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L’autre, plus sombre, face de la colonie.

SURPLOMBANT la péninsule de Kowloon est une crête


composée d’un tas de rochers gris beaucoup éculés et burinés
dans la crue forme à la bigorne au bas de laquelle sont des
éboulis. Ceci n’empêcha ces anciens cartographes de l’appeler
« le Roc du lion », et cette bête régale demeure le symbole de
l’Empire britannique, maintenant assigné à l’histoire. Mais
certains dotés d’une impulsion vivace ne sont pas contents
avec une nomenclature si brute et banale et décrirent
toujours les piliers de granit « le Roc de la veuve », son
nourrisson sanglé à son dos à la coutume d’antan, en guet
pour le retour de son époux matelot, jamais convaincue qu’il
est péri dans un naufrage. A cette légende, quelqu’un avait
composée une chanson mélancolique sur une perte, une
peine, telle écrasante et accablante qui personne ne peut pas
lui en réconcilier. Encore l’autre rengaine rhapsodique
brevetée dans la même ère y réfère comme un totem à la
volonté indomptable du peuple, fort, rebondissant,
débrouillard dans la face d’un sort cruel, impitoyable,
mercuriale, ouais, comme ces rafales qui l’assaillit, la
montagne, la population, sans jamais la bouleverser. Voici est
la tribu, stoïquement fière et maligne puisée des quatre coins
du monde, surtout la Chine, qui ne s’infléchit pas, ne
s’agenouille pas, ne s’apitoie pas. Voici est la communauté qui
a depuis adopté ce tribut à sa puissance collective comme son
anthem dont les paroles retinssent mêmes dans les nombreux
salons de karaoké.

Ne pas oublier que cette métropole est refuge aux hordes qui
eurent fuies de la férule, la gourance, les manigances
politiques et les purges périodiques en Chine durant phases
de tumulte et de calamités dans le siècle dernier. Ces
dirigeants et leurs partisans menacèrent, magouillèrent,
bluffèrent sans aucune évidence de soin aux souffrances des
gens dont noms furent cités et dont intérêts trahis. Le peuple
ne se prouva qu’un prétexte et un paravent pour les meneurs
dans leur exercice a l’ambition. Alors qu’en ayant été boutés
de la terre natale et souvent démunis, ils y eurent amené leur
esprit d’espoir engendré ironiquement de leurs calvaires et
déboires, un courage forgé dans la lutte à survivre et la
volonté à garnir la dignité, eux, affranchis des jougs
totalitaires auxquels chacun n’était que naguère attelés.
Personne ne put que cueillir la puissance de la liberté dont le
souffle revigora et qui prima sur une chance dans un climat
de tolérance sans de la tyrannie. Hongkong moderne est une
création inouïe en réaction au zèle de communisme qui dura
d’entre les années 1950-1970. Il y eut les vagues de l’afflux du
nord, chacune un résultat d’un tourbillon dans la politique
capricieuse en Chine et chacune ne fut pas gérée par le
gouvernement colonial qui eut opté d’abandonner la tache
aux organisations caritives, laïques et religieuses. Certaines

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furent victimes de l’effort du régime brut et brutal qui
saisirent tous des lopins de la paysannerie, y compris les
cadastres proprement titrés, afin d’en amodier ou redistribuer
sans droit de possession personnelle, extirper l’exploitation,
écharper les liens ancestraux et briser les maillons du
féodalisme. Malgré un but censément noble, cette méthode
pour niveler l’ordre économique et social s’avéra sinistre en
causant un fouillis et tranchant les liens d’entre les gens et
aussi ceux de leur connexion à la contrée.
Pire encore venir fut la campagne contre la classe
éduquée, une « élite de méninges », qui aviva l’haine du tyran
Mao Zedong, l’empereur rouge, un érudit manqué, et ses
acolytes de rustres en peur des persifleurs intellectuels. Cette
méfiance des malins envenime encore le plus haut échelon de
la gérance qui méprise les arts libéraux et vaut les ingénieurs,
les premiers étant une agacerie et les seconds une troupe
habile et utile pour ériger et endiguer la nation. Puis enfin les
dirigeants s’accrochèrent au combat d’idéologie, une serie des
échauffourées culminante dans la Révolution culturelle (1966-
1976) qui plus tragiquement eut éclatée la structure d’une
société fondée sur les préceptes confucéens de fidélité,
révérence et civilité. Les meneurs n’hésitèrent pas exploiter et
élargir ces gerces des classes seulement à les colmater dans
une alliance d’expédiente seulement de laisser resurgir et
s’empirer ces divisions quand le partenariat fut fini et la vielle
animosité se reprendra. L’unité forgée durant les années de la
première guerre civile (1923-1936) et celle de la resistance à
l’occupation japonais (1936-1945) s’avéra éphémère comme
ces ambitions personnelles et visions contraires resurgirent
après l’inaugurale phase de la Révolution (1949-1958),
périodes de l’incertitude, d’emoi, de peur et de panique
auxquelles Hongkong ne fut jamais épargné, cependant
éloigné du coeur de l’action.
Ce préambule est rendu pour expliquer le caractère,
les traits mitoyens, de cette communauté si vibrante
hongkongaise qui bosse et mise avec une telle ardeur en
sachant que l’avenir, comme le passé, soit toujours incertain
et qu’il soit sage et sis à se réjouir le moment précis,
s’emparer tout entre les mains, enjamber aux autorités
arbitraires, vanter, même crâner leurs biens. La philosophie
qui persiste toujours est le désir à succéder et émuler des
magnats et vedettes sans honte ni complexe ni jalousie. Leur
débandade à Hongkong à la marge de la Chine, puis l’enclave
coloniale britannique et sanctuaire plus proche, est un conte
étonnant et inspirateur d’un peuple qui entra la frange de leur
demeure neuve pour échapper le chaos de leur patrie et
chercher au pactole, réussissant en les deux plus souvent que
pas. Au moins cela fut la croyance. Cette quête pour la
meilleure vie sans les vieilles crémaillères résonne comme le
récit de l’immigration d’ici et d’ailleurs, vraiment une épopée
universelle. Les descendants de ces exilés ne perdent jamais
la même énergie et conviction de leurs parents, cette fois
incroyable dans la puissance rédemptrice du travail, du savoir
et de la chance.

