Vous êtes sur la page 1sur 12
LE MONDE SELON 84 Patrick Dupuis: Les ravages atrick Dupuis est médecin sexologue 4 Périgueux, en Dordogne. P%: confrontation avec des centaines de cas dans son cabinet et ses Propres travaux de recherche indépendante |'ont conduit 4 élaborer une théorie de l'origine des psychopathologies. Selon lui, celles-ci naissent le plus souvent d'une violence, maltraitance physique ou psychique, mais surtout sexuelle, subie dans les premiéres années de Ia vie. Ce trauma infantile, de l‘ordre de Iimpensable, serait alors « compensé »» par le logiciel cérébral a grands renforts de productions binaires, dans lesquelles se retrouve piégée Ia pensée humaine, et dont la plupart des rites et des mythes collectifs sont une manifestation. Pour Patrick Dupuis, l'abus sexuel des enfants constitue un scandale planétaire, une pratique destructrice protégée par un déni collectif auquel a Fortement contribué Ia théorie freudienne, qu'il appelle 4 abandonner de toute urgence. > Patrick Dupuis en dix dates 1949 : naissance 8 Arras, 1976 : sinstalle comme médecin généraliste dans le Périgord. 1999 : sinstalle & Périgueux comme psychosexologue, 2001 : Claude Lévi-Strauss, dans une correspondance, qualifie sa théorie des impensables o'« intéressante entreprise », tout en se déclarant « incompétent » pour critiquer la théorie de Freud. 2000-2004: expert désigné au tribunal de grande instance de ___Périgueux dans les affaires de violences sexvelles, 2003 : enseigne la psychologie & lécole nationale de police de Périgueux. 2003-2005: collabore réguligrement a émission La parole est é vous sur France Bleu Périgord sur les thémes de la psychologie et de la sexologie. 2005 a aujourd'hui: anime un café philosophique mensuel a Périgueux. 2006 : rencontre avec Edgar Morin qui considére sa théorie comme «« importante et convaincante ». 2010 : jacques Fontanielle, président de 'université de Limoges, ‘sémioticien et linguiste, juge sa théorie « puissante et séduisante > et lui propose de travailler en collaboration avec son équipe. Ecrit Lo Violence initiale, et Les Catégories binaires de la pensée, essais non édités. Nexus 70 Janvierteveier 2012 Une théorie du psychisme humain NEXUS : Dans votre livre Les Catégories binaires de la pen- sée, vous annoncez « la premiére théorie du logiciel cérébral humain jamais proposée jusqu’ici ». En tant que sexologue, comment en &tes-vous arrivé a cette entreprise ambitieuse? Patrick Dupuis : C’est une longue histoire. Cela a débuté par une sorte d’intuition soudaine qui m’est venue a la fin de mes études de sexologie en 1998, J'ai soudain compris que l'inhibition et I'impulsion, bien loin d’étre la cause l'une de l'autre comme le prétendait Freud, étaient en réalité deux facons contraires de s'opposer et de réagir (3 retardement) & quelque chose qui s’était passé, tout comme la frayeur ou l'agressivité inexplicables d'un animal sont la trace d’une violence ou d'une maltraitance qu'il a subie quand il était jeune. J'ai compris bien plus tard qu'il s‘agissait 1a d'un phénoméne universelqui est bien connu en physique: une perturbation (brisure de symétrie) introduite dans un syst8me dynamique non linéaire (comme Vest le systéme psychique) génére au sein de ce systéme ce qu'on appelle des bifurcations, c’est-d-dire des choix entre deux états contraires. Par- fois, ces états contraires, au lieu de se présenter simultanément sous forme d'alternative ou de bifurcation, se succédent dans le temps sous forme d'alternance. C’est ainsi par exemple qu’au cours d’un tsunami, la mer se retire de fagon anormale avant de déferler. Le retrait n'est pas la cause du tsunami pas plus que inverse. C’est le séisme sous- marin (invisible ou inapparent) qui est la cause a la fois du recul et de Pavancée de la mer. Linhibition n'est pas plus Je résultat du refoulement de pulsions inavouables que rimpulsion n‘en est le défoulement. Ces deux com- portements représentent des solutions contraires, mais équivalentes Gous une loi de transformation), qui viennent ensemble s‘opposer & quelque chose qui a disparu de la scéne. Si on ignore cette perturba- tion initiale, on peut croire que le systéme se comporte naturellement ou spontanément de facon ambivalente, paradoxale ou oscillatoire. Mais en réalité, comme dans le cas du tsunami, c'est sous I'effet d'impact du trauma que le systéme psychique se dérégle et quitte brutalement son régime de fonctionnement normal pour bifurquer vers un régime pathologique, lequel se dédouble a son tour en deux possibilités opposées (appelées « attracteurs » du systéme): l'état inhibé et l'état compulsif-impulsif. A partir de la, soit le systéme comportemental se stabilise dans un de ces deux régimes, donnant ce qu'on appelle couramment la névrose et la perversion-addiction, soit il se met a osciller entre les deux, donnant alors un comportement apparemment ambivalent, clivé, dissocié (double personnalité), de type gentil/pervers. en est de méme pour le syst8me pulsionnel, qui quitte son flux natu- rel pour se voir lui aussi soumis & des bascules ou oscillations brutales et imprévisibles de type hyper-contréle rigide/pertes de contrdle irrépressibles, ou rétention extréme/relachement déchainé, Quant au systéme cognitif (la pensée), il se met 4 produire d'innombrables systémes de disjonction exclusive qu'on regroupe sous le terme de «pensée binaire », clest-a-dire des couples d'opposés: bien/mal, bon/méchant, dieu/diable, corps/4me, mort/vie, punition/récom- pense, gagner/perdre, etc., qui sont a la base de