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Fondements Historiques de la Civilisation occidentale I

Pr. J. - M. Yante, F. Van Haeperen, P. Servais, et E. Debruyne

de la Civilisation occidentale I Pr. J. - M. Yante, F. Van Haeperen, P. Servais, et

Amandine WILLAME

Introduction générale au cours de Fondements historiques de la civilisation occidentale I :

Objectifs :

- Maîtrise des cadres chronologiques et conceptuels de l’histoire occidentale, de l’Antiquité à nos jours.

- Découvrir les principaux fondements historiques de la civilisation occidentale.

- Approcher le métier d’historien

- S’initier au « métier » d’étudiant et d’universitaire.

Structure :

- Antiquité (Pr. F. Van Haeperen)

- Moyen Age (Pr. J.-M. Yante)

- Thématique inter période Antiquité et Moyen Age : « La ville ».

- Temps modernes (Pr. P. Servais)

- Epoque contemporaine (Pr. E. Debruyne)

- Thématique inter période Temps Modernes et Epoque contemporaine : « La famille ».

Les lieux cités au cours doivent pouvoir être situés sur une carte le jour de l’examen. Le Syllabus est disponible à la DUC, ou sur I-Campus.

Introduction :

Moyen Age

A. Formation et évolution d’une notion historiographique

C’est dans la seconde moitié du XVe siècle que des intellectuels (les humanistes) commencent

à employer les deux expressions : Media aetas, media tempora. « Des temps intermédiaire ». Il s’agit d’une vision négative de cette période qui se termine, car ces gens du XVe siècle ont encore en mémoire les épidémies qui provoquèrent d’importantes chutes démographiques au XIV siècle, et ils donnent la même coloration à toute la période s’étendant du VIII au XVe siècle. Ces hommes du XVe siècle se réclament politiquement de la Rome antique (un âge d’or), éventuellement de la cité grecque ; et sur le plan culturel, ils imaginent que les siècles qui les précèdent n’ont rien apporté de fort positif, et n’ont que mépris pour ce Moyen Age.

Ceci explique pourquoi nous avons hérité de ces expressions. Les humanistes ne sont pas les seuls à avoir une image négative de cette période, puisqu’au XVIIIe siècle, siècle des Lumières, les philosophes n’ont pas une vision beaucoup plus positive. Si l’on se reporte à ce qu’Adam Smith pense de cette époque : c’est une période d’anarchie et de stagnation. L’image est assez semblable chez Rousseau, qui voit dans la féodalité un temps d’arbitraire, une période de Tyrannie. On attribue au moyen Age les pratiques en contradiction avec les idéaux qui seront promus par la révolution française.

Au XIXe siècle, on voit un changement radical. Le siècle de la Restauration, l’époque du Romantisme, l’époque de la découverte des identités nationales, voit naître une réhabilitation du Moyen

Age. Un goût prononcé pour l’héritage médiéval est lié au mouvement romantique. Il inspire la littérature, des œuvres architecturales, des œuvres d’art, avec le style gothique, le style troubadour,… Le XIXe siècle est aussi le moment où l’Allemagne est à la recherche de son identité. Au Moyen Age, on parle des Allemagnes, une mosaïque d’environ 300 états de différents statuts et tailles. Mais au XIXe siècle, elle cherche son identité, une unité politique, et le peuple allemand promeut des études d’histoire médiévale. Dans le domaine de la recherche historique, les Allemands sont à la pointe, mais nous sommes à l’époque des positivistes : on n’admet pas les faits sans qu’ils soient clairement établis, ce qui amène

à corriger les tendances romantiques, et fait obstacle à une reconstitution fantaisiste du Moyen Age. Mais l’approche du Moyen Age n’est malgré tout pas une approche neutre, il est perçu chez les Allemands comme le temps de corruption de génie originel du peuple allemand, en contact avec les peuples méditerranéen.

Ce siècle s’intéresse aussi au Moyen Age pour trouver l’origine de toute une série de phénomènes, tels que le capitalisme, la bourgeoisie, l’état moderne, certaines formes d’associations,…

Pour toutes ces raisons, on se tourne vers les siècles précédents, notamment le Moyen Age, dans cette quête d’identité nationale, régionale ou locale.

Avec le XXe siècle, la vision du Moyen Age évolue encore. L’accent est mis sur la rencontre latino germanique, et sur ce que cette rencontre a produit d’original. La convergence de deux civilisations en une synthèse qui n’a pas son équivalent dans l’histoire mondiale.

La notion de Moyen Age a donc beaucoup évolué, a perdu et gagné en prestige selon les moments.

B. Limites chronologiques et géographiques

Il s’agit d’une vaste période, d’environ un millénaire, mais on ne sait pas en donner précisément le début et la fin. Bien sûr, il y a une périodisation, et le cours est bâti autour de cette périodisation en quatre périodes, mais il s’agit d’une opération intellectuelle, afin de rendre compréhensible le passé, de mettre de l’ordre, de créer des blocs suffisamment homogènes.

Les limites traditionnelles du Moyen Age sont du Ve au XVe siècle. Le choix de la première date est lié à une vision négative du Moyen Age. Il est normal que cette période sombre commence avec une crise : la chute de l’Empire Romain, au Ve siècle. Il est par contre plus délicat de marquer la fin du Moyen Age. Différentes dates sont proposées :

1453, 1492, 1517. L’erreur fondamentale serait de ne prendre en considération qu’un aspect déterminé, pour décider de la fin du Moyen Age. 1453 se rapproche de l’aspect culturel, 1492 de l’aspect économique, et 1517 de l’aspect religieux. Une date particulière apparaît comme illusoire, et l’on pourrait dire que, comme toutes les périodes, le Moyen Age n’en finit pas de mourir, et des éléments vivaces s’observent au cours de l’époque dite moderne (féodalité en Russie,…)

La période médiévale s’étend donc sur un millénaire qui peut être considéré comme un tout, mais l’usage y distingue trois moments : Haut Moyen Age, Moyen Age Classique, Bas Moyen Age.

Le Haut Moyen Age dure jusqu’aux alentours de 950 et est marqué par l’unification progressive des royaumes germaniques, par Charlemagne. C’est l’époque d’élaboration d’une nouvelle culture empreinte de christianisme. Le Moyen Age Classique s’étend jusqu’en 1250, et est une époque d’or. C’est le moment où l’Occident enregistre l’un des essors les plus marquants de son histoire. Après 1250 et jusqu’au milieu du XVe siècle, le Bas Moyen Age est un temps de crise dans tout l’Occident, dont on ne sortira progressivement qu’à partir du milieu du XVe siècle.

Cette périodisation varie selon les historiographies ; dans les pays anglo-saxons, on parle de Haut Moyen Age pour désigner l’apogée des XIIe, XIIIe siècle. Les historiens allemands parlent d’un Frühmittelalter (Ve-VIIIe), et d’un Spätmittelalter (jusque XIIe).

Concernant les limites géographiques, l’Antiquité avait pour centre la Méditerranée, politiquement unifiée dans l’Empire Romain. Le Moyen Age fait place à trois mondes : l’Occident, l’Orient et l’Islam. C’est en occident que la civilisation classique se poursuit, et se transforme au contact du monde germanique. Bien évidemment, l’Occident maintient des relations avec Byzance et l’Islam.

C. Sources de l’histoire médiévale

Il est évident que la connaissance de toute période historique est largement dépendante des sources que l’on conserve. Des sources écrites, littéraire ou de la pratique (chartes,…) et matérielles (fortifications, squelettes, objets usuels,…) Certaines sources sont « spécifiques » au Moyen Age, d’autres non.

Concernant les sources écrites, elles se répartissent de façon inégale dans le temps, et leur volume va en croissant au fur et à mesure que l’on progresse dans les siècles médiévaux, spécialement à partir du XIIIe siècle, avec le développement des états nationaux qui produisent des documents écrits, et le fait que l’on utilise de plus en plus l’écrit dans la vie sociale.

L’écriture est utilisée par une minorité. Au départ, c’est essentiellement le milieu des hommes d’Eglise, des gens cultivés. Le fait de la nature de cette minorité fait qu’on utilise cette écriture pour des textes à caractère religieux, mais aussi pour des sources de la mémoire, des sources historiques, ainsi que pour quelques actes officiels de très grande importance.

Mais l’usage de l’écrit va se développer, d’abord dans les pays du midi, bien avant l’an mil, plus tard au nord. Et petit à petit, l’écrit va l’emporter sur l’oralité ; on va avoir besoin de preuves écrites, les droits et obligations d’une communauté feront l’objet d’un acte écrit,… Ce passage progressif de l’oralité à l’écriture, et à partir du XIIe siècle la diffusion du papier qui va progressivement remplacer le parchemin (qui ralentit le recours à l’écrit par son prix) vont permettre aux sources écrites de se multiplier. Une autre évolution à noter est le remplacement progressif de la langue latine par les langues vernaculaires dans les écrits.

Tout ça va contribuer à l’accroissement des sources écrites au fil des siècles.

On peut répartir ces sources écrites en deux grandes catégories ; sources littéraires et sources de la pratique. Sources littéraires ; elles peuvent être des œuvres de fiction, une épopée, des œuvres didactiques (notamment des traités politiques), des travaux historiques (chroniques, où l’on évoque le passé d’un pays, d’une nation, d’une ville,…), des annales, des écrits hagiographiques (qui ont pour but d’édifier tout en distrayant). Sources de la pratique ; archives du pouvoir, des ordonnances, des diplômes, des documents économiques, des registres de compte, des actes notariaux, des reconnaissances de dette,…

Les sources matérielles, sont particulièrement utiles aux historiens lorsqu’il n’y a pas de témoignage écrit. Pour certaines époques, il s’agit de l’essentiel de la documentation. L’archéologie médiévale apparaît bien avant la seconde guerre mondiale, en Allemagne, centre de l’Europe, mais pénètre beaucoup plus tardivement chez nous, et a aujourd’hui sa place même si elle n’est pas aussi développée que l’archéologie de l’Antiquité. Ces recherches utilisent des techniques spécifiques (laboratoires, photographies aériennes, fouilles). Les textes expliquent très rarement la vie quotidienne de la population, comme le travail de la terre, mais les objets usuels permettent de travailler ces sujets. Il y a aussi les nécropoles, les sépultures, qui permettent de découvrir l’évolution des rites funéraires, l’évolution de la religion chrétienne dans certaines régions. Ces sépultures ne permettent pas uniquement d’étudier les rites, mais aussi d’étudier les causes du décès, les maladies,…elle fournit des données anthropologiques et démographiques, on peut aujourd’hui déterminer l’âge approximatif des personnes inhumées. Il ne faut pas oublier non plus tous les bâtiments toujours élevés, même s’il faut être conscient qu’ils ont souvent été modifiés au fil du temps. Des fresques, des tableaux,…

L’histoire médiévale est une histoire qui ne se base pas exclusivement sur les textes, mais fait de plus en plus appel aux ressources de l’archéologie, qui diversifie ses méthodes de recherche.

Chapitre I. Cadres politiques, institutionnels et sociaux.

A. La dislocation du monde antique

Le premier aspect pour bien comprendre le Moyen Age est la dislocation du monde antique.

La crise de l’empire Romain était une crise inévitable. On peut constater que sous la république, Rome a étendu son autorité à tout le monde méditerranéen. A un certain moment, cette expansion, cette conquête coûte plus cher qu’elle ne rapporte, il faut garder la main sur ces territoires, et pour cela transformer le pouvoir. L’empire est autre chose, et les romains s’en sont rendu compte, qu’une cité indéfiniment élargie.

L’une des grandes erreurs de Rome a été de ne pas associer pendant très longtemps les provinces au pouvoir. Rome s’est heurtée pendant longtemps à des oppositions, mais elle a compté sur la force de son armée face aux ennemis de l’extérieur, et a tenté par des largesses de se concilier les ennemis de l’intérieur. Mais une telle politique ne peut pas se maintenir durablement, car avec le temps, l’Italie et les provinces deviennent dangereuses. Rome va devoir ouvrir aux Italiens et aux provinciaux les portes du Sénat, puis de l’administration, et enfin leur rendre accessible le pouvoir impérial lui-même.

C’est donc la première erreur de Rome : longtemps tenir l’Italie et les provinces à l’écart, mais aussi les couches inférieures de la société, apprivoisées avec les jeux, les distributions organisées de blé, les spectacles, …mais tout ça coûte cher. Puis, pour assurer sa grandeur, Rome s’est largement servi des ressources de l’Italie et des provinces, et elle ne s’est pas préoccupée de renouveler, de restaurer par le travail les richesses desdites provinces. L’Italie a fini par adopter le même type d’économie que Rome, en vivant sur les provinces, raison pour laquelle on ne trouve plus à la fin de l’Antiquité en Italie qu’une agriculture dégradée et une technologie qui n’a pas été développée.

Au III-IVe siècle, les empereurs vont tenter de redresser la situation, en enrôlant les citoyens dans une vaste machine bureaucratique. Ca a un aspect positif, celui d’empêcher la dislocation de l’empire. Mais cette machine est lourde, coûte cher, et aggrave la paralysie.

Le IIIe siècle est la lutte d’un empire qui ne veut pas mourir. La dynastie des Sévères fait régner un régime de terreur, dans le premier tiers du siècle. L’empereur Caracalla accorde la citoyenneté romaine a tous les hommes libres de l’empire, c’est une ouverture, bien sûr, mais ceux qui en bénéficient doivent vivre dans des cités organisées ; d’autre part cet acte est marqué d’une volonté fiscale (impôt de succession). A cette époque, le caractère militaire du pouvoir est renforcé, on établit des soldats-laboureurs aux frontières, et le rôle de l’administration est étendu. L’Etat intervient de plus en plus, dans une multitude d’aspects de la vie, dans la production notamment, mais cela entraîne un alourdissement des dépenses de l’Etat.

Arrive ensuite la grande crise (235-268) Le pouvoir repose essentiellement sur l’armée, et est instable. Des empereurs se succèdent à grande vitesse, c’est l’anarchie, et dès lors des barbares franchissent le limès, attirés par l’éclat de l’empire. Nous sommes en période d’insécurité, de marasme économique, mais avec les empereurs illyriens, une idée assez géniale se concrétise.

Aurélien reconquiert les territoires, et puis Dioclétien se rend compte que ces territoires très vastes ne peuvent être dirigés à partir de Rome, il réorganise l’empire, et crée quatre capitales et les tétrarques. Ce système fort complexe ne peut malheureusement se maintenir après Dioclétien.

Au IVe siècle, on peut parler d’une orientalisation de l’Empire, avec Constantin, qui se convertit à la religion chrétienne, probablement davantage par superstition que par conviction religieuse, et qui s’en prend même au paganisme (attention, contradiction avec Van Haeperen). Avec l’Edit de Milan, en 313, il instaure la liberté de culte. Autre élément à retenir ; il a transféré sa capitale à Byzance, désormais Constantinople, capitale d’un empire réunifié, et qui traduit la supériorité écrasante de l’orient. L’empereur va se présenter de plus en plus comme de droit divin, et on va étendre l’administration.

Au décès de Théodose, l’empire va être partagé entre l’empire d’orient et l’Empire d’occident.

Donc, il y a un passage du centre de gravité à l‘orient, une économie en crise, les petites exploitations sont abandonnées, la main d’œuvre servile fait défaut (l’une des conséquences du christianisme), et les grands domaines se divisent, en une partie que le propriétaire met en valeur pour lui-même (réserve), et d’autre part les tenures, mises en location.

Une économie qui se transforme donc, les villes ne sont plus guère que des marchés régionaux, le commerce et l’artisanat sont en déclin. Par contre, face à ce déclin de la puissance romaine, l’attrait du Moyen Orient devient irrésistible. Rome répand la culture orientale dans le monde grec. L’organisation de l’empire s’inspire des pratiques orientales. Des religions à mystères sont introduites, et en transférant la capitale à Byzance, l’empereur Constantin a sauvé la culture grecque de sa destruction par les barbares.

Puis arrive la mort silencieuse de l’empire, le Ve siècle. Il faut bien dire qu’il ne faut pas attendre 476. Dès le début du Ve siècle, le pouvoir effectif n’appartient plus à l’empereur, mais à des chefs barbares (francs, burgondes, vandales, huns) qui se fixent dans l’empire, Rome est prise trois fois, et puis en 476, Odoacre dépose Romulus Augustule, et la pourpre impériale est renvoyée à Constantinople, en signe d’une sujétion purement théorique.

Les invasions germaniques Qu’entend-on par Germain ? Ou plus exactement, qu’entendaient les Romains par Germains ? Pour eux, il s’agissait des peuples vivant dans l’immense zone hors de l’empire. Ils les qualifient de barbares, c'est-à-dire d’étrangers à l’empire et sa civilisation. Il conviendrait de parler de mouvements migratoires. Ces déplacements ne sont pas suggérés par l’hostilité. Ils s’inscrivent dans un vaste ensemble de mouvements de population, qui touchent toute l’Europe, et même jusqu’en Asie et Afrique du Nord. Ces mouvements se poursuivront d’ailleurs jusqu’au XVe siècle.

Quelles sont les causes de ces mouvements ? Dès avant notre ère, les Germains sont établis dans les plaines européennes, aux frontières, et sont attirés par l’éclat, la richesse de l’Empire Romain. Sous la poussée des Huns, des nomades dispersés dans les steppes du centre de l’Eurasie, ils vont pénétrer dans cet empire. Dans un premier temps, il y a une ruée, vers 370 PCN, les Huns bousculent les peuples établis au Sud de la Russie. Il y a ensuite chez les Huns une période d’unification, d’installation, ils constituent un vaste empire, qui s’étend de l’Elbe au Caucase. Puis sous l’autorité d’Attila, ce mouvement va se transformer, ils vont reprendre l’offensive (447-453). Attila s’en prend d’abord à l’orient, où il est arrêté par la diplomatie, puis se tourne vers la partie occidentale, mais est défait en Champagne, par une coalition Romains-Wisigoths. Détournés de la Gaule, les Huns s’orientent vers l’Italie, mais sont atteints par la peste et contraints de demander la paix, ils se retirent en Hongrie. Attila meurt, et avec lui l’empire des Huns.