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Je maintiens quelque part sur mes étagères du bureau
chez moi un recueil de photographes blanches et noires des
rues et venelles de Hongkong attrapant des images de la
seconde moitie du 20ieme siècle, un livre découvert en train
d’une erre a une foire de bouquins. Des clichés plus poignants
sont ceux des enfants, des morveux poulbots, essayant
chacun invariablement fluet d’apparaître plus coriace et durci
que son âge, une clope sur les lèvres, un regard de quelqu’un
qui se gausse des conventions, une houppe pendue sur son
front. J’aurais été l’un, narquois, insolent, devant l’objectif de
quiconque photographe avait-je vécu à Hongkong durant cette
époque. Le fait est que je ressente une empathie, rien plus. Le
philosophe anglais Thomas Hobbes, qui se trouva son havre à
Paris pendant la révolution d’Oliver Cromwell, eut rencontré
des pauvres en France, certainement des gavroches et les eut
glosé dans son livre, « Léviathan », comment la vie est une
affaire typiquement bestiale et a besoin de contrôle pour la
canaliser aux buts plus nobles que lui permet en Nature.
Cette observation fut apte circa 1949 (ou 1958, ou 1962)
lorsqu’une marée âpre l’autre de réfugiés y afflua, y accula de
la Chine, une épave humaine dans la profondeur de disette,
désespoir et détresse. Beaucoup de ces apatrides sans biens
sauf les nippes sur leur dos et baluchons sous leurs bras
eurent gravités aux coteaux de broussailles et aires rurales
défrichés pour avoir les coudées franches. D’ici, exposés eux
aux menaces mortelles de rafales, trombes, coulées, ouragans
estivaux en plein fouet et feux hivernaux, ils érigèrent leurs
masures de tôles ondulées et planches et défendrent leurs
taudis contre les gangs qui les brimèrent et les autorités qui
les acharnèrent en créant une communauté. Peu de tout cela
demeure, leurs bouges rasés, leurs pâtés de squatter évacué
pour ces lotissements publics auxquels les gens emménagent
toujours afin de grimper l’échelle sociale, un échelon à la fois.
Pas de trace existe d’une époque plus formative de cette
société qui se fleurit encore sur le labeur et la débrouillardise
des générations jadis.
Ces pionniers furent durs, tenaces, rus és, bien à la
nécessité pour ceux qui eurent eu à vivre d’entre un marteau
et une enclume. Je suis fait pantois en pensant de ce
qu’eurent achevés et ce que j’en sache est glané des films (et
musique populaire) leurs contes ont inspirés. Chez cinéma,
ces gens ne sont pas de vilains et caricatures mais véritables
héros de sang et chair. Les Blancs ne les rudoient, ni les
domptent, ni les humilient malgré le statut d’inférieur leur
assignés sous la gestion coloniale britannique à l’apartheid de
feutre. L’industrie de film telle prolifique à Hongkong, adoubée
« le Hollywood oriental », puise beaucoup de ses thèmes et
talents créatifs de ces réfugiés et leurs enfants à qui l’art plus
accessible reste le tournage indiquant une méfiance du mot
écrit en racontant l’ambiance d’une période meilleure
souvenue à l’humour rude sans pitié, moins aux événements
vus et vécus en détail spécifique. Ces « produits », parfois
navets cabotins et farces pour le manque de fonds et la ruée à
se compléter, s’abordent les inquiétudes, angoisses, joies,
victoires et défaits du quotidien. Il y a souvent beaucoup de

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paillardise impliquée et calembours qui m’éludent. Parfois
l’effet qu’on en gagne soit égal à regarder un mur barbouillé et
gribouillé de graffiti qui, cependant exagéré un tableau, ne
faille d’émettre une vraie image de son sujet.
Esther, quoique protégée d’arrière sa cloison de
privilège, est enthousiaste du genre et dit comment la majorité
de la fraternité de cinéma a recalé les examens, entrant cette
profession au dernier ressort et la délinquance était et est un
badge d’honneur. Pas de vergogne en cela à cause d’une filière
scolaire coloniale et confucéenne trop exsangue et rigide pour
plaire aux les plus habiles, madrés, conviviaux et désespérés
sans chance ni veine ailleurs. Ces rejets du système
académique s’atterrissent sous l’avant–scène et duquel profite
l’audience. L’apport ahurissant de cette classe est le noyau de
la culture contemporaine à Hongkong et en Asie, grâce aux
stars, défunts comme Bruce Lee et vivants comme Jackie
Chan, dont fans sont une légion et globaux, dont l’appel
contourne les divisions de langage et de coutumes. Dans mes
périples des pays arabes, j’avais vu saturer les magasins de
vidéo cette portée de films d’action faits à Hongkong,
assortissant, parfois éclipsant les semblables offrandes issues
de Hollywood. En ayant vivotés et dressés leur respect de soi
avec leur persistance dans la face de mépris, ils peuvent
refléter les rêves et épreuves de leur place et temps, se
conduire à la vigueur en contraste sain à la frilosité d’une
classe aisée et « anglisée » et narguer à ceux moins branchés
et plus stupéfiants. Leurs empreintes culturelles ne cessent
pas de s’épandre et se reprendre à cause de l’exode des
Hongkongais, surtout dans l’anglophonie. Aller à Vancouver,
dont une tierce de population est asiatique, est aussi une
expédition sociologique pour moi d’où je mire comment ces
immigres de Hongkong et leurs enfants regardent ces films
sur DVD pour retenir leur connexion aux racines. (Esther,
pimpante et sophistiquée dans sa façon, fait le même et
repousse mon effort de la remédier à cette fixation avec un
dosage de tendances courantes au Canada. Pourquoi sa
resistance que cette secousse tellurique d’affinité qui leur, lui,
fournit d’une oeuvre évocatrice des sentiments les plus privés
et or communaux auxquels je suis exclu.)

Central
Arrière de la façade chatoyante, sinon aussi criante, du
centre-ville où brillent les hautes tours à finance et les grands
palaces existe un quartier dans leurs ombres qui ne touche
guère le soleil. D’ici l’autre milieu, plus truculent et crasseux,
les foules fourmillent, y compris une légion de touristes qui y
cingle, férue de voir cette face de Hongkong plus intéressante,
attraper des images insolites et cribler des soldes qui
débordent les étals à la braderie. L’air fleure des odeurs
exotiques et les bâtiments résonnent des bruits d’une cité
beaucoup plus dynamiques que ceux dehors de la zone. Une
fois on pouvait sans hyperbole la dénigrer comme une pègre,
un monde louche, ou se tapissait la « racaille », les « lies », les

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truands, racoleurs, flingueurs à l’embauche, voyous,
fricoteurs, voleurs et prostituées qui étaient toujours, toujours
une petite minorité malgré le portait dépeint dans les films
noirs. La réalité plus sobre est qu’ensuite de chaque vague
d’immigrants les pauvres ingénus y avait afflué, habitant dans
ces turnes exigue infestées de vermines et trouvant des
boulots aux ateliers, troquets, gargotes, tripots et tanières
d’inique. Certains d’eux gagnaient leurs revenus du commerce
légitimes à l’instar la friperie, la brocante, les ventes de
quelconque camelote à sauvette et besognes journalières. Au
crépuscule brimbalaient des groupuscules de cadres,
engonces dans leurs ensembles et éméchés, en cherche des
soldes à lésiner et des péchés à chicaner quand les deux
ordres sociaux s’imbriquaient. On entend encore palabrer les
classes dans ce creuset. Le troc de sexe et la pitance enjambe
les divisions sociales et renouvelle les contacts humains.
J’avoue tout d’avoir été attiré à l’endroit qui grouillait et
émettait une telle profusion de sensations trop souvent
émoussée ou refoulée, un environnement auquel gravitait
ceux-là dont vies étaient sapées de vitalité en échange pour la
respectabilité bourgeoise et qui voulaient échapper de la
déchéance en esprit. La sortie de la convention rigide est
toujours mirifique. Ceci était et reste vrai aux mijaurées et
pimbêches qui aimaient l’expérience audacieuse de
« slumming » (l’encanaillement), un terme péjoratif américain
en moquerie de ce type osant de s’expose aux aléas pour
l’expérience, l’allégresse. On ne peut jamais nier comment
l’effusion de la zone est la poésie et la sainteté de l’autre est la
prose; et les deux sont complémentaires. Périodiquement les
escouades de moeurs conduisent leurs rafles en visant de
créer l’impression de la diligence mais heureusement ces
efforts moins de nettoyer et plus d’apaiser les défenseurs de
vertu publique n’aboutit à l’estocade de ce coin de Hongkong.
Etre cynique est juste car il ne sert personne à cosser contre
le mur de l’indifférence générale.
C’est cependant dans et après la pénombre que la zone se
ravive à la pleine gloire avec ses lumières, son vacarme et ses
arômes. Je ne raffole toujours de la cacophonie, la palette et
l’atteinte sur l’olfaction ni suis-je fou à l’excitation épuisante
dans son excès, idem sur les larcins, les plus communs étant
la solde des contrebandes, des marques postiches et bien sûr
prudence vis-à-vis aux filous et aux hommes, surtout des
matelots et bidasses britanniques picolés et déterminés à
s’amocher. Le quartier plus insalubre est ou plutôt était
Wanchai à l’est du centre-ville où se réunissaient les soldats
aux congés des Etats-Unis durant les conflits au Vietnam et
la première guerre irakienne (tout s’assagit maintenant grâce
à la sortie de l’intendance coloniale et le retour de la
souveraineté chinoise). Ici on repere les bars de strip-tease et
les donzelles, ces jours, ou plutôt soirs, la plupart d’elles sont
ressortissantes philippines qui ont glissés à Hongkong après
la fermeture des casernes américaines dans leur pays natal.
Plus nombreux sont les bars qui en attirent leurs clients
anglais, australiens et d’autres qui raffolent la compagnie
blanche lorsqu’ils s’abreuvent et regarder des émissions