tous les systémes de croyance. Tout se passe alors comme s'il existait dans le cerveau un générateur de bifurcations ou de binarité qu’on peut comparer a une © NEXUS 78 86 fanvierstevrier 2012 \ 6M. Tout se passe alors comme s'il existait dans le cerveau un générateur de bifurcations ou de binarité qu’on peut comparer G une sorte de commutateur ou d’inverseur, qui construit des couples ou des « bits » de deux solutions contraires. Cette machine logique envoie ses instructions binaires 4G jet continu en direction des différents domaines pulsionnels, 4 la facon d’un logiciel ou d'une machine de Turing, venant perturber le fonctionnement normal ou naturel de ces derniers sorte de commutateur ou d'inverseur, qui construit des couples ou des « bits» de deux solutions contraires, Cette machine logique envoie ses instructions binaires & jet continu en direction des différents domaines pulsionnels, a la fagon d'un logiciel ou d'une machine de Turing, venant perturber le fonctionnement normal ou naturel de ces derniers. L'individu est transformé en automate figé ou déchainé, selon le cas, mais dans les deux cas il ne posséde plus Tusage normal de ses pulsions. Restait 4 découvrir la nature de la perturbation initiale, et Ia, il m'a suffi d’écouter les nombreux récits de mes patients. Les violences subies au cours de l'enfance sont monnaie courante, mais encore trés taboues: maltraitances physiques ou affectives, mais surtout, les plus graves, abus sexuels et incestes en grand nombre (environ 1/3 des petites filles et 1/6 des petits garcons en sont victimes, voir encadré statistiques page 91). Restait a faire le lien entre ces faits et les symptémes observés, de facon a prouver la validité de la théorie (celle du logiciel de défense), ce que j'ai pu réaliser. Je me suis apergu alors que de nombreux auteurs comme Jakobson, Lévi-Strauss, Piaget, Greimas, Watzlawick, Bateson, avaient eux aussi identifié, chacun dans leur domaine respectif, la présence de ce logiciel aux commandes de la pensée, notamment dans la pro- duction des mythes et des rites sociaux, mais personne ne avait encore identifié comme source majeure des productions psychopa- thologiques. Il fallait pour cela renoncer au mythe de l'Inconscient, de facon a ne plus attribuer les comportements pathologiques & des désirs pervers cachés, refoulés et inavouables, mais a des sout- frances infantiles couvertes par la loi du silence. Cette découverte m'a permis de comprendre que toutes les construc- tions psychiques pathologiques individuelles (réves, phobies, addic- tions, fantasmes, obsessions, perversions et déviations sexuelles, paranoia, délire, etc.) comme toutes les constructions collectives culturelles (langage, contes, rites, mythes, pratiques et rituels sociaux, systémes de croyances, préjugés, superstitions), qui sont toutes des constructions fondées sur une symétrie binaire, avaient été elles aussi élaborées en réaction & un événement cataclysmique ou un fléau collectif qui menagait la collectivité humaine. Toutes ces constructions s'ignorent bien entendu elles-mémes comme solutions a quelque chose. Elles ignorent encore plus de quoi elles sont les solutions. Au final, c'était bien la une théorie générale du psychisme humain qui était née, a partir de ce qui n'était au départ que des observa- tions cliniques. En Finir avec la dictature freudienne Votre théorie bat en bréche celle de Freud. Vous allez jusqu’a parler de dictature freudienne dont il est urgent de sortir. Pouvez-vous vous en expliquer? La psychanalyse est une pensée unique qui ne supporte pas la contradiction, parce qu'elle a pour fonction d'interdire l'accés & la vérité, celle de l'abus sexuel des enfants. Freud s'est renié aussitdt aprés avoir touché du doigt cette vérité, celle de la causalité de Tinceste et de l'abus sexuel subis par les enfants sur la pathologie mentale de l'adulte. tl a donc créé de pure piéce une construction S78 jamierfivacr 2012 87 On peut en vouloir & Freud d'avoir laché ainsi brutalement une théorie vraie au profit d'un mensonge qui arrangecit tout le monde et ui a duré plus ‘un siécle. © Nexus 78 Oe. Renita tar mythique qu'il a érigée en théorie scientifique, la théorie du complexe d’Edipe, qui inverse tout simplement la vérité en retournant la perver- sité sexuelle incestueuse sur enfant Iui-méme, et en déniant au passage la réalité des faits d'abus sexuels, qu’il qualifie d'affabulations ou de fantasmes. Vous révélez au passage un « détail » biographique de Freud peu connu du public francais, en raison des traductions expurgées de sa correspondance avec Fliess: son pére était un pervers sexuel qui aurait abusé de ses enfants et probablement de Sigmund. Effectivement, voici ce que Freud écrit a Fliess en 1897*: « La migraine hystérique, accompagnée d'une sensation de pression au sommet du crine et aux tempes, est caractéristique des scénes oi la téte est maintenue dans un but de pratiques buccales. Malheureusement, mon propre pere était un de ces pervers; il est cause de 'hystérie de mon frére et de certaines de mes scours cadettes. La fréquence de ce phénoméne me donne souvent d réflécir. » Vous mentionnez également que l'abus sexuel avait bien ét6 identifié par Freud au début de ses recherches comme la source des psychopathologies, jusqu’a ce quil se rétracte pour élaborer la théorie que l'on connait.. On peut pardonner a Freud de s'étre ainsi rétracté pour ne pas avoir 4 envisager le pire: son propre inceste par son pere, et peut-étre aussi par une de ses nounous. Mais quand on lit