C’est tout un jeu de dominos. Toute une série de déplacements de populations, qui en entraînent d’autres. Les Wisigoths envahissent l’Italie, s’emparent de Rome, et puis à l’invitation de l’empereur, s’installent en Aquitaine, mais vont perdre ce territoire au profit des Francs, expulser les Vandales et rester en Espagne jusqu’à la conquête arabe. Les Vandales repoussés par les Wisigoths rappliquent vers le sud de l’Espagne, dans l’Andalousie. Puis les Vandales vont franchir la méditerranée,…

Par la suite, ils vont se diriger vers des îles de la méditerranée (Baléares, Sicile, Corse, Sardaigne,…)

Les destins urbains du Bas-Empire à l’an mil. Premier élément ; si la ville est en crise, ce n’est pas quelque chose de neuf, mais quelque chose qui était déjà bien visible, bien marqué à la fin de l’empire romain. La ville perdait de son rôle, ce rôle économique, rôle de centre artisanal, les commerces, les échanges, l’industrie,… Les Romains avaient négligé ces aspects, à force de vivre sur les ressources des provinces. La ville perd sa raison d’être. On la quitte, partiellement en tout cas, et l’on parle d’une usure de la cité antique.

Puis arrivent les invasions, avec certaines phases de violence (grandes invasions). Que deviennent les villes ? Elles se dépeuplent largement, et certaines villes ne se maintiennent que grâce à l’évêque et quelques ecclésiastiques, car la géographie religieuse s’est calquée sur la vie administrative. Les évêques se sont établis dans les cités, et ils restent avec leur entourage de clercs. La population s’est réfugiée dans des lieux offrant une certaine sécurité face aux envahisseurs. Des endroits qui ne sont pas dans des lieux de passages, des endroits naturellement défendus/difficiles à prendre.

Les barbares s’installent, mais où ? Ils se méfient des localités qui avaient un rôle important au siècle précédent, parce qu’ils craignent d’être en conflit avec les anciennes classes dirigeantes qui résidaient dans les villes. Certains créent de nouvelles villes, mais il y a aussi un attrait des chefs barbares pour les domaines ruraux. Ils vont créer de grands domaines, se bâtir des palais, de grandes résidences où ils vont largement vivre, en dehors des milieux urbains traditionnels.

La ville, qui a petit à petit perdu le rôle qui était le sien, va le récupérer lorsque l’économie va se réanimer. Elle va être réanimée également par des abbayes, des organismes caritatifs (hôpitaux). Des marchés et foires vont se développer et une population va peu à peu se fixer à demeure.

La survie de l’empire d’orient

En orient, l’empereur est toujours en place, et l’empire survit car l’orient est parvenu à repousser les envahisseurs huns et germains, par le biais des armées et de la diplomatie des basileis. L’empire survit, mais se transforme, du fait notamment des influences orientales, avec les religions orientales, à mystère comme le culte de Mithra ou bien le christianisme. Influences orientales aussi dans la conception du rôle de l’empereur, qui devient une sorte de despote oriental. Ces influences sont devenues prépondérantes dès le début de l’ère chrétienne, et accentuent leur importance après le transfert du siège de l’empire à Constantinople, en 330, et le partage de l’empire.

Un moment important dans l’histoire de cet empire est la Restauration de l’Empire sous Justinien (527-565). Justinien était un paysan de Macédoine, au milieu du VIe siècle. Il devient empereur, et est animé par deux grandes idées : l’idée impériale, et l’idée chrétienne. Il a pour ambition de restaurer l’empire comme il était au temps de Constantin, et a la chance de pouvoir compter sur des généraux habiles, des ministres compétents, et la personnalité de son épouse, Théodora, dotée d’une grande énergie et d’un esprit politique particulièrement clair et avisé. Il reconquiert une série de territoires tout autour de la Méditerranée ; l’Afrique du nord, l’Italie, le sud-est de l’Espagne. Ce n’est pas l’ancien empire romain, mais on retrouve malgré tout un pouvoir politique autour de la Méditerranée. Concernant l’idée chrétienne, le VIe siècle connaît un schisme (quand une partie de la chrétienté ne reconnaît pas le pape de Rome), et Justinien se chargera de rétablir l’unité religieuse, en combattant les hérésies. Il parvient donc à réaliser les deux grandes idées qui l’animent.

Justinien est aussi à l’origine d’une civilisation brillante, et de l’éclosion de la civilisation byzantine qui va se révéler l’œuvre la plus durable de Justinien.

Toujours dans son optique de restauration de l’empire romain, il en restaure l’administration et les cadres. D’autre part, il réalise une importante œuvre administrative en mettant de l’ordre dans le vaste ensemble des lois romaines, qui se montraient parfois en contradiction les unes avec les autres. Justinien les rassemblera en un code, qui servira de base pour la formation des légistes au Moyen Age et aux Temps Modernes. Au point de vue artistique, Justinien fait construire de nombreuses églises, à plan central, couvertes de coupoles, selon des méthodes de construction empruntées aux Perses. Les murs sont décorés de mosaïques et de fresques (Sainte-Sophie à Constantinople). Il crée également des édifices dans la capitale de Ravenne, également sur un plan oriental (Saint Vital, Ravenne). Un dernier élément concernant cette brillante civilisation : les discussions théologiques. Elles passionnent les individus, jusqu’à la masse. C’est un état d’esprit, tout un engouement pour les questions théologiques. On parle de querelles byzantines.

B. Le projet carolingien

Vers l’unité politique :

Le projet carolingien aura des conséquences dépassant le monde franc, et durables dans le

temps. Les Pippinides, ou Carolingiens étaient des aristocrates de nos régions (du côté de la Meuse et de la Moselle). Grands propriétaires terriens, ils possédaient de grands domaines ainsi que des abbayes (Nivelles). Il s’agit aussi d’une dynastie de hauts fonctionnaires, de responsables du pouvoir : Les maires du palais. En effet, les Mérovingiens n’exerçaient plus réellement le pouvoir, et le confiaient à ces aristocrates, qui s’occupaient des finances, de l’armée,…ils étaient les véritables rois de fait en Austrasie. Face à ces rois fainéants, les autres aristocrates soutenaient les Carolingiens dans leur progression. Ils remportèrent de prestigieuses victoires militaires, ce qui accrût leur autorité et leur prestige, avec la Neustrie ainsi qu’en 732 à Poitiers. Il y a donc toute une série d’éléments jouant en faveur de cette famille, et en faisant de véritables rois de fait. Ils ne sont cependant pas encore des rois de droit, car il y a toujours un mérovingien en place.

En 751, Pépin le Bref, maire du palais, dépose le dernier roi fainéant, et le place dans un monastère. Il obtient ainsi le pouvoir par un coup d’état. Mais la civilisation de l’époque est très croyante, et il manque au pouvoir de Pépin le Bref quelque chose d’essentiel : la reconnaissance religieuse. Il parvient à se faire sacrer roi par Saint- Boniface. Pépin le Bref est donc roi, et reconnu comme tel par l’autorité

Pépin le Bref, roi, reconnu comme tel par l’autorité ecclésiastique, et son fils et successeur, Charlemagne, conquièrent toute une série de territoires, et étendent leur influence vers le nord (Frise) vers l’est (Saxe, Bavière, Carinthie). Pépin le bref est à l’origine des états pontificaux ; la papauté est menacée, et Pépin leur fournit des territoires, et annexe le nord de l’Italie. L’action de Pépin et de Charlemagne s’oriente également vers l’Espagne.

Toute une série de territoires importants, donc.

La restauration de l’Empire à l’époque de Charlemagne.

On ne peut pas parler de Charlemagne sans évoquer Alcuin, directeur de l’école palatine d’Aix

la Chapelle, une école accueillant les fils de hauts dignitaires, et les formant à leurs futures fonctions.

Il va accréditer l’idée que Charlemagne doit devenir empereur. Il faut bien dire qu’il n’y a plus d’empereur en Occident, et que dautre part, un évènement assez étonnant se passe en orient, où Irène détrône son fis et s’adjuge le pouvoir de basileus. Situation impensable, qu’une femme soit à la tête de l’empire, dès lors, la place est considérée comme vide. Un autre évènement se passe du côté de Rome, où la fonction de pape est importante pour les familles romaines. Mais Léon III n’est pas issu de ce milieu, il a fait sa carrière dans la chancellerie pontificale, il est très mal vu et s’enfuit, il va chercher l’aide de Charlemagne, qui le rétablit sur le trône pontifical à Rome.

Il y a donc deux éléments qui faciliteront l’accession de Charlemagne à la fonction impériale :

un trône vide en Orient, et les difficultés du pape à Rome.

Fin de l’année 800, Charlemagne se rend à Rome, où un concile s’était réuni et avait absout le pape de toute une série d’accusation. Ce concile d’évêques a estimé que Charlemagne devait récupérer la dignité impériale. Charlemagne reçoit tous les honneurs réservés à l’empereur.

La cérémonie doit se dérouler la nuit de Noël. Charlemagne s’est laissé convaincre par son entourage, et avant le couronnement impérial, il va s’incliner devant le tombeau de Saint Pierre. Léon

III le couronne alors, avant qu’il ait été acclamé par les seigneurs. Il montre de cette manière que c’est

lui, le pape, qui choisit l’empereur. Charlemagne est furieux, et couronnera lui-même son fils par la suite.

Que le pape choisisse lui-même l’empereur et le désigne peut avoir d’énormes conséquences. Charlemagne ne peut l’accepter, il aurait préféré être élu par acclamation, Léon III a vraiment court- circuité la cérémonie.

Charlemagne est donc empereur, mais de quoi ? Théoriquement, c’est un empire universel, mais le caractère et le but son essentiellement religieux, il est supposé être à la tête de la chrétienté, comme le pape. Dès lors, qui est supérieur à l’autre ? Le pape ou l’empereur ? Cette question amènera toute une série de conflits.

Le démantèlement de l’Empire à la mort de Louis le Pieux L’empire manque d’unité, de plus le successeur de Charlemagne, Louis le Pieux, est un personnage qui n’a pas l’envergure de son père. Il est faible, indécis, influençable, et va à plusieurs reprises modifier ses dispositions successorales, ce qui suscitera des conflits entre ses fils, et un mécontentement général. En 841, les deux fils cadets de Louis le Pieux, Louis le Germanique et Charles le Chauve vont s’unir, par les serments de Strasbourg, contre Lothaire. Ces actes sont d’une grande importance, tant en histoire politique que pour l’histoire des langues, car il s’agit d’actes rédigés en français et en allemand, les plus anciens documents conservés dans ces deux langues.

Le problème de succession tient donc à la personnalité de Louis, aux rivalités entre ses fils, et à

la nature même de l’empire, qui est constitué de vastes régions éloignées les unes des autres, de

divers peuples, et qui ne sont pas unis par un commerce susceptible de les rapprocher.

En 843, c’est le traité de Verdun, instaurant un partage de l’empire entre les trois fils. Lothaire va hériter du titre impérial, et recevra la partie centrale de l’empire, un vaste territoire qui va de la mer du nord et de la Frise jusqu’à l’Adriatique. C’est la Francia media ou Francie médiane. Charles le Chauve hérite de la Francia occidentalis, ou Francie occidentale, qui deviendra la France par la suite. Louis le Germanique reçoit les territoires orientaux de l’empire, la Francia orientalis, ou Francie orientale.

La part de Lothaire est un territoire tiré en longueur, difficilement gouvernable et manquant d’unité. A son décès, en 855, cette Francie médiane va se diviser en Lotharingie (du nom de Lothaire II), en Bourgogne et en Italie. Il y a donc un éclatement de la partie centrale, mais avec le temps, elle

sera absorbée par la Francia orientalis, soit les territoires qui avaient été donnés à Louis le Germanique. Le titre impérial passera également aux héritiers de Louis le Germanique. Il y aura une brève réunion de tous ces territoires sous Charles le Gros, mais l’éclatement définitif des possessions de Charlemagne est un fait acquis en 888

C. Le morcellement de l’occident

D’autres évènements vont bouleverser la carte politique : de nouvelles invasions Normandes et Hongroises. Ce sont deux vagues indépendantes : les invasions scandinaves/normandes, et les invasions hongroises/magyares.

Les invasions normandes. Au nord de l’Europe, il y avait trois nouveaux royaumes : Suède, Norvège et Danemark. Au neuvième siècle, les Scandinaves/Normands entrent en contact avec l‘occident. Ce sont d’excellents marins, équipés de navires à faible tirant d’eau (drakkars), qui permettent de remonter le cours des rivières.

Dans quelle direction partent-ils ? L’orientation des Suédois, Norvégiens et Danois répond à l’orientation géographique de ces trois royaumes. Les Suédois/Varègues, ont une façade sur la mer baltique, et à partir de là vont se diriger vers la futur Russie, jusqu’à la mer noire, et vont créer des postes commerciaux, des comptoirs défendus par des postes militaires (Norgoroth, Smolensk, Kiev,). A partir de ces comptoirs, ils créeront des principautés, comme Kiev, noyau de la futur Russie

Les Norvégiens sont sur l’Atlantique, et vont se diriger vers l’Irlande, l’Islande, le Groenland, Labrador, Terre-Neuve, Massachussetts, et vont même rester en relation commerciale avec ces territoires américains.

Les Danois établissent des camps à l’embouchure des fleuves, et équipés de leurs drakkars remontent ces fleuves, et pillent ce qu’ils rencontrent : des agglomérations et des abbayes. Ils s’attaquent à l’empire carolingien, mais vont être arrêtés devant des châteaux, devant des villes (Paris), ou bien défaits en pleine campagne (Louvain), et seront finalement installés dans la Normandie, à l’ouest de Paris, dans la vallée de la Basse-Seine. Ces Danois se sont attaqués à l’empire carolingien ainsi qu’à l’Angleterre, et à la fin du dixième siècle, ils reviennent en force. Knut le Grand, leur chef, va réunir en un vaste empire maritime les territoires classés sous son autorité (Danemark, Norvège, terres d’Irlande, Angleterre), mais cet empire ne lui survivra pas. En 1066, la couronne d’Angleterre est vacante, et Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, va la revendiquer et conquérir l’Angleterre (Bataille d’Hastings).

Voilà pour ces peuples scandinaves.

Il y a, environ à la même époque, une autre vague d’invasions, celle des Magyars/hongrois. Ce sont des populations nomades de l’Asie centrale, qui au dixième siècle pénètrent dans la plaine d’Europe centrale et se lancent sur l’Allemagne, la France, l’Italie, mais en 955, Othon le Grand, roi de Germanie, les défait au Lechfeld, au sud d’Augsbourg.

Quelles sont les conséquences de ces invasions ? Si l’on veut résumer par une phrase : L’occident a été agrandi, et il a été morcelé.

Il a été agrandit, parce qu’on a évangélisé le monde scandinave. Ca avait déjà commencé sous les carolingiens, mais les progrès décisifs datent de cette époque. Gagnés à la foi chrétienne, ces pays s’intègrent à l’occident. Les Hongrois sont vaincus, et vont se sédentariser, se convertissent, et vont constituer au cœur de l’Europe, un état indépendant politiquement, religieusement, de l’Allemagne. Plus tard, cette Hongrie va constituer un bouclier contre les Turcs.

Il y a donc un agrandissement vers le centre du continent.

Mais il y a aussi un morcellement, car face aux raids, les souverains ont été incapables de tenir tête dans la plupart des cas, et les habitants de ces territoires se sont tournés vers ceux qui étaient capables de les défendre : les grands, les puissants. Cela favorise la mise en place du régime féodal.

Situation dans l’empire :

Quelle est la situation dans l’empire ? On a des souverains incapables de faire face aux raids Hongrois, et des duchés nationaux se constituent donc, des regroupements sur une base ethnique, tels que la Souabe, Bavière, Saxe, Franconie. Des Duchés nationaux dont les chefs s’arrogent les prérogatives des rois. Mais il va y avoir une restauration avec Otton Ier. En 918, le roi meurt. C’est le plus puissant des ducs qui va lui succéder : Henri de Saxe, surnommé Henri Ier l’Oiseleur. Il va asseoir la grandeur de sa maison en annexant la Lotharingie, et en vainquant les Hongrois. Son fils, Otton Ier va renforcer l’autorité à l’intérieur des territoires, et ouvrir la voie à la restauration de l’empire. Il va confier à des ecclésiastiques, des prélats qui lui sont fidèles, le gouvernement temporel de vastes territoires. C’est à l’origine des principautés ecclésiastiques, de l’Eglise impériale. Ces ecclésiastiques sont choisis parmi les fidèles, et n’ont pas de successeurs, ce qui permet de retransmettre les principautés à d’autres fidèles. Il va associer son fils au pouvoir, le rendant héréditaire.

Otton poursuit l’expansion territoriale, avec succès. Il crée un territoire tampon, une marche militaire pour protéger contre un éventuel retour des hongrois : la marche de l’Est, L’Ostermark. Il va inaugurer une expansion politique, religieuse et économique vers l’Est.

Quel est le bilan ? De quoi sont-ils maîtres ? On se rend compte qu’ils sont maîtres des trois fragments de la Francie médiane. Otton est donc maître du territoire qui était l’héritage de Lothaire, c'est-à-dire de l’empereur. Il estime donc avoir droit au titre impérial, d’autant plus qu’il est le défenseur de la papauté, et défendre la papauté est le rôle, la mission spécifique de l’empereur. Il est couronné empereur en 962. On a donc restauré l’empire.

Mais c’est une restauration temporaire, car on va s’acheminer vers la faillite, le déclin de l’empire. Les rois de Germanie vont devoir mener de front deux politiques : une politique en Allemagne, et une politique impériale. Rester maître chez soi et mener une politique au niveau de l’occident est difficile, et il va y avoir des problèmes :

La Querelle des investitures : (1075-1122) Le choix des évêques de ces territoires n’est pas déterminé par les qualités chrétiennes du futur prélat, mais par sa fidélité à l’empereur. C’est une des raisons pour lesquelles en 1075 Grégoire VII interdit à tout laïc de conférer une dignité ecclésiastique, de donner l’investiture à un évêque. Naturellement, cela n’arrange pas l’empereur, puisque cette décision ruine le système de l’Eglise impériale. Henry IV, n’acceptant pas cette décision pontificale, fait donc déposer le pape par des prélats allemands. Grégoire VII use alors d’une arme terrible pour l’époque : il excommunie l’empereur, le mettant au ban de la chrétienté. Du coup, les évêques hésitent, limitent leur fidélité, et Henry IV est forcé de demander la relève de cette excommunication. Le pape est alors en Italie, à Canossa. L’empereur vient faire amende honorable, et demande à être relevé de l’excommunication. C’est, pour un empereur, une démarche terriblement humiliante, mais seul moyen de conserver ses appuis.

