Collectif pour le Futur de Grignon

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Monsieur Claude BARTOLONE
Président de l’Assemblée Nationale
PALAIS BOURBON
126 rue de l'Université
75007 PARIS

PETITION
adressée à Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale par Monsieur Jean VINCENT
au nom du Collectif pour le Futur du Site de GRIGNON
en application de l’article 4 de l’Ordonnance no 58-1100 du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées
parlementaires et des articles 147 à 151 du Règlement de l'Assemblée Nationale
au sujet de la vente du domaine de Grignon et de l'état d'avancement des opérations de ladite vente

Beynes, le 18 juillet 2016
Monsieur le Président,
Le domaine de GRIGNON, situé sur la commune de THIVERVAL-GRIGNON (78850), est un
bien de l’Etat d’une valeur exceptionnelle.
Créé par Charles X en 1826 pour en faire une institution royale d'agronomie, il est devenu le
fleuron de l'agronomie française, accueillant au fur et à mesure des années de nombreux
centres d’enseignement et de recherche.
Aujourd'hui, ce domaine de près de 300 hectares clos d’un vieux mur achevé en 1674,
comprend un château Louis XIII inscrit à l’inventaire des monuments historiques, une halle
classée due à l’architecte POLONCEAU, plusieurs bâtiments anciens remarquables, un
amphithéâtre, des laboratoires dont certains issus d’investissements considérables réalisés au
cours des quinze dernières années, une résidence étudiante, des espaces naturels classés en
ZNIEFF (zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique), un arboretum, des
sites géologiques exceptionnels, dont l’un, la Falunière, mondialement connu depuis le 18 ème
siècle, des bois, une rivière, des prairies et des zones cultivées. La ferme expérimentale de
GRIGNON est étroitement liée au domaine, au sein duquel elle cultive 120 hectares.
Le document joint, intitulé « Grignon : Les Patrimoines », réalisé à l’initiative de
l’Association Patrimoniale de la Plaine de VERSAILLES et du Plateau des ALLUETS
(APPVPA), offre un inventaire exhaustif de ces riches patrimoines.
Ce site d’exception, en plein cœur de la plaine de Versailles, elle-même poumon vert
d'environ 20 000 hectares, dont 10 000 hectares cultivés, est actuellement occupé par
l’Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement AgroPariTech et l’INRA.
Dans le cadre de l’opération PARIS-SACLAY, prévoyant le déménagement de ces instituts
vers le cluster de SACLAY, l’Etat a décidé de mettre en vente le domaine de GRIGNON.

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Dans un communiqué daté du 11 mars 2016, le Préfet de la région Ile de France, Préfet de
Paris, a annoncé avoir reçu mission « de le vendre le plus cher possible »
Durant de nombreux mois, il a été de notoriété publique que l’Etat cherchait à vendre le
domaine au club de football du PARIS SAINT GERMAIN, où celui-ci envisageait de
construire
son nouveau centre d’entrainement.
Il semble qu’aujourd’hui le domaine soit proposé à la vente au QATAR, propriétaire de ce
même club de football, afin d’en faire la résidence de prestige de ce dernier.
Ce projet de vente met gravement en péril la préservation du site ainsi que sa vocation
scientifique, au service de la collectivité.
Malgré l’enjeu national que représente cette vente, le gouvernement se refuse toutefois à
toute communication à son propos et agit dans l’opacité la plus complète.
Le 3 février 2016, saisi par un membre d’un collectif informel constitué pour assurer la
protection du site de GRIGNON, le Service des Domaines de la Direction Générale des
Finances Publiques des YVELINES a répondu laconiquement :
« Dans le cadre de l'Opération d’Intérêt National Saclay et du projet d'installation
d'AgroParisTech sur le plateau de Saclay, des expressions d'intérêts ont été reçues.
Toutefois à ce stade, le dossier n'est pas encore disponible car rien n'est lancé. »
Le 7 avril 2016, l’avocat du Collectif, devenu entre-temps association, a adressé au Premier
Ministre et aux ministres compétents une demande officielle de « communication de l’entier
dossier relatif au projet de vente et d’aménagement du domaine de Grignon, au bénéfice du
Club de football du Paris-Saint Germain. »
Le Premier Ministre a répondu à cette demande le 4 mai 2016 en se bornant à indiquer qu’il
avait signalé la demande aux ministres de l’Ecologie et de l’Agriculture :
« afin qu’ils en prescrivent l'examen et vous tiennent directement informé de la suite
qui lui sera réservée. »
Le ministère de l’Agriculture, en charge principale du dossier, n’a pour sa part jamais donné
suite à la demande du Collectif.
La ministre de l’Ecologie s’est quant à elle bornée à indiquer au Collectif le 24 juin 2016
qu’elle avait « signalé » son :
« intervention au directeur général de l'aménagement, du logement et de la nature,
en lui demandant de procéder à l'étude de (sa) requête », précisant que celle-ci «
fera l'objet de tout l'intérêt qu'elle mérite. »
Depuis lors, cet intérêt ne s’est pas concrétisé sous la forme d’une quelconque transmission
d’information.
L’attitude des autres ministères sollicités a été, jusqu’à ce jour, à l’unisson de ce refus de
communiquer la moindre information sur le projet.
Le ministère des Finances a ainsi répondu au Collectif par la plume du secrétaire d’Etat au
budget le 28 avril 2016 en indiquant :
« J'ai pris bonne note de votre correspondance et ai prescrit un examen attentif de
votre demande »

