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IMMUNITE PASSIVE ET VACCINATION CONTRE MYCOPLASMA HYPNEUMONIAE :

MISE AU POINT D’UNE METHODE D’EVALUATION PAR LE COLOSTRUM

M. Liber1, G. Gestin 1, V. Auvigne 2


(1) Coopérative Léon & Tréguier, BP 56, 29401 Landivisiau Cedex
(2) Ekipaj, 4 allée Charles Gounod, 35760 Saint Grégoire

Introduction
< 40% > 40% Total
Les anticorps maternels peuvent interférer avec la vaccination contre la
mycoplasmose (1). Un des moyens d’optimiser l’efficacité de cette vaccination ≥85% 1 27 28
% Inh Colostrum
dans un élevage serait, pour cette raison, d’adapter le protocole vaccinal au
< 85% 15 2 17
niveau d’anticorps maternels des porcelets. Pour pouvoir valider l’opportunité
d’une telle adaptation plusieurs questions se posent. Quels sont les niveaux Total 16 29 45
d’anticorps maternels rencontrés sur le terrain ? Comment se situent-ils dans Tableau 1 : Corrélation entre les résultats sur colostrum et sérum de porcelets
nos élevages par rapport aux références bibliographiques disponibles pour (moyenne de la portée)
l’interférence entre les anticorps d’origine colostrale et la vaccination ? Les Les profils d’élevage
profils sont-ils différents d’un élevage à l’autre ? Nous savons par ailleurs que 93% des 150 colostrums prélevés sont positifs et 61% fortement positifs (%
la sérologie sur colostrum est utilisée en Finlande pour qualifier les élevages Inh. ≥85). 6% sont négatifs et 4% douteux. Ceci est cohérent avec les résultats
(2). Si cette technique permettait d’évaluer l’immunité passive des porcelets à de la pré-étude. Le nombre de colostrums fortement positifs par élevage varie
partir des titres des colostrums de leurs mères, cela faciliterait la vulgarisation de 1 à 15. On peut distinguer deux sous-populations d’élevages : d’un côté
d’un protocole d’évaluation de l’immunité passive dans les élevages de ceux avec au maximum 1/3 de fortement positifs (4 élevages), de l’autre ceux
production. Notre étude se propose d’apporter des éléments de réponse à ces avec plus des 2/3 (6 élevages). Il existe un effet rang de portée : le taux de
questions. colostrums fortement positifs diminue avec le rang de portée (Tableau 2).
Matériels et Méthodes
L’étude a été réalisée en 2 étapes dans 10 élevages naisseurs-engraisseurs. Leur Rang de portée
effectif moyen est de 540 truies (170 à 1000), 7 vaccinent leurs porcelets contre 1 2 3 et +
la mycoplasmose.
% des truies avec % Inh. Colostrum ≥85 73 63 47
Dans un premier temps une pré-étude est réalisée dans 3 élevages. L’objectif
de cette étude est de valider la faisabilité des analyses sérologiques Tableau 2 : Effet rang de portée sur les résultats sur colostrum
mycoplasme sur colostrum et d’étudier la relation entre les résultats sur Discussion
colostrum et sur sérums de porcelets. Le colostrum de 15 truies est prélevé Cette étude a permis de valider la faisabilité des sérologies mycoplasmes sur
dans chaque élevage. Les truies sont échantillonnées suivant le rang de portée : colostrum : le statut sérologique des porcelets d’une semaine peut être
5 primipares, 5 deuxième portée, 5 troisième portée et plus. Le nombre de nés extrapolé des résultats sur colostrum. Environ 2/3 des porcelets seraient
vifs est relevé. Les prélèvements sont effectués dans les 6 heures suivant le part positifs dans les élevages suivis. Deux facteurs influant sur l’hétérogénéité de
dans des pots en plastique stériles, ils sont congelés à l’élevage, et transmis l’immunité passive des porcelets ont pu être identifiés : le rang de portée et
sous couvert du froid au LDA22 pour analyse. Pour chaque truie un l’élevage. Deux hypothèses peuvent être avancées pour expliquer la plus forte
prélèvement sanguin est réalisé sur 3 porcelets entre 4 et 8 jours d’âge. Les positivité des jeunes truies : la vaccination parfois pratiquée chez les
porcelets sont choisis « au hasard » en excluant les chétifs et les adoptés. Les multiplicateurs et en quarantaine et une contamination lors de l’introduction
