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ÉTUDE DE DOSSIER

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Adjoint de direction 2009
Concours externe et interne

À l’occasion de la crise financière qui a débuté en 2007, la question de la régulation de la finance


offshore est revenue au premier plan de l’actualité.
Sur la base du dossier ci-joint, vous rédigerez une note analysant les problèmes que posent les
paradis fiscaux et bancaires ainsi que la pertinence et l’efficacité des mesures prises à leur
encontre.

LISTE DES DOCUMENTS JOINTS

1 Il faut élaborer un registre, pays par pays, des trusts et fiducies


Interview de Daniel Lebègue par Yves Bourdillon – Les Échos – 8 avril 2009 – 1 page
2 Jean-Marie Messier : « Le vrai problème des paradis fiscaux n’est pas la fiscalité mais la
traçabilité. » – Rédaction « Good Morning Business » – BFM – 2 avril 2009 – 2 pages
3 Maintenir la pression
Christian Chavagneux – Alternatives économiques n° 279 – Avril 2009 – 2 pages
4 Les entreprises françaises aiment les paradis fiscaux
Marie-Salomé Rinuy et Christian Chavagneux – Alternatives économiques n° 279
Avril 2009 – 3 pages
5 Sortir les banques françaises des paradis
Marie-Salomé Rinuy et Christian Chavagneux – Alternatives économiques n° 279
Avril 2009 – 3 pages
6 Overview of the OECD’S work on countering international tax evasion – 21 avril 2009 – 15 pages
6 bis Mise à jour du rapport de l’OCDE au 24/07/2009 – 1 page
7 De la fin des paradis fiscaux aux taxes globales – Rapport Attac France – Mars 2009 – 7 pages
8 Les banques françaises proposent aux autres banques européennes un ensemble de mesures
concernant leurs activités dans les pays non-coopératifs
Fédération bancaire française – 22 mai 2009 – 2 pages
9 Paradis fiscaux, paradis perdus ?
Interview de Pascal Saint-Amand et Eva Joly par Vittorio de Filippis
Libération.fr – 18 mai 2009 – 3 pages
10 Déclaration publique du GAFI – 25 février 2009 – 2 pages
11 Ouragan sur les caïmans
Marc Roche – Le Monde – 24 juin 2009 – 2 pages
12 La conférence sur les paradis fiscaux veut sanctionner efficacement l’opacité des trusts et des
fondations – Yves Mamou – Le Monde – 26 juin 2009 – 1 page
13 Le Luxembourg passe avec succès l’examen fiscal de l’OCDE
Richard Werly – www.letemps.ch – 9 juillet 2009 – 1 page
1
« Il faut élaborer un registre, pays par pays, des trusts et
fiducies »
Interview de Daniel Lebègue, Président de Tranparency International France
Lors d'un entretien aux « Échos », Daniel Lebègue, président de la branche française de Transparency International,
principale ONG de lutte contre l'évasion fiscale, la corruption et le blanchiment d'argent, estime qu'à la suite du G20 il va
être possible d'éliminer les « trous noirs » de la finance internationale. Et il défend la cohérence des listes de paradis
fiscaux.

Pourquoi Transparency International a-t-il salué avec un tel enthousiasme l'accord du G20 ?
Il s'agit à mon sens de la réunion internationale la plus importante dans le champ économique et financier depuis les
accords de Plaza en 1985. Un ensemble de pays représentant 85 % du PIB mondial ont pris des décisions d'une densité
exceptionnelle pour reconstruire un système mondial de régulation. Tous les acteurs de la finance offshore, qu'il s'agisse
des paradis fiscaux ou des centres financiers non régulés, vont entrer dans le champ de la régulation et de la supervision. Il
ne s'agit pas seulement de lutter contre l'évasion fiscale en ces temps de crise, mais aussi d'éliminer les « trous noirs » de la
finance, sans quoi la reconstruction du système financier mondial serait un vain mot.

Justement, à propos de trous noirs, le G20 ne s'est absolument pas attaqué aux trusts, fiducies ou fondations qui
peuvent masquer leurs ayants droit économiques dans le Delaware, le Nevada, etc.
Certes, cet aspect du dossier ne figurait pas dans le relevé de conclusions du G20. Mais l'Europe va réviser sa directive sur
l'épargne au second semestre de cette année de manière à couvrir les structures collectives de type trusts, fiducies et autres
« anstalt » et à identifier leurs ayants droit économiques. Pour ce qui est des États-Unis, puisque l'on définit un paradis
fiscal comme un territoire à fiscalité quasi nulle et qui se refuse à l'échange d'informations avec des États tiers, le Delaware
n'est pas un paradis fiscal.

On peut pourtant y monter une société écran en quelques clics d'ordinateur...


Il faut traiter ce problème. Je constate d'ailleurs qu'il y a sur le bureau du Congrès américain une proposition de loi du
sénateur Carl Lewin, qui avait cosigné en 2007 avec Barack Obama le « Stop Tax Heavens Abuses Act », qui vise à
sanctionner les États, les multinationales et les intermédiaires, avocats, banquiers, auditeurs, prêtant leur concours à des
actes financiers frauduleux, c'est-à-dire allant bien au-delà de l'optimisation fiscale légale. Le secrétaire au Trésor,
Timothy Geithner, a d'ailleurs donné son appui récemment à la proposition du sénateur Lewin. Transparency International
propose aussi qu'on élabore un registre, pays par pays, des trusts et fiducies dans lequel seraient consignés leurs statuts,
fondateurs, bénéficiaires, montant des capitaux gérés, qui serait consultable par les administrations et les magistrats.

Toutes ces listes blanches, grises ou noires censées amener à la disparition des paradis fiscaux ne souffrent-elles pas
toutefois de quelques incohérences ?
On peut en discuter, mais je fais confiance à l'OCDE. L'idée selon laquelle ces listes ont été établies par des grands pays
contre des petits ne tient pas la route. L'élément nouveau déterminant, c'est l'annonce par le G20 de sa volonté de prendre
des sanctions vis-à-vis des pays qui ne seraient pas réellement coopératifs.

On voit pourtant Macao et Hong Kong y échapper, tout comme les îles Vierges britanniques.
Macao et Hong Kong sont considérés comme des territoires administratifs spéciaux dépendants de la Chine, qui a donné
toute assurance d'appliquer le standard de l'OCDE.

Mais Gibraltar aussi peut être considéré comme un territoire administratif de la Couronne britannique, et il figure sur
une liste, lui.
Il a certains attributs de souveraineté d'un État, à la différence de Macao qui est simplement une région chinoise. Quant
aux îles Vierges britanniques, j'attends de voir s'ils vont appliquer leurs engagements. La liste du G20 n'est vraiment
qu'une première étape. Mais le mouvement est lancé, l'idée d'une suppression à terme des paradis fiscaux est dans les têtes.
On me dit que des milliers d'entreprises sont en train de se faire désenregistrer du Panama ou des îles Caïmans.

L'exigence de devoir étayer par des soupçons toute demande d'information adressée à un paradis fiscal ne réduit-elle
pas fortement la portée des avancées récentes ?
Je ne crois pas. Pour éviter le « fishing », la pêche générale aux informations, le fisc doit justifier sa demande de
renseignement individualisée, par exemple en arguant d'un train de vie du contribuable manifestement supérieur aux
revenus. Mais c'est lui qui jauge souverainement s'il s'agit d'un soupçon étayé, pas l'État récepteur de la demande. Cela
change tout.
Propos recueillis par
Yves BOURDILLON
AD 2009 2/46 Les Échos
08/04/2009
2
Jean-Marie Messier : « Le vrai problème des paradis fiscaux n'est pas
la fiscalité mais la traçabilité »
Alors que s'ouvre la réunion du G20 à Londres, l'homme d'affaires insiste sur la nécessité de réformer
les paradis fiscaux, qu'il qualifie de « trous noirs » de l'information.

Stéphane Soumier : J'ai du mal à comprendre que l'on puisse se bloquer, au moment du G20,
sur cette histoire de paradis fiscaux...
Jean-Marie Messier : Il était prévisible que l'on bloque sur les paradis fiscaux, parce que c'est une
question où il s'agit de mettre fin à des décennies d'immobilisme et de faux espoirs. Cette difficulté
traduit une différence de priorités : chez les Américains, il faut relancer et mettre le malade debout,
alors que, du côté européen, il faut instaurer une régulation et empêcher le malade de rechuter. Cette
différence est assez artificielle, à mon avis les deux priorités sont inséparables.

Mais les paradis fiscaux ne sont pour rien dans ce que l'on est en train de vivre aujourd'hui...
Bien sûr que si. Je pense que les paradis fiscaux sont le trou noir de l'information, c'est ce qui fait
que vous ne savez pas où vont les produits et les placements Madoff et que, au moment où Lehman
Brothers fait faillite, vous ne voyez pas où sont les risques et où sont les contreparties. Il faut bien
comprendre que le problème des paradis fiscaux n'est pas tant la fiscalité que l'information. Cette
information est indispensable. La traçabilité, c'est la clé du contrôle, de la lutte contre les excès.
C'est pour cela que je pense que les Européens doivent tenir bon, y compris face aux Anglo-Saxons
et aux Américains.
Selon vous, on est encore dans la phase de sauvetage de l'économie mondiale ou on est entré
dans la phase de reconstruction ?
Je crois que l'on est encore en phase de sauvetage, tout simplement parce que la purge n'est pas
terminée. Quand vous regardez la situation des banques, il y a encore une série de mauvaises
nouvelles à venir. Tous les financements à effet de levier qui ont été faits dans des conditions
extrêmement agressives ces dernières années sont menacés. Les hedge funds dont vous venez de
parler vont devoir continuer à rembourser en 2009 certains de leurs investisseurs. Quoi qu’il arrive,
ils vont faire des ventes.
Ce n'est pas fini ?
La purge n'est pas terminée, et elle ne le sera pas en 2009. Maintenant, il est un peu artificiel de
distinguer le sauvetage et la reconstruction. On sait que l'on ne va pas repartir tout de suite, que les
problèmes des banques sont à régler sur des années. Les actifs toxiques ne vont pas disparaître en
quelques mois. Pour gérer le problème de ces actifs, il va falloir cinq ans, dix ans. Donc, en
parallèle, il faut trouver les moyens de relancer le crédit. Je pense que, plutôt que de concentrer des
sommes énormes au sauvetage des actifs toxiques, il faut aller directement là où le crédit est
nécessaire, c'est-à-dire vers les entreprises. De manière paradoxale, pour relancer le crédit, il faut
sauter la case banque. Je prône une mesure, qui est que les banques centrales garantissent les
émissions obligataires des entreprises en direct, pour que celles-ci puissent se financer plus, et à
moindre coût, tout de suite.
Le G20 peut-il stopper la crise ?
Non, il ne peut pas stopper la crise, mais il peut faire bouger un certain nombre de lignes. L'intérêt
du G20, c'est le courage de faire bouger. Vous prenez les paradis fiscaux, vous prenez un certain
nombre de sujets : chaque pays a peur de bouger seul, il se dit que, s'il fait quelque chose, les autres
pays vont garder un avantage compétitif. Une décision unanime du G20 donne le courage d'avancer.
Même si le G20, sur certains points, n'arrivait pas à cette position unanime, l'important, c'est de
bouger. Il faudra trouver des alliés, prendre des initiatives avec eux, faire masse autant que possible,
prendre le risque d'avancer en se disant que les autres suivront.
AD 2009 3/46 La rédaction “Good Morning Business”
BFM – 02/04/2009
2
L'autre grand enjeu, presque l'enjeu principal, dans le fait de réunir l'ensemble de ces
hommes et femmes, c'est finalement d'affirmer ensemble que le protectionnisme ne passera
pas. Il y avait un sondage assez impressionnant à la une de La Tribune, selon lequel les
citoyens européens voulaient des mesures protectionnistes. Que peut-on dire là-dessus ?
On est toujours au ras de la ligne jaune. Quand Obama dit qu'il est pour la relance, la relance
« made in US », on est à la limite de ce protectionnisme, et c'est une réaction normale. Là-dessus, je
crois qu'il est important de tenir bon. La leçon de toutes les crises des décennies précédentes, c'est
que le protectionnisme accélère la récession, qu’il accélère la dépression. Il n'y a pas de voie de
sortie par le protectionnisme.

On fait souvent remarquer que l'on est face à des hommes vraiment volontaires. On n'a
peut-être pas rencontré auparavant dans l'histoire une telle conjonction de volontarisme
politique. Est-ce qu'ils auront assez de force pour faire passer ce message à leurs peuples ?
Je crois que pour faire passer ce message au peuple il faut être capable de rétablir la confiance, et
pour rétablir un minimum de confiance il faut prendre des mesures fortes et des mesures lisibles.
C'est pourquoi il serait grave de ne pas arriver à un accord sur les paradis fiscaux, parce que c'est la
clé de la confiance.
C'est-à-dire que c'est un symbole que l'on peut tous comprendre ?
Oui, et aujourd'hui, de l’affaire Madoff à l'effondrement du système bancaire, on ne comprend pas
ce qui se passe, on ne comprend pas les sommes en jeu. Il faut arriver à retrouver des messages
simples. La lutte contre les paradis fiscaux, c'est un message simple, comme la remise en ordre des
bonus des rémunérations des banquiers dans le monde entier.
Est-ce que quelque chose a changé pour vous, dans votre tête, dans votre pratique ? Est-ce
que vous aussi vous vous dites qu'il faut que l'on fasse autrement ?
La réponse est oui, même dans la pratique de mon métier aujourd'hui. On se concentre beaucoup
plus sur des opérations industrielles, sur des échanges d'actifs industriels, et non sur des montages
financiers extrêmement tendus. La réalité est en train de changer.
Parce qu’aujourd'hui vous ne pouvez pas faire autrement, mais c'est un engagement que vous
prenez aussi pour l'avenir ?
Je crois que l'on n'a pas le choix, et oui, c'est un engagement pour l'avenir, de la même manière que
lorsque vous regardez ce que l'on est en train de faire avec les sommes considérables qui sont mises
sur la table, on endette les générations futures. Il va donc falloir agir aussi dans le sens de l'intérêt
de ces générations futures.

AD 2009 4/46 La rédaction “Good Morning Business”


BFM – 02/04/2009
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Maintenir la pression
Projet de loi, liste noire, coopération..., la lutte contre les paradis fiscaux s'organise. Sous la pression, les
territoires offshore lâchent du lest. Mais trop peu.

