T. S.

ELIOT
Poèmes
texte anglais présenté et traduit par
PIER.R.E LEYR.IS
LE DON DES LANGUES
ÉDITIONS DU SEUIL
DU MÊME AUTEUR
aux mêmes Éditions
QuATRE QUATUORS
Texte anglais traduit par Pierre Leyris
Notes de John Hqyward
DANS LA CATHÉDRALE
Traduit et présenté par Henri Fluchère
EsSAIS CHOISIS
Traduit par Henri Fluchère
A paraître:
LA RÉUNION DE FAMILLE
T. S. ELIOT
Poèmes
texte anglais et traduit par
PIER.R.E LEYR.IS
LE DON DES LANGUES
ÉDITIONS DU SEUIL
Il a été tiré
de la première édition de cet ouvrage
5 xo exemplaires sur vélin blanc filigrané des
Papeteries de Lana, numérotés de 1 à 5 ro
dont xo hors commerce.
Tous droits de reprodHCtion, d'adaptation et de tradHCtion
réservés pour lous pa;• s.
Copyright I!J47 by Éditions du Seuil.
Avant-propos
AVANT-PROPOS
DU TRADUCTEUR
Il y a bien longtemps que la poésie de T. S. Eliot est
présente parmi nous, mais d'une présence éparse,
voyageuse, qu'il fallait enfin fixer et regrouper en l'accen-
tuant : c'est le propos de cette édition bilingue qui rend
compte, par un choix abondant, de la période 1910-1930
et prélimine à la publication des
Une circonstance particulière renforcerait ici, s'il en
étaif besoin, le droit de cité d'un écrivain insigne.
CommeT. S. Eliot le reconnait volontiers, son langage
naissant s'est appuyé, non pas sur la poésie victorienne,
mais sur la poésie française de la fin du siècle dernier et
plus spécialement sur le parler de Laforgue. En effet,
introduits - ou restitués - à notre langue, la très
laforguienne Chanson d'amour de Prtifrock qui ouvre ce
recueil, ou encore ces préludes (le troisième est daté :
Paris, 1910) qui sonnent un peu comme du Corbière,
montrent en T. S. Eliot un surgeon de notre symbolisme;
9
surgeon chargé de fruits neufs dont nous devrions bien
prendre à notre tour de la graine.
La seconde influence avouée par le poète, . soit le
théâtre élizabéthain dans sa période finale, éclaire
aussitôt la première. Car on voit bien ce qu'avaient de
commun, à deux siècles et demi de distance et appliquées
de part et d'autre à des fins apparemment si différentes,
les tirades d'un Webster et les complaintes du Monté-
vidéen: c'est- pour ne rien dire d'un contenu pas mal
macabre, puisque nous nous bornerons ici à des consi-
dérations quasi techniques
1
- la respiration naturelle
du discours et le caractère quotidien de la matière verbale.
Nous avons connu cela en France, dira-t-on : vers le
même temps, Apollinaire, Max Jacob... Sans doute,
mais le terrain anglo-américain était tout autrement
préparé. Et de même qu'en peinture rien, certes, n'y
annonçait le cubisme, en poésie, c'était encore
2
avec ...
Swinburne par exemple qu'il s'agissait de rompre. Il y
fallait alors un instinct singulièrement sûr pour démêler
dans la double jungle et de la tradition anglaise et du
symbolisme français les éléments propres à revivifier la
poésie en la rendant capable des mots (et des choses) de
tous les jours.
« C'est, dit Eliot, une loi de la nature ... que la poésie
ne s'écarte jamais trop de notre langage quotidien. Et
I. Comme nous nous bornerons strictement à considérer la
poésie lyrique d'Éliot, en ne faisant état que des pièces qui
composent ce recueil.
2. Hookins ne sera publié postbumement qu'en 1918.
10
chaque révolution en poésie est susceptible d'amener un
retour au langage commun et parfois de s'annoncer
comme ce retour même. »Et encore:« A certaines périodes
la tâche du poète consiste à explorer les possibilités
musicales qu'offre la convention établie sur quoi repose
la relation du langage poétique au langage parlé; à
d'autres périodes elle consiste à rattraper l'évolution
du parler commun qui n'est rien autre elle-même que
l'évolution de la pensée et de la sensibilité. »
Cette seconde tâche, assurément, confronta Eliot en
1910; mais, quand il l'eût menée à bien, il s'appliqua à la
première. Et lorsque, dans le même essail, il loue
Shakespeare d'avoir accompli « la besogne de deux
poètes » d'abord adaptant peu à peu sa propre forme au
langage de la conversation, de sorte qu'au moment où
il écrivait Antoine et Cléopâtre, il avait inventé un moyen
d'expression au moyen duquel tout ce qu'un personnage
dramatique aurait à dire - que ce fût sublime ou bas,
« poétique » ou «prosaïque » - pût être dit avec naturel
et beauté », puis << dans ses pièces plus tardives... se
livrant à une expérience qui lui permettra de déterminer
à quel degré de complication et de raffinement la musique
peut atteindre sans trop s'éloigner du langage parlé et
sans que les personnages du drame cessent de figurer
des êtres humains » --:- lorsqu'Eliot rend cet hommage
à Shakespeare, il est impossible de ne pas penser que son
œuvre à lui accuse le même double achèvement.
1. La Musif{N4 de la Poésie, trad. Rachel Bespalov («Fon taine » ,
27-28 : Écrivains et Poètes des États-Unis d'Amérique).
II
Au début de sa carrière, donc, T. S. Eliot, dans un
effort que le naturel rend invisible, accommoda le
langage commun à son nombre propre afin d'exprimer
en poésie, sur le ton de la conversation, disons si vous,
voulez la condition humaine sous son accoutrement du
début de ce siècle. S'il y a d'emblée tant de vérité dans
ses poèmes, c'est d'abord qu'ils évitent le piège du
réalisme (ou bien alors il faudrait dire que Seurat est
réaliste), comme le montrent clairement les pièces
mêmes qui le plus d'y tomber, Matin à la
fenêtre ou Le Bostonien d11 Soir par exemple, petites scènes
de genre, sans doute, mais surtout les signes de moments
intérieurs. Ici la poésie, usant des mots de
tous les jours, répond aussi mal que possible à cet
1r ab11s de langage 11 par quoi Valéry affectait sur le tard
de la définir. C'est que, si la fonction poétique du mot
n'est jamais confondue chez Eliot avec sa fonction
usuelle, elle s'y superpose le plus souvent - comme,
chez nous, dans Le Lo11p et l' Agnea11 ou dans Q11e voiliez-
volis la porte liait fermle - pour plus d'évidence et de
secret.
Quant à l'influence de Laforgue, elle fut immédia-
tement résorbée une fois qu'elle eut fait son œuvre :
dès La Figlia che Piange, datée 1911 -et qui serait plus
rilkéenne que laforguienne si elle était autre chose
qu'éliotienne - Je poète fait entendre un chant tout
personnel, le même, essentiellement le même, chant de
repli méditatif qui portera dix ans plus tard Geron/ion,
vingt ans plus tard Mercredi des Cendres ou Marina.
Si le poète a trouvé dès l'abord sa musique propre
11
avec une intégralité et une perfection qui assureront sa
<:onstance, son langage n'est pas pour autant à l'abri de
tout avatar : il faudrait sinon que, comme les peuples
heureux, celui-ci n'eût, ni son maître, d'histoire. Le jour
vint qu'il apparut au poète comme un lit tari; alors
Eliot recourut au français (mais il ne vivait pas en
français); puis, renforçant l'ironie et, assujet-
tissant plus étroitement quelque masque, il enferma son
<:hant à double tour dans la geôle de quatrains rimés à
rythme bref et régulier (quelque chose comme ceux de
Théophile Gautier), mais sans empêcher, grâce à Dieu,
que la voix du prisonnier ne parvint jusqu'à nous,
<:omme dans cette dernière strophe, si pathétique, de
Sweenry parmi les rouignols
1

Les dates, ici encore, ont leur prix, non plus du point
de vue de l'histoire littéraire, mais du point de vue de
l'histoire tout court. Ce dernier poème est de 1918. La
Te"e Vaine portera : 19.U-19ZZ. Portera est le mot, car
s'il est un ouvrage dont on puisse dire enfin sans abus
qu'il assume son époque, avec tout ce dont elle procède
et tout ce qu'elle mijote, c'est bien celui-là. Dans cette
fresque à cinq dimensions, parsemée de « papiers
collés »qui éprouvent la solidité de l'édifice, l'auteur est
aussi p.résent que Courbet dans L'Atelier d11 Peintre : c'est
qu'il y a coïncidence entre le destin du poète et le destin
du monde; ou, d'une manière plus particulière et plus
aiguë, co-inhérence d'une certaine mort-naissance du
1. Celle-là même où Œdipe et Agamemnon sont cavalièrement
confondus pour du bois sacœ.
13
poète à lui-même et des affres (agonales ou gestatrices ?)
de l'Occident. En ce sens, on pourrait appliquer à
I...a Terre Vaine ce qu'on a dit de Finnigans Wake quand on
l'a défini comme le chant du cygne d'une civilisation,
avec cette seule réserve -les chants désespérés n'étant
pas les plus beaux - qu'il s'agit chez Eliot d'un cygne
libre de ressusciter, donc d'un phénix.
Le langage choisi est tel qu'il assure une communi-
cation permanente entre la conscience du poète et la
conscience universelle; intégrant les paroles mémorables
de l'Orient et de l'Eurasie aussi bien que le verbe déchu
de deux filles dans un pub de Londres; tissant ainsi une
trame verbale merveilleusement commune dont la
banalité répond à celle des anciens mythes perpétués dans
la grand'ville d'aujourd'hui. Langage de tous les jours
et de tous les temps dans lequel seul il pouvait être dit
que le Roi Méhaigné pêche toujours derrière l'usine à
gaz, montré qu'une hirondelle ne fait pas le printemps.
Ce qui est vraiment confondant, c'est que le concert
innombrable, la grande rumeur universelle que l'on
entend dans La Terre Vaine nourrisse, sans jamais
l'altérer, la voix tout embrassante du poète
1
• Qu'avec
une pareille ouverture de compas, son langage demeure
parfaitement fidèle à lui-même, témoigne d'un comble
de maîtrise qui ne pouvait être dépassé que dans le refus,
ou mieux, pour éviter toute équivoque, dans une
adhésion unique qui impliquât un dépouillement
1. ll se produit même cet incroyable changement à vue que
les citations avouées ou cachées tkrlienmnt aussitôt de l'Eliot.
14
rigoureux. Cette adhésion - cette conversion - est
dite, ce dépassement réalisé dans Mercredi des Cendres
puis dans les Poèmes d'Ariel, où la catharsis
entrevue, et presque prêchée déjà, dans La Terre .Vaine,
est mise en œuvre. Ici le concert universel n'est plus
qu'un murmure, présent certes, mais lointain, sur lequel
se détache le solo linéaire de la méditation pénitentielle
qui offre les terres vaines de l'âme aux pluies de la Grâce
et transmue peu à peu la délectation morose en une
prière où le verbe du poète rejoint sa source et sa fin.
Ces remarques laissent deviner une poésie strictement
nécessaire, parcimonieusement sécrétée (à raison d'un
poème ou deux par an, certaines années restant muettes)
par un destin jalousement économe d'expression lyrique.
Elle est de celles dont on peut être charmé dès l'abord,
même en glissant à la surface du texte, mais dont on ne
saurait pénétrer le milieu dense sans un effort d'attention
et de sympathie. Un poème comme La Terre Vaine
exige, certes, plusieurs lectures, ne-serait-ce que parce
que sa structure générale n'est saisissable qu'à son terme
et que son propos d'ensemble donne à tout instant son
sens à chacun des thèmes qui s'entrelacent dans ses
pàrties. Au niveau de profondeur où le poète se meut,
souvent l'allusion seule est possible et l'ambiguité
devient loi. Des images sont proposées qu'un lecteur
hâtif - en France surtout où l'on ne s'étonne plus de
voir les mots en liberté errer en plein midi, une lanterne
à la à la recherche d'un contenu - ne sera que trop
enclin à regarder comme arbitraires : c'est qu'elles
15
étaient trop intimes pour être aussitôt élucidées; mais
elles reviendront dans les poèmes suivants, au long des
années, avec cette admirable constance que les sots
prennent, chez un Eliot comme chez un Braque, pour de
la monotonie - toujours plus pleines, plus signifiantes,
plus opaques peut-être parce que plus denses, mais
frangées sur les bords d'une lumière plus éclatante.
A chaque nouvelle approche, le texte anglais récom-
pense continûment, par la double musique des mots et
de leur contenu, l'effort du lecteur. Hélas, il n'en saurait
être de même du texte français puisque, pour faire naître
le poème dans une autre langue, il faudrait retourner
So11s le rommeil, là où les eaux se mêlent,
à cette nappe souterraine d'avant les mots et à sa gesta-
tion frémissante - mais alors c'est un autre poème qui
jaillirait. Tout ce que le traducteur peut dire pour
défendre le reflet qu'il a cherché à fixer, c'est qu'une
fois établie en français une trame· aussi serrée que pos-
sible de concepts, d'images, d'allusions, de mots enfin,
il y a lâché en quelque sorte le rythme du poète en
se souvenant de la mélodie à laquelle il devait tendre
- ceci sans acte volontaire, par une suite d'accueils
bien plutôt que par coups de force.
Si le fruit de ce travail d'écoute est d'un bonheur
inégal, c'est d'un égal malheur qu'il eût été sans l'exquise
bienveillance de Mr. Eliot. Qu'eussions-nous fait, privé
de ces entretiens de Londres qui nous .ont éclairé tant de
registres cachés, épargné tant de pièges ?
x6
Nous devons aussi les plus vifs remerciements à
Mr. John Hayward pour avoir non seulement revu notre
traduction avec une patiente rigueur qui mitigeait ses
censures de précieuses suggestions, mais encore inséré
à l'intention du lecteur français, parmi les notes origi-
de LA Terre Vaine, un faisceau d'explications qui
éclatrent la structure, les allusions et le cadre londonien
du poème sans violer son secret.
Notre gratitude se tourne en lui dédiant ce
travail, vers B.
PIERRE LEYRIS.
2
FIRST POEMS
1910•1920
PREMIERS POÈMES
1910-1920"
THE LOVE SONG OF ]. ALFRED
PRUFROCK
S'io credesse che mia risposta fosse
A persona che mai tomasse al mondo,
Questa fiamma storia senza piu scosse.
Ma perciocche giammai di questo fondo
Non tomo vivo alcun, s'i'odo il vero,
Senza tema d'infamia ti rispondo.
Let us go then,you and I,
When the evening is spread out against the sky
Like a patient etherised upon a table ;
Let us go, through certain halj-deserted streets,
J!he n1uttering retreats
Of restless nights in one-night cheap hotels
And sawdust restaurants with oyster-shells :
Streets that follow like a tedious argument
Of insidious intent
2.0
CHANSON ,D'AMOUR
DE J. ALFRED PRUFROCK
S'io credesse ch6 mia risposta fosse
A persona che mai tomasse al monda,
Questa fiamma storia senza piu scosse.
Ma perdocche giammai di questo fondtJ
Non torno vivo alcun, s' i' odo il vero
Senza tema d'infamia li rispondo.
Allons-nous en donc, toi et moi,
Lorsque le soir est étendu contre le ciel
Comme un patient anesthésié sur une table :
Allons par telles rues que je sais, mi-désertes
Chuchotantes retraites
Pour les nuits sans sommeil dans les hôtels de passe
Et les bistrots jonchés de sciure et de coquilles;
Ces rues qui poursuivent, dirait-on, quelque dispute
interminable
Avec l'insidieux: propos
2.1
To !ead you to an overwhe!ming question . ...
Oh, do not ask, 'What is it ?'
Let us go and make our visit.
In the room the women come and go
Ta/king of Miche/angelo.
The yel!ow fog that rubs its back upon the window-panes,
The ye!!ow smoke that rubs its muzzle on the window-
panes
Licked its longue into the corners of the evening,
Lingered upon the pools thal stand in drains,
Let jal! upon its back the soot that falls from
chimneys,
S!ipped by the terrace, made a sudden !eap,
And seeing tbat it was a soft October nigbt,
Curled once about the bouse, and fel! as!eep.
And indeed there will be time
For the ye!!ow smoke tbat s!ides along the street
Rubbing its back upon the window-panes;
Tbere will be time, tbere will be time
To prepare a face to meet the faces tbat you meet;
There wi/1 be time to murder and create,
And #me for al! the works and days of bands
.2..2.
De te mener vers une question bouleversante ..•
Oh 1 ne demande pas : « Laquelle ? »
Allons plutôt faire notrç: visite.
Dans la pièce les femmes vont et viennent
En parlant des maîtres de Sienne.
Le brouillard jaune qui frotte aux croisées son
échine,
Le brouillard jaùne qui frot!e aux croisées son
museau
A couleuvré sa dans les recoins du soir,
A traîné sur les mares qui stagnent aux égouts,
A laissé choir sur son échine la suie qui choit des
cheminées,
Glissé le long de la terrasse, bondi soudain,
Et voyant qu'il faisait un tendre soir d'octobre,
S'est enroulé autour de la màison, puis endormi.
Et pour sûr elle aura le temps,
La jaunâtre fumée qui glisse au long des rues,
De se-frotter l'échine aux vitres;
1
Tu auras le temps, tu auras le temps
A la rencontre des visages de rencontre dète
composer un visage :
Le temps de mettre à mottet de créer,
Et le temps pour tous les travaux-et-jours des mains

That lift and drop a question on your plate;
Time for you and time for me,
And time yet for a hundred indecisions,
And for a hundred visions and revisions,
Bejore the taking of a toast and tea.
In the room the women come and go
Ta/king of Miche/angelo.
And indeed there will be time
To wonder, 'Do I dare ?'and, 'Do I dare ?'
Time to turn back and descend the stair,
With a bald spot in the middle of my hair-
[Thry will sery : 'How his hair is growing thin !']
.L\{y morning coat, my col!ar mounting firmly to the chin,
My necktie rich and modest, but asscrted ry a simple
pin-
Thry will sery: 'But how his arms and legs are thin!'
Do I dare
Disturb the universe?
In a minute there is time
For decisions and revisions which a minute will reverse.
24
Qui soulèvent, puis laissent retomber une question
sur ton assiette :
Temps pour toi et temps pour moi,
Temps pour cent hésitations,
Pour cent visions et révisions,
Avant de prendre une tasse de thé.
Dans la pièce les femmes vont et viennent
En parlant des maîtres de Sienne.
Et pour sûr j'aurai bien le temps
De me demander : « Oserai-je? »et « Oserai-je? »
Le temps·de me retourner et de descendre l'escalier
Avec une couronne chauve au sommet de ma tête ...
(Et l'on dira : «Mais comme il a les cheveux
rares 1 »)
Ma jaquette, mon faux col montant avec fermeté
jusqu'au menton,
Ma cravate riche et modeste exaltée par une simple
épingle ...
( « Voyez comme ses bras et ses jambes sont
grêles 1 »)
Oserai-je
Déranger l'univers ?
Une minute donne le temps
De décisions et de repentirs qu'une autre minute
renverse.
25
For 1 have knoWtJ'them ali already, known them ali-
Have known the evenings, mornings, afternoons,
1 have measured out my /ife with coffee spoons;
1 know the voices dying with a dying jal/
Beneath the music from a farther room.
So how should 1 presume?
And 1 have known the eyes already, known them ali-
The eyes that fix you in a formulated phrase,
And when 1 am formulated, sprawling on a pin,
When 1 am pinned and wriggling on the wall,
Then how should 1 begin
To spit out ali the butt-ends of my days and wqys ?
And how should 1 presume ?
And 1 have known the arms already, known them a/1-
Arms that are braceleted and white and bare
[But in the lamplight, dOwned with light brown hair !]
1s it perfume from a dress
That makes me so digress ?
Arms thatlie along a table, or wrap about a shaw!.
z.6
Car je les ai connus déjà, oui, tous connus ...
J'ai connu les soirées, les matins, les midis,
Jaugé ma vie avec de petites cuillers;
Je sais les voix: mourant dans un mourant déclin
Sous la musique venue d'une pièce lointaine.
Comment, dès lors, me risquerai-je?
