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Séance 2 – droit civil

Cass. Assemblée plénière 6 octobre 2006.

En l’espèce, les consorts X ont donné à bail un immeuble à la société Myr’Ho qui a transmis la
gérance du fonds de commerce à la société Boot shop. La société Boot shop reproche aux bailleurs
un défaut d’entretien des locaux et assigne ces derniers en référé pour obtenir la remise en état des
locaux ainsi qu’une indemnisation provisionnelle en réparation du préjudice d’exploitation subi.

Dans un arrêt en date du 19 janvier 2005, la cour d’appel de Paris fait droit à la demande de la
société Boot Shop et reconnaît les bailleurs responsables du dommage causé aux locataires-gérants
au motif que, bien que l’effet relatif au contrat n’interdit pas aux tiers d’invoquer un préjudice subi à
leur encontre, il faut que celui-ci soit établi.

Les consorts X, propriétaires du local, se pourvoient alors ensuite en cassation.

Une partie tierce au contrat peut-elle invoquer un manquement à l’exécution du contrat, dès lors
que celui-ci lui a causé un dommage, pour obtenir réparation d’un préjudice délictuelle dont elle
s’estime victime ?

Dans un arrêt en date du 6 octobre 2006, l’Assemblée plénière de la Cour de cassation rejette le
pourvoi selon moyens que « le tiers à un contrat peut invoquer, sur le fondement de la responsabilité
délictuelle, un manquement contractuel dès lors que ce manquement lui a causé un dommage  » et
que le défaut d’entretien des locaux, en l’espèce, résultat de l’impossibilité d’utiliser normalement
les locaux du fait du mauvais entretiens des parties permettant d’y accéder, qui caractérise alors «  le
dommage causé par les manquements des bailleurs aux locataires-gérants du fonds de commerce
exploité dans des locaux loués ».

Cass. Civ 3ème 18 mai 2017

En l’espèce, la copropriété clinique Axium est composée de plusieurs lots . Deux des locaux
professionnels, situés l’un au-dessus de l’autre, l’un en sous-sol et l’autre au rez-de-chaussée, avaient
été loués à des sociétés diverses dont la société Sorevie Gam. Cette dernière fait réaliser, avec le
syndicats des copropriétaires, dans ces locaux, des travaux de chauffage, de climatisation et de
traitement de l’eau par la société Dalkia France et Faure ingénierie. Mais une fois les travaux
effectués, le propriétaire et le locataire du local du dessus, remarquant une importante condensation
après expertise, avaient assigné le syndicat des copropriétaires et la société Sorevie Gam qui avaient
fait réaliser les travaux, pour obtenir une indemnisation.

La Cour d’appel d’Aix en Provence, le 12 novembre 2015, déclare la société Dalkia France
responsable de la condensation anormale, en se basant sur une convention solidaire conclue entre
les entrepreneurs réalisant les travaux engagés à lui livrer « un ouvrage conforme aux prévisions
contractuelles et exempt de vices, en sorte qu’en manquant à cette obligation, l’entrepreneur
assigné avait commis une faute à l’origine de la condensation anormale et que cette faute engageait
sa responsabilité délictuelle ».

La société Dalkia France forme alors un pourvoi en cassation.

Le manquement à une obligation contractuelle peut-elle engager la responsabilité contractuelle d’un


tiers au contrat ?
Par un arrêt en date du 18 mai 2017, la troisième chambre civile de la cour de cassation casse et
annule le jugement rendu par la cour d’appel, lui reprochant d’avoir statué «  par des motifs qui, tirés
du seul manquement à une obligation contractuelle de résultat de livrer un ouvrage conforme et
exempt de vices, sont impropres à caractériser une faute délictuelle ». 

Questions

La responsabilité contractuelle serait définie comme le fait générateur qui est simplement
l’inexécution de l’obligation (Dalloz). L’ordonnance de réforme de 2016 ne l’a défini pas.
- Cass. Assemblée plénière 6 octobre 2006 : un tiers au contrat peut invoquer un manquement
contractuel qui lui a causé un dommage = jurisprudence constante.
- 3e Civ., 4 juillet 2007
- 3e Civ., 13 juillet 2010

La décision de la cour d’appel n’était pas conforme totalement à la décision de la Cour de cassation
puisque « si le tiers à un contrat peut, en principe, invoquer, sur le fondement de la responsabilité
délictuelle, un manquement contractuel dès lors que ce manquement lui a causé un dommage, il en
va différemment lorsque la personne dont la responsabilité délictuelle est recherchée n'a, elle-
même, commis aucune faute dans l'exécution de ses obligations et ne pourrait voir engager sa
responsabilité contractuelle qu'au titre d'une solidarité avec un cocontractant fautif, dont un tiers au
contrat ne peut se prévaloir ».

Concernant le visa retenu par la 3ème chambre civile de la cour de cassation, l’article 1382 du code
civil devenu 1240 du code civil a été retenu puisque c’est celui-ci qui pose le principe selon lequel
« Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel
il est arrivé à le réparer ». Ce principe n’impose pas de limite quant à la personne partie au contrat,
peu importe si elle est tierce partie au contrat ou l’une des parties principales.

L’assemblée plénière de la cour de cassation, le 13 janvier 2020 opère une jurisprudence constante
avec l’arrêt qui posait le principe selon lequel le tiers à un contrat peut invoquer, sur le fondement de
la responsabilité délictuelle, un manquement contractuel dès lors que ce manquement lui a causé un
dommage, considérant que « en statuant ainsi, alors que le tiers à un contrat peut invoquer, sur le
fondement de la responsabilité délictuelle, un manquement contractuel dès lors que ce
manquement lui a causé un dommage, la cour d’appel, qui a constaté la défaillance de la Compagnie
thermique dans l’exécution de son contrat de fourniture d’énergie à l’usine  B… pendant quatre
semaines et le dommage qui en était résulté pour la société S…, victime de l’arrêt de cette usine, n’a
pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations »