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Sahaja Yoga

Dossier Khalil Gibran

Le Gibranisme

En parlant de Gibranisme, certains ont parlé d'existentialisme. Il n'est


pas question ici de tenter de classifier la philosophie qui résulte des
oeuvres de Gibran, mais simplement d'en tracer quelques grandes li-
gnes. La proximité des thèmes abordés par le prophète du Liban avec
ceux traités par Shri Mataji est d'ailleurs parfois stupéfiante.

La poésie.

Comme de nombreux mystiques, Gibran a utilisé la poésie pour trans-


mettre son expérience de Dieu. Pour lui. Le poète authentique est une
messager envoyer par le ciel pour conduire le peuple sur le chemin de
l'amour et de Dieu. La poésie est le résultat de l'inspiration divine; elle
est elle-même inspiratrice de beauté.

De qui le poète tient-il son autorité pour conduire le peuple et le protéger? Il est envoyé par la
Déesse réplique-t-il, et son devoir est de prêcher l'Evangile de la Divinité.

C'est Auguste Rodin qui nomma Gibran "Le William Blake du 20ème siècle". On ne peut en effet
contester la proximité de leurs style, notamment dans la peinture. Blake est le Dieu-homme a écrit Gibran. Ses
dessins sont ce qui s'est fait de plus profond en Angleterre et sa vision, sans parler de ses poèmes, est la plus
divine. Comme Blake, le poète du Liban avoua avoir eu des visions, notamment du Christ et lui avoir parlé à de
nombreuses occasions.

Comme lui également, il explique qu'il est possible de percevoir la manifestation de la présence di-
vine dans ce monde si l'on ôte les écailles de nos yeux. Ils se sont tous deux inspirés de la Bible. Elle leur fournit
l'inspiration prophétique et un récit visionnaire de l'existence de l'homme entre la création et l'Humanité et l'Apo-
calypse (C'est à dire la Révélation).

La recherche de la beauté nous conduit à la recherche de dimensions plus subtiles : Les plus subtiles
beautés de notre vie sont invisibles et inaudibles. La beauté n'est pas dans le visage . La beauté est une lumière
dans le coeur. Elle est un chemin : Où trouver la beauté et comment la chercher sans en faire votre voie et votre
phare? Et comment pouvez-vous parler d'elle sans qu'elle ne sculpte elle-même vos paroles? Lorsque vous tou-
chez au coeur de la vie, vous trouvez la beauté en toute chose, même dans les yeux qui sont aveugles à la beau-
té.

Comme pour dépeindre la nudité de al réalité divine, un courant de la vie qui se précipite, la plupart
des personnages qu'a peint Gibran sont nus. Mais comme c'est le cas pour ceux de Blake et Michel-Ange, ses nus
sont chastes et purs.

Gibran lisait et admirait Nietzsche, qui l'influença sensiblement. Il lisait également Hugo, Rousseau,
Pascal, Tolstoï, des auteurs soufis.

La société - l'injustice

En observant la vie de notre auteur, on trouve une vie relativement solitaire. Il dit à ce propos : J'ai
fui la civilisation parce que j'ai découvert que c'était un vieil arbre corrompu, terrible et puissant (...). J'ai cherché
la solitude pour éviter de voir les visages de ceux qui se vendent eux-mêmes et qui achètent pour le même prix
ce qui vaut moins qu'eux sur le plan spirituel aussi bien que rationnel (...). Mais sa solitude n'est pas un retran-
chement ni une fuite. Gibran s'est attaqué aux maux de nos sociétés, il a dénoncé la corruption et l'hypocrisie des
homme; sa plume lui a servit de voix.

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L'homme moderne vit dans l'ombre et non dans une véritable réalité. L'Hypocrisie masque et entrave
le cours naturel de sa croissance sociale. Le seul remède est l'éveil spirituel, qui ne peut se faire qu'au travers de
l'amour.

Gibran était une personnalité extrêmement sensible, et il ressentait vivement les injustice et la mi-
sère dans le monde. Cela apporte parfois dans sa poésie de la tristesse ou de la mélancolie.

Il était bien entendu particulièrement sensible aux problèmes qui affectaient le Moyen-Orient, et no-
tamment à l'injustice. Il s'était montré à plusieurs reprises plutôt partisan d'une solution forte, d'une révolution
par exemple, pour remédier à l'injustice sociale qui gangrenait les nations arabes.