son étude sur Vhystérie, publiée en 1896, qui décrit avec précision et exactitude le mécanisme de transmission et de répétition de la violence sexuelle, on peut lui en vouloir d'avoir laché ainsi brutalement une théorie vraie au profit d'un mensonge qui arrangeait tout le monde et qui a duré plus d'un siécle, retardant d’autant la possibilité de soigner efficacement la maladie mentale et d’éradiquer la perver- sion sexuelle, en particulier celle qui détruit des enfants dés leur plus jeune age. Concratement, comment ce revirement s‘est-il opéré? A-t-on des indications biographiques précises a ce sujet? Je vous renvoie A deux ouvrages essentiels qui font lhistorique de ce revirement inattendu: celui de Marianne Kriill intitulé Sigmund, fils de Jakob (Gallimard, 1979) et celui de J. M. Masson intitulé Le Réel escamoté (Aubier, 1984). II semble évident que Freud a paniqué a l'idée d’accuser son propre pere, ce qui est interdit dans la tradi- tion juive (tabou de Jacob). Pensez-vous que la théorie freudienne ait joué un réle dans les comporte- ments apparus dans les années 70 au nom d'une certaine libération sexuelle? La pseudo-libération sexuelle de 68 a plutat été une désinhibition de la perversion sexuelle sous des formes multiples incluant la pédophilie, Dans leur livre Le Nouveau Désordre amoureux, Bruckner et Finkielkraut considérent cette pratique comme une fantaisie sexuelle qu'on doit pouvoir s'autoriser... Qu'est-ce qui permet d'affirmer aujourd'hui que la parole des enfants nest pas écoutée? Il semble au contraire qu’on les écoute beaucoup plus de- puis une dizaine d’années, avec les scandales des affaires Dutroux, Outreau, les prétres pédophiles, etc. Depuis qu’a commencé ce grand daballage, peut-on en- core considérer que la doctrine freudienne occulte la vérité sur les abus? Ty aun énorme décalage entre le public, en grande partie convaincu de la réalité des faits pour l'avoir vécue lui-méme, et les lobbies des professionnels de la psychiatrie, de la justice, de la politique, qui s‘entétent a dénier la réalité de ces faits pour maintenir en place un systéme pourtant totalement défaillant, dont ils sont par- tie prenante. Si cette théorie est aussi inepte que vous le dites, comment a-t-elle pu per- durer depuis plus d'un siacle ? est facile de comprendre pourquoi une théorie aussi inepte et invraisemblable que la théorie dite « de l'inconscient » a réussi a se maintenir envers et contre tout pendant plus d'un siécle:; la seule et unique fonction de cette seconde théo- rie freudienne était d'inverser la premiére, de la retourner en son contraire, de reporter les fantasmes incestueux sur l'enfant Iui-méme, et de déclarer fausses les allégations d'abus sexuels faites par les enfants. Ce faisant, la théorie freudienne a été, et reste encore aujourd'hui, une thase négationniste a l’égard d’un crime contre I'humanité qui est perpétré depuis la nuit des temps (et continue de I’étre) dans le secret des demeures familiales, cau- sant des ravages et des dégats considérables sur des familles entitres, souvent & travers plusieurs générations, et dont on découvre seulement depuis une dizaine d’années l'ampleur considérable. Ceest précisément cette fonction de déni de la réalité des abus sexuels qui fait que cette thése a pu tenir aussi longtemps, car c'est une fonction socialement utile, qui évite la remise en cause de tout le syst8me social, fondé notamment sur le culte de la sacro-sainte famille, & laquelle il est interdit de toucher dans Vimmense majorité des cultures et des civilisations (voir a ce sujet les écrits d'Alice Miller). Décrypter I’abus sexuel Uatrocité des expériences auxquelles nombre d’enfants sont confrontés est de lordre de l'impensable, et demeure dans ce que vous appelez limpensé. Ces événements ne peuvent étre racontés, mais uniquement surgir a la conscience a travers des « flashs ». Dans cette mesure, com- ment y avez-vous accés dans le cadre de votre approche thérapeutique? A partir du moment od un patient se sent en confiance, sent qu'il va étre écouté et cru, sans aucun jugement, il se met A parler et dire ce qui lui est arrivé. A par- tir des seuls symptémes, le thérapeute peut déja pressentir ce qui s'est passé, car ily a des indices qui ne trompent pas (lire encadré p. 91). Mais le récit méme trés partiel des événements par le patient est un moment crucial dans la thérapie. Le fait d'identifier avec précision lorigine événementielle (traumatique) des émo- tions négatives avec lesquelles il se débat sans savoir pourquoi (la peur, la honte et la culpabilité en ce qui concerne l'inhibé et le phobique, la colére et la haine pour le psychopathe, le pervers et le criminel) a pour effet de désamorcer ces émotions négatives ou tout au moins de lui faire reprendre le contréle de celles- ci, ce qui procure un apaisement psychique considérable. Au final, le patient retrouve I'insouciance originelle d’avant le traumatisme, cette insouciance qui fait la richesse de l'enfance, qu’on lui avait volée ou arrachée de force. Toutefois, on ne peut jamais parler de guérison. On ne guérit hélas ! jamais complétement d'un trauma infantile. On apprend a vivre avec la fragilité et la vulnérabilité, car on la maitrise mieux alors. Existe-t-il un moyen, un test, une technique qui permette de reconnaitre par soi-méme la trace d'un abus sexuel resté « impensé », de remonter jusqu’a I'« impensable »? Comme les symptémes sont prescrits par un logiciel, la seule technique dispo- nible est une technique de décodage ou de décryptage logique: on remonte de certains symptémes précis (en particulier ceux qui sont originaux, tenaces et répétitifs) pour reconstituer le trauma, un peu comme on reconstitue un crime II faut savoir interpréter les symptémes comme une forme de récit crypté de ce qui s‘est passé [une sorte de remise en scéne de la scéne de crime}, et non comme la preuve de désirs cachés inavouables. > Les abus en chiffres es premieres statistiques connues sont celles publiges en France par Ambroise Tardieu en 1867 dans son Etude médico- légale sur les attentats aux meeurs. ly indique deja des chiffres effrayants: sur 616 cas de viols quit a expertisés en tant que médecin, 339 (soit plus de la moitié) étaient des viols ou tentatives de viol sur des enfants de moins de onze ans, essentiellement des petites filles. +1953, étude USA Kinsey et col: 24 % de prévalence globale de Tabus sexuel infantile parmi la population féminine. + 1990, Finkelhor et col, donnent 27 % en précisant 16 % pour les hommes. * Autre étude aux USA, a la méme époque: 74 % d'antécédents dabus sexvels ou dincestes parmi les patients admis aux uurgences psychiatriques. * Diana et Louis Everstine publiant en 1989 étude « Sexual trauma in children and adolescents » qui mentionne des taux dabus de 30 2 40 % chez les femmes et de 15 % chez les hommes, + En 1993, la psychologue Julie A Lipovsky affirmait: « La recherche épidémiologique sur abus sexuel des enfonts a étabii sans quivoque que des millions denfants sont abusés chaque année aux Etats-Unis. » * En 2009, une enquéte Ipsos sur Tinceste effectuée a la demande de la députée Marie-Louise Fort 6tablit que 2 8 3 millions de Personnes sont concernées en France © Nexus 7a janvierteverer 2012 89 E MONDE SELON | a partir des indices. Car ce qui est le plus important, Cest de reconstituer le lien logique qui relie 'événe- ‘ment initial au comportement ou au sympt6me actuel dont souffre le patient, La compréhension de ce lien par le patient est une fagon souvent efficace de repro- grammer cognitivement son psychisme, lequel était pris ow figé dans des interprétations erronées (de culpabilité ou de honte en particulier), Il faut savoir interpréter les symptémes comme une forme de récit, crypté de ce qui s‘est passé (une sorte de remise en scéne de la scne de crime), et non comme la preuve de désirs cachés inavouables. Concrétement, a partir d'un exemple précis, pou- vez-vous nous expliquer comment se développe une psychopathologie ou une somatisation issue d'un inceste ou d'une violence sexuelle? Llexemple le plus classique chez la femme est l'inhibi- tion du plaisir (anorgasmie) consécutive a un abus. Ces femmes (autrefois étiquetées hystériques) souffrent le plus souvent d'un paradoxe comportemental qui est fait d'une compulsion sexuelle (masturbatoire ou séductrice) associée 4 une incapacité a ressentir du plaisir avec un partenaire. C’est le cas typique de l'al- lumeuse frigide. Ici, le logiciel mental envoie un ordre de ne pas jouir, de ne pas se laisser faire par l'autre, et cela en réparation de labus subi. Mais en méme temps, il impulse ordre de séduire activement pour ne plus subir la séduction forcée. Parfois, ce méme logiciel prescrit au plaisir de s'inverser en douleur, ce qui donne alors un sympt8me appelé dyspareunie (douleur & la pénétration) ou orgasme douloureux, ou encore d'inverser la séduction compulsive en répul- sion systématique ou en dégotit sexuel. Qu’en est-il de la sublimation, de la résilience? Vous rappelez que 10 % environ des personnes abusées reproduisent les sévices subis sur leurs enfants. Que se passe-t-il pour les autres? Les autres sont le plus souvent dans une grande souf- france intérieure, doutant deux, pétris de honte et de culpabilité, avec des acces de colére ou de dépression, des difficultés considérables se lier aux autres et & aimer. La sublimation et la résilience sont des formes de compensation, mais ce sont des leurres sociaux, qui cachent le plus souvent une destruction intérieure qui continue son ceuvre (si elle n’est pas soignée). Vous affirmez que, contrairement a ce que Freud a voulu nous faire croire, 'enfant ne peut imagi- ner ni inventer 'horreur. Par quel mécanisme et, dans ce cas, comment expliquer par exemple les témoignages des enfants d’Outreau? ‘Aucun enfant d’Outreau n’a menti, Ce sont les adultes qui ont menti. Et on s'apercoit dix ans plus tard gue ceux qui ont été soi-disant innocentés n’étaient peut-étre pas si innocents que ca. L’affaire d’Outreau est utilisée comme alibi par tous les pédophiles qui © Nexus 70 SO e Rivenavive core peuvent maintenant s‘exclamer en cheeur avec Freud: les enfants sont des menteurs, ils affabulent, ils inven- tent tout... Un enfant de six ou sept ans ne peut pas inventer un abus sexuel, parce qu'il ne peut méme pas imaginer que cela existe. On €voque souvent la possibilité que les récits des enfants ou des adultes soient le produit de faux souvenirs... Qu’en pensez-vous? Le faux souvenir est un concept inventé de pure pidce aux USA en 1992 par des parents accusés par leur fille diinceste paternel. Il y avait & l'’époque une vague énorme de dénonciations de crimes sexuels sur les enfants, et cette déferlante a di effrayer la population des nombreux prédateurs sexuels. II a fallu stopper a. Ils ont créé la « false memory syndrome foundation », organisme chargé de décrédibiliser la parole de I'en- fant (comme l'affaire d’Outreau en France). Les « faux souvenirs» ou «souvenirs induits par le thérapeute » concernant des actes pédophiles n'existent tout simplement