Mais la querelle des Investitures n’est pas finie pour autant. Il faudra attendre 1122 pour que les adversaires en arrivent à un compromis, avec le concordat de Worms (ville de la vallée du Rhin). Dorénavant, quand un évêque meurt dans l’empire, le successeur est désigné par le clergé et le peuple chrétien. Bien évidemment, ce n’est pas tout le peuple qui décide, mais les chanoines,

l’entourage de l’ancien évêque. Le futur évêque doit ensuite être investi de son pouvoir spirituel par le metropolita, l’archevêque, qui lui donne les signes de sa fonction (crosse et anneau). Le choix et l’intronisation de l’évêque relèvent de l’autorité ecclésiastique, ensuite seulement, l’empereur peut lui confier un pouvoir temporel et le mettre à la tête de la principauté territoriale, lui remettant le sceptre, symbole du pouvoir temporel. C’est une grave et longue crise qui secoue l’empire, mais ce n’est pas fini.

Au treizième siècle, la crise définitive éclate. L’empereur Frédéric II a comme ambition de dominer la Sicile et l’Italie. Il se heurte à différentes personnes, et notamment au pape, chef temporel depuis l’époque de Pépin le Bref. La papauté est persuadée qu’elle doit rester maîtresse de l’Italie, que c’est la condition pour conserver sa liberté. Elle affirme même détenir un pouvoir supérieure, être une théocratie. Frédéric II concentre ses efforts vers la péninsule italienne, et doit concéder toute une série de privilèges aux princes allemands, pour éviter de mauvaises blagues en son absence. Cela a comme conséquence un certain démembrement des territoires. Les princes territoriaux acquièrent des parts importantes de pouvoir. Frédéric II meurt en 1250, excommunié, déposé et vaincu. C'est-à-dire, hors de l’Eglise, chassé du siège impérial, et vaincu.

Comment devient-on empereur ? Cette question fait l’objet de négociations, marchandages,…et finalement, une bulle d’or, en 1356 détermine que sept princes devront choisir le futur empereur : 3 ecclésiastiques (les archevêques de Cologne, Mayence et Trèves), et 4 laïcs (comte palatin, duc de Saxe, margrave de Brandebourg, roi de Bohème). Cela va régler l’élection impériale, mais ne réglera pas tous les problèmes.

L’empire a largement perdu son caractère universel, et se confine très largement à l’Allemagne. On va d’ailleurs voir s’imposer l’appellation : Saint Empire Romain de la Nation Germanique L’Allemagne elle-même est émiettée en quelques 300 petits états, tout comme l’Italie est divisée en états pontificaux et états urbains (villes du nord)

Au sortir de ces évènements, qui a gagné ? Face à l’empereur, c’est le pape qui a gagné, mais la papauté est largement affaiblie et a perdu de son crédit.

D. Le monde féodal

Le mot « féodalité » : deux acceptions Confrontés à des souverains carolingiens incapables de faire face aux invasions, les habitants se sont tournés vers de puissants personnages, des chefs de duchés nationaux, capables de les protéger. On en arrive ainsi à la mise en place de la féodalité. A la Révolution Française, ce mot a une connotation tout à fait négative. Ce mot, « féodalité », revêt plusieurs acceptions :

La première désigne un type de société caractérisé par le développement de liens de dépendance d’homme à homme. C’est une société où domine la classe des guerriers, qui occupe les jalons les plus élevés dans la hiérarchie sociale. C’est enfin une société où il y a un morcellement des terres, des propriétés. C’est ce type de société qu’à connu l’Europe occidentale, dans des états issus de l’empire carolingien, mais que l’on observe aussi à d’autres époques dans des pays présentant de très fortes analogies avec cette société médiévale, comme l’Egypte ancienne, la Russie, l’Inde, le Japon,… Ceci est une première acception du mot féodalité. et qui présentent de très fortes analogies avec cette société médiévale, comme l’Egypte ancienne, Russie, Inde, Japon,… Ceci est une première acception du mot féodalité

La seconde acception est plus technique, juridique.

La féodalité est présentée comme un ensemble d’institutions créant et régissant des obligations d’obéissance, de services, et de protection, d’entretien. Ces liens se créent entre hommes libres, et celui occupant la position dominante a également des obligations vis-à-vis de son vassal.

On trouve ces réalités dans les différents états issus de l’empire carolingiens, mais c’est loin d’être unique.

Le mot féodalité est donc un mot assez complexe. La seigneurie :

En France, et un peu plus tard en Germanie, les souverains ne pouvaient plus faire face aux envahisseurs, et n’exerçaient pas une autorité réelle sur la population, car cette autorité était exercée par des fonctionnaires, des abbés, des grands propriétaires fonciers,… Avec le temps, ces grands propriétaires vont profiter de la faiblesse du pouvoir royal et de ses délégués, pour se muer en seigneurs. Le propriétaire foncier exerce son autorité sur les habitants de son domaine et de sa périphérie. La population l’accepte, car les grands propriétaires la protègent. Ces propriétaires exercent la justice en lieu et place du souverain et de ses officiers, car la justice est quelque chose de rentable (amendes). Puis ces propriétaires profitent de la faiblesse de l’autorité royale pour s’approprier une série de taxes, de redevances sur le commerce, le trafic (ponts, tonlieux, péages). Non seulement ces propriétaires confisquent des droits qui appartenaient au souverain, mais en créent eux-mêmes de nouveaux : la taille, les banalités (l’obligation d’utiliser le four, le moulin du seigneur,…), taxes de morte-main, formariage,…Ces grands propriétaires se muent en seigneurs.

Suzerains et vassaux :

Au cœur de la féodalité, il y a la notion de suzerain et de vassal. Ce n’est pas quelque chose de radicalement nouveau. Dans l’Antiquité germanique, les chefs avaient l’habitude de s’entourer de gens auxquels ils offraient le gite et le couvert en contrepartie d’un service d’armes. Dans le monde romain, les potentes avaient une clientèle.

Puis ces pratiques se développent à la fin de l’époque franque : les carolingiens veulent renforcer la fidélité des grands personnages, et ils se les lient par un serment. Ils invitent ces grands personnages à se faire eux-mêmes des vassaux. Un système qui se met donc progressivement en place, ce qui est fait au début du XI e siècle. Il y a des rites, des modalités, qui n’évolueront plus beaucoup.

Qu’est ce que la vassalité ? Un contrat conclut entre un homme libre et un autre homme libre. Un esclave ne peut engager sa propre personne, car il ne s’appartient pas. Ces deux personnes sont liées au cours d’une cérémonie : l’hommage.

Le suzerain est assis, et celui qui deviendra son vassal se tient devant lui, debout, parfois à genoux. Le vassal n’est pas armé, il place ses mains dans celles de celui qui deviendra son suzerain, qui les referme, en signe de protection. Le vassal prête alors un serment de fidélité, il s’engage à être au service de son suzerain.

Le contrat crée des droits et des obligations pour les deux parties :

Le vassal doit le conseil et l’aide à son suzerain. Le conseil implique le service de cour : venir assister à des grandes assemblées avec tous les gens sous la dépendance de son suzerain, pour entourer le suzerain, rehausser son prestige. Il doit aussi le service de plaid, qui consiste à aider son maître dans l’exercice de la justice, lui donner des avis, participer éventuellement à une décision dans un tribunal. L’aide, auxilium : il doit aider financièrement son suzerain dans certaines conditions, car il a fallu limiter les cas, pour des suzerains dispendieux. Il y a quatre cas où le vassal doit aider financièrement son suzerain : quand son fils aîné va être adoubé chevalier, lors du premier mariage de la fille aînée, lorsque le suzerain part en croisade (il doit s’équiper, acheter des montures, de l’armement,… ça coûte très cher et il a besoin d’aide), et contribuer à payer la rançon pour le suzerain qui devrait racheter sa liberté.

C’est une aide matérielle, financière dans quatre cas, mais il doit surtout une aide militaire. Le vassal doit servir en armes son suzerain, pour assurer la fidélité du territoire, éventuellement pour des opérations offensives (courte durée), la défense du château, tenir garnison au château, ou ouvrir son château au suzerain qui aurait perdu le sien.

En contrepartie, le suzerain doit bonne-justice à son vassal, et protection, mais aussi lui fournir des moyens matériels d’existence, l’aider financièrement. Le plus souvent, il lui concède un fief.

Le fief Qu’est ce qu’un fief ? Un moyen de subsistance, qui va amender des revenus. Il peut revêtir plusieurs formes : cela peut être une principauté, une seigneurie, quelques terres,… ça peut aussi être un pouvoir de commandement (dans une forteresse, il est logé nourri et rémunéré), des fonctions civiles ou ecclésiastiques. Le plus souvent, c’est une terre.

Distribuer des terres doit appauvrir le suzerain, mais il y a une subtilité : le fief de reprise. Supposons un personnage ambitieux nommé Geoffroy, et un petit seigneur nommé Arthur. Pour éviter de voir un jour sa terre absorbée par la force, Arthur se met sous la protection de Geoffroy, et lui transfère sa terre. Geoffroy la lui restitue ensuite comme fief, une terre dépendant de lui : c’est un fief de reprise. Arthur s’est mis sous la suzeraineté de Geoffroy, qui en contrepartie lui a rendu sa terre en qualité de fief. Cette technique a des inconvénients, car si Arthur n’était pas entré dans la suzeraineté de Geoffroy, son fils aurait hérité de la terre. Or, un contrat vassalique lie deux hommes entre eux, et au décès d’Arthur, Geoffrey n’a aucune obligation de concéder ces terres à son fils.

Avec le temps, les vassaux vont obtenir l’hérédité. Il y a un phénomène de patrimonialisation. Mais le passage ne se fait pas automatiquement, il faudra que le fils d’Arthur le sollicite, et qu’il y ait une investiture, la deuxième phase de l’hommage, le fait pour un suzerain de mettre un vassal en possession d’un bien. Il remet à des laïcs ou des ecclésiastiques, un symbole (étendard pour commandement militaire, motte de terre, épis de céréales,…). Le fils d’Arthur est réinvesti, mais ça ne se fait pas tout à fait gratuitement. On exige que celui qui reprend un fief, relève un fief, paie un droit de relief. Le vassal meurt, son fils hérite, et il doit payer une certaine somme, correspondant normalement au revenu d’une année, qui est un droit de relief.

Il peut se faire que le vassal trouve un personnage (Enguerrand) plus puissant que Geoffroy, et préfère entrer dans sa vassalité. Il va donc y avoir une rupture d’engagement. Il est clair que si Geoffroy a donné un fief, il doit être rendu. Quand le vassal refuse de rendre le fief, ça aboutit souvent à des opérations militaires.

Des sanctions sont aussi prévues quand le vassal ne respecte pas ses obligations. Il est félon, (félonie), et le suzerain va confisquer définitivement ou temporairement le fief.

Avec le temps, cette féodalité se complique. Ce qui va primer avec le temps est l’aspect matériel. C’est intéressant d’être vassal, dès lors Arthur va essayer de devenir vassal de plusieurs seigneurs, et d’avoir ainsi plusieurs fiefs. Evidemment, en contrepartie, il doit l’aide à ces suzerains. Et si deux de ses suzerains sont en conflit l’un avec l’autre ? Comment Arthur doit-il réagir ? Il peut faire des suppositions, rester fidèle au plus puissant en espérant une part dans le butin, mais c’est risqué. Un autre système est de rester fidèle au plus ancien suzerain. Puis vient la solution, avec la notion de ligesse : un fief-lige. Un fief possédé avec comme obligation de servir prioritairement ce suzerain.

La féodalité et la royauté :

Le roi a des vassaux, qui ont des vassaux, qui ont des vassaux, et ainsi de suite. Le vassal du dessous est séparé du roi par toute une série d’intermédiaires. Il y a un écran qui se crée entre la

masse des arrières vassaux, et le suzerain. C’est est un élément négatif, mais d’autre part, ce système permet de garder des liens entre le souverain et les arrières vassaux ; un lien personnel indirect, affaibli.

Donc, il y a un écran mais aussi le maintient d’une dépendance. On n’est pas totalement indépendant, et l’aide financière, militaire des grands sommets de la pyramide reste acquise au roi. Ce sont des rapports assez complexes, qui vont en se compliquant au fil des siècles.

E. L’affirmation des monarchies nationales

De grands états vont petit à petit se constituer, des monarchies nationales vont s’affirmer : la France et l’Angleterre.

La France des Capétiens :

Comment, de cet émiettement, est-on parvenu à reconstituer un état français ? Les invasions normandes ont été particulièrement graves en France. Les rois ne parviennent pas à les arrêter, et lorsque Charles le Gros meurt en 888, son héritier a huit ans. Pour faire face au danger, les grands personnages mettent sur le trône un personnage qui a du poids : Eudes de Paris, l’ancêtre de Hugues Capet. Eudes est le fils de Robert le Fort. Pendant environ un siècle, les Carolingiens et les Robertiens vont se disputer la couronne, jusqu’à l’élection en 987 de Hugues Capet, (Robertien). Il y a donc une famille qui arrive au pouvoir, et n’est pas descendante des Carolingiens.

Avec toutes les difficultés que connaissait la France (invasions, faiblesse du pouvoir royal,…) Il y avait assez bien de violences, et l’Eglise a imaginé quelque chose pour mettre fin à ce désordre : la paix/trêve de Dieu (vers l’an mil) : certains jours de l’ane, on ne fera d’opération militaire ; ni contre les civils/non-belligérants, ni à certaines dates. L’église veut faire des seigneurs des chevaliers, des gens qui vont combattre à cheval et être les défenseurs de la foi et des faibles.

Mais si l’on veut qu’une décision s’assortisse de résultats concrets, il faut un système de répression : l’excommunication. L’Eglise n’obtient cependant que des résultats partiels.

Il y a aussi une évolution qui s’observe à partir du XIII e siècle. De puissants personnages parviennent à récupérer des territoires de plus en plus vastes à constituer de véritables principautés territoriales, avec notamment des droits régaliens (justice, cours,…). Ces grands personnages qui émergent constituent un handicap, une nouvelle difficulté pour la monarchie. Mais la monarchie, la royauté conserve certains atouts :

Le roi de France est sacré à Reims, ce qui lui donne un prestige particulier, il a même le privilège de guérir les écrouelles (maladies de la glande lymphatiques). Le roi est le chef de la féodalité, si un vassal meurt sans héritier, c’est le roi qui récupère le fief. Les premiers Capétiens vont associer leur fils au pouvoir royal, et assurer l’hérédité de la fonction.

Certains Capétiens ont aussi compris que pour être fort, il faut posséder un vaste domaine et bien le gérer, pour qu’il rapporte des revenus et des troupes. Ils vont essayer d’accroître leurs domaines. Au départ, le domaine des rois de France est un domaine excessivement réduit par rapport à ce qu’était la Francie occientale. Le domaine royal correspond à la région autour de Paris, et quelques évêchés, abbayes où le roi peut désigner des responsables. Certains Capétiens sont convaincus de la nécessité d’une bonne gestion. Louis VI et Louis VII vont faire régner la paix, la justice dans les territoires sous leur autorité, et ainsi gagner les faveurs de l’Eglise, des paysans, et des bourgeois des villes. En instaurant la paix, en gérant correctement leur domaine, ils obtiennent les faveurs d’une part importante de la population.

Philippe Auguste (1180-1223), et Louis VIII vont utiliser les biens féodaux pour accroître le domaine. Philippe Auguste a comme vassal le roi d’Angleterre : Jean Sans-Terre. En France, Jean Sans Terre a des vassaux. Un jour, un de ses arrière-vassaux appelle la justice de son suzerain, et demande qu’il le rétablisse dans ses droits, mais Jean Sans-Terre ne s’en inquiète pas. Le roi de France, suzerain de Jean Sans-Terre le convoque donc à sa cour. Jean Sans-Terre ne se présente pas, et le roi de France le déclare félon, et prononce la confiscation d’une partie de ses fiefs. Prononcer une sanction, c’est bien, mais il faut aussi exécuter cette sanction. Il va assiéger la forteresse de Château-Gaillard. Les troupes du roi de France gagnent, il annexe la Normandie, le Maine, L’Anjou et le Poitou. Le roi d’Angleterre va mobiliser des alliés, mais ces alliés vont être défaits par le roi Philippe Auguste à la bataille de Bouvines, en 1214. Le roi de France conserve les fiefs qu’il a confisqués, et augmente son territoire.

Une autre circonstance ayant permis l’accroissement des terres : l’hérésie des albigeois. C’est une croisade qui amènera le roi de France à intervenir et confisquer les biens du comte de Toulouse.

Saint Louis, Louis IX (1226-1270) va développer une administration dans un état qui s’étend. Il crée des administrations régionales pour bien tenir en main les différentes parties de son territoire, et s’intéresse particulièrement à la justice, dont il améliore le fonctionnement. Il introduit la possibilité de faire appel d’une sentence au parlement. Il améliore un système de preuves, d’enquête plus élaboré que l’ordalie. Des commissaires recueillent des plaintes contre les officiers royaux. Sa réputation dépasse les frontières du royaume de France, et on fait souvent appel à lui à l’étranger comme arbitre.

Une monarchie est donc peu à peu reconstituée, on se rapproche doucement d’un état moderne.

L’Angleterre :

L’Angleterre est un cas radicalement différent de la France.

En Angleterre, au décès d’Edouard le Confesseur, se pose un problème de succession. Le duc de Normandie, Guillaume le Conquérant, se porte candidat à la couronne. Il n’est pas le seul, mais est le souverain de Normandie, il débarque en Angleterre et bat son rival en 1066 à Hastings. Ceci a des conséquences énormes, sur la manière dont l’autorité royale va s’exercer en Angleterre, car Guillaume est roi par conquête (quand en France, c’est une série de succession). Ici, il s’agit d’un pouvoir fort. Il va combiner les institutions qui existaient déjà, anglo-saxonnes, et les institutions de sa Normandie natale. Le roi impose tout d’abord à tous ses sujets un serment de fidélité. Il possède tous les territoires du royaume, et en fait dresser un inventaire : le Domesday Book. Une sorte de cadastre. Il garde une partie de ce territoire, et distribue le reste à ses vassaux, avec une aide financière en contrepartie. Il a donc d’amples revenus. Par ailleurs, il maintient un impôt qui avait été établi jadis pour lutter contre les Vikings. Il a aussi des forces militaires importantes. Le service militaire est obligatoire pour tous, en cas d’invasion étrangère. Dans le cadre de la féodalité, les prestations de ses vassaux. Le pays est divisé en circonscriptions : shire, avec les sheriffs, qui cumulent une série de fonctions (rendent la justice, perçoivent les impôts,…). Les sheriffs sont nommés et rémunérés par le roi.

C’est nettement plus intéressant que confier ces fonctions à un vassal.

Souverain par conquête, pouvoir fort, cela ne fait évidemment pas l’affaire des nobles, qui vont s’unir pour réduire, contenir ce pouvoir fort. Les nobles ont toute une série d’occasions de se plaindre de ce pouvoir, car il y a des luttes successorales, et quand il faut trancher, arbitrer ces questions, ce sont les nobles qui interviennent. Il y a aussi des guerres incessantes (contre les Galois, les Ecossais,… et pour défendre les terres en France). Ce qui amène de grandes dépenses.

