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GABRIEL BURLOUX

La conversion douloureuse hystérique

Ce faisant, je m’entroublié,

Dont le sensitif s’esveilla
Et esvertua Fantaisie,
Qui tous organes resveilla,
Et tint la souvraine partie
En suspens et comme amortie
Par oppression d’oubliance.

FRANÇOIS VILLON, Le Lais (1456)

Villon, poète et chenapan, n’était sûrement pas hystérique, mais sa


géniale intuition a su saisir, au ras de son émergence, cet état de disso-
lution de la conscience qui est celui de la conversion, qu’il appelle
« entroubli » et qui laisse l’organe parler à la place du sujet et de la « sou-
vraine partie », la pensée consciente, quand le dire se dissout dans son
insuffisance, et laisse parler le corps et aussi la douleur.
Le monde de l’hystérie comporte des territoires bien hétéroclites.
Pourtant il nous apparaît unifié et nous savons reconnaître instantané-
ment l’hystérique, dès que nous la voyons, au travers de son comporte-
ment, de sa séductivité, de son mode de fonctionnement et, bien
évidemment, lorsque que le cas se produit, de ses bruyantes conversions.
Le féminin que j’ai instinctivement accordé (c’est bien le terme gram-
matical qui convient) à l’hystérique et qui est fautif car l’hystérie est aussi
masculine, je ne le corrigerai pas, faisant ainsi confiance à l’instinct. Je
pourrai toujours me réfugier dans le féminin de l’homme et me justifier
avec Jacqueline Schaeffer et son travail sur « Le refus du féminin ».
J’aime bien ce monde de l’hystérie. Je l’ai rencontré souvent, soit
dans ma carrière de praticien, interloqué par elle, soit au cours du long
Rev. franç. Psychosom., 25/2004
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parcours que j’ai fait à l’hôpital général dans un service de rhumatolo-


gie où j’étais psychanalyste consultant. Là, je me suis trouvé face à la
conversion douloureuse et souvent dans une situation analogue à celle de
Freud, son génie en moins, mais avec son expérience en plus.
Bien évidemment, nombreuses aussi auront été les hystériques qui se
sont allongées sur mon divan et qui y sont restées. Je me suis souvent
demandé si ces dernières, les hystériques de divan, étaient de la même
race que les hystériques de conversion.
Elles font, en tout cas, partie du même monde ; il ne faut donc pas les
séparer, mais pas non plus les confondre. La conversion opacifie
l’énigme de l’hystérie et Freud disait encore en 1909, à propos de
l’Homme aux rats, qu’il manquait « au langage des obsessions ce bond
du psychique à l’innervation somatique – la conversion hystérique – qui
échappe toujours à notre entendement ». Et j’ajouterai que ce que mes
patientes allongées ont pu m’apprendre n’a pas servi à grand-chose,
pour ma propre intelligence du phénomène.
Dans cet article, j’entendrai par douleur de conversion tout le soma-
tique de la conversion : la douleur elle-même, ainsi que ses antonymes,
telles la paralysie ou l’anesthésie, qui sont des atteintes au corporel, mais
aussi tout ce que le patient allègue comme intrusion dans son corps – ges-
tuelle étrange, sensations bizarres, motricité incompréhensible, senso-
rialité non recevable, mais pourtant émises –, et également malgré son
nom, la « belle indifférence ».
À ce sujet, on doit comparer la violence des affects libérés lors des
grandes crises hystériques et son apparente disparition dans « l’indiffé-
rence » de la conversion, mais les affects éprouvés par les témoins de ces
deux événements psychiques ne sont pas moins intenses, quoique diffé-
rents, dans un cas comme dans l’autre.

Retour à Villon

Il ne faut jamais pousser trop loin la métaphore, mais on peut essayer


de l’utiliser. Villon venait de participer au vol du coffre du collège de
Navarre et se savait recherché quand il connut cet épisode de « l’en-
troubli », cité plus haut. Il était menacé par deux dangers : l’un interne,
le remords, ou plutôt, en bon psychopathe qu’il était, un certain regret
de son acte ; l’autre externe, le réel danger que constituait l’enquête poli-
cière et le risque, mortel, d’être pris, car son crime était punissable de
mort. Il s’est donc « entroublié », dans cette indécise sensation où l’être
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croit disparaître, en partie. Cette défense n’était pas suffisante. On sait


que Villon a préféré la fuite : « Je m’en vois à Angiers » (Le Lais).
En matière de psychisme, la fuite n’est pas, nous dit Freud, une solu-
tion possible, car on emporte avec soi la chose à fuir. La phobie est une
tentative de faire fuir le danger ailleurs. Il est d’autres défenses, telles
que clivages, dénis, etc. ; cependant, c’est à partir de l’hystérie que
Freud a inventé la névrose et, avec elle, le principe même du fonction-
nement mental humain fondé sur le refoulement qui est une défense sur
place, la pulsion, et donc le sexuel et l’inconscient. Mais la conversion,
autre fuite et arme absolue de l’hystérique, est peut-être la défense la
plus difficile à comprendre.
Car le mystère de la conversion demeure. Freud disait en 1894 qu’il
y a une « prédisposition à la conversion » et il pensait, un an plus tard
(1895), pouvoir en « déchiffrer les hiéroglyphes ». Nous ne sommes guère
plus avancés de nos jours.