L a Suisse, la Belgique, Jersey, le


Liechtenstein, Singapour,
Andorre, Monaco..., on n'en
finit plus de faire la liste des paradis
fiscaux qui ont accepté à la mi-mars
cadre de plus de 70 traités bilatéraux,
qui devront être acceptés un par un
par le Parlement suisse, voire par
référendum ! Autant dire, a affirmé
avec satisfaction, le 17 mars dernier,
entretiennent des liens avec les
paradis fiscaux pourront être
suspectés a priori et ce sera à eux de
faire la preuve de leur bonne conduite.
L'administration fiscale se verrait
de revenir sur l'un des instruments Hans Rudolf Merz, le ministre des doter de pouvoirs d'enquête et de
essentiels de leur existence : le secret Finances et Président tournant du sanction renforcés. Ensuite, les
bancaire. La pression des États-Unis, pays, que cela prendra du temps... intermédiaires privés –avocats,
qui ont forcé la banque suisse UBS à cabinets d'audits, banquiers– qui
De plus, pas question d'accepter la
fournir au fisc américain les noms de participent à ce genre de
pêche aux fraudeurs, qui consisterait
250 de ses clients, conjuguée à comportement seraient plus
pour un fisc étranger à demander
l'approche du G20 d'avril brandissant sévèrement encadrés et punis. Enfin,
l'identité de ses ressortissants ayant un
le spectre d'une liste noire et de c'est le point de focalisation unique du
compte en Suisse, simplement pour
sanctions à l'encontre de paradis G20, les pays qui font la promotion de
vérifier s'il n'y a pas anguille sous
fiscaux désignés comme moutons l'évasion et de la fraude fiscales sont
roche. Pas question donc d'un échange
noirs de la finance internationale, ont inscrits sur une liste noire. Une
automatique d'information avec les
forcé ces territoires à lâcher du lest. attaque à trois niveaux –fraudeurs,
gouvernements étrangers pour les
Une brèche s'est assurément ouverte spécialistes du droit et du chiffre,
aider à traquer leurs fraudeurs, seule
dans le rideau d'opacité qu'ils offrent à paradis fiscaux– qui pourrait faire très
mesure qui mettrait véritablement fin
leurs clients. Mais elle reste trop mal à cette industrie parasite.
au secret bancaire.
mince pour que l'on puisse s'en
Levin a reçu le soutien de Tim
contenter. Tous les paradis fiscaux qui ont suivi
Geithner, le secrétaire américain au
L'article 47 de la loi bancaire suisse de la Suisse ont accepté peu ou prou
Trésor (le ministre des Finances),
1934 a été l'un des meilleurs produits d'être plus conciliants avec les fiscs
pour que les États-Unis adoptent cette
d'exportation du pays. En affirmant étrangers. Ce qui, il y a encore
stratégie. D'autres pays, dont la
que tout employé de banque qui livre quelques mois, paraissait
France, devraient s'en inspirer. La
des informations sur l'identité de ses inimaginable. Mais ils ont lâché le
lutte contre les paradis fiscaux passe
clients, nationaux ou étrangers, est moins possible, tout en renvoyant les
aussi par les politiques nationales. Au
passible d'un délit pénal, cette loi a été contenus précis à des lois à venir.
niveau européen, la France et
l'un des piliers de l'établissement de la Peer Steinbrück, le ministre des
l'Allemagne cherchent à obtenir un
Suisse comme paradis fiscal. Une Finances allemand, ne s'y est pas
échange automatique d'informations.
mesure vite copiée à l'époque, du trompé, réclamant « des accords
Liechtenstein aux Bahamas. concrets ». De même, le sénateur Le G20 se focalise sur la définition
démocrate américain Carl Levin, aux d'une liste noire, comme en 2000. À
La Suisse craque... un peu avant-postes de la bataille aux États- l'époque, trois institutions, l'OCDE, le
La Suisse n'est pas revenue sur ce Unis, s'est réjoui de ces avancées, tout Gafi et le Forum de stabilité
principe. Jusqu'à présent, elle en affirmant que « non seulement les financière, avaient rendu publiques
acceptait de lever l'application de cet limites promises au secret vont mettre trois listes pour dénoncer
article en cas de preuve évidente de des années à être mises en œuvre respectivement les pays aux
fraude fiscale (faux documents, etc.), mais, même alors, elles n'élimineront comportements fiscaux douteux, ceux
mais pas en cas d'évasion fiscale, ceux pas les abus fiscaux offshore ». conciliant avec l'argent mafieux et
qui minimisent leurs impôts en ceux facilitant l'instabilité financière.
L'exemple américain
tournant autour de la loi. Elle vient Cela n'a rien donné. Bien qu'aucune
simplement d'accepter de fournir Le sénateur Levin sait de quoi il parle. sanction ne fût prévue à l'époque, les
l'identité des clients dans ce cas Sa proposition de loi anti-paradis paradis fiscaux ont établi des
également, si un juge ou une fiscaux, déposée au Sénat le 2 mars législations de papier qui leur ont
administration fiscale a des soupçons dernier, en même temps que permis un à un de sortir des listes.
justifiés. Mais les conditions devront Lloyd Doggett à la Chambre des Cette fois, il faudra faire mieux.
être négociées pays par pays, dans le représentants, est un modèle du genre.
D'abord, les contribuables. Ceux qui

AD 2009 5/46 Alternatives économiques


N° 279 – avril 2009
3
Qui utilise les paradis fiscaux ?
Il est difficile d'avoir des données précises dans ce monde de l'opacité
organisée. Mais selon l'expert américain Raymond Baker, l'argent du crime
ne représente que 5 % des flux à destination des paradis fiscaux, celui de la
corruption 30 %, le reste étant lié à la fraude et à l'évasion fiscale aux limites
plus que poreuses.
Tous les utilisateurs des paradis fiscaux ne sont donc pas des voyous
mafieux ! Mais comme l'écrivait le ministre des Finances des États-Unis
Henry Morgenthau, en 1937, « les impôts sont le prix à payer pour une
société civilisée, trop de citoyens veulent une civilisation au rabais ». Parmi
ceux-ci, il y a les personnes aux revenus élevés et les multinationales, qui
préfèrent laisser aux salariés de base l'obligation de payer intégralement
leurs impôts : les paradis fiscaux sont donc l'un des instruments par lesquels
la mondialisation accroît les inégalités.
Les riches les utilisent pour dissimuler leurs revenus, salariaux ou issus de
leurs placements. Ils peuvent se domicilier dans un paradis fiscal (à
l'ancienne) ou bien enregistrer quelques sociétés écrans qui recevront leurs
super salaires, les royalties à protéger, les primes de match ou qui leur
éviteront de payer des droits de succession ou des pensions alimentaires trop
fortes en cas de divorce.
Les grandes banques internationales sont des gros utilisateurs des paradis
fiscaux. Elles les mobilisent pour elles-mêmes, à des fins fiscales ou pour
prendre des risques, et pour proposer des services à leurs clients aisés et aux
entreprises afin de récupérer une partie des commissions liées à la fabrique
d'opacité. Tous les scandales financiers d'entreprises de ces dernières années
ont impliqué les plus grandes banques internationales : Citigroup avec
Enron, UBS avec Madoff, etc.
Les multinationales se servent des paradis fiscaux pour y établir des filiales
investissant ailleurs ou concentrant le produit des droits de la propriété
intellectuelle : peu taxées par définition, ce sont elles qui enregistreront les
profits, tandis que leurs propres filiales dans les pays de destination finale,
plus taxées, en feront peu. Elles les utilisent aussi pour cacher leurs dettes
afin de faire apparaître aux investisseurs potentiels un bilan plus sain qu'il
n'est vraiment, quand ce n'est pas pour truquer purement et simplement les
comptes.

Christian CHAVAGNEUX

AD 2009 6/46 Alternatives économiques


N° 279 – avril 2009
4
Les entreprises françaises aiment les paradis fiscaux
Les entreprises du CAC 40, qu'elles soient bancaires ou industrielles, ne boudent pas les territoires offshore.

25
septembre 2008 : en pleine panique financière, Nicolas Sarkozy appelle de ses vœux une finance plus et
mieux régulée, ce qui signifie en autres choses qu'« il faudra bien aussi se poser des questions qui
fâchent comme celle des paradis fiscaux ». 22 février 2009, au sortir d'une rencontre des dirigeants
européens, le président de la République réaffirme que « nous voulons en finir avec les paradis fiscaux ». Et il
insiste sur la « nécessité de prévoir des sanctions à la clé de la nouvelle réglementation », car « une nouvelle
régulation sans sanction, ça n'existerait pas ». La France affiche donc clairement son souhait de s'attaquer au fléau
des paradis fiscaux.
Le moment est opportun : le mois de février dernier a vu la montée rapide d'un consensus international
associant à la France, l'Allemagne, les États-Unis et même le Royaume-Uni, dont la place financière de Londres
offre pourtant les mêmes services que la Suisse et autre Luxembourg. La nécessité de lutter contre ces territoires
parasites a fait son chemin. Les organisations non gouvernementales (ONG) européennes mobilisent sur le sujet
[…]. Et c'est devenu l'un des dossiers phares du G20, réuni à Londres le 2 avril, pour fixer le cadre de la future
régulation de la finance mondialisée.

Les entreprises françaises plongent dans les paradis fiscaux

CAC 40 moins Air France-KLM, STMicroelectronics, Total et Vinci pour lesquelles les
informations ne sont pas disponibles. Inclus Auchan, Banques populaires et la Banque
postale. Aucune donnée de cette étude ne suggère que les entreprises concernées ont agi
illégalement.

AD 2009 7/46 Alternatives économiques


N° 279 – Avril 2009
4
Nicolas Sarkozy est-il vraiment crédible lorsqu'il dit vouloir s'engager dans ce combat ? Il sera facile d'en
juger dès les prochains mois. Au-delà des chantiers ouverts par le G20, il devra bousculer les banques et les
grandes multinationales françaises. Elles utilisent en effet aujourd'hui massivement les facilités et les services
offerts par ces places financières pour y minimiser leurs impôts, gérer une partie des revenus de leurs dirigeants,
etc. En effet, selon notre enquête, toutes les entreprises françaises du CAC 40 sont présentes dans les paradis
fiscaux1. Avec pratiquement 1 500 entités, réparties sur près d'une trentaine de territoires, des Bermudes à la Suisse.
Certes, l'indicateur est un peu fruste : connaître le nombre des implantations françaises dans les territoires offshore
ne dit rien sur leur utilisation précise, leur contribution au chiffre d'affaires et aux profits du groupe. Néanmoins,
dans ce monde où l'opacité est reine, c'est déjà un premier indicateur. Il permet de mesurer la présence relative de
chaque entreprise et de pointer les territoires dont on peut légitimement penser qu'ils posent le plus de problèmes au
vu du nombre d'implantations qu'ils accueillent.
Banques et division du travail
Au niveau le plus général, notre enquête permet de mettre en avant trois grandes conclusions. D'abord,
comme on pouvait s'y attendre, le secteur financier est très engagé dans les paradis fiscaux : BNP Paribas arrive de
ce point de vue en tête des entreprises françaises du CAC 40. Mais, comme on le verra ci-après, toutes les banques
françaises ne sont pas présentes à la même échelle dans les centres financiers offshore et elles y sont globalement
beaucoup moins engagées que leurs consœurs anglo-saxonnes.
Ensuite, s'ils sont souvent considérés comme étant au service des acteurs financiers, notre enquête confirme
que les paradis fiscaux jouent un rôle important dans la division internationale du travail. Toutes les multinationales
françaises y sont implantées, avec parfois des niveaux de présence assez élevés en termes absolus : c'est le cas de
LVMH, Schneider, PPR, France Télécom ou Danone. D'autres groupes, comme Pernod ou Capgemini, en comptent
un bien plus faible nombre, mais celui-ci est néanmoins significatif au regard du total des entreprises que ces
groupes rassemblent. Les firmes françaises suivent donc la voie de leurs concurrentes : à partir des données de la
Cnuced, on peut montrer qu'un tiers du stock d'investissements à l'étranger des multinationales se situe dans les
paradis fiscaux.
La City en tête
Enfin, parmi un vaste ensemble de 60 à 80 paradis fiscaux, sept territoires seulement, qui offrent des
services qui justifient qu'ils soient considérés comme tels, concentrent 90 % de la présence française. Leur liste
confirme, encore une fois, que le phénomène des paradis fiscaux, loin de se résumer à des petites îles marginales,
tient aussi aux pratiques offshore développées par les grands centres financiers. On trouve en effet le Royaume-Uni,
les Pays-Bas, la Suisse, le Luxembourg, Singapour, l'Irlande et Hongkong.
La City de Londres maintient sa première place en la matière, confirmant les dénonciations faites par des
ONG de lutte contre les paradis fiscaux et les études du Fonds monétaire international (FMI) et d'autres
institutions2. Certes, toutes les entreprises françaises, y compris les banques, qui sont présentes à Londres ne le sont
pas uniquement ni principalement pour bénéficier des activités parasites de la finance britannique. Il n'est pas
possible d'imaginer les grandes banques françaises absentes du premier marché financier mondial ! Mais disposer
de 13 entreprises pour EADS, 21 pour Peugeot (8 seulement pour Renault) ou encore 43 pour Schneider ne
s'explique pas uniquement par la nécessité d'être présent sur le marché britannique. Créer une société écran à la
City coûte aujourd'hui environ 250 euros. C'est aussi ce genre de services que viennent y chercher les
multinationales de tous les pays.
Le reste de la liste des implantations françaises offshore démontre par ailleurs que pour lutter contre les
paradis fiscaux, l'Europe va devoir faire le ménage chez elle. Si on dénonce à juste titre la volonté de l'Autriche, de
la Belgique, du Luxembourg ou de la Suisse de sauver leur secret bancaire, il ne faut pas oublier combien les Pays-
Bas et l'Irlande jouent un jeu douteux en matière de finance parasite, tout autant que Hongkong, très apprécié par
les multinationales des grands pays selon une étude récente3, et Singapour.

1 Le tableau complet de notre enquête est disponible sur www.alternatives-économiques.fr/doc 42326


2
Voir notamment les études du Tax Justice Network, l’ONG phare de lutte contre les paradis fiscaux (www.taxjustice.net), le travail d’Ahmed Zoromé
(«Concept of Offshore Financial Centers : In Search of an Operational Definition», IMF Working Paper WP/07/08, 2007), celui de M. Becht, C. Mayer et
H. Wagner («Where do firms Incorporate? », CEPR discussion Paper n° 5875, Oct 2006), ainsi que « Perfide Albion », par Marc Roche, Le Monde, 18 mars
2009.
3
«Where on Earth are you? Major Corporations and Tax Havens», Tax Justice Network, mars 2009. Une comparaison de la présence dans les paradis fiscaux
des multinationales américaines, anglaises, françaises et hollandaises.
AD 2009 8/46 Alternatives économiques
N° 279 – Avril 2009
4
Légitime défense
Réduire la place des paradis fiscaux dans la mondialisation réclamera de bousculer la souveraineté
politique de tous ces États en attaquant leur droit à écrire leurs lois fiscales et financières. Mais après tout, ce sont
eux qui ont tiré les premiers en s'attaquant à nos propres règles démocratiques, qui s'expriment notamment dans
l'obligation faite à chacun de contribuer au financement des dépenses communes via l'impôt. Il n'y a donc là que
légitime défense. Mais combattre réellement les paradis fiscaux demandera aussi de bousculer les pratiques
quotidiennes des assureurs, des banquiers et de l'ensemble des multinationales de la planète.
Si cela se produit, la crise des subprime, et ses conséquences chaque mois plus dramatiques en termes de
perte de croissance et d'emplois, apparaîtra au regard de l'histoire comme l'un de ces événements financiers
extrêmes qui, dans la course jamais terminée entre le gendarme et le voleur, auront finalement permis au premier de
rattraper une partie du retard pris sur le second au cours des dernières décennies...

Dans quels paradis fiscaux vont les entreprises françaises ?

Marie-Salomé RINUY
Christian CHAVAGNEUX

AD 2009 9/46 Alternatives économiques


N° 279 – Avril 2009
5
Sortir les banques françaises des paradis
Les établissements bancaires français font dans le tourisme offshore, même si c'est beaucoup moins que leurs
consœurs, notamment britanniques.