Mais l’histoire d’Angleterre est une alternance de pouvoir fort, avec contestation, et puis d’un pouvoir royal qui récupère des prérogatives. Henri II Plantagenêt restaure l’autorité royale, compromise par des querelles dynastiques. Il peut le faire car il possède d’importants territoires, par héritage et par son mariage avec Aliénor d’Aquitaine, et des territoires conquis. Il a donc d’importants revenus et territoires. Il supprime les privilèges des ecclésiastiques, provoquant l’opposition de l’archevêque de Canterbury, que des nobles assassineront, mais le roi se verra du coup forcé de restaurer ces privilèges. Il perfectionne l’administration, la cour qui l’entoure est réorganisée en services spécialisés. L Il y a le conseil privé, où l‘on traite des questions de politique, l’Echiquier pour les finances, et les Bancs pour la justice. Il a deux fils : Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre.

Richard succède à son père, à la fin du XII e siècle, mais il est fort impliqué dans la croisade, a des démêlés avec Philippe Auguste, est quasi toujours absent du royaume, ce qui déforce l’autorité

royale. En 1199, Jean Sans Terre lui succède. Il porte ce nom, car dans la succession, c’était son frère qui avait obtenu les territoires. Il se révèle tyrannique, a de constants besoins d’argent, et sera vaincu sur le continent. Il est fortement affaibli, et toute l’Angleterre va se dresser contre lui. La conséquence en est que Jean Sans Terre va devoir concéder la Magna Carta en 1215, lui imposant de gouverner en respectant les lois et les coutumes. La Magna Carta interdit les arrestations sans jugement, et instaure les modalités pour la perception de l’aide, des impôts (Il faut obtenir l’accord du Commun Conseil pour lever une aide (nobles et prélats).) Elle assure aussi un conseil de barons, qui veille au respect des lois par le souverain. De la combinaison de ce Commun Conseil et du Conseil Royal va naître le Parlement.

Le règne d’Edouard Ier, dans le dernier quart du XIII e siècle est une époque de lutte incessante contre le pays de Galle et de l’Ecosse, ce qui l’oblige a demander des aides et convoquer régulièrement le Parlement. En multipliant les sessions, on offre au Parlement la possibilité de s’organiser, et de nouveaux membres vont l’intégrer. Il réunit des membres de la petite noblesse, des chevaliers, des bourgeois des villes,… Ce Parlement va voir son rôle se préciser : voter l’aide, les impôts et approuver les lois.

Au terme de cette évolution, quel est le bilan ? Par ce rôle désormais dévolu au Parlement, le pouvoir du souverain est limité, mais ce pouvoir prend désormais appui sur la nation (s’il mène une opération militaire, c’est parce qu’il en a les moyens, c’est parce que le Parlement les lui a donné).

Chapitre II. L’Eglise et la société chrétienne :

A. La christianisation de l’occident

La mise en place de l’Eglise :

L’Edit de Milan, en 313, par Constantin, confère aux chrétiens la liberté de culte. Jusqu’alors, les chrétiens faisaient figure d’opposants à l’empire, mais avec cet édit, la situation se retourne complètement, et le christianisme va devenir un appui solide de l’Empire. Il va offrir à l’Empire ce qu’il a perdu : un universalisme. A l’époque de Théodose, le christianisme devient la seule religion autorisée, et on commence à persécuter les païens. Or le paganisme était encore bien implanté au sein de l’aristocratie, et de la classe sénatoriale.

L’Eglise est sortie de la clandestinité, et va calquer son organisation sur celle de la société, de l’organisation civile. Le territoire d’un évêché correspond au territoire d’une cité, et un archevêché correspond à une province. Les évêques sont désignés par l’ensemble de la communauté chrétienne, mais cela se révèle peu à peu difficilement réalisable, et l’évêque est en fin de compte désigné par des membres du clergé, entourant la fonction épiscopale, l’Eglise cathédrale. Mais cela pose des problèmes, car l’aristocratie locale veut avoir son mot à dire, et des compromis se mettent en place, variables selon les lieux.

Concernant les paroisses, à l’origine, le mot « Paroikia » désigne l’évêché, mais pour que les fidèles, dans les campagnes, ne doivent pas trop se déplacer pour rejoindre le lieu de culte, des églises sont bâties. Il y a des églises publiques, dont le clergé est désigné par l’évêque. Ces églises sont installées un peu au hasard. Il y aussi de simples oratoires, qui ont été créés par les populations rurales, de grands propriétaires, mais le problème se pose de savoir qui administrera les sacrements. Le clergé rural manque de formation et est peu nombreux, or les paysans n’ont pas le temps de se déplacer en ville pour les sacrements, et ont de plus en plus recours à ces oratoires.

Conversion des royaumes barbares :

Il y a aussi la conversion des royaumes barbares, qu’il faut diviser en deux phases :

l’évangélisation et la christianisation

Evangéliser est l’œuvre des missionnaires, qui peuvent être des évêques parcourant les campagnes de leur diocèse, ou bien des moines. Ces missionnaires prêchent, annoncent l’évangile et bâtissent. Il faut être conscient qu’ils s’adressent à des gens simples, et réduisent donc le dogme à l’essentiel. La meilleure façon de faire des conversions est de donner l’exemple d’une vie vertueuse. Ils parcourent de vastes territoires, ne peuvent pas rester, mais reviennent de temps en temps, pour encourager les convertis à persévérer, et éviter que les nouveaux chrétiens ne reviennent à d’anciennes pratiques païennes. L’action récurrente des évangélisateurs est indispensable. Elle atteint surtout les populations rurales, qui sont longtemps restés ignorantes du christianisme.

Concrètement, il faut distinguer les barbares du nord de l’Empire et ceux du sud. Les barbares au Nord, les Francs sont des païens, mais les rois soutiennent l’action des missionnaires. Chez les Francs, le baptême de Clovis va constituer l’étape décisive dans la conversion du royaume, et ouvrira aux missionnaires des territoires récemment entrés dans le patrimoine des Francs.

En Angleterre, le pape a envoyé un moine romain : Augustin, le futur archevêque de Canterbury, qui implante solidement le christianisme dans le sud du pays.

Au sud de l’Empire, chez les Wisigoths, Ostrogoths, Lombards, Burgondes,…la situation est différente. Ce ne sont pas des païens, mais des chrétiens hérétiques : ariens. Ils mettent en doute la divinité de la personne du Christ. Dans le sud, les barbares constituent seulement une minorité, mais ces adversaires de l’Eglise romaine sont soutenus par les rois, les missionnaires vont donc essayer de convertir ceux-ci.

La christianisation est une action en profondeur, de longue durée, pour transformer ces nouveaux chrétiens en de véritables chrétiens, imprégnés des préceptes de la foi, vivant conformément à ces préceptes. Et cela doit être fait par les moines des abbayes et les prêtres diocésains, dans les paroisses. Il y a donc deux groupes de personnes qui interviennent :

Le monachisme est originaire d’orient et a gagné loccident dès avant la fin de l’Antiquité. A cette époque, le monachisme revêt deux formes :

Il y a le monachisme irlandais, avec Saint Patrick, qui demande une ascèse rigoureuse, qui préconise l’exil au milieu des populations païennes, pour que la foi du moine soit constamment éprouvée. Ce monachisme a largement contribué à l’évangélisation et la christianisation de l’occident. Mais a côté de ce monachisme irlandais, il y a le monachisme romain, plus équilibré et modéré, marqué par différentes personnalités : Saint Benoît de Nursie, qui rédige la règle des moines selon laquelle le service de Dieu doit consister en prière et travail. Une autre personnalité, Cassiodore, préconise que le moine s’adonne au travail intellectuel, que l’on retrouvera par la suite. Il y a ensuite une troisième tendance avec Grégoire le Grand, qui dit que le moine doit prier, mais il doit également s’adonner au travail apostolique. L’occident se couvre peu à peu de monastères, qui sont à la fois des pépinières de missionnaires qui sillonnent la région, des foyers de mysticisme, des centres de civilisation matérielle et de civilisation intellectuelle.

Il y a également le clergé paroissial, qui intervient au cours de cette seconde phase. Les paroisses se multiplient assez tôt, au V-VIe siècle. Dans nos régions, elles apparaissent au VIII. Elles assurent l’encadrement suivi de la population.

B. La renaissance religieuse à l’époque carolingienne

Leur œuvre religieuse est beaucoup plus durable que leur œuvre politique. On observe une expansion de la foi et de l’idée religieuse. Chez les Carolingiens, le souci religieux et les considérations politiques sont intimement mêlées. Ils soutiennent l’action des missionnaires, conscients qu’une même foi favorisera l’union. L’aide politique des Carolingiens est utile aux évangélisateurs, et de leur côté les Carolingiens s’appuient sur l’Eglise pour affermir leur pouvoir.

Le christianisme gagne des régions du centre de l’Allemagne (Boniface), comme la Frise (Willibrord). Toute une série de régions qui n’avaient, jusque là, été que partiellement touchées font l’objet de nouvelles campagnes. Pépin le Bref et Charlemagne veulent une unité dans la foi, et imposent les mêmes coutumes dans l’Eglise de Rome. Ils essaient aussi, sans succès, d’unifier le droit canon. Mais cette église carolingienne présente de sérieuses faiblesses : la conversion forcée, sans profondeur et sans lendemain ; ou bien la coutume de confier des charges politiques, des fonctions administratives aux évêques, abbés des grands monastères. L’autorité civile va donc choisir les évêques, abbés, parmi les gens de haute naissance, les gens sûrs, habiles, et ce n’est pas la piété qui sera déterminante. Ces personnages ne seront pas réellement motivés, et même s’il s’agit de bons prélats, leurs tâches temporelles réduisent le temps qu’ils peuvent consacrer à leurs tâches pastorales. Conception carolingienne de l’empire : pour les penseurs carolingiens, l’empereur est le chef désigné par Dieu du nouveau peuple élu. Il doit guider la communauté chrétienne tout entière, la défendre contre les ennemis de l’extérieur, comme de l’intérieur. Mais le pape reçoit aussi un pouvoir universel sur la chrétienté, et les deux hommes vont s’opposer.

C. La crise de l’Eglise à la fin du IXe siècle

A la fin du IXe siècle, après le démembrement de l’Empire, l’Eglise est en crise. La première cause en est son manque de liberté. Les grandes familles romaines se disputent la fonction de pape, et l’Eglise est souvent dominée par les empereurs. Ce sont les souverains et seigneurs qui désignent les évêques parmi leurs fidèles, et les tâches administratives occupent le temps de ces prélats. Le clergé des paroisses manque de vocation, de formation, et est absorbé par ses obligations temporelles. Au niveau du bas clergé, il est ignorant, manque de mœurs et vit d’expédients, ayant très peu de revenus. Les vicaires, qui aident les curés, reçoivent la « portion congrue ». Il y a donc nécessité de réforme.

D. Réforme monastique

Il y a deux manières de quitter le monde : on peut faire une fuite solitaire, par l’érémitisme. Ou bien se retirer du monde en groupe, dans une fuite communautaire : monachisme, ou cénobitisme. Les monastères sont touchés par la crise, et différentes rénovations vont être menées.

Le renouveau clunisien (fondation en 910):

Cluny, en Bourgogne, a été fondée en 910, et est à l’origine d’un important renouveau monastique. Quelles en sont les caractéristiques ? Il y a tout d’abord la tâche spécifique du moine, de se consacrer à la louange de Dieu, l’opus dei, et de ne plus travailler de ses mains. Il doit vivre du labeur des autres. L’abbaye doit donc être riche pour pouvoir fournir aux moines les moyens d’existence nécessaires pour se consacrer à la louange de Dieu. Les fondateurs de Cluny ont donné l’abbaye à la papauté, et ne dépendent donc pas, d’une façon ou d’une autre, des autorités politiques et régionales de Bourgogne, mais uniquement du Saint- Siège. Cluny s’assure ainsi une indépendance, et est mise à l’écart de toute intervention laïque et autorité spirituelle autre que le Saint Siège.

Les Maisons qui vont être fondées ou refondées par Cluny vont être placées sous l’autorité de l’abbé de Cluny, et vont former un ordre religieux. C’est le premier ordre religieux de l’histoire. Les coutumes clunisiennes, c'est-à-dire la règle bénédictine réformée par Cluny, vont être adoptées par de nombreux monastères. A la fin du XIe siècle, ces coutumes s’appliquent à près de 1450 établissements. Il s’agit de donner une certaine cohésion à l’ordre de Cluny, on instaure donc, au début du 12 e siècle, un chapitre général responsable, une réunion plus ou moins régulière.

Cluny va avoir une influence considérable sur la société de son temps, appuyer le mouvement de trêve de Dieu, et va de la sorte promouvoir un certain adoucissement des mœurs des laïcs. Elle va aussi collaborer avec la papauté pour éloigner les laïcs des biens temporels ecclésiastiques et favoriser l’essor de l’art roman. Au XIIe siècle, l’expérience s’essouffle. Les abbés de Cluny interviennent de plus en plus dans les affaires de la chrétienté. Ils sont souvent absents de leur abbaye, et perdent de vue leur idéal monastique.

De nouvelles expériences, recherches spirituelles, se développent hors de la congrégation, promouvant un retour aux origines du monachisme, aux XIe et XIIe siècles, et puis de l’Eglise aux XIIe et XIIIe siècles.

Le retour aux origines :

L’abbaye de Cîteaux :

Les cisterciens reviennent à la règle de Saint Benoît, restaurent l’équilibre entre la prière et le travail. Ils renoncent à la richesse et au luxe, et leurs églises sont fort dépouillées. L’ordre qui, au

départ, ne décollait pas, voit arriver Bernard de Fontaine, qui va lui faire connaître une grande expansion. Bernard de Fontaine interviendra dans toutes les affaires importantes de l’Eglise de son temps. Il est le prédicateur enthousiaste de la deuxième croisade, et son exemple sera suivi par ses successeurs, qui sortiront de leur retraite et renonceront à la contemplation. Dès la fin du XIIe siècle, l’expérience de Cîteaux perd de son dynamisme, comme Cluny.

Les chartreux, fondés par Saint Bruno, archevêque de Cologne, vont se retirer du monde. Ils reviennent à l’érémitisme des pères du désert. Ces ermites vivent en communautés, mais s’ils participent à quelques exercices conventuels, leur vie se déroule dans la solitude d’un ermitage. Il y a une église, un cloître, et alentour de petits ermitages composés d’un atelier, d’un lieu de logement et d’un jardin. C’est là que, dans la solitude, se passe l’essentiel de la vie du moine. C’est un ordre qui n’a pas eu un grand recrutement, mais n’a pas connu de grandes crises.

Le retour aux origines de l’Eglise, à l’évangile, s’observe avec d’autres fondations. Saint Norbert veut renouer avec l’existence des apôtres et fondera l’ordre des prémontrés. Ce sont des chanoines réguliers, mais acceptant de desservir une paroisse.

On voit aussi l’apparition d’ordres mendiants, qui prennent le Christ comme modèle. Ces ordres vont opter pour une vie de pauvreté.

Il y a deux types de pauvreté : la pauvreté individuelle (un moine clunisien ne possède rien,

mais l’abbaye est très riche), et la pauvreté collective. Ces idéaux vont évoluer, puisqu’au départ, ces ordres refuseront d’avoir leur propre monastère, mais finiront par l’accepter. Ils vont également s’adonner à l’apostolat. Dans ces ordres mendiants, il y a deux grandes familles : les dominicains (Saint Dominique) et les franciscains (Saint François d’Assise). Les dominicains s’installèrent à Toulouse en 1215. Ce sont des frères prêcheurs, qui consacrent leur existence à la prédication contre les hérétiques (albigeois : condamnaient systématiquement les rapports sexuels, et préconisaient pour les cathares une abstinence du mariage. Ils avaient une vision manichéiste du mal) Pour prêcher contre ces albigeois, les dominicains ont besoin d’une solide formation individuelle, car ces hérétiques ont une bonne formation. Les dominicains vont donc s’illustrer dans le domaine intellectuel, comme Thomas d’Aquin. Ce sont de grands intellectuels, et quand des universités vont se créer au XIIIe siècle, on fera appel à eux.

Les franciscains, des frères mineurs nés au début du XIIIe siècle, en Italie, prônent

l’attachement au Christ, le détachement du monde, de soi, et un amour franciscain pour la nature. C’est un mouvement où l’on va rapidement voir se multiplier les maisons.

A la fin du 13 e siècle, plus de 1500 maisons relèvent de cet ordre.

Les ordres mendiants, dominicains et franciscains ont une influence considérable au XIIIe siècle. Ils suppléent à la paroisse, dans la prédication et l’enseignement.

Il existe aussi des tiers ordres, soit des laïcs qui optent pour l’un des deux ordres, sans quitter le monde. C’est un nouvel encadrement.

Ils interviennent dans les universités, notamment la faculté de Théologie. Les Franciscains estimaient au départ que le savoir était une forme de richesse, mais ils ont fini par accepter ces charges. Le clergé diocésain, quant à lui, estimait que ces ordres religieux n’avaient pas à intervenir, ce qui a pu créer des tensions.

E. réforme grégorienne.

Les objectifs :

Grégoire VII veut relever le niveau moral du clergé et réorganiser le monde chrétien selon ce qu’il conçoit comme le plan voulu par Dieu.

Querelle des Investitures :

Grégoire VII a interdit aux laïcs de nommer des évêques, ce qui a causé de vives tensions entre l’empereur et la papauté. Cette querelle s’est clôturée avec le concordat de Worms.

Vers la théocratie :

Le pape lance également un mouvement de centralisation du gouvernement de l’Eglise. Il s’affirme comme évêque universel et prétend à la supériorité du pouvoir religieux sur le pouvoir civil. Il peut également intervenir dans les affaires laïques si c’est nécessaire. Il peut même déposer des princes qui agiraient au détriment de l’Eglise ou des chrétiens. Cela va évoluer vers la théocratie, avec le pape Innocent III, au début du XIIIe siècle qui affirme la supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel. Il y aura des conflits avec l’empereur Frédéric II, qui considère l’Eglise incluse dans l’Empire. Cette position amène Innocent IV à reprendre les théories d’Innocent III pour justifier la souveraineté absolue du pape. Il y aura encore par la suite des durcissements de la position du souverain pontife, avec notamment Boniface VIII.

Il y a donc deux ensembles de réformes.