Et j'ai connu les yeux déjà, oui tous connus ...
Les yeux qui vous rivent dans une phrase en
formule,
Et une fois mis en formule, une fois étalé sur une
épingle,
Une fois épinglé, donc, et me tordant le long du
mur,
Comment dès lors commencerai-je
A cracher les mégots de mes voies et mes jours ?
Comment dès lors me risquerai-je ?
Et j'ai copnu les bras déjà, oui tous connus ...
Les bras cernés de bracelets, et blancs et nus
(Mais ~ o u s la lampe offrant un duvet châtain
· clair 1)
Est-ce pas un parfum de robe
Qui me fait ainsi divaguer ?
Les bras couchés sur une table, les bras qui
enroqlent un châle.
And should I then presume ?
And how should I begin ?
Shall I say, I have gone at dusk through narrow streets
And watched the smoke that rises from the pipes
Of lonefy men in shirt-s/eeves, /eaning out of windows? ..•
I should have been a pair of ragged claws
Scuttling across the floors of silent seas.
And the afternoon, the evening, sleeps so peacejul{y 1
S moothed l?J long ftnger s,
As/eep . .. tired . .. or it malingers,
Stretched on the jloor, here beside you and me.
Should 1, after tea and cakes and ices,
Have the strength to force the moment to its crisis ?
But though 1 have wept and fasted, wept and prayed,
Though I have seen my head [grown s/ightfy bald]
brought in upon a platter,
1 am 110 prophet- and here' s no great matter,-
1 have seen the moment of my greatness jlicker,
And I have seen the eternal Footman hold nry coat, and
snicker,
And in short, I was afraid.
28
Devrais-je dès lors me risquer?
Comment devrais-je commencer?
Dirai-je : j'ai passé à la brune par des rues étroîtes,
Et j'ai vu s'élever la fumée de la pipe
D'hommes solitaires en bras de chemise à leur
fenêtre?
Que n'ai-je été deux pinces ruineuses
Trottant au fond des mers silencieuses.
L'après-midi, le soir dort si paisiblement !
Lissé par de longs doigts,
Assoupi... épuisé ... ou jouant le malade,
Couché sur le plancher, près de toi et de moi.
Devrais-je, après le thé, les gâteaux et les glaces,
Avoir le nerf d'exacerber l'instant jusqu'à sa crise?
Mais bien que j'aie pleuré et jeûné, pleuré et prié,
Bien que j'aie vu ma tête (qui commence à se
déplumer) offerte sur un plat,
Je ne suis pas prophète ... et il n'importe guère;
J'ai vu de ma grandeur le moment vaciller,
J'ai vu l'éternel Laquais tenir mon pardessus et
ricaner,
En un mot j'ai eu peur.
And would it have been worth it, after ali,
After the mps, the marmalade, the tea,
Among the porcelain, among some talk of yon and me,
Would it have been worth while,
To have bitten off the matter with a smile,
To have squeezed the universe into a bali
To roll it toward some ove17Jlhelming question,
To say : 'I am Lazarus, come from the dead,
Come back to tell yon ali, I shall tell yon ali' -
If one, settling a pillow by ber head,
Should say : 'That is not what I meant at ali.
Thal is not it, at ali.'
And would it have been worth it, after ali,
Wou!d it have been worth white,
After the SIUJsets and the dooryards and the sprinkled
streets,
After the novels, after the teacups, after the skirts thal
Irai/ along the floor -
And this, and so much more ? -
It is impossible to say just what I mean 1
But as if a magic lantern threw the nc1'tles in patterns on
a screen:
Would it have been worth while
If one, settling a pillow or throwing off a shaw/,
And turning toward the window, should say :
Aurait-ce été .la peine, après tout,
Après les tasses, la confiture, le thé,
Parmi les porcelaines et quelques mots de toi à moi,
Aurait-ce été la peine .
De trancher bel et bien l'affaire d'un sourire,
De pétrir l'univers pour en faire une boule,
De le rouler vers une question bouleversante,
De dire : « Je suis Lazare et je reviens d'entre les
morts,
Je reviens pour te dire tout, je te dirai tout ... »
Si quelqu'une, arrangeant un coussin sous sa tête,
Disait : « Ce n'est pas ça que j'avais voulu dire;
Ce n'est pas ça, du tout. »
Aurait-ce été la peine, après tout,
Aurait-ce été la peine,
Après les cours, les rues arrosées, les couchants,
Après les romans, après les tasses de thé, après les
jupes qui traînent sur le plancher .. .
Après ceci, après tant d'autres choses ... ?
Ah 1 comment exprimer ce que je voudrais
dire 1
Mais comme si une lanterne magique projetait le
motif des nerfs sur un écran :
Aurait-ce été la peine si quelqu'une,
Arrangeant un coussin ou rejetant un châle,
Se· retournait vers la fenêtre et murmurait :
'Thal is not it at ali,
Thal is not what I mean!, at al!.'
No ! I am not Prince Han;/et, nor was mean! to be ;
Am an attendant lord, one thal will do
To swe/1 a progress, start a scene or two,
Advise the prince ; no doubt, an easy too!,
Deftrential, glad to be of use,
Politic, cautious, and meticu!ous;
Full of high sentence, but a bit obtuse ;
At times, indeed, a/most ridiculous-
A/most, at times, the Pool.
I grow old . .. I grow old . ..
1 sha/1 wear the bottoms of my trousers rolled.
Sha/1 I part my hair behind? Do I dare to eat a peach
1 sha/1 wear white jlannel trousers, and walk upon the
beach.
1 have heard the mermaids singing, each to each.
1 do not think thal they will sing tome.
«Ce n'est pas ça du tout,
Ce n'est pas ça du tout que j'avais voulu dire. »
Moi, Prince Hamlet? Non pas :
Je ne le suis et jamais n'ai dû l'être;
Mais un seigneur de la suite, quelqu'un
Qui peut servir à enfler un cortège
A déclencher une ou deux scènes, à conseiller
Le prince; assurément un instrument facile,
Déférent, enchanté de se montrer utile,
Politique, méticuleux; et circonspect;
Hautement sentencieux, mais quelque peu obtus;
Parfois, en vérité, presque grotesque ...
Parfois, presque, le Fou.
Je vieillis, je vieillis... .
Je ferai au bas de mes pantalons un retroussts.
Partagerai-je mes cheveux: sur la nuque ? Oserai-je
manger une pêche ?
Je vais mettre un pantalon blanc pour me promener
sur la plage. . . .
J'ai, chacune à chacune, ouï chanter les suèiles.
Je ne crois guère qu'elles chanteront pour moi.
33
3
I have seen them riding seaward on the waves
Combing the white hair of the waves blown baçk
When the wind blows the water white and black.
We have lingered in the chambers of the sea
By sea-girls wreathed with seaweed red and brown
Till human voices wake us, and we drown.
Paris•Munich, 191 I.
34
Je les ai vues, montées sur les vagues, au large,
Peignant les blancs cheveu:g; des vagues rebroussées
Lorsque le vent brassait l'eau blanche et bitumeuse.
Nous avons musardé au:x; chambres de la mer
Par les filles-de-mer couronnés d'algues brunes,
Mais la voi:x; des humains nous éveille et nous noie.
Paris-Munich, I9II.
PRELUDES
1
The winter evening settles down
With sme/1 of steaks in passageways.
Six o'dock. . •
The burnt-out ends of smoky days.
And now a gusty shower wraps
The grimy scraps
Of withered !caves about your ftet
And newspapers from vacant lots ;
The showers beat
On broken blinds and chimney-pots,
And at the corner of the street
A !one/y cab-horse steams and stan;ps.
And then the lighting of the lamps.
Cambridge (Mass.), r9 ro.
PRÉLUDES
I
Le soir d'hiver choit aux ruelles
Parmi des relents de grillade.
Il est six heures.
Mégots éteints de jours fumeux.
Void que l'averse en bourrasque
A nos pieds plaque
Des bribes de feuilles souillées
Et de vieux journaux arrachés
Aux terrains vagues;
Contre les jalousies brisées
Et les tuiles des cheminées
L'averse bat;
Un cheval de fiacre esseulé
Au coin de la rue piaffe et fume.
Puis les réverbères s'allument
Cambridge (Mau.), IJIO.
37
II
The morning cames to consciousness
Of faint stale smells of beer
From the sawdust-trampled street
With ali its muddy feet that press
To earfy coffee-stands.
With the other masquerades
That time resumes,
One thinks of ali the hands
That are raising dingy shades
ln a thousand furnished rooms.
Cambridge (Mass.), 1910.
III
You tossed a blanket from the bed,
You lay upon your back, and waited ,·
You dozed, and watched the night revealing
The thousand sordid images
Of which your sou/ was constituted ,·
They flickered against the ceiling.
And when ali the world came back
And the light crept up between the shutters
38
II
Le matin s'ouvre à la conscience
D'un relent de bière éventée
Qui monte, vague,
De la rue jonchée de sciure
Par les pieds boueW!; qui s'empressent
Aux zincs de l'aube.
Parmi les autres mascarades
Que l'heure assume,
On évoque toutes les mains
Qui relèvent des stores douteW!;
Dans mille garnis.
Cambridge (Mass.), 1910:
III
Tu rejetas la couverture,
Puis, sur le dos, tu attendis,
Sommeillant, guettant dans la nuit
Les dix mille images sordides
Dont ton âme était composée
Et qui tremblotaient au plafond.
Mais lorsque le monde revint
Avec la lumière aux persiennes
39
And you heard the sparrows in the gutters,
You had such a vision of the street
As the street hard!J understands;
Sitting along the bed's edge, where
You curled the papers from your hair,
Or clasped the yellow soles of ftet
In the palms of both soiled hands.
IV
His sou/ stretched tight across the skies
Thal fade behind a city block,
Or trampled by insistent flet
At four and five and six o' clock ;
And short square fingers stuffing pipes,
And evening newspapers, and eyes
Assured of certain certainties,
The conscience of a blackened-street
Impatient to assume the world.
I am moved by fancies thal are curled
Around these images, and cling:
The notion of some infinite!J gentle
Infinite!J thing.
40

Et les moineaux dans les gouttières.,
Ta vision de la rue fut telle
Que la rue ne la comprit guère ;
Comme, assise en travers du lit,
Tu déroulais tes papillottes
Ou crispais tes paumes souillées
Sur la plante de tes pieds jaunes.
IV
Son âme écartelée au ciel
Paris,
Qui s'éteint derrière un immeuble
Ou meurtrie de pas insistants
De quatre à cinq, de cinq à six;
Les doigts trapus bourrant des pipes,
Les journaux du soir, et les yeux
Pleins de certaines certitudes,
La conscience d'une rue noircie
Avide d'assumer le monde.
Je suis ému de songeries
Lovées autour de ces images
et qui s'agrippent : la notion
Comme d'un être infiniment
Tendre et souffrant infiniment.
41
Wipe your band across your mouth, and laugh ;
The worlds revolve like ançient women
Gatheringfuel in vacant lots.
Cambridge (Mass.), 1911.
Essuyez votre main à vos lèvres; riez.
Les mots tournent en rond ainsi que des
vieillardes
Qui glanent des débris sur un lotissement.
Camb,.idg6 (Mau.), ryrr.
4J
LA FIGLIA CHE PIANGE
0 quam te memorem virgo •••
Stand on the highest pavement of the stair-
Lean on a garden urn -
Weave, weave the sunlight in your hair- .
Clasp your ftowers to you with a pained surprue -
Fling them to the ground and turn
With a fugitive resentment in your ryes :
But weave, weave the sunlight in your hair.
S o I would have had him leave, \
SoI would have had her stand and grieve,
S o he would have lift
As the sottlleaves the botfy torn and bruised,
As the mind deserts the botfy it bas used.
I should ftnd
44
LA FIGLIA CHE PIANGE
0 q110m te memorem virgo ...
Tiens-toi sur la plus haute marche du perron ...
Accoude-toi à l'urne ...
tT isse tisse le soleil dans tes cheveux; ...
' . .
Serre tes fleurs contre to1 avec une surpr1se
douloureuse ...
Lance-les à terre et détourne-toi
Avec un :ressentiment fugitif dans les yeux :
Mais tisse, tisse le soleil dans tes cheveux.
Ainsi aurais-je voulu le voir partir,
Ainsi la voir, debout et s'affiigeant,
Ainsi donc serait-il parti .
Comme l'âme abandonne le corps défait, meurt:rl,
Comme l'esprit délaisse le corps qu'il a servi.
Quand trouverai-je
45
Some wtry incomparably light and deft.
Some wtry we both should understandJ
Simple and faith/css as a smi/e and shake of the hand.
She turned awtryJ but with the autumn weather
Compelled my imagination many dtrysJ
Matry dtry s and matry hours :
Rer hair over her arms and her arms full of jiowers.
And I wonder how they should have been together !
I should have /ost a gesture and a pose.
Sometimes these cogitations sti/1 amaze
The troubled midnight and the noon's repose.
Cambridge (Mass.), 19II.
Une voie subtile, légère incomparablement,
Une voie que toi et moi pourrions comprendre,
Simple et sans foi comme un sourire et une
poignée de main.
Elle se détourna, mais de concert avec l'automne
Força mon imagination pour de longs jours,
De longs jours et de longues heures;
Ses cheveux: sur ses bras et ses bras pleins de
fleurs.
Mais comment avaient-ils bien pu se réunir 1
J'eusse perdu sinon un geste et une pose.
Parfois encore ces réfle:Jcions étonnent
Et l'inquiet minuit et le midi tranquille.
Cambridge (Mass.), I9II.
47
lviORNING AT THE WINDOW
They are rattling breakfast plates in basement kitchens,
And along the trampled edges of the street
I am aware of the damp souls of housemaids
Sprouting despondentfy at area gates.
The brown waves of fog toss up to me
Twisted faces from the bottom of the street,
And tear from a passer-by with muddy skirts
An aimless smile that havers in the air
And vanishes along the leve! of the roofs.
Oxford, 1915.
MATIN A LA FEN:Ë.TRE
La vaisselle du breakfast tinte dans les sous-sols
Et le long des trottoirs piétinés de la rue
J'ai conscience que l'âme humide des servantes
Perce languissamment au:x: entrées de service.
Les vagues rousses du brouillard bernent vers moi
Du fin fond de la rue des visages distors
Tirant d'une passante à la jupe boueuse
\
,Un sourire sans but qui flotte dans les airs
Et s'évanouit le long des toits.
Oxford, IjiJ.
49
THE BOSTON EVENING TRANSCRIPT
The readers of the Boston Evening Transcript,
Sway in the wind like a field of ripe corn.
When evening quickens faintly in the street,
Wakening the appetites of /ife in some .
And to others bringing the Boston Everung
Transcript,
1 mount the steps and ring the bell, turning
Wearily, as one would turn to nod good bye to
Rochefoucauld,
If the street were time and he at the end of the street,
And 1 say, "Cousin Harriet, here is the Boston
Evening Transcript."
Oxford, 1915.
~ 0
LE BOSTONIEN DU SOIR
Les acheteurs du Bostonien du Soir
Ondulent sous la brise comme un champ de blé mûr.
Lorsque le soir s'anime tant soit peu dans la rue
Éveillant chez ceux-ci des appétits de vivre
Et portant à ceux-là le Bostonien d11 Soir
Je monte les marches et tire la cloche, me retournant
D'un geste las, comme on ferait pour dire adieu à
Rochefoucauld
Si la rue même était le temps et lui tout au bout de
la rue,-
Et j'annonce : « Cousine Harriet, void le Bos toni en du
Soir. »
Oxford, 19IJ.
AUNT HELEN
Miss Helen Slingsby was my maiden aunt,
And lived in a sma/1 house near a jashionable square
Cared for by servants to the number of jour.
Now when she died there was silence in heaven
And silence at ber end of the street.
The shutters were drawn and the undertaker wiped his
jeet- ·
He was aware that this sort of thing bad oçcurred bejore.
The dogs were hand.;omefy provided for,
But shortfy ajterwards ·the parrot died too. .
The Dresden dock continued ticking on the mantelptece,
And the footman sat upon the dining-table
Holding the second housemaid on his keees -
Who had a/ways been so carefulwhi/e ber ntistress lived.
Oxford, 1915.
TANTE HÉLÈNE
Miss Hélène Slingsby, ma tante, restée fille,
Habitait une petite maison aux abords d'un square
de bon ton
Servie par quatre domestiques.
Elle vint à mourir et le ciel fit silence
Et silence son bout de rue.
On ferma les persiennes, le croque-mort s'essuya
les pieds ...
Ce n'était pas la première fois qu'il avait vu
pareille chose.
Les chiens furent amplement pourvus,
Mais bientôt la perruche rendit l'âme à son tour.
La pendule de Dresde continua son tic tac,
Et le valet de pied s'assit sur la grand'table
Avec, sur ses genoux, la seconde femme de
cltambre-
Elle qui du temps de sa maîtresse avait été si
pointilleuse.
OxjOI'd, r'IJ.
53
Mr. APOLLINAX
0 'HpcixÀ&t<;, 7tcxpcx8o/;oÀoy(a:ç.
&ÙfLlJ)(CXVOt;; &v6poo7tOt;;.
When Mr. Apollinax visited the United States
His laughter tinkled among the teacups.
LUCIAN.
I thought of Fragilion, that shy figure among the birch-trees,
And of Priapus in the shrubbery
Gaping at the lady in the swing.
In the palace of Mrs. Ph/accus, at Proftssor Channing-
Cheetah's
He laughed like an irresponsible fœtus.
His laughter was submarine and profound
Like the old man of the sea' s
Hidden under coral islands
Where worried bodies of drowned men drift down in the
green silence,
Droppingfrom ftngers of surf.
I lookedfor the head of Mr. Apollinax rolling under a chair
54
MONSIEUR APOLLINAX
0 xcxtv6nrrot;;, 'HplixÀ<:tt;;, rijt;; 7tcxpcx8o/;oÀoylcx<; .
WfLlJ)(CXUOÇ &v6p007tOÇ.
LUCIEN.
Lorsque Monsieur Apollinax: visita les États-Unis
Son rire tinta parmi les soucoupes.
Je songeai à Fragilion, forme furtive parmi les hêtres,
A Priape épiant du fond de la charmille
La bergère à l'escarpolette.
Au palais de Madame Phlaccus, chez le docteur
Channing-Cheetah,
Il éclata de rire tel un fœtus irresponsable;
D'un rire sous-marin et profond
Comme rit le Vieil Homme des mers
Couché sous les atolls où les corps des noyés
Tombés de doigts d'écume
Dérivent, malmenés, dans le silence vert.
Monsieur Apollinax,
Sa tête allait-elle pas rouler sous une chaise
55
Or grinning over a screen
With seaweed in ils hair.
1 beard the beat of centaur' s hoojs over the hard turf
As his dry and passionate talk devoured the afternoon.
"He is a charming man'- 'But after ali what did he
mean?"-
"His pointed cars... He must be unbalanced," -
"There was something he said thal 1 might have
challenged."
Of dowager Mrs. Ph/accus, and Proftssor and
Mrs. Chee/ah
I remember a slia of lemon, and a bitten macaroon.
Oxford, 191).
Ou grimacer au haut du paravent
Les cheveux pleins d'algues marines.
J'entendais sur l'herbe battue sonner des sabots de
centaure
Tandis que, sec et passionné, son discours dévorait
les heures.
« C'est un homme charmant. »- « Mais qu'a-t-il
voulu dire ? »
« Ces oreilles pointues... Est-il dans son assiette ? »
« Il a dit quelque chose que j'aurais pu.mettre en
question. ~
Concernant Madame Phlaccus mère, le docteur et
Madame Ch.eetah,
Je n'ai mémoire que d'un zeste et d'un macaron
mordillé.
Oxford, I1If.
GERONTION
Thou hast nor youth nor age
But as it were an after dinner sleep
Dreaming on both.
Here I am, an old man in a dry month
Being read to by a boy, waitingfor rain.
I was neither at the hot gates
Nor fought in the warm rain
Nor knee deep in the salt marsh, heaving a cut!ass,
Bitten by flics, fought.
My bouse is a decayed bouse,
And the jew squats on the window si!/, the owner,
Spawned in some estaminet of Antwerp,
Blistered in Brussels, patched and pee!ed in London.
