K I B L I N D

AAA R G !
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S I È C L E D I G I TA L
silence and sound
#02
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C I T I Z E N J A Z Z Janv. Fév.
STA R WAX Mar. 2017
D ig I t ! 
L A S P I RA L E
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UNION
W- F E N EC
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c h romati q ue
X P R E SS I O N
EXIT MUSIK
XSILENCE

MUSIQUE
Peaches
A l ’ Ta r b a
G re g G ra f f i n
G u i l l a u m e P e r re t
Ptôse
J o ze f Va n W i s s e m

DESIGN
G A B E B A RTA LO S NOUVEAU
L E V I L L AG E
D E S C R éateurs L’actualité culturelle :
A ntoine G ary le condensé trimestriel

C I N éma des meilleurs médias 
poT E M kine compilés
F ilms “ politi q ue U S” ATYPEEK MAG

L I T T érature TRIMESTRIEL Une sélection des meilleurs
R É M I S U SS A N COLLABORATIF
G erard E vans reportages et interviews
V ladimir N abokov
D’ACTUALITÉS
— GÉNÉRALES Découvrez nos chroniques
ST R E E T C U LT U R E
Tattooisme d’albums, clips, livres,
arka ï c skateboard
— DVD, accessoires
S E XY design et mode…
cO M M E U N E CO U I L L E
DA N S L E P OTAG E
— La scène indépendante 
BD
DAV G U E D I N en images
M I KA P U SS E PRIX LIBRE 

Peaches
Devenue icône branchée,
elle sort deux albums supplémentaires Fatherfucker
PEACHES ©Daria Marchik

en 2003 et Impeach My Bush en juillet 2006.
En 2012, elle écrit, réalise, et joue dans
le film Peaches Does Herself, un opéra
électro-rock qui s’inspire de l’histoire
de sa vie. Une belle leçon de vie !
Vous retrouverez dans
ce magazine
une interview inédite
de Peaches par Ira.

Atypeek Magazine, fort d’un premier
numéro qui a dépassé nos espérances, voici
es
ch
Pea

donc le N° 2 d’Apypeek Mag, en version
R-
©D

augmentée. Peaches y fait une incursion
prononcée, finalement Crass ne lèvera pas
dans ce numéro le voile sur une partie de
son histoire dans un livre de George Berger.

ÉDITORIA
ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 3

Rejoignez-nous sur notre
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OURS
Rédaction :
Atypeek - 21 Rue Prof Weill
69006 Lyon - France
Rédacteur :
Christophe Féray
cf@atypeekmusic.com
Graphisme :
Atypeek Design
Distribution :
Digital Publishing Platform
for Magazines
N° ISBN : 9782955693629
Commission Paritaire :
ISSN 2497-8035
Contributeurs :
Léa Vince - Juan Marcos Aubert -
Jonathan Allirand - Roland Torres -
Maxime Lachaud - Hazam - Fisto
(Olivier Cheravola) - Oli - CF -
Aleksandr Lézy - Antoine Gary -
Pierrick Starsky - Valentin Blanchot -
Pour les cinéphiles, une rétrospective sans Un peu plus loin Gabe Bartalos fait le Arnaud Verchère - Robin Ono -
précédent de Potemkine, qui entre dans grand écart avec Rémi Sussan dans un Laurent Coureau - Ira Benfatto -
Flore Cherry - Mika Pusse -
l’année David Lynch entre autres. Côté bestiaire forcément contemporain et Jérôme Tranchant - Alain R.
couille dans le potage on tire aussi côté bien Freak. Zoom :
Peaches - Al’Tarba - Greg Graffin -
salles sombres. Dans l’obscurité Al’Tarba Guillaume Perret - Ptôse -
se dévoile quelque peu, comme Jozef Jozef Van Wissem - Gabe Bartalos -
Christophe Féray Le Village des Créateurs -
Van Wissem et Greg Graffin d’ailleurs. Atypeek Mag Le Géant Vert - ROVT Design -
Potemkine - Rémi Sussan -

L #02
Vladimir Nabokov -
Dav Guedin - Mika Pusse -
Antoine Gary - Tattooisme -
Arkaïc Skateboard…
Publicité :
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Atypeek Mag est une publication d’Atypeek™.
4 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

www.atypeek.fr

ATYPEE
PEACHES AL’TARBA le fléau Greg Graffin PTÔSE
ENTERTAINER INTERVIEW hollandais ‘Millport’ Vers d’oreille
Ira Benfatto Star Wax Jozef Van Interview Interview
et Christophe Féray Wissem Robin Ono, Maxime Lachaud
18-21 Interview Journaliste Journaliste
8-17 Robin Ono,
Journaliste 30-34 36-43
22-27

CARNET Marques & RÉMI SUSSAN COMmE UNE SCHLAASSS
DE VOYAGE consomma- LES UTOPIES COUILLE BD de Mika Pusse
MONGOLIE teurs : les POST-HUMAINES DANS LE POTAGE www.schlaasss.fr
Alice Féray rituels à l’ère Interview Chronique
Photographe du digital La Spirale, propos Union 164-167
Article de Laurent Coureau Flore Cherry,
132-139 Siècle Digital Journaliste Journaliste
Valentin Blanchot
Journaliste 148-157 160-161
142-145

SOMmAIR
Greg Graffin © DR

© DariaMarchik
ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 5

Janv./Fév./Mars 2017

EK MAG
GUILLAUME CHRONIQUES LE GÉANT VERT Blanc comme TATTOOISME 3 Brice Dans la cuisine
PERRET : ALBUMS Article neige Fred Inhvader Baleydier DE Dav Guedin
Wild Wild JAZZ & Singles Kiblind Magazine Mode Chris Coppola Créateur de Interview
Interview Chroniques J. Tourette ROVT Design Journaliste Arkaïc Skateboards
AAARG !
Jonathan Allirand Journaliste Le Village
Journaliste 50-81 des Créateurs 108-111 112-117 Pierrick Starsky,
102-103 Journaliste

44-47 104-107 124-131

Les DIX POTEMKINE séléctions LE LIVRE DU MOIS LOLITA La scène
meilleurs Les mystères POTEMKINE George Berger : CHRONIQUE indépendante 
films sur du K inversé Jérome Tranchant L’histoire de Crass Vladimir Nabokov en images
la vie DOSSIER et Maxime Lachaud Par geminway.com Galerie Photos
politique Maxime Lachaud Journalistes Hazam, Journaliste /
américaine avec Nils Bouaziz 200-203 Photographe
Rubrique Cinéma
186-199
Jérôme Tranchant, 174-185 204-209
Journaliste

170-173

E #02 Magazine trimestriel collaboratif réalisé à l’initiative d’Atypeek Music
6 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

Musiques
en sous-Sol
Janv. / Fé v. / Mars 2 0 1 7

© DR
Jonathan Allirand - Journaliste

LE CAHIER
DES CURIOSITÉS
PEACHES PTÔSE
ENTERTAINER Vers d’oreille

Interview Interview
Ira Benfatto, Journaliste Maxime Lachaud, Journaliste
et Christophe Féray
GUILLAUME PERRET
AL’TARBA Wild Wild JAZZ
Interview I Star Wax Interview
Juan Marcos Aubert, Journaliste Jonathan Allirand, Journaliste

le fléau hollandais CHRONIQUES
Jozef Van Wissem ALBUMS & Singles
Interview
Robin Ono, Journaliste instantanés

BAD RELIGION
des copains/Copines
Greg Graffin
‘Millport’ VIDéoclipS
Interview Chronique
Robin Ono, Journaliste Léa Vince, Journaliste

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 7
8 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

INTERVIEWARTISTE

PEACHES
ENTERTAINER
Texte : Ira Benfatto Interview : Ira Benfatto ET Christophe Féray INFOS : www.facebook.com/pg/officialpeaches/

Entertainer [ˌentəˈteɪnəɼ] noun clubbers, les post-féministes, le milieu de la mode et les freaks
[comedian] comique m, amuseur m, de tous horizons.

amuseuse f D’icône de l’underground, elle devient icône queer avec son 2e
[in music hall] artiste mf (de music hall), opus, Father Fucker (2003). Elle s’y joue des questions de genre,
fantaisiste mf apparaît avec une barbe sur la couverture, s’approprie et renverse
les clichés macho rock ’n’ roll, en mode riot grrrl. Jusqu’à marquer
-Traduction du Larousse
les esprits de manière indélébile, au point que plus un article ne
manque de la qualifier de reine des queers ou de l’aborder sous
Fin des années 90, Toronto et les rivages du lac Ontario. La mu- l’angle du féminisme.
sicienne Merill Beth Nisker éprouve le besoin de se réinventer.
Elle s’achète un Roland MC505, travaille seule sur un nouveau Quatre albums et 13 ans plus tard, c’est au-dessus d’une
son et se découvre une autre façon de chanter. « Peaches » est bassine, la tête recouverte d’une serviette chaude, que nous
née. Lovertits, son 1er EP de six titres, sort en 2000. Sonorités la retrouvons dans sa loge de l’Épicerie Moderne. Exténuée
minimales, sales, et paroles explicites, son attitude séduit le par un mois sur les routes, au rythme effréné des dates qui
label allemand Kitty-Yo. s’enchaînent. Car une nouvelle mutation s’est opérée chez
Peaches au travers de ses deux derniers albums, clairement
Dans la foulée, la Canadienne déménage à Berlin pour y enreg- plus accessibles. Ses mélodies sont plus complexes et ses
istrer son premier album studio, The Teaches of Peaches (2000). textes autobiographiques.
L’album devient culte et marque la pop-culture. Et bien que le Le sexe est toujours présent mais l’engagement politique plus
succès commercial ne soit pas encore au rendez-vous, elle se diffus. Et son débit si spécifique s’entrecoupe désormais de
voit propulsée au rang de superstar de l’underground. Influencé refrains chantés sur des boucles plus disco qu’electropunk.
par Joan Jett, Iggy Pop, les Bikini Kill, le cinéaste John Waters Quitte à décevoir ses fans de la première heure qui le déplorent,
et la photographe Cindy Sherman, son personnage séduit les c’est une réelle volonté de sa part, un choix artistique assumé.
“Elles ne
devraient pas
se préoccuper
de ce que
pensent les
mecs parce
qu’ils veulent
juste s’insérer
dedans, ils
se fichent de
ce à quoi il
ressemble”
PEACHES
© DR

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 9
INTERVIEWARTISTE

À SAVOIR
Véritable bête de scène,
Peaches s’est imposée
sur la scène queer de
Berlin comme la nouvelle
icône de la musique
électro par ses paroles
ouvertement sexuelles
et ses costumes
© Elodion provocants...

roses vifs, exécute une séance d’aérobic entre deux morceaux sorte de
“Jusqu’à éjaculer littéralement moment improbable où Jane Fonda rencontre John Waters, porte des
sur le public...” bodies monstrueux à seins multiples, jette au public la serviette avec
laquelle elle vient de s’essuyer les aisselles et l’entrejambe. Ses shows
sont une invitation à la fête, à la fièvre et à l’excès. Toujours avec
Mais s’il est une chose que Peaches a toujours été et sera toujours,
cette note d’humour qui manque souvent aux scènes électroniques.
c’est une vraie bête de scène. Une femme de spectacle, ce qu’elle nous
a encore prouvé ce soir-là. Une fois le rideau levé, la discrète Merill Et quand Peaches fait son show, elle nous en met plein la face. Au sens
propre, comme au figuré. Jusqu’à éjaculer littéralement sur le public, en
s’efface et le monstre « Peaches » prend vie, possédant non seulement
actionnant une pompe nichée dans son gland de plastique boursouflé…
son corps, mais la scène toute entière.
Changements de costumes multiples, tous plus extravagants les uns Vaginoplasty, le sujet est assez improbable mais vraiment symp-
que les autres, chorégraphies, utilisation d’accessoires, petites saynètes tomatique du mal de notre temps, pourtant il semble que tu sois
comiques, elle utilise et maîtrise tous les rouages du music-hall. On la première à parler de ce sujet dans un morceau
quitte la dimension du seul concert pour intégrer celle d’un « Rocky Oui, je trouve juste très triste que de jeunes filles pensent que c est
Horror Peaches Show ». Dimension fantasque, kitch et débridée, où le cool d avoir le vagin parfait. Elles ne devraient pas se préoccuper de
sexe est omniprésent : coiffes en forme de vagin, simulation de plan ce que pensent les mecs parce qu’ils veulent juste s’insérer dedans
à trois avec ses danseuses, rayons lasers échappés des entrecuisses [elle pointe son entre jambe du doigt] ils se fichent de ce à quoi
et bite translucide géante qui se développe au-dessus du public. ça ressemble. J’ai lu des statistiques disant que plus de 200 % de
Peaches dit de ses shows qu’ils sont à son image, avec beaucoup femmes ont subi cette intervention en Angleterre et ce, sans aucune
d’autodérision. Elle apparaît sur scène dans une boule géante de poils raison médicale.

10 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
Oui, Vice Cooler est un ami, on a travaillé ensemble
“tu sais, je finance tout sur l’album. Il est vraiment talentueux. J’ai tout
moi-même. produit en un an, en travaillant 10 heures par jour.
En plus je fais tout J’ai juste fait ça dans mon garage, une pièce qui fait
toute seule, de la conception peut être 2 fois la taille de celle-ci [ndlr: la loge était
de la musique aux clips” d’environ 2 m sur 4] et ça, c’est peut-être punk mais
sinon, pour moi je serais plutôt une hippy, tu vois
C’est juste fou ! Si c est pour raison médicale, je veux ce que je veux dire, je veux rassembler les gens,
bien, mais pour l’esthétique ça n’a aucun sens ! Et les emmener sur des projets avec moi. Je suppose
que les hippies et les punks ont ce point commun,
puis vous sortez de ce truc, pourquoi vous en avez
ce truc de rassemblement. Disons que ma musique
aussi peur ? (rire)
est plutôt punk mais que dans ma tête mon attitude
est plus hippy.
Ce dernier clip est sorti récemment, soit 1 an et
demi après la sortie de l’album, ce qui est surpre-
nant dans une logique promotionnelle classique,

© Christophe Féray
peux-tu nous en parler ?
C’est pour des questions d’argent, tu sais, je finance
tout moi-même. En plus je fais tout toute seule, de
la conception de la musique aux clips. Je n’ai pas
le temps de faire toutes les vidéos. Je ne veux pas
impliquer trop de gens extérieurs et préfère les
réaliser moi-même, et ça prend du temps. Je fais ça
depuis mon premier album, je faisais beaucoup de
super 8 à l’époque.
Pour la promotion, encore, c’est moi qui finance tout
et c’est aussi un travail d’équipe. Ça dépend où je
suis. Pour cet album j’étais à LA, j’ai donc réuni une
communauté de gens là-bas, des amis en qui j’ai
confiance et qui ont du talent.

En parlant de gens talentueux, tu as produit Rub
avec Vice Cooler qui, et ça te va bien, a commencé
sa carrière dans un groupe plutôt punk, XBXRX.
Henry Rollins dit de lui que c’est une source
d’inspiration, toi qu’il est le meilleur show-man
au monde…

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 11
ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 13
INTERVIEWARTISTE

pour les plus jeunes, les jeunes filles, queers ou peu
“Disons que ma musique importe, alors qu’en fait non ! Ça ne l’est pas ! Ils
est plutôt punk mais n’ont aucune idée de ce qui les influence, les inspire,
que dans ma tête les motive. Et ça fait plaisir à entendre. Après bien
mon attitude est plus hippy” sûr, je les aide si je le peux. On en revient encore
à cette notion de « communauté ». Pour moi l’idée
Il avait aussi réalisé 2 clips sur ton avant-dernier n’est pas de faire son truc tout seul dans son coin
album (Burst et Mud) et Close Up sur celui-ci, qui et de s’élever toujours plus haut, je ne trouve pas
est un featuring avec Kim Gordon (Sonic Youth). ça intéressant.
Comment tu en es venue à collaborer avec elle ?
J’ai rencontré Sonic Youth parce qu’on a travaillé en-

© Christophe Féray
semble un temps. Puis dernièrement j’ai acheté une
petite maison à LA (c’est là que j’ai produit l’album)
et Kim a emménagé dans le coin juste quand j’y
étais. Un jour, on traînait toutes les deux et je lui ai
juste proposé de faire un peu de musique. Ça s’est
fait comme ça, dans la seconde.

Simonne Jones dit de toi : « à 15 ans, j’ai vu mon
premier concert de Peaches. C’était comme un
spectacle de cirque dégénéré. J’ai découvert ce
qu’était un godemiché, vu pour la première fois
un travesti, c’était fort. Plus rien n’a été comme
avant après ce concert ». Tu es une des rares ar-
tistes internationales qui n’hésite pas à pousser
les groupes ou artistes qui te plaisent. C’est
important pour toi ?
Déjà, ce sont eux qui doivent me trouver et on ne leur
facilite pas la tâche. Par exemple, Youtube supprime
pas mal de mes vidéos. Et c’est marrant comment
aujourd’hui beaucoup d’artistes viennent me voir
en me disant qu’ils étaient fans de moi quand ils
avaient genre 12 ans ! Et ça me fait vraiment plaisir
parce que les gens pensent que je suis trop trash

14 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
À SAVOIR
Originaire du Canada,
transportée à Berlin ou elle
vit désormais, Peaches est,
sans doute bien malgré elle,
devenue une icône…

PLUS D’INFOS
© DR http://urlz.fr/51oe

Cooper (rire). Donc c’est avant tout une histoire
“C’est marrant de famille mais je pense que donner une visibilité
comment aujourd’hui à des artistes comme lui est toujours pertinent,
beaucoup d’artistes viennent surtout aujourd’hui avec toutes ces idées radicales
me voir en me disant qui explosent à travers le monde. Mais il ne faut
qu’ils étaient fans de moi pas perdre de vue qu’il est avant tout question de
quand ils avaient genre divertissement et de liberté d’expression et pas
12 ans!” seulement de la communauté LGBT ou des femmes.
Ça s’adresse vraiment à tout le monde !
Il y a également Christeene dans un de tes clips,
Mais oui, il faut mettre du sens dans ce qu’on fait.
et que tu as invité à faire la première partie de
ta tournée US, peux-tu nous parler de cette dy- Si tout est fade, ça n’a aucun intérêt pour moi.
namique que tu impulses et qui dans ton sillage Beaucoup de mon malaise vient du fait que tout
permet à une scène « queer » ou « riot grrrl » est si lisse et désincarné, ça me met vraiment en
de se développer et toucher les médias ? D’ouvrir colère. En gros, je veux juste que les gens se sentent
des débats ? bien dans leur corps. Je me bats pour qu’ils n’aient
Christeene, c’est comme ma sœur d’une autre mère. pas la sensation de devoir se soumettre à une règle
Christeene est juste Christeene, c’est le mec le plus sociale, politique ou religieuse qui leur interdirait
gentil qui soit, avec dans le cœur la noirceur d’Alice d’être qui ils sont vraiment.

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 15
INTERVIEWARTISTE
Le film a été joué dans 70 festivals à travers le monde
“Ils me laissent m’exprimer et, pour une raison que j’ignore, n’a jamais été diffusé
sur des sujets mais ne en France. Il n’a été distribué qu’en Allemagne et
me laissent pas me produire au Canada, mais vous pouvez le trouver sur Vimeo.
à l’antenne, ce qui n’a
aucun sens, mais ils Quels sont tes prochains projets ? La prochaine
se mettent à flipper genre étape ?
- elle va retirer Dormir ! Un bon long sommeil (rire) sinon je viens
toutes ses fringues et porter juste de faire un morceau avec Mr. Oizo, c’était
un gode ceinture” vraiment drôle. Nos deux univers ont bien matché,
c’était cool.
être défricheuse ou lanceuse d’alerte, y a-t-il un
prix à payer ?

© Christophe Féray
Je paye plus le prix de mon propre épuisement en
étant en tournée, tu vois, parce que je ne suis pas
dans les radars des chrétiens et autres radicaux.
Je ne suis pas beaucoup médiatisée. Ils ne me dif-
fusent même pas à la télé américaine. Ils me laissent
m’exprimer sur des sujets mais ne me laissent pas
me produire à l’antenne, ce qui n’a aucun sens,
mais ils se mettent à flipper genre - « elle va retirer
toutes ses fringues et porter un gode ceinture ». Je
reste donc définitivement underground.

Parle-nous de ton long-métrage sorti en 2013
Il s’appelle Peaches does herself. C’était donc avant
Rub, j’avais repris mes 4 albums précédents pour
en faire une espèce d’autobiographie épique. C’est
une version exagérée de mes shows sous forme de
comédie musicale. On a vraiment soigné la réalisa-
tion et c’est devenu un film. J’étais entourée de
gens qui savaient ce qu’ils faisaient. J’avais un super
directeur artistique. Beaucoup du mérite revient à
© DR

Robin Thompson, c’est lui qui l’a filmé et monté.

Interview réalisée le mercredi 29 novembre 2017 chez www.epiceriemoderne.com ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 17
18 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

INTERVIEWARTISTE
Extrait de Star Wax n°36

ADOLESCENT TOULOUSAIN, JULES FAIT SES CLASSES DANS UN GROUPE DE PUNK-ROCK.
MAJORITÉ ACQUISE, IL NE LUI FAUDRA PAS PLUS DE DIX ANS POUR IMPOSER SA TOUCHE
DE BEATMAKER. AUJOURD’HUI, (RE)CONNU COMME UN PRODUCTEUR HIP HOP, AL’TARBA EST
UN PROFESSIONNEL QUI COMPTABILISE DÉJÀ CINQ ALBUMS ET PLUS D’UNE COLLABORATION.
ATTENTION ÂMES SENSIBLES ENTRETIEN AVEC UN INSOMNIAQUE UN TANTINET SADIQUE, FAN
D’HORRORCORE.

Pourquoi le nom Al’Tarba ? As-tu été conçu à gauche. Le premier « skeud » sorti dans le commerce où tu peux
hors des normes sociales et parfois n’est-ce entendre des productions à moi c’est Les Poésies Du Chaos » de Mysa !
pas difficile à assumer ?
Salut ! (rires). Je crois que je ne comprends pas ta question, ou bien Depuis tout ce temps y a til eu une évolution
fais-tu référence au « bâtard » dans mon blaze ? Voyons nous savons de tes machines, de ton home-studio ?
tous qu’il s’agit plus d’une insulte maintenant qu’une vraie appellation. J’ai commencé avec Cubase et je suis toujours dessus depuis. J’avais
Je ne suis pas John Snow (Game Of Throne, ndlr), je suis plus Joffroy aussi un Asr10 à l’époque mais comme je déménage beaucoup il est
en brun à la limite, pour le côté sadique (rires), mais mes parents ne resté chez mes parents.
sont pas frères et sœurs. Ce serait légèrement inquiétant n’est-ce pas ?
Quelle est la place du sampling dans tes
Si je ne m’abuse tu es petit fils d’un collection- prods ?
neur de vinyles. De quoi était composée cette Je dirais 70 %. J’aime en foutre des tonnes, des trucs qui viennent
collection ? En quoi ça t’a ouvert l’esprit ou d’horizons complètement différents et les mélanger ensemble comme
qu’est-ce que cela t’a apporté ? une grande orgie sonore, avec les participants en combinaison SM en
Y’avait beaucoup de jazz et de classique, mais aussi du reggae, du ska, vinyle. Donc parfois, mais pas que ! Et puis j’aime bien jouer des syn-
du Vangelis… Quand je vais rendre visite à ma grand-mère, j’en écoute thés, des guitares, des basses, dans ce joyeux bordel ! Dernièrement
plein du coup et j’en prends quelques-uns à chaque fois, qui finissent je ne samplais presque plus sur vinyle mais j’aimerais m’y remettre.
souvent dans mes productions. écouter des musiques qui viennent de
la collection de quelqu’un d’autre t’ouvre toujours l’esprit je pense. Tu as eu pas mal d’invités d’outre Manche et
À ce titre, les brocantes et les magasins de Toulouse, à l’époque de mes français sur tes prods ; s’agit-il de rencontres
deux premiers albums, m’ont beaucoup ouvert l’esprit aussi. virtuelles ou as-tu été en studio avec les rap-
Il y en avait un qui était spécialisé dans les ziks de films érotiques, de peurs ?
films d’horreurs et ce genre de truc entre autres. Ça s’appelait Bullit. Il a Ce fut souvent virtuel, mais il y a des gens que j’ai rencontré en vrai
malheureusement ferme depuis je crois, mais gros big up à mon grand- pour taffer, genre Lord Lhus, qui est aussi un bon pote ! Pour d’autres,
père et à Bullit ! Mon grand-père n’avait pas de musique de films éro- les rencontres se sont faites en backstage, par exemple Ill Bill !
tiques, soyons clairs, du moins pas tant que je ne trouverais la chambre
secrète qui s’ouvre en enlevant un des livres de la bibliothèque. Dans ta bio il est dit : «...délaissant l’étiquette
du puriste trop souvent attachée au punk ou
Tu es arrivé au beatmaking par le rap, écris-tu
au hip hop ». Peux-tu nous éclairer ?
encore ?
Oui, j’en ai écrit quelques titres pour l’album de mon groupe Droogz As-tu décidé d’arrêter le hip hop hardcore ?
Brigade, en plus ma voix est toute cassée maintenant ça fait bien rap Non, d’ailleurs mes deux prochaines sorties sont clairement orien-
punk. tées hip hop pur et dur puisque. J’ai produit l’intégralité de l’album de
Droogz Brigade ainsi que la moitié de la production avec le beatmaker
Ta première sortie date de 2007 mais depuis INCH sur le prochain album de La Gale !
combien de temps composais-tu ? Y’a aussi un album qui n’était jamais sorti qu’on avait fait avec deux
J’ai dû commencer deux ou trois ans avant le premier, deux ans je rappeurs de Caroline de Sud qu’on va peut-être sortir bientôt, le groupe
pense. Avant, j’avais placé des productions pour des rappeurs à droite s’appelait Planet X !

PARTENARIAT : www.starwaxmag.com / Star Wax N°36 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 19
20 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

Fais-tu de la musique simplement pour dis- Aujourd’hui que reste-t-il de ta pratique et de
traire ou y attaches-tu une autre vocation ? ton amour du punk rock ? « Do It » part 2, 3,4… ?
Les deux, disons que c’est avant tout une passion, un hobby, mais Écoutes-tu encore du rock ?
maintenant c’est comme ça que je paie le loyer donc forcément, il faut Beh j’en écoute tous les jours et je fais chier mes potes en fin de soirée
s’organiser un minimum. Et puis si je ne fais pas de musique je fais trop en en mettant à fond et en beuglant les refrains en levant les bras en
la fête, c’est un genre de garde-fou ! l’air comme si j’étais à l’avant du Titanic, c’est fantastique ! J’aimerais
remonter un groupe de punk un jour !
Depuis « Lullabies tor Insomniacs » en 2011 tes
productions se peaufinent parfois ça swing, Selon toi en quoi le rock et le hip-hop sont
c’est plus groovy, plus singulier. N’est-ce pas similaires et en quoi sont-ils différents musi-
calement parlant puis culturellement ?
cela qui t’a permis de signer sur des labels ?
Je ne sais pas c’est assez large, mais je ne suis pas trop pour les gens
Disons que l’abstract hip-hop touche un public plus large et qu’en tant
qui se disent dans un « lifestyle » purement « rock » ou « rap ». Ça n’a
que beatmaker tu peux faire du live avec. Mais à la base ma motivation
pas de sens pour moi. Même si je reconnais que ce sont des cultures
c’était de faire ce que je kiffe et je kiffe l’abstract hip-hop ! Des prods avec beaucoup de codes… Je sais un truc, c’est que dans le hip-hop
un peu swing je n’en ai pas fait tellement que ça et j’en fais plus trop, ils ont des fois un peu du mal avec le côté punk et ses excès, surtout en
mais c’est bien quand t’es ivre, non ? soirée mais bon, au final tout se passe bien. (Rires)
Quand et pourquoi as-tu commencé à colla- Dans le cadre de la rubrique rare wax spécial
borer avec Dj Nix’on ? punk rock, dans ce numéro, Patrice Poch sé-
Il a trois ans, parce que c’est un tueur au scratch, parce que c’est mon lectionne des vinyles d’Agnostic Front, Mag
bête de pote et puis parce qu’on ne s’ennuie jamais en tournée avec ce Virgins, Vonn… Ça te parle ?
satané blond aux sapes trop grandes ! Oh que oui, je peux même te dire qu’il y a pas plus de trois jours, j’ai
foutu « Gotta go » en fin de soirée et j’ai eu à peu près la même attitude
Avec Dj Nix’on et Vj Tomz vous venez de faire que je te décrivais deux questions plus tôt mais j’étais avec des potes
une belle tournée pour « Let’s the Ghosts Sing » qui kiffent le hardcore New Yorkais, alors, on a chanté en chœur « From
ton dernier album. Peux-tu nous dire ce que the east cosssst to the west cosssssst ! ». Et puis la montée de oi !
chacun de vous produit sur scène, comment Fantastique aussi (rires).
développez-vous la scénographie ?
Que penses-tu du propos de Lino : « Le manque
Pour la date à Dour cet été avez-vous pu pro- d’originalité dont souffre le rap aujourd’hui
poser quelque chose de spécial ? est en train de faire stagner le genre » ?
Et bien on a un set composé de mes sons, qui passe de sons cau- Bon, ils font un peu tous de la trap c’est vrai, de toute façon Lino est un
chemardesques à des trucs plus psychédéliques ou sautillants. Nix’on maître et un ancien dans ce rap game, alors quoi qu’il puisse dire sur le
envoie le paquet en scratch, moi je rejoue des samples sur les beats où rap je ne peux qu’approuver !
je trifouille les batteries et Vj Tomz a une installe pour faire du mapping.
Il envoie plein d’images sataniques pour que noire soit la messe ! Pour Peux-tu nous parler de « Projet Ludovico ».
Dour on flippait comme des oies avant les fêtes de Noël et puis ça s’est Ça arrive à la rentrée, les flows sont saignants et les productions sales.
bien passé, on en garde un souvenir de dingue ! Il y aura environ seize titres, tous inédits et on compte bien faire une
Extrait de Star Wax n°36

tournée à la suite donc si des gens sont chauds ils peuvent
nous contacter ! On saute partout sur scène, faut nous inviter “…dans le hip-hop
(rires) ! Le premier extrait clippé s’appellera « Street Trash »
et ça va chier ! Y’a des titres rigolos comme « L’œil d’Alex »
ils font des fois
ou « Les feux De La Bourre » qui est déjà un hymne par chez un peu du mal
nous à Toulouse !
avec le côté punk
As-tu d’autres projets pour la fin de
l’année puis en 2016 ?
et ses excès,
Je travaille sur un nouveau projet solo, je n’en dis pas plus, surtout en soirée,
mais il y aura un peu plus de synthé ! Avec toujours des
samples bien dégueux (rires)
mais bon,
au final tout
Si non tu fais toujours des burgers aux
champignons ? se passe bien…”
Je ne suis pas très champignons, je les digère mal.
Tu t’imagines toi, passer une soirée aux toilettes en voyant
des lutins sataniques danser au-dessus de toi ? Boarf très
peu pour moi je laisse ça aux cartoons et leurs grosses
pupilles d’Homer !

PARTENARIAT : www.starwaxmag.com / Star Wax N°36 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 21
22 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

INTERVIEWARTISTE

le fléau
hollandais
Jozef Van
Wissem Jozef Van Wissem est sans doute
l’un des joueurs de luth le plus
reconnu de notre ère.
Révélé au grand public aux côtés de Jim Jarmusch avec la B.O.
de Only Lovers Left Alive en 2013, Jozef Van Wissem porte
aujourd’hui le flambeau dans la réhabilitation de l’instrument
dans la musique moderne. Que ce soit par sa discographie
prolifique ponctuée de collaborations prestigieuses ou encore
son travail de compositeur fortement loué, l’oeuvre du luthiste
néerlandais a su redorer le timbre et l’image du luth en présentant
une musique teintée d’une poésie forte transcendant les époques.
Sorti d’une pause d’un mois et de retour sur une tournée
Européenne pour lancer l’année 2017, nous avons sauté sur
l’occasion de rencontrer le personnage.
ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 23

Interview : Robin Ono INFOS : www.jozefvanwissem.com/

“La plupart
des joueurs de
luth aiment
l’instrument pour
la technique,
ce qui n’est pas
le cas chez moi.
C’est important

Jozef Van Wissem © Gwendal Le Flem
de remettre
l’instrument
à jour et lui
redonner
une nouvelle vie,
Vous avez tendance à fortement contraster les termes
ce que ne font
DU Rock’n’roll pour décrire votre vie de “Rock’n’roll” à Amsterdam pas toujours
à LA VIE monastique et votre vie quasi “monastique” à New York. les autres
Jozef Van Wissem : C’est vrai, je ne sortais pas du luthistes.”
tout. Quand t’es barman t’es entouré de gens qui veulent
D’après ce que j’ai compris votre initiation au réper- quelque chose de toi, ça m’a vraiment fatigué et drainé,
toire du luth s’est d’abord fait via ton initiation à la personnellement et artistiquement. Avant tout ça je faisais INTERVIEW
guitare classique. de la musique avec des super groupes. Cette nouvelle vie DE Robin Ono
Jozef Van Wissem : C’est exact. J’ai commencé à jouer s’est présentée comme un retour introspectif.
la guitare classique de mes 11 à 18 ans puis je suis passé
D’où viennent vos instruments ?
à la guitare électrique. J’ai ensuite ouvert un coffee-shop
aux Pays-Bas où j’ai joué du rock expérimental et je suis Jozef Van Wissem : Au départ j’ai eu un luthier basé À SAVOIR
tombé dans un mode de vie de rockeur décadent. Ça a fini au Canada qui m’a fait 5 luths. Je les ai depuis que j’ai En 2013, Jozef van Wissem
par me fatiguer et je suis parti vivre à New York où j’ai fini commencé au milieu des années 90. À présent j’ai un autre a remporté le prix de la
par prendre des cours de luth avec Pat O’ Brien. C’est là luthier, un très bon ami à moi basé à Paris qui s’appelle
meilleure musique originale
pour la bande originale du
que tout a changé. Je devais avoir 30 ans à ce moment-là Miguel Serdoura. Il fabrique des luths très abordables. Il film Only Lovers Left Alive
par contre, tout ne s’est pas enchaîné. Je pense que j’avais m’en a fait un et quand je lui ai demandé combien je lui au Festival de Cannes,
besoin de passer par cette phase tumultueuse, sinon je devais, il m’a répondu “garde ton argent, tu as assez fait qu’il a composé avec
Jim Jarmusch.
n’aurais probablement pas étudié le luth. pour l’instrument”. J’étais très content.
(Wikipedia)
© DR
24 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

© DR
À SAVOIR
Du fait de la particularité
de son instrument, van Wissem
reçoit des commandes assez
particulières ; en effet la National
Gallery de Londres lui a demandé
de composer une bande-son
pour le tableau de Hans Holbein,
Les Ambassadeurs. Il a aussi
réalisé la musique du jeu-
vidéo Les Sims Medieval
(Wikipedia)

L’improvisation est comme un dessin d’enfant,
c’est aussi simple que ça
Dans votre œuvre vous avez replacé le luth dans un contexte contemporain Jozef Van Wissem : C’est toujours quelque chose de naturel. Ceci dit,
aux côtés d’instruments électroniques et électriques ou encore au-dessus c’était bizarre avec Keiji Haino. Il était au micro et on improvisait avec lui. J’avais
de sons d’ambiance d’aéroports. Est-ce que vous cherchez davantage à composé 3 pièces pour lui mais il ne voulait pas les rendre accessibles au public.
travailler avec le caractère historique de l’instrument ou à le flouter voire Il voulait seulement sortir les improvisations. Il avait peur de la composition, ce
effacer via ces “recontextualisations” ? que j’ai trouvé un peu fermé d’esprit. On voit Keiji Haino comme ce musicien
libre, mais le Free-Jazz et l’improvisation libre peut également faire office de
Jozef Van Wissem : J’accepte l’historicité du son du luth, mais j’aime
veste de sécurité. C’est un style que t’apprends et un circuit que t’intègres, on
bien le combiner avec des sons contemporains et le confronter à la société
finit par te connaître pour ça et tu finis par y être contraint. Je suis très fier de
contemporaine pour qu’il en ait un dialogue entre les deux. J’aime bien utiliser
ces sorties ainsi que celui que j’ai fait avec Tetsuzi Akiyama et elle étaient inté-
le caractère historique de l’instrument et le replacer dans un contexte contem-
ressantes quand je les ai réalisées mais je ne pourrais plus faire ça aujourd’hui.
porain. La plupart des joueurs de luth aiment l’instrument pour la technique, ce
L’improvisation est comme un dessin d’enfant, c’est aussi simple que ça. Je ne
qui n’est pas le cas chez moi. C’est important de remettre l’instrument à jour et
lui redonner une nouvelle vie, ce que ne font pas toujours les autres luthistes. pense pas que ça ait de “valeur” aujourd’hui, c’est du “réchauffé”. Le Free-Jazz
était une forme d’affranchissement pour son époque mais en jouer aujourd’hui
Vous avez collaboré avec des musiciens de cultures musicales différentes, ne serait qu’une copie d’une copie d’une énième copie. C’est “rétro”, c’est du
notamment Keiji Haino. Est-ce que les processus collaboratifs viennent “rétro” à la mode. Je préfère des œuvres comme celles de Merzbow, je trouve
naturellement ou est-ce qu’elles nécessitent une certaine réflexion afin ça plus intéressant. J’aime particulièrement ses pièces pour piano à queue et
de prendre forme ? entendre ces œuvres calmes venant d’un artiste de Noise Music. J’adore ça !

24 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
Jozef Van Wissem © Alan Kerloc’h - www.mycatisyellow.net
“Je préfère les œuvres comme ceux de
© DR

Merzbow, je trouve ça plus intéressant. J’adore
ses œuvres pour piano à queue et entendre
ces œuvres calmes venant d’un artiste noise.
C’est excellent, j’adore ça!”

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 25
26 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

Interview : Robin Ono INFOS : www.jozefvanwissem.com/

“Sérieusement, les gars !
Vous avez quelqu’un
sur scène qui vous livre son âme.
Ce n’est pas rien !”
Jozef Van Wissem © Gwendal Le Flem

Tout comme Keiji Haino, c’est un sacré personnage, Elles constituent toujours une base, un point de départ. grosses compositions avec plein de voix
un artiste reclus et hermétique. alors que sur scène je joue tout seul.
Jozef Van Wissem : En effet. Il peut également s’agir
Pour moi l’aspect live ne vient pas que
Jozef Van Wissem : Je deviens de plus en plus reclus d’une mélodie qui me vient à l’esprit. L’étape de composition
de la musique mais aussi du voyage.
lorsque je ne suis pas en tournée aussi. Je ne sors pas est toujours une période très concentrée où je ne peux faire
C’est très dur de voyager aujourd’hui,
trop. Je sais qu’il y a beaucoup d’artistes qui ne parlent que ça. Elle a toujours un début et une fin bien définie.
notamment à cause des questions de
pas à leurs fans et qui rentrent direct à l’hôtel. Je ne fais C’est très étrange. Ça peut durer entre une semaine et 3
sécurité. Les gens ont tendance à croire
pas ça, je reste toujours à discuter avec les gens. Je trouve semaines. C’est très clairement défini, tout est écrit dans
que les artistes vivent une vie de rêve,
que c’est important mais ça a son prix aussi. Au bout d’un cette période. Je ne reprends jamais des morceaux issus
mais c’est l’inverse. Quand t’arrives
moment je n’ai plus envie de parler à personne. T’as aussi d’autres périodes ou sessions, ça ne me paraît jamais ap-
sur scène t’es déjà complètement en
une part de magie quand tu restes seul. Tout partager et proprié. L’album est de ce fait un document qui définit la
phase à cause du périple que ça a été
être ouvert aux gens a son prix. Parfois j’ai envie de partir période en question.
d’arriver là. J’ai toujours vu le trajet
dans les bois et disparaître et composer de belles œuvres.
Le luth est un instrument inscrit dans une tradition vers la salle comme étant tout aussi
Qui sait, peut-être que je le ferai un jour ! (rire)
historique prédatant l’ère de la musique enregistrée. important que le concert en lui-même.
Quelle place accordez-vous à la tradition et au répertoire Comment abordes-tu la question des concerts par C’est généralement quand t’arrives
traditionnel lorsque vous jouez et que vous composez ? rapport à tes albums studio ? complètement stressé qu’ont lieu les
meilleurs concerts (rires).
Jozef Van Wissem : Lorsque je commence une période Jozef Van Wissem : Ça n’a rien à voir, ce n’est pas
de composition, tout est condensé par le temps. Quand comparable. Un concert est une histoire, un dialogue Vous évoquez souvent l’idée de sortir
je suis tout seul je joue ces pièces du répertoire classique avec le public. Je fixe le public et ils me fixent, il y a un le luth des musées et la réhabiliter
pour me mettre dans le bain. Ça commence comme ça. flux dans les deux sens. Les albums sont des œuvres très dans la musique contemporaine.
Au bout d’un moment je commence à me lasser de la personnelles, elles tournent autour d’un concept lié à mes Vos compositions utilisent notam-
technique et je commence à jouer ma propre musique lectures du moment, ce qui donne naissance aux titres et à ment la répétition et ses effets sur
et à improviser sur les mélodies du répertoire et sur les mes humeurs du moment. Quand je monte sur scène pour la perception auditive, un procédé
parties qui me plaisent à ce moment-là. J’ai toujours une jouer, les morceaux deviennent autre chose. moderne qui échappe encore à la
œuvre préférée du moment que je répète tout le temps. sensibilité du grand public. Com-
Il n’y a aucune volonté d’émuler l’expérience live sur disque.
Il y aura toujours une partie qui m’interpellera et qui se ment envisagez vous garder cette
développe éventuellement en une composition. Il peut Jozef Van Wissem : Non, ce n’est pas censé émuler les part d’expérimentation tout en
s’agir de 3 notes ou d’un simple accord. concerts live du tout. Quand je fais un album je crée ces réhabilitant le luth au grand public ?
Jozef Van Wissem © Alan Kerloc’h - www.mycatisyellow.net

Jozef Van Wissem : Je ne sais pas trop, c’est surtout Jozef Van Wissem : Je suis passionné par les ouvrages
de la chance. Il y avait une période où je marquais des de ces personnages obscurs qui décrivent les voyages
grands silences à mes concerts. Je jouais un morceau et de leur âme jusqu’à se rapprocher de Dieu, surtout les
je marquais des pauses de quelques minutes sans jouer. femmes. J’adore la force de cette littérature et ses de-
C’est toujours difficile d’habituer un public à ce genre de scriptions détaillées. Il doit bien y avoir une raison à ça,
chose. J’ai arrêté de le faire mais je pense que je pourrais je ne sais pas. En ce moment je fais des recherches sur
encore le faire aujourd’hui. D’un autre côté le set doit aussi les “Gottesfreunde” (Les Amis de Dieu), un cercle chrétien
m’amuser sinon je n’y arriverais pas. J’ai dû jouer plus de allemand mystique. J’ai vraiment envie de réaliser un long-
mille sets durant ces 8 dernières années. Certains étaient métrage sur Henri Suzeau, qui étudiait au sein du cercle
très difficiles d’accès et d’autres étaient plus abordables. de Meister Eckhart. Je commence déjà à nommer certains
© DR - Land de Babak Jalali
de mes titres d’après ses ouvrages. Ce serait une sorte
C’est encore difficile, ceci étant dit, d’amener les gens de “Gesamtkunstwerk” (Œuvre d’art totale) où je serai
à se taire pendant une heure. Malheureusement c’est trop réalisateur, acteur et compositeur.
demander parfois. Aux Pays-Bas on a ce phénomène que
Ça fait un moment que c’est en écriture. Ça serait
les Belges appellent “le fléau hollandais”. Les Hollandais
un film ambiant, je n’ai aucune intention d’en faire un
ne viennent pas aux concerts pour la musique mais pour
film rapide qui suivrait les conventions Hollywoodiennes.
parler. J’adore cette expression, je la trouve marrante. La
En parlant de ça, je suis en train de composer pour un
musique est dans un sale état aujourd’hui, c’est très triste.
nouveau film. Le film s‘appelle Land de Babak Jalali. C’est
En France les gens sont silencieux et ils considèrent encore
un western moderne qui adopte le point de vue des Indiens
la musique comme une chose spéciale, ils la chérissent.
d’Amérique. C’est un film qui accorde beaucoup de place
T’as quelques pays comme en Europe de l’Est où la au paysage, avec des vrais Amérindiens au casting. Je suis
musique est encore quelque chose de sacré. J’aime beau- vraiment content de composer pour ce film.
coup jouer dans ces endroits, et je n’ai plus à jouer là où
Pour finir : pouvez-vous citer un de vos albums, films
ce n’est plus le cas. Je décline les offres, tout simplement. Un grand merci
et bouquins préférés ?
Je me dis “Sérieusement, les gars ! Vous avez quelqu’un sur à Jozef Van Wissem
scène qui vous livre son âme. Ce n’est pas rien !”. Jozef Van Wissem : Mon album préféré du moment est et au staff
Kreuzmuzik by Henning Christiansen. Mon bouquin préféré du Fgo-Barbara (Paris)
Qu’est ce qui vous amène à préserver l’aspect religieux du moment est Life of the Servant d’Henri Suzeau. Mon pour avoir rendu
ou spirituel de la musique de luth dans vos œuvres ? film préféré du moment est Ordet de Carl Theodor Dreyer. cette interview possible !

Retrouvez plus de photos sur http://ladnewg.net/ et sur www.mycatisyellow.net ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 27
Le second album de Schlaasss
ça défonce trop ta schneck comme un dauphin
dans un poisson mort, wallah
www.schlaasss.fr / Youtube : http://urlz.fr/51Ed

© THOINE - http://www.toinebehind.com/
Vinyl - DIGIPACK - Digital
30 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

INTERVIEWARTISTE

BAD RELIGION
Greg Graffin
‘Millport’
Interview : Robin Ono INFOS : http://www.anti.com/artists/greg-graffin/

Érudit et vétéran du punk rock, Greg Graffin se dresse À quel lieu se réfère Millport ?
parmi les figures les plus importantes de la scène Greg Graffin : Le titre se réfère à un lieu mythologique. Je voulais
Punk Américaine. Avec plus de 37 ans et 18 albums choisir un nom de lieu qui sonne très familier mais qu’on ne peut
pas situer, un peu comme Springfield. Le choix du nom est aussi déli-
à son effectif, le chanteur et membre fondateur de
béré. La plupart des premières villes aux États-Unis se sont formées
Bad Religion ne montre aucun signe de relâchement, autour de Moulins (Mills) sur des cours d’eau, ils étaient le cœur
poursuivant son travail d’universitaire tout en pub- industriel de la ville. 300 ans plus tard, l’industrie moderne a large-
ment dépassé ces industries rudimentaires de l’époque et pourtant
liant ses livres entre les tournées qui l’emmènent
on trouve encore quelques vestiges de ces anciens moulins et de
chaque année aux quatre coins du globe. ces anciennes pratiques. Avec Millport j’essaye de comprendre cette
En ce début d’année 2017, ce n’est non permanence, comment est-ce que ces choses persistent au temps. Je
trouve que c’est très pertinent à ma position dans le monde actuel
pas un nouvel album de Bad Religion
et mon âge. La musique pour lequel je suis connu est à présent un
que nous présente le chanteur mais courant culturel mais il y a également eu beaucoup de changements
un nouvel album solo. Poursuiv- depuis le temps. Je trouve que Millport est une bonne métaphore
pour cette forme de permanence.
ant dans la veine de son prédéces-
seur, le dénommé Millport dévoile Est-ce donc un thème qui englobe l’album ?
une nouvelle facette du musicien avec En soi le style de musique même est basé sur ce thème. La roots
une série de dix titres marqués par music comporte cette permanence. Par définition, c’est une musique
avec des racines profondes qui se fortifient au fur et à mesure qu’elle
l’héritage Americana et Blue-
© DR

se transmet de génération en génération. Cet album, comme le précé-
grass des États-Unis. dent, est basé sur la musique qui m’a été transmise par ma famille.
© DR
“Avec Millport j’essaye de comprendre
© DR

cette permanence, comment est-ce que ces
choses persistent au temps. Je trouve que
c’est très pertinent à ma position dans
le monde actuel et mon âge.”