Gibran s'est attaqué à la source de l'injustice : les lois humaines, auxquelles il ne fait pas confiance.
La justice n'est pas faite de lois rigides, élaborées pour servir les riches, les rois et les prêtres. La justice est plutôt
une sorte de bienveillance qui s'accomplit en accord avec la loi Naturelle et Eternelle, qui est l'Amour. La bienveil-
lance devrait être la source de toute loi sur la terre, car la bienveillance est l'ombre de Dieu dans l'homme.

Des amis arabes lui proposèrent un jour de revenir au Liban pour y devenir un chef politique. Gibran
déclina l'offre et expliqua qu'il n'était pas un politicien.

La femme.

Il insistait sur le fait que les femmes ont joué un rôle de premier plan dans sa vie : si je n'avais eu
auprès de moi la femme-mère, la femme-soeur, la femme-amie, j'aurais sommeillé parmi ceux pour qui a somno-
lence est une divinité, et la vénérer c'est ronfler. Gibran a toujours été un ardent défenseur des libertés de la
femme, et il était profondément attristé par les mariages forcés et par la condition féminine en générale dans les
nations musulmanes.

L'argent

L'argent! Source de l'amour sans foi; origine du faux éclat et de la facture; puits de l'eau empoison-
née; désespoir de la vieillesse.

Il dénonce avec virulence l'argent qui pourrit l'art : L'art est un oiseau qui plane librement dans les
airs ou qui se promène joyeusement sur le sol. Personne ne peut changer son comportement. L'art est un esprit
qu'on ne peut ni acheter ni vendre.

Il dénonce également la technologie, qui détruit la nature et la vie naturelle de l'homme. Lorsque
l'homme invente une machine, il la dirige. Puis c'est la machine qui commence à la diriger, et il devient l'esclave
de son esclave. Les pages dans lesquelles Gibran loue la terre, la terre-mère, sont parmi les plus belles qu'il ait
écrites.

Le bien et le mal

La philosophie de Gibran est non-dualiste : elle n'admet qu'un seul principe qui détermine la vie, et
cette source de toute chose et l'Amour. Tout dans la création existe en vous, et tout ce qui est en vous existe
dans la création. Si le mal existe, il n'est présent que dans les actions des hommes, et ne constitue jamais un
principe indépendant. Ce monde n'est en fait que le reflet de la Réalité. L'Amour est donc le point central de sa
philosophie. Et il s'agit de l'amour qui est désintéressement. L'amour limité exige la possession de l'être aimé.
Mais l'amour illimité se satisfait de lui-même; il sacrifie : c'est en donnant de vous-même que vous donnez vrai-
ment. L'amour doit être universel : le coeur humain possède la capacité naturelle d'englober toute l'humanité. Les
êtres humains sont divisés en clans et en tribus, ils appartiennent à des pays et la famille humaine est ma tribu.
L'Humanité est l'Esprit de l'Etre Suprême sur la terre, et cet Etre Suprême nous enseigne l'amour et la bonne vo-
lonté.

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La haine détruit l'hygiène mentale; elle n'est que le lot des faible. L'homme doit apprendre à vivre
parmi des faibles. L'homme doit apprendre à vivre parmi ses semblables, car il est un être communautaire. Nous
vivons l'un de l'autre, selon une loi ancienne et hors du temps. Laissez-nous vivre ainsi en aimante bienveillance.
Nous nous cherchons les uns les autres dans notre solitude et nous marchons sur la route lorsque nous n'avons
pas de foyer auprès duquel nous asseoir. Mes amis et mes frères, la route la plus large, c'est votre semblable.

Gibran appelle l'autre son demi-moi ou son autre-moi. C'est pourquoi l'amour est créateur de la véri-
table liberté : l'amour est la seule liberté en ce monde. Il élève l'esprit au point que les lois des hommes et les
phénomènes de la nature n'altèrent pas son cours.

Le corps.

Gibran ne rejette pas le corps; il insiste au contraire sur son respect : Dieu a fait de nos corps le
temple de nos âmes. Il est important de trouver l'harmonie entre le corps et l'esprit : Il n'existe pas de lutte entre
l'âme et le corps, sinon dans l'esprit de ceux dont l'âme est endormie et dont le corps sonne faux.

La religion

Dans Kahlil l'hérétique et Jean le fou, Gibran analyse et critique sévèrement les religions organisées.
Il attaque leur amour de l'argent et leur despotisme : elle maintiennent le peuple dans l'ignorance et profite de la
crédulité des gens simples et pauvres. Les églises établies ne sont que des institutions avides de pouvoir politique
et économique et de prestige social. Elles entretiennent leur hypocrisie en falsifiant la véritable signification des
écritures.