pas: il est impossible d'in- venter ou d’imaginer de telles horreurs. Qu’en est-il des abus rituels? En avez-vous en- tendu parler dans votre cabinet? »>Preuves de I'authenticité des récits d’abus sexuels chez I'adulte + Nombre de patients me font le récit de leur abus dés la premigre consultation, avant méme que jie pu ouvrir la bouche, ce qui élimine a priori toute suggestion de ma part. lls savent déja de quoi ils souffrent: pour eux il n'y a aucun doute possible, cest fabus sexuel qui les a détruits, brisés, cassés, Ils s'en souviennent comme si cétait hier. + Ceux chez qui je soupconne un abus, parce quills présentent des symptémes assez évidents (phobies ou dégoats de certains gestes sexuels) mais qui rYont pas de souvenirs, probablement parce quills étaient ts jeunes (avant trois ans), persistent en général dans leur oubli, méme lorsque jai évoque a plusieurs reprises la probabllité d'un abus. II ny a donc pas de suggestion possible de souvenirs concernant ces événements. + La plupart des patients qui se souviennent racontent le minimum, et ont plutat tendance a minimiser les faits, On peut supposer que sil s'agissait d'affabulations, ils tendraient plutot & en rajouter, notamment sur le nombre, la gravité ou la durée des actes subis. Un récit d'abus est en général trés sobre, précis et concis, il donne des détails « qui ne siinventent pas », qui sont bel et bien impossibles 8 imaginer (une enfant de six ans faisant une fellation son grand-pére, par exemple). + Il est impossible de feindre |'émotion extréme et les larmes qui accompagnent toujours ces récits dramatiques: il sufft de lire ces regards poignants de détresse pour savoir quils disent vrai * Un autre argument décisif est que la plupart des patients(e)s n’ont aucun désir de dénoncer leur abuseur a la justice. IIs n’« utilisent » donc pas leur abus pour une fin intéressée, ni pour se rendre intéressants. En général, ils ne reviennent jamais spontanément une deuxiéme fois sur leur récit, n‘insistent jamais sur celui-ci, et sont plutat réticents pour en parler. + Un grand nombre d'abus sont intrafamiliaux et concerent plusieurs enfants de la méme fratrie ou de la méme famille, abusés par le méme abuseur. Il est facile donc de vérifier que les récits se recoupent, que les gestes ou actes exécutés ou demandés a l'enfant sont les mémes (chaque abuseur a ses « manies »». + llexiste des preuves indirectes. Par exemple lorsque dans une méme fratrie on trouve un homosexuel, une femme frigide et une allumeuse compulsive, on peut étre sGr a cent pour cent de la présence dans entourage d'un (ou d'une) prédateur sexuel + Certains patients peuvent dater lapparition de leurs fantasmes masturbatoires, et cette date correspond en général avec celle de l'abus, bien quils niaient pas fait eux-mémes le rapprochement (is rYont pas la notion de lien de cause & effet, parce quils croient au départ A cOté de la pédophilie domestique, il existe une pédocriminalité organisée en réseaux, encore plus occultée et protégée que la premigre, qui atteint le fond de Vhorreur avec les réseaux satanistes. Ici, la répétition de la perversion et de la vio- lence prend une forme extréme (inceste et infanticide rituel). En décembre 2006, j'ai eu comme patiente une jeune femme rescapée d’un réseau sataniste prati- quant ces monstruosités, dans lequel sont impliqués des notables, hommes po- litiques, magistrats, hommes d'affaires, ecclésiastiques... Cette jeune femme a eu le courage de por- ter l'affaire devant la justice, de donner des noms de personnalités connues. Elle a été expertisée par une psychologue, et taxée de psychose délirante... Son té- moignage est pourtant parfaitement cré- dible. I recoupe d'autres témoignages comme celui de ces deux enfants ayant assisté A des rituels sataniques a Paris et qui figurent dans le documentaire d’Elise Lucet Viols d’enfants, la fin du silence! et les quills ont toujours été comme cela). J'ai eu comme patiente une jeune femme tescapée d’un réseau sataniste pratiquant ces monstruosités, dans lequel sont impliqués des notables, hommes politiques, vagistra hommes d'affaires, ecclésiastiques. récits figurant dans le livre de Régina Louf, Silence, on tue des enfants. Il y a une évidente collusion entre le pouvoir politique et la justice pour étouffer ce genre d'affaires, vu Timplication de nombreuses personnalit «haut placées »... Lrexistence de telles monstruosités « cultu- relles » qui sont des rites catholiques inver- sés (de profanation) prouve elle aussi la véracité de mes thises sur leur origine hyperrationnelle (logique compensatoire ou vengeresse) et non pas bestiale, et sur le danger que peuvent représenter les constructions binaires culturelles comme sacraliser/profaner, Vous comparez la violence et I'atrocité du monde & une agression virale ou microbienne se propageant de proche en proche. Quel antidote a la perver- sion sexuelle proposez-vous? Comment interrompre sa transmission? On ne «guérit » pas un pervers sexuel, A moins d’agir lorsque le sujet est trés Nexus 78 jetierteurerdo |= 9b LE MONDE SELON les abuseurs ne font que répéter sur d'autres ce qu’ils ont subi euxmémes: Il s'agit done d'un processus dont I'humanité entiére est prisonniére, sans qu'il y ait réellement de coupable ou de responsable. > Statistiques personnelles eric: d’abusés sexuels dans un lot « tout-venant » de patients venant consulter en cabinet privé de sexologie. Sur 373 patients, 107 cas d'abus sexuels. = chez les femmes: sur un total de 179 patientes: 85 abusées / 94 non- abusées soit 47,5 % de victimes d'abus sexuels avérés, + chez les hommes: sur un total de 194 patients: 22 abusés/172 non-abusés soit 12,8 % de victimes d'abus sexuels. *fien avec I'abuseur: + abuseur intrafamilial = 57,6 % * abuseur extrafamilial = 42,2 % Répartition des abuseurs intrafamiliaux. par ordre de fréquence: + pére: 215% * grand frére (ou soeur): 12% = oncle (ou tante): 11,2 % = cousin(e): 5% * grand-pére: 4,3 % * beau-frére: 3,4 %. Répartition des abuseurs extrafamiliaux par ordre de fréquence: * personne inconnue: 33,6 % * voisin: 8,6 %. Sexe de l'abuseur: 90,5 % d'hommes et 9,5 % de femmes. Nature de 'abus subi: * Chez les femmes attouchement de la vulva: 55,4.