Mariage et papiers pour touTEs !

Le débat concernant le droit au mariage pour les personnes du même sexe, rebaptisé droit au mariage pour touTEs, est très médiatisé depuis son évocation lors de la campagne présidentielle de François Hollande, président actuel. Vous n'êtes pas sans savoir que ce débat, suivi d'une proposition de loi, a donné lieu à un processus de médiatisation s'éternisant, pervers et particulièrement stigmatisant pour les minorités sexuelles concernées. En effet, depuis plusieurs mois, le débat est sans arrêt à l'affiche ; il semble occuper tous les esprits, toutes les langues. Suite à chaque manifestation, à chaque déclaration politique, nous avons le droit, pour le déjeuner ou le dîner, au flash info "mariage gay". Pour la majorité des Français ainsi que certains politiques : "Ce n'est pas une priorité en temps de crise" ; vous aurez peut-être comme moi des difficultés à comprendre le concept de "priorité" en matière de création de loi contre les discriminations. Pourquoi dans ce cas nous mettre à l'affiche avec tant de violence ? Car c'est un débat violent qui se joue là. Eh oui, que l'on soit homosexuelLE ou non, on ne voulait pas forcément savoir que le maire de notre commune, nos parents ou encore nos voisins étaient homophobes et subir des déchaînements de propos haineux, prononcés sous prétexte de vouloir protéger une « institution ». Je pense, en particulier dans ces momentslà, aux milliers d'homosexuelLEs vivant sous le toit de parents homophobes. Ces situations de déchaînements de haine gratuite explique certainement l'explosion de demandes de placement de jeunes LGBTI à l'association « le Refuge ». Mais qu'en est t-il exactement de ce débat, en dehors des questions concernant l'étymologie du terme mariage, ou des interrogations concernant la possibilité de vivre en couple et d'être amoureux-ses entre homosexuelLEs (je vous l'épargne) ? Au niveau légal donc, puisque le Pacs est déjà ouvert aux couples du même sexe, et que le droit à l'adoption est dissociable du droit au mariage (je le rappelle quand même, parce que certains l'oublient : le fait d'être un couple marié n'est qu'un élément favorisant les chances de se voir confier unE enfant), ce qui est beaucoup plus important (à mon avis) et dont on parle curieusement très peu dans ce débat, sinon jamais, c'est la question de la régularisation. Eh oui, le "mariage gay", c'est ça aussi : la possibilité pour des étrangerEs sans papierEs, hommes/femmes/cisgenres/transgenres/agenres/intersexes (quelque soit leur sexualité), de se marier avec unE conjointE « du même sexe » (pour l'unE comme pour l'autre, il faut bien sûr prendre en compte le sexe qui lui est attribué sur ses papiers d'état civil et, si il-elle n'en a pas, le sexe que lui prêtent/choisissent des fonctionnaires administratifs) et d'obtenir par la suite un titre de séjour.

En effet, alors que le Pacs n'est qu'un "élément d'appréciation des liens personnels en France pour l'obtention d'un titre de séjour", qui ne donne donc lieu à aucune délivrance de titre de séjour pour le-la partenaire étrangerE, le mariage quant à lui garantit l'obtention de titres de séjour. De plus, il permet l'obtention d'une carte de résidentE françaisE au bout de trois années de vie commune (pour les AlgérienEs et les TunisienEs : au bout d'un an de vie commune) et même la possibilité de demander la nationalité française par voie de naturalisation au bout de quatre années de vie commune. Il convient cependant d'être prudentE, le mariage et le Pacs présentent plusieurs inconvénients. En effet, il y a toujours un risque, lorsque le-la conjointE étrangerE dépose son dossier à la mairie, que les autorités soient alertées et que le préfet prenne une mesure d'éloignement du territoire (circulaire du 16 juillet 1992). Pour le-la conjointE françaisE, il existe un délit d'aide à l'entrée irrégulière et un délit d'aide au séjour irrégulier. Heureusement, la plupart des tribunaux ne condamnent pas ces faits. Il faut aussi prendre en compte les risques de condamnation pour mariage blanc. Elle intervient à la suite d'une dénonciation par le maire (avant le mariage) ou par unE tiersE (après le mariage), le procureur de la République cherche alors à savoir si les conjointEs ont « l'intention réelle de vivre ensemble et de fonder un foyer ». Il faut savoir que « le fait de contracter un mariage aux seules fins d'obtenir, ou de faire obtenir, un titre de séjour constitue un délit puni de cinq ans d'emprisonnement et de 15.000 € d'amende » (article L. 623-1 du CESEDA). Mais qui sont ces personnes sans-papierEs qui pourraient se marier avec unE conjointE « du même sexe » ? Exceptés les cas de mariage blanc, il s'agit de personnes étrangères appartenant à une minorité sexuelle et, parfois, transidentitaire. En France, la situation des transidentitaires est délicate, puisque la reconnaissance d'une transidentité est très difficile et est un combat du quotidien pour tous les transgenres et intersexes français. Alors imaginez la situation des transidentitaires étrangers sans-papiers : une catastrophe. En effet, rejetéEs par la société en général et souvent également par leurs compatriotes cisgenres à cause d'une identité sexuelle jugée déviante, interdite ou floue, ils-elles vivent de manière très précaire au sein de communautés très fermées. Les cisgenres appartenant à des minorités sexuelles peuvent également être rejetéEs par leurs compatriotes à cause d'une sexualité jugée déviante. Les conséquences de ce rejet de la part de leurs compatriotes (avec ou sans-papierEs) sont que ces individuEs ne suivent pas les mêmes parcours migratoires, les mêmes réseaux et les mêmes activités professionnelles. Une grande partie travaille en effet dans l'industrie du sexe et, en particulier, dans la prostitution de rue - activité certainement la plus stigmatisée de notre société, au statut légal confus (avec une position soit disant « abolitionniste » de l’État français mais, dans les faits, la politique menée sur le terrain est une politique répressive, entre arrestations, amendes, expulsions ; d'après les lois en vigueur, les