En fait, l'homme véritablement religieux n'embrasse pas une religion. Et


celui qui en embrasse une n'en a pas.

Un des plus grands crimes des prêtres est d'avoir éloigné les hommes
de Dieu, d'avoir instaurer des intermédiaires. Il affirme que l'Eglise est
en nous. Vous êtes vous-même vos propres prêtres. Dieu n'aime pas
être adoré par un ignorant qui imite quelqu'un d'autre.

La réelle religion est la religion universelle : Vos pensées défendent le


Judaïsme, le Brahmanisme, le Bouddhisme, le Christianisme et l'Islam.
Dans mes pensée il n'existe qu'une religion universelle dont les routes
différentes ne sont que les doigts de la main aimante de l'Etre Suprême.
Dieu a donnée plusieurs porte à la Vérité de manière à pouvoir accueillir
chaque croyant qui y frappe.

Le malentendu vient de notre ignorance : Dieu a mis en chaque âme un apôtre pour nous conduire
sur le chemin de la lumière. Cependant, beaucoup cherchent la vie à l'extérieur, sans se rendre compte qu'elle est
en eux. Pourtant, l'âme cherche Dieu comme la chaleur cherche la hauteur et l'eau la mer.

Il existe donc un remède :la foi. Elle est une qualité inhérente du coeur : La foi est un oasis dans le
coeur. Elle ne sera jamais atteinte par la caravane de la pensée.

Nous sommes le couronnement de la création, alors pourquoi être misérables? Les croyances et les
enseignements qui rendent l'homme malheureux sont vains, et la bonté qui le conduit au chagrin et au désespoir
est fausse, car le but de l'homme est d'être heureux sur cette terre, d'avancer sur le chemin de la félicité et de
prêcher les Ecritures partout où il va. Nous ne sommes pas venus dans cette vie pour y être exilés, mais nous y
sommes venus comme d'innocentes créatures de Dieu, pour adorer l'Esprit Saint et éternel et chercher dans la
beauté de la vie, les secrets cachés en nous.

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L'union à Dieu est le but de la vie. Lorsque l'âme atteint Dieu, elle prend conscience qu'elle est en
Dieu, et que d'être en Dieu la pousse à se rechercher davantage, et que Dieu, lui aussi, se développe, cherche et
se cristallise. Et il est donné à l'Homme de pouvoir transmettre la vie : Si notre Dieu accorda à la terre de faire
germer la semence, alors que la semence semble inanimée, pourquoi n'accorderait-il pas à un coeur humain le
pouvoir de souffler la vie dans un autre coeur, même un coeur qui semble inanimé. Le but n'est d'ailleurs pas
obligatoirement atteint en une vie : l'âme, dans une éternelle procession renaît encore et encore afin de se par-
faire.

Pour Gibran, Dieu est aussi une Mère : La plupart des religions parlent de Dieu au masculin, à mes
yeux il est autant une mère qu'un père. Il est le père et la mère en une seule personne, et la femme en est la
Déesse-Mère. Et nous pouvons rejoindre le Dieu-Père par lesprit ou l'imagination, mais la Déesse-Mère ne peut
être atteinte que par le coeur, par l'amour.

Paul de Tarse

Il est à mentionner que Kahlil Gibran est un des premier seuls visionnaires à avoir démasqué Paul.
Dans Jésus, le Fils de l'Homme, il parle des agissements d'un homme étrange, dont l'âme, traquées et blessée,
n'est pas celle d'un homme libre. Alors que Jésus enseignait l'homme à briser les chaînes de son esclavage. Paul
lui, forge les chaînes de l'homme de demain. Jésus voulait que nous vivions le présent dans la passion et l'extase;
Paul lui, voulait prescrire les lois établies par les anciennes écritures.

Références : Kahlil Gibran, poète de la sagesse Ed.


Albin Michel, coll. "Question de", Paris. Les miroirs de l'âme (sur le
"gibranisme") Ed. De Mortagne, Quebec L'oeil du prophète (choix
de textes) Ed. Albin Michel, spiritualités vivantes Jésus, le Fils de
l'Homme, Ed. Albin Michel, spiritualités vivantes Pensées et médi-
tations, Ed. De Mortagne, QuebecKahlil Gibran, a biography, by M.
Naimy, Ed. Quartet Books, London

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