Si l’hystérie a servi de modèle pour l’invention de la névrose, elle


n’est pas toujours une névrose. Elle l’explique, elle la suggère, mais sou-
vent ne fait que l’imiter, en prendre les formes et l’apparence, sans en
avoir la structure.
L’hystérie est pourtant le modèle de la névrose, la vraie, sexuelle,
génitale et refoulée. Elle est aussi une sorte d’unité de mesure pour esti-
mer les autres entités nosographiques. Certes, j’ai connu des hystériques
névrotiques et, parmi elles, beaucoup ont entrepris une analyse avec moi.
Mais pas toutes. Par contre, la majorité de celles que j’ai rencontrées,
surtout celles qui « convertissaient », ne l’étaient pas. Et qui pourrait
croire de nos jours que les patientes de Freud, dans les Études sur l’hys-
térie, étaient « névrotiques » ? Comme le dit J. Bergeret, Freud a énoncé
des théories justes sur des figures fausses. Mais est-ce si important ?
Poursuivre ainsi me ferait quitter mon propos, qui est celui de la dou-
leur chez l’hystérique. Je me contenterai de citer l’importante réflexion
d’André Green (2000) dans son travail intitulé Le Chiasme et qui réin-
terroge la place nosographique de l’hystérie par rapport aux états-limites.
Quelle que soit sa place nosographique, un questionnement surgit à
propos de l’hystérie :
Névrose ou état-limite, pourquoi cette évasion hors psychisme vers le
somatique de la conversion ?
S’il y a conversion, pourquoi s’accompagne-t-elle de douleur ?
Et, puisqu’il y a douleur, pourquoi l’indifférence ?
Je ne saurais qu’esquisser quelques débuts de réponses.
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CLINIQUE

Le petit épisode clinique que je vais présenter n’est pas le point de


départ de ma réflexion, mais au contraire un point d’arrivée illustrant
mon expérience, l’authentifiant et, me semble-t-il, la confirmant. Il s’agit
du cas d’une jeune femme en analyse depuis environ trois ans, dont l’ha-
bitus hystérique est évident, mais dont le comportement et le psychisme de
bon aloi m’avaient fait accepter la demande d’analyse qu’elle m’avait
faite. Elle se plaignait de la phobie d’aller dans les « espaces officiels »,
par exemple la mairie, phobie liée à la peur de rencontrer des personnages
« haut placés » et à la pensée un peu obsessionnelle de leur dire des pro-
pos déplacés ou des insultes du type : « Le sénateur-maire est un c… ! »
Elle était aussi parfois capable d’« extravagances », m’avait-elle dit,
sans les préciser. Sa problématique œdipienne trop affirmée cachait une
histoire compliquée et elle attestait d’assez solides connaissances théo-
riques analytiques.
Elle avait raconté au début de l’analyse des scènes de séduction de la
part d’un jeune voisin (attouchements et exhibition), mais sans y atta-
cher d’importance excessive. Je pense que sa structure était suffisam-
ment névrotique ; d’ailleurs le déroulement de son analyse, à part
quelques secousses, fut de bon aloi.

Le rêve

J’ai fait un rêve, me dit donc cette déjà vieille routière de l’analyse :
– Je suivais dans la rue un homme que je connaissais, peut-être mon
amant, et l’accompagnait, pour ainsi dire, jusqu’à une maison de plaisir. Il
entrait dans une chambre avec une femme et lui faisait subir une sodomie.
Je m’identifiais à elle et au plaisir, heu… à la douleur qu’elle ressentait.
– Plaisir ou douleur ?
– J’étais sûre que vous diriez ça…
Elle se tait, puis triomphante :
– C’est l’indifférence des sexes !
– La sodomie… oui ?
– De toute manière, je vous ai menti. Ce n’était pas une sodomie mais
une fellation : donc tout ce que vous avez dit ne vaut rien !
– Tout ce que j’ai dit ne vaut rien.
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J’ai répété sa phrase sur un ton très neutre, en la prenant, en quelque