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 31
32 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
“le punk rock,
est assez vieux pour
être perçu comme
une forme Tu as sorti 3 albums solo, un à peu près tou les 10 ans avec respect parce que c’est “poli-
de “roots music” depuis 1997. Pourquoi aussi peu d’albums comparés tiquement correct”, on les respecte
parce qu’il y a des raisons de base
à ta carrière prolifique avec Bad Religion ?
philosophique et éthique derrière.
C’est surtout une question de temps et de disponibilité. Ça n’a rien à voir avec la politique.
C’est cette forme de tradition qui me semble nécessaire
Avec l’âge je ferai peut-être moins de tournées mais pour Je suis toujours confus quand on me
pour créer de la roots music. C’est presque ironique que le
l’instant on reçoit toujours autant d’offres. C’est compliqué,
style de musique auquel je suis associé, à savoir le punk parle du “politiquement correct”.
d’autant plus que mon travail universitaire et les livres que
rock, est assez vieux pour être perçu comme une forme de
j’écris m’accordent encore moins de temps pour faire des Tu fais usage assez rarement
“roots music”. J’ai pu observer certaines des chansons que
albums solo. J’espère que j’aurais encore l’occasion d’en
j’ai écrites il y a 35 ans se faire transmettre à une nouvelle de termes vulgaires dans tes
faire, j’en tire beaucoup de plaisir.
génération. C’est un phénomène fascinant. paroles. Le dernier album de Bad
Un des termes les plus récurrents dans l’actualité est Religion avait un morceau qui
Est-ce que tu avais l’idée de ce son en tête depuis le s’appelle Fuck You, (qui existe
celle du “politiquement correct”. Alors que les mu-
début de l’écriture ? siciens dans le punk jouent sur cette ligne avec leurs également en version “clean”).
J’ai écrit 9 des 10 chansons sur Millport, sur Cold as the textes, tes paroles ont toujours gardé de la distance Quel est ton regard sur ton usage
Clay j’en avais écrit que 5 sur les 11. La production est à l’égard de discours polémistes et provocants. Est-ce de la vulgarité dans tes textes ?
plus présente sur cet album, Brett Gurewitz avait une idée une forme de rejet délibéré ou plutôt le résultat de ton Je pense que quand j’étais plus
claire de ce qu’il voulait niveau production. On a pu tester style naturel d’écriture ? jeune c’était moins toléré. J’étais
le son sur l’album précédent avec Brett, vu que les titres
que j’avais écrits avaient une formation complète. L’album Je dirais que c’est un peu des deux. Ton observation est juste. juste un gamin qui voulait faire le
a une plus grosse production que la musique traditionnelle, Nous n’avons jamais été ouvertement politiquement engagés. rebelle, il y avait certainement un
un peu dans la veine de ce qu’on appelle “country Rock”, Il faudrait que tu parles à mon co-auteur Brett Gurewitz pour peu de ça. Sur le dernier album,
une réponse plus exhaustive, on a nos divergences sur la Fuck You était un bon exemple où on
popularisé par les enregistrements de Laurel Canyon à Los
question. Ceci dit, je pense pouvoir affirmer en mon nom
Angeles dans les années 1970. adressait les réalités philosophiques
ainsi qu’au sien que la caractérisation de Bad Religion en
derrière le slogan “Fuck you”. La
tant que groupe “politique” est erronée. On s’est toujours
Sur le premier titre j’ai noté un type de langage chanson questionne la validité de
intéressés à des sujets plus philosophiques, des questions
qui ne serait pas passé dans une chanson de Bad intemporelles qui dépassent beaucoup d’évènements l’expression et fait remarquer son
Religion, comme “Now the years flew by so swiftly politiques. Ce qui est populaire à une certaine période usage un peu pavlovien. On s’est
and I can’t say they was kind”. ne doit pas entrer en jeu dans ces questions plus larges. servi des sciences pour expliquer
Si tu sors une chanson qui s’appelle “Fuck Trump”, ça va pourquoi “Fuck You” est un atout
C’est très bien vu. Tout ce que je peux dire c’est que pour
sonner un peu con dans 5 ans quand il sera destitué ou précieux dans notre culture. D’un
ma famille, plus particulièrement du côté de ma mère, cette
je ne sais quoi (rire). Ça ne fera pas de superbe morceau
manière de parler est plutôt répandue. La famille du côté autre côté, ça peut aussi te causer
intemporel. Je crois qu’on s’est toujours engagés à creuser
de ma mère vivait dans les contrées rurales d’Indiana et beaucoup d’ennuis (rire).
sur ces questions, pour écrire des chansons qui pourront
c’est comme ça qu’on parle là-bas (rire). Il y a beaucoup
être transmises à travers les générations, des contributions
de ça. Sur Echo on the Hill je dis “We’ll soon be warshed Pour rapidement évoquer
dans la culture musicale punk.
in the light of a new day”, parce que du côté de mère on l’actualité récente des États-Unis :

Greg Graffin © Anthony St. James
dit “warsh” (rire). Ils ajoutent un “r” à “wash” (laver). T’as qu’as-tu retiré des évènements
sûrement raison, ce genre de langage ne finirait pas sur Est-ce que tu crois au “politiquement correct” ?
récents depuis novembre dernier ?
un album de Bad Religion. Ceci dit, ce sont les éléments Il y a une différence entre “politiquement correct” et “phi-
stylistiques d’un certain genre qui le font avancer. Les losophiquement correct”, tu vois ce que je veux dire ? Je me C’est terrible pour la démocratie,
conducteurs d’un certain style de musique se trouvent suis toujours tenu à l’écart du concept du “politiquement mais il y a eu des précurseurs à
aussi dans la prononciation. correct”. En d’autres termes, on ne traite pas les femmes ces évènements depuis des années.

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 33
34 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

« Aujourd’hui
ce qui passe
pour des
vérités semble
passer par
des statuts
Facebook.
Il y a très peu
de regards

Greg Graffin © Rennie Solis
approfondis.
Bien évidem-
ment, ce n’est
pas le seul
On ne peut pas juste pointer ces évènements
tout cas du doigt, il y avait déjà énormément
On entend sur ces réseaux sociaux que la présidence
de Donald Trump aura au moins le mérite de redon-
problème
de problèmes liés au manque d’éducation du ner de la vie à la “protest music” et au punk. mais c’est un
peuple, la manière dont ils reçoivent leurs infos
et leur paresse d’apprentissage. J’ai toujours été
C’est un concept ridicule. Comme j’ai dit : si une forme de
“roots music” a une quelconque valeur, c’est grâce à ses
obstacle très
un grand défenseur de l’éducation et je pense
qu’on en a besoin maintenant plus que jamais,
traditions. Peu importe l’administration politique au pouvoir. sérieux pour
Les racines transcendent les décennies, une présidence dure
y compris les sciences naturelles. Les sciences 4 ans. J’y crois, ça sonne comme le propos d’un expert en une société
naturelles nous forment à tout vérifier. Il n’y a
aucune vérité s’il n’y a pas de preuves et de
marketing qui essaye de faire grimper ses ventes.
démocratique. »
recherches scientifiques sérieuses derrière. Pour finir : est-ce que tu peux me citer un de tes
Aujourd’hui ce qui passe pour des vérités semble albums, films et bouquins préférés ?
passer par des statuts Facebook. Il y a très peu de Je vais citer Et quelquefois j’ai comme une grande idée
regards approfondis. Bien évidemment, ce n’est (Sometimes a Great Notion) de Ken Kesey. C’est un bouquin
pas le seul problème mais c’est un obstacle très et un film. Pour l’album je vais choisir Original Folkways INTERVIEW
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« Nos compétences musicales étaient assez
limitées et nous n’envisagions pas du tout
de créer un groupe. Le déclic s’est produit en 78,
à l’écoute de la version de « Satisfaction »
par The Residents »
ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 37

PTÔSE
Vers d’oreille
JOURNALISTE : Maxime Lachaud INFORMATIONS : http://urlz.fr/523s

C’est l’histoire de ces adorateurs d’insectes
dégoulinants et d’électronique vintage
Niort, 1979. Deux frères, Benoit et Lionel Jarlan, autoproduisent leur premier Alors, si je ne me trompe pas, tout a commencé à Niort à la fin
disque, Boule (Viens Ici !). Contre toute attente, cette chanson électro-canine des années 70. Pouvez-vous revenir sur le contexte dans lequel Ptôse
influencée par les délires grotesques des Residents devient vite un hymne est né ?
repris dans le monde entier. Les années suivantes, le groupe enchaînera les
Lionel Jarlan : D’abord nourris aux classiques comme les Stones,
productions, notamment sur leur label PPP, souvent sous la forme d’emballages
les Beatles ou les Pink Floyd et autres Spotnicks, puis initiés aux audaces
inventifs, les cassettes pouvant se dissimuler à l’intérieur de paquets de
du Velvet Underground ou de Brian Eno, nous étions devenus au milieu des
viande sous vide ou de boîtes de médicaments. Devenus incontournables
du réseau DIY français, ils finiront leur carrière par deux vinyles publiés sur années 70 de gros consommateurs de vinyles indépendants, généralement
le label néerlandais Eksakt et réédités en 2013 par Infrastition : The Swoop achetés par correspondance. Nous dépensions nos économies à découvrir
(1984) et Face de Crabe (1986). Cette existence, au final, assez brève, mar- un peu tout ce qui sortait de nouveau, hors des grands labels. Nous avons
quera durablement les esprits. Un album hommage paraît en 2004 sur Gazul, accueilli avec intérêt la vague Punk, sa démarche provocatrice et sa musique
Ignobles Vermines : A Tribute to Ptôse, des dizaines de formations les ont brute, éloignée de toute virtuosité… mais nos préférences allaient aux Wire,
repris et l’émission de radio culte La Nuit des Sauriens porte le titre d’un de Talking Heads, Modern Lovers ou Pere Ubu. Nos compétences musicales
leurs morceaux depuis plus de trente ans. Nous nous sommes entretenus étaient assez limitées et nous n’envisagions pas du tout de créer un groupe.
avec Lionel Jarlan afin de revenir sur l’histoire de ces adorateurs d’insectes Le déclic s’est produit en 78, à l’écoute de la version de « Satisfaction » par
© Jef Benech

dégoulinants et d’électronique vintage. The Residents, achetée par hasard avec un paquet

Ptôse a publié deux cassettes sur leur label PPP
actif entre 1979 et 1985 où ils ont rassemblé
le gratin de la scène cassette de l’époque pour
reprendre leur tube “Boule (viens ici !)”.
On y retrouve Anne Gillis, Mark Lane, Die Form,
Renaldo & the Loaf, Half Japanese ou encore
Van Kaye & Ignit.

©DR
38 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

En 1980, le 45 tours
“Women in the Moon” de Ptôse
accompagne le premier numéro
de la revue Isolation Intellectuelle
lancée par le label mythique de
Jean-Pierre Turmel, Sordide
Sentimental (Throbbing Gristle, Joy
Division, Tuxedomoon, Psychic TV...)

PLUS D’INFOS
http://urlz.fr/523s

©DR

« Mal- d’exemplaires et offert à des amis) suivi par une cassette,

heureusement,
Boule (viens ici !) tirée à au moins une centaine d’exemplaires, pour faire
du troc avec des labels indépendants.
en ces temps de singles chez Rough Trade. D’un seul coup, nous avons Combien de musiciens se cachaient derrière le pat-
préinternet, eu envie de nous y mettre et nous avons bricolé tous les
ronyme Ptôse ? Aviez-vous déjà pratiqué la musique
deux pendant plusieurs mois, sans guitare électrique,
nous sans synthé et sans studio, avec deux magnétophones à
auparavant ?
ignorions cassettes, des caisses en carton, des jouets et de vieux Pendant la période « bricolage », nous étions deux :
instruments acoustiques… Benoit, qui avait déjà à l’époque des bases musicales, et moi
l’existence même qui n’en avait aucune. Nous étions très ouverts aux
du risque Notre objectif était de faire simplement une sorte d’objet
contributions d’amis comme Ericka Irganon et Pascal Elineau
musical, dans l’esprit du mail art, pour l’envoyer comme
psychologique carte de vœux aux Residents…
(ZZe), qui devint rapidement le troisième membre permanent.

viral identifié À notre grande surprise un nommé Hardy Fox, de la
Le choix de l’électronique et de travailler avec des
en 76 par Cryptic Corporation, nous a gentiment remerciés en nous
bandes magnétiques comme base à votre sens de
la pop song était-il plus un manifeste ou lié à de
Richard encourageant à continuer. Ces farceurs se sont même
simples contraintes techniques ?
amusés à en infliger l’écoute à un journaliste d’Actuel venu
Dawkins… » les interviewer à San Francisco, à tel point qu’il mentionna C’était un peu les deux, car nous aurions pu nous
la chose dans son article ! Après un accueil aussi promet- affranchir de ces contraintes rapidement, mais nous avons pris
teur, nous avons décidé de poursuivre nos expériences et beaucoup de plaisir à jouer avec elles avant d’évoluer vers
INTERVIEW
DE Maxime Lachaud d’autoproduire en 79 un mini vinyle (pressé à une douzaine une formation plus standard, en apparence tout du moins.

© Jef Benech
ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 41

Le premier disque est un vinyle qui sort en 1979, sur lequel on trouve
votre hymne « Boule (viens ici !) ». On dirait que c’est ce morceau qui a
véritablement lancé le projet Ptôse et vous avez vous-même fait en sorte
de nourrir un culte autour de cette chanson, la reprenant de manière
presque obligatoire sur chacune de vos parutions. Le morceau a égale-
ment fait l’objet de nombreuses reprises par des groupes prestigieux
(Renaldo & the Loaf, DDAA, Legendary Pink Dots, The Grief, jusqu’aux
texans d’Oblong Boys), dont une cassette sortie par vous-même. « Boule »
c’est pour vous un morceau ultra-mégalo, une boutade géniale, votre
étendard et votre fardeau ? Pouvez-vous revenir sur sa genèse ?
En complément de nos expérimentations minimalistes, nous avons très
vite eu envie de créer un morceau qui serait un condensé du vide inhérent
aux hits pops, tout en fonctionnant comme un puissant « Orhwurm » (un
ver d’oreille). Après différents tâtonnements pour trouver les paroles les plus
simples et les plus bêtes possible, puis atteindre le minimalisme musical visé
et nous assurer, par des tests sur des volontaires, de l’effet persistant des im-
pacts auditifs : « Boule (viens ici !) » était né. Malheureusement, en ces temps
pré-internet, nous ignorions l’existence du risque psychologique viral identifié
en 76 par Richard Dawkins… Notre exposition prolongée lors du processus de
fabrication de ce « même » musical a eu des conséquences lourdes sur notre
intégrité créative. Non seulement elle nous a entraînés à reproduire à l’infini
cette chanson infernale, mais aussi à pousser d’autres à l’interpréter, pour
favoriser sa diffusion par tous les moyens !
© Mark Beyer
Dès 1980, Ptôse s’associe à PPP (Ptôse Production Présente) et vous
vous lancez pleinement dans l’art de la cassette, avec des packagings
“Ironiques et immatures géniaux (Moxisylyte N dans une boîte de médicaments, AG 5 dans un
(au sens Gombrowiczien), c’est comme emballage d’entrecôte, etc.). Pouvez-vous revenir sur les motivations
cela que nous percevions qui vous ont amenés à vous lancer dans le mail art et tous ces embal-
nos productions” lages étranges ? Étiez-vous proches de l’approche plastique du son que
développaient DDAA et Illusion Production par exemple ?
Le choix d’un nom de groupe aussi fort était-il lié à l’esthétique punk/ Outre l’accessibilité de la duplication, l’intérêt du format cassette pour
post-punk et son sens de la provocation ? nous était sa capacité à s’intégrer facilement dans des packagings improbables,
inaccessibles au vinyle. À l’époque, la musique était un produit physique à
Le choix du nom était effectivement un indice de notre volonté de diffusion lente et la création de ces objets était un exercice très agréable, tout
provoquer, mais à l’époque il ne signifiait rien pour la majorité des gens, alors comme le plaisir de les découvrir pour ceux qui se donnaient la peine de les
qu’aujourd’hui une recherche sur Internet ramène instantanément beaucoup acheter. Nous avons très tôt échangé avec DDAA & IP dont nous aimons beau-
d’images ! coup la démarche artistique même si elle était plus formalisée et résolument
esthétique, comparée à la nôtre, ironique et brouillonne.
D’emblée, vous avez opté pour une approche minimale du son, vous
avez laissé la technique de côté et une grande part de votre travail se Dans ces réseaux cassettes, les sonorités étaient souvent minimales,
rapproche des musiques nouvelles ou expérimentales (la cassette Hand- industrielles et expérimentales, mais Ptôse a toujours été bien plus
made Electronics). Cela était-il aussi dû à votre manière de travailler, accessible. Comment définissiez-vous votre musique ?
entre frères, en home studio, avec une attitude très DIY ?
Nous avons toujours cherché à faire simple et à nous amuser tout en
Ptôse est un groupe profondément influencé par l’esprit DIY, c’est cela conservant une apparence de sérieux. Naturellement, notre approche en live
qui nous a d’ailleurs poussés à publier nous-même notre musique, à la diffuser était souvent moins maîtrisée et plus expérimentale que la musique réalisée
par des réseaux parallèles et à réaliser des compilations des artistes que nous en studio… Ironiques et immatures (au sens Gombrowiczien), c’est comme cela
appréciions, au lieu de chercher à être pris en charge par une maison de disques. que nous percevions nos productions.
42 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

« Plutôt
qu’une ap-
proche col-
lective, il
s’agissait
bien déjà d’un
fonctionne-
ment en ré-

©DR
seau, chacun
Dès votre premier disque, vous avez repris « Smelly Nous ne nous voyons pas comme des influenceurs
gardant son Tongues » des Residents, comme si ce morceau à mais plutôt comme des provocateurs qui suscitent parfois
lui seul avait inventé un genre. Quelle était votre encore des réactions. Ceci dit, écouter d’autres groupes
caractère in- relation aux Residents ? revisiter nos morceaux est très rafraîchissant, d’autant plus
qu’ils sont généralement de bien meilleurs musiciens que
dividuel, mais Nous avions découvert le single « Smelly Tongues »
quelques semaines après celui de « Satisfaction » et le côté
nous et plus inventifs. Philippe Perreaudin de Palo Alto a
fait preuve d’une ténacité incroyable pour nous convaincre
contribuant pop apporté à cette version par Snakefinger nous a vrai-
ment plu. Cette reprise, systématique dans nos premiers
de rééditer nos cassettes en CD, et la compilation qu’il a
coordonnée a été une délicieuse surprise.
à la diffusion concerts, était un signe de reconnaissance de la filiation…
Du coup, nous sommes au bord de la rechute et
des autres, le L’influence des Residents a été forte sur notre
manière de jouer avec des voix grotesques à nos débuts,
récemment nous avons discuté d’un projet pour le Web :
« The Boule Shrine » une collection ouverte et collabora-
tout générale- mais nous avons évolué. La direction que nous envisagions
de prendre avant d’arrêter nous excitait beaucoup, mais
tive d’interprétations de « Boule (viens ici !) »… Mais cela
restera peut-être un projet inachevé.
ment sans but s’est avérée un peu complexe… Il s’agissait de trouver un
« interprète » différent par morceau, en les choisissant Il y avait aussi une dimension ethnographique dans
lucratif.  » comme des instruments en fonction du son de leur voix
ou de leur type de personnalité. Malheureusement, les
votre musique et vos productions. Vous sortiez beau-
coup de formations japonaises sur vos cassettes,
heureux élus n’étaient généralement pas très motivés mais aussi vous vous inspiriez des rythmes et chants
par cette approche… Nous devions sans doute être perçus traditionnels indiens ou papous (« The Big Chief »).
INTERVIEW
DE Maxime Lachaud comme des manipulateurs. Pouvez-vous revenir là-dessus ?
Et comment réagissez-vous quand des groupes en- Nous avons effectivement beaucoup écouté
core aujourd’hui vous citent comme une influence d’enregistrements ethnographiques, surtout pour les voix
majeure (il y avait eu par exemple la compilation extraordinaires qu’on y trouve. C’est Ericka Irganon qui les
Ignoble Vermine chez Gazul ou toute la scène zolo étudiait et nous poussait à l’occasion à les retravailler… Par
d’Austin qui s’inspire de votre travail) ? contre, cela nous gênait de les singer et nous avons préféré

* Une première version de cette interview était parue en septembre/octobre 2013 dans le numéro #17 d’Obsküre Magazine.
En fait, le passage à une distribution indirecte, par Nous avons été marqués
“Les comics de Mark Beyer la médiation du label, était un système trop lourd pour enfants par une Silly Symphony
nous semblaient très proches nous. Cela a fait disparaître le plaisir que nous trouvions macabre de Ub Iwerks et Walt
des micros histoires dans les échanges par correspondance avec les acheteurs Disney, datant des années 30 et
qui sous-tendaient une bonne de nos cassettes… En plus, notre projet de vocalistes mul-
tiples s’avérait un montage compliqué et nous avons donc
intitulée « The Skeleton Dance ».
partie de notre musique” choisi d’arrêter plutôt que de commencer à nous ennuyer.
La musique de Carl W. Stalling
était une interprétation délirante
Si la musique numérique et le web étaient arrivés plus tôt,
de « La Marche des Nains » de
recycler au second degré des caricatures occidentales de nous aurions certainement saisi cette opportunité, mais
Edvard Grieg.
ces « musiques du monde » comme dans « The Big Chief » nous étions au milieu des années 80… 10 ans trop tôt !
ou « In Your Bush ».
Le grotesque est une com-
Quant à l’aspect visuel, il est également très impor-
Quant à votre obsession pour les limaces, les souris, posante majeure de notre univers
tant. Comme on l’a vu, vos cassettes avaient des
les sauriens, les crabes, les insectes dégoulinants et emballages très singuliers et vous avez notamment musical et notre humour, assez
abjects, cela venait d’où ? travaillé avec le graphiste Mark Beyer. Il existe aussi pince-sans-rire, est souvent basé
une vidéo que l’on peut trouver sur RVB Transfert sur le décalage, parfois peu per-
Ce thème de première importance nous semblait
négligé à l’époque, il fallait bien que quelqu’un s’en d’« Écraser la vermine » où l’on vous voit avec des ceptible, entre certains éléments
saisisse… Nous avons beaucoup emprunté à la littérature bandes sur la tête, des chapeaux et des imperméa- musicaux ou extra musicaux comme
fantastique ou aux films de science-fiction et d’horreur des bles noirs. Pouvez-vous revenir sur ce tournage et les paroles et le titre. http://vimeo.
années 30 à 50 comme White Zombie, Them !, The Blob ou ces collaborations ? com/63789172
Invasion of the Body Snatchers, mais le plus souvent sans Les comics de Mark Beyer nous semblaient très
citations directes. Pour finir, comment regardez-
proches des micros histoires qui sous-tendaient une
vous avec le recul l’expérience
bonne partie de notre musique et nous avions été séduits
La discographie de Ptôse renvoie aussi à la vitalité de Ptôse ? Avez-vous continué la
par cette superbe peinture sur verre qui a servi pour la
la scène indépendante française au début des années musique ou les arts visuels par
80. Vous avez par exemple collaboré avec des labels couverture d’Ignobles Limaces. Quant à la vidéo « Écraser
la vermine », c’est une réalisation de FR3 Poitou-Charentes la suite ou êtes-vous partis dans
comme Sordide Sentimental et AYAA, puis participé
improvisée à la suite d’un festival Rock dans lequel nous d’autres domaines ? Quelles
à des compilations pour de nombreux labels inter-
nous étions subrepticement infiltrés. Le reportage qui la sont vos réactions face à ces
nationaux (Tooth & Nail pour Trax, etc.). Diriez-vous
qu’il y avait un vrai état d’esprit collectif dans ces précédait vaut le détour, il était intitulé « Impact du rock rééditions de vos travaux ces
échanges ? Pour nos lecteurs habitués aujourd’hui à sur le public » et peut se déguster sur le site de l’INA ou derniers temps ?
Internet, pensez-vous qu’il y avait des liens entre ce sur YouTube. http://www.youtube.com/watch?v=7lv4BzIL6_k
L’aventure de Ptôse était
que vous développiez à l’époque et ce médium qui très motivante mais il faut savoir
a profondément changé notre rapport à la musique Lors de vos concerts, étiez-vous aussi très portés sur
les costumes, la performance ? s’arrêter avant de tourner en rond…
aujourd’hui ?
Ptôse devait finir inachevé. Nous
Plutôt qu’une approche collective, il s’agissait bien Non, pas du tout de costumes, ou alors des tenues
sommes toujours de grands con-
déjà d’un fonctionnement en réseau, chacun gardant en décalage avec le lieu et le public, nous portions par
sommateurs de musique, mais seul
son caractère individuel, mais contribuant à la diffusion exemple des chemises Lacoste lorsque nous partagions
l’un d’entre nous a continué dans
des autres, le tout généralement sans but lucratif. Cela l’affiche avec des punks ou des performers industriels et
nous utilisions une Mobylette comme instrument et un GSSA cette voie et compose aujourd’hui
fonctionnait bien, mais lentement, on était loin de la
(Générateur de Sons Semi-Aléatoires) lorsqu’il s’agissait des musiques de films. Malgré tout,
fulgurance d’Internet.
d’un environnement rock. Nous sommes de grands timides nous n’avons jamais cessé d’assister
On ne pourrait revenir sur l’intégralité de vos enreg- et donc sur scène nous étions à la fois un peu coincés et Ericka Irganon dans ses travaux,
istrements, mais Ignobles Limaces, The Swoop et Face occasionnellement agressifs. mais comme elle n’a rien publié
de Crabe ont représenté, en quelque sorte, l’apogée de nouveau depuis près de trente
du groupe. De plus grosses productions. De plus gros Il reste aussi un aspect majeur que l’on n’a pas abordé, ans, qui sait quand elle daignera
tirages. Il semble étonnant que vous ayez arrêté après c’est l’humour, qui chez vous se teinte de grotesque les rendre public ?
Face de Crabe, qui était sorti sur le label hollandais et de carnavalesque, pouvant même se faire parfois
culte Eksakt et qui justement aurait pu vous ouvrir inquiétant (les morceaux « Face de Crabe », « Like
à un plus large public. Est-ce que vous sentiez que a Mouse » ou « La nuit des sauriens »). L’humour
vous étiez arrivés à la fin de quelque chose ? selon Ptôse, c’était quoi ? Maxime Lachaud

Retrouvez une version de cette interview dans le numéro #17 d’Obsküre : http://urlz.fr/52Ph ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 43
44 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

REGARDARTISTE

GUILLAUME
PERRET :
Wild Wild JAZZ
ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 45

“Aboiements
et atermoie-
ments sur
un vibrato
vrombissant
décrivent
l’entrée dans
un nouveau
©Emile Holba

gonflé que le free-jazz, Guillaume Perret propulse dans genre de
le Mad Max Jazz, le monde sonique une circulation d’air instable, un tri-
musique
pays de landes désolées omphe euphorique de vents contraires rendus fous par
leur passage intra-instrument et qui, dans la traversée
des corps alentours, trouvent un deuxième souffle de
improvisée !
S’il est un avis de tornade qui puisse être destruction. À la frontière ultime du panel de notes Encore plus
considéré comme une bonne nouvelle, entendues, le free-jazz se love dans une peau hérissée
c’est bien un appel d’air à l’intérieur d’écailles métalliques. Le cerveau frappé par la mutation abrupte, aride,
pourra lui donner un nouveau nom : le Wild Wild Jazz, le
du saxophone de Guillaume Perret. Mad Max Jazz, pays de landes désolées, steppes hostiles acide, gonflé
Jaillissant des lèvres pincées
de l’artiste, le souffle suit son chemin
encore méconnus des hommes et venant s’inviter dans
leur quotidien musical par l’intermédiaire d’un climax
que le free
de traverse modulé par la pression assourdissant.
jazz…”
des doigts de son initiateur tout Coltrane semble se situer dans les parages :
peut-on éviter l’un des piliers du jazz improvisé ? Pour
en se ménageant une sortie ahurissante. ARTICLE
autant, Perret ne s’y cogne pas dessus. La puissance de Jonathan Allirand
Que se passe-t-il donc à l’intérieur filamenteuse de son sax ténor se confond en suramplifi-
du sillon de cuivre pour expliquer cations électriques et va chercher des équivalences inat-
une déflagration aussi monumentale, tendues vers les guitares spatiales d’Empty Spaces de
un séisme aérien qui s’étend aujourd’hui Pink Floyd. Vers le jeu dérangé de Marc Ribot lors de son IL A DIT :
célèbre Ceramic Dog. Le parallèle n’est pas anodin étant « Le jazz a de
sur quatre albums ?
donné que le premier album de Perret a été produit par nombreuses couleurs,
Entre son point de départ et son arrivée fracas- l’un des compagnons de route de Ribot, John Zorn. Qui et ne saurait se
sante, no time pour la pudeur : Perret « strip » nos plus est, sur ses trois premiers opus : Guillaume Perret limiter à un style en
attentes du saxophone et « tease » nos jeunes espoirs and The Electric Epic, Doors, Open Me, l’artiste est mag- particulier. C’est un
qu’il comble dès les premiers braillements de son ténor. nifiquement secondé par un groupe s’inscrivant dans la grand bac à sable ou
Aboiements et atermoiements sur un vibrato vrombis- lignée directe des amoureux de la musique expérimen- tout est possible. »
©Emile Holba

sant décrivent l’entrée dans un nouveau genre de tale : le fameux The Electric Epic cité dans le premier
musique improvisée ! Encore plus abrupte, aride, acide, album éponyme.

Plus d’informations sur Guillaume Perret : http://guillaume-perret.fr/
46 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

…transformer sa prose saxophonique
en carrefour de collisions
Par conséquent, cette formation ne recule pas devant la multiplica- Stridence hystérique, cahotements gutturaux, Shoebox et Kakoum
tion des références génériques comme en témoignent le reggae de Ponk et reprennent ce martèlement anarchiquement mélodique au cœur duquel
la funk dézinguée de Circe. Expérimentateur, chercheur, Perret l’est lui-même l’instrument crache sa réverbération plastronnante tel un primate roi
puisque son originalité sonore provient d’une de ses trouvailles : équiper son tambourinant son torse altier. Les fragments en échos se heurtent aux pans
saxophone électrique de mixers audio et de micros reliés à des loopers, à naissants des cycles à venir. Les cycles se disloquent puis se reforment sur
des amplificateurs de basses ainsi qu’à une série de pédales à effets. Astuce d’autres boucles vives et conquérantes. Même les ballades comme Ethiopic
technologique lui permettant de jouer boucles rythmiques et mélodies, de les Vertigo, Irma’s Room, Opening et Chamo semblent étudier pour capturer
entrecroiser, de les démêler afin de transformer sa prose saxophonique en l’étincelle d’écoute dans des nœuds de mailles dédoublées et les profondeurs
carrefour de collisions. de vertiges saturés.
Alors que le combo psychédélique fait tressaillir la moindre parcelle de Le dernier album en date est une expérience solo de Perret. Ce qu’il
ferraille contenue dans leurs cordes et peaux, Guillaume Perret fait monstre laissait éclater dans ses collaborations voit le jour dans sa plus grande lueur :
du coffre colossal de son saxophone arrangé. Un soupir versé dans le bec son aptitude à réunir une diversité d’instruments rythmiques et mélodiques
dégage alors une texture ultra-épaisse, une densité hyper membraneuse qui en ne disposant que de son saxophone arrangé comme base de composi-
embrasse le squelette de l’auditeur et agite ce lego d’os sous l’enveloppe à tion. Ses notes repartent à l’aventure et, grâce à sa maestria, paraissent
vif de son cuir charnel. Massacra est l’exemple même d’un heavy guitaris- riches d’une formation musicale nombreuse alors qu’il est le seul et unique
tique brouillon dont le désordre impérial est décuplé, célébré et salué par les membre de son orchestre. Même s’il revient à des références plus classiques
voix hurlantes du cuivre ténor. de Big Band (She’s got rhythm, Susu) et qu’il remplace la hargne de son es-

46 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
©Emile Holba
“La technique inventive de Perret
©Emile Holba

apporte des fondements solides
à un nouveau type de jazz, ce qui
lui permet d’enrichir, de façon
singulière, la profusion du genre”

sence brute par des ambiances immersives (Cosmonaut), il ne perd en rien la
finesse de ses volutes spiralées dont les extraordinaires InsideSong, Birth of
Aphrodite et Heavy Dance sont des exemples stupéfiants.
La technique inventive de Perret apporte des fondements solides à un
nouveau type de jazz, ce qui lui permet d’enrichir, de façon singulière, la pro-
fusion du genre. Déjà attendu à la fin de sa dernière collaboration avec The
Electric Epic, il ne sera que mieux plébiscité après une expérience solo aussi
convaincante. D’inspiration multiculturelle, héritier porteur d’un cosmopolit- FREE (Compagnie Electric
Epic) Dans son nouvel album
isme musical, il semble être également un pionnier aventureux, futur socle « Free »,
Guillaume Perret nous dévoile
créatif de générations à venir. l’essence de sa musique.

Plus d’informations sur Guillaume Perret : http://guillaume-perret.fr/ ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 47
https://tropare.bandcamp.com/
50 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

CHRONIQUES ALBUMS & Singles

NOTRE COUP
DE Coeur
“la nuit
SE LèVE” AL’TARBA le grand retour
Al’Tarba, un beatmaker qui s’écoute, se conte
et se raconte. En crew (avec Droogz Brigade) comme
en solo, le toulousain est de ceux qui s’étendent en bon,
en barge et surtout en travers. De l’arbre du hip hop,
il en constitue l’une des branches les plus tordues.
Tout comme l’est son imaginaire sonore et visuel empli
de pop culture gore imbibée d’hémoglobine.
Son album à venir, La Nuit se Lève, n’est pas pour
nous rassurer sur la haute teneur en violence poétique
de son subconscient saturé. À nos risques et périls,
peut-être… pour notre plus grand plaisir, définitivement !
Jonathan Allirand

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il suffit de télécharger
une application de
lecture de QR Codes.
D’ouvrir l’application et
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et l’application lance
l’écoute de l’album.
ALBUMS

Date de sortie :
Date de sortie :
03/03/2017 Date de sortie :
31/10/2016
Durée : 00:47:25 27/02/2017
Durée : 42 min
Nationalité : Durée : 40 min
Nationalité : FR
FR Nationalité : FR
Styles : Jazz / Noise /
Styles : CREEP HOP Styles : experimental
EXPERIMENTAL /
HIP-HOP / ELECTRO RAP Electro /Ambiant
JAZZ ROCK
ELECTRONICA

AL’TARBA MONDKOPF Alfie Ryner
LA NUIT SE lève (I.O.T. RECORDS / Atypeek MUSIC) They fall but you don’t (In Paradisum) WHAT’S WRONG
Quand au premier plan apparaît un type encapu- Actif depuis plus de dix ans, Paul Régimbeau a (les productions du vendredi/ Atypeek)
chonné affublé d’une batte et d’un veston aux toujours eu une approche ouverte et quelque peu Du morceau spoken word sombre et déconcertant
couleurs d’Orange Mécanique… Quand ce même mutante de la musique électronique, aimant à se qui ouvre What’s Wrong s’annonce le ton de l’album.
type se dirige vers une ville surmontée d’une renouveler et à essayer sans cesse de nouvelles Caractérisé comme du “Jazz Trash” par le quartet
créature nanardesque…On est en droit de penser, choses. Le virage est plus grand que jamais avec Toulousain, c’est une musique schizophrénique que
dès la pochette d’album, que le propos ne va pas ce cinquième album paru le 27 février, de loin son délivre Alfie Ryner sur ce quatrième opus, un album
manquer d’animation. À plus forte raison si le titre meilleur. Exit les influences IDM, techno et electro, qui captive et qui hante avec son atmosphère oni-
de l’opus est La Nuit se Lève et que l’auteur en est le compositeur en revient à une forme épurée,
rique et déstabilisante de film Neo-noir surréaliste.
Al’Tarba. La nuit sera-t-elle aussi agitée qu’un soir instinctive et minimale dans son utilisation des
de purge dans American Nightmare ? synthétiseurs. Un ambient noir cosmique quand Dans la lignée de King Crimson et Mahavishnu
il n’est pas franchement inquiétant et funèbre. Orchestra, le groupe nous livre un cocktail expéri-
mental de sonorités mêlant modernisme et ambi-
AL’TARBA ©DR

Les six pièces sonores ont été composées comme
un requiem divisé en cinq actes, puis un finale. ance vintage aux couleurs du rock progressif, de
Tout a commencé la nuit du 13 novembre 2015, la musique ambiante, du jazz ou encore du métal.
lors des attentats à Paris. Démuni face à l’horreur, Avec ses rythmes saccadés et ses tirades extatiques
le musicien se met à improviser cette nuit même et exaltants de saxophone, l’aptitude technique du
pour explorer son ressenti, alors que de nouvelles groupe n’est plus à prouver. Ceci dit attention ; sans
machines stagnaient chez lui depuis des mois. De pour autant être timide sur ses influences, What’s
cette session est né le premier morceau du disque, Wrong est un album qui réconcilie le signifié avec
une lente procession spectrale très mélancolique le signifiant du vocabulaire Jazz, s’écartant de toute
et très chargée en émotions. Tout le reste a été démonstration superflue de virtuosité.
Il faudra composer avec une menace aux multiples composé ainsi, dans l’improvisation nocturne et les
visages se déclinant sur des strates de beats hip La place centrale se voit ici accordée au ton et à
expérimentations avec le matériau électronique,
hop-electronica aussi mélodiques qu’inquiétants et un peu comme un journal intime, une musique la narration, portée par un rythme maîtrisé et une
intrigants : Welcome to Fear City, chœurs entêtants de brute conditionnée par la lune et le silence. Les mise en scène cinématique. Dissonances, voix
Ripped Eye, scratchs acharnés de Starship Loopers. voix sont fantomatiques et éthérées, les synthés chuchotées déconcertantes, atmosphères ten-
La lumière incertaine qui les baigne se situe entre souvent glacés et climatiques. Chaque titre tourne dues et rebondissements à contretemps viennent
l’éclat éteint d’une lucarne lunaire et un appel vain autour de motifs mélodiques lancinants, des boucles désorienter l’auditeur immergé dans cet étrange
au soleil. La nuit résonne de toute son explosion gore enveloppantes qui évoquent des paysages mentaux. univers imprévisible.
(Now More Fighting), de toute sa tristesse rongeuse Les rythmes ont totalement disparu pour laisser Les titres respirent au rythme des montées et
(On the Prowl) et de tout son espoir sous-jacent : place à ces plages hantées par la mort. Le deuil et retombées de tension et maintiennent un ter-
« La nuit, le ridicule devient audace » sur La Nuit l’immensité, soulignés par l’artwork du disque. Une rible suspense chez l’auditeur, les crescendos
se Lève. Al’Tarba ne s’embourbe pas dans un format immersion totale dans les sentiments et la beauté. À aboutissant sur des explosions extatiques et
caricatural grindhouse. Plutôt que de se concentrer écouter très fort. majestueuses comme sur Some Black ou encore
sur un spectacle de fureur, Il n’hésite pas à revenir
posément aux racines Soul du rap afin d’explorer le I
✎ Maxime Lachaud http://urlz.fr/53o4 I am the Mountain.
mystère de cette Nuit : She’s Endorphin’s. La Nuit Vous l’aurez compris, What’s Wrong est un album
MONDKOPF ©DR

se Lève, album cinématographique par essence, qui maîtrise son discours et son univers qui prend
laisse alors en suspens deux questions fécondes un malin plaisir à nous alièner sans jamais nous
qui correspondent respectivement à un préquel et perdre. Majestueux et ténébreux, les 7 titres qui
à une suite à l’opus présent : Comment le jour s’est composent What’s Wrong dépeignent avec grande
AL’Tarba ©DR

éteint ? Que se passe-t-il après la nuit ? À suivre sur dextérité un univers riche et nous offrent une ex-
platine ou sur écran ! perience aussi captivante que déroutante.
I
✎ Jonathan Allirand http://urlz.fr/53nZ I
✎ Robin Ono http://urlz.fr/53o9

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 51
ALBUMS

Date de sortie :
Date de sortie :
07/04/2017 Date de sortie :
31/07/2016
Nationalité : DE 23/09/2016
Durée : 00:19:34
Styles : Durée : 00:40:23
Nationalité : DE
Electronic / Nationalité : US
Styles :
Industrial / Styles : MATH Rock
Rap / Trip-Hop
Darkwave

Mank Down TE/DIS Interrogation Gloom Giraffe Tongue Orchestra
Thred EP (Atypeek Music) (Galakthorrö) Broken lines (Party Smasher Inc)
Mal être diffus, mal aise palpable. A se sentir étrange Le EP Black Swan (2013) puis le premier album Musicalement, le projet fait plus que tenir la route car
dans son corps et étranger à son propre être. Au Comatic Drift (2014) avaient fait de ce one-man- il procure des frissons. Enfin, à condition d’avoir un
sein de Thred, l’EP de Mank Down, le trip hop est band allemand une valeur montante de la scène penchant assumé pour le rock alternatif estampillé
moins une envolée légère au cœur d’un monde angst pop, bien dominée par le label Galakthorrö. nineties parce que ça se situe plus autour de The
aérien qu’une déconnexion post-traumatique, trouée Avec une électronique glacée, fantomatique et Mars Volta vs Alice In Chains que dans le fracassage
magistrale dans un électroencéphalogramme plat. granuleuse, Te/Dis - abréviation de Tempted Dis- The Dillinger Escape Plan, le matraquage Mastodon
Le duo vocal clair-grave offre aux curieux de son sident - s’inscrivait, à l’instar de Herz Jühning ou ou le métal à l’ancienne de Dethlok. Grains de
monde malade un bain de basses acides survolées Distel, dans un héritage cold wave et industriel folie, plans aventureux, chants et mélodies ultra
par une langueur rocailleuse. Les voix développent qui aurait retenu les leçons apprises avec les prenantes, son aux petits oignons, rythmiques en
dans la lenteur leurs déclamations traînantes. Le premiers disques de The Klinik ou d’Echo West béton, à tous les niveaux, Giraffe Tongue Orchestra
tempo de flow est établi dès le début du morceau période Signalisti. Le son reste sensiblement le c’est du costaud. Et le charme opère immédiate-
et se stabilise, implacable, jusqu’à la fin, figé dans même avec ce second long format : douze titres ment grâce à la présence monstrueuse de William
une glace inquiétante aussi froide que la réalité froids et torturés, où le chant grave typé Ian Curtis DuVall, on le savait très bon pour s’être intégré à
relatée. Les performers masqués, témoins impassibles (Joy Division) ou Patrick Leagas (Sixth Comm/Death AiC, on l’a découvert exceptionnel sur scène, ici,
de faits bruts, mâchent des mots qu’ils brassent, in June) domine des atmosphères mystérieuses et il nous surprend à faire encore d’autres choses,
machines de verbes réduits à une information plombées. Pourtant, il y a chez Te/Dis une dimen- avec “son” ton et pas celui emprunté à un autre,
d’émetteur à récepteur renforcée par le morse des sion mélodique, romantique, qui pourrait rendre le contre chant plus lourd apporté par Brent Hinds
boîtes à rythme. Seul Circuit voit l’intensité de son le projet accessible à des amateurs de synthpop sur quelques titres donne encore plus de volume
tempo croître avant de retomber dans sa léthargie un peu moins sinistre. “Two of a Kind” et “Reen- à l’ensemble, même la venue de Juliette Lewis
initiale, blues de robot neurasthénique en plein actment Scenario” en sont de bons exemples et (“Back to the light”) passe presque inaperçue. Les
court-circuit mental. Au cœur d’Hovercraft et de prouvent la capacité du musicien à écrire des zicos se font eux aussi plaisir avec des parties solo
Stray Dog, des notes de synthé aussi mal rangées chansons simples, efficaces, matinées de douce bien inspirées qui se calent parfaitement dans ce
que dérangées débarque à l’improviste avec un tel mélancolie. Ce n’est pas Depeche Mode, mais il y maelstrom d’idées cohérentes. Le “super groupe”
sens du timing qu’elles semblent avoir accompa- a quelque chose de définitivement fédérateur dans sur le papier l’est donc aussi sur disque (et forcé-
gné le morceau tout du long. Une menace plane, ce genre de morceaux. “Image of a Phantom”, avec ment sur scène). Perfect.
louvoie, son envol est lourdeur et est relayée par
des titres comme Hide and Seek, Look Back Twice
ses synthés qui ondulent, révèle aussi une facette
plus dansante et directe qu’à l’habituée. Pour le
I I
✎ Oli www.w-fenec.org http://urlz.fr/53oj

dans lesquelles ne reste parfois audibles que la reste, le travail rythmique, bien que porté sur les

Giraffe Tongue Orchestra ©DR
dimension percussive. Réussite complète pour Mank sonorités métalliques/industrielles (“Dead Ember”),
Down qui déroule, avec talent, sa capacité à planter est assez personnel et contemporain pour ne pas
sur chaque track une série d’ambiances sombres faire tomber Te/Dis dans la nostalgie des sonorités
aussi mystérieuses que fascinantes. eighties. L’électronique peut passer de résonances
I
✎ Jonathan Allirand http://urlz.fr/53od brumeuses à des couinements et interférences
analogiques beaucoup plus délirantes, tout en ne
s’éloignant jamais vraiment de l’esthétique noir et
Mank Down ©DR

blanc : “Present life seems grey and cold”, il nous
est dit sur le titre “Dissection”. Malgré l’aspect
monocorde et un peu détaché du chant, les senti-
ments sont mis à nu, dévoilant des états souvent
dépressifs : “lowest self-esteem”, “emotional
outcast”… L’intimité se révèle, noire et troublante
comme une procession de spectres.
I
✎ Maxime Lachaud http://urlz.fr/53og

52 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
ALBUMS

Justice ©DR
Date de sortie :
01/04/2016 Date de sortie :
Durée : 00:32:22 18/11/2016
Nationalité : NO/US Durée : 00:54:13
Styles : Alternative / Nationalité : FR
Experimental / Styles : ELECTRO
Avantgarde

Kaada/Patton Justice
Bacteria Cult (IPECAC RecORDINGS) Woman ( Ed Banger Records - Because Music )
Bien qu’il s’agisse du second album et troisième sortie Tapis rouge pour le dernier album de Justice : Woman.
pour le duo rassemblant le compositeur Norvégien Il y a une dizaine d’années, le duo électro Gaspard
John Erik Kaada et Mike Patton, l’annonce de la sortie Augé- Xavier de Rosany venait restaurer le parquet
de Bacteria Cult a su susciter sa part d’interrogations. usé de nos dance-floor affadis par une avalanche
D’ores et déjà, 12 ans séparent cet effort studio de d’autotunes douteux. Loin de s’empâter dans des
son prédécesseur, constat auquel s’ajoute la part strates robotiques vaseuses, Justice apportait et
de mystère qui entoure tout projet implicant le apporte toujours ce goût unique de la bringue
chanteur Mike Patton, artiste éclectique et lunatique dans sa plus sémillante forme comme le souligne
à la carrière accordant très peu de place à la redite. le disco-dance de Safe and Sound chargé de slaps
Successeur éloigné de l’excellent Romances, Bacteria de basse. Le feu de la fête...mais pas que. L’agitation
Cult se distingue de ce dernier avec des titres plus immodérée...mais pas que. L’album s’écoute aussi
concentrés et un brin moins excentriques, la marque bien dans un style posé-réfléchi (Pleasure) que
de Patton se faisant plus discrète. Le registre du dans une attitude clubbing-destroy (Heavy Metal).
Son électro est un trésor de superpositions sonores
chanteur reste ici principalement focalisée sur son
prenantes, assemblage de beats catchy qui match
ton de fausset qui accompagne l’instrumentation
sans crash. Chaque cellule mélodique appelle à
orchestrale de Kaada, qui revient en force grace
l’admiration dans son autonomie autant que dans son
à la participation de l’orchestre symphonique de
interaction avec les autres. Les liens tissés mettent
Stavanger. Plus grandiose et cinématique, l’album à jour une véritable culture musicale et un amour
n’est d’ailleurs pas sans rappeler le projet Fantômas profond de ce qui unit la diversité des pulsations.
de Patton. Bacteria Cult se rapproche d’une bande Randy : fort de son départ punk électronique, de
originale d’un film riche en codes et références hé- son couplet rock mécanique et de son refrain pop
téroclites rassemblés en un ensemble cohérent; la magnifiquement interprété par Morgan Phalen, ce
trompette et la guitare nasillarde et réverbérante sur super tube a tout d’un futur standard du genre. Les
Black Albino font écho au Western et Ennio Morricone, uns diront : « trop poppy ? » Les autres opposeront
tandis que le ton envoûtant et féérique de A Burnt un : « trop boomy ? » ou encore un : « trop heavy
out Case ou Dispossession touchent au registre du ? » Les reproches contraires sur le « trop » sont
conte. Ensorcelant et un brin étrange mais soutenu parfois gage de qualité et la ligne zigzagante qu’ils
dans son excentricité, Bacteria Cult est un album dessinent n’est autre qu’un chemin élégant par
expérimental mais accessible et facile d’écoute. lequel une musique fait fusionner les tendances.
Les compositions sont linéaires dans leur structure Dans ce cas précis, le classieux « s » se moule sur
comme pour une bande originale mais relativement la courbe du J de Justice.
“standards” en terme de format et durée. Moins
présent, on pourra reprocher le rôle quelque peu
I
✎ Jonathan Allirand http://urlz.fr/53ot

JUSTICE © DR
secondaire de Patton sur certains moments, qui
se montre par la même occasion moins ambitieux
et créatif dans sa performance. Plus soutenu que
son prédecesseur, Bacteria Cult reste très agréable
à l’écoute, porté par l’ambition des arrangements
et des orchestrations des John Kaada, ces derniers
éclipsant quelque peu la performance du chanteur
de Faith no More.
I
✎ Robin Ono http://urlz.fr/53oo

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 53
ALBUMS

Date de sortie :
31/01/2017
Nationalité : FR Date de sortie :
Durée : 00:09:11
Styles : 2016
Nationalité :
mathcore / Nationalité :
FR
experimental / EN
Styles : Electro /
hardcore Styles : ambient
EXPERIMENTAL /
IMPROVISATION

Emboe The Butcher’s Rodeo Simon Fisher Turner Giraffe
Aléa - Part 4 EP (Atypeek Music) Backstabbers (AT(h)OME) (Editions Mego)
Alea – part 4 : La fin du voyage, quatrième et dernière Si The Butcher’s Rodeo avait montré pas mal de Simon Fisher Turner travaille le son comme on étale
étape du périple d’Emboe. Avec “Time to get Erased”, talent avec son EP Ghosts in the weirdest place, le pinceau sur une toile, débusquant l’insondable
“Somebody in the Clouds” et “Wicked Lovers”, cela ce premier opus dépasse les espoirs qu’on pouvait pour évoquer le merveilleux, jouant avec les pig-
fera 12 titres au total, tous différents mais finalement placer en eux. Production impeccable (peut-il en ments pour offrir des œuvres abstraites à la beauté
tous unis par la même volonté créatrice d’explorer être autrement avec Francis Caste qui a déjà soi- parfois glaçante.
des territoires électroniques dévastés par les mèches, gné celui de Zuul FX, Kickback, Hangman’s Chair, Acteur et compositeur stellaire, ayant composé des
les casquettes et les chemises à carreaux, la vodka Cowards, Mur, Flying Pooh…), artwork réfléchi musiques de films, dont celle pour Nadja, produit
red bull et le poppers, les platformboots, les mecs jusque dans ses déclinaisons (bravo Alex Diaz du par David Lynch, Simon Fisher Turner est un artiste
qui se font appeler Antho, Mat ou Vince. Spaniard Studio déjà à l’œuvre pour The Prestige, au parcours bien rempli, commençant sa carrière
En fait, ce que réalise Emboe a une forme d’utilité Merge, Doyle Airence…) et douze compos en béton. dans des groupes comme The Gadget avant de
publique. Il s’agit de refaire comprendre aux “gens” On embarque avec “Setting sails” et un conseil, rejoindre The The, travaillant aux côtés de Derek
(mettez qui vous voulez dans le sac) qu’il ne suffit ne monte pas trop le son sur cette intro, elle est Jarman. Auteur de plusieurs albums sous les noms
pas de se pointer en soirée avec une clé usb et une toute douce mais la suite risque de te déboîter de Simon Turner ou The King Of Luxembourg, Simon
veste Versace portée sur un jean élimé pour être les tympans. Chant éraillé, sonorités plombées, Fisher Turner est dans une recherche constante de
riche à millions. Je voulais dire quoi déjà ? L’Electro, climats viscéraux, bousculés par des torrents de
oppression des riffs, gradation dans la tension qui
c’est comme tout, comme le Rock, comme le Rap, beauté nuageuse.
débouche sur un temps bien plus serein, en moins
l’ordinateur ne confère aucun talent, mais si Emboe de quatre minutes “Little death” dévoile toute la Giraffe est un le résultat d’un travail étalé sur 8 ans,
mixait en réesoi, j’irai. Parce que peu importe le sup- richesse instrumentale du combo et Vincent en récoltant et accumulant les field recordings pour
port, le style choisi, ce qui compte c’est l’émotion qu’il a encore sous la pédale puisqu’il ne dégaine ses en offrir un champ de possibilités aux ramifica-
y a à faire passer. Emboe, lui, il est à l’écoute. Peu tions infinies. Œuvre de sound design se voulant le
premières véritables mélodies accrocheuses que
importe que ce qu’il a à écrire doive passer par des reflet d’une certaine réalité déformée ou amplifiée,
sur “Conundrum”. “Nelson’s folly” porte, lui, bien
plages de bruits abrutissants, des beats, une guitare Giraffe parcourt le monde, redessine le visible pour
son nom, le titre est chaotique au possible, ça bas-
ou des claviers : il prend l’instrument adéquat. Et en offrir une vision enfouie dans les mémoires et
tonne dans tous les sens, les boulets et les balles
c’est à ça que l’on peut reconnaître les vrais artistes, l’imagination. Hypnotique.
fusent comme à Trafalgar et ce n’est pas le banc
lorsque le fond l’emporte sur la forme, que toutes les
facettes de la personnalité s’homogénéisent dans le
de sable sur lequel on finit par s’échouer qui nous I I
✎ Roland Torres http://urlz.fr/53oK http://urlz.fr/53oJ

climax instrumental. C’est pas clair ? Putain, pour moi sauvera de la sauvagerie ambiante (“Redemption