GÉRONTION
Es-lu jeune, es-tu vieux? C'est ~ o m m e si
Tu sommeillais après le dijeuner
Rêvant de ~ e s deux âges
Shakespeare, Mesure pour Mesure.
Me voici là, vieil homme que je suis, par un mois sec,
Écoutant ce garçon me faire la lecture, attendant
que vienne la pluie.
Je n'étais pas au brûlant défilé
Je n'ai pas combattu dans la pluie chaude
Ni, embourbé dans la saline jusqu'au genou,
Levant un glaive, mordu par les mouches, combattu.
Ma maison est une maison délabrée;
Dans l'encoignure de la fenêtre est accroupi
Le juif, son locataire, qui fut mis bas
Dans quelque estaminet d'Anvers, empustulé
A Bruxelles, rapiécé et desquamé à Londres.
59
The goal coughs at night in the field overhead ,-
Rocks, moss, stonecrop, iron, merds.
The woman keeps the kitchen, makes tea,
Sneezes at evening, poking the peevish gutter.
I an old n1an,
A du// head among windy spaces.
Signs are laken for wonders. 'We would see a sign !'
The word withùz a word, unable to speak a word,
Swaddled with darkness, In the iuvescence of the year
Came Christ the /iger
In depraved Mf!Y, dogwood and chestnut, flowering judas,
To be eaten, to be divided, to be drunk
Among whispers ,' by Mr. Si/vero
With caressing hands, at Limoges
Who walked ali night in the next room ,·
By Hakagawa, bowing among the Titians ,·
By M.adame de Tornquist, in the dark room
Shifting the candies,· Fraülein von Kmp
6o
Le bouc grinche la nuit le pré d'au-dessus .
Rocailles, lichen, chiendent, ferraille et excréments
La femme vaque à la cuisine, fait le thé,
Éternue à la fourgonne du tisonnier
La vidange quinteuse.
Que suis-je qu'un vieillard
Un cerveau vide parmi des espaces venteux.
On tient les signes à prodige. « Un signe,
Nous voulons voir un signe ! »
La Parole dedans la parole, ne pouvant dire une
parole,
Et dans ses langes de ténèbre. En la jouvence de
l'année
Vint Christ le tigre
En mai dépravé - cornouilles et châtaignes, faînes
de Judée-
A manger, boire et partager
En chuchotant; par Monsieur Silvero
Aux mains flatteuses, qui à Limoges
Marcha toute la nuit dans la chambre à côté;
Par Hakagawa, saluant parmi les Ti tiens;
Par Madame de Tornquist qui, dans la chambre
obscure
Remuait les bougies; par Fraülein von Kulp
Who turned in the hall) one hand on the door. Vacant
shuttles
Weave the vina. I have no ghostsJ
An old man in a draughty house
Under a windy knob.
After such knowledgeJ what forgiveness? Think now
History has ma'!Y cunning passages) contrived corridors
And issues) deceives with whispering ambitions)
Guides us by vanities. Think now
She gives when our attention is distracted
And what she givesJ gives with such supple confusions
Thal the giving famishes the craving. Cives too late
What' s not believed in) or if stiJl believedJ
In memory on/y) reconsidered passion. Cives too soon
Into weak handsJ what' s thought can be dispensed witb
Till the refusai propagates a fear. Think .
Neither fear nor courage saves us. Unnatural vices
Are fathered by our heroism. Virtues
Are forced upon us by our impudent crimes.
These tears are shaken from the wrath-bearing tree.
6z.
Qui, la main sur la porte, se retourna. Les navettes
vides
Tissent le vent. Je n'ai pas de fantômes :
Rien qu'un vieillard en ce logis à courants d'air
Sous une butte venteuse.
Après un tel savoir, quel pardon ? Dis-toi bien
Que l'Histoire a maints passages subtils, maints
corridors
Et issues dérobées, qu'elle nous égare
D'ambitions murmurantes, nous leurre de vanités ;
oui, dis-toi bien
Q u ' e U ~ donne lorsque notre attention est en défaut
Et ce qu'elle donne, le donne en un si confondant
mélange
Que le don affame l'affamé. Qu'elle donne trop tard
Ce à quoi l'on ne croyait plus, ou bien si l'on y croit
encore
Ce n'est qu'en souvenir, en passion ruminée. Qu'elle
donne trop tôt
A des mains sans vigueur, ce dont on imagine
Pouvoir se dispenser peut-être, mais l'heure vient
Où le refus engendre la frayeur. Dis-toi
Que frayeur ni courage ne sauraient nous sauver.
Nos vices monstrueux sont fruits de l'héroïsme.
Nos crimes sans pudeur nous dictent des vertus.
Ces pleurs, c'est l'arbre des colères qui les secoue.
The figer springs in the new year. Us he Think
at fast
We have not reached conclusion, when I
Stiffen in a rented house. Think at fast
I have not made this show purpose/ess!J
And il is not I?J any concitation
Of the backward devi/s.
1 would meet you upon this honest!J.
I that was near your heart was removed therefrom
To /ose beaury in terror, terror in inquisition.
1 have /ost my passion : why should I need to keep it
Since what is kept must be adulterated?
1 have /ost my sight, sme/1, hearing, faste, and touch :
How should I use them for your doser contact?
These with a thousand sma/1 deliberations
Protract the profit of their chi/led delirium,
Excite the membrane, when the sense has cooled,
With pungent sauces, multip!J variery
In a wilderness of mirrors. What will the spider do,
Suspend its operations, will the weevi/
Delay? De Bai/hache, Fresca, Mrs. Cammtl, whirled
Bryong the circuit of the shuddering Bear
Bondit le tigre au Nouvel An. Et nous dévore. Dis-
toi enfin
Qu'il n'est pas vrai que nous ayons atteint la
conclusion
Lorsque je m'ankylose dans un logis à bail. Dis-toi
enfin
Que ceci n'est pas de ma part parade vaine
Ni conjuration des démons rétrogrades.
Je voudrais là-dessus être au clair avec toi
Moi qui fus proche de ton cœur, j'en fus chassé
Perdant la beauté dans l'effroi, et l'effroi dans
l'inquisition.
J'ai perdu ma passion : pourquoi la garderais-je ?
Tout ce qui est gardé forcément s'adultère.
Vue ouïe goût odorat, toucher, j'ai tout perdu:
' , ' .
Comment donc, pour mieux t'approcher, en userais-
je?
Ces considérations et mille autres pareilles,
Prolongeant le profit de leur délire
Excitent la muqueuse, le sens ayant fro1d1,
De leurs sauces poivrées, multiplient les aspects
Dans une jungle de miroirs. Mais l'araignée,
Que fera-t-elle ? Va-t-elle suspendre son ouvrage ?
Le charançon, va-t-il temporiser ?
Madame Cammel, Fresca, De Bailhache, projetés
Par delà le circuit de l'Ourse frissonnante
5
In fractured atoms. Gull against the wind
1
in the windy
straits
Of Belle Isle
1
or running on the Horn
1
White feathers in the snow
1
the Gulf claims,
And an old man driven by the Trades
To a sleepy corner.
Tenants of the house
1
Thoughts of a dry brain in a dry season.
66
London, 1919.
En poussière d'atomes.
Mouette contre le vent
Dans les goulets venteux de Belle-Isle ou ~ o u r a n t
Droit sur le Horn, duvet blanc dans la netge,
Le Gulf réclame, et c'est
Un vieillard balayé par les vents alizés
Dans son recoin d'oubli.
Habitants du logis
Pensers d'un cerveau sec en temps de sécheresse.
Londres, Ijij.
THE HIPPOPOTAMUS
And when this epi3tle is readamong
you, cause that it be read also in the
church of the Laodiceans.
The broad-backed hippopotamus
Rests on his bel(y in the mud;
Although he seems so ftrm to us
He is mere(y jlesh and blood.
F/esh and blood is weak and frai/,
Susceptible to nervous shock;
While the True Church can never fail
For it is based upon a rock.
The hippo' s fteble steps may err
In compassing material end.r,
While the True Church need never stir
To gather in its dividends.
68
L'HIPPOPOTAME
Et quand cette épltre sera lue parmi
vous, faites en sorte qu'elle soit lue éga-
lement dans l'église des Laodkéens.
L'hippopotame au dos puissant
Vautre sa panse dans la fange;
Quelque robuste qu'il nous semble
Il n'est jamais que chair et sang.
Chair-et-sang est fragile et frêle,
Ses nerfs sont passibles d'un choc,
Mais l'Église onques ne chancelle
Car elle est bâtie sur un roc.
Son faible pas peut égarer
L'hippo' qui va cherchant provende
Mais l'Église, c'est sans bouger
Qu'elle encaisse ses dividendes.
The 'potamus can never reach
The mango on the mango-tree ,-
But fruits of pomegranate and peach
Refresh the Church from over sea.
At mating ti me the hippo' s voice
Betrqys inflexions hoarse and odd,
But every week we hear rejoice
The Church, at being one with Cod.
The hippopotamus' s dqy
Is passed in sleep ,- at night he hunts ,-
Cod works in a mysterious wqy -
The Church can sleep and fied at once.
I saw the 'potamus take wing
Ascending from the damp savannas,
And quiring angels round him saing
The praise of Cod, in loud hosannas.
Blood of the Lamb shall wash him clean
And him shall heaven(y arms enfold,
Among the saints he shall be seen
Petjorming on a hârp of gold.
Jamais mangue ne fut ravie
Par le 'popotame au manguier
Mais l'Église, elle, est rafraîchie
D'outre-mer, par le grenadier.
Lors du rut l'hippo' fait entendre
Des sons bizarres, odieux
Alors que l'Église, elle, chante
Sa joie d'être une avec son Dieu.
L'hippopo' dort quand il fait clair
Attendant, pour. chasser, la nuit;
Mais l'Église, divin mystère,
Ensemble dort et se nourrit.
J'ai vu le 'potame voler
Au-dessus des moites savanes :
D'un chœur angélique entouré,
Il montait parmi les hosannes.
Au firmament enfin sera
Par le sang de l'Agneau lavé
Emmi les saints demeurera
Pinçant une harpe dorée.
71
He sha/1 be washed as white as snow,
By ali the marryr'd virgins kist,
While the True Church remains below
Wrapt in the old miasmal mist.
London, 1918.
72
Blanc comme neige on le verra
Accolé des vierges du ciel
Mais l'Église en bas restera
Dans son brouillard pestilentiel.
Londres, I!JI8.
73
LUNE DE MIEL t
Ils ont vu les Pays-Bas, ils rentrent à Terre Haute
Mais une nuit d'été, les voici à Ravenne,
A l'aise entre deux: draps, chez deux: centaines de
· punaises,
La sueur estivale, et une forte odeur de chienne.
Ils restent sur le dos écartant les genoux:
. De quatre jambes molles toutes gonflées de
morsures.
On relève le drap pour mieux: égratigner.
Moins d'une lieue d'ici est saint Apollinaire
En Classe, basilique connue des amateurs
De chapiteaux: d'acanthe que tournoie le vent.
Ils vont prendre le train à huit heures
Prolonger leurs misères de Padoue à Milan
x. Écrit en français par l'auteur (N. d. T.).
74
Où. se trouve la Cène, et un restaurant pas cher.
Lu1 pense aux: pourboires, et rédige son bilan.
Ils auront vu la Suisse et traversé la France.
Et saint Apollinaire, raide et ascétique,
Vieille usine désaffectée de Dieu, tient encore
Dans ses pierres écroulantes la forme précise de
Byzance.
Londres, 1917.
75
DANS LE RESTAURANT
1
Le garçon délabré qui n'a rien à faire
Que de se gratter les doigts et 6e pencher sur mon
épaule:
« Dans mon pays il fera temps pluvieux,
Du vent, du grand soleil, et de la pluie;
C'est ce qu'on appelle le jour de lessive des gueux. »
(Bavard, baveux, à la croupe arrondie,
Je te prie, au moins, ne bave pas dans la soupe.)
« Les saules trempés, et des bourgeons sur les ronces
C'est là, dans une averse, qu'on s'abrite.
J'avais sept ans, elle était plus petite.
Elle était toute mouillée, je lui ai donné des
primevères. »
Les taches de son gilet montent au chiffre de
trente-huit.
1. Écrit en français par l'auteur (N. d. T.).
«Je la chatouillais, pour la faire rire.
J'éprouvais un instant de puissance et de délire. »
Mais alors, vieux lubrique, à cet âge ...
« Monsieur, le fait est dur.
Il est venu, nous peloter, un gros chien·
Moi, j'avais peur, je l'ai quittée à
C'est dommage. » .
Mais alors, tu as ton vautour 1
te décrotter les rides du visage l
T1ens, ma fourchette, décrasse-toi le crâne.
quel droit paies-tu des expériences comme moi ?
T1ens, voilà dix sous, pour la salle de bains.
Phlébas le Phénicien, pendant quinze jours noyé
Oubliait les cris des mouettes et la houle de '
Cornouaille,
Et les profits et les pertes, et la cargaison d'étain :
Un courant de sous-mer l'emporta très loin
repassant aux étapes de sa vie antérieure.
F1gurez-vous donc, c'était un sort pénible;
Cependant, ce fut jadis un bel homme de haute
taille. '
77
SWEENEY
AMONG THE NIGHTINGALES
Apeneck Sweenry spreads his knees
Letting his arms hang down to laugh,
The zebra stripes along his jaw
Swel/ing to maculate gira.ffe.
The circ/es of the stormy moon
Slide westward toward the River Plate,
Death and the Raven drift above
And Sweenry guards the hornéd gate.
Gloomy Orion and the Dog
Are veiled; and hushed the shrunken seas ,·
The person in the Spanish cape
Tries to sit on Sweenry's knees
SWEENEY
PARMI LES ROSSIGNOLS
Sweeney-outang déploie ses jambes
Et, laissant choir ses bras, s'esclaffe·
Les stries qui zèbrent ses mâchoire;
S'enflent en taches de girafe.
La lune d'orage dérive
Vers l'Occident et Santa-Fé
Aux nues la Mort, le Corbeau planent
Sweeney défend l'huis encorné. 1 '
Orion s'enténèbre, et le Chien;
Les mers contractées font silence·
La personne en cape espagnole '
Gravit les genoux sweeneyens
79
Slips and pulls the table doth
Overturns a co.f!ee-cup,
Reorganized upon the jloor
J'he yawns and draws a stocking up;
The silent man in mocha brown
S prawls at the window-si/1 and gapes ;
The waiter brings in oranges
Bananas ftgs and hothouse grapes ;
The silent vertebrale in brown
Contracts and concentrates, withdraws;
Rachel née Rabinovitch
Tears at the grapes with murderous paws
J'he and the lady in the cape
Are suspect, thought to be in league ,·
Therefore the man with heavy eyes
Declines the gambit, shows
Leaves the room and reappears
Outside the window, leaning in,
Branches of wistaria
Circumscribe a golden grin ;
So
s'accroche à la nappe,
Fa.tt culbuter la cafetière ·
Et puis se recompose ad sol
En remontant sa jarretière.
Le muet en veston moka
Se 'Vautre à la fenêtre et bée.
Le garçon passe des sorbets'
Des raisins et des ananas · ,
Le vertébré silencieux
Se ressaisit, bat en retraite
Tandis que Rachel née Nathan
Mord dans la pulpe à belles
Tr<?uvant ces deux dames suspectes,
Flatrant entre elles quelque ligue
L'homme aux yeux lourds refus: net
Le gambit, avoue sa fatigue,
Quitte la pièce et reparaît
A la fenêtre où il s'incline
Inscrivant son rictus doré'
Dans les rameaux d'une glycine;
SI
6
The host with someone indistinct
Converses at the door apart,
The nightingales are singing near
The Convent of the Sacred Heart,
And sang within the bloorfy wood
When Agamemnon cried aloud,
And let their liquid siftings jal/
To stain the stiff dishonoured shroud.
London, 1918.
82
Le patron confabule avec
Un quelconque interlocuteur
Qu'on ne voit; les rossignols chantent
Près du couvent du Sacré-Cœur,
Comme ils chantaient au bois sanglant
Lorsque râla le Roi d'Argos,
Souillant de leurs fientes liquides
Le suaire raidi d'opprobre.
1. « L'huis encorné » ( horned gate) désigne, par une équivoque
que nous avons mal sauvegardée, à la fois la lune cornue et cette
Porte de Corne par laquelle Virgile assure que les ombres véri-
diques trouvent une issue facile :
Sunt geminae Somni portae, quarum altera fertur.
Cornea, qua veris facilis datur exitus umbris.
(N. d. T.).
TI-IE WASTE LAND
Nam Sibyllam quidem Cumis ego
ipse oculis meis vidi in ampulla
pendere, et cum illi pueri dicerent :
-r( 6€Àe:L<;; ; respondebat
iila : 6éÀw.
Pour Ezra Pound
il miglior fabbro.
LA TERRE VAINE
Nam Sibyllam quidem Cumis ego
ipse oculis meis vidi in ampulla
pendere, et cum illi pueri dicerent :
-r( 6éÀe:L<;; ; respondebat
illa : 6éÀw.
Pour Ezra P0und
il miglior fabbn.
I
THE BURIAL OF THE DEAD
April is the cruel/est month, breeding
Lilacs out of the dead land, mixing
Memory and desire, stirring
Du// roofs with spring rain.
Winter kept us warm, covering
Barth in forgetjul snow, feeding
A little /ife with dried tubers.
Summer surprised us, coming over the Starnbergersee
With a shower of rain; we stopped in the colonnade,
And went on in sunlight, into the Hofgarten,
And drank coffee, and ta!ked for an hour.
Bin gar keine Rnssin, stamm'aus Litauen, echt deutsch
And when we were children, staying at the arch-duke's,
86
L'ENTERREMENT DES MORTS
Avril est le plus cruel des mois, il engendre
Des lilas jaillissant de la terre morte, il mêle
Souvenance et désir, il stimule
Par ses pluies de printemps les
L'hiver nous tint au chaud, de ne1ge oublieuse
Couvrant la terre, entretenant
De tubercules secs une petite vie.
L'été nous surprit, porté par l'averse
Sur le Starnbergersee; nous fîmes halte sous les
portiques
10
Et poussâmes, l'éclaircie venue, dans le Hofgarten,
Et puis nous prîmes du café, et nous causâmes.
Bin gar keine Russin, stamm'aus Litauen, echt
deutsch.
Et quand nous étions enfants, en visite chez l'archiduc
My cousin' s, he look me out on a sied,
And I was frightened. He said, Marie,
Marie, hold on tight. And down we went.
In the mountains, there you fee/ free.
1 read, much of the night, and go south in the winter.
What are the roots that clutch, what branches grow
Out of this stony rubbish? Son of man,
You cannot sqy, or guess,for you know on/y
A heap of broken images, where the sun beats,
And the dead tree gives no shelter, the cricket no relief,
And the dry stone no sound ofwater. On/y
There is shadow under this red rock
(Come in under the shadow of this red rock),
And I will show you something different from either
Y our shadow at morning striding behind you
Or your shadow at evening rising to meet yo11 ;
I will show you ftar in a handful ofdust.
Frisch weht der Wind
Der Heimat zu
Mein Irisch Kind,
Wo weilest du?
88
Mon "Cousin, il m'emmena sur son traîneau
Et je pris peur. Marie, dit-il,
Marie, cramponne-toi. Et nous voilà partis 1
Dans les montagnes, c'est là qu'on se sent libre.
Je lis, presque toute la nuit, et l'hiver je gagne le
Sud.
Quelles sont les racines qui grippent, quelles les
branches qui croissent
2.0 Parmi ces rocailleux débris ? 0 fils de l'homme,
Tu ne peux le dire ni le deviner, ne connaissant
Qu'un amas d'images brisées sur lesquelles tape
le soleil :
L'arbre mort n'offre aucun abri, la sauterelle aucun
répit,
La pierre sèche aucun bruit d'eau . Il n'est
D'ombre que là, dessous ce rocher rouge
(Viens t'abriter à l'ombre de ce rocher rouge)
Et je te montrerai quelque chose qui n'est
Ni ton ombre au matin marchant derrière toi,
Ni ton ombre le soir surgie à ta rencontre;
30 Je te montrerai ton effroi dans une poignée de
poussière.
Frisch weht der Wind
Der Heimat zu,
Mein frisch Kind,
Wo wei/est du ?
'You gave me hyacinths ftrst a year ago ;
'Thry ca/led me the hyacinth girl.'