sorte, à mon compte ; mais cela va provoquer un effet extraordinaire.
La séance continue, j’interviens peu et surtout pour lui faire remar-
quer que le travail d’auto-explication psychanalytique, à laquelle elle se
livre autour de la scène primitive, est une défense. Elle a horreur que je
lui dise cela. Elle se tait, puis :
– Votre « ce que j’ai dit ne vaut rien » m’a fait comprendre que mon
« vous avez dit ne vaut rien » n’était pas un pluriel de politesse mais un
collectif. Je parlais sans m’en rendre compte à ceux qui savent, aux
grands, au fond à mes parents, qui pourtant s’étaient séparés quand
j’étais jeune. Avec votre phrase, vous avez surgi comme un individu par-
ticulier. Je vous ai retrouvé ! Je suis contente et j’ai envie de pleurer.
– Plaisir et douleur, lui dis-je pour terminer.
Elle était très émue. Quant à moi, j’avais l’impression d’un tournant
dans la cure et ce n’était pas faux ; mais j’étais trop optimiste ou trop
pressé. Ce qui était là, prêt à parler, fut interrompu par un intermède qui
mélangea, dans la séance qui suivit, une grande crise hystérique et un épi-
sode de conversion.

La grande crise

À la séance suivante, elle arrive bouleversée, escortée par un « étu-


diant en médecine » qui, très ému, me demande de bien m’occuper
d’elle, car elle est très angoissée. Je la fais attendre dans la salle d’attente
l’heure de sa séance. Elle me raconte alors, très agitée :
– J’avais vu devant moi la voiture de l’étudiant et son caducée affiché
(c’était en fait un kiné). Il a freiné, mais moi, non. Je savais que je devais
le faire. J’étais à trois ou quatre mètres, mon pied n’a pas bougé. Je suis
entrée dedans. Je l’ai enculé.
Puis elle éclate en sanglots et cris inintelligibles. Elle profère des
débuts d’insultes. J’entends « pute » et « enculé » (ou enculée ?) et une
sorte de brame plaintif.
Je la vois s’arquer dans un magnifique opisthotonos, comme on dit
qu’il n’y en a plus. Elle repose sur la nuque et les talons, s’agite et émet
des bruits étranges. Je ne bouge pas. Au bout d’un temps assez long, elle
se calme, se lève et va frapper à une porte dont elle ne peut savoir sur
quoi elle donne. Puis elle revient, se rallonge et demande un verre d’eau.
J’hésite, mais le lui fais porter. Je ne suis pas très à l’aise. Elle reprend,
progressivement, le ton à peu près habituel de son discours et essaie à
nouveau d’interpréter en termes analytiques, ce qui, à ses yeux, a eu lieu.
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Or, ce qui a eu lieu n’est pas ce qu’elle a vu, mais ce qui s’est passé, le
petit événement psychique qui lui a permis de me retrouver lors de la séance
précédente. Retrouver est le mot qu’elle emploie lorsqu’elle évoque, après
une longue période de haine à son égard, haine partagée avec sa mère, le
désir qu’elle a eu, en fin d’adolescence, de revoir son père. Ce qu’elle a vu,
le caducée sur la voiture du kiné, a brutalement ramené dans son esprit
mon personnage. Celui du médecin qui s’occupe d’elle (elle m’appelle sou-
vent docteur) et qui a pris de nouvelles couleurs transférentielles, pater-
nelles, en s’extirpant d’un brouillard parental qui confondait les images de
l’homme et de la femme, du père et de la mère – voir, d’ailleurs, les images
androgynes : sénateur-maire (mère), qui est aussi un petit c…

La conversion

La séance continue. Elle parle normalement et poursuit son auto-ana-


lyse rassurante, toujours autour de la scène primitive, son thème favori,
puis passe à des propos anodins, mais associatifs. Je remarque alors que
sa main droite s’anime de façon bizarre. Elle se dispose en « main d’ac-
coucheur », c’est-à-dire en tête de serpent. Puis le bras droit s’élève
pour la porter lentement vers la bouche. Crise de tétanie ? Pas vraiment.
La main d’accoucheur est peut-être d’ordre tétanique, mais l’intention-
nalité du bras atteste de l’aspect conversif. Ma patiente me dit qu’elle a
mal au bras et à l’épaule et son regard se porte sur sa main, qui poursuit
son mouvement vers la bouche. Elle voit donc cette main, apparemment
vécue comme étrangère, s’avancer vers elle et me demande calmement :
« Vous avez vu ? » Son bras tordu et sa main d’accoucheur, figés dans
une posture anormale, ainsi que la douleur, subsisteront dans une par-
faite indifférence, jusqu’à la fin de la séance, que j’indique comme à
l’accoutumée. Tout rentre alors dans l’ordre.
Cette femme avait commencé sa crise hystérique à la vue du caducée et
du jeune conducteur, puis l’avait reprise et aggravée pendant la séance.
Son père avait quitté sa femme et sa fille quand elle avait sept ans. Et elle
ne l’avait vraiment revu que neuf ans après, en pleine adolescence.
Me retrouver, c’était aussi retrouver le monde d’affects vécus lors-
qu’elle était toute petite. Revivre la perte, le manque, et le deuil qu’elle
avait dû faire lors du départ de son père, sans compter la souffrance de
ne plus le voir et la difficulté de partager la haine de la mère à l’égard de
son mari. C’était affronter le spectre de la dépression et de la souffrance
morale, sans l’outil pour les traiter.
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La chaîne signifiante « J’ai dit… retrouver… père… » déclenche un


