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Littérature classique arabe

Semestre d’hiver
M. Genequand Notes de Yasmine Pejom

1
1.11.2006

Il y a peu de littérature traduite car c’est un genre difficile qui ressemble à


la poésie. Vers les années 1900 il y a une forte coupure avec les influences des
littératures européennes (française, anglaise, russe...). C’est l’introduction d’un
genre littéraire nouveau.
Il n’y a ni théâtre ni roman, c’est la disparition des genres plus anciens. La
forme de la poésie est restée fidèle à soi-même de 900 jusqu’à 1900.
Littérature classique/ l’héritage=
Hériter=
Vers 1500, Ibn Khaldun. Pendant une période, on ne crée plus grand chose, on
garde les mêmes formes, les mêmes thèmes.

L’absence de fiction réaliste est étonnante, il existe très peu d’œuvre


correspondant à ce schéma. L’autorité religieuse voit d’un mauvais œil a fiction
et la représentation par l’image.
La littérature arabe représente un volume énorme dont une bonne partie est
l’ensemble des textes juridiques et religieux (les légendes des Prophètes est
même un genre littéraire.) Il existe aussi une riche littérature historique, de
nombreuses chroniques, des descriptions et une littérature de voyage.
Il y a trois style dans la poésie : Lyrique, Poésie du « je », expression de son
âme. Style bref. Épique, Poésie à la troisième personne, expression d’épopée.
Style long. Dramatique, Drame, théâtre.

1. LA POESIE

La poésie et son écriture

Poésie=
Poète=
L’arabe ne connaît que la poésie lyrique. L’exception ce sont les
« romans populaires » comme la « geste de Baïbars ». Ce sont des œuvres
orales mises un jour par écrit. Il n’existe pas d’auteurs définis. Dans les
« mille et une nuits », on trouve ce genre de style, mais ces récits introduits
sont plus tardifs. D’ailleurs cet ouvrage est méprisé par les lettrés arabes.
C’est spécialement les occidentaux qui l’estiment. La poésie est transcrite
après l’apparition de l’Islam, mais l’oralité persiste même après la
généralisation de l’écriture.

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La poésie est le genre le plus important dans la langue arabe. On a
consigné par écrit tout ce qui était important de ne pas altérer par le temps. Si on
a consigné la poésie antéislamique par écrit, c’est parce que c’était un modèle
grammatical et non pas pour favoriser sa diffusion. Les conteurs ont été
supprimés par la radio, la télévision etc... mais il faut bien s’imaginer que dans
le temps, c’était courant et qu’ils interprétaient et changeaient les textes à leurs
guises. Tout comme les chansons d’ailleurs. La musique s’est perdue
évidemment, la notation de la musique n’était pas répandue.
Il existait au début de l’Islam une écriture arabe, mais elle était très
rudimentaire. Il n’y avait ni points diacritiques, ni voyelles. La transcription du
Coran a contraint les arabes de perfectionner leur écriture.
8.11.07
Les anciens poèmes et les recueils

Recueil individuel Diwân=


Les recueils Al-Mu’addal a-ddabii=
Al-hamâsat=
L’anthologie la plus célèbre :
Les suspendus Al-Mû’allaqât=
Vient de la racine suspendre ‘alaqa=
Anthologie de Qûrayshî Jamharat ‘ash’âr=
Deux compileurs du 9ème siècle : Abû-Tammâm=
et Al-bûhturi=
complieur de l’époque omeyade ~900 Al-Qûrashî=

Les poèmes les plus anciens remontent environ à 150 ans avant
l’Islam. Al Mansour (760-770) lui demanda de composer Al-Mu’addal a-ddabii
pour l’éducation de prince Al-Mahdi. C’est une anthologie qui présente des
poèmes entiers, ce qui nous permet de connaître leurs formes. Mais ce ne serait
pas les poèmes les plus vénérés.
Al-Mû’allaqât, la légende dit que c’était des poèmes brodés en or
suspendus sur la Kabba, mais c’est impossible parce que c’est plus tardivement
qu’on met par écrit la poésie. Ce serait plutôt parce que l’on compare la poésie à
un collier suspendu, chaque vers étant comme une perle d’un collier magnifique.
A l’époque omeyade, ce recueil aurait été collectionné par Al-Qûrshî
dans son anthologie. Jamharat ‘ash’âr, son anthologie est composée de 7 parties
de 7 poèmes. Chaque section porte un nom dont un qui est Al-Mû’allaqât, chef
d’œuvre de la poésie ancienne.
Les poèmes se retrouvent dans diverses anthologies, parfois de 7 on
passe à 10 parties, mais les meilleurs poèmes s’y retrouvent toujours, en
particuliers les poètes de la Jahilyya :

3
Imrû’ Al-Qadîs=
Zûhair=
‘Antar ou ‘Antarat=
Tarha=t
Labid=

Il a existé des recueils de tribus, il en reste plus qu’un seul aujourd’hui


de la tribu des Huzails=

Le livre des chants, Kitâb Al-Qânî

Le fameux livre des chants, Kitâb Al-Qânî=


dont l’auteur est Abû Al-Faraj Al-Isfahânî=
(897-967)
Akhbar=
Un historien Taha Hussein=
Le récitant Rawi=
Le génie Al-Nâbqat=

Le livre des chants est un énorme ouvrage de 20 volumes qui porte


sur les poètes, leurs vies, des anecdotes les concernant, la vie ancienne... Ce
livre est une source très riche pour la culture arabe. Une centaine de chansons
est le départ du livre. C’est une succession de chapitres, chacun représentant un
poème ou un musicien. La musique, bien évidemment, n’est pas écrite. L’ordre
n’est pas toujours biographique, on a souvent une généalogie au début puis une
anecdote suivie de textes en prose et en vers. Malheureusement les poèmes ne
sont souvent que des fragments. La partie en prose s’appelle Akhbar, ce sont les
nouvelles. C’est comme une sorte de hadith profane, avec son isnad.
Sur le poète Imru Uqraysh, il y a des légendes, des informations
disparates sur sa vie. Mais son poème le plus fameux n’est même pas cité.
L’objectif du livre n’est pas d’être un critique littéraire, ni de former une liste.