F. Les croisades

L’idée de croisade :

Il s’agit avant tout de bien cerner l’idée de croisade. De nos jours, une nuance péjorative est souvent associée au terme de croisade. Elle est associée à l’intolérance, à un manque d’ouverture, à un désir de conquête, et à l’esprit de puissance de l’Eglise. Cette vision résulte d’une méconnaissance du contexte de cette institution née de la volonté du Saint Siège, pour répondre à des nécessités du moment. Les pères de l’Eglise, les théologiens du Moyen Age, avaient dégagé la notion de guerre juste, qui mobilise la population pour défendre la patrie contre l’agresseur. Au moment où la foi chrétienne court un danger suite à la conquête arabe, la chrétienté va être assimilée à la patrie.

Grégoire VII a proclamé en 1074 son intention de secourir les chrétiens d’orient, mais ce n’est que vingt ans plus tard, au concile de Clermont, que le pape Urbain II invite les orientaux à se mobiliser contre les turcs. Pour inciter les chrétiens à se lancer dans cette expédition, il promet une indulgence plénière.

Le symbole de l’unité chrétienne :

L’idée des croisades est accueillie avec enthousiasme. Cela s’explique par la puissance du sentiment religieux, l’absolution, la perspective d’exploits militaires et l’attrait de l’orient. Tout cela va pousser des milliers d’hommes à s’engager. Les croisades sont organisées par la papauté et vont symboliser l’unité de l’Eglise. On a dit parfois qu’il y avait d’autres causes, matérielles. Si le développement commercial des villes italiennes va pousser les marchands à mettre la main sur les ports du proche orient, les hommes d’affaire ont plutôt craint que les croisades ne perturbent les associations commerciales. Ils se rallieront au mouvement quand ils se rendront compte qu’elles sont bénéfiques à l’élargissement de leurs relations.

A l’époque des croisades, la population est en augmentation. Certains ont dit qu’un trop plein démographique aurait poussé vers l’orient des chevaliers sans terre, ou bien des paysans déracinés. Cette explication ne tient pas réellement. Il y a une croissance au XIe siècle, mais elle n’est pas excessive et n’explique pas le départ vers Jérusalem.

Heurts et malheurs :

L’appel de Clermont, en 1095, a un retentissement considérable. Les prédicateurs populaires diffusent le message, et près de 150 000 hommes et femmes y répondent ; jeunes et vieux, pauvres et puissants. Ils sont indisciplinés, enthousiastes, mais rapidement découragés.

En 1096, quatre armées partent opèrent leur jonction à Constantinople. Ils rejoignent en Asie mineure les débris de la croisade populaire. Cette première croisade sera couronnée de succès grâce aux divisions de l’empire turc, et à l’énergie du légat du pape. Le 15 janvier 1099, Jérusalem tombe. Les Francs organisent leur conquête, créent des principautés (Godefroid de Bouillon), et construisent une série de forteresses. C’est le succès de la croisade, et les divisions à terme de l’empire turc. Mais l’unité musulmane va se reconstituer, des dissensions vont avoir leur dans les Etats francs, et il y aura de nouvelles croisades, de moins en moins efficaces.

La quatrième croisade aboutit à la fondation de l’empire latin de Constantinople, et celles de Saint Louis seront plus fidèles à l’idée religieuse.

Elargissement des horizons :

Les conséquences de ces croisades sont un élargissement des horizons. Elles donnent une grande impulsion aux échanges entre l’orient et l’occident. Les croisades facilitent l’installation de comptoirs commerciaux dans tout l’orient, et ouvrent la route du Levant. Les produits occidentaux sont exportés, et on importe une série de produits.

Les contacts se multiplient avec l’Asie intérieure, jusqu’en Chine. Les croisades contribuent aussi à l’ouverture, l’élargissement des horizons intellectuels. Elles permettent d’emprunter davantage à la science, la littérature, l’art des arabes. C’est par l’intermédiaire des arabes que les occidentaux vont assimiler les héritages grecs, persans et indous.

G. Un art au service de la foi L’Eglise est un rassemblement de croyants, qui nécessitent des lieux de réunion : les églises.

La civilisation ottonienne :

Evoquer la civilisation à l’époque d’Otton Ier amène à évoquer une fois encore les Carolingiens. On a évoqué leur action politique, qui ne s’est pas révélée durable, leur action religieuse, et la renaissance carolingienne dans le domaine de l’art. Cette manifestation ne s’arrête pas lorsque l’œuvre politique des Carolingiens éclate en morceaux. La Renaissance va se prolonger en Germanie, et sous Otton Ier, il y aura un renforcement de l’influence de l’Antiquité. Mais il ne s’agit pas de réelles innovations.

Il faut insister sur une spécialité (notamment de nos régions et du pays rhénan) : le travail des

émaux.

Ce n’est pas une innovation, mais il y a dans nos régions des œuvres maîtresses, telles que les fonts baptismaux de Saint Barthélémy, à Liège. Il y a aussi les miniatures, c'est-à-dire des reproductions d’œuvres d’art en deux dimensions. Ces miniatures servent à décorer des manuscrits et sont réalisées dans certaines abbayes de nos régions, qui se dotent d’atelier d’écritures spécialisés. Ces scriptoria ont une très grande réputation, notamment l’abbaye d’Echternach, au Grand Duché du Luxembourg. Egalement dans une région un peu plus lointaine, à Reichenau. Ce n’est pas une époque novatrice en soi, mais de maintien des réalisations carolingiennes et de spécialisation dans l’art des métaux.

L’art roman (XIe –XIIe siècles) Un élément important de l’art roman, au niveau de la structure du bâtiment, est la substitution progressive des voûtes aux plafonds. Il existe différents types de voûtes (en Berceau, qui exercent une poussée considérable sur les murs, forçant la limitation de la hauteur et la réduction du nombre d’ouvertures). Petit à petit, on va voir comment rendre cette architecture plus solide, en essayant de soutenir les voûtes, avec un système de doubleaux, à intervalles réguliers. Ces arcs doubleaux sont repris par des pilastres.

Une autre technique : le système des voûtes darêtes, faites de voûtes en berceaux, qui vont se couper à angle droit, et s’appuyer ainsi l’une sur l’autre. La poussée des voûtes va être ainsi ramassée, au point de retomber des arêtes. Ces points plus sensibles seront donc équipés, renforcés de contreforts.

Le plan de l’église, qui demeure carolingien, avec un déambulatoire, des chapelles, un chœur

entre l’abside et la nef, et un transept bien marqué. La décoration des églises romanes fait largement appel à la fresque, dont on va couvrir les murs et les voûtes. La sculpture orne les chapiteaux. Les dessins sont souvent géométriques, représentants des fleurs stylisées, et naturellement des scènes de l’écriture. On retrouve aussi ces sculptures sur les portails des façades, avec les statues et les bas-reliefs.

Dans l’art roman, la peinture et la sculpture sont entièrement soumis à l’architecture ; il y a un principe d’unité fondamentale. L’architecte s’efforce d’avoir des formes harmonieuses, et vont déformer les figures pour s’adapter. C’est du symbolisme.

L’art gothique (XIIe-XIIIe siècles) L’art gothique est intimement lié à la valeur mystique que les clercs du XIIe siècle attachent à la Lumière, qui sera une notion centrale pour eux. On va faire en sorte que les églises soient le plus possible inondées de Lumière, ce que l’art roman ne permettait pas. On va faire de très grandes ouvertures au niveau des fenêtres. L’élément tout à fait essentiel pour cela, une trouvaille technique, est la voûte d’ogive. Elle a été inventée vers 1100, en Angleterre. Avec ce nouveau système, on va pouvoir construire une ossature d’arcs qui se rencontrent et s’épaulent à la croisée d’ogive. Elles retombent aux quatre coins des travées. Il suffira de remplir cet espace par une mince paroi, ce qui donnera un effet de légèreté. Cette technique permet d’éviter les murs, de faire des grandes ouvertures, mais aussi de construire beaucoup plus haut, ce qui amènera une sorte de concurrence entre les villes.

Avec l’ouverture de larges baies, c’est le vitrail qui va remplacer la fresque, cet art maintenant va pourvoir se développer. La sculpture va aussi gagner tout l’édifice, et devenir beaucoup plus réaliste. Elle va reproduire les hommes et les choses, mais il faut reconnaître qu’on sculpte davantage des types que des individualités. La cathédrale de Tournai est un mélange d’art roman et gothique. Le chœur est gothique, tandis que tout le reste de la construction est roman, ce qui explique la différence de hauteur entre les deux parties de l’édifice.

A partir de 1140, dans les cathédrales d’île de France, les choses se sont fortement

développées, à Saint Denis notamment, à Chartes, Sens et Paris, également. Cet art gothique va

s’imposer à toute la chrétienté et contribuer à l’unité artistique de l’occident.

H. Une culture chrétienne

La culture classique et les valeurs chrétiennes :

Il y a tout un héritage carolingien constituant le point de départ, et vont s’ajouter à cet héritage des données qui résultent de contacts plus étroits avec l’Antiquité et le monde arabe, et de l’observation de la nature et de l’homme. De quoi s’agit-il ? Il y a des œuvres profanes, telles que la chanson des Goliards (clercs itinérants, qui sont issus principalement des universités. Ces gens protestaient contre des contradictions de l’église, notamment au sujet de l’échec des croisades, mais aussi contre les écarts de la royauté et de la noblesse). D’autres œuvre portent la marque d’un fond païen, dans les régions germaniques, comme la chanson des Nibelungen, qui fut composée vers 1200 et raconte les exploits de Siegfried, sur fond des massacre des Burgondes. On remarque que le contenu est transmis par des sources scandinaves. Malgré l’esprit parfois profane et le fond païen de toute une série de ces œuvres, la majorité d’entre elles atteste d’un esprit chrétien.

Littérature latine et essor des littératures nationales :

La littérature latine reste brillante, elle produit des œuvres historiques, toute une série de biographiques, des chroniques, des poésies profanes, religieuses (poèmes d’Adam de Saint Victor, première moitié du XII e siècle). Au treizième siècle, le latin ne sera plus que la langue des sciences et de l’Eglise. Les littératures nationales prennent de plus en plus d’importance. Elles débutent avec les épopées du XI e siècle (Chanson de Roland), et s’enrichit par la poésie courtoise, qui culminera avec la divine comédie. Comme genre littéraire, il y a aussi le roman, créé par Chrétien de Troyes

Au XIII e siècle, vont encore s’ajouter à tous ces genres, l’histoire, la satire (roman de Renard), les fabliaux, le théâtre (mystères) et les traités didactiques.

Le mouvement scientifique et les universités :

Les sciences spéculatives accusent de notables progrès, dans différents modèles et milieux, notamment ceux du droit romain, du droit canon ou de la théologie.

Le droit romain renaît, surtout à Bologne, et appuie les visées absolutistes des princes. Le droit canon, qui était assez désordonné, est remis en ordre à Bologne, vers 1150, par Gratien (décret de Gratien) Pour comprendre et expliquer la création, la théologie s’appuie sur l’autorité des pères de l’Eglise, puis elle recourt à la raison, avec Anselme de Canterbury (XIe siècle), et Abélard (XIIe siècle), et avec la philosophie antique, qui a une influence malgré tout sur cette théologie médiévale. Ce qu’on voit, c’et qu’il y a une conciliation de la pensée païenne et du dogme chrétien (Somme théologique, de Thomas d’Aquin). A côté de tout cela, il y a une grande évolution également au niveau des mathématiques, qui se développent grâce au contact avec la science arabe. On va utiliser l’abaque, le zéro, les chiffres arabes, et l’algèbre. Grâce également aux arabes d’Espagne et de Sicile, ce sont les sciences naturelles qui vont avoir de sensibles avancées, avec Roger Bacon (Oxford), Albert le Grand (Paris), deux figures professant que la science ne peut s’élaborer que par l’observation et l’expérimentation, et que les constatations doivent être traduites sous forme mathématique. En d’autres termes, ils définissent une méthode, ils annoncent vraiment l’esprit scientifique qui se développera au XVIe siècle.

La plupart des savants se contentent toutefois de raisonner sur les anciens, et n’enregistrent que de maigres progrès. Néanmoins, avec les avancées scientifiques, les matières d’enseignement se multiplient et amènent les écoles à se subdiviser en facultés. Les étudiants passaient d’office par la faculté des arts, ils pouvaient ensuite continuer en théologie, droit ou médecine. Ce qu’il faut constater encore, c’est que maîtres et élèves y sont organisés sur le modèle des corporations de métier. Au point de vue des universités, les principales sont Paris, Bologne, Toulouse, Montpellier, Oxford, Cambridge, Salamanque et Padoue. Toutes ces grandes universités vont entretenir d’étroites relations, et on voit se manifester un caractère international de la science.

I. Les difficultés de la papauté

Les papes d’Avignon (1309-1378) Comment expliquer ce déménagement ? Au quatorzième siècle, le pape Clément V est d’origine française, et le climat n’est plus très bon à Rome, du fait de problèmes avec l’aristocratie romaine et le peuple romain. Ce n’est pas facile pour le pape de lutter contre tous ces soucis, et Clément V décide de se fixer dans une possession de la papauté à Avignon. La situation rencontrée à Rome n’est pas isolée en Italie, et le pape doit envoyer des troupes militaires pour assurer son autorité, ce qui coûte une fortune.

A côté de cela, il y a toute une série de missions en Asie, qui coûtent elles-aussi très cher.

En même temps, l’administration du Saint Siège se développe, progresse, et cette progression lamène à développer une lourde politique fiscale. Tous ces éléments font en sorte que la papauté prend l’allure d’une puissance d’argent.

D’autre part, ces papes d’Avignon vont confier de manière priorité toutes les plus belles charges à des compatriotes. A un moment, 113 cardinaux sur 134 seront français.

Le Grand Schisme d’Occident (1378-1417) :

Au décès de Grégoire XI, en 1378, les cardinaux, majoritairement français, choisissent un pontife italien : Urbain VI. Mais par la suite, ils annulent cette élection, et désignent un Français :

Clément VII, qui s’installe en Avignon, alors que Grégoire XI était rentré à Rome.

Donc, chronologiquement : 1. Retour de Grégoire XI à Rome. 2. Mort de Grégoire XI en 1378,

3. Choix par les cardinaux d’Urbain VI, 4. Choix par les cardinaux de Clément VII, 5. Retour de Clément

VII

à Avignon.

Durant la période qui suit (presque 50 ans) la chrétienté se divise en deux obédiences ; il y aura

un

pape à Rome, et un à Avignon. S’ensuivent d’énormes discussions pour récréer une unité. Finalement, toutes les personnalités de l’Eglise sont réunies lors d’un concile, à Pise en 1409,

et la décision est prise de déposer les deux papes et d’en élire un nouveau. Mais les deux autres refusent de quitter leurs fonctions, et l’on se retrouve dès lors avec trois papes ! Ce n’est qu’en 1417, lors du concile de Constance, que ces différents partis parviennent à se mettre d’accord, et choisissent Martin V comme nouveau pape, reconnu par toute la chrétienté.

J. Le danger des hérésies : des Vaudois à Jean Huss

Il y a toujours eu des hérésies, mais au cours des deux derniers siècles du Moyen Age, elles deviennent beaucoup plus redoutables.

L’hérésie vaudoise, du nom de Vaudès, un marchand de Lyon au XIIe siècle et partisan d’un biblicisme intégral. Cet homme prêchera une pauvreté absolue.

A côté de cette hérésie vaudoise, on parle beaucoup des albigeois et cathares, dans le midi de

la France, au XIIe siècle. Leur doctrine présente un système dualiste de type manichéen. La seule réponse qui pu être de trouvée de manière efficace à cette hérésie est la croisade entre 1208 et 1229.

Il faut constater que ces nouvelles hérésies mettent l’accent sur la piété personnelle. Une autre de leurs forces est d’être formulées par des intellectuels de talent. L’un d’entre eux est John Wyclif, professeur de théologie à Oxford. Ce personnage va s’élever contre la richesse du clergé, contre la fiscalité pontificale, et n’accepte comme règle de foi que l’écriture sainte et l’interprétation qu’il en donne. Il va nier la primauté romaine, la primauté du pape, et condamner le culte des saints, et même rejeter certains sacrements. Ces thèses sont annonciatrices du protestantisme. Mais Wyclif est un homme sérieusement protégé, et ne sera pas plus inquiété que ça, contrairement à Jean Huss. Jean Huss est un professeur d’université à Prague, et reprend les différentes thèses de John Wyclif. Cette hérésie connaît un vif succès en Bohème, succès qui l’amène devant le concile de Constance, en 1415. Il sera arrêté et brûlé vif.

K. Laïcisation de la société et individualisation de la piété

L’Eglise est déchirée, déconsidérée, et ne parvient plus à s’imposer à des états de mieux en mieux organisés et des villes de plus en plus puissantes. Toutes ces autorités civiles vont rejeter toute intervention du pouvoir religieux dans leurs affaires. C’est un élément très important.

Cependant, dans certains milieux, la piété reste vive. Les Mystiques sont nombreux (Catherine de Sienne, Ruysbroek auteur de « l’ornement des noces spirituelles »). Les individus aspirent de plus en plus à une religion moins extérieure, plus intime. L’inspiration personnelle tend à l’emporter sur tout ce qui est disposition collective. Cette évolution annonce le protestantisme.

Chapitre III. Cadres et conjonctures économiques

A. L’économie à l’époque carolingienne :

Du point de vue politique, l’époque carolingienne n’a pas eu des résultats durables, c’est différent du point de vue économique.

La prépondérance de l’agriculture :

A cette époque, l’agriculture est l’occupation de l’énorme majorité de la population, qui est essentiellement rurale. Mais il s’agit d’une agriculture rudimentaire, utilisant des instruments en bois et donc peu résistants, ne permettant pas de retourner profondément la terre, de la régénérer après une récolte. C’est aussi une agriculture de faible rendement : un grain en donne trois ou quatre, donc deux ou trois utilisables (puisqu’il faut en garder un pour la plantation).

On voit se développer ce qui avait déjà commencé : une concentration de la terre dans de grandes propriétés. Les petites et moyennes propriétés disparaissent, passant aux mains des riches et puissants. Un domaine comprend souvent plusieurs villages ou villae, et sont divisés en deux parties :

réserve et tenures. La réserve est la partie du domaine que se réserve le seigneur, et qui est mise en valeur par les serfs et les corvéables (hommes libres astreints à des corvées), au profit du maître. C’est une grande ferme, avec toute une série d’ateliers pour répondre aux besoins quotidiens d’un grand domaine. Souvent, on y trouve un four, un moulin, une brasserie, un pressoir et quelques artisans. Le reste du domaine est divisé en toute une série de petites exploitations, tenures. Elles sont cultivées par les serfs et corvéable à leur profit. Ces tenures sont constituées en manses (un manse est une unité d’exploitation, la terre d’une famille). Il y a aussi certains droits d’usages dans les bois de la réserve (construction, chauffage). La superficie de ces tenures varie à l’extrême, tout dépend de la richesse agricole de la région. C’est théoriquement mis en valeur par une famille, parfois à titre temporaire, parfois à titre viager, voire perpétuel (héréditaire). Ce n’était pas une terre mise gratuitement à la disposition des tenanciers, mais demandait le payement d’un loyer, en numéraire ou plus souvent en produits de la culture, de l’élevage. Les tenanciers devaient aussi prester une corvée dans la réserve (trois jours par semaine).

Avec le temps, le grand propriétaire a obtenu et exerce des droits sur les personnes qui habitent dans ces terres. Des droits appartenant normalement à l’état : justice, perception des amendes, taxes,…le grand domaine devient alors une seigneurie. Le propriétaire exerce des droits qui ne sont pas ceux d’un propriétaire foncier. Soit ils lui ont été concédés, mais plus souvent, ils sont le fait d’usurpation. Ces grands domaines vivent largement en autarcie, repliés sur eux-mêmes, et produisant tout ce dont ils ont besoin, et ne procédèrent pas à des échanges avec d’autres régions. Avec parfois des exceptions, les domaines très larges ayant des surplus à échanger et commercialiser. Mais dans l’ensemble, on vit replié sur soi.

La régression du commerce, de l’industrie, des villes :

Les invasions germaniques ont créé un climat d’insécurité, défavorable au commerce. Les marchands ne fréquentent guère les routes désertes et les itinéraires jugés trop dangereux, mais il reste quelques orientaux qui assument les risques, car ils vendent des produits dont les puissants ont besoin, des produits de luxe, comme les épices, très coûteux et donc rentables.

L’industrie est aussi en déclin, car le commerce étant très réduit, les artisans n’ont pas de débouché pour leur fabricat, et se contentent de fabriquer des articles grossiers en petite quantité, destinés à couvrir des besoins strictement locaux ou régionaux. Il y a aussi eu l’occupation de la méditerranée par les musulmans, qui a perturbé et même interrompu les relations maritimes entre l’Orient et l’Occident.

Les lieux privilégiés du commerce et de l’artisanat sont les villes, qui végètent, se dépeuplent. Marseille, par exemple, ne compterait que 8 à 9000 habitants. On peut dire que l’occident est alors émietté, morcelé, en une série de petits espaces économiques, repliés sur eux-mêmes. Il manque totalement d’unité économique, mais il y a des exceptions, qui vont rendre possible le renouveau commercial, avec la persistance d’échanges animés en Italie tout d’’abord, où les villes restent le centre d’une activité commerciale et artisanale, et parmi les villes qui survivent, en tout premier lieu Venise, qui est une terre byzantine et maintient donc des relations entre orient et occident.

Depuis le milieu du VII e siècle, le centre de gravité de l’occident a basculé vers le nord du continent, avec les anglo-saxons, les frisons, les scandinaves. On établit des entrepôts, et au cœur de l’empire carolingien, l’économie profite également de l’action pacificatrice des souverains. Les industries se mettent en place, le travail du textile, la métallurgie,… qui ne travaillent pas uniquement pour des besoins locaux et régionaux, mais aussi pour des besoins plus lointains. Il y a aussi des embryons de ville le long de la Seine, du Rhin, de la Meuse ou en Angleterre. Voilà comment se présente l’économie à l’époque carolingienne. Les carolingiens ont donné une unité économique à l’occident

B. Le renouveau économique (XIe-XIIIe siècles) Ce renouveau concerne les campagnes et les villes, mais également le grand commerce.

L’essor des campagnes :

Pour reprendre l’expression de certains auteurs : ce monde est « un monde plein ». Il y a une croissance démographique, mais dans la campagne, la situation présente vers l’an mil des caractéristiques encore assez proches de l’époque carolingienne ; La terre est à la base de la vie matérielle, la source de toute richesse, mais elle est encore mal exploitée. Toutefois, il y a vers le milieu du Xe siècle un effort de conquête, de domination de la nature, mené par l’homme. C’est notamment l’époque d’une amélioration des techniques : l’instrument aratoire utilise désormais le métal pour renforcer les outils. Le soc de charrue en métal permet de retourner la terre plus en profondeur, pour la régénérer après les récoltes. On diffuse également la technique de l’assolement triennal ; Les cultures céréalières épuisent la terre, et la succession de ces cultures amène l’épuisement de la terre. La première année, on va cultiver des blés d’hiver (froment, orge), des cultures très exigeantes. La deuxième année, des blés de printemps (avoine, orge), qui sont des céréales moins exigeantes. Et la troisième année, elle reste en jachère, sert à mettre le bétail. Ce système permet à la terre de se reposer. Introduction également du moulin à vent et expansion du moulin à eau, progrès dans les pressoirs,…toute une série de techniques, donc, qui permettent d’améliorer les rendements.

Il y a également une extension de la zone cultivée, avec des défrichements pour étendre la zone cultivable. Tous les lieux dits en sart ou roeulx viennent de ces défrichements, de ces gains de terre. On récupère des zones inondées ou marécageuses aussi. Les paysans originaires des Pays-Bas conquièrent de vastes étendues, notamment le long de la Baltique.

L’augmentation de la production engendre une augmentation de la population, à partir du XI e siècle, ce qui rend possible l’essor des villes. En effet, lorsqu’il y aura trop de population dans les campagnes, elles gagneront les villes. Il y aura une extension de l’occident, sur les rivages de la Baltique ou vers l’Orient.

La campagne, c’est aussi l’encadrement seigneurial. La seigneurie réunit dans une commune utilisation de la terre, les seigneurs et les paysans. Chacun a ses tâches, mais ils ont la même utilisation de la terre. Il s’agit d’un système qui ne se diffuse pas uniformément. On en trouve en Angleterre, en Italie et en Allemagne, mais dans les pays méditerranéen et les pays nordiques, les communautés paysannes échappent largement à cet encadrement. Du reste, il y a toute une série de types de seigneuries. La seigneurie, comme le domaine, est d’une taille très variable, Elle peut coïncider avec les

limites d’un village, en réunir plusieurs, comprendre des terres dispersées sur plusieurs paroisses, et même dans plusieurs régions. C’est quelque chose de très mouvant, car les nobles cèdent à l’Eglise et à leurs successeurs. Le phénomène est d’autant plus marqué qu’il y a une augmentation démographique (et donc, du nombre d’héritiers). Avec le temps, les paysans estiment que ce système de réserve, de tenures et de corvée est peu avantageux pour eux, et ils essaient de racheter les corvées. Au lieu de prester trois jours, ils paieront le propriétaire, qui aura recours à des salariés pour effectuer ces travaux. Ces salariés peuvent coûter cher, et le propriétaire va donc lui-même revoir le système d’exploitation : il va lotir la réserve en une série de tenures. Il y a donc modification dans le mode de valorisation. Le grand propriétaire n’est plus celui qui a une grosse ferme, mais celui qui perçoit les revenus de son exploitation, on dit qu’il devient un rentier du sol.

Avec cette évolution dans les revenus que la terre procure au seigneur, il y a aussi une évolution dans le pouvoir que le seigneur a sur les hommes. Ce pouvoir s’accroît, avec le pouvoir du ban : les seigneurs s’arrogent le droit d’ordonner, de contraindre et de punir. Il s’approprie une autorité réelle sur les paysans, notamment ceux résidant à la périphérie, là où il n’y a pas de grands propriétaires assez puissants pour exercer le pouvoir. Il y a également une population plus ou moins indépendante, mais qui a besoin de la protection d’un puissant, et le seigneur exercera son autorité sur eux également, tout d’abord par l’exercice du pouvoir judiciaire.

Le seigneur a également d’autres sources de revenus, avec les taxes sur les marchandises, les tonlieux (sur les transactions, au passage d’un pont,…) et encore d’autres droits qu’il s’arroge (gîtes, aides exceptionnelles, banalités,…)

Ca ne dérange pas le seigneur d’exiger beaucoup des habitants de ses terres, mais il y a malgré tout le risque de voir ces individus partir. Pour éviter le départ des tenanciers vers de nouveaux villages, ou bien des terres conquises (Reconquista), les seigneurs vont concéder des chartes de franchises. Cela ne veut pas dire qu’il rend libres ces personnes, mais il leur accorde certains privilèges, certaines franchises. Ces chartes codifient les usages déjà en vigueur, fixent des coutumes, déterminent le taux des redevances à payer,…. On évite ainsi l’arbitraire seigneurial. Il y a une série de chartes qui servent de modèle, comme la charte de Beaumont en Argonne, concédée en 1182 par l’Archevêque de Reims, et qui servira de modèle, d’archétype, à toute une série de localités (Gérouville, ville neuve créée par le comte de Chiny et l’abbé d’Orval). La charte de franchises est parfois à mettre en rapport avec la création de villes neuves, comme dans le sud-ouest de la France, avec les Bastides. Pour mettre en valeur des terres qui étaient encore en friche, on crée une ville à laquelle on donne une charte précisant bien les droits et obligations, les privilèges, que reçoivent ceux qui viendront s’y établir. Ca donne lieu à des réalisations quelquefois tout à fait exceptionnelles, mais c’est un phénomène qui s’observe aussi dans d’autres cadres.

L’économie agraire :

La base de toute alimentation au Moyen Age est le pain de blé, et l’essor de l’économie se mesure au progrès de la culture céréalière. Il est cependant nécessaire de maintenir un équilibre entre la culture céréalière et l’élevage, qui fournit à la population un complément nutritif et un supplément de revenu. De plus, ce bétail permet de maintenir un équilibre écologique, en fournissant l’engrais nécessaire à la terre, faute de quoi, cette terre doit rester au repos. L’application de l’assolement triennal et de la jachère signifie qu’un an sur trois, la terre ne rapporte rien. Pour tâcher de remédier à cette situation, on va développer un élevage spéculatif :

l’élevage sert à satisfaire un complément de nourriture, mais surtout à en vendre les produits en ville (viande, lait, cuir, laine,…), toutes des matières premières nécessaire, entre autres, à l’artisanat et l’industrie.

Cela va entraîner des déplacements de troupeaux vers des régions où il y a davantage d’herbages, et le phénomène de la transhumance. Mais l’extension de l’élevage présente aussi des inconvénients, car les animaux peuvent provoquer des dégâts. Il s’agit dès lors de bien réglementer tout cela.

Le principe de l’assolement triennal exige la division des terroirs en trois zones, en trois « soles ». Ce phénomène suppose qu’il y ait des remembrements et de fortes contraintes communautaires. D’autres cultures s’implantent ou s’étendent, et entraînent le développement de cultures intensives, comme l’horticulture, afin de répondre à la demande urbaine. Ce développement répond également aux besoins de l’artisanat urbain : lin, chanvre, plantes tinctoriales (guède). Développement également de la viticulture, notamment pour répondre aux besoins de régions où les conditions ne permettent pas de faire pousser des vignes. On produit de la bière et du vin. Le prince ou prélat du coin fait venir des vins de qualité, mais il y a la piquette locale qui se consomme.

Si les débouchés ne sont pas à proximité immédiate, il faut un moyen assez aisé d’acheminer le vin, une voie d’eau par exemple.

Cet essor de la viticulture intègre la campagne dans un réseau d’échange, et l’emploi des travailleurs salariaux.

La société rurale :

La seigneurie correspond à un regroupement d’hommes. On a parlé pour le XIe siècle de la naissance du village (Robert Fossier) comme lieu d’habitats groupés. Un noyau de peuplement, d’organisation d’un terroir se construit autour de trois éléments essentiels : le cimetière, l’église et le château.

La population se regroupe dans des villages, et pas dans un habitat fort dispersé. Ceci a des conséquences sur la structure familiale. Il s’agit d’un système de famille large, mais qui perd du terrain au profit du noyau conjugal, et la famille nucléaire devient ainsi la première cellule de la vie sociale. Il y a un rapprochement des individus dans les villages, mais le rapprochement des paysans passe aussi par l’encadrement religieux, le réseau paroissial mis en place dès avant la fin du douzième siècle, et qui est centré sur le château.

Ce monde plein engendre un surplus de population, dont certains iront se fixer dans des villes.

L’efflorescence urbaine. La ville a-t-elle vraiment sa place dan la société féodale ? La société féodale se divise en trois ordres : oratores, bellatores et laboratores. Le citadin est étranger à cette société, il représente un type nouveau de vie, de travail.

La ville est d’abord un centre économique, commercial, industriel. Le marchand se déplace à la belle saison, mais il a besoin d’un lieu où stocker sa marchandise et passer l’hiver. Il va choisir un lieu aisément accessible, à proximité d’eau, et qui offre une certaine sécurité. Le marchand est le débouché pour les artisans, surtout ceux de la draperie, du textile, qui vont donc venir s’assembler autour d’eux. Les marchands assureront aussi l’approvisionnement des artisans en matière première. Comment se développent les centres commerciaux ?

Attention : Naissance et développement des centres urbains, voir Fondements II Moyen Age.

Anciennes cités romaines ; établissements près d’une abbaye fortifiée, d’un château, d’un « portus » ou d’un marché ; créations de toutes pièces dans les pays neuf.

Ce réseau urbain se met peu à peu en place. Mais la population de ces villes est en dehors du système féodal, et ceux qui dirigent les villes vont tenter à s’émanciper par rapport au régime

seigneurial. Ces villes sont toujours sur les terres d’un seigneur, mais cet état de fait implique une série de charges, d’obligations, peu conciliables avec le commerce et l’industrie. Dès lors, la ville et ses habitants vont profiter de leur richesse, de leur puissance pour arracher ou acheter des libertés, qui seront consignés dans une charte. Huy reçoit en 1066 une charte de privilège qui serait l’une des plus anciennes dans l’empire. Dans ces chartes, il peut y avoir une exemption totale ou partielle de certains droits seigneuriaux, ou encore une tarification de ces droits. Les villes obtiennent une autonomie politique plus ou moins large. Riches, capables d’acheter, elles deviennent des interlocuteurs de poids. Certaines villes se rendent indépendantes, ainsi, en Allemagne on trouve des villes impériales dépendant de l’empereur, et en Italie on a le cas des républiques urbaines italiennes. Mais il s’agit d’exceptions. Dans notre pays, il y a Tournai, mais la plupart des villes restent sous l’autorité d’un seigneur qui désigne un ou plusieurs représentants au sein de la ville.

Les habitants des villes aspirent à la paix. Ils vont donc s’unir au prince pour mater ces féodaux avides de se battre. La ville devient une force politique, un allié potentiel pour le prince.

La ville est un lieu où les activités se diversifient, et sont encadrées. Différents artisanats se développent, répondant à des besoins quotidiens, des besoins d’infrastructure, la fabrication de produits pour l’exportation,… Les artisans transforment la matière première et vendent eux-mêmes leur production, ou la livrent au marchand qui vont la commercialiser plus loin. Des concurrences qui peuvent apparaître entre ces artisans. Concurrence qu’il faut limiter, tout comme il faut assurer la qualité des fabricants.

Les réglementations se mettent en place pour unifier la qualité des fabricants. Les artisans se groupent en associations ; religieuses, participant à la défense de la ville. Ces associations seront à l’origine des corporations de métier du Bas Moyen Age.

Le grand commerce :

Le grand commerce est lié à la ville, il en découle directement. Si la ville s’était endormie au début du Moyen Age, c’est suite au déclin du commerce. Avec le renouveau commercial, on voit une

reprise. Ce renouveau commercial a débuté au IXe siècle, entre la Seine et le Rhin, et puis a été interrompu par l’effondrement de l’empire carolingien et de nouvelles invasions. Vers 950, ce renouveau commercial reprend et s’étend à tout l’occident. Cette reprise du commerce à dues à plusieurs éléments :

Rétablissement de la paix, plus ou moins précoce selon les régions Augmentation de la population et surplus de cette population dans les campagnes, qui ira s’établir dans les villes. Progrès techniques, notamment dans les transports. Maîtrise de la méditerranée occidentale, débarrassée des musulmans, des arabes qui ont entravé toute activité. Maîtrise de la méditerranée orientale, grâce aux croisades qui ouvrent la route vers l’orient.

Ce grand commerces a deux foyers principaux : l’Italie avait Venise, qui maintient un contact avec l’orient, et Gènes, Pise, qui créent des points d’appui commerciaux dan toute la méditerranée. La Flandre constitue le second foyer, avec un artisanat réputé, que ces marchands vont vendre à l’étranger et ramener d’autres produits, réutilisant le produit de la vente des draps dans l’achat d’autres articles. La Flandre a également un port important, avec Bruges, qui est le point de rencontre entre le commerce des rives de la Baltique et le commerce méditerranéen.

Les marchands se déplacent tout au long de lannée et font différentes escales, mais ce n’est pas suffisant pour les marchands itinérants. Il leur faut aussi des rendez-vous périodiques Les foires apparaissent dans toutes les régions animées par le commerce. Il faut faire la distinction entre le marché et la foire :

Le marché peut avoir lieu tous les jours, et est là pour satisfaire les besoins courants de la population. Il a dimension locale, régionale.

La foire se tient à périodicité régulière, mais une ou deux fois par an seulement. On y vend des articles qui ne répondent pas aux besoins courants. Ces marchands achètent lors de ces foires les produits de l’artisanat local.

Le Comté de Champagne possèdent une multitude de foires, mais au milieu du XIIe siècle, les comtes de Champagne opèrent une sélection parmi la multitude des foires existantes, et organisent un cycle entre les foires qui se tiennent à Troyes (2 par an), à Provins (2 par an), à Bar-sur-Aube (1 par an) et à Lagny (1 par an). Ces six foires bénéficient aussi de certaines innovations : conduit des foires et garde des foires. Le conduit est une protection accordée aux marchands et à leurs cargaisons, à l’allée et au retour. C’est attractif pour le marchand. La garde des foires, elle, veille à la sécurité et exerce une véritable juridiction sur les marchands. On va également rédiger des contrats qui ont une valeur exécutoire sur tout l’occident.

Il y a donc une sécurité apportée par le conduit et par la garde, cette dernière veillant à la bonne exécution des contrats. Il y a encore l’inconvénient du transport de monnaie, et on va instaurer des systèmes de réglementation de dettes par compensation, par transfert de dettes. A partir du milieu du XIII e siècle, les foires sont le lieu où se règlent financièrement, par jeu d’écriture, les opérations financières.

Les foires vont voir leur importance s’étioler avec le temps, avec la variation du contexte économique général de l’occident, l’évolution du commerce de la draperie, des métaux précieux,… le marchand cesse peu à peu d’être quelqu’un qui se déplace. Il se sédentarise, a des délégués, des facteurs dans les principales places de commerce,… c’est par exemple le cas de grands marchands de Florence.

