merci. Tu n’es pas mal non plus.

En disant ça, elle s’approche de moi. J’essaie de répondre à son sourire


mais je ne suis pas sûr de ce que ça donne… Arrivée juste devant moi,
elle pose sa main mouillée sur mon visage en me demandant, l’air
inquiète : « Tu es sûr que ça va ? Tu as l’air tendu. »

Moi : Je me sens fatigué tout d’un coup… Il vaut mieux qu’on aille se
coucher.

Elle me regarde, l’air surprise : « Qu’est-ce qui se passe Marc… J’ai fait
quelque chose ? »

Moi : Non princesse. Ne t’inquiète pas…

Ne voulant pas qu’elle se reproche quelque chose, je continue : «


Ecoute, c’est juste que… Te voir comme ça…Tu me fais de l’effet,
voilà… beaucoup d’effet. »

Ami : Merci. Mais pourquoi tu es crispé ?

Bon, visiblement elle n’a pas compris.

Je lui dis, d’un ton plus sec que je ne le voudrais : « Aminata ! Tu ne sais
vraiment pas de quoi je parle ? »

Elle me regarde l’air surprise, avant d’ouvrir plus grands ses yeux.

Moi : Oh ! Ok je vois…

Puis elle détourne son regard et commence à marcher à reculons. Voilà,


je lui ai fait peur maintenant. Quel con je suis !

Moi : Attends Aminata.

Mais elle se détourne complètement cette fois et marche franchement


vers le rebord de la piscine.

Marc : Princesse, tu n’as rien à craindre.


Ami, en sortant : Je vais me coucher Marc.

Elle tire son peignoir et court presque vers sa chambre.

Je la suis du regard, ne comprenant plus rien. Elle entre dans la


chambre et je l’entends refermer la porte derrière.
Mais qu’est-ce qui peut bien lui faire peur à ce point ? Croit-elle vraiment
que je pourrais lui faire quoi que ce soit sans son consentement ? Je ne
ferais jamais ça et ça m’énerve qu’elle le pense ! J’ai toujours été correct
avec elle.

Ne voulant pas paraître énervé devant elle, je décide de rester un peu


plus dans la piscine le temps de me calmer et… laisser mon excitation
descendre.

Quelques minutes plus tard, je sors de la piscine. Je m’essuie et vais


devant sa chambre. Sans essayer de l’ouvrir, je m’adosse à côté de la
porte pour lui parler : « Princesse, il faut vraiment que tu apprennes à me
faire confiance. De quoi tu as peur ? Je ne te ferai jamais rien que tu ne
voudras pas… »

J’attends sa réponse mais elle ne vient pas. Je soupire et lui souhaite


une bonne nuit.
Maintenant, je vais aller prendre une douche froide.
Je sens que cette relation va être plus compliquée que ce que
j’imaginais.

***Dans la tête de Aminata***

Je me réveille sans aide ce matin, assez honteuse. Je me rends compte


avec le recul que je me suis vraiment comportée comme une gamine
avec Marc hier soir. Mais sur le coup j’avais vraiment peur. On ne sait
jamais…

Je sors de la chambre, guettant la réaction de Marc. Heureusement, il


m’accueille avec un grand sourire, comme si rien ne s’était passé. Je
suis sûre qu’il fait ça pour me rassurer…

Nous prenons le petit-déjeuner au restaurant d’hôtel dans une ambiance


très détendue. Nous décidons ensuite de passer la matinée qui nous
reste de notre voyage, entièrement à la plage.
Quelques heures plus tard, nous nous envolons pour Paris. Je dors
pendant presque tout le trajet, la tête posée sur l’épaule de Marc.

***

Environ cinq semaines après ce week-end avec Marc, me voilà de retour


à l’aéroport avec cette fois-ci Dakar comme destination. On est en pleine
semaine, jeudi, et en pleine journée mais Marc a insisté pour
m’accompagner et m’aider avec les valises. Il faut dire que j’ai
énormément de bagages, comme à chaque fois que je pars à Dakar.

Sinon, ces dernières semaines se sont passées plutôt bien. Je voyais


Marc pratiquement tous les jours, même quand le ramadan a
commencé. Il m’a étonnée d’ailleurs, car pendant le ramadan, il a tenu à
m’accompagner quelques jours et, comme moi, ne mangeait pas
pendant la journée. Je pense que ça a été dur pour lui, même s’il ne
voulait pas l’avouer. D’ailleurs ça l’a été pour moi aussi, ça l’est toujours
j’avoue. Je n’aime pas du tout jeûner, je n’ai juste pas le choix…
Bref, le week-end dernier, Marc a ramené les deux jours des
viennoiseries chez moi, en prétendant avoir jeûné aussi. Bon, je ne sais
pas si c’est vrai mais j’ai bien profité de sa présence en tout cas. Je
n’avais la force de rien préparer et il s’est mis à la cuisine. C’était très
bon, il cuisine vraiment bien, même si j’aurais préféré du bon « tiep » de
chez moi.

J’ai vu quelquefois Karine et Badou aussi. Karine voulant toujours avoir


des détails sur ma relation avec Marc, et je finis toujours par la satisfaire
sous la pression [clin d’œil à celle-là même qui se reconnaîtra Love ♥].

Et Badou. Eh bien Badou trouve un malin plaisir à me parler de Kader


dès qu’il en a l’occasion, me racontant des détails banals sur sa vie. Je
pense qu’il fait ça parce qu’il est au courant de ma relation avec Marc
même si j’ai tout fait pour la lui cacher. Finalement, j’ai l’impression qu’il
est plus ami avec Kader qu’avec moi maintenant. Je ne le comprends
plus et j’avoue que ça me fait mal un peu, qu’il agisse ainsi.

Ah oui, j’ai eu Soukeyna quelquefois au téléphone. Même si lui parler me


rappelle Kader, on continue quand même de s’appeler elle et moi.
Maintenant j’ai l’impression que c’est juste une amie, un peu plus âgée
que moi. Elle ne me parle jamais de Kader. D’ailleurs elle sait que je vais
à Dakar et m’a fait promettre de l’appeler quand je serai sur place

Après avoir enregistré mes bagages, Marc et moi sommes obligés de


nous quitter. Il me regarde la mine triste. Il me donne envie de rire ; ce
n’est pas comme si je partais deux ans quand même. Je pars juste pour
deux semaines.

Moi : Arrête Marc. C’est quoi cette tête ?

Marc : Donc toi, tu n’es pas triste de me quitter.

Moi : Mais je vais voir ma famille, c’est normal que je sois contente. Et
puis franchement, je reviens dans deux semaines seulement.

Marc : Je sais. Mais tu vas me manquer quand même.

Moi : Toi aussi tu vas me manquer. Mais tu vas voir Gabin ce week-end.

Marc : Oui… Il faut que tu y ailles. Tiens.

Il me tend mon trolley, que je récupère.

Marc : J’ai le droit de t’embrasser ?

Moi, en souriant : C’est bon. Je ne jeûne pas aujourd’hui. Mais il y’a trop
de sénégalais ici, donc pas sur la bouche ok ?

Sans me répondre, il me prend dans ses bras et m’embrasse


tendrement sur le front.

Marc : Tu me fais signe quand tu arrives, n’oublie pas. Bon voyage.

Moi : Merci.

Je lui fais un clin d’œil et me tourne pour saisir le manche de mon trolley.
Je commence à partir pour embarquer quand j’entends Marc : « Aminata

Je me retourne pour le regarder.

Marc, presque sans bruit : Love you.

Je le regarde les yeux écarquillés. Qu’est-ce que je suis censée


répondre ? N’attendant pas plus longtemps, il sourit puis se détourne
pour partir.

Soulagée et gênée à la fois, je reprends ma marche vers le contrôle de


bagages.

***

Ça y’est, me voilà enfin à Dakar, chez ma sœur Oumou. Je ne suis pas


rentrée depuis presque deux ans et ça fait un bien fou de respirer à
nouveau l’air de mon pays. Malgré la fatigue du voyage, je suis trop
contente de retrouver ma sœur et sa petite famille. Mes deux neveux
que j’adore, et leur papa Khadim. Oumou et lui sont mariés depuis huit
ans maintenant. Ils se sont rencontrés dans le cabinet d’audit où ils
travaillaient tous les deux, ici-même à Dakar. Oumou a, comme moi, fait
ses études en France dans une école de commerce mais elle, a décidé
de rentrer dès qu’elle a fini ses études. Depuis elle travaille toujours pour
le même cabinet d’audit, alors que son mari a préféré quitter pour une
autre boîte. J’imagine que vivre ensemble et travailler ensemble ne doit
pas être simple tous les jours… Ils ont un garçon Tapha qui a 6 ans et
une fille Aida, 4 ans qui porte le même prénom que maman.

Sans surprise, tous les deux me collent aux fesses pour savoir si j’ai
ramené des cadeaux pendant que leur papa les rappelle, sans succès, à
l’ordre. Mais moi j’adore ça, je vais bien les faire mariner, ils vont voir.
On ne tarde pas à dîner ensuite, puis à discuter de tout et de rien. Avec
tout ça j’ai oublié de prévenir Marc et Karine alors que je suis arrivée
depuis plus de trois heures maintenant. Je finis par le faire juste avant de
dormir et après avoir enfin donné leurs cadeaux à mes neveux. J’envoie
juste un message à Karine et appelle Marc. Comme d’habitude, Oumou
m’a déjà acheté une puce pour mon téléphone.

***

Le lendemain dans la matinée, je décide d’appeler Soukeyna. Je pars le


samedi à Saint-Louis pour le reste de mes vacances, donc si on doit
enfin se rencontrer, c’est maintenant.
Elle a l’air touchée par mon appel et m’invite à venir couper le jeûne
chez elle le soir-même. Le problème c’est que mes frères et leur famille
doivent venir dîner chez Oumou, histoire de se revoir tous, donc je ne
pourrai pas. Elle me propose alors de passer dans l’après-midi, ce que
j’accepte malgré la chaleur et le jeûne.

Au moment où je me prépare à y aller, Oumou est encore au travail et la


bonne chargée de surveiller les enfants. Je suis donc obligée d’y aller
seule. J’emprunte à Oumou un de ses vêtements traditionnels, un
ensemble « taille basse » en bazin. J’adore m’habiller comme ça et je
n’ai presque jamais l’occasion de le faire à Paris. Donc dès que j’arrive à
Dakar, j’en profite, surtout qu’on est au mois de ramadan. Je me coiffe
même d’un foulard assorti sur la tête. Et bien sûr, je me maquille. On est
quand même à Dakar, les filles ne blaguent pas ici !

Je quitte donc Liberté 6 à destination de Mermoz, en taxi. J’ai appelé


auparavant Soukeyna pour m’indiquer précisément comment aller chez
elle.

Quand je suis arrivée chez Soukeyna, je sonne à la porte et pendant que


j’attends, je me sens un peu stressée. Je ne vois pas pourquoi je le suis,
mais alors là pas du tout. Ok Soukeyna est la sœur de Kader, mais
Kader c’est mon passé. A présent, je sors avec Marc et je viens voir
Soukeyna juste en tant qu’amie, rien de plus. Je ne viens pas rencontrer
ma future belle-sœur quand même. C’est ridicule.
Donc il faut que j’arrête de stresser !

La porte s’ouvre devant une jeune fille, apparemment en tenue de


travail. Je me présente à elle et elle me fait entrer. On traverse un petit
jardin avant d’arriver sur une véranda ensoleillée. Elle m’invite à m’assoir
sur une des chaises avant de rentrer à l’intérieur.

A peine quelques secondes plus tard, je vois une magnifique femme


sortir d’une pièce. Ce doit être Soukeyna. Qu’est-ce qu’elle est belle, dis-
donc !

Elle s’avance vers moi, toute souriante et les bras tendus : « Ma chérie !
Je te rencontre enfin. Comment tu vas ?»

On s’embrasse pendant que je lui réponds : « Je vais bien Soukeyna.


Merci. »

Je souris mais je suis vraiment intimidée. Pourtant je parle à Soukeyna


très souvent et elle sait plein de choses déjà sur moi.

Soukeyna : Tu n’as pas eu trop de difficultés pour venir ?

Moi : Non, j’ai dit au chauffeur ce que tu m’as expliqué.

Elle entoure mon épaule de son bras avant de dire : « Tu es aussi belle
que sur les photos. Je suis vraiment contente de te voir. »

Moi : Moi aussi.


S : Viens, on va rentrer à l’intérieur. Je vais te présenter quelqu’un.

Elle me prend par la main et on entre dans le salon. Je vois de dos une
dame assise dans un des fauteuils. Elle se retourne pour nous regarder
et… oh mon Dieu ! C’est le portrait craché de Kader, mais en femme !
Elle ne peut être que sa maman.
Je suis figée pendant deux secondes ne réalisant pas encore ce qui se
passe, mais réussis heureusement à me remettre rapidement en
affichant un sourire sur mon visage.

Soukeyna : Maman, voici Ami enfin.

J’enlève mes chaussures avec des gestes que moi-même je sais


maladroits, avant de me diriger vers la maman de Soukeyna pendant
qu’elle se lève pour m’accueillir.

Je m’apprête à lui faire la bise quand elle me prend, à ma grande


surprise dans ses bras.

Avant même que je n’aie le temps de réagir, elle me repousse


légèrement pour m’observer.

Puis elle dit, souriante : « Ma belle-fille, je te rencontre enfin. »

Whaaaaat ?!!

[Vous avez aimé? N'hésitez pas à le dire.

Les sous-marins, un petit effort? (dire que j'ai été longtemps sous-marin!
Maintenant que je suis chroniqueuse je sais ce qu'elles ressentent. 2000
personnes lisent, presque 800 qui aiment la page et seulement 200 like
pour les parties. Qu'est-ce que je dois comprendre?? ]

Gros bisous à tous! Passez une excellente journée émoticône


heart émoticône heart ]

[Suuurpriiiiise!! Pour fêter le 1000, une partie ce soir, une demain et une
samedi!

Enjoy! ♥]

© Partie 24 : L’amour
J’enlève mes chaussures avec des gestes que moi-même je sais
maladroits, avant de me diriger vers la maman de Soukeyna pendant
qu’elle se lève pour m’accueillir.

Je m’apprête à lui faire la bise quand elle me prend, à ma grande


surprise, dans ses bras.

Avant même que je n’aie le temps de réagir, elle me repousse


légèrement pour m’observer.

Puis elle dit, souriante : « Ma belle-fille, je te rencontre enfin. »

Whaaaaat ?!!

***

Sous le coup de la surprise, je ne sais même pas comment réagir. Je me


contente de sourire bêtement.

Maman Dieynaba (c’est son prénom) : Kader m’a beaucoup parlé de toi.
Assieds-toi, ma fille.

Donc c’est Kader qui lui a dit pour nous…


Elle prend ma main et m’attire sur le fauteuil à côté du sien pendant
qu’elle-même se rassoit. Soukeyna, très souriante, s’assoit sur un autre
fauteuil en face de nous. Je me demande pourquoi elle ne dit pas à sa
mère qu’elle se trompe, que je ne suis plus avec Kader. Elle n’a même
pas l’air de s’étonner que cette dernière m’appelle sa « belle-fille » !

Tenant toujours ma main affectueusement, maman Dieynaba me dit : «


Alors, comment tu vas ma chérie ? »

Je lui réponds, tellement intimidée que je n’ose pas la regarder : « Je


vais bien. Merci… »

Maman Dieynaba : Tu as eu des nouvelles de mon fils depuis ton arrivée


?

Je lui réponds, n’osant même pas croiser son regard : « Euh… non tata.
»

Elle me répond, en riant : « Tata ?! Considère-moi comme ta maman ma


fille. Tu es la femme de mon Abdel. »

Hein ? Depuis quand je suis sa femme ? J’ai dû rater un épisode…


Maman Dieynaba me considère comme sa belle-fille alors que je ne suis
plus avec son fils depuis longtemps. Et pour ne rien arranger, elle est
adorable avec moi. Elle ne me connait même pas et veut que je l’appelle
« maman » !
Comment une femme comme elle peut avoir mis au monde un homme
comme Kader?! Et surtout, comment lui faire comprendre qu’entre son «
Abdel » et moi c’est fini et qu’elle perd son temps avec moi? Je ne veux
vraiment pas abuser de sa gentillesse.

Sans lui répondre, je me contente de sourire

Je me tourne vers Soukeyna et la regarde espérant qu’elle va intervenir.

Soukeyna : « Maman, tu vas faire peur à Ami. Tu ne vois pas qu’elle est
timide. »

Euh, ce n’est pas vraiment le genre d’aide que j’espérais. Mais pourquoi
elle ne lui dit pas que Kader et moi ne sommes plus ensemble ?

MD : Oui, je vois ça. Mais je suis sa maman. Il n’y a pas de mal. N’est-ce
pas ma fille ?

Moi : Non…maman.

Voilà que je m’y mets aussi. Mais quel choix j’ai ? Je vais lui dire quoi
exactement : « Désolée tata, mais votre fils m’a violée me prenant pour
une pu**. Donc j’ai préféré rompre avec lui. Vous ne m’en voulez pas
trop ? »
Hum, je doute très fort que ça le fasse.
Voilà ce que je vais faire… je vais continuer de sourire comme une
idiote, je joue le jeu et dès que je sors d’ici, elle ne me reverra plus
jamais.

Soukeyna : Tu jeûnes Ami ? Sinon, je peux te servir à boire.

Moi : Oui, je jeûne.

Maman Dieynaba sourit et me sert un peu plus la main : « C’est bien ma


fille. Quitter ton pays ne t’a pas changée. Il ne faut jamais oublier ses
valeurs. Je savais que Kader avait fait un bon choix, surtout quand il m’a
dit que tu étais saint-louisienne. Vous êtes bien éduquées là-bas. [Clin
d’œil aux ndar ndar de la page émoticône wink. Les autres
fopafachermoiblaguer ]
Il m’a d’ailleurs parlé de ton père Mouhamad Fall. Mon frère Omar le
connait très bien. Il a travaillé quelques années à Saint-Louis. Il ne tarit
pas d’éloges sur ton père.

Donc c’est arrivé là-bas ! La maman de Kader connait mon père, alors
que Kader ne m’a jamais dit avoir parlé de moi à sa mère.

Moi : Merci maman.

Pendant que je réfléchis à une excuse pour partir, maman Dieynaba


reprend : « Kader sait au moins que tu es là ? »

Moi : Euh, je ne crois pas non…

MD : Pourquoi tu ne lui as pas dit ? Ça lui fera plaisir de savoir qu’on est
ensemble.

Je souris en évitant de répondre. Heureusement que Soukeyna


m’interpelle à ce moment. Je tourne la tête vers elle. Maman Dieynaba
me tient toujours la main…

Soukeyna : Tu pars déjà demain à Saint-Louis Ami. Pourquoi tu ne


restes pas à Dakar quelques jours de plus ?

Moi : Mes parents me manquent et je n’ai que deux semaines de


vacances…

Je continue de discuter avec Soukeyna et je ne fais pas attention à


maman Dieynaba qui est en train de tapoter sur son téléphone.
Puis elle se met à parler avec quelqu’un : « Allô Seydi Hann »

Soukeyna et moi nous taisons pour ne pas la déranger. Mais Soukeyna


est en train de sourire, l’air amusée. Qu’est-ce que j’ai raté ? Qui est
Seydi Hann ?

MD : Oui je vais bien mon fils. Ta femme est juste assise à côté de moi.
Elle est toute belle là, dommage que tu ne la voies pas.

Non ! Elle n’est pas en train de parler avec Kader quand même !
Kader :…

MD : Et pourquoi ça ? Je parie que vous vous êtes disputés.

Kader :…

MD, en riant : Seydi, parle à ta femme je te dis. Arrête de faire semblant,


je sais que tu es fou d’elle. En plus elle m’a dit que tu ne l’as pas
appelée depuis qu’elle est arrivée. Je te la passe…

Et elle me tend le téléphone en me faisant un sourire complice. Je lui


rends un sourire crispé. Je vois ma main trembler légèrement alors que
je prends le téléphone. Je n’ai pas envie de parler à Kader ! Pas
maintenant que je vais mieux, que je suis bien avec Marc. Je n’ai pas
envie de lui parler.

Moi, d’une voix à peine audible : « Allô »

Kader : Ami… je suis vraiment désolé. Ma mère m’a obligé à te parler.


Je t’avais promis de te laisser tranquille.

Moi :…

Kader : Stp, dis quelque chose. Juste pour qu’elle ne se doute de rien…
Elle est contente de te voir… Je ne veux pas la décevoir stp.

J’ai envie de lui crier « En quoi c’est mon problème ! ».

Au lieu de ça, je dis : « Oui. Je vais bien. Et toi ? »

Kader : Merci mon… Merci Ami…

Moi : Ok.

Kader, hésitant : Tu me manques tu sais ?

Moi : Ok. Je te repasse maman.

Je tends le téléphone à maman Dieynaba et la laisse dire au revoir à


Kader.
J’ai besoin de partir vite, sinon je vais pleurer. Je ne veux pas pleurer
devant maman Dieynaba et Soukeyna.
Dès qu’elle raccroche, je me tourne vers Soukeyna et lui dis: « Je vais y
aller »

Soukeyna me regarde, cette fois l’air désolée. Elle a dû remarquer que


ça n’allait plus.

MD : Mais tu viens juste d’arriver ma chérie. Reste encore un peu. Tu


vas me parler de toi. Je m’ennuyais depuis tout à l’heure. Les enfants de
Soukeyna sont sortis et il n’y a personne chez moi.

Moi : Une prochaine fois maman, promis.

Elle s’apprête à insister quand Soukeyna l’arrête : « Ami est attendue


maman. Elle m’avait dit qu’elle passerait juste pour dire bonjour. »

MD : Ah d’accord. C’est bien dommage. Tu passes me voir à la maison


quand tu reviens de Saint-Louis ? Comme ça tu connaîtras toute la
famille. Je récupérerai ton numéro de Soukeyna. Je t’appellerai pour
parler à ta maman quand tu seras à Saint-Louis. Il est temps que les
familles fassent connaissance.

Oh non ! Surtout pas ça.

Moi : D’accord maman.

Elle se lève et me raccompagne jusqu’à la porte du salon. A nouveau,


elle me prend dans ses bras et on s’embrasse : « Dieu te garde ma fille.
»

Moi : Amine maman. Merci.

Soukeyna : J’arrive maman. Je raccompagne Ami prendre un taxi.

Je sors de la maison avec Soukeyna.

Arrivées dans le jardin, elle me prend le poignet et s’arrête. Je suis


obligée de m’arrêter aussi et la regarde. Je ne veux pas même pas lui
demander des explications. Je veux juste partir.

Elle me sourit, faisant mine d’être triste : « Tu ne m’en veux pas trop ? »

Je détourne la tête sans répondre.

Soukeyna : Je suis désolée Ami. Je voulais juste que tu rencontres


maman.

Moi : Mais pourquoi ?

S : Parce que tu es de la famille aussi.

Moi : Mais, Soukeyna, tu sais que je ne suis plus avec Kader.

S : Ami… Je suis désolée de t’avoir forcée la main. Mais il le fallait. Je


voulais que tu nous rencontres, que tu comprennes que tu seras
heureuse avec nous. Maman t’aime déjà et j’étais sûre qu’elle allait
t’apprécier. C’est toi qu’il faut à Kader, il faut voir comment tu l’as
changé…
Je sais qu’il t’a fait souffrir. Mais il t’aime ! Il t’aime vraiment chérie. Et il
regrette vraiment, quoi qu’il ait pu te faire. Ma chérie, ce n’est pas tous
les jours qu’on rencontre un homme qui aime sa femme autant que
Kader t’aime. Crois-en mon expérience... Toi, tu as cette chance là.
Trouve en toi la force de lui pardonner, même si c’est difficile. Parce que
je sais que tu l’aimes aussi, je l’ai vue sur ton visage quand tu lui as
parlé au téléphone. Regarde-moi… Tu n’aimes pas mon petit-frère ?

Je détourne encore la tête, essuyant la larme qui vient de tomber sur


mon visage. J’inspire puis regarde Soukeyna dans les yeux : « Tu ne
sais pas ce qu’il m’a fait Soukeyna… Et maintenant je suis avec
quelqu’un d’autre. »

Elle ne dit rien pendant une seconde puis réponds : « Tu l’aimes, ce


quelqu’un d’autre ? »

Moi :… Il est très bien. Et je suis bien avec lui.

S : Ce n’était pas ma question.

Moi :…

Soukeyna prend cette fois mes deux mains et se rapproche de moi.

S : Hum ma chérie. Réfléchis bien. Toutes les blessures finissent par


guérir et un jour tu oublieras ce que Kader t’a fait. Mais le regret de ne
pas être avec la personne qu’on aime, ça ça ne disparait jamais.
Réfléchis encore Ami. Prends ton temps mais fais le bon choix.

***Dans la tête de Kader***


Je n’en peux plus d’attendre l’appel de Soukeyna. Je lui ai envoyé un
message pour lui demander de m’appeler dès que Ami part. Il faut que je
sache ce qui s’est passé, surtout avec maman qui m’a appelé là. Elle
aussi, vraiment !

C’est Soukeyna qui a eu l’idée de l’inviter chez elle pour qu’elle


rencontre Ami. Au début, j’étais contre ne voulant pas la brusquer et
perdre mes chances déjà presque inexistantes. Elle m’a convaincue en
me disant que ça pourrait rassurer Ami sur le genre de famille qu’on est
et voir qu’il n’y a que moi qui suis « mauvais ». Ce sont ses propres mots
qu’elle trouvait drôle mais ça ne m’a pas fait rire moi.

C’est vrai qu’on était déjà certains que maman accueillerait bien Ami. Je
lui avais déjà parlé d’elle depuis longtemps, depuis que j’ai voulu
l’épouser en fait. Elle en était plus qu’heureuse. Je pense que dans un
coin de sa tête, elle craignait que je finisse par épouser une française. La
connaissant, ça l’aurait tuée. Dès que je lui ai parlé de Ami, elle a
commencé ses enquêtes là qu’elles ont l’habitude de faire, pour
connaître sa famille. Depuis, elle me demande toujours de ses
nouvelles, même après notre rupture. Bien sûr, je ne lui ai jamais dit
qu’on a rompu. Normal, je n’ai jamais renoncé à Ami.

Mais m’appeler en présence de Ami et surtout me la passer au


téléphone, ça ce n’était vraiment pas prévu.

Le téléphone sonne enfin. Je décroche rapidement : « Allô ? »

Soukeyna, en riant : Laisse au moins sonner un peu.

Moi : Arrête ça… Mais qu’est-ce qu’elle m’a fait la mère là ? Pourquoi tu
l’as laissée m’appeler ?

S : Kader, tu connais ta mère non ? Tu crois que j’aurais pu l’en


empêcher ? Il fallait s’y attendre. Elle est tellement contente de pouvoir
enfin caser son fils.

Elle rit avant de reprendre : « Et puis, elle n’est pas au courant de tout
non plus. On ne peut pas lui en vouloir. »

Moi : Le problème c’est que ça risque de braquer Ami. Je lui avais


promis de la laisser tranquille… Ce n’était pas prévu ça. Il fallait juste
qu’elles se rencontrent.
S : Bon, il ne faut pas dramatiser non plus. Ça s’est bien passé dans
l’ensemble.

Elle dit ça d’un ai pas très convaincu.

Moi : Raconte.

S : Il n’y a rien à raconter à part que Ami est très belle. Comme prévu,
maman l’a adorée. Puis elle est très polie. Elle parlait à peine mais j’ai eu
l’impression que c’était surtout parce qu’elle ne s’attendait pas au comité
d’accueil qu’on lui a réservé… Kader, tu aurais dû te retenir ! La fille là
est bien.

Moi : Je suis au courant.

S : Je te dis ça parce qu’elle n’a pas l’air convaincue pour le moment.


Non seulement elle n’était pas bien quand elle est sortie, mais tu savais
qu’elle sortait déjà avec quelqu’un ?

La déception m’envahit à mesure que j’entends les dernières paroles de


Soukeyna. Donc elle s’est finalement mise avec ce Marc. Badou ne m’a
rien dit pourtant.

Moi : Non… Je ne le savais pas.

S : C’est le cas hein ? Désolée bébé, mais elle me l’a dit elle-même. Et
elle dit que ça se passe bien entre eux.

Moi : Tu penses qu’elle est amoureuse de lui ?

S : Je ne pense pas…pas encore en tout cas. Mais c’est une femme


Kader. S’il la traite bien, elle peut finir par succomber. Tout est possible.

Moi : Mais elle ne peut pas l’épouser. Je pense savoir qui c’est, c’est un
blanc et ça m’étonnerait qu’il soit musulman.

S : Et s’il se convertit ? Peut-être que sa famille va l’accepter…


Franchement, il ne vaut mieux pas te baser sur ça.

Moi : Qu’est-ce que je dois faire alors ?

S : Moi, je ne sais pas hein. Que peux-tu faire de toute façon, tu pars aux
Etats-unis dans trois semaines…non ?

Moi : Oui. C’est déjà bouclé. Je ne peux plus me retirer.

S : Je ne sais pas quoi te dire Kader. Il ne reste plus qu’à espérer qu’elle
repense à mes conseils.

Moi : Bon, ok. Je te laisse.

S : Ok. A plus. Ça ira, ne t’inquiète pas.

Je raccroche avec Soukeyna et appelle Badou.

Badou : Allô

Moi : Bad, comment tu vas ?

Badou : Yep grand Kader. On est là. Et toi ?

Moi : Ça pourrait aller mieux. J’ai reçu des mauvaises nouvelles là.

Badou : Ah bon ? A propos de quoi ?

Moi : A ton avis… Ami. Tu savais qu’elle sortait avec quelqu’un ?

Badou : Ah ça… Oui je le savais. Mais j’ai fait exprès de ne pas te le


dire. Ça ne sert à rien que tu t’inquiètes.

Moi : Je vois…

Badou : On s’y attendait un peu non ? Je pense que ce n’est pas plus
mal. En s’éloignant elle verra qu’elle t’aime toujours.

Moi : Je ne sais pas man… Je ne le sens plus là. Il s’appelle Marc n’est-
ce pas ?

Badou : Oui c’est lui. Comment tu le sais ?

Moi : Je l’ai déjà rencontré en fait. Ils étaient ensemble.

Badou : Ah tu ne m’as jamais dit ça.

Moi : Elle était avec Soukeyna et ma mère aujourd’hui. Et tu sais quoi,


elle a dit à Soukeyna qu’elle sortait avec ce gars-là et qu’elle était bien
avec lui. Je ne le sens vraiment pas. Je pensais qu’elle m’aimait encore
malgré tout mais là j’ai de gros doutes.

Badou : Oh, ne t’inquiète pas grand. Je connais Ami. Elle veut se


convaincre que tout va bien là mais attendons un peu pour voir… Et puis
ça ne fait que quelques semaines qu’elles sont ensemble.

Moi : Quelques semaines de trop.

Badou : Quand même Kader, ça ne fait que très peu de temps que tu as
décidé de la laisser souffler. On parlait de mois, là... Tu ne devais pas
partir d’ailleurs ?

Moi : C’est toujours d’actualité. Je pars dans trois semaines.

Badou : Pars et oublie tout ça. Tu verras à ton retour. Ami ne va pas
disparaître entre temps.

Moi : C’est insupportable pour moi de l’imaginer avec ce mec. Supporter


ça plusieurs mois… c’est au-dessus de mes forces.

Badou : N’oublie pas ta résolution non plus.

Moi : Ok. Elle rentre quand au fait ?

Kader : Elle reste deux semaines. Vers le 23 je crois…

***Dans la tête de Ami***

Me voilà enfin en route vers Saint-Louis. J’ai quitté Dakar en début


d’après-midi et j’arrive à Saint-Louis dans moins d’une heure maintenant.
Sur la route, mes pensées vont principalement à ma famille. Je ne suis
on ne peut plus heureuse de revenir chez moi, même si je ne suis plus la
même personne qu’avant. Hier soir, j’ai revu Malick et Assane, mes
frères. Malick est venu avec sa famille et Assane son éternelle fiancée
que tout le monde connait dans la famille et qu’il ne s’est toujours pas
décidé à épouser.
Oumou a préparé un délicieux « dakhine » (le plat que j’adore et que je
ne cuisine jamais en France) et nous avons passé une agréable soirée
qui a chassé toutes mes pensées tristes.

C’était tellement bon de se retrouver… Bientôt ça va être le tour de papa


et maman et de mon autre sœur qui sont à Saint-Louis. Le reste de la
famille restée à Dakar nous rejoindra dans quelques jours pour fêter la
korité (fête de fin du ramadan). J’ai hâte.

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser aussi à l’autre famille que j’ai


rencontré hier. Ça m’a fait quand même bizarre de voir des membres de
la famille de Kader. Je crois qu’inconsciemment j’ai eu l’impression que
c’était un peu ma famille aussi. Même si j’aurais préféré ne pas
rencontrer maman Dieynaba, j’ai été très touchée par son accueil. C’est
une femme qui est non seulement belle mais incroyablement gentille.
Elle a tenu ma main durant tout le temps que j’étais là-bas et malgré ma
gêne et mon embarras par rapport à la situation, quelque part je me suis
sentie proche d’elle. C’est une femme très affectueuse. Son seul
problème, c’est d’être la mère de Kader.
J’ai beaucoup apprécié Soukeyna aussi. Elle m’a piégée certes, mais je
n’arrive pas vraiment à lui en vouloir. J’ai appris à la connaître ces
derniers mois et je sais que malgré tout c’est quelqu’un d’honnête. Je
suis sûre que c’est Kader qui l’a poussée à faire ça. Tout est de sa faute
de toute façon…
Mais l’entendre à nouveau pendant que j’étais avec sa maman et sa
sœur, c’était bizarre. Dans le taxi, je me suis rappelé de beaucoup de
choses dont on parlait lui et moi, surtout nos projets : si on retournerait
un jour vivre à Dakar, quel quartier on choisirait, nos week-ends entre
Dakar et Saint-Louis, nos enfants… Et puis les paroles de Soukeyna…

Je n’en pouvais plus de repenser à tout ça. Il fallait que j’arrête.


Dès que je suis descendue du taxi et avant même d’entrer dans la
maison, j’ai pris mon téléphone pour appeler Marc. J’avais besoin de
l’entendre, besoin qu’il me ramène dans son monde à lui, qu’il me
rappelle ce que c’était de l’entendre m’appeler « princesse ». Il a le don
de me calmer, m’apaiser, d’effacer mes pensées moroses et là j’avais
besoin de ça…

Quand il a décroché j’ai senti qu’il était heureux de m’entendre. Tout


comme moi je l’étais. Je lui ai raconté mes retrouvailles avec la famille,
n’en ayant pas eu le temps la veille, et le programme à venir. Je ne lui ai
pas parlé de l’épisode chez Soukeyna mais je suis sûre qu’il ne m’en
aurait pas voulu, le connaissant. De toute façon, je n’ai rien fait de mal.
Quand j’ai raccroché, j’avais retrouvé le sourire. Un vrai cette fois, sans
faire semblant.

***
Ça y’est, on entre à Saint-Louis. Même les yeux fermés, je m’en serais
douté. J’ai un peu descendu la vitre du taxi et l’air plus frais qui pénètre
dans mes narines ne laisse aucun doute. C’est toujours comme ça
quand j’entre à Saint-Louis, l’air change. Cette ville est bénie.

De part et d’autre de la route, on voit les étendues d’eau. Avec


l’hivernage qui vient juste de se terminer, le niveau du fleuve est monté.
Qu’est-ce que ça m’a manqué. De loin j’aperçois le fameux pont
Faidherbe dont les saint-louisiens sont si fiers. Elle est très vieille
[rénovée maintenant] mais donne toujours un certain cachet à la ville.

Quelques minutes après, le taxi se gare enfin devant chez moi. Je vois
Awa, une des deux domestiques de maman, assise sur le banc devant la
maison. La voir là me fait rire. Elle n’a pas changé, elle s’assoit toujours
dehors quand elle n’a rien à faire, qu’il pleuve ou qu’il vente.
Dès qu’elle me voit, elle se lève en souriant de toutes ses dents et
s’approche du taxi. J’en sors pour l’embrasser. Elle me fait des signes
que je ne comprends toujours pas même après avoir vécu des années
avec elle. Awa est muette de naissance et il n’y a que maman, sa grande
amie/ennemie devant l’éternel, qui est capable de la comprendre. Il faut
voir quand elles se disputent, c’est un vrai spectacle pour lequel je
paierais, rien que pour y assister.

Elle finit par rentrer dans la maison pour demander de l’aide pendant que
le chauffeur m’aide à sortir les valises du coffre. Quelques secondes plus
tard, deux cousins en sortent et viennent nous aider.

Dans la maison, je m’apprête à monter les escaliers quand je vois ma


mère debout en haut en train de m’observer comme si j’étais un cadeau
tombé du ciel.
Elle sourit. Le sentiment que j’éprouve à cet instant est indescriptible. En
un instant, elle vient de balayer tous les « Kader », les « Gabi » et les «
Marc » du monde. Elle vient d’effacer toutes mes peines, mes douleurs,
mes erreurs, la perte de mon innocence…

Il n’y a qu’elle qui compte. A cet instant il n’y a qu’elle de vrai.

Je pose mon pied sur la première marche de l’escalier alors qu’une


larme coule sur ma joue.

[J'espère que vous avez aimé. Moi j'ai adoré l'écrire. Hommage à nos
mamans. Qu'elles soient présentes ou absentes, leur valeur est
incomparable.
Love émoticône heart émoticône heart ♥]

[Coucou!