La poésie en générale

Il y a des doutes sur l’authenticité de des poèmes de la Jahilyya, car il


y a 200 ans d’écart entre la naissance des poèmes et son écriture. Taha Hussein
remit en doute la totalité de la poésie au 20ème siècle, entre autre parce que
certains collectionneurs se vantaient de pouvoir écrire des poèmes dans le même
style. Mais aujourd’hui, plus personne ne défend cette thèse. Dans la question
des attributions, il subsiste beaucoup de doute. Pendant 2 ou 3 siècles, la poésie
n’était transmise qu’oralement, par des rawi (abreuvant), nom que l’on donna
aux récitants-mémorisateurs. Il s’agissait souvent du fils du poète,
l’accompagnant comme secrétaire, alors évidemment, les nos se recoupent, se

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retrouve dans les mêmes familles, ou dans la même tribu. Finalement, les vers
récités sont comme un bien commun. Al-Nâbqat c’est le génie,
celui qui sort du lot. C’était un nom qui a été porté par de nombreuses
personnes, une dizaine de poètes. Les diwans sont souvent rangés en ordre
alphabétique.

La transmission :

Khalaf Al-Akhmar=
Hammâd=
Le passage de l’oral à l’écrit s’effectue vers le 8ème siècle ap JC. Non
seulement pour la poésie, mais aussi pour la tradition prophétique. Ces textes
datant de la jahiliyya ont été mis sur papier pour une raison grammaticale. En
effet, une certaine codification de la langue arabe était en train de s’établir. Et
avec l’écriture du Coran, la langue prit de l’importance. Pour bien lire le Coran,
il faut être capable de bien lire l’arabe. Durant le même siècle, on introduit le
papier à la bataille de Toulas vers 750, c’est invention chinoise.

Les poèmes devaient être faciles à mémoriser. Il est très rare qu’il y ait
des enjambements, presque toujours un vers est en une phrase, l’ordre peut être
modifié sans changer véritablement le sens de la strophe. On retrouve ce trait
dans les hadiths. De plus, les gens ne retenaient souvent que quelques vers, c’est
peut-être une explication qu’on n’a souvent que des extraits. Ce sont des
spécialistes qui rassemblent et mettent ensemble les poèmes, d’où certaines
confusions possibles dans les agglomérats. Le Rawi, grand transmetteur, n’est
pas forcément rattaché à une tribu ou un poète. Les deux transmetteurs les plus
célèbres sont :
Hammâd mort en 770 à Kûfa et Khalaf Al-Akhmar, « le roux » mort en 897.

Ceux qui ont conservé la poésie étaient surtout des grammairiens, formant
la base de la langue arabe, la codifiant. C’est pour ça que la symbiose entre la
poésie de l’école du Hijaz et la poésie liée au pouvoir Omeyyade aurait créé un
conservatisme très dur à lire, car les expressions ne sont plus usuelles.

Tous les poèmes sont en arabe, mais on parlait en dialecte, avec des
particularités tribales. On a pensé qu’il y avait déjà une koïné, une langue
commune à côté des dialectes, comme l’arabe classique actuel. Les différences
étaient surtout vocaliques ou toniques. N’oublions pas que les premières
écritures sont sans vocalisation. ~750, introduction du papier, ce qui permet une
plus large diffusion.

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La structure

La racine sha’ara= veut dire être conscient, connaître. Quelque


chose de particulier, alors que poète plutôt du grec “créateur”. On nomme aussi
le poète comme le possédé des djinns, majnun= , un peu comme les
muses de la poésie grecque.
La structure du poème est souvent la même, avec une rime à la fin de
chaque vers, soit voyelle+consonne, soit voyelle+consonne, avec des variantes,
des raffinements possibles. C’est souvent des monorimes, du début à la fin c’est
la même rime. Mais normalement on ne doit pas trouver de répétitions d’un mot
qui rime. La consonne finale est déterminante, d’ailleurs le poème porte son
nom. Par exemple la lettre lam donne un poème lamiya. La majorité des poèmes
sont plutôt courts, plus courts que les “poèmes d’or” qui sont entre 80 et 100
rimes. Le mètre est plus que le rythme, il compte un schéma sur les longues et
les brèves, les longues étant très marquées. Les accents sont généralement sur la
longue. Le schéma est indépendant du nombrer de mots. Mais très
probablement, les poètes n’étaient pas eux-mêmes conscients de ces schémas.
Ahmad Al-Khalil b. Ahmad = est l’auteur du premier
dictionnaire arabe et le “découvreur” des schémas.

U= brève , ,
O=longue le tawîl 4X: OUOUOOU
‘=accent (genre de schéma)

Les poèmes se divisent en deux grandes catégories:


Le rajaz= , peu utilisé, considéré comme inférieur dans la classe des
poèmes, ils ont plutôt un intérêt mnémotechnique qu’esthétique.
Le qasid= , plus difficile, avec des vers plus amples. Il vient de la
racine qasada= qui veut dire viser, avoir l’intention de et couper. En effet
on observe que chaque poème est présenté comme un texte coupé en deux par la
césure de l’hémistiche.

La qasidat= est un poème complet d’une certaine longueur structuré


en 3 ou 4 parties.
Le qit’at= est d’environ 10 vers, est un fragment de poème, ou
parois un poème complet.
La distinction est difficile à établir entre les deux.

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Les thèmes de la poésie préislamique

La poésie préislamique n’est pas religieuse, mais plutôt en relation avec la


vie des nomades. Ibn Qutaïba (828-889), auteur d’ouvrages
historiques et sur la poésie décrit la structure de la qasidat comme suit:

• 1. Le thème initial est souvent lié au temps de vie, nomade ou sédentaire,


évoqué à travers les traces du campement, atlal= .
• 2. Il est suivi du thème amoureux, nasib= suivi du voyage, wasaf=
souvent
• 3. On finit avec une éloge, madih= , ou madh=

Bien sûr, cette structure n’est pas toujours respectée. Ibn Qutaïba parle
souvent des poètes de cour qui doivent exposer leurs poèmes pour la
“récompense”, leur salaire étant versé pour un bel éloge. C’est comme cela
plutôt à l’époque néo-classique abbasside.
A l’époque, on se marie dans la même tribu (endogamie), donc le
thème des séparations d’avec des femmes d’autres tribus est répandu. On parle
souvent d’esprit, de fantôme de la femme qui vient visiter le poète. Tif=
Le thème du désir, de la nostalgie, revient souvent. Shûq= C’est
notamment le thème d’inscriptions retrouvées dans le désert. Le thème du destin
revient, on c’est que c’est des traces des croyances de la Jahilliyya. Le destin est
parfois personnifié dans les créatures de la Manaya= ou dans la
résignation à la mort, le destin, le temps, le dahr=
Après l’évocation du passé, du souvenir, on parle souvent de la
séparation. La description du voyage, du départ, rahil= wadhf= ou
le fait de passer à autre chose, takhlus= . Le thème du désert, de la
souffrance, du chameau, des animaux et même des scènes de chasse sont
abordés.
La dernière partie est consacrée à l’éloge des personnages qu’on veut
honorer ou dont on cherche à être récompensé. Dans la jahiliyya, certain
s’élogent eux-mêmes, fakhr= . La satire peut aussi remplacer l’éloge.
L’éloge des morts est un thème en soit, marthyat= ou rithâ’=
Mais quand on finit par un éloge funèbre, on ne trouve pas de partie amoureuse
en ouverture. Il y a des poétesses qui se lamentent beaucoup des morts, les
pleureuses étaient leurs rôles. Une poétesse célèbre Al-Khansa’=

