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De la nécessité du complet renoncement et du parfait don de soi

Grand Évangile de Jean, Tome 8

Chapitre 77
Paraboles du royaume de Dieu

1. Le Romain Marc dit alors : « Seigneur et Maître, pour moi du moins, tout est clair à présent : mais je
comprends aussi très clairement que les hommes qui entendront cela ne le comprendront pas : car il faut
pour cela des connaissances préalables extraordinaires ! Cela nous est certes facile, à nous qui sommes
en Ta présence, parce que, grâce à Ta toute-puissance, à Ton amour et à Ta sagesse, Tu peux nous le
représenter en sorte que nous comprenions même les choses les plus merveilleuses ; mais nous, nous
n'en sommes pas capables, et nous aurons donc bien du mal à faire concevoir ces merveilles aux autres
hommes. »
2. Je dis : « Peu importe, car Je ne vous les ai dévoilées qu'afin que vous compreniez mieux le royaume
de Dieu. Et à ceux qui, par la suite, auront besoin pour le royaume de Dieu de mieux comprendre Mes
oeuvres, Mon esprit saura bien les leur dévoiler et les guider en toute vérité et en toute sagesse. Quant
aux autres, ils en font assez s'ils croient en Moi et s'ils vivent et agissent selon Mes commandements.
Car ils sont certes nombreux, ceux qui sont appelés au royaume de Dieu, mais il ne sera donné qu'à un
petit nombre d'élus d'en comprendre les secrets.
3. Mais si vous les comprenez, il s'établit un lien véritable entre vous et Moi, et à travers vous avec tous
les autres hommes, et Je suis ainsi en vous comme vous êtes en Moi, et il n'en faut pas davantage pour le
moment.
4. Le royaume de Dieu est en cela comme un grain de sénevé, qui est sans doute l'une des plus petites
graines, mais, si on la sème dans une bonne terre, elle deviendra bientôt un véritable arbuste dans les
branches duquel les petits oiseaux du ciel viendront faire leurs nids.
5. Et Ma parole est cette petite graine. Déposez-la dans les bons coeurs humains, et elle grandira bientôt
en eux jusqu'à former un arbre dans les branches duquel les plus belles connaissances du ciel viendront
demeurer.
6. Mon royaume peut aussi se comparer à une femme qui, pour faire du pain, prend trois boisseaux de
farine et y met très peu de levain. Mais lorsque ensuite elle pétrit la pâte, ce peu de levain suffit pour
tout un pain. Voyez-vous, Ma parole est comme cette petite quantité de levain : lorsqu'on la mêle à
beaucoup de farine, il y en a pourtant assez ! Aussi, ne donnez en Mon nom aux hommes que ce qui est
nécessaire d'abord, et Ma parole fera le reste d'elle-même.
7. Celui à qui un enfant est né n'a à se soucier que de sa santé : quant à sa croissance, elle dépend de Moi
seul.
8. Quand vous transmettrez Ma doctrine aux hommes en toute vérité comme Je vous l'ai donnée, faites-
leur aussi remarquer que l'on ne peut en récolter les fruits si l'on ne détourne tout à fait son coeur de
l'amour du monde et de ses richesses : car l'amour des choses de ce monde est un nuage opaque qui
s'interpose sans cesse entre la vision de l'âme et la lumière des cieux !
9. C'est pourquoi le faible scintillement qui résulte de la pure lumière céleste qui brille derrière ce nuage
opaque ne donne à la plupart des hommes qu'une bien faible idée des choses supérieures et surnaturelles
: et parce que ce nuage, loin de s'estomper, devient la plupart du temps toujours plus opaque et souvent
même tout à fait noir, ils n'appréhendent rien de la pure sagesse céleste, et ils sont donc sans cesse pleins
de soucis, de crainte et d'angoisses, croient à toutes sortes de sottises et cherchent consolation et