Les techniques de négoce accusent un développement considérable. L’essor du commerce suppose que l’on dispose d’un volume important de moyens de paiement. Par conséquent, vers l’an mil, on frappe la monnaie dans une multitude d’ateliers, mais comme la quantité de métal disponible n’est pas suffisante, on avilit la monnaie par des alliages. Mais le besoin de métaux précieux reste bien présent, il n’y a pas de mines exploitées, et on va récupérer les métaux précieux se trouvant dans des trésors. On essaie également de développer l’extraction minière, mais les moyens de paiement restent malgré tout insuffisants. On va dès lors user d’expédients et dévaluer les monnaies. Des problèmes se posent aussi en matière de crédit : L’Eglise interdit l’usure (c'est-à-dire, demander des intérêts sur de l’argent prêté). Les hommes vont tâcher de contourner ces interdits, par le biais de faux remboursements, de ventes fictives,… Le rôle des banquiers se développe aussi. Au départ, on trouvait des changeurs dans les foires. Chaque seigneur frappait sa propre monnaie, et les marchands arrivant aux grandes foires utilisaient une multitude de monnaie. Il était nécessaire d’avoir des gens connaissant la valeur de ces monnaies, et pouvant faire le change. Ces changeurs ont rapidement été appelés banquiers (car établis derrière des bancs). On se rend bientôt compte qu’il n’est pas nécessaire de se déplacer avec des liquidités, et on place l’argent chez ces changeurs banquiers, qui se chargeaient de payer. Peu à peu, les banquiers se rendent compte qu’il y a en dépôt dans leurs coffres les avoirs de toute une série de personnes ayant un ordre de payement, mais il restera toujours de l’argent inactif. Cet argent inactif peut servir à accorder des prêts à des tiers personnes. L’attitude de l’Eglise vis-à-vis du crédit va s’assouplir au fil du temps, car elle a parfois besoin d’argent, ou souhaite que son argent ne dorme pas. Au fur et à mesure que les activités commerciales se développent les marchands vont avoir besoin de capitaux importants. Il leur faut des fonds de roulement, rassembler des sommes considérables. Se créent alors des sociétés, des associations financières et commerciales, qui sont conclues pour une période plus ou moins courte, pour les placements. Ces contrats de société permettent de réunir des gros capitaux, ou bien permettent à des gens qui ont quelques liquidités de participer aux risques du commerce. Ces associations financières apparaissent surtout en Italie, les compagnies se créent autour d’un noyau familial, et on va voir se créer des succursales dans les grands places commerciales (Sienne, Florence,…)

C. Les difficultés économiques du bas Moyen Age

Un malaise multiforme :

Le bas Moyen Age est une période beaucoup plus sombre, qui donnera au Moyen Age cette image de période noire, de calamités.

Dans la première moitié du XIVe siècle, les décennies précédant l’éruption de la peste noire voient toute une série de signes préoccupants. Tout d’abord, des changements climatiques. Le climat change, dès la seconde moitié du XIIIe siècle, dans le nord ouest de l’Europe, on constate un climat plus humide, plus frais, plus instable, avec comme conséquences des récoltes médiocres, voire catastrophiques, de même pour les vendanges. Il y a déjà eu des cas comme ceux-là, mais la fréquence de ces mauvaises années est à la hausse. Un deuxième élément, forcément lié au premier, est une montée de la faim. Les famines et les disettes deviennent de plus en plus fréquentes, et de plus en plus graves. Attention, une disette, c’est lorsqu’il n’y a pas assez de nourriture. La famine est un stade beaucoup plus grave, où le manque est beaucoup plus marqué. Les conséquences de ces famines et disettes sont des répercussions démographiques, avec une hausse de la mortalité, notamment infantile, une baisse de la natalité, une baisse aussi de la nuptialité, les gens ne sachant pas s’ils pourront nourrir leur famille, l’espérance de vie est amoindrie,…toute une série d’éléments conduisant à une chute démographique. Evidemment, les données dont on dispose sont des données fragmentaires, nous n’avons que des mentions, dans des chroniques, les chiffres sont arrondis,…mais on a une multitude d’indices, et on sait que les années 1315-1317 sont marqués par une famine généralisée, qui dans certaines régions se poursuit jusqu’en 1320, voire même jusqu’en en 1322 en Angleterre. Le troisième élément est un manque de terre : le treizième siècle marquait un monde plein, avec comme conséquence que les parts d’héritage se réduisaient, qu’à la campagne, les familles n’avaient plus la surface nécessaire pour assurer leur nourriture, des exploitations qui n’atteignaient parfois qu’un, deux, cinq hectares, ce qui obligeaient les individus à compléter leurs moyens d’existence par un travail complémentaire. Il y a donc un manque de terre au moment où il y a trop d‘hommes à nourrir Il y a aussi de nouvelles fiscalités. On a vu à propos de la France, de l’Angleterre, que de nouveaux royaumes et principautés, redoublent d’activités pour étendre leur territoire, notamment dans le domaine militaire. Il leur faut des sommes d’argent pour faire ces campagnes, et les ressources traditionnelles des états sont insuffisantes, à l’époque où les besoins sont à la hausse, avec les progrès techniques, les coûts augmentent. On va donc créer de nouvelles taxes, des droits de douane, des taxes auxquelles on ne peut pas échapper, sur les produits de première nécessite (gabelle, sur le sel. sur les boissons, le vin, la bière, les revenus mobiliers et immobiliers). Mais les états manquent malgré tout d’argent ; ils empruntent, et pour essayer d’en sortir, tentent de rembourser leurs emprunts dans des monnaies dévalorisées. Les dernières difficultés sont celles du grand commerce. Les sociétés commerciales, les marchands rassemblent des capitaux, mais ça reste toujours des opérations risquées, les prêts ne sont pas nécessairement remboursés,… les marchands se rendent compte que c’est dangereux, et quand ils ont fait de bonnes affaires, ils s’arrêtent, ne risquent plus leurs capitaux dans le grand commerce, et achètent des immeubles. C’est moins rentable, mais plus sûr. Il y a un changement d’esprit ; ceux qui se lancent encore dans des opérations à longue distance prennent des assurances, pour ne pas tout perdre en cas de désastre, particulièrement dans le domaine maritime, on essaie donc de minimiser le risque. Malgré cela, de grandes compagnies font faillites, ce qui crée un certain climat de panique.

Il faut essayer d’expliquer, comprendre comment les phénomènes s’enchaînent. Il y a deux explications :

Une crise du féodalisme (Guy Bois) : Il en voit la source dans une baisse tendancielle des prélèvements seigneuriaux. Les seigneurs prélèvent toute une série de droits, redevances, mais la réaction des paysans face à tous ces droits a eu pour conséquence de faire diminuer les revenus seigneuriaux. La solution serait d’accroître le domaine, le patrimoine. Mais on ne peut pas continuellement augmenter le domaine, défricher les forêts sans limite,…et à un moment donné, on ne peut plus augmenter la surface. En gros, le gâteau a de plus en plus de consommateurs, puisqu’il les seigneurs ont de plus en

plus de descendants, et les revenus seigneuriaux sont à la baisse. Cela veut dire que les seigneurs vont moins dépenser, en armement, en vêtements,dans tous les domaines. La conséquence de cela, c’est la crise dans le secteur industriel et commercial. La spirale se met en route. (Michael Postan) Démographie : La population est à la hausse, par contre, on ne peut pas augmenter la production. Elle plafonne, on est arrivé à un maximum. A nouveau, le gâteau ne peut pas s’étendre, mais il y a de plus en plus de parts. Il y a donc une baisse du niveau de vie, baisse de l’artisanat, du commerce,… Cette interprétation peut être contestée, il n’est pas sûr qu’en toutes régions on ait atteint le maximum de la production agricole, on aurait pu améliorer certaines terres, améliorer le système d’assolement triennal, il y aurait eu des possibilités de faire des cultures plus intensives (horticulture, par exemple), mais tout cela nécessitait des investissements de la part du monde seigneurial. Or les seigneurs préféraient utiliser leur argent pour des dépenses de prestige. Dépenses qui ne sont pas tout à fait stériles car elles résultent du travail d’artisans, mais ce sont des investissements beaucoup moins rentable qu’améliorer les modalités de culture.

Les fléaux :

La crise est essentiellement au milieu du XIVe siècle, et frappe tout l’occident, mais bien sûr, de manière inégale. Elle est la résultante de toute une série d’événements, parfois totalement locaux, mais elle revêt largement un caractère imprévisible. Notamment pour la diffusion des épidémies, et aussi dans la dimension politico militaire, avec la Guerre de Cent Ans. Ces fléaux sont, d’abord, la peste : particulièrement la peste noire. Le bacille de la peste vient du Turkestan, et commence à se manifester en 1347, à Caffa, un comptoir commercial de la mer noire, génois. Il y a forcément des marins, et un bateau ramène ce bacille à Messine, puis Gènes, et avec les mouvements de population, ce bacille de la peste va se répandre dans l’ensemble de l’occident, et même dans des régions assez éloignées (Pologne, Ecosse, Irlande). Très peu de régions y échappent. Comment se diffuse-t-elle ? Elle est inoculée sous sa forme bubonique, par piqûre, ou bien sous sa forme pulmonaire, par la toux, d’homme à homme. L’humidité et les déplacements de population favorisent la diffusion de l’épidémie. Elle apparaît en 1347, mais va sévir de façon endémique ; elle disparaît temporairement, par phases. Quand on voit, sur 1350-1450, c’est rare de trouver des années où on ne trouve pas mention de peste, environ une dizaine d’années. Il y a aussi à cette période des maladies qui sévissent avec une virulence plus forte que par le passé, qui existaient déjà en occident (rougeole, varicelle, dysenterie, tuberculose,…), mais elles sont plus fréquentes et plus intenses. Un fléau, c’est aussi les conséquences démographiques des guerres. Quand on pense aux guerres, on pense aux victimes des combats, mais il n’y a pas que les combats, il y aussi les auxiliaires, comme les épidémies chez les assiégeants et les assiégés. Il y a également des pertes importantes chez les civils. Les populations rurales se sauvent, dans les villes, où elles sont entassées, dans un contexte de misère, de sous alimentation, qui sera favorable à la diffusion d’épidémies. Le danger passe, les ruraux quittent les villes, rentrent dans les campagnes, et découvrent des exploitations complètement dévastées. Il y a donc des problèmes de nourriture, et de nouvelles expéditions militaires risquent d’anéantir les efforts de restauration.

Il y a aussi les famines ou disettes, qui peuvent être liées aux opérations militaires. Si une récolte est mauvaise dans une région, on peut pallier à ce manque par le biais des autres régions, mais en période de guerre, le transport de denrées alimentaire devient souvent impossible, et les paysans fuyant vers les villes n’ont pas le temps de soigner convenablement leurs terres. Sans oublier tous les accidents climatiques qui viennent s’y ajouter.

Les pertes démographiques. (Quelques chiffres) :

Toulouse : 1335, 45 000 habitants. 1405 : 19 000 habitants Reims : 1270, 20 000 habitants. XVe siècle, 10 000 habitants Ypres : 1315, 22 000 habitants. XVe siècle, 9 000 habitants.

Mais ce n’est pas un phénomène spécifique au milieu urbain. Les pertes sont considérables aussi dans le milieu rural : région de Verdun, perte démographique de 70 à 75%. La Guerre de Cent

Ans se déroulant sur le sol français, ça paraît logique. Alors quelle est la situation en Angleterre ? Au milieu du XIVe siècle, la population comprend cinq millions d’habitants. Aux trois quarts du siècle, elle n’en comprend plus que trois millions

Mais ne noircissons pas le tableau, il y a aussi des contre-exemples, des lieux où la population se maintient, voire même progresse, comme Tours, l’une des capitales du royaume de France. On voit qu’entre 1320 et 1450, il y a une stabilité démographique. A Anvers, la population progresse, à Genève également.

Il faut toutefois noter qu’au niveau démographique, un autre élément est à retenir : le vieillissement de la population. C’est un phénomène qu’on observe dans la majorité des villes et campagnes d’Europe occidentale, une évolution défavorable du rapport entre les jeunes, adultes et personnes âgées, du rapport actif-inactif. C’est l’une des conséquences de tous ces fléaux.

Les désertions :

Une autre conséquence de ces fléaux et épidémies est le phénomène de désertion.

La population s’effondre, et du fait du recul démographique, certaines terres sont abandonnées. Aux XI e -XIII e siècle, avec la hausse démographique, on a mis en valeur des terres moins fertiles, qui vont maintenant être abandonnées. Mais cette évolution est très différente suivant les pays. Dans le monde germanique, on voit qu’un grand nombre de terres est abandonné, et même que des villages disparaissent. Le nombre d’établissements humains, de lieux d’implantations, est estimé à 170 000 vers 1300, et 130 000 en 1500. Quelle est la cause de cet abandon ? Ca peut être des accidents (épidémies, guerre), ou le fait qu’on abandonne des terroirs médiocres pour se rabattre sur les bonnes terres. Ou encore que la ville se révèle plus attrayante que la campagne, ou encore que la concentration de l’habitat se substitue à un habitat dispersé. En Allemagne, ces Wüstungen ne seront pas réoccupés à la fin de cette période de calamité. Certains souvenirs peuvent se maintenir dans une église, un cimetière au milieu de nulle part, ou simplement dans la toponymie et dans les textes.

La France a elle aussi été fortement touchée par ces épidémies, ce recul démographique, et si l’on regarde au milieu du XVe siècle, vers 1450, on constate qu’il y a encore beaucoup de lieux vides d’habitants. Des exploitations isolées ont également disparu. Mais l’évolution est différente de celle observée en Allemagne. En France, il y aura une certaine « résurrection » des villages dans la seconde moitié du XVe siècle. Rares sont les lieux qui demeurent définitivement désertés.

En Angleterre, on observe le phénomène des villages perdus. En dépit de l’absence d’opérations militaires, il y a aussi eu des pertes démographiques importantes, ce qui a causé des problèmes de ravitaillement pour les villes, et un manque d’hommes pour les opérations militaires. Il y aura un déséquilibre social, mais la crise n’est pas la seule en cause dans la modification radicale des paysages anglais. On s’est rendu compte qu’il y avait moins d’hommes et qu’il fallait louer des ouvriers, dont les salaires étaient à la hausse, et donc au lieu d’emblaver les terres, les grands propriétaires ont transformé les tenures en pâturages pour l’élevage des ovins et bovins : enclosures. Ce phénomène explique largement le visage actuel de l’Angleterre. C’est, là aussi, une évolution définitive.

Conséquences durables, donc, en Allemagne et en Angleterre, moins en France. Il y a eu un redressement local de la démographie, mais aussi des transferts, des mouvements de population. L’information a circulé que de bonnes terres étaient à prendre, et les gens se sont déplacés, attirés par des conditions de location avantageuses (au niveau des corvées), les seigneurs ont attiré une main d’œuvre.

Quelques réactions :

Comment les hommes réagissent face aux évènements ?

Mise en valeur des campagnes : de nouvelles modalités sont introduites pour mettre en valeur les territoires ruraux. Beaucoup d’exploitants ont abandonné des terres, et le monde seigneurial français va réagir. Les seigneurs font établir des documents, des états de leurs biens, pour éviter que les terres temporairement à l’abandon ne quittent leur patrimoine. Du fait de la rareté de la main d’œuvre, les grands propriétaires abandonnent le principe de faire-valoir direct. Ils vont mettre leur terre en fermage ou métayage. Un fermier est quelqu’un qui prend en location une exploitation et paye un loyer, que la récolte soit bonne ou mauvaise, il doit payer le fermage. Le métayage représente un partage des risques entre le propriétaire et l’exploitant agricole. Si la récolte est bonne, il va payer le propriétaire, si elle est moins bonne, il paye moins.

La conséquence est que naît et se développe une moyenne paysannerie. Ces gens gardent leur exploitation souvent pendant plusieurs générations, et acquièrent une relative aisance. Il y a un changement dans la paysannerie, on voit en Angleterre une évolution également, avec cette distinction entre les exploitants aisés et de simples ouvriers agricoles. Il y a aussi certaines évolutions, des adaptations quant aux cultures pratiquées. L’essor des XIe-XIIIe siècles, des plantes industrielles, tinctoriales, du houblon, des cultures maraîchères autour des villes. Phénomène qui s’amplifie, et on voit se développer les économies pastorales également. La viande diversifie l’alimentation, mais les animaux sont utiles aussi pour les fournisseurs de matières premières (laine). On voit se développer des phénomènes de transhumance (Castille, la Mesta). Dans le sud français, certaines villes possèdent 80 000 à 100 000 têtes de bétail, moutons.

D’autre part, une évolution du secteur artisanal. Sur base de quelques cas bien connus, on peut estimer qu’à la fin du Moyen Age, la moitié de la population urbaine vit de l’artisanat, se rattache à lui. Ce qui ne veut pas dire que si l’artisanat trouve un terrain de prédilection en ville, il ne se développe pas dans les campagnes. Le lieu de ces artisanats est l’atelier, la boutique de petite dimension. Mais les grandes entreprises, comme l’arsenal de Venise existent aussi.

Le rôle des marchands dans l’artisanat est important, l’artisan a besoin de matières premières, qu’il acquière, et puis il devra vendre son produit et il lui faut des acheteurs. Les marchands s’intercalent dans la fourniture des matières premières, et aussi dans la vente des produits finis. Le marchand prospecte toute une région, rassemble la laine, et la fournit à l’artisan, parfois à crédit, car l’artisan n’a pas les finances pour acheter la matière première. Le marchand récupère ensuite la production de différents artisans, et va beaucoup plus loin, à la rencontre d’acheteurs potentiels. Le marchand fait la loi, détermine largement les prix,…

Il y a l’apparition à la fin du Moyen Age d’un système d’encadrement hiérarchisé de la population artisanale : métiers, corporations. Auparavant, il y avait déjà des structures, comme le culte d’un même saint patron pour un métier, ou bien la défense commune d’un morceau des remparts, mais cela se développe bien plus à la fin du Moyen Age, et se caractérise plus par métiers et spécialités, qui peuvent se chevaucher.