E st-ce qu'il serait


normal qu'une banque
à laquelle nous
garantirions des prêts ou
octroierions des fonds
Banque postale (présente au
Luxembourg), on atteint un
total de 467 entités, ce qui
représente, en moyenne,
16 % des entreprises de ces
américaine Bear Stearns, elle,
a fait faillite en mars, après
que ses fonds spéculatifs
situés aux îles Caïman et en
Irlande ont perdu leurs paris,
propres, sans forcément avoir six groupes. etc. La présence des banques
tout ou partie du capital, Les banques françaises dans les paradis fiscaux
continue à travailler dans les s'installent dans les centres contribue aussi à nourrir
paradis fiscaux ? financiers offshore pour y l'instabilité financière.
Réponse : non. » À la sortie faire la même chose que leurs BNP Paribas, mauvais élève
du Conseil européen consœurs internationales :
d'octobre dernier, le message Mais notre enquête montre
payer moins d'impôts, faire
de Nicolas Sarkozy était que toutes les banques
fructifier discrètement et au
clair : l'argent des françaises ne font pas appel
moindre coût fiscal le
contribuables français ne doit aux paradis fiscaux avec la
patrimoine des personnes
pas servir à soutenir des même ampleur. Et qu'elles y
aisées, gérer les salaires de
établissements financiers qui sont relativement moins
leurs cadres à haut revenu en
jouent dans les paradis présentes que leurs
dehors du regard du fisc et
fiscaux. Entre-temps, les concurrentes anglo-saxonnes.
accompagner les stratégies
banques françaises ont reçu Comme le montre le
internationales des
21 milliards d'euros de capital graphique ci-dessous, il y a
multinationales. Elles y vont
public... Et pourtant, elles une grande disparité dans le
aussi pour bénéficier du fait
sont sacrément présentes comportement des banques
que ces territoires sont des
dans les paradis fiscaux ! françaises vis-à-vis des
paradis réglementaires qui
paradis fiscaux. De ce point
Selon notre enquête, BNP permettent de prendre des
de vue, BNP Paribas apparaît
Paribas, le Crédit agricole et risques en toute opacité. La
comme le mauvais élève par
la Société générale y banque britannique Northern
excellence : non seulement
disposent à elles trois de 361 Rock est tombée dès le début
elle arrive largement en tête
entités. Si l'on y ajoute les de la crise des subprime en
des banques en ce domaine,
Banques populaires d'avant la 2007, quand elle n'est plus
mais elle est l'entreprise du
fusion avec les Caisses parvenue à refinancer son
CAC 40 la plus engagée.
d'épargne (information endettement logé dans
précise non disponible pour Granite, sa filiale de Jersey.
ces dernières), Dexia et la La banque d'affaires

Un appétit varié pour les paradis fiscaux


Nombre d'entités dans les paradis fiscaux

AD 2009 10/46 Alternatives économiques


N° 279 – Avril 2009
5
Pourquoi a-t-elle besoin d'une président Nouveau centre de moitié prix par rapport à son
présence plus de trois fois la commission des Finances dernier cours de Bourse. Les
plus importante que la du Sénat, que par son déboires de Citigroup sont
Société générale dans ces homologue socialiste à tels que le gouvernement
territoires douteux ? Pour les l'Assemblée nationale, Didier Obama est en train
plus pessimistes, la BNP Migaud. Mais les banques d'organiser sa prise de
cache seulement moins bien françaises seront d'autant plus contrôle publique. Les
sa présence dans les paradis incitées à changer leurs britanniques Royal Bank of
fiscaux que les autres, plus pratiques que ce sera Scotland (RBS) et Llyods ont
habiles dans l'utilisation de également le cas pour leurs dû être nationalisées, etc.
filiales de filiales, moins consœurs. Plus en pointe en termes
facilement repérables. Grâce à un travail établi d'innovations financières
Contact pris, un représentant récemment par le sophistiquées et plus
de la banque nous indique Government Accountability présentes dans les paradis
d'abord que, hors Royaume- Office (GAO), l'équivalent de fiscaux –car il faut bien
Uni, Pays-Bas et Irlande, les la Cour des comptes aux constater que les deux vont
paradis fiscaux de notre liste États-Unis, et par le Trade de pair, les premières se
ne représentent qu'environ Union Congress (TUC), le nourrissant de l'opacité des
2 % de son produit net grand syndicat britannique, seconds–, les banques anglo-
bancaire (l'équivalent de la on a une idée de la présence saxonnes ont été les plus
valeur ajoutée). Et que des banques anglo-saxonnes grandes victimes de la crise,
certains de ces territoires ont dans les paradis fiscaux. Le en compagnie d'UBS, la
développé des compétences GAO ne prenant pas en banque suisse prise dans tous
spécifiques : « La Suisse est compte le Royaume-Uni et les déboires financiers
le centre mondial pour le les Pays-Bas dans sa liste, le récents, des subprime à la
négoce de matières premières TUC a fait de même, et nous fraude Madoff, en passant par
et nous devons y être. » avons adopté une règle une condamnation américaine
Certes. Mais faut-il identique pour conserver un pour fraude fiscale.
absolument disposer de 21 périmètre de comparaison Tout ceci n'absout bien sûr
entités dans les îles Caïman équivalent. pas les banques françaises de
pour profiter des Sans même parler des plus de leur tourisme offshore. Et on
« compétences » offertes par 2 600 présences de la banque attend des parlementaires et
ce territoire ? Pas de hollandaise ING (!), le du gouvernement français
réponse... résultat est net : les banques qu'ils agissent pour le réduire.
On peut aussi être surpris françaises sont bien moins La bonne nouvelle, c'est que
qu'un établissement du impliquées. Sur le total de les États-Unis semblent
secteur mutualiste comme la 2 524 entités dans les paradis porter le même projet
Banque populaire ne se fiscaux –hors Royaume-Uni politique. Et Gordon Brown,
distingue pas des autres : le et Pays-Bas– des 20 banques le Premier Ministre
Luxembourg arrive en tête de pour lesquelles nous britannique, aussi. Il faut dire
ses implantations dans les disposons d'informations, qu'à la mi-mars, au moment
paradis fiscaux, sans oublier HSBC en concentre, à elle où la Barclays négociait une
la Suisse et les îles Caïman, seule, 21 % et Citigroup aide du gouvernement, un
et jusqu'à Malte et Panama, à 17 %, tandis que BNP insider a révélé, documents à
la réputation plus sulfureuse. Paribas ne représente que l'appui, que la banque aurait
3,7 % du total. développé une culture de
Les banques françaises
Est-ce un hasard si les l'évasion et de la fraude
moins impliquées
banques françaises semblent fiscales pour elle-même, pour
On peut vouloir, à juste titre, d'autres banques et pour des
relativement mieux traverser
que les banques françaises multinationales clientes. De
la crise ? HSBC a annoncé le
aidées par l'État à traverser la quoi forcer Gordon Brown à
2 mars dernier une
crise s'engagent à sortir des agir, même si, n'en doutons
augmentation de capital de
paradis fiscaux. Une règle pas, les banquiers de la City
plus de 14 milliards d'euros,
jugée souhaitable aussi bien feront tout pour calmer ses
la plus importante jamais
par le sénateur Jean Arthuis, ardeurs anti-paradis fiscaux.
réalisée à la City et bradée à
AD 2009 11/46 Alternatives économiques
N° 279 – Avril 2009
5
Les banques anglo-saxonnes reines de l'offshore

Marie-Salomé RINUY
Christian CHAVAGNEUX

AD 2009 12/46 Alternatives économiques


N° 279 – Avril 2009
6

OVERVIEW OF THE OECD’S WORK ON


COUNTERING INTERNATIONAL TAX EVASION

A Brief for Journalist


21 April 2009

For more information please contact:

Jeffrey Owens (jeffrey.owens@oecd.org)


or
Pascal SaintAmans (pascal.saintamans@oecd.org)

of the OECD Centre for Tax Policy and Administration

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Overview of the OEDC’s Work on Countering International Tax Evasion
21/04/2009
6
Recent progress in implementing standards of transparency and exchange of information

1. The principles of transparency and exchange of information developed by the OECD’s Global
Forum on Transparency and Exchange of Information have been accepted by countries around the
world. In October 2008 the UN Committee of Experts on International Cooperation in Tax Matters
incorporated these principles into its own model tax convention, clearly establishing the Global Forum
standard as the internationally agreed standard for exchange of information and transparency in tax
matters. On 2 April 2009 the OECD issued a Progress Report on the implementation of the
internationally agreed tax standard for the 84 jurisdictions4 that participate in the Global Forum’s
annual assessment of the legal and administrative framework for transparency and exchange of
information. The Report shows that real progress has been made, both in terms of how widely the
standards are accepted and the extent to which they have been implemented. Nonetheless, a great deal
of work remains to make sure that all jurisdictions accept these principles, and to guarantee that
jurisdictions that have made a commitment to implement the standard now follow through. The Global
Forum will have to adapt to these new demands by providing a monitoring process that takes all
relevant factors into account.
2. Since the beginning of 2009, international tax evasion and the implementation of the internationally
agreed tax standard has been very high on the political agenda, reflecting recent scandals that have
affected countries around the world, the spotlight that the global financial crisis has put on financial
centres generally, and the recent G20 London Summit. In July 2008, the G8 Heads of State and
Government urged “all countries that have not yet fully implemented the OECD standards of
transparency and effective exchange of information in tax matters to do so without further delay, and
encourage the OECD to strengthen its work on tax evasion and report back in 2010.5” Similarly, the
action plan issued by the G20 following its meeting in November 2008 recognised the importance of
the OECD work in this area and urged that failures to implement the standards should be “vigorously
addressed”. The G20 followed up its Washington commitment by a strong call for action. This
heightened political attention has led to a number of significant and positive developments among
financial centres since the G20 met in November 2008:
• All OECD countries now accept Article 26 (Exchange of Information) of the OECD Model Tax
Convention, as updated in 2005, following the withdrawal by Austria, Belgium, Luxembourg and
Switzerland of their reservations to Article 26.
• Hong Kong (China), Macao (China) and Singapore have each announced that they will put
forward relevant legislation in 2009 in order to comply with the internationally agreed tax
standard.
• Almost 30 tax information exchange agreements (TIEAs) have been signed or announced since
last November. Since 2000, 50 TIEAs have been signed between OECD countries and financial
centres, however these signings have for the most part involved only a limited number of
countries (Bahrain, Bermuda, the British Virgin Islands, Cayman Islands, Guernsey, the Isle of
Man, Jersey, and the Netherlands Antilles). It can be expected that many more agreements will be
signed in 2009 and it is hoped that a greater range of jurisdictions will be involved.
• Andorra, Liechtenstein and Monaco –identified by the OECD in 2002 as un‐cooperative tax
havens– have endorsed the OECD standards and indicated their willingness to change their
domestic legislation and to enter into agreements for the exchange of information. Liechtenstein
already signed a TIEA with the United States in December 2008 and has commenced negotiations
with the United Kingdom.
• The Cayman Islands has enacted legislation that allows it to exchange information in tax matters
on a unilateral basis and has identified 12 countries with which it is prepared to do so, and also
signed TIEAs with the seven Nordic Economies on 1st April. St. Kitts and Nevis has enacted
similar legislation and identified 16 countries with which it is prepared to exchange information

4
The 84 jurisdictions consist of the OECD countries, the tax havens identified in 2000, countries that participate in the OECD’s Committee
on Fiscal Affairs as Observers, and the financial centres identified in the outcomes of the Berlin 2004 Global Forum meeting.
5 See Annex I for statements by the G7/G8/G20.
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Overview of the OEDC’s Work on Countering International Tax Evasion
21/04/2009
6
unilaterally. The OECD Forum on Harmful Tax Practices will carefully oversee this approach at
its next meeting.
• Prior to the issuance of the 2nd April Progress Report, Brunei and Guatemala wrote to the OECD
to formally endorse the internationally agreed tax standard and identify the steps taken or be
taken this year to implement the standard.
• Costa Rica, Malaysia, the Philippines and Uruguay, originally identified in the 2nd April Progress
Report as not having endorsed the internationally agreed tax standard, have now done so and have
identified concrete steps to be taken this year to implement it.
• With these endorsements, all 84 countries surveyed by the Global Forum have now
endorsed the standard.
3. These policy changes represent a very significant step toward a level playing field as regards
exchange of information for tax purposes. However, these must now be followed up with swift
implementation, which the OECD will closely monitor. Other multilateral initiatives are also aimed at
ensuring full implementation of the standards. France and Germany organised a ministerial meeting on
21 October 2008 to discuss the issue of international tax evasion and the implementation of the OECD
standards. A follow‐up meeting will take place in June 2009. On an individual basis, a number of
countries have announced measures to combat tax evasion and encourage jurisdictions to implement
the internationally agreed standards. For example, Canada, Italy and Australia have each recently
adopted rules that link benefits or adverse consequences to the existence of full information exchange
for tax purposes. Germany is discussing proposed legislation that would impose adverse tax
consequences on transactions involving jurisdictions that do not exchange information in tax matters
to the internationally agreed standards.

The Standards of Transparency and Exchange of Information


4. The OECD’s Global Forum on Transparency and Exchange of Information (see below) developed
standards of transparency and exchange of information that were adopted by the G20 Ministers of
Finance at a meeting in Berlin in 2004 and by the UN Committee of Experts on International
Cooperation in Tax Matters in October 2008. They serve as a model for the vast majority of the 3 600
bilateral tax conventions entered into by OECD and non OECD countries and may now be considered
as the international norm for tax cooperation.
5. The standards require:
• Exchange of information on request where it is “foreseeably relevant” to the administration and
enforcement of the domestic laws of the treaty partner.
• No restrictions on exchange caused by bank secrecy or domestic tax interest requirements.
• Availability of reliable information and powers to obtain it.
• Respect for taxpayers’ rights.
• Strict confidentiality of information exchanged.

The OECD’s Harmful Tax Practices Project


6. The challenge of combating offshore tax evasion is not new, but it has grown more complex and
more serious given the increased scope for illicit use of the international financial system in a
globalised world6. The OECD has been working on this issue since 1996, when the harmful tax
practices project was launched. This initiative is carried out through the Forum on Harmful Tax
Practices, a subsidiary body of the Committee on Fiscal Affairs (CFA)7, and has consistently garnered
the support of the international community. The standards developed by the OECD’s Global Forum in
this area have been endorsed by the G 7/8, G20, the UN Committee of Experts on International
Cooperation in Tax Matters, the EU and other international bodies.

6 See Annex II for information regarding the size of the offshore financial industry.
7 See Annex III for a list of relevant documents.
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Overview of the OEDC’s Work on Countering International Tax Evasion
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6
7. The first major output of the Forum on Harmful Tax Practices was the 1998 Report, Harmful Tax
Competition: An Emerging Global Issue8. The publication of this report initiated a period of intense
dialogue aimed at eliminating preferential tax regimes within OECD member states, identifying “tax
havens” and seeking their commitments to the principles of transparency and effective exchange of
information and encouraging other non‐OECD economies to associate themselves with the harmful tax
practices work.

Harmful Preferential Tax Regimes


8. The project has been very successful. By 2004, all but one of the preferential tax regimes identified
within the OECD had been abolished, amended or found not to be harmful. The only outstanding
regime was the Luxembourg 1929 holding company regime. In December 2006 Luxembourg enacted
legislation to abolish the regime by the end of 2010.