Livraison du jour! Enjoy! ]

© Partie 25 : Les explications

Dans la maison, je m’apprête à monter les escaliers quand je vois ma


mère debout en haut en train de m’observer comme si j’étais un cadeau
tombé du ciel.
Elle sourit. Le sentiment que j’éprouve à cet instant est indescriptible. En
un instant, elle vient de balayer tous les « Kader », les « Gabi » et les «
Marc » du monde. Elle vient d’effacer toutes mes peines, mes douleurs,
mes erreurs, la perte de mon innocence…

Il n’y a qu’elle qui compte. A cet instant il n’y a qu’elle de vrai.

Je pose mon pied sur la première marche de l’escalier alors qu’une


larme coule sur ma joue.

***

Ça y est ! Je suis enfin chez moi. Mes bagages sont montés dans une
chambre d’ami. C’est là que je vais m’installer, ne pouvant plus
prétendre à mon ancienne chambre, qui est déjà occupée. Notre maison
est un vrai temple. Entre les vacanciers, les invités de passage, les
cousins lointains venus du village pour leur études, il y’a toujours du
monde. Je ne sais vraiment pas comment papa fait. C’est simple, avec
lui, tu n’as même pas besoin de prévenir, tu viens juste t’installer et dire
au revoir quand tu veux repartir.
Mais celle que je plains le plus dans tout ça, c’est maman. La pauvre,
c’est elle qui se retrouve à devoir s’occuper de tout ce monde.
Heureusement qu’elle ne travaille pas. Le gros point positif maintenant,
c’est qu’elle n’a jamais le temps de se sentir seule, ce qui est bien vu
que presque tous ses enfants sont partis de la maison.

Tout à l’heure, quand je suis arrivée, on a ri et pleuré en même temps,


dans les bras l’une de l’autre. Il a fallu que papa sorte du salon pour
qu’on se lâche enfin. Il nous a traitées de gamines mais il suffisait de
regarder sa tête pour voir qu’il était ému aussi. Je suis allé le saluer,
pliant mes genoux devant lui en signe de respect. J’aurais voulu
l’embrasser mais je ne peux pas. Ce n’est pas le genre de geste qu’on
fait avec lui. Pourquoi ? Je ne sais pas. C’est juste comme ça…
La seule fois où j’ai embrassé mon papa est quand je suis rentrée de
Paris pour mes premières vacances. Il est venu me prendre à l’aéroport
et je me suis jetée dans ses bras. Rien n’aurait pu m’en empêcher alors,
j’étais juste trop heureuse de le voir. C’était la première fois que je
l’embrassais et c’était aussi l’une des deux fois que j’ai vu ses larmes,
l’autre étant à la mort de ma grand-mère.

Quelques minutes plus tard, nous nous sommes retrouvés tous les cinq,
avec Khady et Mariétou, ma petite nièce, dans le salon. Discutant de
mon voyage et d’autres choses, nous étions confortablement installés
dans l’aura créé par le bonheur des retrouvailles. Ensuite, nous avons
coupé le jeûne avec toute la maisonnée. Je ne les ai finalement quittés
que pour prendre une bonne douche avant les prières.

A présent, après avoir bien dîné et souhaité bonne nuit à tout le monde,
je suis montée sur la terrasse, me retrouvant seule. Il est 22h passées et
j’ai eu envie de respirer l’air frais venant du fleuve et de l’océan, avant de
me coucher. Les bras croisés sur le rebord du mur et le menton posé
dessus, j’ai l’impression d’avoir à nouveau 15 ans. Je me mettais
exactement dans la même position, au même endroit.

Mais je n’ai plus 15 ans. Et beaucoup de choses se sont passées depuis


la dernière fois que je me suis retrouvée à cette place. Kader s’est
passé. Et au fond de moi, je ne suis plus la même personne.

Sentant les mauvaises pensées arriver, je descends et vais dans ma


chambre. Après m’être couchée, j’envoie un message à Marc : « Tu dors

A peine le message est parti que mon téléphone sonne. Je souris en


décrochant : « Donc tu ne dors pas. »

Marc : Non princesse. Je pensais à toi justement. Tu es bien arrivée à


Saint-Louis ?

Moi : Oui. Trop contente !

Marc : Hum c’est bien. En tout cas, moi j’ai déjà hâte que tu reviennes.
Moi, en riant : Marc, laisse-moi au moins profiter de ma famille un peu…
Comment va Gabin?

Marc : Il dort. Il a même demandé après toi.

Moi : Ben passe-le moi demain au téléphone. Comme ça je lui parlerai


de mes progrès à la play.

Marc rit, amusé: « Tu es folle…Tu me manques. »

Moi : Tu me manques aussi…

Marc : Tu n’es pas fatiguée par les voyages ?

Moi : Si, mais je sens que je ne vais pas arriver à dormir toute seule…
Stp parle-moi jusqu’à ce que je m’endorme. N’importe quoi, juste parle-
moi.

Marc : Hum. Laisse-moi voir… Je t’ai raconté comment j’ai sauvé il y’a
quelques jours un magasin de bijoux de tout un groupe de braqueurs
armés ?

Je pouffe de rire : « N’importe quoi ! »

Marc : Si, si. Attends. Je me promenais ce jour-là, sifflant dans la rue


quand j’ai décidé de m’arrêter devant une belle vitrine de bijoux. J’ai
pensé à ma princesse et suis entré…

Et Marc continue de laisser parler sa débordante imagination. La fatigue


aidant, je finis par m’endormir bercée par le son de sa voix.

***

Ça fait maintenant deux jours que je suis à Saint-Louis. Hier j’ai passé
toute la journée à la maison, sans sortir. Je voulais profiter de ma famille
même si maman commençait déjà à me harceler avec les nombreuses
tatas et tontons que je suis censée aller rendre visite. Certaines choses
ne changent malheureusement pas… Mais j’ai tenu bon et pour être
tranquille, je l’évitais et allais discuter avec le reste de la famille.

Aujourd’hui, j’ai décidé d’aller rendre visite à mon amie d’enfance,


Aissatou, qui est restée à Saint-Louis. On ne s’entend pas souvent elle
et moi, mais rien n’a changé par rapport à nos sentiments. J’ai vécu à
ses côtés beaucoup de premières fois : boîtes de nuit, petits copains...
Et les premières fois ne s’oublient jamais.
Même après être restées des semaines ou mois sans nouvelles, dès
qu’on se retrouve, on se traite comme si on s’était vu la veille. C’est ça
sans doute, la vraie amitié.

Je suis à présent assise avec sa maman dans le salon, qui vient de


l’appeler pour une visite. Elle ne sait pas que je suis revenue en
vacances. Quand elle entre et qu’elle me voit, elle me regarde deux
secondes, surprise, puis me fait un gros « tchip » qui n’arrive pas à
cacher la joie qui se lit sur son visage.

Aissatou : Ami, toi tu ne changes pas quoi ! Pourquoi tu ne m’as pas dit
que tu venais ?

Moi : Parce que j’adore te surprendre.

Je me lève et on s’embrasse, pendant que sa mère nous regarde


affectueusement. Je suis trop contente de la voir.
Comme avant, on se retire immédiatement dans sa chambre pour
rattraper tout le temps perdu à ne pas s’échanger les potins. On
s’allonge sur le lit et je la questionne sur ses nombreux amours. C’est
son sujet préféré. Là, elle me parle surtout du dernier en date. Comme
d’habitude, elle me dit être sûre que cette fois est vraiment la bonne.
Comme d’habitude, je suis dubitative.

Moi : Ok, Aissatou. On en reparlera dans quelques mois.

Aissatou : Quelques mois ?! Dans quelques mois ma chère je serai déjà


mme Kâ depuis bien longtemps.

Moi : Tiens. C’est nouveau ça, tu penses au mariage maintenant.

A : Parce que toi non ? Attends ma belle, on ne rajeunit pas hein.

Si, moi aussi j’ai pensé au mariage. Mais ça c’était avant…

Moi : Mouai, on n’est pas vieilles non plus. Il n’y a pas besoin de se
presser.

A : Donc avec ton copain dont tu étais super amoureuse là, tu ne veux
pas te marier ?
Moi : Je ne suis plus avec lui. C’est fini.

A : Ah bon ? Pourquoi ? Ça avait l’air de bien se passer.

Moi : Pas tant que ça en fait… Mais oublions-le, c’est du passé.

Je ne veux pas lui parler de Kader parce que je serais obligée de lui
expliquer ce qui nous a fait rompre. Et surtout je n’ai aucune envie de
parler de lui.

J’enchaine immédiatement avant qu’elle pose d’autres questions : « Je


suis avec quelqu’un d’autre maintenant. Il s’appelle Marc et c’est le mec
le plus adorable de la terre. Et si tu le voyais ! Il est trop beau ! »

A : Marc ? Attends, c’est un français ?

Moi : Oui.

A : Ami ! Pourquoi tu veux te compliquer la vie ?

Moi : Comment ça me compliquer la vie ?

A : Mais c’est un blanc !

Moi : Oh arrête toi aussi. On est tous pareils.

A : Ah bon. Va dire ça à tes parents. Va leur dire que tu vas te marier


avec ton Marc là. Tu vas comprendre ta douleur.

Moi, un peu énervée : D’abord qui t’a parlé de mariage ? On est


ensemble que depuis quelques semaines et on n’a jamais parlé de ça.
Ensuite, et alors ? S’il se convertit, il n’y a aucune raison que mes
parents ne veuillent pas de lui. Franchement, il est grand temps que les
mentalités évoluent par ici.

A : Ok, énerve-toi si tu veux. Mais tu sais très bien que j’ai raison.
Jamais tu ne te marieras avec lui.

Moi : Pff n’importe quoi. De toute façon, je n’ai pas prévu de me marier
un jour.

A, en rigolant : Donc maintenant tu ne prévois pas de te marier quoi. Tu


es bien drôle quand même. Ça me manquait de rire comme ça. Donc
quoi tu es une « toubab » maintenant ? Tu vas aller vivre avec ton Marc,
faire des enfants et tout ça quoi.

Moi, sérieuse : Ce n’est pas ce que j’ai dit Aissatou.

A : Attends un peu. Je rigolais là mais t’as l’air sérieuse toi… Aminata !

Elle me regarde les yeux écarquillés.

Moi : Quoi encore ?

A : Aminata, tu es toujours vierge ?

Oh non ! Elle me manquait ma copine, mais là je n’ai déjà plus envie de


la voir.

Je lui réponds, en détournant la tête : « Je ne couche pas avec Marc


Aissatou ! »

A : Alors pourquoi tu es gênée.

Moi : D’où tu as vu que j’étais gênée ?

Elle me regarde, dubitative : « En tout cas, tu as intérêt à ne pas coucher


avec lui hein »

Moi : Bon. C’est bon, je ne te raconte plus rien. Je rentre chez moi.

A, en me retenant par le bras : Mais non, ma copine à moi. Allez


raconte-moi. Comment c’est d’embrasser un blanc ?

Je ne peux pas m’empêcher de rire à cette question. Elle est vraiment


folle cette fille. On continue de se chamailler quand mon téléphone
sonne. Je ne connais pas le numéro mais c’est du Sénégal.

Moi : Allô.

L’autre : Allô ma chérie. C’est maman Dieynaba.

Surprise de l’entendre, je me redresse et m’assois sur le lit.

Moi : Maman… Comment tu vas ?


MD : Je vais très bien. Tu es bien arrivée à Saint-Louis ? Tu ne m’as
même pas appelée.

Moi : Désolée maman. Je… ne connaissais pas encore ton numéro.

MD : Ne t’inquiète pas chérie, je te charrie. Tes parents vont bien ?

Moi : Oui, ils vont bien.

MD : Tant mieux. Ils doivent être contents de te revoir. Je sais ce que


c’est, avec mes enfants qui vivent à l’étranger… Dis-moi, j’ai envie de
faire connaissance avec ta mère. Tu me la passes stp.

Je m’y attendais. Eh bien, heureusement que je ne peux pas. Au moins


je n’aurai pas à mentir.

Moi : Je ne suis pas à la maison en fait. Je suis sortie rendre visite à une
amie…

Les mots sortent de ma bouche en même temps que je me demande


pourquoi donc je me justifie. Cette femme m’intimide trop.

MD : Ah ok. Tu as raison, profite-bien de tes vacances. Tu sais quoi,


donne-moi le numéro de ta maman, ce sera plus simple. Je suis sûre
qu’elle a déjà entendu parler de moi.

Moi : …

MD : Ami ? Tu m’entends ?

Moi : Oui maman.

MD : Qu’est-ce qu’il y’a ma fille ? Tu as peur ? Ne t’inquiète pas, on ne


fait rien tant que vous n’êtes pas prêts Kader et toi. C’est dépassé ces
choses-là. Mais vous commencez à durer ensemble, quand même. Et
quand on fait quelque chose de bien, il ne faut pas trop trainer à le faire.
Je veux juste faire connaissance avec ta mère que les familles se
connaissent un peu.

J’ai envie de lui crier que non, on n’a pas duré ensemble, non il n’y aura
pas de mariage et non ça ne sert absolument à rien qu’elle appelle ma
mère à part me compliquer la vie. Elle va me demander ensuite qui est
Kader et je ne veux pas lui en parler.
Mais comment je peux dire ça à maman Dieynaba, maintenant, alors
que deux jours plus tôt on lui a fait croire que Kader et moi étions
ensemble ? On s’est même parlé devant elle !

Dépitée, je finis par répondre : « Ok, maman. Je te l’envoie tout de suite


par message. »

MD : Merci ma fille. Je te laisse avec ton amie. Maintenant que tu as


mon numéro, n’hésite pas à m’appeler. Bisou. »

Moi : Bisou.

Je coupe le téléphone et me tourne vers Aissatou, qui m’observe, dans


l’attente d’explications.

Je la regarde, dépitée.

Aissatou : Je ne comprends pas. Tu parlais à ta maman ou pas ? Tu ne


connais pas le numéro de ta maman ?

Moi : Je ne parlais pas à maman.

A : Mais tu l’appelais maman… Ok, c’était qui alors?

Moi : La maman de mon ex.

A : Ton ex, celui-là avec qui tu as rompu ?

Moi : C’est la définition même d’un ex Aissatou.

A : Ok laisse-moi réfléchir…

Elle tapote son doigt sur ses lèvres l’air de réfléchir avant de reprendre :
« Donc. La mère de ton ex t’appelle. Tu te redresses comme si c’était le
pape. Et tu l’appelles maman ? Reparle-moi de la définition d’ex stp. »

Moi : Arrête. C’est bien mon ex. Mais sa maman pense qu’on est
toujours ensemble et qu’on va même se marier. C’est compliqué… là
elle veut que je lui donne le numéro de ma mère pour qu’elle l’appelle.
Mais je ne vais pas le faire.

A : Ho ! Attends, je ne comprends rien du tout. Pourquoi elle pense que


vous allez vous marier.
Moi : C’est une longue histoire… On allait se marier son fils et moi. Mais
on a rompu finalement. Mais elle, elle ne le sait pas… Je l’ai vue à Dakar
et elle m’a accueilli comme si j’étais déjà sa belle-fille. Je n’ai pas pu lui
dire la vérité.

A : Tu l’as vue ? Je ne comprends rien Ami. Pourquoi tu ne me racontes


pas tout clairement ?

Moi : Je ne peux pas Aissatou. On en parlera une autre fois. Mais là le


problème c’est que je lui ai menti et je ne peux plus reculer. Elle veut
parler à ma mère, tu te rends compte.

Elle semble réfléchir quelques secondes puis me dit : « Bon je ne


comprends rien à cette histoire mais en tout cas je préfère que tu te
maries avec Kader qu’avec Marc. »

Elle m’énerve.

Moi : Arrête avec ça.

A : Ok… Comme tu veux… Mais vu ta réaction quand cette femme t’a


appelée, t’en pinces encore pour Kader. C’est sûr. Donc moi je garde
espoir.

Moi : Grrr ! Pourquoi je t’ai raconté tout ça ?!

A : Alors tu lui envoies ce message, à ta « môman » ?

Je la regarde dédaigneusement, puis baisse le regard sur mon portable


repensant à la promesse faite à maman Dieynaba.

Moi : Elle va appeler ma mère si je le lui envoie.

A : Tu lui as quand même promis de le faire. Ce serait lui manquer de


respect de ne pas le faire.

Moi : Mais elle va parler à ma mère, de Kader et moi.

A : Et alors ? Tu lui dis que vous avez rompu c’est tout.

Moi : Je ne sais pas… Ah la la, c’est compliqué tout ça. Je voulais


passer des vacances tranquilles moi. Juste profiter de ma famille et
oublier tout ça…

A : Oublier quoi exactement ?

Moi : Rien, laisse tomber… Bon je lui envoie ça.

***

Je suis restée chez Aissatou jusqu’en fin de journée, comme c’est le


ramadan. J’y suis allée dans la matinée et comptais rentrer plus tôt, mais
avec l’histoire du coup de fil de maman Dieynaba, j’ai préféré retarder la
confrontation avec maman.

Je suis rentrée juste avant l’heure de couper le jeûne. Maman est assise
dans le salon avec les autres. Elle n’a pas d’expression particulière sur
son visage quand elle me voit, mais discrète comme elle est, ça ne
m’étonne pas.

On mange et prie tous ensemble. Je rentre tout de suite après dans ma


chambre pour prendre une douche.

A la suite de ça et jusqu’après le dîner, aucune remarque particulière de


maman.
Bien plus tard, quand tout le monde est parti se coucher et moi retirée
dans ma chambre, je m’apprête à faire signe à Marc quand j’entends
toquer à ma porte. Je devine tout de suite que c’est maman. Je la fais
entrer sans grand enthousiasme.
Tant pis, on va parler et puis basta.

Maman : Tu ne dors pas encore « thiat » (benjamine) ?

Moi, en faisant semblant de bailler : Non, mais je n’allais pas tarder.

Maman s’assoit sur le lit, ce qui m’oblige à me redresser pour m’assoir


aussi.

Elle me regarde puis sourit, l’air émue : « Alors, tu n’as pas des choses à
me dire ? »

Moi : Comme quoi ?

Maman : Tu ne sais pas de quoi je parle ?


Moi :…

Maman : J’ai reçu un coup de fil aujourd’hui… Tu vois maintenant de


quoi je parle ?

J’hésite puis finis par répondre. Ça ne sert à rien de retarder l’échéance.

Moi : Moui.

Maman : Dis-moi alors.

Moi : Il n’y a rien à dire maman. Maman Dieynaba se trompe. Elle pense
que son fils et moi allons nous marier.

Maman m’écoute calmement avant de répondre : Abdelkader, c’est ça ?

Grrrrr !

Moi : Oui c’est ça.

Maman : Comment ça se fait qu’elle pense que vous allez vous marier ?
Il veut t’épouser ?

Moi : Je ne sais pas moi… Je suppose.

Maman : Comment ça tu supposes ? Tu le connais ou non ? Tu peux me


le dire si vous sortez ensemble. Tu es une grande fille maintenant. C’est
normal que les hommes s’intéressent à toi.

Malgré la situation, j’ai envie de rire. Maman veut croire dur comme fer
que sa fille n’est jamais sortie avec des hommes. Si elle savait…

Moi : C’est vrai que je sortais avec lui et qu’il m’a demandée en mariage.
Mais on a rompu.

Maman : Pourquoi ? Ce n’est pas quelqu’un de bien ?

J’ai envie de lui répondre : « Si il l’était, jusqu’à ce qu’il me viole. Oui


maman, ta fille n’est plus vierge. Tu ne seras jamais fière de moi. »

Au lieu de ça, je me contente de baisser les yeux et me taire.

Maman : Donc toi tu ne veux pas te marier avec lui ?


Moi : Je ne suis plus avec lui depuis longtemps.

Maman : Bon. Je ne comprends pas que sa mère m’ait appelé alors. En


tout cas elle a l’air d’être quelqu’un de bien. Mais c’est toi qui décides
avec qui tu veux te marier ou non.

Pourquoi pas ne jamais me marier ?

Je suis quand même soulagée à ses paroles jusqu’à ce qu’elle reprenne


: « Par contre, fais attention ma fille. Tu travailles maintenant, il est
temps de penser au mariage. Ne rejette pas tous les hommes qui
t’approchent. Essaie au moins d’apprendre à les connaître. Surtout s’ils
sont de bonne famille et corrects avec toi. Et cette femme qui m’a
appelée tout à l’heure m’a beaucoup plu même si je ne la connais pas
encore. Si tu as accepté de sortir avec Abdelkader, c’est que tu ne le
détestes pas. Et lui veut t’honorer en t’épousant, ça veut dire qu’il t’aime.
Réfléchis bien… Pour le moment, je ne vais rien dire à ton père. Mieux
vaut qu’il ne le sache pas. Mais si tu changes d’avis, tu me le dis,
d’accord. »

Ne retiens pas ton souffle maman.

Maman : En parlant de ton père, il faut que je te dise quelque chose. Tu


sais, quand il est allé au Maroc il y’a quelques mois ? Il t’a dit que c’était
pour un bilan médical.

Moi : Oui ?

Maman : Il t’a dit ça pour ne pas t’inquiéter. En réalité, il allait se faire


opérer. Il y’a de très bons médecins là-bas et on préférait qu’il soit traité
là-bas.

Mon cœur fait un énorme bond dans ma poitrine.

Moi : Quoi ? Mais opérer de quoi ?

Maman : Du cœur. Un pontage je crois… En fait il a fait une petite crise


cardiaque et…

Moi : Quoi !! Maman comment ça se fait que je ne le sache que


maintenant.
Maman : Calme-toi. On ne voulait pas t’inquiéter. Déjà que tu es loin de
nous et sans personne de la famille avec qui être là-bas, ton boulot tout
ça… Bref, ce n’était pas grave de toute façon.

Moi : Pas grave ?! Tu me parles d’une crise cardiaque maman.

Maman : Une petite crise. Et tout va bien maintenant. Il est guéri.

Sans pouvoir me retenir, je commence à pleurer. Ok, il est guéri mais


quand même… moi j’étais en train de vivre ma vie tranquillement alors
que mon père avait une crise cardiaque et se faisait opérer ! Je n’arrive
pas à y croire… Mon père ? Il est tellement fort, c’est notre roc.

Maman : Ça ne sert à rien de pleurer Ami. C’est fini maintenant. Je


voulais juste t’informer. Tu avais le droit d’être au courant. C’est une des
raisons pour lesquelles on a voulu que tu viennes. Arrête de pleurer.

Elle me sourit et prends ma main qu’elle sert entre les siennes : « Hey,
c’est fini. Ton père va très bien. »

Moi : Et… il avait quoi ?

Maman : Une artère bouchée au niveau du cœur je crois. Je n’y connais


rien à ces choses-là… C’est qu’on ne mange pas bien au Sénégal avec
tous nos aliments gras là. Maintenant on fait très attention en cuisine…
Ton père suit un traitement sinon. Et comme tu as vu toi-même il est en
pleine forme.

Elle rit en rajoutant : « Il fait du sport maintenant. Tu n’as pas vu le vélo


d’appartement dans le couloir là? Ton père faire du sport… comme quoi
tout est possible.

Moi : Arrête maman, ce n’est pas drôle.

Mais je souris quand même en essuyant mes larmes, imaginant mon


père sur le vélo.

Maman : Bon, je vais me coucher moi. Ne pense plus à ça hein.

Moi : Ok. Dors bien.

Maman : Toi aussi ma fille. N’oublie pas de faire une prière avant de
dormir.
Moi : D’accord maman.

Je me recouche mais n’ai plus aucune envie de dormir. Je ne cesse de


penser à papa. S’il ne dormait pas là, j’irais le voir. Rien que pour le
regarder…

Finalement, je vais éteindre mon téléphone. Je ne veux pas appeler


Marc ce soir, je lui expliquerai demain.

***

Mes deux semaines à Saint-Louis arrivent déjà à leur fin. Même si elles
ne se sont pas vraiment passées comme prévu, j’ai quand même adoré.
Retrouver ma famille, passer du temps avec eux, c’était tout ce que je
voulais. La fête de la « korité » s’est très bien passée. Tout le monde
était à la maison cette fois, même Oumou dont le mari a accepté de
venir chez nos parents pour cette fois. Toute la famille était au complet.
De nouveau j’ai vu mon père et mes frères aller ensemble à la mosquée,
avec, cette fois-ci, les petits derniers de la famille. L’ambiance si
particulière des jours de fête m’avait plus manqué qu’autre chose.
Toutes les femmes de la maison se sont mises aux fourneaux pour
préparer les plats. Maman et papa avaient l’air d’être plus que jamais
heureux de voir tous leurs enfants et leur famille ensemble.

En parlant de papa, le voir tous les jours a fini par me rassurer sur son
état. Il n’a presque pas changé. Il a certes pris de l’âge mais c’est
toujours le même homme solide et qui inspire tellement de respect
autour de lui. Comme avant, il se levait tous les jours à 3h30 du matin
pour prier jusqu’à l’heure d’aller au travail. Comme avant, il se retirait
tous les jours après le déjeuner dans son coin pour lire le Coran. Et
comme avant il ronflait comme un camionneur dans le salon tous les
soirs, alors que chacun se demandait qui allait avoir le courage de le
réveiller, qu’il aille enfin se coucher pour nous permettre de suivre
tranquillement la télé.

Non, presque rien n’a changé.


Juste moi. Moi et ce manque inexplicable…

J’ai eu des nouvelles de Soukeyna et maman Dieynaba aussi. Malgré


l’insistance de maman Dieynaba pour que je passe chez elle, j’ai réussi
à la convaincre de le faire une autre fois, avec l’aide de Soukeyna. On lui
a expliqué que je prenais immédiatement l’avion après avoir quitté Saint-
Louis. Ce qui n’était pas totalement faux.

Donc voilà, je pars dans quelques minutes et mes bagages sont déjà
prêts. Aissatou est venue passer la journée à la maison pour qu’on se
dise au revoir en même temps que la famille. Le chauffeur de papa est
déjà garé en bas. On va pouvoir y aller. On descend tous ensemble,
maman, papa, Khady, Aissatou, ma petite Mariétou, même Awa et puis
moi.

Arrivés en bas, sur le pas de la porte, mon père m’arrête puis inscrit sur
le sol un mot invisible avec son doigt. Il me demande ensuite de le
franchir avec le pied droit. Comme d’habitude… Je commence à pleurer.
Comme d’habitude…

J’embrasse tout le monde un à un et on se promet de se revoir au creux


des oreilles. Enfin, sauf celles de Awa, ça aurait été compliqué de me
faire comprendre…

Je finis par papa et maman. Je prends maman dans mes bras et la serre
très fort en pleurant. Je n’ai pas envie de la lâcher et elle non plus. Mais
on est bien obligées.

Ensuite, je me tourne vers papa qui prend mes deux mains dans les
siennes pour faire une prière. Tout le monde tend ses mains, dans le
même geste. Quand il finit, il garde ma main droite et y inscrit à nouveau
quelque chose. Ensuite il baisse ma main mais la retient toujours sans
rien dire.

Le chauffeur entre dans la voiture et la démarre. On attend tous que


papa relâche ma main, pour que je puisse entrer dans la voiture.

Mais il la serre encore, sans rien dire…

***

Je suis arrivée à Paris depuis plus de trois heures maintenant. Marc est
venu me chercher à l’aéroport. Je ne sais pas ce que je ferais sans lui.
Encore attristée par la séparation d’avec ma famille et le retour en
France où il fait déjà si froid, je trouve un énorme réconfort à l’avoir là
avec moi. A l’aéroport, je n’ai pas pu m’empêcher de le serrer fort dans
mes bras, même s’il y’avait beaucoup de sénégalais autour.

Là, chez moi, on s’est commandé une pizza pour dîner. Allongés devant
la télé sur le canapé, je lui raconte mes vacances, du moins ce qu’il ne
sait pas déjà. Il me caresse doucement le bras. On est jeudi et je ne
reprends le boulot que lundi. Mais Marc a posé son vendredi pour qu’on
reste ensemble. Karine et Badou doivent passer demain après le boulot
et on va dîner ensemble tous les quatre.

Ce sera enfin l’occasion pour que Badou et Marc se rencontrent.


J’espère seulement que ça va bien se passer…

***Dans la tête de Kader***

Je suis garée depuis vingt minutes déjà devant l’immeuble de Ami,


hésitant encore à descendre de ma voiture. J’ai besoin de la voir
pourtant, j’ai besoin de savoir. Je ne peux plus rester dans le doute. Et
surtout, je ne peux pas partir comme ça pendant plusieurs mois sans me
rassurer sur ses sentiments par rapport à cet homme.
Depuis que je suis au courant de la nouvelle de leur relation, j’attends
impatiemment son retour pour enfin lui parler. Je sais que je lui ai promis
de la laisser tranquille, mais là je veux juste savoir. Sinon je vais devenir
fou, j’en suis sûr !
J’ai été con de croire que juste parce que ma mère et Soukeyna lui ont
parlé, elle allait revoir sa décision de me quitter. C’était vraiment stupide
!

Badou n’était pas pour que je vienne ici mais je l’ai convaincu qu’il fallait
que je le fasse. Rien qu’une fois avant de partir. Je resterai entre quatre
et six mois aux États-Unis. Ça dépendra des besoins de la mission.
Quatre mois à me poser des questions sur Aminata pendant qu’elle sera
avec un autre homme. C’est juste impossible. J’ai absolument besoin de
me rassurer.
Sous mon insistance, Badou a fini par se renseigner auprès de Karine
pour avoir la date exacte du retour de Ami. Je n’ai pas voulu perdre de
temps et suis venu le jour même de son arrivée. Je pars dans quatre
jours déjà.

Prenant mon courage à deux mains, je sors enfin de la voiture et me


dirige vers l’entrée de l’immeuble. J’utilise ma vieille technique pour faire
ouvrir la porte par un des occupants de l’immeuble. Quant à
l’appartement de Ami, si elle n’ouvre pas, ce n’est pas grave. S’il le faut,
je lui parlerai derrière la porte jusqu’à ce qu’elle soit obligée d’ouvrir.
Mais il faut qu’on se parle ce soir. Il est 23h passées et à cette heure-ci,
de retour de voyage, j’étais certain qu’elle était chez elle. Et j’ai vu tout à
l’heure de la lumière dans sa cuisine.
Arrivé devant sa porte, je sonne rapidement puis attends, le cœur
battant. Après quelques secondes, j’entends Ami approcher de la porte.
Je prie intérieurement pour qu’elle l’ouvre, juste cette fois-ci.

Quand la porte commence à s’ouvrir, j’ai peine à croire que mes prières
sont exaucées. Mais je n’ai pas le temps de m’en réjouir car je vois
devant moi…Marc.

Il se tient dans l’embrasure de la porte et me demande calmement : « Je


peux vous aider Kader ? »

*
[A demain pour la suite mes chers! J'espère que vous avez aimé? La
suite sera meilleure.

Kiss you bad émoticône heart émoticône heart

PS: Je vais me faire plaisir tout à l'heure avec le dernier épisode de la


saison 3 de scandal. et vous? ]

[Bonjour tout le monde!

Voici votre suite. Excellent samedi! ♥]

© Partie 26 : La nouvelle

Arrivé devant sa porte, je sonne rapidement puis attends, le cœur


battant. Après quelques secondes, j’entends Ami approcher de la porte.
Je prie intérieurement pour qu’elle l’ouvre, juste cette fois-ci.

Quand la porte commence à s’ouvrir, j’ai peine à croire que mes prières
sont exaucées. Mais je n’ai pas le temps de m’en réjouir car je vois
devant moi…Marc.

Il se tient dans l’embrasure de la porte et me demande calmement : « Je


peux vous aider Kader ? »

***

Mais qu’est-ce qu’il fait là à cette heure-ci lui ? Il est presque minuit. Ami
ne dort pas avec lui quand même ? Il pourrait essayer de…
Stop. Je dois m’arrêter. Ami m’a fait confiance et je l’ai trahie. Je suis
mal placé pour juger un autre homme. Il n’y a que de moi dont elle
devrait se méfier. Et surtout je n’ai plus aucun droit sur elle.

Après les quelques secondes de surprise, je finis par reprendre : « C’est


pour Ami que je suis là. Je suis bien chez elle, n’est-ce pas ? »

Marc : Qu’est-ce que vous lui voulez ?

Moi : Pardon ?!

Il pousse le bouchon lui. Il va m’énerver…

Marc : J’ai dit qu’est-ce que…

La voix de Ami l’arrête : « Marc ça va ? »

Il se tourne pour la regarder, ce qui me permet de la voir. Assise sur le


canapé, elle a penché la tête vers le petit couloir qui mène à la porte,
nous regardant. Elle sursaute dès qu’elle me voit.

Marc : Ça va princesse. Je m’en occupe.

Je n’ai même pas le temps de m’occuper des paroles de celui-là. Mon


regard n’arrive pas à se détacher de Ami. La voir comme ça, chez elle,
habillée simplement, me rappelle tellement de souvenirs…

Elle se lève et s’approche de quelques pas, les bras croisés. Elle n’a pas
l’air en colère. Elle est trop calme… Ce qui, je ne sais pourquoi, ne me
rassure pas.

Ami : C’est bon Marc.


Marc : Princesse…
Il va arrêter lui, avec ses « princesse » !!

Ami : Ça va aller, ne t’inquiète pas.

Marc se tourne pour me regarder, puis soupire avant de quitter la porte.


Arrivé devant Ami, il pose sa main sur son bras et se penche vers elle
pour l’embrasser sur la tête, avant de lui chuchoter quelque chose. Je
vois Ami lui sourire en même temps que je sens un couteau invisible me
transpercer le cœur.

Ami s’approche de la porte et se tient devant.

Ami : Recule stp.

Bien sûr, elle a encore peur de moi. Je recule immédiatement jusqu’à


l’autre côté du mur, sans la quitter des yeux.
Elle sort alors et referme la porte doucement derrière elle.

Ami : Qu’est-ce que tu veux Kader ?

Moi : Je veux te parler Ami.

Ami : Et qu’en est-il de ta promesse de me laisser enfin tranquille ?

Moi : Je suis désolé. Je le voulais vraiment. Mais je ne peux pas partir


sans savoir.

Je vois une réaction presque imperceptible à ces dernières paroles. Le


mot « partir » l’a fait réagir, j’en suis sûr !
Mais elle ne pose aucune question sinon : « Savoir quoi ? »

Moi : Ami. Je sais que je t’ai fait du mal, et je le regretterai toute ma vie.
Crois-moi. Je le regrette amèrement. Je n’en dors plus. Tous ces mois,
je n’ai pas été en paix, pas une seule fois. T’avoir fait ça est la pire chose
que je pouvais te faire. Tu sais…que je t’aime. Plus que tout. Je ne peux
pas…

Elle m’arrête brusquement : « Qu’est-ce que tu veux savoir Kader ! »

Moi : Bébé… Tu te rappelles de ce qu’on a vécu avant tout ça ? On était


bien toi et moi, tu ne peux pas le nier. Tu m’aimais. On allait se marier,
ce n’est pas rien. Cette erreur…stupide ! Ce n’est pas moi. Je suis le
même Kader qu’avant. Non, je suis mieux. Je te jure que je te ferai
toujours confiance et je ne serai jamais, jamais…violent avec toi. Je ne
te ferai plus jamais mal.

Elle pose la main sur la poignée de la porte en me disant : « Au revoir…


»

Moi : Attends stp. J’arrête.

Elle s’arrête, la main toujours sur la poignée de la porte. Elle me regarde,


en attente

J’inspire avant de lui demander : « Est-ce que tu… m’aimes toujours ? »

Elle me regarde une seconde, l’air surprise, puis elle commence à rire.

Ami : Tu es sérieux là ? Tu oses me demander si je t’aime ?

Moi : Je ne peux pas partir sans savoir.

Ami : Tu es vraiment gonflé Kader. Mais tu te prends pour qui en fait ?

Moi :…

Ami : Après avoir détruit ma vie, tu te pointes chez moi, où je me trouve


avec mon petit ami… oui c’est ça, MON petit-ami ! Et tu me demandes si
je t’aime ?! Toi !

Moi : Parce que tu es amoureuse de lui ?

Ami : Tais-toi Kader. Tu n’as absolument rien à me demander. Je m’en


fous que tu partes. Va au diable ! Je ne te dois rien, rien du tout !

Je l’observe pendant qu’elle me parle. Elle n’est pas seulement en


colère, il y’a autre chose cette fois. Elle est dure… décidée… Elle a
changé ! Mon Dieu, Ami ! T’ai-je vraiment perdue ? Suis-je entrain de me
leurrer depuis le début ?

Sans réfléchir, je lui dis calmement : « Dis-moi que tu ne m’aimes plus et


je ne reviendrai plus jamais dans ta vie. »

Je regrette ma phrase dès que je la termine. Pourquoi j’ai dit ça ?! Je


prie pour qu’elle ne réponde pas. Qu’elle entre juste chez elle finalement
et ne me réponde pas. Je partirai, je patienterai le temps qu’il faudra. Je
n’aurais jamais dû venir ici. Badou avait raison.

Mon cœur bat à tout rompre quand elle commence à s’approcher


doucement de moi. Arrivée juste devant moi, elle lève la tête et me
regarde fixement. Pendant une seconde, j’ai cru pouvoir la prendre dans
mes bras, l’embrasser, et me réveiller enfin de ce cauchemar.
Une seconde seulement car les mots commencent à sortir de sa bouche,
aussi tranchants que des lames : « Je ne t’aime pas Abdelkader Hann.
Je ne t’aimerai plus jamais. J’aime Marc et c’est avec lui que je vais faire
ma vie. »

Puis elle recule à nouveau jusqu’à la porte. Sous le choc, je l’entends


rajouter : « C’est bon ? Tu vas enfin me laisser vivre ? »

Je l’observe encore, le temps de réaliser ce que je viens d’entendre.