« trop » d’affects, même s’ils étaient joyeux au début. Ma patiente a buté
sur une impossible élaboration psychique et c’est un autre enchaînement,
faisant intervenir le comportement et le corps, qui s’est imposé dans l’ur-
gence. La perception du caducée, « entrer dedans » par-derrière, repre-
nant l’idée de sodomie (ou de fellation, car elle ne se souvenait plus si le
caducée était sur le pare-brise de la voiture ou sur la vitre arrière, mais
elle savait bien où était ma place pendant la séance), bref toute une vio-
lence incontenable pour un psychisme précipité dans son traumatisme.
Ma patiente ne fit aucun autre épisode de conversion. Le travail ana-
lytique, aussi prudent qu’il ait pu être, l’avait amenée, pour qu’ait eu
lieu l’épisode que j’ai présenté, à un point de vérité psychique qui ne lui
permettait pas d’alternative. C’était là son chemin obligé.

LES DOULEURS PSYCHOGÉNIQUES

L’hystérie est-elle, en même temps que celui de la névrose, le modèle


des douleurs physiques psychogènes ? J’ai écrit un livre, Le Corps et la
Douleur (2004), qui traite abondamment ce sujet. Si la conversion dou-
loureuse de l’hystérique implique, nous dit Freud, une « prédisposition à
la conversion », dont il ne précise d’ailleurs pas la nature (peut-être est-
ce ce qu’il appelait la constitution), il ne fait aucun doute que l’aptitude
à la conversion est consubstantielle à l’homme. Tout être humain peut y
recourir dans certaines occasions et, de façon générale, quand nous
accompagnons le flux de nos affects d’une gestuelle ou d’une mimique.
Mais il vaut mieux poser autrement la question :
Pourquoi certains patients, tels les hystériques, les hypocondriaques,
et certains névrosés post-traumatiques (par exemple, les lombalgiques
dits psychogéniques), se plaignent-ils de douleurs alors qu’ils n’ont pas,
ou presque pas, de lésions somatiques ?
Et, d’autre part, pourquoi certains malades psychosomatiques, dans
certaines conditions (vie opératoire, dépression essentielle…), ne se plai-
gnent pas, ou très peu, alors qu’ils souffrent d’affections graves et
potentiellement douloureuses ? Je pense aux patients atteints de polyar-
thrite rhumatismale, ou de recto-colites hémorragiques, qui souffrent
indiscutablement mais ne posent pas de problèmes particuliers aux
somaticiens, qui savent très bien les soigner.
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Il y aurait ainsi, chez certains sujets, une nécessité de plainte, qui les
amènerait à exprimer une douleur et à demander des soins, alors que ce
n’est pas le cas des psychosomatiques au sens de Marty et de l’École de
Paris.
J’ai développé dans mon livre une théorie que je ne fais qu’esquisser
ici, la théorie de la névrose algique ou algose, afin d’essayer d’éclairer,
sinon de comprendre, le phénomène de la genèse psychique de la douleur
physique et de la plainte qui y est associée ; mais aussi, a contrario, de
rendre compte du mystère de l’absence de douleur ou, du moins, de
plainte des patients psychosomatiques.
L’algose, ou « névrose algique », consisterait dans le fait d’investir dans
un premier temps une douleur existante, un ressenti douloureux ou une
simple cénesthésie, en percevant ou en y attachant un certain degré d’in-
tensité douloureuse, puis, dans un deuxième temps, de se livrer à une véri-
table culture du phénomène douloureux. Le premier temps correspond à
une nécessité humaine fondamentale, partagée par tous. Le deuxième, plus
complexe, fait intervenir l’organisation psychique du sujet.
Le cas des lombalgiques et celui des hypocondriaques éclairent cette
possibilité de retour et de recours au corps, au corps douloureux, comme
défense. La douleur somatique devient, dans ces cas, l’équivalent d’un
symptôme psychique, comme nous pouvons le voir dans l’hystérie, mais
dans une configuration différente.
Les lombalgiques – je ne parle ici que de ceux dénommés psychal-
giques par les rhumatologiques – ont un profil caractéristique : après un
accident bénin, même insignifiant, ils ressentent une douleur invalidante,
rapidement chronique, et inguérissable. Avant leur accident, ils étaient
des travailleurs infatigables, dévoués, consciencieux, et se livraient à une
hyperactivité impressionnante. L’accident qui a mis fin à cette période
est l’occasion, pour eux, d’évoquer une prime enfance catastrophique,
marquée par la misère, les abandons, les deuils, les privations affectives.
Bref, ils avaient contre-investi la détresse et la souffrance des origines.
Ils essayaient de réparer la mère qu’ils n’ont pas eue, en réparant le
monde. Mais la faille originaire était l’avant-coup d’un accident qui était
en quelque sorte au rendez-vous, une répétition. Ils étaient traumato-
philes, victimes d’un destin « démoniaque » qui devait les rattraper.
Quant à la scène inlassablement racontée par l’hypocondriaque au
médecin, elle est à l’image de sa relation avec une mère très précocement
toxique, et c’est pourquoi d’ailleurs cette scène, physiologique, est sou-
vent digestive. Elle est l’objet d’une théorie que le patient oppose, de
façon têtue, à celle du médecin. Il fait avec ce dernier ce qu’il n’a pu
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faire avec la mère. Son but n’est pas de guérir mais de triompher. Dans
cette scène, la mère est à la fois maîtrisée, avalée et fécalisée, donc neu-
tralisée, mais elle est aussi conservée. La scène sans cesse représentée est
celle d’un caveau : celui de l’éternel enfant mort, pourtant victorieux
dans sa destruction et sa douleur.
Ce qui est séparé en deux temps, chez le lombalgique, est confondu en
un seul, chez l’hypocondriaque, triomphe et défaite, sous le sceau du
traumatisme et de la nécessité d’exprimer la douleur.
Et le psychosomatique ? C’est ici l’occasion d’en parler et de tenter
de comprendre pourquoi, lui, ne se plaint pas. Je pense que lombal-
giques et hypocondriaques ont « préféré » la vivance de la douleur à la
mortification du pare-excitations (le pare-excitations freudien est,
métaphoriquement bien sûr, une partie du psychisme qui a perdu sa
qualité de vivant, à titre protecteur). Ils ont investi la douleur et essayé
d’en faire quelque chose. Le psychosomatique futur, lui, a pris très tôt
et de plein fouet la violence des excitations. Il est devenu en grande par-
tie lui-même un pare-excitations mortifié. Je pense ici à ce que G. Szwec
(1988) a décrit, à la suite de L. Kreisler, sous le nom de « comportement
vide du jeune enfant », enfant « non câlin » qui investit le comporte-
ment factuel et non pas créatif, comme le lombalgique, pour combler le
vide fantasmatique.
L’algose, cet investissement nécessaire et maintenu de la douleur,
serait important chez les psychogéniques, faible voire inexistant chez les
psychosomatiques. J’ajoute que l’investissement « algique » assure de
fortes assises narcissiques, masochiques évidemment mais triomphantes,
aux patients.