Tax Haven Work


9. In a report issued in 2000, the OECD identified a number of jurisdictions which it categorised as
tax havens according to criteria it had established9, 6 of them (Bermuda, Cayman Islands, Cyprus,
Malta, San Marino, The Bahamas) made pre‐commitments to the standard and so were not included in
the list. Between 2000 and 2002 the OECD worked with these jurisdictions to secure their
commitment to implement the OECD’s standards of transparency and exchange of information. In all,
35 jurisdictions made formal commitments to implement these principles, including a number of
jurisdictions that had already committed to these standards prior to the issuance of the report.10

The Global Forum on Transparency and Exchange of Information


10. The jurisdictions that have made commitments to transparency and effective exchange of
information, both OECD and non‐OECD jurisdictions, have worked together in the Global Forum on
Taxation11 to develop the international standards for transparency and effective exchange of
information in tax matters. A major achievement of this collaboration is the development of the 2002
Model Agreement on Exchange of Information on Tax Matters. This model has been used as the basis
for the negotiation of more than 70 TIEAs12.
11. The Global Forum met in Berlin in 2004 to discuss the fact that not all jurisdictions had shown the
same willingness to implement the OECD standards and determine what was needed to promote the
establishment of a global level playing field. The outcomes of that meeting outlined a series of steps
involving individual, bilateral and collective actions which would be needed to both achieve and
maintain the goal of a level playing field. These steps were further elaborated following the Global
Forum meeting in Melbourne in 200513. In addition, the Global Forum established the Sub‐Group on
Level Playing Field Issues to help carry this work further.

8 Luxembourg and Switzerland abstained in the approval of the report.


9 See Harmful Tax Competition: An Emerging Global Issue (OECD, 1998), pp 21‐25.The four key factors are: No or nominal
tax on the relevant income; No effective exchange of information in respect of taxpayers benefiting from the low tax
jurisdiction; Lack of transparency in the operation of the legislative, legal or administrative provisions; The absence of a
requirement that the activity be substantial is important since it suggests that a jurisdiction may be attempting to attract
investment or transactions that are purely tax driven. No or nominal not sufficient in itself to classify a country as a tax haven.
10 See Towards Global Tax Cooperation: Progress in Identifying and Eliminating Harmful Tax Practices (2000) for a detailed
history of the tax haven criteria and the development of these lists.
11 Recently renamed the Global Forum on Transparency and Exchange of Information.
12 See Annex IV for a list of TIEAs signed between OECD members and jurisdictions which have committed to the OECD’s
standards of transparency and exchange of information.
13 For more information about the creation of the Sub‐Group and the Global Forum’s work on the establishment of a global
level playing field see A Process for Achieving a Global Level Playing Field: Outcomes of the Berlin Global Forum Meeting
(June 2004) and Progress Towards a Level Playing Field: Outcomes of the Melbourne Global Forum Meeting (15‐16
November 2005).
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Overview of the OEDC’s Work on Countering International Tax Evasion
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12. To help achieve a level playing field, jurisdictions were encouraged to fully implement the
principles of transparency and exchange of information for tax purposes. Further, they were asked to
review their policies in relation to six specific areas and report the outcome of their reviews at the next
meeting of the Global Forum. Jurisdictions were also encouraged to negotiate agreements allowing for
the exchange of information in tax matters.

13. Since 2006, the Global Forum has published annual assessments of the legal and administrative
framework for transparency and exchange of information in 84 countries. The last update was
published in September 2008 as Tax Cooperation: Towards a Level Playing Field – 2008 Assessment
by the Global Forum on Taxation. The Sub‐Group on Level Playing Field Issues agreed that the 2009
assessment, which is expected to be published later this year, should highlight more clearly the
distinction between those jurisdictions that are making progress and those that are not, by providing a
simple, factual summary of the legal and administrative framework for transparency and exchange of
information in place in a given country. This approach will make it easier to identify what strengths
and weaknesses a jurisdiction has regarding its ability to exchange information for tax purposes.
Furthermore, it was agreed that positive recognition would be provided for jurisdictions having
concluded at this point in time at least 12 agreements that meet the internationally agreed standard.

Access to Bank Information for Tax Purposes


14. In parallel with the work on harmful tax practices, the CFA is examining the extent to which
OECD Member countries and observer countries have access to bank information for tax purposes. In
2000, Improving Access to Bank Information for Tax Purposes was published. The report set out an
ideal standard of access to bank information, namely, that “all Member countries should permit access
to bank information, directly or indirectly, for all tax purposes so that tax authorities can fully
discharge their revenue raising responsibilities and engage in effective exchange of information with
their treaty partners”. The CFA has been closely monitoring the progress made in implementing this
standard and has issued two progress reports, in 2003 and 2007. With the recent announcements by
Austria, Belgium, Luxembourg and Switzerland, all OECD countries now endorse this standard.

Improving Compliance
15. The CFA also investigates how member governments can co‐operate to minimise the extent of tax
evasion and avoidance. In this regard it has mandated a focus group to study the role that no or
nominal tax jurisdictions play in tax evasion. This work is intended to both identify particular
challenges that these jurisdictions pose for tax administrations and to help administrations adopt best
practices. The CFA is also examining the effectiveness of offshore compliance initiatives launched by
OECD and non‐OECD countries.
16. Another important aspect of compliance work is carried out through the OECD’s Forum on Tax
Administration (FTA), established by the CFA in 2002, which brings together tax commissioners from
over 40 countries to promote cooperation between revenue bodies and to develop good tax
administration practices. Over the last few years the FTA has examined a wide range of issues in the
areas of compliance risk management, taxpayer services, and use of modern technology. At Seoul,
Korea in September 2006, the FTA agreed to work together on ways to improve tax administration
and to address the significant and growing problem of international non‐compliance with national tax
requirements. The Seoul Declaration issued in conjunction with that meeting identified four areas in
which the tax administration heads planned to intensify existing work or initiate new work under the
auspices of the OECD, including:
• further developing a directory of aggressive tax planning schemes to assist member countries
identify trends and measures to counter such schemes; and
• an examination of the role of tax intermediaries in relation to the promotion of unacceptable tax
minimization arrangements;

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Overview of the OEDC’s Work on Countering International Tax Evasion
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17. At is subsequent meeting in January 2008 in Cape Town, South Africa –the outcomes of that
meeting are set out in the Cape Town Communiqué– the FTA Commissioners endorsed the
conclusions and recommendations of the Study into the Role of Tax Intermediaries and noted the
further progress with the development of the directory of aggressive tax planning schemes. In addition,
responding to a recommendation of tax intermediaries' study, they commissioned further follow‐up
studies involving the tax planning activities of high‐net‐worth individuals and banks. These studies are
expected to be finalised and published in June 2009.

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ANNEX I:
STATEMENTS ON THE OECD’S WORK ON INTERNATIONAL TAX EVASION
BY THE G7/G8/G20

G20 Communiqué: The Global Plan for Recovery and Reform


London, U.K. 2 April 2009

15. To this end we are implementing the Action Plan agreed at our last meeting, as set out in the
attached progress report. We have today also issued a Declaration, Strengthening the Financial
System. In particular we agree:
to take action against non‐cooperative jurisdictions, including tax havens. We stand ready to
deploy sanctions to protect our public finances and financial systems. The era of banking
secrecy is over. We note that the OECD has today published a list of countries assessed by
the Global Forum against the international standard for exchange of tax information;

G20 Declaration: Strengthening the Financial System


London, U.K. 2 April 2009

Tax havens and non-cooperative jurisdictions


It is essential to protect public finances and international standards against the risks posed by
non‐cooperative jurisdictions. We call on all jurisdictions to adhere to the international standards
in the prudential, tax, and AML/CFT areas. To this end, we call on the appropriate bodies to
conduct and strengthen objective peer reviews, based on existing processes, including through the
FSAP process.
We call on countries to adopt the international standard for information exchange endorsed by the
G20 in 2004 and reflected in the UN Model Tax Convention. We note that the OECD has today
published a list of countries assessed by the Global Forum against the international standard for
exchange of information. We welcome the new commitments made by a number of jurisdictions
and encourage them to proceed swiftly with implementation.
We stand ready to take agreed action against those jurisdictions which do not meet international
standards in relation to tax transparency. To this end we have agreed to develop a toolbox of
effective counter measures for countries to consider, such as:
• increased disclosure requirements on the part of taxpayers and financial institutions to report
transactions involving non‐cooperative jurisdictions;
• withholding taxes in respect of a wide variety of payments;
• denying deductions in respect of expense payments to payees resident in a non‐cooperative
jurisdiction; reviewing tax treaty policy;
• asking international institutions and regional development banks to review their investment
policies; and,
• giving extra weight to the principles of tax transparency and information exchange when
designing bilateral aid programs.
We also agreed that consideration should be given to further options relating to financial relations
with these jurisdictions.
We are committed to developing proposals, by end 2009, to make it easier for developing
countries to secure the benefits of a new cooperative tax environment.

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Overview of the OEDC’s Work on Countering International Tax Evasion
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6
G20 Working Group on Reinforcing International Cooperation and Promoting Integrity in Financial
Markets (WG2), Final Report: 27 March 2009

Medium-term actions:
Uncooperative and non‐transparent jurisdictions that pose risks of illicit financial activity (Action plan
No. 32); Financial Action Task Force (FATF) (Action plan No. 33) and tax information exchange
(Action plan No. 34)
39. We reaffirm our commitment to the high standards of transparency and exchange of information
for tax purposes as reflected in the OECD’s Model Tax Information Exchange Agreement and Article
26 of the OECD Model Tax Convention. We urge all countries to fully implement the OECD
standards. This model was also agreed by the UN.
40. We urge the international bodies responsible for prudential and regulatory standards, anti money
laundering and terrorist financing, and tax matters – the FSF, the FATF and the OECD – to accelerate
their work of identifying uncooperative jurisdictions and developing a toolbox of effective
countermeasures against these jurisdictions; they should update G20 Finance Ministers and Central
Bank Governors.

G20 Declaration of the Summit on Financial Markets and the World Economy
Washington, D.C. 15 November 2008

Actions Taken and to Be Taken


Promoting Integrity in Financial Markets: We commit to protect the integrity of the world's financial
markets by bolstering investor and consumer protection, avoiding conflicts of interest, preventing
illegal market manipulation, fraudulent activities and abuse, and protecting against illicit finance risks
arising from non‐cooperative jurisdictions. We will also promote information sharing, including with
respect to jurisdictions that have yet to commit to international standards with respect to bank secrecy
and transparency.

Action Plan to Implement Principles for Reform


Promoting Integrity in Financial Markets
Tax authorities, drawing upon the work of relevant bodies such as the Organization for Economic
Cooperation and Development (OECD), should continue efforts to promote tax information exchange.
Lack of transparency and a failure to exchange tax information should be vigorously addressed.

G8 Communiqué: Meeting of Heads of Government


Hokkaido Japan 9 July 2008
Abuses of the Financial System
20. We urge all countries that have not yet fully implemented the OECD standards of transparency and
effective exchange of information in tax matters to do so without further delay, and encourage the
OECD to strengthen its work on tax evasion and report back in 2010.

G8 Communiqué: Meeting of Finance Ministers


Osaka Japan 14 June 2008
Abuses of the Financial System
In view of the recent developments, we urge all countries that have not yet fully implemented the
OECD standards of transparency and effective exchange of information in tax matters to do so without
further delay. We welcome the efforts of the OECD in this regard, and ask the OECD to strengthen its
work on tax evasion.

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Overview of the OEDC’s Work on Countering International Tax Evasion
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6
G20 Communiqué: Meeting of Ministers and Governors in Melbourne
18-19 November 2006
Further to our 2004 commitment to achieving high standards of transparency and exchange of
information for tax purposes, we welcome the release of the Global Forum on Taxation 2006
assessment which shows that progress has been made in the implementation of those standards.
Further progress is needed and we encourage continuing implementation efforts and call on those
countries and territories that have not yet implemented high standards of transparency and exchange of
information to do so.

G20 Communiqué: Meeting of Finance Ministers and Central Bank Governors


Xianghe, Hebei, China, 15-16 October 2005
9. We reaffirmed our commitments to the purposes of the “G‐20 Statement on Transparency and
Exchange of Information for Tax Purposes” that was endorsed last year. In this context, we welcome
the efforts of the OECD Global Forum on Taxation to promote high standards of transparency and
effective exchange of information for tax purposes.

G8 Communiqué on Africa
Gleneagles, UK 14 July 2005
Para. 14(i) In response to this African commitment, we will: … (i) Take concrete steps to protect
financial markets from criminal abuse, including bribery and corruption, by pressing all financial
centres to obtain and implement the highest international standards of transparency and exchange of
information. We will continue to support Financial Stability Forums ongoing work to promote and
review progress on the implementation of international standards, particularly the new process
concerning offshore financial centres that was agreed in March 2005, and the OECD’s high standards
in favour of transparency and exchange of information in all tax matters.

G20 Statement on Transparency and Exchange of Information for Tax Purposes


Meeting of Finance Ministers and Central Bank Governors
Berlin, Germany 20–21 November 2004
We, the Finance Ministers and Central Bank Governors of the G20, are committed to enhancing good
governance and fighting illicit use of the financial system in all its forms. Consequently, we are
committed to transparency and exchange of information for tax purposes. We regard this as vital to
enhance fairness and equity in our societies and to promote economic development.
Financial systems must respect commercial confidentiality, but confidentiality should not be allowed
to foster illicit activity. Lack of access to information in the tax field has significant adverse effects. It
allows some to escape tax that is legally due and is unfair to citizens that comply with the tax laws. It
distorts international investment decisions which should be based on legitimate commercial
considerations rather than the circumvention of tax laws. The G20 therefore regards it as a mark of
good international citizenship for countries to eliminate practices that restrict or frustrate the ability of
another country to enforce its chosen system of taxation.
We are therefore committed to the high standards of transparency and exchange of information for tax
purposes that have been reflected in the Model Agreement on Exchange of Information on Tax
Matters as released by the OECD in April 2002. We call on all countries to adopt these standards.
High standards of transparency require that governmental authorities have access to bank information
and other financial information held by financial intermediaries and to beneficial ownership
information regarding the ownership of all types of entities. High standards of exchange of
information require that such information be available for exchange with other countries in civil and
criminal tax matters. Exchange of information in tax matters should not be limited by dual
incrimination principles in criminal tax matters or by the lack of domestic tax interest in civil tax
matters. There must be appropriate safeguards on the use and disclosure of any exchanged
information. Exchange of information should therefore be implemented through legal mechanisms

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Overview of the OEDC’s Work on Countering International Tax Evasion
21/04/2009
6
providing for the use of such information only for authorized tax purposes, thus ensuring the
protection of taxpayers’ rights and the confidentiality of tax information.
We call on all countries with financial centres to adopt and implement the high standards articulated
by the OECD so that we can move towards an international financial system that is free of distortions
created through lack of transparency and lack of effective exchange of information in tax matters. It is
important that countries which do meet these standards have confidence that they will not be
disadvantaged and that financial centres in countries that choose not to meet these standards will not
benefit from that choice.
The G20 therefore strongly support the efforts of the OECD Global Forum on Taxation to promote
high standards of transparency and exchange of information for tax purposes and to provide a
cooperative forum in which all countries can work towards the establishment of a level playing field
based on these standards.

G7 Economic Communiqué: Making a success of globalization for the benefit of all


Lyon, France 28 June 1996
16. Finally, globalization is creating new challenges in the field of tax policy. Tax schemes aimed at
attracting financial and other geographically mobile activities can create harmful tax competition
between States, carrying risks of distorting trade and investment and could lead to the erosion of
national tax bases. We strongly urge the OECD to vigorously pursue its work in this field, aimed at
establishing a multilateral approach under which countries could operate individually and collectively
to limit the extent of these practices. We will follow closely the progress on work by the OECD, which
is due to produce a report by 1998.