J’avais donc raison. J’ai pris le risque de la laisser partir et maintenant
elle en aime un autre. En si peu de temps…

Je la regarde une dernière fois, avant de me retourner pour partir.

A peine je fais quelques pas qu’elle m’arrête : « Kader »

Je me retourne brusquement, un petit espoir renaissant dans mon


cœur.

Ami : Clarifie la situation avec ta mère. Je ne vais pas continuer de lui


mentir

Puis elle ouvre sa porte et entre à l’intérieur.

Je suis resté debout au même endroit à regarder la porte, je ne sais pas


combien de temps. Jusqu’à ce que les lumières automatiques du couloir
s’éteignent. Je bouge alors pour les faire se rallumer et partir.

Quand j’entre dans ma voiture, je reste assis dedans sans démarrer, les
yeux brouillés par les larmes que je n’ai plus honte de laisser couler.
Pour la première fois de ma vie, je comprends les personnes qui se
suicident.

***Dans la tête de Marc***

Je suis encore debout dans le salon quand je vois enfin Ami ouvrir la
porte et entrer. Elle ferme la porte derrière elle mais reste debout devant,
la main toujours posée sur la poignée.

Inquiet, j’avance vers elle alors qu’elle se retourne finalement et me


regarde. Elle sourit…mais ça se voit qu’elle fait semblant pour me
rassurer.

Ami : C’est bon. Il est parti.

Moi : Ok… ça va toi ?

Ami : Oui, mais je pense que la fatigue commence vraiment à se faire


sentir. Tu sais, avec le voyage et tout… et puis il est tard. Je crois que je
vais me coucher. On se voit demain ?

Je m’approche d’elle et lui caresse le bras.

Moi : Tu veux vraiment que je parte ? Tu n’as pas l’air bien.

Elle me contourne et marche vers l’intérieur en me répondant : « Non, je


vais bien. Il vaut mieux que tu partes. »

Là, je suis sûr du contraire : « Princesse »

Ami, en hoquetant : Pars Marc, stp.

Elle ne me regarde pas mais là je sens qu’elle va pleurer. Il est hors de


questions que je la laisse dans cet état.
Je m’approche d’elle et l’enlace par derrière.

Je penche ma tête vers elle et lui dis : « Non, je ne pars pas. Désolé,
mais je ne peux pas te laisser dans cet état. »

Elle se tourne alors pour me faire face et avant même que j’ai le temps
de la regarder, elle tire ma tête vers elle pour m’embrasser. Je réponds
immédiatement à son baiser, malgré la surprise.
Elle enroule ses bras autour de mon cou, se dresse encore plus sur la
pointe de ses pieds et m’embrasse fougueusement, le souffle coupé.
Nos langues s’entremêlent et elle colle sa poitrine contre le mien. Elle
s’accroche à mon cou comme si elle avait peur de se noyer. Je ne l’ai
jamais vue comme ça et ça me surprend beaucoup. Mais je suis
incapable de résister à la douceur de sa bouche et les formes de son
petit corps que je sens collé contre moi. Je sens ses seins sur mon
torse. Je la tiens par la taille et la tire encore plus vers moi. Elle m’excite
tellement que je sens déjà mon pantalon prêt à craquer.

Ami descend ses bras et glisse ses mains sous mon tee-shirt pour se
mettre à caresser presque rageusement mon torse et mon ventre dans
des mouvements désordonnés. J’ai envie d’enlever le tee-shirt et le jeter
pour profiter encore plus de ses mains. J’ai envie de défaire ma ceinture
et… Un éclair de lucidité me fait me rendre compte qu’elle n’est pas
dans son état normal. Et si elle n’arrête pas tout de suite, je vais lui faire
l’amour là, debout contre le mur. Ami ne mérite pas ça, pas pour sa
première fois.
Je puise dans toutes mes forces pour séparer ma bouche de la sienne et
lui tenir, doucement mais fermement ses poignets. Elle se redresse pour
essayer de m’embrasser encore puis se débat un peu pour libérer ses
poignets. Elle finit par abandonner et baisse la tête. Ça y’est, elle s’est
calmée.
Je lui lâche les poignets et lui remonte doucement le menton pour la
regarder. Mais elle garde les yeux fermés.

Moi : Princesse ?

Elle pose le front sur ma poitrine et commence à pleurer. Je pose ma


main sur sa tête et la caresse puis la serre contre moi. Mais elle pleure
encore plus et cette fois ce sont de vrais sanglots. Elle pleure et
hoquette.
Je la tiens longtemps dans mes bras puis quand elle commence à se
calmer, je la soulève doucement et vais la coucher sur son lit. Elle pleure
toujours et se recroqueville, évitant mon regard. Je vais éteindre les
lumières et allumer celle du chevet.
Je reviens sur le lit et Je m’allonge derrière Ami, avant de la serrer
contre moi.
Je la laisse pleurer et la caresse jusqu’à ce que, de très longues minutes
plus tard, elle finit par s’endormir.
Dans la pénombre de la pièce, je fixe le mur en face de moi, le visage
posé sur les cheveux de Ami. Je continue toujours de la caresser même
si je sais qu’elle dort depuis longtemps.

Moi je n’ai pas envie de dormir. J’ai le cœur lourd. J’ai dans mes bras la
femme que j’aime qui vient de pleurer toutes les larmes de son corps
pour l’amour d’un autre.

***Dans la tête de Ami***


Je me réveille difficilement ce matin avec un mal de tête terrible. Après
quelques secondes de flottement, les souvenirs de la veille me
reviennent.
La honte m’envahit. Comment j’ai pu me comporter de la sorte avec
Marc ? Non seulement je me suis pratiquement offerte à lui mais ensuite
j’ai pleuré dans ses bras comme une enfant. Qu’est-ce que je me
déteste des fois.
Je me lève de mon lit et contourne le panneau japonais. Marc n’est pas
dans le salon. Je l’entends dans la cuisine. Il doit sûrement être en train
de préparer le petit-déjeuner, tel que je le connais.
Je me mets debout devant la cuisine et le regarde. Il se tourne vers moi,
souriant.

Marc : Bien dormi ?

Moi : Oui. Je suis désolée pour hier Marc.

Il me regarde, faisant mine de ne pas comprendre : « Hier ? Qu’est-ce


qui s’est passé ? »

Moi : Marc.

Il s’approche de moi et me prend dans ses bras : « Princesse, je


comprends. Ok ? Ce sont des choses qui arrivent. Tu étais sur les nerfs.
Avec le voyage, la séparation d’avec tes parents, trop d’émotions
accumulées. Je suis sûre que tu vas beaucoup mieux maintenant. »

Je l’observe sans répondre. Est-ce qu’il fait exprès de ne pas


comprendre ?

Je finis par lui sourire : « Oui je vais très bien maintenant. Alors on
prépare quoi aujourd’hui pour le dîner avec Karine et Badou ? »

***

Le dîner s’est finalement bien passé même si Badou n’est finalement


pas venu. Mais avec Karine et Marc, on ne s’est quand même pas
ennuyés. Marc et moi avons préparé un yassa au poulet. J’allais le faire
toute seule mais il tenait à m’aider pour apprendre à le faire.

A la fin du dîner, on est encore assis autour de la table basse, discutant


des événements des dernières semaines, notamment de mon voyage.
Karine a ramené du vin blanc pour elle et Marc, mais celui-ci n’y a pas
touché. En fait, depuis qu’on est ensemble, je ne l’ai jamais vu boire de
l’alcool, en tout cas pas en ma présence.

Karine : Mais Marc, tu ne vas pas me laisser finir la bouteille toute seule
quand même.

Marc rit : « Je ne te conseille pas de la finir… Mais c’est bon pour moi,
merci.

Karine : Tu ne bois pas d’alcool ?

Marc me regarde avant de répondre : « Plus maintenant. »

Karine nous observe à tour de rôle avant de dire : « Je vois. »

Quelques minutes plus tard, nous nous levons Karine et moi pour
débarrasser la table et laver la vaisselle. Marc s’apprête à se lever pour
nous aider mais Karine lui retient la main.

Karine : Ah non non Marc. Chez nous, c’est les femmes qui font ça. Je
ne sais pas ce que Ami te fait faire d’habitude, mais ce soir tu t’assois et
on s’occupe de tout.

Marc rit et se rassoit en disant : « Allez femmes ! Au boulot alors. »

Karine : Il ne faut pas pousser non plus hein.

Elle sourit et on va toutes les deux dans la cuisine avec nos assiettes.
Dès qu’on pose celles-ci, elle s’approche de moi en chuchotant : « Dis
donc, Marc il est sérieux hein. Il ne boit pas d’alcool pour toi ? »

Moi, en souriant : Il ne mange plus de porc non plus. Pourtant je ne lui ai


rien demandé. Il est incroyable.

K : Mais tu te rends compte que s’il fait ça, c’est qu’il veut que vous alliez
plus loin.

Moi : Mais non Karine. On n’en est pas là.

K : Tu es bête ou tu fais exprès ? Je te dis que le mec-là est fou


amoureux de toi. Et je suis sûr qu’il a l’intention de prendre de grandes
décisions pour toi, si tu vois ce que je veux dire.
Je me tourne vers Karine. Ses paroles m’inquiètent un peu.

Moi : Tu crois ? Tu veux parler de conversion ?

Karine : Oui, et pas seulement. J’espère que tu y réfléchis aussi.

Moi : Mais Karine, je ne veux pas me marier…

Karine : Toi, tu as un sérieux problème quand même. Tu sors avec lui


mais tu n’as aucune intention de te donner à lui un jour. Tu crois qu’il est
fait de béton ou quoi ? A ton avis pourquoi il patiente et fait tous ses
efforts là ? Ami, des fois j’ai vraiment envie de te baffer pour te réveiller.

Moi : Je ne sais pas quoi faire. Je veux juste être avec lui tu comprends.
Je suis tellement bien avec lui. Il me rend heureuse.

K : Vraiment ? Alors pourquoi tu ne veux pas te marier avec lui.

Moi : Mais le mariage c’est autre chose Karine. Ça ne se décide pas


comme ça.

K : Pourtant tu t’es vite décidée à épouser Kader.

Moi : Ce n’est pas pareil.

K : Oui je le vois bien. Mais sois au moins assez honnête pour le voir toi-
même. Si tu n’aimes pas Marc, ne le fais pas attendre et mûrir de faux
espoirs.

Je préfère ignorer les dernières paroles de Karine. Je ne pense certes


pas au mariage…en tout cas vraiment vraiment pas pour le moment.
Dans une dizaine d’années, peut-être… Mais par contre, je ne peux pas
laisser Marc partir. J’ai trop besoin de lui. Je vais sombrer si on n’est
plus ensemble, j’en suis sûre.
Je décide de changer de sujet.

Moi : Pourquoi Badou n’est pas venu ? Son excuse de migraine là, il
croit tromper qui ?

Karine hésite avant de répondre : « Il n’est pas venu parce qu’il a préféré
aller chez Kader. Ils se sont parlé au téléphone tout à l’heure. Je ne sais
pas ce qu’ils se sont dits mais en tout cas il lui a promis de passer dans
la soirée. Je me suis un peu disputée avec lui à ce propos d’ailleurs. Ça
ne se fait pas d’annuler une invitation comme ça pour une autre. »

Je sais pourquoi Badou est allé voir Kader. Mais à cet instant, il y’a une
autre chose qui m’alarme dans la voix de Karine.

Moi : Ça va bien entre vous ?

K : Yep.

Moi : Tu es sûre ?

K : Qu’est-ce que tu veux dire ?

Moi : Je ne sais pas. J’ai l’impression que tu me caches quelque chose.

K : C’est bon Ami. Arrête de toujours voir le mal partout quand il s’agit de
Badou. Ça me soûle.

Et elle quitte la cuisine en disant ça. Là je suis certaine que quelque


chose ne va pas.

***

Trois mois sont passés depuis que je suis rentrée du Sénégal. La vie a
repris son cours normal et je me sens à nouveau comme avant mon
départ en vacances, c’est-à-dire vivant bien ma relation avec Marc et
oubliant toutes les autres mauvaises ondes.

Eh non, je n’ai pas rompu avec Marc et je ne vois pas pourquoi je


l’aurais fait. Mais je lui ai quand même parlé un jour, voulant clarifier
certaines choses par rapport à ses projets. Il m’a fait comprendre que je
n’avais pas à craindre quoi que ce soit et que pour le moment il voulait
juste qu’on soit ensemble et qu’on voie comment les choses se passent.
Même si je n’ai pas été convaincue, je n’ai pas insisté. Depuis, nous
vivons notre relation normalement, c’est-à-dire lui me traitant comme un
bébé, et moi m’attachant doucement mais sûrement à lui. Il est juste
devenu indispensable à ma vie. Il est ma bouée de sauvetage et je me
demande souvent ce que j’aurais fait s’il n’avait pas été là depuis tout ce
temps.

Je n’ai pas eu de nouvelles de Kader, à part que j’ai appris de Karine


qu’il était parti aux Etats-Unis. J’ai compris que c’est de ce voyage dont il
parlait ce soir-là. Mais je ne voulais pas m’attarder sur lui. Tout moyen
est bon maintenant pour ne pas penser à lui et je les utilise tous.
Maman Dieynaba m’a appelé une fois, Soukeyna lui ayant donné mon
numéro. A ses paroles, j’ai compris qu’elle savait enfin la vérité sur son
fils et moi. Elle a quand même été très gentille comme à son habitude,
me demandant des nouvelles de ma famille et de mon travail. D’ailleurs
maman m’a dit qu’elles continuent de s’appeler de temps en temps,
toutes les deux.

Quant à Soukeyna, notre relation n’a finalement pas changé. On se parle


toujours au téléphone comme avant mon départ au Sénégal. Et
franchement ça ne me dérange pas. Je l’apprécie et je ne me pose pas
de questions. On évite juste de parler de son frère et de tout ce qui
tourne autour de lui.

Aujourd’hui, je vois Badou pour prendre un café ensemble, pas loin de


mon travail. Je lui ai donné rendez-vous au Starbucks pendant la pause
de midi.
J’ai déjà fait ma commande quand je le vois entrer. On se fait la bise et il
va ensuite passer sa commande.

Quand il se rassoit, je le vois tout jovial. Je le regarde, plus sérieuse.

Moi : Tu devines pourquoi je voulais te voir ?

Badou : Wo ! C’est quoi ce sérieux ? Fais au moins emblant un peu que


c’est parce que je te manque… Moi mon amie me manque en tout cas.

Il me dit ça en me fixant dans les yeux. Mais je détourne les miens, ne


voulant pas me rappeler d’avant. Avant, c’est le passé, maintenant tout a
changé.

Moi : Badou, c’est à propos de Karine.

B : Qu’est-ce qu’il y’a avec Karine ?

Moi : Tu la trompes ?

Il me regarde puis rit l’air amusé. Mais il ne me trompe pas, je le connais


beaucoup trop.

B : T’es sérieuse là ? Qu’est-ce qui te fait penser ça ? Bien sûr que non,
enfin. Pourquoi je voudrais la tromper.
Moi : Parce que c’est ce que tu fais. Et là je vois bien que tu mens.

B : Oh, arrête d’essayer de me psychanalyser. J’ai changé et je ne


trompe pas Karine.

Moi : Badou, Karine n’est pas comme les autres. C’est notre amie avant
tout. Tu disais qu’on était les sœurs que tu n’avais pas. Tu te rappelles
de qui est Karine ?

Cette fois il a l’air gêné.

B : Tu exagères ? Qu’est-ce qui te fait penser que je la trompe ?

Moi : Parce que je la connais. Elle ne me dit rien mais ça fait des mois
que j’ai remarqué qu’elle n’allait pas bien. Et le fait qu’elle ne me le dise
pas m’a fait penser que c’est justement ce que je craignais depuis le
début, que tu la trompes… Et maintenant, en te parlant, je viens d’en
avoir la confirmation.

B : J’aime Karine, Ami.

Moi : Dans ce cas, sois correcte avec elle. Traite-la comme une femme
qu’on aime. Ne la trompe pas !

B : Je ne sais pas faire ça… Je ne peux pas…me retenir.

Moi : Foutaises ! Tu peux si tu le veux vraiment. Cite-moi une chose que


les femmes que tu vas chercher ont de plus que Karine. Elles sont plus
belles ? Plus intelligentes ? Plus amoureuses de toi ? Laisse-moi rire !
Karine est assez amoureuse de toi pour te supporter même en sachant
ce que tu fais derrière. Pour le moment. Parce que je te promets que si
tu la perds, tu ne la récupéreras jamais. Je te jure ça.

J’ai un peu élevé la voix sur ces dernières paroles et Badou me regarde
attentivement.

Badou : Tu veux dire comme avec toi et Kader ?

Moi : On ne parle pas de Kader ici, ni de moi. Fais ce qu’il faut Badou.
Reprends-toi avant qu’il soit trop tard. Il est hors de question que je
continue de regarder Karine souffrir encore longtemps. Si tu ne fais pas
ce qu’il faut pour te rattraper et lui redonner le sourire, je l’extirperai moi-
même de cette relation par tous les moyens et tu ne pourras plus jamais
la récupérer. Je m’en assurerai, crois-moi… Et puis Badou, vous vivez
presque ensemble mer**, qu’est-ce qui te manque ? Quel problème vous
avez avec vos braguettes sérieux !!

Badou : Calme-toi, tu as raison. Je ne sais pas ce qui m’a pris. J’aime


vraiment Karine et elle me comble en plus. Je me suis juste… laissé
tenter et puis ça a commencé à déraper. Je suis redevenu comme avant
mais ça ne me rend même pas heureux… Au contraire, quand je suis
avec Karine, je me sens tellement coupable que je ne profite pas du
plaisir d’être avec elle.

Il s’arrête, l’air de réfléchir, avant de reprendre : « Je vais tout lui avouer.


Et je vais me faire pardonner. Je sais qu’elle va me pardonner. »

Moi : Ne la prends par pour acquise. Ne fais pas cette erreur. Fais-toi
pardonner, oui, mais fais surtout en sorte de ne pas recommencer. Elle
ne te pardonnera pas toujours. Et le jour où elle arrêtera de te pardonner
est le jour où tu l’auras perdue pour de bon.

Il acquiesce, l’air pensif. J’espère qu’il a bien compris cette fois. Mais je
n’ai aucun moyen de le savoir. Avec les hommes, on n’est vraiment sûrs
de rien.

On finit tranquillement nos cafés avant de se dire au revoir. Cette fois-ci,


on s’est pris dans les bras comme avant en se quittant. Malgré le thème
de notre discussion, nous revoir tous les deux tous seuls et parler aussi
honnêtement, nous a quand même fait voir que rien n’a changé entre
nous.
Badou restera toujours mon meilleur ami.

***

Une semaine est passée depuis cet événement. On est lundi et je suis
au boulot en début d’après-midi quand je reçois un appel de Badou. Ça
me surprend parce qu’on ne s’appelle jamais pendant les heures de
travail.
Je sors pour répondre : « Allô. »

Badou : Ami, tu es au travail là ?

Moi : Ben oui. Pourquoi ?

Badou : Ecoute, il faut qu’on se retrouve chez toi, tout de suite. C’est une
urgence.

Moi : Chez moi ? De quoi tu parles ? Je te dis que je suis au travail.

Badou : J’ai compris, mais laisse tomber. Il faut vraiment qu’on se voit
tout de suite. Je suis déjà en route vers chez toi.

Moi : Badou, je ne peux pas quitter le boulot comme ça. Quelle


explication je vais donner ?

Badou : Invente quelque chose n’importe quoi. Mais je ne t’appellerais


pas si ce n’était pas urgent. C’est…à propos de Karine. Viens vite stp.

Moi : Ok, ok, je vais me débrouiller. On se retrouve là-bas.

Je rentre dans l’open-space et vais voir Bernard, mon manager.

Moi : Bernard, j’ai une grosse urgence et il faut que j’aille tout de suite
chez moi. Je suis désolée. Je poserai un RTT après.

Bernard : Mais oui, vas-y tout de suite Aminata. J’espère que ce n’est
rien de grave.

Moi : Non, je ne crois pas mais je dois y aller. On vient de m’appeler.

Bernard : Vas-y.

J’éteins rapidement mon ordinateur et range mes bagages. Quand je


suis près de la porte, je jette un coup d’œil à Marc qui est en train de se
lever pour venir vers moi. Je sors et l’attends à l’extérieur de la salle.
Il arrive et me demande : « Qu’est-ce qu’il y’a ? Pourquoi tu pars ?

Moi : Badou vient de m’appeler. Il y’a une urgence apparemment, avec


Karine. On doit se voir tout de suite.

Marc : Tu veux que je vienne avec toi ?

Moi : Non, ce n’est pas la peine. Je vais y aller rapidement. Je t’appelle


après.

Marc : Ok. J’espère que ce n’est rien de grave.

Il regarde rapidement autour de lui et se penche pour m’embrasser sur la


bouche.

Je reprends ensuite ma marche et vais appeler l’ascenseur, ne tenant


plus en place. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai un mauvais
pressentiment. Un très mauvais. Mon cœur bat trop fort dans ma poitrine
et je commence à transpirer.

Quelques minutes plus tard, je suis devant le RER A de la défense


attendant impatiemment le train qui va à Champigny. Mon téléphone se
met à sonner. Je le sors, regarde l’écran et vois… Aissatou ? Elle ne
m’appelle jamais.

Je décroche rapidement : « Allô, Aissatou ? »

Aissatou : Allô chérie. Ça va ?

Moi : Ben oui, et toi ? Qu’est-ce qui se passe ?

A : Rien… Je voulais juste voir comment t’allais ?

Moi : Euh ça va… Quoi de neuf ?

A : Rien de spécial. Et toi ?

Moi : Moi, je suis en train d’attendre le RER là. Je suis hyper stressée.
Badou vient de m’appeler pour le rejoindre pour une urgence et je ne
sais pas de quoi il s’agit. Mais j’ai un mauvais pressentiment, je ne sais
pas pourquoi.

A : Ah… Bof ça ne doit pas être grand-chose… Ecoute, je t’appelle plus


tard, ok. Bisou. Et calme-toi, ça ne sert à rien de t’inquiéter avant de voir
Badou.

Pourquoi elle me parle comme ça ?

Moi : Ok. Bisou.

Je trouve l’appel de Aissatou très étrange [clin d’œil à la personne qui se


reconnaîtra sûrement dans Aissatou. Oui chérie tu m’avais mis la puce à
l’oreille sans le savoir. Je t’aime ♥].

Je ne sais pas pourquoi mais j’ai envie de pleurer. Quelque chose ne va


pas. Je le sens trop.
Il faut que j’appelle ma sœur. J’appelle Oumou mais son téléphone
sonne dans le vide. Je raccroche et monte dans le train qui vient
d’arriver. Je m’assois sur un siège dans un carré, et prends mon
téléphone pour appeler cette fois-ci ma mère. Pareil aucune réponse.
Mon inquiétude grandissant, j’appelle Khady puis mes frères, aucun
téléphone ne répond. Je finis par appeler le fixe de la maison familiale.
Une voix inconnue me répond : « Allô ? »
Il y’a plein de bruits autour d’elle.

Moi : Allô, c’est Ami. Je peux parler à maman ?

La voix : Ami ?

Moi : Oui, Aminata Fall. Je veux parler à maman, svp.

La voix : Ah attends. Khady est là… Khady c’est ta sœur, Ami.

Khady prend le téléphone. Elle a une voix terrible quand elle me répond :
« Ami. »

Je tremble de tout mon corps. Mes larmes commencent à couler.

Moi : Khady, qu’est-ce qui se passe ?

Khady : C’est… papa.

Moi : Oh non !

Je crie en même temps que je glisse du siège avec mes sacs et mon
portable.

[Il m’a été extrêmement difficile d’écrire cette partie, surtout la fin. Mais il
fallait que je le fasse, il me fallait me vider de certaines choses…
Désolée pour tous ceux à qui ça rappelle de mauvais souvenirs… C’est
une partie de mon vécu, comme beaucoup d’autres dans cette même
histoire.
J’ai failli abandonner vers la fin. Mes doigts tremblaient sur le clavier et je
ne voyais plus bien ce que j’écrivais à cause des larmes. Mais je l’ai
finie.

Par contre, pour une fois, je n’ai pas relu. Je ne pouvais pas… Désolée
alors pour les fautes et les formes…

Passez un excellent week-end et à lundi pour la suite. ]

[Et voilà la dose du jour, en espérant que vous allez aimer! ♥]

©
Partie 27 : Les cendres

Khady prend le téléphone. Elle a une voix terrible quand elle me répond :
« Ami. »

Je tremble de tout mon corps. Mes larmes commencent à couler.

Moi : Khady, qu’est-ce qui se passe ?

Khady : C’est… papa.

Moi : Oh non !

Je crie en même temps que je glisse du siège avec mes sacs et mon
portable.

***

Je sens des bras me retenir avant que j’arrive au sol. Je lève la tête
distinguant à peine le visage de la dame en face de moi. Elle ramasse
mes affaires et les pose sur le siège à côté. Gémissant de douleur, je
l’observe elle et les gens autour de moi comme si je regardais un film. Ils
parlent et je sais qu’ils parlent de moi. On me regarde, je voudrais
m’arrêter de pleurer pour qu’ils arrêtent de me regarder, mais la voix de
Khady ne cesse de revenir dans ma tête. Ce n’est pas possible, ce n’est
juste pas possible…
Je ne l’ai même pas laissée continuer. Peut-être que papa est juste très
malade… J’entends une dame dire « Comment on peut annoncer ce
genre de nouvelles comme ça ? » Je me demande si elle parle de moi.
C’est bien vrai alors, j’ai reçu une terrible nouvelle, celle de la mort de
mon père… Je n’ai pas rêvé. Je sens mes larmes couler encore plus.

N’en pouvant plus, je commence à me pencher vers la vitre pour reposer


ma tête quand je vois un homme venir vers moi et s’assoir sur le siège à
côté. Il m’attire à lui, pose ma tête sur son épaule et commence à me
tapoter le dos. Il me console, me rassure et me demande où je vais.
Mais je suis incapable de lui répondre, incapable d’arrêter de pleurer. Il
essaie encore et encore de m’apaiser jusqu’à ce que je commence à me
calmer. Je finis par lui donner le nom de ma gare de destination.
Il me garde quand même dans ses bras jusqu’à ce qu’on y arrive,
Champigny. Il se lève alors avec moi et prends mes affaires. Devant la
porte du RER, je me tourne enfin vers lui pour le regarder. Les yeux
brouillés de larmes, je ne peux pas trop distinguer les traits de son
visage. Il me rappelle Marc…

Je tends les mains vers lui pour reprendre mes affaires et lui dis : «
Merci monsieur. C’est…bon. »

Lui : Vous êtes sûre que ça va aller ? Je peux vous accompagner.

Moi : Non… Mon ami m’attend.

Lui : Vous ne voulez pas que je vous accompagne jusqu’à lui ?

Moi : Non merci… C’est gentil.

Il me tend alors mon sac d’ordinateur et mon sac à main avant de me


dire : « Courage. »

Je hoche la tête et sors du train.

[J’ai souvent repensé à cet homme. Je ne l’oublierai jamais même si je


serai incapable de le reconnaître. Il ne me connaissait pas mais m’a
traitée tout comme. Comme quoi les gestes de générosité peuvent venir
de n’importe où…]

Je reste debout un moment devant le train, ne sachant quoi faire. La


nouvelle toute récente reprend encore plus de sens dans mon esprit et je
me remets à pleurer doucement.

Alors que presque toutes les personnes descendues du train sont


parties, je marche vers le mur en face et me colle dessus, pour ensuite
m’assoir par terre, laissant tomber mes sacs.

Je relève les genoux et croise mes bras dessus pour y poser ma tête.
Quelques instants plus tard, j’entends la voix de Badou : « Ami. »

Je relève la tête vers lui. Il vient vers moi et me soulève, puis me prend
dans ses bras dans lesquels je sanglote pendant plusieurs minutes.
Quand je me calme enfin, on finit par se diriger tous les deux vers la
sortie de la gare, Badou portant mes affaires et me tenant les épaules.

***

Je me trouve à présent dans le vol à destination de Dakar. On est mardi


et hier j’ai reçu la terrible nouvelle de la mort de mon père. J’ai manqué
son enterrement qui a eu lieu le jour-même du décès. La nuit dernière, je
n’ai pas pu dormir. Karine est restée avec moi, mais j’ai passé la moitié
de la nuit à prier et l’autre à pleurer dans mon lit. J’ai eu maman
rapidement au téléphone, qui m’a dit des paroles apaisantes. Malgré
l’importance de sa perte, elle a l’air de plus s’inquiéter pour moi qu’autre
chose. Ils ont tous l’air de s’inquiéter pour moi…

Marc m’a appelée hier et c’est Badou qui a décroché le téléphone, lui
annonçant la nouvelle. Il est alors venu le soir-même chez moi et est
resté avec nous trois. Je ne pleurais plus, je regardais juste dans le vide
et essayais d’écouter leurs discussions. Badou me posant des questions
sur le voyage que j’allais faire, dont il était en train de s’occuper de la
réservation. Marc me rassurant sur les absences que j’allais avoir au
travail et sur le fait qu’il préviendrait Bernard. Il m’a aussi proposé de
partir avec moi mais j’ai refusé. C’était une très mauvaise idée de le faire
rencontrer ma famille, surtout dans ces conditions…

Je me retrouve donc seule, à destination de Dakar. Durant


l’embarquement, je remarque un homme habillé d’un kaftan, qui a la
même allure que mon père. Dès que mes yeux se posent sur lui, je sens
mon cœur se serrer et je commence à paniquer. Si on a enterré papa, ça
veut dire que je ne le reverrai plus, comme je vois à présent cet homme
marcher… vivre… ? L’idée de ne plus revoir papa m’est insupportable.
C’est juste irréel… J’ai l’impression que d’une façon ou d’une autre, je
reverrai papa à la maison. Ça ne peut pas se passer autrement.

Quand j’arrive à Dakar, je vois à la sortie de l’aéroport le chauffeur du


taxi que ma famille a envoyé pour m’amener à Saint-Louis. C’est le
même qu’il y’a quelques mois. Il me reconnait donc facilement et vient
vers moi.
Mes frères et sœurs sont déjà tous là-bas. Personne de la famille n’est là
pour me recevoir.

Dans la voiture, on ne parle presque pas avec le chauffeur. Environ


quatre heures après notre départ, nous arrivons à Saint-Louis, en fin
d’après-midi. En s’approchant de la maison, le monde fou et les voitures
que je vois devant me font horreur. C’est donc bien vrai, il se passe
vraiment quelque chose chez moi…

Quand le taxi s’arrête devant la maison, je ne peux pas bouger, je ne


veux plus sortir. Si je sors, tout va devenir réel. Je veux voir papa quand
j’entre dans cette maison. Mais entrer c’est surtout risquer de ne pas le
voir, de ne plus jamais le voir. Ce n’est pas possible que papa ne soit
pas dans notre maison. Il doit y être, c’est lui et maman qui la
maintiennent debout, ensemble !
Je recommence à pleurer. Je manque d’air et j’ai l’impression d’étouffer.

Les gens s’approchent de la voiture mais je veux qu’ils s’éloignent. Je ne


veux pas les entendre. Le chauffeur me dit des paroles apaisantes puis
sort de la voiture pendant que je suis toujours assise à l’arrière, la tête
sur les genoux. Quand je relève la tête, je vois Oumou arriver. Elle ouvre
la portière et se glisse dans le taxi à côté de moi. Elle me prend dans ses
bras et me parle doucement. Elle finit par me convaincre de sortir. Elle
m’entoure les épaules de ses bras et me dirige dans la maison, faisant
signe aux gens qui s’approchent de se tenir éloignés. Pendant qu’on
marche, je lui demande où est papa. Je veux voir mon père. Elle ne
répond pas.
Je baisse alors la tête pour ne pas voir les gens. Leur présence me fait
trop réaliser ce qui se passe. On entre dans la maison puis monte dans
la chambre de maman et papa, où on se retrouve enfin seules toutes les
deux. Elle me fait assoir sur le lit et me prend dans ses bras, où je reste
pendant très longtemps, incapable de me calmer.

Quelques minutes plus tard, maman et Khady nous rejoignent. On


s’enferme toutes les quatre dans la chambre. Elles m’entourent et me
consolent alors qu’elles viennent de subir la même perte que moi. C’est
là qu’on reste toutes les quatre ensemble, longtemps, sans rien se dire
sinon pleurer, se consoler et prier doucement.

***Dans la tête de Badou***

Je viens de déposer Ami à l’aéroport. Ma petite sœur chérie, ça me fend


le cœur de la voir comme ça. Ce n’est vraiment pas son année… On a
passé la soirée d’hier et une partie de la matinée d’aujourd’hui
ensemble, avec Karine et Marc. Marc voulait l’amener à l’aéroport lui-
même mais j’ai insisté pour que ce soit moi qui le fasse. Je tenais à
rester à ses côtés, je la considère comme un membre de ma famille. Ne
voyant pas Ami réagir, Marc a fini par capituler.

Avec le recul, je me dis que c’est finalement une très bonne chose que
Marc soit apparu dans sa vie. Il l’a aidée à retrouver le sourire après sa
rupture avec Kader et ça se voit qu’il l’aime vraiment. Je n’ai aucun
doute là-dessus depuis que je l’ai rencontré hier. Ça se voyait qu’il était
désespéré de ne pas trouver les mots ou les gestes pour consoler Ami.
Aussi désespéré que Karine et moi. On l’a tous sentie ailleurs et sans se
le dire, je pense qu’on a tous compris qu’on était loin de suffire à calmer
sa peine. Elle ne voulait pas venir vers nous, elle voulait partir ailleurs,
sans doute être avec sa famille. Ce qui était tout à fait normal.

Perdre un parent est quelque chose d’affreux, surtout quand on ne s’y


attend pas et qu’on n’a pas la chance de lui dire au revoir. Je n’ai pas
perdu un de mes parents et j’espère que ça n’arrivera pas avant très
longtemps. Mais pour avoir pleuré ma grand-mère dont j’étais très
proche, j’imagine ce que ça doit être.

Elle a besoin de sa famille, c’est sûr. Mais devant notre incapacité à la


consoler, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que la seule personne
en-dehors de la famille de Ami qui pourrait lui apporter un vrai réconfort,
c’est Kader. Ça semble fou vu tous les conflits entre eux mais je suis
persuadé que quelque chose de spécial lie ces deux personnes et ce
quelque chose peut faire la différence. Les réactions excessives de Ami
ne sont que le reflet de l’amour qu’elle porte pour Kader et qu’elle essaie
par tous les moyens de refouler. J’en suis sûr.

Quant à elle et Marc, je ne les ai jamais vus ensemble avant ces deux
derniers jours, même si Karine m’assure qu’ils sont parfaits l’un pour
l’autre.
Moi-même, je ne peux rien dire des sentiments qui lient Ami à lui. Par
contre, j’ai bien vu comment elle réagit à l’évocation du nom de Kader. A
chaque fois que je lui parlais de lui, j’ai senti son intérêt derrière
l’apparence insouciante qu’elle essayait d’afficher. Elle n’est pas
seulement en colère contre lui. Je suis certain qu’elle l’aime aussi.

Tout ça m’a poussé à essayer de joindre Kader depuis hier soir, même si
je l’aurais fait dans tous les cas. Je n’ai pas son numéro de téléphone
aux Etats-Unis et je ne voulais pas demander hier à Ami de me donner
le numéro de Soukeyna. C’est la seule personne qui pourrait peut-être
avoir les coordonnées de Kader. Malheureusement je ne la connais pas
personnellement.
En dernière tentative, j’ai envoyé hier soir un message sur son numéro
français au cas où il l’utiliserait, même si c’était improbable.
Je n’ai eu aucune nouvelle depuis.

A présent, je retourne au boulot. Je ne sais pas quoi faire de plus.

***

Plusieurs heures plus tard, je viens à peine de me coucher que j’entends


mon téléphone sonner. Je ne reconnais pas le numéro de portable qui
s’affiche mais il est français.
Je décroche quand même : « Allô »

… : Allô Badou. C’est Kader.

Moi : Kader ? Tu es en France ?

Kader : Non je suis encore à Detroit… Je t’appelle de mon numéro


professionnel.

Moi : Ah ok. Alors tu as reçu mon message ?

Kader : Oui à l’instant. J’ai allumé mon portable heureusement. Sinon je


ne l’aurais jamais vu… Tu me dis que le papa de Ami est décédé ?!

Moi : Oui malheureusement. C’est arrivé hier.

Kader, d’une voix basse : Et…comment elle va ?

Moi : A ton avis.

Kader garde le silence un moment avant de reprendre : « Elle est déjà


partie ou pas encore ? »

Moi : Si, tout à l’heure. Je l’ai déposée à l’aéroport.

Kader : Attends, elle est partie seule ?

Moi : Oui… Je ne pouvais pas l’accompagner… Enfin, Marc lui a


proposé mais elle a refusé.

Kader :…

Moi : Je voulais que tu sois au courant. Même si les choses ne se


passent pas bien entre vous, je pense qu’elle a besoin de toi.

Kader : Merci Badou… Je n’imagine même pas ce qu’elle doit ressentir.


Elle adorait son père. C’est terrible ! Et puis partir seule comme ça…
C’est trop dur pour elle…

Moi : Je te le confirme. Elle était inconsolable.