Simon Fisher Turner ©DR
non plus. J’aime Emboe pour ses capacités constantes cay”). L’espoir d’un peu de répit vient du navire
de renouvellement. de sa Majesté où, là encore, les riffs tourbillonnent
jusqu’à notre entrée dans l’œil du cyclone, calme
“Wicked Lovers” est tellement beau, il mériterait une
plat. La machine à riffs se remet en marche avec
voix de déesse, des cordes vocales bonnet E qui te
“The legacy” jusqu’à l’étouffement auditif, The
branlette espagnole les tympans parce que le rythme
Butcher’s Rodeo maîtrise totalement son sujet. S’il
est langoureux, parce que le tempo est chaloupé,
faut un faible tirant d’eau “In the shallows”, il faut
parce que ce titre est incroyablement cool.
être bien accroché, car ça secoue, hardcore, rock,
Ce dernier EP conclut superbement une quadrilogie
screamo, math, on est lessivé par les influences
ambitieuse mais qui aura tenu toutes ses promesses.
compactées, “Good fuckin’ luck” pour faire le tri,
Impossible de savoir ce que fera Emboe au prochain
on est de nouveau proche de l’épuisement tant le
coup, je le sens capable de tout. De jouer du Grind,
morceau est intense. Une plage de repos plus tard
de tenter l’expérience Hip-Hop, de produire une
(“The devil of the wind”), le final nous assomme
chanteuse Pop, c’est ça qui est génial dans la liberté
définitivement.
de ton du bonhomme.
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✎ Arno Vice www.xsilence.net http://urlz.fr/53ow I I
✎ Oli www.w-fenec.org http://urlz.fr/53oE

54 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
ALBUMS

Date de sortie :
Date de sortie :
30/11/2013 Date de sortie :
04 /11/16
Durée : 00:37:08 2017
Durée : 27 min
Nationalité : FR Nationalité : US
Nationalité : US
Styles : DRONE / Styles :
Styles : grunge /
EXPERIMENTAL / Garage Rock
metal
METAL

Pore Ty Segall Tad
Dorsale (Atypeek Music/Permis De Construire) Ty Segall (Drag City) God’s Balls (Deluxe Edition) (Sub Pop)
Si Davy Jones Locker bénéficie encore d’une belle Vous vous souvenez de Manipulator ? Oui, forcé- 1987, Seattle, une figure de la scène rock locale bosse
aura dans le milieu Indé, et à juste titre d’ailleurs, ment. C’est ce moment où Ty Segall avait décidé dans son coin, il s’appelle Tad Doyle, il est boucher
je trouve le projet solo de David Valli bien plus de s’approprier une bonne partie des derniers qui, et son quintal ne passe pas inaperçu. Il apporte
fascinant. jusque-là, étaient parvenus à résister son charme. ses démos au studio Reciprocal où Jack Endino a
C’était alors une synthèse parfaite du talent du enregistré le Screaming life de Soundgarden et le
Dans Pore, tout respire le minimalisme industriel :
bonhomme. Une énergie vorace, un sens affûté de Dry as a bone de Green River. Un single composé
la photo, le nom des titres, de l’album, du groupe, de deux titres, “Ritual device” et “Daisy”, sort chez
la mélodie qui tue et une pointe de sensibilité déjà
la musique, tout est caractéristique d’une époque Sub Pop, le label local qui a signé les deux groupes
démontrée dans l’étonnamment apaisé Sleeper.
où “Métal Industriel” ne signifiait pas d’adopter un précités et qui, en ce 1er août 1988, sort également
Et puis, après être parvenu à concilier les fans de
look Cyber Punk ridicule pour plaquer trois accords un single de Mudhoney. La mayonnaise prend et
la première heure tout en séduisant de nouveaux
sur sa guitare en arborant un visage grimaçant ils retournent en studio pour enregistrer un premier
adeptes, Ty avait décidé de tout balancer aux or-
derrière un masque à gaz. album qui sort en mars 1989 : God’s balls. Cet album
ties. Sur Emotional Mugger, il faisait plus de bruit
Ces trucs-là, c’est le décorum moderne qui cache que jamais pour la plus grande joie de certains était devenu une rareté quasi introuvable, comme
trop souvent de la merde en barre, des mecs qui vieux fidèles mais au grand dam d’autres (dont je les autres disques Sub Pop, ils sont aujourd’hui
kiffent l’esthétique SM et qui doivent apprécier de suis) déplorant que l’excès d’énergie, la volonté réédités. En bonus sur ce premier album cultissime,
se mettre un doigt dans le cul après une soirée d’en foutre partout eût nui à l’efficacité de ses on a le fameux single et même une version démo
tofu – vodka caramel, parce que c’est samedi et compos. Un an après, Ty Segall revient, flanqué de “Tuna car”. En plat de résistance, on a donc
qu’on fait les fous. Ceux-là on n’en parle pas telle- de son équipe habituelle (Mootheart, Cronin…), et cette première œuvre de Tad avec ce chant gueulé
ment ils font pitié. délesté de King Tuff présent sur Emotional Mugger. souvent mal tenu, une batterie sur laquelle on
Après cette parenthèse désenchantée, le voilà avec frappe fort, des riffs hachés, un son de distorsion
Dans les 90’s, faire du Métal Indus, cela avait un
la véritable suite de Manipulator. C’est-à-dire du bien crade, bref, une collection de titres pas sexy
sens, une esthétique sociale de prolo encagé dans
garage tantôt versant punk tantôt versant folk, pour deux sous, carrément poisseux, ni à du punk.
l’urbanité délirante. Et que tu t’appelles Godflesh, En 1989, le mot à utiliser est celui qui colle à la
mais toujours délicieusement pop. Donc le Ty récite
l’influence la plus évidente de Pore, Treponem Pal, peau de Green River : grunge. 15 jours après avoir
ses gammes. Mais après l’ouverture classique et
Proton Burst ou M. Pheral, il était inconcevable de édité un split single Tad/Pussy Galore, le 15 juin Sub
efficace (« Break A Guitar », bien fuzzy comme il
pratiquer ce style pour la hype. Pop met sur orbite un autre groupe qui sort aussi
faut), le menu se révèle bien copieux. « The Only
C’était sale, répétitif, hypnotique et je crois qu’en One » et ses grattes indomptées qui n’en font qu’à un premier album : Nirvana qui est allé enregistrer
France c’est bien David Valli qui a porté le concept leurs cordes, l’épique « Warm Hands (Freedom Bleach chez Endino… Et tout ce que tu entends sur
jusqu’à son extrême. Returned) », véritable morceau de bravoure. 10 ce Bleach est déjà sur God’s balls, certes Tad n’a
Seul avec sa guitare et des machines, Dorsale s’écoute minutes sous le capot. La punkette « Thank You Mr. pas un “About a girl” pour draguer mais pour le
aujourd’hui avec le même esprit de déshumani- K », la folk « Orange Color Queen » qui sonnerait reste, on en est assez proche. Non, le groupe de
presque comme du Elliott Smith sur son refrain. La Kurt Cobain n’a rien inventé… Pouvoir facilement se
sation qu’en 1992. Ni le style ni le propos n’ont
très pop « Papers », avec même du piano dedans ! procurer ce premier opus de Tad aujourd’hui permet
vieilli pour qui aime l’épuration maximale (un ou
Le père Segall se transforme même en vieux briscard donc de remonter le temps et de se replonger dans
deux riffs par titres), les mids tempos agressifs et
du blues (« Talkin »)… Il y aura toujours matière à une époque et une ambiance particulière, de revivre
cette approche musicale tellement représentative
pinailler, à dire que le Ty est ici parfaitement calé le tournant des années 90 avec ces jeunes groupes
des années 90.
dans ses souliers faisant exactement ce en quoi il qui ont enterré les années 80 et transformeront
Bien sûr Dorsale est un disque répétitif, dénué de excelle (c’est-à-dire à peu près tout, vous l’aurez bientôt le monde musical sans forcément le vouloir.
mélodie mais son atmosphère est unique (“Radius”) compris). Si on veut faire preuve d’un minimum Cette réédition est un petit miracle. Parce que oui,
et, au final, lorsque ce style est joué ainsi, je crois d’objectivité, on signalera que son domaine de les beuglements de “Behemoth”, les déchirements
que c’est l’un de mes favoris : inexorable, dénué prédilection, reste de faire de sacrés bons albums. inaudibles de “Cyanide bath” ou la pseudo-mélodie
d’âme, ne visant qu’à exprimer froideur et vide. Et en voici un de plus. de “Hollow man” font partie de l’histoire du Rock.
I I
✎ Arno Vice www.xsilence.net http://urlz.fr/53oR I I
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✎ Oli www.w-fenec.org http://urlz.fr/53pW

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 55
ALBUMS

points communs avec ses deux prédécesseurs et
Date de sortie : pourtant tout l’y ramène. Il y a vraiment une logique
Date de sortie : lorsqu’on écoute les trois à la suite. L’électro, sur
28/02/2017
20/01/2017 Artisan, a tout envahi mais n’a pourtant pas effacé
Durée : 00:34:48
Nationalité :
Nationalité : FR le reste. La guitare reste angulaire et on retrouve
FR
Styles : electronic / bien la syntaxe si particulière du groupe. La voix,
Styles :
french electro / jusque-là pleine de morgue et un brin déshumanisée
ELECTRO / Indie
INDEPENDANT à certains moments, à poil et presque susurrée à
d’autres, a laissé tomber le mégaphone et avance
désormais sans artifices. Stigmate d’un très prolixe
Margaret Catcher HEMS ARTISAN (Atypeek Music) monologue intérieur, elle balance ses mots taillés
Singularity (Pied De Biche /Tandori / Atypeek) On ne saurait trop dire ce que l’on entend. Post-punk au scalpel sur un ton généralement monocorde et
J’avais découvert ce duo particulier par le biais de singulier ? Électro balbutiante ? New Wave déviante ? désabusé. Le climat général s’est largement apaisé
Güz II, avec qui ils avaient fait tournée commune. Une forme de blues occidental et urbain ? Un peu mais les morceaux n’en restent pas moins étranges.
Bien épaté par ce duo basse/batterie/vocoder, et tout ça et bien plus sans doute. Peu importe, ce Tour à tour résignés (Tu L’Auras) ou plus écorchés
surtout très intrigué par la bague magique de Xa- que l’on sait, c’est qu’Artisan va nous accompagner (Ma Carte À Puce ou Statique), en permanence
vier qui émettait des sons à l’envi, sans que j’en longtemps. Et donc, il y eut Hems. Passé sous les coincés dans un clair-obscur particulièrement
comprenne le fonctionnement. Il avait bien tenté radars de l’époque - 90s’ balbutiantes, mais admin- chiadé, ils parcourent le bitume sans but précis
de m’expliquer cette magie autour d’une bière au istrant une belle claque aux quelques oreilles qui mais avec élégance et dessinent un itinéraire urbain
Petit Bain, mais comme ce n’était pas la première s’y arrêtèrent. Pochette rose bubble gum, une vis abstrait sous un ciel de traîne lourd et poisseux. La
je vous avoue n’avoir pas tout saisi. D’un côté c’est ronéotypée en plein milieu. Plus ou moins ce que balade est sombre, les idées rejoignent le moral
pas plus mal, c’est toujours bien de garder un peu provoquait le disque. Noise rock déviant qui payait dans les chaussettes et le propos tranche avec
de mystère, comme quand on voit Yasuko Onuki de certes le tribut obligatoire à son époque mais n’en une musique pour le moins sèche et introvertie.
Melt Banana agiter son espèce de dictée magique restait pas moins ultra-personnel. Ça s’appelait Certes, Hems a lissé ses échardes et abandonné
miniature lors des concerts. Après un premier Ep en Idreamtiwasmyowncage et ça s’insinuait dans ses banderilles soniques mais les morceaux, ainsi
2012 (“2 guys 1 CPU”, en référence à ce que vous l’encéphale à grands coups de tournevis tête plate. mis à nu, résonnent encore d’une trouble et morne
savez) deux autres en 2015, voilà donc Singularity, Plus tard vint Lourd Comme L’Air et déjà, le groupe vibration étonnamment palpitante. La basse s’en va
le tant attendu premier album de Margaret Catcher. était ailleurs. L’électro, déjà présente, s’insérait plus souvent explorer les tréfonds, à l’image des ondes
Le ton est donné dès le premier titre, on est comme avant dans l’équation et apportait son souffle malsain. moribondes habillant le très ténu Comme Tombé Du
dans un croisement improbable, quelque part entre L’air encore plus irrespirable, oppressant alors même Ciel par exemple, l’ossature synthétique semble la
une B.O. fantasmée de 2001 l’odyssée de l’espace, que les compositions desserraient leurs mailles. plupart du temps à l’agonie mais refuse pourtant
mais dans l’esprit du Batman de 1966. On visualise La même couleur uniforme en arrière-plan, le rose de capituler et tatapoume/tintinnabule à qui mieux
bien une filature peu discrète en batmobile “Emer- cédait devant le gris accablé, la même iconographie mieux (Écarte-Toi en ouverture, La Nuit Noire plus
gency”, une rencontre avec des robots dansant le ronéotypée si ce n’est que le dessin bleu laissait loin ou encore Ma Carte À Puce), la guitare recouvre
smurf sur “New Transe” ou une scène de bagarre ici sa place à quelques lettres noires. Mais c’était l’ensemble de sa belle élégance. Elle ne s’énerve
en collants sur “Zouki Zouki”. Avec ses sonorités cohérent et ce fut la fin. Ça aussi, c’était cohérent. jamais mais construit un réseau sec et hypnotique
parfois proche des jeux vidéos (le bien nommé “Alex La trajectoire était bien celle d’une implosion et dans dont il est bien difficile de s’extirper. C’est tout à la
Quid”), ils se jouent des conventions et assimilent une sorte de Big Bang à l’envers, Hems avait fini fois très cérébral et complètement spontané, Hems
d’une certaine manière le math rock, le punk & un par se recroqueviller en lui-même. Fin de l’histoire, taille à la serpe dans l’écorché et pose ses tripes
second degré évident, qu’on pourrait ranger dans la deux témoignages sonores qui réintègrent encore la sur la table jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un
case fun-punk tant leur musique peut faire vriller le platine aujourd’hui et le petit culte personnel tenace squelette dont la force demeure pourtant intacte.
cerveau le plus terre à terre, pour peu qu’il se prête qui leur est associé. On ne savait pas grand-chose Cette fois-ci, c’est le noir qui habille l’arrière-plan.
au jeu. Un dernier interlude et ils nous proposent du groupe. Tout au plus qu’il venait de Thionville et Une croix rouge s’en détache en même temps que
une revisite de “TER”, beaucoup moins énervé que la qu’il comptait quatre membres : Alexandre Becker, les capitales d’imprimerie. Les pensées sombres et le
première version disponible sur l’EP du même nom, Pierre Kremer, Vincent Ramseyer et Manuel Tichy. sang, mis en exergue par une architecture chiche qui
mais pas moins intéressante. C’est pas simple pour C’est peut-être bien pour ça qu’on ne savait pas non suggère beaucoup. Ainsi, après Lourd Comme L’Air,
un groupe tellement visuel de transposer cette folie plus que Lourd Comme L’Air eut une suite. Enfin, pour Hems était loin d’avoir tout dit et quels que soient ses
douce sur disque. Sur Singularity, on a l’impression tout dire, personne ne l’a su et l’histoire d’Artisan habits, il restait également pertinent. On ne saurait
qu’ils le font sans vraiment se poser de questions, est un brin rocambolesque. L’album fut perdu puis trop remercier Atypeek Music d’avoir exhumé cette
on sent bien les titres créés sur scène mais ils pas- retrouvé bien après dans les archives du studio perle bien noire qui, un paquet d’années plus tard,
sent haut la main le passage sur disque, une belle où il avait vu le jour, produit par Yves Baudhuin garde la même pertinence. Très actuel, Artisan s’en
occasion de découvrir ce duo de rock augmenté, (aka Duke, des industriels belges Noise Gate) qui va rejoindre sans discussion possible ses deux aînés
histoire de vous donner envie de les voir en live, et y tient d’ailleurs la basse à l’occasion puisqu’à sur lesquels le temps ne semble avoir aucune prise.
de découvrir les secrets de cette bague magique... cette époque, Alexandre Becker est déjà ailleurs. Magnifique.
I I
✎ X Lok www.xsilence.net http://urlz.fr/53q1 La mue s’est poursuivie. Artisan n’a que peu de I I
✎ Leoluce www.indierockmag.com http://urlz.fr/53q4

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 57
ALBUMS

Date de sortie : Date de sortie :
19/08/2016 06/05/2015
Date de sortie :
Durée : 33 min Durée : 33 min
14/10/2016
Nationalité : CA Nationalité : FR
Nationalité : NO
Styles : new rave Styles : RAP / breabeat
Styles : Noise Rock
electro dubstep / electronic
Experimental grime

Vitalic Voyager (Universal Music) Loan MoE
C’est le synthé buchla qui lance les festivités du In Space Time (I.O.T. Records) Examination of the Eye of a Horse
nouvel album de Vitalic aka Pascal Arbez-Nicolas. (Conrad Sound)
Peu sont les filles à donner dans l’electro hip hop
« El viaje » c’est une belle introduction que nous qui décoiffe, à l’image de Loan, véritable trublion On sait qu’ils sont Norvégiens, qu’ils sont trois et
offre l’artiste façon générique de série des années de la scène électronique hexagonale. Avec son qu’ils ne sont pas là pour enfiler des perles. MoE, le
70. Pas de doute la suite nous intrigue. Aux multi- nouvel opus In Space Time, elle nous convie à une nom du groupe est en fait le nom de la chanteuse
ples surnoms ; Dima, Hustler Pornstar, Vital Ferox, danse de Saint Guy virevoltante, où les rythmiques / bassiste Guro Skumsnes Moe, une véritable pos-
l’artiste dijonais est connu pour nous avoir fait secouent l’échine enrobée de basses percutantes. sédée, démente, envoûtante. Entre rock et metal
transpirer sur « Stamina », « Still » mais surtout Passionnée de danse (voir la vidéo ci-dessous), avant-gardiste à tendance noise et expérimental,
« You Prefer Cocaine » de son premier EP Poney. Loan puise dans les courants dubstep et grime pour ces Osloïtes pourraient être vos pires voisins, du
En guise de petite anecdote, ce nom d’EP n’est élaborer un missile dancefloor cannibal, poussé par genre de ceux qui déplacent les meubles à trois
pas anodin puisqu’il traite de la maltraitance des un carburant stimulant qui donne la furieuse envie heures du matin.
poneys dans les fêtes foraines. Ouais plutôt origi- de bouger du cul. Sombre et électronique, In Space Il ne faut pas être cardiaque pour écouter Examina-
nal… Place à ce nouvel opus à la pochette rétro- Time arrache les terminaisons nerveuses pour les tion of the Eye of a Horse, quatrième album de ce
futuriste clairement inspiré des années disco. On torsader autour de lignes synthétiques aiguisées power trio scandinave. C’est âpre, strident, velu,
y retrouve de multiples guests comme Miss Kittin, comme des scalpels, plongeant l’auditeur dans un
malsain, hargneux et décapant. Avec seulement six
David Shaw, Mark Kerr et bien d’autres. Voyager espace-temps résolument tourné vers le futur. À
morceaux pour trente-quatre minutes de musique,
est tout aussi efficace qu’une boîte de vitamine, écouter de plus près, on discernera certaines so-
MoE atteint l’objectif de mettre K.O son auditeur
mais beaucoup plus naturel. C’est l’heure de danser norités et percussions héritées de voyages tribaux
dès la première écoute. Parfois lent, sombre et
en apesanteur, de rêver en regardant les galaxies sur des terres ethniques oubliées. Aux côtés du
angoissant à la Jesus Lizard comme sur « Realm
perdues dans l’immensité du cosmos, avec « Hans saxophoniste Guillaume Perret sur Deep Journey,
elle envoie le jazz en orbite. Pour ne pas être en of Refuge », tantôt rapide et apocalyptique à la
Is Driving » en fond. Après deux ans de boulot,
reste, Loan s’est entourée d’une armada de MC’s Napalm Death comme sur « Paris », MoE racle le
l’artiste compose 10 titres quasi excellents. Disco
prestigieux, Antipop Consortium, Juice Aleem, Bang fond des tympans en maîtrisant son chaos sonore.
cosmique futuriste certes, mais on ne peut pas nier
qu’il frappe toujours aussi fort. « Eternity » en est On !, The Spaceape (disparu malheureusement il y Très bien ficelées, les compositions sont la résu-
un bel exemple, les premières sonorités peuvent a quelques mois), histoire de peaufiner un album ltante d’une véritable écriture mais aussi d’une
nous faire penser à « Cold Song » de Klaus Nomi. percutant, que l’on aurait imaginé sortir chez Big savante recherche stylistique et phonique. Les
Les hautbois et les clarinettes nous plongent dans Dada. In Space Time embrase tout sur son passage saturations sont étudiées pour siffler, saigner et
une légère mélancolie, un univers féerique, mais à avec sa production acérée, multipliant les pistes les expérimentations sur la voix ou sur les bruit-
3’13, quand on a l’impression que la chanson est et les carrefours, tout en gardant précieusement ages et autres larsens apportent à l’ensemble
terminée, c’est le moment de la décharge… suivie en tête la cime à atteindre, affolant les compteurs une dose d’hyperagressivité décadente. Tout cela,
de « Nozomi », inspiré grandement de Jean-Michel avec ses beats tentaculaires et ses plages instru- baigné dans une superbe production massive et
Jarre, ce titre ne nous laissera pas de marbre en mentales aux lisières du breakbeat et de l’abstrakt stridente dirigée par le guitariste Håvard Skaset,
live, les détenteurs de pacemakers pourront sûre- déstructuré. VITAL ! Examination of the Eye of a Horse se pose comme
ment survivre. Tout comme avec « Lightspeed », un
nouveau « Stamina » qui enflamme le dancefloor…
I I
✎ Roland Torres http://urlz.fr/53oK http://urlz.fr/53q8 un album extrêmement intense.
MoE est une énième découverte renversante.
LOAN ©DR

Plus apeurant, la voix robotique de Tristan Stans- Elle chamboule par bien des aspects les notions
burry nous répète en boucle « Sweet cigarette », d’harmonie et de mélodie et assène de grands
comme si cet oxymore faisait de la nicotine une coups de marteau dans le crâne tout en activant
douce sucrerie. Enfin on clôture l’ensemble avec les cellules nerveuses de l’auditeur. Sur la longueur,
une reprise féminine de « Don’t Leave Me Now » l’expérience peut s’avérer compliquée, renversante
avec Brenna MacQuarrie, une manière d’apaiser voire repoussante, mais après cela, au final, plus
notre esprit après l’avoir enflammé. rien ne sera comme avant.
I I
✎ A.B www.exitmusik.fr http://urlz.fr/53q6 I I
✎ Aleksandr Lézy http://urlz.fr/53qt http://urlz.fr/53qn

58 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
MIKKI BLANCO ©DR
Date de sortie : Date de sortie :
16/09/2016 25/11/2016
Durée : 37 min Durée : 00:34:03
Nationalité : US Nationalité : WORLD
Styles : Styles : Jazz / NOISE
QUEER / RAP NO WAVE / RAP
EXPÉRIMENTAL EXPéRIMENTAL

Mykki Blanco Anarchist Republic of Bzzz
Mykki (!K7) United Diktaturs of Europe
Il est certainement l’un des rappeurs les plus ex- (Bzzz Records / ATYPEEK MUSIC)
centriques de sa génération et ne cesse de nous Anarchist Republic of Bzzz, c’est tout un programme !
surprendre au fil de ses sorties. Issu de la scène Confronter les idées, les genres, les principes fon-
queer et militant auprès du mouvement LGBT, Michael damentaux qui régissent généralement les styles.
David Quattlebaum aka Mykki Blanco délivre avec Avec ce collectif regroupant personnalités d’horizons
son premier véritable album, sobrement intitulé divers, le voyage risque d’être mouvementé et riche
Mykki, un opus gorgé d’hymnes à la tolérance, en émotions. Deux figures emblématiques du jazz
emprunt de combat envers la discrimination raciale sont à l’honneur : Archie Shepp, l’un des pionniers du
et sexuelle. De loin son album le plus accessible,
free-jazz aux saxophones, et Arto Lindsay, éminent
Mykki Blanco semble avoir trouvé le juste équilibre
guitariste, initiateur de la no wave avec DNA entre
pour apposer définitivement son nom comme un
autres. Dans la catégorie rock et associée, Luc Ex de
des artistes incontournables de la scène hip-hop.
Tout en finesse et en subtilité, l’artiste qui déclarait The Ex à la basse et Timba Harris de Secret Chiefs 3 et
l’année dernière vouloir arrêter la musique après Estradapshere au violon. Dans la catégorie hip-hop,
avoir annoncé sa séropositivité, revient plus fort que c’est aussi un festival avec les présences étonnantes
jamais, avec des titres taillés sur mesure, véritables de Mike Ladd poète adepte du « spoken word »,
écrins de velour pour sa voix à la fragilité engagée, Juice Aleem, le « freestyler » anglais plus prolifique
où se côtoient cordes et beauté suspendue, bass en invité qu’en son nom propre et Rojda Senses,
music et hip-hop tribal à l’image des démoniaques une chanteuse orientale turque. Sans compter les
My Nene ou For The Counts. Entouré de producteurs joueurs de darbouka, de kanun et de saz électrique
tels que Woodkid ou Jeremiah Mecee, Mykki Blanco et l’improvisateur français ErikM aux platines. Tout
n’est pourtant pas rentré dans le rang, continu- ce beau monde est réuni sous la houlette de Seb
ant de délivrer des tracks à la radicalité furieuse, el Zin, guitariste multi-instrumentiste français du
agrémentés de virages plus pop, ouvrant ainsi sa groupe psychédélico-futuriste Ithak.
musique au plus grand nombre, sans perdre son
Des formations ou artistes hip-hop comme Jedi Mind
âme. Un album à l’éclectisme virevoltant et aux
Tricks ou Jeru the Damaja ont tenté le métissage des
textes percutants. Jouissif.
sons abstraits. Des formations plutôt rock comme
I I
✎ Roland Torres http://urlz.fr/53oK http://urlz.fr/53tH Beastie Boys ou même Rage Against the Machine y
ont mélangé le rap et les guitares électriques. Ici,
c’est une orgie de mélanges, une grosse marmite
Mykki Blanco © DR

expérimentale où tout s’intègre et se percute à
la fois dans un chaos hyper organisé. « United
Diktaturs of Europe » est un album hallucinant et
subversif superbement produit qui réussit à réunir
les contraires, les opposés, les faire cohabiter de
manière totalement jubilatoire et transgressive.
En une bonne demi-heure, Anarchist Republic of
Bzzz renverse les codes établis et fait s’effondrer
les barrières culturelles et musicales dans un
capharnaüm prodigieusement dantesque.
I I
✎ Aleksandr Lézy http://urlz.fr/53qt http://urlz.fr/53tJ

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 59
ALBUMS

M.I.A. ©DR
Date de sortie : Date de sortie :
15/10/2016 09/09/2016
Durée : 28 min Durée : 00:54:22
Nationalité : FR Nationalité : UK
Styles : DRONE / Styles :
EXPERIMENTAL electro

GABRIEL HIBERT M.I.A. AIM (Interscope)
ABDUCTé (Atypeek Music/Tandori Records/Permafrost/
Who’s brain Records/Econore/Cheap Satanism Records/ Princesse, boxeuse, princesse en gant de boxe,
KdB Records) boxeuse au port royal. M.I.A. frappe et refuse la
révérence, seule sa voix salue, son débit déboîte
Abducté est le troisième album de Gabriel Hibert – un et sa gouaille dégoise. Pour un poids plume qui
petit gars de Toulouse – après Peindre Et Ne Rien envoie du plomb, pas de titres d’album plus ap-
Foutre en 2014 et Désenvoûtement en 2014 mais il propriés que AIM, « cible ». Un mile qui n’en finit
s’agit surtout de son premier disque à bénéficier plus de s’élargir, passant de l’ouverture discrète
d’une sortie véritable, avec un tirage conséquent et au cratère massif. Il faut dire que M.I.A. enchaîne
en vinyle, s’il vous plaît. La musique de ce garçon 17 morceaux, soit 17 façons de déchirer le cœur de
a toujours été passionnante mais avec Abducté il cible. Un album dense mais cohérent. Il s’ancre à
a assurément franchi le cap d’un enregistrement la fois dans l’actualité et son histoire personnelle,
réussi : Gabriel Hibert reste un musicien à découvrir celle d’une des figures de la Nu Rave, également
absolument en concert, il y est tout seul sur scène fille de militant politique. La trajectoire complexe
avec sa batterie, ses dispositifs sonores et sa voix des migrants constitue un fil rouge tressé de luttes,
or, oui j’insiste, ce troisième album est aussi celui de survies et d’espoirs décrits dans Borders, Foreign
qui se laisse écouter avec le plus de plaisir à la Friend, Visa et Ali Ru Ok ? Le premier morceau cité
maison, allongé par terre sur un vieux tapis rouge, fait écho aux aptitudes d’artistes visuelles de MIA
les bras en croix (abduction ?) et la tête remplie de à travers son magnifique clip montrant un bateau
défilements d’images fugaces et cependant per- dont chaque être humain est une pièce. Les deux
sistantes. Ni math-rock ni post-rock mais résolument derniers se caractérisent eux par des inclusions
cinématographique, la musique enregistrée pour de musiques du monde mettant en avant une
Abducté joue la carte de la concision bien remplie : maîtrise fine du séquenceur. M.I.A. traite du com-
pas d’introductions qui s’étalent, pas de finaux bat en général et en profite pour tacler les haters
qui atterrissent nulle part, pas de rembourrages au sur Finally : « I’m someone’s shot of whiskey. Not
milieu et pas de parlottes pour ne rien dire mais everyone’s tea ». Certaines tracks comme les deux
un foisonnement d’idées qui virevoltent autour de versions de Bird Song et Swords méritent d’être
la batterie, pilier central mais tordu d’un dispositif particulièrement saluées pour leurs intros origina-
unipersonnel qui ne saurait pas fonctionner autre- les menées avec le même brio que les bruits de
ment. Pas sûr effectivement que les compositions revolver sur son vieux tube Paper Planes. AIM, s’il
d’Abducté tourneraient aussi bien si elles étaient est peut-être l’ultime album de M.I.A., sera une
interprétées par un « vrai » groupe, disons un groupe sortie de scène aux allures de victoire sur le ring…
de trois personnes. Ce que je veux dire c’est que ce qui n’empêche pas d’espérer un autre round.
Gabriel Hibert possède cette force de savoir quand
il y a des trous à remplir et surtout de savoir com-
I
✎ Jonathan Allirand http://urlz.fr/53tN

ment il peut le faire, tout seul ; j’extrapole sûrement

M.I.A. ©DR
en soupçonnant également que s’il ne trouve pas
comment procéder d’une façon qui lui convienne
totalement, il en vient à abandonner son idée de
base – une absence de prétention non feinte qui
peut expliquer le caractère si intense de sa musique.
De tous les one man band qui fleurissent depuis
ces dernières années, Gabriel Hibert est ainsi l’un
des plus intéressants, peut-être bien parce qu’il a
beaucoup compris de l’importance des rêves.
I
✎ Hazam http://urlz.fr/53tK

60 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
ALBUMS

Date de sortie :
Date de sortie : Date de sortie :
26/12/2016
06/11/2015 27 /01/2017
Durée : 00:51:36
Durée : 00:31:28 Durée : 00:42:11
Nationalité : US
Nationalité : FR Nationalité : FR
Styles :
Styles : ROCK / GARAGE Styles : Electro
RAP

Run The Jewels RTJ3 (Self Released) LES SOUCOUPES VIOLENTES Le Peuple De L’herbe
El-P et Killer Mike alias Run The Jewels sont de re- Dans Ta Bouche... (Nineteen Something Rds) Stay Tuned (Boneplak/Verycords)
tour plus tôt que prévu, avec un troisième album, Réédition du premier album (la tablette de choco- On a d’abord tous pensé que les membres du
RTJ3, offert gratuitement via leur site, en guise de lat…) du groupe parisien 80’s récemment reformé. Peuple De L’herbe étaient des fumeurs de joints
cadeau de Noël. Avec en bonus le premier EP de 84 et le morceau invétérés. Erreur ! Le Peuple De L’herbe ce sont de
Une nouvelle fois, le duo nous offre un concentré “Rester Au Lit” extrait d’un single issu des mêmes gros alcooliques.
de rap rentre dedans à la production aiguisée et sessions que l’album. Le tout est accompagné d’un Des alcooliques qui ont su faire évoluer les moyens
aux beats fats qui donnent la furieuse envie de livret qui retrace la saga d’un des meilleurs groupes de se/nous torcher la gueule. Alors qu’à leurs débuts
bouger du cul, la tête pleine de slogans engagés et garage du pays. (nineteensomething.bigcartel.com) ils ne lésinaient pas sur les doses et les mélanges,
de prises de position politiques. I I
✎ Dig It! Fanzine http://urlz.fr/52xH http://urlz.fr/53tQ les voilà désormais plus mesurés. Tout en sachant
apprécier les bons crus forts en bouche (JC001
Entouré d’une flopée d’invités prestigieux tels que

LES SOUCOUPES VIOLENTES ©DR
Danny Brown, BOOTS, Trina, Joi, Tunde Adebimpe, qu’ils ont toujours affectionné, Marc Nammour de
Kamasi Washington, Run The Jewels s’en donne à La Canaille et Oddatee), Le Peuple semble assagi,
coeur joie, affolant les compteurs de leurs flows préférant un bon alcool fort à déguster plutôt qu’un
tour à tour virevoltants comme le vent ou joueur mélange qui pourrait se révéler indigeste (même si
et navigateur, où rondeur des titres et puissance à l’époque ils étaient ô combien savoureux !). Avec
se donnent la main pour donner naissance à une l’âge on encaisse moins facilement.
flopée de tracks aux senteurs de futurs classiques Aujourd’hui Le Peuple apprécie se faire un bon
à l’image des entêtants Down ou 2100 entre autres. rock’n rhum tranquille, surtout quand les amis
Elegant et rugueux, moderniste et classique, RTJ3 sont de la partie, même s’ils sont un peu sur les
est la passerelle idéale entre plusieurs courants nerfs et revendicatifs (« Abuse »). Ça fait aussi du
hip-hop, alliant puissance fédératrice et groove bien de vider son sac.
entraînant, titres addictifs taillés dans une roche Date de sortie : Alors évidemment quand on se remémore un soir
dure et précieuse qui devraient prendre toute leur 21 /10/2016 comme ce maudit vendredi 13, impossible de ne
ampleur sur scène. Imparable. Nationalité : FR pas avoir l’alcool triste. Mais même l’esprit un peu
I I
✎ Roland Torres http://urlz.fr/53oK http://urlz.fr/53tP
Styles :
garage-punk
embrumé, les mots de Marc Nammour sont justes.
Triste mais beau et touchant (« V13 »). Et c’est
aussi beau d’écouter JC001 embrasser la cause de
Run The Jewels. ©DR

réfugiés trop souvent vilipendés (« Refugees »).
L’alcool libère la parole dit-on, là c’est juste le
VAGINA TOWN cœur qui parle.
11 LOVE SONGS (Kythibong Rds) Mais la soirée est longue et si Le Peuple a mis un
On les avait découverts chez Kizmiaz Rds, voici les peu d’eau dans son vin, il sait varier les plaisirs,
Nantais désormais chez Kythibong pour un album calmant le jeu avec un soft bien senti (« Lucy Fire »)
psyché garage “moderne”, original et chiadé, avec avant de se faire un petit shot pour faire monter la
claviers, mêlant garage teigneux, ballades vicieuses, pression et partir en soirée rock’n rhum (« Only A
chœurs féminins, ambiances frénétiques ou plus Few »). Dès lors, les bonshommes ont l’enthousiasme
tempérées, black groove early 70’s avec saxo (par le si communicatif qu’il devient inconcevable de ne
one-man-band Tom Bodlin), country brinquebalante pas se déhancher à leurs côtés (« Who’s Got It »).
à la Violent Femmes, clins d’œil furtifs (à “These Finalement, même sans l’exubérance de sa jeunesse,
Boots…” par exemple), passant sans manières d’une le souvenir ne sera peut-être pas indélébile comme
atmosphère acoustique à un déluge électrique qui à l’époque mais c’est toujours aussi bon de passer
vrille les nerfs en trois minutes chrono. Un trip une soirée en compagnie du Peuple De L’herbe à
complet. Bien joué. s’enfiler quelques canons.
I I
✎ Dig It! Fanzine http://urlz.fr/52xH http://urlz.fr/53tR I I
✎ JL www.exitmusik.fr https://youtu.be/AzCJNXO10gY

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 61
Vinyl - DIGIPACK - Digital
ALBUMS

inaugural, on le regrette un peu au départ mais
Date de sortie : on se rend vite compte qu’il conserve finalement
22/10/2016 la même ossature délitée, chamanique et qu’il est Date de sortie :
Durée : 01:01:32 toujours capable d’emmener loin et haut. Pour le 21/10/2016
Nationalité : FR
reste, c’est du disloqué à tous les étages. Depuis Durée : 00:49:00
Styles : Post-Rock /
l’entame plombée d’un Réplique aussi charpenté Nationalité : US
rock acid / noise
qu’expéditif jusqu’à No Other Grave Than The Sea - qui Styles : Metal
psychedelic punk /
STONER suspend sa course subitement, pile avant d’atteindre
le mur contre lequel il s’était lancé - en passant
par les plus pesants Bear Rider ou Mevlana, c’est
Noyades Go Fast un festival de trajectoires azimutées, désorientées KoRn The serenity of suffering
(ATYPEEK MUSIC, S.K. Records, Kandala Records, Rejuvenation, comme le vol d’un bourdon sous un verre. L’apex (Roadrunner Records )
WV Sorcerer Productions, Jungle Khôl et Degelite)
des morceaux suit des méandres qu’il est bien le KoRn vient donc de sortir l’album qu’on attend-
Chaotiques, fuselés mais renfermant aussi de belles seul à percevoir, donne parfois l’impression de ne ait qu’il sorte en 2016 ! Avec toute la modernité
accalmies, les sept instrumentaux de Go Fast se pas savoir où aller tout en étant déterminé à y technique et la richesse des arrangements
déplacent en eau vive. aller tout de même, fonce droit devant, se ravise, qu’on espère d’un groupe culte et une forme
On était instantanément tombé sous le charme de change d’azimut, rétrograde, s’arrête, reprend, se
d’honnêteté dans des titres directs, rageurs, aus-
l’éponyme de Noyades l’année dernière. Trois titres divise en mille morceaux puis se reconstitue. Go
Fast peut-être mais sans oublier de parfois ralentir si entraînants que percutants, des titres qu’on
au grain crade et à la trajectoire majoritairement
sa course histoire de laisser un instrument prendre ne peut qu’apprécier, du premier au dernier.
rectiligne, jusqu’au-boutistes dans leur dynamique
les devants et occuper le spectre quand habituel- The serenity of suffering, poursuit le même chemin
et sidérants quant à l’amoncellement de notes sur
lequel ils étaient bâtis. Une densité bruitiste qui lement il s’en dispute avec les deux autres toute que The paradigm shift mais en s’enfonçant da-
rappelait le côté forcené d’un Psychic Paramount la hauteur. En effet, la plupart du temps, basse, vantage dans la nostalgie des années 90’ avec
ou d’un Aluk Todolo (et donc aussi un peu Laddio guitare et batterie sont agrafées les unes aux autres quelques énormes clins d’œil à la marque de
Bolocko) couplé à une grosse vibration psychédélique et c’est bien de là que provient une grande partie fabrique “KoRn”, comme ce passage de “Rotting in
(non pas qu’elle soit absente des groupes précités de la densité de l’ensemble. Et puis, loin d’être vain” qui reprend “Twist”. Autre fantôme ressurgi
mais elle était plus centrale chez Noyades) que un long fleuve tranquille, on trouve aussi dans la du passé, la peluche mal en point traînée par le
l’on retrouve plutôt chez quelques Japonais (Acid musique de Noyades nombre de chausse-trappes, gamin de la pochette, c’est bien entendu celle qui
Mothers Temple, Mainliner, ce genre) et quelques bifurcations inopinées et développements inattendus apparaissait dans Issues…
Anglais (Earthling Society). Go Fast aujourd’hui qui battent en brèche son aspect de prime abord
suit exactement le même chemin. Du premier au trop monolithique. Tout cela se montre parfaitement Enregistré avec un maître du clair/obscur, à savoir
dernier titre (dont trois étaient déjà présents sur bien construit et joliment exécuté mais il faut dire Nick Raskulinecz (dont le CV enquille un paquet de
la précédente cassette sous des formes légèrement aussi que ces trois-là n’en sont pas à leur coup jolis noms depuis 15 ans comme My Ruin, Velvet
différentes), la machine ne s’arrête jamais et ne d’essai et ont déjà traîné leurs guêtres au sein de Revolver, Alice in Chains, Danko Jones, Deftones,
connait pas de ratés. Droit devant certes mais « chapelles techniquement inconciliables » (pêle- Foo Fighters, Mastodon, Stone Sour…), les Californ-
pas tout à fait droit quand même. Le maelstrom mêle MurMur(s), Lady Fitness, Torgnole pour Cyril iens en ont profité pour alourdir la basse tout en
de riffs se tord et se distord, la batterie tabasse Meysson, The Socks pour Jessy Ensenat, Sathönay gardant d’autres sonorités très limpides et quelques
et les ondes de la basse explosent autant qu’elles pour Vincent Cuny, liste bien sûr non exhaus- éléments électro qui se fondent assez bien dans
accompagnent. Il en résulte des morceaux une tive) qu’ils ont pourtant réussi à techniquement
l’ensemble, en tout cas, beaucoup mieux que dans
nouvelle fois extrêmement denses qui ricochent concilier. Amalgame de noise-rock, de punk, de
metal, de drone et j’en passe arrosée de grandes un passé récent. Il s’agit ici plus d’un habillage
dans la boîte crânienne, désolidarisent le temporal subtil épisodique (“Insane”, “Next in line”) que
de l’occipital, l’occipital du pariétal et poussent rasades de psychédélisme et de transe, la mixture
concoctée par le trio provoque effectivement le de lourds sabots comme sur les tubes d’il y a
les yeux hors de leur orbite. Autant dire que l’on
ressent quelque chose, l’ensemble pourrait même même effet que ce que promet son nom. Manque quelques années.
se montrer légèrement épuisant si le trio ne mé- d’air, apnée, asphyxie, remontée à la surface de Revenu à chant guttural aux hurlements qui ont fait
nageait pas quelques enclaves purement solaires temps à autre pour inspirer à grandes goulées et sa renommée, Jonathan Davis se lâche également
où les riffs maousses se diluent (sans disparaître de toute façon, quoi qu’il arrive, des papillons sur les lignes mélodiques, variant énormément son
le moins du monde) dans l’espace intersidéral. Les devant les yeux, sous la peau et dans les tripes.
chant (jusqu’à rendre anecdotique la présence de
accents cosmiques et perchés des Lyonnais n’ont Finalement, nul n’était besoin d’écrire tout ça.
Noyades, Go Fast, quelque chose comme des arcs Corey Slipknot Taylor sur “A different world”), tous
pas disparu avec ce premier long format. Certes, le les registres gagnent en puissance tant il excelle dans
gros-grain s’est un peu évaporé au profit d’un son cinétiques multicolores se détachant d’un fond
noir cosmique ornant la belle pochette (signée Syn- l’exercice. Tu ajoutes un bon paquet de riffs incisifs
plus fuselé mais pas les digressions psycho-patraques
ckop) : quoi de mieux pour résumer un tel disque ? et une batterie qui a retrouvé de la spontanéité et
qui habitent des morceaux comme Machhapuch-
hare, Sidi Abderrahman ou Reflects. Ce dernier a Brillant. sa force de frappe et le cocktail est parfait.
d’ailleurs gagné en muscles depuis l’éponyme I I
✎ Leoluce www.indierockmag.com http://urlz.fr/53tV I I
✎ Oli www.w-fenec.org http://urlz.fr/53tX

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 63
ALBUMS

Date de sortie :
Date de sortie : Date de sortie : 05/11/2016
03/03/2017 6/05/2016 Durée : 38 min
Nationalité : FR Nationalité : US Nationalité : uk
Styles : noise rock / Styles : Styles : Noise
grunge / Indie rock Noise ROCK Electronique / Prog
Math-Jazz-Core

SPANKED EP Honey LOVE IS HARD (Wharf Cat Rds) Barberos
Flanqué de cordes lacérées et de fûts maltraités, Trio de Brooklyn portant un nom trop anodin pour S/T (Offset Records // A Tant Rêver Du Roi // Dream
le duo Spanked sort un avant-goût de son album à être au net. Honnête, Honey l’est. Anodin, moins. Machine // Et Mon Cul C’est Du Tofu ?)
venir courant 2017 en quatre titres brutaux jouant Dan Wise au chant et à la guitare, Cory Feierman à Trio noise/electronique/prog’ originaire de Liverpool,
la carte de la désorientation. Désorientation, car la basse et Will Schmiechen à la batterie, ces trois-là Barberos distille avec son nouvel album (éponyme),
même si la guitare est toujours aussi abrupte que ont du tempérament. Leur méthode de fabrication un étonnant cocktail de structures poly-rythmiques
sur leur premier album, Spanked, datant de 2011, de miel n’est pas très écolo compatible. Je ne sais et de math-jazz-core tribal appuyé par des effets
cette nouvelle salve porte en elle une urgence qui pas ce qu’ils donnent à bouffer aux abeilles dans le vocaux lui conférant un côté rétro-futuriste plutôt
commence dès Merry Go Rounds et son crépitement coin, j’imagine qu’elles butinent plus souvent aux malin pendant que son duo de batteurs en met
de décibels ascendants qui s’accumulent jusqu’à tuyaux d’échappement et aux pipes de crack qu’aux plein la vue. L’intérêt du projet étant également
l’explosion, à travers les successions de vélocité pistils des fleurs ! Si on te susurre “honey” sur ce largement visuel (notamment en live), reconnais-
puis de retenue. Il n’y a qu’une guitare et une bat- ton-là, tire-toi fissa, ils ont l’apiculture contrariée sons que le groupe anglais a trouvé son segment
terie mais on croirait entendre une légion tant leur dans le quartier ! À moins que tu ne sois friand musical, et a partager la scène avec des formations
son est dense, puissant et massivement investi. La de tartines de barbelés et de beignets à la crème du calibre d’Action Beat, Capillary Action, Kayo Dot,
voix est plus assurée par rapport aux précédentes de marrons, vaudrais mieux te tenir à l’écart du Liars ou Melt Banana, excusez du peu. Peu importe
productions, il faut écouter Etherlude qui pousse buffet, Honey est vacciné à l’Amphetamine Reptile que l’artwork et l’esthétique générale de ce nouvel
l’endurance à bout de souffle et de frappe. Certains comme un Mudhoney avec un alligator dans le slip. album pique un peu les yeux, Barberos met directe-
verront du post-rock dans les samples vocaux de Et ouais, c’est dur l’amour ! ment les choses en clair – et accessoirement en
cet Etherlude, d’autres une reviviscence grunge à
travers la saturation de Walk, morceau que d’autres
I I
✎ Dig It! Fanzine http://urlz.fr/52xH http://urlz.fr/53tZ orbite psychédélique – en assénant un « The Return
Of The Ladius » qui emmène l’auditeur dans des
encore proclameront comme marche de guerre sphères à la fois électroniques, pas mal noise/indie
noise. Mais qu’importe les définitions, Spanked et surtout bien hallucinées. Tout cela étant habile-
s’apprête à asséner une foudroyante rafale pois- Date de sortie : ment marqué par une (double donc…) dynamique
seuse et stridente. 16/04/2016 rythmique obsédante, cette piste inaugurale marque
I
✎ John Do http://urlz.fr/53tY Nationalité : US
Styles :
déjà les esprits par son efficacité expérimentale à
laquelle on peut greffer une boucle hypnotique se
Rock ‘N’Roll / prolongeant, et se développant, même sur la piste
SPANKED ©DR

Rhythm AND Blues suivante « The Ladius ». Un second titre directement
imbriqué dans le premier, puis le troisième dans le
second et invariablement. Le schéma adopté par
Los Alamos Grind le groupe se répète jusqu’à aliéner son auditoire.
VA (Numero Group) Alors que le groupe multiplie les effets sonores,
« Timur » franchi une nouvelle barrière et nous
Sur le modèle des Las Vegas Grind de chez Crypt, pousse dans nos derniers retranchements. Formel-
Numero Group remonte ces bonnes bouteilles de lement implacable d’un point de vue rythmique
la cave. Preuve qu’on sait également s’amuser à (« Akropolis »), Barberos démoli les murs de la
Los Alamos et qu’on n’hésite pas à faire don de sa ‘normalité’ et délivre un substrat auditive d’une
personne dans des lieux de perdition. Le “Staletto fracassante efficacité, en sus d’une rigueur mathé-
135” des Royal Jesters est d’une perversion extrême. matique redoutable, quand il se s’abandonne pas à
T’es pas arrivé au bout des 2’13” que tu as le slip des pistes ambient et électro un peu absconses («
sur la tête. Ils sont fadas d’envoyer comme ça. Hoyl ») voire à quelques digressions ‘avant-noise’
On dirait un Tex Avery mis en scène par Tarantino. un peu délicate à suivre. Forcément, à toujours
Numero Group recycle aussi une Lou Ragland & the prendre des risques inconsidérés. Exigeant mais
Bandmasters. Y’a pas de petit profit. assez jouissif dans son genre.
I I
✎ Dig It! Fanzine http://urlz.fr/52xH http://urlz.fr/53u2 I I
✎ Aurelio www.scoreav.com http://urlz.fr/53u6