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Overview of the OEDC’s Work on Countering International Tax Evasion
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6
ANNEX II: THE SIZE OF THE OFFSHORE FINANCIAL INDUSTRY

It is difficult to quantify the size of the offshore financial industry, since reliable, timely information is
not widely available in respect of all jurisdictions and all asset classes. Experts’ estimates of the value
of assets held offshore range from US$1.7 trillion to US$11.5 trillion.

While there may be legitimate reasons to use offshore financial centres, including tax reasons, they are
often used by residents of developed and developing economies to evade their tax obligations. Ireland
recently recovered almost €1 billion in an investigation into accounts held in offshore banks. The
United Kingdom has recovered almost £500 million through its voluntary disclosure facility. A recent
report by the United States Senate estimated that some US$100 billion in taxes could be evaded by the
use of offshore tax abuses.14

[…]

14 United States Senate Permanent Subcommittee on Investigations (2008) “Tax Haven Banks and U.S. Tax Compliance – Staff Report”
(released in conjunction with the Permanent Subcommittee on Investigations’ hearing on 17 July 2008. See also United States Senate
Permanent Subcommittee on Investigations (2006) “Tax Haven Abuses: The Enablers, the Tools and Secrecy ‐ Minority & Majority Staff
Report” (released in conjunction with the Permanent Subcommittee on Investigations’ hearing on 1 August 2006).
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6

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21/04/2009
6 Bis

AD 2009 28/46 Mise à jour rapport OCDE


au 24/07/2009
7
[24/03/09 5 attacfr@attac.org
DE LA FIN DES PARADIS FISCAUX AUX TAXES GLOBALES
[…]

Première partie
Les paradis fiscaux et judiciaires et la crise financière
La « crise financière » qui a envahi les médias en Europe en septembre 2008 a commencé aux
États-Unis au printemps 2007. Elle s’est ensuite étendue progressivement à d’autres pays, et à d’autres
systèmes financiers et bancaires. Les conséquences sont maintenant quotidiennes sur les économies de
la plupart des États, du Nord comme du Sud. L’ampleur de cette crise a forcément déjà provoqué de
multiples réflexions, études, et rapports sur ses causes. Des critiques sont formulées à l’égard des
dérégulations toujours actives dans les secteurs financiers et bancaires, critiques parfois exprimées par
ceux-là mêmes, acteurs économiques ou politiques, ou « experts » en science économique, qui étaient
bien souvent à l’origine de ces dérégulations.
On les entend même parfois formuler des propos contenant quelques menaces contre tout ce qui peut
conduire à l’opacité des circuits financiers, et notamment contre les paradis fiscaux. Pendant quelques
semaines, plusieurs chefs de gouvernement ont tenu, devant les médias et leurs opinions publiques,
des discours durs à l’encontre des paradis fiscaux, ce qui a amené quelques représentants officiels de
ces pays qui laissaient entendre qu’ils prenaient ces menaces au sérieux à arguer de leur non
responsabilité dans la crise financière. Dans le genre c’est probablement M. Juncker, chef du
gouvernement du grand duché de Luxembourg, qui est intervenu le plus souvent pour ôter toute
responsabilité aux paradis fiscaux dans la crise : « Les pays à secret bancaire ne sont pas à l’origine
de la crise. Le secret bancaire n’existe pas aux États-Unis, dans ces conditions, qui peut dire et
prétendre que la crise serait partie de la Suisse et du Luxembourg parce qu’ils ont un secret bancaire,
et non pas des États-Unis parce qu’ils n’en ont pas ? »
Dans un premier temps seront mesurés les liens entre l’existence des paradis fiscaux et la naissance
comme le développement de la crise financière.15 Les paradis fiscaux et tous les territoires offshores
qui cultivent le secret sont des éléments qui favorisent l’opacité dans les circuits financiers et qui
peuvent accroître les périodes d’instabilité dans les transactions financières et en multiplier fortement
l’amplitude. Dans un deuxième temps, le point sera fait sur les déclarations virulentes de plusieurs
gouvernements de pays atteints par la crise et sur les réponses des représentants de ces territoires mis à
l’index. Enfin, face à l’absence de décisions nationales, européennes ou internationales effectives
contre les paradis fiscaux, il sera indispensable de montrer que des mesures concrètes peuvent et
doivent être prises.

1. Le rôle des paradis fiscaux et judiciaires dans la crise financière


L’endettement particulièrement élevé des ménages a fait fonctionner pendant quelques années les
économies données encore récemment en exemple pour leur dynamisme par les économistes libéraux
et les encenseurs de la libéralisation totale des marchés et des dérégulations d’une concurrence
débridée : les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Irlande et l’Espagne notamment. Il s’agissait de
maintenir le niveau des consommations des ménages, pour absorber ce qui avait été produit en amont,
alors que leur pouvoir d’achat était plutôt en régression du fait d ’une diminution relative des masses
salariales dans la plupart des pays développés (blocage des salaires, maintien d’un chômage de masse,
développement de la précarité, etc). Dans la plupart des pays développés le taux d’épargne des
ménages est en baisse et leur niveau d’endettement progresse : les gouvernements et les entreprises
bloquent les salaires mais tentent de maintenir le niveau des consommations sur les marchés par une
extension des endettements privés. Il est évident qu’aucune économie ne peut fonctionner longtemps

15
Pour un développement plus complet sur la globalité de la crise, voir Attac, Sortir de la crise globale, Vers un monde
écologique et solidaire, Paris, La Découverte, 2009.
AD 2009 29/46 Rapport Attac France
Mars 2009
7
quand elle repose sur un tel décalage. La cause profonde de la crise financière doit donc être trouvée
dans ce décalage qui s’est accentué sur une vingtaine d’années.16
Le partage des gains de productivité de plus en plus inégalitaire, au détriment de la rémunération du
travail (salaires, cotisations sociales, retraites, etc.) et au profit de la rémunération du capital, par les
distributions des dividendes aux actionnaires alors que les investissements stagnaient (les surprofits
étaient très majoritairement tournés vers la rémunération directe et immédiate des actionnaires plus
que vers de nouveaux investissements productifs de nouvelles richesses, de nouveaux biens ou de
nouveaux services) est la cause profonde de la crise.

Ce partage de plus en plus inégalitaire des richesses produites est assez général dans la plupart des
pays : en France les dividendes versés aux actionnaires représentaient 4,4 % de la masse salariale en
1982 et 12 % en 2007. Les normes de rentabilité financière ont été très fortement augmentées pendant
la même période pour atteindre des taux insoutenables par rapport à l’économie réelle et à
l’amélioration effective de la productivité.17
Dans la plupart des pays et au niveau mondial, nous assistons donc à une accumulation de gains et de
profits énormes dans les mains d’une petite minorité de privilégiés qui disposent donc de masses
monétaires gigantesques avec lesquelles ils vont parfois chercher à faire de nouveaux profits en
recourant à toutes les manipulations possibles ; et les paradis fiscaux et judiciaires (PFJ), avec leurs
multiples offres discrètes et non taxées sont un lieu où ces fortunes peuvent encore se multiplier.
La crise financière qui a commencé à se développer à partir des États-Unis en 2007 a été en outre
favorisée par une opacité des produits financiers mis sur le marché et par l’absence d’une quelconque
régulation efficace. De grandes masses financières ont pu jouer de cette situation au travers

16 Les déclarations d’Alan Greenspan (Le temps des turbulences, 2007), arrivé à la présidence de la Réserve fédérale des États-Unis (banque
centrale, la FED) en 1987 sont particulièrement éclairantes du poids des choix idéologiques. A. Greenspan revendique d’avoir laissé croître
la bulle immobilière pour des raisons « philosophiques » totalement délibérées : « Je me rendais bien compte que l’assouplissement du crédit
hypothécaire accroissait le risque financier… Mais j’ai compris aussi que l’augmentation du nombre de propriétaires renforçait le soutien
au capitalisme de marché… J’estimais donc, et continue de le faire, que les avantages de cet élargissement de la propriété immobilière
individuelle valaient bien l’accroissement inévitable des risques. La protection des droits de propriété, si essentielle dans une économie de
marché, a besoin d’une masse critique de propriétaires pour bénéficier d’un soutien politique. »
17
Patrick Artus écrit, dans Flash économie du 21 octobre 2008 de Natixis que « la crise actuelle est une crise de l’excès d’endettement des
ménages (et donc des banques) et de la titrisation des crédits correspondants. Cette forte hausse de l’endettement des ménages est un substitut
à la perte de revenus de la classe moyenne, des jeunes actifs. Les évolutions qui précèdent la crise conduisent toutes, en effet, à une baisse
des revenus des salariés actifs et à une hausse des revenus des détenteurs de capital (des rentiers, des retraités…) : taux de rendement des
fonds propres très élevés, progression très forte des profits, des dividendes, des loyers et des dépenses de logement, plus-values en capital,
rendements élevés de toutes les classes d’actifs ».
AD 2009 30/46 Rapport Attac France
Mars 2009
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d’instruments financiers très complexes. La multiplication des marchés de gré à gré est venue
déstabiliser un peu plus l’ensemble.
Ce n’est pas l’existence des paradis fiscaux et judiciaires (PFJ) qui peut expliquer directement les
pratiques des banques, et en premier des banques américaines, à accorder des prêts très fortement à
risques, puis à titriser les créances liées à ces prêts, notamment pour contourner les quelques normes
prudentielles qu’elles étaient tenues de respecter. Le développement des PFJ ne peut expliquer non
plus à lui seul le partage de plus en plus inégalitaire des richesses produites entre la rémunération du
travail et la rémunération du capital. Mais les paradis fiscaux sont une pièce maîtresse de ce dispositif.

AD 2009 31/46 Rapport Attac France


Mars 2009
7

Les paradis fiscaux facilitent l’opacité et l’instabilité financières


Cette opacité a joué et continue de jouer un rôle déterminant dans les doutes et les incertitudes des
autres acteurs bancaires et financiers et de nombre d’investisseurs ou de détenteurs de capitaux.18

Les fonds d’investissements spéculatifs (hedge funds) sont souvent acheteurs des titres émis par les
organismes de crédit hypothécaire. Localisés à près de 80 % dans les PFJ (dont un grand nombre aux
îles Caïman), ces hedge funds échappent à toute réglementation un peu contraignante. Ils sont une des
causes des fluctuations fortes et contradictoires d’un jour sur l’autre des marchés financiers :
échappant à tout contrôle de leur comptabilité et de la valeur de leurs actifs par un quelconque

18 Voir Christian Chavagneux et Ronan Palan, Les paradis fiscaux, Paris, La Découverte, Repères, 2007.
AD 2009 32/46 Rapport Attac France
Mars 2009
7
organisme public, ils peuvent être amenés à mettre d’un coup sur le marché des sommes énormes pour
continuer leurs opérations spéculatives.
Les PFJ, qui voient transiter plus de 50 % des transactions financières internationales, permettent aux
entreprises et aux acteurs financiers qui les utilisent de réaliser des opérations échappant à toute forme
de supervision et de régulation. Ils sont, de ce fait, des éléments essentiels dans l’instabilité
financière : des capitaux qui échappent à tout contrôle et à toute imposition peuvent prendre beaucoup
plus de risques que des capitaux investis dans des territoires réglementés. Le secret bancaire,
l’incertitude sur l’identité des propriétaires, la complexité des montages juridiques et des circuits
financiers, l’absence de transparence sont autant d’éléments établissant la nocivité des PFJ et leur rôle
dans l’opacité du système financier international. Ainsi, les PFJ, par leur laxisme réglementaire,
permettent la création de structures financières complexes, imbriquées les unes dans les autres, pour
lesquelles il est bien entendu impossible de connaître les véritables donneurs d’ordres et, tout autant,
les « responsables » contre lesquels des victimes pourraient agir en justice (les accidents des navires
poubelles à l’origine de marées noires aux conséquences économiques, sociales et environnementales
désastreuses ont à chaque fois dévoilé au grand public le recours par des multinationales à l’empilage
de structures juridiques opaques localisées dans toute une gamme de PFJ).

Les paradis fiscaux facilitent la formation de capitaux spéculatifs


Réceptacles de capitaux provenant de sources multiples (trafics, corruption, blanchiment, fraudes,
etc.), les PFJ recueillent la finance offshore et organisent l’opacité des circuits de circulation de
l’argent. Ils attirent les capitaux en offrant le secret des transactions, leur protection contre toute
enquête pouvant provenir des gouvernements étrangers, et en contournant les systèmes fiscaux de ces
États. De nombreuses banques, parfois même les plus sages apparemment, souvent encadrées par des
réglementations nationales, ont voulu participer au « haut rapport » (high yield) quand les temps
étaient fastes, en confiant à des filiales domiciliées dans des PFJ la gestion de leurs investissements en
produits dérivés à risques.
De très gros profits se trouvent ainsi générés par les PFJ, lesquels profits vont ensuite venir accroître la
masse des capitaux qui se déplacent sur la planète à la vitesse de l’électronique et qui peuvent
participer aux spéculations sur de multiples marchés (pétrole, minerais, céréales, autres matières
premières, etc.). Il apparaît en effet souvent plus rentable à ces capitaux de spéculer que de s’investir
dans l’économie réelle où ils devraient bien souvent perdre une partie de leur anonymat et de leur
discrétion.

Les paradis fiscaux facilitent toutes les déréglementations


Dès lors que les PFJ voient transiter plus de 50 % des transactions financières internationales, il est
évident que la moindre réglementation ou régulation qui pourrait être prise par un État ou par un
groupe d’États à l’égard des secteurs bancaires et financiers serait immédiatement et en grande partie
rendue caduque : la réglementation s’appliquerait bien aux entreprises localisées, par exemple en
France ou dans l’Union européenne, mais les territoires sans lois que sont les PFJ pourraient accueillir
les sièges de sociétés bancaires et financières dispensées de ces réglementations et ces entreprises
offshore pourraient donc intervenir partout, y compris sur les États réglementés, du fait du primat du
principe de totale liberté de circulation des capitaux. Il serait donc indispensable que soit prise la
décision de considérer comme inexistante toute relation financière avec les territoires offshore et les
PFJ.
Depuis les accords de Bâle (1996, puis Bâle II, 2004), les banques sont soumises à une réglementation
prudentielle qui les contraint à réserver un volume minimal de capitaux propres égal à 8 % du total de
leurs actifs risqués (portefeuilles de titres et encours de crédit). Avec ce ratio de solvabilité, les
banques soumises à cette réglementation sont donc limitées dans leurs possibilités de faire des crédits :
elles doivent disposer des capitaux propres suffisants pour rester au-dessus du seuil des 8 %. Pour
contourner ces dispositions, des banques ont sorti de leur bilan certains de leurs crédits en les titrisant
et en les mettant au nom d’entités juridiques nouvelles localisées dans des paradis fiscaux et qui
échappaient donc à ces réglementations.
Par ailleurs, avec cette totale liberté de circulation des capitaux par-delà les frontières étatiques, les
PFJ provoquent une concurrence à la baisse entre les différents systèmes de régulation nationaux. En
AD 2009 33/46 Rapport Attac France
Mars 2009
7
voulant attirer sur leur territoire une partie des capitaux mobiles sur la planète, les États sont amenés à
réduire eux-mêmes certaines de leurs réglementations internes, certains de leurs contrôles, et à revoir à
la baisse leurs normes prudentielles. La dérégulation de certains secteurs plus particuliers est engagée
par certains gouvernements en arguant de l’existence des territoires échappant à toute réglementation.
Les PFJ sont donc un outil, direct ou indirect, pour tirer vers le bas toutes les réglementations sur la
finance.