Kader, d’un ton plus pressé : Bon merci encore Badou. Je te rappellerai.

Moi : Et Ami, tu vas l’ap…

Avant même que je n’aie le temps de finir, il a raccroché.

Je soupire et repose le téléphone. Au moins, il est au courant.


Je me tourne vers Karine et l’enlace avant de m’endormir, ma dernière
pensée allant vers ma petite sœur, dont je n’ai encore aucune nouvelle.

***Dans la tête de Ami***

Le temps avance au ralenti depuis que je suis à Saint-Louis. Après notre


isolation de tout à l’heure avec ma mère et mes sœurs, il a bien fallu
qu’on sorte pour recevoir les personnes qui viennent présenter leurs
condoléances.
Mais avant de sortir, Khady a eu le temps de m’expliquer que papa avait
eu une autre crise cardiaque, cette fois plus violente. Il a été emmené à
l’hôpital où il est resté quelques heures, conscient, avant de finalement
mourir. Leurs explications m’ont fait encore plus mal car je me dis que
j’aurais pu lui parler une dernière fois, si seulement ma famille avait bien
voulu m’appeler au lieu de m’écarter de toute mauvaise nouvelle,
comme si j’étais une poupée de porcelaine. Je me suis même énervée
sur elles, même si je sais que ça n’aurait rien changé, de lui parler. Papa
serait toujours parti à l’heure qu’il est…

Seulement, j’aurais voulu lui parler, l’entendre. Juste une fois, une toute
dernière...

Les gens n’arrêtent pas d’entrer et de sortir et la plupart ne quittent pas


la maison, même jusque tard dans la nuit.
Je suis restée presque tout le temps aux côtés de Aissatou, qui est
venue me rejoindre quand elle a appris que j’étais arrivée. Je ne pleure
plus, sauf quand certains visiteurs parlent de papa et racontent des
anecdotes sur lui. Mais voir mes sœurs à mes côtés, dans la même
pièce et remarquer leur peine qui est égale à la mienne me fait me sentir
moins seule et me procure un certain réconfort.

C’est très tard que finalement maman réussit à se retirer dans sa


chambre, où je la suis. Je dors avec elle, pour qu’elle ne soit pas seule.
Elle donne l’impression d’être très forte, mais j’ai peur qu’elle craque à
un moment donné. Et si ce doit être ce soir, je veux être là. Je vais rester
une dizaine de jours ici, et je compte dormir tous les soirs avec maman.

Finalement nous avons toutes les deux réussi à nous endormir, la


fatigue aidant.

Tard dans la nuit, je suis réveillée par une musique arabe que je connais
très bien pour avoir appris la chanson qui l’accompagne quand j’étais
petite, à l’école coranique. Mon père m’y a mise quand j’avais quatre ans
et c’est la première éducation en-dehors de celle de la maison que j’ai
jamais reçue.

La musique vient de quelque part dans la chambre, mais je ne sais pas


où exactement. Je me lève pour la chercher et l’arrêter avant que
maman se réveille. Dans la pénombre, je me laisse guider jusque devant
une des portes de placard. Je l’ouvre, la musique vient bien de là. Ne
voyant presque rien, je retourne sur mes pas pour allumer la lumière de
la salle de bain attenante à la chambre et tirer à moitié la porte. Ça me
laisse assez de lumière pour voir l’intérieur du placard. Je repère un petit
sac d’où provient la musique.

Quand je l’ouvre, je reconnais le portable de papa. C’est son réveil qui


sonne. 3h30 c’est l’heure à laquelle papa se réveillait tous les jours pour
prier jusqu’au lever du soleil. Mais je ne comprends pas… pourquoi le
portable n’est pas éteint ? Mon cœur bat à tout rompre. Je me sens dans
un état indescriptible. J’arrête le réveil et je vois le portable s’éteindre
complètement. Il n’était donc pas allumé… Je le remets dans le sac, les
mains tremblantes. Assise par terre, je regarde le reste du contenu du
sac : un paquet de mouchoirs, une montre et un chapelet, le préféré de
papa. Je devine que ce sont là toutes les affaires qu’il avait sur lui à
l’hôpital.
Tremblant de tout mon corps, je laisse les affaires sur le sol et vais dans
la salle de bains. Je fais mes ablutions. Quand je finis, je reviens prendre
le chapelet dans le tas et remets les autres affaires dans le sac, que je
pose dans le placard avant de le refermer.

Je vais ensuite dans le salon et m’assoie sur le tapis de prière de papa,


dans son coin préféré, où je prie, moi aussi jusqu’au lever du soleil.
Je me promets de toujours garder ce chapelet avec moi et de toujours
l’utiliser après mes prières.

Le lendemain matin à l’aube, maman, mon frère Assane et moi décidons


d’aller nous recueillir sur la tombe de papa. Tous les deux y sont déjà
allés la veille mais y retournent avec moi cette fois.

Quand on arrive dans le cimetière, l’ambiance fait froid dans le dos. On


entend aucun bruit malgré qu’on voit quelques personnes assises ou
debout près des tombes.
On marche en file entre celles-ci, pour ne pas piétiner certaines d’entre
elles qui sont très mal positionnées. Je vois des noms ainsi que des
dates de naissance et de décès inscrits sur le tableau dressé au-dessus
de chacune d’entre elles. Stoïque, je me fais la remarque que chacune
de ces tombes représente une personne qui a une fois vécu, marché, ri,
aimé et souffert tout comme nous qui passons à côté.
Une phrase me revient dans la tête : « Né de la poussière, tu
redeviendras poussière. »

Cet endroit rappelle que rien n’a d’importance dans la vie, sinon d’aimer
et de profiter des personnes qu’on aime, tant qu’on a l’opportunité de le
faire. Aimer c’est aussi prier, c’est vivre le sentiment qui nous rapproche
le plus de Dieu, quelle que soit notre confession d’appartenance.

On arrive à un grand carré entouré d’un petit mur blanc carrelé. Assane
m’explique que c’est papa qui l’avait acheté et fait construire quelques
mois plus tôt… comme s’il préparait sa mort. Il m’explique qu’il avait fait
alors la remarque qu’il y’avait dedans assez de place pour toute la
famille. Ça l’avait fait rire à l’époque...

On ouvre la porte et entre à l’intérieur. Je repère sans qu’on me le dise


l’endroit où papa est enterré où le sol est légèrement surélevé. On
s’assoit autour. Je regarde la tombe plusieurs minutes, les yeux emplis
de larmes qui me brûlent. Puis je pose ma main sur le sol au niveau de
la tête de papa et je me mets à caresser le sable. On prie tous les trois
en silence.
Je repense à la vie que j’ai aujourd’hui, à la personne que je suis
devenue grâce à lui et maman. Il a donné à ses enfants les meilleures
éducations, ne privant aucun effort, ni aucun moyen. Il a offert à ses filles
la chance de réussir autant que n’importe quel homme, au point de nous
faire assez confiance pour nous laisser partir seules à l’étranger à un
âge très jeune. Il n’a jamais arrêté de me faire confiance et de croire en
moi, disant que j’accomplirais un jour de grandes choses…
Je lui dois tout ce que je suis aujourd’hui et que je vais devenir. Mais je
n’aurai jamais la chance de l’en remercier et de lui montrer à quel point
je lui suis reconnaissante.
A présent, je ne peux rien faire de plus pour lui, sinon prier pour le repos
de son âme.

***

Après avoir quitté le cimetière, nous retournons à la maison pour


commencer une journée très longue, sans aucune autre occupation que
celle d’attendre les personnes qui viennent et d’accepter leurs
condoléances.

Je réussis à m’isoler de temps en temps dans une des pièces libres,


mais ça ne dure jamais. On m’appelle tout le temps pour voir telle
personne ou autre qui veut me présenter ses condoléances.

Vers le soir, mes pensées vont vers mes amis que j’ai laissés à Paris et
qui doivent sûrement s’inquiéter de ne pas avoir de mes nouvelles. Je
me rappelle que je n’ai appelé aucun d’entre eux à mon arrivée pour les
rassurer.

Je vais alors chercher mon téléphone dans mes bagages et le rallume.


Je reçois plusieurs notifications d’appels manqués et de messages, la
plupart venant de Badou, Karine et Marc. Il y’a aussi certains messages
de Soukeyna et de numéros qui me sont inconnus.

Je décide de lire uniquement les messages écrits. Je consulterai le


répondeur plus tard.

Marc s’inquiète de ne pas avoir de mes nouvelles et de ne pas savoir si


je suis bien arrivée ou pas. Je lui envoie un message et lui réponds en le
rassurant sur ma situation. Il m’appelle immédiatement.

J’avoue ne pas avoir envie de parler mais je suis obligée de décrocher :


« Allô »

Marc : Princesse tu vas bien ?

Moi : Oui, oui. Je vais bien. Je suis désolée, je n’ai pas pensé à
t’appeler.

Marc : C’est normal, ne t’inquiète pas pour ça. Tu avais besoin de te


retrouver avec ta famille.

Moi : Oui…

Marc : Tu es sûre que tu ne veux pas que je vienne ? Je sais que ta


famille ne me connait pas mais je pourrai rester dans un hôtel… On se
verra là-bas et…

Moi : Non Marc. C’est mieux que tu ne viennes pas… C’est compliqué…
En plus tu dois rejoindre ta famille pour le nouvel an, non ?

Il garde le silence un moment avant de répondre : « Oui… Mais je


préférerais être avec toi. Tout ce que je veux c’est que tu ailles mieux…
Je n’aime pas te savoir en train de souffrir. »

Moi : Ça va passer. Ne t’inquiète pas.

Marc : Tu me manques beaucoup et je voudrais être à tes côtés dans


cette épreuve… Mais je comprends… Je suis là si tu as besoin de moi
d’accord ?

Moi : D’accord.

Marc : Je pourrai te rappeler sur ton téléphone ?

Moi : Je vais trouver une puce. Je te donnerai de mes nouvelles, ok ?

Marc : Ok. Du courage princesse.

Moi : Merci.

Après avoir raccroché, je reste un instant pensive. Est-ce que mon père
aurait aimé savoir que je sors avec Marc ? Je ne le pense pas. C’est
quelqu’un de bien, mais il est trop différent du mari idéal dont rêve
chaque parent sénégalais, les miens y compris. Malgré la peine que je
suis en train de vivre, j’ai un pincement de culpabilité par rapport à lui. Je
me rends compte que je l’ai mis de côté depuis que j’ai reçu la nouvelle
de mon père, alors qu’il était là et ne demandait qu’à me consoler. Les
paroles de Karine me reviennent en tête…

Je finis par sortir de ces pensées et appelle Badou qui, justement, est
avec Karine. Je les rassure sur ma situation et ils me promettent d’être là
à mon retour « avec un gros stock de câlins ». A ces mots, je souris pour
la première fois depuis plus de 2 jours.

Je rappellerai Soukeyna plus tard. Pour le moment, j’ai besoin de


rejoindre ma famille.

Ce soir heureusement, la plupart des gens sont partis plus tôt et presque
seuls les membres de la famille sont réunis dans le grand salon.
Nous dînons puis restons dans le salon à discuter de certaines modalités
pratiques liées au décès de mon père : les comptes, l’héritage... Malick
dirige la conversation. Je laisse les plus grands échanger, la tête ailleurs.

Plus tard, sans qu’on s’en rende compte, le sujet de discussion dévie
vers des anecdotes sur papa, chacun se rappelant d’une discussion ou
d’une scène avec lui. On se retrouve même à rire à en évoquer certains
quelquefois amusants.
On rit, on laisse couler des larmes, puis on rit encore… Et toute la
soirée, on baigne dans une ambiance douce et lourde à la fois, remplie
d’émotion. Un lien invisible et solide nous relie pendant ces instants,
nous tous qui partageons un amour pour une même personne et la
douleur de l’avoir perdue.

A la fin de la soirée, je vais dormir avec maman comme la veille. Durant


la nuit, j’attends et j’espère que le téléphone de papa se remette à
sonner. Mais il ne sonne pas. Je finis quand même par me lever, pour
faire le même rituel que la veille. Je suis rejointe plus tard par le reste de
la famille.

Vers 7h, je sors discrètement de la maison, voilée dans mon « meulfa »


pour retourner à la tombe de papa, toute seule.

Comme la veille, je vois encore des voitures garées devant la maison.


Elles doivent être aux invités qui sont encore présents et qui se sont
partagé les différentes chambres. Je reste souvent au salon donc je ne
les vois pas tous.
Je m’empresse de héler un taxi.

Arrivée au cimetière, je vais à la tombe de papa et m’assoie au même


endroit que la veille, à côté de sa tête, à même le sol.
Des images de lui me reviennent alors, dont un souvenir qui date de très
longtemps, quand j’avais autour de 4 ou 5 ans. Tous les matins, je me
réveillais très tôt, avant l’aube et quittais doucement la chambre que je
partageais avec Oumou. J’allais ouvrir la porte de la petite pièce où papa
faisait ses prières et où j’étais certaine de le trouver. Il était toujours
assis, de dos, son chapelet à la main. Je venais tout doucement
l’entourer de mes bras, essayant de le surprendre. Il jouait le jeu en
faisant mine d’être surpris, puis commençais à me chatouiller le ventre,
ce qui me faisait bien rire. Ensuite je m’asseyais à côté de lui, collée à
son torse et écoutais sa respiration et ses chuchotements. Il prenait alors
ma main et l’embrassait de temps en temps.
Je restais avec lui longtemps avant de ressortir pour rejoindre maman
cette fois, dans sa chambre, encore au lit. La chambre était plongée
dans une ambiance douce créée par la lumière rouge de la lampe de
chevet.

Je montais à côté d’elle sur le lit et me glissais dans ses bras où je ne


tardais pas à me rendormir.
C’était le rituel, tous les matins de mon enfance, jusqu’à un certain âge.

A ces souvenirs, mes larmes reviennent de plus belle. Tellement que j’ai
à nouveau l’impression d’étouffer. N’en pouvant plus, je décide de quitter
le cimetière.

J’en sors toujours en pleurant, et marche jusqu’à la route pour arrêter un


taxi.

J’entends alors une voix m’appeler : « Ami. »

Sous le choc, je me retourne brusquement et vois Kader.

Ce n’est pas possible. Je n’arrive pas à y croire.


Il est debout à quelques mètres de moi et me regarde simplement, sans
faire de geste.

Incapable de réfléchir ou de contrôler mes gestes, je marche pour le


rejoindre.

Arrivée devant lui, je pose juste ma tête sur son torse et l’enlace. Il hésite
un moment avant de me serrer dans ses bras.

Je suis tellement fatiguée de me battre…

*
[Alors envie de connaître la suite?

Rendez-vous mercredi!

Muahhhh émoticône heart émoticône heart émoticône heart ]


[Coucou!

Vous m'avez manqué! La suite est là. Enjoy!! ]

©
Partie 28 : L’incompréhension

J’entends alors une voix m’appeler : « Ami. »

Sous le choc, je me retourne brusquement et vois Kader.

Ce n’est pas possible. Je n’arrive pas à y croire.


Il est debout à quelques mètres de moi et me regarde simplement, sans
faire de geste.

Incapable de réfléchir ou de contrôler mes gestes, je marche pour le


rejoindre.

Arrivée devant lui, je pose juste ma tête sur son torse et l’enlace. Il hésite
un moment avant de me serrer dans ses bras.

Je suis tellement fatiguée de me battre…

***Pendant ce temps, dans la tête de Kader***

Il est presque 20h et je viens juste d’arriver à Dakar. Mon voyage a été
long et fatigant. J’ai quitté Detroit vers 21h hier et n’ai pas réussi à dormir
plus de quelques minutes dans l’avion.
Quand j’ai raccroché avec Badou hier, ma décision était déjà prise :
partir rejoindre Ami à Saint-Louis. J’ai tout de suite commencé à
chercher un vol sur internet. J’ai pu heureusement en réserver un en
dernière minute, qui partait trois heures plus tard. J’ai juste pris un aller
simple.
Du coup, j’ai dû partir précipitamment, presque sans bagages pour ne
pas le rater. Ce n’est que sur le chemin vers l’aéroport que j’ai prévenu
Soukeyna de mon arrivée. Elle n’était d’ailleurs pas au courant de la
nouvelle du décès.

C’est elle qui vient me récupérer à l’aéroport Léopold Sédar Senghor. Ça


faisait longtemps que je ne l’avais pas vue et elle m’avait manquée. Je la
prends dans mes bras et remarque que rien n’a changé. Malgré que je la
dépasse de deux bonnes têtes, j’ai toujours l’impression d’être un petit
garçon quand je suis avec elle.

Elle me dit en me pinçant la joue : « Hum ça fait du bien de te voir…


Même dans ces circonstances. »

Moi : Tu m’as manqué quand même toi. Qu’est-ce que tu as maigri !

Soukeyna, en souriant : Tu peux parler. Tu t’es vu ? C’est perdre Ami qui


t’a rendu comme ça ?

A l’évocation du nom de Ami, ma joie s’estompe un peu. Mon amour, elle


n’a sûrement pas le cœur à rire en ce moment, elle.
Sans répondre à Soukeyna, je reprends avec elle la marche vers le
parking.

Soukeyna : Je suis désolée pour elle… Je n’imagine même pas ce


qu’elle doit ressentir. Tu imagines si on perdait papa… ou maman ?!

Moi : Difficilement. En plus, elle est très sensible Ami. Tu ne peux même
pas savoir à quel point… C’est pour ça qu’il fallait que je vienne.

S : Mais tu vas faire quoi exactement ?

Moi : Je ne sais pas Soukey. Je n’en ai aucune idée. Mais il fallait que je
sois avec elle. Je n’aurais pas été tranquille sinon… Tu connais mes
sentiments pour elle. Tu me comprends ?

S : Oui, je te comprends chéri. Et tu as bien fait.


Nous allons récupérer la voiture dans le parking et sortons de l’aéroport
à destination de Ngor. Sur le chemin, Soukeyna m’informe qu’elle a
prévenu maman et que toutes les deux ont prévu de partir à Saint-Louis
pour présenter leurs condoléances.
Je sais que ça part d’une bonne intention mais ça m’inquiète un peu.

Moi : Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. Vous allez faire
peur à Ami.

S : Mais non. Maman et la maman de Ami parlent quelquefois au


téléphone et elles s’entendent bien. Je ne pense pas qu’elle sera
surprise de nous voir. Sinon j’ai essayé d’appeler Ami tout à l’heure sans
succès pour la prévenir

Moi : Bon… De toute façon, c’est pareil pour moi. Si ça se trouve, elle ne
voudra même pas me parler.

S : Bien sûr qu’elle va te parler. Ami t’aime quoi qu’il se soit passé. J’en
suis sûre. Je pense qu’elle a besoin de toi.

Moi : C’est ce que pense Badou aussi… Mais honnêtement, je n’en suis
pas aussi sûr que vous. La dernière fois qu’on s’est vus elle a été claire
avec moi. Elle avait vraiment l’air de me haïr tu sais… Mais qu’importe,
je ne pouvais pas ne pas venir. C’est moi qui l’ai fait souffrir au départ, tu
comprends. Et puis là, le décès en plus de tout le reste… Je ne pouvais
pas juste rester loin et l’ignorer. C’est presque un devoir d’être là… Mais
pour ce qu’il est de nous deux ensemble, je n’ai plus aucun espoir.

S : …Tu verras bien assez tôt… En tout cas je suis fière de toi, bébé. Tu
as commis une faute impardonnable mais je sais, moi, que tu regrettes
et que tu ne recommenceras pas. Je prie juste pour que Ami s’en rende
compte aussi…

Et moi je prie juste pour qu’elle accepte mon aide dans ces moments,
quel que soit ce dont elle a besoin.

On ne tarde pas à arriver à la maison.

Soukeyna se gare puis se tourne vers moi : « Je te préviens, ta mère va


te bombarder de questions. »

Moi : Je m’y attends.


Nous descendons de la voiture et entrons dans la maison familiale où je
reviens après plus d’un an d’absence. Les seules personnes au rez-de-
chaussée sont le gardien, les deux domestiques et ma cousine Aida, en
train de regarder la télé dans la véranda. Je les salue chaleureusement.
Aida a quitté ses parents pour venir vivre avec maman, afin de lui tenir
compagnie. Le gardien et l’une des domestiques vivent là depuis bien
des années avant que j’aie quitté la maison. Ce sont aussi des membres
de la famille et les seules personnes avec papa qui partagent le
quotidien de maman. Mes deux frères aînés vivent en Angleterre et en
Australie avec leur famille, et Soukeyna a quitté la maison depuis qu’elle
s’est mariée.

Je monte à l’étage et retrouve mes parents comme d’habitude dans leur


petit salon privé, devant la télé. L’image me fait sourire. Papa est couché
sur un des matelas de style marocain alors que maman s’appuie dessus,
assise par terre à ses côtés, les jambes étendues. Ils sirotent leur thé en
grignotant des cacahuètes. Le parfait petit couple heureux.

Je m’approche d’eux et me penche vers papa pour le saluer de mes


deux mains pendant que maman essaie de se lever. Je m’assoie vite à
côté d’elle pour lui éviter la peine, puis la prends dans mes bras pour
l’embrasser.

Moi : Toujours aussi belle ma maman chérie. Comment tu fais ?

Elle rit de joie non retenue en répondant : Qu’est-ce que tu veux ? Ton
père s’occupe bien de moi… Tu m’as manqué hé Seydi Hann.

Moi : Tu m’as manquée aussi maman.

Papa : Tu as fait bon voyage mon garçon?

Moi : Oui papa, merci. C’était long mais ça va. Et toi alors, tu as arrêté
de voyager ou quoi ? Depuis quand je ne t’ai pas vu à Paris ?

Papa : Je n’ai plus l’âge. Je laisse ça aux jeunes… De toute façon tu n’y
es plus là. En plus, tu ne donnes plus de tes nouvelles depuis que tu es
aux Etats-Unis.

Maman : Il essaie de suivre les pas de ses grands-frères. Ces petits


ingrats là. Mais toi, c’est avec moi que tu vas voir, si tu deviens comme
eux.
Elle me dit ça d’un ton menaçant. Je savais que les retrouvailles
heureuses ne dureraient pas. Ces deux-là, toujours liés contre le reste
du monde.

Je leur réponds, faisant mine d’être indigné : « Donc c’est comme ça que
vous m’accueillez ! Je n’ai plus qu’à reprendre l’avion alors. »

Maman : Huhun. Comme si tu étais venu pour nous…

Moi, à voix basse : Maman…

Bon, mes parents m’ont beaucoup manqué mais finalement je vais


bouger de leur tanière là, avant que maman n’en dise trop. Papa
n’apprécierait pas de savoir que je suis venu sur un coup de tête en
abandonnant le boulot. Même si j’ai 29 ans, je préfère quand même ne
pas le chercher.
J’embrasse encore maman et me lève pour sortir de la pièce.

A peine suis-je entré dans ma chambre que j’entends toquer à la porte.


C’est Soukeyna.
Derrière elle, je vois maman qui arrive aussi.

Soukeyna : J’y vais, petit-frère. Tu m’appelles demain pour me tenir au


courant ?

Moi : Ok, sis. Rentre bien et merci.

Soukeyna s’en va alors que maman entre dans la chambre.

Maman, en s’asseyant : Tu pars quand à Saint-Louis alors ?

Moi : Dès demain matin. Ça va si je prends ta voiture ?

Maman : Oui, vas-y. Les clés sont dans un des pots du salon… J’ai
essayé d’appeler Ami depuis que j’ai reçu la nouvelle tu sais. Mais sans
succès. Pareil pour sa maman.

Moi : Elles ne doivent sûrement pas garder leur téléphone avec elles,
avec les funérailles et tout.

Maman : C’est sûr. On y va quand même après-demain, avec Soukeyna


et Aida.
Moi : Tu es sûre que c’est nécessaire ? Je ne veux pas faire peur à Ami.
Toute la famille qui débarque là…

Maman : Lui faire peur ? En quoi ? Sa mère et moi sommes presque


amies maintenant… Puis de toute façon, je ne comprends pas.
Finalement vous êtes ensemble ou pas ?

Moi : Non maman, on ne l’est pas.

Maman : Mais alors, qu’est-ce que tu fais ici ?

Moi : Elle a perdu son père, maman.

Maman : Et ? Tu es quoi pour elle toi ?

Moi :…

Je l’aime ma mère, mais des fois vraiment elle est fatigante avec ses
questions. Je fouille dans mes bagages faisant mine de ne pas l’avoir
entendue.

Ça ne l’arrête pas parce qu’elle reprend : « Tu es arrivé très vite Seydi.


Tu as au moins prévenu ton travail ? »

Moi : Maman ! Bien sûr que si.

En fait ce n’est pas tout à fait vrai. En réservant mon billet d’avion, je n’ai
absolument pas tenu compte de mon travail et surtout ma mission pour
laquelle je ne me suis même pas fait remplacer. C’est seulement
pendant mon escale à Paris que j’ai appelé mon chef qui y était. Je lui ai
juste expliqué que j’avais une urgence à Dakar, sans donner de détails,
et que j’ai dû abandonner le reste de l’équipe. Le moins que je puisse
dire est qu’il n’avait pas l’air ravi. Je risque d’avoir quelques problèmes à
mon retour, mais pour le moment ce n’est pas le plus important.

Maman me pose encore des questions pour lesquelles je lui donne très
peu de réponses, espérant qu’elle finira par se fatiguer.

Excédée, elle finit par me dire : « Arrêtez de vous comporter comme des
gamins Ami et toi. Si vous vous aimez, mariez-vous une bonne fois pour
toutes. Vous avez tous les deux l’âge. Si vous aviez été plus sérieux et
vous étiez mariés il y’a plusieurs mois déjà, vous auriez eu la
bénédiction de son père. J’espère que son décès vous mettra à tous les
deux du plomb dans la tête que vous compreniez que vos disputes-là
n’ont aucune espèce d’importance. »

Moi : Ce n’est pas si simple maman.

Maman : C’est plus compliqué que de sauter du jour au lendemain dans


un avion juste pour être avec elle ? Ce n’est même pas sérieux de
débarquer comme ça chez eux alors que sa maman ne te connait même
pas.

Je ne réponds pas. Elle a raison mais ce qu’elle ne sait pas, c’est ce que
j’ai fait à Ami pour qu’elle ne veuille plus de moi. Et elle ne sait pas non
plus que j’ai tout fait pour qu’elle revienne dans ma vie et que j’ai dû
finalement abandonner par dépit.

Pour couper court à la conversation, je change de sujet : « Tu pourras


me passer quelques vêtements de papa ? Des kaftans ? »

Maman, en soupirant : Ok. Mais vraiment essaie de voir avec elle pour
passer aux choses sérieuses. Je n’aime pas ça du tout…

Moi : Je veux juste l’aider. Pas la harceler.

Maman : Abdelkader, tu ne m’énerves pas hein.

Moi : Je ne vais pas la forcer maman, enfin. Bien sûr que je veux
l’épouser. Tu crois que je serais ici si ce n’était pas le cas ? Je l’aime !

Elle me regarde sans rien dire avant de reprendre : « Tu es fatigué. Je


demande à ce qu’on te serve à manger. Essaie de te reposer ensuite. »

Me sentant coupable, je me tourne vers elle. Je n’aime pas du tout


argumenter avec elle, même si elle exagère des fois. Je viens à peine
d’arriver et elle ne me laisse même pas le temps de souffler.
Je la prends dans mes bras en lui disant : « Désolé maman. Je ne
voulais pas crier. »

Maman : Ne t’inquiète pas. J’ai un peu trop insisté mais je veux juste ton
bien.

Moi : Je sais.
Elle finit par sortir et me laisser seul. Je prends mon téléphone, tenté
d’appeler Ami, mais j’ai peur qu’elle me demande de ne pas venir la
voir.
J’appelle alors Badou. Je lui dis que je suis à Dakar et lui demande de
m’expliquer comment faire pour aller chez Ami à Saint-Louis. Malgré sa
surprise, il s’exécute et me donne toutes les informations dont j’ai
besoin.

Après avoir raccroché avec lui, je prends enfin ma douche et vais


manger le dîner qui m’a été servi par Aida.
Quand je reviens dans ma chambre, maman a déjà fait déposer
quelques vêtements de papa sur mon lit. Je retourne souhaiter bonne
nuit à elle et papa, avant d’aller enfin me coucher.

***

Je suis déjà garé dans la rue de Ami et il n’est que 6h40 du matin.
Finalement, j’ai quitté Dakar vers 4h, n’arrivant pas à fermer l’œil de la
nuit. Oui, j’ai conscience que c’est insensé tout ça… Mais je n’ai pas pu
m’en empêcher.

Je n’ai pas eu de mal à trouver la maison de Ami. Arrivé dans le quartier


expliqué par Badou que j’ai trouvé très facilement, il m’a juste suffi de
demander au premier vieil homme revenant de la mosquée de
m’indiquer la maison, en donnant le nom du papa de Ami.
Dès que je m’en suis approché, je l’ai reconnue, surtout avec les voitures
garées devant. Je me suis alors garé moi-même dans la rue, à quelques
dizaines de mètres.

C’est seulement après avoir arrêté le moteur de la voiture que j’ai


commencé à douter sérieusement. Qu’est-ce que je fais ici, et surtout à
cette heure-ci ? Personne ne me connait dans cette maison et je ne suis
même pas sûr que Ami voudra ne serait-ce que m’adresser la parole.
Je ne sais pas pourquoi je me suis levé si tôt pour venir, on aurait dit que
je ne contrôlais plus mes actions. Et maintenant, pour comble de tout, je
commence à avoir sérieusement sommeil. Le décalage horaire, oblige…

Je me glisse un peu plus dans le siège pour dormir un peu. Je ne


compte pas entrer chez Ami avant 8h au plus tôt... Ou alors je demande
à un enfant qui traine dans le coin d’aller l’appeler. Bref, on verra. En
attendant, j’espère seulement que des passants ne vont pas me
remarquer.
Je suis à moitié assoupi, à moitié éveillé, ouvrant les yeux de temps en
temps pour vérifier que personne ne me voit. Je suis vraiment fatigué.

Quelques minutes plus tard, je remarque sur le rétroviseur une femme


voilée sur le côté de la route, en face, en train de héler un taxi. C’est
Ami. Qu’est-ce qu’elle fait déjà dehors ?
Je me redresse rapidement pour sortir de la voiture. C’est une chance, je
dois en profiter. Mais j’hésite quelques secondes avant de sortir, assez
peu sûr de moi en fin de compte, et Ami entre déjà dans le taxi, qui s’en
va.

Sans réfléchir, je démarre le moteur de ma voiture et attends qu’ils me


dépassent pour les suivre.

Moins de dix minutes plus tard, je les vois s’arrêter devant un endroit qui
m’a tout l’air d’un cimetière. Pendant que je m’approche, Ami descend et
entre à l’intérieur.
Elle va forcément voir son papa… Ma pauvre chérie, elle doit
terriblement souffrir, pour y aller si tôt.

Je me gare aussi. Je descends de la voiture mais je ne peux pas rentrer


à l’intérieur du cimetière. Je ne veux pas la déranger dans son intimité. Il
vaut mieux que je l’attende.

Je vois des aveugles assis devant le cimetière, en train de mendier. Un


pincement au cœur, je m’avance vers eux et leur donne à chacun un des
billets que j’avais retirés en quittant Dakar. Puis je reste à leur côté et
attends. Ils ne cessent de me remercier et de prier pour moi. J’ai envie
de leur dire que tout ce que je souhaite, c’est une petite chance avec
Ami. Qu’elle me laisse juste être un peu avec elle et l’aider.

Peu de minutes plus tard, je vois Ami sortir rapidement du cimetière et


marcher d’un pas pressé vers la route. Elle n’a pas regardé dans ma
direction. Elle essuie de temps en temps son visage avec le voile qu’elle
porte. Elle pleure !
Je quitte ma place et marche derrière elle, encore hésitant à lui faire
signe… Mais je ne peux pas la laisser comme ça, alors qu’elle est en
train de pleurer. Au moins si elle me voit, elle pourra plus penser à me
détester et oublier un peu toute cette peine qui la ronge.

Je prends mon courage à deux mains et l’appelle : « Ami. »

Elle se retourne immédiatement et je m’arrête. Je vois son visage baigné


de larmes et ses yeux gonflés. Mon cœur se serre dans ma poitrine. Je
donnerais n’importe quoi pour la consoler.

Elle a arrêté de pleurer et me regarde les yeux écarquillés, alors que je


n’ose plus faire aucun geste. Peut-être qu’elle va juste se détourner de
moi et entrer dans le premier taxi ?

Mais à ma grande surprise, ce n’est pas ce qui se passe. Ami vient vers
moi, sans aucune hésitation. Puis elle m’enlace en posant sa tête sur
moi. Mon Dieu, qu’est-ce qui se passe ?

Je n’ose pas la toucher. J’ai peur qu’elle s’enfuie si je la touche. Mais je


ne peux pas m’en empêcher plus longtemps. Je la serre délicatement
dans mes bras alors qu’elle recommence à pleurer. Je sens ses larmes
chaudes sur le tissu léger de mon kaftan.

Je la garde dans mes bras un long moment, sans rien dire. J’ai tellement
peur que ça s’arrête.

Quand elle s’arrête de pleurer, le bon sens me rappelle qu’on est dans la
rue devant un cimetière et il y’a de plus en plus de monde qui passe.

Je dis doucement à Ami : « Je te ramène chez toi ? »

Elle se contente de hocher la tête, sans se séparer de moi. J’attends


quelques secondes mais elle reste toujours dans mes bras, la tête
toujours posée sur mon torse, l’air de ne pas compter bouger. Bon tant
pis. Les gens nous regarderont et puis croiront qu’on est mariés voilà. Je
la soulève doucement essayant de ne pas la déranger dans sa position
et me dirige vers la voiture. J’ouvre la portière arrière et réussis tant bien
que mal à me glisser dedans avec Ami.

Toujours dans mes bras, je l’installe plus confortablement. Les vitres


arrière sont teintées, ce qui nous donne un peu d’intimité.
Je me trompe peut-être mais j’ai l’impression qu’elle commence à
dormir, quelques minutes plus tard. Même si mon cœur bat très fort,
j’essaie de ne plus bouger. J’ai tellement peur de la déranger.

Mon Dieu je n’arrive pas à y croire. C’est Ami que je tiens dans mes
bras. Elle est venue toute seule vers moi et maintenant elle est blottie
dans mes bras et je sens son odeur. J’ai juste l’impression d’être dans
un rêve.
Si seulement elle ne souffrait pas autant. Elle a maigri et son corps est
frêle dans mes bras. J’ai envie de lui caresser la tête mais ai peur de
faire un quelconque geste.
On reste là dans cette position, jusqu’à ce que je finisse moi aussi par
m’endormir.

Ce sont les rayons du soleil, de plus en plus forts, qui me réveillent plus
tard. Je me penche pour regarder Ami, elle dort encore. Je réussis à
sortir doucement mon téléphone de ma poche pour regarder l’heure,
9h45. Nous sommes là depuis presque deux heures. On ne peut pas
rester ici, en pleine rue.
Ami a l’air très fatiguée et je n’ai pas le cœur à la réveiller. Je me penche
et l’embrasse doucement sur le front. Mais ça la fait bouger puis ouvrir
les yeux.
Elle me regarde puis baisse rapidement les yeux. Oh non, pas déjà !

Elle se redresse et regarde autour d’elle, sans rien dire. Elle ne me


touche plus…

Désespéré, je lui demande quand même : « Tu veux que je te ramène ?


»

Elle semble réfléchir un instant, en jouant avec ses doigts les mains
jointes. Ne me regardant toujours pas, elle baisse la tête pour répondre :
« Non. »

Non ? Je ne comprends pas, elle veut rester ici ? Il faut qu’elle dorme au
moins. Je pourrai l’attendre quelque part. Je suis sûr maintenant que je
peux l’aider… Au moins elle a dormi dans mes bras.

Elle soupire puis me dit : « Je veux aller ailleurs… Tu m’emmènes ? »

Moi : Bien sûr. Où tu veux.

Ami : Ok. Je vais te guider.

Je me dépêche de sortir et contourne la voiture pour lui ouvrir la portière.


On s’installe tous les deux devant.
Ami sait que je ne connais pas Saint-Louis, y étant venu seulement une
fois en vacances quand j’étais petit.
Je me laisse guider par elle. Nous traversons le pont et contournons la
gouvernance pour nous diriger vers le quartier Sud. Nous allons
complètement vers la pointe sud de l’île.
Je me gare et Ami descend sans rien dire et marche vers le fleuve. Je
me contente de la suivre.

Elle s’assoit à côté du fleuve sur le rebord d’un petit mur, et se retourne
pour regarder l’eau. Elle ne me regarde pas, alors que moi, je suis
incapable de la quitter des yeux. Je m’assoie à côté d’elle.

On reste assis, silencieux quelques minutes puis Ami me dit, toujours en


regardant l’eau : « J’ai voulu partir avec lui tu sais ? A un moment, j’ai
prié pour mourir aussi. »

Moi : Ne parle pas comme ça.

Je m’approche doucement d’elle et lui prends la main. Elle ne résiste


pas.

Ami : Non, c’est passé. Mais je l’ai voulu… Et ça, ce n’est pas le genre
de choses que je peux dire à ma famille.

Moi : Je suis désolé.

Ami : Tu as ton téléphone ? Ils ne savent pas que je suis sortie. Je veux
envoyer un message à Oumou.

Je lui donne mon téléphone et elle envoie son message avant de me le


rendre.