RETOUR À L’HYSTÉRIQUE

On sait qu’en 1920 Freud a remanié sa théorie de la névrose en pre-


nant en compte la névrose traumatique et en l’opposant à la névrose hys-
térique, son premier prototype. Il écrit : « Le tableau clinique de la
névrose traumatique se rapproche de celui de l’hystérie par sa richesse
en symptômes moteurs similaires ; mais en règle générale il le dépasse
par ses signes très prononcés de souffrance subjective, évoquant par là
l’hypocondrie ou la mélancolie, et par les marques d’un affaiblissement
et d’une perturbation bien plus généralisés des fonctions psychiques. »
62 Gabriel Burloux

J’ai souligné en règle générale pour pointer qu’entre les deux entités
nosographiques la frontière n’est pas nette. L’hystérie est tout un monde,
cosmopolite, qui s’étend depuis la misère du corps jusqu’à l’arbores-
cence du plus complexe des psychismes. Ce kaléidoscope lui permet de
surgir là où on ne l’attend pas, et en particulier dans la conversion qui
est un retour au corps mais aussi, d’une manière ou d’une autre, à la
douleur. Cette possibilité la rapproche donc des névroses traumatiques et
l’éloigne de l’étiologie traumatique « sexuelle » dont elle s’est affublée
lors de ses débuts dans l’analyse, aidant ainsi Freud dans sa géniale
invention (tout dépend d’ailleurs de ce que l’on appelle le sexuel).
Les douloureux psychogéniques proposent une réponse plus immé-
diate à la question du retour-recours à la douleur comme solution psy-
chique – solution psychique à une difficulté qui devrait plutôt mobiliser
le psychisme. En effet, chez eux, la trace qu’a laissée la douleur des ori-
gines est particulièrement criante, si on sait écouter un peu. Il faut par-
tir de l’idée freudienne de l’Hilflosigkeit, de la détresse originaire du
nouveau-né humain, qui n’implique pas, comme le disait Rank, une
nécessité de la surmonter toute la vie, à chaque occasion d’angoisse, mais
qui constitue un état originel de besoin d’aide. C’est à la mère, au sens
large, qu’il appartient de faire ce travail avec son enfant, travail de
dédolorisation de cet état primitif, qui se répète si souvent au début de la
vie d’un nourrisson, et qui s’accompagne de l’œuvre de psychisation du
petit homme, de son humanisation. Il subsiste un reste, une trace et il se
forme un destin. Entgegenkommen, la complaisance somatique serait
une de ces traces.