Les structures corporatives veulent protéger les artisans d’une ville contre la concurrence étrangère. Un étranger est quelqu’un qui n’est pas de la ville, du pays. Comment se protéger ? En subordonnant l’admission de ces étrangers aux payements de droits ; un étranger qui veut exercer un métier doit faire un apprentissage et payer un droit d’admission dans l’accès au métier beaucoup plus élevé. Il y a donc une sorte de barrage fiscale. Il y a aussi le souci de répartir les moyens de production, d’éviter qu’il n’y ait des artisans qui raflent toute la laine disponible. On va fixer les principes de fabrication, déterminer des caractéristiques, afin de maintenir la qualité du produit, sa réputation sur le marché international. Mais cela présente un gros inconvénient : il y a des évolutions des modes, des innovations,… la draperie traditionnelle n’est plus à la mode, et on ne peut pas fabriquer autre chose car les corporations l’empêchent. Une draperie fine se produira en dehors de ces grandes villes, dans les campagnes et centres secondaires. On risque d’étouffer l’innovation en réglementant trop.

Comment entre-t-on dans le métier ? On commence comme apprenti, avec un droit à acquitter,

le nombre d’années dans l’atelier est fixé, et n’est pas toujours en fonction de la difficulté du métier. Après l’apprentissage, on devient compagnon, c’est-à-dire un ouvrier qualifié, rémunéré. Mais le compagnon ne peut pas ouvrir son propre atelier, sa propre boutique. Il faut passer au stade suivant, acquérir la maîtrise. On l’obtient en faisant un chef-d’œuvre, quelque chose qui est imposé par la corporation. Ce n’est pas si simple, car il faut réaliser ce chef-d’œuvre en achetant les matières premières, et il y a un droit à acquitter, un banquet à offrir, tout cela s’avérant très coûteux, d’autant que c’est un moment où on ne travaille pas pour gagner de l’argent, puisqu’on travaille à son chef-d’œuvre. Et puis après, il faut s’installer, avoir un fond. La conséquence de tout ceci est que le système corporatif médiéval est beaucoup moins démocratique qu’on ne l’a longtemps affirmé. Ce monde corporatif, bien implanté dans les villes, connaît cependant des exceptions. Quand un prince veut faire des travaux importants, il ne va pas rencontrer toute une série de maçons, mais le règlement corporatif dit qu’un maître ne peut avoir qu’un ou deux apprentis, ce qui est incompatible avec l’ampleur des travaux. Il s’adresse alors à des entrepreneurs qui n’appartiennent pas réellement à ces corporations, une économie souterraine s’observe.

Les gildes et hanses concernent surtout le milieu des marchands. Les marchands d’une même ville, comme Saint Omer par exemple, se réunissent en une gilde, quel que soit le lieu où ils vont commercer. Une hanse est un groupement de marchands qui opèrent dans une ville déterminée. C’est la hanse des marchands flamands de Londres, tous les marchands de Flandre qui opèrent à Londres. Mais il y a parfois une similitude de noms entre ces corporations, métiers.

Chapitre IV. Aux frontières de l’occident : Byzance et l’Islam

A. l’Empire Byzantin

Heurs et malheurs de la politique :

Byzance fascine par sa richesse, et elle a donc dû faire face à des ennemis de plus en plus nombreux, mais il y a des moments où des dynasties puissantes, notamment la dynastie macédonienne (Basile II), vont assurer une longue période de calme intérieur à l’empire. Cette dynastie va reprendre des territoires qui étaient passés aux mains des arabes (Crète, Chypres, Syrie, Bulgares). Ses successeurs vont avoir des problèmes d’autorité, notamment avec l’armée. En réduisant les effectifs, ces problèmes peuvent être résolus, mais on affaiblit aussi l’empire. Si l’empire est affaibli, les ennemis de l’extérieur vont être attirés. Comme les Normands qui viendront s’établir dans le sud de l’Italie, les Turcs s’avancent en Asie Mineure. Mais ils vont être arrêtés par un nouveau souverain, Alexis Commène. Il récupère des territoires perdus, comme l’Asie mineure, et ses successeurs restaurent la puissance de Byzance.

Il y a une alternance de récupération et de crises ; De nouvelles querelles familiales, et les Turcs en profitent pour revenir. Le fils d’un souverain byzantin appelle les croisés, les troupes de la quatrième croisade, qui vont réinstaller sur le trône le souverain déchu. Mais les croisés vont aussi entrer en conflit avec les autochtones, s’emparer de Constantinople en 1204, et installer Baudouin, Comte de Flandre et du Hainaut, sur le trône, instaurant l’empire latin d’orient. Pendant un demi-siècle, l’empire d’Orient sera réduit à une fraction de l’Asie Mineure. Finalement, il y aura victoire sur l’empire latin, et réinstallation de l’empereur à Constantinople.

Evangélisation des Slaves :

C’est un peu un retour en arrière, les Slaves, peuple originaire du centre de la Russie actuelle, sont en contact avec le monde byzantin. Ils sont convertis à la foi chrétienne, mais leur prince craint que les missionnaires germaniques ne servent les visées conquérantes des francs, et dès lors, le prince des Moraves va demander des apôtres à Byzance, et c’est ainsi que Cyrille et Méthode sont envoyés. Ces missionnaires vont assurer l’évangélisation de la région, et afin de rendre la liturgie accessible, ils vont traduire la bible, dans la langue slavonne. Ils sont à l’origine de l’alphabet cyrillique, pour rendre les mystères plus compréhensibles à la masse. Ce sont tout de même les allemands qui supplanteront les byzantins, et évangéliseront différents peuples de l’Europe centrale.

Mais les disciples de Cyrille et Méthode convertissent les Slaves des Balkans, Bulgares, Serbes, et même la principauté de Kiev, noyau de la future Russie.

Eclat de la civilisation :

Il y a des vicissitudes politiques, mais la culture malgré cela conserve un éclat indéniable, spécialement à Constantinople, qui possède une université réputée dans le domaine des sciences et des lettres antiques. A la capitale et dans le reste de l’empire, les églises ont un certain nombre de caractères communs, un plan en croix grecque, couvertes de coupoles, sobres extérieurement avec une luxueuse décoration de mosaïques. L’art byzantin va se répandre dans les Balkans. Les églises byzantines vont influencer l’art, dans des régions en contact politique et commerciaux.

Schisme et rupture avec l’occident :

Au départ, il y a des différences de mentalité entre l’occident et l’orient, et il y a eut souvent des tensions avec le pape et la hiérarchie chrétienne à Byzance, mais il y a eu un moment où cette tension endémique a acquis une force particulière, quand le patriarche de Constantinople, Michel Cérulaire, et le légat pontifical Humbert de Moyenmoutier se sont heurtés. Le choc était inévitable, et cela a provoqué un schisme, en 1054. Le dernier lien existant entre l’orient et l’occident est rompu, il n’y a plus

de chef commun. La rupture ne se résorbera pas, la création en 1204 de l’empire latin d’Orient avec l’appui de la papauté ruine tout espoir de restauration de l’unité.

B. Le monde islamique.

L’Arabie avant Mahomet :

Le mot « Islam » désigne toute une série de choses. C’est d’abord une attitude religieuse de soumission, résignation à Dieu ; Mais le mot Islam désigne aussi la religion fondée par Mahomet, la communauté, la société qu’elle forme. Le mot désigne aussi la civilisation issue de cette société, et enfin l’ensemble du monde musulman. Afin de comprendre la religion et sa diffusion, il faut évoquer l’Arabie avant Mahomet, pour voir comment l’Islam a pu naître et se développer dans la région autours des villes de la Mecque et Médine, ainsi que le cadre tribal, certains traits de la société qui auront une grande influence.

Concernant le cadre géographique, il s’agit de l’immense plateau arabique, où émergent quatre zones à la périphérie, habitée au VIe siècle. La région du Golfe Persique, Oman, avec des groupes sédentaires pêcheurs et agricultures Le Yémen (Hadramaout), qui est l’Arabie heureuse, où se pratique une culture d’irrigation, et qui a vu apparaître des royaumes sédentaires (cf. Saba). C’est une région prospère attirant les

convoitises des puissances voisines, comme les Perses où les Ethiopiens, mais cette région sera ruinée par les guerres.

Il y a la zone du désert de Syrie, et les groupes constitués des états locaux, mais ces royaumes sont affaiblis.

Il y a la façade occidentale, avec les oasis de La Mecque et Médine, qui permettent le passage

des caravanes, et qui bénéficient du déclin de la zone méridionale du royaume dans la région du Yémen.

Un élément également important dans cette Arabie est la coexistence de trois religions. La majorité des tribus arabes reconnaissent un dieu suprême, Allah, mais admettent un polythéisme de facture tribale. La Mecque est une capitale commerciale, centre culturel, religieux avec la Kaaba où est conservée la pierre noire réputée tombée du ciel.

A côté de ça, le judaïsme est également présent, pratiqué par des familles juives établies dans

les centres commerciaux. Le christianisme, professé par des marchands syriens, et par des chrétiens dispersés comme esclaves ou artisans.

Cette Arabie est répartie en tribus, élément essentiel de l’encadrement social. La tribu est formée de clans eux-mêmes constitués de familles, qui vivent comme nomades, se déplaçant avec leur troupeau et pratiquant le commerce de marchandise dans cette zone de transit. La parenté joue un rôle essentiel, c’est le lien unificateur, avec une nette domination des mâles. Les liens de tribu à tribu se réduisent souvent à un rapport de force numérique, et dès lors une tribu en guerre contre une autre la réduit en esclavage, augmentant son poids démographique. Mais ces tribus se reconnaissent une culture commune, qui s’exprime notamment par la poésie.

Mahomet. Religion et politique :

Qui est Mahomet ? Il est né dans une oasis de l’ouest, à la Mecque, aux alentours de 570 de leur air, et appartient à un clan appauvri, mais fort honorable. Il participe à l’activité des caravanes commerciales. Il entre au service d’une riche veuve, et devient son époux. C’est un homme honnête, sage, qui se retire périodiquement dans des grottes pour méditer. Un jour, il est gratifié de l’apparition de l’archange Gabriel, qui l’invite à réciter aux Arabes les révélations d’Allah. Sur le champ, il se dit qu’il est l’objet d’hallucinations, mais il va être appuyé par son épouse, ses amis, et commence à prêcher. Evidemment, sa prédication ne paît pas à tous, elle provoque l’ironie, et même l’hostilité des habitants de la Mecque, notamment les couches riches, qui craignent que son message ne perturbe, ne modifie l’ordre social et les structures traditionnelles.

Des partisans de Mahomet vont donc quitter la Mecque, et Mahomet lui-même ira à Yatrib (future Médine), en 622, on parle de l’hégire, qui marque le début de l’ère musulmane.

Il y a bien sûr le Coran, livre de l’Islam, qui contient les révélations d’Allah à Mahomet.

Certaines ont un caractère religieux, mais d’autres organisent la vie des croyants. C’est à la fois une constitution et un code. Il est écrit en arabe, et doit être lu en arabe, récité en arabe par tous les musulmans, une exigence qui explique la propagation de l’arabe dans tout le monde gagné par l’Islam.

Les cinq piliers de la foi, résumant les obligations du croyant, qui revêtent un caractère personnel et communautaire :

Profession de foi, selon la formule : Allah est le seul dieu et Mahomet est son prophète. Prière : cinq fois par jour, prière individuelle, et le vendredi, elle a un caractère plus solennel à la mosquée. Le jeûne : durant les quarante jours du ramadan. Il aiguise la conviction d’appartenir au peuple islamique. L’aumône légale, qui purifie celui qui s’en acquitte, et constitue aussi un devoir social. Elle est à l’origine de la fiscalité musulmane. Le pèlerinage à la Kaaba, et sur le tombeau du prophète à Médine. Au départ, c’est une obligation annuelle. Avec la propagation de l’Islam, cela devient impossible pour tous les croyants, et cette obligation cesse d’être annuelle, mais il faut l’avoir fait une fois dans sa vie. A la mort de Mahomet, on rajoute l’obligation solidaire de guerre sainte contre les infidèles, qui constitue un sixième pilier.

Le dogme insiste sur l’unicité de Dieu, et les prophètes font connaître la volonté de Dieu. La révélation par les prophètes a commencé sous les juifs, s’est poursuivie avec Jésus, mais le message a été complété, rectifié par Mahomet.

Une autre caractéristique est le fatalisme, conséquence de l’entière soumission à la volonté de

Dieu.

Voila pour l’œuvre religieuse

A propos de son œuvre politique :

Mahomet a dû fuir la Mecque pour Yatrib, et, arrivé là, va rapidement engager les hostilités contre la Mecque, et la conquiert en 630. A la mort de Mahomet, une grande partie de l’Arabie est unifiée politiquement et religieusement.

L’expansion arabe :

Avec le calife Omar s’opèrent les premières conquêtes, contre l’Empire Perse, en 637, amputant considérablement l’empire byzantin (Syrie, Arménie, Egypte). En dix ans, il fonde l’empire musulman et le dote d’une solide structure.

Dans cette expansion politique, il y a un temps d’arrêt à sa mort, car des discordes surgissent, mais l’expansion reprend sous les Omayades, qui établissent leur centre à Damas, avec une poussée vers l’Inde et l’Asie centrale. C’est un Islam qui menace un moment Byzance, à la fois par terre et par mer. Et à l’ouest, via l’Afrique du Nord, ils atteignent l’Espagne, où ils remportent une première victoire en 711 à Jerez de la Frontera, qui leur ouvre les portes vers les Pyrénées, mais ils seront arrêtés dans leur progression, par Charles Martel à Poitiers en 732. Chassé des territoires des Francs, ils vont refluer en Espagne où seule une petite partie d’Espagne, les Asturies, vont échapper à leur autorité.

A partie de l‘Espagne, ils vont se rendre maître de la méditerranée occidentale, la Corse, la

Sardaigne, et partiellement la Sicile.

Quelles sont les causes de ce succès militaire ? On est mal documenté sur les informations d’ordre militaire ou sociologique, mais quelques aspects peuvent être dégagés. Les Arabes battent en pleine campagne des armées réputées pour leur solidité et leur expérience, on peut donc en déduire qu’ils disposaient d’une supériorité militaire, au moins par la rapidité de mouvement.

Un autre élément est la faiblesse de leurs adversaires ce moment, car notamment les Byzantines et Perses, sont déchirés par des guerres, des divisions religieuses, le déclin des cités, ils sont donc affaiblis. Un troisième élément qui explique cela est que l’aspect politique et religieux sont étroitement liés et ne se dissocient jamais. La foi ardente de la population contribue aussi à la création de cet empire.

Le « djihâd » : Il y a tout d’abord le grand djihâd, un combat personnel, à mener tout au cours de l’existence. Et le petit djihâd désigne un combat de la communauté contre les infidèles.

Un court laps de temps, mais bientôt le monde arabe sera l’objet de divisions, car Mahomet n’a pas explicitement désigné son successeur. Ils seront les califes, mais l’absence de désignation conduit à des troubles, des divisions répétées. On voit apparaitre successivement différents califats. Mahomet meurt au début du VIII e siècle, et aux VIIIe et IXe siècle, ce sont les califes abbassides qui dominent l’Islam, et ont une capitale à Bagdad. Leur pouvoir va faiblir au Xe sicle, et des émirs de Cordoue se proclament leurs égaux, et organisent l’Espagne en fonction. Et puis il y a la dynastie des Fatimides, qui va s’établir en Egypte et installer sa capitale au Caire.

Un autre élément qui va jouer en leur défaveur est les attaques étrangères. L’infiltration des turcs, au Xe siècle, avec notamment une tribu en Palestine, qui se montrera intolérante aux lieux saints. A partir du nord de l’Espagne se lanceront des attaques contre le califat de Cordoue. Ces royaumes chrétiens vont lancer, entamer la reconquista, qui se terminera seulement à la fin du XVe siècle avec la prise de Grenade. Les Mongols s’attaquent au Califat du Caire, mais sans beaucoup de succès.

L’essor économique :

Les relations économiques concourent ave l’identité religieuse, et l’identité linguistique. Les relations économiques contribuent à maintenir l’unité du monde islamique, malgré les divisions politiques. Le développement du commerce, qui se situe dans le prolongement des traditions de nomadisme des arabes. Il y a bien sûr aussi un élargissement des zones de commerce, même s’il reste principalement un commercé régional et fractionné. Les marchés les plus importants sont des villes où se négocient les produits agricoles de la région. Cet élargissement favorise l’artisanat, un artisanat concernant notamment les produits de luxe, comme des tapis en Iran et au Turkestan, le travail du cuir à Cordoue, des soieries, des brocards, du fer et du métal,… une industrie qui se perfectionne vers les produits de luxe. On a souvent tendance à présenter l’action de l’Islam comme une action négative au point de vue de l’agriculture, car ce sont des nomades Mais les études montrent aussi qu’il y a eu des progrès décisifs en matière d’agriculture, notamment au niveau de l’irrigation, en Espagne, Irak, Egypte. On a aussi des écrits d’agronomes, qui connaîtront une grande influence, notamment en Italie à la fin du Moyen Age.

Pour l’essor économique, il faut insister sur l’importance des villes dans le monde islamique. Elles sont l’expression du pouvoir, du dynamisme musulman, et les dynasties arrivant au pouvoir se créent des capitales, de nouvelles villes. Avoir une capitale est un gage de légitimité dans le monde musulman.

Le rayonnement culturel :

L’Islam a énormément emprunté aux grandes civilisations avec lesquelles il était en contact, comme l’Empire d’Orient, la Perse, l’Inde. Il leur emprunte tout ce qu’il y a de mieux, de plus riche, et ces éléments sont coordonnés en une culture d’une grande finesse. L’Islam cultive notamment les sciences spéculatives. Il se développe toute une réflexion autour du Coran, avec des théologiens et des juristes. Ils ont aussi de l’intérêt pour les commentaires d’Aristote. L’intérêt scientifique musulman se porte aussi sur le développement des sciences expérimentales comme l’algèbre, la géographie et la médecine. Dans l’Arabie, avant Mahomet, il y a une littérature qui va se maintenir, briller dans les contes et

la poésie lyrique. Il y a enfin un rayonnement de la civilisation islamique dans le domaine artistique, où on va assister à une synthèse, un emprunt qui combinera les colonnes grecques, les coupoles persanes, l’arc, des motifs non figuratifs,… cet art se manifeste dans la mosquée, notamment celle d’Omar. Il convient de mentionner le rôle tout particulier de l’Espagne, qui occupe une place de tout premier rang dans la culture islamique, du fait des écoles qui existent en Espagne, très brillantes, dont les érudits sont en rapport avec les érudits juifs et chrétiens, et par ce biais, des connaissances des civilisations de l’Antiquité sont transférées à l’occident, l’Espagne servant d’intermédiaire entre l’Orient et l’Occident. Les mathématiques, l’astronomie,… L’Espagne mauresque va fournir des motifs décoratifs à l’occident, l’art roman notamment. On va voir des constructions d’une richesse fabuleuse et d’un art particulièrement raffiné, à Grenade (cloître du Puy en Velay).