Elle se retourne enfin vers moi pour me demander : « C’est Badou qui t’a
prévenu ? »

Moi : Oui. Il m’a appelé après t’avoir emmené à l’aéroport.

Elle dit en souriant tristement : « Vous êtes très amis, maintenant. »

Moi : Je l’apprécie beaucoup.

Mais je ne suis pas sûr qu’il serait devenu mon ami s’il avait vraiment su
ce que j’ai fait.

Moi : Tu n’es pas fatiguée ? Tu t’es endormie dans la voiture tout à


l’heure.

Ami : Je n’ai pas beaucoup dormi ces dernières nuits…


Moi : Tu ne veux pas aller dormir ? Je pourrai venir te prendre plus tard.

Ami : Je n’ai pas envie de rentrer pour le moment… C’est bien d’être
avec eux, mais tout là-bas me rappelle papa. Ça fait bizarre de ne pas le
voir. C’est dur.

Moi : Je sais. Je suis désolé que tu souffres autant. Mais rappelle-toi que
ton papa t’aimait et qu’il était fier de toi. Il n’aimerait pas te voir
malheureuse.

Elle essuie une larme avant de reprendre d’une voix enrouée : « Ça


faisait deux semaines que je ne l’avais pas appelé… Il me reprochait de
ne pas l’appeler souvent. Et la dernière fois que je l’ai eu, on a à peine
parlé quelques minutes. »

Moi : Ami, ne te culpabilise pas. Ton père savait que tu pensais à lui, j’en
suis sûr. Tu ne l’as pas négligé, d’accord.

Ami : Je ne sais pas…

Elle recommence à pleurer vraiment cette fois. Je la prends dans mes


bras, commençant à m’habituer à ce qu’elle ne résiste pas. Je lui
caresse doucement le dos.

Quand elle réussit à se calmer, je lui demande en indiquant le bâtiment


rose en face de nous: « C’est un hôtel là, non ? »

Ami : Oui.

Moi : Si tu veux, je te prends une chambre. Tu vas pouvoir dormir. Je


vais en prendre une aussi, s’ils en ont des libres.

Ami : Je ne veux pas rester seule… et je veux rester ici pour le moment.

Moi : Ok. Comme tu veux.

Elle reste pensive un moment avant de me demander en me regardant


droit dans les yeux : « J’ai appris que tu étais aux Etats-Unis. Tu es
rentré en France ? »

Moi : Non pas encore. Je viens des Etats-Unis là.


Ami : Pourquoi tu es venu ?

La question. Que lui répondre ?

Moi : Il le fallait…

Ami : Pourquoi ?

Moi : Parce que… je devais être avec toi. Par rapport à ce que tu vis…

Ami : Mais je ne suis rien pour toi.

Je réponds vivement : « Tu es tout pour moi. »

Elle soupire sans rien dire. On reste encore assis dans le silence. Je ne
sais plus quoi lui dire. J’ai toujours mon bras qui l’enlace. Je profite de
ces instants sans réfléchir plus que ça. La paix et le silence, la chaleur
du corps de Ami, son odeur, l’eau, le léger bruit des palmiers…

Elle a l’air de se sentir bien aussi. Badou avait peut-être raison alors.
Peut-être que Ami avait bien besoin de moi. Et ça, ça valait la peine que
je quitte ma mission et la rejoigne.

Elle se redresse pour me dire : « Je veux bien aller dormir dans l’hôtel…
Mais je ne veux pas rester seule. »

Très surpris, je la regarde. Ça veut dire qu’elle veut que je reste avec
elle ? Même si ça m’enchante, je ne crois pas que ce soit une bonne
idée. Elle n’est pas dans son état normal. M’accepter comme elle le fait,
c’est comme si elle avait décidé d’oublier la réalité. Mais si on se
retrouve tous les deux dans une chambre, tous seuls, la réalité va lui
retomber dessus. Elle va avoir peur et c’en sera fini de notre trêve.

Je lui dis : « Je ne pense pas que ce soit une bonne idée que je reste
avec toi. »

Ami : Tu ne veux pas ?

Moi : Non. Non ce n’est pas ça du tout. Mais… je ne veux pas que tu
aies peur.

Ami, en me regardant dans les yeux : Je ne veux pas dormir seule


Kader.
Et mer**. Comment je peux résister à ça ? Et puis je n’ai pas envie de la
laisser seule si c’est pour qu’elle n’arrive pas à dormir.

Je me lève et lui tends la main. On se dirige vers l’hôtel où je prends une


chambre. Je réserve pour deux nuits, en attendant de savoir combien de
temps je peux rester.

Quand on entre dedans, Ami se dirige directement sur le lit et se couche


dessus, recroquevillée sur elle-même. Elle est de dos.

Je ferme la porte et me tiens devant, ne sachant pas quoi faire.


Quelqu’un qui suit la scène pourrait croire que je suis intimidé. Moi,
Abdelkader Hann, 29 ans, m’étant retrouvé un nombre incalculable de
fois seul avec une fille, intimidé en présence de Aminata Fall.

J’arrive à me reprendre et avance vers la porte du balcon pour tirer les


rideaux. Je m’approche ensuite du lit et m’allonge à côté de Ami en
évitant de la toucher, au cas où elle aurait déjà changé d’avis et compte
fuir.

Mais au lieu de ça, continuant toujours de me surprendre, elle se


retourne vers moi et se blottit dans mes bras. Cette fois, je n’hésite pas
pour l’enlacer.
On reste dans cette position pendant longtemps.

Croyant qu’elle s’est endormie, je commence à m’assoupir aussi quand


je l’entends me parler : « Tu es venu vite. Tu as quitté ton boulot pour
moi ? »

Moi : Oui.

Ami : Tu as eu une permission aussi rapidement ?

Moi : Pas vraiment…

Ami : Tu n’aurais pas dû venir… Tu ne dois pas négliger ton travail.

J’ai envie de lui répondre que je ne néglige pas du tout mon travail, c’est
juste qu’elle est plus importante à mes yeux. Mais je préfère me taire.

Elle garde à nouveau le silence pendant un moment, puis reprend d’une


voix ensommeillée : « Tu m’aimes ? »
A cette question, mon cœur bat plus vite. Je l’aime à un point où ça me
fait peur. Je l’aime tellement que je suis incapable d’agir normalement en
sa présence.

Je la serre plus fort avant de lui répondre simplement : « Oui je t’aime. »

Ami : Tu vas m’épouser ?

Bon, là je suis persuadé que Ami est en plein délire. Elle devrait dormir
maintenant. Je fais comme si je n’ai rien entendu.

Mais elle ne s’arrête pas là. Elle lève la tête et me regarde : « Kader ? »

Moi : Oui.

Ami : On va se marier ?

Moi : Ami…

Ami : Tu ne veux plus m’épouser ?

Moi : Bien sûr que si. Il n’y a rien que je souhaite de plus.

Ami : Alors marions-nous.

Moi : …

Ami : Le plus vite possible, d’accord ?

Je hoche doucement la tête ne sachant quoi faire d’autre, ou dire.

Elle se recouche alors à nouveau sur moi et ne tarde pas à s’endormir.


Tout simplement, comme si elle ne venait pas de décider du truc le plus
énorme qu’il soit, pour nous deux.

Et moi, je commence à cogiter dans ma tête, incapable à présent de


dormir.

*
*

[J'espère que vous avez aimé. A vendredi pour la suite!

Et bienvenue aux nouveaux.

[Coucou!!

Voici enfin la suite. Enjoy! Et surtout faut pas fâcher! ]

©
Partie 29 : Le choix

Bon, là je suis persuadé que Ami est en plein délire. Elle devrait dormir
maintenant. Je fais comme si je n’ai rien entendu.

Mais elle ne s’arrête pas là. Elle lève la tête et me regarde : « Kader ? »

Moi : Oui.

Ami : On va se marier ?

Moi : Ami…

Ami : Tu ne veux plus m’épouser ?

Moi : Il n’y a rien que je souhaite de plus.

Ami : Alors marions-nous.

Moi : …

Ami : Le plus vite possible, d’accord ?

Je hoche doucement la tête ne sachant quoi faire d’autre, ou dire.

Elle se recouche alors à nouveau sur moi et ne tarde pas à s’endormir.


Tout simplement, comme si elle ne venait pas de décider du truc le plus
énorme qu’il soit, pour nous deux.

Et moi, je commence à cogiter dans ma tête, incapable à présent de


dormir.

***

J’ai finalement réussi à m’endormir, étant vraiment très fatigué. Je me


réveille plusieurs heures plus tard et je vois Ami encore blottie dans mes
bras et toujours endormie.
Je regarde l’heure à ma montre, 17h déjà.
Elle devait être vraiment fatiguée. Mais j’ai peur que sa famille
commence à s’inquiéter si elle ne donne pas plus de nouvelles.
Seulement, je n’ai pas le cœur de la réveiller.

Je repense à ce qu’elle m’a dit avant de s’endormir. J’ai bien réfléchi


ensuite et je suis arrivé à une décision. Je vais faire comme si rien ne
s’est passé.

Il est clair pour moi que Ami n’a pas parlé dans son état normal. Ce n’est
pas possible qu’elle veuille se marier avec moi après tout ce qui s’est
passé et alors que j’ai passé des mois à essayer de la convaincre que je
regrette, sans succès. Avec le chagrin d’avoir perdu son père et le
manque de sommeil, tout ne devait pas être très clair dans sa tête. Je
pense qu’elle ne réalisait pas vraiment ce qu’elle disait.
Et elle risque de regretter quand elle va se réveiller. J’espère seulement
qu’elle me laissera au moins rester dans sa vie. Je veux l’épouser plus
que tout, mais pas comme ça. Pas pour qu’ensuite, elle regrette, se
demandant ce qu’elle fait avec moi.

Quant à moi, juste rester dans sa vie pour le moment et lui prouver que
je regrette et que je peux la rendre heureuse si elle me donne une
chance me suffit.

Elle est encore dans mes bras mais il faut que je me lève maintenant.
J’ai des prières à faire depuis ce matin.
Je la soulève légèrement et pose sa tête sur l’oreiller, tout doucement
pour qu’elle ne se réveille pas. Ensuite je me lève et tire un peu plus la
couverture sur elle. Elle se recroqueville à nouveau sur elle-même.
Je la regarde dormir et sens une émotion très forte naître dans mon
cœur. Ce n’est pas possible d’aimer quelqu’un à ce point. Je n’aurais
jamais cru que ça pouvait m’arriver… Je me penche pour lui embrasser
le front doucement puis me redresse pour sortir de la chambre.

Je vais à la réception de l’hôtel où j’emprunte un tapis de prière, avant


de revenir rapidement dans notre chambre. Je prends ensuite une
douche, puis m’habille et entame mes prières.

Quand je clos la dernière étape, j’entends la voix de Ami : « Tu pries


pour moi ? »

Je me retourne vivement et la regarde. Elle est toujours couchée, le


corps tourné vers moi. J’ai l’impression qu’elle m’observe depuis un
moment. Elle me sourit doucement. Ouf ! On est toujours en paix.

Je lui rends son sourire et lui dis : « Je ne t’oublie jamais dans mes
prières… Désolé de t’avoir réveillée. »

Ami : Non, ce n’est pas grave. Il est tard et j’ai assez dormi.

Moi : Tant mieux. Je vais finir ma prière d’accord ? Peut-être que tu


devrais appeler chez toi en attendant ? Ils vont s’inquiéter.

Elle hoche la tête avant de se lever. Je l’entends quelques secondes


plus tard parler à sa sœur.

Quand on finit tous les deux, je lui dis : « Tu veux manger quelque chose

Ami : Non, je n’ai pas faim. Mais on peut aller à la maison pour que tu
manges, toi.

Donc elle veut quand même que j’aille chez elle…

Moi : Mais ta famille ne me connait pas.

Ami : C’est vrai…

Elle semble réfléchir un moment avant de reprendre : « Tu as raison… Il


faut au moins que je leur parle de toi avant les présentations… »

Les présentations ?

Je ne relève pas et change de sujet : « Ce serait bien si on mangeait


ensemble avant que tu rentres… Ta maman ne va rien dire au fait ? Tu
n’as pratiquement pas passé la journée chez toi. »

Ami : Non, je vais lui expliquer. On va se marier de toute façon, il n’y a


pas de mal.
En train de replier le tapis, j’arrête mon geste alors que j’entends ces
derniers mots. Donc elle était sérieuse…
Je la regarde, ne comprenant plus rien.

Elle me regarde aussi, l’air de rien, puis me dit : « Je vais lui en parler
aujourd’hui. Elle connait déjà maman Dieynaba de toute façon… Sinon,
j’ai mon oncle qui est à la maison… Tu pourras le rencontrer aussi. Peut-
être même qu’on peut se marier avant qu’il rentre ? »

Je scrute le visage de Ami, essayant de comprendre. Elle ne pleure plus,


elle a bien dormi, elle a l’air d’avoir toutes ses facultés mentales. Elle me
regarde tout simplement, attendant ma réponse.

Moi, toujours étonné : Ami, tu es sérieuse ?

Ami : Pour le mariage ? Oui. Bien sûr… Pourquoi ? Tu ne l’étais pas, toi
?

Moi : Non, ce n’est pas ça… Mais je ne comprends pas… C’est tellement
surprenant que tu acceptes tout d’un coup qu’on se marie. Il ne vaut pas
mieux qu’on en parle d’abord ? Sérieusement je veux dire.

Elle soupire avant de répondre : « Ok. Si tu veux. Je vais prier d’abord.»

Moi : Ok. On mange après d’accord ? On peut rester ici si tu veux. Je


vais demander à la réception s’ils ont quelque chose à nous proposer.

Ami, en se dirigeant vers la salle de bain : Prends juste un truc pour toi.
Je n’ai pas faim…

Je préfère ne pas l’écouter et appelle la réception. Je réussis à


commander deux menus. J’avoue que j’ai moi-même très faim, n’ayant
rien mangé depuis hier soir. Je ne sais pas comment Ami fait.

Je m’assoie sur le lit en l’attendant et m’adosse au mur. Je profite de


l’attente pour envoyer un message à Soukeyna et lui dire que tout va
bien.
Ami sort de la salle de bain quelques instants plus tard et se met à prier.

Quand elle finit, elle se tourne vers moi et me regarde, avant de venir
s’assoir en face de moi sur le lit. Puis elle baisse la tête, l’air perdue et
ne dit rien.
Son comportement depuis que je l’ai revue m’a rendu un peu plus
confiant. Même si j’hésite encore à faire des gestes vers elle, je sens de
plus en plus que c’est ce qu’elle souhaite.

Je lui tends donc la main et lui demande de venir à côté de moi. Elle se
redresse timidement et me rejoint. J’attire sa tête sur mon épaule et
l’entoure de mes bras.

Quand je la sens plus détendue, je lui dis : « Merci bébé de me laisser


rester avec toi. »

Elle garde le silence.

Je ne dis rien d’autre et lui caresse juste la tête.

Elle finit par se redresser et me regarde fixement, avant de me dire : « Je


sais que tu m’aimes Kader. »

Elle s’arrête un peu et rajoute d’une voix cassée : « Même si tu m’as fait
beaucoup de mal. »

Je sens un poignard me transpercer le cœur, à ces mots. Et ce regard…


A cet instant, je serais capable de donner n’importe quoi pour revenir
quelques mois plus tôt. Je me hais pour ce que j’ai fait. Je ne mérite pas
son pardon.

Comme si elle lisait dans mes pensées, elle reprend, toujours en me


regardant : « Je ne t’ai pas pardonné… Je n’y arrive pas encore. »

Je baisse les yeux pour éviter son regard. Je ne sais pas quoi lui
répondre. J’ai juste mal, très mal.

Elle reprend : « Ce que tu m’as fait est horrible. Je n’arrive pas encore à
réaliser que tu en aies été capable, même après tous ces mois… J’ai
voulu te rayer de ma vie. Je ne pouvais pas comprendre que tu aies fait
ce que tu m’as fait en prétendant m’aimer. Mais je sais bien que tu
m’aimes… Et, malgré moi, je t’aime aussi. Je n’y peux rien. »

Moi : Ami, je…

Je n’arrive pas à continuer. Je sens que je vais pleurer et j’essaie de


toutes mes forces d’empêcher les larmes de sortir. En fin de compte, je
baisse la tête n’en pouvant plus.

Ami détourne la sienne, sans doute pour ne pas me regarder pleurer.


J’en profite pour essuyer rapidement mes larmes et souffler pour me
reprendre.

Puis elle me regarde à nouveau et me dit : « La vie est courte… Tu vois,


je ne m’attendais pas à perdre papa et je l’ai perdu. »

Je vois une larme rouler sur son visage quand elle dit ça.

Elle l’essuie d’un geste furtif et reprend : « Et je t’ai vu à la sortie du


cimetière, juste après avoir été avec lui… J’étais désespérée dans ce
cimetière. A nouveau, j’ai eu envie de mourir. Et ça c’est grave, j’en suis
consciente.
Et puis je t’ai vu. Comme une sorte de signe, tu vois…
Tu es l’homme de ma vie, ça j’en suis sûre maintenant. Et Soukeyna,
elle avait raison… Je ne veux pas te perdre. Pas toi aussi, pas après
avoir perdu papa… Et je ne veux plus perdre de temps… Alors, si c’est
ce que tu veux aussi, juste épouse-moi. »

Incapable de parler pour le moment, je la regarde encore puis la


reprends juste dans mes bras et lui embrasse le front. Ensuite, je prends
son visage dans mes mains et le colle au mien. Je la sens résister un
peu, alors je desserre ma pression. Je sens son souffle chaud sur ma
joue. Elle ferme les yeux et ne dit rien.

On se met à toquer à la porte à ce moment-là, ce qui nous fait nous


redresser tous les deux.

Moi : Ce doit être le repas. Je vais ouvrir.

Elle hoche la tête et je lui embrasse la joue avant de me lever.

Je fais entrer le serveur qui nous pose les mets commandés sur la table.
Quand il sort, j’invite Ami à venir manger mais elle secoue la tête.

Je m’approche d’elle et lui prends les deux mains : « Viens. »

Ami : Je n’ai vraiment pas faim Kader.

Moi : Stp, il faut que tu manges. Tu as trop maigri.


Elle sourit, le regard toujours triste : « Tu ne me trouves plus belle ? »

Moi : Tu seras toujours la plus belle pour moi… allez viens stp.

Elle finit par se lever et on s’installe à côté de la petite table.


Finalement, elle mange à peine. Je lui aurais bien donné à manger moi-
même mais j’ai peur qu’elle se sente « forcée ».
Je me contente de la regarder alors qu’elle joue avec la fourchette.

Un instant, elle lève les yeux vers moi pour me dire : « Tu retournes
quand aux Etats-Unis ? »

Moi : Je ne sais pas encore, j’ai pris un aller simple. J’ai déjà raté cette
fin de semaine, on est déjà jeudi… et lundi c’est le nouvel an. Ce serait
bien si je pouvais être là-bas mardi ou mercredi. Mais si tu veux, je reste
avec toi.

Ami : Non, non. Il faut que tu ailles bosser. Tu n’as pas besoin d’être là
pour le mariage.

Je détourne mon regard. Malgré tout ce qu’elle m’a dit, je ne suis pas
convaincu qu’il faille se marier aussi rapidement. Il faut qu’elle se sente
vraiment prête. Je ne veux pas l’influencer.

Moi : Parce que tu veux le faire dès maintenant ?

Ami : Pourquoi attendre ? Je ne veux pas être seule quand je vais


rentrer… Tu rentres quand en France au fait ?

Moi : J’en ai encore pour quatre semaines environ à Detroit. Mais je


peux m’arranger pour me faire remplacer.

Ami : Tu sais très bien que ce n’est pas une bonne idée. Ne t’inquiète
pas, je peux rester avec Karine en t’attendant.

Moi : Ok… Par contre Ami, je pense qu’on devrait attendre un peu.

Ami : Mais pourquoi ?

Moi : Pourquoi se précipiter ? On a la vie devant nous. Voilà ce que je te


propose. Tu finis ton séjour à Saint-Louis, tu fais le deuil avec ta famille.

Elle me coupe : « Je veux oublier le deuil. »


Moi : Je comprends… Mais écoute-moi d’abord. Quand tu vas rentrer, tu
vas bien réfléchir. Tu restes combien de temps ici ?

Ami : J’ai encore une semaine.

Moi : Bon. Tu vas les faire. En attendant, nos familles font plus ample
connaissance.

Ami : Nos mamans se connaissent déjà Kader.

Moi : Oui mais il y’a mon père aussi et les autres membres de ta famille.

Ami : J’ai l’impression que tu essaies de me rejeter. Qu’est-ce qui se


passe ?

Moi : Ami…

Je m’arrête un instant, n’en revenant pas de ce que je m’apprête à dire,


mais je suis obligé pour la convaincre : « … Tu ne sortais pas avec
quelqu’un ? »

Elle me regarde plusieurs secondes sans rien dire, l’air perdue, comme
si elle venait de réaliser quelque chose.
Puis elle murmure : « Marc »

Et mer** je regrette déjà de l’avoir évoqué. Mais je dois continuer sur ma


lancée : « Oui. Vous avez rompu ? »

Ami, déjà l’air ailleurs : Non.

Moi : Tu m’avais dit que tu l’aimais la dernière fois qu’on s’est vu…

Ami : Oui.

J’attends qu’elle continue mais rien ne sort plus de sa bouche. Oui ? Oui,
quoi ? Elle l’aime ou non ? Je crois que je vais devenir vraiment fou avec
Ami. Je ne sais jamais à quoi m’attendre avec elle.

Ayant peur qu’elle ait déjà oublié le mariage, je reprends : « On peut se


marier après que tu sois rentrée en France, d’accord ? »

Elle hoche doucement la tête avant de répondre : « Il faut que je voie


Marc d’abord. »

Mon Dieu ! Et si elle change d’avis après l’avoir vu ? Au point où on en


est, je pense qu’elle en est tout à fait capable. Je regrette déjà de ne pas
l’avoir suivie dans sa décision plus tôt…
Mais au fond de moi, je sais que j’ai bien fait. Ami doit prendre la
décision de se marier avec moi tout en étant convaincue que c’est sa
propre décision. Je ne veux pas qu’elle se réveille un jour en se disant
que j’ai profité de sa faiblesse.

Ami : Bon, je vais rentrer. On se voit demain ?

Moi : Oui. Au fait maman et Soukeyna comptent venir chez toi demain,
pour présenter leurs condoléances.

Ami : Ah c’est bien. Peut-être que tu devrais venir en même temps aussi
?

Moi : Ok. Bonne idée. Allons-y, je t’emmène.

***Dans la tête de Ami***

Je suis rentrée à la maison après avoir passé toute la journée avec


Kader. Heureusement que j’ai prévenu ma sœur, qui a mis maman au
courant. Je leur ai juste dit de ne pas s’inquiéter pour moi. En temps
normal, maman m’aurait posé beaucoup de questions. Mais là avec le
deuil, je suppose qu’elle a d’autres choses en tête car jusque là elle ne
m’a demandé aucune explication alors qu’il est presque 20h.
Je me suis séparée de Kader depuis trente minutes seulement mais je
ressens déjà un manque. Je replonge à nouveau dans l’ambiance triste
de la maison. Avec lui, j’étais encore triste certes, mais je me sentais
moins seule.

Je réalise maintenant que j’ai toujours ressenti ce manque particulier,


même avant le décès de papa. J’ai compris beaucoup de choses depuis
le moment où j’ai été à nouveau dans les bras de Kader. Je ne l’avais
pas « touché » depuis le soir où tout s’est passé… Même si ce souvenir
est encore cuisant dans ma tête, il n’est en rien comparable à ce que j’ai
ressenti à la perte de mon papa, et que je ressens encore. Le fait de
m’ouvrir enfin à Kader m’a rappelé tout ce qu’il y’avait entre nous, à quel
point nous étions proches. Il m’a fait subir le pire qu’il était capable de
me faire subir. Je suis persuadée que je n’oublierai jamais ce qu’il m’a
fait. Mais la seule fois où j’ai imaginé retrouver le bonheur après ce que
j’ai vécu, est quand je me suis retrouvée à nouveau dans ses bras. Ce
paradoxe est étrange, même pour moi.

Il m’a fait le pire mais je ne vois le meilleur qu’à travers lui.


J’ai perdu mon père et j’ai le cœur meurtri. Mais dans les bras de Kader,
j’ai dormi profondément comme je ne l’avais pas fait depuis des jours.

Pourquoi j’ai pris la décision de me marier avec lui ? Parce que j’en sens
le besoin tout simplement. J’ai besoin d’être avec lui, et urgemment. Je
peux difficilement l’expliquer et peut-être que personne, connaissant ce
qui s’est passé entre nous, ne pourra le comprendre.

Alors qu’il me tenait dans ses bras au bord du fleuve et que je sentais la
chaleur de son étreinte, j’ai compris tout simplement que je ne pourrai
pas affronter l’avenir sans lui à mes côtés. Je suis fatiguée de me
compliquer la vie.
Il est mon premier et il l’a été de la pire des manières. Pourtant je veux
qu’il soit mon dernier. Je n’ai aucune idée de comment je vais affronter
l’intimité avec lui. Pour le moment, même l’embrasser est quelque chose
à laquelle je dois me préparer.
Mais ce qui est clair dans ma tête est que j’ai besoin de lui. C’est la seule
chose dont je peux jurer.

Pendant toute la journée, j’ai flotté dans ces différents sentiments : la


douleur de mon deuil, le réconfort de la présence de Kader et mon fort
besoin de m’assurer que j’aurai toujours ce réconfort.
Et dans tout ça, j’ai oublié Marc. Je n’ai pas une seule fois pensé à lui.
Quand Kader me l’a rappelé, j’ai eu l’impression de recevoir un coup de
massue sur la tête. Encore un autre. Les choses ne peuvent décidément
jamais être simples avec moi.
Pendant des heures, j’ai pensé à moi et à ce que je veux, égoïstement.
Et j’ai complètement oublié Marc, qui a été là depuis des mois, m’aidant
à me reconstruire. Maintenant, la culpabilité me ronge en plus de la
douleur. Pourtant la vérité c’est que si mon père n’était pas décédé et
que je n’avais donc pas revu Kader dans ces circonstances, je ne
penserais pas une seule seconde à arrêter ma relation avec Marc.

Je m’isole dans la chambre de maman pour l’appeler.


Normalement, il n’est pas encore parti en Belgique.

Il décroche rapidement, sans doute ayant reconnu l’indicatif : « Allô ? »

Moi : Marc, c’est Ami.


Marc : Ah, j’avais deviné. Tu vas bien ma princesse ?

Je sens qu’il sourit à l’autre bout du fil et j’ai un pincement au cœur.


Qu’est-ce que je vais faire, mon Dieu ? Il est parfait. Et il ne m’a jamais
rien fait, sinon du bien. Même si je n’ai jamais été prête à vivre toute ma
vie avec lui, j’étais loin d’imaginer que les choses se passeraient ainsi.
Rien de tout ça n’était prévu.

Je lui réponds, à voix basse : « Je vais bien. Et toi ça va ? »

Marc : Pas tant que tu n’es pas là.

Moi :…

Marc : Tu me manques… Je sais que tu ne vas pas bien même si tu dis


le contraire. Ce qui est normal. Et je ne peux pas aller bien si tu ne l’es
pas... Mais je serai là à ton retour, ok ?

Moi, hésitante : Ok.

Je me tais quelques secondes puis reprends : « Je suis désolée Marc. »

Marc : Pourquoi ?

Moi : Pour… rien. Je… t’ai négligé depuis lundi.

Il garde le silence quelques instants puis reprends : « Ne sois désolée


pour rien Aminata. Tu as assez de quoi t’occuper la tête. Ne t’inquiète
surtout pas pour moi, ok ? »

Moi : Ok… Mais… J’ai besoin de te parler Marc. A mon retour, ok ?

Il garde encore le silence. Cette fois, j’attends sa réponse mais elle ne


vient pas.

Au bout d’un instant, je lui dis : « Marc ? »

Marc, d’une voix très calme : Oui.

Je suis là… Ok, princesse. On parlera… Je te laisse avec ta famille,


d’accord ?
Moi : D’accord.

Marc : Je t’embrasse très fort.

Moi : « Moi aussi. »

Que répondre d’autre ?

Je raccroche le téléphone le cœur lourd. Assise sur le lit de maman, je


me sens à nouveau très fatiguée, même si j’ai beaucoup dormi la
journée. Mais cette fois, c’est surtout une fatigue émotionnelle. Fatiguée
de tout ce qui me passe dans la tête et que je suis incapable d’arrêter.
Fatiguée de devoir encore me battre, même quand je décide de souffler.
Je voudrais mettre un « stop » à mon esprit, rien qu’un peu. Ou alors me
réveiller demain en découvrant que tout ce qui s’est passé ces derniers
mois, le viol, ma séparation d’avec Kader, le départ de papa… tout
n’était qu’un rêve. Si seulement c’était possible…
Je finis par me lever pour rejoindre les autres.

Plus tard, bien après le dîner, je me retrouve avec maman, toutes les
deux seules dans sa chambre, apprêtées pour dormir. Je suis couchée
sur le lit et tournée vers elle. Elle me regarde, l’œil interrogateur, sentant
sans doute que j’ai des choses à lui dire. Je la regarde aussi, me
demandant d’où elle peut puiser cette force qu’elle affiche depuis le
décès de papa. Mes sœurs m’ont dit que même le jour de l’enterrement,
elle est restée stoïque, très calme pendant que tout le monde autour
était agité. Même quand elle pleure, ses larmes coulent doucement. Elle
ne fait aucun bruit, ne ferme pas les yeux. Elle se contente juste de les
essuyer.

Elle finit par me demander : Qu’est-ce qu’il y’a ma fille ?

Moi : Maman… Je peux te poser une question ?

Maman : Bien sûr. Qu’est-ce que tu veux savoir ?

Moi : Comment tu as su que c’était avec papa que tu devais te marier ?

Elle sourit tristement, puis me répond : « Ce n’était pas la même chose à


mon époque et avec ma famille. Je n’ai connu ton père que quand j’ai su
qu’il allait devenir mon mari. Tu sais déjà que j’étais très jeune. J’avais
15 ans… Un jour, j’étais avec ma sœur aînée et on est passé devant un
groupe d’hommes. Elle m’a indiquée l’un d’entre eux, en m’annonçant
que ce serait mon mari. »

Moi : Et vous vous êtes mariés ? Juste comme ça.

Maman : Oui, quelques mois après. Et à mon grand bonheur.

Moi : Mais tu ne le connaissais pas…

Maman sourit à nouveau et me répond : « Il est quand même devenu le


centre de ma vie… Ton père n’était pas seulement ton père ou mon
mari. C’était aussi mon meilleur ami. J’ai perdu ta grand-mère à 6 ans,
j’ai peu de souvenirs d’elle. J’ai quitté la maison de mon père pour aller
vivre avec ma sœur qui venait de se marier. Ce n’était pas tous les jours
facile… Ton père est arrivé comme un cadeau du ciel. C’est lui qui a
complété mon éducation. Lui et les enfants que Dieu nous a donnés
étaient toute ma vie… Tu sais, je ne compte jamais me remarier.
Maintenant, ce sont vous mes enfants qui allez être ma vie, en attendant
de rejoindre Muhammed au paradis. »

Je ne veux pas pleurer devant maman, de peur de la faire pleurer aussi


mais je ne peux plus retenir mes larmes.

Elle me sourit alors qu’elle-même commence à pleurer, puis me dit : « Je


te souhaite d’avoir un mari aussi bien que l’a été ton père avec moi. Je le
souhaite à Oumou et Khady aussi. »

Je renifle et essuie mes larmes, avant de lui dire : « Il y’a quelqu’un qui
veut m’épouser. Et… je le veux aussi. »

Maman : Ah bon ? Pourquoi tu ne me l’as pas dit plus tôt ?

Moi : Parce que je ne le voulais pas jusqu’à maintenant. Je l’ai vu


aujourd’hui.

Maman : C’est avec lui que tu étais ?

Moi : Oui.

Maman : Aminata, je suis contente qu’il veuille faire de toi sa femme, qui
que ça puisse être. Mais tu fais attention en attendant d’accord ?
Moi : Ne t’inquiète pas pour ça maman.

Maman : Ok. C’est qui alors ?

Moi : C’est le fils de maman Dieynaba.

Maman : Kader ?

Je hoche la tête. Elle garde le silence un moment puis me dit : « Je ne


suis pas surprise… Mais qu’est-ce qu’il fait ici ? »

Moi : Il est venu pour me voir quand il a su pour papa. Ça faisait


longtemps qu’on ne se parlait plus et il n’était même plus en France. Il
est venu des Etats-unis pour me rejoindre quand on lui a dit que papa
était décédé.

Maman : Ah bon… Ce ne sont pas tous les hommes qui sont capables
de faire ça… C’est pour ça que tu as accepté finalement ?

Moi : Oui et non. Pas son geste, mais le fait de le revoir. C’est lui que
j’aime.

Maman : Alors pourquoi tu ne voulais pas au début ?

Moi : C’est… compliqué.

Maman : Compliqué… Mais tu es sûre de toi maintenant... Tu es sûre


que c’est quelqu’un de bien ?

J’hésite avant de répondre… Oui le Kader qui ne m’a pas violé est
quelqu’un de bien. Mais il regrette ce qu’il a fait. Et ça ne m’a pas fait
arrêter de l’aimer…

Moi : C’est avec lui que je me vois me marier, maman. J’en suis sûre.

Maman : C’est bon, alors. Quand est-ce que vous voulez vous marier ?

Moi : Eh bien. D’abord, maman Dieynaba va venir ici demain avec sa fille
et sa nièce. Elles veulent présenter leurs condoléances.

Maman : Oh, je n’ai même pas pensé à lui annoncer le décès…

Moi : Ce n’est pas grave. C’est normal… Kader devrait sûrement venir
avec elles aussi, comme ça tu le connaitras.

Maman : D’accord… En tout cas, si vous vous mariez, il n’y aura aucune
célébration, au moins pour des mois, avec le décès de ton père.

Moi : Non, je ne veux rien célébrer. Mais je veux quand même qu’on se
marie rapidement. Seulement, je dois d’abord retourner en France
pour… me préparer. En plus Kader n’a pas encore fini sa mission aux
Etats-Unis.

Maman : D’accord. Je connais déjà sa mère et la famille à laquelle ils


appartiennent. Si tu es convaincue que c’est le mari qu’il te faut, tu as
ma bénédiction.

Moi : Merci maman.

Je me colle ensuite à elle comme je le faisais quand j’étais plus jeune, et


entoure son corps de mon bras.
C’est dans cette position qu’on s’endort toutes les deux.

***
Le lendemain, vendredi, on reçoit donc à la maison la visite de la famille
de Kader. Ce dernier s’est coordonné avec elles pour arriver en même
temps.

Ils arrivent en début d’après-midi alors que toute la famille et les


quelques invités encore présents sont dans le salon, comme d’habitude
après le déjeuner.
Quand ils entrent, je me lève pour aller saluer maman Dieynaba, qui me
prend alors dans ses bras, et m’y garde quelques instants en me
chuchotant : « Masta, yaye boye » [Masta : formule de consolation. yaye
boye : formule d’affection, peut se traduire par « maman chérie »].

Je ne l’ai vue qu’une fois mais ça me fait du bien de la revoir. Derrière


elle, Kader m’observe. Puis il se tourne vers mes sœurs et frères qui se
sont levés aussi. Maman les a prévenus de la visite. Tout le monde se
présente et se salue.

On les installe dans les fauteuils du salon et je les quitte un moment pour
appeler maman qui est en train de prier dans sa chambre. On revient
ensemble dans le salon.
Maman et maman Dieynaba se font une accolade puis s’assoient toutes
les deux sur le canapé. Les formules de politesse et de condoléances
commencent. Soukeyna et Aida discutent avec moi et mes sœurs, tandis
que Kader discute avec Malick et Assane.

Je ne vois pas le visage de Kader mais je sens son regard posé sur moi
de temps en temps.

A un moment, maman Dieynaba m’appelle : « Ma chérie, viens ici


t’assoir à côté de moi. »

Je me lève et m’installe entre elle et maman, mais elle m’attire un peu


plus à elle et prend ma main dans la sienne pour la garder, comme la
dernière fois. Cette fois, je me retrouve en face de Kader qui, l’air
intimidé tout d’un coup, ne me regarde plus et se tourne vers Assane
avec qui il parle. Je ne l’ai jamais vu aussi « poli ».

Maman me fait signe pour que je me penche vers elle et elle me


chuchote discrètement de préparer un plat pour nos invités, avec l’aide
de Awa. Je m’excuse alors auprès de maman Dieynaba et me lève.

Environ vingt minutes plus tard, les invités sont installés autour d’un plat
de riz au poisson, soigneusement présenté par Awa et moi. Même si
j’avais déjà mangé, je m’assoie avec eux pour leur tenir compagnie et
les servir, comme maman me l’a appris.

Le repas se passe très bien.

A la fin, ils restent encore presque une heure, à échanger des banalités.
Mon oncle Doudou nous a rejoints entre temps et leur parle comme papa
l’aurait fait, essayant d’en savoir plus sur la famille de Kader. Je pense
que maman a dû lui parler de ce qu’ils représentent pour moi.

Au moment où ils partent, on les raccompagne jusqu’à leur voiture. Tout


le monde se dit au revoir et j’embrasse maman Dieynaba, Soukeyna et
Aida avant de les laisser remonter dans leur voiture.
Kader est toujours debout devant la porte. Par discrétion, mes sœurs et
frères rentrent dans la maison, me laissant seule avec lui.