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sportives dans une ambiance tribale. Peu natifs et asiatiques
les rejoignent car ils ont leurs repaires sociaux, plus
typiquement des restaurants à cause de leur passion n’est
pas d’une chope de bière, plutôt une assiette sur laquelle une
conversation axe. S’attabler, déguster un morceau, siroter du
thé ou du vin est l’essence de plaisir gustatif. Cette
ségrégation n’est pas nocive ni nuisible à l’harmonie en
général ni ne frôle de racisme. Il suffit à dire que personne ne
se commet de pataquès en confessant à une telle préférence
qui convient à son identité ethnique. On n’arrive pas à choisir
de quel cercle de copains à se débarrasser et quel se retenir
puisque ceci soit décidé selon la race. Quant à moi, n’étant à
l’aise dans aucun camp, j’observe avec les yeux d’un
anthropologue, quelqu’un amusé aux barrières si naturelles et
aux écarts tel évidents que personne n’en enquête. Certaines
des femmes chinoises abandonnent le soin de leur race et
s’attèlent à celui de l’autre, risquant d’être dédaignées comme
traîtresses. Le trafic est rarement dans l’autre direction qui
explique le déséquilibre dans les mariages mixtes. Toujours
beaucoup plus des Chinoises avec maris occidentaux que des
Chinois avec épouses dehors de leur race. Je passe des
tavernes de temps en temps, donc écoutant crachoter le
tapage et reniflant le relent des boissons rancies et rassises,
toutes nauséabondes. Vérité est que mes lèvres ne touchent
pas de bière depuis mes années universitaires et voire en
jeunesse il était un acte preux à entrer une buvette bondée
des goujats aux étages variables de l’enivrement quand ce que
je voulais était du thé plutôt que de bibine. Mais encore la
pesanteur des vices sont telle que ces places restent aimants
aux âmes esseulées en besoin d’étreindre chaque chose,
quelqu’un, et de noeuds. Ces antres ne présentent que des
simulacres d’un foyer. Parfois un bateau de vie doit accoster
un môle ou ancrer quelque part avant larguant les amarres,
dressant les grappins. L’analogie marine est apte pour la
raison d’être de vieux Hongkong fut sa rade à laquelle affluent
encore ceux en quête de fortune ou simplement de veine, de
survie, d’espérance.

Wanchai
Sous les rayons jaunâtres du réverbère, dans l’ombre d’une
embrasure au club juste au-delà le trottoir, deux figures
cireuses s’étreignent et se pelotent oublieuses au trafic des
piétons. Personne ne badaude d’autres dans ce district de
louche, de « lumières rouges » fameux durant la guerre au
Vietnam comme retraite aux soudards et soûlards américains,
où le sexe n’est pas moins d’un objet marchand que les
pacotilles à la coulisse dans les allées. D’ici les clients
« crousent » (québécois ceci pour « draguent ») leurs putes, ces
galériens du commerce sexuel. On guigne à l’éclat des
gonzesses, les ressortissantes philippines, qui affublent des
chemises étriquées et échancrées, s’adossent sur murs,
gesticulent aux hommes, les cajolent dans un pidgin et

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arborent leur sexualité comme un badge sous le guet des
fricoteuses. L’idée qu’une personne est à l’appartenance de
l’autre et son corps peut être loyé pour l’heure repousse les
puritains. Jaugeant leurs frimousses cependant fardées d’un
épais maquillage, ces filles sont jeunes, peut-être juste
plusieurs ans plus âgées que ma gamine. On peut s’arroger
qu’elles sont des innocentes appâtées à la grande ville phare
avec des promesses au boulot décent car personne n’imagine
comment une fille aurait désir d’une minable existence,
exposée à la convoitise des étrangers, à la violence et au
risque des contagions vénériennes. Mais chaque jeune doit
avoir plus dans la voie d’espoir que de peur en détalant de la
disette écrasante de sa patrie pour l’assujettir aux pattes des
clients. La honte est que l’Asie du sud-est demeure crottée
d’une affreuse réputation et d’un véritable fléau: La
prostitution des juvéniles, la pédérastie et la pédophilie. On
s’écœure et tressaille de contempler à peine le nadir d’une
telle dépravation et or ce commerce fleurit malgré l’instinct de
ne croire comment les enfants peuvent être traités comme des
rebuts de société quand ils méritent la protection, pas
d’exploitation, l’amour, pas d’abus.
Durant un voyage à Osaka en 2001, j’étais dans un
groupe qui avait traversé un quartier notoire et je m’étais
absolument recusé à mélanger chez ces antres sinistres lors
de quelqu’un nous avait enjoint y aller et nous abreuver. La
force, la stridence de moi en regimbant l’avait ébahi. « Ces
choses existent dans le monde. Il y a ceux qui ratent le choix
que gagner d’argent. C’est une diversion enjouée, badinée,
rien au sérieux, » marmonne avait il en plaidoyer. A cette
parole, ma réponse en clamant, « Je ne souhaite avoir aucune
forme de complicité à une situation trop triste et je ne
pourrais pas me pardonner si j’en ai acquiesce. Quiconque
jeune est la bambine de l’autre homme. Je suis papa, un papa
qui ne peut jamais recourir à infliger la douleur dans une
façon si méprisante, si bestiale, si base, si coriace. » Ce trafic
humain ne s’adoucit même quand il semble socialement
accepté et économiquement justifié.
Ici également à Wanchai une humeur morne plane dans la
face d’une gaieté forcée qui n’atterre ni n’attise qu’un sens
d’outrage pas mitigé avec le fait comment cela est la réalité,
dure, coriace, impitoyable et comment rien ne la changer. La
grande ville se manifeste le vivier de péchés et, étant citadin,
on la redoute, la reconnaît, la déplore et parfois y ferment les
yeux pour guérir la culpabilité. Mais c’est vraiment du lucre
qui le stupre découle car ceci est la racine du mal. Le devoir
du sociologue faut peler l’écale pour examiner le noyau qui ne
s’explore assez dans un milieu sachant ignorer la vérité laide
et angoissée.
Dans le tiroir du pupitre chez mon cabinet demeure un
ancien livret de tourisme qui s’aborde aux visiteurs férus de
voir les sites insolites et déambuler quelque part dehors les
pièges touristiques. Ces vadrouilles de trouvaille sont les
mieux biais pour fouiller les émerveilles de Hongkong, celles-
ci qui sont souillées et aussi redorées, entamant avec les
enseignes de néon et rédigées en chinois et anglais. Sans