Comment a vécu la petite hystérique

Dès 1973, J. Lubtchansky remarquait que l’intuition de Freud lui


avait permis d’apercevoir, derrière le sexuel tapageur du traumatisme mis
en avant par ses patientes hystériques, bien des drames et des misères.
Histoire d’amour, demandait-elle dans son bel article, ou histoire de
mort ? Et elle insistait sur la nature narcissique des traumatismes subis.
Masud Khan (1974), lui, tranche le problème et affirme que s’il y a
bien eu un trauma réel dans l’histoire de l’hystérique, il n’est pas de
nature sexuelle. La mère de la future hystérique s’occupe du corps de
son enfant, pas des besoins de son moi. L’enfant se soigne elle-même de
ce traumatisme par l’exploitation sexuelle des expériences du moi-corps.
« Les souvenirs que l’hystérique garde de sa première enfance sont des
La conversion douloureuse hystérique 63

souvenirs principalement somatiques ». Un clivage se crée entre l’expé-


rience sexuelle et l’utilisation créative des capacités du moi.
F. Brette (1982, 1985, 1986, 2000) a interrogé la qualité du lien primaire
et montre comment le trauma apparent d’une perte d’objet vient réactiver,
après coup, le deuil non fait des objets œdipiens. « Du traumatisme et de
l’hystérie pour s’en remettre », dit-elle. Un trauma peut en cacher un autre.
J. Schaeffer (2000), avec un autre angle d’approche, axé sur le refus
du féminin, serre de très près le désarroi de l’hystérique devant la pous-
sée constante et effractrice de la pulsion, ses difficiles et nombreux
contre-investissements, ses refus, et l’utilisation défensive de son corps.
Chez l’hystérique, le travail insuffisant de symbolisation a laissé de
trop nombreuses traces dont la représentativité déficiente n’assure pas
un épanouissement homogène du psychisme. Ces traces, traumatiques,
viseront à la répétition, à la réminiscence. Mais pourquoi dans le corps ?
Sans doute est-ce parce que le corps est un refuge pour ce que ne peut
intégrer ou recevoir le psychisme, et on le conçoit facilement. Mais aussi
pour la raison inverse : une sorte d’appel venant d’un corps qui se sou-
vient. La complaisance somatique est grosse de ces souvenirs. Un fan-
tasme du moi-corps pour un fantasme de l’esprit. Nous reverrons cela.

Décharge fantasmatique et décharge corporelle

Il y a bien des manières de lire et relire « On bat un enfant », l’article


écrit par Freud en 1919, surtout réfléchi par Freud dans sa version
féminine.
Il s’agit d’un fantasme en trois actes. Le premier acte est tiré du sou-
venir d’une scène réelle : quelqu’un (qui s’avérera être le père) bat un
enfant, haï par le sujet, par exemple un frère ou une sœur plus jeune ou
qui le représente. Il n’est pas anodin, comme l’a souligné M. Fain, qu’à cet
instant l’adulte qui bat est furieux. Le fantasme est sadique ou imprégné
de sadisme. Le deuxième acte, lui, reste inconscient et ne peut être qu’une
construction de l’analyse. Il est devenu masochiste : « Je suis battue par
le père ». Il apaise ainsi la conscience de culpabilité. Il est la « punition
pour la relation génitale prohibée avec le père, mais aussi le substitut
régressif de celle-ci ». Il sera la source de l’excitation libidinale qui se
déchargera dans les actes onanistes. Quant au troisième, il subsistera sous
la formulation « on bat un enfant », qui gardera son potentiel excitant et
sa décharge masturbatoire. Les fantasmes associés auront une apparence
sadique mais permettront d’obtenir une satisfaction masochiste.
64 Gabriel Burloux