% pénétration vaginale: 30.4 % masturbation forcée du pénis: 5,4 % fellation forcée: 4,3 % exhibitionniste: 2 % voyeurisme: 1% sodomisation: 1%. * Chez les hommes: masturbation subie (par un homme): 52,4.% sodomisation subie: 23,8 % fellation subie (par un homme): 10 % Coit imposé (par une femme): 14 %, Age moyen auquel enfant a été abusé: 9,2 ans. Nexus 76 92 fanvierstévrier 2012 ‘Arthur Rackham, Alice, 1907, Jeune, et vient juste de passer a I'acte pour la pre- ‘mire fois. 11 faut donc isoler (dans des centres fer- més) et soigner (accompagner et écouter) les auteurs récidivistes d'actes pervers, et protéger préventive- ment ceux qui sont encore sains, les jeunes enfants, en les informant du risque et en ayant l'eil sur eux, en étant attentifs aux indices alarmants. Origine de Ia pensée pathologique Vous parlez d'un usage sain et pratique, cognitif, de la pensée qui serait perdu au profit d'un autre, pathologique, défensif, qui aurait envahi le cer- veau des hommes. Pour vous, la violence, « /a seule chose @ penser » et que nous n‘osons pas regarder, serait a lorigine de cette « évolution », Le cerveau est un organe cognitif qui sert norma- Jement a résoudre au quotidien des problémes pra~ tiques de la vie courante, Mais existence dans le monde de phénoménes violents impensables, que le cerveau refuse de traiter cognitivement parce qu'ils ne sont pas intégrables tels quels, le détournent de cet, usage normal, provoquant une forme de pensée com- pulsive ou maladive faite de préoccupations, de rumi- nations, d'obsessions, etc. C'est une pensée qui tourne en rond, et qui, faute de résultats concrets, aboutit & construire pour la survie psychique de I'individu des solutions (cognitives ou comportementales) de réparation et de compensation: systémes de pensée ou de croyance, pratiques ritualisées ou figées, dont la caractéristique principale est la binarité, c'est-a-dire le fait qu’ils sont toujours constitués de deux versions contraires, Quels remédes imaginez-vous a cette pensée compulsive, en attendant une hypothétique éra- dication de la violence du monde? Toute violence agie vient d'une violence subie. Cet axiome de base qui régit le phénoméne violent permet de sortir des schémes binaires désuets faire le bien/ faire le mal, récompenser/punir, normalité/folie, etc., qui régissent nos codes sociaux et nos institutions, et de pouvoir enfin penser la violence autrement. Les abuseurs ne font que répéter sur d’autres ce qu’ils ont subi eux-mémes. Il s'agit donc d'un processus dont Vhumanité entigre est prisonnidre, sans qu'il y ait réellement de coupable ou de responsable (de méme que personne n'est coupable de 'existence du virus de la grippe ou du sida), Pour résoudre réellement le pro- blame, il faut faire exactement ce qu'on a fait pour le virus de la variole: interrompre simplement la chaine de transmission, la contamination. La perversion et la violence sont un phénoméne de contagion interhu- maine, c’est-a-dire un probléme de santé publique, relativement facile a résoudre si l'on s’en donne les moyens. Vous expliquez que la pensée catégorise le monde sur un mode binaire, d'une maniére totalement inconsciente mais lourde de consé- quences pour notre perception de la réalité. En effet, cette binarisation aussi invisible & notre esprit que le sont les lunettes 4 nos yeux entrainerait « lune des plus grandes illusions cognitives qui hantent ou bercent I‘humanité ». De quoi s‘agit-il? La binarisation des problémes et des solutions est un phénoméne d'optimisation et de simplification qui est fortement utile dans les systémes comportemen- taux de défense. L'alternative, c'est-A-dire le choix binaire entre deux solutions contraires (comme Vattaque ou la fuite chez les animaux) est la modalité la plus simple et la plus rapide qui soit. Sur le plan cognitif, l'avantage de la structuration bi- naire du monde est un avantage logique, qui permet la manipulation mentale de la réalité, la maitrise et le contréle des objets et des tres. Le contraire ou inverse est, parmi toutes les différences possibles entre deux choses, la différence qui est privilégiée par notre appareil cognitif, parce qu'elle est réver- sible et symétrique (les opérations de négation et d'inversion sont « involutives », s‘annulent elles- mémes par itération). C’est pourquoi notre appareil cognitif construit pour nous a longueur de temps des syst8mes binaires, et nous présente le monde comme constitué de couples d'opposés (joie/tristesse, nuit/ jour, amour/haine, masculin/féminin, attirance/ répulsion, bon/mauvais, présence/absence, etc.). Existe-t-il une alternative a la pensée binaire? Lalternative a la pensée binaire est de s‘arréter de penser compulsivement, pour vivre, tout simplement, LE MONDE SELON pour vivre pleinement, profiter de la vie et de sa beauté. Cela n'est possible que quand on a pu affron- ter