64 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
ALBUMS

SCHLAASSS © RA2
Date de sortie : Date de sortie :
3/03/2017 24/02/2017
Durée : 01:00:26 Durée : 00:43:57
Nationalité : FR Nationalité : US
Styles : Rap / Hip-Hop / Styles : Alternatif
ELECTRO / TRAP et Indé

SCHLAASSS Xiu Xiu FORGET (Teenage Menopause)
CASA PLAISANCE (Atypeek MUSIC) Pour un dépressif chronique, Jamie Stewart est en
Duo stéphanois irrévérencieux, Schlaasss allie forme ces derniers temps. Rien qu’en 2016 il aura
Charlie Dirty Duran et Daddy Schwartz qui ensemble sorti un fantastique album de reprise de la B.O. de
pratiquent un hip-hop au groove électro, dont la Twin Peaks, quelques disques de troll pur pour faire
enrager ses fans, une collaboration dark-ambient
particularité est de parcourir, au travers du délire
avec Lawrence English sous l’alias HEXA et même un
des deux acolytes, un panel large.
disque spoken-word déprimé. Et cette fois, ils jouent
La dérision est de mise, on y singe le parler “de de la synthpop. Mais gare à ceux qui s’attendront à
périphérie” avec dextérité (No drog yourself), le danser bien innocemment, ce serait mal connaître
rythme y embarque aisément l’auditeur (Triste Stewart. Sa pop est tout ce qu’il y a de plus névro-
artiste). Kiki, en ouverture, ouvre l’antre d’un sée et angoissée, et les caresses synthétiques sont
univers barré, déviant et inspiré. Relents dub, toujours accompagnées de leur pendant noise et
nappage électro, phrasés dingues et cependant industriel, qui secoue des morceaux d’apparence
dignes d’intérêt dans le contenu, la méthode est romantiques d’autant de saccades cauchemardesques.
personnelle et ici très porteuse. Noenoeil, Tue la Et ça commence dès l’ouverture “The Call” qui intègre
tête et nombre d’autres compositions font dans un rappeur trashy pour inonder la compo coldwave
le loufoque, provoquent des hochements de tête, dansante de ses “CLAP CLAP CLAP BITCHES” et ses
“WHY CUNT WHY WHY WHY CUNT”. Voilà de quoi en
imposent des atmosphères sombres et délirantes.
révulser beaucoup ; même si ça a le mérite de me
Avec un tel rendu, Schlaasss se démarque indénia- rassurer sur la volonté de Stewart de prendre des
blement. L’opposition entre les voix est marquante, risques et tenter de nouvelles choses. Mais heu-
complémentaire (Pupute). Derrière une prétendue reusement le ciel s’éclaircit dès la seconde piste
attitude désinvolte, la paire issue du Forez donne “Queens of Losers” qui amène à une fusion de styles
matière à réflexion et suscite l’intérêt. Quelques que Jamie et sa bande maîtrisent bien mieux que le
traits rock surlignent son œuvre, également et à hip-hop : le rock industriel - enfin en l’occurrence
de rares endroits teintés de R’n’B (Thug Lilith). ce qui devient plutôt de la synthpop indus. Et si la
démarche principale de FORGET restera ce mariage
De l’étrangeté pensée, voilà ce à quoi s’adonne
de dancefloor synthétique glauque, Xiu Xiu nous
Schlaasss. Il le fait de manière ouverte et mu-
emmènera visiter des paysages variés. En vrac on
sicalement aboutie, sans jamais surcharger son aura de l’Arcade Fire période Reflektor (“Wondering”,
discours. Nanarchie fait bouillir le dancefloor, single de l’album), de l’indus gothique (“Hay Choco
groove sévèrement. Bananas”), du spoken-word (la deuxième moitié
Comme chez Stupeflip ou Sexy Sushi, on prend des de “Faith, Torn Apart”), du néofolk (“Petite”), du
chemins de traverse sans s’y perdre, on fait rire synthpunk, j’en passe. Malgré ses agressions, FORGET
aussi (“Toujours ça qu’les Boches n’auront pas” sur contient tout de même sa dose de “tubes” (“Jenny
Requiem), on balance du son en spirale (Ordo ab GoGo”, “Wondering”, “Get Up”, “Forget”…) et globale-
chao). C’est bon tout ça, ça se consomme sans faim ment tout le cœur de l’album est excellent. Dans
et ça sert, aussi, d’exutoire. On peut faire dans le l’ensemble FORGET est un succès. Xiu Xiu a toujours
plus “sucré” (l’excellent Bisous), ça reste probant. été la thérapie de Jamie Stewart, de son propre aveu.
Pour être si productif ces derniers temps, sans doute
L’aventure prendra fin sur Philippe le dauphin, taillé
que l’homme doit avoir encore beaucoup de soucis
dans un hip-hop leste, et mérite de toute évidence
à régler. Cette pensée est très égoïste et insensible
sa brouettée d’auditions.
de ma part mais… pourvu que ça dure.
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✎ Will Dum www.muzzart.fr http://urlz.fr/53u8
I I
✎ X Wazoo www.xsilence.net http://urlz.fr/53uc

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 65
ALBUMS

Adult. © NKuperus
Date de sortie :
Date de sortie :
17/03/2017
23/10/2016
Durée : 01:01:32
Nationalité :
Nationalité :
US
UK
Styles : Industrial /
Styles : Alternatif
Noise
et Indé

Adult. Detroit House Guests (Mute) Nine Inch Nails
Il y a bientôt vingt ans sortait le premier maxi Not the Actual Events (The Null Corporation)
d’Adult. À l’époque, le couple Nicola Kuperus et Annoncé et sitôt sorti à la veille du réveillon,
Adam Lee Miller amenait une nouvelle énergie dans Trent Reznor et sa bande nous livre ici 5 titres
la musique électronique. On ne tarderait pas à les se consacrant pour la plupart à l’humeur et la
associer à l’émergence de l’electroclash bien que facette contemplative du son de NIN qui n’est pas
leur univers soit bien plus riche que cela, mélange sans évoquer The Fragile. Toujours aussi féroce et
d’énergie post-punk, de synthpop décalée, d’electro torturé, le vampire Reznor ne montre aucun signe
old school et d’un feeling indéniablement dark. Dès La troisième collaboration très réussie est celle avec de vieillesse dans performance et reste toujours
le début des années 2000, les musiciens avaient Dorit Chrysler, joueuse de thérémine autrichienne. aussi méticuleux dans ses arrangements.
en tête l’envie d’un projet collaboratif, comme “Enter the Fray” et “Inexhaustible” proposent une Bien qu’on puisse regretter la brièveté de l’EP qui
des résidences où ils inviteraient d’autres artistes electronica mystérieuse, lynchienne, fantomatique, nous laisse sur notre faim, NtAE marque un retour
à expérimenter avec eux en studio. Il faudra at- où les voix délirent et s’en donnent à cœur joie. Le prometteur pour NIN qui revisite les vestiges des
tendre 2014 pour que ce projet se concrétise avec chant part dans divers registres, du spoken word paysages futuristes et dystopiques de Year Zero
une bourse attribuée par la Fondation John S. & aux envolées éthérées jusqu’aux lamentations opé- et The Fragile.
ratiques. Nicola reprend son registre de diva goth
James L. Knight. Le résultat de ces recherches est
paru ce 17 mars et accentue la facette la plus arty et nous rappelle même la Annie Anxiety des débuts I
✎ Robin Ono http://urlz.fr/53ul

du travail d’Adult. Il ne faut d’ailleurs pas oublier sur “Inexhaustible” qui reste un de nos moments
que Nicola et Adam font aussi de la peinture, de favoris de l’album. La voix s’amuse encore sur “Into
la photographie, de la sculpture, des installations the Dream” en compagnie de Lun*na Menoh, du
Date de sortie :
ou de la vidéo, touchant à tous les aspects du râle aux soupirs sexy en passant par le chant de
Janvier 2016
champ créatif. D’emblée, avec le premier titre “P douche un peu imbibé. Le morceau traîne un peu Nationalité :
rts M ss ng” enregistré avec Robert Aiki Aubrey en longueur et continue dans cette lignée Chris & US
Lowe (Lichens), l’électronique se fait mystérieuse, Cosey tendance cour de récréation. Dans le genre, Styles :
reprenant l’héritage post-industriel des années 80, “Uncomfortable Positions” est bien plus convain- Contemporary /
avec une approche nouvelle des percussions. On cant, rappelant des groupes bien barrés de la scène Post-Modern
pense à Chris & Cosey notamment. L’autre morceau cassette des années 80 comme BeNe GeSseRiT ou
en collaboration avec Robert Aiki Aubrey Lowe (“This Messy. Le style electro old style réapparaît dans les
Situation”) creusera cette facette plus expérimentale, titres en compagnie de Douglas J. McCarthy (Nitzer John Zorn
autour d’une longue plage sonore inquiétante et Ebb). “We are a Mirror” et “They’re Just Words” Madrigals (For Six Female Voices) (Tzadik)
terrifiante, pas si éloignée des pionniers Throbbing ramènent Adult. sur les dancefloors qui étaient leur
lieu de prédilection jusqu’à présent. Ces chansons Compositeur et musicien d’avant-garde aussi
Gristle, NON ou Cabaret Voltaire, avec une bonne prolifique et versatile, John Zorn s’attaque ici au
dose d’échantillonnage, de boucles hypnotiques et sont efficaces mais pas renversantes pour autant.
La collaboration la moins réussie est à l’évidence Madrigal, musique vocale polyphonique originaire
de nappes vibrantes assez glaçantes. On comprend
celle avec Shannon Funchess (Light Asylum). “We de la Renaissance. Entièrement Acappella, c’est
du coup aisément pourquoi le groupe a été signé
Chase the Sound” est proche du ratage complet, un choeur de 6 chanteuses aux voix angéliques
sur Mute. La connexion n’est que trop évidente.
avec son côté EBM lourdingue. “Stop (And Start et crystallines qui se donne en performance sur
L’autre partenariat fascinant est celui avec le leader
Again)” bénéficie d’une basse post-punk et d’une ces 10 titres. Les voix parfaitement accordées
des Swans, Michael Gira, pour deux plages rituelles,
dynamique goth assez pêchue, mais pas de quoi s’entrelacent et se répliquent et mêlent harmonie
lancinantes, incantatoires et répétitives (“Breathe
On”, “As You Dream”). Le mix est totalement réussi, grimper aux rideaux. Cela ajoute juste quelques et lyrisme antique avec contrepoints atonaux et
noir et psychédélique. À première vue, Swans et nouvelles couleurs à l’ensemble. Au final, Adult. touches d’avant-gardisme, empreintes d’un John Zorn
Adult. n’avaient rien en commun, c’est là où on se ouvre pas mal de brèches nouvelles avec cet opus s’appropriant de la forme musicale avec aisance et
trompe car la symbiose marche merveilleusement et c’est déjà énorme pour un groupe avec une grâce. Une belle collection de titres minimalistes et
et ouvre des perspectives rafraîchissantes pour carrière aussi fournie. berçants qui récompensera ses auditeurs curieux.
les deux projets. I
✎ Maxime Lachaud http://urlz.fr/53uj I
✎ Robin Ono http://urlz.fr/53uo

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 67
Rick Ross, Raphael Saadiq
Apple of My Eye (Epic)

Date de sortie :
17/03/2017
Durée : 01:03:00

‘Rather You Than Me’, millésime
Nationalité :
US
Styles : Rap
2017 signé Rick Ross
Rather You Than Me de Rick Ro$$ Rick Ross a toujours été vendeur de rêve avec certifié disque d’or, mais ce sera le dernier.
ne suscitait guère d’attente particu- son rap ‘deluxe’ bâti sur des fantasmes de Rick Ross fait donc appel à un millionnaire
petit gangster qui regarde Scarface tous les pour se renflouer (artistiquement), Sean Combs
lière auprès du public rap, rien de dimanches. On l’a vite compris – et entendu alias Puff Daddy, pour Mastermind. Cette fois
moins qu’une galette de plus à son – depuis ses premiers singles majeurs “Hus- ça manque de bangers. Hood Billionaires ne
compteur. Sa recette habituelle – qui tlin’” et “Push It”, qui samplaient justement manquera pas d’être la cible des critiques face
consiste à faire un parmentier de rap “Scarface (Push It To The Limit)”, issu de la à cette auto-caricature de trop et sans saveur,
B.O. du film culte. L’ascension du rappeur lancé et plus tard Black Market peinera à convaincre
clinquant de chez clinquant sur une
chez Def Jam par Jay-Z, en dépit de quelques avec son format de mixtape améliorée, chic
couche de trap music servie avec le accrocs avec 50 Cent notamment, n’a ensuite mais devenu ringard.
gratin du moment – a fini par lasser, été qu’irrésistible jusqu’aux très riches Deeper Mais ça, c’était avant. Tandis l’écoute de Rather
et engranger moins de recettes. Le Than Rap (2010) et Teflon Don (2011) qui sont You Than Me se prolonge délicieusement, on
départ du boss de Miami de Def Jam devenus ses mètres-étalons. Puis, sans trop se demande alors comment Rozay a pu revenir
de raison apparente, la qualité de ses albums à un tel niveau de raffinement. Comment ? La
l’a-t-il contraint de complètement n’a fait que décliner ou stagner. God Forgives, vraie question est plutôt : grâce à qui ? Antonio
revoir sa copie ? Absolument pas : I Don’t était supposé nous emmener plus ‘L.A.’ Reid. Coïncidence ? Personne n’y croit
ce neuvième album est bel et bien haut sur une montagne de pièces d’or avec pas. Si vous ne connaissez pas ce nom, sachez
une livraison Maybach Music full sa guestlist digne d’un gala de charité (Jay-Z, juste que cette éminence de l’industrie du
option, mais qui parvient à retrouver Usher, Pharrell, Dr Dre, Andre 3000…) mais disque est à l’origine de l’émergence et des
parce qu’il y avait des gobelets en plastique succès des Outkast, TLC, Usher, Ciara… C’est
le standing de ses grands standards pour servir vin et champagne – la faute à des aussi lui qui a officiellement annoncé le retour
que sont Deeper Than Rap et Teflon producteurs de second choix –, les gens ont inespéré de A Tribe Called Quest l’an passé.
Don. Et là, c’est l’épatement. reculé devant le buffet. L’album sera néanmoins Alors, quel rapport avec Rick Ross ? L.A. Reid a

68 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
ALBUMS
MORCEAUX
Top 5 DU MOMENT
By SURL, Bigger than hip-hop
COMmENT LIRE UN QR CODE ?
Pour lire un QR Code, il suffit de télécharger une applica-
été le dirigeant d’Island Def Jam Music Group Ross se dit choqué et déçu par l’attitude du tion de lecture de QR Codes. D’ouvrir l’application et viser
de 2004 (année où Jay-Z a pris ses fonctions de boss de Cash Money qu’il adulait par le passé, le QR Code avec l’appareil photo de son téléphone mobile
président chez Def Jam) jusque 2011, l’année au point de lui dédier un titre entier, “Idols et l’application lance l’écoute de la playlist.
où est sorti Teflon Don, avant de retourner chez Become Rivals”, sans refrain et très froid – avec
Sony pour redévelopper la filiale Epic Records. ce sample déjà utilisé par Jay-Z sur “Where
Et le choix de Rick Ross de quitter la maison Al’Tarba X Vîrus
Rick Ross © Krista Schlueter, GQ

Have You Been”. Et comme l’homme n’est pas
Def Jam pour Epic a été motivé par cette vo- La Nuit se Lève
une petite nature, il n’utilise aucune forme Al’Tarba vient de sortir un nouvel album, La
lonté de refaire des affaires avec son patron de rimes subliminales : Stunna est clairement Nuit Se Lève. Sur le track éponyme, il convie
historique. “Quand je suis arrivé en 2006, tout la cible. En lisant entre les lyrics très cash,
un autre expert en noirceur : Vîrus (notre
interview sur le site SURL). Le résultat est
ce qu’on faisait c’était gagner, on faisait de le rappeur se sent sincèrement trahi par son d’une beauté poisseuse, à écouter au chaud.
gros chiffres, raconte le boss de MMG sur XXL idole et revient longuement sur la chute du
début 2016, L.A. a toujours compris ma vision millionnaire à la tête étoilée, en se rangeant
artistique et créative. À chaque fois j’allais à
du côté des artistes qui ont été abandonnés Consequence x Chance
son bureau, on s’asseyait et on discutait de The Rapper x Alex Wiley
par Birdman, que ce soit DJ Khaled, Turk ou
différentes approches. On a toujours réussi x Chuck Inglish x GLC
B.G., voire abusés comme Lil Wayne – même
à se mettre d’accord et on a toujours gagné Spaceship III
au sens physique, si on se fie aux rumeurs.
gros. En fin de compte, c’est ce sur quoi j’ai Mieux que Trainspotting 2 : la suite de la
L’intro de Chris Rock semble anecdotique en suite de “Spaceship” de Kanye West, avec
basé ma décision.” Tout est dit. Consequence, Alex Wiley, GLC, Chance et Chuck
comparaison de cette attaque. On apprend Inglish. Moins de drogue, mais plus de vibes.
Rather You Than Me, également grâce à Rather You Than Me que
successeur naturel Rick Ross a froncé du regard quand il a va Nicki
de Teflon Don Minaj débarquer dans la vie de Meek Mill (“I Tee Greezley X
Plus Rozay prend de la bouteille (Rozay,
told Meek, I wouldn’t trust Nicki / Instead of Lil Yachty
beefin’ with your dog, you just give ‘em some From The D To The A
bouteille… vous l’avez ?), plus ses rimes Après avoir passé trois ans en taule, Tee
deviennent intéressantes. “I’m Michael distance”). Grizzley a la rage. Il a signé chez 300 Enter-
tainment début 2017 et vient de dévoiler un
Jackson to the rich niggaz”, proclame-t-il sur On ne pourrait pas mieux résumer cet opus nouveau track en featuring avec Lil Yachty,
“Santorini Greece”, faudra quand même poser que par une métaphore automobile, puisqu’on “From The D To The A”.

la question aux gens qui paient l’ISF. En tout parle du patron du groupe Maybach Music.
cas, quand il se met franchement à rapper, Rather You Than Me, par rapport à Deeper Than Slim 400 X A$AP Ferg
il s’ouvre sur des sujets plus personnels et Rap ou Teflon Don, c’est comme passer d’un Hol’Upppp
Slim 400 est un soldat de la West Coast
même politiques comme sur “Apple of my modèle de Rolls Royce de 2010 à la gamme auteur de quelques sympathiques mixtapes
Eye” (“I’m happy Donald Trump became the renouvelée, flambant neuve et plus au point qui ne brille jamais plus que lorsqu’il est
bien entouré, comme il l’a prouvé plusieurs
President / because we gotta destroy before que jamais. La philosophie est identique, le luxe fois sur les albums de son complice YG. Sur
“Hol’Upppp” il tente d’établir un viaduc tra-
we elevate”). “Powers That Be” avec Nas n’a surabondant, les dimensions statutaires, des versant les States en invitant le représentant
en revanche rien de politique (contrairement petites choses dont on a jamais osé imaginer. d’Harlem A$AP Ferg.

à ce que l’intitulé peut laisser penser) mais il La grande classe, en somme, en plus moderne.
ne s’agit pas moins d’un égotrip de puissant La préférence de Rick Ross va à une Rolls Royce Creestal x CONWAY x
chef d’entreprise qui fait bomber le torse. Wraith ; la trappe s’accorde bien avec le côté Hus Kingpin Problemz
On dirait bien que Creestal, le prolixe
Rick Ross n’hésite pas d’ailleurs à se mettre dynamique de cet exceptionnel coupé. beatmaker marseillais, a décidé d’inviter
au même niveau que les Puffy et Jay-Z. Bird- les rappeurs les plus chauds du moment

man ? Il a raturé son nom de cette short-list. I I
✎ Sagitarius www.surlmag.fr http://urlz.fr/53uq
sur son album à venir Diffrences. Ici encore,
Conway et Hus Kingpin nous démontrent de
façon grisante toutes les vertus de rapper
sous weed la dureté de la vie des ghettos US.

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ALBUMS

Bonne surprise, lorsque j’ai rejoint Vald et sa bande signifie ? Comme pour « Selfie » et « Bonjour »,
dans leur chambre d’hôtel, personne ne m’a réduite titres de l’album précédent, il ruse le petit coquin !
Date de sortie : à une « Petite Chatte ». On a fumé de l’excellente Les gens vont chantonner ce refrain efficace sans
20/01/2017 weed, on a parlé et rigolé tranquillement entre comprendre la substance des couplets du morceau.
Durée : 01:07:25 « êtres de lumières », ils étaient chouettes, gentils Mais le mantra est là, les nouveaux circuits sont
Nationalité : FR et lol. Globalement, ils dégageaient une énergie en marche. Le message va s’insinuer par la magie
Styles : RAP arc-en-ciel maxi bienveillante. Vald m’a demandé de la répétition. Les tracks de cet « Agartha » sont
pourquoi je n’enlevais jamais mon bonnet rose toutes composées de ce paradoxe, gnôle de luxe
fluo. Je lui ai répondu que c’était pour une raison dans une canette de 8.6. Fais un ptit effort d’écoute
simple et mystérieuse. La même raison qui lui faisait et tu comprendras la leçon. Qui n’est d’ailleurs
Vald AGARTHA (Oulala: CAPITOL) garder ses lunettes de soleil alors qu’il faisait nuit. jamais assénée comme telle. Vald reçoit-il des
« Vald est un enfant Indigo, c’est tout ce En 2017 le nouveau Vald est là, sans lunettes de subventions de l’éducation nationale ? Non, trop
que j’ai à dire » soleil et sans son légendaire sweat Redskins bouclier, formaté. Ou des extraterrestres ? Non, trop facile.
Alors qu’on se le dise (merde j’ai déjà dit deux fois il a trouvé la force de se laisser regarder par Satan Ce qui est sur c’est qu’il aligne sur cet album une
« dire » !) je ne vais pas faire une critique intel- et les Francs-maçons. Dans le morceau « LDS » qui bonne dizaine de morceaux mégas puissants. Paie
ligente du nouvel album de Vald. Généralement je parle de ses Ray Bans justement, il clame : « J ‘me tes tubes « Mégadose », « Eurotrap », « Kid Cudi »…
trouve ça très ennuyeux : « les chroniques », et je suis pas réincarner pour bouillave à Pattaya ». Val- Valentin, le moine d’Aulnay, hurle sa dépression
ne comprends pas comment une personne peut entin est là pour nous délivrer, gros taff. « LOURD » sur des prods commerciales qui feront danser les
donner son opinion sur de la musique comme si comme il dit en interview quand il faut bien combler foules sous MD de ses concerts. Il fera du playback
c’était la vérité. Que des gens lisent ça pour se le vide et l’ennui du dévoilement impossible de et célébrera la vacuité de ce monde en sautant
faire « un avis » me répugne encore plus. Et pis sa mission. Vald est très certainement un mage
et en dabbant « Turn up dans le club » avec son
c’est pas mon travail. Mon travail c’est Schlaasss, des temps 2.0. Il s’adresse à la partie magique de
comparse AD à ses côtés. Suik’on Blaze AD, super
et j’ai d’ailleurs rencontré Vald lors d’un concert ou chacun d’entre nous en revêtant le costume de ses
rappeur incisif et discret, qu’on devine comme la
nous partagions l’affiche dans un festival l’année propres ennemis. Il infiltre le système et encourage
flamme jumelle de Valentin, son ancrage en plus
dernière. L’enfer quand tu fais des concerts c’est tout le monde à le faire. Observons sa méthode
alchimique subversive : dans le morceau numéro 4 d’être son backeur. Et dont le feat sur « Blanc »
de rencontrer « en vrai » des artistes que tu aimes résonne comme un pacte adolescent « La Vie de
beaucoup, lors d’une date commune par exemple. par exemple « Je t’aime », il met en parallèle l’amour
et l’amitié comme une même énergie, compliquée, Ma Mère que je vais nous délivrer ». « Blanc » qui
Souvent tu te rends compte, qu’à part te demander vient bien mettre une Volvo dans le cul à tout le
du speed et te décevoir terriblement par une suite de mais indispensable et précieuse : « Tout niquer seul
j’en ai jamais rêvé ». Il pose des couplets intimes monde. Avec la vaseline, Vald fait passer un gros
petites actions médiocres, ils sont comme la plupart morceau politique et AD en remet une couche :
des gens : des êtres humains nuls à chier. Quand adressés à la femme de sa vie, puis à son meilleur
ami. Il pourrait se vautrer dans cette déclaration « J’me torche le cul avec le Point et le Figaro ».
tu es de sexe féminin, ils essaient généralement
d’amour si touchante, presque du rap conscient « Blanc comme dieu », vous trouverez votre place
de te « bénène » en te faisant comprendre que ta
oulala… mais si proche du couronnement il vient au paradis, parmi les babtous et les riches les
place est bien plus avec leur bite dans ta bouche
« tout niquer » avec un refrain cucul et pop à la minous, ou alors vous ferez autre chose, et je vous
à l’hôtel Ibis que sur scène tout à l’heure ou t’as
limite du ridicule. Pourquoi ??? Qu’est ce que cela le souhaite. Ma préf reste « Totem » ou Valentin
vraiment un problème avec ta féminité blablabla…
ajoute à son écriture énervée une interprétation
brutale à se péter la voix, braillant l’inconfort à
Vald ©DR

porter cette lumière que personne ne voit et que peu
comprennent. Comme tous les sages ils souffrent
de « savoir », si jeune et si blond, bichette ! Ouais
bébé Vald je sais que tu vas sauver le monde, car
faire rimer « Pégaze » et « Pétasse » c’est le truc
le plus réellement thug et indispensable à faire
aujourd’hui. Comme tu le dis dans ton dernier
morceau « Tu retournes en enfer » parce que t’as
décidé de t’incarner ici et maintenant. Et que faire
péter les barrières de l’autoroute de la chiotte c’est
pas toujours « easy », surtout dans le rap. Avant
l’apocalypse et le changement de dimension, je
veux bien faire un feat avec toi. Mais tu es trop
malin pour ça. Et moi je suis trop conne, je viens
de faire une chronique musicale. Je pars au donjon
me faire fouetter pour blasphème. KIKOO
I
✎ Charlie Dirty Duran http://urlz.fr/53uv

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 71
ALBUMS

Cakes Da Killa © Alana Yolande
Date de sortie : Date de sortie :
21/10/2016 2016 Date de sortie :
Durée : 00:32:19 Durée : 21min 03/03/2017
Nationalité : US Nationalité : US Durée : 01:01:01
Styles : Styles : classical Nationalité : FR
HIP HOP / RAP / electronic / queer Styles : Rap
ELECTRO r’n’b

Cakes Da Killa djordjevic Stupeflip
Hedonism (Ruffians) CompilATION à Paul Narèphe (Linge Records) Stup Virus (Etic System )
Cakes Da Killa et son hip hop plus rythmique que À la sortie d’un bar étiqueté Estaminet, sur la plage Stupeur, Stupéfaction… Stupéfiant retour de Stupe-
mélodique, parfois proche, sur Keep it Goin et Been lors du Samynaire ou sur la scène du festival Off flip… dans la plus grande indiscrétion ! Un dernier
Dat Did That, du Diddley Beat. Un flow marathonien d’Avignon, j’ai rencontré Djordjevic. Il s’agit d’un album, Stup Virus, financé grâce à un crowdfunding
qui ne peut étancher sa palabre. Composition à nu, mec de Paris qui pense quelque chose sur une vidéo sensationnel classé comme un record européen.
réception à cru pour ce debut album dépourvu de Youtube de David Guetta préconisant ses précieux Depuis leurs débuts dans les années 2000, le groupe
censure et considéré par son propre auteur comme conseils de production (trouver le kick qui nous aux mille visages, personnages et intrigues alterne
une tribune personnelle à l’encontre de tout mu- plaît le plus au monde et l’utiliser dans toutes ses périodes de veille profonde et réveil tumultueux.
sellement. Et de toute étiquette puisqu’il refuse productions). Un homme se lève pour s’opposer à Mais à en juger le succès de la levée de fonds
d’être associé uniquement à une « scène hip hop ses dires, il s’agit bien sûr de Djordjevic, qui, en une entreprise en 2016 pour son tout récent opus, la
LGBT ». Cakes Da Killa est gay et entend jouir de seule chanson, ridiculise avec candeur cette star formation semblait avoir laissé un vide incomblable
la vie en tant que tel mais son album n’appartient de la musique électronique mélodique pour stade dans le paysage du hip-hop fusion. Ce hip-hop au
qu’à lui et à ceux qui veulent découvrir sa manière ou amateurs de champagne premier prix vendu au tempérament de punk, dopé par un bouillonne-
de tracer son chemin. A vif, dans le fun, dans la tarif de boîte. Jeune actif fraîchement sorti d’une ment de références alliant rock, synth wave (Lonely
multiplication d’expériences sexplicit (Frostin’) que école dont nous tairons le nom, ce musicien nous Loverz), trip hop (The Solution) et surgissement de
relatent sa verve joyeusement impudique. Cet « sons bizarroïdes assumés (La seule alternative). Et
livre son probable second album à moins qu’il
Hedonism », titre de l’album, c’est SON hédonisme, puis retrouver Stupeflip revient à renouer avec son
s’agisse du dixième, impossible de le savoir dans
sa manière intense et trépidante d’être au monde, univers de bric-à-brac ordonné selon les « ères du
le contexte informel qui l’entoure, soutenu par le
way of life qui requiert d’être suspendu à son New Stup » et l’organisation secrète du « Crou » dont
label Linge Records qui accueille cette sortie. Après
Phone. Impudeur n’est pas vulgarité si l’on mesure le Stupeflip ne serait qu’une émanation. L’opus est
que la joie, dans une société toujours aussi hostile avoir abordé le sujet du graphite, lors d’une courte scandé par de courtes plages narratives expliquant
aux homosexuels, est une forme de résistance face introduction enregistrée sur la table d’un jardin la propagation du « Stup Virus » ainsi que par des
à l’ignorance crasse. La célébration de la vie se fait autour d’un café, Djordjevic balance des tubes. De morceaux minimes d’une minute (Knights of Chaos,
dans les clubs qui sont pour lui un home sweet la Dance guillerette et rebondie, le tout entrecoupé Fou-fou, Grosse Tête). Forcefield étend le scénario
home où loge sa liberté et son identité. Up Out My de morceaux acoustiques (piano, voix ou guitare) catastrophe du « Stup Concept » vers une divaga-
Face accueille d’ailleurs, au refrain, une invitée de et chanté avec une justesse approximative. C’est tion poétique magnifique. Crou Anthem et 1993
choix, Peaches, qui a toute sa place dans l’univers pourtant bien de chansons à texte dont il s’agit, ravivent, eux, avec une rage teintée d’humour, la
de boîte de nuit bondée qu’est cet album. Et puis d’odes à la banalité qui le feraient passer pour un nostalgie des beats nineties du rap français. Sur
surgit un îlot de douceur assez isolé au milieu d’une héritier de Tom Novembre ou Anne Laplantine, ou 19 titres mêlant jeu de rôles dynamiques et dis-
ambiance générale de clubbing : Tru Luv, éclat soul un Lizene qui aurait collaboré avec Gala. « Com- symétrie constitutive, l’album s’écoute avec plaisir
réalisé en collaboration avec Josh DST, venant ap- pilation à Paul Narèphe » est un assemblage de et fluidité mais nécessite plusieurs tours de platine
porter une touche plus sereine à un opus survolté. morceaux dansants et de chansons aux propos pour prendre la mesure de son univers riche et de
I
✎ Jonathan Allirand http://urlz.fr/53uw
inoubliables, avec un ton hésitant et inconfortable.
N’allez pas écouter ce disque si vite, car le meilleur
sa poésie énigmatique.
I
✎ Jonathan Allirand http://urlz.fr/53uy
moyen de découvrir Djordjevic c’est de foncer le
Cakes Da Killa ©DR

Stupeflip ©DR
voir en concert, pour admirer ses performances
de guitariste, son lightshow miniature et spectacle
d’objets construits sur mesure pour chacune de
ces chansons. Attention Spoileur ! À noter : une
reprise piano magnifique, intense et exsangue du
hit putassier « Call On Me » d’Eric Prydz, et une
piste qui traite de la sécheresse de certains gâteaux
après ouverture de leur emballage. Lien à rajouter.
I
✎ Lühje Dallage http://urlz.fr/53ux

72 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
ALBUMS

John Lydon / PIL ©DR
Date de sortie :
Date de sortie :
25/10/2016
02/12/2016
Nationalité : AT
Durée : 00:33:37
Styles :
Nationalité : DE
electronic /
Styles :
expérimental /
Electro
Avantgarde

Renaldo & the Loaf Rashad Becker Traditional
Hurdy Gurding (Klanggalerie) Music of Notional Species Vol. II (PAN)
Ce fut le retour inespéré de la fin d’année 2016, Plus connu pour son travail derrière les consoles d’un
presque trente ans après leur dernier disque en studio comme ingénieur du son, pour ses masterings
date : The Elbow is Taboo (1987). Créé dans les an- tirés au couteau, que pour sa musique, l’allemand
nées 70, le duo britannique formé par Brian Poole Rashad Becker revient trois ans après son premier
(Renaldo) et David Janssen (Ted the Loaf) a produit album Traditional Music of Notional Species Vol.I avec
une des musiques les plus étranges du monde. un deuxième volume qui continue son travail de
recherche sur le son et les tensions. Alors que l’on
Parfois comparé à un singulier mélange entre les
pourrait s’attendre d’un ingénieur son, qu’il nous
délires dadaïstico-surréalistes du Residents des
sorte un album de techno aux sonorités gonflées
débuts et une folk ethnique d’un autre âge, leur à bloc, Rashad Becker lui, s’offre le luxe de jouer
univers sonore n’a jamais eu de réel équivalent. sur les ambiances dilettantes et les constructions
Les voix y sont suraiguës et cartoonesques, les électro-acoustiques aux résonances surgies d’une
rythmiques dynamiques quand elles ne sont pas tribu perdue. Les outils qu’il utilise sur Traditional
hystériques. Les instruments traditionnels s’intègrent Music of Notional Species Vol. II font appel à une
à des boucles sur bandes magnétiques et autres familiarité étrange, dérivant sur des eaux instables
guitares préparées pour créer de bizarres mélopées aux courants profonds, folklore souterrain d’une
médiévales. Struvé & Sneff (1979), Songs for Swinging urbanité passant à coté de perceptions enfouies
Larvae (1981) et Arabic Yodelling (1983) ont défini- dans des systèmes microscopiques, que seule une
attention particulière permettra de mettre en relief.
tivement imposé leur style, qui reste intact sur ce
cinquième opus. Rien n’a véritablement changé si Rashad Becker casse les images pour donner naissance
ce n’est la technologie. Les bidouilles électroniques, à une musique moléculaire aux rythmes singuliers,
bien que plus sophistiquées que par le passé, distorsion permanente d’effluves spectrales pour
gardent cette touche avant-gardiste, mêlées à un des montées d’adrénaline inquiétantes. Construite
autour de polyrythmies tribales et d’extensions
instrumentarium et tout un tas d’arrangements
oniriques, la musique de Rashad Becker est d’une
proches des musiques celtiques. L’ensemble est
intelligence absolue, condensant la musique dans
délirant comme jamais, les mélodies aberrantes, un écrin de matières abrasives, mariant didgeridoos
les samples revigorants et l’imagerie absurde et et trompettes enfantines, bruits de percussions in-
carnavalesque toujours de mise. définissables et chants imaginaires nés de machines
Vous pouvez aller voir la vidéo du morceau “A Convivial malades rafistolées au scotch. Traditional Music of
Ode” sur Internet pour juger par vous-même, un titre Notional Species Vol. II est une beauté absolue pour
plus représentatif de la veine médiévale campag- celui qui saura en comprendre ses motivations et
narde du disque (les absolument excellents “Gurdy en accepter sa totale liberté. Magistral.
Hurding” et “Carrot Ballet”). D’autres compositions
explorent un aspect plus fanfare (“Henri Rise”), des I I
✎ Roland Torres http://urlz.fr/53oK http://urlz.fr/53uI

valses d’un autre monde (“Pessimistic Song”), une
Rashad Becker ©Yusaku Aoki/RB

electro groovy déstructurée et grotesque (“Scent
of Turnip”) ou des atmosphères plus énigmatiques
(“Asper Dorsalis”), avec une grande présence des
voix, retraitées, découpées et superposées à foison.
Jouissif d’un bout à l’autre.
I
✎ Maxime Lachaud http://urlz.fr/53uG

74 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
ALBUMS

Sur le CD3 de « Metal Box », on trouve une ver-
sion géniale de « Death Disco », dont la section
Date de sortie : rythmique bien Fat est mise en avant. Pour le reste, Date de sortie :
28/10/2016
on retiendra un mix alternatif de « Memories », 3//06/2016
Nationalité :
plus chaleureux que l’original, une pré-version Durée : 00:37:08
UK
expérimentale de « Chant » ainsi qu’une blague Nationalité : DK​
Styles : Punk /
Styles : Electro
New Wave sympathique à la fin de « Music for an Oven ».
Les lives sont bruts, davantage choisis pour leur
énergie que pour leur qualité sonore qui laisse
PIL parfois à désirer, comme en témoigne le live à BODY SCULPTURES
Manchester, organisé à l’arrache juste après une
METAL BOX (UMC / Virgin EMI) A Body turns to Eden (Posh Isolation)
session du groupe à Granada TV.
Une des pièces maîtresse et pionnière du post-punk, Composé de musiciens de la scène noise suédo-
“Metal Box” de 1979, ainsi que le moins plébiscité ise et danoise, Body Sculptures pourrait être un
ALBUM (UMC / Virgin EMI) super groupe. On y retrouve Jonas Rönnberg, Erik
“Album” de 1986 se voient réédités une nouvelle
fois. Encore ? Oui mais cette fois-ci on est plus Place à “Album” de 1986, qui célèbre ainsi ses 30 Enocksson, Frederikke Hoffmeier, Ossian Ohlsson
proche du documentaire que de la réédition à bonus. balais, avec une autre flopée de compact discs, et Loke Rahbek. Pourtant, le style qu’ils ont choisi
incluant un live à la Brixton Academy dont le son d’explorer est à l’antithèse de ce à quoi on pour-
Rien de nouveau du côté de la remasterisation qui
terne et beaucoup trop sage provoque une sensa- rait s’attendre : une musique ambient minimale de
date déjà (2009) mais mérite d’être redécouverte.
tion de vide. Le CD le plus intéressant reste ici celui toute beauté, très mélancolique et mystique. Après
Après comparaison avec la version précédente au
des démos. Enregistré dans des conditions moins un premier disque sous format singe + cassette
même volume, celle-ci bénéficie de médiums aigus en 2015, The Base of All Beauty is the Body, les
plus équilibrés, moins métalliques et criards (bien ou soignées, ça sonne quand même du tonnerre.
cinq comparses continuent à explorer un univers
pas, à vous de trancher), L’attaque des transitoires On sent que le passage studio avec Bill Laswell a
où se mêlent l’électronique et l’acoustique, porté
est légèrement accentuée, et, même avec le gain totalement changé la donne, dans le bon comme
par les émotions visuelles. Cette fois-ci, ils se sont
de volume, la dynamique reste similaire ce qui est dans le mauvais sens. Les morceaux empruntent inspirés de la photographie d’un jardin marocain.
un point crucial et louable. un chemin beaucoup plus froid et radical, nourri Difficile de dire comment cela peut se ressentir dans
Le traitement sonore hétérogène des autres disques d’improvisations et de mantras, d’expériences de ces compositions, si ce n’est que cette musique
liés à « Metal Box » est loin des canons de notre studio et étonnent par leur éloignement avec les éveille l’esprit à de nombreuses visions, plutôt
époque, et tant mieux, avec un son plus mat et productions Killing Jokesques ou « américanisées » enneigées il faut bien dire car cet album se révèle
toujours cette belle dynamique. C’est naturel et de l’album. L’omniprésence de boites à rythmes particulièrement glacial. Comme bon nombre de
sans artifices (même si parler d’artifices et un bien donne un tout autre caractère, beaucoup plus leurs comparses, ils ont digéré l’héritage post-
grand mot pour du PIL). Même si certains mixs ont proche d’un climat cold wave / synthwave. On pense industriel pour le mêler à des mélodies synthétiques
plus de coffre, rien n’est mieux ou moins bien, il évidemment aux Cure de l’époque, mais aussi à accessibles, tout comme Haus Arafna ou Antlers
s’agit juste de choix, de sensations et de parti pris Neon Judgement ou aux plus tardifs Revolting Cocks. Mulm, dont chaque morceau s’apparenterait à un
complètement différents. I
✎ Lühje Dallage http://urlz.fr/53uK requiem (les orgues sur “The Pyre”, les cloches sur
“Breath of Wind Sows the Seed”). En ce sens, on
pense indéniablement au Coil de la période Astral
Disaster/Musick to Play in the Dark ou à l’album
Le point négatif, c’est que les coffrets de rééditions multi-CD, c’est toujours un peu la même sensa- de Caroline K., Now Wait for Last Year. Le John
tion. Même si c’est bien, riche et soigné, il est rare que ce soit majoritairement inédit. On a alors Carpenter mystérieux des années 70 nous revient
l’impression de manger 4 jours de suite, et à tous les repas, son plat préféré, le gratin de courgettes. aussi à l’esprit, en particulier quand des boîtes à
Cela n’est bien sûr qu’un exemple et aucunement le plat préféré de John Lyndon. rythmes vintage viennent se joindre à ce délicieux
mixage, d’autant plus que Body Sculptures aime à
Une succession des mêmes rondelles qui ne veulent pas dire grand-chose, sans visions folichonnes : reprendre des thèmes musicaux (“Turning Field”,
CD1 : L’album, CD2 : Du live, CD3 : Des mixes rares, CD4 : Démos et autres : Un systématisme qui devient “Turning Field II Sunflower”). C’est funèbre et
angoissant. Finalement, une des rares rééditions récentes dont je me souviens, et qui sortait (un peu) brumeux. Les voix féminines monotones ajoutent
des sentiers battus, c’est le “Total” de New Order / Joy Division, compilation des morceaux de chacune encore un peu d’angoisse (“Feet Into Soil”, “On the
des deux époques du groupe. Est ce que le résultat est une réussite ? Pas vraiment. Malgré tout, il y Flowers Face”), jusqu’à friser la procession funèbre.
avait une vision, une prise de risque, avec un seul et même CD regroupant d’excellents mixes alternatifs Les légères rythmiques technoïdes ne dissipent
rares et un mastering d’une qualité sensationnelle. jamais la froideur élégiaque. On se laisse envahir
Les rééditions en coffret ont également tendance à faire naître le sentiment frustrant qu’il nous est et on glisse dans cet univers de drones vibrants,
offert qu’une partie émergée de l’iceberg. Pour un groupe comme P.I.L on s’attendrait à quelque chose de grincements ombrageux et de mélopées syn-
de plus conceptuel. À quand une réédition numérique avec les 30 mixes de la même chanson, et les thétiques. Le frisson nous prend jusqu’à la fébrilité
jams rares ou autres fonds de tiroirs de chez grand-mère ? Bref, quelque chose de vraiment bluffant, des larmes. Beau et addictif au plus haut point.
passionnant ou drôle, par pitié ! I
✎ Maxime Lachaud http://urlz.fr/53uP

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 75
Jarring Effects & Post World Industries présentent

FILASTINE
Nouvel album
Drapetomania

28 avril (2017) & NOVA
CD / Vinyle / Digital

« Filastine sonne moins comme de la musique du
monde mais plutôt comme de la musique d’un
autre monde » Pitchfork

TOURNÉE MONDIALE :
22.04 • Sala Apolo • Barcelone (SP)
29.04 • Macao • Milan (IT)
30.04 • Tunis (TUN) - TBC
04.05 • Madrid (ES) - TBC
05.05 • Keroxen Festival • Lanzarote (ES)
20.05 • Gjirokaster Festival • Gjirokaster (AL)
28.05 • Lighting in a Bottle Festival • Bradley, Californie (US)
31.05 • Starline Social Club • Oakland, Californie (US)
01.06 • Los Angeles, Californie (US)
08.06 • Re-Bar • Seattle, Washington (US)
09.06 • Watershed PDX • Portland, OR (US)
10.06 • Starr Bar • Brooklyon, NY (US)
16.06 • Holland Festival • Amsterdam (NL)
07.07 • St Petersburg (RU)
08.07 • Bol Festival • Moscou (RU)
01.08 • Les Orres (FR)
ALBUMS

Date de sortie : Date de sortie :
Date de sortie :
18/03/2016 8/07/2009
16/09/2016
Durée : 1:08:08 Nationalité : JP
Durée : 33 min
Nationalité : DE Styles : Fusion /
Nationalité : US
Styles : BO / Contemporary Jazz /
Styles : Hardcore
Contemporary Jazz / Electronic /
Rock/Punk
Soundtrack Jazz / Rock

Touché Amoré ERNST REIJSEGER Mouse On The Keys
Stage Four (Epitaph) Salt & Fire (Winter & Winter) An Anxious Object (Denovali Records)
À l’image de son titre, ‘Stage Four’, paru chez Epi- Avec Ernst Reijseger, le cinéaste Werner Herzog a Après la révélation avec l’EP ‘Sezession’ vient le temps
taph et qui fait suite trois ans plus tard à l’excellent retrouvé un univers mélancolique, incantatoire et de la confirmation pour le trio Mouse On the Keys et
‘Is Survived By’ – après deux albums commis via ample comme celui qu’il avait développé avec Popul son premier album forcément très attendu au tour-
Deathwish Inc. – parle d’un sujet grave en évoquant Vuh durant sa grande période (Aguirre, Cœur de nant : ‘An Anxious Object’. On admire l’objet, plutôt
de manière largement autobiographique le combat verre, Nosferatu, Cobra Verde, Fitzcarraldo). Il s’agit classe comme souvent (toujours ?) chez l’hyperactif
qu’a mené jusqu’à la fin la mère de Jeremy Bolm (le ici de leur cinquième collaboration ensemble après Denovali Records, on dépose fébrilement le disque
frontman et vocaliste du groupe) contre le cancer. The White Diamond, The Wild Blue Yonder, Dans l’œil sur la platine et voici que les premiers accords
Une thématique assez difficile donc, qui fait le cœur d’un tueur et La Grotte des rêves perdus. Aucun s’égrènent doucement, le temps d’un « Complete
d’un album que les Américains ont su rendre à la synthétiseur chez Ernst Reijseger et un background nihilism » à l’élégance gracile, ici déposée comme
fois sobre et particulièrement intense. Entre colère, tout autre que celui des planants Allemands. Vio- une ultime dernière respiration avant de se lancer
désespoir, résignation, refus de la fatalité, Touché loncelliste, plus habitué aux musiques improvisées, dans un grand huit jazz fusion de très haute volée.
Amoré aborde la maladie de manière frontale, avec musiques du monde ou musiques de chambre, le Les Nippons dévoilent alors « Spectre de mouse » et
le magnifique « Flowers and You » inaugural et néerlandais combine ici tout son savoir-faire afin
refont le coup de ‘Sezession’, entre maestria technique
bouleversant qui ouvre ce nouvel album. Un titre à de proposer une musique immersive, élégiaque
effarante et sentiment d’urgence fébrile. Une pluie de
la fois touchant et rageur en forme de grand huit et languissante. L’originalité vient de la diversité
notes parcourant les deux pianos qui se répondent,
émotionnel qui nous fait passer par un peu tous des interprètes et des combinaisons culturelles
un duel fratricide arbitré par un batteur toujours aussi
les états et démontre que le groupe, à l’image de étonnantes orchestrées par le compositeur. Cordes
survolté. Comme à son habitude, Mouse On The Keys
ce dont il veut ici témoigner ne se laissera jamais grinçantes, piano romantique, accordéon taciturne,
flûtes acrimonieuses se mêlent aux complaintes de impressionne : mélodie entêtante, toucher de clavier
abattre (« New Halloween »). Sans fausse pudeur
Mola Sylla, un chanteur du Sénégal. Les polyphonies, au dessus de la moyenne et fougue peu commune, le
mais avec cette intégrité qui a toujours été l’une des
avec leurs vibrations gutturales (“Fin Tantos Cassa- tout pour un cocktail musical furieusement emballé.
marques de fabrique de leur musique depuis ‘…To the
tores”), renvoient même à ce superbe documentaire On l’a compris : dans leur frénésie instrumentale, les
Beat of a Dead Horse’ en 2009, les Touché Amoré ne
de Herzog qu’est Les Cloches des profondeurs. Pour japonais font ici ce qu’il savent faire de mieux. Et
cachent rien et abordent les aspects les plus difficiles
ceux qui auront vu Salt and Fire, sorti en décembre plus encore quand il faut enchaîner avec un « Seiren
de cette lutte acharnée contre la maladie (« Eight
dernier et coproduit par Potemkine (toujours dans les » au groove fiévreux marqué un jazz incandescent,
Seconds », « Palm Dreams »). Du choc des premiers
bons plans !), la musique y joue un rôle primordial, esquissé en clair/obscur. Le trio façonne ses ambiances
symptômes, de l’acceptation de la maladie, de la peur
de ne pas s’en sortir, de l’espoir, de ces moments à la fois en décalage avec le récit (sorte de thriller et ne laisse rien au hasard. Impossible, sa musique
où l’on sent au fond de soi le besoin de profiter une écologique chamboulé par le goût de Herzog pour est une merveille de précision, d’horlogerie suisse
dernière fois de ces petits instants de bonheur que les farces grotesques et pour une liberté de ton comme appliquée au free-jazz et directement importée
réserve malgré tout l’existence (« Benediction »), anti hollywoodienne au possible) et soulignant depuis l’Empire du Soleil Levant. Ne redoutant pas la
le groupe parle à l’intime et le fait avec une classe une mysticité et un rapport entre l’homme et la prise de risques, les Mouse on the Keys s’amusent
étourdissante (« Posing Holy », « Water Damage »). nature, mis en avant dans la seconde partie qui avec l’exercice de style « Dirty realism », avant de
Accompagné de ses frères d’armes, Jeremy a voulu se passe dans le désert de sable de Salar d’Uyuni revenir à quelque chose de plus classique chez eux,
rendre un dernier hommage à sa mère avec cet album en Bolivie. L’ambiance d’ensemble est recueillie, mélodique et raffiné avec le très beau « Forgotten
se terminant sur le très beau « Skyscraper » (avec magique et parfois même un brin ludique dans sa children » avant le plus rythmé « Unflexible grids ».
Julien Rose Baker). Une ultime ode à l’amour filial, combinaison d’un violoncelle free assez délirant Experimental mais pas trop, inventif juste ce qu’il
émouvante, touchant mais jamais forcée qui conclue et tellurique avec des chants d’élévation appuyés faut, toujours d’une imparable cohérence, le groupe
joliment cet album indispensable, autant de par sa par des percussions tribales (“A una Rosa”). Par révoque les clichés de l’expérimental avant-gardiste
thématique que de sa réalisation imparable. Sans moments, des touches de musique répétitive outrancier pour chercher l’originalité efficace, clairement
doute parce que les grands groupes et musiciens minimaliste se font sentir (“Foreign Country”) assumée (« Double bind », « Soil », « Ouroboros »).
se révèlent dans les moments les plus difficiles de mêlées dans un tout indéniablement cérémonieux Rien à redire, après deux sorties, le groupe s’impose
leur vie. Respect. et chimérique. Poétique malgré une dominante comme une exception (à tous les sens du terme)…
I I
✎ Aurelio www.scoreav.com http://urlz.fr/53uM
maussade (“Reunion”).
I
✎ Maxime Lachaud http://urlz.fr/53v0
(Très) Classe.
I I
✎ Aurelio www.scoreav.com http://urlz.fr/53uL

