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08/05/2009

Regards Critiques sur l’Animation Scientifique

Compte-rendu de l’animation
« Techniques d’exploration du cerveau »

M1CST, Gilles Grenot

Professeur, Marie-Christine Bordeaux


I. Introduction

Cette étude porte sur un « atelier-animation » sur les Neurosciences et le cerveau, réalisé à
l’occasion de l’édition 2008 de la Fête de la Science à Grenoble. Le choix de cette animation
m’a paru naturel. Ayant en effectué mon stage de Master 1 de Physique dans un laboratoire de
Neurosciences (Laboratoire Cyceron, Caen), j’ai voulu confronter mon expérience de
scientifique à cette animation dont je pense mesurer davantage les enjeux que ceux d’une
autre animation. J’avais d’ailleurs moi-même été sollicité au sein de mon stage de M1 de
Physique pour réfléchir à des manières de vulgariser les Neurosciences au grand public, pour
la Fête de la science 2008 à Caen, travail que je n’ai pu aboutir car étudiant à Grenoble.
Dans cette étude, nous nous attacherons dans un premier temps à décrire le dispositif complet
de cet atelier sur les Neurosciences. En second lieu, nous tenterons de porter une analyse
critique sur la manière dont cette animation s’est déroulée.

II. Description de l’animation sur les Neurosciences

Le stand « Neurosciences »

Cet atelier sur les Neurosciences se trouvait « Place aux


sciences », c'est-à-dire parmi les nombreux stands présents
sur la Place Victor Hugo, au cœur de Grenoble. Le stand était
ouvert du 14 au 16 Novembre 2008. Il était organisé par le
Grenoble Institut des Neurosciences (Inserm/CNRS) et
l’UJF, en collaboration avec le CEA, le CHU de Grenoble, et
le l’ESFR. Le stand était composé de plusieurs éléments. On
y trouvait 7 panneaux didactiques, deux ordinateurs, et des
animateurs, ou plutôt des médiateurs, pour expliciter les panneaux, réaliser des tests sur
ordinateur, ou consulter des images de cerveau.
Les Panneaux didactiques

Les 7 panneaux didactiques étaient prévus pour le grand public. Ils déclinaient chacun une
thématique différente. Ainsi, on pouvait en apprendre sur « Le cerveau, pourquoi,
comment ?», « L’Electrophysiologie », « Des techniques complémentaires pour explorer le
cerveau ». Deux panneaux traitaient aussi de
« l’Imagerie par résonance Magnétique », un autre
sur « l’IRM fonctionnelle », et un dernier sur les
« Différentes Microscopies ». Ces panneaux étaient
riches en schémas et illustrations. Aussi, avaient-ils
une charte graphique commune, et étaient-ils
constitués de manière identique. Le contenu de
chaque panneau, divisé en différents blocs,
apparaissait comme des réponses aux questions qui
les intitulaient, souvent du type « comment ça
marche ?», « quel paramètre analyse-t-on ?» . Il y
avait une progression d’un panneau à l’autre. On
nous précisait d’abord quel champ les neurosciences
investissent, à savoir celui du cerveau et du système
nerveux, puis on développait les différentes techniques et moyens d’investigation disponibles
aux scientifiques. Les panneaux répondaient ainsi à la thématique du stand qui annonçait qu’il
s’agissait d’un endroit dédié aux techniques d’exploration du cerveau.

Les dispositifs informatiques

Deux ordinateurs étaient disponibles sur le stand. L’un était un outil pour consulter des
images de cerveau obtenues grâce aux différents outils d’exploration développés tout au long
des panneaux. Cet ordinateur servait de support aux médiateurs scientifiques présents sur le
stand, ils s’en servaient pour illustrer leur propos, et n’était pas, en conséquence, en accès
libre.
Un autre ordinateur permettait à un médiateur de faire participer le visiteur à des tests
ludiques qui illustraient des phénomènes sur lesquels se basent ses recherches.
Les animateurs

Les animateurs de ce stand sont essentiellement


des doctorants en Neurosciences (Gilles Bodon,
par exemple), qui participaient à la Fête de la
science, soit par intérêt personnel pour la
diffusion de la science, soit dans le cadre d’un
projet tutoré du CIES, (leur tuteur étant Isabelle
Lebrun, et le moniteur référent Adrien
Quintana). A ces doctorants de l’UJF qui
appartiennent à des équipes diverses, souvent du
Grenoble Institut des Neurosciences, et représentaient donc le panel pluridisciplinaire que
sont les Neurosciences par excellence ; s’ajoutait un neuropsychologue, Christian Graff, qui
est enseignant chercheur et maître de conférences, collaborateur du laboratoire de Psychologie
et Neurocognition (LNPC). Il intervenait dans le cadre de ses recherches sur les processus de
mémorisation et du traitement par le cerveau de l’aléatoire, en proposant aux visiteurs des
tests psychologiques, tels que le test stroop. Le test stroop consiste à lire un mot comme
« orange » qui est écrit en bleu. Lorsque l’on lit vite, on a tendance à lire « bleu », plutôt que
orange.
Les animateurs de ce stand étaient en réalité davantage des médiateurs, dans le sens où ils
avaient pour principal rôle d’expliciter le contenu des panneaux, de discuter de leurs
recherches et de leur métier avec les visiteurs curieux.