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L’islamisation de la poésie

Les Mukhadhram= , sont les poètes ayant vécu la venue de


l’islam et s’étant islamisés. Le plus connu est certainement Zuhair= .
On a dit que l’Islam était hostile à la poésie de la jahiliya, certains des versets du
Coran exprime cette hostilité. “ceux qui suivent les poètes sont des égarés, ils
disent ce qu’ils ne font pas.” Il s’agit en fait d’établir la différence entre les
révélations et la poésie. Les poètes avec les premiers conflits avec Muhammad
l’attaquèrent poétiquement. C’était la presse de l’époque, mais c’était plutôt
individuel.
Très vite, des poètes se sont converti ou des convertis sont devenus
poètes, comme Hassan b. Thabit= . Il composa beaucoup d’éloges du
Prophète. Quand on compare entre les deux périodes, il y a finalement peu de
différence de style. On trouve même l’éloge du vin dans un poème composé
avec l’éloge du Prophète. Les traditions poétiques étant plus fortes que les
coutumes nouvelles islamiques.
A partir des révélations, la poésie ne charge pas énormément, par contre
c’est plutôt pendant la période Abbasside que s’opère une grande évolution. On
se rend compte que l’évolution poétique est plutôt liée à des faits sociologiques.
Par exemple, les conquêtes ont disloqué les structures tribales traditionnelles, les
éparpillant sur des territoires beaucoup plus vastes. Il y a une certaine
individualisation de la poésie, le contexte de la rencontre des tribus existe peut-
être encore mais il change profondément. Il y a des poèmes “engagés”
politiquement aussi (on en a retrouvé pour la cause des kharijites). Dans le
khorassân à l’époque Omeyyade on trouve la nostalgie du désert, du cadre
d’antan.
On peut diviser la poésie en deux courants.
• 1. Urbain, lié au pouvoir des Omeyyades, de cour.
Plusieurs grands poètes perpétuent les formes anciennes, avec les éloges
et les satires. L’éloge est pour les notables, la satyre est dirigée contre d’autre
poète, parfois par jeu. Par exemple Naqâidh= et
Al-Farazdaq= et Jarir= , sont célèbres pour leurs
recueils avec leurs insultes mutuelles, finalement tellement liés qu’on les a
réunit dans un seul et même diwan. 650-660 sont nés dans le golfe
d’aujourd’hui. C’est en effet le cerceau de la poésie arabe. Ils vivaient à Basra,
la cour des Omeyyades étant à Damas. Ils étaient de la tribu des Tamim. Ce
n’étaient donc pas une rivalité tribale qui les animaient.
Al-Akhtal= écrit beaucoup sur le vin. C’était le poète le plus
proche des califes omeyyades, bien qu’étant lui-même chrétien. Il rédigeait
plutôt des éloges.
La langue de ces 3 poètes est vraiment préislamique, avec de longs
poèmes quoique sans toujours respectant la structure tripartite.

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• 2.Lié à l’école du Hijaz.
La poésie a principalement deux tendances, mettant soit l’accent sur le style soit
sur les thèmes. La poésie Hijazienne (surtout à Médine), s’est développée avec
la musique, dans une société riche des conquêtes, oisive et bon vivant. Le thème
de l’amour est développé. Dans les schémas nasib, il devient un thème central en
soit.. Ayant que des extraits, on ne peut pas en être cependant sûr. Il y a une
poésie plutôt érotique, le ghazal= et l’autre plus platonique,
sentimentale, le ‘azri= , venant du nom de la tribu ‘azrat= . Par
exemple le poète ‘Umar b. Rabia= écrit de la poésie érotique.
C’est un “aristocrate” e la tribu des Makhzum. Il parle constamment de Nu’m=
, mais ça pourrait être comme Laura de Pétrarque. La saison du pèlerinage était
le moment idéal pour draguer, avec toutes ces femmes qui allaient en pèlerinage.

La poésie peut être lue sans problème. Le courant est connu grâce à des
ouvrages divers comme Al-Kita Al-Qani. Elle est inclue dans des récits
relativement suivis, en prose, comme illustration. On parle d’un couple
d’amoureux célèbre Leila wa Majnun= ou encore Jamil Buthinat=
Majnûn s’appelle en fait Qais b. Mulawah= . Majnun, ça veut dire
possédé par un djinn, c’est le poète. Majnûn est comme un homme à l’état
sauvage, c’est seulement avec le nom de Leila qu’il retrouve ses esprits. Il refuse
de se « faire soigner », il ne veut pas être guéri, on voulait l’emmener à La
Mecque, il refuse.

Les mêmes épisodes sont attribués à plusieurs couples différents. Le trait


commun c’est la fidélité dans un amour impossible, le père de la femme
s’opposant à l’union par exemple. Les deux amants se sont connus
honorablement avant d’avoir la sanction de la tribu, l’homme étant poète, il
aurait révélé leur liaison. La problématique est l’indiscrétion, la réputation des
femmes, leur honneur est important. Quand on ne peut pas aimer, on meurt. Les
personnages peuvent vivre très longtemps dans une condition de chagrin. Mais
ces histoires ne débouchent pas forcément sur une mort. Par exemple dans les
1001 nuits, les histoires finissent bien. La fidélité est un thème récurrent. ‘eshq=
c’est l’amour comme « amar », amour passion, exclusif. On attribue ces
histoires à des personnes réelles, mais c’est devenu avec le temps tout de même
très stéréotypé. Le récit en prose des aventures est entrecoupé de vers de leur
poésie. Ces histoires datent du 7ème siècle, elles ont un contexte bédouin, le
cadre, c’est le désert, les tribus... C’est une vision peut-être un peu romantique
de ce style de vie qui est à ce moment perturbé par la sédentarisation et les
conquêtes. Certainement que les récits sont tirés des textes poétiques. On
récupère l’esprit et on le transforme pour l’islam. La poésie mystique reprend
ces thèmes en les « rendant religieux », par exemple comme le soufi Al-Hallaj=
.