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 77
ALBUMS

Date de sortie : Date de sortie :
30/09/2015 04/11/2016 Date de sortie :
Durée : 1h 11 min Durée : 00:58:30 03/11/2016
Nationalité : FR Nationalité : FR Nationalité : PL
Styles : INDUS / Styles : JAZZ / RIO / Styles : Coldwave /
electronic / expérimental / Synth
expérimental math rock

Krackhouse Chromb ! 7JK
Comes Alive (Sordide Sentimental /Atypeek Music) 1000 (Dur et Doux / Atypeek Music) Ride the Solar Tide (Redroom)
Retour sur un groupe newyorkais un peu oublié Il y a deux ans sortait le deuxième album de Recentré autour de Matt Howden (Sieben) et Maciek
aujourd’hui. Krackhouse fut un projet lancé dans Chromb ! judicieusement nommé II, extraterrestre Frett (Job Karma), le nouvel album de 7JK se présente
les années 80 par Mike Sappol, rejoint ensuite par subjuguant. En misant sur le bon cheval, la prédic- d’emblée comme un trip. Le titre, l’artwork, les voix
Murray Reams et Doug Henderson, ce dernier étant tion voulait que ce quartet remette le couvert de samplées, les thèmes et les ambiances hallucinées
devenu entre-temps bien réputé dans le milieu de ne trompent pas, et dès l’introductif “Liftoff for
haricots verts et c’est avec joie et bonheur qu’avec
7JK”, le décollage est garanti. Plus psychédélique et
l’art contemporain. C’est lui d’ailleurs qui assure un peu de beurre, nous nous laissons entraîner par cosmique que le précédent Anthems Flesh (2012), la
le remaster de cette version digitale proposée par 1000 judicieusement nommé… euh non en fait… musique n’en oublie pas les touches electro-wave
Atypeek d’un disque initialement paru chez Sordide mais oui quand même ! (Chris & Cosey, Clock DVA, Depeche Mode, John
Sentimental en 1993. Les paroles de Mike Sappol Mille fois mieux ? En exagérant légèrement, cet Foxx, Nagamatzu...) mais les amènent vers des
s’y trouvent aussi, révélant un second degré et un album qui aurait dû s’appeler III en vaut bien le territoires totalement originaux. Véritable odyssée,
sens de l’absurde tout beckettien pour ces amateurs double, voire le triple puissance 4. Grâce à une col- parsemée de messages ésotériques, le disque tire
de dadaïsme sonore. Leur univers peut d’ailleurs lecte participative, 1000 est à peu de chose près la sa force de l’alliance parfaitement équilibrée entre
s’apparenter à celui des Residents, de Renaldo & somme récoltée. Ce groupe français qui aime tant acoustique et électronique, violons et rythmes
the Loaf ou de DDAA, à la fois free, industriel et jouer avec les chiffres accentue ici son côté math- digitaux, voix réelles et voix échantillonnées. Mé-
ludique, relevant presque d’une forme d’art brut lodique et atmosphérique, cette aventure spatiale
rock, réduit minutieusement son attache jazz et
mêlé de poésies et spoken words. Sur ces sept regorge de très belles compositions : “The Centre
multiplie ses idées dans des structures élargies où
pistes sonores, ils avaient aussi bénéficié de l’apport of the Universe” et sa basse cold accrocheuse,
l’insolence n’a d’égale que la maturité de l’écriture. le mélancolique “Barry the Astonishing” et son
d’instrumentistes extérieurs, dont le plus connu est
La durée du disque a doublé, l’énergie est à son violon fou comme tiré d’un vieux Tuxedomoon,
sûrement Eugene Chadbourne. Dès “Flowers of Shit”
summum ; cependant, l’incursion dans 1000 ne se la synthpop sous acide de “Black Hole Entropy”
se mêlent des collages de bandes magnétiques, un
fait pas facilement. Rappelons que les Lyonnais et surtout “Guidance is Internal”, symbiose totale
groove de percussions inversées, une guitare funk
n’ont pas de guitare ce qui fait reposer beaucoup entre l’univers des deux groupes pour toucher à
maladive et un violon neurasthénique. Les Fleurs une ethno-pop baroque pour l’ère atomique. Du
de paramètres principalement mélodiques sur le
du mal de Baudelaire y sont retraitées en mode début jusqu’à la fin, on ne touche plus terre, et
saxophone, les claviers mais aussi la basse. Le
urbain, humoristique et trashy. “These Kids” va on peut même se laisser aller à danser comme
groupe décline les influences stylistiques tout en
plus loin encore dans cette musique déstructurée, perdu au fin fond d’un nightclub sur une planète
gardant unité et énergie, se permet de rajouter par
spasmodique, aux textes scandés. Inclassable et inconnue (“Undergrowth”). Ça plane sévère, la voix
moments du chant humoristique. Parfois absurde
fou, à la limite du psychiatrique, le morceau se de Matt est toujours aussi pure et ses couches de
et farfelue, la musique de Chromb ! est variée et cordes émergent avec grâce des beats addictifs de
base sur des samples grouillants et rythmiques qui
lui apportent une dimension dansante, bien que consistante, même dans les expérimentations les Maciek. De la bonne défonce.
totalement déglinguée. Ça tâche, c’est cradingue plus poussées, l’aura de Mr Bungle planant furtive-
tout en restant toujours dynamique. Sur “Mediter- ment de-ci de-là. I
✎ Maxime Lachaud http://urlz.fr/53uW
ranean Homesick”, la guitare évoque Snakefinger, Chromb ! a encore une fois mis dans le mille,
alors que “Rusty Razor Blade” pourrait être la c’est le cas de le dire avec un album léché dans

7JK ©Cécile Hautefeuille
BO d’un comics chez les cajuns du bayou et que les moindres détails, même si quelques micro
“Pornovista” se rapproche d’une ethnicité aberrante longueurs effacent le côté immédiat des débuts.
comme celle des Texans d’Ak’chamel. “Virginia”, Fruit d’un travail considérable, semble-t-il, produc-
avec sa nature obsessionnelle, révèle un climat tion incluse, 1000 suscite l’engouement et force le
plus inquiet dans sa bizarrerie. Vingt minutes de respect. Le groupe a su faire évoluer sa musique
délires bien régénérateurs. sans la dénaturer, c’est une réussite.
I
✎ Maxime Lachaud http://urlz.fr/53uQ I I
✎ Aleksandr Lézy http://urlz.fr/53qt http://urlz.fr/53uT

78 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
ALBUMS
des meilleurs
Ces fauves, aussi sanguinaires et indomptables qu’ils
paraissent, font cependant preuve d’une coordination
Top 5 Albums Jazz
Date de sortie :
2001
et de communication dans leur jeu dynamique: le By CITIZEN JAZZ, le mag de Jazz
registre de Takayanagi s’adapte à celui de d’Abe,
Durée : 00:29:25 COMmENT LIRE UN QR CODE ?
Nationalité : JP le duo se synchronise et combinent leurs timbres
Styles : Noise / respectifs pour créer une masse indissociable et Pour lire un QR Code, il suffit de télécharger une applica-
Free Improvisation opaque au timbre métallique et infernal. tion de lecture de QR Codes. D’ouvrir l’application et viser
Gradually Projection, pièce située chronologique- le QR Code avec l’appareil photo de son téléphone mobile
ment entre les deux parties de Mass Projection, se et l’application lance l’écoute de la playlist.
Masayuki Takayanagi & Kaoru Abe montre plus tempéré que ce dernier. Les phrases
mélodiques de sax, de clarinette et de Shakuhachi
Mass Projection & Gradually Projection
( Diw )
prennent le dessus, soutenus par un Masayuki
Takayanagi dissonant mais discret en accompagne- Chromb !
C’est en Juillet 1970, soit 5 ans avant Metal Ma- ment à la guitare acoustique. 1000
chine Music, qu’a lieu la session qui aboutira sur Paru le 4 novembre 2016
Le niveau sonore plus soutenu laisse occasionnelle-
ces deux albums préfigurant la noise music telle ©Dur Et Doux / Atypeek
ment entendre l’ambiance sonore du club qui vient
qu’on la connait. Nés de la rencontre d’un jeune http://urlz.fr/52pR
se mêler à la performance. Progressivement, le jeu
saxophoniste alto et d’un guitariste affranchi du
mélodique de Kaoru Abe se déforme et dérape,
Jazz, Mass Projection et Gradually Projection sont
les cris stridents reviennent ponctuer les phrases
deux pièces complémentaires d’une seule et même
mélodiques. Les solos reprennent peu à peu le
oeuvre qui a marqué les grands improvisateurs
de la scène d’avant-garde (de Derek Bailey à Ray dessus avant de laisser place à un solo disonnant
d’harmonica pour clore la pièce. Quatuor IXI
Russel). Animés d’un talent et d’un caractère in-
domptable, c’est un Jazz féral d’une violence inouïe A la fois paroxysme du Jazz et précurseurs de la & Melanoia
que livre le duo sur Mass Projection; le free Jazz Japanoise, vous aurez compris que Mass Projection RED
de d’Ornette Coleman est ici porté à ébullition, ses et Gradually Projection ne sont pas des albums Paru le 14 décembre 2016
limites repoussées jusqu’à ses frontières absolues. facilement abordables. ©BMC Records
Mass Projection nous confronte d’entrée de jeu à Plus de 45 ans après leur sortie, le niveau de http://urlz.fr/52qr
une fanfare pandémoniaque, un mur de sonorités débauche sonore atteint par le duo sur Mass Pro-
grinçantes et stridentes qui se maintiennent avec jection par le biais d’instruments acoustiques se
peu de relâchement jusqu’à son extinction. Le
son pachydermique et stridulent des solos de sax
montre inégalé. Pièces fondamentales de l’avant-
garde, la distribution limitée de ces albums font
Paul Lay
d’Abe s’entrechoque avec les larcens de guitare d’eux des perles rares qui s’arrachent à prix d’or Alcazar Memories
de Takayanagi comme deux bêtes féroces s’entre- chez les collectionneurs. Paru le 17 février 2017
©Laborie Jazz
déchirent sans répit pour leur territoire.
I
✎ Robin Ono http://urlz.fr/53uX
http://urlz.fr/52qC
Masayuki Takayanagi ©DR

Jean-Brice
Godet
Lignes de crêtes
Paru le 20 janvier 2017
©Clean Feed
http://urlz.fr/52qJ

Emmanuel
Scarpa
Invisible Worlds
Paru le 7 novembre 2016
©Coax Records
http://urlz.fr/52qP

www.citizenjazz.com
ALBUMS

Date de sortie :
Date de sortie : Date de sortie :
17/03/2016
27/01/2017 10/03/2017
Durée : 14 mn
Durée : 00:58:26 Durée : 00:53:00
Nationalité :
Nationalité : Nationalité : DE
FR
US Styles : electronic /
Styles : Alternative
Styles : Rap expérimental
Post-Rock / Noise

Migos Culture L’Effondras IMYRMIND
(300 Entertainment/Quality Control) Les Flavescences (Noise Parade) Uniwersum Luxus (Money $ex Records)
Originaires d’Atlanta, Quavo, Offset et Takeoff, le trio Après un premier album en 2014 qui convainc aussi Il y a des albums, dont on ne comprend pas
composant Migos sont de retour, avec un deuxième bien la presse que les oreilles curieuses, le trio de pourquoi ils ne sont pas plus mis en avant dans
album Culture qui devrait rafler la mise cette année. Bourg-en-Bresse ré-émerge au grand réjouissent de la presse spécialisée, tant leur potentiel créatif se
Même s’ils n’ont jamais vraiment quitté les radars la scène post-rock française en ce début d’année. démarque par moult détails, à l’image du premier
depuis leur premier album Young Rich Nation, L’occasion en question est celle d’une inauguration, album de IMYRMIND, Uniwersum Luxus. On ressent
nous abreuvant régulièrement de mixtapes, Migos à savoir celle du successeur au premier LP. sur Uniwersum Luxus une véritable jubilation, un
a définitivement imposé son style avec ses flows plaisir de tous les instants disséminés sur chaque
Doté de 4 nouveaux titres numérotés de X à XIII, le titre ou interlude, gorgé d’influences diverses et
stylisés, gorgés d’onomatopées aux sens obscurs,
voir surréalistes et de raclu res de gorges. groupe reprend les festivités là où il les avait laissés éparses, n’hésitant pas à faire se déhancher la house
avec son dernier EP avec de grosses compositions et à jazzifier la techno, à déployer des ambiances
Cherchant avant tout à faire valser les mots, à leur instrumentales à mi-chemin entre une atmosphère
donner des rythmiques particulières, Migos est une smooth au funk poisseux, pour nous faire virevolter
desert rock à la Earth et une ambiance évoquant au dessus de nuages baignant nos corps de grâce
formation qui aura profondément marqué toute
l’exploration de l’espace. céleste. IMYRMIND possède un esprit explorateur
une génération de rappeurs, leur manière de faire
danser les textes s’imposant de plus en plus chez Une fois de plus, la formation ne manque pas en forme d’hommage à tout un pan de la musique,
les autres, créant une flopée d’émules. d’impressionner avec la richesse de leur son créé au sens très large du terme, alternant les tempos
principalement par, faut-il le rappeler, un trio de et les couleurs, alliant samples habilement choisis
La production assurée par leurs collaborateurs de et production sans effet de style pour un impact
longue date, 808 Mafia, Zaytoven, Metro Boomin deux guitares et une batterie.
immédiat. Uniwersum Luxus possède une capacité
et Nard & B, continue de faire des merveilles, mé- Doté d’une production plus organique et détaillée à nous prendre par les tripes et faire danser notre
langeant cloud rap, psychédélisme rêveur, groove qui remet une nouvelle couche de finition sur leur esprit sur un dancefloor à la sophistication groove
trap et mélodies imparables, aux volutes parfois son, le trio orchestre une expérience d’écoute à la dentelée, enrobée d’une certaine dose d’humour
complexes, entourés de featurings à faire pâlir a fois hypnotique et engageante. Les ambiances se et de folie douce. Une très belle réussite.
concurrence : Travi$ Scott, Guci Mane, DJ Khaled, 2
Chainz. Tous les ingrédients sont réunis pour faire
fondent l’un dans l’autre, posées sur des rythmes
de batterie syncopés qui ressaisissent l’attention de I I
✎ Roland Torres http://urlz.fr/53oK http://urlz.fr/53v2
de Culture une pièce maîtresse de la nouvelle scène l’auditeur. Les compositions évoluent lentement et

IMYRMIND © DR
rap. Un must. progressivement, faisant la part belle à la répétition
I I
✎ Roland Torres http://urlz.fr/53oK http://urlz.fr/53uZ pour densifier l’atmosphère et laisser le temps de
contempler la matière sonore.
MIGOS © DR

Au-delà de la dimension contemplative de Les
Flavescences se trouve une musique qui est bel
et bien en mouvement, qui prend le temps de
planter son décor sans se priver de moments
plus dynamiques. Sorte de leitmotiv sur l’album,
on regrettera cependant l’usage systématique des
longues ouvertures qui introduisent chaque titre,
d’autant plus que XII - Phalène, semble faire office
de prologue au majestueux final de 25 minutes qui
clôt l’album, pourtant largement autosuffisant.
Sans révolutionner pour autant la formule du post-
rock tel qu’on la connaît, L’Effondras nous livre ici
un album engageant quoiqu’un brin monochrome.
I
✎ Robin Ono http://urlz.fr/53uN

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 81
RETR O U V EZ TOU T L E S G R A ND S C L A S S I Q U E S
D U FR EE JA Z Z F U T U R A M A R G E
s ur W W W. f ut u r a m a rg e . ba n dc amp. c om - Di s poni bl e en CD ou DIGITAL
AL’TARBA
La nuit se lève

« Album kaléidoscopique où de multiples horizons
s’agrègent dans un même carcan obscur et radical, « La
Nuit Se Lève » donne de la nuance à la scène abstract hex-
agonale, quand de nombreux producteurs s’enlisent dans
la nostalgie. Le contenu de ce nouveau projet risque de
diviser, notamment à cause de la ballade violente dans
laquelle il nous emmène, de l’impétuosité des rythm-
iques et de la densité du mix. Les références dans les sam-
ples et dans les titres sont assez jouissives lorsqu’on
en décerne la provenance, mais resteront sans effet
sur celles et ceux qui n’ont pas les clefs nécessaires
pour en trouver l’origine. Une chose est cependant cer-
taine : on ne restera pas de marbre une fois ce riche univ-
ers dévoilé à nos oreilles, avec un travail sur l’ambiance

et les mélodies d’ores et déjà mémorable.»

indie music

84 ATYPEEK MAG #01 OCT./NOV./DEC. 2016
http://www.iotrecords.org/al-tarba

«Plus
électro
que Wax
Taylor,
moins funk
que
Doctor L,
le Toulou-
sain creuse
son propre
sillon
et trouve
un juste
équilibre
entre
abstract
hiphop et
featurings
efficaces»
TRAX

NOUVEL ALBUM
3 mars 2017

© Amás Mészáros
instantanés des copains/Copines

www.instagram.com/atypeek/
www.instagram.com/schlaasss/
www.instagram.com/dookoom/
www.instagram.com/ultrapanda/
www.instagram.com/duretdoux/
www.antoine44nantes.book.fr ©Antoine Gary - Merci à Angélique
86 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
VIDéoclipS PAR LéA VINCE

ARTISTE : CHRISTEENE RÉALISATEUR : MATT LAMBERT LIEN CLIP : http://urlz.fr/52qQ

et sans crier « GARE » tout le monde fait tomber
le pantalon et se retrouve en slip ou justaucorps
en latex multicolore à danser furieusement sur la
musique endiablée. Joie de vivre et petit culs bien
moulés entre le rayon des légumes et des produits
laitiers, je n’ai rien à ajouter, je retourne danser.
✎ Léa Vince

Galantis - peanut Butter Jelly
http://urlz.fr/52qR
Vous savez quoi, je vais jouer carte sur table, plus Et oui la culture musicale allemande ne s’importe
de mensonges. Je vous dévoile aujourd’hui un petit pas vraiment en France. Pourtant Louane et Zaz sont
très connues en Allemagne, allez savoir pourquoi.
plaisir coupable musical, ne mentez pas, nous en
avons tous. Certains moins glorieux que d’autres Avant de vous parler du célébrissime groupe de
mais là n’est pas le problème. Galantis – Peanut métal j’aimerais préciser que j’écris cet article sur
Butter Jelly est une chanson sur laquelle je suis le sol allemand, je suis une chroniqueuse qui prend
Rammstein ses rubriques à cœur, voyez-vous.
tombée par pur hasard sur Youtube et il se trouve
que CETTE CHANSON EST PUREMENT GÉNIALE. Je Mein Land - http://urlz.fr/52qS Le groupe est donc plutôt connu pour leur musique
m’enflamme peut-être un chouia mais cela n’enlève Si je vous dis musique allemande, vous me répondrez métal industrielle légèrement provocatrice. Pour
rien au fait que Peanut Butter Jelly est une chan- certainement (tristement) Tokyo Hotel, Nena, mais le clip de ‘Mein Land’ (Mon pays) on plonge dans
son « feel-good » ultra-énergique qui me donne peut-être aussi la chanteuse de 99 Luftsballons, l’univers Beach Boys des années 60 et le moins qu’on
toujours une folle envie de danser. Pour résumer peut être Nina Hagen, Einstürzende Neubauten, puisse dire c’est que ça dépareille avec la musique.
le clip, nous nous trouvons dans un supermarché Caspar Brötzmann et enfin Rammstein. ✎ Léa Vince

88 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
VIDéoclipS PAR LéA VINCE

Die Antwoord des « phénomènes repris et décliné en masse sur Ça me rend un peu nostalgique d’écouter Boys
Internet » par le biais de photo, gif, vidéo, etc. Ce Noize, vous voyez c’est l’un des premiers artistes
Banana Brain clip est si drôle visuellement. que j’ai découvert il y a de ça quelques années
http://urlz.fr/52qU lorsque j’ai commencé à m’intéresser à l’univers
✎ Léa Vince
J’aimerais ouvrir cet article par un point prononcia- électro… oh attendez je raconte encore ma vie,
tion, parce que ce débat a agité plusieurs de mes désolé. Boys Noize, le DJ/producteur allemand a sorti
soirées auparavant. Allez c’est gratuit. On proscrit son dernier album « Mayday » en mai dernier. 2019
tout de suite la prononciation à l’anglaise, on se Après J-C, dans ce clip légèrement futuristique, nous
détend et on répète après moi ; Di ANT-wou-rde. suivons les aventures d’un jeune couple arpentant
Revenons à nos moutons, sachez que j’aime Die les rues de Mexico city. Un clip ou l’amour vogue
Antwoord. Beaucoup. Autant pour leur musique entre monde réel et virtuel. Ce fut un coup ce cœur
démente que leur univers perché. Die Antwoord musical instantané (comme les nouilles asiatiques)
sont des aliens de la planète ZEF (le style musical pour ma part, c’est si doux et dynamique à la fois.
qu’ils ont eux même crée) venu pour te retourner ✎ Léa Vince
le cerveau et te faire chanter le meilleur yaourt de
ta vie, perso je n’ai pas fait Afrikaans LV3. JUSTICE – FIRE
Le groupe est de retour depuis septembre dernier http://urlz.fr/52qW
avec un nouvel album « Mount Ninji and Da Nice Oyé Oyé Justice est de retour, Vive Justice ! Le groupe
Time Kid » dont Banana Brain est extrait. français à la vibe électro la plus fraîche est de retour
Nuit de débauche pour ¥olandi et Ninja sous le depuis fin 2016 et ça a fait grand bruit. Dans Fire,
signe de la banane. Yolandi, cette petite friponne, titre extrait de l’album Woman, sorti en décembre
refile une bonne douzaine de somnifères à ses dernier, le groupe se fait plaisir et invite Susan
parents, subtilement dissous dans une bonne tisane Sarandon ni plus ni moins. Le clip tout entier est
du soir, tout ça pour pouvoir faire la bringue en un véritable hommage au film Thelma et Louise,
toute quiétude. Die Antwoord nous emmène dans remplacez juste Thelma (Geena Davis) par le duo
un bad trip techno déchaîné. Honte à celui qui ne français Gaspard Augé et Xavier de Rosnay. Anarchist Republic of Bzzz
bougera pas sa tête de manière frénétique d’avant Retour vers le passé dans un univers visuel on ne peut
en arrière en écoutant Banana Brain.
« Respect the Eye »
plus 80’s. Susan Sarandon, 70 ans tout de même, est http://urlz.fr/52qZ
✎ Jonathan Allirand tellement badass dans ce clip, conduisant cheveux
au vent un vieux bolide décapotable et sillonnant On part ici sur une expérience musicale totale,
The Shoes - Drifted les chaudes routes californiennes. autant musicalement que visuellement. L’univers
http://urlz.fr/52qV visuel du groupe Anarchist Republic of Bzzz signé
Susan Sarandon est plus cool que votre grand-mère par l’artiste Kiki Picasso est étrange, coloré et en
Donnez au groupe The Shoes un ordinateur portable et sûrement la mienne d’ailleurs. Justice ne nous
Mac et un accès internet, cela suffira pour qu’il somme un peu fou. Le clip est vraisemblablement
déçoit que rarement, et ce nouvel extrait ne fait pas
vous sorte un petit clip bien chaud pour le titre constitué de nombreux extraits de publicités, clip
exception, ils nous offrent un bon vieux son électro-
Drifted. OKAY ce clip ne date pas de la dernière musicaux et drama asiatiques.
pop disco toujours autant sucrée et dynamique, ça
pluie mais les piqûres de rappel ne font jamais réchauffe mon petit cœur froid d’hiver. Un drama est une sorte de soap opéra un peu,
de mal à personne. Drifted est une petite bombe voire carrément, kitsch mais version coréenne en
musicale explosive avec un beat battant et net ✎ Léa Vince
majorité. Sous la patte de Kiki Picasso, l’effet rendu
mais mélodieusement accompagné de la douce est très saturé mais étrangement hypnotisant, je
Boys noize
voix d’Ambroise Willaume. Je n’arrive pas à me vous laisse découvrir par vous-même.
décider sur mon avis concernant cette vidéo, pur 2 Live - http://urlz.fr/52qX
génie ou pure flemmardise ? Probablement un peu Encore un artiste allemand, je vous ai dit que Musique expérimentale avec une pointe d’univers
des deux. Ce clip c’est la foire aux mêmes. Pour les j’aimais bien l’Allemagne ? Bien beau pays malgré ‘musique du monde’, les Anarchist Republic of
plus de 40 ans qui ne suivent plus trop l’évolution les préjugés. Enfin nous ne sommes pas là pour Bzzz sont comme le nom de leur groupe, unique.
d’Internet depuis Windows 95, les mêmes sont parler de ma vie. ✎ Léa Vince

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 89
90 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

Le Design
et plus encore…
Janv. / Fé v. / Mars 2 0 1 7

© DR
Pierrick Starsky - Journaliste

LE CAHIER
DU DESIGN
Les monstres grotesques de
Brice Baleydier 
GABE BARTALOS créateur de Arkaïc Skateboards
Entretien  Article I The Daily Board
Maxime Lachaud, Journaliste
LA GALERIE
LE GÉANT VERT ANTOINE,
Article I Kiblind Magazine AMATEUR à NANTES
J. Tourette, Journaliste
Dans la cuisine DE
Blanc comme neige Dav Guedin
Mode I Le Village des Créateurs Interview I AAARG !
Pierrick Starsky, Journaliste
ROVT Design ALICE Féray
Article I Le Village des Créateurs
Carnet de voyage :
TATTOOISME 3, Mongolie
Article I Fred Inhvader
Chris Coppola, Journaliste

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 91
92 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

ENTRETIENARTISTE

Les monstres grotesques de
GABE BARTALOS
ENTRETIEN : Maxime Lachaud avec GABE BARTALOS INFOS : www.atlanticwesteffects.com

Quand as-tu eu ta première révélation pour les effets spéciaux ?
Gabe Bartalos : Très jeune, je sais que j’ai été affecté par le premier Godzilla.
D’ailleurs, c’est amusant de le regarder aujourd’hui car il était très sombre
en termes d’ambiance. Je devais avoir onze ou douze ans. J’imaginais
Godzilla s’élever de mon voisinage à Ardsley Road et cela me terrifiait. Je
savais que ce n’était pas réel, même si à l’époque je ne faisais pas encore
la différence entre un costume de créature et un acteur, mais cette émotion
que ce film a laissé en moi je l’ai recréée dans mes fantasmes. Ce devait
être la première fois que je projetais des images dans ma tête. Un peu
après, Creature from the Black Lagoon m’a impressionné. J’ai toujours été
© DR

fasciné par ce qu’il y a sous l’eau, et voir un costume aussi bien fait dans
un film aussi bien réalisé, cela atteignait un autre niveau. C’est à partir de
Rares sont les maquilleurs et les artistes d’effets spéciaux à avoir
là que les choses se sont mises en route et très rapidement, à douze ou
été exposés dans des galeries d’art contemporain. C’est pourtant treize ans, j’ai commencé à tourner mes propres films, en essayant de faire
le cas de Gabe Bartalos, dont les créatures hybrides et surréalistes resurgir ces images. Mon père avait une caméra Super 8, j’ai commencé à
ont pu aussi bien se retrouver dans des films gore de série B que apprendre les rudiments du tournage et du montage et à recréer et raconter
dans les œuvres expérimentales de Matthew Barney. Passionné mes propres histoires. C’est ainsi que j’ai compris que j’étais intéressé par
par le cinéma d’horreur, Bartalos s’est retrouvé dès l’adolescence la création des personnages. L’art de raconter des histoires s’est détourné
à travailler sur des tournages et à rencontrer tous les plus grands vers l’art des effets spéciaux.
noms du genre dans les années 80 : Tom Savini, Tobe Hooper, Stuart
Gordon, Joe Dante ou encore Frank Henenlotter avec qui il continue
Et ton goût pour l’horreur elle-même ? Y a-t-il eu un film qui t’a
à collaborer. Dans les années 1990, il crée Atlantic West Effects,
amené à vouloir provoquer ce genre de sensations chez les autres ?
sa propre compagnie à Los Angeles et enchaîne les commandes.
Oui, je l’ai regardé à nouveau il y a quelques années, et ce n’était pas aussi
Passionné de punk rock, il se lance dans la réalisation de clips dans
horrible que dans mon souvenir. Il s’appelle The Legend of Boggy Creek. Il
les années 2000 et dirige son premier long métrage en 2004, Écorché
y avait quelque chose de brut, qui semblait réel. Ce qui est dingue, c’est
Vif (Skinned Deep), suivi par Saint Bernard, son dernier film dans qu’après l’avoir vu, je n’arrêtais pas de dessiner la créature. Mais ce n’était
lequel il laisse libre cours à son imagination délirante. Ses masques pas la créature du film, mon esprit s’était construit quelque chose. C’est
et sculptures, à la fois monstrueux et fascinants, portent tous sa marrant car on ne la voit quasiment pas, juste une main, une forme, donc
marque, et quand il en parle, son regard brille d’enthousiasme, car c’est mon imagination qui dessinait le monstre. Il pouvait se trouver dans
malgré sa carrure de grand balaise, Bartalos reste aussi passionné un ruisseau avec le clair de lune par exemple, et c’est intéressant de voir
qu’un enfant qu’on amènerait à sa première fête foraine. comme un jeune cerveau peut être fertile.
“les créatures
hybrides
et surréalistes
de Gabe Bartalos
ont pu aussi
bien se retrouver
dans des films
gore de série B
que dans
les œuvres
expérimentales de
Matthew Barney”
© DR

Maxime Lachaud

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 93
94 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

À SAVOIR
Le premier long
métrage de Gabe
Bartalos, écorché Vif,
a été édité en France
en 2005 par le biais
© DR
du magazine
Mad Movies.

Le triomphe Cela m’a amené à travailler sur mon premier film, Spookies ou Twisted Souls.

de l’imagination
Je connaissais les cinéastes mais Arnold a eu une dispute et a quitté le projet.
Ma pensée initiale était de partir avec lui mais il m’a dit non, reste avec eux,
ils t’apprécient. Il m’a donné sa bénédiction et du coup j’ai eu en charge de
terminer les quelques monstres qu’il fallait construire. Le producteur et les
réalisateurs ont vraiment apprécié que je reste car ils avaient besoin d’aide.
C’était déjà une narration que j’avais dans la tête. Je pense aussi que j’avais le C’était la première fois que je vivais sur les lieux du tournage, je créais des
bon âge quand le genre splatter a explosé, entre 1980 et 1983. Tous ces films personnages et j’avais la possibilité de les voir sur un écran, ce qui est très
étaient fantastiques et je les ai dévorés à l’adolescence. Aujourd’hui des films important. Tu commences à voir à quoi ton travail ressemble sur la toile à
sont écrits pour rendre hommage à ce travail de Tom Savini qui était si impres- laquelle il est destiné. Est-ce que je dois mettre plus de peinture ? Est-ce que
sionnant, puis le voir se raffiner avec Rick Baker et Dick Smith, c’était se dire je dois en enlever ? Et tu t’ajustes en fonction.
qu’on pouvait avoir de l’audace et de la théâtralité mais qu’on pouvait aussi
ensuite porter attention à cet art. C’était très excitant, comme un bouillonnement
artistique. C’était une période foisonnante, et j’avais l’âge pour l’apprécier. Quand tu travailles avec un cinéaste, il faut que tu t’adaptes à sa vision.
Pour que cela fonctionne, faut-il que tu aies la même vision que lui ?
Oui, c’est double car, sauf dans les cas de mes propres films, Écorché Vif et
Quand tu as commencé à travailler sur des films, avais-tu un mentor ? Saint Bernard, je suis un artiste commercial. Un client loue mes services.
Oui. À une convention de films, j’ai rencontré un artiste d’effets spéciaux, C’est du business et je me dois de remettre ce qu’il demande. Mais les clients
Arnold Gargiulo. Il habitait à deux villes de chez moi et il m’a invité à visiter plus futés viennent me voir car ils aiment mon style, mon énergie, ou ils ont
son studio. J’ai commencé à y travailler gratuitement, puis je me suis retrouvé vu quelque chose que j’ai fait qui leur a plu. Et ils arrivent à tirer le mieux
sur des tournages et j’ai commencé à être payé. J’étais très jeune. J’avais seize de ce qui sort de moi normalement. Pour les films où il y a besoin de créer
ans et je me retrouvais sur des projets imminents. des choses ultra-réalistes, le défi est de mettre mon style en sourdine et de
À présent je vis à Los Angeles. Et à ce moment précis, je
“Tom Savini me trouvais à Houston, Texas, à travailler sur un film qui se

est sûrement ce qui nomme The Lamp ou The Outing. Tom à ce moment-là m’a
appelé disant qu’ils faisaient Massacre à la tronçonneuse 2

a pu arriver de et est-ce que je voudrais faire partie de l’équipe. Je lui ai
demandé où il était, et il se trouvait à Austin. Je lui réponds
mieux dans que je suis à une heure de route et que j’ai fini dans trois
jours. Il m’a dit, Ok t’as le job ! Étant fan des Vendredi 13
l’histoire et aussi du premier Massacre à la tronçonneuse, c’était © DR

des effets spéciaux”
intéressant de me retrouver dans cette aventure avec Tom
comme patron et Tobe à la réalisation.

C’était merveilleux de les voir faire. J’étais dans les envi-
servir le projet, ce qui est aussi très amusant à faire, je rons, ça a été ma chance, je n’ai pas eu à retourner à Los
parle des répliques de corps ou de personnages. Quand je Angeles. Ce que j’ai appris, c’est que Tom est un incroyable
rencontre un réalisateur, j’aime d’abord leur parler, j’aime superviseur. Très intelligent, il sait bien s’entourer, nous
savoir comment ils s’habillent, comment ils se coupent les n’étions pas nombreux mais la main au travail et talen-
cheveux, quel genre de chaussures ils portent, ils me disent
tueux. Il savait utiliser nos spécialités et c’est ce qui fait
la musique qu’ils aiment, ce qu’ils font pour s’amuser et
que le travail était bien fait. Il arrive à écarter toutes les
c’est à ça que les films doivent ressembler. Ce sont donc
choses chiantes, la production et tout ça pour te laisser
des choses subliminales que je branche dans ma tête pour
faire ton truc.
dire par exemple, là il faut que ce soit plus sombre, je vais
© DR
travailler sur une palette de noir et de gris et du bleu nuit.
À un autre moment, je me dis que c’est un projet plus En plus de Frank Henenlotter (Elmer le remue mé-
réaliste et terre à terre, du coup je vais travailler sur des ninges, Frankenhooker…) ou Joe Dante (Gremlins 2)
verts et des marrons. Les réalisateurs après, se disent, hey avec lesquels tu as travaillés, tu as aussi collaboré
c’est exactement ce que je cherchais mais c’est mon tact
avec Stuart Gordon pour Aux portes de l’au-delà et
et ma capacité à comprendre ce qui peut servir le projet.
Les Poupées. Comment cela s’est passé ?
Je travaillais dans des studios qui se nommaient MMI Studios
Tu as parlé de Tom Savini, et tu as travaillé avec lui pour la compagnie qui s’occupait de tous les films Empire
dans les années 80 sur Massacre à la tronçonneuse de Charlie Band. Charlie enchaînait les films comme à
2. Comment s’est passée cette rencontre ? l’usine. John Buechler, le dirigeant, savait que je supervisais © DR

Tom est sûrement ce qui a pu arriver de mieux dans l’histoire déjà des projets sur la côte est. Il a dit, nous avons une
des effets spéciaux. C’est une personnalité tellement forte, liste de films, celui-ci c’est Les Poupées réalisé par Stuart
positive, jeune, il se fait aimer par tellement de gens. Ce Gordon, et tu le fais. Aux portes de l’enfer se préparait au
n’est pas du tout l’image des hommes en blouse dans leur même moment. Il y avait aussi un film de David Schmoeller
labo. Il était plus comme Rick Baker, jeune et facile d’accès. qui s’appelle Crawlspace avec Klaus Kinski. Un ami John
Ayant grandi à New York, Tom est aussi de la côte est et Vulich a pris en charge celui-là et j’ai pris en charge Les
c’était une plus petite communauté. Nous nous connaissions Poupées. J’étais parti en Italie pour exécuter les effets et
tous. Quand Tom venait visiter New York, nous passions du j’ai eu à faire directement à Gordon. Le boss lui est resté
temps ensemble. Il me donnait des conseils. C’était une aux États-Unis. Avec Stuart nous nous sommes très bien
bonne période où nous traînions ensemble. entendus, on a travaillé intimement. © DR

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À SAVOIR
La collaboration entre Gabe Bartalos
et Frank Henenlotter a commencé avec
Elmer le remue-méninges (1987).
Bartalos a même co-produit les deux
derniers films du cinéaste new-
yorkais, Chasing Banksy et un portrait
passionnant de l’artiste Mike Diana.

PLUS D’INFOS
http://urlz.fr/52Zb

Certains de tes effets spéciaux,
sont des tours de force, es-tu plus
fière de l’exécution de l’un d’eux ?
© DR
Un bon exemple se trouve dans Basket
Case 2. Frank Henenlotter est venu me
Un an et demi plus tard, on a encore travaillé ensemble, il a Il restait sans dormir pendant plusieurs jours et regardait
voir, il m’a dit les comités d’évaluation
fait une pièce de théâtre qui s’appelait Taste, sur l’histoire ce que son subconscient pouvait créer. Des fois quand tu
vraie d’un cannibale allemand. Il a coupé un gars, lui a sont incontrôlables mais nous devons
as la fièvre et que tu rêves, au pire de la grippe, quand
arraché le pénis et l’a mangé. Cette pièce était vraiment cool. tuer ce reporter et ce doit être dans la
tu es à deux doigts de l’hallucination, tu pourrais juste
lignée des films précédents avec les
vomir et mourir mais j’ai toujours essayé de me focaliser
créatures surréalistes. Donc que fait-on ?
sur l’aspect créatif pour voir ce que mon cerveau imagine
Ton style a pu être rapproché de certains peintres Et si nous étirions son visage et que
quand je suis dans cet état. Et il n’y a rien de nouveau, car
de la tradition grotesque, Bosch, Arcimboldo, tires-tu nous le traitions comme du plastique.
d’autres le faisaient avant. Même Henry Moore, le sculpteur
aussi de l’inspiration pour tes sculptures et tes effets J’ai pris une impression de l’actrice,
britannique, son travail des débuts dont tout le monde
spéciaux d’autre chose que du cinéma ? j’ai mélangé de l’argile avec de la
se souvient est parfait, ses portraits sont si exacts, il a
Je ne parlerais pas d’inspiration, mais à présent en vieil- appris le langage de l’illustration si bien, l’a métamorphosé cire. J’ai pris plus d’argile et j’ai étiré
lissant, je me penche sur les grands maîtres du monde jusqu’à produire à présent des formes floues. Ces formes son visage jusqu’au ridicule. Puis j’ai
de l’art. Cela m’excite de voir qu’il y a une ascendance. ne fonctionneraient pas s’il n’y avait pas une base pour ajouté les dents, les gencives. C’était
Bosch pour son sens de la narration, Francis Bacon et la le faire, et sur un plan anatomique, il a poussé le langage techniquement fidèle mais absurde et
gravité des choses qui tombent, les illustrations d’André ridicule. La peau aurait dû se déchirer.
et l’a tellement abrégé que cela communique. Je suis si
Masson, et toutes ces comparaisons sont très excitantes car Mais c’était parfait. C’est très bien filmé
content que David Lynch ait fait Une histoire vraie, il peut
ce sont d’excellents dessinateurs. On s’aperçoit alors qu’il et c’est un moment fort. Comme il est
faire un film normal et merveilleux bien qu’il ait choisi un
y a une parenté au fil des siècles. Ils travaillaient sur les dit dans cet hommage à Freaks, « à
langage différent pour communiquer. S’il n’était pas un si
mêmes mutations. Au début, ma vision était très insulaire,
bon cinéaste, les abstractions de son travail ne fonction- présent tu es un freak aussi », cela a
ce n’était que le cinéma et la pop, mais en regardant plus
neraient pas si bien. C’est un bon exemple, faire un film rendu service au film et j’en suis très
loin dans le passé, je me suis rendu compte qu’il y avait
normal et émotionnel bien qu’il soit plus à l’aise en allant fier. Je n’aime pas sentir, quand je
cette confrérie de folie qui avait traversé les siècles. Les
surréalistes sont très excitants. Cela m’a rassuré, me dire vers l’abstraction. Quand je fais du design ou que je sculpte, suis spectateur, que le film est hors
que je n’étais pas fou. Parfois tu te sens vraiment aux il est important que l’anatomie fasse sens en premier. Tout contrôle, que le cinéaste ne connaît
marges. Même au sein des gars qui font les effets spéciaux doit être au bon endroit et ensuite je commence à bouger pas ses propres règles. Même dans El
qui sont considérés comme des dingues, tu fais des choses les choses. Je sais que les gens qui apprécient reconnaissent Topo et Santa Sangre de Jodorowsky,
encore plus barrées. Puis quand tu vois et que tu lis de que cette connaissance de l’anatomie est présente mais il y a des lois. Ce sont les moments
l’art classique comme André Masson, là je me suis dit c’est que j’essaie d’aller plus loin. C’est important d’avoir ces les plus importants où il faut qu’il y
©DR

exactement ce que je pense. fondements pour pouvoir les dépasser. ait de la discipline au sein du chaos.

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Tu as donc eu ce parcours hallucinant au contact de narration. Je crois qu’ils ont aussi la responsabilité de ne
pas devenir dingue. Cela m’a pris des années pour intégrer
“L’imagination
nombreux cinéastes, puis dans les années 2000, tu
es passé derrière la caméra. Avec quel cinéaste as-tu mon imagination dans le contexte d’un long-métrage où je des réalisateurs est
appris le plus pour devenir à ton tour un réalisateur ? pourrais explorer ma folie sans les contraintes d’un studio souvent bien moins
C’est intéressant car il y a une part en moi qui dira : vis
et le conservatisme que l’on peut y trouver. cinglée que celle
dans une grotte, ne lis rien, ne t’intéresse à rien pour des artistes d’effets
savoir qui tu es. Mais ce n’est pas réaliste et j’aime aussi
consommer de l’art, j’aime les films. Donc pour moi ce qui
Y a-t-il beaucoup de monstres que tu as dans la tête spéciaux”
et que tu n’as jamais réalisés ?
importe c’est le filtre par où ça sort. La réponse courte serait
Des tonnes. Heureusement quand je dors ça s’arrête, mais
que j’ai appris de tous. Pour Écorché Vif et Saint Bernard,
je ne suis pas en manque ! Parfois une personne se tourne, dans les films d’horreur, mais le
mon nouveau film, tu pourrais presque dresser une liste.
mais mon esprit voit autre chose. Mon imagination est très contexte en revanche n’a rien à
Il y a du Frank Henenlotter dedans, la sensibilité de Stuart
active et tout m’inspire. J’ai beaucoup de dossiers sur des voir. C’était tourné en vidéo, dans
Gordon, la bizarrerie de Matthew Barney, il y a du Lepre-
écorces d’arbres, des fissures dans le béton, les difformités, des lieux excellents, avec une toute
chaun aussi dedans, et même du Jodorowsky et du Lynch,
les configurations de nuages, les copeaux de bois sont très petite équipe, les budgets ont
dans le style laissons le subconscient s’exprimer. Mais j’ai
intéressants, en particulier maintenant que je fais des films, grandi, sa visibilité aussi, et il est
beaucoup appris sur le tournage du sixième Vendredi 13
tout est une sculpture, les murs, les décors… devenu de plus en plus célèbre. De
où ils ont coupé des scènes d’effets spéciaux. Je trouvais
plus gros budgets, de plus grosses
ça bizarre, dans les films d’horreur on devrait célébrer
équipes. Quand on travaillait sur
les effets, donc au résultat il y a eu beaucoup d’argent Et on n’en a pas encore parlé, mais dans les années le dernier Cremaster 3, cela avait
de perdu et un travail que tu ne verras jamais. Que faire 90, tu as commencé à travailler avec Matthew Barney
alors ? Je vais rendre les meurtres surréalistes. Quand les atteint une dimension épique, avec
sur ses fameux films d’avant-garde. Peux-tu revenir d’énormes volumes d’effets. Il aime
gens se cachent les yeux, je trouve ça dommage car ils
ratent le travail effectué. Donc je voulais faire le contraire,
sur cette rencontre et ce travail ensemble ? ça, ça fait partie de son travail, ce
qu’ils se rapprochent de l’écran en disant « Quoi ? ». C’est Un ami, Keith Edmier, travaillait aussi dans les effets spé- fut un voyage de huit ou neuf ans
le travail que j’aime faire : que les gens aient envie de voir ciaux dans les années 80 et il a décidé de quitter ce milieu, absolument fabuleux. Puis nous
une seconde fois. C’est là que se font les distinctions indi- partir à New York et devenir artiste. Il s’est retrouvé là-bas avons continué à travailler sur
viduelles sur ce que j’aime filmer. J’apprécie qu’on compare et avait besoin de travailler. Il a rencontré Matthew Barney De Lama Lamina, tourné au Brésil
mon premier film à Massacre à la tronçonneuse mais c’était qui avait besoin de ce travail avec des prothèses. Keith s’est pendant le carnaval. Ensuite il a
plus une blague. Il y a des tas de films qui reprennent ce retrouvé dans un studio non équipé pour ça, dans le froid été invité à un défilé de mode à
format et pour moi c’est par manque d’imagination. Donc de la côte est en faisant ce qu’il avait décidé de ne plus Copenhague sponsorisé par Vogue
je commence par cette trame narrative, mais si quelqu’un faire, mais dans un endroit plus hostile. Puis il m’a parlé, je Magazine, et nous lui avons créé
est assez gentil pour être venu voir mon film, il va être revenais à New York pour les vacances et il savait qu’avec un personnage prothétique. Et
récompensé parce qu’après je pars dans des directions Matthew on allait bien s’entendre. Il nous a présentés et puis récemment, il a fait l’épique
très différentes. Comme si c’était un arbre et que je me on a vite commencé à travailler sur Drawing Restraint 7. River of Fundament, un film de
mettais à apprécier les branches. Il était en centaure et son culturiste aussi. C’était pour six heures joué dans les opéras
la biennale du Whitney Museum. Ce fut très bien reçu et qui commence à tourner dans le
cela a marqué un tournant dans la trajectoire de Matthew. monde entier, nous avons fait un
Il y a aussi une folie dans tes films ! Y trouves-tu Il a été assez chic pour m’inviter encore pour son projet personnage vraiment étrange et
une liberté que tu n’as jamais vraiment eue avec suivant Cremaster 4 et je ne savais pas encore que cela dérangeant pour ça. C’est une
les autres metteurs en scène ? allait être le début d’un cycle. Dans les cinq films, quatre collaboration qui continue, il a
Oui, parfois tu trouves qu’ils ne vont pas assez loin, mais possèdent des effets de maquillage qu’il m’a demandé de une grande imagination et c’est si
je comprends aussi qu’ils utilisent l’argent des studios faire. C’est amusant de travailler avec lui car il porte les excitant de voir qu’il est devenu
et que les studios n’aiment pas trop la folie. Il faut dire maquillages. C’est son personnage qui dirige le film et ce si important dans le monde de
aussi que l’imagination des réalisateurs est souvent bien fut une grande aventure car ses projets ont été diffusés l’art contemporain. Il a réussi en
moins cinglée que celle des artistes d’effets spéciaux. C’est dans le monde entier. Tous les deux ans, il m’appelait et montrant des choses qui n’avaient
un fait. Ils sont plus dans le langage du cinéma et de la ce que je fais pour lui n’est pas différent de ce que je fais jamais été vues avant.