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attiger, ces endroits ne sont pas de magasins ni boutiques,
plutôt petits débouchés poussifs et échoppes précaires
spécialisées en soldant, en bradant certains des rejets
d’usines qui donnent escomptes aux clients. Les acheteurs
convoitent les griffes et exergues authentiques et ne
rechignent pas des mineures fautes à la fabrication. Je
n’arrete pas de bayer aux images du livre si veuilles et
pourtant si fraîches comme prises juste l’hier. Hongkong est
bien sûr renommé pour ses palaces de cinq étoiles mais dans
les quartiers indigents on peut s’héberger dans les auberges
qui sont abordables et convenables dont agistes benoîts
seraient encyclopédiques de renseignements, rusés et
pourparlers pour les marchands malins. Le business hôtelier
et celui au détail sont parfois ourdis pour dépouiller ensemble
les affaires, un partenariat parfait et opportun. On se tait à
n’aucun bon marché ici et ainsi voire un client satisfait et
assouvi se peut mener à une ruée. Chacun doit embarquer
sur son exploration avec l’aide des locaux et son sens de
l’aventure. Faire les emplettes est une conduite sensuelle
auquel on tâte la marchandise, soit de robe, de bidule
électronique, d’antiquaille puisque la touche au truc semble
meilleure que le regard en décelant une triche. Voici
cependant une pièce d’avis: on doit chausser des bottes de
caoutchouc durant la saison de mousson car les rues
deviendraient bouseuses de la débandale piétonne et le trafic
intense malgré l’ouvrage des nettoyeurs.
Cela certains des mots anglais libellés aux panneaux ne
font pas du sens est fait. La raison est que le langage colonial
ne gratte que la surface d’une communauté cantonaise
majoritaire qui accommode aussi un véritable Babel, soit des
dialectes provenus de la Chine, soit ceux-la de l’Inde, soit des
Philippines, du Vietnam, du Pakistan, du Népal, etc., chacun
se butant, se collant et s’inculquant de la croyance dans le
commerce soude et la culture distincte. Les bornes qui se
séparent les ghettos sont comme indiscernables aux outsiders
comme vraies aux habitants qui optent de s’y ensevelir, d’être
dans leurs zones de confort. On ne les décrie pas et on les
observe avec compréhension amusée car ceci est l’étiquette.
Les ethniques se croisent chaque jour ouvré et existent en
paix mais encore les barrières ne s’effritent pas. Les gens
amiables, guillerets et gentils ne souhaitent pas détaler de
leurs groupes et s’emboîter aux habitudes étrangères, une
ségrégation qui cependant ne suggère pas la bigoterie plutôt
d’un respect pour les autres et la fierté dans soi. Certains ont
la bravoure de mixer, se décaler du soin ethnique et même se
marier à ceux de l’autre communauté, quoiqu’il faille dire
comment le mélange est beaucoup plus commun, même
couru, et sans stigmate ces jours d’être les Chinois et les
occidentaux, surtout parmi ceux de la classe professionnelle.
Il fleurit un mépris universel et maintenant plus marrant que
nocif à l’encontre les Britanniques bafoués comme « limies »
en allusion à leur matelots ancestraux qui bouffèrent de
l’agrume afin d’empêcher le scorbut qui fut le fléau des
marines d’antan. On pourrait justifier la moquerie visant jadis

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les maîtres coloniaux à cause avantages qui leur reveniez
jusqu’assez récemment et qui persistent encore au legs.
C’est bon et chanceux que les autorités, surtout les flics,
ne réussissent pas, ne veulent pas désemparer les mineurs
délits, acharner les catins, curer le voisinage des aspects
risqués et donc étouffer la vitalité et essuyer le caractère des
zones d’où les couleurs de la vie s’éclatent et chatoient. L’idée
de laissez faire, du contrôle facultatif ou relâché, est la clef au
succès de Hongkong, une société des parvenus qui ne feint
d’être trop probe et propre. Chaque soir, du crépuscule, un
cortège de gens y afflue et même un convoi de voitures
engorge des rues sur la frange du centre-ville sous un nimbe
de néon, une véritable émeute de lumières. Les klaxons et la
musique en retentissements engendrent une cacophonie
assourdissante et une gouaille stimulante qui ensembles
captent plutôt qu’effarouchent les foules, surtout les bougres,
les engoulevents, eux, jamais las du tapage, de la mêlée et des
étincelles – la brillance factrice. Voici l’ordre se chamboule, le
rythme de la vie du jour se brise et le désarroi s’impose en
prouvant l’observation de Friedrich Nietzsche que même le
gâchis aurait moulée une symétrie d’unique. C’est aussi fait
que cependant délabrées leurs turnes, cependant piteuse leur
condition à la débrouillardise, que les zonards se targuent
sans équivoque de leur voisinage cru or dynamique, leur
orgueil forgé dans le creuset de lutte. Hormis des plaintes
contre le manque de soin gouvernemental, ils prisent leur
esprit d’entreprise, défiance et indépendance, s’éprouvant et
prouvant leur résilience, bravoure, bravade, leur talent pour
monnayer sur leurs méninges sans octroi ni charité de
quiconque. Ces hommes et femmes n’ont jamais égarée leur
volonté et cela était telle évidente durant la crise du fléau en
2003 dû à la grippe aviaire qui avilissait l’économie et bien
sûr avariait la santé publique. Ils ne s’affolent pas dans la
face des difficultés, jamais, apportant aux défis la même
dignité et le même courage desquels leurs parents réfugiées
avaient manifestés en Chine durant la famine et la perte de
leurs glèbes conséquences les deux à la nationalisation forcée
– et forcenée. Atteindre cette aire plus facilement, on y gravit à
une courte volée du métro à la gare de Wanchai, lui
censément un district malsain auquel les délicats n’osent pas
et ne daignent pas hasarder. Tort. Cette caricature du lieu est
faussée pour voici est le quartier de l’élan, de l’historique et
du charme intriquant, sinon aussi entichant qui ne périclite
et ne s’atténue lorsqu’il ne cesse pas de s’adapter aux
changements de mode, de façon, de société.

Mongkok
Les échoppes dans la zone grise et pourtant criarde de
Mongkok et ses alentours de la péninsule de Kowloon
juxtaposée à l’île de Hongkong constituent une grande et
variée braderie. Le quartier est un fief divisé parmi des gangs.
Les truands sont nettement, sinon inextricablement, tissés
aux toiles communautaires et liés à la symbiose à l’économie