- Yet when we came back, late,from the Ifyacinth
garden,
Your arms full, and your hair wet, I could not
S peak, and my ryes failed, I was neitber
Living nor · dead, and I knew nothing,
Looking into the heart of light, the silence.
Oed' und leer das Meer.
Madame Sosostris,famous clairvqyante,
Rad a bad cold, nevertheless
1s known to be the wisest woman in Europe,
With a wicked pack of cards. Here, said she,
1s your card, the drowned Phoenician Sai/or,
(The se are pearls that were bis eyes. Look!)
Here is Bel/adonna, the Lady of the Rocks,
The lady of situations.
Here is the man with three staves, and here the Whee/J
And.here is the one-eyed merchant, and this card,
Which is blank, is something he carries on his back,
Which) am forbidden to see. 1 do not ftnd
The Hanged Man. Fear death by water.
1 see crowds of people, walking round in a ring.
« Juste une année depuis tes premières hyacinthes ?
« On m'avait surnommée la fille aux hyacinthes. »
- Pourtant le soir que nous rentrâmes si tard du
Jardin des Hyacinthes,
Toi les bras pleins et les cheveux mouillés, je ne
pouvais
Rien dire, et mes yeux se voilaient, je n'étais ni
40 Mort ni vivant; et je ne savais rien,
Je regardais au cœur de la lumière, du silence
Oed'und leer das Meer.
Madame Sosostris, fameuse pythonisse,
Avait un mauvais rhume, encore qu'on la tienne
Pour la femme, la plus habile de l'Europe
Avec un méchant jeu de cartes. Voici, dit-elle,
Votre carte, le marin Phénicien noyé :
(These are pearls that were his ryes. Regarde 1)
Void Belladonna, la Dame des Récifs,
5o La dame des passes critiques.
y oid l'homme au triple bâton, void la Roue,
Void leQnarchand borgne, et cette carte
Vide, c'est quelque chose qu'il porte sur le dos
Mais qu'il m'est interdit de voir. Je ne trouve
pas
Le Pendu. Gardez-vous de la mort par noyade.
Je vois comme des foules, et qui tournent en
rond.
Thankyotl. If you see dear Mrs. Equitone,
Tell ber 1 bring the horoscope myself:
One must be so carejul these dqys.
Unrea/ Ciry,
Under the brown fog of a winter dawn,
A crowd ftowed over London Bridge, so mat!J,
1 bad not thought death bad undone so ntaf!J.
Sighs, short and infrequent, were exhaled,
And each man ftxed his eyes before bis feet.
Flowed up the hill and down King William Street,
To where Saint Mary Woolnoth kept the hours
With a dead sound on the final stroke of nine.
There 1 saw one 1 knew, and stopped him, crying :
'Stetson!
'You who were with me in the ships at lvfylae !
'That corpse you planted fast year in yotlr garden,
'Has it begun to sprout? Will it bloom this year?
'Or bas the sudden frost disturbed its bed?
'Oh keep the Dog far bence, that' s jriend to mm,
'Or with his nails he' Il dig it up again !
'You! hypocrite lecteur! - mon semblable, - mon
frère!'
Merd. Quand vous verrez chère Madame Equitone,
58 Dites-lui de ma part
Que je lui porterai l'horoscope moi-même :
Il faut être si prudent par le temps qui court.
6o Cité fantôme
Sous le fauve brouillard d'une aurore hivernale :
La foule s'écoulait sur le Pont de Londres :tant de
gens, ..
Qui eût dit que la mort eût défait tant de gens ?
Des soupirs s'exhalaient, espacés et rapides,
Et chacun fixait son regard devant ses pas.
S'écoulait, dis-je, à et dévalait King
William Street,
Vers où Sainte-Marie Woolnoth compte les heures
Avec un son éteint au coup final de neuf.
Là j'aperçus quelqu'un et le hélai : « Stetson !
70 «Toi qui fus avec moi dans la flotte à Mylae 1
« Ce cadavre que tu plantas l'année dernière dans
ton jardin,
«A-t-il déjà levé? Va-t-il pas fleurir cette année?
« Ou si la gelée blanche a dérangé sa couche ?
«Oh keep the Dogfar bence, that's friend to men,
«Or with his nai!s he'!/ digit up again!
«Hypocrite lecteur! ... mon semblable! ... mon frère! ... »
93
II
A GAME OF CHESS
The Chair she satin, /ike a burnished throne,
Glowed on the marble, where the glass
Held up by standards wrought with fruited vines
From which a golden Cupidon peeped out
( Another hid his eyes behind his wing)
Doubled the flames of sevenbranched candelabra
Reflecting light upon the table as
The glitter of ber jewe!s rose to meet it,
From satin cases poured in rich profusion ;
In vials of ivory and coloured glass
Unstoppered, lurked her strange synthetic petfumes,
Unguent, powdered, or liquid- troubled, confused
And drowned the sense in odours ; stirred by the air
That freshened from the window, the se ascended
94
II
UNE PARTIE D'ÉCHECS
The Chair she satin, like a burnished throne,
Se reflétait dans le marbre, où la glace
Au:x: supports rehaussés de vignes fructueuses
8o Qu'entr'ouvrait, curieux, un Cupidon doré
(Un autre se cachant les yeux dessous son aile)
Doublait les feux des candélabres à sept branches,
Lesquels jetaient sur la table un éclat
Vers qui montaient les rais de ses bijoux
Du satin des coffrets versés à o-rand'richesse ·
b '
Dans l'ivoire ou le verre coloré des fioles
Débouchées, ses parfums bizarres et chimiques,
Onguents, pulvérulents ou liquides, dormaient :
Troublant, brouillant, noyant les sens dans les
senteurs,
90 Ils montaient, par le vent de la fenêtre émus,
95
In fattening the prolonged candle-ftames
1
Flung their smoke into the laquearia,
Stirring the pattern on the coffered ceiling.
Huge sea-wood jed with copper
Burned green and orange, framed lry the coloured stone,
In which sad light a carvèd dolphin swam.
Above the antique mante/ was displayed
As though a window gave upon the .rylvan scene
The change of Philomel, lry the barbarous king .
S o rude (y forced; yet there the nightingale
Fi/led aff the desert with inviolable voice
And stil/ she cried, and sti/1 the 1'llorld pursues,
']ug ]ug' to dirty ears.
And other withered stumps of time
Were told upon the walls; staringforms
Leaned out, /eaning, hushing the room enclosed.
Footsteps shujjled on the stair.
Under the ftre/ight, under the brush, her hair
Spread out in jiery points
Glowed into words, then would be savage!J sti/1.
'My nerves are badto-night. Yes, bad. Stay with me.
'Speak tome. W ~ do you never speak. J'peak.
Alourdissant la flamme allongée des cierges,
Projetant leurs fumées sur les laquearia,.
Animant les motifs des caissons de la voûte.
D'énormes bûches de bois d'épave clouté de
cuivre
Brûlaient vert et orange, encadrées par la pierre
De couleur, et nageait dans la lueur chagrine
Un dauphin ciselé. La cheminée antique
- On eût dit d'une baie sur la scène sylvestre
Proposait la métamorphose de Philomèle
1 oo Pàr le royal barbare brutalement forcée;
Là cependant le rossignol
Emplissait le désert d'une voix inviolable
Pleurant toujours, mais toujours va le monde
« Tio, tio » aux oreilles cireuses.
Et maints tronçons de temps flétri étaient dépeints
Sur la muraille, où des figures au regard fixe
S'inclinaient, imposant du geste le silence
A la salle. Des pas bruissaient sur les degrés.
A la lueur du feu, sous la brosse, ses cheveux
Se hérissaient en dards étincelants, en mots
110 Ardents, pour retomber dans un calme sauvage.
« J'ai les nerfs à vif ce soir. A vif, te dis-je. Reste
avec moi.
« Mais pade-moi 1 Jamais tu ne me parles. Parle.
97
'What are you thinking of? What thinking ? What?
'] never know what you are thinking. Think.'
I think we are in rats' ailey
Where the dead men /ost their bones.
'What is that noise?'
The wind under the door ..
'What is that noise now? What is the wind doing ?'
Nothing again nothing.
'Do
'You know nothing? Do you see nothing? Do you
remember
'Nothing?'
I remember
Those are pearls that were his eyes.
'Are you a/ive, or not? Is there nothing in your head?'
0 0 0 0 that Shakespeaherian Rag-
It' s so elegant
So intelligent
But
« A quoi donc penses-tu ? Que penses-tu ? Dis-
moi 1
« Ah ! je ne sais jamais ce que tu penses. Pense. »
Je pense que nous sommes dans la venelle aux rats
Où les morts ont perdu leurs os.
« Quel est ce bruit ? »
C'est le vent sous la porte.
« Qu'est-ce encore que ce bruit? Qu'est-ce que
fait le vent ? »
Ce n'est rien. Toujours rien.
rzo « Eh 1 quoi
« Ne sais-tu rien? Ne vois-tu rien? Ne te souviens-
tu donc?
« De rien ? »
Je me souviens
Those are pearls that were his eyes. .
« Es-tu vivant, oui ou non? N'as-tu donc r1en
dans la tête ? »
0 0 0 0 cet air Shakespea-hearien :
Il est si élégant
r 30 Et si intelligent
99
Que
'What shall I dtJ now? What shall I do?'
tJ shal! rush out as I am, and walk the street
"With my hair down, so. What shal! we do to-morrow?
'What sha!l we ever do?'
. The hot water at ten.
And if it rains, a c!osed car at four.
And we shall play agame of chess,
Pressing !id!ess eyes and waitingfor a knock upon t h ~
door.
When Li!' s hus band got demobbed, I said-
I didn't mince my words, I said to ber myselj,
HURRY UP PLEASE ITS TIME
Now Albert' s coming back, make yourselj a bit smart.
He' Il want ta know what y ou done with that mo ney he
gave you
Ta get yourselj some teeth. He did, I was there.
You have them al! out, Li!, and get a nice set,
He said, I swear, I can' t bear ta look at you.
And no more can't I, I said, and think of poor Albert,
He' s been in the army four years, he watJts a good time,
AtJd if you don'! give it him, there' s others will, I said.
Oh is there, she said. Something o' that, I said.
lOO
« Que faire à présent ? Mais que faire ? »
« Je vais courir dehors, comme je suis, dans la
rue
« Les cheveux: tout défaits .. Que ferons-nous
demain?
« Que ferons-nous jamais ? »
L'eau chaude pour dix: heures
Et s'il pleut, à quatre heures la voiture fermée.
Puis nous ferons une partie d'échecs
En pressant nos yeux: sans paupières, en guettant
un coup · à la porte.
Quand le mari de Lil a été de la classe,
140 J'i ai pas mâché mes mots, j'i ai dit moi-même
MESSIEURS ON VA FERMER
Maint'nant qu'Albert revient, il faut un peu
t'soigner .
Et montrer c' que t'as fait du pèze qu'i t'a donné
Pour t'acheter des dents. Même que j'étais là :
« Fais-toi les tirer, Lil, achète un chic dentier
Qu'il a dit, sacré nom j'peux: pas te reluquer. »
Ni moi non plus, de vrai. Pense à ce pauv' Albert
Donne-z-i du bon temps, ça fait quatre ans qu'i
sert.
Si c'est pas avec toi, ça s'ra avec une aut'.
150 - Oh 1 c'est comme ça, qu'élle dit. - Ça m'en
a l'air, que j' dis.
lOI
Then l'li know who to thank, she said, and give me a
straight look.
HuRRY UP PLEASE ITS TIME
If you don't like it you can get on with it, I said.
Others can pick and choose if you can't.
But if Albert makes off, it won't be for lack of te/ling.
You ought to be asbamed, I said, to look so antique.
(And ber on!J tbirty-one.)
I can't belp it, she said, pu/ling a long face,
!t' s them pills I look, to bring it off, she said.
(She's bad jive already, and near!J died of young
George.)
The chemist said it would be ali right, but I've never
been the same.
You are a proper foot, I said.
Weil, if Albert won'! leave you a/one, there it is, I said,
What you gel married for if you don't want cbildren?
HURRY UP PLEASE ITS TIME
Weil, that Sunday Albert was home, they had a hot
gammon,
And they asked me in to dinner, to get the beauty of it
hot-
102
J'saurai qui t'mercier, qu'elle a fait en m'regardant
dans l' blanc des yeux
MEssiEURS, oN vA FERMER
Oui, et si ça t'plaît pas, c'est du pareil au même.
Quand on a un mari, faut savoir le garder
Mais si Albert se barre, t'auras été prév'nue.
T'as pas honte, que j'i fais, t'as l'air d'avoir cent
ans
(Et notez bien qu'elle en a pas trent'deux)
C'est pas d'ma faute qu'elle dit en f'sant la gueule
C'est ces cachets qu'j'ai pris afin de l'décrocher
r6o (Ça lui fait son cintième et pour Jules c'est tout
juste
Si elle a pas crevé.)
L'pharmacien avait dit que c'serait rien, qu'elle
me fait,
Mais-à dater d'ce jour j'ai pus été la même.
Non mais alors qu'est-ce que tu tiens comme
couche 1
Avec ça, si Albert en veut, t'as rien à dire :
Pourquoi qu'tu t'es mariée si t'avais peur des
mômes?
MESSIEURS ON VA FERMER
Ce dimanche qu'Albert est rev'nu, ils avaient une
jambe de cochon
Même qu'i m'ont dit de v'nir manger pasqu'i a rien
d'tel qu'un jambon chaud ...
103
HURRY UP PLEASE ITS TIME
HURRY UP PLEASE ITS TIME
Goonight Bill. Goonight Lou. Goonight Mqy. Goonight.
Ta ta. Goonight. Goonight.
Good night, ladies, good night, sweet ladies, good night,
good night.
104
MESSIEURS ON VA FERMER
MESSIEURS ON VA FERMER
'Soir, Bill, 'Soir, Lou. 'Soir, May. 'Soir, Bob.
A la prochaine. Bonsoir.
Good night, ladies, good night, sweet ladies, good night,
good night.
III
THE PIRE SERMON
The river's tent is broken: the fast ftngers of leaf
Clutch and sink into the wet bank. The wind
Crosses the brown land, unheard. The f!Ymphs are
departed.
Sweet Thames, run sojt!J, till I end my song.
The river bears no empry botties, sandwich papers,
Silk handkerchiefs, cardboard boxes, cigarette ends
Or other testimof!Y of summer nights. The f!Ymphs are
departed.
And their friends, the loitering heirs of ciry directors -
Departed, have left no addresses.
By the waters of Leman I sat down and wept . .•
106
ISo
III
LE SERMON DU FEU
Le dais du fleuve est rompu : les derniers doigts
de feuille
Grippent la berge humide et s'enlisent. Le vent
Rase, inouï, la terre brune. Les nymphes s'en sont
allées.
Sweet Thames, run sojt!J, till I end my song.
Au fil du fleuve point de bouteilles vides, ni de
papiers à sandwich
Point de mouchoirs de soie, ni de cartons, ni de
mégots
Ni d'autres témoignages des nuits d'été. Les nymphes
S'en sont allées, et leurs amis,
Les héritiers oisifs des riches potentats,
En allés aussi, sans adresse.
Sur les bords du Léman je m'assis et pleurai ...
Sweet Thames, run soft!y till I end "!Y song,
Sweet Thamcs, run soft!J,for I speak not loud or long.
But at my back in a cold blast I hcar
The rattlc of the bones, and chuck/e sprcad from car to
car.
A rat crcpt soft!J through the vegetation
Dragging its slimy bcl!y on the bank
Whilc I was ftshing in the du// canal
On a wintcr evening round behind the gashouse
Musing upon the kii1g my brother' s wreck
And on the king my father' s death bcfore him.
White bodies naked on the low damp ground
And boncs cast in a little low dry ga"et,
Rattled by the rat' s foot on!J, year to year.
But at my back from time to ti mc I hear
The sound of horns and motors, which sha/1 bring
Sweeney to Mrs. Porter in the spring.
0 the moon shonc bright on Mrs. Porter
And on ber daughtcr
They wash their feet in soda water
Et 0 ces voix d'enfants, chantant dans la coupole!
Twit twit twit
Jug jug jug jug jug jug
So rude/y forc'd.
Tereu
108
Sweet Thames, run soft!J till I end my song,
Run soft!J, mon chant ne sera fort ni long.
Mais j'entends derrière moi dans la bise glacée
Grelotter des cliquettes et des rires décharnés.
Un rat, traînant sa panse limoneuse
Rampa, furtif, parmi les herbes,
Tandis que je pêchais dans le morne canal
190 Un soir d'hiver, derrière le gazomètre
En méditant sur le naufrage du roi mon père
Et, plus avant, sur le trépas du roi mon frère.
Corps blancs, corps nus sur la terre basse et
moite
Et ces os au rebut dans la mansarde basse
Le rat seulles fait cliqueter au long des ans.
Pourtant, derrière moi, j'entends de temps à autre
Le bruit de trompes et de voitures, qui mènera
Sweeney vers Madame Porter au printemps
0 the moon shone bright on Mrs. Porter
200 And on ber daughter
They wash their feet in soda water
Et 0 ces voix d'enfants, chantant dans la coupole!
Twit twit twit
Tio tio tio tio tio tio
Brutalement forcée.
Térée
Unreal City
Under the brown fog of a winter noon
Mr. Eugenides, the Smyrna merchant
Unshaven, with a pocket full of currants
C.if. London : documents at sight,
Asked me in demolie French
To luncheon at the Cannon Street Hotel
Followed by a weekend at the Metropole.
At the violet hour, when the cyes and back
Turn upward from the desk, when the hutnan engine
waits
Like a taxi throbbing waiting,
1 Tiresias, though blind, throbbing between two lives,
Old man with wrinkled female breasts, can see
At the violet hour, the evening hour that strives
Homeward, and brings the sai/or home from sea,
The typist home at teatin;e, clears her breakfast,
lights
Her stave, and lays out food in tins.
Out of the window perilous!J spread
Her drying combinations touched by the sun' s fast rays,
On the divan are pi led (at night her bed)
Stockings, slippers, camisoles, and stays.
1 Tiresias, old man with wrinkled dugs
Perceived the scene, and foretold the rest-
1 too awaited the expected guest.
llO
Cité fantôme
Sous le fauve brouillard d'un hivernal midi
Monsieur Eugénidès, négociant smyrniote
210 Mal :rasé, les deux poches pleines de raisins secs
C.A.P. London: documents à vue,
Me convia en français démotique
A déjeuner au Cannon Street Hotel
Et puis ... à passer le week-end au Métropole.
A l'heure violette, quand les yeUA et l'échine
Se relèvent du bureau, quand le moteur humain
attend
Comme un taxi attend, battant,
Moi Tirésias, vieillard aux mamelles ridées,
Battant entre deux vies, bien qu'aveugle, je vois
220 A l'heure violette, à l'heure tardive qui s'efforce
Au logis, ramenant le matelot du large
Et ramenant la dactylo à l'heure du thé
22 3 Pour ranger son breakfast, pour allumer son poêle
Et préparer son repas de conserves.
Suspendues dans le vide ses combinaisons sèchent
Pa:r les derniers rayons du soleil caressés,
Su:r le divan (la nuit, son lit) s'empilent
Chemise, bas, soutien-gorge et corset.
Moi Tirésias, vieillard aux mamelles ridées,
J'ai contemplé la scène et j'ai prédit le reste,
230 Attendant, moi aussi, le visiteur prévu.
III
He, the young man carbuncular, arrives,
A small bouse agent' s clerk, witb one bold stare,
One of the low on whom assurance sits
As a silk bat on a Bradford millionnaire.
The time is now propitious, as be guesses,
The meal is ended, sbe is bored and tired,
to engage ber in caresses
Wbicb stiJl are unreproveti, if untiesireti.
Flusbeti ana' tiecitieti, be assaults at once;
banals encounter no tiefence ;
. His vaniry requires no response,
Ana' malees a welcome of intiifference.
(Ana' I Tiresias bave foresuffereti ali
on this same tiivan or bed ,·
I who bave sat by Tbebes below the wall
And walketi among the lowe si of the tieati.)
Bestows one final patronising kiss,
And gropes bis wtty, ftntiing the stairs unlit...