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Rien n’était à vendre, c’était juste une célébration. Il La meilleure façon d’explorer
y avait eu une exposition de Brian Eno juste avant, et des idées surréalistes. J’en suis
comme tu l’as dit, cela ne se fait jamais de montrer des très content car j’ai pu arriver à
effets spéciaux comme de l’art. Pour moi ça l’a toujours produire ce que je voulais. C’est
été mais ce n’était pas quantifié comme tel. Le public était plus ambitieux qu’Écorché vif,
tellement enthousiaste. Des fans de cinéma amenaient leur j’avais plus d’argent et j’en ai tiré
famille, hey regardez je ne suis pas fou, c’est de l’art, il avantage. On a tourné à New York
peut y avoir une tête coupée mais il y a aussi ce dragon ou City, à Wall Street, ce ne fut pas
regarde comme cette tête est bien faite, ce n’est pas que simple. Des séquences ont été
du caoutchouc. C’était comme donner le pouvoir aux fous. tournées à Paris. Il y a aussi des
scènes sous l’eau et des décors
élaborés qui ont pris huit mois à
Tu as dit que ces derniers temps tu aimais travail- être construits. On s’est concentré
ler le bronze. Y a-t-il des matériaux avec lesquels sur les textures, les couleurs, les
tu te sens bien ? nuances, ce n’est pas un film avec
Quand j’ai le temps, je prends normalement de l’argile, je des moments artistiques, c’est
© DR
fais une sculpture, je la moule. J’enlève la sculpture et dans une grande toile artistique dans
ce moule va le caoutchouc. C’est ce que je peins, que ce laquelle des moments de cinéma
Amener les prothèses et effets spéciaux de films hollywoo- soit des prothèses, des masques ou de l’animatronique. Vu se produisent. Le tournage et le
diens vers le monde de l’art, c’était très étrange, ça a pris que j’aime tant la sculpture, on part de l’argile, on moule montage sont terminés. La musique
du temps mais ça a marché. et ensuite on verse du plâtre très dur à l’intérieur. Avec le est faite et le mixage du son s’est
plâtre sous les yeux, je recommence, je prends des outils terminé en janvier. Nous cherchons
dentaires, de l’acier bien dur et je commence à dessiner une distribution et des endroits
Tu fais partie des rares artistes d’effets spéciaux qui
les lignes courbes et un nombre de détails. Cela me prend pour faire la première.
ont été exposés dans des galeries. Je ne sais pas s’il
beaucoup de temps mais on ne peut pas le faire avec de la
y en a eu beaucoup d’autres d’ailleurs. Cela s’est cire. Même les collègues sculpteurs sont hallucinés, ils ne Il y a eu deux projections, une
présenté souvent ? comprennent pas comment je fais. Je leur explique, puis je projection test à San Sebastian et
Je l’ai juste fait quelques fois. Je trouve que c’est un remoule à nouveau, ce qui fait que la sculpture possède ce une autre dans un festival au Brésil.
excellent produit dérivé car entre les projets, je continue niveau de détails en plus. Il y en a deux que j’ai achevées Les deux projections se sont très
à dessiner et à sculpter. Ces derniers temps j’ai pas mal et qui sont devenues des pièces personnelles. Il y en a bien passées. C’est important de
sculpté le bronze. Ce sont des choses personnelles, je d’autres que j’ai pu utiliser dans les films. ressentir le film avec un public. Tu
n’ai pas de deadline, pas de directeur artistique, c’est captes mieux le temps, les passages
juste mon imagination et certaines sont vraiment farfelues drôles et la vibration du public et
mais elles se suffisent à elles-mêmes en tant qu’œuvres Peut-on parler de ton nouveau film ? cela peut t’amener à quelques
d’art. En 2014 il y a eu une exposition à Long Beach, c’était Le nouveau film se nomme Saint Bernard, c’est sur un changements minimaux. Enlever
une rétrospective très flatteuse, ça commençait par les compositeur de musique qui entre dans une spirale de tel plan, bouger les choses, etc.
travaux de sculptures et certains des réalisateurs (Frank folie. Le compositeur est joué par Jay Dugre qui incarnait Je serai très excité de partager ce
Henenlotter, Matthew Barney) nous ont permis de montrer Brain dans Écorché vif. C’est un acteur formidable et film dans le monde.
certaines des choses que nous avons faites ensemble. Ils cela lui a demandé de se consacrer à un tournage qui
étaient tous ravis de collaborer. Avec les autorisations, un a pris deux ans. C’est un vrai pas en avant pour moi.
Y a-t-il aussi quelque chose de
catalogue superbe a été créé. Et des pièces qui avaient été On a tourné en pellicule, en Super 16 et en 35 mm. La
faites spécifiquement pour ces films ont été montrées. Nous construction des décors et les effets de créatures sont religieux en lien avec le nom
étions aussi en train de tourner Saint Bernard donc nous très ambitieux. Le mieux pour décrire le film serait de le de Saint Bernard ?
avions apporté certains décors, énormes et sculpturaux, comparer à un rêve étrange et dans ce rêve, tout te semble Il y a beaucoup de petits rappels
et nous les avons installés dans le musée. Il y avait tout logique, mais quand tu te réveilles, tu ris d’avoir été religieux, certains évidents, d’autres
depuis Elmer le remue méninges et la série des Basket aussi impliqué et les abstractions dans le rêve semblaient moins, il trouve la tête d’un chien,
Case quand j’étais tout jeune jusqu’à mon dernier film, logiques. C’était l’atmosphère que je cherchais dans ce un Saint Bernard, sur un bord de
c’était très excitant. film. Le subconscient et les rêves m’ont toujours fasciné. route, et il en fait un totem religieux.

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Il est dérouté par cette tête de chien géante et il la prend Donc là nous avions positionné les caméras, avec tout le Ce sont eux qui m’ont contacté et
partout avec lui. Il rencontre métaphoriquement des anges public qui pète les plombs. Le rendu est dingue. Des amis j’étais si heureux. Ils contactaient
gardiens, se retrouve dans des situations dignes de l’Enfer. cinéastes me disent, hey attends, comment as-tu pu faire des artistes réalisateurs pour qu’ils
C’est un personnage attachant mais on se rend vite compte des plans si rapprochés de Captain Sensible et des lèvres adaptent chacun une des chansons
que le monde n’est pas si fou. C’est ce qui se passe dans sa de Vanian, avais-tu des objectifs zoom comme ceux de la du nouvel album. Ils venaient de
tête que l’on voit. Les personnages sont étranges, la réalité Nasa ? Mais non, ils m’avaient laissé filmer la balance à signer sur un gros label et j’ai
est vraiment déformée. Pour lui ce totem c’est comme un quatre heures de l’après-midi, et à minuit nous avons fait dit bien sûr. Et la chanson que
chapelet. Autour de lui, on trouve ces métaphores d’anges tourner les caméras, et nous avons monté le tout. Il y a je voulais n’avait pas été prise.
gardiens qui le protègent. J’ai travaillé avec Warwick Davis pas mal de passages comme ça où les cinéastes vont se La production était énorme. On a
de Leprechaun et Écorché vif. Il y joue Othello, le gardien dire : Quoi ? Ils sont en France ? Il y a de grands sauts dans amené des jets de pluie. Je n’ai
d’un amas de bois haut de plus de 970 mètres. Il vénère le film. On a fait une scène à Los Angeles avec un grand fait que quelques vidéos musicales
le bois et il peut arrêter le temps pour lui donner la pos- bus détruit et brûlé, et le compositeur saute par-dessus mais j’aime faire ça. J’ai fait aussi
sibilité de fuir. Et il y a un mentor musical. Il y a aussi des l’objectif et quand il atterrit, nous sommes sur les pavés un documentaire sur un groupe
accusations directes de l’hypocrisie de l’église et d’autres et Notre Dame est sur la gauche, et il continue à courir. Là punk The Street Dogs, le chanteur
références qui sont plus subliminales et qui soutiennent un on se dit, hey qu’est-ce qu’il se passe, on est vraiment en faisait partie de Dropkick Murphys.
cheminement de foi. Donc ce n’est pas que de la fantaisie France ? Il y a une séquence à la tour Eiffel. Nous avons Ils sont super et quand ils ont signé
lourde et des personnages en prothèses. Il y a ces décors construit un costume en bois et le bois commence à coller sur Epitaph/Hellcat. Ils ont eu un
abstraits très grands. et s’incruster à l’acteur. Avec sa position en dessous de budget et m’ont demandé si je
la tour Eiffel, c’est comme une sculpture, il se fond en voulais tourner ce documentaire
elle. C’est très abstrait et c’est un bûcheron français qui sur eux. C’était comme un privi-
Il y a aussi une scène avec le vieux groupe punk le libère. Comme dans un dessin animé, il fait signe de la lège. J’étais avec eux, je voyais la
anglais les Damned [il porte d’ailleurs un T-shirt main pour dire au revoir. musique se développer, et je leur
des Stranglers] ! ai donné une capsule témoin à
Quand les Damned m’ont dit, si tu viens à San Francisco, la fin de ce qu’ils avaient fait. La
tu peux filmer tout ce que tu veux, c’était le pied ! J’ai C’est vrai qu’en musique tu as aussi travaillé avec musique c’est toujours du plaisir.
filmé pendant quatre morceaux de la balance et j’ai fait David Byrne…
des plans très rapprochés de tout, et pendant le concert du J’aime la musique punk rock. J’ai fait une vidéo pour The
soir, ils m’ont fait une liste en me disant quels morceaux Briggs, ils sont connus aux États-Unis mais je ne sais pas
ils allaient jouer à quel moment. sur le plan international. Ils sont géniaux. ENTRETIEN : Maxime Lachaud

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COMBINAISON
DE CONTES
ET D’AMOURS
VÉGÉTALES,
LE GÉANT VERT
TRÔNE À LA
3e PLACE SUR
LE PODIUM DES
PERSONNAGES
PUBLICITAIRES
LES PLUS CONNUS
AU MONDE.
TOUT ÇA POUR
DES PETITS POIS.
COMME QUOI :
PLUS C’EST GROS,
PLUS ÇA POUSSE.

LE GÉANT VERT
03 02
Article par :

On a toujours besoin de petits pois chez soi », disait un petit oiseau à la fin des années
60, au profit d’une campagne de communication collective. Plus énergétiques que
la majorité des légumes verts (81 cal/100 g), riches en vitamine C (25 mg/100 g), et
bénéfiques pour leur apport en sucres solubles, en lysine et en fibres, les petits pois con-
stituent effectivement une base d’alimentation parfaite. Le slogan est tellement éclatant,
se substitue si naturellement à la morale de La Fontaine « on a toujours besoin d’un plus
petit que soi », au pied près, qu’on en oublie presque la formule originale. Et comme
l’art du contre-pied est une constante en matière de publicité, quoi de plus efficace que
le gigantesque pour parler du minuscule.
L’Incroyable Hulk tirait-il sa couleur d’un régime alimentaire à base végétale ? Ou est-ce
simplement par malice que notre esprit aime déduire des caractères en se basant sur des
codes couleurs ? Vert de peur, vert de rage, vert comme l’espoir ou comme la putréfaction,
la couleur symbolise un vaste éventail de valeurs plus ou moins contradictoires. Mais
il est une contrée où les choses sont plus simples et moins équivoques : le Minnesota,
terre du Géant Vert.
Derrière le personnage, une grosse compagnie déjà séculaire : la Minnesota Valley Can-
ning Company, créée en 1903, à Le Sueur. Elle se destine essentiellement à la fabrication
de légumes en conserve, qu’elle commercialise sur le marché américain dès le début du
xxe siècle. En 1925, elle introduit dans sa gamme une espèce de petits pois plus grands
que de coutume, auxquels elle donne le nom emphatique de « green giant great big
tender peas ». Le positionnement commercial est de taille ; et pour allier le marketing
01 04
à la communication des atouts intrinsèques de son produit, elle se dote trois ans plus
tard d’une figure de style : The Green Giant. Le bien nommé Géant Vert apparaît donc
en 1928 dans la publicité. À deux détails près : il n’était pas vert et ne ressemblait pas à
proprement parler à un « géant » 01 . C’était plutôt une sorte d’ogre trapu aux cheveux OH ! OH ! OH !
hirsutes, qui n’était pas sans rappeler quelque caricature sortie des contes de Grimm,
drapée dans un costume une pièce d’un style paléolithique, et dont les bras aux biceps

En 1960, Géant Vert traverse l’Atlantique et arrive en France, en devenant la première
tendus peinaient à soutenir la masse encombrante d’une énorme gousse de petits pois.
marque à commercialiser du maïs doux grâce à son unique boîte « L’Original ». À cette
Sans doute conscients qu’il lui manquait quelque chose d’édifiant vis-à-vis du produit
même époque, la société lance ses premiers légumes surgelés : le bon géant s’adapte et
qu’il devait symboliser, les communicants de la compagnie eurent l’initiative deux ans
adopte une posture qui le protège du climat, tandis que sa garde-robe se voit embellie
plus tard de marquer son physique d’une teinte plus à-propos, plus immédiate, qui
d’une longue écharpe rouge destinée à le mettre à l’abri des vents frais qui soufflent sur
deviendrait sa signature : le vert.
le marketing. Dans un autre contexte, on pourrait croire qu’il aurait été casté pour une
Apparemment, l’innovation visuelle – aussi ambitieuse fût-elle – n’était pas tout à fait campagne Oscillococcinum… Mais non. Quant à son attitude définitive, celle qui l’a
à la hauteur des desseins de l’entreprise et du succès attendu. Si la mascotte avait bel rendu célèbre et iconique à nos jeunes années, elle a finalement été fixée en 1976, et
et bien été créée, elle ne parvenait pas en l’état à générer ce capital sympathie si cher n’a guère bougé depuis. 03
au monde de la communication. La Minnesota Valley Canning Company s’offrit alors
Certes, dans les années 70, jugeant peut-être que le Géant Vert devait finir par se sentir
en 1935 les services de l’agence Erwin, Wasey & Co, et plus particulièrement de son
seul dans sa grande vallée, les responsables de la communication lui trouvèrent un
publicitaire talentueux : Leo Burnett. Il redressa le géant, troqua son vêtement animal
compagnon (au nom certainement plus euphonique avec l’accent d’origine) : Sprout
contre une parure de feuilles qui le rapprochait davantage de l’univers végétal dont il était
04 . Ce petit personnage, jeune « pousse » littéralement ingénue, n’était en réalité pas
issu et, surtout, lui donna le sourire 02 . Renommé The Jolly Green Giant, le personnage
seulement venu pour combler la solitude du grand, mais plutôt pour remplacer la
jovial et rassurant toucha en n sa cible, se trouva un public. En 1950, le Géant Vert était
devenu tellement populaire aux États-Unis que la firme en fit sa figure emblématique, voix off en apportant une touche didactique et
et changea de raison sociale au profit du nom de son icône en se rebaptisant The Green renseigner le client sur le produit et les innovations
Giant Compagny. Pour gagner en notoriété, les publicitaires décidèrent alors de s’emparer de la marque – avec plus de trois mots cette fois.
du petit écran. Mais contre toute attente, les premiers pas du colosse à la télévision, en Au fil des décennies (bientôt neuf), et malgré des
1954, furent désastreux : incarné tour à tour par un homme peint en vert ou par une débuts légèrement tâtonnants, le Géant Vert s’est
marionnette aux gestes saccadés, le résultat ne parvint qu’à générer au mieux un senti- forgé une renommée exemplaire. L’illustre magazine
ment d’étrangeté ; au pire d’effroi… Histoire de renverser la tendance, les grands moyens américain Advertising Age le classe en 3e position
furent déployés : on lui bâtit un décor où il puisse plastronner à sa mesure, paisible et parmi les icônes publicitaires les plus célèbres,
bienfaisant, droit comme un « i », les mains sur les hanches, protecteur et vigilant, là, après le cowboy Marlboro et Ronald McDonald.
Visuels : ® General Mills

au milieu de la vallée ; et il reçut la parole, à travers la voix généreuse et grave d’Elmer À défaut d’un oscar, ça valait bien une statue… La
« Len » Dresslar Jr., lançant sur les monts et les vaux du Minnesota de longs et profonds sienne mesure 55 pieds et trône sur un mont de Blue
« Oh ! Oh ! Oh ! », à faire pâlir le Père Noël. Les téléspectateurs applaudirent enfin. Earth, sa ville natale, depuis 1979. Texte : J. Tourette

Kiblind N°47 - Découvrez plus d’articles sur : www.kiblind.com ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 103
©DR
104 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

MODE AU VILLAGE DES CRéATEURS

2 Bouchon de bouteille
“Les jambes Vaudésir”
Bouchon de bouteille blanc Very chic Wine
en silicone alimentaire pour bouteilles
de vins et spiritueux. Made In France.
100 % hermétique, gage de sécurité,
et de conservation du vin, s’adaptent
à tous types de bouteilles.
http://www.verychicwine.eu

1 Toupie-Horloge de table
Des objets avec une histoire, élégants,
singuliers, colorés, des objets
au design épuré d’influence scandinave
mais tellement frenchy par leur
technicité, une conception
éco-responsable, des matériaux
naturels, du made in France,
et c’est déjà pas mal.
http://www.gones.fr

3 Monture
Plug & See
Plug & See c’est une seule
paire de verres avec une
forme standardisée qui
s’adapte sur une infinité
de montures, de formes,
de couleurs ou de matières
différentes. Plug & See vous
permet de changer de style
à tout moment.
http://plugandsee.fr

©DR
©DR

©DR
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©DR ©DR

4 Assiettes angle 5 Collection homme 6 LuminaireJack
Benjamin Rousse aime Jouer sur la Amandine Leforestier par Vendredis
géométrie de l’espace avec les assiettes Lauréate de Talent de Mode 2013, Aman- Jack est une ligne de lumi-
angles il rompt avec l’archétype de dine Leforestier propose un vestiaire aux naires et mobilier imaginée
l’assiette (ronde) tout en gardant le côté détails subtils conçu pour la vie quotidi- par l’équipe des faiseurs
empilable. Plus l’angle est prononcé, enne. Chaque pièce qui le compose est (architectes, designer, men-
plus il y a de la place pour mettre conçue pour que le corps qui les habite uisiers, ébénistes, artistes)
en valeur les plats. s’y sente bien. Un design minimal et élé- de Vendredis, tous amoureux
http://www.benjaminrousse.com gant, des matières douces pour le confort, des matériaux nobles et
des formes oversizes pour l’allure et la produit bruts.
liberté du mouvement, des coloris neutres Jack est un homme sérieux
choisis comme des intemporels. et rigoureux qui dégage une
http://www.amandineleforestier.com certaine sophistication.
Son corps filiforme se meut
lentement… souvent à l’étroit
il tend à disparaître dans son
environnement. Récemment
nous l’avons rencontré avec
sa chimère.
http://www.vendredis.biz

Le Village des Créateurs - Découvrez le concept sur : www.villagedescreateurs.com ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 105
106 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

ROVT Design
ROVT est un projet, une signature, un signe d’ap- Vincent Rousseau a commencé à détourner des objets en 2012 et crée
partenance, une marque transversale imaginée et ROVT en 2015. Attiré par les pièces et les techniques industrielles, il
aime en révéler la beauté en les transposant dans un autre univers et
créée par Vincent Rousseau. ROVT se présente en
leur attribuant une autre fonction. Ses pièces sont à découvrir dans son
hybride : agence de design - studio de décoration showroom lyonnais installé au Village des Créateurs, Passage Thiaffait.
- atelier de fabrication – laboratoire… ROVT est
à la fois rien de tout ça et tout à la fois ! Créateur Décorateur, fabriquant, chercheur, designer, Vincent Rousseau propose
instinctif et spontané, il est passionné, d’artisanat, une vision décalée des objets, de l’espace, et il s’attache à une
certaine simplicité du produit et de la vie.
de techniques industrielles et de matières.
©ROVT

à savoir : ROVT vient de créer, pour un chalet à Tignes, un plan vasque en vélo sur la thématique Amsterdam, des luminaires-appliques
dans des bombes de peinture, des réservoirs de chasse d’eau dans des bouteilles de gaz, dans un seau industriel en acier et dans une
conduite d’aération !
ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 107

ZOOM
CRéATEUR

©ROVT

à la fois décalés mais toujours simples
« ROVT est à l’image des évolutions de notre société qui À SAVOIR
parfois donnent naissance à des mutations génétiques : Retrouvez la collection
la nôtre est permanente, évolutive et critique ce qui nous ROVT en vente
permet de nous adapter, comprendre, influencer, orienter à Lyon au Village des
notre démarche. Et donc à l’image de la nature humaine Créateurs : 19 Rue René
©ROVT faite de contradictions et d’ambivalences, ROVT crée des Leynaud, 69001 Lyon
produits à la fois décalés / contemporains / extravagants
et simples » explique Vincent Rousseau. À l’instar d’un pot
à lait transformé en chasse d’eau et la lampe en conduit de
PLUS D’INFOS
www.rovt-design.com
cheminée ! Un accord est à venir avec un industriel dans le
secteur du sport pour l’édition de luminaires inspirés d’un
jeu ancré dans l’ADN de notre pays.

ROVT et l’upcycling l’alternative maline
« Nous essayons de détourner le maximum d’éléments afin
de ne pas avoir à refaire ce qui est déjà fait dans d’autres
secteurs. Nous aimons et pratiquons autant que possible
l’upcycling qui est une alternative à cette surconsommation
de produits neufs. » Affaire à suivre !

Le Village des Créateurs - Découvrez le concept sur : www.villagedescreateurs.com ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 107
108 ATYPEEK MAG #01 SEPT./OCT./NOV. 2016
Article par :

TATTOOISME 3, ce n’est pas moins d’une centaine d’artistes pré-
sentés, de tous styles, de toutes générations, de tous horizons, avec
chacun une histoire, leur histoire, à laquelle se mêle aussi la nôtre,
comprenant notre évolution et notre propension à aimer ce que
nous faisons… et inversement ! Dans ce volet, Tattooisme aborde et
présente du tatouage pur, des travaux artistiques de plusieurs géné-
rations de tatoueurs, et, de ce fait, l’évolution du tatouage lui-même.
Des découvertes, des talents émergents, de nouvelles directions et
d’autres aspects plus traditionnels du tatouage d’aujourd’hui défilent
dans les pages de ce nouvel ouvrage. Tattooisme va au-delà du
simple objet collector : c’est l’envie et le besoin de créer, de s’expri-
mer et de s’affirmer qui priment, à travers les œuvres des artistes
présentés dans chaque ouvrage, autant que dans la démarche des
auteurs eux-mêmes, qui avancent dans un processus de création aux
multiples têtes chercheuses. Ici nous vous proposons une sélection
de l’ouvrage pour une pré-immersion au sein de ce nouvel opus de
l’aventure Tattooisme ! Viva la Tattooisme Army !
Chris Coppola et Frédéric Claquin, Paris, avril 2015

— Fred Inhvader —
INKVADER 7
Sète, France
Fred est né à Paris, il vit et travaille dans le shop qu’il a monté, Inkvader 7… à Sète,
dans le sud de la France. Seize années de métier avec lui, Fred pratique le built
to last ! : « construit pour durer ! » C’est le style de tattoo qu’il défend, des pièces
solides qui durent dans le temps, aux tracés et contours épais avec des couleurs
bien rentrées, bien plantées. Alimenté par l’adrénaline du skate, qu’il pratique
toujours avec ses deux garçons, comme par le skate art, imbibé de musique et
de l’univers graphique qui en découle — le P-Funk de Funkadelic, le hardcore
urgent de Negative Approach, la pop électrique et acidulée de Ween —, Fred se
nourrit de ce qui l’a construit, il prend, utilise et redonne. Son style dominant
est le tatouage japonais, car c’est celui qui s’adapte le mieux au corps, il laisse
un grand nombre de possibilités tant graphiques que symboliques et permet
quelques détournements. Pour autant il ne rejette pas certains autres genres, qui
eux aussi ont la capacité de donner un meilleur rendu une fois porté. Plus réservé
qu’exubérant, Fred s’exprime au travers de ses tattoos, de ses dessins et de ses
peintures. Ses remerciements vont à Boris Inkvader et à ses deux fils : Elliot et Téo.

TATTOOÏSME N°3 - Découvrez plus d’artistes sur : www.tattooisme.com
— Fred Inhvader —
INKVADER 7
Sète, France

110 ATYPEEK MAG #01 SEPT./OCT./NOV. 2016
Article par :

TATTOOÏSME N°3 - Découvrez plus d’artistes sur : www.tattooisme.com
Article par :

Brice
Baleydier :
créateur de Arkaïc
Skateboards Aujourd’hui, nous vous
présentons le travail
de Brice Baleydier,
un shaper Lyonnais, expert en matériaux
et procédés de fabrication. En 2010, il lance
son projet de création d’un atelier de fabrication
éco-responsable, lié au design, sports de glisse
et à la com créative.

112 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
© Cloud Pictures - www.facebook.com/CloudPictures1
114 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

INTERVIEW
Article par :

La motivation
première
a toujours été
de montrer
que l’on peut
©DR faire un
un atelier de fabrication
circuit court. En second lieu, c’était de montrer que l’atelier
est ouvert d’esprit et qu’il y a de la place pour des projets
skateboard
éco-responsable, dans les sports de glisse et la création. Je fais beaucoup Made In
lié au design, de prestations aussi. Notamment, l’usinage de noyaux de
sports de glisse wakeskate, la fabrication de moules, de pièces pour le ski, France…
la réparation de planches à voile et surfs, etc.… Et pas mal
de référents viennent me chercher pour mes compétences
aussi résistant
Salut Brice, peux-tu nous présenter Arkaïc ?
Brice : Arkaïc Concept est un projet qui est né début
artisanales, la dynamique et la discrétion de mon concept. qu’un skate-
2010. Le premier atelier « professionnel » de conception
est arrivé en 2012 grâce à l’aide de pas mal de copains
Et aujourd’hui, qu’est-ce qui t’inspire pour créer ? board
Brice : Mon inspiration vient de mon respect de
et depuis 1 an, l’entreprise et l’atelier ont élu domicile à
la culture skate et de la board culture en général. C’est américain
Caluire. J’interviens de la conception d’un produit jusqu’à
important pour moi de garder ses codes, ils sont moteurs.
la production en passant par le prototypage, le tout en
étant le plus éco-responsable possible. Et je les amène au local, en ironisant l’artisanat avec des
visuels subtils et des noms de produits qui laissent pas-
Pourquoi t’es-tu mis à faire des planches de skate ? ser mon message. En gros, je fais un produit de qualité À SAVOIR
et « made in France » mais qui ne se prend pas trop au
Brice : Par passion avant tout, mais l’idée de base, Arkaïc-Skateboard
c’était de faire d’Arkaïc Concept un atelier multiglisse sérieux : parce que le skate c’est fun quand même. L’atelier propose également
en faisant du cruiser bichonné, de la board de street et une marque propre de
Ce que je ne veux surtout pas, c’est rentrer dans la skateboards artisanaux
même des longboards. La motivation première a toujours dénommée « Arkaïc-
été de montrer que l’on peut faire un skateboard Made mode moustache / drapeau tricolor, skate / bobo, parce que Skateboard », 100% Made in
ARTICLE
In France, avec des matériaux locaux, bien fait et qui sera c’est facile de se fondre dedans et de se faire cataloguer. deFrance & éco-conçus
Jonathan Allirand via des
essences de boix locaux
aussi résistant qu’un skateboard américain ou chinois à Je considère être un acteur du milieu et je ne souhaite pas dans une économie
circulaire.
© DR

prix équivalent, via un système d’économie circulaire et de entrer dans la facilité marketing et les tendances de la mode.

The Daily Board | Skate Art Magazine : www.thedailyboard.co/fr/
INTERVIEW

C’est quoi ton dernier projet ?
“J’ai l’impression
de faire rêver des marques Brice : Mon dernier ou les derniers ! C’est assez divers
car je propose pas mal de prestations à mes clients. En ce
qui me font rêver !” moment je développe un skateboard électrique dénommé
UNIKBOARDS, une planche qui pourra atteindre 60 km/sur
Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ta démarche le plat. La première prod est en cours !
éco-responsable ?
Brice : La construction éco-responsable est l’éthique Sinon j’ai fabriqué les trophées du REDBULL BOWL
du projet. Elle implique des règles sur la maîtrise de la RIPPER à Marseille et je me suis fait un plaisir d’aller les
matière première, des déchets, sur l’utilisation des matériaux livrer sur place et apprécier le spectacle. J’ai aussi dével-
polluants etc.… Toute la matière première des skateboards oppé une longboard en collab avec l’association lyonnaise
vient d’un rayon de 350 km. Le bois vient des Vosges, BOARDS OF MANGROOVE.
la colle vient d’Alsace et le verni vient de Saint-Étienne.
Une conception locale avec des produits locaux pour un

© DR
impact carbone minime. J’essaie aussi de mettre en place
un recyclage efficace de mes chutes des planches cassés.
Je vous en dirais bientôt plus !

J’ai vu que tu as un certificat éco-responsable !
Brice : En fait, il n’existe pas de certification pure
et dure, mais oui je me suis fait auditer pour connaître
mon impact et consolider ma démarche. Ça certifie que
mes planches composites sont à 95 % éco-construites avec
de la fibre de verre et des résines. Pas mal, non ? (rires)

© DR
Tu bosses pour Redbull, Globe, le Fise… comment est
né le partenariat avec ces grandes marques ?
Brice : C’est grâce au réseau et par des relations de
confiance qui se sont installées que j’ai eu cette chance !
J’ai l’impression de faire rêver des marques qui me font
rêver ! (rires) C’est hyper motivant de monter des projets
comme ça. De plus, j’ai l’impression d’apporter une dimen-
sion humaine à ces marques qui adhère à la philosophie
de l’atelier et font vivre la scène locale de plus en plus.

116 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
Article par :

© DR © DR

Revenons à tes boards, niveau distribution, comment
“La distribution elle est ça se passe ?
comme le concept :
en circuit court ! En fait, Brice : La distribution elle est comme le concept : en

je gère et sélectionne circuit court ! En fait, je gère et sélectionne les shops qui
sont revendeurs. J’essaye de gérer au mieux entre l’atelier
les shops qui sont et la marque de skate pour équilibrer l’ensemble et garder
revendeurs. J’essaye de gérer la cohérence du projet. Pas mal de shop sur Lyon, un peu
Retrouvez
The Daily Board
au mieux entre l’atelier dans le sud et dans le centre de la France comme le Big sur Internet et suivez
et la marque de skate pour Skate and Ski, avec qui j’ai fait une collab ! les sur Facebook :
équilibrer l’ensemble http://urlz.fr/51wS
et garder la cohérence Certains magasins me demandent, alors je vais les Arkaïc Concept :
du projet” voir et j’avise, mais l’essentiel de mes ventes se font en http://arkaic-concept.fr
direct au showroom, lors d’évènements et sur internet.
En fait je n’ai jamais qu’un seul projet. Là est peut-
Tu dirais quoi à des mecs qui veulent se lancer, pas
être la force de l’activité ce qui me permet de changer
constamment d’univers tout en gardant le plaisir comme
forcément dans la fabrication de skate, mais qui ont
ligne de conduite. Le plus dur est de suivre la cadence, tout les couilles de faire un projet ?
en restant acteur milieu glisse mais j’espère être épaulé Brice : Force et honneur ! Et après pour ma part,
très prochainement. Pour Arkaïc SKATEBOARDS il y a pas c’est mon réseau qui m’a porté et motivé à faire ça ! Et là
mal de surprises qui arrivent… on peut dire que je suis au-dessus de mon rêve de gamin !

The Daily Board | Skate Art Magazine : www.thedailyboard.co/fr/
Janv. / Fé v. / Mars 20 1 7

Antoine Gary- Photographe

LA GALERIE
ANTOINE, AMATEUR à NANTES
Interview original
Bonjour et merci beaucoup à Atypeek de m’accueillir sur ces quelques pages.

Mais GRAND MERCI surtout à toutes celles qui y sont présentes
avec qui nous partageons chaque fois ensemble de beaux instants de rencontres,
d’échanges, de rires et d’affection.

Je vous embrasse fort.

Je m’appelle Antoine, amateur sur Nantes. Pas d’autre ambition
que de me et vous faire plaisir. Il en reste ces quelques images toutes simples
et sans prétention. Juste des regards croisés, inattendus parfois,
souvent improvisés, complices toujours, sans calcul aucun…

Pardon à celles qui ne figurent pas ici. Une autre fois peut-être ?

Antoine

L’ensemble de mon book sur
http://www.antoine44nantes.book.fr/

Mon profil Facebook :
https://www.facebook.com/www.antoine44nantes.book.fr
Merci à Patrice Molle - 67 Poses - Nantes

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INTERVIEWDAV GUEDIN

Dans la cuisine DE
Dav Guedin
Article par :

“Ben oui c’est
important
l’amour. Je veux
pas avoir l’air
la musique tantôt joyeusement désinvolte tantôt noire et
d’une sorte de
triste comme du charbon. Ça et les manières étranges de
pantin désarticulé du chanteur Robert Smith. Et puis toutes hippie à la noix,
ces nanas aux cheveux ébouriffés c’était génial ! mais sans amour,
D comme Le Dernier Cri on fait quoi ?
La maison d’édition de Marseille aux livres tordus et beaux. J’ai eu la chance
©DAV GUEDIN
Quand j’en ai découvert l’univers, moi qui lisais plutôt la de grandir dans
BD rock des années 80, ça a été un choc visuel. Putain, on
a le droit de faire ça ! m’étais-je dit. J’ai rencontré Pakito
l’amour et j’ai
A comme Amour Bolino, le boss du Dernier Cri, en 2002-2003 pour refaire bien vu auprès de
Ben oui c’est important l’amour. Je veux pas avoir l’air d’une leur site internet. Je lui avais envoyé un mail pour dire que
mes amis
sorte de hippie à la noix, mais sans amour, on fait quoi ? « Franchement vos éditions c’est terrible mais votre site
J’ai eu la chance de grandir dans l’amour et j’ai bien vu c’est de la merde. » Il m’avait pris au mot et m’avait défié ou des enfants
auprès de mes amis ou des enfants avec qui j’ai travaillé d’en faire un mieux. Ça tombait bien j’étais webmaster ! avec qui j’ai
les dégâts causés par le manque. Ça laisse des traces à vie. Je me suis fait griller en le travaillant à mon taf du mo-
Alors vite de l’amour pour tout le monde bordel ! ment. On est devenus amis. Pour me payer, il m’a proposé travaillé les
d’imprimer un bouquin au départ. J’ai demandé à mon dégâts causés par
B comme Bêtises frère de participer. C’était symbolique pour moi. Faire un
le manque.
Aux Beaux-Arts, nous étions à Cambrai avec mon frère. D’où livre ensemble au Dernier Cri, mon rêve ! Et puis l’envie
ce parallèle alambiqué. On en a fait des « bêtises » quand de faire des bouquins ne m’a plus quitté. Ça laisse des
nous étions dans la même classe, et puis ils nous ont bien traces à vie. Alors
vite séparés. J’aime bien aussi ce mot, parfait euphémisme E comme Enfant
quand on parle de ses propres erreurs ou conneries. J’aurais J’ai un rapport fort avec l’enfance. La mienne déjà. J’ai
vite de l’amour
aussi pu parler de Charles Burns et l’un de ses premiers des souvenirs extrêmement précis de plein de choses. pour tout le
personnages de BD, El Borbah, le détective Luchador que
j’adore. Mais j’aurais peur de passer pour un groupie. Ah
L’enfance, je l’ai vécue comme quelque chose de magique monde bordel !”
où les choses ont une vraie importance. Quant à celle des
mince j’viens de le faire. Je l’ai tatoué sur ma main droite autres, j’ai commencé à travailler avec des gosses comme DAV GUEDIN
car c’est un allié de taille. animateur à 16 ans et je n’ai jamais complètement arrêté.
J’ai un rapport super simple et super sain avec eux. Ils
C comme The Cure me déçoivent tellement moins que le reste de l’humanité
Le groupe The Cure est le premier dont j’ai été fan. Pre- aussi. Je crois également que c’était pour moi un moyen
mier concert de ma vie, j’avais 14 ans et mon frère 12, de rétablir la balance en protégeant les plus faibles et
notre père nous avait accompagnés avec un sac rempli de en les rendant sympathiques aux yeux des autres, parce
sandwiches et de boissons. Je l’ai bien vite égaré dans la qu’enfant je n’avais pas vraiment été une crème avec les
foule avec son sac pour bien en profiter. J’étais fasciné par autres gosses.

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 125
126 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

INTERVIEWDAV GUEDIN

“J’ai tellement
l’esprit de
clan que même
lorsqu’on
F comme Frère
1999, avec Craoman. Un sujet dont on parle trop peu à
mon goût. On avait d’ailleurs essayé de me décourager à
était aux
J’en ai qu’un, on m’a toujours dit de bien m’en occuper.
Que c’était important dans la vie et patati et patata. Je
ce moment-là. Mais nous avons tenu et je me rends bien
compte que cette BD a marqué pas mal d’esprits. Beaucoup
Beaux-Arts,
crois que c’est aussi pour cette raison que lorsque l’on
m’a proposé de faire un livre, j’ai naturellement pensé à
de retours de lecteurs travaillant ou ayant travaillé dans ce j’ai mis une
secteur et qui ont vu le livre comme un reportage/hommage
inviter mon petit frère à se joindre. J’ai tellement l’esprit au personnel encadrant et aux personnes handicapées. gifle à un mec
de clan que même lorsqu’on était aux Beaux-Arts, j’ai mis
une gifle à un mec qui lui parlait mal. Alors que mon frère I comme Internet qui lui parlait
était plus grand et plus costaud que moi et ne nécessitait
plus la protection de son grand frère.
Une aubaine pour les fanzineux de tous poils. On est arrivés
au bon moment. On pouvait communiquer et diffuser à
mal.”
travers le monde à moindres frais. Directement du produc-
G comme Guedin teur aux consommateurs ! C’est très excitant d’envoyer des
DAV GUEDIN

Pseudo choisi il y a quelques années déjà. Comme ça sonne zines/comics de l’autre côté de la planète (surtout grâce au
comme un vrai nom on m’a déjà fait des chèques à cet tarif « livres et brochures » de la Poste). C’est beaucoup de
ordre. Mais c’est juste un sobriquet à la con, assez facile à travail la diffusion, il faut avoir un côté « vendeur », mais
assumer en vernissage quand on a un verre dans le nez. À pour quelqu’un comme moi qui ai vendu La Mouise du
l’époque ce mot m’amusait beaucoup, je le servais un peu professeur Choron dans la rue, c’est une partie de plaisir.
à toutes les sauces. Aujourd’hui encore je ne le regrette
pas. Dernièrement j’ai fait un atelier bande dessinée en J comme Jojo Jojo
prison à Bois-d’Arcy (à BD comme on dit là-bas) et j’étais
C’est mon père, il comprend pas grand-chose à ce que
mort de rire quand j’arrivais et que les détenus gueulaient
l’on fait et il est assez admiratif pourtant de l’énergie que
« wesh Guedin ! » dans les corridors.
l’on déploie pour ça. Deux fois il a marqué de l’intérêt

H comme H
pour notre travail : quand on a fait Mémoires de bâtards
au Dernier Cri, car il y avait plein d’histoires le concernant
Substance dont je continue à abuser depuis bien des et où il s’en prenait plein la tête.
années avec toujours la même passion. Je pense aussi à
« Hitler » car j’ai lu il y a un ou deux ans un très bon livre Il y a notamment appris que je crachais volontiers dans À SAVOIR
à mon sens, La Part de l’autre d’Éric-Emmanuel Schmitt. son café quand il m’en demandait avec autorité pendant Fred Druart est l’illustrateur
Je ne raffole pas de l’auteur, mais il a écrit ce récit où il mon adolescence. La deuxième fois quand il a identifié de plus de 10 bandes
dessinées, dont Groupe
met en parallèle la « vraie » vie d’Hitler et celle fantasmée au premier abord notre BD pastiche Des Aventures pour Tel-Aviv, La Métaphore du
du petit Adolf s’il avait été pris aux Beaux-Arts au début les vrais bonhommes comme des « men’s adventures », Papillon, Le chien de minuit...
du xxe siècle. C’est passionnant, le mec a mis les mains le genre de BD qu’il lisait quand il était gamin. Ça voulait
dans le caca volontairement et ce qui en ressort est une dire que c’était réussi ! « Jojo » aussi comme « ah oui c’est PLUS D’INFOS
réflexion sur l’être humain et ses choix en fonction de son pas jojo !  » et toutes ces expressions désuètes et un peu http://fredtoshy.wixsite.
parcours. Je pense également à « Handicap » car je suis ploucs qui me font bidonner. « Ça coûte bonbon », « tu com/illustration
très fier d’avoir fait une BD sur le thème, Colo Bray-Dunes vas pas nous en chier une pendule ! »…
Article par :

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128 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

INTERVIEWDAV GUEDIN
Article par :

“Notre premier
livre édité était
un détournement
des codes de la
nelle, elle m’a donné l’amour des gosses. Elle m’a aussi
triste organisa-
donné l’amour des livres et pas n’importe lesquels ! Grâce
à elle j’ai lu Les Ritals de Cavanna, j’avais à peine 12 ans. tion. Brothers
Et plein d’autres. Elle aimerait bien que je me trouve un Caca Klan que
petit personnage de BD comme Titeuf et que je m’assure
une place au soleil. Mais je crois qu’elle a enfin compris
ça s’appelait. On
que c’est pas mon truc. avait repris toute
©DAV GUEDIN
N comme NTM
l’imagerie folklo-
Je n’ai pas écouté de rap avant l’âge de 20 ans, moi j’étais rique du groupe
K comme KKK un punk et pis c’est tout. Les petits zoulous des campagnes en la présentant
Notre premier livre édité était un détournement des étaient bien relous avec nous, ce qui nous rendait encore
plus fermés à leur musique. Et puis j’ai commencé à bosser
comme une secte
codes de la triste organisation. Brothers Caca Klan que ça
s’appelait. On avait repris toute l’imagerie folklorique du de plus en plus avec des gamins de Seine-Saint-Denis et là dans laquelle il
groupe en la présentant comme une secte dans laquelle ça a fait BOAAAH ! J’ai été happé par le truc ! J’ai même un fallait se rete-
il fallait se retenir de déféquer pendant un an. Tous les temps renié mes anciennes amours. Maintenant j’écoute
gags s’articulaient autour de ce postulat. Je vous laisse un gros mix de choses très différentes et ça me va bien. nir de déféquer
imaginer la suite. pendant un an.
O comme Origines
Tous les gags
L comme Lucifer J’ai longtemps cru être d’origine juive parce qu’on m’avait
J’ai longtemps été fasciné par tout ce qui avait rapport dit que notre vrai nom l’était. Avec le prénom de David par- s’articulaient
au diable. Non par réelle croyance ou adhésion, plus par dessus le marché, je me suis rapidement identifié comme autour de ce
rejet de ce qui était censé être le bien et par attrait pour tel. Ça expliquait pourquoi je ne ressemblais pas au type
la représentation du mal. J’ai eu la chance de passer au « normand » (puisque nous venons de Normandie). Alors postulat. Je vous
Prado de Madrid il y a peu où j’ai pu voir le triptyque Le je me suis documenté, je me suis rapproché de personnes laisse imaginer
jardin des délices (1490-1510) de Jheronimus Bosch, avec issues de cette communauté. Et puis il s’est avéré que pas
le paradis, le péché et l’enfer. Je me suis dit putain mais du tout. Et j’ai complètement lâché l’affaire. Comme quoi
la suite. ”
qu’est-ce qu’on a fait de mieux depuis ! La trilogie de on est quand même vachement formaté par nos origines ou
Damien, La Malédiction, a un peu vieilli mais le charme ce qu’elles sont censées être. Il est arrivé à deux reprises DAV GUEDIN
opère toujours ! Quand ils ont sorti le jeu vidéo Lucius où que des propriétaires juifs me prennent pour un des leurs
l’on incarne le personnage du diable sous les traits de et que cela m’avantage pour avoir accès à la location d’un
l’enfant recueilli, je n’ai pas boudé mon plaisir. boui-boui et je me suis bien gardé de les contredire.

M comme Maman P comme Prison
Ben oui, j’ai parlé de papa, alors pas de jaloux. Ma mère J’en parlais tout à l’heure. J’ai réalisé il y a quelque temps
est une muse, ma mère est géniale. Institutrice de mater- que c’est une épée de Damoclès au fil bien ténu qui se bal-

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130 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

INTERVIEWDAV GUEDIN

“À force de faire ance au-dessus de nos têtes (à part pour l’oligarchie). J’y ai
T comme Tatouage
échappé. Et pour l’avoir fréquentée en tant qu’intervenant,
des livres où je suis bien content d’en être resté à l’écart. Le concept Je ne peux le nier, je suis assez fan de tatouage. Quand
je parle de est inepte. Les conditions sont inhumaines bien souvent. j’en veux plus j’en veux encore. Même si l’engouement
Ça n’apprend pas grand-chose. Beaucoup sont là pour pour ce dernier depuis un certain temps a pris beaucoup
sperme, de caca et pas grand-chose. Il y règne pourtant une solidarité qui trop d’ampleur, habiller sa peau avec des dessins qui nous
autres friandises, fait plaisir à voir. plaisent, ressentir la chaleur de l’aiguille et communier
avec le tatoueur reste un sacré kiff. D’ailleurs, je me suis
on pense que j’ai
Q comme Qu’est-ce qu’on attend interdit de le pratiquer depuis des années et je commence
une fascination pour foutre le feu ? à changer d’avis. Il est pas dit qu’en 2017 je ne me mette
pas à piquer des gens de temps en temps !
pour le sale et Chanson de NTM qui résonne encore et toujours dans ma
le graveleux alors tête. Quand on voit l’absurdité et la vacuité du discours
politique d’aujourd’hui, les manigances et manipulations
U comme Uni
qu’en fait je suis dont nous sommes victimes, on se demande bien ce qu’on
Ou la chanson de Sham 69 « If the kids are united… They
will never be divided ». Ado, Je voyais le punk et la Oi !
quelqu’un de attend. J’en peux plus d’entendre des gens m’expliquer
comme les musiques qui rassemblaient les gens comme
pourquoi il faut voter comme ci ou comme ça pour ne pas
très propre et avoir le PIRE au pouvoir. L’usage de ce dernier mot déjà
moi pendant des concerts sauvages pour former une grande
ordonné.” me fait honte. Pouvoir ? Mais la personne qu’on élit devrait
famille. On était jeunes et fous, on allait tout péter. On a fait
ce qu’on pouvait et on continue, chacun avec ses armes,
être « au service de », pas au pouvoir. Tout est à refaire.
mais l’esprit du clan est resté intact chez moi. J’ai connu
DAV GUEDIN
R comme Rage
des désillusions bien sûr mais je conserve l’essence du truc.

Je pense à ces magnifiques dessins de Pierre Déom, cet V comme Vandalisme
instituteur/illustrateur/ rédacteur du journal La Hulotte qui
Pendant mes études, j’ai passé beaucoup de temps à
nous contait les Ardennes. Je me souviens très bien de cet
traîner tard le soir dans la rue et notre petit jeu était de
article sur la rage et ce qu’il fallait faire si on la contractait. se réapproprier le paysage urbain. On faisait pas vraiment
Ce mec avait réussi le cocktail parfait de presse spécialisée de graffitis mais on redécorait des sculptures pompeuses
sur la nature avec juste ce qu’il fallait d’humour pour nous avec tout ce qu’on trouvait. On ajoutait du volume et de
donner envie de dévorer chaque magazine. La rage au sens la fantaisie là où il en manquait. Le mieux c’était quand
non médical, je l’ai eue longtemps et toujours un peu. on croisait d’autres vagabonds nocturnes qui nous par-
Pour aller au bout d’un projet conséquent comme une BD laient de nos exploits sans savoir que nous en étions les
« longue », par exemple, ça demande beaucoup d’énergie initiateurs. Jouissif !
et de patience. Moi c’est la rage qui m’a fait avancer.
À SAVOIR W comme Whisky
Fred Druart est l’illustrateur
de plus de 10 bandes S comme Saletés Mon alcool préféré quand il est mélangé avec du Coca. Je
dessinées, dont Groupe À force de faire des livres où je parle de sperme, de caca sais, ça fait très parigot de boîte de nuit mais en vérité
Tel-Aviv, La Métaphore du
Papillon, Le chien de minuit... et autres friandises, on pense que j’ai une fascination pour c’est la boisson dont on se délectait aux réunions du
le sale et le graveleux alors qu’en fait je suis quelqu’un soir des colonies de vacances. Pour moi c’est associé au
PLUS D’INFOS de très propre et ordonné. Sans cela je pense que ça plaisir, à la détente et à la connerie. Après chaque réunion
http://fredtoshy.wixsite. m’amuserait moins de jouer avec ces matières. Ce serait ça partait en sucette : les coinssos ne l’étaient plus et on
com/illustration moins transgressif pour moi. Donc voilà, pas de conclusions pouvait enfin se lâcher pendant que les mômes dormaient.
hâtives s’il vous plaît. Le whisky-Coca c’est magique !
Article par :

©DAV GUEDIN

marié et avec des enfants, il y aura toujours une place chez
X comme X lui pour moi et inversement. La preuve, c’est déjà arrivé.
Le sexe est un moteur dans la vie. Eros et Thanatos constitu- Je souhaite à tout le monde un pote comme ça. Quelqu’un
ent les pulsions essentielles de l’homme. C’est bien connu. pour qui le mot amitié n’est pas vain, comme moi ! J’aurais
Le sexe est à lui seul une passion pour moi. Je parlais de aussi pu parler du Yéti car gamin j’étais passionné par tous
l’amour au tout début de cet abécédaire, mais l’amour ces prétendus monstres contemporains, j’ingurgitais tout Retrouvez AAARG !
sans sexe mwen pas comprendre. Chacun le pratique à sa ce qu’il était possible sur la bête du Gévaudan… Une fois, tous les mois
façon, avec plus ou moins de réussite. Mais nom di diou, y on était en camping en Écosse avec mes parents, on avait en kiosque et suivez
a quand même rien de mieux qu’un orgasme partagé. Les le magazine sur Facebook :
vu sur le lac du Loch Ness ; avec mon refré, on a passé la
http://urlz.fr/50CI
mots deviennent inutiles, les pensées parasites s’envolent nuit à deviner le monstre dans tous les recoins de l’étendue
et on se sent bien vivants. En plus, c’est bon pour la santé ! d’eau jusque sur les bords. C’était super !

Y comme Yoyo Z comme Zombie
Mon meilleur ami. Tout le monde s’en fout. Il apparaît à Passionné du concept de survie en milieu infesté de zombies
plusieurs reprises dans Confessions d’un puceau. Dans depuis belle lurette, je me suis réjoui de cette nouvelle vague
une vie, on n’a pas tant d’amis que ça. Je veux dire de de films, séries et jeux vidéo, même si par moments c’était
vrais amis. Lui, c’est le seul dont je ne peux douter. Même un peu too much et répétitif. Je peux vous dire que j’en ai
si aujourd’hui il est banquier et qu’on n’est pas toujours bouffé de la viande pourrie. Je joue encore en ligne à un
d’accord sur des tas de sujets, la base est là. Je serai jamais jeu sorti en 2007, Left 4 dead. Si vous y croisez par hasard
un clochard car le gars me laissera pas à la rue même s’il est un « davguedin », il y a de fortes chances que ce soit moi.