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La poésie sous les Abbassides (6.12.2006)

Les débuts de la poésie abbasside sont marqués par les Muhdathun=


qui est le participe passif de la forme IV renouveler, ahtadatha=
On a des récits et non pas des rapports. Ce sont souvent des poèmes très courts,
monothématiques (le vin, l’amour). Le poème amoureux s’appelle le qazal= ,
celui sur le vin le la khamrya= , le vin, c’est khamr= . Les
mètres sont moins longs et moins solennels. Peut être que cette évolution est due
à la musique. La langue elle-même est très différente, beaucoup plus simple,
plus restreint. Le vocabulaire lié à la vie nomade disparaît. Cette simplification
de la langue est compensée par le développement de procédé rhétorique. Cette
caractéristique stylistique a été théorisée sous le nom du style badi’a= ,
qui signifie innover, commencer, extraordinaire, admirable.

Kitab Al-Badia’ de Ibn Al-Mu’taz

Le traité kitab Al-Badia’= de Ibn Al-Mu’taz(861-908)=


Énumère les 5 procédés littéraires qui sont originaux et en même temps il essaye
de justifier ces innovations en les remplaçants dans une optique de ce qui est
ancien.
• 1. La métaphore, Al-Sti’ârat(l’emprunt)=
Dans la poésie, on trouve surtout la comparaison ( avec kaf ). Mais avec la
métaphore, l’objet n’est pas mentionné. Par exemple : Le matin qui est
métaphorisé par un animal. Par ce matin de vent, lorsque les rênes se sont
trouvées entre les mains du vent du Nord... On compare souvent un beau visage
à un soleil ou la lune.
• 2. La paronomase, l’allitération, tahnis= , jinâs=
C’est le jeu avec les racines, les mêmes sonorités, ce qui est aisé en arabe.
• 3.L’antithèse, tibâq=
On met deux mots de sens opposé (par exemple lumière et ténèbres) dans deux
hémistiches.
• 4. Le chiasme,
On répète un mot au début et à la fin, créant un effet miroir.
• 5. L’hyperbole, la personnalisation, mazhab kalâmi=
On exagère avec des termes un sens, on personnifie des éléments naturels, des
sentiments...

Un critique du 10ème siècle dit que la rhétorique est préférée au fond. La forme,
lafz= est plus soignée que le fond, ma’ny= . Les allusions
littéraires sont fréquentes car les images et les thèmes sont souvent repris. Il y a
donc beaucoup de parodie à cause du fort caractère stéréotypé.

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Les poètes

Bashar b. Burd=
Bashar est un auteur aveugle ayant une ascendance iranienne, arabophone,
appartenant aux mawalins(clients). Au début poétique sous les Omeyyades, il est
opportuniste et utilise le même poème pour honorer plusieurs personnes
différentes. On l’a associé au manichéisme, zandaq= . Il est mort de
mort violente en 784, sous le calie Al-Mahdi. Il est l’auteur d’une œuvre
considérable. Il a réussi surtout dans le style qazal (poésie amoureuse). Il a
souvent adressé ses poèmes à une femme, ‘Abda= et a écrit aussi sur le
vin. Son style est proche du style ‘uzrite.

Abû Nûâs=
Abû Nûâs est lui aussi d’ascendance iranienne. Née entre les années 747
et 762 dans le sud-ouest de l’Iran d’aujourd’hui, il meurt à Bagdad vers 813. Il
s’est distingué dans le style khamryat et qazal avec une marque
d’homosexualité. Il était très proche de Al-Amin. Il y avait pas mal de tolérance
envers l’homosexualité, même si le Coran le condamne. Mais certainement que
les religieux ne le portaient pas dans leur cœur. Il innove les poèmes ayant pour
thème la chasse, tardyat= .

Al-Bûhturi = 13.12.2006
Le calife Al-Mutawakil= a des poètes de cours. Il abroge
le mouvement mu’tazilite. Al-Bûhturi (821-877) évoque dans un de ses poèmes
les plus célèbres, les jardins, surtout le bassin de Samara (100 km au Nord de
Bagdad), il parle des reflets des arbres et des oiseaux. C’est un panégyrique,
« madih ». Il rivalise et admire Abû Tamâm.
Un autre poème sinya (rime en sin) décrit un palais de Ktesifon dans l’empire
Sassanide. En particulier la forme de l’arc brisé. L’évocation du palais avec la
poésie de l’ascétisme évoque l’éphémère de l’homme. Dans le poème, le palais
reprend vie.

Abû Tamâm=
Rival futur d’Al-Bûhturi, il est très bon quand il est bon et très mauvais
quand il est mauvais. Alors que Al-Bûhri est constant dans la qualité de ses
écrits. D’ascendance chrétienne mawali, il s’est fabriqué une fausse généalogie,
par snobisme. Son père tenait une taverne à Damas, lui-même était vendeur
d’eau en Egypte, il retourne en Syrie, est autodidacte. Il est arrivé à la gloire
grâce à un poème spécialement, une ode à la gloire du calife Al-Mutasim (~830).
En 838 il a gagné une bataille Amorium, ‘amoria= , c’était un fort
byzantin. Son style fait un usage très riche des figures de style.

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Ibn Rûmi=
Ibn Rûmi (836-896) est fils d’un mawali (client), chrétien, non arabe
d’origine. Il n’a jamais été relié à un calife, est plus indépendant et assez
hautain, difficile de caractère. Un de ses poèmes le plus célèbre est la destruction
de Basa par la révolte des esclaves dans leur marais salin. (871). Il écrit une
lamentation sur la ruine de la magnifique ruine de Basra. Il fat aussi une ritha
ou marthia (l’éloge funèbre) de son fils mort enfant. Son œuvre est multiforme
et très peu étudiée aujourd’hui.