III. Analyse critique de l’animation sur les Neurosciences

En observant la fréquentation de ce stand, je me suis aperçu que la plupart des visiteurs


restaient souvent un long moment à discuter avec les différents médiateurs, ce qui m’a fait
penser que ce stand a connu un certain succès, par rapport à d’autres stands, plus dépeuplés,
comme celui de « Café sciences », ou du CEA par exemple. J’attribue cela à la grande
disponibilité des personnes sur le stand, « Neurosciences » qui étaient souvent nombreuses, de
3 à 5 personnes. On avait parfois même peine à rentrer, à accéder aux panneaux. Le revers de
ce succès et de la grande disponibilité des médiateurs est qu’ils étaient souvent occupés à
parler longuement aux visiteurs curieux avec qui ils s’entretenaient déjà. On pouvait donc
attendre un certain temps et finalement abandonner l’idée de s’entretenir avec eux ou encore
ne pas oser pénétrer dans le stand. Peut-être aurait-il été préférable alors que les médiateurs,
certes passionnés et ne comptant pas leur temps, s’attachent à respecter un temps moyen de
parole par visiteur pour éviter ce genre de désagrément qui, à mon avis, a porté préjudice à
leur action en excluant des personnes pourtant susceptibles d’être intéressées.

Aussi, je tiens à noter que les panneaux m’ont paru un peu trop chargés, et peut-être un peu
trop ardus à appréhender pour le visiteur profane. Les panneaux, s’ils dénotent néanmoins une
intention certaine de la part de scientifiques chercheurs de vulgariser la science, se
rapprochent vraisemblablement encore trop des panneaux que l’on peut voir attachés dans les
couloirs des laboratoires de science, qui eux visent à diffuser le contenu des publications aux
collègues du même laboratoire, et non pas au grand public. Ayant connu ce genre de
panneaux, je mesure cette influence et me dis qu’il y a encore un pas à faire vers le grand
public, à la fois dans la concision et la simplification des messages, et également dans la mise
en forme de ces panneaux. Cependant, selon moi, le genre « panneaux » est bien adapté à ce
genre de manifestation, et davantage encore dans le cas précis de ce stand où les médiateurs
sont présents pour les expliciter et ne s’en servent que de support. On peut regretter seulement
qu’il n’y ait pas plusieurs niveaux d’énonciation. On aurait pu imaginer par exemple des
panneaux ou des sujets s’adressant explicitement aux enfants, et d’autres aux adultes. Cette
distinction n’est pas faite, et d’ailleurs, les enfants auraient sûrement difficulté à trouver leur
compte dans ce stand.

D’autre part, des maquettes auraient pu agrémenter le stand d’un peu plus de concret. Et
d’ailleurs pourquoi cette animation n’aurait-elle pas pu se dérouler sur le lieu de la recherche,
dans les laboratoires. Le laboratoire de Cyceron à Caen, qui est tout à fait comparable au
Grenoble Institut de Neurosciences, tant en matière du contenu de recherches, que de
l’organisation de la structure, a l’année passée à l’occasion de la fête de la science organisé
une journée porte ouverte, où un écran géant était disposé à l’extérieur des bâtiments. On
pouvait y voir « en live » une acquisition IRM sur un patient volontaire. Cette animation avait
eu un succès certain. Probablement car elle permettait de se rendre compte visuellement et
concrètement du matériel et des outils utilisés par les chercheurs en neurosciences.
J’ai regretté aussi que dans les panneaux, thématisés certes autour des moyens techniques
d’exploration du cerveau, on ne trouve pas dans le contenu abordé, quelque chose rendant
compte de l’interdisciplinarité dans le champ des neurosciences. Cet aspect de cette science
assez récente, au carrefour de la chimie, de la physique, de la biologie, de la médecine et de
l’informatique mériterait selon moi d’être mis en valeur, et pourquoi pas à l’occasion de la
Fête de la science. Pourquoi s’attacher simplement à exposer un contenu scientifique ou
technique, et éviter le sujet de la réalité du métier de chercheur dans ce champ précis des
sciences. N’est-ce pas tout aussi digne d’intérêt pour le visiteur curieux ?

Pour finir, j’ai trouvé très astucieux le dispositif mis en place par Christian Graff qui consiste
à faire subir au visiteur une batterie de tests ludiques qu’il utilise sur des patients pour ses
recherches. Cela permet au visiteur d’envisager à quelles genre d’activité le chercheur est
amené à réaliser dans son métier, et aussi de mieux appréhender le sujet de ses recherches.

IV. Conclusion

Ma connaissance et mon expérience préalable dans les neurosciences ont enrichi le regard que
j’ai porté sur le stand « Neurosciences » de la Place aux sciences. Je retiens un fort
investissement humain au niveau de ce stand, et un effort certain de mettre en valeur et faire
du lien avec le « grand public » au sujet des recherches grenobloises sur le sujet. Cependant,
reste que ce stand n’était pas adapté à des enfants, car le contenu était trop poussé. Il n’était
peut-être pas non plus facile d’abord au visiteur lambda qui n’avait pas de connaissances
préalables. Cela rappelle que la médiation et la vulgarisation scientifique sont un art à part
entière, et qu’il est parfois plus difficile aux acteurs de la science de parler de leur propre
métier que de sous-traiter cette activité à des spécialistes qui ont un recul suffisant pour ne pas
brouiller le message qu’ils veulent transmettre.