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encore en essor. Leurs caïds d’ici sont alloués d’avoir établi
un accord tacite avec les cognes pour rasséréner le lieu car il
y faut assagir tout afin de recueillir l’argent, illicite ou propre.
On sait préserver l’équilibre pour gains mutuels. Ceci en
somme serait la philosophie d’intendance chez la cité fondée
par les maîtres coloniaux afin de pérenniser le trafic d’opium
dans le 19ieme siècle et voire après à la honte des moralistes,
soit chinois, soit britanniques. La raison d’être de la colonie
fut à recueillir une fortune. Les résidents locaux furent
toujours également de la même disposition et piaffèrent avec
impatience à poursuivre les affaires avec la moins présence et
ingérence du gouvernement. Ce qui fut vrai puis est exact
maintenant. Heureusement ce ghetto d’une sorte, qui se vante
d’être le district le plus peuplé dans le monde, n’est jamais
aseptise, ni nettoyé, ni ligoté, ni reformé malgré autant des
efforts à la croisade périodique grâce à certains gouverneurs
pudiques et missionnaires ardents. Quand la foi et la loi se
heurtent contre les tentations au profit, il est celles de péché
et pactole qui prévalent dans la pègre qui est Mongkok,
presque synonyme pour la croyance que le lucre est dieu. De
nombreux visiteurs et habitants, tous les filous aussi, le
consensus est arrêter ces conneries à l’imposition rigide de la
loi et tollés moraux faux pour préserver les charmes méchants
et la poursuite des plaisirs charnels, monétaires et hédonistes
sans trop de complexe confucéen, chrétien et corrosif. Dans
un tel climat libertin, auquel un essaim afflue et grouille, on
ne se sentit tel éloigné de sa bohême natale de Soho à
Londres, de Greenwich à New York ou de Quartier Latin à
Paris. Comme presque toujours ces compères de la police et
des filières en ont forgés un pacte d’expédient car la raison
n’est jamais de justice ni justesse dans le monde actuel mais
du but, lui étant la paix aux coulisses où les gens ordinaires,
fricoteurs et rabatteurs peuvent se trafiquer sans encombre et
vergogne. Donc dans cette façon, ni ceci, ni cela parti
grugerait l’autre de ses visées, soit d’une tenue de paix, soit
d’un profit extrait des vices et tares, les « larcins sans aucune
victime ». Considérant la pauvreté connue existée sur ces rues
sinistrées, il est sidérant savoir comment baisse est le niveau
de crime et comment sauf flânent les piétons, voire ces dames
et voire durant la nuit. Invariablement pragmatique plutôt que
doctrinaire est cette cité. On se ligue à quiconque – les
capitalistes sont alliés à certains syndicalistes pour cimenter
la paix des strates sociales – pour s’avancer et défier les
limitations de classe car le jeu reste de gagner à n’importe
quel coût. J’ai entendu me dire qu’à Hongkong on ne bride
son ambition puisque les fins justifient les devises. Quant à la
conscience, elle s’écuisse comme tessons contre le marteau de
réalité.
Pas facile de trier Mongkok du reste de la péninsule,
malgré sa réputation notoire, minable, crasseuse puisque ses
traces ne se distinguent des voisinages qui le cernent. Il y
avait un temps, dès à l’afflux de réfugiés, ce zone fut le havre
comblé des bauges. Les bâtiments qui se croulèrent de la
négligence furent des ruines retenues de l’occupation
japonaises. Ce qui s’effrita d’ailleurs aurait été restauré à

10
cause de la haute valeur du terrain mais pas ici où tout
sembla vétuste, pourri, dépéri, moisi dans l’humidité estivale
qui agrippe la ville du mais au septembre. Mais dans les deux
dernières décennies certains développeurs se sont ravisés vis-
à-vis à l’avenir d’un quartier situé stratégiquement dans le
coeur du Kowloon, ses réseaux de transport convenables et
soudés au reste du système, incluant un tronçon ferroviaire
menant directement à la province voisine de Guangdong et
l’aire demeure relativement raisonnable. Malgré sa réputation
entachée, l’endroit émanait un appel insolite, aléatoire et
attirant; voila, il briguait l’intérêt commercial et faisait
miroiter les yeux de ceux qui y miraient un pactole sous les
enseignes aveuglantes et les néons radiants. La décade
dernière apercevait apparaître un rang de chantiers bien
viabilisés et s’enchevêtrés des outils et grues à la construction
pour transformer ce district et aiguiser le commerce légal qui
fleurit actuellement. Voici la vie est vécue sur une agora après
les vêpres et ainsi les développeurs sont assez sensibles de
préserver la braderie pour plaire aux clients de nocturnes
tous en gravitant à l’ambiance vibrante, gaie, enivrante,
aguichante. Le dernier, et accueillant, résultat de cela est la
préservation comme en confiture ces traits fondamentaux aux
parages reconnus pour leur déliquescence chic. Le boum
puisé de la passion pour d’or y dirige l’autre houle en
humanité, aussi ces journaliers de l’Inde et du Pakistan, qui
vient encore travailler et ajouter au mélange leurs cultures et
dialectes.
Certainement ce quartier et ses ailleurs sont bondées
des boutiques à la mode et clients, principalement jeunottes
mignonnes et mignardes, branchées et bruyantes, qui versent
leur argent sans trop de restreinte. Cette prodigalité aurait
scandalisé ceux de l’autre génération plus frugale, la mienne,
et également aussi le style des atours, chemises étriquées et
échancrées, les gilets fripés et les minijupes qui en exposent
leurs cuisses et presque leurs fesses, leurs tignasses
gominées au lustre, ces donzelles sans honte en s’accoutrant
pour choquer et moquer comme putes aguerries, en optant
d’apparaître délinquantes. Rien ne semble capable de tasser
ni même cambrer cette volonté avide au consumérisme
acharné à l’horreur de ceux enseignés de louanger la vertu de
modération, celle à mégotter, épargner et démentir la
convoitise.
Je ne permets pas à ma gamine de se présenter dans
cette façon aguichante et je refuse de transiger dans la face de
la tendance de nuisible. Mais alors lorsque je la gueule avec
une foudre de furie née de l’amour, tout cela sonne creux
pour à ses sourdes oreilles la rage incandescente de moi est
juste le mugissement et personne ne peut la mouvoir puisque
les adolescents gâtés agitent sur leurs lubies, insouciants aux
raisons de l’autrui et trop conscients de la réalisation que les
parents ratent la puissance de les empêcher, de leur denier
« le droit » et « la prouesse » de supprimer leur
« individualisme » censé, celui qui est faux et grotesque.
C’est fait qu’à mon âge le goût croupit pareil au corps
qui s’avilit aux effets de la gravité. Ce qui était chic semble

11
maintenant désuet, ringard et gênant. « Rien de mode ne
perdure est la seule certitude », rétorque-t-elle, ma sage
femme, et donc on n’en s’amoche ni s’agite quand on doit
avoir la patience et l’aplomb envers l’excès des ados effectuant
l’air des égarés et éperdus, de vivoter et ne pas répondre à
chaque geste de provocation. Ceci est plus facile à déclarer
qu’à pratiquer car les soucis pour un enfant sont toujours
vivaces. Les jeunes aiment aussi navrer, narguer leurs
familles, démolir les vieilles croyances et défier la sagacité
acceptée afin de prouver la validité de leurs choix et projeter
une aura de cool, blasé. Ma mioche s’insurge et s’indigne en
larmes, moues et bouderie mais au moins elle ne regimbe pas
à chaque commande, étant plus butée si sa mère ressasse à
l’outrance. Dans cette époque l’on doive se contenter aux
petits mercis et on tiraille de consolation que ceci soit une
phase, phase de fronde, celle d’un rebelle sans cause quand,
en froissant et frustrant les adultes, il s’averre le maître de la
lutte dans le soin de la famille, phase de maquillage,
d’incertitude, de farce et d’expérmimentation. Comment
évoluent les comportements et or comment persistent ces
forces qui se percutent entre les générations? J’imagine que
j’aurais été le même démon en exigeant mon espace, en
bravant et bafouant le conseil m’offrait, en creusant une fosse
avec mes parents, en les atterrant si seulement d’être difficile
au degrés farfelu, en arborant mes voeux sur mes manches
d’être différent et en rechignant aux sages avis si seulement
de subvertir l’autorité, soit juste, soit arbitraire, soit sensible,
et bien sûr je ne transigeais jamais « mes principes »,
cependant vagues ou stupides. Le mot de rigueur du passe,
maintenant aussi, est « indépendance » qui veut avoir le droit
de gérer les affaires personnelles et pourtant sans les devoirs
que cet état de l’existence requière. (Inversement mon père
dénonçait les jeunes de cheveux longs, dépeignés et nattes
comme les trublions, les vauriens, la racaille. Il envisageait la
menace posée à l’ordre bourgeois qui était en train de
s’écrouler à la vue de ma tignasse.) La musique pop truffée
des messages de défiance, soit de hip hop, soit de rap, retentit
partout et irrite pour le manque de rythme. À Hongkong on ne
peut pas les s’esbigner, ces chansons américains qui
résonnent des boutiques pour promouvoir ces produits chics.
L’aliénation fleurit pour et contre ce lascar, moi, qui me
ressens à la marge du monde moderne si chargé d’une crue
énergie mais qui ne semble avoir la substance, la profondeur,
au moins à mes expériences et interprétations. Mais sans le
denier, c’est sur ces avenues et venelles qui les génies font
éclore leurs formes toutes nouvelles et il leur importe que les
badernes en s’applaudissent qui est la vue de ma fille. Etre
philosophique serait à comprendre et embrasser l’idée de la
fugacité des choses, cela ces manières et manies vont
s’estomper, nous laissant, les parents, certaines mémoires
des temps s’écoulées.
À la pizzeria sur boulevard Nathan, l’artère dominante
du Kowloon, je m’ordonne une fournée et une cruche du thé
glace citronné. Ce qui était un ristorante de table gigogne
dans l’après-midi vrombit de brou hala au coucher car le