Aaarg ! N°7 - Découvrez plus d’articles sur : www.aaarg.net ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 131
Janv. / Fé v. / Mars 20 1 7

Photo 1 :

Route entre le lac Khövsgöl et la ville de Mörön

Photo 2 :

Chèvres et moutons : il y en a plus de 50 millions
en Mongolie, alors qu’il n’y a que 3 millions d’habitants

Photo 3 :

Des vaches et une yourte (appelée « ger »),
habitation traditionnelle des familles nomades
de Mongolie

Photo 4 :

Un mois de mars enneigé (-10 °C en moyenne en journée)

Région de Khövsgöl, au nord de la Mongolie, début mars.
par Alice Féray- Photographe

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140 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

Le Geek
C’est Chic
Janv. / Fé v. / Mars 2 0 1 7

© DR
Valentin Blanchot - Journaliste

LE CAHIER
D E S G E E K S AV I S É S

Marques & consommateurs :

les rituels à l’ère
du digital
Article I Siècle Digital
Valentin Blanchot, Journaliste

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 141
142 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

DIGITAL / Analyses

Marques & consommateurs :
les rituels à l’ère
du digital
Rédaction : Siècle digital Rédacteur : Valentin Blanchot   INFOS : https://siecledigital.fr/

Depuis la découverte des traces laissées par les premiers
Hommes sur la Terre nous savons que nous sommes
une espèce ritualisée. Peu importe l’ère traversée ou la
société analysée, l’amour, la mort, la vie, ou d’autres
moments clés sont ritualisés. Le rituel apporte un confort
(sous toutes ses formes) à l’Homme et intervient dans
une situation à laquelle il prête beaucoup d’importance.
Notre société a considérablement changé depuis une © DR
centaine d’années. Elle s’est transformée en séparant
la religion et le gouvernement, en créant des marques, Des rituels passés aux rituels
ou encore en se connectant avec le reste du monde contemporains
grâce aux nouvelles technologies. Cette transformation a Les rituels tels que nous aurions pu les connaître jadis étaient d’abord
changé notre façon de vivre les rituels jusqu’à permettre poussés par des croyances. Pour les sociétés d’Histoire chrétienne, la
au numérique d’en créer plus aisément pour une cible naissance est accompagnée par le baptême, l’amour célébré à travers
plus vaste. le mariage, la mort par les funérailles. Chacun de ces rituels doit se
faire dans un contexte bien précis et en respectant un ordre bien précis.
S’ils sont encore bien présents de nos jours, nous ne croyons plus de la
même manière. Notre vision des pouvoirs qui nous régissent a changé,
et aussi notre façon de vivre ces rituels. À présent, il existe plusieurs
façons de célébrer ces évènements clés. Si ces schémas étaient si im-
portants à cette époque, c’est que la religion faisait partie intégrante

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Article par :

de la vie de tous les jours. Elle régissait les vies de la Si le monde physique sait exporter simplement les Dans ce sens, les échanges
naissance jusqu’à la mort. À présent, ce sont les marques rituels, c’est parce qu’ils sont d’abord culturels avant intercommunautaires ont per-
qui remplacent les religions dans les sociétés modernes. d’être communautaires. À l’inverse, le monde numérique mis de mettre en exergue des
Du levé au couché, de la naissance jusqu’à la mort, a su créer des rituels de marque, mais ceux-ci sont expériences communes dans
elles nous accompagnent. La balance du pouvoir se nés des communautés puis sont devenus mainstream. la consommation de marques,
serait-elle alors inversée en faveur du consommateur ? et par conséquent de créer
C’est ce que nous nous surprenons à croire. Pourtant des rituels.
c’est bien notre façon de consommer une marque qui Naissances des rituels
crée le(s) rituel(s). Certains sont personnels, d’autres de marque à l’ère du digital Si cet aspect théorique peut
paraître vague ou peut-être
sont populaires et traversent les frontières pour créer
De la même façon que la culture des marques depuis bullshit, voici des exemples
des marques emblématiques.
une centaine d’années a contribué à transformer notre de rituels de marques nés des
La manière ritualisée de manger un Oreo est un très manière de vivre les rituels. Internet apporte lui aussi communautés sur Internet.
bon exemple. On en vient à dire que c’est la manière son lot de changement. Comme dit plus haut, les rituels
de manger le cookie qui importe, impliquant d’une issus du monde physique ont été créés par la masse,
certaine façon que c’est le cookie en lui-même qui a de sans liens communautaires. Internet depuis sa créa-
tion a d’ailleurs facilité la création de communautés
l’importance. Tout ça ne fera qu’élever la valeur perçue
en effaçant les frontières. Aujourd’hui chacun d’entre
et susciter le désir chez le consommateur. De la même
nous appartient à plusieurs communautés. Blogueurs,
manière, les « connaisseurs » de bières ajouteront
geeks, runners, gamers, foodies, etc. Chaque person-
une tranche de citron dans leur Corona et apprécieront
nalité est entremêlée d’une affinité plus ou moins forte
déguster la mousse justement dosée de leur Guinness.
avec des communautés et les marques qui y sont liées.
Sans ces petits paramètres, on peut juger l’expérience
À présent nous sommes beaucoup de consommateurs
de consommation ratée.
identifiables dans une seule et même personne. Ce(s)
Enfin, nous connaissons tous la technique de faire consommateur(s) que nous sommes a des lieux très
un volcan de purée et mettre du jus à l’intérieur. Ce divers pour échanger : les réseaux sociaux. Facebook,
mimétisme sera propulsé par Mousline et sa fameuse Twitter, LinkedIn et même 9GAG ont permis de façonner
chanson. Le cinéma, la télévision et les publicités ont des cultures propres à un persona.
popularisé les rituels liés aux marques avant l’apparition
des communications numériques. Si vous n’avez jamais
mangé d’Oreo, ou bu de Corona, vous savez néanmoins
comment faire. Vous avez aussi en tête une façon bien
précise d’aller chez Starbucks où vous pouvez lire
ou travailler après avoir récupéré votre latte-caramel
avec votre prénom écrit dessus. Plus largement, vous
êtes capables d’associer certaines marques à certains
évènements.
© DR

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 143
144 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

DIGITAL/ANALYSE/CRéativité/Technologie

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Le Star Wars Day Taco Bell et sa digestion
May The Force Be With You. Ou plutôt devrait-on dire « May 4th Si cette chaîne de fastfood est devenue si
Be With You » pour célébrer la saga culte pendant le printemps. populaire aux États-Unis, c’est avant tout
Si l’histoire autour des origines de cette journée reste floue, la ‘grâce’ à la digestion de ses clients. Les
première véritable journée de commémoration a été organisée en médias sociaux ont participé à populariser
2011. L’expression a été empruntée à une célèbre phrase de 1979 cet aspect de la fréquentation de Taco Bell.
félicitant Margaret Thatcher pour son élection en tant que Premier Nombreuses sont les personnes qui partagent
Ministre du Royaume-Uni : « May the Fourth be with you, Maggie. ou illustrent leurs expériences après leur
Congratulation ». La culture geek omniprésente sur Internet en 2011 passage dans un des restaurants.
aura permis à cette journée de devenir célèbre et de s’exporter. Si vous n’avez pas passé le stade anal, je
Aujourd’hui, nombreux sont les marques ou les médias à contribuer vous invite à faire de plus amples recherches
par vous-même.
© DR

à cette journée avec chacun son clin d’œil à la série Star Wars.
Article par :

“Une soirée
Netflix & Chill
représente à présent
un binge watching
impliquant relation
sexuelle.”
« Netflix and chill »
Alors que Netflix est né en 2009 aux États-Unis, les
premières expressions liées à « Netflix & Chill » nais-
sent dans la foulée. À la base utilisée dans une phrase
et non comme expression, elle s’est popularisée pour
symboliser une certaine façon de consommer le service.
Une soirée Netflix & Chill représente à présent un binge
watching impliquant relation sexuelle.
© DR

© DR

Siècle Digital - Découvrez encore plus d’articles sur : www.siecledigital.com ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 145
146 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

On vous dit tout,
on ne vous dit rien
Janv./Fé v./Mar s 2 0 1 7

© Vincent de White
Laurent Courau - Journaliste

LE CAHIER
RESPONSABLE

RÉMI SUSSAN 
LES UTOPIES POST-HUMAINES
Interview I La Spirale
Propos de Laurent Coureau

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 147
148 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

INTERVIEWAUTEUR

RÉMI SUSSAN
LES UTOPIES
POST-HUMAINES
Article par :

LE SAVIEZ-VOUS
Mutations / Underground
/ Gonzo / Cyberpunk /
Nomadisme / Freaks / Finance
/ Chaos / Activisme / Robots
/ Prospective / Résistance /
Fantastique

PLUS D’INFOS
www.laspirale.org/

©DR - Rémi Sussan

réapparaître en position d’interviewé dans l’eZine un voyage ini-
UNE INTERVIEW des Mutants Digitaux pour un entretien où il est
tiatique dans les
DE LA SPIRALE question de l’influence des marges culturelles, de
rock psychédélique, de transformation de l’espèce tréfonds de la
et du « couch potatoe » comme modèle de système
posthumain ! Quand je vous disais que nous nageons
contre-culture,
Journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies
de l’information, Remi Sussan a écrit pour Science &
en pleine dévolution… de la cybercul-
Vie High Tech, Computer Arts, Info PC et Technikart.
Les lecteurs assidus de La Spirale se souviennent de ton
ture et de ce
Il s’est également illustré dans La Spirale avec une
interview d’Alexander Bard et un Manuel de survie
excellent Manuel de survie à l’usage de l’étudiant des reli- qu’il convient
gions du futur. On te retrouve aujourd’hui avec un nouveau
à l’usage de l’étudiant des religions du futur qui livre, Les Utopies Post-Humaines, publié chez Omniscience. aujourd’hui de
resteront dans les annales de ce site. La Spirale l’a Quel fut le point de départ de ce projet ? nommer la cul-
retrouvé à l’occasion de la sortie des Utopies Post-
Humaines, un voyage initiatique dans les tréfonds Une discussion avec mon éditeur. Il s’avérait qu’il ture du chaos.
de la contre-culture, de la cyberculture et de ce qu’il n’existait pas en français (ni même réellement en anglais,
Propos recueillis
convient aujourd’hui de nommer la culture du chaos. quand on y réfléchit) d’ouvrage introductif à ce mouve- par Laurent Courau.
ment à la fois contre-culturel et futuriste. On trouve parfois Copyrights : La Spirale.org
Vraie réussite et futur ouvrage de référence, Remi des allusions dans certains livres à la cyberculture, et il
Un eZine pour
les Mutants Digitaux !
Sussan signe un essai qui mérite de figurer en y a même eu quelques traductions, comme les premiers
© DR - Timothy Leary

bonne place dans vos bibliothèques et lui vaut de volumes d’Illuminatus, mais sans mise en perspective du

La Spirale - Découvrez plus d’articles sur : www.laspirale.org ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 149
150 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

contexte, sans vision globale du phénomène, ces morceaux
de connaissances apparaissaient souvent comme incom-
Je n’étais pas le seul à le penser, puisque tout le rock
psychédélique que j’écoutais alors était truffé de références
“Je suis tombé
préhensibles, ou sans intérêt. Comme j’étais passionné au voyage spatial (8 Miles High des Byrds ou cet excellent sur l’une des
par ces mouvements depuis les années 1970, retracer leur album du Jefferson Starship, Blows Against the Empire - et rares expositions
évolution m’a paru un défi intéressant à relever. je ne parle pas de Pink Floyd, je déteste les Floyds). de la théorie des
Comment en es-tu venu à t’intéresser à tous ces mouve- Je suis tombé sur l’une des rares expositions de la
8 circuits de
ments de pensée parallèles et alternatifs ? théorie des 8 circuits de Leary en français, je ne sais plus
Leary en français,
où. La chose était tellement nouvelle, tellement bizarre ; le je ne sais plus
Ça dure depuis longtemps, puisque j’ai commencé vocabulaire utilisé était si étranger à ce que j’avais lu jusqu’ici où. La chose était
à investiguer cette « contre-culture futuriste » à la fin
des années 1970, en gros lorsque Timothy Leary sortait
que ça m’a immédiatement fasciné. C’était d’autant plus tellement
sa théorie des huit circuits, que Wilson et Shea écrivaient
étonnant que j’avais lu la politique de l’extase du même
auteur, et que ça ne m’avait guère emballé.
nouvelle, telle-
Illuminatus, etc. ment bizarre ;
Ton livre est sous-titré « contre-culture, cyberculture et le vocabulaire
Ok, mais comment en es-tu venu à t’intéresser a cette
« contre-culture futuriste » ? Était-ce au travers de la lit-
culture du chaos ». Peux-tu revenir pour les lecteurs de La utilisé était
térature fantastique ou de science-fiction, du rock psyché-
Spirale qui n’auraient pas suivi sur les liens qui unissent
la contre-culture à la cyberculture et nous expliquer ce que
si étranger à
délique, des premières expérimentations proto-robotiques tu entends par « culture du chaos » ? ce que
de Kraftwerk ? Quelles furent les causes des premiers émois j’avais lu
contre-culturels du jeune Remi Sussan ?
Les liens qui unissent la contre-culture et la cyber- jusqu’ici que
J’ai toujours adoré la science-fiction. Dans les an-
culture sont multiples : tout d’abord, une bonne part des
idées des années 60 venaient de conceptions très scien-
ça m’a
nées 70, j’étais plutôt dans les philosophies orientales,
tifiques, comme la cybernétique, la physique quantique…
immédiatement
le Grateful Dead, et tutti quanti. On opposait beaucoup,
Ce n’est que plus tard que la contre-culture est devenue fasciné”
à l’époque, les cosmonautes au crâne ras, et les hippies
plus « passéiste ». De fait, bon nombre des acteurs de la
chevelus. Pour moi, ils étaient les deux faces d’une même
cyberculture des années 90 étaient présents à l’époque
entreprise enthousiaste d’exploration des espaces internes Je pense qu’il est énorme,
du mouvement hippie. Tout le monde connaît le passé
et externes. et bon nombre de nostalgiques
hippie de Steve Jobs, mais sa participation n’a en fait été
qu’anecdotique. Bien plus important a été le rôle joué par ronchons ne cessent de s’en plain-
Timothy Leary, Stewart Brand ou John Perry Barlow. dre (quoiqu’ils préfèrent critiquer
la « pensée 68 », alors que Mai 68
La « culture du chaos » est, selon moi, la dernière ne fut qu’une version locale d’un
incarnation de cette « contre-culture technologique ». Elle vaste mouvement international).
part du principe que le monde est beaucoup plus complexe, Tout, dans notre habillement,
plus aléatoire, plus imprévisible qu’on ne l’a jamais imaginé. nos distractions, notre sexualité,
Cela implique un nouveau type d’individu, beaucoup plus a été marqué par cette époque.
« léger », c’est-à-dire débarrassé de bon nombre de certi- En gros, tout ce qui concerne la
tudes et de présupposés, susceptible d’évaluer rapidement sphère privée. Maintenant, les
les modèles du monde et d’en changer. grosses institutions, l’armée, l’état,
l’entreprise, l’école, comme toutes
Quel a été selon toi l’impact de la contre-culture des 60’s les organisations reposant sur les

©DR - Alan Moore
et des 70’s sur la culture de masse occidentale ? réflexes archaïques de dominance
© DR - Grant Morrisson

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Article par :

et de soumission, ont évolué beaucoup moins vite. Malgré de manipulation crée des failles, des désordres nouveaux. C’est aussi celui d’Eliphas Levi, du
le réactionnarisme ambiant (qui touche tant la gauche que Je ne serais pas surpris qu’une transparence absolue dé- spiritisme, de la Golden Dawn ou de
la droite), je reste convaincu que l’influence du mouvement bouche sur un chaos total. la société théosophique. Le fait est
des années 1960 va persister. que l’ésotérisme a toujours joué un
Les marges contemporaines regorgent aujourd’hui d’individus rôle considérable dans les mentalités
Penses-tu comme Richard Metzger et Douglas Rushkoff qui se définissent comme post-humains, transhumains, occidentales, mais celui-ci a toujours
que la contre-culture n’existe plus parce qu’elle a gagné ? mutants ou vampires (pour ne citer que ces quatre exem- été discret, occulte justement !
N’aurait-elle pas au contraire perdu la bataille en se faisant ples). Quelles sont à ton avis les causes de ces nouvelles
définitivement assimiler par le système ? quêtes identitaires ? En revanche, il y a quelque
chose de nouveau aujourd’hui : une
L’ambiguïté, la fin du manichéisme, me paraît être On dit souvent que la mondialisation, notre époque frange de l’occultisme a effectué
une caractéristique fondamentale de la complexité. Rushkoff moderne, tend à uniformiser les comportements et les un renversement épistémologique
et Metzger ont raison, à mon avis. Ce faisant, ils rétablissent individus. L’existence de ces identités variées nous montre complet et ça c’est intéressant. Les
la vieille notion « d’avant gard » qui avait été un peu vite que la chose est bien plus complexe que cela. C’est vrai que nouveaux occultistes, ceux issus de
discréditée. Quel autre but pour l’underground que devenir l’uniformisation a lieu sur un certain plan, on consomme la chaos magick, les discordiens,
un jour « mainstream », même si cela a pour corollaire tous à peu près la même chose, nous possédons tous une etc. reconnaissent et revendiquent
une certaine déformation, la perte d’une certaine pureté ? vision globale du monde, basée sur la science (et c’est le caractère fictionnel, fantaisiste de
Le but n’est-il pas de changer les choses, au lieu de rester vrai aussi de ceux qui s’obstinent à nier la valeur de cette leurs idées et de leur pratique. Du
dans un splendide isolement ? Alan Watts disait que le zen dernière), du moins en occident. Mais à un niveau supérieur, coup, l’occultisme devient le terrain
pénétrerait en occident en infusant, lentement, comme le en « surcouche », nous élaborons de nouvelles cultures, d’expérimentation de l’imagination
thé. C’est pareil pour les thèses de la contre-culture. Elles « virtuelles », ce qui relance le processus de différenciation. la plus bridée.
influencent doucement, discrètement, en devenant de plus
en plus acceptables, souvent par l’intermédiaire de médias Au-delà de la « contre-culture », de la « cybercul- Toute l’histoire de l’ésotérisme
très populaires (rock, bande dessinée, etc.) qui passent ture », l’« autoculture » sera peut-être la grande affaire est truffée de faux et usage de faux,
inaperçus des gardiens du Temple de la Culture. Elles se du prochain siècle. L’individu va chercher à se redéfinir de canulars, de mensonges. Pour
propagent à l’aide de « média virus », dirait Rushkoff. lui-même, à se recréer. À terme, il possédera sa propre exemple le Corpus Hermeticum, les
religion, sa propre éthique, sa propre tradition culinaire… manifestes rose-croix, les messages
Le rêve du Grand soir dans lequel toutes les valeurs des « mahatmas », les manuscrits
se trouvent brusquement transformées me paraît largement On assiste depuis les années 50 et 60 à un grand retour falsifiés à l’origine de la Golden Dawn…
dépassé. Les choses évoluent lentement, subtilement, et de l’ésotérisme, de la magie et des spiritualités non con- Sans parler de Carlos Castaneda !
c’est tout aussi bien comme ça. ventionnelles. À quoi attribues-tu ce regain d’intérêt pour Mais jusqu’ici cela restait le sale petit
les pratiques et les disciplines occultes ? secret de la famille, dénoncé par les
Les technologies de contrôle et de surveillance n’ont jamais sceptiques mais pudiquement ignoré
été aussi élaborées qu’elles le sont actuellement. Peut-on En fait, la situation est plus compliquée que cela, par les « adeptes ». Aujourd’hui, les
réellement dire que nous sommes entrés dans l’ère du chaos ? chaque époque a connu son regain, qui à chaque fois a nouveaux magiciens revendiquent
Ne s’agit-il pas d’une énième tentative de manipulation, surpris le grand public car ses manifestations étaient toujours ouvertement leur recours à la fiction ;
comme le dénoncent certains théoriciens de la conspiration ? nouvelles, ce qui empêchait de constater qu’on se trouvait, ils nient l’existence d’une « philosophia
en fait, face à une continuité. Regarde le xviiie siècle, celui perennis », dogme fondamental de
Je crois que l’intérêt de la complexité et de des lumières et de la raison triomphante : c’est celui du leurs prédécesseurs et affirment leur
l’imprévisibilité qu’elle génère est qu’elle n’est pas comte Cagliostro, des baquets de Mesmer, des opérations modernité, voir leur complet mépris
dépendante d’une idéologie. Dans un monde complexe, magiques de Jacques Cazotte et Martinez de Pasqually ; sans de l’histoire. La magie devient, selon
toute action aura des conséquences inattendues. Il y a un parler des illuminés de Bavière, dont on a jamais su au les mots d’Alan Moore : « Le trafic
dicton discordien que j’aime bien : « imposition de l’ordre juste si la lumière qui les éclairait était celle de la divinité entre ce qui est et ce qui n’est pas. »
= escalade du chaos ». Chaque tentative de surveillance, ou celle de la raison. Le xixe siècle, celui du rationalisme ? On invoque Cthulhu, Bugs Bunny, Mr

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“Les gens me voient
comme un geek,
un technophile,
Spock ou les divinités d’un jeu vidéo comme Morrowind. Le Franchement, je doute que les drogues psychédéliques nous mais honnêtement,
magicien contemporain, ne croit plus, il affecte de croire,
il expérimente sur la croyance.
fassent réellement pénétrer dans d’autres dimensions,
nous mettent en contact avec des elfes, etc. Nous savons
je me suis
que le Web n’a pas suffi à changer le monde, qu’il y a une davantage intéressé
Naturellement, le bon vieil occultisme continue sa vie au-delà de l’écran. La croyance des transhumanistes à l’aspect humain
route, avec le new age (la énième réincarnation de la théoso- en la cryonie, en des concepts comme la Singularité, les de l’équation, plus
phie) ou le traditionalisme réactionnaire d’un Guénon ou
d’un Evola, très prisé en France. Ce n’est pourtant pas là, à
décrédibilise fortement. Et personne, j’en suis sûr, n’a jamais
fait tomber la pluie en se concentrant sur un « sigil »…
qu’à la technologie”
mon avis, que les choses les plus intéressantes se passent.
Les médias et les intellectuels branchés reviennent régulière- Héraclite le remarquait bien
Parmi les différents courants de pensée cités dans ce livre, ment sur cette idée de post-humanité. Et pourtant, qu’est-ce sûr déjà, on ne se baigne pas deux
lesquels te semblent véritablement porteurs des germes qui nous différencie fondamentalement des générations qui fois dans le même fleuve, mais
d’une nouvelle forme d’humanité ? nous ont précédées ? En quoi l’être humain de ce début aujourd’hui, il s’agirait plutôt d’un
de vingt-et-unième siècle est-il vraiment différent et plus torrent tumultueux ! Nous vivons
Les mouvements présentés dans le bouquin sont évolué que nos précurseurs des siècles passés ? dans un environnement infiniment
surtout des « monstres prometteurs », des mutations plus liquide, plus instable que ne
intéressantes qui annoncent les changements à venir, Je pense qu’il y a plusieurs facteurs. Tout d’abord, l’ont connu les époques précédentes.
sans pour autant en faire partie. En revanche, je pense pour la première fois l’homme est « plus grand que la
que ces groupements sont riches d’enseignements parce terre » : nous comprenons enfin que notre planète est un En quoi cela changerait-il notre
qu’ils élaborent, chacun à leur manière, les principes « vaisseau spatial », comme disait Fuller. Cette découverte condition humaine pour en faire
fondamentaux qui gouverneront les cultures de demain, peut nous convertir à un écologisme extrême, passéiste, une condition post-humaine ? On
et peut-être les nouvelles formes d’humanité. Chacune de ou au contraire nous pousser à quitter cette enclave pour ne peut que reconnaître l’existence
ces tendances a apporté une nouvelle pierre au moulin. envahir l’univers. de cette “accélération accélérante”
dont tu parles, mais jusque-là, il ne
Les psychédélistes, les hippies nous ont fait compren- Dans les deux cas, le résultat est le même : la terre s’agit que de nouvelles conditions
dre que la perception de la réalité dépend avant tout de la est devenue, petite, limitée, fragile : sa survie, son destin, sociétales et environnementales
structure de notre cerveau. Les adeptes de la cyberculture dépend de nous et de nous seuls. Ensuite, il y a le problème auxquelles nous devons nous
nous ont montré de leur côté que l’altération de cette de la mort. Pour la première fois notre compréhension de la adapter, pas de changements
dernière pouvait être obtenue par la création de nouvelles biologie nous permet de la considérer comme un problème profonds dans ce qui constitue
interfaces, par le contrôle de l’écran, comme dirait Leary. d’ingénierie qui peut être résolu avec de l’astuce et de l’humain… L’immense majorité de
l’huile de coude. Cela ne signifie pas que l’immortalité soit nos contemporains me semblent
Les transhumanistes, eux, nous apprennent à penser pour demain, ou même qu’elle sera jamais possible. Mais toujours aussi motivés par leur
l’intelligence sur le long terme, à travers une multitude nous entrons dans le temps où elle peut être envisagée. Ce cupidité, leur ego ou un besoin
de formes possibles, loin de tout chauvinisme anthropo- changement de perspective est fondamental et transforme irrépressible de se reproduire.
morphique ou même biologique. Quant aux magiciens intégralement notre réflexion sur la condition humaine.
chaotiques, ils expriment très bien la nécessité, dans un L’une des idées lancées par
monde hypercomplexe, de recourir à l’absurde, à l’imaginaire, Enfin, il y a cette « accélération accélérante ». Marshall McLuhan -à laquelle je
à l’aléatoire pour briser les certitudes trop bien établies. Jusqu’ici, des générations entières vivaient sans connaître souscris complètement- est que
le « choc du futur », le changement radical de leur mode ce sont précisément les conditions
Toutes ces idées sont intéressantes, appelées pour de vie et de leur conception du monde. Aujourd’hui, no- environnementales, la culture
moi à un véritable avenir. Maintenant les courants qui les tre génération a connu plusieurs de ces « chocs » et nos matérielle et technologique qui
portent ont aussi leurs limites et une bonne part de naïveté. enfants en subiront plus encore. déterminent pour une bonne part

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ArticleArticle
par par
: :

Aujourd’hui, le pouvoir se mesure d’une manière bien Rig Veda : « Nous avons bu le soma,
différente, par la façon dont on impose ses « memes », nous sommes devenus des dieux »
ses idées… est l’une des premières, sinon la
première proclamation posthumaine
Quant à l’ego, de nombreux penseurs - dont McLu- de l’histoire. Sinon, je pense que le
han, encore lui - pensent que sa perception et sa structure mouvement alchimique (en Chine
diffèrent largement selon les civilisations. comme en occident) réunit tous
les éléments d’une philosophie du
Certains considèrent que la fusion progressive de l’homme dépassement de l’humain par des
et de la machine suffit à faire de nous des cyborgs. Pourtant, voies technologiques, sans oublier
suffit-il de greffer un pacemaker à une grand-mère et un leur rêve d’immortalité physique.
grand-père pour en faire des post-humains, lesquels rest- Dans des temps plus récents,
eront potentiellement scotchés dix heures par jour devant j’aimerais citer Olaf Stapledon,
le Juste Prix et les retransmissions quotidiennes en direct que je n’ai malheureusement pas
du château de la Starac’ ? eu la place de traiter comme il le
©DR
méritait dans mon livre.
la structure de notre système nerveux. Maintenant, comme Mais voila un système parfaitement posthumain !
je le dis dans l’intro, la notion de “posthumain” peut être Quant aux nazis ou aux
Et plus encore à cause de la télé que grâce au pacemaker !
communistes, ils ont développé des
mise en question, tant que le mot humain n’est pas défini. Le « couch potatoe » est sans aucun doute un nouveau
versions pathologiques de l’idée,
Une chose est sûre, certaines caractéristiques de ce qu’on type d’être humain. Même sa physiologie est certainement
et la possibilité de telles déviances
considère comme la “condition humaine” se trouvent différente de celle du chasseur-cueilleur du paléolithique.
doit rester dans les mémoires
abolies par cette accélération accélérante, notamment la De surcroît, je suis convaincu que la télévision a apporté
comme un avertissement. Mais on
stabilité de nos perceptions et de notre identité elle-même. plus de modifications positives dans notre comportement
ne saurait, comme le font certains,
qu’on veut l’admettre. Je suis personnellement très indul-
limiter la description d’un concept
Un autre point sur lequel je voudrais insister, c’est gent pour des phénomènes comme la Starac’. J’attends la
à sa pathologie.
que cette notion de « posthumanité » n’est en rien une preuve que les générations qui ont vécu sans télé ni reality
position morale. Il ne s’agit pas de rêver à des surhommes, shows étaient plus lucides, plus savantes, plus démocrates,
Finalement, quitte à agiter les vieux
ou à des saints. Simplement de mettre l’accent sur le car- plus pacifiques que les nôtres. Un simple coup d’œil à un démons et raviver le fantôme de
actère profondément fluide de notre constitution. Prends la livre d’histoire suffit à montrer que ce n’est pas le cas. Et Terminator, la seule vraie forme de
« cupidité », par exemple. La cupidité qui pousse à avoir plus si la Starac’ est le prix à payer pour l’Internet, la mécan- post-humanité ne serait-elle pas à
de femmes, de terres, de bétail, est-elle du même ordre que ique quantique, la liberté d’expression, la musique de Jon chercher du côté de l’intelligence
la cupidité qui nous fait désirer un ensemble symbolique Hassel ou l’égalité entre hommes et femmes, moi je dis : artificielle, dans des créations hu-
de signes extérieurs de richesse et de position sociale ? « Hourra pour Jenifer ! » maines qui pourraient être appelée
à nous remplacer ?
La première est l’expression d’un simple désir de Puisque nous en sommes à parler de post-humanité, où
gratification animale. La seconde en est une version haute- trouve-t-on les origines de ce concept de transformation Franchement, je ne le
ment abstraite, et parfois franchement mathématique. de l’espèce ? L’introduction de ton livre mentionne à juste crois pas. Pas parce que je pense
Elles ont une racine commune, c’est sûr. Peut-on réduire titre le surhomme communiste rêvé par les Soviétiques et l’intelligence artificielle impossible,
totalement l’une à l’autre ? son pendant aryen chez les Nazis… pas du tout. Mais il me semble
évident que depuis la conférence
Le remplacement des gènes par les « memes » en L’idée d’une transcendance de l’humain est très anci- de Dartmouth en 1956, qui vit
est un autre exemple. Dans le temps, un homme pouvait enne. Henri Michaux définissait l’hindouisme comme la plus la naissance du domaine, nous
mesurer son succès par le nombre de ses descendants. prométhéenne des religions, et il est certain que le vers du n’avons pas tellement avancé.

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Article par :

Apparemment, nous n’avons pas encore bien compris la
nature de l’intelligence. Ensuite même si nous créons une
“Imagine pouvoir
intelligence artificielle (et cela viendra), il faudrait que ses redéfinir
besoins la fasse entrer en compétition avec nous, qu’elle complètement
lutte pour la maîtrise de notre niche écologique. Pourquoi ta personnalité par
serait-ce le cas ? Elle n’a pas besoin de nourriture, d’espace
vital, ni même d’eau ou d’oxygène. Au pire, je crois que
un cocktail de
cette intelligence supérieure s’en irait dans l’espace et
drogues…
©DR
nous foutrait la paix.
un ailleurs posthumain, sur lequel nous ne pouvons pas C’est une vision de la dis-
Ce qui est excitant dans l’IA ? C’est peut-être juste- dire grand-chose. Je n’y crois guère. Pour moi, l’histoire va solution de notre identité encore
ment que nous allons développer des intelligences Totale- continuer, mais il va falloir s’habituer à cet environnement plus fascinante que celle offerte par
ment Autres. De véritables aliens, vivant dans un milieu extrêmement fluctuant. Il est probable que notre capacité un moi perpétuellement changeant.
étranger, peut-être entièrement digital, avec des besoins, d’action sur le cerveau va aller en en s’accroissant. Évidem- C’est aussi l’aboutissement des
une structure mentale complètement différents… La taille ment, cela fait un peu peur, on pense tout de suite à Big pratiques des magiciens du chaos,
de l’univers et la vitesse de la lumière étant ce qu’elles Brother et aux applications du neuromarketing, mais cela qui fabriquent des « esprits fami-
sont, il ne sera peut-être jamais possible de discuter avec peut aussi impliquer un pouvoir accru de l’individu. Il y liers », des « serviteurs », à partir
de véritables extraterrestres. Alors la perspective de pouvoir aura certainement des conflits dans ce domaine. Jusqu’ici, de leur propre inconscient. Ceux
communiquer avec des entités “faites maison”, voire aller les « drogues » ont toujours eu une action très globale, qu’ils font aujourd’hui au niveau
jusqu’à développer avec elles une relation symbiotique, peu contrôlable ; parfois, leur véritable effet reste incertain, de la métaphore, du jeu, pourrait
me paraît une perspective tout à fait excitante, beaucoup comme les fameuses « smart drugs ». Mais on devrait bi- devenir bien plus réel. Peut-être
plus intéressante à envisager que les spéculations ultra- entôt réduire cette imprécision. À ces solutions chimiques, que les aliens de demain existeront,
pessimistes sur notre obsolescence finale, ou naïvement on peut ajouter la connexion directe entre le cerveau et la non pas sous la forme de purs
optimistes sur l’IA-papa noël, chantée par certains extropiens… machine, ainsi qu’une réalité virtuelle très sophistiquée. programmes informatiques, mais
Imagine pouvoir redéfinir complètement ta personnalité comme des hybrides reposant pour
Comme tout observateur qui se respecte, tu évites de livrer par un cocktail de drogues… tu vivras ensuite ta nouvelle une bonne part sur les ressources
des pronostics en conclusion de ton livre. J’apprécierais identité dans un environnement ad hoc, peut-être totale- de notre cerveau. Dans tous les
pourtant que tu te livres, pour conclure cette interview, ment différent de notre milieu terrestre. cas, je ne sais pas si on parlera de
à un petit exercice de prospective en nous parlant des « post-humanité », au cas où de
évolutions technologiques, sociales et culturelles que tu telles choses se produisaient, mais
Évidemment, dans ces conditions, la définition du
pressens pour les vingt ou trente années qui vont suivre… notre conception de la psychologie,
moi, déjà fortement mise à mal ces derniers temps par les
de la société, de la culture risque de
médias électroniques, devrait devenir plus floue, encore
s’en trouver profondément altérée.
C’est effectivement très difficile ! On ne peut plus imprécise. Non seulement nous serons en mesure de
s’empêcher, lorsqu’on se livre à ce genre d’exercice, de nous autocréer, mais nous pouvons aussi chercher à devenir
penser à la prédiction des experts qui affirmaient qu’une légion, à adopter des personnalités multiples. Dans son
dizaine d’ordinateurs (de la puissance d’une petite cal- fascinant livre Aristoï, l’écrivain de science-fiction Walter Jon
culette d’aujourd’hui) suffirait à couvrir la surface des Williams imagine que les humains du futur seront capables
États-Unis… Tout d’abord, je ne crois pas en une « fin de de vivre en contact avec des « personnalités artificielles »,
l’histoire », optimiste ou pessimiste. Certains extropiens en fait des portions de notre propre conscience possédant
pensent que nous nous dirigeons vers la « singularité », une certaine autonomie et amplifiées par des banques
un moment au cours duquel l’accélération accélérante du de données et des algorithmes d’intelligence artificielle
progrès technologique nous précipitera brutalement dans implantés dans le cerveau.

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158 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

Sur le plus beau trône
du monde, on n’est jamais
assis que sur son cul.
Citation de Montaigne - Essais (1580)
Janv./Fé v./Mar s 2 0 1 7

© Daniel Nguyen
Flore Cherry - Journaliste

LE CAHIER
SEXY
COMmE UNE COUILLE
DANS LE POTAGE
Chronique I Union
Flore Cherry, Journaliste

SCHLAASSS :
La Bédé
BD I Mika Pusse
http://www.schlaasss.fr

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160 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

LA RUBRIQUE sexualité de FLORE CHERRY

COMmE UNE
COUILLE
DANS LE POTAGE
JOURNALISTE : FLORE CHERRY ILLUSTRATION : ALAIN R. WEB : www.union.fr
©The Jokers / Bac Films

Vous avez dit « couille » ? l’histoire, tortueuse, à l’instar de ses précédents films. Si l’on
peut soupçonner une certaine pudeur durant les 30 premières
Flore Cherry, journaliste pour le magazine Union
et passionnée de sexualité, décrypte pour vous minutes, pas d’inquiétude, Park Chan-Wook vous aura retourné
ce qui a fait l’actualité insolite des trois derniers l’estomac avant le générique de fin. Spoil : Oui, il y a une scène
mois. Et c’est au cinéma qu’elle s’attaque en avec une pieuvre géante.
ce début d’année. Qui remporte la palme d’or
des films les plus barrés de fin 2016 ? Quelles œuvres
du septième art ont osé parler de sexe de façon
Rocco, un documentaire
décomplexé, crue et dérangeante ? Elle vous livre poignant !
sa sélection pour une séance de rattrapage 2017…
Le monument de l’histoire de la pornographie a enfin
son documentaire dédié. À travers des images d’une réalisation
Mademoiselle ; Corée, beauté de grande qualité, on découvre un Rocco Siffredi confronté à
et perversité ses tourments, à sa vie de famille, à ses hontes, à ses fantas-
mes. Un homme complexe et bouleversant. Les scènes de sexe
La scène traumatisante de l’inceste dans « Old Boy » sont filmées de façon naturelle, sans penser à l’excitation du
reste encore fraîche dans nos mémoires, mais Park Chan-Wook, spectateur : pour une fois, ce n’est pas le propos. La découverte
le réalisateur terrible et décomplexé de l’entrejambe coréen, du milieu du porno est fidèle à ce que l’on peut en connaître :
n’hésite pas à nous resservir une plâtrée de transgressions des rabatteurs libidineux, des actrices qui rêvent de starification
avec « Mademoiselle », une ode à la lecture érotique, au sexe et des moments complices de franches camaraderies. Ici, pas
entre femmes et aux manipulations de pouvoir en tout genre. de place au jugement moral. Seule la « mise à nu » de l’homme
Les décors sont magnifiques, les personnages troublants, et derrière la légende compte… et quelle mise à nu !
Article par :

À SAVOIR
© Sony Pictures Releasing GmbH Depuis 1972, le magazine
pionnier Union est un moyen
d’expression libre sur le sexe,
l’érotisme et les relations
Sausage Party, un film HOT amoureuses.

(dog) PLUS D’INFOS
www.union.fr
Depuis les attaques
des partisans de la
« Manif pour Tous » pour
atteinte aux bonnes
mœurs, Sausage Party
a fait couler beaucoup
© Mars Films d’encre dans les médias.
© Sony Pictures Releasing GmbH

“Ici, pas de place Mis sur le banc des accusés en raison d’une législation
jugée « trop faible » (seulement interdit aux moins de 12 ans,
au jugement moral. alors qu’il est « rated R » aux USA – à comprendre interdit
Seule la aux mineurs de 17 ans non accompagnés d’un adulte), le film
présente bien des scènes de sexes qui rappellent les heures de
« mise à nu » gloire du porno, notamment celle d’une partouze géante à base
de l’homme derrière de chips croustillantes, de cookies libidineux et de tranches
de pain de mie moelleuses. Bref, pas du tout adapté pour
la légende compte… les enfants, bien que la saucisse géante sur l’affiche ait des faux
et quelle mise airs d’un personnage attachant sorti d’un Toys Story. Rien à voir
à nu ! ” avec l’univers enchanté de Pixar. Vraiment.

Pour plus de news insolites mais pas que, rendez-vous sur : www.union.fr ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 161
www.atypeek.fr - © Shutterstock

Parcequ’il n’y a pas de mal à se faire du bien : AÏ
www.aiefeelgood.com

NGE We
ÏE FEEL GOOD™, collection chic et fétichiste par L’unique et l’originale a m
m
tion
Initia
“French Touch”
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ATYPEEKMAG
MAG#00
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JANV./FEV./MARS2017
2017

La culture
fait-elle
l’homme ?
(ou la femme)
Janv./Fé v./Mars 20 1 7

©Mael Le Braz
Maxime Lachaud - Journaliste

LE CAHIER
CULTUREL
Les DIX meilleurs LE LIVRE DU MOIS
films sur la vie George Berger :
L’histoire de Crass
politiquE
américaine
Rubrique Cinéma et DVD
LOLITA
Vladimir Nabokov
Jérôme Tranchant, Journaliste
Article I geminway.com

Les mystères du K inversé :
POTEMKINE La scène
Interview indépendante 
Maxime Lachaud, Journaliste
avec Nils Bouaziz
en images
Galerie Photos
séléctions POTEMKINE Hazam, Journaliste / Photographe
Par Maxime Lachaud
et Jérôme Tranchant

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SUR VOS LECTEURS DVD, Blu-Ray

Les films que vous avez peut-être raté, mais que vous devriez voir…

Les DIX meilleurs
films sur
la vie politique
américaine

170 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 JOURNALISTE : JÉROME TRANCHANT BLOG : www.facebook.com/jerome.cineradical
SUR VOS LECTEURS DVD, Blu-Ray

Au moment où Donald Trump sidère le monde entier en remportant la présidentielle 2016, comment le cinéma américain regarde-
t-il la politique ? Réponse en 10 films. Le cinéma et la politique américains, c’est une vieille histoire presque consanguine. D’abord
parce que le cinéma, même s’il l’est moins maintenant, a toujours été considéré comme un puissant outil de propagande par tous
les gouvernements possibles. Ainsi, même si la politique n’est pas leur sujet apparent, beaucoup de films américains ont porté
dans le monde entier une image et une idée de l’american way of life et de ses valeurs fondatrices, et cela que leurs auteurs ou
producteurs soient d’obédience républicaine ou de tendance démocrate. Ensuite, parce que parmi cette vaste production, nombreux
sont les films frontalement politiques, soit parce qu’ils expriment une vision politique, soit parce qu’ils observent le fonctionnement
du système politique américain.
Le président veut nommer un nouveau secrétaire
Monsieur Smith La Cible parfaite, d’État aux affaires étrangères, mais l’homme qu’il
au Sénat, de Jacques Tourneur (1958) choisit ne bénéficie que d’une courte majorité au
de Frank Capra (1939) Sénat et a aussi quelques adversaires dans son
Un film méconnu de Tourneur
Sans doute la “mère” des pourtant aussi beau et propre camp, dont un rival qui l’accuse de sympathies
films politiques américains, le passionnant que La Féline ou communistes. Radiographie précise et complexe
premier des grands classiques Vaudou. Sur une intrigue de du fonctionnement de la politique américaine, des
hollywoodiens marquants qui a polar et avec un budget de série rapports entre le législatif et l’exécutif, des rivalités
scruté les arcanes de Washington. B, Tourneur évoque le rôle des personnelles et des intrigues de couloir, le tout porté
On y suit le parcours d’un instituts de sondages, leurs par la mise en scène au scalpel de Preminger. Un
monsieur Toutlemonde, honnête citoyen idéaliste relations parfois consanguines avec les milieux chef-d’œuvre qui n’a pas pris une ride.
qui devient sénateur et se heurte aux manœuvres politiques, la possibilité d’enquêtes d’opinion
des politiciens roués et aux intérêts cyniques des truquées visant à influencer les électeurs, le poids
lobbys financiers. Le discours-fleuve final de James des lobbys. Là encore, les questions soulevées
Stewart/Mr Smith est un morceau de bravoure. Si par ce film n’ont pas pris une ride quand on voit
la vision de Capra peut aujourd’hui sembler naïve, que tous les sondages se sont plantés sur l’issue
il a ici touché une corde qui est plus ultrasensible du duel Trump-Clinton. Tourneur allie une critique
que jamais en 2016, celle du fossé (réel ou ressenti) du système politique américain à la beauté sèche
entre les citoyens ordinaires et les politiciens caractéristique de son style.
professionnels.

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 171
SUR VOS LECTEURS DVD, Blu-Ray

L’Homme Les Hommes
qui tua Liberty Valance, du président,
de John Ford (1962) d’Alan J. Pakula (1976)
Chef-d’œuvre sur ce qu’on On réduit souvent Ford à cette réplique, croyant L’un des classiques de la fiction de
appelle aujourd’hui le storytelling à tort qu’il l’endossait. Or, c’est oublier que tout gauche à l’américaine, qui retrace
médiatique ou politique et le film s’attache minutieusement à montrer la l’enquête de Carl Bernstein et Bob
méditation sur l’usage de véritable histoire, ses dessous, la construction de Woodward, les deux journalistes
la violence dans la société sa fausse légende. du Washington Post qui ont
américaine. Un sénateur, homme À bien regarder ce film, Il est clair que Ford critique révélé l’affaire du Watergate, ces
de loi en col blanc, non violent, tue un dangereux la conception de ce journaliste qui consiste à préférer écoutes téléphoniques secrètes mises en place par
hors-la-loi. En fait, il s’est arrangé avec un pistolero les beaux mensonges à la vérité des faits, et qu’il le président Nixon pour espionner les Démocrates.
local qui est le vrai tireur mais qui reste dans se montre sceptique voire mélancolique sur le fait Nixon fut contraint à la démission, événement
l’ombre, le sénateur bénéficiant de toute la lumière que la démocratie soit construite aussi avec des unique dans l’histoire américaine. Extrêmement
de cet épisode et de ces profits politiques. À la fin mythes et légendes. bien documenté, ce film explore les relations entre
du film, un journal raconte cette histoire faussée Que dirait-il aujourd’hui, alors que l’élection Trump la presse et le pouvoir sous un angle positif : celui
du sénateur qui tua Liberty Valance et le rédac’chef prouve jusqu’à la nausée qu’une bonne part des où les médias jouent le contre-pouvoir aux moyens
lance la célèbre réplique : “quand la légende est citoyens préfèrent croire aux mensonges qui leur d’enquêtes minutieusement travaillées et vérifiées
plus belle que la réalité, il faut imprimer la légende plaisent qu’aux faits avérés qui leur déplaisent. plutôt que de servir la propagande officielle.

Bob Roberts, Malcolm X,
de Tim Robbins (1992) de Spike Lee (1992)
Encore un modèle de fiction Ce biopic présente les qualités On le sait, Malcolm X était un leader radical par
de gauche dont le fond sérieux et défauts d’un biopic classique : rapport à un Martin Luther King plus favorable au
est rehaussé d’une dimension documentation fouillée, histoire dialogue et au compromis. Malcolm X défendait
satirique. Le candidat imaginé incarnée en fiction, ambition l’usage légitime de la violence alors que Luther
par Robbins, Bob Roberts, est impossible de résumer une vie King était non violent.
un chanteur, totalement inexpéri- en quelques heures, regard a Bien qu’il ait choisi de filmer Malcolm X, Spike
menté en politique, qui recherche posteriori prétendant se conjuguer Lee termine sur une double citation des deux
avant tout la gloire, qui rejette l’esprit de la contre- au présent des faits… S’il ne laisse pas un souvenir hommes, laissant le spectateur trancher sur quelle
culture des années soixante et toutes ses avancées impérissable comme œuvre de cinéma, Malcolm X est la meilleure voie vers l’émancipation des Noirs
réelles et prône les vieilles valeurs réactionnaires… est néanmoins important et nécessaire parce qu’il a américains. Spike Lee en général et ce film en
ça vous rappelle quelqu’un ? fait mieux connaître à un large public la personnalité particulier ont joué leur rôle dans ce long chemin
En fait, Robbins était inspiré par Reagan mais son et le parcours politique d’une figure fondamentale de conquête de droits, de liberté et d’égalité qui est
portrait humoristique à charge pourrait parfaitement de l’histoire américaine et de l’émergence de la loin d’être achevé mais qui a quand même abouti
s’appliquer à Trump. conscience noire. aux deux mandats de Barack Obama.

172 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 JOURNALISTE : JÉROME TRANCHANT BLOG : www.facebook.com/jerome.cineradical
SUR VOS LECTEURS DVD, Blu-Ray

Primary colors, Bowling
de Mike Nichols (1998) for Columbine,
de Michael Moore (2002)
Inspiré par la première campagne
de Bill Clinton, ce film de vétéran Quand on parle de cinéma
s’intéresse au marathon qui américain politique ou évoquant
conduit un candidat de sa 1re la politique, difficile de ne pas
déclaration jusqu’à l’élection, mentionner Michael Moore
des primaires jusqu’à l’épreuve et son cinéma qui mélange heurté à un congrès à majorité républicaine ainsi
que constitue une campagne documentaire, agit-prop, humour qu’au lobby des armes. De son côté, Trump a
électorale dans un pays aussi vaste. Le candidat fictif à la Saturday Night Live et pathos. On aurait pu déclaré que le port d’arme et l’autodéfense étaient
joué par Travolta doit faire face à des accusations choisir aussi bien Roger and me ou Fahrenheit 9/11, des prescriptions de dieu.
d’adultère. Primary colors décrit bien un aspect mais celui-ci nous a semblé le plus fouillé et le
fondamental de la politique américaine, montre plus convaincant. À partir de la tuerie au lycée de Côté législation, rien n’a donc changé et les tueries de
l’importance de l’argent, du marketing, et de la Columbine (qui a aussi inspiré Elephant de Gus masse continuent de rythmer le quotidien américain.
vie privée et tout ce qui éloigne la politique de la Van Sant), Moore s’interroge sur un des grands Artistiquement, Bowling… ne boxe évidemment pas
substantifique moelle politique pour la rapprocher marqueurs politiques de la société américaine, le dans la même catégorie qu’Elephant, mais ce film
du spectacle. Le film lui-même est enjoué et plaisant droit de chaque citoyen de détenir des armes à a engagé un combat politique qui, hélas, est plus
alors que son sujet pouvait a priori sembler austère. feu. Obama a tenté de limiter ce droit mais s’est que jamais d’actualité.

Tempête
Moi, député, à Washington
de Jay Roach (2012) d’Otto Preminger (1962)
La politique américaine est
Le président veut nommer un
aussi passée par le filtre de la
nouveau secrétaire d’État aux
comédie la plus loufoque, par le
affaires étrangères, mais l’homme
tamis du stand-up de l’humour
SNL, avec ici des zèbres aussi qu’il choisit ne bénéficie que
drôles que Will Ferrell et Zack d’une courte majorité au Sénat
Galifianakis, même si ce film et a aussi quelques adversaires
n’est pas leur sommet. dans son propre camp, dont un
Derrière l’humour, il y a la satire d’une campagne rival qui l’accuse de sympathies communistes.
politique où les adversaires s’insultent, s’envoient Radiographie précise et complexe du fonctionnement
des boules puantes, se diffament, bref sont prêts de la politique américaine, des rapports entre le
à tous les coups bas pour se faire élire. Depuis la législatif et l’exécutif, et des intrigues de couloir,
campagne Trump/Clinton, on se dit que ce film n’est le tout porté par la mise en scène au scalpel de
pas une satire mais un documentaire. Preminger. Un chef-d’œuvre qui n’a pas pris une ride.