Sbe turns ana' looks a moment in the glass,
Harti!J aware of ber tieparteti lover ,·
Her brain a/lows one balj-formeti tbougbt to pass :
'Wel/ now tbat's tione: ana' I'm glati it's over.'
Wben love!J woman sloops lo foi!J ana'
Paces about ber room again, a/one,
Sbe smootbes ber bair witb automatic band,
Ana' puts a recorti on the gramophone.
IU
Il arrive, jeune gandin carbonculaire,
Petit gratte-papier d'agence inunobilière
Et son aplomb lui sied comme un chapeau de soie
Au chef de quelque Bradfordien milliardaire.
Quelque chose lui dit que l'instant est propice :
Le repas est fini, elle lasse, ennuyée;
Il entreprend de l'attiser par des caresses
Qui, sans être quêtées, ne sont point repoussées.
Enflammé, résolu, il monte sur la brèche;
240 Rien n'arrête en chemin ses mains aventureuses;
Il ne demande pas qu'on le paie de retour
Sa fatuité faisant de froideur bon accueil ·
(Quant à moi, Tirésias, j'ai comme pré-souffert
Tout ce qui s'accomplit sur ce divan ou lit,
Moi qui me suis assis au pied des murs de Thèbes,
Moi qui suis descendu au tréfond des enfers.)
Pour finir, il dispense un baiser protecteur
Et descend à tâtons l'escalier ténébrewc ...
Elle, se regardant un moment dans la glace,
250 A peine se souvient de l'amant disparu;
Son cerveau lui accorde une demi-pensée :
«Le bisness est fini, je n'en suis pas fâchée. »
When love!J woman sloops to fol!J pour
Enfin se trouver seule, elle arpente la chambre,
En lissant ses chevewc d'un geste d'automate,
Puis met en mouvement son gramophone.
8
'This music C1'ept by me upon the waters'
And along the Strand, up Queen Victoria Street.
0 City City, 1 tan sometimes hear
Beside a publit bar in Lower Thames Street,
The pleasant whining of a mandoline
And a daller and a thatter from within
Where jishmen lounge at noon : where the walls
Of Magnus Martyr hold
Inexplkable splendour of Ionian white and gold.
The river sweats
Oil and tar
The barges drift
With the turning tide
Red sails
Wide
To leeward, swing on the heavy spar.
The barges wash
Drifting logs
Down Greenwith reath
Past the Isle of o g s ~
Weialala leia
Wallala leialala
Elizabeth and Leitester
Beating oars
II4
« This music trept by me upon the waters »
En remontant le Strand et Queen Victoria Street.
Cité, ô ma Cité, je surprends quelquefois
z6o Aux approches d'un bar de Lower Thames Street
Le plaisant trémolo d'un air de mandoline
Ainsi qu'un cliquetis de verres et de voix:
Là où s'attardent à midi les poissonniers, là où les
murs
De Magnus Martyr irradient
L'inexplicable éclat de leurs ors d'Ionie.
Le fleuve sue
Le mazout et la poix:
Les gabares dérivent
Avec le flot changeant
Leurs voiles rouges
Déployées sous le vent
Tournent de-ci de-là sur leur espar pesant
Les gabares repoussent
Des rondins
V ers le Bras de Greenwich, par delà l'Ile aux
Chiens.
Weialala leia
Wallala leialala
Elizabeth, Leicester
Au battement des rames
The stern was fortJJed
A gilded she/1
Red andgold
Rippled both shores
S outhwest wind
Carried down streatJJ
The peal of belis
White towers
Weialala leia
Wallala leialala
'TratJJs and dusry trees.
Highbury bore tJJe. RichtJJond and Kew
U!;did tJJe. By Richmond 1 raised my knm
Supine on the jloor of a narrow canoe.'
'My jeet are at Moorgate, and my heart
Under my feet. After the event
He wept. He promised "a new start".
1 made no comment. What should 1 resent ?'
'On Margate Sands.
1 can connec!·
Nothing with nothing.
The broken ftngernails of dirry hands.
ll6
280 La proue de leur nacelle
Une conque vermeille
Et or
La houle vive
Effleurait les deux rives
Et le vent d'ouest
Portait au fil de l'eau
Le chant des cloches
Tours blanches
Wcialala leia
\Xfallala leiala
« Des trams, des arbres poussiéreux.
Highbury m'a nourrie; Richmond et Kew
Perdue. Avant Richmond j'ai levé les genoux
Au fond du canoë où j'étais étendue. »
« J'ai les pieds à Moorgate et le cœur
Piétiné. Après l'affaire donc
Il a pleuré, promis « un »: .
Je n'ai rien répondu. De qu01 lut en voudraiS-Je ? »
« Sur la plage, à Margate.
Je ne puis rien
Relier à rien.
Des ongles écornés, des mains douteuses.
II]
1\fy people humble people who expect
Nothing.'
la la
To Carthage then I came
Burning burni'ng burning burning
0 Lord Thou pluckest me out
0 Lord Thou pluckest
Burning
118
Ma famille, d'humbles gens et qui n'attendent
Rien. »
la la
A Carthage alors je m'en fus
Brûlant brûlant brûlant brûlant
0 Seigneur Tu m'arraches
3 1 o 0 Seigneur Tu arraches
Brûlant.
IV
DEA TH BY W ATER
Phlebas the Phoenician, a fortnight dead,
Forgot the cry of gulls, mtd the deep sea swe/1
Amd the profit and Joss.
A current under sea
Picked his bones in whispers. As he rose and fel/
He passed the stages of his age and youth
Entering the whirlpool.
Gentile or Jew
0 you who turn the wheel and look to windward,
Consider Phlebas, who was once handsome a11d tai/ as
you.
IZO
IV
MORT PAR EAU
Phlébas le Phénicien, mort depuis quinze jours
Oublia le ressac, et le cri des mouettes,
Et les profits et pertes. .
Un courant sous-mann
Lui picora les os à petit bruit. Tout en ballant,
Il remonta au long des jours vers sa jeunesse
Et piqua dans le tourbillon.
Juif ou Gentil,
0 toi qui tiens la barre et regardes au vent,
Considère Phlébas, naguère ton pareil
En grandeur et beauté 1
IZI
v
WHAT THE THUNDER SAID
After the torchlight red on sweaty faces
Ajter the frosty silence in the gardens
After the agony in stony places
The shouting and the crying
Prison and palace and reverberation
Of thunder of spring over distant mountains
He who was living is now dead
We who were living are now dying
With a little patience
Here is no water but onfy rock
Rock and no water and the sandy road
The road winding above among the mountain.r
Which are mountains of rock without water
If there were water we .rhould .rtop and drink
12.2.
v
CE QU'A DIT LE TONNERRE
Après le feu des torches sur les faces en sueur
Après le gel du aux;
Après l'agonie aux: heux: rocatlleux:
Après les cris et les clameurs
Après la geôle et le palais après l'écho
Du tonnerre printanier au loin dans les montagnes
Lui qui vivait Le voici mort .
Nous qui vivions voici que nous allons mourtt
330 Avec un peu de patience
Ici point d'eau rien que le roc
Point d'eau le roc et la route poudreuse
La route qui serpente à travers la montagne
La montagne de roc sans eau . .
S'il y avait de l'eau nous ferions halte et nous bomons
12.3
Amongst the rock one cannot stop or think
Sweat is dry and fee/ are in the sand
If there were on(y water amongst the rock
Dead mountain mouth of carious teeth that cannot spit
Here one can neither stand nor lie nor sit
There is not even silence in the mormtains
But dry sterile thunder without rain _
There is not even solitude in the mountains
But red suJ/en faces sneer and snarl
From doors of mudcracked bouses
And no rock
If there were rock
And also water
And water
A spring
If there were water
A pool among the rock
If there were the sound of water on(y
Not the cicada
And dry grass singing
But sound of water over a rock
Whm the hermit-thrush sings in the pine trees
Drip drop drip drop drop drop drop
But there is 110 water
Comment parmi les rocs faire halte et penser
La sueur est séchée les pieds sont ensablés
Si seulement il y avait de l'eau parmi ces rocs
Montagne morte, bouche cariée et qui ne peut cracher
340 Comment rester debout comment s'asseoir ou se
coucher
Il n'y a pas même de silence dans les montagnes
Rien que le tonnerre sec et stérile sans pluie
Il n'y a pas même dy solitude dans les montagnes
Mais des faces enflammées des faces hargneuses qui
ricanent
Au seuil des maisons de boue craquelée
l'eau
Et point de roc
Ou bien le roc
Et puis de l'eau
Encore de l'eau
Une source
Une mare dans le roc
S'il y avait de
S'il n'y avait que le seul bruit de l'eau
Pas la cigale
Ni l'herbe sèche qui chante
Mais le seul bruit de l'eau sur le rocher
Là où la grive-ermite chante parmi les pins
Drip drop drip drop drop drop drop
Mais il n'y a pas d'eau.
IZ5
Who is the third who walks a/ways beside you ?
When I count, there are on!J you and I together
But when I look ahead up the white road
There is a/ways another one walking beside you
Gliding wrapt in a brown mantle, hooded
I do not know whether a man or a woman
- But who is that on the other side of you ?
What is thal sound high in the air
Murmur of maternai lamentation
Who are those hooded hordes swarming
Over end/css plains, stumbling in cracked earth
Ringed by the flat hqrizon on!J
What is the city over the mountains
Cracks and reforms and bursts in the violet air
Fa/ling towers
]erusalem Athens Alexandria
Vienna London
Unreal
A woman drew ber long black hair out tight
And jiddled whisper 171usic on those strings
And bats with baby faces in the violet light
Whist/cd, and beat their wings
And crawled head downward down a blackened wall
12.6
3 6o - Quel est donc ce troisième qui marche à ton
côté?
Lorsque je compte il n'y a que nous deux:
Mais lorsque je regarde au loin la route blanche
Il y a toujours un autre qui glisse à ton côté
Enveloppé d'un manteau brun, le chef voilé
Je ne sais pas si c'est un homme ou une femme
- Qui est-ce donc qui marche à ton côté ?
Quel est ce bruit très haut dans l'air
Ce gémissement maternel
Quelles ces hordes voilées et qui pullulent
3 70 Sur les plaines sans borne et qui trébuchent
Sur la terre craquelée que cerne l'horizon
Quelle est cette cité par delà les montagnes
Qui se démembre et se reforme et s'effiloche dans
l'air violet
Quelles ces tours croulantes
Jérusalem Athènes Alexandrie
Vienne Londres
Fantômes
Une femme étirant ses longs cheveux: de jais
Sur leurs cordes tendues jouait une complainte
3 8o Et des chauves-souris à face de poupon
Chuintaient en batifolant dans l'air violet
Ou sur un mur noirci rampaient la tête en bas
And upside down in air were tower s
Tol/ing reminiscent belis, thal kept the hours
And voices singing out of empty cisterns and exhausted
wells.
In this decayed hole among the mountains
In the faint moonlight, the grass is singing
Over the tumbled graves, about the chape/
There is the empty chape/, on!J the wind's ho:ne.
It has no windows, and the door swings,
Dry bones can harm no one.
On!J a cock stood on the rooftree
C7o co rico co co rico
In a flash of lightning. Then a damp gus/
Bringing rain.
Ganga was sutJken, and the limp leaves
Waited for rain, while the black douds
Gathered far distant, over Himavant.
The jungle crouched, humped in silence.
Then spoke the thunder
DA
Datta : what have we given?
.N.[y friend, blood shaking my heart
The awful daring of a moment's surrender
Which an age of prudence can never retract
12.8
Et des tours renversées égrenaient dans le ciel
Des carillons réminiscents qui sonnaient l;heure
Et des voix résonnantes
Montaient des puits taris et des citernes vides
En ce creux de ruine au milieu des montagnes
A la faible clarté de la lune, l'herbe chante
Sur les tombes culbutées, autour de la chapelle
390 La chapelle vacante où n'habite que le vent.
De fenêtres point, la porte ballotte
Quel mal pourraient faire des os desséchés
Seul un coq claironne au faite du toit
Co co rico co co rico
Dans un éclair: Puis une bourrasque humide
Porteuse de pluie.
Ganga avait décru et les feuilles languides
Aspiraient à la pluie, les nuées noires
S'amassaient au lointain par-dessus l'Himavant
400 La jungle était tapie, bossue, dans le silence
Alors le tonnerre dit
DA
Datta : Qu'avons-nous donné ?
Mon ami, le sang affolant le cœur
L'épouvantable audace d'un instant d'abandon
Qu'un siècle de prudence ne saurait racheter
9
By this, and this on(y, we have existed
Which is not to be found in our obituaries
Or in memories draped by the benejicent spider
Or under seals broken by the lean solicitor
In our empry rooms
DA
Dayadhwam : I have heard the key
Turn in the door once and turn once on(y
We think of the key, each in his prison
Thinking of the key, each c-onjirms a prison
On(y at nightfa/1, aethereal rumours
Revive for a moment a broken Coriolanus
DA
Damyata : The boat responded
Gai(y, to the hand expert with sail and oar
The sea was calm, your he art would have responded
Gai(y, when invited, beating obedient
To controlling hands
I sat upon the shore
Fishing, with the arid plain behind me
Sha/1 I at /east set my lands in order?
London Bridge is fa/ling down fa/ling down fa/ling dow
Poi s'ascose nel foco che gli affina
Quando · fiam uti chelidon - 0 swallow .rwallow
J>ar cela nous avons été, par cela seul
Qui n'est point consigné dans nos nécrologies
Ni dans les souvenirs que drape la bonne aragne
ofi o Ni sous les sceaux que brise le notaire efflanqué
Dans nos chambres vacantes
DA
Dayadhwam :j'ai entendu la clef
Tourner une fois, une seule fois, dans la serrure
Nous pensons à la clef, chacun dans sa prison
Pense à la clef, par là confirmant sa prison
Pourtant quand vient le soir, des rumeurs
éthérales
Raniment pour un temps un Coriolan défait
DA
o420 Damyata : le navire
A gaîment répondu à la main du nocher
La mer était tranquille et ton cœur eût gaîment
Répondu à l'invite, eût obéi, battant,
Aux mains régulatrices.
Je pêchais sur la rive
Derrière moi se déroulait la plaine aride
Mettrai-je au moins de l'ordre dans mes terres?
London Bridge is fa/ling down, fa/ling down, fa/ling
down
Poi s'ascose ne/ foco che gli ajjina
o430 Quando jiam uti chelidon ... Aronde aronde
Le Prince d'Aquitaine à la tour abolie
These fragments I have shored against my ruins
W0' then Ile fit you. Hieronymo' s mad againe.
Datta. Dayadhwam. Damyata.
S hantih shantih shantih
Le Prince d'Aquitaine à la tour abolie
Je veux de ces fragments étayer mes ruines
W0' then Ile fit you. Hieronymo' s t11ad againe.
Datta. Dayadhwam. Damyata.
Shantih shantih shantih
NOTES POUR
LA TERRE V AINE
1
« Le problème de l'histoire et du mécanisme du temps
est l'un des grands thèmes de La Terre Vaine; il sy
mêle au désir du salut cosmique et personnel. Jamais
poème n'a montré un sens plus profond de la pression du
passé sur le présent et de son existence dans le présent. »
(H.-L. Gardner.)
1. Ces notes ont une double origine : les unes ont été établies
dès le principe et pour l'édition anglaise, par T. S. Eliot; les
autres pour la présente édition, par John Hayward. Bien qu'elles
soient confondues afin de suivre l'ordre des vers, on les distin-
guera à ·ceci que les notes de John Hayward sont en italique.
Technique :
« Je crois q11e les éléments par lesquels la musique
concerne le plus étroitement le poète sont le sens du rythme
et le sens de la structure ... L'usage de thèmes récurrents est
aussi naturel à la poésie qu'à la musique. Il y a des
possibilités prosodiques qtti présentent quelque analogie
avec le développement d'un thème par divers groupes
d'instrutnents; il y a des possibilités de transitions dans
un poème comparables aux différents mouvements d'une
.rymphonie ou d'un quatuor; il y a des possibilités d'arran-
gement contrapunctique. »
(T.-S. Eliot : « The Music of Poetry », I9<{2.}
Non seulement le titre, mais le plan et, pour une
bonne part, le de. ce poème
ont été suggérés par le hvre de Mtss Jesste Wes-
ton sur la légende du Graal : « From Rttual to
Romance» (Cambridge). Je lui dois tant, en vérité,
que le livre de Miss Weston élucidera les difficultés
du poème beaucoup mieux que mes notes ne sau-
raient le faire; et je le recommande (indépendamment
' du grand intérêt qu'il présente par lui-même) à
136
quiconque penserait que ladite élucidation en vaut
la pei_ne. Je suis également redevable, d'une manière
générale, à un autre ouvrage d'anthropologie qui a
profondément influencé notre génération: j'entends
« Le Rameau d'Or » j'ai mis particulièrement à
contribution les deux volumes « Adonis, Attis,
Osiris ». Tous ceux auxquels ces ouvrages sont
familiers reconnaîtront immédiatement dans le
poème certaines références aux rites de végé-
tation .
I. L'ENTERREMENT DES MORTS
Vers I. Avril, le moir de la renaissance. Cf «Le
Vq;•age des Mages » :
« ... Cette Naissance là
Fut pour nous agonie amère et douloureuse,
Fut comme la Mort, fut notre mort. >>
(Cf. IXTI061Xvdv 6é:l.w -le souhait de la Sibylle.)
8-Io. La scène est Munich et ses environs.
2o. Cf. « Ezéchiel » II, i.
23. Cf. « Ecclésiaste » XII, v.
137
z6. Cf « Parzival » :
"And this stone ali men cali the Graal ...
As children, the Graal doth cali them,
Neath its shadow they wax and grow."
(Cette pierre, tout homme l'appelle le Graal...
Enfants, le Graal/es appelle,
A son ombre ils poussent et croissent.)
p. V. «Tristan und Isolde», I, strophes 5-8.
41. Cf « Burnt Norton », I, IV.
42. Les paroles du guetteur annonçant à Tristan
que le navire d'Isolde n'est nulle part en vue. L'absence
d'amour sur la Terre Vaine.
46. La composition exacte du paquet de cartes
du Tarot ne m'est pas familière, et je m'en suis
librement écarté à ma convenance. Le Pendu,
figure du jeu traditionnel, sert mon propos à deux
égards : parce qu'il est associé dans mon esprit
au Dieu Pendu de Frazer, et parce que je l'associe
au personnage encapuchonné du passage des
disciples d'Emmaüs, dans la Cinquième Partie.
Le Marin Phénicien et le Marchand apparaissent
plus tard; ainsi que les « foules », et la Mort par
l'Eau qui s'opère dans la Quatrième Partie. Quant
à l'Homme aux TroisBâtons(unmembreauthentique
du jeu de Tarot) je l'associe, tout à fait arbitraire-
ment, au Roi Pêcheur lui-même.
47: Le Marin Phénicien. Type du dieu de la fertilité
que l'on jette annuellement dans la mer pour symboliser
la mort de l'été. On utilisait le jeu de Tarot pour prédire
la montée des eaux.
48. « Cesperlesfurentsesyeux. »(«La Tempête»).
52. Borgne. C'est-à-dire vu de profil sur la carte à
;ouer.
6o. Cf. Baudelaire :
» Fourmillante cité, cité pleine de rêves,
Où le spectre en plein jour raccroche le passant. »
63-68. Cf. « Inferno », III, 55-57 :
"si lunga tratta
di gente, ch'io non avrei mai creduto
che morte tanta n'avesne disfatta."
et« Inferno »,IV, 25-27:
"Quivi, seconde che per ascoltare,
non avea piante, ma' che di sospiri,
che l'aura eterna facevan tremare."
Ceux qui ont vécu sans louange, ni blâme, sans espoir
de mort, les malheureux qui n'ont jamais été vivant.r.
La foule est la foule matinale des abonnés du chemin de
139
fer qui déferlent dans la Cité, venus des faubourgs sub-
urbains du sud de la Tamise : hommes d'affaires,
employés, dactylos, etc. King William Street est la rue
qui va du nord du Pont au cœur de la Cité. C'est une scène
londonienne rypique de la presse du matin. Les travailleurs
de la Cité doivent être à leur bureau à 9 heures, d'où
l'allusion à la cloche de St-Mary Woolnoth. Cette
église, au coin de Kùig William et Lombard Streets,
dessinée par Nicholas Hawksmoor, disciple de Wren,
et construite de IJI6 à I727, a survécu au Blitz de
I940-4I
1
et c'est l'une des plus belles églises de la Cité
qui demeurent. T. S. Eliot a travaillé pour un tnnps
dans la Cité au Département Etranger de la Lloyds Bank.