Les paradis fiscaux facilitent la concentration de masses financières énormes et mobiles


Le partage inégalitaire des richesses est largement antérieur à l’existence des PFJ, mais la prolifération
depuis une trentaine d’années de ces territoires a bien un lien avec l’accroissement énorme des
inégalités constaté à l’intérieur des États et entre les États, au Nord comme au Sud. Leur existence
rend encore plus facile la fraude fiscale de grande ampleur pour les multinationales et les particuliers
riches qui vont pouvoir échapper à tout ou partie des impôts établis par les États dont ils sont
originaires. Ce n’est pas un hasard si toutes les entreprises du CAC 40 ont des filiales dans des paradis
fiscaux : ce sont environ 1 500 filiales offshore que les plus grandes entreprises françaises déploient
sur une trentaine de paradis fiscaux pour optimiser leur fiscalité, c’est-à-dire, payer le moins d’impôt
possible, en jouant de la diversité des fiscalités. Le secteur financier est très engagé dans les paradis
fiscaux : à elles seules, les trois banques françaises BNP Paribas, le Crédit Agricole et la Société
Générale ont 361 entités offshore. Hors du secteur bancaire, LVMH (140 filiales), Schneider (131),
PPR, France Télécom, Danone, Pernod et Capgemini sont particulièrement implantés dans les paradis
fiscaux. C’est dire que les impôts qu’ils versent au Trésor public français sont loin de correspondre à
la réalité des profits de ces multinationales.
Cette fraude va accroître les profits nets de celles et ceux qui la pratiquent pendant que les autres
entreprises et la grande masse des autres particuliers vont devoir payer plus d’impôts (ce qui est fraudé
par les uns est toujours plus ou moins payé par les autres, en impôts supplémentaires ou en
redistributions et en services publics en moins).
L’existence de masses financières provenant des profits accumulés par une toute petite frange de la
population devient une véritable machine à fabriquer des bulles : le trop plein de disponibilités
financières ne se fixe pas dans les investissements directement productifs mais peut aller vers les
œuvres d’art, vers l’immobilier, vers les nouvelles activités de l’internet, vers certains marchés
particuliers (pétrole, céréales, etc) en y faisant apparaître pendant un certain temps une forte demande
qui tire ces marchés à la hausse, invitant d’autres spéculateurs à s’engouffrer dans le « filon »,
jusqu’au moment où tout ceci éclate.
En étant des lieux où ces masses financières nées des inégalités sociales peuvent se localiser et se
cacher avant de fondre sur certains secteurs, les PFJ concourent très fortement au renforcement des
inégalités et à l’accroissement des instabilités des marchés.

« Si » il n’y avait pas de paradis fiscaux, judiciaires et bancaires


Pour mesurer l’impact de l’existence des paradis fiscaux dans la genèse de la crise financière, puis
dans son développement et sa propagation sur l’ensemble de la planète, on peut, a contrario, essayer
de raisonner en imaginant un monde sans paradis fiscaux, et souligner alors ce qui ne se serait
certainement pas produit.
Il y aurait eu beaucoup moins d’opacité dans les circuits financiers, et la confiance entre les acteurs et
les opérateurs bancaires et financiers aurait été meilleure, ce qui aurait fortement atténué la suspicion
qui a pu bloquer à un moment nombre de transactions.
Il y aurait eu beaucoup moins d’évitements des normes et des réglementations, ce qui aurait fortement
réduit les prises de risques dans lesquelles ont pu s’engager des opérateurs de fait totalement
irresponsables, bien que largement coupables.
Il y aurait eu moins d’inégalités sur la planète. Les PFJ sont autant de havres de sécurité pour nombre
de trafics et de fraudes, dont les fraudes fiscales pratiquées à l’encontre des budgets et des citoyens
honnêtes des autres États. Les PFJ sont aussi un outil largement utilisé pour organiser le dumping des
lois, et particulièrement le dumping fiscal, en tirant vers le bas les autres systèmes fiscaux. Ils sont
AD 2009 34/46 Rapport Attac France
Mars 2009
7
enfin un outil déterminant pour la fraude fiscale de grande envergure, celle pratiquée par les
multinationales qui peuvent « jouer » à plein de la concurrence fiscale en recourant aux localisations
dans des PFJ.
Il y aurait donc eu beaucoup moins de capitaux disponibles pour participer au « casino financier » où
une minorité a pu, pendant un temps, faire fructifier des capitaux.
On peut aussi certainement dire que, s’il n’y avait pas eu de PFJ, des masses financières n’auraient pas
été attirées par les possibilités de gains supplémentaires apparemment faciles et peu risqués que
peuvent offrir certaines innovations financières localisées dans les PFJ ; elles se seraient donc, en
partie, investies dans d’autres domaines, et notamment dans l’économie réelle, dans l’investissement
dit productif de biens ou de services. La crise économique qui suit cette crise financière et bancaire
présenterait donc d’autres aspects.

[…]

Rapport préparé par


Jacques COSSART
Gérard GOURGUECHON
Jean-Marie HARRIBEY
Aurélie TROUVE

AD 2009 35/46 Rapport Attac France


Mars 2009
8
LES BANQUES FRANÇAISES PROPOSENT AUX AUTRES BANQUES EUROPÉENNES
UN ENSEMBLE DE MESURES CONCERNANT LEURS ACTIVITÉS
DANS LES PAYS NON-COOPÉRATIFS

La lutte contre les paradis fiscaux et juridictions non-coopératives a été reconnue par le G20 comme
une des priorités fortes de la réforme du système financier international. Les banques françaises
partagent totalement cet objectif. Soucieuses de contribuer le plus efficacement possible à cette action
commune, elles ont élaboré un ensemble de propositions.

Ces propositions se fondent sur quatre constatations majeures. La première est que cette lutte est
globale. Toute la communauté internationale doit se mobiliser et s'engager pour édicter les règles
voulues et les faire respecter. La deuxième est que cette lutte se mène sur trois fronts : contre le
blanchiment d’argent sale et le financement du terrorisme, contre la fraude fiscale, et contre
l’insuffisante régulation ou supervision des instruments, marchés ou institutions d’importance
systémique. La troisième est que le passage obligé de cette lutte est un accord entre États sur les règles
que tout membre de la communauté internationale doit respecter pour que les transactions publiques
ou privées avec une entité relevant de sa juridiction soient autorisées par les autres pays. La quatrième
est que les listes de pays non coopératifs, c’est-à-dire ne respectant pas les règles internationales dans
chacun des domaines concernés, doivent être établies dans un cadre multilatéral et de façon
transparente, avec une claire indication de ce qui est licite et de ce qui ne l’est pas, et des sanctions
applicables, le cas échéant.

Par conséquent, des traitements différenciés doivent être appliqués aux pays non coopératifs, selon la
nature des listes sur lesquelles ils figurent. Les propositions ci-dessous reposent sur le dispositif
existant d’élaboration des listes (GAFI, forum mondial de l’OCDE) et seront modifiées si ce dispositif
évolue.

Si la mise en œuvre de ces propositions est d’abord de la responsabilité des pouvoirs publics, les
entreprises en sont parties prenantes, et notamment celles du monde de la finance. Les banques
françaises affirment leur intention ferme d’y jouer un rôle exemplaire.

Les banques françaises proposent en conséquence à l’ensemble des banques européennes de s’engager
sur les cinq points suivants, auxquels elles sont d’ores et déjà prêtes à souscrire, mais qu’elles
souhaitent voir mis en œuvre au niveau de l’Union européenne dans le respect des règles qui régissent
les relations entre les États membres et des lois en vigueur dans les pays concernés.

AD 2009 36/46 Fédération Bancaire française


22/05/2009
8
1) Premier engagement : Proactivité dans la coopération internationale

Respecter scrupuleusement les règles et principes dégagés par la communauté internationale, offrir
une coopération franche pour leur élaboration afin de leur assurer le maximum d’efficacité et
contribuer dans la mesure de leurs moyens à l’élaboration de règles internationales aussi efficaces que
possible, notamment en ce qui concerne les listes de pays non coopératifs établies par les autorités.

2) Deuxième engagement : extension des règles de contrôle interne applicables en Europe


Pratiquer dans l’ensemble de chaque groupe bancaire les règles et principes déontologiques
applicables dans l’Union européenne, sauf si les prescriptions locales sont plus strictes.

3) Troisième engagement : Transparence sur les implantations


Adresser chaque année à l’autorité de supervision un état mentionnant les implantations (filiales,
succursales ou bureaux de représentation) dans les pays non-coopératifs et décrivant les principales
activités effectuées.
Cet état sera présenté au conseil d’administration ou au conseil de surveillance et toute nouvelle
implantation dans l’un de ces pays sera soumise à une procédure d’autorisation à haut niveau au sein
du groupe.
Si un pays est inscrit sur une liste de pays non coopératifs où il ne figurait pas préalablement, un
examen de la situation sera fait et soumis à une instance de haut niveau.

4) Quatrième engagement : Gouvernance spécifique pour les pays les moins coopératifs
Dès lors qu’un pays sera inscrit sur une liste spécifique des pays les moins coopératifs, le conseil
d’administration ou le conseil de surveillance se prononcera, dans les trois mois, sur un dispositif de
restriction des activités, pouvant aller jusqu’à l’arrêt total de celles-ci, en tenant compte de
l’adéquation du dispositif de contrôle.

5) Cinquième engagement : Transparence sur les opérations avec les pays les moins coopératifs
S’agissant des pays les moins coopératifs, tenir à disposition des autorités bancaires du pays de la
société mère du groupe des informations sur certaines opérations relevant du domaine ayant conduit au
classement du pays dans cette catégorie et appliquer à ces opérations le régime de surveillance
particulier défini par la communauté internationale.

AD 2009 37/46 Fédération Bancaire française


22/05/2009
9
Paradis fiscaux, paradis perdus ?
Interview de Pascal Saint-Amans et Eva Joly par Vittorio de Filippis
En avril, le G20 a décidé de lutter contre le secret bancaire et l’opacité des circuits financiers.
Pascal Saint-Amans∗, expert de l’OCDE, défend le plan. Pour Eva Joly, ex-juge anticorruption et
canditate écologiste aux européennes, il ne va pas assez loin. Rencontre.

Jersey, Liechtenstein, Suisse… La plupart des paradis fiscaux ont accepté, sous la pression du G20,
de revenir sur l’un des instruments de leur existence : le secret bancaire. Est-ce la fin de l’opacité ?
Eva Joly. Non ! Le G20 aurait dû prendre des mesures radicales. Un exemple ? Il était tout à fait
possible de mettre en place un système de communication automatique. La Suisse, par exemple,
devrait être contrainte de déclarer au fisc français les transferts d’argent de France ou de tout autre
pays. Nous aurions amorcé la construction d’un réseau d’information mondial alimenté de façon
automatique. Le G20 a été un grand moment de mascarade médiatique.
Pascal Saint-Amans. La critique est facile. Et votre idée de système d’information automatique est
illusoire. Le G20 et l’OCDE ont opté pour une autre option : rendre obligatoire l’échange à la
demande, quand l’information est « vraisemblablement pertinente » de la part de l’État qui en fait la
demande. Le G20 a fait plus en quelques jours que la communauté internationale ces dix dernières
années. Jamais autant de pays n’avaient accepté publiquement de mettre fin à l’opacité de leur système
financier. Si plus aucun pays ne figure sur la liste noire de l’OCDE, c’est justement parce qu’ils ont
accepté d’adopter prochainement un système où la transparence sera la règle.

Vos positions sont-elles totalement opposées ?


E.J. Radicalement différentes. Vous ne dites rien sur le problème de la résidence, et du lieu de
paiement des impôts. Pour moi, c’est simple : la localisation de ce qui est produit doit correspondre à
la localisation d’un siège social d’une entreprise ou d’une filiale. Dès lors que vous avez des paradis
fiscaux, dans une île par exemple où rien n’est produit, alors vous pouvez être certain que des boîtes
aux lettres d’entreprises bidons fleuriront au pied de somptueux immeubles. Pourquoi ? Pour que des
sociétés qui travaillent à des milliers de kilomètres de là puissent contourner le paiement d’impôts sur
les bénéfices. Quand ce n’est pas pour blanchir de l’argent d’activités illicites…
P.S.-A. Mais la notion de résidence est définie dans les conventions fiscales et fait bien référence à
l’activité réelle, et non aux boîtes à lettres. Les paradis fiscaux n’ont pas de conventions fiscales, ce
n’est donc pas leur problème. En revanche, ils sont souvent utilisés pour loger en franchise totale
d’impôt les profits de groupes multinationaux dans des coquilles vides en abusant des prix de transfert
[surfacturation d’un service d’une firme à une autre, elle localisée dans un paradis fiscal appartenant
au même groupe pour minimiser le paiement de l’impôt, ndlr] et en profitant de l’opacité. Or, là,
l’échange de renseignements préconisé par l’OCDE et le G20 sera décisif.
E.J. Cela ne changera pas grand-chose. Par exemple, la Zambie se servait de l’île Maurice pour
exporter son cuivre. La filiale installée dans l’île achetait 2 000 euros la tonne de cuivre à la Zambie
pour la revendre 6 000 euros. Elle pouvait localiser 4 000 euros de bénéfice dans la filiale
mauricienne… Bénéfice non taxé. Dans ce schéma, le gouvernement zambien ne touche pas un dollar
au titre de l’impôt.
P.S.-A. C’est de l’évasion fiscale. Les populations en paient les conséquences. Sans impôt, pas de
budget public, donc pas d’investissements publics. Mais ce n’était pas l’objet du G20, qui a généralisé
l’échange d’informations dans les paradis fiscaux et donc la fin du secret bancaire à des fins fiscales.

∗Ancien haut fonctionnaire à la direction générale des impôts du Ministère des finances, Pascal Saint-Amans est depuis septembre 2007
responsable de la coopération fiscale au Centre de politique et d’administration fiscale de l’OCDE. Il a préparé la publication par l’OCDE de
la liste des pays insuffisamment coopératifs en matière de lutte contre l’évasion fiscale.
AD 2009 38/46 Liberation.fr
18/05/2009
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De quels moyens dispose-t-on pour imposer un nouvel ordre financier dans les paradis fiscaux ?
E.J. De presque rien. Soyons concrets : en Zambie, huit personnes travaillent sur l’évasion fiscale.
Comment voulez-vous qu’elles puissent lutter contre des multinationales qui opèrent à l’échelle de la
planète, et non d’un territoire ? Même la Norvège, qui a sans doute le service fiscal le plus compétent
au monde, ne parvient pas à empêcher totalement la pratique des prix de transfert. Oslo a mis trente
personnes à plein temps pendant quatre ans pour mettre en évidence certaines pratiques de prix de
transfert. Le système de contrôle et de répression que vous défendez peut fonctionner dans des pays
riches, absolument pas dans les pays en développement ou pauvres.
P.S.-A. Plus on favorise la transparence, plus on complique la fraude. Et le problème des pays en
développement est bien plus complexe que celui des seuls paradis fiscaux. Plus on les fera reculer,
moins les chefs d’État de certains pays du Sud et les réseaux de corruption qui peuvent avoir intérêt à
planquer des actifs pourront le faire. Il faut développer les capacités de leurs administrations fiscales.
Des programmes de formation et d’aide sont prévus pour les appuyer.
E.J. Supposons que nous ayons bientôt les instruments de contrôle et de rétorsion dont vous parlez.
Alors le Luxembourg pourrait recevoir 800 000 demandes de renseignements. Et combien de
personnes sont censées pouvoir répondre à ces futures requêtes ? Au Luxembourg, une personne !
P.S.-A. Vous prétendez que les mesures prises n’ont aucun effet. Comment expliquer alors que les
avocats fiscalistes demandent en ce moment comment leurs clients vont pouvoir régulariser leur
situation et déclarer les actifs jusqu’alors cachés ? Le mouvement est amorcé, il va vite se généraliser.
Pour le Luxembourg, les chiffres que vous avancez ne sont pas réalistes. Les administrations feront
des demandes ciblées, qui leur sont utiles. Tous les pays s’y préparent.