Al-Mutanaby=
Le fameux Al-Mutanaby est l’un des plus grands poètes. Il est surtout
connu pour la forme et ses maximes. Plusieurs de ses vers sont cité en proverbes
(un peu comme Lafontaine chez nous). Il avait une haute opinion de lui-même,
il se fait même passer pour prophète. Il nait vers 915 à Kufa, après la période de
trouble du califat Abbasside. Après la mort de Mutawakil, Kufa est un centre
shiite, à côté de Najaf. Pendant la période de trouble, l’empire s’est morcelé et
les troupes turques ont pris le pouvoir. A Bagdad, il n’y a plus la possibilité de
faire carrière pour un poète, il a donc beaucoup voyagé. Il part en Syrie en
contact avec la secte shiite des Nusayri, les Alawites, famille d’Al-Asad
aujourd’hui. Il trouve un pouvoir fort et local, des patrons qui pouvaient
l’entretenir. Dynastie des Handanides, Saif Al-Dawla= Il dédie des
éloges, mais finalement se brouille et écrit des satires. 957 en Egypte, il écrit
pour le prince nommé Kafûr= , chef mercenaire qui dirige le pays. De
nouveau, éloge, puis satire. 961 il retourne en Irak sous la dynastie des Buyides.
Il est finalement tué dans une embuscade en 961. Son diwan est classé par ordre
chronologique et on y voit une certaine évolution. Il fait des descriptions très
belles comme celle du lac du site naturel lacustre de Tibériade, ce qui est
original.

Abû Abdtalhia(celui qui est un peu fou)=


Abû Abdtalhia (748-825) est le représentant de la poésie ascétique, le
zuhd= C’est un soufi. C’est la première forme de poésie soufie qui
supplantera la poésie amoureuse, qui parle de l’amour divin. Il y a un
détournement du nasib, repris et transposé. Il avait écrit des poèmes amoureux
avant de trouver sa voie dans ce type de poésie. Il a un diwan d’un volume. Le
thème de la sagesse, du destin est important. Méditation de la brièveté de la vie,
le thème est islamisé. Ce qui arrive à l’homme vient du temps du destin zuhd.
C’est une sagesse assez résignée et pessimiste. Le style est simple et le
vocabulaire est coranique, s’abstient des jeux de langages, des raffinements des
Mo’tasu. Le départ et la séparation sont repris par la Mort. Le thème des peuples
détruits, la disparition des Anciens se trouvent aussi dans le Coran, les Prophètes

12
arabes. La thématique est préislamique, modifiée finalement par l’influence du
Coran.

40 ans plus tard, on trouve un groupe de poète que l’on appelle néoclassique, ils
reviennent au modèle de la qasida. Les poètes de cour dont de la poésie de
« propagande », c’est le rôle qu’à aujourd’hui nos médias, propageant les hauts
faits du gouvernement.

2. LE SAJ ‘
20.12.2006

La poésie, sha’ara= s’appelle nazm= quand elle est


opposée à la prose, nathar= ou manthour= . La racine nathara=
veut dire éparpiller alors que sha’ra= repose sur l’idée de la
connaissance.
Le saj’= est un état intermédiaire entre la prose et la poésie. Il se
caractérise par une rime et une structure rythmique mais sans la codification
précise de la poésie du nazm. 4 à 6 « structures prosaïques » avec des
assonances. Le parallélisme est beaucoup employé, on a des cellules
structurelles qui se répètent avec une analogie. Parallélisme de sens (répétition
de sens ou opposition), procédé rhétorique du style nouveau de la poésie
abbasside. Certaines sourates (particulièrement les dernières, les plus brèves) on
sent ce rythme.
Les oracles de Kahin utilisaient aussi le même style. Les Qutbas (prêche
de la mosquée) et les discours politique utilisaient ce même style. Par exemple
Nasser était maître dans cet art rhétorique. C’est un style persuasif, il est aussi
utilisé pour les dédicaces, les préfaces. Ca implique l’intention littéraire forte de
l’auteur, communiquer, convaincre, d’où une certaine relation avec notre
rhétorique. Une grande part des manuscrits ne correspond pas à e modèle mais
plutôt au modèle du hadith= qui signifie littéralement récit, vient de la
racine hadatha= , raconter.
Le hadith veut être la sténographie de ce que quelqu’un a dit, athar= ,
khabar=
C’est toujours précédé de l’isnad (même dans la littérature profane), c’est
une littérature brute, une transcription directe. Les traditions peuvent se
rencontrer dans plusieurs livres différents, livre de droit, religieux, historique,
des commentaires, la vie du Prophète, les traditions authentiques, sahih=
. Au 9ème siècle, on se rendait déjà compte qu’il y avait de l’authentique et du
non authentique. Il n’y a pas véritablement d’auteur, ci ce n’est l’isnad. L’auteur
est en fait un « collectionneur », il ne prend pas position. Lorsqu’il y a plusieurs
points de vue qui se contredisent, on laisse le lecteur choisir et on dit souvent
« Dieu sait ».

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3. L’ADAB
Risâlat, Rasâil =
Al-Jahiz=
munâdhara
adab=
Ibn Qutaïba(860)=
Adab Al-Kâtib=
‘Oyûn Al-Akhbâr=

Avant 750, il n’y a pas vraiment de littérature écrite. La risalat=


, il y a un auteur, c’est comme une lettre envoyée à quelqu’un. Les Rasâil sont
des épîtres, une série de petits ouvrages, des textes courts, mais plus personnels.
Beaucoup sont composés comme une munâdhara. Elles peuvent prendre la
forme de dialogue, comme entre « la rose et le narcisse », chacun vantant ses
propres avantages. Entre autres, il y beaucoup d’épitres entre les Blancs et les
Noirs, les garçons et les filles (prétexte pour parler ne fait d’hétérosexualité ou
d’homosexualité), le sérieux et le plaisant.. Il y souvent beaucoup d’ironie, sans
prendre vraiment au sérieux les arguments. C’est plutôt une forme de rhétorique
stylistique.
D’un côté, il y a le hadith religieux, les chroniques, commentaires, de
l’autre, la littérature de divertissement, l’adab= . Au début, le sens est
plus large, plus comme le mot « culture » ou alors « bonnes manières ». Par
contre, à l’écrit, c’est plus étroit pace que tout ce qui est religieux n’entre pas
dans l’adab. Ce serait un peu comme les Belles Lettres. Une des caractéristiques,
c’est un mélange de vers et de prose, des fragments de poème avec des passages
en saj’. C’est une littérature agréable et s’adresse à un grand publique cultivé.
Les chercheurs considèrent que le départ est lié à la classe des scribes de
l’administration, kuttab= , avec un but utilitaire à la classe fonctionnaire
de l’état, établissant « l’art de bien rédiger ».
17.01.07
La littérature de l’adab est conséquente en volume. Ibn Qutaiba propose
dans un cadre formel, des écrits à caractères encyclopédiques (pas de classement
alphabétique). Il est un peu plus tardif que Jahiz, la deuxième moitié du 9ème
siècle. C’est un moment charnière, un basculement avec l’abandon par les
autorités de la doctrine Mu’tazilite pour une forme plus stricte de sunnisme.
C’est en 847 avec le calife Al-Mutawakil que cela se passe. Il y a un retour vers
les sciences dites « arabes »- c’est-à-dire liée à la langue arabe- au dépend de
celles dites « des anciens », c’est-à-dire d’origine pré-islamique, comme par
exemple la philosophie, les mathématiques etc...