apaisement auprès des idoles mortes et de leurs prêtres, parce qu'ils ne pourront recevoir la vraie
consolation divine tant que ce nuage s'étendra immuablement entre la vision de leur âme et le soleil
céleste.
10. Car en cela, l'homme est pareil à un voyageur qui marche par un temps gris, quand une brume
épaisse recouvre montagnes et vallées. La magnifique contrée est devenue invisible, et pourtant, elle est
toujours là : mais sa vraie image ne parvient pas jusqu'aux yeux du voyageur, et il ne peut donc avoir
aucune idée de ce que lui cache l'épais brouillard, ni se le figurer. Il aperçoit certes le chemin, et les
repères qu'il distingue faiblement lui indiquent qu'il doit être sur la bonne route. Mais il rencontre
souvent des chemins de traverse qui l'emplissent à nouveau de crainte et d'inquiétude, parce qu'il ne peut
savoir à coup sûr quel chemin est le bon. Il attend qu'un autre voyageur arrive à sa rencontre ou derrière
lui, et il en vient certes quelques-uns. Mais ils sont comme celui qui attend d'eux la vérité. L'un pense
que c'est le chemin du milieu qui mène là où il veut aller un autre dit que c'est ici que ledit chemin
tourne à droite : un troisième affirme le contraire, et un quatrième arrive qui dit : ''Aucun de nous n'en
sait rien, aussi, regagnons plutôt le lieu d'où nous sommes partis et attendons-y que le brouillard se
lève : nous pourrons alors reprendre notre voyage sans incertitude."
11. Cette parabole vous montre fort bien comment la plupart des hommes se dirigent aujourd'hui vers le
royaume de Dieu !
12. Le nuage de l'amour du monde cache aux yeux de l'âme les très belles contrées, les champs, les
montagnes, les vallées, les jardins et les villes, les ruisseaux, les rivières. les fleuves, les lacs et les mers
de ce glorieux royaume éternel. Et puisque J'ai fait lever ce brouillard en vous, il est de votre devoir de
faire de même avec ceux à qui vous annoncerez Ma parole : car si vous négligez cette tâche, vous
bâtirez sur le sable des maisons qui, au lieu de résister quand viendront les tempêtes, les averses et les
inondations, s'écrouleront et seront emportées par les eaux cruelles.
13. Mais si, en répandant Ma parole, vous balayez ce nuage, alors, vous bâtirez sur le roc, et les
tempêtes, les averses et les inondations auront beau venir, elles ne pourront rien faire à ces maisons
solidement bâties.
14. Voyez-vous, nul ne peut servir deux maîtres ennemis : il faut choisir de rester avec l'un ou avec
l’autre et, ce faisant, d'être l'ami ou l'ennemi de l’un ou de l’autre ! Ainsi, nul ne peut servir le monde et
ses richesses mortes et en même temps le royaume vivant de Dieu, car cela est impossible.
15. C'est pourquoi celui qui veut servir le royaume de Dieu doit chasser de son coeur le royaume du
monde ! Comment ? Je vous l'ai déjà bien souvent montré, non seulement par des paroles claires et
vivantes, mais aussi par toutes sortes d'actes. Faites de même, et vous récolterez beaucoup de bons
fruits.
16. La moisson promet d'être abondante, et les épis nombreux n'attendent que d'être coupés : mais il y a
encore bien peu de moissonneurs. Aussi, demandez au Seigneur de la moisson qu'Il engage au plus vite
de nombreux moissonneurs pour Ses champs !
17. Vous pouvez aisément conclure de tout cela ce que vous aurez à faire avant tout lorsque vous
répandrez Ma doctrine parmi les hommes : vous n'avez pas à leur dire à tous beaucoup de choses, ni des
choses extraordinaires, mais seulement à ceux qui prendront votre suite dans cette fonction. Quant à ce
que Je vous ai dit pour votre gouverne, dites-le aussi à ceux qui vous succéderont dans la mission que Je
vous confie, et tout ira bien. - Avez-vous bien compris ? »