travailleurEUSEs du sexe seraient à la fois victimes et coupables de leur condition...) exposant ces personnes déjà vulnérables à des violences accrues. Dés lors les stigmates font partie du quotidien : étrangerEs, Sans-papierEs, pédés, gouines, travs, trans, putes, tapins. Les abus policiers et les violences d’État aussi, puisque unE sanspapierE expulsable est complètement dépourvuE, seulE face aux autorités. Leur vulnérabilité est telle que peu envisageraient de porter plainte s'ils étaient confrontéEs à des violences, en particulier à des violences policières, en sachant que celles-ci vont des humiliations aux viols, en passant par le racket (qui est facilement justifiable de la part de la police, voir légal, par exemple grâce à la loi condamnant le racolage passif jusqu'à 3500 euros d'amendes ; imaginez bien que la police ne se prive pas d'arrondir ses fins de mois en pratiquant le racket et le vol de ces individuEs). Pour beaucoup d'entre eux-elles, l'élection de François Hollande était considérée comme une délivrance ! La gauche au pouvoir : moins de flics, moins d'expulsions, plus de régularisations et le mariage pour touTEs ! A ce jour, nous doutons que les trois premières suggestions soient vraies. En effet, il faut savoir, que sous ce gouvernement « de gauche », la politique du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, est déjà responsable d'un nombre d'expulsions plus élevé qu'en 2011 (c'est-àdire sous un gouvernement de droite) ! Au moment où j'écris, ce dernier refuse obstinément de régulariser des sans-papierEs grévistes de la faim depuis 70 jours, qui mettent donc leur vie en péril, pour être régulariséEs. Ce début de quinquennat nous laisse donc entrevoir que la réalité dans les années à venir pourrait se révéler catastrophique en matière de situation des sans-papierEs en France. Mais on peut encore penser (ou espérer) que François Hollande portera à terme tous ses engagements portés lors de la campagne présidentielle, y compris concernant le droit au mariage pour les couples du même sexe (plus l'adoption, la filiation et la PMA). La suite nous le dira. Cependant, il convient de réfléchir aux risques considérables auxquels les mariéEs sanspapierEs seront confrontéEs : exploitation et violences conjugales, viols et abus sexuels. Dans le cas où le-la conjointE françaisE considère qu'il-elle offre à son-sa conjointeE des papiers en échange d'argent, de rapports sexuels, de sa force de travail, etc. Si le contrat n'est pas respecté par le-la partenaire sans-papierE, le-la conjointE françaisE a tous les pouvoirs et aura la possibilité en quelques coups de téléphone de provoquer l'éloignement du territoire ou la perte des titres de séjour de son-sa conjointE sans-papierE. C'est pour ça qu'il faut se battre et se mobiliser afin que la nationalité française soit accordée de droit aux résidentEs du territoire français, de même pour le droit d'asile aux étrangerEs en danger, afin que le France devienne enfin un véritable pays d'accueil ! Pour que plus jamais en France des individuEs ne soient obligéEs de se marier, de faire des enfants, de se contaminer, de mettre en péril leur santé, d'être exploitéEs, d'être abuséEs,

pour essayer d'avoir des papiers ! Dans le but de vivre et d'évoluer librement ! Pour que, enfin, les sans-papierEs puissent communiquer et échanger avec les citoyenNEs françaisEs afin de lutter contre les réseaux d'exploitations, d'enrayer et de prévenir les épidémies et de combattre ensemble pour une société plus juste et plus égalitaire entre les IndividuEs !

Les sans-papierEs LGBTI exigent du gouvernement actuel :
» La régularisation immédiate de tous les sans-papierEs ; » La reconnaissance sans conditions de toutes les transidentités ; » Le droit au mariage, à l'adoption et à la filiation pour les couples de même sexe ; » Le droit au recours à la Procréation Médicalement Assistée ; » L'abrogation de la Loi pour la Sécurité Intérieure de 2003 (Loi Sarkozy « du nettoyage des trottoirs au Kärcher », qui exclut encore plus les exclus) qui renforce la répression, entre autres, des délits de racolage passif, de squat, de mendicité « agressive », ... ; » Une lutte effective contre le travail forcé, l’exploitation, la servitude et la traite à ces fins ; » Une lutte effective contre l'exclusion et les discriminations dont sont victimes les transidentitaires et les minorités sexuelles.

Massinissa B.