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Par exemple, Ibn Qutaïba dans la préface de son livre Adab Al-Kâtib, il y a une
attaque contre la culture philosophique, les traductions du grec et une défense
des « sciences arabes ».

Ibn Al-Muqqaffa

Le premier écrivain en prose, la première personnalité littéraire que l’on


peut cerner est Ibn Al-Muqaffa= . D’origine iranienne, d’un
milieu manichéen islamisé, il est exécuté en 757, peut-être à cause d’une
accusation d’hérésie, on ne sait pas. Il avait 36 ans. Bilingue, il a été aussi
traducteur.

‘Oyûn Al-Akhbâr

Le grand ouvrage qui a fixé le modèle du genre dit de l’adab est le ‘Oyûn
Al-Akhbâr, soit les sources de l’information. Par lui, on a conservé des textes
historiques sur l’Iran de Ibn Muqaffa. On a trouvé des citations de la Bible en
arabe, ce qui est très intéressant historiquement parlant, c’est l’un des premiers
exemples de traduction. Evidemment, ce n’est que l’aspect historique qui est
utilisé, ou par exemple pour parler de la naissance du monde. (En Islam, c’est
très fortement déconseillé de lire des ouvrages religieux d’une autre confession,
en particulier la Bible.)
Si l’on dresse une table des matières du livre, on aurait à peu près :
Le pouvoir (récit, maxime)
La guerre
Le commandement
Qualité et défaut (avec en particulier les animaux)
Science et éloquence
Ascétisme (Zuhd= début de la littérature soufie, renoncement au
monde)
Les amis et l’amitié
La nourriture

Kalila Wa Al-Duna

Le recueil Kalila wa Al-Duna est composé de fables indiennes, écrites en


sanskrit(texte perdu aujourd’hui). Il a été traduit en beaucoup de langue, au
temps de l’antiquité en grec, en latin et connu de Lafontaine. A partir de ce texte
pelvit (persan d’alors), Ibn Al-Muqaffa l’a traduit en arabe. C’est une traduction
très libre. L’enchâssement de l’histoire dans l’histoire qui a été poussé très loin
en sanskrit n’a pas été retenu, par exemple. On connait cet ouvrage par des
manuscrits datant du 18ème siècle (l’original serait du 8ème siècle) alors les
copieurs prenaient des libertés, adaptaient les œuvres au niveau du style et de la

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langue. On note le changement notamment en comparant des autres récits de
Muqaffa. (Il existe de très beaux manuscrits, avec des illustrations des fables, les
persans illustrent plus, la littérature s’y prête d’ailleurs.)
La première traduction du sanskrit en persan date d’Anu Shirvan, durant la
dynastie des Sassanides (531-575), grand adversaire des Byzantins. Le texte est
pourvu d’une introduction qui explique le procédé de traduction. En effet,
burzoé a dû apprendre le sanskrit et chercher les textes. C’est un ouvrage
intéressant du point de vue interculturel. C’est un peu la même trajectoire que
les 1001 nuits.
Kalila et Dimna sont deux chacals qui se racontent des histoires, dans une
structure d’enchâssement, parfois avec des structures complexes. L’aspect
politique de l’œuvre est très marqué, les relations sociales dans un cadre
politique sont analysées. Dans l’original sanskrit, ça avait presque un usage
pratique de comportement envers les puissants. C’était comme une littérature
politique, conseillant le lecteur. C’est un style qui s’est ensuite largement
développé en arabe avec une origine A’in, c’est comme l’adab arabe, l’étiquette.
De plus, c’est un moyen détourner de donner conseils aux rois dirigeants,
littérature de cour « miroir au prince ».

Ibn Al-Muqaffa écrit aussi un même genre de livre Kitab adâb Al-Kabir=
Le grand livre de la « culture » adab, ouvrage de conseils, de pièges à éviter... Il
a aussi écrit la lettre des compagnons, des courtisans, risâlat sahâbat=
Il est intéressant du point de vue historique, concernant les impôts, l’armée, le
droit avec un point de vue sur la shari’a important. Vers 750, sous le règne d’Al-
Mansour, tout le hadith n’existait pas. Il y a un manque de codification de la part
du calife et des disparités de jugement suivant la géographie.
Il a aussi écrit un ouvrage où il traite de l’histoire préislamique de l’Iran. La
tradition iranienne est orale, on dépend donc de la littérature arabe pour avoir
des informations. Il avait écrit aussi une défense du manichéisme, alors que lui-
même était converti à l’Islam. Ce texte n’a pas été retrouvé mais il est cité.

Al-Jahiz

L’un des plus grands prosateur de l’adab est Al-Jahiz, littéralement « celui
qui est exorbité », dû à une maladie. Il meurt en ~868. il avait ~90 ans, il suit
l’école des Mu’tazilites, défendant le dogme de caractère créé du Coran et le
libre arbitre de l’homme. Tendance qui s’oppose à la majorité des musulmans.
C’est un sujet de conflit pendant le 9ème siècle. Les califes étaient aussi
mu’tazilite, mais a subi aussi les revirements de l’histoire.
Son style se distingue par son vocabulaire très riche mais sans lourdeur
d’ornements qui lassent dans le saj’. Son style est très admiré, pas très facile.
C’était un homme très cultivé. Il écrit pour un grand publique, utilise des

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ouvrages plus spécialisés, par exemples pour les sciences des traductions du grec
ou du sanskrit.
Son œuvre est vaste, par exemple, le plus long, le « livre des animaux »
Kitab Al-Hayavan= de 7 ou 8 volumes, recueil assez
chaotique, rassemblant des informations de toutes sortes. Zoologique, mais aussi
des anecdotes tout en étant pas très loin des fables. Les stéréotypes animaliers
sont représentés (le serpent est faux, le chien fidèle...). Il cite aussi beaucoup de
poésie sur les animaux. C’est comme une sorte d’encyclopédie. Il est lui-même
compileur. Un autre ouvrage porte sur la rhétorique, l’éloquence, la déclaration,
la manière de bien dire, Al bayân= . L’éloquence a toujours été
appréciée et importante. Ce n’est pas deux volumes de théories, il y a beaucoup
d’exemples. C’est presque une anthologie. Historiquement c’est précieux
d’avoir ainsi répertorié plusieurs types de discours. Mais on ne sait pas si c’est
toujours vraisemblable.
Il écrit aussi le livre des avares, bakhla’= , recueil d’anecdotes
sur l’avarice. La générosité étant un trait important dans l’honneur arabe,
l’avarice est particulièrement blâmable. Il y a aussi des côtés satiriques de la
vantardise de générosité. Il y a aussi l’entité du pique-assiette, zufili=
, mais pas de lui. C’est une littérature plutôt distrayante, on n’apprend pas grand
chose.
Il écrit des épîtres courtes et personnelles (~30-60 p.). Ils sont souvent
composé comme une munzarat= . Deux personnes discutent chacun
argumentant.