68. Un phénomène que j'ai souvent remarqué.
69. Cf « Inferno », III, fl· « Lorsque j'eus dis-
tingué certains d'entre eux, je vis et reconnus l'ombre de
celui qui perpétra, par ltkheté, le grand refus. ». Le nom
Stetson n'a pas de signification particulière : c'est sim-
plement un nom rypique d'homme d'affaires (Cf le cha-
peau « Stetson », marque américaine de coiffitres à l'usage
des hommes d'affaires respectables).
70. lv[ylae, 26 o av. J.-C. La grande victoire navale
des Romains sur les Carthaginois dans la première
Guerre Punique. Une guerre commerciale (Cf I9I 4-
I g I 8). Toutes les guerres rme seule guerre.
74· Cf. la complainte dans « The White Devil »
de Webster :
« Oh 1 écarte le chien, car cet ami de l'homme
Fouillerait dè ses griffes et le déterrerait 1 »
Le jardin suburbain. L'Anglais et son chien,· son
amical « démon familier ». La substitution de chien à
loup, dans cette allusion, est un exemple frappant de
l'usage que fait Eliot des citations pour intégrer le passé
au présent. L'idée est aussi suggérée que le chien, en déter-
rant le cadavre, peut faire obstacle à la renaissance.
76. V. Baudelaire, Préface aux « Fleurs du Mal ».
II. UNE PARTIE D'ÉCHECS
Le contraste de la vie des grands et de la vie du peuple
sur une terre stérile et dépouillée de signification. Dans
la pièce de Middleton, le jeu d'échecs couvre la séduction
et le viol. La malédiction de la terre dans le mythe fait
suite au viol des jeunes filles à la Cour du Roi Pêcheur.
Luxure sans amour. Cf aussi les « Filles de la
Tamise. »
77. « La Chaise où elle siégeait comme un trône
poli. » (« Antoine et Cléopâtre », II, ii, vers 190.)
92. Laquearia, V, « Enéide », I, 726 :
dependent lychni laquearibus aureis
incensi, et noctem flammis funalia vincunt.
98. Scène sylvestre. V. Milton, « Le Paradis
Perdu », IV, 140.
99· V. Ovide, «Métamorphoses », VI, Philomela.
100. Cf. Troisième Partie, vers 2.04.
101. Cf. Keats. « Ode à une Urne Grecque ».
11 5 • Cf. Troisième Partie, vers 19 5 •
118. Cf. Webster : "ls the wind in that door
still ?"
«Le vent est-il toujours dans cette porte? »
12.6. Cf. Première Partie, vers 37,48.
12.6. Cf. « The Hollow Men » : « la tête bourrée
de paille ».
12.8. Rag = ragtime. Le monde syncopé d'après-
guerre, le monde «jazz » de r920, inquiet, sans but,
trépidant,futile, névrosé.
135· Lever tardif pour abréger l'ennui d'une mati-
née vide. Et, par une après-midi pluvieuse, un tour en
limousine, sans but, pour tuerie temps.
138. Cf. La partie d'échecs dans « Women
beware Women » de Middleton.
qo. La formule traditionnelle criée par les patrons
de bar quand l'heure de la fermeture approche (formttle
fixée par les lois relatives aux débits de boisson).
143. La mauvaise dentition des classes prolétariennes
en Angleterre, particulièrement chez les jeunes hommes
et les jeunes femmes, est un fait notoire. Aussi les fausse.
dents, parce que fort communes et fort mal asstfietties,
sont-elles l'objet des plaisanteries populaires.
173. Cf. «Ham/et», IV, J. Ce sont les pathétiques
paroles d'adieu d'Ophélie, folle, aux dames de la cour
du roi de Danemark. Ham/et a accusé Ophélie d'être une
putain et lui a dit de se retirer dans une « nonnerie » -
mot d'argot pour' bordel au temps de Shakespeare.
III. LE SERMÇ)N DU FEU
La Tamise, en amont de Londres, de Richmond à Mai-
denhead et à Henley, est le rendez-vous favori des excur-
sionnistes de l'espèce décrite aux vers I79-r8o :
« I!Jmphes » modernes, flanquées de leurs galants en
cabriolet de sport, joyeux lurons et leurs marionnettes
143
blondes. La fête nuptiale de Spenser est devenue une
partottse.
176. V. le « Prothalamion » de Spenser:
« Coule tout bas, douce Tamise, le temps de ma
chanson. »
182.Cj. La Captivité de Baf?ylone. - Une partie d11
poème a été écrite à Lausanne, d'où « Léman ».
189-92. Le Roi Pêcheur, blessé et impotent (son
château légendaire était sit11é sur une rivière ou
at/ bord de la mer) .
192. Cf. « La Tempête », 1, 2.
196. Cf. Marvell : « To His Coy Mistress » :
«Mais j'entends toujours par derrière
Le chariot ailé du temps. »
197· Cf. Day, « Parliament of Bees » :
« When of the sudden, listening, you shall hear,
« A noise of homs and hunting, which shall bring
« Actaeon to Diana in the spring,
« Where ali shall see her naked skin ... »
(Un bruit de chasse et de trompes qui mènera
Actaeon vers Diane au printemps
Alors tous verront sa peau nue ... )
144
198. Cf. « Sweeney Agonistes. »
199· «Sur Madame Porter, ô la lune brille
Comme elle et sa fille
Se lavent les pieds dans l'eau qui pétille. »
Je ne connais pas l'origine de la ballade dont ces
vers ont été tirés : elle m'a été envoyée de Sydney,
Australie.
201-2. Le son des chants à la cérémonie du lavement
des pieds qui précède la restauration d' Anfortas (le
Roi Pêcheur) par Parzival et la levée de la malédiction
qui pesait sur la Terre vaine.
eo2. V. Verlaine, « Parsifal ».
206 Exemple de ré-introduction d'un thème.
209. Les marchands syriens étaient les porteurs des
légendes et des mystères anciens du Graal. M. Eugénidés,
leur pendant moderne, est leur déplorable descendant.
210. Les raisins étaient cotés« Transport et Assu-
rance payés jusqu'à Londres »; et la police de char-
gement, etc., devait être remise à l'acheteur contre
paiement de la traite à vue.
21 3. Le Cannon Street Ho tel (à la Gare de Cannon
Strer.t) était en ce temps un lieu de rendez-vous commode
pour les hommes d'affaires étrangers el leurs collègues
lt
anglais, se trouvant situé au centre de la Cité et au ter-
minus de l'une des routes du Continent. Son importance
en tant que terminus ferroviaire ayant décliné, il est sur-
tout utilisé à présent pour les réunions de conseils d'ad-
ministration.
z14. Le « Métropole ». L'un des principaux hôtels-
de-grand-luxe de la digue de Brighton, très fréquenté
des hommes d'affaires opulents pour leurs parties de
plaisir. Ce n'est pas ce que l'on appelle un « hôtel de
famille».
Cf. la chanson de music-hall que George Robry a
rendu célèbre :
Henri VIII en son temps était un gai luron
Il avait plusieurs Je mm' s et menait jqyeus' vie
C'est lui-même qui fonda l' Métropol' de Brighton ...
En vérité? - Comme je vous le dis !
z15-56. L'« amour» stérile de la civilisation urbaine
moderne.
ZI 8. Tirésias, quoiqu'il soit ici simple specta-
teur et point du tout un personnage, n'en est pas
moins la figure la plus importante du poème, celle
en qui s'unissent toutes les autres. De même que le
marchand borgne, vendeur de raisins secs, se
confond avec le Marin Phénicien, et que celui-ci
n'est pas entièrement distinct de Ferdinand, Prince
de Naples, de même toutes les femmes ne sont qu'une
femme, et les deux sexes se rencontrent en Tirésias.
Ce que Tirésias voit est en fait la substance du
poème. Tout le passage, chez Ovide, est d'un grand
intérêt anthropologique :
« ... Cum Junone jocos et major vestra profecto est
Quam, quae contingit maribus », dixisse « voluptas ».
Ilia ne gat; placuit quae sit sententia docti
Quaerere Tiresiae : venus huic erat utraque nota.
Nam duo magnorum viridi coeuntia silva
Corpora serpentum baculi violaverat ictu
Deque viro factus, mirabile, femina septem
Egerat autumnos; octavo rursus eosdem
Vidit et « est vestra si tanta potentia plagae »,
Dixit «ut auctoris sortem in contraria mutet,
N ~ n c quoquc;: vos feriam 1 » percussis anguibus
tsdem
Forma prior rediit genetivaque venit imago.
Arbiter hic igitur sumptus de lite jocosa
Dicta Jovis firmat; gravius Saturnia justo
Nec pro materia fertur doluisse suique
Judicis aeterna damnavit lumina nocte,
At pater omnipotens (neque enim licet inrita
cuiquaril
Facta dei fecisse deo) pro lumine adempto
Scire futura dedit poenamque levavit honore.
147
22. x. Ceci peut paraître moins exact que les vers
de Sappho, mais j'avais présent à l'esprit le pêcheur
côtier, le pêcheur de doris, qui s'en retourne chez
lui à la tombée de la nuit.
22.2.-2.3. La ruée matinale vers le bureau l'a empêchée
de ranger les restes de son petit déjeuner. Souillon par
la force des circonstances comme par nature, elle n'a ni
le temps ni l'inclination de cuisiner de vrais repas et se
nourrit de conseroes . . Le vers 2.2.5 en fait l'un des milliers
d'occupants de living-room à un lit dans quelque qrtartier
résidentiel en décadence de Londres.
2.34. Bradford, centre de J'industrie lainière du York-
shire, a connu une immense prospérité grâce aux contrats
de guerre de I9I4-I8. Le milliardaire de ce vers est le
type du «profiteur de guerre ».
2. 53. « Quand belle femme à folie s'abandonne ».
V. Goldsmith, la chanson du« Vicar of Wakefield».
2.57. «Cette ariette est venue vers moi dessus les
eaux. » V. « La Tempête », comme plus haut.
2.58. Londres, passée et présente, est ici évoquée. Le
Strand, qui est aujourd'hui une rue de boutiques et de
bureaux reliant la Cité au West-End, était naguère,
comme son nom le suggère, une voie qui longeait la berge
de la Tamise. Sur toute sa longueur s'élevaient les grandes
maisons des gentilshommes d'Elizabeth. Le Comte de
Leicester habitait à Durham House en I ;66 et la reine
Elizabeth y dina avec lui. (V. vers 2.79 et suivants.)
Leicester occupa ensuite Essex House qu'il reconstruisit.
Queen Victoria Street, percée au cours du XJXe siècle
( I 36 J-7 2), relie la Cité au Quai Victoria qu'elle rejoint
au Pont de Blackfriars. Ses buildings commerciaux (y
compris celui du journal « The Times ») sont surtout
occupés par des firmes d'ingénieurs, de grossistes et autres
compagnies similaires marquantes.
z6o. Lower Thames Street. Billingsgate Market, le
marché-aux-poissons central de Londres, s'étend entre
la Rue de la Tamise et le fleuve, tout près de London
Bridge. L'air de mandoline était dû, sans doute, à l'un
des « buskers », ou musiciens ambulants, qui jouent à
l'intérieur et à l'extérieur des bars de Londres.
2.64. L'intérieur "de St-Magnus Martyr est, à
mon sens, l'un des plus beaux de Wren. Voyez
« The Proposed Demolition of Nineteen City
Churches. » (P. S. King and Son, Ltd.)
Construite en z676 par Sir Christopher Wren pour
remplacer l'église primitive que Je Grand Incendie de
Londres avait détruite en z666, son intérieur est remar-
quable pour la beauté des sveltes colonnes ioniques qui
sépare la nef des bas côtés.
149
266. Ici commence la chanson des (trois) Filles
de la Tamise. Elles parlent alternativement, du
vers 2.92. au vers 306. Voir « Gotterdammerung »,
ill, i : les Filles du Rhin.
270. Les voiles rouges, imposantes et familières,
des chalands et des bachots de la Tamise.
275. La Tamise au Bras de Greenwich, en aval de
Londres, s'incun;e profondément pour contourner 'l'Ile
des Chiens (paroisse de Pop/ar, pauvre district des
docks) au Nord, et baigne au fa_ magnifique ran_gée
d'édifices connus sous le nom d Hopttal de Greenwrch,
l'un des plus remarquables chefs-d' œuvre de Sir Chris-
topher Wren. Le contraste marq'!' le poème ent:e
les deux rives est assurément mtenttonnel. Greenwrch
fut jadis 11n Palais R<!)'al. Elizabeth y refllt Lord Lei-
cester.
279. V. Froude, « Elizabeth », Vol. I, ch. Iv,
lettre de De Quadra à Philippe d'Espagne :
« L'après-midi nous trouva une
occupés à regarder les jeux
était seule avec Lord Robert et mol-meme a la
poupe, et ils se mirent à badiner, tant et si bien que
Lord Robert alla jusqu'à dire, en ma présence,
qu'il n'y avait .pas pour qu'ils ne se
mariassent pas s1 la reme 1 ava1t pour agréable. »
2.89. Les créneaux de la Tour Blanche, bâtie en pierre
blanche de Caen ( I o 7 3) par Guillaume Je
pour sen;ir de donjon à la Tour de C'est pour le
marin un repère remarquable sur la rtve gauche de la
Tamise en aval du Pont de Londres.
2.93. Cf. « Purgatorio »,V. 133 :
« Ricorditi di me, che son la Pia;
« Siena mi fe', disfecemi Maremma. »
2.93. Highbury (Londres Nord-Est) dans le J.au-
bourg métropolitain d'Islington, est une morne banlteue
de la petite bourgeoisie. Elle ne présente point
ciation personnelle dans ce contexte, ayant étl
simplement par manière de contraste avec les banlteues
salubres de Richmond et de Kew qui s'étendent au sud-
ouest de Londres, au pôle opposé de l'axe NE-SO.
- Richmond, fameux pour ses parties de rivière, et
Kew, fameux pour SC$ vastes jardins sont
des villégiatures favorites des bords de la Tamtse pour les
Londoniens en vacances.
z96. Moorgate n'était pas l'une des portes (gates)
originelles de la Cité : elle fut construite pour remplacer
11ne poterne de l'enceinte nord entre Bishopgate et Cripple-
gate. La porte fut démolie en IJ62 et le quartier auquel
elle a donné son nom se trouve, à prisent, au cœllf' till
district financier de la Cité. La « Fille de la Tamise »
Ip
qui chante cette complainte était vraisemblablement dtutylo
dans J'un des grands buildings du quartier. Lorsque
T. S. Eliot travaillait dans une banque de la Cité, il
prenait le métro à la station de Moorgate.
300. Margate, bain de mer populaire de l'Ile de Tha-
net, Kent, à 74 milles à J'est de Londres, à l'extrémité
du North Fore/and, très fréquenté pendant les vacances
d'été par les travailleurs de la ville et l' « humble
people».
307. V. saint Augustin, «Confessions »: «Je m'en
fus alors à Carthage, où un chaudron d'amours
impures m'emplit les oreilles de son chant. »
308. Le texte complet du « Sermon du Feu »
du Bouddha (il correspond en importance au « Ser-
mon sur la Montagne »), dont ces paroles sont
extraites, se trouve en anglais dans « Buddhism and
Translation» de feu Henry Clarke Warren. M. War-
ren fut l'un des grands pionniers des études boud-
dhiques en Occident.
309. Cf. encore les« Confessions »de saint Augus-
tin. Le rapprochement de ces deux représentants de
l'ascétisme oriental et occidental, au point culmi-
minant de cette partie du poème, n'est pas
fortuit.
IV. MORT PAR NOYADE
3 1 z. Phlébas, le dieu noyl des cultes de fertilité. Et
le marchand. Cf. « Mercredi des Cendres ».
« Bien que je n'espère plus me tourner à nouveau
Flottant de-ci de-là entre profit et perte
Pendtmt ce bref voyage où les rêves traversent
Le demi-jour traversé de rêves entre le naître et le
mourir. »
V. CE QU'A DIT LE TONNERRE
Au début de la cinquième partie, il est fait usage
de trois thèmes : le voyage à Emmaüs, la marche
vers la Chapelle Périlleuse (voir le livre de Miss Wes-
ton) et le présent déclin de l'Europe orientale.
3zz. L'association de Jésus au Jardin de Gethsémani
avec les vieux dieux pendus de la légende.
3%9· Cf. « Meurtre dans la Cathédrale » : Vivant
et vivant à demi » (le chœur des femmes du peuple de
Canterbury).
344-45. Du visages asiatiques ( thibétains). La
scène s'e.rt transportée de Palestine en Asie Centrale. ·
J51· C'est le Turdus aonalaschkae pallasii,la «grive-
ermite », que j'ai entendue dans la Province de
Québec. Chapman dit ( « Handbook of Birds of
North America ») : «Il niche surtout dans les forêts
écartées et les taillis épais ... Son chant n'est remar-
quable ni pour la variété ni pour le volume, mais,
pour la pureté et la douceur du ton ainsi que pour
l'exquise modulation, il n'a pas son pareil. » Ses
« notes ruisselantes » sont renommées à juste titre.
3 59. Le retour du Dieu.
360. Les vers suivants ont été inspirés par le
récit d'une expédition antarctique Ge ne sais plus
laquelle, mais je crois bien que c'est l'une des expé-
ditions de Shackleton) : on y rapportait que les
explorateurs, à bout de forces, avaient constamment
l'illusion d'être un de plus qu'ils ne pouvaient
compter.
366-76. Cf. Hermann Hesse, « Blick ins Chaos»:
« Schon ist halb Europa, schon ist zumindest der
halbe Osten Europas auf dem Wege zum Chaos,
fahrt betrunken im heiligen Wahn am Abgrund
entlang und sing dazu, singt betrunken und hym-
nisch wie Dmitri Karamasoff sang. Ueber diese
Lieder lacht der ;Bürger beleidigt, der Heilige und
Seher hôrt sie mit Tranen.
311· L'une des « Filles de la musique » (V. « Ecclé-
siaste », XII).
379-84. M. Eliot pense que l'imagerie de ce pa.r.rage
lui fut, en partie, suggérée par une peinltlre de l'lcole de
Jérôme Bosch.
384. Cf « Ecclésiaste », XII. « Et/a roue sera bri-
sée à la citerne », etc.
3 8 5 et sui v. V. « From to Romance » :
Le à la Chapelle Périlleuse, un rite d'initiation.
Le décor macabre de la chapelle mythique était desti111
à lproll'tler le courage de l'initié. Le cimetière e.rt associé
à la Chapelle Périlleuse dans certaines versions de la
légende du Graal.
391. Le coq disperse les mall'tlais esprits (Cf. «Ham-
let, I, et aussi « La Tempête » : « Le chant du fier Chante-
cler. ·
Criez : Co-co-rico 1 »
395 et suiv. Référence aux anciennes
aryennes sur la fertilité.
401. « Datta, dayadhvam, damyata » (Donne,
sympathise, dirige). La fable sur la signification
du Tonnerre se trouve dans le « Brihadaranyaka-
Upanishad », h 1. Elle est traduite dans « Sechzig
Upanishads des Veda» par Deussen, p. 489.
407. Cf. « Gérontion » : «Que fera l'araignée, sus-
pendre son travail ? »
407. Cf. Webster, «Le Démon Blanc », V, VI :
" ... They' 11 remarry
Ere the worm piece your winding sheet, ere the
spider
Make a thin curtain for your epitaphs."
« ... Ils se remarieront
Avant même que le ver n'ait percé ton linceul,
avant que l'araignée
N'ait enrobé ton épitaphe. »
412.. Cf. « Inferno », XXXITI, 46 :
« ed io sentii chiavar l'uscio di sotto
all'orribile torre. »
Cf. également F. H. Bradley, « Appearance and
Reality », p. 346 : « Mes sensations externes ne me
sont pas moins privées que ne le sont mes pensées
ou mes sentiments. Dans les deux cas, mon expé-
rience joue au dedans de mon propre cercle, un cercle
étanche à l'extérieur; et, bien que tous leurs élé-
ments soient semblables, chaque sphère demeure
opaque à celles qui l'entourent... En bref, considéré
comme une « existence » qui se manifeste dans une
âme, le monde entier, pour chacun, est particulier
ct privé à cette âme. »
418. Cf. Partie I. « Frisch weht der Wind >> - le
moment de bonheur dans la vie de Tristan et d'Iseut.