Il me regarde affectueusement : « Ça va ? Ce n’était pas trop dur ? »

Je ne peux pas m’empêcher de sourire : « Ce n’était pas un affrontement


Kader. »

Il sourit aussi, l’air soulagé : « Tant mieux… J’aime bien ta famille.


J’avais déjà remarqué sur les photos, mais vous vous ressemblez
vraiment tous. »

Moi : C’est ce que tout le monde nous dit.

Kader : Bien sûr c’est toi la plus belle... J’ai pris un billet pour le retour.
Je quitte St-Louis dimanche matin. »

J’ai un pincement au cœur à ces mots. Je n’ai aucune envie qu’il parte.

Il a dû le remarquer car il me dit : « Tu veux que je reste ? »

Moi, vivement : Non, non.

Kader : Si tu as besoin de moi, je reste sans problème.

Moi : Non Kader. Tu dois retourner au travail.

Kader : Bon. Sinon, on peut se voir ce soir si tu veux. Tu crois que ça ira
avec ta maman ? On peut aller où tu veux.

Moi : D’accord. Appelle-moi plus tard sur le fixe.

Je lui donne le numéro du fixe qu’il prend sur son téléphone.

Kader : Parfait… A tout à l’heure.

Il me caresse la joue de son doigt avant de monter dans sa voiture.


Je le regarde démarrer puis suis du regard la voiture qui s’éloigne,
songeuse.

***
Une semaine plus tard, me voilà de retour à Paris, à l’aéroport Charles
de Gaulle. Je m’attends à voir Marc d’une seconde à l’autre. Il a insisté
pour venir me prendre et je n’avais aucune excuse valable pour refuser.
Malgré la tristesse du retour des funérailles, j’appréhende énormément
de le revoir.

Après avoir passé les portes coulissantes avec mon chariot, je l’aperçois
debout regardant dans ma direction.

Il commence alors à marcher rapidement vers moi, un grand sourire sur


le visage. Je lui souris aussi, mais mon cœur bat très vite. Quand on
arrive l’un devant l’autre, il me prend dans ses bras et me serre très fort.

Puis il se redresse et avant même que j’aie le temps de réaliser, il


m’embrasse… passionnément.

*
*
*
*

[Et voilà! La suite c'est déjà demain.

Encore une fois faut pas facher, moi je raconte seulement émoticône
wink

Big kisses!! émoticône heart émoticône heart ]

[Coucou!!!

Comme vous êtes bien là, voici votre suite! lol! Hope you
enjoy émoticône wink ]
*

*
©
Partie 30 : La vérité

Une semaine plus tard, me voilà de retour à Paris, à l’aéroport Charles


de Gaulle. Je m’attends à voir Marc d’une seconde à l’autre. Il a insisté
pour venir me prendre et je n’avais aucune excuse valable pour refuser.
Malgré la tristesse du retour des funérailles, j’appréhende énormément
de le revoir.

Après avoir passé les portes coulissantes avec mon chariot, je l’aperçois
debout regardant dans ma direction.
Il commence alors à marcher rapidement vers moi, un grand sourire sur
le visage. Je lui souris aussi, mais mon cœur bat très vite. Quand on
arrive l’un devant l’autre, il me prend dans ses bras et me serre très fort.
Puis il se redresse et avant même que j’aie le temps de réaliser, il
m’embrasse… passionnément.

***

Très surprise et gênée, je baisse ma tête pour interrompre le baiser.


Marc n’a pas l’habitude de m’embrasser de cette sorte en plein public. Je
ne sais pas ce qui lui prend.

Il se redresse et je le regarde à nouveau. Toujours souriant, il me dit : «


Désolée princesse. Tu m’as trop manquée. Je ne pouvais pas me
retenir. »

Moi : Ce n’est pas grave. Ça va ?

Il me répond en prenant le chariot : « Oui, ça va bien. Tu es là non ?


Alors, pas trop dur le retour ?

Moi : Un peu, mais ça passera.

Nous marchons vers la sortie de l’aéroport pour rejoindre le parking. Je


suis arrivée par le vol du matin et la journée ne fait que commencer.
Après avoir pris la voiture, nous discutons sur le chemin du retour des
derniers événements, la fête du nouvel an, le voyage en Belgique avec
Gabin et de l’ambiance au travail.
C’est rafraichissant de parler d’autre chose que de mon deuil. Cette
dernière semaine au Sénégal, j’ai très peu parlé au téléphone avec
Marc, tout simplement parce que je ne savais plus quoi dire. Il est tout le
temps gentil et attentionné et je me culpabilise à chaque fois qu’on se
parle…

Arrivés chez moi, Marc descend le peu de bagages que j’ai. Je vais
rester chez moi toute la journée, mais dès ce soir Badou va venir me
récupérer pour m’emmener chez Karine. Je lui ai demandé si je pouvais
rester quelques jours chez elle, sans lui expliquer les raisons.

En fait, je ne vais pas supporter de rester seule chez moi, le temps que
Kader revienne en France.

Quelques minutes plus tard, je suis assise sur le canapé du salon, assez
fatiguée. Je n’ai presque pas dormi dans l’avion, trop occupée à penser
à tout ce que j’aurai à gérer une fois à Paris. Vivre normalement comme
avant, malgré le décès de papa, supporter l’absence de Kader qui, déjà,
me manque terriblement et surtout affronter les jours à venir avec Marc.
J’ai imaginé tous les scénarios possibles mais rien ne me semble assez
bien pour lui dire que c’est fini entre nous.
Avec tout ça, j’ai manqué une nuit de sommeil et là je sens que je vais
dormir d’une minute à l’autre.

J’entends Marc qui sort du coin chambre où il vient de déposer mes


affaires : « Alors, qu’est-ce que tu veux manger ? »

Moi : J’ai surtout besoin de dormir… Je suis très fatiguée.

Marc, en me tirant la main : Viens dormir alors. Mais pas ici. Mieux vaut
que tu te changes et te mettes au lit. Tu dormiras mieux.

Bien sûr, il a raison. Je me lève et prends un pyjama pour me changer


dans la salle de bains. Ensuite je vais me coucher sur le lit. Marc me suit
et se tient debout à côté.

Je sais que le mieux serait que je lui demande de s’en aller même si je
sais aussi qu’il n’accepterait pas facilement. Mais c’est surtout que là, j’ai
aussi peur de me retrouver seule. Du coup, je ne lui dis rien.

Moi : Tu peux me passer mon téléphone dans mon sac stp? Je dois
prévenir ma famille que je suis bien arrivée.

Il me le donne et je tapote mon message pour Khady.

Ensuite je regarde Marc qui vient de s’assoir sur le lit.

Je prends mon courage à deux mains pour lui dire : « Je… préfère
dormir seule. Tu ne m’en veux pas ? »

Marc : Chut. Dors, ne t’occupe pas de moi.

Moi : Tu vas rester ici quand même?

Il hoche la tête : « Je serai là, ne t’inquiète pas. »

Je ferme alors les yeux et me sens déjà plonger dans le sommeil. A un


moment, je sens quand même Marc qui m’embrasse le front, mais je
suis trop fatiguée pour m’en formaliser.
*

Je me réveille plusieurs heures plus tard. Quand je regarde l’heure sur


mon téléphone, il est 12h passées. Je vois que j’ai aussi des appels
manqués, dont un du numéro professionnel de Kader.

Je suis surprise de n’entendre aucun bruit dans le studio. Je me lève et


regarde dans le salon puis dans la cuisine. Marc n’est pas là… Il m’avait
dit qu’il resterait…
Tout d’un coup, je me sens extrêmement seule. Et j’ai froid. Je m’assois
sur le canapé, m’entourant des bras mes genoux relevés.
Marc a eu raison de partir. Pourquoi rester avec moi alors que je ne lui
montre aucun amour, aucune affection ? Il a dû sentir que j’étais
distante.

L’appartement est plus froid maintenant et j’ai une forte envie de pleurer,
mais je n’en veux pas à Marc. Je n’ai aucun droit de l’utiliser en exigeant
qu’il reste là juste pour que je ne me sente pas seule en attendant Karine
et Badou.

En fin de compte, je retourne au lit et me remets sous la couette pour


rappeler Kader. Il décroche à la première sonnerie : « Ne quitte pas mon
cœur. »

J’entends des bruits de pas et de porte puis à nouveau la voix de Kader :


« Ça va bébé ? Je commençais à m’inquiéter. »

Je ressens un tel réconfort au son de sa voix que j’ai du mal à en revenir


moi-même. Kader connaissait les horaires de mon vol, d’où son
inquiétude, n’ayant pas réussi à me joindre depuis ce matin.

Je le rassure : « J’étais juste tellement fatiguée ! Je n’ai pas dormi dans


l’avion. Je me suis couchée direct en arrivant. »

Kader : Tu es restée seule alors ?

Moi, d’une petite voix : Non.

Kader hésite avant de répondre : « Ok. Je vois… Tu vas quand chez


Karine du coup ? »

Moi : Ce soir, ils viennent me prendre après le travail.


Kader : Ok, bébé. Et nous deux, on se revoit dans trois semaines
d’accord ?

Moi : D’accord.

Kader : Si tu veux aussi, je te prends un billet et tu viens me rejoindre…


Qu’est-ce que tu en dis ?

Je souris avant de répondre : « J’ai un travail aussi Kader. »

Kader : Je sais… J’ai juste peur que tu te sentes seule.

Moi : Ça va aller. Alors, tu as parlé à tes parents finalement, à propos du


mariage ?

Kader : Oui hier, et maman était juste aux anges. Ça faisait plaisir...
Donc maintenant, dès que tu…

J’interromps Kader : « Attends stp. »

J’ai entendu du bruit à la porte et je me lève, le téléphone dans les mains


pour voir ce que c’est. Je vois alors Marc entrer, en portant un grand sac
en papier.

Marc : Bien dormi princesse ?

Moi : Euh… oui. Je croyais que tu étais rentré…

Marc : Non, j’étais juste sorti nous chercher à manger. Je ne voulais pas
te déranger en cuisinant.

Moi : Ok…

Et c’est là que je me souviens que Kader est encore au téléphone. Il a


dû tout entendre.

Je fais un signe à Marc et entre dans la salle de bains en tirant la porte


derrière moi.

Je repose le téléphone sur mon oreille : « Allô ? »

Kader : Oui bébé.


Moi : Désolée. Je pensais qu’il était parti…

Kader : Oh, non. Ne sois pas désolée… Je n’oublie pas que j’ai déjà
beaucoup de chance que tu me parles encore.

Moi : Merci. Je vais gérer ça d’accord.

Kader : Prends ton temps chérie. Je n’enverrai personne faire la


demande avant que tu te sentes prête.

Moi : Je suis déjà prête. Il faut juste que je parle à Marc d’abord. Il a été
là pour moi, je le lui dois.

Kader, hésitant :… Bien sûr.

Moi : Je vais te laisser. On se rappelle quand tu finis le boulot ?

Kader : Oui mon amour. Je t’aime.

***Dans la tête de Kader***

Je viens de raccrocher avec Ami et reste pensif devant mon téléphone.


Je suis inquiet, malgré l’assurance que je lui ai montrée. Savoir qu’elle
est en ce moment même avec Marc, alors que j’ai enfin retrouvé de
l’espoir pour un avenir entre elle et moi, m’est insupportable. Mais je ne
pouvais pas le lui montrer, je n’en ai pas le droit. Je n’ai plus droit à
l’erreur pour tout ce qui concerne Ami. Je croyais déjà l’avoir perdue,
mais si je fais à nouveau le con en étant possessif avec elle, c’est clair
que je la perdrais pour de bon.

Mais vraiment ce n’est pas facile. Elle dit qu’elle va « gérer ça » mais ce
Marc m’inquiète. Il m’a l’air d’être très attentionné avec elle. C’est
insupportable de l’entendre l’appeler « princesse ».
Et si Ami est sortie avec lui après notre rupture et ce pendant des mois,
n’est-il pas possible qu’elle se laisse à nouveau convaincre ? Après tout,
elle dit elle-même qu’elle « le lui doit ». Mais quoi exactement ? Qu’est-
ce qu’il a fait pour elle ?

Mes deux derniers jours à Saint-Louis, on a parlé de beaucoup de


choses Ami et moi. Elle m’a raconté comment elle avait eu son poste ;
on a parlé de Badou et Karine, de nos familles respectives, de mon
actuelle mission et même de projets après notre mariage. Mais jamais
de Marc. J’ai pris conscience que Ami ne le prenait pas à la légère et je
n’ai posé aucune question sur lui. Mais ça me tue de savoir qu’ils sont
encore ensemble, et en ce moment même.

Cette fois, je regrette vraiment de ne pas l’avoir suivie dans son désir de
se marier rapidement. Là, je n’ai envie que d’une chose, appeler mes
parents et lancer la machine. Je ne veux plus attendre d’être certain que
Ami soit vraiment prête car si je suis sûr d’une chose, c’est qu’elle sera
heureuse avec moi. Je compte user de tous les moyens pour la rendre
heureuse.

Mais je ne peux pas décider comme ça du mariage, pas après avoir


promis à Ami que j’attendrais qu’elle-même se décide.
Je vais donc prendre mon mal en patience. En attendant, je compte faire
en sorte de ne pas me faire oublier.

Pour le moment, je vais retourner travailler à fond sur cet audit et en finir
au plus vite. Je ne veux surtout pas qu’il y’ait une quelconque
prolongation de ma mission après les trois semaines restantes.

***Dans la tête de Ami***

Après avoir raccroché, je sors de la salle de bain et retrouve Marc sur le


canapé. Je remarque qu’il a le regard un peu triste même s’il sourit en
me voyant.

Marc : J’ai pris des soochies et des brochettes. J’espère que tu as faim
parce que j’en ai pris beaucoup.

Moi, en souriant : J’avoue que ça me manque les soochies. Mais je n’ai


pas très faim…

Marc : Manges-en un peu quand même. Ce n’est pas lourd.

Je m’assois à côté de lui sur le canapé et on allume la télé. On se met à


manger, presque en silence. Je suis gênée et j’ai l’impression qu’il l’est
aussi.

Quand on finit, je ramasse les boites et papiers et vais les poser dans la
cuisine.
Je reviens ensuite me rassoir sur le canapé.

Marc me regarde, puis s’approche avant de me prendre dans ses bras.


Marc : Tu vas bien ?

Moi : Oui.

Marc : Ne t’inquiète pas. La vie va reprendre son cours normal, tôt ou


tard. Tu verras.

Je ne lui réponds pas mais le regarde, pensive. Je n’arrive plus à me


comporter normalement avec lui, maintenant que je sais ce qu’il en est
de Kader et moi.

Il me caresse le visage et pose ses lèvres doucement sur les miennes,


comme la première fois. Mais cette fois, je recule immédiatement. Je ne
me sens plus du tout à l’aise de faire ça. Ok, Marc et moi avons été
ensemble tous ces derniers mois et avons été à un certain niveau
d’intimité. Mais là tout a changé. Je me suis promise à un autre et j’ai
surtout l’impression qu’une année est passée entre le moment où j’ai
appris la nouvelle du décès de mon père et aujourd’hui. Tout a changé,
je ne suis plus la même.

Je ne comptais pas parler aujourd’hui à Marc à propos de nous, mais je


sens que je vais être obligée. Je ne peux pas laisser une intimité
s’installer entre nous. Ce ne serait pas honnête vis-à-vis de lui ou de
Kader.

Mais mon Dieu, comment je vais bien pouvoir gérer ça ? J’ai déjà eu des
ruptures mais celle-ci est de loin la plus dure que je doive faire. Cet
homme est la perfection. Toute femme rêverait d’être avec lui… Si
seulement je l’avais connu avant Kader… peut-être qu’alors c’est de lui
dont je serais amoureuse aujourd’hui ?
Non, ce n’est pas vrai. Il n’y a aucun moyen que je sois amoureuse d’un
autre homme comme je le suis de Kader.

J’inspire plus fort, avant de dire : « Marc, il faut qu’on parle… »

Il me regarde fixement, de ses yeux tellement beaux que je suis


déstabilisée quelques secondes, hésitante. Je me rappelle notre week-
end à Agadir et notre premier vrai baiser sur la plage. Cet homme m’a
sauvée, tout simplement.

Il prend ma main et la serre en la regardant. Puis il me regarde à


nouveau : « On n’est pas obligés de « parler » princesse… On peut juste
rester ici et profiter de ce moment. »
Je recule un peu plus sur le canapé pour me dégager de son étreinte. Il
ne résiste pas et retire ses bras.

Moi : Tu ne comprends pas Marc… Il faut vraiment qu’on parle.

Marc, en me regardant droit dans les yeux : « Si. Je comprends. Mais on


ne devrait pas parler. »

Moi : Marc…

Il me coupe : « Aminata... Ne prends pas de décision hâtive je t’en prie.


Je sais que les choses ne seront pas simples entre nous. Il y’aura
beaucoup de difficultés à surmonter. Mais si nous le voulons vraiment
tous les deux, nous pouvons y arriver. Je suis prêt à faire des
concessions, d’énormes concessions… »

Oh non, pas ça. Il pense que ce sont nos différences qui posent
problème.

Moi : Stp, ne parle pas comme ça.

Marc : Ecoute, je ne sais pas ce qui s’est passé au Sénégal qui t’aie fait
peur. Mais tu peux m’en parler. Peut-être qu’on trouvera une solution
ensemble ? Mais tu ne peux pas juste fuir.

Moi : Je ne fuis pas.

Mon Dieu ! Comment lui faire comprendre que je le quitte parce que
j’aime un autre homme ? Ce même homme qui m’a fait souffrir, alors que
lui-même s’est occupé de me guérir.
N’en pouvant plus, mes larmes commencent à sortir. Des fois, je me
déteste vraiment. Pourquoi est-ce que je pleure tout le temps ?!

Marc s’approche de moi et me prend dans ses bras en chuchotant : «


Princesse. »

J’essuie mon visage avec les manches de mon pyjama et le repousse


doucement.

Moi : Marc. Je ne te mérite pas.

Marc : Ne dis pas ça. Je sais qu’on est fait l’un pour l’autre.
Moi, un peu à bout : Non, on ne l’est pas !

Marc : Aminata…

Moi : Je suis désolée Marc. J’aurais voulu que ce soit le cas. Je te jure
que c’est ce que je souhaitais. Je le voulais vraiment ! Mais il faut qu’on
ouvre les yeux, maintenant. La vie est trop courte pour la passer à
mentir. Mentir aux autres et se mentir à soi-même. On n’est pas faits l’un
pour l’autre Marc.

Je recommence à pleurer. Cette fois Marc me serre juste la main. Je me


déteste car ce n’est pas lui qui devrait me consoler. C’est moi qui lui fais
du mal.

Marc : Mais qu’est-ce qui s’est passé Aminata ? Comment tu peux en


être tout d’un coup si convaincue ? Tout allait bien avant que tu partes.

Moi :…

Marc : Ecoute princesse. Je sais que tu as subi un choc à la mort de ton


père. Et peut-être… le fait de revoir toute ta famille et dans ces
circonstances t’a fait te rendre encore plus compte de la différence qu’il
y’a entre nous. Mais ce que je veux t’expliquer, c’est qu’au fond cette
différence n’existe pas. Il suffira juste d’un temps d’adaptation pour ta
famille, et la mienne aussi d’ailleurs. Je veux faire ma vie avec toi
Aminata. Voilà, c’est dit. Je ne t’en ai jamais parlé parce que je savais
que tu n’étais pas prête à l’entendre… Je vais me convertir à ta religion.
Tout ce que tu veux mais s’il te plait, ne me quitte pas pour ça, pas pour
une différence de couleur de peau.

Moi : Ce n’est pas ça.

Marc : Mais c’est quoi alors ?! Pourquoi tu veux tout arrêter maintenant
?!

J’arrête de pleurer et le regarde droit dans les yeux. Je ne peux pas le


laisser croire que c’est pour un problème de couleur qu’on se sépare. Je
ne peux plus reculer. Il n’y a plus rien à faire sinon lui dire la vérité, pure
et simple.

Moi : Je vais me marier.


Marc me regarde sans changer d’expression. Pendant plusieurs
secondes, il ne dit rien. Puis il plisse ses yeux et me demande, l’air de
n’avoir rien compris : « Tu vas quoi ?! »

Moi, le cœur battant à cent à l’heure : Je vais… me marier.

Marc : Te marier ? Mais comment tu peux te marier, ça veut dire quoi ?

Moi :…

Marc : Aminata. Je ne comprends pas… Tu sortais avec quelqu’un


d’autre, au Sénégal ?

Moi : Non, non Marc. Tu te trompes.

Marc : Mais alors comment tu peux te marier… ? Attends, c’est ta famille


qui veut te marier ?

Moi : Non Marc. C’est moi qui veux me marier.

Il me regarde à nouveau un long moment sans rien dire. Il se contente


de m’observer attentivement, le front plissé.
Puis il dit : « Aminata. Avec qui tu veux te marier ? »

Moi : Marc. Ça ne sert à rien que…

Marc, en criant : Dis-moi Aminata !

Surpris par le ton de sa voix, je sursaute et recule sur le canapé.

Moi : Marc !

Il inspire et me dit, plus calmement : « Dis-moi stp. J’ai besoin que tu le


dises. Je veux l’entendre de ta bouche. »

Moi : …

Marc :… Dis-moi stp Aminata.

En pleurant, je lui réponds : « Kader. »

Marc me regarde à nouveau fixement, sans aucune expression sur le


visage, pendant un long instant. Puis il se lève doucement, prend sa
veste et marche vers la sortie du studio. Il referme la porte, sans même
la claquer.

Je me couche alors sur le canapé, et me recroqueville avant de pleurer


toutes les larmes de mon corps.

***Dans la tête de Karine***

Je suis encore en classe mais je suis incapable de suivre ce que dit le


professeur. Pourtant, c’est la dernière ligne droite avant la fin de mes
études. Dans moins de quatre mois, j’aurai mes dernières partielles
avant de faire mon stage de fin d’études et obtenir mon diplôme de
marketing.
Mais je ne m’attendais pas à ce qu’un nouvelle comme celle que je viens
d’apprendre me tombe dessus, juste maintenant. Comme si je n’avais
pas assez de problèmes.

Les choses avec Badou se sont gâtées depuis quelques mois déjà. J’ai
pendant des semaines soupçonné qu’il me trompait et j’en ai finalement
eu la confirmation, deux semaines plus tôt, de sa propre bouche.
Comme quoi, Ami avait raison…

Pendant tout le temps que j’avais ces soupçons, dont en fait j’étais
quasiment sûre sans vouloir me l’avouer, j’ai voulu en parler à Ami. Mais
je ne pouvais pas car j’étais sûre qu’elle s’en serait prise à Badou, ce
que je ne voulais surtout pas. Car au fond de moi, j’avais peur qu’il
décide juste d’en finir avec moi et de retourner à sa vie d’avant.
Je ne veux pas perdre Badou. Malgré tout ce qu’il est, je sais que c’est
quelqu’un de bien.

Puis, il y’a un peu plus de deux semaines, alors qu’on se trouvait chez
lui, il m’a avoué lui-même qu’il me trompait. Malgré la douleur que j’ai
ressentie de confirmer finalement les signes que j’essayais d’ignorer, j’ai
eu surtout peur au début qu’il ne m’annonce que c’était fini entre nous.

Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Au contraire, il semblait


sincèrement regretter son infidélité. Il m’a avoué s’être laissé aller à ses
vieux démons mais qu’il m’aimait toujours et voulait que je lui pardonne.
La fille avec qui il avait couchée est une de ses nombreuses ex. Il m’a dit
qu’elle ne représentait rien pour lui.

Je pouvais difficilement paraître étonnée car je ne l’étais pas du tout.


Quand il a fini, je ne lui ai rien répondu. Je suis restée assise à la même
place, regardant dans le vide, et j’ai commencé à pleurer. Je ne pleurais
pas seulement parce qu’il m’avait trompée mais surtout parce que je me
détestais de savoir que la seule chose que j’avais en tête durant tous
ses aveux, c’est que je ne voulais pas le quitter. J’aurais au moins voulu
avoir la force de lui crier dessus, d’être enragée… Quand ce sont les
autres, j’y arrive. Mais quand il s’agit de moi, je ne suis même pas
capable de protester.

Au lieu de ça, je l’ai laissé m’approcher, me dire et me répéter qu’il était


désolé et essuyer mes larmes. Ensuite il a commencé à m’embrasser et
j’ai répondu à son baiser. Finalement, on s’est retrouvés au lit, à faire
l’amour… sans penser à se protéger.

Deux semaines plus tard, me voilà enceinte.


Oui. Je suis enceinte. J’ai fait pas moins de trois tests depuis 2 jours. Et
tous sont sans appel. Je suis bien enceinte, de deux semaines.
Avec cette nouvelle dans ma tête, je suis incapable de penser à autre
chose. Je ne sais même pas ce que je fais en classe. J’aurais tout aussi
bien fait de rester à la maison.
Je ne sais vraiment pas ce que je vais faire. En dehors du fait que mon
père va très certainement me tuer s’il apprend ce qui m’arrive, comment
je vais pouvoir gérer une grossesse avec mes études et le stage ensuite
? Comment Badou va le prendre ? Il travaille peut-être mais il est très
jeune, tout comme moi.

Comment j’ai pu être assez stupide pour laisser un truc pareil m’arriver
?

Mon téléphone en train de vibrer me réveille de mes pensées. C’est un


message de Badou, qui me demande à quelle heure je finis. Il va aller
récupérer Ami pour venir avec elle chez moi ensuite. Je lui réponds que
je quitte dans vingt minutes.

Je suis contente que Ami vienne chez moi. Déjà ça m’évitera de rester
chez Badou d’ici à ce que je lui annonce la nouvelle. Ensuite, je ne serai
pas seule, non plus. Au moins, on sera là l’une pour l’autre.
Je voudrais parler à Ami dès aujourd’hui de ma grossesse, mais j’ai peur
de l’accabler plus, avec son deuil.
Je ne sais vraiment plus quoi faire. Je suis perdue.

Je reste encore plongée dans mes pensées, jusqu’à la fin du cours.


Quand je rentre enfin à Boulogne, je m’attelle à préparer un plat avant
l’arrivée de Badou et Ami. Ça m’occupe un peu l’esprit.
Ami et Badou arrivent plus tard. Quand je leur ouvre la porte, je vois une
Ami toute maigre, à la mine triste et les yeux encore gonflés. Ma pauvre
chérie, elle va mettre du temps à se remettre de la perte de son père,
c’est sûr.

Je les fais entrer et les embrasse. Je garde Ami plus longtemps dans
mes bras.

Ils s’installent ensuite dans le salon et je les laisse discuter, le temps de


finir la cuisine.

Quelques minutes plus tard, Badou me rejoint et m’enlace par derrière.

Badou : Hum. Qu’est-ce qui sent bon comme ça ?

Moi : Un bon poisson au four, accompagné de…

Il me coupe en me mordillant l’oreille et en chuchotant : « Je ne parlais


pas de ça. »

Il me retourne ensuite par la taille et se penche pour m’embrasser en se


collant à moi. Malgré le plaisir que j’ai de sentir son corps, je l’arrête en
lui posant la main sur le torse : « Où est Ami ? »

Badou, en repoussant ma main : Elle range ses affaires dans ta


chambre…

Moi, en essayant de me retirer : Je vais aller l’aider.

Badou me retient : « Attends Karine… Qu’est-ce que tu as ? »

Moi : Comment ça ?

Badou : Tu me repousses depuis quelques jours. Tu m’en veux encore ?

Moi : Mais Badou, on n’est pas seules là.

Badou, exaspéré : Je ne compte pas te faire l’amour ici et maintenant,


Karine. Mais je sens que tu me repousses. Dis-moi ce qu’il y a.

Moi : Il n’y a rien. Je vais aider Ami.


Je me dégage de ses bras et sors de la cuisine pour rejoindre Ami.

Plus tard, dans la soirée, nous venons de finir le dîner et sommes tous
les trois assis dans le salon, discutant de banalités.

On est vendredi et Marc aurait pu nous rejoindre aussi, mais il n’est pas
là. Je pense que Ami ne lui a pas proposé de venir.
Je lui demande : « Pourquoi tu n’as pas dit à Marc de venir avec nous ?
Vous étiez ensemble, non ? »

Ami, l’air gênée : Oui.

Moi : Il ne pouvait pas venir ?

Ami : Non. Il a dû partir.

Moi, étonnée : Ah… Tout va bien entre vous ?

Ami me regarde l’air hésitante, avant de me répondre : « En fait, on a


rompu. »

Moi : Quoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

Badou qui avait l’air plus concentré sur la télé jusque là, se redresse
aussi pour regarder Ami, qui répond : « C’est…compliqué. »

Badou : Choubi, c’est toi qui as rompu ?

Ami : Oui.

Badou : Je vois… Tu t’es réconciliée avec Kader n’est-ce-pas ?

Je me tourne vers Badou, ne comprenant pas : « Quoi ? Pourquoi se


serait-elle réconciliée avec lui ?»

Badou : Kader est parti au Sénégal rejoindre Ami.

Moi : Quoi ? Et c’est seulement maintenant je l’apprends ?

Badou : Arrête chérie, stp… Ami, tu t’es réconciliée avec Kader ?


Ami, l’air plus sûre d’elle : Oui. Et nous allons nous marier.

Moi, en criant : Quoi ?!

Ami : Kader et moi allons nous marier, Karine. Très bientôt.

Moi, plus qu’étonnée : Ami, tu te rends compte de ce que tu dis ? Te


marier avec Kader ? Le même Kader qui t’a fait souffrir !

Badou, souriant : C’est bon, chérie. Laisse la tranquille. C’est sa


décision.

Ami : Je sais ce que je fais Karine. J’aime Kader.

Moi : Ami, tu es complètement amnésique ? Tu as oublié ce qu’il t’a fait ?

Ami : Karine…

Je la coupe, hystérique : Il t’a violée Ami ! Tu as oublié ça ? VIOLEE !

Ami et Badou me crient en même temps dessus.

Ami : Karine !

Badou : Quoi ?!

Je me rends compte de ma gaffe trop tard.

Badou nous regarde Ami et moi, à tour de rôle en nous demandant : «


Attends, qui a violé qui ? »

Ami : Comment tu as pu, Karine ?

Moi : Je suis désolée, mais cette nouvelle de mariage…

Badou me coupe, en s’adressant à Ami : « Ami, Kader t’a violée ? C’est


pour ça que tu l’avais quitté ? »

Ami souffle d’énervement avant de lui répondre : « Oui, et tu n’aurais


jamais dû le savoir. Surtout que ça ne sert absolument plus à rien. C’est
du passé. Et on va se marier. Voilà ! »

Encore ébahie par les paroles de Ami, je me retourne vers Badou pour
avoir son soutien.
Mais je m’arrête net. Il a l’air tellement en colère qu’il commence à me
faire peur.

Il regarde Ami fixement. Je vois les nerfs de ses tempes battre. J’ai
l’impression qu’il va exploser d’une seconde à l’autre. Je ne l’ai jamais vu
comme ça.

D’une voix sourde, il dit : « Vous marier Ami ? Tu ne vas jamais te marier
avec ce fils de p*** »

[Et voilà pour aujourd'hui! La suite lundi.

En attendant un excellent long week-end!!

Many kisses émoticône heart émoticône heart ♥]

[Coucou!!

Voilà la suite du lundi! Enjoyyyy!!! ]


*

©
Partie 31 : La promesse

Badou me coupe, en s’adressant à Ami : « Ami, Kader t’a violée ? C’est


pour ça que tu l’avais quitté ? »

Ami souffle d’énervement avant de lui répondre : « Oui, et tu n’aurais


jamais dû le savoir. Surtout que ça ne sert absolument plus à rien. C’est
du passé. Et on va se marier. Voilà ! »

Encore ébahie par les paroles de Ami, je me retourne vers Badou pour
avoir son soutien.
Mais je m’arrête net. Il a l’air tellement en colère qu’il commence à me
faire peur.

Il regarde Ami fixement. Je vois les nerfs de ses tempes battre. J’ai
l’impression qu’il va exploser d’une seconde à l’autre. Je ne l’ai jamais vu
comme ça.

D’une voix sourde, il dit : « Vous marier Ami ? Tu ne vas jamais te marier
avec ce fils de p*** »

***Dans la tête de Badou***

Ami se redresse pour me faire face avant de me dire rageusement : «


D’abord Badou, tu modères ton langage ! C’est de mon futur mari que tu
parles. La donne a changé ! Ensuite, pour qui diable tu te prends ?! C’est
toi qui décides avec qui je me marie ou pas ?! »

Je n’en reviens pas qu’elle me parle comme ça. Déjà le choc de


découvrir ce qu’a réellement fait Kader, mais là Ami qui lui pardonne et
le défend ! J’ai juste l’impression de suivre un mauvais film.

Je la fixe droit dans les yeux, espérant lui faire comprendre l’ampleur de
ce qu’elle dit : « Ami, tu te rends compte de ce que tu dis ? Comment tu
peux défendre un homme qui t’a violée ? Mer** mais il t’a fait quoi ce
connard ! Comment tu peux lui pardonner et penser à te marier avec !! »

Karine : Merci chéri. Au moins, je ne suis pas la seule à ne rien


comprendre.

Ami, en criant : Taisez-vous ! Il m’aime, voilà ce qu’il m’a fait ! Il m’aime


et je l’aime aussi. C’est moi qu’il a violée, d’accord ? Pas toi Karine et
pas toi Badou. Juste moi ! Et MOI, j’ai décidé de tourner la page. J’ai
besoin de lui. Et de personne d’autre, d’accord ? C’est mon choix ! Vous
pouvez l’accepter ça ?

Là, j’en ai juste marre.


Je lui crie dessus aussi : « Non ! Jamais je n’accepterai ça. Ecoute-moi
bien, je ne sais pas ce qui t’arrive mais sois certaine que je ferai tout
pour empêcher ce mariage.

Ami, en croisant les bras furieusement : Ah oui ? Et tu vas faire quoi


exactement ? Tu te prends pour qui en fait, mon père ?
Ces paroles me rappellent immédiatement la perte que vient de subir
Ami. C’est peut-être ça qui la perturbe, en fait. Si ça se trouve, elle ne se
rend même pas compte de ce qu’elle fait…
J’essaie de m’adoucir et m’approche d’elle. Je pose ma main sur son
genou, mais elle se dégage furieusement.
Elle a toujours les bras croisés et me fixe, attendant ma réponse.

Je soupire et lui dis calmement : « Ami. Si ta famille apprend ce qu’il t’a


fait, tu penses que ce mariage aura lieu ? »

Karine m’interpelle, d’un ton de reproche : « Badou ! »

Ami me regarde quelques instants puis se lève, sans rien dire. Je la


regarde marcher rageusement vers la chambre de Karine et y entrer.
Karine se lève pour la suivre. Je l’entends dire à Ami : « Tu fais quoi là ?
»

Je n’entends pas bien la réponse de Ami et me lève alors pour voir ce


qui se passe. Devant la porte de la chambre, je vois Ami remettre,
toujours furieuse, les affaires qu’elle venait juste de ranger, dans son
sac.

Karine : Tu n’as pas besoin de partir pour si peu Ami. Reste stp. On peut
parler tranquillement. On est amies non ?

Ami s’arrête pour répondre : « Si peu ? Amies ?! Tu es incapable de


garder mon secret, le plus gros et le plus lourd que j’ai jamais eu. Et tu
es incapable d’accepter mon choix Karine ! C’est ça que tu appelles être
une amie ? »

Je suis obligé d’intervenir. J’avance dans la chambre et me mets devant


Ami. Je la prends par les épaules pour lui parler mais elle se dégage
violemment, en me disant : « Toi, tu ne me touches pas ! »

Moi : Ami, calme-toi. Tu n’es pas dans ton état normal là.

Ami : Pourquoi ? Parce que j’ai perdu mon père, je suis incapable de
réfléchir ?

Moi : Je n’ai pas dit ça.

Même si oui, je le pense…


Ami est en train de fermer son sac maintenant.

Karine : Chérie, stp. Tu n’as pas besoin de ça. Tu ne dois pas rester
seule. Reste avec moi. Essaie de comprendre ma réaction. Cette
décision est tellement insensée…

Ami l’arrête, en criant hystériquement : C’est MA vie !! C’est insensé


peut-être, mais c’est MA vie ! Et puis mer**, allez-vous faire fou***.

Puis elle sort de la chambre rapidement. Karine et moi ne bougeons pas


quelques secondes, sous le choc. Jusqu’à ce qu’on entende la porte
d’entrée claquer.

Je sors alors rapidement de la chambre en faisant signe à Karine de


m’attendre. Puis je cours pour rattraper Ami.
Je sors dans le couloir extérieur et la vois debout devant l’ascenseur.

Je l’appelle avant de la rejoindre : « Ami. »

Elle ne répond pas et regarde obstinément les chiffres de l’ascenseur.


Elle pleure.
Purée, quand je pense qu’elle a été violée en plus d’avoir perdu son
père, j’ai juste envie d’assassiner Kader. Elle a trop souffert !

Je m’approche d’elle et lui dis : « Ami, je suis désolé. »

Elle ne répond toujours pas et entre dans l’ascenseur qui vient d’arriver.
Je la suis à l’intérieur et lui dis : « Bon ok, je vais te déposer. »

Ami : Je peux rentrer toute seule. Je ne suis pas une enfant. Je sais
réfléchir, je sais marcher et je sais prendre des décisions !

Moi : Mais il est tard là. Es-tu sûre d’avoir toutes tes correspondances ?
Et tu pleures en plus. Je ne peux pas te laisser partir comme ça.