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sans que, deux mois et demi plus tard, cet « examen attentif » n’ait abouti.
Le ministre de l’Education Nationale s’est borné à renvoyer vers son collègue de l’Agriculture.
La ministre de la Culture, pourtant particulièrement concernée par la vente d’un site abritant
des bâtiments classés et inscrits à l’inventaire des monuments historiques, a choisi de ne pas
répondre à la demande qui lui a été adressée.
Quant au Préfet de Région, également interrogé, il a répondu le 25 avril 2016 :
« Mes services n'ont pas reçu à ce jour de dossier technique relatif à un projet
d'acquisition et d'aménagement de ce site »
cependant qu’un autre de ses services répondait le 4 mai suivant :
« A ce jour aucun document sur ce projet de vente ou de travaux ne nous a été
communiqué. »
La même opacité a été opposée aux parlementaires qui ont saisi le gouvernement de
questions écrites.
Le 2 février 2016, Madame Brigitte ALLAIN a ainsi posé au ministre de l’Agriculture une
question écrite (n° 92746) consacrée à « l'avenir de Grignon, site historique de recherche
agronomique ». Elle y invitait le Ministre à l’informer de sa position sur cette vente et d'en
préciser les conditions.
En réponse, le Ministre n’a cependant communiqué aucune information sur le projet de
vente, se bornant à indiquer que :
« l'histoire du lieu et les diverses protections historiques, patrimoniales et
environnementales devront être prises en compte dans les projets futurs
d'aménagements qui restent à préciser. »
Le même jour, Monsieur Jacques MYARD interrogeait le Ministre sur le même sujet dans
une autre question écrite (n° 92747), appelant son attention « sur l'avenir du domaine de
Grignon menacé par le départ d'AgroParisTech sur le plateau de Saclay » et lui demandant
en conséquence :
« de bien vouloir s'opposer à la décision de mise en vente du domaine de Grignon et
de bien vouloir soutenir la préservation et la valorisation agronomique de ce site
exceptionnel. »
Il n’obtenait pas davantage d’information sur le projet de vente, recevant du Ministre une
réponse en tous points identique à celle adressée à sa collègue.
Enfin, le 19 avril dernier, Monsieur Bruno LE MAIRE dénonçait à son tour le projet de l’Etat
de vendre le domaine de GRIGNON dans une nouvelle question écrite (n° 95044) qui n’a
reçue en retour que la même réponse stéréotypée.
Ce refus du gouvernement de communiquer aux citoyens comme à la représentation
nationale des éléments d’informations précis sur le projet de vente d’un domaine national
aussi important est extrêmement troublant.
Il l’est d’autant plus qu’au même moment, le gouvernement demande au Parlement, à
l’occasion de l’examen du projet de loi relatif à la transparence, à la lutte contre la

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corruption et à la modernisation de la vie économique de l’autoriser à prendre par voie
d’ordonnance :

« toute mesure destinée à moderniser et simplifier (…) les règles régissant les
transferts de propriété réalisés par les personnes publiques » en ouvrant « aux
autorités compétentes la possibilité de prendre des mesures, y compris de portée
rétroactive, tendant à la régularisation de leurs actes de disposition
faisant ainsi redouter que le pouvoir exécutif cherche à régulariser a posteriori la vente du
domaine de GRIGNON, réalisée dans des conditions contraires à la loi, notamment en termes
de publicité, et de mise en concurrence.
Le refus du gouvernement est également troublant alors qu’il a introduit dans le même projet
de loi, au moyen du cavalier législatif ayant donné naissance à un article 15 ter, pour l’heure
supprimé par le Sénat, une disposition dérogatoire au droit de la déclassification des biens du
domaine public visant précisément le cas du domaine de GRIGNON.
Enfin, le refus du gouvernement apparait particulièrement choquant au moment où le
Parlement vient d’adopter la loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au
patrimoine, créant un très bel article L 62134 du Code du Patrimoine ainsi conçu :
« Les domaines nationaux sont des ensembles immobiliers présentant un lien
exceptionnel avec l’histoire de la Nation et dont l’État est, au moins pour partie,
propriétaire. Ces biens ont vocation à être conservés et restaurés par l’État dans le
respect de leur caractère historique, artistique, paysager et écologique. »
C’est pourquoi, soucieux de la préservation du patrimoine public d’exception que constitue le
domaine de GRIGNON, je vous adresse la présente pétition en ma qualité de Président du
Collectif pour le Futur du Site de GRIGNON en vous priant respectueusement de bien
vouloir inviter le Premier Ministre et les ministres concernés à informer sans
délai l’Assemblée Nationale sur l’état d’avancement de la vente de ce domaine et
de lui préciser notamment :
-

si une opération de vente a déjà été engagée ou conclue
si une opération de vente est envisagée
quel est l’acheteur choisi ou pressenti
dans quel délai la réalisation de la vente est-elle prévue
si les données environnementales et patrimoniales ont été prises en
compte
dans l’affirmative, de quelle manière ?

Je vous remercie par avance de l’attention que vous ne manquerez pas de réserver à la
présente et vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma très haute
considération.

Jean VINCENT
Président du Collectif pour le Futur du Site de GRIGNON

PJ : Document « Grignon – Les Patrimoines »

Jean VINCENT

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Président du CFSG
12 rue de Picardie
78650 Beynes
contact@cfsg.fr

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