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crépuscule y tire cette foule qui possède le penchant des
vampires timorés des lumières naturelles. D’ici au point
d’avantage, on guette le trafic et badaude les piétons adultes
conduire leurs affaires toujours à la hâte en contraste à l’aura
plus relâchée des jeunes. Nous sommes arrivés sur la
fameuse « Avenue des femmes » qui est une dans le dédale
d’allées d’où les clientes peuvent trier, lésiner et obtenir une
myriade de nippes à bon marche. Cette saison est celle-ci des
toiles chinées et la dernière celle-la des étoffes bariolées.
Initialement la rue était comblée des bonneteries, dentelleries
et merceries ou les acheteurs étaient encouragés à tâter et
endosser les produits mais elle ait depuis augmentée et
diversifiée ses genres, gammes et repères de marchandise en
soumission vive à la dictature de la mode et la meute. Cette
venelle n’a rien de se ressortir des autres. Sans bornes de la
tracer ni marges de la tringler sur la carte urbaine mais cette
carence à la distinction n’y démentit un trait emblématique de
la cité si vibrante et entreprenante. Hongkong étant l’acmé
de capitalisme pur prône et pratique les forces du marché,
l’un jamais statique ni complaisant, l’un qui s’essouffle et
s’épuise en rencontrant et excédant les demandes. Donc cette
ville n’effrite pas. Donc elle se renouveler et raviver. Donc la
société fait poindre, non, éclore des idées dynamiques, parfois
insolites, de l’évanescence et l’effervescence, des espoirs qui
agissent la partie de l’antidote aux périodiques creux sociaux
et effondrements économiques. C’est dit qu’on doive juguler
avec alacrité au problème pas encore grave plutôt que laisser
s’en aggraver sans le moins de soin. Hongkong se vante
d’avoir cette qualité curative à cause de son entreprise de
créativité et adaptabilité, oui, ceci un phénix montant des
cendres et braises. Il est perpétuel.
Mongkok est beaucoup plus entichant qu’un endroit
pour brader, s’encanailler et fouiller des vices car il se vante
d’être un paradis culinaire. Les habitants, et sûrement plus
les édiles, tentent de prouver ses autres appels moins nocifs
et plus propres en se faisant une sorte de vindicte contre sa
réputation ternie. Mais pas de la culbute à la publicité
surpasse ce qu’est l’attrait culinaire dans ce district. C’est
facile de raffoler des plats internationaux qui sont servis
puisque ces cuisines diverses sont adaptées aux palais affûtés
des gens qui s’enorgueillissent d’être vrais cosmopolites à la
bouffe. Ce qui est plus avantageux est comment on peut se
gaver à la gloutonnerie sans risquer de se grossir autant à
cause de l’amour cantonais pour équilibrer la nourriture ne
pas cependant avec des jeûnes d’extrême qui nuisent au
corps. Ces dîneurs de fougue préfèrent, eux, de s’assainir avec
la méthode traditionnelle et sensible qui ne compte que se
varie la consommation des viandes rouges avec celle des
poissons partout à la foison sur le littoral subtropical et au
carrefour maritime. On ne hâble en dînant aux coulisses et
sous les étoiles, auvents et réverbères mais pourtant dans la
chaleur de la nuit il y fleurit un certain air romantique.
Parvenir chaque de ces gargotes est suivre la longueur d’une
rue jusqu’où elle vire au coin où l’arome du graillon émane.
C’est dit cela avant l’avènement des discothèques il y avait des

13
clubs, vraiment guinguettes, où se réunissaient des hommes
qui s’y abreuvaient et « crousaient » (québécois cela pour
« draguaient ») leurs donzelles, partenaires payés de danse et
plus. On écoute une rengaine des années 1990 chantée par
Tina Turner qui évoque mélancoliquement d’un tel trafic,
« Private Dancer ». Adjacents à ces lieux étaient
invariablement ces bistrots. Quoique les guinguettes se
reculent aux mémoires, leurs gargotes mitoyennes qui une
fois attrapaient leurs clients et les gonzesses demeurent
néanmoins. On y trouve des assiettes exotiques saisonnières
comme la compote du serpent (dont la bidoche est pareille à
la texture et flaveur mais plus douce de l’anguille) à l’hiver et,
plus rares ces jours, la friture des dytiques à l’été, de la soupe
de tortue à la grenouille mitonnée aux légumes tranchés. Les
Chinois croient que les aliments corsent, tonifient et
guérissent si mangés dans certaines façons et en
combinaisons exactes. La cuisine est ainsi rendue à l’officine
et vice versa. Jamais une médication ne goûte si
délicieusement. De ceci est née la profession du braconnier
qui fournit aux restaurants une portée de gibier du civet au
pangolin, rien ne semble pas s’échapper des marmites. Les
touristes sont souvent dégoûtés aux offrandes de menu,
repoussés et abasourdis, jusqu’ils osent de grignoter un
morceau ou deux et se laissent savourer la concoction sans
trop de préjudice. Chaque gourmand reconnaît comment la
plus riche gastronomie est liée invariablement au terroir et à
la mémoire primordiale ; et rien n’est plus évocateur à la
gustation de la cuisson dont les flaveurs sont si foudroyantes
aux réminiscences. C’est pour cela que le Président français
Nicolas Sarkozy a racolé l’UNESCO d’inscrire la cuisine
gauloise dans le contexte de « patrimoine oral et immatériel de
l’humanité. » (Les boulangers français en ayant regagnés
récemment le prix pour leurs miches encore contre leurs
rivaux parvenus américains et japonais parmi d’autres ont
restaurée la dignité à leur patrie.) Ce qui suffit d’épuiser les
larmes et aiguiser l’appétit des Français, la blanquette de
veau, l’escargot et le magret de poularde, est la même force à
émouvoir les Cantonais en raffolant de leurs plats insolites et
aléatoires, ou les Japonais en rhapsodie quand ils bavent en
anticipation de leurs sashimis de viande au cachalot ou
rorqual et rechignent à l’embargo de la tuerie des baleines.
Quelles affres et quelles avanies à la fierté! Pour ces bougres
plus habitues aux malbouffes de leurs bleds loin de ces
délices d’une grande ville, le défi reste dans le courage
d’éprouver sans peur ce qui semble parfois cruel, exécrable,
même nauséabond. Mais ces jours tels banquets des
victuailles recueillies de la chasse ou la fauverie sont plus
rares sauf dans la contrée, conséquence des efforts
gouvernementaux à minorer, sinon même interdire, certaines
coutumes et habitudes contraires à l’image de la modernité de
Hongkong et parfois blâmées pour des fléaux, à l’instar de
l’épidémie de volaille. Il y a cependant une maxime que les
Chinois (ou Coréens, Japonais, Vietnamiens) bouffent chaque
chose de quatre pieds, une table exceptée, et chaque animal
dont le dos est dirigeant envers le soleil. (Durant les Jeux

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Olympiques en 1988 les autorités de Séoul avaient suspendu
la boucherie publique des chiens qui étaient retenus en cages
et cageots dans les marchés à l’horreur des touristes
occidentaux choques à la « barbarie ». On y voyait ces dîneurs
pencher sur escabeaux et s’attabler avec leurs boites de bière,
clopes entre leurs doigts d’une main et baguettes dans l’autre,
en se réjouissant leur délicatesse. J’avoue cependant d’avoir
loupé un tel repas qui aurait attaqué ma conscience.)