Ami, en me regardant : Lâche-moi Badou. Va plutôt t’occuper d’appeler


ma mère et tous ceux de ma famille pour cafter. C’est bien ce que tu
comptes faire non ?

Moi :…

Je ne réponds pas. Mais si c’est ce qu’il faut pour empêcher ce mariage


d’avoir lieu, je le ferai sans hésiter. Il est hors de question que je regarde
Kader épouser Ami !

Ne recevant aucune réponse, Ami me regarde dédaigneusement et sort


de l’ascenseur, dont les portes viennent de s’ouvrir. Elle se dirige vers la
sortie.
Là, je ne sais plus quoi faire. Je ne peux pas la forcer à remonter chez
Karine. Et je ne peux pas la forcer non plus à monter dans ma voiture.

Je tente une dernière fois de la convaincre : « Ami, laisse-moi au moins


te déposer chez toi. Stp. »

Mais elle sort hâtivement, sans se retourner.

Dépité, je sors de l’immeuble et la suis du regard. Elle s’assoit quelques


dizaines de mètres plus loin, à l’arrêt de bus. Je reste devant la porte,
impuissant, la surveillant jusqu’à ce que le bus arrive et qu’elle monte
dedans.
Je sonne alors l’interphone puis rentre dans l’immeuble, le cœur lourd.

***Dans la tête de Ami***

Je viens juste d’arriver chez moi. Malgré le long trajet que je viens de
faire, j’ai toujours de la rage en moi. J’en ai tellement marre de tout. On
dirait que je suis condamnée à me battre. D’abord Kader, ensuite papa,
ensuite Marc et maintenant mes amis. Quand est-ce que je vais enfin
souffler ?
Non seulement je suis condamnée à souffrir, mais en plus de ça je fais
du mal aux personnes qui ne m’en ont jamais rien fait. Je pense à Marc
qui n’a absolument rien à voir dans tout ça, il ne m’a jamais rien fait de
mal, et pourtant il souffre à cause de moi. Suis-je donc maudite ?
Et Badou et Karine. Comment osent-ils me parler de la sorte ? Comment
Karine a pu me trahir ? Ce secret est tellement lourd, et c’était la seule
qui le connaissait en dehors de Kader et moi. J’aurais voulu le garder
pour moi toute seule mais il se trouve qu’elle l’a su. Et maintenant Badou
le sait aussi. Et il se permet de me menacer de le dire à tout le monde.
C’est ma vie, à la fin. Ils pensent que je suis incapable de la gérer toute
seule? C’est à moi de décider quoi dire et quoi taire. C’est mon secret !
Et c’est à moi de faire mes propres choix. Quel que soit ce qu’ils
pensent, c’est quand même ma vie. Comment Badou peut se permettre
d’exiger quoi que ce soit sur ma vie ?!
Et maintenant tout le monde va savoir. J’ai décidé de lier ma vie à celle
de Kader, et je ne supporte pas qu’on puisse le juger mal. Personne ne
sait ce qu’on a vécu ensemble, en dehors de cette erreur. Personne
n’était là avec nous.

Mais Badou se trompe s’il croit qu’il peut empêcher ce mariage d’avoir
lieu. Au contraire, je vais le hâter, avant qu’il n’aille ouvrir sa grande
bouche. Personne ne pourra interrompre notre mariage après qu’il aura
eu lieu.
Je ne peux pas les laisser faire. J’ai besoin de Kader. Je n’y arriverai pas
sans lui. Il m’a fait mal mais je suis persuadée que c’est le seul qui peut
me guérir. C’est le seul qui a réussi à me réconforter après le décès de
papa.

Je me déshabille rapidement et me couche sur le lit, sans même


remettre un pyjama. Je prends mon téléphone et appelle Kader, qui ne
tarde pas à décrocher : « Allô ? »

Il a l’air inquiet.

Moi : Kader.

Kader : Bébé, il est tard là-bas non ? Tout va bien ?

Je ne compte pas lui raconter ce qui s’est passé. Car il risque de ne pas
accepter ce que je vais lui demander, ensuite.

Moi : Oui tout va bien. Tu étais couché ?

Kader : Non non, il n’est pas tard ici. Je viens juste de dîner là… Je sens
que quelque chose ne va pas. Dis-moi ce que c’est stp.

Moi : Je suis juste fatiguée. Tu sais, avec le voyage…

Kader : Tu es sûre que c’est juste ça ?

Moi : Oui, ne t’inquiète pas.

Il hésite un peu avant de dire : « C’est parce que tu as parlé à Marc…


c’est ça ? »

Moi : Oui…non. J’ai parlé avec Marc, mais ça va, tout est clair
maintenant.
Kader : D’accord… et où est Karine ?

Moi : Chez elle. Finalement, je préfère rester chez moi.

Kader : Ah bon ? Pourquoi ? Tu ne vas pas te sentir seule ?

Moi : Non, tu me tiendras compagnie de temps en temps… En plus je


reprends le boulot lundi. Puis, tu rentres bientôt de toute façon.

Kader : Oui, mais je pense qu’il vaut mieux que tu sois avec Karine
quand même, en…

Je le coupe : « Kader. Est-ce que tu peux faire la demande ? »

Kader, en hésitant : La demande… de mariage ? …Oui, bien sûr. Tu as


choisi une date ?

Moi : Demain.

Kader : Demain ? Chérie, ce n’est pas possible. C’est un mariage quand


même… Pourquoi aussi rapidement ?

Moi : Parce que je le veux c’est tout. Qu’est-ce qui nous en empêche ?

Kader : Ami. Tu sais que je veux t’épouser. Il n’y aucun doute sur ça.
Mais je ne veux pas non plus que tu regrettes ensuite. Excuse-moi mais
malgré tes explications, tes dernières décisions sont assez…
étonnantes. Et je ne veux pas profiter de ta faiblesse, tu comprends
bébé ?

Moi : Non, je ne comprends pas. Tout est bien clair dans ma tête Kader.
Je sais ce que je veux.

J’entends Kader inspirer fort à l’autre bout du fil. Puis il semble réfléchir
quelques instants avant de répondre : « Ok, mon amour. Je vais
demander à papa d’appeler ton oncle demain pour fixer une date.
Ensuite… »

Moi : Non. Tu leur donnes une date. Le week-end prochain.

Kader : Bébé, je ne rentre de toute façon pas avant trois semaines… Tu


veux que je rentre plus tôt ?
Moi : Non. Je veux juste qu’on se marie. Que ce soit clair pour tout le
monde qu’on est mariés et que plus personne ne puisse faire quoi que
ce soit.

Kader : …Je ne comprends pas. De quoi tu parles ?

Moi : Non, de rien. Tu vas faire ça stp ?

Kader, après un moment d’hésitation : Ok. Je vais faire ça.

Moi : Je vais prévenir maman demain aussi.

Kader : Ok, bébé. Mais j’ai l’impression que tu me caches quelque


chose.

Moi : Je ne te cache rien… Alors ça se passe toujours bien, ta mission ?

Kader : Et maintenant tu changes de sujet…

Moi : Kader.

Kader : Ok bébé. Comme tu veux… Oui, la mission se passe bien. Mais


j’en ai plus qu’assez. Ce n’est pas très drôle Detroit. En plus, c’est plus
difficile maintenant, après t’avoir revue…

Je discute avec Kader durant presque une heure, jusqu’à ce que je


commence à avoir sommeil.

Quand je raccroche, je vois deux messages écrits que j’ai reçus. L’un
vient de Badou et l’autre de…Marc.

Je lis d’abord celui de Marc, qui est arrivé il y’a moins de 5 minutes : «
Désolé pour ma réaction de tout à l’heure. Tu n’as pas besoin de ça en
ce moment. Bonne nuit. »

Je regarde le message pendant longtemps, sans savoir quoi répondre.


Sans le vouloir, je recommence à pleurer. Je ne voulais pas faire de mal
à Marc. Je ne le voulais vraiment, vraiment pas. Je me sens tellement
mal d’être la cause de sa souffrance, alors que lui ne m’a jamais rien fait
que du bien.
Je lui réponds la seule chose que je peux répondre : « C’est moi qui suis
désolée Marc. Je le suis sincèrement. Pardonne-moi. Merci pour tout. »
Quand je clique sur la touche « envoyer », je réalise un fait auquel je
n’avais pas pensé jusque-là. Je travaille avec Marc. On va devoir se
revoir dès lundi et tous les jours. Comment va-t’on pouvoir gérer ça ?

Découragée, je retourne sur le message de Badou pour le lire : « Fais


signe quand tu arrives stp. Si je n’ai pas de nouvelles, je viendrai chez
toi. »

Je lui réponds, juste pour qu’il me laisse tranquille : « Bien arrivée. »

Quelques secondes plus tard, il essaie de m’appeler. Mais je rejette


l’appel.
Ensuite je mets le téléphone sous silence et me tourne pour dormir.

Mais mon sommeil a disparu et toutes mes pensées se dirigent déjà vers
mon père. Je serre la couette sur moi et pleure en silence, jusqu’à ce
que, fatiguée, je trouve enfin le sommeil.

***

Aujourd’hui est le jour où je vais me marier avec Kader. Plus que


quelques heures et je serai sa femme. Nous avons réussi à convaincre
nos familles que nous voulions que les choses se passent très
rapidement. Ça se fait habituellement au Sénégal, donc ils n’ont pas été
difficiles à convaincre. Au contraire, il parait que maman Dieynaba était
très heureuse de s’en occuper.

Hier, vendredi, Soukeyna et quelques cousines et tantes de Kader sont


parties chez moi à Saint-Louis pour amener la dot. Et aujourd’hui, ça va
être autour des hommes d’aller demander officiellement ma main. Je
pense que ça devrait se faire vers 18h, 17h au Sénégal, c’est-à-dire
dans moins de dix heures maintenant.

Dix heures seulement… Je sais que c’est ce que je veux, me marier


avec Kader, mais je suis quand même très stressée. Je me suis réveillée
à l’aube ce matin, j’ai prié et depuis impossible de me rendormir. Cette
fois, je vais vraiment devenir la femme de Kader.

Depuis qu’on a parlé avec nos familles le week-end dernier, toute la


semaine j’ai stressé, craignant que quelque chose n’arrive entre temps
et gâche tout en nous empêchant de nous marier. J’avais extrêmement
peur que Badou ne mette déjà ses menaces à exécution.
Et maintenant, je stresse parce que je vais me marier. Mais je me dis
que c’est peut-être une réaction normale, que n’importe quelle personne
qui se marie ressent juste avant…

Comme s’il entendait mes pensées, Kader m’appelle, alors qu’il doit être
4h du matin là-bas.

Je décroche : « Kader ? »

Kader : Oui, bébé. Ça va ? Pas trop stressée ?

Moi : Si… un peu.

Kader : Ne le sois pas chérie. Tu ne regretteras pas de te marier avec


moi. Je te le promets.

Moi : Je sais. Je veux toujours me marier, tu sais. Je pense que c’est


normal d’être stressée.

Kader : Je vois. Mais je suis là si tu as besoin de parler.

Moi : Il est tard là-bas quand même.

Kader : Ce n’est pas grave. C’est dimanche demain de toute façon. Je


me rattraperai.

Moi : Ok.

Kader : Dis-moi, Karine est au courant pour le mariage ?

Moi : Elle sait qu’on va se marier.

Kader : Ok. J’imagine que ça ne lui a pas fait plaisir.

Moi : Pas vraiment…

Kader : Elle va venir quand même chez toi ? Avec Badou ?

Moi : Je ne sais pas. Ce n’est pas important. Tu es là dans deux


semaines de toute façon.

Kader : Oui mais chérie, je n’aime pas comment ça se passe, notre


mariage. Tu mérites plus que ça. C’est vrai qu’avec le deuil, ce n’est pas
possible de fêter quoi que ce soit, mais il y’a un minimum. Tu dois au
moins être avec tes amis.

Moi, tentant de le rassurer : Ils vont venir, ne t’inquiète pas. C’est trop tôt
là.

Kader : Ok… Je vais te laisser. Je t’appelle tout à l’heure, d’accord ?

Moi : D’accord. A tout à l’heure.

Quand je raccroche, je reste assise sur mon lit, repensant à tout ce qui
s’est passé depuis le décès de papa. Toute ma vie a basculé depuis et
ça ne fait qu’un peu plus de deux semaines. Et pour clore tous ces
chamboulements, je vais me marier.

Dire qu’il y’a moins de trois semaines, j’étais dans les bras d’un autre
homme, Marc.
Cette semaine avec lui au boulot a été particulièrement dure. Tous les
jours, Marc s’est comporté tout à fait normalement ou presque. Il
travaillait normalement, discutait avec tout le monde, s’adressait à moi
normalement quand il avait besoin de quelque chose… mais il ne me
regardait jamais. Je n’ai pas une seule fois vu ses yeux me regarder. Et
au fond de moi, ça m’a fait mal. Je n’ai pas l’habitude de le voir
m’ignorer, pas après qu’on ait été si proches. Avant de sortir ensemble,
nous étions d’abord amis. Et il est évident maintenant qu’on ne le sera
plus jamais. Mais il va me manquer…

Bon, dans tout ça, je suis toujours aussi stressée. Je me mets une série
sur mon ordinateur pour m’occuper l’esprit. J’ai envie d’appeler maman
mais il n’est que 8h au Sénégal, et maman se rendort toujours après la
prière du matin.

Je prends donc mon mal en patience, incapable d’arrêter de stresser.

Les pensées voguant entre l’épisode que je regarde et mon futur


mariage, je sursaute en entendant mon téléphone sonner. C’est Karine.
Elle a essayé plusieurs fois de me joindre cette semaine, de même que
Badou, mais je ne décrochais pas. Seulement là, je comptais les appeler
tous les deux suite aux remarques de Kader, pour leur demander de
venir l’après-midi, sans leur dire pourquoi. On a beau se disputer et pour
de graves raisons, ils restent mes amis.
Kader a raison, c’est le jour de mon mariage et je ne dois pas rester
seule.

Je décroche donc à l’appel de Karine : « Allô ?»

Karine : Oh Ami. Comment tu as pu m’ignorer toute cette semaine ?


Qu’est-ce que je t’ai fait ?

Je garde le silence. Je n’ai pas envie de répondre pour qu’on se dispute


encore.

Karine : Bon. Est-ce que tu es chez toi ?

Moi : Oui.

Karine : J’arrive d’accord. J’ai vraiment besoin de te parler. Ce n’est pas


à propos de Kader, je te promets.

Moi : Moi aussi, je dois te parler… Tu es avec Badou ?

Karine : Non. Il est chez lui, je crois.

Moi : Tu crois ? Bon… A tout à l’heure alors ?

Karine : Oui, à tout à l’heure.

Je raccroche et appelle immédiatement Badou. Il décroche et, à ma


grande surprise, n’a pas l’air de se réveiller : « Allô »

Moi : Salut.

Badou : Salut. Ça y’est, tu me reparles maintenant ?

Moi : Je ne t’ai pas appelé pour me disputer. Tu crois que tu peux venir
chez moi cet après-midi ?

Badou : Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Si c’est à propos de Karine,


je…

Moi : Pourquoi ce serait à propos de Karine ? J’ai besoin de te parler de


quelque chose, c’est tout. Tu peux venir ?

Badou : Ok. A tout à l’heure.


Je raccroche. Ils sont quand même bizarres ces deux-là…

Je me remets dans ma série, en attendant de pouvoir appeler maman.


Deux heures plus tard, je l’appelle enfin et elle me donne des détails sur
le mariage. Apparemment plusieurs de mes oncles et quelques amis de
papa vont s’occuper d’offrir ma main à la famille de Kader. Et malgré le
deuil, quelques tantes ont tenu à revenir à Saint-Louis pour être
présentes au mariage. Ensuite, maman me conseille sur l’attitude que je
dois avoir au moment où le mariage sera en train d’être scellé. Elle va
m’appeler quelques minutes avant pour que je me tienne prête.
J’enregistre toutes ses recommandations dans ma tête. De toute façon,
c’est sûr que je leur reparlerai au moins une centaine de fois d’ici le
mariage. Je ne tiens juste plus en place.

Je continue la journée ainsi, entre le visionnage de ma série et les coups


de fil de Kader et de ma mère ou mes sœurs. J’appelle également
Aissatou rapidement, car je ne l’avais pas encore mise au courant du
mariage. Je ne veux pas qu’elle m’en veuille si je le lui dis après.
Evidemment, elle est trop contente. C’est rassurant de voir que j’ai au
moins une amie qui est contente pour moi. Même si elle ne sait pas
tout…

Karine sonne chez moi vers 15h. Entre temps, je me suis changée pour
mettre une simple robe en wax que maman m’avait fait coudre. Bien sûr,
je ne mets aucun maquillage et attache juste mes cheveux en arrière.

J’ouvre à Karine, qui entre hésitante. Elle a une mine affreuse.

Karine : Je voulais venir plus tôt mais je n’ai pas pu.

Moi : J’ai toute ma journée. Viens.

Nous nous dirigeons vers le canapé et nous asseyons.


Je regarde Karine attentivement avant de lui dire : « Ce n’est quand
même pas notre dispute qui t’a mise dans cet état. Je vous en veux
énormément à Badou et à toi, mais c’est fini. C’est du passé maintenant.
»

Karine : Ça veut dire que tu as renoncé à cette idée folle de te marier


avec Kader ?

Je la regarde quelques instants, en ayant envie de lui répondre : « Si tu


savais. »
Mais je secoue juste la tête de dépit et lui demande de quoi elle veut me
parler.

Karine, d’une traite : Je suis enceinte Ami.

Moi : Quoi ?!

Je ne suis pas sûre d’avoir bien entendu.

Karine : Je suis enceinte de trois semaines… Et Badou ne veut pas du


bébé.

Je m’approche de Karine, alarmée et lui prends les mains : « Mais de


quoi tu parles Karine ? Comment tu peux être enceinte ? Tu as fait des
tests ? »

Karine, en pleurant : Je voulais t’en parler depuis que tu es revenue.


Mais on s’est disputées et puis je n’ai rien pu te dire. J’ai fait plusieurs
tests, et ils sont tous positifs.

Je la prends dans mes bras en lui disant : « Oh Karine, je suis désolée.


Je n’avais aucune idée, sinon j’aurais été là. Mais…attends »

Je recule un peu pour bien la regarder : « Tu as dit que Badou ne veut


pas du bébé ? J’ai bien entendu ? »

Karine, en reniflant : Oui. Il m’a dit qu’il ne pouvait pas assumer un bébé.

Moi, complètement ahurie : Ce n’est pas possible. Il n’a pas pu dire ça.
C’est son bébé aussi. Il doit s’en occuper. Ce n’est pas comme si il avait
le choix quand même.

Karine : C’est ce qu’il m’a dit... Dimanche dernier. Il a dormi à la maison


après que tu sois partie. Le lendemain, on s’est disputés car il ne
comprenait pas que… je le repousse. Et je lui ai dit que j’étais enceinte.
Il ne s’est pas mis en colère, Ami. Ni rien du tout. Il m’a juste dit
calmement qu’il n’était pas prêt à assumer un bébé. Puis il est sorti. Et
depuis, je ne l’ai pas revu, ni entendu.

Moi : Karine, j’ai l’impression que tu ne parles pas de Badou là. Ce n’est
pas possible qu’il ait agi ainsi. Peut-être… peut-être qu’il lui faut juste un
peu de temps pour réaliser. Tu vas voir, je suis sûre qu’il va revenir à de
meilleurs sentiments. Tu n’es pas tombée enceinte toute seule après
tout.

Karine : Je ne peux pas avorter Ami. C’est contraire à mes croyances.

Moi : Mais bien sûr que tu ne peux pas avorter. Ne parlons même pas de
ça.

Karine : Je m’en veux tellement d’avoir été aussi stupide. Faire l’amour
sans me protéger tu te rends compte ?

Moi : Chérie, ça ne sert à rien de te culpabiliser maintenant. Ce qui est


fait est fait. Maintenant, on va réfléchir à comment gérer au mieux cette
grossesse, avec tes études surtout. Pour Badou, ne t’en occupe pas. Il
n’est pas assez fou, tu verras. Dans tous les cas, tu n’es pas seule
d’accord ? N’aie peur de rien. On sera tous là. Tu as vu un médecin ?

Karine : Non. Pas encore.

Moi : Il faudra qu’on prenne un rendez-vous dès lundi. Ne t’inquiète pas,


ça va aller.

Je lui frotte le dos pour la calmer. Ma pauvre chérie. Je ne lui parle pas
de ses parents mais ce sont eux qui m’inquiètent le plus dans cette
histoire. Sa famille est très conservatrice et je crains le pire. Mais je ne
vais pas l’embêter avec ça pour le moment. Avec ce bébé dans le ventre
et ce salaud de Badou qui l’a rejetée, elle a assez de quoi s’occuper.
Celui-là, il va m’entendre. Heureusement qu’il vient tout à l’heure, il sera
obligé de faire face à Karine. Mais je pense qu’il est juste sous le choc
pour le moment. Je n’imagine pas du tout Badou irresponsable.

Avec tout ça, je ne peux pas parler avec Karine du mariage pour le
moment. De toute façon, elle saura forcément bien assez tôt.

Karine : De quoi tu voulais me parler, toi ?

Moi : On en parlera plus tard. Ce n’est rien de grave…

Karine : Pourquoi pas maintenant ?

Moi : On va attendre que…

Je suis interrompue par la sonnerie de mon portable. C’est Kader. Je me


demande quand est-ce qu’il va dormir un peu lui. Il avait dit qu’il
rattraperait son sommeil la journée, mais là visiblement ce n’est pas le
cas.

Je lui réponds : « Allô ? »

Kader : Oui bébé. Tu vas bien ?

Je souris en répondant : « Comme il y’a une heure, oui. »

Kader : Je vois. Je m’inquiétais… Tu as eu des nouvelles de chez toi ?


Ma famille est en route vers Saint-Louis là.

Je sais très bien de quoi il s’inquiète en réalité. Il a peur que je change


d’avis d’ici le mariage. Mais il s’inquiète pour rien.

Je lui parle d’une voix rassurante : « Oui, je les ai eu plusieurs fois. Et


absolument tout se passe bien. Ils attendent juste que ta famille… »

Je m’arrête en jetant un coup d’œil à Karine, qui m’observe, l’œil


interrogateur.

Je reprends : « …arrive. Et ne t’inquiète pas pour moi. Karine est là et


Badou arrive aussi. »

A ces mots, je vois Karine écarquiller les yeux en me regardant.

Kader : Ça me rassure, mon cœur.

Moi : Et si tu essayais de dormir ? Laisse ton portable à côté et je


t’appelle dès que ta famille arrive, d’accord ?

Kader soupire : Je vais essayer. Bisou.

Dès que j’enlève le téléphone de mon oreille, Karine ne me laisse même


pas le temps de raccrocher avant de me demander : « Ce n’était pas
avec Kader que tu parlais quand même, si ? »

Je hoche la tête.

Karine : Ami ! Pourquoi tu parlais de sa famille ? Et pourquoi Badou vient


ici ? Tu ne m’avais pas dit.
Moi : Calme-toi Karine. Je t’expliquerai tout. Pour Badou, je ne savais
pas ce qui s’est passé entre vous avant de l’inviter. Mais c’est bien
Karine, vous ne pouvez pas continuer de vous ignorer. Il faut que vous
parliez. Je suis sûre que Badou ne réalise pas encore son comportement
mais tu vas voir, ça va vite changer.

Karine : Je n’en suis pas sûre Ami. Tu aurais dû le voir. J’aurais mieux
pris la chose s’il avait été en colère. Mais là il m’a juste dit très posément
qu’il n’était pas prêt à assumer un bébé. Il n’avait pas l’air de dire ça
sous le coup de la colère. C’était juste une…affirmation, toute simple.

Et elle recommence à pleurer. Je la reprends à nouveau dans mes bras


mais elle se redresse vite et me regarde : « Ami, ne fais pas de bêtise
avec Kader. Arrête avec lui avant qu’il soit trop tard. Tu risques de le
regretter. »

C’est déjà trop tard ma chérie. Je m’assois mieux sur le canapé et la tire
pour qu’elle vienne à côté de moi. On va changer de sujet pour éviter
qu’elle parle plus de Kader et que je finisse par me fâcher.

Moi : Alors, tu veux un garçon ou une fille ?

Karine : Ami !

Moi : Ben quoi, on va avoir un bébé. Tu imagines si c’est une fille ? Et tu


imagines si elle a tes cheveux. Qu’est-ce que je vais me régaler à la
coiffer !

Karine rit et pose sa tête sur le dossier du canapé. Ça y’est, elle se


détend.

Karine : Tu es complètement folle. Donc toi, tu veux faire de ma fille ta


poupée, quoi ?

Moi : Donc tu veux une fille… hum.

Karine, en regardant le plafond, songeuse : Je ne sais pas ce que je


veux. Je ne m’attendais pas à tout ça.

Je l’enlace et elle reste silencieuse un moment, avant de reprendre : «


Mais oui, pourquoi pas une fille… Au moins, elle ne ressemblerait qu’à
moi. »
Moi, en riant : Je ne suis pas sûre que ce soit dans les manuels de
biologie ça.

On discute ainsi, Karine et moi, pendant longtemps. Je suis contente de


retrouver mon amie même si je lui cache encore des choses et qu’elle vit
une terrible nouvelle pour elle, sa grossesse.

Quand je reçois un coup de fil de maman ou de mes sœurs, je m’isole


dans la salle de bains pour éviter de gâcher l’atmosphère entre Karine et
moi.
Vers 16h30, on m’apprend que la famille de Kader est arrivée. Mon cœur
bat tout d’un coup très vite alors que Oumou me dit ça. Elle m’explique
qu’ils sont tous dans le salon avec ceux de ma famille qui vont accorder
ma main à Kader. Les choses devraient se passer juste après la prière
de « takussan » [ou asr, fin d’après-midi], c’est-à-dire vers 17h là-bas, et
donc dans une heure trente environ.

Je raccroche avec Oumou et commence déjà à compter les minutes,


stressée comme jamais.

Quand je sors de la salle de bains, Karine me regarde : « Ça va ? Tu


n’as pas l’air bien. »

Je réponds nerveusement : « Oui, ça va. »

Karine : Tu es sûre ?… Avec qui tu parlais ?

Moi : Ma famille. Tout va bien.

Je lui fais un grand sourire pour la rassurer. Ça a l’air de marcher. On se


met à regarder la télé en attendant Badou. Je sens Karine un peu
stressée elle-même. Ce qui est normal.

Vers 17h, Badou arrive enfin. Je lui ouvre la porte et le laisse entrer
pendant qu’il me dit en marchant : « Ça ne se fait pas d’écarter son frère
de la sorte Ami, quel que soit ce… »

Il s’arrête à la vue de Karine.

Puis il reprend : « Salut…Karine. »

Karine : Badou.
Badou se retourne pour me regarder, l’air de dire : « C’était donc pour
ça. »

Moi : Ben assis-toi.

Badou soupire, puis va chercher une chaise dans la cuisine et revient


avec pour s’assoir dans le salon. Ok, il ne veut pas s’assoir sur le
canapé avec nous. Ça commence bien…

Moi, après m’être assise : Badou, Karine vient de me raconter ce qui


s’est passé entre vous quand elle t’a annoncé qu’elle était enceinte. Je
ne sais pas si tu réalises…

Badou m’arrête, en me regardant droit dans les yeux : « Donc toi,


personne ne se mêle de ta vie alors que tu fais du gros n’importe quoi,
mais par contre, régler MA vie, ça il n’y a pas de problème ! »

Moi : Badou, il ne s’agit pas seulement de ta vie là. Mais de celle de


Karine et du bébé que vous allez avoir, aussi.

Badou : Je ne compte pas avoir de bébé.

Moi : Tu ne comptes pas avoir… ?! Badou, tu n’as plus le choix là.


Karine est enceinte, de toi !

Badou : Et je veux qu’elle avorte.

Karine et moi regardons Badou, bouche bée. Non, je n’en crois pas mes
oreilles. Je n’en reviens pas que Badou puisse dire ce qu’il vient de dire
aussi calmement.

Moi : Badou, tu te rends compte de ce que tu dis ?

Badou : Très bien.

Puis il se tourne vers Karine, qui le regarde fixement.

Badou : Karine, je ne veux pas avoir ce bébé. Tu dois avorter.

Karine ne répond pas pendant quelques secondes alors qu’elle fixe


encore Badou des yeux, l’air de ne pas en revenir. Puis brusquement,
elle lui crie dessus : « JAMAIS ! »
Surprise, je pose une main sur son bras, mais elle se dégage et se lève
pour crier sur Badou : « Tu n’es qu’un pauvre salaud Badou. Tu es
affreux ! Après tout ce que j’ai supporté pour toi, tu oses maintenant me
demander d’avorter. Je n’ai pas fait ce bébé toute seule. Tu y as
participé je te rappelle, et tu n’avais pas l’air de te plaindre alors. »

Badou se lève pour lui faire face. Il crie lui aussi en lui répondant : « Et
alors Karine. Comment pouvais-je savoir que tu allais tomber enceinte
juste comme ça, la seule fois où on ne s’est pas protégés ! »

Karine : Mais tu te rends compte de comment tu parles ? Comment j’ai


pu croire aimer un salaud de ton espèce ! Tu t’entends parler Badou ?

Badou : Tout ce que je veux, c’est que tu avortes, un point c’est tout. Ce
n’est pas la fin du monde, plein de personnes le font tous les jours.

Je vois Karine de plus en plus enragée. Ce n’est pas bon dans son état.
Avant que ça dérape, je me mets entre eux.

Moi : Bon, vous vous calmez maintenant. Crier ne va pas résoudre vos
problèmes. Karine, assis-toi stp.

Karine se met à crier et pleurer aussi maintenant : « Non ! Je n’ai pas


envie de m’assoir. J’en ai marre. Tu m’avais prévenue Ami. J’aurais dû
t’écouter. Il est juste… dégoûtant»

Moi : Karine, arrête.

Mais elle ne m’écoute pas et se tourne à nouveau vers Badou, pleurant


de plus en plus : « Tu es dégoûtant Badou. Je te déteste. Me demander
d’avorter ! Comme si tu ne me connaissais pas…
J’ai supporté ton infidélité. Je t’ai pardonné alors que t’es allé fou*** ta
sale b*** ailleurs. J’ai supporté ça pendant des mois. Et maintenant tu
me demandes d’avorter parce que tous les deux, nous avons été
imprudents. Tous les deux, Badou. Pas seulement moi. Je te déteste et
tu sais quoi, je n’ai aucune envie d’avoir ton bébé. Mais je ne vais pas
avorter, ça non. Tu peux rêver ! Ce bébé, je l’assumerai toute seule… »

Puis elle craque complètement, à bout de force, pleurant de toutes ses


larmes. Je me dépêche de la prendre dans mes bras pour la consoler.
Elle sanglote douloureusement. Ma pauvre chérie. A cet instant, je hais
Badou. Depuis quand il est devenu aussi con ? Je m’assoie avec Karine
sur le canapé, qui pose sa tête sur mes cuisses, pleurant de plus belle.
Je lève un regard dédaigneux vers Badou.
Mais je suis surprise par son expression. Il ne bouge pas et a l’air
désemparé. Il regarde Karine, l’air perdu. Le connaissant, les larmes de
celle-ci l’ont déstabilisé. Badou ne supporte pas de voir une femme
pleurer, surtout une femme qu’elle aime. Parce que je pense qu’en dépit
de tout, elle aime vraiment Karine. Je ne comprends pas du tout qu’il
puisse se comporter comme il l’a fait, mais Badou n’a jamais tenu une
longue relation avec une fille, avant Karine. Je suis moi-même surprise
que ça ait duré aussi longtemps entre eux.

Alors que Karine continue de pleurer, Badou hésite puis se rassoit sur sa
chaise, silencieux. Je sens qu’il a envie de venir vers Karine mais il a
peur. Bien fait pour lui !

Je console Karine encore pendant longtemps, jusqu’à ce qu’elle


commence à se calmer. Tout d’un coup, je me rappelle que je n’ai pas
appelé Kader, comme promis, pour le prévenir de l’arrivée de sa famille
chez moi.
Oui, parce que dans tout ce drame, c’est quand même le jour de mon
mariage. Sauf que je suis seule à le savoir dans cette pièce…

Je lève tout doucement la tête de Karine et lui mets un coussin en-


dessous. Je pense qu’elle ne veut pas ouvrir les yeux, même si elle a
arrêté de pleurer, pour ne pas regarder Badou.

Je prends mon téléphone et regarde l’écran, en me dirigeant vers la salle


de bains. 18h15 ! wow !

J’appelle Kader. Quand il décroche, je lui dis : « Je suis désolée, j’ai


oublié de t’appeler quand ta famille est arrivée. »

Kader : Ne t’inquiète pas. Je ne dormais pas de toute façon. Ils m’ont


prévenu eux-mêmes… C’est pour très bientôt tu sais ?

Moi, à nouveau stressée : Oui.

Kader : Tu es stressée n’est-ce pas ?

Moi : Oui.

Kader : Je le suis aussi, j’avoue. Mais moi c’est parce que je ne veux pas
faire d’erreur avec toi... Je te suis tellement reconnaissant de me
redonner une chance, bébé. Je n’arrive toujours pas à y croire. Tout
s’est passé si vite. C’est complètement fou… Tu es la femme la plus
extraordinaire que je connaisse. Personne d’autre n’est capable de faire
ce que tu as fait. Tu as un cœur en or. Et je jure de faire de toi la femme
la plus heureuse qu’il soit, Aminata Fall. Tu verras. Je t’aime tellement.

Moi : Je t’aime aussi.

Voilà une chose que je ne lui ai pas souvent dit depuis qu’on s’est
réconciliés. Et pourtant, c’est la vérité. J’aime vraiment cet homme. A un
point que personne ne peut comprendre, surtout après ce qu’il m’a fait.
Depuis le jour où je l’ai revu, devant le cimetière, tout ce que j’ai voulu,
c’est devenir sa femme. Finir enfin tout ce qu’on avait commencé au
moment où ce drame est arrivé entre nous.
Me marier avec lui, c’est fermer cette page. C’est clore tout ce chapitre
et recommencer une nouvelle vie. Et j’ai hâte.
Je ne suis plus stressée. J’ai hâte de devenir la femme de Kader.

Le cœur plus léger, je retourne dans le salon, où se trouvent toujours


Badou et Karine, silencieux. Badou a la tête baissée, observant ses
mains qu’il triture comme pour en tirer quelque chose. Karine est
toujours à la même position, le bras lui couvrant le visage cette fois-ci. Je
m’apprête à aller vers elle quand mon téléphone sonne à nouveau.
C’est ma mère. Je retourne dans la salle de bains pour lui répondre. Elle
m’informe que les prières sont terminées et que tout le monde est
installé pour commencer le mariage. Puis elle me répète les mêmes
recommandations que tout à l’heure.

Quand je raccroche, je vais prendre un voile de prière dans mon placard


et me couvre la tête avec. Ensuite, je vais chercher Karine : « Viens stp.
C’est important. »

Elle se redresse et me regarde de ses yeux tristes. Puis elle se lève du


canapé. Je la prends par la main et on se dirige dans le coin chambre.

On monte toutes les deux sur le lit. Je m’assois complètement dessus,


les jambes repliées, sous moi, comme me l’a dit maman.

Je fais face à Karine et lui dis tout bas : « Ne crie pas Karine, d’accord…
Je vais me marier. On est en train de célébrer en ce moment-même mon
mariage avec Kader. C’est pour ça que je vous ai faits venir. »

Karine, écarquillant le yeux : Quoi ?!


Moi, en lui serrant la main : C’est bon Karine. Je VEUX ce mariage.
Crois-moi… Ecoute, ne nous disputons pas stp. J’ai besoin de toi là. Tu
es mon amie. Je… dois rester tranquille ici et me taire pendant quelques
minutes, le temps qu’on accorde ma main. C’est important chez nous…
Tiens, prends mon téléphone. Maman va t’appeler dès qu’ils ont fini.

Karine : Mais…

Je lui pose la main sur la bouche et lui fourre le téléphone dans la main.
Puis je lui souris. Elle me regarde quelques instants, l’air perdue. Je la
comprends. Puis elle semble se résigner en soupirant. Toutefois sans
sourire…

Plusieurs minutes à patienter plus tard, c’est officiel. Je suis mariée avec
Abdelkader Hann. Maman est en ce moment même au téléphone, en
train de m’adresser ses prières. Puis elle me passe mes sœurs, qui me
félicitent et prient à leur tour, pour Kader et moi.

Ensuite c’est autour de Kader de m’appeler.

Quand je décroche, il me dit : « Félicitations Mme Hann. »

Moi : Merci…mon mari.

Kader : Wow... Je n’en reviens pas que tu sois ma femme. Tu es bien


ma femme ?

Je ris joyeusement en lui répondant : Oui. Je suis enfin ta femme. Et j’en


suis très…

Oups ! J’ai parlé fort cette fois oubliant complètement la présence de


Badou à côté. Il se précipite déjà vers nous et se tient devant l’entrée.

Je dis rapidement à Kader : « Je dois couper chéri. Je te rappelle. »

Je raccroche sans même attendre sa réponse. Je regarde Karine, qui est


toujours assise sur le lit et qui me regarde, l’air aussi étonnée que tout à
l’heure. Je pense qu’elle essaie de réaliser ce qui se passe vraiment.

Je me retourne à la voix de Badou : « Tu es la femme de qui Aminata ?