Au début de l’ère des Abbassides, on voit le développement d’un


mouvement littéraire (pas vraiment politique) qui s’appelle Al-Shu’biat=
C’est à dire la ramification, les différents peuples. Il y a aussi une polémique
nationaliste, ça devient un thème littéraire. Les thèmes sont : la culture,
l’étiquette, les proverbes, les exhortations, les généalogies (de tribus arabes), les
avares et les pique-assiette, la poésie. On reprend beaucoup, il y a beaucoup
d’ »encyclopédie », mais il y a peu de changement.

Abû ‘Ayân Al-Taûhidi=

Abû Hayân Al-Taûhidi est mort en 1023, on l’appelle parfois le 2ème jahiz,
mais son style est très différent, ce qu’il a à dire est intéressant, mais c’est dans
un arabe difficile. Il écrit sous la dynastie des Buyides, à partir de 945. Les
Buyides étaient de ces dynasties qui maintenaient le pouvoir avec un
représentant Abbasside, mais qui dirigeait militairement. Ils sont shiites et ont
une attitude plus libre avec la sunna. Ibn Qutaïba est un représentant typique du
mouvement sunnite. Les shiites sont plus ouverts à différents courants de
pensées. Al-Tauhidi lui représente le mouvement shiite, même si ses thèmes sont
comparables au mouvement sunnite. Il a été accusé d’hérésie.

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On l’a passablement oublié, il a été redécouvert au 20ème siècle par les
orientalistes, ou les arabes avec une vision orientaliste. Son ouvrage le plus
important est le Kitab Al-Imta wa Mu’amasa= , le livre du
ère
divertissement et de la sociabilité. 1930, 1 publication par Ahmad Amîn en
Egypte. On l’a surnommé Al-Tauhidi « le philosophe des udadbats , auteur
d’adab» et l’ « adabis des philosophe ». Son ouvrage est liée par son histoire au
contexte politique. Il reproduit les majlis, des forums, autour d’un vizir Buyide,
Un des vizirs importants était Ibn Sa’dan= . Il leur donnait un thème
de discussion. 40 des majlis, comptés comme 40 nuits, serait-ce un clin d’oeil
aux 1001 nuits ? On retrouve la Munazara parce qu’il y a des points de vue qui
s’affrontent. Par exemple une discussion sur la grammaire et la logique,
opposition « science arabe » et « science étrangère » (grecque). On voit
l’affrontement entre deux conceptions du monde. Al-muqâbasat=
« L’emprunt du charbon ardant pour son usage ».

L’Histoire :
Tabari=
Tabari= (m.923) a écrit une chronique, « Tarikh Al-Rasul Al-Muluk ».
Il est aussi un commentateur religieux. La narration de l’Histoire fait partie du
Hadith, il y a un fort lien entre histoire et religion, mais il se détache petit à petit
avec les chroniques. On a des collections de la sira, les premiers récits
historiques sont la Maqâzi futûh= . La plupart de ces
ouvrages sont perdus. Les chroniques sont écrites année par année, on parle
d’anale, de cette manière, il est impossible d’avoir une vue d’ensemble, un récit
synthétique. C’est plus une accumulation de matériaux, avec en premier les
principaux événements de l’année suivi ensuite des personnages principaux qui
sont morts.
Al-Mas’ûdi=
Au 9ème siècle, deux de ces historiens sont shiites(peut-être parce qu’ils sont
moins attachés à la Sunna) Al-Yakubi et Al-Mas’ûdi.
Al-Mas’ûdi= appartient à une famille de partisan d’’Ali, il est né à
Bagdad vers 890 et mort en Egypte. Son ouvrage « les prairies d’or » Morûj Al-
Zahab= , partie de son ouvrage « les histoires du temps » Akhbâr
Al-Zamân= , devaient être un ouvrage très important à 30 parties.
Il écrit aussi sur l’histoire des religions. Il prend beaucoup de liberté quant au
plan traditionnel. La première partie parle de la cosmographie, ensuite on passe
à l’histoire des Prophètes (chez Tabari aussi) qui serait l’Histoire avant l’Islam.
Il développe aussi beaucoup de choses par rapport à l’Iran et suit son récit par
règne.
Ces chroniques sont comme un hybride entre la tarikh= et l’adab=
Il y a une absence totale de polémique, exposant sans prendre partie. Il
s’informe lui-même ce qui est une démarche tout à fait originale pour ce genre
de littérature. Il critique même Jahiz en le trouvant trop livresque. Son exemple