Western
Nulle part de l’ancienne enceinte du village emmuré original
n’existe plus mais encore on discerne et ressent un peu de
l’ambiance jadis d’un recueil de photos grenues et sépias, y
compris clichés des flics, les cognes Blancs portant les
moustaches de guidons populaires dans l’époque, se vêtant de
kakis, leurs larges revolvers serrés dans les étuis, les
indigènes cependant sont rasés sauf pour leurs queues,
armés de fusils et glaives, s’habitant des uniformes noires de
la dynastie ching plutôt bizarres et marrants aux yeux
contemporains. Il y a aussi deux images lancinantes, l’une qui
dépeint un bagnard chinois accroupi en lambeaux, placardé
d’une plaque qui lit « voleur récidiviste », ses mains pas en
menottes mais caques, une sorte de pilori, échevelé, étourdi,
ses yeux sauvages de peur; l’autre prise sur une plage de
galets de six corps s’affaissés et décapités, les têtes encore
visibles d’où elle se sont tombées dans flaques de sang, en
pose macabre juxtaposée à cette poignée de gendarmes
britanniques fiers d’avoir ordonnés l’exécution de ces pirates
censés. Heureusement, étant étalées, sont des photos qui
présentent un milieu moins brut, comme cela des dames qui
s’endimanchent des robes élaborées, alléchantes de soie
brodée, épaisses de dentelles sur corsages étriqués, femmes
qui s’ombrent sous parasols au concours de race; cela d’elles
en défilé sur une esplanade à trotte de la citadelle de Central
où règnent leurs maries; cela d’elles à la pelouse de boules et
cela d’elles en sirotant du thé et dégustant des gâteaux dans
un monde adjacent et pourrant ségrégé de celui-là des
Chinois.
On doit être sidéré à voir et ressentir couver l’amertume
des natifs au régime de l’apartheid britannique de facto sinon
de jure pour les districts plus huppés furent clos aux gens
« jaunes » qui observèrent comment cette tribu étrangère
arbora l’apanage de la race blanche d’arrière une paroi sauve,
propre, riche, voire vitrée, loin du limon alluvial du fleuve de
Perle et des marées de la Mer de Chine méridionale, les deux
étant les sources, la saumâtre et la douce, la maritime et la
fluviale, de la fortune à une cité bénie de sa géographie. On ne
sait si ce ressentiment fut répandu mais personne ne dénie
que les gens « des dragons » de la génération passée se tairont
et endurèrent ces avanies avec moins aplomb que résignation
aux injustices qui partout prévalurent. Je me souviens de
l’avis édifiant d’un vieux copain stentor de mon grand-père
sur comment on ne peut autant changer qu’atténuer une

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situation vexante et minable et que le calvaire reste toujours
une condition perpétuelle, une plaie jamais pansée et ainsi
suppurante. Même s’attise et s’atterre à la cruauté, il lui faut
pâtir et cacher ou sublimer le souhait de remédier les torts
afin d’éviter le risque au coût de soi. Est-il la voie de
s’épargner des déceptions et bouleversements? Peut-être, oui,
d’être sauf plutôt que désolé et d’ignorer la défiance de
quiconque frondeur qui déclara en bravade et rogne, « je
m’insurge car il serait préférable de calancher sur mes pieds
que de vivre sur mes genoux! » Est-il donc la raison qui
explique pourquoi ces péons de l’empire, cependant agacés et
indignes sous la férule et mépris étrangère, ne gagnèrent pas
le courage ni l’envie de militer, de se révolter contre une
hiérarchie imposée hormis plusieurs émeutes en futilité,
jamais émulant l’exemple des Madrilènes qui, saisissant ces
crues armes, des gourdins, maillets, houes, escopettes,
luttèrent à la perte autant du sang pour bouter la Grande
Armée de Napoléon Bonaparte exactement deux siècles il y a
et ainsi se catapultèrent à la hausse de l’histoire, les martyrs
à la cause?
C’est facile de souiller l’aire de Western (connue en
cantonais comme « Sai Wan » ou « la baie de l’ouest ») comme,
bien, la souille de l’ancienne colonie britannique. Mais le
persiflage ne peut jamais masquer la vérité qu’ici fut le noyau
de la ville dont les monuments sont enfin d’être préservés
comme vivants musées. On nargue les logis délabrés mais ne
pas pour leur héritage qui ne peut pas être bafoué ni démenti.
Sai Wan fut bien habité même avant la conquête impériale,
étant village de pêcheurs qui se targuèrent d’avoir un môle à
la rade prisée par l’amirauté. Le patelin mua durant des
années en s’établissant comme le centre de commande qui y
dépendra pour l’amarrage, le transfert des cargaisons (y
compris l’opium hormis l’interdiction du trafic dans les
premières décennies du siècle dernier). Voici, une anse
relativement abrité, fut la location d’un radoub où gréèrent
aussi les navires de guerre et également les chaloupes et
chalutiers, et fut la pose de ses premiers-maitres. Ces jours
les quais sont encore accostés des péniches et aussi des
gabares qui y parviennent du Fleuve de Perle au nord en
Chine continentale, la province de Guangdong. Des affaires
jadis renflouèrent un marché et appuyèrent des artisans qui
habitèrent un pâté des maisons, depuis longtemps oblitérées,
dans un quartier bien quadrillé, et fournit aux marchands un
centre de commerce et aux propriétaires des loyers et donc
pécules. Mais antérieure à la colonie, il y fut florissant une
communauté des autochtones. Déclenché de la prise chinoise
depuis 1841 à cause du triomphe britannique dans la Guerre
d’opium, Hongkong prône et s’enorgueillit de sa puissance de
s’avancer sans remords, ni nostalgie, ni doute, rasant,
écrasant, effaçant, frayant, enlevant quelque traces de son
passé dans la façon régulière d’une vipère en mue.
La faute de qui, cette insouciance a l’histoire ? Ici
surement le système de l’éducation ne cesse pas de seriner
aux jeunes la conviction dans le progrès sacré et la valeur de
l’argent qui est dieu et, d’avoir un gout pour l’ambroisie de