Chapitre 78
De l'importance de l'exemple

1. Le Romain Marc répondit, et Agricola avec lui : « Seigneur et Maître, nous T'avons sans doute
compris, et nous voyons bien que c'est une condition indispensable, pour tout homme qui veut avoir la
certitude véritable de pouvoir un jour entrer dans Ton royaume, que de balayer loin de lui ce nuage de
l'amour du monde qui s'interpose obstinément entre la vision de l'âme et le royaume de Dieu : mais il
nous semble que c'est précisément là qu'il aura les plus grandes difficultés, et pour d'innombrables
raisons.
2. Car enfin, pour un homme jeune, sain de corps et pourvu de tout ce qui est nécessaire pour vivre, la
terre, avec l'infinie variété de ses agréments, offre un attrait d'autant plus grand qu'un tel homme n'a
souvent pas la moindre idée de la gloire d'un royaume de Dieu intérieur qui n'a pas commencé à germer
en lui, idée que son éducation mondaine, si morale soit-elle, n'a d'ailleurs pas davantage pu lui donner.
3. Lorsqu'on dira à cet homme qu'il doit se détacher de toutes les beautés de la terre parce que cet amour
terrestre lui cache la splendeur du royaume supérieur et éternel de Dieu et la dérobe aux regards de son
âme, ne répondra-t-il pas : ''En ce cas, montrez-moi ces splendeurs, et je tournerai le dos à celles de cette
terre !" ? Comment éloignerons-nous le brouillard mondain de cet homme, qui a finalement raison lui
aussi à sa manière ?
4. Encore sont-ce là des hommes bons à la manière du monde, et à propos de qui nous pouvons nous
dire qu'on n'abat pas un arbre d'un seul coup, fût-ce avec la hache la plus tranchante, et que le temps
porte conseil ! Mais il y a l'immense foule de ceux qui dépendent totalement de leur position en ce
monde : d'abord l'état de prêtre, puis celui de fonctionnaire avec ses nombreuses ramifications, et enfin
l'état militaire, souvent très fruste encore. Dans toutes ces légions humaines, le nuage de l'amour du
monde est pour la plupart une masse compacte et obscure. Comment le balayer ? Et ne parlons même
pas des serviteurs et des esclaves, qui sont des hommes aussi, mais ordinairement fort au-dessous de
toute éducation au bien. Avec la plupart des Juifs, ce travail préalable sera déjà bien difficile : que sera-
ce donc avec les autres peuples de la terre ! Mais puisque cette tâche, si dure soit-elle, est pourtant
essentielle, explique-nous encore un peu, nous T'en prions, Seigneur et Maître, comment nous devons
nous y prendre pour ne pas travailler en vain. »
5. Je dis : « Mes chers amis, Je sais mieux que quiconque que cette tâche n'est pas facile et vous coûtera
beaucoup d'efforts et de grands sacrifices avant que n'apparaissent les résultats escomptés : mais Je vous
donne aussi les moyens et les expédients nécessaires pour que vous puissiez l'accomplir là où cela est
possible, comme Je le fais Moi-même à présent avec vous - et Je ne peux vous donner plus que Je n'ai
Moi-même ! Mon esprit vous fera voir clairement en vous-mêmes, en temps et en heure, ce que vous
aurez à faire pour amener les gens à l'état nécessaire pour recevoir le royaume de Dieu.
6. Les gens prendront ainsi conscience de ce qui leur manque, et ils feront alors de grands efforts pour
atteindre ce qu'ils auront perçu en vous. En cela, Je dis comme vous : EXEMPLA TRAHUNT (l'exemple
entraîne). Car lorsqu'un homme, en vous voyant, comprendra ce que c'est que posséder le royaume de
Dieu, il viendra à coup sûr vous demander comment vous en êtes arrivés là. Il vous sera alors facile de
parler, et vos paroles et vos actes feront bientôt s'enfuir les brumes que vous savez, tout comme Mes
paroles et Mes actes ont chassé les vôtres !
7. Cependant, Je ne vous demande certes pas d'aplanir toutes les montagnes et les collines en une année,
ni même en un jour. Il suffit que chacun de vous fasse ce qu'il peut avec bonne volonté et bonne foi :
pour le reste, J'y veillerai Moi-même. Je ne vais certes pas vous demander davantage que Je ne puis en
faire Moi-même compte tenu du libre arbitre des hommes ! Ne serait-ce pas folie, de la part d'un père
vigoureux, que d'exiger de ses enfants encore faibles qu'ils portent des fardeaux plus lourds que ceux
dont il se charge lui-même ? Je vous le dis, et vous en ferez l'expérience : le joug que J'ai posé sur vous
est doux, et mon fardeau est léger.
8. Malgré tout, le monde répugnera à quitter sa fausse lumière, et, quand beaucoup auront déjà
pleinement accueilli la lumière des cieux, il mènera de durs combats contre cette pure lumière des cieux,
et beaucoup de sang innocent sera versé : pourtant, le royaume de Dieu finira par triompher
définitivement sur cette terre, et la fausse lumière du monde périra et perdra toute valeur, comme le faux
or et le faux argent aux yeux du connaisseur.
9. Je n'ai certes jamais défendu aux hommes de prendre plaisir aux beautés qui parent la terre : mais ils
doivent toujours garder au coeur la pensée de Celui qui a fait la terre si belle, et c'est ainsi que leurs
sentiments seront édifiés. Car celui qui porte un regard juste sur les oeuvres de Dieu peut aussi y
prendre un plaisir futile. Les amis de la belle nature terrestre sont assurément des hommes de bien qu'il
est aisé de faire mûrir pour le royaume de Dieu.
10. Mais il est difficile d'amener à la lumière les amis des richesses terrestres mortes, les amis de
Mammon. On le voit avec les Pharisiens, avec bien d'autres riches Juifs et avec les nombreux
marchands, changeurs et usuriers. Prêcher le royaume de Dieu à ces gens, c'est vouloir blanchir
les Noirs. Les hommes de cette sorte sont pareils à des porcs : vous ne devez pas leur jeter en
pâture les perles du ciel.
11. Car, après leur mort physique, les hommes de cette sorte devront d'abord laver leurs péchés mortels
sur la Lune nue, et ils resteront toujours bien loin du royaume de Dieu : car il ne leur sera jamais permis
d'entrer dans la nouvelle Jérusalem. Les hommes qui n'ont en eux aucun amour de Dieu ni du prochain
n'ont pas en eux le royaume de Dieu, et ils doivent donc rester dans l'obscurité de leur fausse lumière.
La Lune sera leur demeure, et seulement sur sa face immuablement et fixement tournée vers la matière
de cette terre.
12. Ce que Je vous dis là est nouveau pour vous, mais c'est la vérité : nous en dirons peut-être
encore quelques mots en une autre occasion, bien qu'il ne Me soit pas agréable de trop parler des
porcheries et des maisons de fous de cette terre. - Avez-vous bien compris tout cela ? »
13. Tous Me rendirent grâce de cet enseignement et nous reprîmes place à table. Tandis que nous nous
resservions de pain et de vin, Matthieu consigna plusieurs choses que J'avais dites.