»
Je le regarde puis me lève pour lui faire face, avant de lui répondre : «
De Kader. On est mariés. Il n’y a plus rien que tu puisses faire contre
nous maintenant, Badou. Si tu appelles ma famille, la seule chose que tu
réussiras, c’est de me faire mal. Tu feras connaître à tout le monde un
secret qui m’est extrêmement lourd. Tu vas me détruire et tu vas détruire
ma vie. Et ça, je ne te le pardonnerais jamais.
Et je ne divorcerai pas pour autant. Il n’y a que Kader et moi qui pouvons
décider de divorcer ou non. Et on ne le fera jamais. A toi de faire ton
choix maintenant. »

Badou me regarde quelques secondes. Il a l’air furieux et triste à la fois


quand il me répond : « Il va te faire souffrir Ami. S’il t’a fait souffrir une
fois, il le refera, j’en suis sûr de ça. »

Je le regarde, puis regarde intentionnellement Karine. Ensuite, je


regarde à nouveau fixement Badou, en lui disant : « Tu en es vraiment
sûr ? »

Il me regarde encore quelques secondes, puis sort l’air furieux. On ne


tarde pas à entendre la porte claquer.

Ça me rend triste parce que j’aime Badou. Mais tant pis, il finira par
revenir à de meilleurs sentiments.

***

Deux semaines maintenant depuis que je suis Mme Aminata Hann et


mon mari arrive aujourd’hui. Malgré le stress et l’appréhension de ce qui
pourrait arriver, je suis très contente de le revoir. J’ai tellement besoin de
lui en ce moment, de son réconfort. Il me manque terriblement. Je veux
juste me retrouver dans ses bras. Je refuse de penser au reste…

Il m’a appelée hier pour me dire qu’il a demandé à Badou de le


récupérer à l’aéroport pour l’aider avec ses bagages. Apparemment il en
a beaucoup.
Je lui ai dit que ce n’était pas une bonne idée et qu’il valait mieux qu’il
prenne un taxi. Il n’a pas compris pourquoi mais devant ma forte
insistance, il a fini par capituler. Il a donc rappelé Badou pour annuler
leur rendez-vous.

Là, il devrait arriver d’une minute à l’autre. Il m’a appelée tout à l’heure
de l’aéroport, en début d’après-midi. Pour le recevoir, j’ai mis une petite
robe noire et des bijoux. Je me suis aussi coiffée et maquillée. J’ai
l’impression que ça fait un siècle que je ne me suis pas maquillée.

A part ça, depuis ce matin, j’ai préparé la cuisine, du « Soup Kandj » (riz
et sauce à base d’huile de palme et de gombo). Maman, sachant que
Kader venait, m’a appelée pour me donner plein de conseils sur
comment je dois l’accueillir. Et je les ai tous suivis jusque-là.

J’ai ensuite bien aéré la maison et parfumé mon studio, même si on ne


devrait pas y rester longtemps.

Dès que j’entends l’interphone sonner, je vais déverrouiller la porte d’en


bas. Je retourne ensuite rapidement dans la salle de bains pour me
parfumer la nuque et les poignets.

J’attends Kader à la porte. Quand il toque, j’ouvre celle-ci, le cœur


battant. Et je le vois, là, devant moi.

Mon homme. Il me regarde et me fait un grand sourire. Je lui souris


aussi. Je suis juste heureuse de le voir.
Sans l’attendre, je me jette dans ses bras. Il me serre très fort contre lui.
C’est tellement bon de sentir sa chaleur, son odeur… Je ne veux plus
jamais quitter ses bras.

Et cette fois, je vais l’embrasser. Je veux l’embrasser. On ne s’est jamais


embrassés à Saint-Louis. Mais je le veux maintenant. C’est mon mari. Je
recule un peu puis me dresse sur la pointe des pieds avant de presser
mes lèvres sur les siennes.

Il met un temps à réagir puis commence à m’embrasser, doucement.


Mon Dieu, c’est tellement doux ! Je sens une chaleur me traverser de la
tête aux pieds, alors qu’il introduit sa langue dans ma bouche. J’avais
tellement soif de ce baiser. Ça m’a tellement manqué ! J’ai l’impression
de revivre, enfin, depuis si longtemps. Je me sens complètement
possédée par cet homme, mon mari.
Je ne veux jamais que ce baiser s’arrête.

Brusquement, une voix nous ramène tous les deux sur terre : « Kader. »

Je me retourne, me dégageant en même temps des bras de Kader, et


vois Badou. Je réalise alors qu’on est encore devant la porte du studio,
en même temps que je me rends compte de la catastrophe qui risque
d’arriver : Badou en face de Kader !
Je regarde Kader qui se tourne vers Badou en souriant : « Bad… »

Il n’a pas le temps de continuer.


Badou lui assène de toutes ses forces un violent coup sur le visage, qui
fait Kader reculer et atterrir sur le mur en face. Sous le choc, je n’arrive
pas à bouger alors que je vois du sang.

Badou s’avance alors vers Kader en même temps que je lui crie dessus :
« Badou ! »

[Et voilà mes chers! J'espère que vous avez aimé? Désolée pour les pro
marc! émoticône frown

Moi, j'ai mal au cœur parce que je vais devoir me faire rare jusqu'à
vendredi émoticône frown.
la suite vendredi donc émoticône wink

gros bisous émoticône heart émoticône heart émoticône heart ]

[Holà señoritas y seniores!!

Voici votre suite après une toute petite absence. Enjoy!! ]

*
©
Partie 32 : Les craintes

Brusquement, une voix nous ramène tous les deux sur terre : « Kader. »

Je me retourne, me dégageant en même temps des bras de Kader, et


vois Badou. Je réalise alors qu’on est encore devant la porte du studio,
en même temps que je me rends compte de la catastrophe qui risque
d’arriver : Badou en face de Kader !
Je regarde Kader qui se tourne vers Badou en souriant : « Bad… »

Il n’a pas le temps de continuer.


Badou lui assène de toutes ses forces un violent coup sur le visage, qui
fait Kader reculer et atterrir sur le mur en face. Sous le choc, je n’arrive
pas à bouger alors que je vois du sang.

Badou s’avance alors vers Kader en même temps que je lui crie dessus :
« Badou ! »

*
*
***Dans la tête de Kader***

Je rêve où c’est Badou qui vient de me frapper là. Alors que j’essaie de
comprendre ce qui se passe, j’entends la voix de Ami qui crie son nom.
Je tourne la tête et vois Badou qui revient à l’assaut. Bon, pas le temps
de réfléchir à ce qui se passe. Un homme qui me cogne, je le cogne
aussi et on discute après.

Je me retourne rapidement et lui mets un coup de poing droit sur la tête.


Ça devrait le calmer pour un moment, le temps que je réfléchisse.
Je le vois tituber et perdre l’équilibre en même temps que j’entends la
voix de Ami : « Kader, non. »

Ce qui me ramène tout de suite sur terre. Je me retourne vers elle. Elle
me regarde, l’air effrayée. Oh, non. Tout sauf ça… Je lui ai fait peur à
nouveau, en me montrant violent devant elle. Ce que je m’étais promis
de ne plus faire…

Ma main me lance de douleur suite au coup assené à Badou, alors que


je vais vers Ami pour la rassurer. Elle s’écarte, faisant face à Badou.
Celui-ci s’est déjà relevé et me regarde d’un œil assassin. Mais je vais
éviter de me laisser provoquer encore. Il est hors de question que je me
batte devant Ami.
Cette dernière se met rapidement entre nous et pose une main sur moi
dans un geste d’arrêt. Elle crie à Badou : « Pars, Badou ! Rentre chez toi
! Laisse-nous tranquilles. »

Alors qu’on entend la porte d’un voisin s’ouvrir, Badou baisse son regard
sur Ami et lui parle avec violence en m’indiquant de la tête : « Tu veux
vraiment que je te laisse avec lui ? Ça te plait de te faire violer, c’est ça ?
»
Là, c’est trop. Je viens tout juste de comprendre l’attitude de Badou mais
j’en reviens encore moins de la manière avec laquelle il parle à Ami. Qui
qu’il soit, il n’a pas le droit de parler à ma femme de la sorte.

Le voisin observe notre trio, l’air curieux.

Furieux devant ce triste spectacle, je regarde Badou. Mon coup d’il y’a
quelques secondes a l’air d’avoir calmé ses envies de me cogner mais
maintenant il parle mal à ma femme. Je ne le connaissais pas comme
ça. Je vais tenter de le raisonner une seule fois et s’il persiste, je le tire
dehors et on va régler nos comptes d’homme à homme.

Je fais un geste pour passer devant Ami et me rapprocher de Badou


mais elle tire sur mon bras : « Kader, non. Stp, laisse tomber. »

Je souffle de dépit, incapable d’ignorer ses paroles. Je reste à côté d’elle


pour la rassurer et regarde Badou droit dans les yeux pour qu’il
enregistre bien ce que je vais lui dire : « Tu es en colère et je le
comprends très bien. Mais tu parles encore une fois de cette manière à
MA femme, tu vas le regretter jusqu’à la fin de tes jours… C’est une
promesse.»

Ami : Kader…

Elle exerce plus de pression sur mon bras, sans doute pour que je n’en
dise pas plus. Et Badou me regarde d’une manière tellement haineuse
que je vois ses veines sauter sur son front.
Je le dégoûte, ça se voit. Je le dégoûte tellement qu’il n’a pas envie de
me répondre.

Tout d’un coup, je me sens abattu. Cette situation est quand même
triste. C’est Badou là ! C’est mon pote et c’est le frère de Ami. Il a tout
fait pour que je me réconcilie avec elle. Et moi je lui ai menti, même si
c’était surtout pour protéger l’intimité de Ami.
Finalement, quoi de plus normal que sa réaction devant la découverte de
la vérité ? N’aurais-je pas moi-même agi pareillement pour protéger Ami
ou Soukeyna ? En dehors de ce qu’il vient de dire, forcément sous le
coup de la colère, toute sa réaction est normale. Quant à moi, j’ai fait
bien pire sous le coup de la colère. Et c’est la raison de notre présence à
tous les trois ici. Si on en arrive là, c’est entièrement de ma faute. Je ne
peux pas blâmer Badou.
Sincèrement désolé, je lui dis : « Ecoute man. Je sais que tu ne vas pas
me croire, mais je suis désolé pour ce que j’ai fait. Je voulais vraiment te
le dire mais je ne pouvais pas… »

Sans me laisser continuer, il regarde Ami et lui dit : « Tu ne sais pas ce


que tu fais. »

Puis il se retourne et part.

Quant à Ami, l’air soulagée, elle tire mon bras pour entrer dans
l’appartement. Je commence à rentrer mes bagages, le cœur lourd, me
demandant si, en fin de compte, je ne suis pas réellement le monstre
que Badou semble voir en moi.

Ami me pousse à m’assoir sur le canapé, et repart immédiatement dans


la salle de bain. Je la suis des yeux, me posant mille questions à moi-
même. Peut-être que j’ai été égoïste de l’épouser. Elle a accepté parce
qu’elle m’aime, c’est sûr. Mais peut-être qu’elle aurait pu trouver une
personne qui la rendra plus heureuse. Une personne pour qui elle n’aura
pas besoin de se mettre à mal avec ses amis.
Pour la première fois, je doute qu’elle puisse être heureuse un jour avec
moi… pas après ce qu’on a vécu. Elle n’oubliera jamais ce que je lui ai
fait. Elle m’a dit elle-même qu’elle ne m’a pas pardonné. Et je ne mérite
pas son pardon.

Je la vois revenir avec du coton et de l’alcool. Elle s’assoit à côté de moi


et commence à essuyer ce que je découvre être une blessure sur
l’arcade sourcilière, laissée par le coup de poing de Badou. Un coup que
j’ai bien mérité, en fin de compte. J’aurais dû le laisser continuer.

Ami s’adresse à moi, d’une voix douce : « Je suis désolée chéri. »

Je la fixe du regard, ne comprenant pas pourquoi elle me traite avec


autant de gentillesse alors que je lui ai fait tant de mal. Et je réalise en
même temps que je ne mérite rien de sa part.

Je lui dis sincèrement : « Je ne te mérite pas. »

Elle enlève alors sa main de ma blessure, puis se met à effleurer de ses


doigts mon visage en me fixant tendrement des yeux. Ensuite elle se
redresse pour m’embrasser, tout aussi tendrement. Elle dégage
tellement de douceur que ça me désarme complètement. Je ne sais pas
comment elle fait…
Alors que je me pose cette question, elle recule légèrement. Sa tête
toute proche de la mienne, elle me chuchote : « Je t’aime Abdelkader…
Et je suis heureuse d’être ta femme. C’est tout ce qui doit compter pour
toi, pas l’avis de Badou. Ce que les autres pensent n’a pas d’importance
pour moi. »

Moi : Mais il pense que je vais te faire souffrir encore… Et si c’était vrai ?
Si un jour, à nouveau, je me mettais en colère et te faisais du mal ?

Ami : Tu en as l’intention ?

Je détourne le regard et préfère lui répondre honnêtement : « Je ne…


C’est toujours difficile pour moi de t’imaginer avec un autre homme.
C’est plus fort que moi. La dernière fois, quand tu étais avec Marc ici, je
ne t’ai rien dit, mais… »

Ami m’interrompt : Kader. Regarde-moi.

J’hésite puis la regarde.

Ami : Est-ce que tu veux me faire du mal ?

Kader : Bien sûr que non mais…

Ami : Alors tu ne le feras pas.

Kader : C’est ce que je souhaite.

Ami : Non. C’est ce que tu VAS faire. Si tu m’aimes assez pour ne pas
vouloir que je souffre encore, tu vas pouvoir combattre tous tes démons,
tous, et tu vas y arriver.

Kader : Je t’aime comme un fou.

Ami : Et ça me suffit ! Tu feras toujours ce qu’il faut. Je crois en toi.

Et elle dit ça de la manière la plus convaincue possible, avant de sourire.


La femme à qui j’ai fait tant de mal essaie de me convaincre, moi son
bourreau, que je ne le ferai plus.

Et elle m’a convaincu… Si j’ai eu des doutes pendant un instant, je suis


à présent certain que plus jamais je ne serai capable de lui faire du mal.
Pas à elle.

Incapable d’exprimer les sentiments qui me submergent à cet instant, je


me contente de prendre son visage dans mes mains et de l’embrasser.
Je l’embrasse longuement, fougueusement, comme si mon dernier
souffle en dépendait. Je ne vais plus jamais la laisser partir. C’est ma
femme et personne n’arrivera à me séparer d’elle, jamais.

Je la lâche enfin et la regarde, son visage toujours dans mes mains.


Elle sourit puis me dit : « Tu n’as pas faim ? Ta femme a préparé du «
soup kandj ». Tu peux prendre une douche pour te détendre et ensuite…

Je ne la laisse pas continuer. Je me lève, lui tirant la main en disant : «


Viens. »

Elle se lève aussi et je l’attire vers la chambre. Je sens alors sa main se


crisper dans la mienne, mais elle me suit quand même.
Arrivés devant le lit, je la soulève doucement et la couche dessus. Puis
je m’allonge tout près d’elle et l’attire vers moi. La sentant crispée, je lui
chuchote : « Je veux juste te tenir comme ça… Comme à Saint-Louis…»

Visiblement soulagée, elle se détend un peu. Elle continue quand même


de me regarder, ses grands yeux me fixant, l’air pas complètement
rassurée. Je sais très bien à quoi elle pense mais je n’ai aucune
intention de la toucher.
Là, j’ai juste très envie de l’embrasser. Mais je me retiens finalement, vu
comment elle est inquiète.
Je me contente de lui embrasser le front et de la serrer un peu plus
contre moi.

Puis je lui dis, submergé par la fatigue : « Je n’ai pas faim bébé. Je suis
juste très fatigué. »

Elle se redresse alors et commence à me caresser la tête, en me


chuchotant : « Dors. »

Je ferme les yeux et me glisse un peu plus bas pour enfouir mon visage
dans son cou, en lui enlaçant la taille... Ma femme.
Elle m’entoure de son bras comme si j’étais son enfant, et continue de
me caresser la tête.

Juste avant de m’endormir complètement, je sens ses lèvres embrasser


mon front.
Je ne me souviens pas m’être jamais senti aussi bien.

*
*

***Dans la tête de Ami***

Ça fait au moins une heure que je tiens Kader dans mes bras. Il dort
comme un bébé et je n’ose pas bouger pour ne pas le réveiller.
Pour ma part, je n’ai aucune envie de dormir. Tout à l’heure, j’ai cru qu’il
avait l’intention de me faire l’amour. J’ai su ensuite que ce n’était pas le
cas, mais ça m’a fait réaliser qu’on en viendrait forcément là, et très
bientôt. Le problème, c’est que je ne suis pas prête. Mais alors pas du
tout !
J’adore être dans les bras de Kader, j’adore quand il m’embrasse. Mais
faire l’amour, c’est autre chose.
Je sais que je suis sa femme et que c’est mon devoir de le satisfaire sur
ce plan aussi. Quand j’ai accepté de l’épouser, je savais que ça ferait
partie du contrat. Mais maintenant que je suis dedans, et qu’il est là avec
moi, je réalise vraiment ce que signifie d’être mariés. Je n’ai aucune idée
de comment je vais faire…ça. C’est énorme ! Je ne veux même pas y
penser. Je sais déjà ce que ça fait et je ne le supporterai pas, j’en suis
certaine. Tout ce que je veux c’est être avec lui et qu’on oublie cette
partie. Je m’en passerai très bien tout en étant heureuse avec lui. Je n’ai
absolument pas besoin de ça.

Mais Kader, lui, est un homme et il a des besoins. Même quand on


sortait ensemble, je savais qu’il avait du mal à se retenir. Alors qu’est-ce
que ça va être si on vit tous les jours ensemble en sachant qu’il a tous
ses droits maintenant ? Peut-être qu’on ne devrait pas vivre ensemble,
et juste se voir de temps en temps ?
Dormir avec lui à Saint-Louis était une chose. Je ne m’inquiétais pas du
tout qu’il se passe quoi que ce soit. Mais maintenant ? Quelle excuse je
vais pouvoir avancer, maintenant que je suis sa femme ?

Depuis une heure qu’il est collé à moi, je cogite, imaginant toutes sortes
de façons d’empêcher ce qui arrivera inéluctablement.
Et jusque-là, rien de ce que j’imagine ne semble faire l’affaire.
Découragée, je sens des larmes monter à mes yeux. Je pleure en
silence, jusqu’à finir par m’endormir.

***
Quand j’ouvre les yeux bien plus tard, la place à côté de moi est vide.
J’entends le bruit de la douche, donc Kader doit y être.

Je me lève et défroisse un peu ma robe avant de regarder l’heure sur


mon portable. Déjà 18h. Cette fois, Kader doit être affamé. Moi-même je
sens la faim me gagner.

Je vais alors dans la cuisine et sors une nappe et des couverts que je
mets sur la table basse du salon. Je retourne dans la cuisine pour
préparer un plateau de boissons quand j’entends la porte de la salle de
bain, juste en face de celle de la cuisine, s’ouvrir. Je me retourne
instinctivement et vois Kader, de dos, en train d’en sortir. Comme
hypnotisée, je n’arrive pas à détacher mon regard de son corps pendant
quelques secondes. Le corps humide, ma toute petite serviette autour
des reins, il est presque nu. Et… tellement sexy ! Quand il se retourne, je
détourne vivement ma tête, extrêmement troublée. Je me sens bizarre.
Qu’est-ce qui m’arrive ?

Kader : « Je t’ai réveillée, bébé. Désolé. »

Moi, sans me retourner : Non, non. Ne t’inquiète pas.

Kader : Ça va ?

J’ai envie de lui dire de ne surtout, surtout pas s’approcher !

Je fais semblant d’être occupée à chercher quelque chose, quand je lui


réponds : Oui… Oui ça va. Je nous prépare à manger. Tu vas t’habiller ?

Kader : Ok.

Ouf. Il s’en est allé. Il n’a pas l’air d’avoir remarqué mon trouble,
heureusement. Je sens que la vie au quotidien va être plus compliquée
que prévu…

***

Plus tard, nous avons fini de manger et sommes à moitié allongés sur le
canapé, enlacés. Ça me fait quand même bizarre de me retrouver avec
lui à nouveau dans cette situation. C’est comme quand on sortait
ensemble, sauf que cette fois nous sommes bel et bien mariés.
Nous avons mis de la musique soul jouant très bas et restons juste dans
les bras l’un de l’autre, profitant du calme et du plaisir d’être ensemble.

Kader : Merci pour le plat bébé. Comme d’habitude, c’était excellent.


Mais tu n’étais pas obligée, tu sais.

Moi, d’humeur charmeuse : Tu plaisantes ? Qui va s’occuper de mon


mari si je ne le fais pas ?

Il sourit, visiblement ravi de ma réponse.


Puis il reprend son sérieux avant de répondre : « Sérieusement… Tu
n’as aucune obligation, d’accord ? »

J’observe son visage et commence à deviner où il veut en venir. Gênée,


je baisse les yeux, sans répondre.

Il reprend : « Je ne veux pas que tu aies peur de moi. Je comprends très


bien que ça puisse t’inquiéter avec ce qui s’est passé… Mais je veux que
tu te sentes à l’aise. Je ne tenterai rien vers toi, quoi qu’il se passe.
Prends le temps qu’il te faudra et quand tu te sentiras prête, vraiment
prête, tu viendras toute seule vers moi. D’accord ? »

Je lui suis reconnaissante pour ses paroles mais le problème c’est que je
ne pense pas être un jour prête. Je préfère ne rien lui répondre.

Kader, tout doucement : Eh…

Je lève enfin les yeux et le regarde.

Il rajoute : Rassurée ?

Je hoche doucement la tête. Il ne peut pas savoir à quel point je suis


rassurée !

Surtout pour changer de sujet, je lui dis : « On part quand chez toi ? »

Kader : Chez nous… Ecoute, j’y ai beaucoup réfléchi. Je ne veux pas


que tu te sentes mal à l’aise là-bas, avec des souvenirs désagréables. Si
tu veux qu’on reste ici le temps de trouver un nouvel appartement, ça ne
me dérange pas du tout.

Ça mérite réflexion. Je ne suis jamais retournée chez Kader après


l’incident et je ne sais pas comment je me sentirai là-bas. Mais c’est petit
chez moi pour deux personnes, ce n’est juste qu’un studio après tout.
C’est tout bête mais si je dois faire plus souvent la cuisine, ça veut dire
que ça sentira souvent partout avec la proximité des pièces et surtout
avec nos types de plats… Et puis c’est loin de nos bureaux à tous les
deux. Je ne sais pas s’il y’a besoin de se casser la tête alors qu’on a
l’appartement de Kader, beaucoup plus grand et beaucoup plus proche
du travail.

Après réflexion, je lui réponds : « Je ne pense pas que ce soit une bonne
idée. »

Kader : …Ok. Dans ce cas, on va remeubler l’appartement. Tu prends


tout ce que tu veux, à ton goût. Je te donne ma carte et tu peux t’en
occuper avec Karine si tu veux. De mon côté, je demanderai à Karim de
m’aider à débarrasser l’appartement avant qu’on y retourne. Au moins il
y’aura moins de choses qui réveilleront des souvenirs. Ça te va, ça ?

Moi : Je ne crois pas qu’il y’ait besoin de remeubler. Et puis on a des


bons souvenirs aussi là-bas.

Kader : Je préfère ne pas prendre de risque… En plus, j’ai envie de voir


un « chez nous » qui te ressemble... plus féminin. Tu veux bien ? Refaire
la déco ?

Moi : Ok, dans ce cas.

On discute encore un peu des détails logistiques pour préparer notre


nouvelle vie en tant que couple marié. On a tous les deux pris trois jours
de congés pour passer du temps ensemble, car j’avais refusé de
voyager pour le moment, quand Kader me l’a proposé. Non seulement je
suis encore en deuil et n’ai vraiment pas le cœur d’aller m’amuser
quelque part, mais en plus avec toutes mes absences du bureau ces
dernières semaines, je préfère ne pas abuser. D’autant plus que je suis
toujours dans ma période d’essai qui finira dans un mois. Je préfère ne
pas donner à mon entreprise des raisons de ne pas la valider.

Finalement, on convient de rester chez moi toute cette semaine et de


s’occuper du déménagement dans l’appartement de Kader…notre
appartement, le week-end prochain.

Le reste de la soirée se passe tout simplement, comme avant, entre


câlins et confidences sur l’oreiller.
Le lendemain dimanche, vers 11h, nous sommes encore en train de
dormir dans les bras l’un de l’autre quand le téléphone de Kader se met
à sonner. On se réveille presque en même temps et Kader prend son
téléphone posé sur le chevet.

Kader : C’est maman. Je vais répondre.

J’acquiesce et referme les yeux. Je l’entends saluer sa maman puis il


commence à lui parler dans une autre langue que je reconnais, le «
pulaar ». Mais je ne comprends pas un traître mot. J’ai quand même
l’impression que Kader est gêné…

Quelques instants plus tard, il me tend le téléphone : « Maman veut te


parler. »

Surprise, je me redresse et pose le téléphone sur mon oreille : « Allô


maman. »

Maman Dieynaba : Bonjour ma chérie. Pardonnez-moi. On dirait que je


vous ai réveillés.

Moi : Non, ça va maman. Il est tard déjà.

MD : « Ndokalé yaye boye » [félicitations]. Je savais que tu étais une


bonne fille. Quitter tes parents et vivre à l’étranger ne t’a pas changée.

Je ne comprends pas… Elle m’avait déjà félicitée pour le mariage. Je


jette un œil interrogateur à Kader qui se contente de me regarder sans
rien dire.

Je réponds quand même, hésitante : Merci maman.

MD : J’aurais voulu que vous soyiez là qu’on puisse célébrer, comme le


veut la culture. C’est ce que j’avais fait avec Soukeyna, le lendemain de
ses noces. Malheureusement, avec la distance, ce n’est pas possible.
Mais on se rattrapera quand vous viendrez. En attendant, mes prières
vous accompagnent, mes enfants. J’espère que vous ferez de moi une
très heureuse grand-mère.

Pendant qu’elle parle, je réalise de plus en plus de quoi il est question.


Je suis tellement gênée que je ne sais plus quoi répondre. Je regarde
Kader, qui sourit. Il a compris que j’ai compris.
Moi, d’une toute petite voix : Amine… Merci.

Quand je raccroche, je demande à Kader : Vous parliez de…

Il hoche la tête avant que je finisse, le sourire aux lèvres : « Désolé. Je


n’avais pas le choix. »

Moi : Elle t’a posé des questions sur moi ? Je veux dire sur… ma
virginité ?

Kader : Oui.

Moi, un pincement au cœur : Et tu lui as dit que j’étais vierge…

Kader : Je lui ai dit que tu étais comme il faut et que je suis comblé.

Moi, en couvrant mon visage de mes mains : Oh mon Dieu. La honte !

Kader, malicieusement : Honte ? Tu devrais être fière au contraire.

Moi : Mais ce n’est pas vrai. Et on n’a rien fait en plus.

Kader : Comment ça ce n’est pas vrai. Bien sûr que ça l’est. Elle n’a pas
besoin de savoir quand je l’ai su…

Je vois une ombre passer dans son regard quand il dit ça.

Il reprend : « J’aurais voulu le découvrir autrement… »

Moi : Ne parlons pas de ça. C’est du passé.

Je lève la tête et l’embrasse pour le rassurer. Je n’aime pas quand il se


sent coupable ou qu’il parle de ce qui s’est passé. Ça m’oblige à y
penser aussi et ça ne va pas nous faire avancer.

Il me répond, l’air plus embêté : « Je ne t’ai pas tout dit. »

Moi : Quoi…

Kader : Maman veut que j’appelle ta mère, pour lui dire que « je suis
content ».

Moi : Non ! Tu vas le faire ?


Kader : J’ai le choix ?

Il dit ça d’une manière tellement désespérée que ça me donne envie de


rire. J’imagine Kader essayant d’expliquer à maman qu’il a fait la chose
avec moi et qu’il en est content. Ça va être hilarant. Je vais me mettre
aux premières loges pour suivre la scène.
Et c’est très bien. Comme ça, on sera au même pied d’égalité. Il va
comprendre ma gêne face au coup de fil de sa maman.
Décidément, nous et nos cultures…

Je lui réponds, amusée : « Je suis désolée chéri, mais tu n’as pas le


choix. Maman doit se faire un sang d’encre à l’heure qu’il est. Il va falloir
que tu la rassures et très vite. Bon courage. »

Kader : Ah tu trouves ça drôle toi ?

Moi : Quoi, tu trouvais ça drôle aussi tout à l’heure quand…

Mais je n’ai pas le temps de finir. Kader s’est redressé au-dessus de moi
et a commencé à me chatouiller la plante du pied, que je retire
instinctivement. Mais il enchaine sur l’autre pied et commence à faire
semblant de me mordre le ventre. Puis il continue de me chatouiller et
me mordre partout, y mettant toute son énergie… Je n’en peux déjà
plus. Je ris aux éclats et lui donne des coups de pied pour qu’il arrête.
Mais il n’arrête pas du tout, me menaçant de continuer si je ne le supplie
pas. C’est cruel ! A bout de forces, je finis par craquer et le supplie
d’arrêter.

Il s’exécute alors et revient se coucher tout près de moi. Je me blottis


dans ses bras. On est juste bien. En le regardant, je réalise qu’on vient
pour la première fois depuis longtemps de parler de sexe naturellement,
sans être tristes. Enfin, si on peut appeler ça, parler de sexe… Dans
tous les cas, ça me fait plaisir. Peut-être que finalement, il y’a de
l’espoir…

Sous une impulsion soudaine et grisée par le bonheur, je me redresse


au-dessus de lui et l’embrasse timidement puis de plus en plus
passionnément. Je me sens plus amoureuse que jamais. Il répond à
mon baiser avec la même passion. Puis il commence à me caresser le
dos, passant son doigt doucement tout au long de ma colonne
vertébrale. Je sens des frissons me parcourir des pieds à la tête. Quand
ses mains descendent sur mon ventre, je n’ai déjà plus conscience de
rien d’autre que ses caresses et ses lèvres sur les miennes.
Incapable de réfléchir, je me laisse faire alors qu’il me renverse
doucement pour se mettre à son tour au-dessus de moi. Je pose mes
mains sur sa nuque et ses épaules musclées cherchant à l’attirer encore
plus.
Il abandonne ma bouche puis glisse sur mon menton qu’il embrasse,
avant de descendre sur mon cou. Je sens sur ma peau devenue hyper
sensible ses lèvres, son souffle, et sa langue qu’il glisse dessus. Ses
mains passent sur le tissu fin du pyjama qui sépare mon ventre et mes
seins de sa peau. Je ferme les yeux, ne voulant plus penser à rien sinon
profiter du torrent de sensations qui m’envahit.

Quand il se redresse pour reprendre mes lèvres, je retombe


brusquement sur terre en ouvrant les yeux. Je viens de sentir sur ma
cuisse une pression que je n’ai pas de mal à reconnaître... Horrifiée,
j’arrête immédiatement de répondre aux baisers et caresses de Kader.

Il arrête de m’embrasser et me regarde, l’air inquiet : « Bébé ? »

Puis il glisse sur le côté et me dit : « Chérie, tu trembles! »

[Et voilà! On se fait une suite demain? Big kisses!! émoticône


heart émoticône heart ♥]

[Coucou !!
Voici enfin votre suite du samedi. J’espère que vous aimerez ! ]
*
*

©
Partie 33 : Le recommencement

Il abandonne ma bouche puis glisse sur mon menton qu’il embrasse,


avant de descendre sur mon cou. Je sens sur ma peau devenue hyper
sensible ses lèvres, son souffle, et sa langue qu’il glisse dessus. Ses
mains passent sur le tissu fin du pyjama qui sépare mon ventre et mes
seins de sa peau. Je ferme les yeux, ne voulant plus penser à rien sinon
profiter du torrent de sensations qui m’envahit.
Quand il se redresse pour reprendre mes lèvres, je retombe
brusquement sur terre en ouvrant les yeux. Je viens de sentir sur ma
cuisse une pression que je n’ai pas de mal à reconnaître... Horrifiée,
j’arrête immédiatement de répondre aux baisers et caresses de Kader.

Il arrête de m’embrasser et me regarde, l’air inquiet : « Bébé ? »

Puis il glisse sur le côté et me dit : « Chérie, tu trembles! »

***

Je baisse les yeux sur mes mains. Kader a raison, je tremble. J’essaie
d’arrêter mais je n’arrive pas à me contrôler.

Je lui réponds : Oui… je tremble… Mais je ne sais pas pourquoi.

Il s’éloigne de manière à ne plus me toucher et me dit : « Bébé. Calme-


toi stp. Rien n’allait se passer. Je t’assure. »

Moi : Je sais. Mais…j’ai senti…

Et je me mets à pleurer, ne pouvant finir ma phrase. Je me trouve


ridicule !

Kader hésite puis approche sa main pour essuyer mes larmes.

Kader : Eh, ne pleure pas. Ce n’est rien de grave. Et je te promets que je


n’allais rien faire… Ecoute, on en reparlera quand tu te seras calmée,
d’accord. Il y’a certaines choses que je dois t’expliquer.

Moi : Oui.

Kader : Je vais te chercher un verre d’eau. Ferme les yeux et ne pense


plus à rien.

Puis il part et fait exprès de ne pas revenir avant un certain temps. Je


n’entends aucun bruit dans la cuisine.
Avant qu’il revienne, j’ai réussi à calmer les tremblements et arrêter de
pleurer.

Finalement, nous décidons de sortir le reste de la journée, pour manger


dehors et trainer, histoire de s’éloigner un peu de l’appartement.
***

La semaine suivante se passe plus ou moins normalement. En début de


semaine, Kader et moi avons passé tout notre temps ensemble, mais
cette fois le plus souvent dehors. On en a profité pour visiter plusieurs
sites touristiques ou historiques de Paris que, même en y vivant depuis
plus de cinq ans, je n’ai jamais visités.
J’ai dû convaincre, plutôt facilement en y regardant bien, Kader pour
faire les visites de sites culturels. C’est le genre de chose qui ne
l’intéresse pas le moins du monde. Mais il ne s’est pas fait prier pour
venir avec moi.

Et on a passé de très bons moments. On aurait dit des touristes, avec


notre appareil photo accroché au cou de Kader, prenant tout et n’importe
quoi…

On a aussi profité de ces trois jours pour commencer à voir ensemble


des idées de déco, sur internet. Kader ne voulait pas répondre quand je
lui posais des questions sur ce dont il avait envie, voulant me laisser
choisir ce que je voulais. J’ai quand même réussi à repérer ce qui
éveillait plus son attention. Je vais prendre compte de ça quand j’irai
faire les courses avec Karine.

Côté intimité, on fait très attention tous les deux depuis l’incident du
dimanche. En gros, on se fait des bisous, des câlins, on dort dans les
bras l’un de l’autre, mais ça s’arrête là. Pas de caresse, ni de baiser trop
poussé.
Et c’est là le côté anormal de notre relation. J’en suis bien consciente.
Mais vraiment je ne peux rien y faire pour le moment…
Pourtant, même avec si peu, je ressens de plus en plus de sensations
que je n’arrive pas à m’expliquer. Ce n’est pas nouveau car je les
ressentais aussi lorsqu’on sortait ensemble. Mais là il y’a quelque chose
en plus… Bref.

Après ce très long week-end, j’ai enfin repris le travail le jeudi. Ce jour-là,
je n’ai pas vu Marc de toute la journée. Depuis l’annonce de mon futur
mariage avec Kader, la situation était restée la même jusque-là, entre
Marc et moi. Il était extrêmement froid, ne m’interpellant que dans un
cadre strictement professionnel et ne me regardant jamais. J’ai fini par
m’habituer malgré la peine que ça me faisait. Je ne faisais plus attention
à son attitude mais par contre je n’ai pas perdu celle de me retourner et
de le voir derrière moi, les yeux fixés sur son écran.
Quand je ne l’ai pas vu le vendredi non plus, j’ai demandé à Bernard,
mon manager, s’il était malade. Sa réponse m’étonna au plus haut point.
Marc a quitté le projet, à sa propre demande. Voilà, je n’ai pas plus de
détails que ça. Il est parti sans dire au revoir, même pas un mail… A
moins qu’il l’ait envoyé à tous, sauf à moi.
Bref, j’ai éprouvé une grande peine en l’apprenant, et en suis encore
attristée. C’est de ma faute, ce qui est arrivé. Marc ne méritait pas ça…

Aujourd’hui, samedi, je vais passer l’essentiel de la journée avec Karine.


Même si elle n’aime pas Kader, c’est avec plaisir qu’elle a accepté de
s’occuper de l’achat des meubles avec moi. Déjà, ça lui fera penser à
autre chose qu’à ses études et son bébé, mais aussi on va pouvoir enfin
échanger comme on ne l’a pas beaucoup fait cette dernière semaine.
J’aurais voulu lui parler tous les jours, surtout maintenant qu’elle en a
tant besoin, mais au lieu de ça j’ai passé tout mon temps avec Kader. Je
me promets de faire plus d’efforts à l’avenir.

En parlant de Kader, ils ont vidé l’appartement, Karim et lui, hier après-
midi. Ils ont dû louer un camion et répartir les meubles entre les caves
de chez nous et de chez Karim. Là, je pense qu’il reste surtout à tout
nettoyer, ce que Kader compte faire cette matinée. Il a déjà emmené
l’essentiel de mes vêtements aussi et ses affaires qui étaient ici.
D’ailleurs, on est en train de quitter mon appartement ensemble. Comme
ça ne lui fait pas faire un grand détour, il va d’abord me déposer chez