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succès. La leçon est qu’il faille arracher au pragmatisme et
renoncer à l’idéalisme. Nombreux sont ceux-ci qui ne
réfléchissent guère à leur condition actuelle dans leur
poursuite aveugle et acharnée du lucre et du statut,
engourdissement à l’injonction philosophique comment une
existence sans introspection ne serait pas digne de vivre.
Cette observation de la société pas docte ne se fonde sur
n’aucune étude sociologique chiffrée mais pourtant les
évidences sont claires aux yeux dans ce fief de consumérisme
absolu et inlassable.
On se trompe de croire qu’il soit une alternative où et
quand de penser et, pire, prêcher de l’autre voie. Une telle
attitude s’avère une hérésie. Plus ici qu’ailleurs, on fausse à
dire que le bonheur et la réussite en matières de richesse ne
sont pas conjuguées car sûrement personne qui n’égale une
Porsche à la cime de l’achèvement est jalouse et elle n’exalte
jamais de la force créative, ni n’exulte comment d’être esthète
serait une poursuite noble. Cet air béotien règne presque
chaque recoin de la communauté. L’exception dehors ce
domaine de honteux matérialisme serait le quartier de
Western qui le reste de la modernité rigoureuse ne touche que
rencogner dans l’ombre des bâtisses imposantes, édifices
tarabiscotés et néons luisants du Central.
D’ici l’on ressent sans équivoque la présence de l’autre
ère en voyant la cohue des touristes badauder au commerce
des épiceries et apothicaires qui y vendent les médecines
d’herbes et bidules d’antan comme les bougies céramies,
bâtons d’encens et offrandes aux autels des ancêtres. On
arpente, observe, apprend et absorbe les rythmes de la vie
quotidienne, imaginant ce qu’aurait advenu dans ce
labyrinthe de ruelles un siècle il y a exactement comme
dépeint dans les clichés préservés aux livres ou encadrés et
affichés sur murs des vestibules du cossu Club de Hongkong.
Cet arrondissement envoutant est typique du type ancien
qui est à dire les routes sont étroites mais parfois celles-là
ébrasent aux parvis. Un flâneur peut y fouiller des surprises
et soulagements, espionnant là-bas des vieux se rassembler
afin de jouer des échecs, babiller et s’amuser. Dans l’autre
coin, voilà, on applaudit ces baladins de musique, magiciens
avec leurs trucs de magie et jongleurs avec leurs quilles,
couteaux et d’autres outils. Partout est une foire. Ce sont les
oasis urbains dans une aire dépourvue de gazon pour des
jeux de football, un sport qui d’ailleurs accapare l’intérêt des
jeunes épris de la ligue anglaise comme attestée par l’ubiquité
des chandails et des écharpes ils arborent, Arsenal, Chelsea,
Liverpool et bien sûr Manchester United. Ce voisinage du
crépuscule, à la veille de la renaissance urbaine, est aux
abords d’un terrain doré car sa valeur ne cesse pas de
s’élever, grâce à l’agiotage forcené et le plan imputé à certains
hauts vénaux fonctionnaires, d’y étriper de son héritage
architectural et d’enfreindre l’esprit, sinon même la lettre, des
lois sur la protection des monuments afin de plaire aux ceux
des développeurs méprisants de ces « entraves » contre le
progrès ou, d’entre franc, les profits. Octroyé d’une initiative à
renouveler, à « gentrifier », et la crue dans les prix moyens des

17
appartements, cependant vétuste à cause de l’aise à tapoter le
marché des emprunts, le quartier s’éprouve un eldorado qui
empiète sur d’autres affaires. Une fois les pauvres pouvaient
trouver des turnes et les peu bohèmes des ateliers et attiques
de relatif bon marché mais ces jours les aubaines sont
éteintes à cause de la surchauffe quand voire une piaule
commande une rançon et quand des propriétaires avides (une
tautologie, non? si!) ne souhaitent pas se soumettre aux
contrats de longue durée puisqu’ils veuillent retenir ouverte
leur option à vendre sans se soucier des complications et, si
nécessaire, en résilier. Durant la récession ou à moins un
ralenti du marché immobilier il y à cinq années, on chérissait
la chance de resquiller à la solde et trier des offres;
maintenant tout cela n’est qu’une distante mémoire.
Toujours proche et toujours retentissant est le rythme des
vagues qui clapotent contre l’embarcadère parfois trempé des
embruns. La rade est souvent calme, une bonace accueillante
aux matelots, mais dans l’hiver surgit du norois et l’été celui
au suroît qui y amènent ces affreux orages. C’est d’ici, à
l’esplanade avec des banians bruissant et palmiers plantés
juste dans la décennie dernière, qu’on voie pourquoi des
développeurs ne pinaillent pas sur le prix étonnant à chaque
mètre carré d’une zone une fois négligée et maintenant prisée
car on apprécie la vue de la rade et lorgne la péninsule juste
une kilomètre a travers, baignée dans les lumières à
chatoiement. Cette prime, un site qui s’ouvre au panorama, y
tire aussi des architectes qui salivent à la chance d’exhiber
leur imagination et qui ébauchent certains designs tapotant la
nouvelle technologie et métallurgie. Lorsque l’on se piège en
voiture qui ne se fait que ramper dans le bouchon d’où la
rocade joint la route menant au Central, on repere ces
lotissements miteux de béton et parpaing ne pas supérieurs
aux troglodytes dans les monticules au Yunnan mais sont
dotés d’un paysage accablant dans sa splendeur. Pas de
surprise que des entreprises veuillent évincer ces locataires
aux propriétés publiques afin d’ériger leurs condos côtiers
coûteux. Regardant plus loin à l’ouest, on voit un ilot, l’ilot
verdoyant, où dans le passé des pirates noyèrent, leurs
bateaux sabordés ou chavirés – et il est plausible que la photo
des forbans décapités de laquelle j’ai fait l’allusion fut captée
dans ces parages. La traversée de la rade sur Star Ferry, un
fleuron de transport depuis longtemps, de l’embarcadère neuf
est féerique dans la nuit pétillante et bon marché au péage de
cinq dollars (à 80 de cents américains, la moitie d’un euro)
quand la croisière du port toujours grouillant de bateaux se
vante comme une des émerveilles du monde modern, surtout
à 20 00 tapante pour saluer la performance des lasers à
laquelle participent les plus célébrés édifices et gratte-ciels et
pour écouter comment la musique claironnée d’une
distance comme la tonnerre du cinquième symphonie de
Ludwig Van Beethoven. On y flâne pour éventer le cerveau
après une journée épuisante sans frayeur de se paumer avec
ces buildings illuminés comme phares ni peur de n’aucun
délit pour la zone est sécurisée moins par les flics et plus par
la civilité généralisée.

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L’autre signe du respect accordé à la société qui fleurit
voire dans ceci zone et d’ailleurs censément défavorisées est la
carence des graffiti, fiches et écriteaux que l’on voit tapissées
les murailles des propriétés privées et publiques ni plaqués
les poteaux et lampadaires. Le même va au vandalisme qui est
voire commun à Vancouver, une ville renommée pour sa
probité, où des tas d’ordures et tessons s’amoncellent après
une nuit de beuverie et de chienlit. C’est sûr que les gens ici
bambochent mais encore il y a un consensus accepté qui, à
moins sur l’île de Victoria, requiert un décorum de conduite
s’avérant universel. L’entrain nocturne ne pardonne, ni ne
justifie, pas de l’abus et cela est preuve comment l’ordre de
confucianisme ne se fane pas et certes astreints les gens de
guetter et garder leurs places. Souvent repérées sont les
bolides comme Porsche, Ferrari, Lamborghini, Jaguar, BMW
et Aston Martin parquées aux coulisses, leurs coques
astiquées à la patine, sans leurs motoristes frimeurs ayant la
moins frousse ni souci au vol ni au damage. On se demande
comment ces objets de l’ostentation ne provoquent pas de la
jalousie ni la rage dans ces parages de la pénurie relative. La
réponse : ceci est la voie contemporaine et consolante de la
ville tolérante et vibrante qui est Hongkong, une place parfaite
pour quiconque qui souhaite se paumer en flânerie sans
aucune visée ni boussole et s’affranchir des langueur
subtropicale. Parfois on ne peut pas résister l’impulsion de se
rebrousser afin d’apercevoir et apprécier plus des insolites. La
devise des autorités prône Hongkong comme « la ville
internationale en Asie » mais l’endroit est beaucoup plus que
cela car il remue les âmes de ceux qui se mirent d’être les
vrais cosmopolites chevronnés. Voici, sans doute, est un vivier
et une ébullition d’un nouvel ordre mondial où les cultures se
mâtinent et accouchent des formes pleinement originales.

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