limpensable, c'est-A-dire la violence dont on a été victime. Toutes les « recettes » pour trouver le bon- heur sont inutiles, si on ne met pas comme préalable cette condition d'enlever ce qui nous ronge et ce qui nous dévore de l'intérieur. Existe-til des sociétés ols les hommes auraient conservé cet usage sain de la pensée, n’auraient pas « chuté » dans la binarité? Toutes les sociétés humaines ont construit des rites et des mythes qui sont analogues parce quiils cherchent a répondre aux mémes souffrances. Seul le pays d'utopie ne connatt pas la souffrance. Pensez-vous que les sociétés patriarcales sur lesquelles repose notre civilisation sont le fruit de cette binarité? Les structures psychiques fé- minines et masculines sont-elles égales devant la binarité? Les sociétés patriarcales ou matriarcales produisent les mémes effets néfastes de discrimination et de do- mination. Les solutions binaires sont des pis-aller qui ne fonctionnent qu’au prix de la souffrance qu’elles engendrent. Sous Ia culture, l‘impensable Les idéaux, les grandes utopies, les religions, les dogmes, les mythes, et toutes les idéologies sont, selon vous, le résultat de cette binarisation, Pouvez-vous expliquer par quel mécanisme? On entre ici dans la version cognitive de la bifurcation dont nous avons parlé au début. Toutes les grandes idées comme la Justice, l’Amour, la Liberté, etc., sont construites par notre appareil cognitif par inver- sion de vécus douloureux de notre enfance, selon un schdme de construction qui est le carré logique, une sorte de carré magique qui associe un opérateur binaire de négation (x/non-x) et un opérateur binaire diinversion (x/anti-x) et dont la fonction est d'annuler et de retourner en son contraire le vécu douloureux infantile. Celui-ci est d’abord abstrait de son contexte (décontextualisé), conceptualisé sous sa forme inver- sée, puis re-localisé dans une histoire, un mythe, une croyance ou une pratique rituelle, toujours sur un mode binaire (réversible en son contraire). Prenons Vexemple de l'idée de Dieu. Le vécu infantile est celui d'un pére violent destructeur (jaloux avec son fils ou incestueux avec sa fille) qui va étre inversé sous forme de la figure du bon Dieu ou de Dieu le Pere. De méme, la mauvaise mare réelle (cruelle et jalouse avec sa fille ou incestueuse avec son fils) va étre inversée et incarnée sous forme de la Sainte Vierge ou de la onexus 78 janvierfauier2o2 93 j LE MONDE SELON Bonne Mére. Mais chacune de ces construc- tions mythiques a son revers ou son inverse (qui raméne & la violence initiale): Dieu a un contraire mythique qui est le diable ou Yogre, la Vierge a un contraire qui est la salope ou la sorciére. Que dire des théories scientifiques? Sont- elles victimes du méme biais cognitif? Dans toute théorie scientifique, vous trou- vez des éléments binaires simplistes qui ne manquent pas d’étonner par leur naiveté, II en est ainsi par exemple des couples d’oppo- sés matiére/énergie, matigre/antimatiere, onde/particule, charge positive/charge né- gative, Big Bang/Big Crunch, entropie/né- guentropie, etc. Mais Fexemple le plus frap- pant est sans doute celui du syst#me binaire 0/1 appelé bit, qui a donné naissance & l'in- formatique, et qui a germé dans Pesprit d'un homme, Alan Turing, qui a cherché toute sa vie 4 comprendre lorigine des impulsions homosexuelles que lui envoyait son cerveau, en contradiction avec son désir profond de « normalité ». Autre exemple avec Einstein. Sa théorie, comme beaucoup de théories scientifiques, est parasitée par des systdmes de croyance binaires qui sont inapparents et indétec- tables (comme c'est le cas pour la théorie cosmologique du « Big Bang » de I'Abbé Le- Arthur Rackham, Contes de Grimm, 1909, maitre ou la théorie de l’antimatiére de Paul acceptable pour notre cerveau: la vérité Dirac). En occurrence, pour la théorie de la ne peut pas étre énoncée a l'état brut, car relativité, ce sont les concepts binaires « plus la plupart des gens ne supportent pas de vite que/moins vite que » qui sont en cause, car Yentendre, Trés peu de gens ont compris ils ne correspondent a rien dans la réalité: : que le conte du petit chaperon rouge ra~ ce sont des notions anthropomorphiques, LO Géconstruction conte une histoire d'inceste, et pourtant purement construites par I'esprit humain, des grands ca devient évident a partir du moment ott mais qui ne veulent rin dite sion se lace myvihes, les on Ia compris. iu point de vue du réel. Pour dire que le) neutrino se déplace plus vite que le photon, VOleUrs Morales, Que penser des productions culturelles il faudrait que la comparaison ait un sens du. des croyances __actuelles comme les films dhorreur, point de vue de ces particules elles-mémes. feteael est Bore ou autres? Vous semblez dire Or elle n’en a pas: elle n'a un sens que pour [©.'J'CUSES, quils ne font qu‘occulter davantage les humains. Dans la nature, aucune chose ne bénéfique pour fa violence réelle pratiquée dans les va plus vite qu’une autre. Seules existent des |'hurmanité, car familles... collisions régies par le hasard. ces consiructions /AWolenee physique eta pus spectacs aire, la plus facile 8 montrer en images. Dans les contes, ce tabou de l'abus sexuel_ 'epresentent Mais jamais on ne vous dit que cette de l'adulte sur enfant est mis en scéne des histoires violence est tout sauf gratuite: elle vient sous une forme masquée, par exemple A a ncongdres toujours en réponse a une violence ou travers la prédation animale. Ce traves- SOE a un viol subis dans enfance. On vous