C’est là un bel exemple de rapatriement de la pulsion sur le moi, avec


la complicité du masochisme, et de l’utilisation de ce dernier pour épa-
nouir le psychisme et le monde fantasmatique. On sait à quel point Anna
Freud était hantée par ce fantasme, mais son analyste de père n’était pas
le mieux placé pour l’apprivoiser.
Or, j’ai souvent pensé que les hystériques pouvaient être très près de
ce type de fantasme, qui n’avait pas cependant, chez elles, un aspect
structurant et unificateur de la psyché, bien plutôt un aspect chaotique
et non pas inorganisé ou désorganisé, mais mal organisé. L’hystérique
préfère, semble-t-il, la conversion, simple retournement sur le moi, au
double retournement qui permettrait l’éclosion du fantasme.
De même, le souvenir-écran, à la fois résultat et source du travail psy-
chique et qui s’épanouit dans sa propre transformation au cours du
temps, ne se constitue que parcimonieusement et comme à regret chez
l’hystérique. Il répugne à se fondre avec d’autres impressions mnésiques
pour nourrir le monde fantasmatique. Il est un peu dilacéré, ou struc-
turé en îlots, il manque d’unité. Si bien que le cours du flux imaginaire
se coupe, rebondit ailleurs, comme attiré par des éléments rebelles. L’af-
fect en devient capricieux.
Je serai, pour ma part, d’accord avec M. Khan. Le monde des cénes-
thésies, des éprouvés corporels précoces, de toutes les sensations de l’en-
fant, n’a pas suffisamment trouvé de sens dans la relation mère-enfant.
Il n’a pas été accompagné d’un flot d’affects joyeux, consolateurs ou
compassionnels, en tout cas vivants, alimentant l’enfant au ras de ses
découvertes et de son évolution, et favorisant les identifications.
Une sexualité comme plaquée à coups de truelle sur un narcissisme
souffrant, un corps qui n’a pas été authentifié, une pulsion plus effrac-
trice que nourricière pour parler comme J. Schaeffer, une excitation,
enfin, qui reste trop souvent sans retour satisfaisant, tout cela permet de
comprendre la tendance à régresser vers un somatique, finalement ras-
surant. C’est là le chemin de la conversion.

Régression et dépression

De même que les images d’un rêve s’imposent au rêveur, les formes de
la conversion ne sont pas choisies par les patients. Je pense que les deux
régressions, celle du rêve et celle de la conversion, sont comparables. La
régression se fait vers des points de fixation qui, à leur tour, l’orientent.
Ce sont des expériences infantiles revisitées qui témoignent de l’expres-
La conversion douloureuse hystérique 65

sion d’un désir toujours présent. Est-ce aussi vrai pour la conversion
que pour le rêve ? Pour ce qui concerne les douleurs hystériques, Freud
dit qu’elles sont symboliques, témoignant donc d’une trace, mais aussi
que « ce sont les douleurs les plus communément répandues parmi les
êtres humains » que l’on retrouve dans les conversions. Il dit aussi que
« dans la plupart des algies hystériques une douleur d’origine réellement
organique avait réellement existé au début ». Notons la redondance. Il
évoque donc une sorte de tronc commun des douleurs humaines et,
d’autre part, la nécessité d’une empreinte douloureuse organique pour
mordancer le phénomène de la régression.
Lors de l’épisode conversif de ma patiente, j’avais été frappé par
deux aspects bien différents. La main d’accoucheur est une position clas-
sique des crises de tétanie, et on connaît la proximité entre tétanie et
conversion. Ma patiente n’avait jamais fait de crise tétanique. Mais l’in-
tentionnalité de diriger la main vers la bouche n’est pas, elle, classique.
Quant au bras bizarrement tordu, qui ne ressemblait à rien, il visait, au
début de son mouvement, quelque chose situé en arrière, c’est-à-dire
moi. Que penser de tout cela ?
Plus tard, les associations de la patiente se sont d’abord portées sur
la masturbation, puis ont repris les idées de devant et derrière, de fella-
tion et de sodomie, bref le discours que Freud attendait de ses hysté-
riques, à l’époque des Études.
Cependant, le clivage entre l’hémicorps gauche, en accord avec le ton
tranquille d’un discours bien ordonné, et l’hémicorps droit, tordu dans
sa conversion, ne pouvait que me faire penser à celui de la patiente de
Freud, d’une part homme arrachant le vêtement féminin et, d’autre
part, femme le retenant. Ce clivage témoigne de la bisexualité psychique.
C’est pourtant différemment que j’ai compris les choses, en constatant
que j’étais bien plus affecté par le bras que par le discours. J’imaginais
donc, au-delà de ce premier clivage homme/femme et plus en profondeur,
un autre tableau : celui d’une mère sourde à son enfant et lui parlant
sans s’occuper de ce qu’elle ressentait. Un clivage mère/fille, donc, plus
à prendre en considération que le clivage bisexuel. J’assistais bien là à
un tournant de la cure.
Je considère la régression qu’implique la conversion non seulement
comme une solution somatique pour un psychisme mal défendu par le
refoulement, mais aussi, mais surtout, comme une réponse à l’appel d’un
moi-corps nostalgique, qui réclame une satisfaction autrefois refusée. La
régression est donc l’alliée, et peut-être le moteur, du retournement de
l’énergie pulsionnelle sur le moi et aurait donc une intentionnalité ambi-
66 Gabriel Burloux