À vous écouter, les paradis fiscaux seront ruinés demain.


P.S.-A. Certains vont souffrir : ceux qui ont tout misé sur le secret bancaire. Mais d’autres s’en
sortiront très bien. Parce qu’ils possèdent de vraies capacités juridiques, commerciales, de gestion, de
conseil…
E.J. Les paradis fiscaux ne risquent pas la ruine. Vous dites : « La Suisse devra répondre aux
demandes de renseignements ». C’est toute l’ambiguïté du G20, qui laisse aux paradis fiscaux
l’obligation de fournir ces renseignements si –et seulement si– une administration fiscale le leur
demande. L’ennui, c’est que vous supposez qu’un problème est résolu d’emblée. Avec votre système,
les services fiscaux français ne seront pas automatiquement en mesure de savoir si des contribuables
ont un compte bancaire planqué en Suisse…
P.S.-A. Hier, nous n’avions aucun instrument juridique pour obtenir des informations des paradis
fiscaux. J’ai été dans l’administration fiscale. C’est frustrant lorsqu’on sait qu’un contribuable ou une
société a localisé des actifs ou des revenus dans une juridiction secrète, qui n’offre aucune
information. Et qu’on ne peut rien. Le 2 avril, le G20 a sifflé la fin de cette situation. Cette fois, à la
différence des premières publications des listes de pays non coopératifs en 2000, nous avons visé
toutes les places financières, y compris de l’OCDE.
E.J. Vous avez raison de souligner cette évolution. Mais ça ne change rien à mes critiques : tout ça,
c’est de la foutaise. Dans ce que vous mettez en place, il faut d’abord des soupçons de fuite d’argent.
Ensuite, il faut qu’on sache dans quel pays l’argent est placé. Et qu’on sache dans quelle banque.
Combien de contribuables aux États-Unis, 150 millions ? Combien de demandes de renseignement à
Jersey ? Quatre en 2008 !

Oui, mais les mesures du G20 sont censées faire bouger ces lignes…
E.J. Mais il y a toujours plus de 830 000 sociétés domiciliées dans les Iles Vierges britanniques, pour
19 000 habitants. Et un nombre inconnu de firmes qui, par exemple, facilitent l’évasion fiscale
chinoise. Toujours aussi 1 500 sociétés de l’île Maurice, qui dégagent 20 milliards de dollars de
bénéfice…
P.S.-A. Nous sommes dans le temps de l’élaboration. Une juridiction qui ne taxe pas, il ne faut pas lui
accorder de convention fiscale.

AD 2009 39/46 Liberation.fr


18/05/2009
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E.J. Je suis allée à Jersey, j’ai rencontré l’officier chargé de faire respecter la loi antiblanchiment et
j’ai demandé à consulter le registre où sont censés être inscrits les trusts, ces trusts qui gèrent une
société dans un autre paradis et dont il est impossible, par un jeu de cascade très opaque, de savoir qui
sont les vrais propriétaires. Evidemment, ce registre de trusts n’existait pas. J’ai demandé : « Pourquoi
n’avez-vous pas de registres infalsifiables ? » Il m’a répondu : « Ici, on fait du business, si on fait ce
que vous dites, nous le perdons.» Même si on a des renseignements sur les trusts, pister les actifs et les
personnes qui les alimentent est mission impossible.
P.S.-A. Vous vous trompez. Désormais, on ne pourra plus s’entendre dire : « Désolé, c’est dans un
trust, je ne peux pas vous renseigner. » Si derrière il y a une société caïmanaise, nous le saurons. La
question des trusts est primordiale. Et croyez-moi, elle était sur la table des discussions lors du G20.
On estime que la gestion de patrimoine privé offshore s’élève à près de 11 000 milliards de dollars.

Eva Joly, doutez-vous toujours des choix du G20 ?


E.J. Il y avait des moyens plus simples. Il fallait obliger les multinationales à déclarer les revenus pays
par pays. La vérité, c’est qu’on ne veut pas s’attaquer aux bénéfices d’entreprises comme Coca Cola,
qui présente ses résultats sous forme de comptes consolidés par région, privant de ressources fiscales
légitimes des pays dont les populations vivent dans la misère. C’est criminel. Il faudrait au contraire
qu’elles déclarent les résultats pays par pays. C’est de cette manière qu’on verra que la compagnie
minière de Zambie doit dégager son bénéfice en Zambie, là où elle extrait sa production, et non pas
aux Bermudes.
P.S.-A. Proposition de bon sens, mais qui ne peut fonctionner que si, derrière, les gouvernements
peuvent vérifier les déclarations !
E.J. Votre système est trop long à mettre en place.
P.S.-A. C’est tout l’enjeu : passer des déclarations aux actes rapidement. Un point sur les progrès sera
fait en novembre. Les sanctions sont déjà sur la table pour ceux qui ne bougeraient pas. Les
propositions que je défends ne sont pas taillées, comme vous semblez le prétendre, à la mesure des
pays riches et de leurs entreprises transnationales.
E.J. Je ne le sous-entends pas, je l’affirme ! La collusion entre les pays du G20 et ceux des
multinationales est forte. Vous n’avez pas su, pas voulu rompre ces liens !
P.S.-A. Critique trop facile, qui ne repose sur rien de tangible. Pour une fois que le mouvement s’est
inversé, ne boudons pas notre plaisir !

AD 2009 40/46 Liberation.fr


18/05/2009
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DÉCLARATION PUBLIQUE DU GAFI


25 FÉVRIER 2009
IRAN

Le GAFI accueille favorablement l’engagement initial en matière de blanchiment de capitaux pris par
l’Iran auprès de la communauté internationale. Le GAFI reste cependant préoccupé du fait que l’Iran
n’a pas traité significativement les défaillances constantes et substantielles de son régime de lutte
contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT). Le GAFI est
particulièrement inquiet de l’incapacité de l’Iran à faire face au risque de financement du terrorisme, et
de la grave menace que cela constitue pour l’intégrité du système financier international. Le GAFI
appelle avec insistance l’Iran à remédier immédiatement et significativement à ses défaillances en
matière de LBC/FT, en particulier en incriminant le financement du terrorisme et en mettant
efficacement en œuvre les obligations de déclaration des opérations suspectes (DOS).
Le GAFI réaffirme l’appel fait à ses membres, et conseille vivement à tous les pays de conseiller à
leurs institutions financières de considérer avec une attention particulière les relations d’affaires et
opérations avec l’Iran, y compris les sociétés et les institutions financières. Outre cette surveillance
renforcée, le GAFI appelle ses membres, et recommande vivement à tous les pays d’appliquer des
contre-mesures efficaces afin de protéger leur secteur financier des risques de blanchiment de capitaux
et de financement du terrorisme (BC/FT) émanant de l’Iran. Les pays devraient également se protéger
contre l’utilisation des relations de correspondance afin de contourner ou éviter les contre-mesures et
les pratiques de réduction des risques, et de prendre en considération les risques de BC/FT lors de
l’examen des demandes faites par des banques iraniennes d’ouvrir sur leur territoire des succursales et
des filiales.
Le GAFI reste disposé à s’engager directement auprès de l’Iran afin de l’aider à remédier à ses
défaillances en matière de BC/FT, notamment via le Secrétariat du GAFI.

OUZBÉKISTAN
Le GAFI accueille favorablement le processus entrepris par l’Ouzbékistan consistant à adopter dans
des délais déterminés des mesures de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du
terrorisme (LBC/FT). Néanmoins, les mesures concrètes adoptées pour faire face aux défaillances
n’ayant pas encore été mises en œuvre, le GAFI réitère sa déclaration du 16 octobre 2008, par laquelle
il invitait ses membres et appelait avec insistance tous les États à renforcer leurs mesures préventives
afin de protéger leur secteur financier des risques de blanchiment de capitaux et de financement
émanant de l’Ouzbékistan.

TURKMÉNISTAN
En dépit du dialogue prolongé avec le GAFI et d’autres institutions internationales, le Turkménistan
n’a toujours pas fait de progrès dans l’adoption d’une législation de lutte contre le blanchiment de
capitaux. Les institutions financières doivent rester conscientes du fait que l’absence au Turkménistan
d’un régime de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme constitue une
vulnérabilité du système financier international et devraient prendre les mesures appropriées afin de
faire face à ce risque. Il est vivement conseillé au Turkménistan d’adopter sans délai un régime
complet de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme conforme aux
standards internationaux. Pour cela, il est recommandé au Turkménistan de continuer à travailler en
collaboration avec le Groupe Eurasie et le Fonds Monétaire International.
AD 2009 41/46 Déclaration publique du GAFI
25/02/2009
10
PAKISTAN
Le GAFI réaffirme sa déclaration publique du 28 février 2008 relative aux risques posés par le
Pakistan en termes de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. Le GAFI accueille
favorablement le processus entrepris par le Pakistan visant à améliorer son régime de lutte contre le
blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Le GAFI encourage le Pakistan à continuer
de coopérer pleinement avec la Banque Mondiale et le Groupe Asie-Pacifique sur le blanchiment de
capitaux (GAP) dans le cadre de son évaluation mutuelle.

SAO TOMÉ-ET-PRINCIPE
Le GAFI accueille favorablement les récentes démarches entreprises par Sao Tomé et Principe pour
faire face aux défaillances identifiées en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, en
particulier en adoptant en novembre 2008 une loi sur la lutte contre le blanchiment de capitaux. Le
GAFI recommande vivement à Sao Tomé et Principe de faire face aux défaillances résiduelles en
matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, et plus
particulièrement dans ce dernier domaine.

Notes :
1. Pour plus d’informations, les journalistes sont invités à contacter Helen Fisher, OCDE Relations avec les Médias, (tél. :
+33 1 45 24 80 97 ou helen.fisher@oecd.org) ou le Secrétariat du GAFI, 2, rue André Pascal, 75775 Paris Cedex 16 (tél. :
+33 1 45 24 90 90, fax : +33 1 44 30 61 37, courriel : contact@fatf-gafi.org).
2. Le GAFI est un organisme intergouvernemental dont le but est de développer et de promouvoir des politiques, tant
nationales qu’internationales, visant à lutter contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Le Secrétariat
du GAFI est situé au siège de l’OCDE.
3. Les 34 membres du GAFI sont : l’Afrique du Sud ; l’Allemagne ; l’Argentine ; l’Australie ; l’Autriche ; la Belgique ; le
Brésil ; le Canada ; la Chine ; la Commission européenne ; le Conseil de coopération du Golfe ; le Danemark ; l’Espagne ; les
États-Unis ; la Fédération de Russie ; la Finlande ; la France ; la Grèce ; Hong-Kong, Chine ; l’Irlande ; l’Islande ; l’Italie ; le
Japon ; le Luxembourg ; le Mexique ; la Norvège ; la Nouvelle-Zélande ; le Portugal ; le Royaume des Pays-Bas ; le
Royaume-Uni ; Singapour ; la Suède ; la Suisse et la Turquie.
4. L’Inde et la République de Corée ont le statut d’observateur. Le Groupe Asie-Pacifique sur le blanchiment de capitaux
(GAP), le Groupe d’action financière des Caraïbes (CFATF) , le Groupe d’action financière du Moyen-Orient et de l’Afrique
du nord (GAFIMOAN), le Groupe d’action financière sur le blanchiment de capitaux en Amérique du sud (GAFISUD), le
Comité d’experts sur l’évaluation des mesures de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme du
Conseil de l’Europe (MONEYVAL) sont membres associés.
5. Le réseau international destiné à lutter contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme comprend
également trois autres organismes régionaux : le Groupe Eurasie de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement
du terrorisme (EAG), le Groupe anti-blanchiment d’Afrique orientale et australe (GABAOA); et le Groupe
intergouvernemental d’action contre le blanchiment en Afrique de l’ouest (GIABA). Le groupe des organismes de
supervision bancaire off-shore (GOSBO) fait également partie de ce réseau.

AD 2009 42/46 Déclaration publique du GAFI


25/02/2009
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Ouragan sur les Caïmans
Rangé sur la liste grise des centres financiers jugés non coopératifs lors du G20 de Londres, cet archipel
des Caraïbes est sous surveillance. Une réunion de l'OCDE a lieu du 23 au 25 juin à Paris pour faire le
point sur la lutte contre les paradis fiscaux.
George Town, envoyé spécial

Les palmiers se balancent la capitale, abrite le gratin de la confetti du Royaume-Uni s'est


mollement le long des finance planétaire : 250 banques retrouvé sur la liste grise des
interminables plages blanches étrangères, dont les 40 plus centres financiers jugés non
aux eaux limpides et chaudes. grosses au monde, plusieurs coopératifs en matière fiscale.
Dans les bars, les vacanciers, milliers de comptables, d'avocats « C'est un diktat destiné à nous
portant chapeau de paille et d'affaires et de fiscalistes ainsi pénaliser alors que nous offrons
chemise à fleurs, sirotent des que 700 compagnies d'assurances un service légitime. Le
cocktails multicolores, un œil sur établies par des multinationales. Royaume-Uni ne nous a pas
la retransmission d'un match de Quelque 85 000 sociétés écrans, défendu comme il l'aurait fallu » :
foot américain par la chaîne dont 10 000 hedge funds, sont port altier, gestes élégants,
ESPN. Des adeptes de la plongée immatriculées dans l'île aux Deborah Drummond, secrétaire
sous-marine partent explorer les crocodiles découverte par d'État aux finances chargée de
tréfonds du grandiose océan. Les Christophe Colomb en 1503. Un l'international, accuse la mère-
îles Caïmans, ce sont les Antilles univers secret, fermé, sans Rolls patrie d'avoir lâché son territoire
de Ian Fleming et de V. S. ni limousine. Au lieu de d'outre-mer.
Naipaul, magie noire, constructions cyclopéennes de Après trois cents ans d'allégeance
délinquance et mendicité en verre et d'acier, les professionnels harmonieuse au suzerain anglais,
moins, et mode de vie totalement muets comme des carpes c'est la fronde. À écouter la
américanisé en plus. travaillent dans des immeubles de ministre, si l'île n'a signé que huit
Sous la pression des Églises deux ou trois étages de style accords bilatéraux d'échange
protestantes, les casinos et le port caraïbe. d'informations au lieu des douze
du monokini sont prohibés. Cela En 1794, selon la légende, le roi requis par le G20 pour obtenir le
mis à part, on a l'impression que avait dispensé les îliens d'impôts sésame de la bonne conduite,
rien ne vient troubler la quiétude en remerciement de l'aide c'est en raison de l'obstruction du
de ce caillou de 260 kilomètres apportée par des pêcheurs Foreign Office. Les Caïmans sont
carrés posé à quelques encablures caïmanais à dix navires de Sa certes maîtres de la levée des
de Cuba. Et, pourtant, il s'en Majesté qui s'étaient échoués sur impôts et battent monnaie. Mais
passe, des choses, sur cette les récifs. Depuis, l'archipel est la puissance tutélaire se charge
colonie de la Couronne un paradis fiscal. L'impôt n'existe des affaires étrangères et de la
britannique, nichée à 7 000 sous aucune forme, ni sur les défense, en particulier la
kilomètres de la métropole. Dans revenus, ni sur les sociétés, ni sur signature de traités commerciaux
cet ancien repaire de pirates et de les plus-values. Tous les produits ou financiers. Or, lors du G20,
gueux des mers officie une devant être amenés de Miami, les son hôte, le premier ministre
nouvelle race d'aventuriers. Eux recettes des taxes à l'importation Gordon Brown a mené la chasse
aussi sont impropres au repentir, et les revenus des licences aux paradis fiscaux. De fait, le
se gorgent d'or et de rhum, en bancaires suffisent à remplir les gouvernement travailliste aurait
fuyant patrie et catéchisme. La caisses d'un pays de 55 000 âmes, fait exprès de ternir la réputation
façade carte postale cache bien moitié autochtones, moitié de son territoire dans l'espoir de
les forbans modernes. Des expatriés. Le secteur financier, rapatrier hedge funds, entreprises
financiers « offshore », comme grâce auquel le revenu par tête de capital-risque et autres
on dit. est le plus élevé de la région sociétés basées dans la City mais
Les îles Caïmans abritent la caraïbe, représente la moitié du domiciliées dans ce sanctuaire
cinquième place financière PIB. tropical anglophone. Ambiance...
mondiale. Ce sanctuaire de Mais ce lieu tranquille profitant « L'évasion fiscale invoquée par
l'argent baladeur gère la bagatelle sans fausse honte d'avantages le G20 pour nous punir est un
de 1 000 milliards de dollars fiscaux massifs est aujourd'hui prétexte puisque les Caïmans ne
(713,4 milliards d'euros) de dans l'œil du cyclone. À l'issue vivent pas de la gestion de
dépôts bancaires. George Town, du sommet du G20, le 2 avril, ce patrimoines privés mais de