tissement joue-t.il un réle d’apaisement, que |’homme présente donc comme une nature hu- de protection pour le psychisme humain? s'est toujours maine quelque chose qui n'est en réa- La violence est toujours remise en scéne dans lité qu'une conséquence (rationnellement les récits culturels ou dans les réves (comme construite) d'une tout autre violence qui dans les symptémes) sous une forme ana- POUVOIT SUTVIVTE se pratique en cachette dans le secret des logique ou métaphorique qui est la seule @ |'horreur, maisons familiales. racontées pour Vous mettez en garde contre Ia tentation de détruire ces constructions culturelles sans com- prendre leur fonction, au risque de les voir resur- gir sous une forme plus radicale. Avez-vous des exemples? La déconstruction des grands mythes, des valeurs morales, des croyances religieuses, est bénéfique pour Vhumanité, car ces constructions représentent des histoires mensongéres que l'homme s‘est toujours racontées pour pouvoir survivre a horreur. I vaut mieux affronter la vérité que de se faire des films. Mais on ne peut pas détruire tout ca sans le remplacer par rien. L’étre humain a besoin de se raconter des, histoires, de réver, d'imaginer un monde meilleur. Le danger si on renonce a toute croyance est de retom- ber dans des croyances encore plus rigides, dans le fanatisme religieux ou sectaire (montée actuelle de Vislamisme en Orient, mais aussi recrudescence actuelle du satanisme en Europe, dont on ne parle jamais). Vous attaquez la psychanalyse et la psychiatrie que vous qualifiez de pseudosciences. Vous n‘hé- sitez pas a dire que Nietzsche, Derrida, Lacan, Einstein, Claude Lévi-Strauss se sont trompés... Est-ce la raison pour laquelle vous rencontrez des difficultés 8 vous faire éditer? Ce que je reproche aux penseurs modernes, cest de passer leur temps a commenter a l'infini les pro- ductions intellectuelles des autres, sans jamais se demander a quoi tout cela sert, & quel probléme ou plutét a quelle souffrance humaine véritable tout cela renvoie. Les psychanalystes et les psychiatres savent la vérité pour la plupart mais manquent de courage pour dénoncer les faits et pour changer la théorie, La plupart sont empétrés dans leur propre histoire. Quant aux philosophes et aux chercheurs en sciences humaines, ils ont en commun une igno- rance coupable des traumatismes psychiques vécus notamment par les enfants, alors qu’ils ont été eux- taxes bien souvent des enfants maltra- 4. tés, délaissés, voire violentés ou abu- sés, Si aujourd’hui je trouve d’énormes * Finkelher, D., Hovaling, G., lewis, | A., & Smith, C 11990), « Sexial abuse in « national survey of adult men and ‘women:Prevalence, characierises, and risks factors », Child ‘Abuse and Neglecl, 1990. S + NERUS n° 52, « Abus fuels et mind contol © plongée en eaux roubles», seplembre-cciobre 2007 * Victor Simon, Abus soxuel sur mineur, Armand Colin, 2004 3 + Frederique Guyer, Pier Sabourin ot Maine Nisse, La Violence impensable ~ Incasto et malroionce, Nathan, 1991 © Sigmund Freud, Joseph Breuer, Eudes sur 'hysiére (1895}, PLR. = 2002; Stolle A. tipowsky, Treatment of child vets of child abuse and S neglect, 1998. a LE MONDE SELON difficultés a me faire publier, c’est parce que la vérité dérange. Elle implique de revoir de fond en comble notre vision du monde et nos institutions. Juger, pu- nir, faire la morale, prier, tout cela n'est pas efficac il faut comprendre le processus en cause, définir les parameétres pertinents, et agir dessus. Vous semblez vous battre dans un certain isole- ment, lutter seul contre tous. N'y a-t-il personne aujourd'hui qui partage votre indignation et votre combat? Crest le propre de tous les innovateurs de se faire exclure ou rejeter de la communauté parce qu’ils dérangent. Dans d'autres pays comme les USA ou le Canada, la théorie freudienne a perdu sa crédibilité, et autres approches deviennent possibles. Vous écrivez: la mort n’existe pas, la vie n’existe pas, l'espace-temps n’existe pas..., ce ne sont que des constructions mentales. On dirait un enseignement bouddhiste.. Vous vous démar- quez pourtant de toute approche spirituelle. Vous allez jusqu’a écrire qu’« il n'y a pas de sauveur universel. II n'y a que des hommes qui souffrent »... La plupart des humains qui souffrent ont été en réa- lité détruits par quelqu’un, le plus souvent par leur propre parent. Comprendre cette vérité impen- sable fait s'effondrer d'un coup toutes les constructions cultu- relles compliquées que nous avons construites pour ne pas voir cette vérité. Mais détruire les systmes de croyance institu- tionnalisés (religieux, politiques ou autres) ne revient pas a se passer de spiritualité, de poésie, de réve, de fan- taisie, d’humour, et de beauté... @ Propos recueillis par Sylvie Gojard * Freud, The Complete Letters of Sigmund Freud to Wilhelm Fliess 1887-1904, p, 230 et 231 (lettre des 8 et 11 fevrier 1897}, Traduction du texte freudien figurant sur ie site « regard conscient » 3 la rubrique «Freud et son pare ». * Diane Sulvon Everstine &. Louis Evetstine, The kouma response, 1993. + Régino Lou, Silence, on tue des enfants|, Regina Lou, Mos 1998 Laurence Beneux et Serge Garde, Le Live de lo honte, le Cherche Mici, 2001 * Jean Petit, Morphogendse dy sens, PUF, 1985. ‘Jean Piogel, Six Eudes de psychologie, Gonthier, 1964, * Claude léviStrauss, Anthropologie sructurole I Plon, 1973. + Association « Innocence en danger » innocenceendongerorg/ * Association internationale des victimes de Tinceste (IV) avi.og/ @nexus 78 janvier-fevrier 2012 9D