analyses (45 colostrums et 135 sérums de porcelets) sont réalisées avec le kit dans l’élevage. Les différences entre élevages devront être validées par une
DAKO (distribué par LSI), les résultats sont exprimés en pourcentage deuxième série d’analyses réalisée quelques mois après la première.
d’inhibition (% Inh.).
Les niveaux d’anticorps observés peuvent-ils interférer avec la vaccination ?
Dans uns second temps la méthode est utilisée dans un plus grand nombre Les données de notre essai peuvent être comparées avec celles de Jayappa et al.
d’élevages.15 colostrums sont prélevés dans 7 élevages avec les même qui utilisent la même technique d’analyse (3). Dans un essai avec des
modalités d’échantillonnage et de prélèvement que pour la pré-étude et porcelets issus de truies vaccinées, une interaction avec la vaccination a été
analysés avec la même technique. Les 3 élevages de la pré-étude sont inclus mise en évidence quand 100% des porcelets étaient positifs à la première
dans l’analyse des résultats : 10 élevages sont donc concernés. vaccination (vaccination à 1 et 3 semaines ou 3 et 5 semaines) avec des
Résultats niveaux moyens d’anticorps élevés (% Inh > 90) alors qu’il n’y en avait pas
Résultats bruts de la pré-étude quand 84% des porcelets étaient positifs (vaccination à 6 et 8 semaines) avec
La presque totalité des colostrums (44 sur 45) sont positifs. Les résultats sont des niveaux moyens modérés d’anticorps (% Inh < 75 ). Il est probable que
plus répartis pour les porcelets : 57% sont positifs (% Inh > 50%), 35% dans un élevage ayant 100% de truies fortement positives (% Inh colostrum
négatifs (% Inh < 40%), et 8% douteux. 17% des porcelets positifs et douteux ≥85). la presque totalité des porcelets seront positifs à une semaine d’âge avec
ont un % d’inhibition très fort (>90%). un pourcentage non négligeable de porcelets pouvant présenter des niveaux
élevés d’anticorps susceptibles d’interférer avec une vaccination précoce..
Homogénéité des résultats intra-portée
La différence entre le plus fort et le plus faible pourcentage d’inhibition dans Remerciements
chaque portée est en moyenne de 15%.. Pour 34 portées, les 3 porcelets ont le Les auteurs remercient le laboratoire Schering-Plough Vétérinaire pour son
même statut (positif, négatif ou douteux). Seulement 5 portées ont en même aide, les éleveurs pour la réalisation des prélèvements ainsi que L. Mieli, P.
temps des porcelets positifs et négatifs, et il n’y a aucun très fort positif (% Lamanda (LDA22) et M. Kobisch (Afssa) pour leur participation à la
Inh. ≥85) dans ces portées. Les résultats sont donc globalement homogènes au discussion des résultats.
sein d’une portée. On peut donc définir un statut de la portée : ceci a été fait en Bibiographie
calculant la moyenne des 3 résultats. Deux porcelets qui étaient complètement Hodgins et al. Proc. IPVS 2002, p. 250.
négatifs alors que les 2 autres de la portée étaient positifs ont été exclus de ce Rautiainen et al. Acta. Vet. Scand. 2000, 41, 213-225.
calcul de moyenne. Jayapa et al. Proceeding AASP 2001, p 237-241.
Corrélation entre les résultats sur reproducteurs et sur porcelets.
La presque totalité des colostrums étant positifs, il ne peut être établi de
corrélation directe entre les résultats qualitatifs sur colostrums et sur porcelets.
Après analyse de la distribution des % Inh, une corrélation a pu cependant être
établie entre les résultats sur porcelets et les résultats sur colostrums, en
séparant les colostrums en « fortement positifs » (% Inh ≥85) et faiblement
positifs. Les résultats sur porcelets sont déterminés avec la moyenne des 3
résultats de la portée, les douteux sont considérés comme positifs. On observe
alors une concordance de 93% entre les résultats sur colostrums et sur porcelets
(Tableau 1). Cette relation est très significative (chi2, p< 0,0001) et
indépendante du nombre de porcelets nés vifs de la portée. Le statut
sérologique de la portée à 6 jours d’âge peut donc être déduit de la sérologie
sur colostrum.

% Inh Porcelet