T. S. Eliot fut dans sa jetmesse un amateur de ytUhting
expérimenté et passionné :ce fait biographique n'est pas
sans lien avec l'imagerie marine dont il se plaît à jaire usage.
424. V. Weston : «From Ritual to Romance »;
le chapitre sur le Roi Pêcheur.
426. Le refrain d'une fameuse et traditionnelle chan-
son de nourn'ce anglaise :
" London Bridge is broken down
Dance over my lady lee. "
(Le Pont de Londr' s'est écroulé
Dansez mr le pré de ma dame.)
427. V. « Purgatorio »,XXVI, 148.
« Ara vos pree, per aquella valor
«que vos guida al som de l'escalina
« sovegna vos a temps de ma dolor. »
Poi s'ascose ne! foco che gli affina.»
Arnaut, avant de retomber dans le jeu purifiant
(Cf. « Little Gidding », II) dit : « Je suis Arnaut qui
157
pleure et va chantant,· Contrit, je vois ma folie ancienne,
Et joyeux devant moi ce jour-là que j'espère. »
428. V. « Pervigilium Veneris ». Cf. Philomela
in Parties TI et III.
429. V. Gérard de Nerval, le Sonnet « El Desdi-
chado ».
43 x. V. Kyd, « Spanish Tragedy » :
« Parbleu, je vous ferai tenir
Jérôme est redevenu fou. »
Ces mots signifient, ou visent à suggérer, que tout ceci
semblera folie au monde moderne. Mais c'est, con1me dans
le cas du jérôme (un précurseur de i-Iamlet) de la vieille
pièce, une folie qui a un propos (Cf « Hamlet » : Il y a
de la méthode dans cette folie »).
433· Shantih. Répété comme ici, il constitue la fin
rituelle d'une Upanishad. « La paix qui passe l'en-
tendement serait notre équivalent pour ce mot. »
J>ost-scriptum :
Voir T. S. Eliot : « Thoughts after Lambeth >>
le monde est en train de chercher à élaborer une mentalité
non chrétienne. L'expérience lchouera; mais nous devons
faire preuve de beaucoup de patience en attendant cet
échec ,· et racheter cependant le temps : afin que la Foi
puisse ltre gardée vivante à travers les sombres âges à
venir,· afin de renouveler et de reconstruire la civilisation,
afin de sauver le monde du suicide. »
L'Inferno de la Terre Vaine, en fait, aspire à un Pur-
gatoire. Ce n'est pas, comme certains critiques l'ont
supposé, un poème de désillusion.
IS9
ASH- WEDNESDAY
MERCREDI
DES CENDRES
Il
I
Because I do not hope to turn again
Because I do not hope
Because I do not hope to turn
Desiring this man's gift and thal man's scope
I no longer strive to strive towards such things
( W ~ should the aged eagle stretch ifs wings ? )
w ~ should 1 mourn
The vanished power of the usual reign ?
Because I do not hope to know again
The injirm glory of the positive hour
Because I do not think
Because 1 know 1 sha/1 not know
The one veritable transitory power
Because I cannot drink
There, where trees flower, and springs flow, for ther1 is
nothing again
162
l
Parce que je n'espère plus me tourner à nouveau
Parce que je n'espère plus
Parce que je n'espère plus me retourner
Enviant le don de celui-ci et l'envergure de celui-là
Je ne m'efforce plus de m'efforcer vers pareilles choses
(Pourquoi l'aigle chenu déploierait-il ses ailes ?)
Pourquoi lamenterais-je
Le pouvoir évanoui du règne habituel ?
Parce que je n'espère plus connaître de nouveau
La gloire débile de l'heure positive
Parce que je ne crois pas
Parce que je sais bien que je ne saurai pas
Le seul vrai pouvoir transitoire
Parce que je ne puis boire
Là où fleurissent les arbres et coulent les fontaines,
car il n'est rien qui revienne.
Because I know that lime is a/ways lime
And place is a/ways and on(y place
And what is actua! is actua! on(y for one lime
And on(y for one place
I rejoice that things are as they are and
I reno11nce the b!essed face
And renounce the voice
Because I cannot hope to turn again
Consequent(y I rejoice, having to construct something
Upon which to rejoice
And pray to God to have merry upon us
And I pray that I mav forget
These matters that with myse!j I too much discuss
Too much exp/ain
Because I do not hope to turn again
Let these words answer
For what is done, not to be donc again
May the judgement not be too beavy upon us
Because these wings are no longer wings to fly
But mere(y vans to beat the air
The air which is now thorough(y sma/1 and dry
164
Parce que je sais que le temps est toujours le temps
Que le lieu est toujours et seulement le lieu
Que ce qui est réel ne l'est que pour un temps
Ne l'est que pour un lieu
Je me réjouis que les choses soient ce qu'elles sont
Et je renonce le visage béni
Et je renonce la voix
Parce que je n'espère plus me tourner de n o u v e ~ u
En conséquence je me réjouis, ayant à construire
quelque chose
Dont je puisse me réjouir.
Et je prie Dieu qu'il nous prenne en merci
Et je prie afin d'oublier .
Ces choses que je débats outre mesure avec mot-
même
Que je raisonne outre mesure
Parce que je n'espère plus me tourner à nouveau
Que ces paroles répondent
Pour ce qui est commis et n'est plus à commettre
Puisse le jugement sur nous ne point peser trop
lourd
Parce que ces ailes ne sont plus des ailes pour voler
Mais seulement des vans pour battre l'air
L'air qui est à présent si ténu et si sec
S mailer and dryer than the will
Teach us to care and not to care
Teach us to sit stiJl.
Prt!J for us sinners now and at the hour of our death
Pray for us now and at the hour of our death.
x66
Plus ténu et plus sec que n'est la volonté
Apprenez-nous l'amour et le détachement
Apprenez-nous· à rester en repos.
Ora pro nobis peccatoribus nunc et in hora mortis nostrae
Ora pro nabis nunc et in hora mortis nostrae.
II
Laqy, three white leopards sat under a juniper-tree
In the cool of the day, havingfed to satiety
On my legs my heart my liver and thal which had been
contained
In the hollow round of my skull. And God said
Shall these bones live? shall these
Bones live ? And thal which had been contained
In the bones ( which were alreaqy dry) said chirping :
Because of the goodness of this Laqy
And because of her loveliness, and because
She honours the Virgin in meditation,
We shine with brightness. And I who am here dissembled
Proffer my deeds to oblivion, and my love
To the posterity of the desert and the fruit of the gourd.
I t is this which recover s
MY guts the strings of my eyes and the indigestible
portions
168
II
Madame, trois léopards blancs assis sous un
genévrier
Goûtaient le frais du jour, repus à satiété
De ma chair de mon cœur de mon foie de cela qui
avait empli
La calotte évidée de mon crâne. Et Dieu dit
Ces .os revivront-ils? Ces os
Revivront-ils ? Et cela qui avait empli
Les os (déjà séchés) se mit à gazouiller :
Parce que cette Dame est bonne et parce qu'elle
Est belle, et parce qu'elle
Honore la Vierge en méditation,
Notre blancheur éclate. Et moi qui suis ici celé
J'offre mes actes à l'oubli et mon amour
Aux enfants du désert et du fruit de la gourde.
Ce par quoi je recouvre
Mes viscères mes yeux et les parts indigestes
Which the leopards reject. The Lady is withdrawn
In a white gown, to contemplation, in a white gown.
Let the whiteness of bones atone to forgetfu/ness.
There is no /ife in them. As I am forgotten
And won/J be forgotten, so I won/J forget
Thns devoted, conçentrated in purpose. And Cod said
Prophesy to the wind, to the wind on!J for on!J
The wind wi/1/istem. And the bones sang chirping
With the burden of the grasshopper, saying
Lady of silences
Calm and distressed
Torn and most whole
Rose of memory
Rose of forgetfulness
Exhausted and life-giving
Worried reposeful
The single Rose
Is now the Garden
Where al/ loves end
Terminale forment
Of love nnsatisjied
The greater forment
Of love satisjied
J70
Que rejettent les léopards. Et la Dame s'est
retirée
De blanc vêtue, en oraison, de blanc vêtue.
Que la blancheur des os rachète l'oubliance.
Ils sont vidés de vie. Et tout de même
Que je suis oublié et voudrais l'être, ainsi voudrais-
je
Oublier, concentré dans ma dévotion.
Et Dieu dit : Prophétise
Au vent et au vent seul car seul le vent écoutera.
Et les os gazouillèrent
Entonnant le refrain du grillon et disant :
Ma Dame des silences
Tranquille, désolée
Déchirée, entière
Rose réminiscente
Rose d'oubli
Épuisée, vivifiante
Tourmentée, reposante
La Rose unique
Dès lors est le Jardin
Où tout amour prend fin
Où cessent le tourment
D'amour insatisfait
Et celui, plus cruel,
De l'amour satisfait
End of the endless
]ourney to no end
Conclusion of ali that
Is inconclusible
Speech withottt word and
Word of no speech
Grace to the Mother
For the Garden
Where al/love tnds.
Under a juniper-tree the bones sang, scattered and
shining
We are glad to be scattered, we did little good to each
other,
Under a tree in the cool of the dqy, with the blessing of
sand,
Forgetting themselves and each other, united
ln the q _ u ~ e t of the desert. This is the land which ye
Sha/1 dzvide l?y lot. And neither division nor uniry
Matter s. ·This is the land. We have our inheritance.
Fin du voyage sans fin
V ers le sans terme
Conclusion de tout
L'inconclusible
Discours sans parole ct
Parole sans discours
Rendons grâce à la Mère
Pour le Jardin
Où tout amour prend fin.
Sous un genévrier les os chantaient, épars,
brillants
Nous sommes contents d'être épars, nous ne nous
faisions guère de bien
Les uns aux autres. Sous un arbre
Dans le frais du jour et nantis de la bénédiction du
sable,
S'oubliant eux-mêmes, s'oubliant les uns les autres
' 0 ,
reun1s
Dans la quiétude du désert. Et voici la terre que
vous
Diviserez selon le sort. La division ni l'unité
N'importent. Mais voici la terre. Nous détenons
notre héritage.
173
III
At the ftrst turning of the second stair
I turned and saw below
The same shape twisted on the banister
Under the vapour in the fetid air
Struggling with the devi/ of the stairs who wears
The deceitful face of hope and of despair.
At the second turning of the second stair
I left them twisting, turning below ,-
There were no more faces and the stair was dark,
Damp,jagged, like an old man's mouth drive/ling,
beyond repair,
Or the toothed gu/let of an aged shark.
At the ftrst turning of the third stair
Was a slotted window be/lied like the ftg' s fruit
174
III
Au premier tournant du second étage
Je me tournai pour voir
La même forme au-dessous se tordant sur la rampe
Au milieu des vapeurs fétides de la cage
Et se battant avec le diable des étages
Au visage trompeur d'espoir et de désespoir
Au second tournant du second étage
Je les laissai tordus, tournoyant au-dessous
Plus trace de visages, l'escalier était sombre
Moite, ébréché comme une bouche d'aïeul baveuse,
irréparable
Ou la gueule hérissée d'un vieu:x; requin.
Au premier tournant du troisième étage
S'entr'ouvrait une meurtrière pansue comme le
fruit du figuier
175
And beyond the hawthorn blos.rom and a pasture scene
The broadbacked ftgure drest in blue and green
Enchanted the maytime with an antique flute.
Blown hair is sweet, brown hair over the mouth blown,
Li/ac and brown hair ,·
Distraction, music of the ftute, stops and steps of the
mind over the third stair,
Fading, fading; strength beyond hope and despair
Climbing the third stair.
Lord, I am not worthy
Lord, I am not worthy
but speak the word on!J.
Et par delà l'épine en fleur d'un paysage pastoral
La silhouette aux larges épaules, accoutrée de bleu
et de vert
OJ.armait le temps de mai d'un antique pipeau
Doux sont les cheveux bruns, les cheveux bruns
chassés par le vent sur les lèvres,
Le lilas et les cheveux bruns ;
Aliénation, air de pipeau, gammes et pas de l'esprit
vers le troisième étage,
Qui se perdent, se perdent ;
Efforts outre l'espoir outre le désespoir
A gravir le troisième étage.
Domine non sum dignus
Domine non sum dignus
sed tantum die vcrbo.
177
12
IV
Who walked between the violet and the violet
Who walked between
The various ranks of varied green
Coing in white and blue, in Mary' s co/our,
Ta/king of trivial things
In ignorance and in knowledge of eternal do/our
Who moved among the others as they walked,
Who then made strong the fountains and n;ade fresh the
springs
Made cool the dry rock and made jirm the sand
In blue of larkspur, blue of Mary' s colortr,
Sovegna vos
Here are the years that wa/k between, bearing
Awqy the jiddles and the flutes, restoring
One who moves in the time between s!eep and waking,
wearing
IV
Qui marchait entre la violette et la violette
Qui marchait entre
Les rangs variés de verts divers
Allant en blanc et bleu, la couleur de Marie
Parlant de choses banales
Ignorant et sachant l'éternelle douleur
Qui s'en allait, mêlant ses pas à ceux des autres,
Qui fit alors les sources vives, drues les fontaines
Rendit frais le roc sec ct raffermit le sable
Allant en bleu pervenche, la couleur de Marie,
Sovegna vos
Voici entre-venir les années qui emmènent
Au loin violons et flûtes, qui ramènent
Celle qui marche dans le temps entre somme et veille,
et que vêtent
1
79
White light folded, sheathed about her, Jolded.
The new years walk, restoring
Through a bright cloud of tears, the years, restoring
With a new verse the ancien! rhyme. Redeem
The lime. Redeem
The unread vision in the higher dream
While jewelled U11icorns draw by the gilded hearse.
The si/eni sis/er veiled in white and blue
Betwenn the yews, behind the garden god,
Whose flute is breathless, bent ber head and signed but
spoke no word
But the fountain sprang up and the bird sang down
Redeem the lime, redeem the dream
The token of the word unheard, unspoken
Till the wind shake a thousand whispers from the yew
And after this our exile
180
De blancs plis de lumière : engainée de blancs plis.
S'en viennent les années nouvelles qui ramènent
Sous un diapre de pleurs, les années, qui ramènent
Sur un mètre nouveau les vers anciens: Rachète
Le temps. Rachète
La vision indéchiffrée du plus haut rêve
Les licornes tiarées traînent la herse d'or
La sœur silencieuse aux: voiles blancs et bleus
Entre les ifs, derrière le dieu du jardin
Dont la flûte est sans voix, baissa la tête et fit signe,
mais ne dit mot.
Mais la fontaine jaillit, l'oiseau fit choir son chant :
Rachète le temps, rachète le rêve
Le gage de la parole inentendue, imprononcée
Jusqu'à ce que le vent
Ait de l'if secoué fait choir rrùlle murmures
Et nobis post hoc exsilium.
181
v
If the /ost word is /ost, if the spent word is spent
If the unheard, unspoken
Word is unspoken, un heard ,·
Sti/1 is the unspoken word, the Word unheard,
The Word without a word, the Word within
The world and for the world;
And the light shone in darkness and
Against the World the unstil/ed world sti/1 whirled
About the centre of the si/ent Word.
0 my people, what have I done unto thee.
Itvhere sha/1 the word be found, where ».Ji/1 the 11-'0rd
Resound? Not here, there is not enough silence
182
v
Si la parole perdue est perdue, la parole dépensée
dépensée
Si la parole inouïe, imprononcée
Est imprononcée, inouïe;
Toujours est la parole imprononcée, toujours
La Parole inouïe
La Parole sans parole, la Parole au dedans
Du monde et pour le monde;
Et la lumière brilla dans les ténèbres et
Contre le Monde le monde inquiet continua de
giroyer
Autour de la Parole silencieuse
0 mon peuple, que t'ai-je fait
Où sera la parole trouvée, où la parole
Clamée ? Non pas ici où le silence fait défaut
Not on the sea or on the islands, not
On the main/and, in the desert or the rain land,
For those who walk in darkness
Both in the day lime and in the night time
The right lime and the right place are not here
No place of grace for those who avoid the face
No lime to rejoice for those who walk afJJong noise and
deny the voice
Will the veiled sister pray for
Those who walk in darkness, who-chose thee and oppose thee,
Those who are torn on the horn between season and season,
time and time, between
Hour and hour, word and word, power and power, those
who wait
In darkness? Will the veiled sister pray
For chi/dren at the gate
Who will not go awav and cannot pray :
Pray for those who chose and oppose
0 my people, what have 1 done unto thee.
Will the veiled sister between the s/ender
Yew trees pray for those who offend her
And are terrifted and cannot su"ender
And ajjîrm before the world and deny between the
rocks
Ni sur les îles ou la mer
Ni sur le continent, la terre des pluies ou le désert,
Pour ceux qui marchent dans le noir
Durant le temps du jour et le temps de la nuit
Il n'est point de temps juste point de lieu juste id
Nul lieu de grâce pour ceux qui évitent la face
Nul temps de joie pour ceux qui errent dans le
fracas et qui renient la voix
La sœur voilée pour ceux
Qui marchent dans le noir, qui t'ont choisi ct te
résistent
Écartelés entre saison et saison, temps èt temps, entre
Heure et heure, parole et parole, puissance et
puissance, qui attendent
Dans le noir ? La sœur
Pour les enfants qui restent à la porte
Ne voulant s'en aller et ne pouvant prier:
Priez pour ceux qui ont choisi et qui résistent
0 mon peuple, que fait
La sœur voilée entre les ifs légers
pour ceux qui l'offensent
Et tremblent de terreur et ne peuvent se rendre
Et disent oui devant le monde et disent non entre
les rocs
In the fast desert between the fast blue rocks
The desert in the garden the garden in the desert
Of drouth, spitting from the mouth the withered apple-
seed.
0 my people.
x86
Dans le dernier désert près des derniers rocs bleus
Le désert au jardin le jardin au désert
De la soif, et qui crachent
Des lèvres le pépin de pomme desséché.
0 mon peuple.
VI
· Although I Jo not hope to turn again
Although I Jo not hope
Although I Jo not hope to turn.
Wavering between the proftt and the Joss
In this brief transit where the Jreams cross
The Jreamcrossed twilight between birth and Jying
(Biess me father) though I Jo not wish to wish the se
things
From the wide window towards the granite shore
The white sails sti/1 fly seawarà
1
seaward flying
Unbroken wings
And the /ost heart stiffens and rejoices
In the /ost li/ac and the /ost sea voices
And the weak spirit quickens to rebel
For the bent go/Jen-rod and the /ost sea sme/1
x88
VI
Bien que je n'espère plus me tourner à nouveau
Bien que je n'espère plus
Bien que je n'espère plus me retourner
Flottant de-d de-là entre profit et r erte
Pendant ce bref passage où les rêves se croisent
Ce demi-jour croisé de rêves entre le naître etle mourir
(Père bénissez-moi) bien que je ne désire
Plus désirer ces choses
Par la fenêtre ouverte sur la rive de granit
Toujours cinglent les voiles, ailes blanches au large
Dans leur vol imbrisé
Et le cœur perdu se raidit, se réjouit
Du lilas perdu, des voix marines perdues
Et l'ardeur alanguie s'anime et revendique
La verge-d'or ployée, l'odeur marine perdue
Quickens to recover
The cry of quai/ and the whirling plover
And the blind eye crea/es
The empry forms between the ivory gales
And sme/1 renews the salt savour of the sandy earth
This is the lime of tension between dying and birth
The place of solitude where three dream cross
Between blue rocks
But when the voices shaken from the yew-tree drift away
Let the other yew be shaken and rep!y.
Blessed sister, ho!y mother, spirit of the fountain, spirit
of the garden,
Suffer us not to mock ourselves with falsehood
Teach us to care and not to care
Teach us to sit still
Even among these rocks,
Our peace in His will
And even among these rocks
Sister, mother
And spirit of the river, spirit of the sea,
Suffer me not to be separated
And let my cry come unto Thee.