AD 2009 43/46 Le Monde


24/06/2009
11
sociétés internationales ayant Caïmans aiment se présenter tenants et aboutissants des
besoin d'une juridiction neutre comme un vaste fonds rabatteur structures offshore immatriculées
sur le plan fiscal » : à écouter de capitaux approvisionnant les sous ces cieux cléments. Si les
Tony Travers, porte-parole de grands centres mondiaux en autorités locales insistent sur
l'association des professionnels liquidités. D'ailleurs, l'argent l'absence de secret bancaire, la
de la finance locale, à l'inverse de collecté par l'archipel n'est pas divulgation d'informations est un
bon nombre de paradis fiscaux détenu dans les coffres-forts de délit criminel passible de deux
voisins, les Caïmans ne sentent George Town mais transféré dans ans de prison et d'une lourde
pas l'argent noir défiscalisé à les banques de la City, Wall amende. Tax Justice Network fait
plein nez. Street ou Paris. pression sur les ministres des
Cet ancien avocat d'affaires Même silhouette puissante et finances du G20, qui doivent se
britannique, au visage tout droit sculptée, yeux délavés et casque réunir en novembre à Londres,
sorti d'une publicité pour vieux de cheveux platine : James pour doubler le nombre d'accords
whisky, est l'un des fondateurs de Bergstrom, associé du cabinet bilatéraux d'échange
cette zone franche financière juridique Ogier, ressemble à s'y d'informations nécessaires à
bâtie de toutes pièces en 1962 méprendre au golfeur Greg l'obtention d'un certificat de
pour attirer les capitaux, surtout Norman. Ce Caïmanais d'origine bonne conduite. Les Caïmans
américains, fuyant l'instabilité américaine dédramatise son sont bel et bien en liberté
des Bahamas. Son petit groupe de métier, qui consiste à monter des surveillée.
lawyers anglo-saxons a sociétés idoines appelées Special Le gouverneur, Stuart Jack,
transformé cette île dépourvue Purpose Vehicule, ou SPV. Ces accueille son visiteur, sourire de
d'électricité, de téléphone et « coquilles vides » abritent tout et circonstance accroché au visage :
infectée de moustiques en un n'importe quoi, fonds spéculatifs, « Les îles Caïmans n'ont pas le
point de passage majeur de la avions en leasing, coentreprises choix face à la détermination
finance internationale haut de pétrolières et toute autre enseigne internationale, en particulier
gamme. voulant éviter la double taxation. européenne, de régler la question
Tony Travers nous prendrait-il Dans son bureau tapissé d'art des prétendus paradis fiscaux. Il
pour des naïfs ? L'évasion fiscale abstrait, ce géant débonnaire faut quitter la liste grise le plus
cause en effet un grave préjudice reconnaît que l'absence de vite possible. L'action de mon
aux gouvernements, à protection des actionnaires gouvernement a été très utile. »
commencer par celui des États- minoritaires attire aussi la Oui, mais pour qui ? Voilà bien
Unis. Exonérations d'impôts et clientèle aux Caïmans. Aveu la question. Quels intérêts le
bonne régulation vont de pair, ambigu. Les pratiques sont gouverneur sert-il ? Ceux de ses
réplique notre bateleur, qui légales, mais sont-elles morales ? administrés, comme il l'assure ?
vendrait des lunettes à un Bergstrom sourit. Malgré son Les intérêts de la Couronne, donc
aveugle. La directive de l'Union hostilité affichée à la finance de la City ? Inutile
européenne sur l'épargne offshore (« la plus grande fraude d'insister : tout sujet britannique
imposant de déclarer tout intérêt fiscale du monde »), le président est une île.
gagné sur les dépôts au fisc du Barack Obama a autorisé la Bien sûr, Son Excellence a lu le
pays d'origine du client est création aux îles Caïmans de best-seller de John Grisham, The
appliquée à la lettre. Les sociétés intéressées au rachat des Firm (« La Firme »), dans lequel
contrôles de l'Autorité monétaire, avoirs toxiques des banques des avocats se servent de son île
qui joue le rôle de régulateur, américaines. « C'est une pour blanchir l'argent sale de la
sont menés avec zèle et lessiveuse, le maillon faible du Mafia. « C'est de la fiction pure
efficacité. L'ouverture d'une système financier international et simple », se plaint-il d'une voix
filiale bancaire est soumise au qui brouille les pistes en cas de guindée mais courtoise.
blanc-seing du pays d'origine. recherche de l'origine des D'ailleurs, l'écrivain John
L'audit doit être confié à un grand fonds », tonitrue Richard Grisham ne vit plus aux Caïmans
cabinet comptable. Murphy, conseiller du réseau de depuis des lustres. Et, en 2004,
Quant aux trusts, ces structures recherche anti-évasion fiscale l'ouragan Ivan a détruit l'Hôtel
de préservation du patrimoine Tax Justice Network. À entendre Hyatt, où Tom Cruise avait offert
propres aux pays anglo-saxons, cette ONG, le registre du à un client véreux de blanchir ses
ils ne sont guère différents de commerce de George Town fonds sales.
ceux construits dans la City. dresse un rideau opaque
Enfin, en ces temps de disette, les empêchant de connaître les
Marc ROCHE

AD 2009 44/46 Le Monde


24/06/2009
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La conférence sur les paradis fiscaux veut sanctionner efficacement
l'opacité des trusts et des fondations
Dix-sept pays se sont réunis à Berlin pour trouver des ripostes à l'évasion : des retenues à la source, des
suppressions des déductibilités, et des dénonciations des accords de double imposition.

« En huit mois, nous avons plus le Luxembourg et l'Autriche fiscaux américains. L'affaire
progressé qu'en dix ans », s'est étaient représentés– indique que sera jugée le 13 juillet à Miami.
extasié Angel Gurria, le les dix-sept pays signataires se Dans cette réorganisation de la
secrétaire général de réservent le droit de relever la finance internationale, l'OCDE a
l'Organisation de coopération et retenue à la source sur les reçu mission de se transformer
de développement économiques dividendes, intérêts et en agence d'évaluation et de
(OCDE). Mardi 23 juin à Berlin, redevances transférés à des suivi. En septembre, l'OCDE
à l'occasion de la Conférence sur entités situées dans des tiendra une conférence fiscale
les paradis fiscaux, organisée juridictions non coopératives ; internationale où elle présentera
par Eric Woerth, le ministre du de limiter ou supprimer la « une structure de monitoring »
budget, et son homologue déductibilité des paiements et dont la mission sera d'établir un
allemand, Peer Steinbrück, un honoraires réglés à des rapport annuel sur l'état de la
nouveau pas a été franchi dans la fournisseurs situés dans des transparence dans le monde. Les
lutte contre la fraude fiscale. paradis fiscaux ; de dénoncer les 80 pays qui ont souscrit aux
Dans le collimateur, les banques, conventions de double nouvelles normes de
les fonds spéculatifs et les imposition existant avec les pays transparence définies par
multinationales, premiers qui ne respectent pas leurs l'OCDE seront donc contraints à
utilisateurs des paradis fiscaux. engagements en matière de jouer le jeu, au risque d'être
Les trusts sans bénéficiaires, les transparence. M. Woerth étudie réinscrits sur la liste noire des
sociétés offshore sans obligation la possibilité de remettre en paradis fiscaux.
comptable... et toutes les cause les régimes d'exonération
Pour MM. Woerth et Steinbrück,
structures juridiques qui des dividendes versés par les
« l'effectivité du dispositif » est
protègent l'anonymat des filiales aux maisons mères.
le prochain enjeu. Le ministre du
fraudeurs –même quand le pays L'ÎLE DE MAN AUSSI budget indique que, dès 2010,
d'accueil a signé un accord de « la France sera en mesure de
Preuve que le rouleau
transparence fiscale– ont été mis tester, pour elle-même, la
compresseur franco-allemand est
en cause. « L'information doit véracité des informations qui lui
pris au sérieux, l'île de Man, au
exister, l'administration locale seront fournies ». M. Woerth
large de l'Irlande, a annoncé,
doit pouvoir accéder à cette envisage un voyage à Singapour,
mardi, qu'elle rejoignait le club
information et un mécanisme de un des principaux centres
des 80 pays qui ont choisi
transmission de l'information à financiers d'Asie, pour éviter
d'adhérer aux nouveaux
l'administration partenaire doit que certains centres offshore
standards de transparence
être mis en place » , a déclaré d'Asie ne bénéficient de la
définis par l'OCDE. Dès le
M. Woerth aux pays membres réorganisation en Europe.
1er juillet 2011, à Man, tous les
de la conférence. Les enjeux fiscaux sont
paiements d'intérêts versés à des
Mardi, l'ONG Oxfam a réitéré sa non-résidents feront l'objet d'une immenses. L'Allemagne estime
demande de création d'un information qui pourra être ainsi que 100 milliards d'euros
« registre dans chaque territoire communiqué à sa demande, à échappent à l'impôt outre-Rhin.
européen, y compris ses paradis une administration fiscale tierce. La France ne cite pas de chiffre,
fiscaux, permettant de connaître Le même jour, l'administration mais se réjouit de constater que
l'identité réelle de chaque fiscale américaine a réitéré la cellule ouverte pour la
propriétaire et bénéficiaire des publiquement sa volonté régularisation des évadés fiscaux
entités juridiques créées ». d'utiliser tous les moyens ait déjà reçu 600 appels en un
La conférence de Berlin a fait juridiques existants pour forcer mois et demi et que 140
mieux que demander : elle a la banque suisse UBS à demandes de régularisation
menacé. Le communiqué de la transmettre des informations sur soient en cours de traitement.
conférence de Berlin –la Suisse, les comptes de 52 000 résidents
Yves Mamou

AD 2009 45/46 Le Monde


26/06/2009
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Le Luxembourg passe avec succès l’examen fiscal de l’OCDE
Le Grand-Duché est sorti mercredi de la «liste grise». La Suisse, elle, y demeure encore. La renégociation
de douze conventions de double imposition a fait la différence

Ils l’avaient promis. Ils l’ont fait. À Luxembourg, mercredi, le ministre sortant du Trésor, Luc Frieden, et son
équipe ont savouré l’annonce, par l’OCDE, du fait que leur pays ne figure plus sur sa «liste grise».
Cette liste, dont la Suisse fait toujours partie, est celle des États ou juridictions ayant promis d’adopter les
standards OCDE mais n’ayant pas encore atteint le seuil minimum de douze conventions de double imposition
« révisées » pour accéder à la « liste blanche » des États « pleinement coopératifs ». Le résultat obtenu par le
Grand-Duché est la conséquence d’un tour de force diplomatico-financier qui lui a permis, en un peu plus de
trois mois, de boucler de nouveaux accords incluant l’échange d’informations à la demande avec les États-Unis,
la France, la Norvège, le Royaume-Uni, l’Autriche, les Pays-Bas, le Danemark, la Finlande, l’Inde, l’Arménie,
le Qatar et Bahreïn. Comme l’avait révélé Le Temps, le Grand-Duché a, en plus, conclu un accord avec la
Suisse. Lequel sera signé à la mi-août.
Pour la Confédération, la stratégie luxembourgeoise couronnée de succès peut servir de leçon. Même si,
précisent les experts, les conditions institutionnelles des deux pays ne sont pas pleinement comparables. « Le
point à retenir est que le Luxembourg a su beaucoup plus vite que nous se lancer dans ses renégociations »,
juge un diplomate helvétique. Et ce, bien que le Grand-Duché n’ait qu’une seule équipe de négociateurs, alors
que la Suisse en a quatre !
La différence porte sur la marge de manœuvre du gouvernement. Le Luxembourg a pu signer d’emblée ces
douze conventions, tandis que la Suisse a pour l’heure seulement « paraphé » les neufs accords engrangés (avec
la Pologne, le Danemark, le Luxembourg, la Norvège, la France, le Mexique, les États-Unis, le Japon et les
Pays-Bas), en raison du besoin de consulter préalablement les cantons. L’une des questions posées est donc
maintenant de savoir si le paraphe –qui n’engage que les négociateurs– peut-être accepté par l’OCDE, vis-à-vis
duquel Hans Rudolf Merz a redit son assurance, promettant d’atteindre d’ici le sommet du G20 à Pittsburgh
(États-Unis) les 24 et 25 septembre, le chiffre des douze accords : « Nous avons plus de contraintes, il faut
l’admettre », soulignait hier un expert suisse.

« Graver dans le marbre »


Il sera intéressant aussi de voir comment le satisfecit donné par l’OCDE au Luxembourg va influer sur la partie
de billard fiscal engagée entre l’UE et la Suisse. La Commission européenne veut obtenir des États-membres un
mandat pour négocier avec la Confédération un accord sur la fraude qui « graverait dans le marbre
institutionnel » l’échange d’informations à la demande, soit la levée partielle du secret bancaire. Cette
proposition, que les Vingt-Sept examineront à l’automne, est rejetée par Berne, pour qui la seule voie
acceptable est la voie bilatérale.
Alors ? « Désormais « blanchi », le Luxembourg aura plus d’arguments pour s’y opposer, surtout si la Suisse
avance vite, prédit un expert. Mais il ne faut pas oublier que la France, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni
veulent pour l’heure un tel accord multilatéral. Je vois mal le Grand-Duché, tout juste « réhabilité », se lancer
dans une nouvelle bataille qui reviendrait à l’isoler. » D’autant que deux autres pays de l’UE, pratiquant le
secret bancaire, figurent toujours, aux côtés de la Suisse, de Singapour, du Liechtenstein et d’une vingtaine
d’autres juridictions, sur la « liste grise » des pays mis à l’épreuve : l’Autriche et la Belgique.

Richard WERLY

AD 2009 46/46 www.letemps.ch


9/07/2009

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