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ne sera pas vraiment suivi, les autres revenant à l’ancien système, accumulant
des petits faits sans donner de plus grande ouverture. L’ouvrage d’Al-Massoudy
est historique, mais aussi géographique tellement il y a des références de ses
voyages. Le mot même de géographie vient du mot grec geografia. Le mot arabe
est « les chemins et les provinces » Al-Masâlik wa Mamâlik=
ou Jeoqrâfiâ= . Le premier géographe arabe (qui écrit en
arabe) mais iranien, Ibn Khurdazbeh=
Ibn Khurdazbeh
Ibn Khurdazbeh (mort vers 885), son ouvrage porte le mon de Masâlik wa
Mamâlik, il était maître de la poste et des renseignements abbasside. Ils se
rendent compte de l’importance d’être informé, l’espionnage s’exprime dans ce
type de littérature. On y trouve des informations en tous genre, le revenu des
provinces, le pèlerinage, la récolte de l’impôt, les taxes... C’est sous forme de
listes, mais c’est pas tellement pour la forme qui est intéressante sinon que ce
soit le point de départ de la littérature géographique, mais ce n’est pas vraiment
un géographe, lui-même ne s’en rendant pas compte. Il y a des distances sur
plusieurs mesures différentes, le Mil= pour la Syrie, le Farâsikh= pour
l’Iran... On divise le monde en 7 dimats (mot grec), iqlim= , qui désigne
les zones, les latitudes. A partir d’itinéraire, de « guide de voyage », s’est ajouté
des traits légendaires sur les pays lointains, ou sur les temps lointains. Cette
littérature s’appelle « merveille », ‘ajib= . il y a deux tendances, soit
une compilation de renseignement du type guide ou dictionnaire ou alors des
récits de voyage.
Les « nouvelles de la Chine et de l’Inde » Akhbaâr Al-Sin wa Al-Hind=
par exemple, on ne sait si l’auteur aurait été jusqu’en Chine. La route de la soie
était faite petit bout par petit bout, on peut donc penser assez logiquement qu’il
y avait des ouvrages de récits rapportés plutôt que vécu par l’auteur lui-même.
Le voyage proprement dit s’appelle la rihlat= , c’est souvent un
pèlerinage qui donne le prétexte du voyage.
Ibn Jubay= ou encore Ibn Battuta= . Avec le temps
la rihlat déviera de son cadre islamique du pèlerinage.
Ibn Battuta part en pèlerinage jusqu’en Chine entre 1325 jusqu’en 1349, presque
25 ans de voyage. Cette littérature a quelque chose de très vivant, on trouve
souvent des traductions. Jusqu’au 19ème siècle on trouve le même genre de
voyageur en Europe.
Il existe un ouvrage de l’Inde de Birûn= , Iranien de
l’Ouzbékistan (975-1050), Mahmûd de Qhazni (du nom de la ville) a découvert
un ouvrage sur l’Inde « le précis sur l’Inde », tahqiq Al.Hind= .
Lui-même a appris le sanskrit pour se pénétrer de la culture et a eu un intérêt
particulier pour les religions de l’Inde, en parlant sans porter de jugement. Il
traduit un ouvrage sur le yoga.

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Les milles et des nuits

Au 9ème siècle on trouve un fragment. Il existe un recueil de conte traduit du


persan de l’époque sassanide, les 1001 nuits. Al-Mas’ûdy (~950) en parle avec
mépris, avec le terme de radotage, khorâfat= . Il traduit le titre
1000 radotages, 1001 nuits seraient un titre plus tardif, 1001 étant un nombre
comme 36 en français, signifiant beaucoup. On ne possède pas de manuscrit de
cette époque, seulement des informations dans d’autres écrits. Le plus ancien
manuscrit qui nous est parvenu date du 14ème siècle, acheté par Antoine Galland,
le traduisant en français.

Antoine Galland (1646-1715), est ambassadeur et interprète de Louis XIV, il


connaissait le turc et était à (Istanbul) Constantinople. Il achète un manuscrit qui
comprend 282 nuits. La langue est très dialectique, il manque les points
diacritiques, les formes ne sont pas classiques d’où le mépris des savants.
Il y a un grand succès en Occident, de là une certaine pression commerciale pour
trouver les « nuits restantes ». Alors Galland a rajouté lui-même des histoires
qu’il avait entendues, de natures très diverses, comme « Sinbad le marin ». Cette
histoire est calquée sur la littérature de voyage. Allahdin et Ali baba aussi
viennent de ces histoires ajoutées, ces histoires auraient été racontées par un
conteur nommé Hanna, à Alep.
Par la suite, on a trouvé des manuscrits, mais se basant eux-mêmes de la
traduction de Galland. Au 18ème siècle, on s’est mis à traduire et à rechercher
plus activement le manuscrit. C’est un engouement pout l’orient qui s’empare de
l’Occident, les « lettres persanes » de Montesquieu datent de cette période
(cartas marruecas de Cadálso también).

En Egypte, vers 1775 on « trouve » un manuscrit qui serait le recueil complet.


Un chroniqueur allemand Zetsen le mentionne dans un de ces écrits, oubliant
malheureusement le nom du Sheikh qui en aurait été l’écrivain. L’ouvre en elle-
même n’est pas une œuvre orale. Dans la version égyptienne, il y a des allusions
de l’attaque des Francs, ce qui ne peut être rattaché au premier manuscrit.
Certains contes appartiennent cette fois au genre littéraire oral, avec un jour
quelqu’un qui retranscrit le conte par écrit. Ce genre de conte est beaucoup plus
proche du « roman de chevalerie », même s’il n’y a pas de « chevalerie » en
orient. Le Roman de Baïker ou de Antar, par exemple. Il n’y a plus les côtés
magiques et surnaturels des textes plus anciens. Certains contes sont des
anecdotes, des khabar. On distingue donc 2 versions, une syrienne dite de
Galland et une égyptienne, plus longue et plus tardive. La première impression
arabe vient de l’édition du Bulâq= , du 19 ème siècle au Caire, la
première imprimerie du monde arabe en caractère arabe. Il y a aussi une édition
à Calcuta. Le manuscrit original écrit à la main n’est souvent pas gardé. On
estime pour la version finale que les 2/3 sont en fait des « rajouts » tardifs.

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Le récit cadre des 1001 nuits ressemblent beaucoup au style indien, deux princes
indiens sont trompés par leurs femmes et racontent l’histoire de Shéhérazade
comme contre exemple. Ils citent un verset coranique :

Inna kaida kunna ‘azîmun


Votre perfidie est immense. C’est une œuvre profondément misogyne, les
femmes n’auraient qu’une idée en tête : tromper leur mari.

Le « noyau primitif » des 1001 nuits comprend l’histoire du marchand et du


djinn, du pêcheur et du djinn, avec un certain effet-miroir quand on récit-cadre,
le pêcheur pour sauver sa vie raconte des histoires au djinn, tout comme
Shéhérazade. Les entremêlements des histoires sont si fins qu’il semble
impossible qu’il n’y ait pas un auteur pour toutes les coordonner, mais on ne sait
pas qui il est ! Il y a un rythme ternaire, les épisodes reviennent 3 fois. Certaines
thématiques se retrouvent plusieurs fois, comme la perfidie des femmes, sauver
sa vie en racontant des histoires, les djinns et d’autres éléments surnaturels.
Dans les 1001 les djinns sont malfaisants, ils peuvent se transformer en
animaux.
Shéhérazade est un nom typiquement iranien, du mot la ville, Shehr= et
du mot libre, azad= , « celle qui libère son pays », Shéhérazade libère son
peuple de la tyrannie du roi qui tue ses jeunes épousées en l’épousant et en lui
contant des histoires tellement passionnantes qu’il n’ose la tuer de peur de ne
pas connaître la fin.

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