S'anime pour recouvrer
Le cri des cailleteaux, le tournoyant pluvier
Et l'œil aveugle crée
Les formes vides entre les portes ivoirines
Et l'odeur renouvelle
La saline saveur de la terre sablonneuse
Voici le temps de tension entre le mourir ct k naître
Le lieu de solitude où trois rêves sc croisent
Entre des rochers bleus
Mais lorsque les voix chues de l'if secoué sc perdent
Que l'autre if soit secoué et qu'il réponde
Sœur bénie, sainte mère, esprit de la fontaine ct
esprit du jardin,
Ne souffrez point que nous nous leurrions de fausseté
Apprenez-nous l'amour et le détachement ·
Apprenez-nous à rester en repos
Même parmi ces rocs,
Notre paix; en Sa volonté
Et parmi ces rocs mêmes
Sœur, mère
Esprit de la lumière et esprit de la mer
Ne souffrez point que je sois séparé
Et clamor meus ad Te veniat.
ARIEL POEMS
POÈMES D'ARIEL
13
JOURNEY OF THE MAGI
'A cold coming we had of if,
Just the worst lime of the year
For a journey, and such a longjourney :
The ways deep and the weather sharp,
The very dead of winter.'
And the camels galled, sore-footed, rejractory,
Lying down in the me/ting snow.
There were times we regretted
The summer palaces on slopes, the terraces,
And the si/ken girls bringing sherbet.
Then the came/ men cursing and grumbling
And running away, and wanting their liquor and women,
LE VOYAGE DES MAGES
« Ce fut une froide équipée,
« La pire saison de l'année
« Pour un voyage, surtout poUt: un si long voyage :
« Les chemins ravinés, la rafale cinglante,
«Le plus morfondu de l'hiver. »1
Et les chameaux sanglants, éclopés, réfractaires
Qui se couchaient dans la neige fondue.
Combien de fois avons-nous regretté
Les palais d'été sur les pentes, les terrasses,
Les filles satinées porteuses de sorbets.
Sans compter les chameliers qui juraient, qui
maugréaient,
Qui s'enfuyaient, voulant leur liqueur et leurs
femmes,
1. Otation d'un sermon de Lancelot Andrewes sur la Nativité.
(N.d.T.)
And the night-.fires going out, and the of shelters,
And the cilies hostile and the towns unfnend!J
And the villages dirty and charging high priees :
A hard lime we had of it.
At the end we preferred to !ravel ali night,
Sleeping in snatches, .
With the voices singing in our ears, saytng
Thal this was ali foi!J.
Then at dawn we came down to a temperate valley,
Wet below snow fine, smelling of vegetation;
With a running stream and a water-mill beating the
darkness,
And three trees on the low sky,
And an old white horse ga/loped away in the meado'»:'.
Then we came to a tavern with vine-leaves over the ltntel,
Six hands at an open door dicingfor pieces of si/ver,
And feet kicking the empty wine-skins. .
But there was no information, and so we conttnued
And arrived at evening, not a moment loo soon
Finding the place ; if was (you may say) satisfactory.
Et les feux de bivouac qui s'éteignaient, et le gite
qui faisait défaut, .
Et les villes hostiles, les bourgades hameuses,
Les villages crasseux qui demandaient les yeux de la
tête:
Ce fut une rude équipée.
V ers la fin nous allions toute la nuit durant,
En sommeillant par bribes,
Et des voix bourdonnaient à nos oreilles, chantant
Que tout cela était folie.
Une aube nous descendîmes dans un val tempéré,
Humide, bien au-dessous de la ligne des neiges,
Imprégné d'odeurs végétales,
Avec une eau courante, un moulin battant l'ombre,
Trois arbres contre le ciel bas,
Et ce vieux cheval blanc qui galopait dans la
prairie.
Nous gagnâmes une taverne au linteau orné de
corymbes :
Six mains devant la porte ouverte jouaient aux dés
des pièces d'argent .
Et des pieds envoyaien: baller l.es outres
De renseignements, pomt; aussi nous contmuames
Pour arriver le soir; ayant, mais juste à temps,
Trouvé l'endroit : c'était (pourrait-on dire)
Un résultat satisfaisant.
197
Ali this was a long lime ago, I remember,
And I would doit again, but set down
This set down
This: were we led al/ thal»''!)' for
Birth or Death? There was a Birth, certain!J,
We bad evidence and no doubt, I-bad seen bir th and
death,
But bad thought they were different ,· this Birth was
Hard and bitter agony for us, like Death, our death.
We returned to our places, these Kingdoms,
But no longer at ease here, in the old dispensation,
With an alien people clutching their gods.
I should be glad of another death.
Tout ceci est fort ancien, j'en ai mémoire
Et serais prêt à repartir, mais notez bien
Ceci, notez
Ceci : tout ce chemin, nous l'avait-on fait faire
Vers la Naissance ou vers la Mort? Qu'il y ait eu
Naissance, la chose est sûre, car nous en etimes
La preuve, indubitable. J'avais vu la naissance
Et j'avais vu la mort; mais je les avais crues
Toutes deux différentes. Cette Naissance-là
Fut pour nous agonie amère et douloureuse,
Fut comme la Mort, fut notre mort.
Nous voici revenus chez nous, en ces royaumes,
Mais nous ne sommes plus à l'aise, dans l'ancienne
dispensation,
Au milieu d'un peuple étranger qui reste agrippé à
ces dieux.
Une autre mort serait la bienvenue.
1117·
199
A SONG FOR SIMEON
Lord1 the Roman hyacinths are blooming m bowls and
The winter sun creeps by the snow bills,-
The stubborn season has made stand.
J{)'life is light
1
waitingfor the death wind
1
Like a feather on the back of my band.
Dust in sunlight and memory in corners
Wail for the wind that chills towards the dead land.
Grant us thy peace.
1 have walked mai!J years in this city
1
Kept faith and fasf
1
provided for the poor
1
Have given and ta ken honour and case.
There went never a'!Y rejected from my door.
Who sha/1 remember my house
1
where shalllive my
children' s children
When the time of sorrow is come ?
2.00
CANTIQUE POUR SIMÉON
Seigneur, les hyacinthes fleurissent dans les coupes
et voici
Que le soleil d'hiver s'achemine par les monts de
neige;
La saison têtue se confirme. ,
Ma vie attend, légère, le vent de mort
Comme un duvet sur le dos de la main.
La poussière ~ u soleil, la mémoire aux recoins
Attendent le vent glacé qui balaiera la terre morte.
Accorde-nous Ta paix.
Voici bien des années que je marche dans cette ville,
Observant ma foi et la Loi et pourvoyant à l'indigent,
Donnant et recevant honneur et bien-être.
Nul ne s'en est allé repoussé de mon seuil.
Qui gardera mémoire de ma maison, où vivront les
fils de mes fils
Quand le temps d'affliction sera venu ?
2.01
They will take to the goal' s path, and the fox' s
home,
Fleeingfrom the foreign façes and the foreign swords.
Before the lime of çords and scourges and lamentation
Grant us thy peace.
Before the stations of the mountain of desolation,
Bejore the certain hour of materna! sorrow,
Now at this birth season of decease,
Let the Infant, the stillunspeaking and unspoken Word,
Grant Israel' s consolation
To one who has eighry years and no to-morrow.
Aççording to Thy word.
They sha/1 praise Thee and suffer in every generation
With glory and derision,
Light upon light, mounting the saints 'stair.
Not for me the marryrdom, the ecstasy of thought and
prqyer,
Not for me the u!timate vision.
Grant me thy peace.
(And a sword shall pierce thy heart,
Thine a!so.)
2.02.
Ils prendront le sentier des chèvres, se terrant au
gîte des renards,
Fuyant les faces étrangères comme les glaives
étrangers.
Avant le temps
Des liens et des fouets et des lamentations,
Accorde-nous Ta paix.
Avant les stations sur la montagne de désolation,
Avant !"heure assignée au chagrin maternel,
En ce temps que void de naissance et de mort,
Que le petit Enfant,
Le Verbe qui ne parle encore et n'est parlé,
M'accorde la consolation d'Israël
A moi qui ai quatre-vingts ans, et qui n'ai pas de
lendemain.
Selon Ta parole
Ils Te loueront et souffriront dans chaque
génération
Avec gloire et dérision,
Lumière sur lumière, gravissant l'escalier des saints.
Le martyre n'est pas pour moi, ni la pensée ou la
prière dans l ' e ~ a s e ,
L'ultime vision n'est pas pour moi.
Accorde-moi Ta paix.
(Un glaive, à toi aussi, te percera le cœur.)
2.03
1 am tired with my tn1111 /ife and the live.r of lhote after
me,
1 am dying in my O'IVfl death and the deaths of lhote afte,.
me.
Let thy servant depart,
Having seen thy salvation.
204
Je suis las de ma vie et de la vie de ceux qui
viendront après moi,
Je me meurs de ma mort et de la mort de ceux qui
viendront après moi.
Laisse partir Ton serviteur,
Car mes yeux: ont vu Ton salut.
1 ~ 2 8 .
ANI MU LA
'Issues from the hand of Cod, the simple sou/'
To a flat world of changing lights and noise,
To light, dark, dry or dam, chii!J or warm;
Moving between the legs of tables and of chairs,
Rising or fa/ling, grasping at kisses and toys,
Advancing boldfy, sudden to take alarm,
Retreating to the corner of armand knee,
Eager to be reassured, taking pleasure
ln the fragant brilliance of the Christmas tree,
Pleasure in the wind, the sunlight and the sea;
Studies the sunlit pattern on the floor
And running stags around a si/ver trC!J ;
Confounds the actual and the fanciful,
Content with piC!Jing-cards and kings and queens,
What the fairies do and what the servants SC!J.
zo6
ANIMULA
«S'échappe de la main de Dieu l'âme naïve »
V ers les lumières changeantes et la rumeur d'un
monde plat
Clair ou obscur, sec ou humide, chaud ou froid;
Butant contre le pied des tables et des chaises,
Tendant la main vers les baisers et les joujoux,
S'avançant hardiment,. prompte à prendre l'alarme,
Cherchant refuge au creux du bras et des
genoux,
S'offrant à être rassurée, prenant plaisir
A l'éclat embaumé de l'arbre de Noël,
Plaisir au vent, plaisir au soleil, à la mer;
Étudie le motif ensoleillé par terre
Et les biches courant autour d'un plat d'argent;
Confond l'imaginaire et le réel, contente
Avec des cartes à jouer, des rois, des reines,
Et des exploits de fée, et des dires de bonne.
The heavy burden of the growing sou/
Perplexes and offends more, day by day;
Week by week, offends and perplexes more
W'ith the imperatives of 'is and seems"
And may and may not, desire and control.
The pain of living and the drug of dreams
Curl up the sma/1 sou/ in the window seat
Behind the Encyclopaedia Britannica.
Issues from the band of lime the simple sou/
Irresolute and selftsh, misshapen, lame,
Unable to fare forward or retreat,
Fearing the warm rea!ity, the offered good,
Denying the importunity of the blood,
Shadow of its own shadows, spec/t'e in its own gloom,
Leaving disordered papers in a dusty room ;
Livingjirst in the silence after the viaticum.
Pray for Guiterriez, avid of speed and power,
For Boudin, blown to pieces,
For this one who made a great fortune,
And that one who went his own way.
Pray for Floret, by the boarhound slain between the yew
/t'ess,
Pray for us now and at the hour of our birth.
IQ2Q
.2.08
Mais le pesant fardeau de l'âme grandissante
Inquiète et blesse davantage, de jour en jour;
Chaque semaine, inquiète, offense davantage
Par les impératifs de l' « être » et du « paraître »,
Du permis et du défendu, du désir et de sa censure.
La souffrance de vivre et la drogue des rêves
Blottissent la petite âme dans l'embrasure de la fenêtre
Derrière l' Enryclopaedia Britannita.
S'échappe de la main du temps l'âme naïve
Égoïste et irrésolue, boiteuse, difforme
Ne sachant aller de l'avant ni reculer,
Craignant la chaude réalité, le bien offert,
Niant la tyrannie importune du sang,
Ombre à ses propres ombres et spectre en sa ténèbre,
Laissant des papiers en désordre dans une chambre
poussiéreuse;
Vivant enfin dans le silence qui suit le viatique.
Priez pour Guiterriez, avide de vitesse et de
puissance,
Pour Boudin, rédttit en bouillie,
Pour celui-ci qui fit une grande fortune
Et celui-là qui alla son chemin.
Priez pour Floret, saigné par le vautre .entre les ifs.
Priez pour nous à présent et à l'heure de notre
naissance.
IJZj •
14
MARINA
Quis hic locus,
quae regio, quae mundi plaga ?
What seas what shores what grey rocks and what islands
What water lapping the bow
And scent of pine and the woodthrush singing through
thefog
What images return
0 my daughter.
Those who sharpen the tooth of the dog, meaning
De ath
Those who glitterwith the glory of the hummingbird, meaning
Death
Those who sit in the srye of contentment, meaning
Dea th
Those who suffer the ecstasy of the animais, meaning
Death
210
MARINA
Quis bk IONII,
fJ1IIll regio, IJ.IIIII miWii plaga 1
Quelles mers quelles rives quels rocs gris quelles îles
Quelle eau lapant la proue
Quelles senteurs de pin et quels chants, dans la
brume, de la grive des bois
Quelles images s'en reviennent
0 ma fille.
Ceux qui aiguisent la dent du chien, signifiant
Mort
Rutilent des gloires de l'oiseau-mouche, signifiant
Mort
Croupissent dans la soue des repus, signifiant
Mort
Souffrent l'extase des animaux, signifiant
Mort
2II
Are become unsubstantial, reduced by a wind,
A breath of pine, and the woodsongfog
By this grace dis so!vcd in place
What is this face, !css c!ear and c!earer
The pulse in the arm, !css strong and stronger-
Given or lent? more distant than stars and ncarer than
the eyc
Whispcrs and SJna!! !aughter bctwecn !caves and hurry-
ingfeet
Under s!eep, where al! the waters meet.
Bowsprit cracked with ice and pain! cracked with heat.
I made this, I have Jorgotten
And remcmber.
The rigging weak and the canvas rotten
Between one june and another September.
Made this unknowing, half conscious, unknown, my own.
The garboard strake !eaks, the seams need cau/king.
This Jorm, this face, this !ife
Living to live in a wor!d of lime beyond me ; let mc
2.12.
Sont devenus i.tnrilatériels, réduits à rien par une
brise
Une haleine de pin, la brume du chant du bois
Que cette grâce a par places dissoute
Quel est ce visage, moins clair et plus clair
Le pouls dans le bras, moins fort et plus fort ...
Donné ou bien prêté ? Plus loin que les étoiles ct
plus proche que l'œil
Des murmures, de petits rires entre les feuilles, des
pas pressés
Sous le sommeil, là où les eaux se mêlent.
Le beaupré craqué par le gel, la peinture craquée
par le chaud.
J'ai fait ceci, j'ai oublié,
Je me rappelle.
Le gréage qui flanche et les voiles pourries
Entre certain juin et cet autre septembre.
Fait ceci à mon. insu, mi-conscient, ignoré, mien.
La virure de gabord fait eau, les coutures voudraient
de l'étoupe.
Et void cette forme, ce visage, cette vie
Vivant pour vivre en un monde de temps par delà
moi; puissè-je
213
R.tsign my /ife for this /ife, my speech for thal 11nspohn,
The t1111akened, lips parted, the hope, the new ships.
What seas what shores what granite islands towards my
timbers
And woodthrush ca/ling thro11gh the fog
My dallghter.
214
Résigner ma vie pour cette vie, ma parole pour
celle-là non elite,
Pour l'éveil, les lèvres ouvertes, l'espérance, les
nouveaux navires.
Quelles mers quelles rives quelles îles près mes
vergues
Et l'appel de la grive au travers de la brume
Ma fille.
11)0.
Table
TABLE DES TEXTES
DE LANGUE ANGLAISE
FrRsT PoEMs, 191o-192o.
The Love Song of J. Alfred Prufrock. . . . . . . 20
Preludes................................. 36
La Figlia che Pian ge. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
Morning at the Window . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
The "Boston Evening Transcript"......... 50
AuntHelen.............................. 52
Mr. Apollinax ..................... · · · · · · 54
Gerontion. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
The Hippopotamus. • • • • • . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
Sweeney among the Nightingales. . . . . . . . . . . 78
TABLE
Avant-propos du traducteur.. . . . . . . . . . . . . . . 9
PREMIERS POÈMES, 1910-1920
La chanson d'amour de J. Alfred Prufrock . . . 2 I
Préludes ......................... ········ 37
La fig lia che pian ge. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 5
Matin à la fenêtre ................ · .. · .. · · 49
« Le Bostonien du Soir » . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 1
Tante Hélène ........................ · · · · 53
Monsieur Apollinax .................. · · · · 5 5
Gérontion ...................... · · · · · · · · · 59
L'hippopotame. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
Lune de miel ........................ · · · · 7 4
Dans le restaurant. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
Sweeney parmi les rossignols .......... · · · · 79
THE WASTE LAND, 1922
I. The Burial of the Dead. . . . . . . . . . . . . . . . 86
II. A Game of Chess . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
III. The Pire Sermon. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
IV. Death by Water...................... 120
V. What the Thunder said................ 122
AsH-WEDNESDAY, 1930
I. Because I do not hope to turn again..... 162
II. Lady, three white leopards sat under a
juniper-tree.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 168
III. At the first turning of the second stair... 174
IV. Who walked between the violet and the
violet............................. 178
V. If the lost word is lost, if the spent word
is spent .................. :........ 182
VI. Although I do not hope to turn again... 188
ARIEL POEMS
Jourp.ey of the Magi ............... '...... 194
A Song for Simeon. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 200
Animula. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 206
Marina ............. · .. • .: .... . : . ....... ·. :. :.. 2.10
LA TERRE VAINE, 1922
I. L'enterrement des morts ........ . .... .
II. Une partie d'échecs .............. · · · · ·
III. Le sermon du Feu ................. · ·
IV. Mort par Eau ...................... .
V. Ce qu'a dit le tonnerre ............... .
Notes pour la Terre Vaine ............ .
MERCREDI DES CENDRES, 1930
I. Parce que je n'espère plus me tourner à
nouveau ........................ ···
II .. Madame, trois léopards blancs assis sous
un genévrier ...................... .
III. Au premier tournant second ... .
IV. Qui marchait entre la vwlette et la vwlette.
V. Si la parole perdue est perdue, la parole
dépensée dépensée ................ :
VI. Bien que je n'espère plus me tourner a
nouveau ....................... ····
PoÈMES n'ARIEL
Le voyage des Mages ................... .
Cantique pour Siméon ............. · · · · · · ·
Animula .................. ·.· · · · · · · · · · · · · ·
Marina ................... ···············
87
95
107
121
123
1 3 5
195
201
2.()7
211
COLLECTION POÉTIQUE BILINGUE
dirigée par Pierre Leyris
T.-S. ELIOT : Poèmes I9IO-I930
Texte anglais pri.renté el tradllil par. . . . . Pierre Leyris
Quatre Quatuors
Texte anglais tradmt par. . . ... Pierre Llyris.
Notes tk ]olm Hayward
LAo-TzBu : La voie et sa vertu
Tradllit du &binois el présenté par Houang Kia-Tebeng el
Pierre Leyris
LE TASSB: Les flèches d'Arrnide
Texte italien présenté et traduit par. . • Amiiberli
FRAY Lms DE LEON : Poèmes
Texte espagnol pri.renté et tradml par ..•. P. Darmangeal
V. MAIAKOVSKY, B. PASTERNAK, A. BLOK, S. EssÉNINB:
Quatre poètes russes
Texte russe présenté el lradmt par. • . . . . Armand Robin
NIETZSCHE : Poésies complètes
Texte allemand présenté et tradllit par G. Ribemont-Dessaignes
PouCHKINE : Le convive de Pierre, La Roussalka
Texte russ1 présenté el lradllil par . • . . . . Henri Thomas
Les sept Psaumes de la Pérùtence
Tradllitlibremenl par • . . . . . . . • . . . Paul Clawlel
SAINT PoL Roux : Anciennetés
Société d'Exploitation de l'Imprimerie BeUenand· Paris.
Dép. lég. ~ · trim. 1947. N• 278.
Imprimé &n France 1 s .o6

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