valente au service, à la fois, des pulsions de mort et de vie. Elle voudrait


réoccuper une position ancienne de déception, pour la retrouver dans
une satisfaction masochique, satisfaction de non-satisfaction comme le
dit J. Schaeffer (2000). Il y aurait donc chez l’hystérique, outre la néces-
sité, un désir de conversion.
La douleur, qui n’est qu’une traduction, hic et nunc, d’un état autre-
fois flou, non qualifié, et surtout pas par la mère, aide à effectuer cette
conversion. Elle est, de plus, une violente protestation narcissique, une
protestation d’existence.
Lors de ces moments, où il serait bon de se laisser aller à un certain
travail psychique, au prix d’un certain degré de dépression, certes, mais
d’une dépression maturante, l’hystérique ne peut accepter cette régres-
sion d’un autre type. Elle préfère se jeter dans la conversion qui évite
l’élaboration. Freud (1895) avait découvert, avec Elisabeth von R., que
la douleur physique survenait chez l’hystérique afin d’éviter une douleur
morale. Je le cite : « en lieu et place des douleurs morales évitées, des
douleurs physiques survinrent, la transformation fournissait un bénéfice
du fait que la malade échappait à un état moral insupportable ».
Le rôle et les fonctions de la conversion apparaissent alors : éviter le
psychisme redouté, « réanimer la douleur pour éviter le vide », comme
l’a écrit A. Jeanneau (1985), renouveler l’appel muet qui n’a jamais été
entendu, le tout sur un fond de forte revendication narcissique.
L’hystérique préfère donc la douleur physique à l’angoisse ou à la
dépression. Son aptitude et sa prédisposition à la conversion, son incapa-
cité à l’élaboration psychique, du moins dans certaines conditions, en sont
la cause. On a vu ce que ma patiente ne voulait ni revivre ni affronter. Avec
beaucoup de difficultés, elle l’a pourtant fait, dans le cours de sa longue
analyse. Longue, difficile mais dont la fin heureuse est une raison d’espoir.
Entre oppression d’oubliance et pression de souvenance.

GABRIEL BURLOUX
120 rue Sully
69006 Lyon

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RÉSUMÉ — L’énigme de la conversion, que nous a léguée Freud, a gardé son mystère. À
partir d’un exemple clinique dans lequel, au cours d’une séance d’analyse, on voit coexis-
ter un discours associatif libre, une grande crise d’hystérie, puis un phénomène de
conversion, l’auteur se risque à des considérations théoriques qui tentent d’éclairer ce
phénomène de la conversion, à la fois nécessité de retour nostalgique au corps, donc
accomplissement de désir, mais également nécessité de ce qui est aussi un recours pour fuir
une réalité psychique inélaborable.

MOTS CLÉS — Conversion. Psychogénie de la douleur. Psychosomatique. Traumatisme


précoce. Régression.

SUMMARY — The enigma of conversion which we have inherited from Freud, has kept its
mystery. From an analytical session during which free association, an hysterical crisis,
and a phenomenon of conversion are observed as coexisting, the author risks some theo-
retical considerations attempting to clarify the phenomenon of conversion which is both a
68 Gabriel Burloux

necessity to nostalgically return to the body, therefore fulfilling a wish, and a necessity to
escape intolerable psychical reality, impossible to elaborate.

KEY-WORDS — Conversion. Psychogenesis of pain. Psychosomatics. Early trauma. Regression.

ZUSAMMENFASSUNG — Das Rätsel der Konversion, das Freud uns hinterlassen hat, hat
sein Geheimnis gehütet. Von einem klinischen Beispiel ausgehend, bei dem eine frei asso-
zierende Rede, ein großer hysterischer Anfall, dann ein Konversionsvorgang im Laufe
einer analytischen Stunde koexistieren, versucht der Autor theoretische Betrachtungen
zur Erklärung der Konversion vorzuschlagen. Die Konversion erscheint dabei nicht nur
als Notwendigkeit einer nostalgischen Rückkehr zum Körper, also als Wunscherfüllung,
sondern auch als notwendiges Hilfsmittel, um einer nicht zu verarbeitenden psychischen
Realität entfliehen zu können.

STICHWÖRTER — Konversion. Psychogenese des Schmerzes. Psychosomatik. Frühzeitiges


Trauma. Regression.

RESUMEN — El enigma de la conversión, que Freud nos ha legado, guarda su misterio. A


partir de un ejemplo clínico en el que, en una sesión de análisis, vemos coexistir un dis-
curso asociativo libre, una gran crisis de histeria y un fenomeno de conversión, el autor
se arriesga a consideraciones teóricas que intentan aclarar el fenomeno de la conversión,
a la vez la necesidad de la vuelta nostálgica al cuerpo, luego realización del deseo, pero
igualmente necesidad de lo que es también un recurso para huir de una realidad psíquica
inelaborable.

PALABRAS CLAVES — Conversion. Psicogenia del dolor. Psicosomática. Traumatismo pre-


coz. Regresión.