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DOSSIER

POTEMKINE
Les mystères du K inversé
ENTRETIEN : Maxime Lachaud avec Nils Bouaziz INFOS : www.potemkine.fr

Il y a onze ans, un nouveau magasin voyait Arrivé à Paris au tournant des années 2000, il se lance d’abord
le jour au 30 rue Beaurepaire dans le x e dans l’aventure du label electro Tiger Sushi avec son frère Joakim,
arrondissement de Paris : Potemkine. Un nom mais encouragé par son père et motivé par le manque qu’il ressent
aux consonances russes et révolutionnaires, quant à son amour du support DVD, il ouvre les portes de sa propre
un K inversé bien rouge lui-même rappelant boutique indépendante en janvier 2006. Aujourd’hui, certains des
l’esthétique constructiviste, un mot simple
artistes qui ont compté le plus pour lui - Herzog, Lynch, Tarkovski…
aussi qui faisait écho, pour tous les amateurs
- se retrouvent dans le catalogue, avec des éditions coffrets qui ont
de musiques expérimentales que nous étions,
fait date. Comme un rêve de gosse devenu réalité.
au catalogue de vente par correspondance
Metamkine. Ouvrir un magasin indépendant de De quand date ta passion du cinéma ?
ventes de DVD était un pari un peu risqué en
Nils Bouaziz : Elle est venue en partie du DVD. J’ai ouvert la boutique
cette époque où le téléchargement commençait Potemkine en 2006 et avant, j’habitais en Province, du moins pas très
à aller bon train. Et pourtant le succès a été au loin de Paris mais assez éloigné pour qu’il n’y ait pas de cinémas. C’est
rendez-vous, ce qui a amené Potemkine à se au moment où a émergé le DVD que j’ai commencé à être passionné de
lancer dans l’édition DVD - et devenir un des cinéma. C’était un support magique et ça le reste.
labels les plus recommandables du genre - puis
Le premier film qui t’a marqué ?
la distribution et à présent la production, tout
en cherchant à garder l’esprit défricheur et Le premier qui m’a fait comprendre que le cinéma c’était du cinéma c’est
exigeant qui a fait leur marque de fabrique. Kubrick avec 2001, l’Odyssée de l’espace. Il m’a amené dans une zone que
je n’avais pas connue avant, sur le plan artistique, émotionnel.
À l’initiative de cette aventure folle se cache un personnage at-
Et cette envie de créer une boutique de DVD, elle est née d’où ?
tachant : Nils Bouaziz. Ayant grandi dans une campagne isolée, il
Il y avait les VHS avant mais le DVD a apporté une qualité nouvelle. étran-
se découvre dès sa jeune adolescence une passion pour le cinéma. gement et d’ailleurs toujours, il n’existait pas de boutiques indépendantes,
Grâce au home cinéma parental, il enchaîne les visionnages et se comme il y a des disquaires, des libraires, du moins en vente de DVD il
fait sa culture par le biais du DVD. Puis il faut bien le dire, au bled n’y avait rien. Je me suis alors dit qu’il y avait une place pour ça, surtout
on s’ennuie ferme et c’est compliqué de trouver des gens dans à Paris qui est la ville la plus cinéphile au monde. À l’époque, le DVD était
déjà en place depuis quelque temps sur le marché et c’était un peu la
le même délire. Avec trois têtes de plus que tout le monde, et un chute. Certains pensaient que la période de gloire était terminée et faire
regard perçant et rêveur, Nils rentre dans des univers parallèles en une boutique de DVD aujourd’hui, ça n’avait pas d’intérêt. C’était il y a dix
découvrant les classiques de Hitchcock, Kubrick, Lynch ou Tarkovski. ans et on est toujours là.
“Le premier
qui m’a fait
comprendre que
le cinéma
c’était du cinéma
c’est Kubrick
avec
2001, l’Odyssée de
l’espace.
Il m’a amené
dans une zone
que je n’avais
pas connue
avant, sur le plan
Nils Bouaziz ©Maxime Lachaud

artistique,
émotionnel”
Nils Bouaziz

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À SAVOIR
Chez Potemkine pour les mois de
mai-juin un coffret Carl T. Dreyer (incluant
ses cinq films les plus connus ainsi que
de nombreux suppléments), une sortie
DVD/Blu-ray du chef-d’œuvre de
l’expressionnisme Le Cabinet du Dr Caligari
(comprenant la fameuse BO composée par
In the Nursery) et l’édition sur un même
DVD des films Une sale histoire et Le
© Les Innocents (1961) de Jack Clayton jardin des délices de Jean Eustache
(avec en bonus un entretien
avec Gaspard Noé).

UNE AVENTURE j’ai trouvé ce nom, c’était purement un hasard. J’essayais de trouver des noms

éDITORIALE
liés au cinéma et celui-ci est arrivé. La sonorité et la beauté du mot m’ont plu,
plus que la référence au film. Je trouvais que ça marchait, ça se retenait bien,
c’était joli. Puis en même temps j’ai trouvé ce logo avec le nom. Je ne suis
pas un grand fou de ce film. C’est trop théorique pour moi.

Tu étais très jeune à ce moment-là, tout juste 25 ans, Et le russe c’est venu un peu par hasard aussi. Le premier DVD qu’on a édité
pour te lancer dans un projet pareil. c’est surtout par rapport à une demande à la boutique. Un client m’avait
commandé ce film dont je n’avais jamais entendu parler. Je me suis jeté sur
Faut être jeune et fou pour le faire. Si tu réfléchis à tout, tu comprends pourquoi
les imports pour arriver à le trouver.
il n’y en a pas beaucoup qui se sont lancés là-dedans. Faut vouloir communiquer
sa passion au-delà de tout. J’en ai pris un pour lui et un pour moi. Je voulais voir ce que c’était et je me
suis pris une grosse claque sur ce Requiem pour un massacre d’Elem Klimov.
Dès la création du magasin, il y a eu l’envie d’éditer des DVDs ? C’est le premier DVD qu’on a édité deux ans après l’ouverture de la boutique.
En fait, je le voyais beaucoup plus tard, c’est vraiment la rencontre d’un asso-
cié, qui est arrivé et reparti depuis, qui a vraiment monté ça avec moi. C’était Et cette sortie a été un vrai succès.
important que j’ai quelqu’un qui ait cette capacité-là aussi et qui ait le temps
Oui, mais ça se comprend. Quand on voit le film, il y a quelque chose d’ultime,
de le faire car la boutique me prenait quand même beaucoup de temps. Puis
d’indépassable sur ce sujet-là. Je ne vais pas refaire l’histoire de sa sortie en
une deuxième personne m’a rejoint après et on a monté la partie édition.
salles, mais cela a été très compliqué, le film a été mis dans une niche. Il n’a
Le nom de Potemkine est lié à une passion pour le cinéma russe ? jamais vraiment existé, même en vidéo après. Du coup, c’était la première fois
C’est un hasard mais ça va être de plus en plus difficile à prouver, entre tous qu’on rendait accessible ce film à un grand public et pas un public de niches.
les Russes que l’on publie et l’identité qu’on a liée à ce nom. Au moment où Effectivement cela a fait un petit bruit dans le milieu.
finalement est assez anecdotique dans le film tellement qu’on connaît, japonisant avec les
“Parce qu’on s’appelle ce dernier est d’une beauté qui dépasse ça. Après il y a grands yeux, mais qui brasse tous
Potemkine, on nous un film qui a eu la Palme d’Or, Quand passent les cigognes,
qui pour le coup est plus proche du dernier coffret qu’on
les styles d’animation différents
en faisant un hommage direct et
a souvent proposé a édité : Gregori Tchoukrai. Il est un peu moins connu que assumé au surréalisme.
des films russes. Kalatozov, pourtant il a fait le film La ballade du soldat
qui est assez proche de Quand passent les cigognes, film
C’est un film sur lequel j’ai eu
C’est venu presque réalisé à cette époque très florissante du cinéma russe
un gros coup de cœur, j’ai voulu
l’éditer tout de suite mais mal-
par défaut, qui est l’époque du dégel, l’après-Staline où enfin on a
commencé de parler de l’humain, de l’individu après une
heureusement cela n’intéresse
du moins naturellement” longue période où c’était le peuple et ses grandes actions
pas beaucoup les gens. J’en suis
quand même très fier.
héroïques qui étaient mises en avant, notamment liées à la
guerre. Il y a eu toute une relecture de la guerre par le biais Dans les choses plus importantes,
Une des lignes directrices de Potemkine, de ces films-là. C’est assez passionnant. Il y a notamment il y a le coffret Jacques Rozier, bon
c’est cette passion pour le cinéma russe, le remake d’un film des années 20 à la gloire de la grande qui n’est pas très connu non plus.
Russie et de l’armée russe qu’il a réussi à transformer en C’est un cinéaste Nouvelle Vague,
autant des auteurs classiques que
étant très proche de l’histoire initiale mais en changeant mais il est plus dans la Nouvelle
des moins connus mais dont les œuvres étaient
quelques détails pour remettre l’individu au milieu du grand Vague que les plus officiels comme
à chaque fois difficilement accessibles. Truffaut ou Godard, car il a mis au
mouvement du peuple communiste. La ballade du soldat
D’où est né cet intérêt ? avait fait quand même deux millions d’entrées à l’époque cœur de ses films le sens de la
Ce n’est pas une passion que j’ai depuis longtemps. C’est en France, donc c’est un film qui a eu un certain succès ! liberté et de l’invention du cinéma
venu un peu par rapport à la boutique. Parce qu’on s’appelle directement dans la rue plus que
On a aussi fait l’intégrale Andrei Tarkovski qui était la
Potemkine, on nous a souvent proposé des films russes. les deux précités.
génération d’après et qui a pris le pendant qui me plaît
C’est venu presque par défaut, du moins naturellement. Du le plus dans le cinéma russe, c’est le pendant poétique C’était très difficile à sortir dû
coup, la découverte est venue avec, je ne connaissais pas qu’il a amené à une apogée mystique que peu d’artistes à sa personnalité compliquée,
Tchoukhrai, je ne connaissais pas Panfilov, je ne connaissais ont réussi à atteindre, même aucun autre selon moi. Il y donc on est les premiers à le
que certains films de Kalatozov, je connaissais par contre a aussi Elem Klimov, qu’on aime beaucoup, le réalisateur publier en vidéo après de longues
Tarkovski et je ne connaissais pas Requiem Pour un mas- de Requiem pour un massacre, dont on va éditer prochai- années d’attente. C’était aussi
sacre. Je me suis surtout reconnu dans ce cinéma car c’est nement plusieurs de ses films, pour la plupart inédits une grande fierté.
avant tout formaliste, un cinéma qui utilise les moyens du en France, et aussi des films de sa femme, qui était une En plus récent, un autre français,
cinéma, l’image, le son, le montage plus que des moyens grande cinéaste, Larisa Shepitko, dont on vient d’éditer trois très différent, mais au moins aussi
littéraires, pour raconter une histoire. films, y compris un film qu’elle a fait avec son mari qui important si ce n’est bien plus : Jean
Cela m’a toujours beaucoup touché. Parmi les favoris, il y est une merveille et qui se nomme Les adieux à Matiora. Epstein, cinéaste de l’avant-garde
a Mikhail Kalatozov. Je l’avais redécouvert quand Soy Cuba Donc nous continuons notre exploration du cinéma russe française des années 10-20-30,
était ressorti en salles, en vidéo, etc. Je crois que c’était où il y a tant de choses à découvrir. assez oublié car rien n’était sorti
Martin Scorcese qui l’avait redécouvert d‘abord, ensuite il en DVD sauf quelques éditions
y a eu une ressortie mondiale. Si tu devais présenter la maison d’édition sur confidentielles, alors que c’est
C’est un film produit par les Russes à Cuba pour la propagande dix ans maintenant, quelles seraient les sorties un des artistes français et même
communiste. Kalatozov avec son chef opérateur Ouroussevski fortes ? Les coups de cœur personnels ? mondiaux les plus important de
a réussi à créer une œuvre formelle absolument démente Un qui me tient particulièrement à cœur, notamment parce cette époque.
où chaque seconde est une expérimentation artistique et qu’on l’a mal vendu, c’est Mind Game. C’est un manga Il a inventé un nombre de choses
créative qui va bien au-delà du propos propagandiste qui mais qui ne brasse pas que le style du dessin manga incalculables dans le cinéma.

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À SAVOIR
Le 31 mai Potemkine sortira en salles
les versions de Eraserhead et Twin
Peaks : Fire Walk With Me de David Lynch,
restaurées par le réalisateur lui-même.
L’édition DVD-Blu-Ray paraîtra, quant à elle,
à la rentrée. Ajoutez à cela une nouvelle
autobiographie/livre de souvenirs, la
troisième saison de la série Twin Peaks,
ainsi qu’une ressortie restaurée de
Mulholland Drive le 17 mai, 2017 sera
définitivement une année sous
le signe de Lynch.

Il arrive vraiment à faire ressentir ces
moments d’errance de l’esprit par le
cinéma. Quelqu’un qui arrive aussi de
NE VOUS RETOURNEZ PAS (1973) de Nicolas Roeg manière virtuose à recréer le mental, ce
qui se passe dans la psyché humaine,
c’est Nicolas Roeg, qui par un art du
Il a inspiré beaucoup de gens, jusqu’à dernièrement un Une autre des lignes éditoriales
cinéaste fort connu de notre époque qui s’appelle Bruno montage totalement unique, ne tombe
que l’on peut ressortir, ce sont ces films liés
Dumont, qui a d’ailleurs fait un certain nombre de bonus pas dans le récit classique.
aux avant-gardes ou aux expérimentations,
pour cette édition et qui se reconnaît dans une certaine Par exemple, j’ai découvert récemment
des films qui travaillent autant la forme
filiation par rapport à ce travail. Enquête sur une passion. J’aimais
et le fond, et que j’appelle des films-trips, beaucoup ses autres films mais je ne
Puis notre chouchou de ces derniers temps : Werner Herzog, on pourrait y inclure Herzog, Roeg, Anger connaissais pas celui-là.
qu’on ne présente plus. et tant de cinéastes que vous avez sortis. C’est une enquête policière sur la mort
Cinéaste aussi important dans la fiction que dans le docu- Est-ce que pour toi le cinéma c’est justement d’une jeune femme jouée par Theresa
mentaire pour la bonne raison qu’il ne fait pas de différence comme un trip, le film comme une entrée Russell, et c’est tout en flashbacks sur
entre ces deux types de cinéma. Cela peut symboliser dans un monde parallèle ? l’histoire d’amour qu’elle a vécue avec
tout ce qu’on aime dans le cinéma : la liberté, l’invention,
Je ne sais pas si c’est le terme exact, mais c’est juste ce que le personnage joué par Garfunkel.
l’imaginaire et la création avant tout.
je recherche comme émotion et comme expérience dans le La façon dont il travaille cela n’est jamais
Je pourrais en citer pas mal d’autres, comme Tarkovski qui cinéma, vivre un moment d’espace-temps impressionnant dans la représentation d’une histoire.
a été très important et on prépare de belles choses avec à tous points de vue. On est dans toute la fantasmagorie
lui. Un autre moment assez important dans notre histoire
Pour aller plus loin dans ce que tu dis, je ne recherche des personnages liés à cette histoire,
d’éditeur, c’est quand on a pu récupérer les nouveaux films
que des films-trips dans ce que j’aime. Même les Russes leurs perceptions de cet événement
de Lars Von Trier. On va faire d’ailleurs le prochain qui n’est
que j’ai cités avant en font partie, même s’ils ne sont pas et pas l’événement lui-même. C’est
pas prêt d’être fini car c’est un tournage qui va se faire
identifiables par rapport à ce qu’on pourrait connaître là-dessus qu’on dépasse le témoignage
en deux temps donc c’est pour au moins 2019, au mieux.
comme évident en termes de films-trips. Les films de ou le reportage.
On a donc publié Melancholia il y a quelques années, puis Kalatozov sont des films-trips. Mais Mind Game par exemple est
Nymphomaniac dans sa version non censurée bien sûr,
Le Miroir de Tarkovski est un des plus grands films-trips de un sacré film-trip ! Dans les récents
un peu plus tard.
l’histoire du cinéma. C’est un film qui parle des souvenirs films-trips – même s’il y en a peu -,
C’est aussi un des cinéastes que j’admire le plus dans ceux d’un enfant, en trouvant les moyens artistiques d’être Évolution de Lucile Hadzihalilovic peut
qui sont en activité aujourd’hui, je suis donc très heureux dans la mémoire, dans la nostalgie, la mélancolie et le être mis en parallèle avec Le Miroir ou
de l’accompagner au moins en vidéo en tout cas. rêve, en arrivant à créer cette situation-là qu’on ne peut Enquête sur une passion.
On pourrait aussi parler de Requiem pour un massacre que vivre dans le quotidien mais juste quand on dort, quand On est dans un univers mental et
©DR

j’ai cité avant. Mais c’est déjà une petite sélection variée. on est malheureux… non naturel.

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C’est là qu’il faut savoir s’abandonner, s’abandonner à soi-
même, s’abandonner à l’autre, ce qui n’est pas toujours
Parmi les films-trips qui m’ont vraiment impressionné il y a
aussi Alexsei German, avec Il est difficile d’être un dieu, qui “Tarkovski
évident pour tout le monde. rejoint ma passion pour le cinéma russe et les films- trips, qui a été très
et qui est totalement extraordinaire. Cela n’aurait pu être
fait que par des Russes, c’est pour ça que je les aime tant :
important et dont
Des films-trips dont tu n’es jamais revenu ?
ils ont cette folie formaliste, ils sont capables de déplacer on va ressortir
Le premier qui m’a fait cet effet-là, et c’est peut-être un
cliché car tout le monde le cite, c’est 2001 l’odyssée de
des montagnes artistiques pour faire leurs films. Après, les films en
l’espace. il est souvent considéré comme le film-trip le plus
il y en a un autre, aussi fascinant, et si j’y pense, c’est
parce que j’ai vu récemment une de ses installations pour
versions
officiel, mais je l’ai vraiment vécu comme ça. le festival d’automne, c’est Apichatpong Weerasethakul restaurées”
Déjà, je l’ai vu très jeune, je n’en avais pas entendu parler, qui a fait deux des films les plus tripants de ces dernières
je n’avais rien lu dessus. Je me souviens que la seule chose années, c’est Oncle Boonmee et Cemetary of Splendour.
que j’avais entendue sur ce film c’était que c’était ennuyeux. Des films magnifiques très proches des rêveries visuelles.
C’est important de souligner quand il se passe quelque Du coup, tant qu’à faire, j’aimerais
À l’âge où je l’ai vu, c’était plus un film ennuyeux qu’un
chose d’important aujourd’hui, et heureusement qu’il y bien qu’on aille un peu plus loin
film trip. Les films-trips arrivent quand on a plutôt 18/20
en a encore qui nous font rêver. et qu’on ressorte ce cinéma pour
ans, et plus tôt c’est considéré comme des films chiants.
faire des choses plus inspirées
Mais je l’avais vécu comme un film-trip à 14 ans et du coup
Il y a eu pas mal de cinéastes français plutôt hors d’Epstein que de Marcel Carné ou
à cet âge-là le trip est fort et il reste bien dans la tête. Ce
normes publiés par Potemkine. de François Truffaut.
fut le premier, mais Le miroir reste un des moments les
plus forts de mon expérience de spectateur. C’est un cinéma souvent associé à beaucoup
de clichés mais vous allez défendre Cela me fait rebondir
Après, il y a évidemment plein de films que je n’ai pas édités
qui sont des films-trips : Apocalypse Now par exemple. Un
des auteurs plus inclassables. sur le cinéma documentaire
film que j’ai revu récemment qui est un vrai film-trip c’est Quel est votre rapport à ce cinéma ? que vous défendez,
Un homme qui dort de Georges Pérec et Bernard Queysanne. En fait, je m’en fous un peu du cinéma français. Les natio- qui s’éloigne totalement des
nalités ou les genres, je m’en moque. Pour moi, il y a deux formats habituels avec des
C’est l’histoire d’un jeune homme dans les années 70
pays de cinéma, le pays du bon film et le pays du mauvais interviews en têtes parlantes
qui se renferme sur lui-même jusqu’à sombrer dans une
film. effectivement, le cinéma français aujourd’hui ne me
espèce d’abysse de dépression et tout cela est traité par les et des archives, mais on se
plaît pas toujours. mais je ne me suis pas dit il faut que je
moyens du cinéma et pas par les moyens normaux du récit. rapproche des films-trips ou
défende un certain cinéma parce qu’il y en a un autre qui
Ce sont le montage, la mise en scène et la photographie qui ne me plaît pas. C’est naturellement que je le défends. Il de documentaires à la limite
font ressortir ça. C’est le genre de film qui, si vous n’êtes vient à moi. Il y a quelque chose d’assez organique là-de- de l’expérimentation
pas déprimé, ça vous rend totalement déprimé. dans. F.J. Ossang, on l’a côtoyé parce qu’il est notamment C’est ça. Je pense qu’on est dans un
proche d’Agnès B. avec qui on coédite notre DVD, et ça espace où la question de quel est
Cœur de verre de Herzog est un bon s’est fait naturellement. Je ne suis pas allé le chercher et
le format de ce qu’on va filmer ne
film-trip aussi il n’est pas venu nous chercher.
se pose plus vraiment, notamment
évidemment, Herzog ! Cœur de verre est un sacré film-trip, On s’est parlé, on s’est croisé et cela s’est fait. Même chose sur Dead Slow Ahead qui pourrait
que j’ai découvert en éditant les coffrets, je ne l’avais pas avec Lucile Hadzihalilovic, on a des amis en commun et on être un film expérimental, un film
vu à l’époque. Mais il m’a sacrément secoué effectivement. s’est croisé quelques fois. évidemment, j’aime son cinéma
d’art vidéo, une fiction sur un
Le premier film-trip que j’ai vu d’Herzog, très jeune aussi, mais pas en tant que cinéma français différent de ce que
bateau en fin de civilisation ou tout
c’était Aguirre. je n’aime pas d’habitude, c’est juste que j’ai envie de
simplement un documentaire sur
défendre ce qu’elle fait. J’en oublie même que c’est français.
Encore une fois, ce n’est pas immédiatement identifié film- Elle pourrait être belge. Donc il n’y a pas une façon de un cargo industriel. Dans tous ces
trip, mais Vertigo de Hitchcock m’a fait cet effet-là. On rentre penser le cinéma français, mais plus une façon de penser films, il y a la volonté de filmer un
dans un espace-temps où on est dans tout sauf la réalité. le cinéma globalement. Effectivement, publier Jean Epstein, sujet avec une certaine vision. Après
Et quand on arrive à être pénétré par ça, cela peut nous qui faisait un cinéma qui est totalement à l’opposé de ce cela ressemble à tel type de cinéma
amener très loin. Un autre film-trip assez costaud c’est qui est arrivé après guerre et qui s’est tellement installé qu’on reconnaît ou tel autre mais
Suspiria d’Argento. qu’on a du mal à s’en sortir, même dans les années 2000. à l’origine cela échappe à tout ça.
“Je ne
On parlait de Herzog, mais il fait ça depuis les années Il y avait 26 films tous sur les deux formats, Blu-ray et DVD, recherche
70, Jean Epstein a flirté avec aussi. Ses derniers films en
Bretagne sont à la lisière du documentaire. Et je n’en ai
ensemble dans un même objet, c’était un sacré truc. Mais
on aime faire ce genre de projets. que des
pas parlé dans les éditions qui me tenaient à cœur mais
Häxan me tient très à cœur ! C’est un film suédois de
films-trips
1922. Aujourd’hui on appellerait cela un docu-fiction. Bien
En parallèle avec cet historique, es-tu conscient
de l’identité Potemkine et de l’image véhiculée ? dans ce que
sûr, à cette époque, le terme n’existait absolument pas,
et Christensen ne s’est pas posé la question de faire un
Est-ce un bébé que tu as laissé grandir
et sur lequel tu as du mal à garder une maîtrise ?
j’aime”
documentaire ou une fiction. Il s’est dit qu’il voulait traiter
d’un sujet, la sorcellerie, qui était déjà étudié plus ou moins La différence avec un bébé, c’est que les choix du bébé ce
sérieusement par plein d’écrits, mais il y voyait quelque sont les miens. Quand on fait un bébé, il y a un moment où
chose d’absurde et d’irréel, pas du tout scientifique, donc on le laisse grandir par lui-même et on ne le maîtrise plus. C’est donc être présent sur l’en-
il a pris le parti de commencer d’abord par le documentaire Je maîtrise encore pas mal de choses à Potemkine. Est-ce semble de la diffusion des films, une
et ensuite d’aller vers la fiction, d’expliquer tout ce qu’il que je suis content de tout, je ne sais pas, mais le fait continuation logique d’ayant droit.
y avait d’ancré dans notre histoire, notre civilisation, des d’évoluer comme ça, assez vite, on ne fait pas forcément Sur la distribution, contrairement à
faits réels et la fantasmagorie, qui ne pouvait être traitée tout ce qu’on veut, et il y a plein de contraintes liées à l’édition, on est face au cinéma qui
que par la fiction. Dès les années 20, des artistes avaient notre époque et au marché, qui fait qu’on ne ferait pas se fait aujourd’hui avec beaucoup
la liberté de se dire, on ne choisit pas, on se balade entre l’idéal de ce qu’on devrait faire. Mais dans l’ensemble j’ai de distributeurs. Des gros films
les deux sans avoir de limites, de frontières. l’impression d’être assez maître de ce que je fais. disponibles par an, il n’y en a pas
Cela m’a toujours plu. Il y a un film que j’aimerais bien tant que cela. Malheureusement
éditer, dont le titre en dit déjà long, c’est Gambling, Gods Les autres éditeurs dont tu te sentirais proche ? on n’a pas l’équivalent des chefs-
and LSD. Le titre lui-même nous fait comprendre le trip. Aucun ! (rires) Wild Side et Carlotta étaient en France des d’œuvre qu’on peut faire en édition.
C’est un film de la fin des années 90 qui se veut un portrait exemples que j’avais envie de suivre. J’ai l’impression Il faut trouver un équilibre entre
de notre monde occidental avec des prismes très variés, qu’aujourd’hui ils font beaucoup de grands classiques et des films qu’on aime bien et qui
de pop culture, de mysticisme, embrassant tout cela dans après ils font beaucoup de contemporains, ce qui limite vont faire des entrées et des films
un kaléidoscope de quatre heures. en termes de choix éditorial. Dans les défricheurs, comme qu’on veut défendre parce qu’ils
on fait nous, Tamasa fait des choses vraiment pas mal, et vont avoir plus de mal à faire des
On ne sait jamais où on est vraiment et si ce qu’on raconte
Blaq Out aussi qui sont assez actifs en ce moment, mais entrées mais qui méritent souvent
est vrai. Effectivement ce sont ces genres de documentaires
ils font aussi pas mal de contemporains, ce que l’on fait plus que beaucoup d’autres d’être
qui m’intéressent et qui se rapprochent des fictions qui
de moins en moins car ce n’est pas ce qui m’intéresse le vus en salle. Je pense à Dead Slow
m’intéressent. Le même genre d’images animées.
plus en vidéo. En sortant de la France, il y a les Anglais de Ahead qui est une expérience qui
chez Criterion ou Arrow par exemple. ne peut se vivre qu’en salle.
Vous vous êtes souvent focalisés sur
Le film reste bien sur une télé
des cinéastes reconnus mais dont les œuvres
Il y a cinq ans, vous vous êtes lancés mais cela enlève la moitié de
étaient difficiles d’accès
dans la distribution. l’expérience. Et Évolution ne serait
C’est ça. Je me suis construit avec les grandes références peut-être même pas sorti ou très
et c’est ce qui reste pour moi le plus fort. Effectivement, je Pour accompagner la fin annoncée du DVD, c’est aussi l’idée confidentiellement en France si on
suis parti vers ceux qui m’ont le plus marqué dans ma vie : d’avoir tous droits pour vraiment travailler un film ou un ne s’en était pas occupé.
Herzog, Epstein, que j’ai découvert sur le tard mais qui était auteur sur toute la chaîne, de la salle au DVD en passant
Effectivement, quand il trouve son
aussi une grande révélation, Tarkovski… Ce sont ces films- par la boutique, en faisant des événements.
public, le film est reconnu, mais
là qui restent et qu’on veut pérenniser avec les éditions. C’est déjà pour mieux maîtriser le côté événementiel car c’est tellement difficile tant ces
sortir un DVD aujourd’hui c’est dur d’en faire parler alors que films peuvent être abordés comme
Assez vite sont venues les idées de coffrets quand on ressort un film en salle, même pour les classiques, expérimentaux, non narratifs, « non
Oui, tous ceux que j’ai cités ce sont des coffrets, soit une en sortant une vidéo derrière, cela aide vraiment le film. compréhensibles par le public »,
filmographie complète ou au moins l’essentiel d’un auteur. C’est ce qu’on a fait avec Herzog et son film Les Ascensions, ce qui fait que certains exploitants
Avec Rohmer, on a vraiment fait une intégrale, c’est de loin accompagné de La Soufrière et Gasherbrum et c’est vrai sont très frileux à prendre ce genre
notre projet le plus ambitieux. que cela avait bien aidé la sortie vidéo. de films.

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“Pour moi
l’essentiel avec
le cinéma et l’art
en général,
c’est de
créer de la
mémoire
et du souvenir”
Mais il y a un certain stade de liberté
artistique où je sais qu’on ne va même
pas essayer de le défendre car ce serait
©DR - Paris pied nus (2016) d’Abel et Gordon perdre du temps et de l’énergie pour
rien, même si j’aimerais que le film soit
Il y a cela dit un film qu’on a sorti qui est pile poil entre Penser les films en tant qu’objets de commerce, est- un peu vu. Mais à part trois salles de
quelque chose d’artistique et de plus grand public, c’est fous furieux qui vont le programmer,
ce que cela aussi peut ternir la passion du cinéma ?
Paris pieds nus de Dominique Abel et Fiona Gordon, les on sait que ce film sera rejeté par la
À partir du moment où on fait la chose bien, cela ne ternit plupart de l’exploitation.
Belges qui avaient fait L’Iceberg, Rumba, La Fée, et qui sont pas la passion, ça l’élève. Faire un beau DVD ce n’est pas
assez proches d’un cinéma que j’aime beaucoup c’est celui Une déception que je pourrais avoir,
créer un objet commercial autour d’un film, c’est trouver
de tati et de Buster Keaton. En même temps, ils ont un c’est ce film-là. Après, il y en a réguliè-
le moyen de l’amener vers son potentiel spectateur le
potentiel populaire, de comédie assez important. mieux possible, parce qu’on a besoin d’accès matériel à rement. Je fais quatre ou cinq festivals
une œuvre. Pourquoi on aime bien aller au cinéma, c’est par an, il a eu au moins un ou deux
parce qu’il y a une salle avec un grand écran, des fauteuils films par festivals où je me dis là il
Est-ce qu’on peut être désenchanté
confortables, ce n’est pas juste des yeux et un film. C’est y a quelque chose de super dedans
aussi quand on découvre tout l’envers mais on sait qu’on va droit dans le
pareil pour chez soi, voir des films sur un disque dur, c’est
de la chaîne de distribution mur si on s’en occupait.
assez déprimant à la longue et surtout cela ne crée pas
d’un film ? quelque chose qui est pour moi essentiel avec le cinéma et
C’est un sujet compliqué, il y a beaucoup de films. On pour- l’art en général, c’est de créer de la mémoire et du souvenir. Le fait d’avoir la boutique
rait se dire que les gens ne sont pas curieux, mais je me On y a accès par l’œuvre mais qu’on peut travailler grâce crée un lien direct avec
mets aussi à la place des exploitants par exemple. Des fois à l’objet et grâce à différents petits apparats de souvenirs les spectateurs, et vous vous
ce serait bien qu’ils fassent un petit effort, qu’ils essaient, liés à des œuvres. Le livre arrive à faire cela car c’est un êtes lancés dans un projet
mais ils n’essaient même pas. Tout le monde a besoin de objet et qu’on a des bibliothèques chez nous, mais avec la
où ce sont les spectateurs
manger, la vie c’est difficile donc ils préfèrent remplir leurs musique ou le cinéma, c’est le DVD ou le disque, et c’est
(sélectionnés) qui choisissent
salles avant de remplir leurs esprits. Heureusement il y a important d’avoir ce rapport aux choses, pour maintenir
son propre éveil face à sa propre mémoire. Sinon, on un film qui sera distribué
pas mal de salles qui jouent le jeu et des gens qui mettent en salles, Scope100.
oublie les choses.
©DR - LE MIROIR (1975) de Tarkovski

leur passion avant tout. Mais je n’ai pas déchanté, car je
On a souvent des retours de spectateurs
savais déjà un peu comment cela se passait. Exerces-tu parfois une censure sur tes goûts ? qui, on le sait, attendent des films
Je m’en doutais et on m’en avait parlé. Mais la distribution Des films que tu aimes mais que tu t’interdis comme Evolution ou Dead Slow Ahead,
est quelque chose d’assez impitoyable. Et il y a tellement à publier car trop hors normes ? et grâce - ou malheureusement - aux
peu de temps pour gagner, c’est-à-dire que le film puisse Je pourrais citer Tenemos la carne. C’est le premier long- réseaux sociaux, on a des commentaires
trouver ses spectateurs, ça, c’est le vrai défi et c’est jamais métrage d’un jeune mexicain, c’est un film qui va très de gens qui sont malheureux de ne pas
gagné d’avance. loin, avec beaucoup d’exigence et de qualités artistiques. voir les films qu’on distribue.

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“Avec Rohmer,
on a vraiment
fait une intégrale,
c’est de loin
notre projet le plus
Je leur dis d’aller voir les salles dans les villes où ils La boutique elle-même a changé, elle a intégré ambitieux”
habitent et d’arriver à les convaincre de prendre les films. la musique notamment
Une fois que le film est sorti et que les gens sont déçus,
Oui, il n’y en avait pas avant. Le fait d’agrandir et de
c’est difficile d’arriver à ce genre de possibilités. Mais
récupérer un tiers d’espace, cela nous a permis de faire un
quelque part Scope100 c’est faire cela en amont. C’est un
café, on vend aussi des affiches car on nous en demandait Un réalisateur que j’aime beaucoup,
projet européen. Il y a un distributeur qui a été sélectionné
très souvent et aussi des vinyles de bandes originales de et c’est un des humains les plus
sur dix pays européens et c’est média, un organisme qui
films, un peu de nouvelles mais surtout des ressorties magnifiques que j’ai pu rencontrer.
finance le cinéma européen, qui a débloqué une aide afin
d’anciennes, car il y a un marché très vivant là-dessus Beaucoup plus particulier mais tout
que nous puissions développer une communauté, trouver
depuis quelques années. Cela marche plutôt bien, et on aussi impressionnant, c’est Werner
une centaine de personnes dans toute la France à qui on
est content d’avoir diversifié un peu.
va montrer une dizaine de films et qui va en choisir un Herzog, qu’on a fait venir il y a
qu’on va distribuer quelque temps après. deux ans avec une rencontre à la
Je crois qu’il y a le projet de travailler aussi cinémathèque. Je n’ai pas trop la
C’est mettre le spectateur au cœur de ce travail de distri-
sur des DVDs et musique de films. culture du fan envers les artistes
bution et de mise en visibilité d’un film, pour créer une
émulsion entre nos bureaux à Paris et les villes à travers D’ailleurs certaines éditions étaient accompagnées que j’aime bien, mais là je me
de CDs audio comme le Magick Lantern Cycle sentais tout petit et tout timide
la France qui vont participer à ça, en espérant qu’ils vont
aussi travailler leurs réseaux personnels pour motiver les de Kenneth Anger, Artemis cœur d’artichaut en face d’un monstre comme ça.
gens à aller voir le film, car ils auront aussi été acteurs d’Hubert Viel ou les Rencontres d’après minuit À la boutique on a quand même fait
venir Hans syberberg, réalisateur
du choix et pas juste à attendre l’information qu’un film de Yann Gonzalez
arrive hypothétiquement dans leur ville. Cela permet de films monstres sur l’histoire de
C’est vrai qu’en termes d’édition, cela nous tente bien de l’Allemagne, il m’a assez impres-
aussi de travailler notre image par rapport à des gens qui sortir aussi des musiques de films autant que des vidéos.
comprennent notre démarche. sionné aussi, Pierre etaix qui était
Puis, dans mon parcours, j’ai d’abord travaillé dans un un être magnifique et qu’on a eu
label, Tiger Sushi, que j’ai monté avec mon frère et qui la chance de faire venir. Il y a eu
existe toujours. plein de belles rencontres, depardon
J’ai été un peu DJ et j’ai pas mal touché les instruments j’aime beaucoup le personnage aussi.
donc c’est aussi ma première passion, et d’y revenir un
peu, ça me fait du bien. Aujourd’hui, Potemkine se
lance dans une nouvelle
Sur un plan humain, avec les nombreuses rencon- aventure: la production
tres à la boutique, quels seraient les réalisateurs Ce n’est pas directement de la
qui humainement t’ont le plus impressionné ? production, c’est plus qu’on accom-
Le réalisateur qui m’a le plus impressionné, de sagesse pagne le développement d’un
et d’intelligence, - on avait commencé à travailler sur un film, en partie financièrement, et
projet d’édition d’un superbe coffret mais ça ne s’est pas le premier pour lequel on a fait
fait et il y a eu des éditions assez nulles de ce cinéaste -, ça, c’est le film Salt and Fire, la
c’est Alain Cavalier. dernière fiction de Werner Herzog.
©DR
©DR - LA PEAU DE BAX (2015) d’Alex Van Warmerdam

Nous sommes très fiers. Nous sommes aussi allés chercher Plus ou moins au moment de la série. Mais avant cela Comment vois-tu l’avenir
Arte pour qu’ils nous accompagnent dans cette aventure. on a sorti un magnifique documentaire le 15 février qui de Potemkine ?
un thriller écologique étonnant ! s’appelle The Art Life qui est plus centré sur son enfance,
L’objet ne disparaîtra jamais, cela va
son adolescence et sa partie artiste plastique qui est fina- se transformer peut-être vers autre
Ce travail d’éditeur indépendant, de défricheur, lement ce qu’il préfère faire dans la vie, et pour laquelle chose. Il y aura moins de choses de
le vois-tu également comme un engagement il se destinait – le cinéma est un peu un accident chez faites mais mieux faites.
presque politique ? lui – et tout à l’heure on parlait des documentaires qui
Il y a plus de la résistance et affirmer des convictions que ne sont pas des têtes parlantes avec archives, là on n’est
de la politique. Pour moi, la politique ce serait d’agir sur le vraiment pas là-dedans, c’est ce qui nous a plu. Et le film se
grand nombre, d’avoir une vraie influence sur son peuple. termine par un récit magnifique du tournage d’Eraserhead,
Et je suis loin d’avoir une influence sur le peuple français. c’est le moment où le récit s’arrête, et on a aussi la chance
S’il y avait juste plus de gens qui défendent leurs convictions d’avoir Eraserhead en ressortie dans notre catalogue, en
et qui résistent à plein de facilités, et si on était nombreux, copie restaurée. On va donc redécouvrir le mieux possible
cela deviendrait de la politique, mais là chacun dans nos ce magnifique film qui est un sacré film-trip n’est-ce pas ?
coins, c’est plus de la résistance qui pourrait devenir de Comment ai-je pu oublier parmi les films-trips les films de
la politique si les gens l’accompagnent et le suivent. Mais David Lynch qui sont tous des films-trips ! Parmi mes deux
ce n’est pas moi directement qui agis là-dessus, je donne films-trips préférés, il y a le premier et le dernier David
un signal et ceux qui m’aiment me suivent. Lynch, Eraserhead et Inland Empire.
Autre gros événement. En 2017 on va ressortir les tant
Peux-tu parler des derniers projets ? attendues versions restaurées de tous les films de Tarkovski. POTEMKINE
Je suis très fier d’annoncer que l’année 2017 sera l’année Même si j’ai édité l’intégrale, je ne suis pas totalement fier 30 rue Beaurepaire dans le 10e
Lynch car on va accompagner à notre façon la troisième de toutes les copies qu’il y a dedans, et là il y a eu un gros est ouverte tous les jours
saison de Twin Peaks, qui va être quelque chose d’assez travail dessus, une vraie redécouverte de son cinéma. J’ai (lu 11h-19h / ma à sa 11h-20h /
démentiel. On est très heureux d’avoir acquis récemment pu voir un bout de la copie de Solaris et de Stalker, c’est di 14h30 - 19h)
la version restaurée de Twin Peaks, le film Fire walk with hallucinant, ce n’est quasiment plus les mêmes films. Mais Tél. 01 40 18 01 81
me, qu’on va ressortir au printemps. il y aura d’autres belles surprises.

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séléctions POTEMKINE
PAR JÉROME TRANCHANT et MAXIME LACHAUD

Afin d’offrir un panorama
de la diversité des éditions
Potemkine, nous avons choisi
de nous arrêter sur certains
titres distribués ou sortis
en DVD durant cette fructueuse
décennie d’activisme. Entre
obscurités et films cultes, cette
sélection internationale dresse
une géographie disparate
mais au bout du compte assez
représentative d’un travail
hors normes que Nils Bouaziz,
Noémie Moreau,
Nicolas Giuliani (à l’origine
de la Collection Documentaire)
et la joyeuse équipe
mènent avec
passion

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séléctions POTEMKINE

plus de 600 villages qui ont été brûlés, décimant des d’un vieillard autour duquel le village s’est rassemblé
régions entières. Klimov avait coécrit le scénario avec ou encore cette population enfermée dans une grange
Date de sortie :
Ales Adamovich qui avait combattu alors qu’il était pour être exterminée. La perte d’innocence passe par
18 sept. 2007
(2h22) encore adolescent. Cet aspect autobiographique est ces visions insoutenables, étouffantes. L’utilisation de
De : Elem Kilmov rendu par ce qui fait la force du film : adopter le point drones vibrants et d’une musique alternant oppression,
Avec : Aleksey de vue d’un adolescent face aux horreurs de la guerre. collage de bandes-son de la guerre (discours d’Hitler,
Kravchenko, Magistralement interprété par Alexei Kravchenko, hymne allemand) et airs classiques (Mozart, Wagner…)
Olga Mironova, Florya passe du statut de gamin à celui de vieillard font aussi du film un trip halluciné, baigné dans un
Liubomiras en quelques jours, les transformations de son visage
Laucevicius épais brouillard insondable. Cet aspect d’étrangeté
filmé en gros plans sont elles-mêmes bouleversantes. peut être une forme de résistance face à un réel
Genre : Guerre
Autour de lui, les visions macabres et apocalyptiques
Nationalité : Russe insupportable mais aussi les premiers pas vers la folie
s’enchaînent. Tout n’est que charnier, corps amoncelés.
qui guette ces enfants, perdus au milieu des bombes
La caméra serre le personnage, nous sommes avec lui,
et des macchabées, aussi bien enfouis dans la terre
nous sommes lui. Ceux qui lui parlent sont eux-mêmes
souvent face caméra, nous impliquant directement ou pendant des arbres.
REQUIEM POUR UN MASSACRE (1985) dans cet univers cauchemardesque. Klimov, lui-même hanté par le décès de sa compagne
d’Elem Klimov Nous sommes emportés physiquement dans ce partage Larisa Shepitko suite à un accident de voiture, veut
de l’Enfer qu’est la guerre jusqu’à une apogée finale donner à ressentir la guerre non seulement au public
Il s’agit du premier DVD sorti par Potemkine, celui
par lequel tout a commencé. Considéré quasiment où Klimov utilise les images d’archives afin de nous mais aussi à ses acteurs afin de tirer des performances
unanimement comme le plus grand film sur la guerre terrasser de par leur pouvoir inéluctable. Nous voyons possédées. Il a donc fait porter à ses comédiens non
jamais réalisé, Requiem pour un massacre connut un ce que le personnage voit, nous entendons ce qu’il professionnels de vrais costumes de guerre et a tourné
grand succès au box-office lors de sa sortie au milieu entend. Ce mélange de réalisme et d’un univers mental les scènes dans l’ordre chronologique pendant près
des années 80. Pourtant, le long-métrage était devenu presque irréel, lié à la folie qui entoure les êtres, est de neuf mois. Le projet lui-même a mis huit ans à
très difficile à se procurer, juste disponible sur une tellement maîtrisé que le réalisateur ne tournera plus voir le jour, tant la dimension naturaliste faisait peur,
vieille VHS ou visible dans les cinémathèques. jamais après cette œuvre, comme s’il avait tout dit. d’autant plus que le film prend le parti de mettre un
La moindre chose que l’on puisse dire, c’est que c’est La survie, la peur, les larmes, Requiem pour un mas- visage sur le Mal, le titre original était d’ailleurs « Kill
le genre de film choc qui marque durablement tous sacre, de par sa noirceur, en deviendrait presque un Hitler ». Aujourd’hui, Requiem pour un massacre mérite
ceux qui le regardent. Se déroulant en 1943, pendant film d’horreur, ce qu’il finit par être quelque part. On d’être vu et revu, malgré sa dimension traumatique,
l’occupation des troupes allemandes en Biélorussie, se souvient par exemple de l’œil ensanglanté filmé car jamais on n’aura filmé aussi bien et sur un simple
il aborde le thème du génocide dans le pays, avec en gros plan de la vache agonisante, ou le corps brûlé visage le processus déshumanisant de la guerre. (ML)

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séléctions POTEMKINE

à plaire encore plus. Seul Kim, le chef de la CIA le point. Résumer les événements. À la manière des
locale, ami fidèle presque en disgrâce, joue double chapitres d’un livre ou des titres d’un journal. Cette
Date de sortie : jeu. C’est qu’il a décidé, ce soir, avec des complices, rigueur, qui n’exclut paradoxalement ni émotion ni
21 avril 2009 de tuer Park Chung-hee. Im Sang-soo (remarqué, lyrisme, faiblit dans la dernière demi-heure, lorsque
(1h42) l’an dernier, avec Une femme coréenne) n’idéalise le ridicule s’impose. On sourit, bien sûr, devant ce
De : Sang-soo Im personne. « On sent tous mauvais », dit l’un des
Avec : Suk-kyu Han, responsable de la sécurité refoulé de son ministère
personnages, et on doit prendre cette réplique au par ses propres troupes. Ou de cet imbécile couvrant
Yun-shik Baek,
Jae-ho Sang propre comme au figuré. Les conjurés qu’il nous d’une casquette pudique l’intimité du cadavre
Genre : Comédie montre sont des courtisans repentis. Et leurs moti-
présidentiel. Mais la dérision insolente qui plane
Nationalité : vations sont troubles, opaques, dissimulées sous
sur le film est si forte que la farce, curieusement,
Corée du Sud leurs actes, qui seuls intéressent le réalisateur. Son
film ressemble au travail d’un flic qui s’intéresserait l’affaiblit un instant. Le film a soulevé des remous à
aux détails - qui était là ? qui a fait quoi ? - pour Séoul, notamment auprès de la fille de Park Chung-
mieux avoir une vision globale des faits. Dès les hee. Moins, semble-t-il, parce que son père était
THE PRESIDENT’S LAST BANG dépeint comme un dictateur que parce qu’il avait
premières minutes, un travelling latéral fait défiler
(2005) d’Im Sang-soo la faiblesse d’aimer les chansons japonaises et les
les pièces d’une prison où l’on pratique la torture
La « Maison Bleue » de Séoul est en effervescence. au nom du président. Avant et après la tuerie, des jeunes filles en fleur. L’honneur familial des tyrans
En ce 26 octobre 1979, le président s’est annoncé, mouvements de caméra similaires - le dernier, en est, parfois, aussi bizarre que les motivations de
vieux tyran solitaire qui vient de plus en plus plongée pour accentuer le propos - semblent faire ceux qui les tuent. (JT)
souvent y noyer sa mélancolie. Cela fait seize ans
que Park Chung-hee règne sur la Corée du Sud. On
lui a tué sa femme, cinq ans plus tôt, lors de la
fête nationale. Depuis, ses conseillers privés sont
devenus ses pourvoyeurs en alcool et en filles. Ils
sont trois, ce soir-là, à le contempler, vautré sur les
seins d’une call-girl, se pâmant devant le charme
mélancolique de romances japonaises. À l’écouter,
aussi, pérorer sur son libéralisme (« J’ai toléré un
parti d’opposition, moi ! ») et sur la démocratie
(« Combien de pays l’appliquent-ils réellement ? »).
Yang, le servile, bat des mains à chaque phrase.
Cha, le chef de la sécurité, nouveau favori, cherche

de partir en croisade contre la bêtise et la vulgarité
de ses concitoyens, lobotomisés par la télé, selon lui,
Date de sortie :
et d’assassiner toutes les personnes qui le méritent,
5 février 2013
(1h45) toujours ­selon lui. Qui n’a jamais rêvé d’étriper ainsi
De : Bobcat le type qui répond à son portable dans une salle de
Goldthwait cinéma ou l’intégra­lité du casting de ces émissions de
Avec : Joel Murray, télé-réalité débiles qui polluent nos écrans ? Humour
Tara Lynne Barr très noir, donc, pas loin de Borat, pour cette charge au
Genre : bazooka contre la dégénérescence des médias et du
Comédie
public. Le réalisateur, Bobcat Goldthwait, est spécialiste
Nationalité :
Américaine de la provoc et des sujets scabreux. Dans Juste une
fois (2007), il était question d’un inavouable désir
zoophile ; dans World’s Greatest Dad (2009), Robin
Williams maquillait en suicide la mort accidentelle de
GOD BLESS AMERICA (2011) son fils (par strangulation auto-érotique) pour lancer
de Bobcat Goldthwait
sa carrière d’écrivain raté... Ici, la satire tourne au jeu
Privé de sommeil par le vacarme de ses voisins, viré de massacre quand Frank s’adjoint les services d’une
de son open-space à la suite d’une plainte douteuse adolescente qui partage sa fureur nihiliste. Le couple
de harcèlement, Frank apprend dans la foulée qu’il de justiciers, pris dans une spirale de violence, évoque
va mourir d’une tumeur au cerveau. Avant de se alors l’équipée sauvage de Tueurs-nés, d’Oliver Stone,
suicider, ce vieux garçon aigri et misanthrope décide en moins speed et en plus amusant. (JT)

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séléctions POTEMKINE
Une sélection
Britain. Nous suivons les personnages au plus près
dans des marches énergiques et étourdissantes. Cet Top 9 de Nils Bouaziz
Date de sortie : aspect dérangeant atteint une apogée avec Elephant,
4 octobre 2011
qui cumule 18 meurtres en 30 minutes. Quasiment
De : Alan Clarke
aucun dialogue, pas de musique, juste des personnes
Avec : REQUIEM POUR
Gary Oldman, qui avancent jusqu’à un but, celui de donner la mort,
et qui repartent. Les lieux sont ordinaires, déserts, UN MASSACRE
Tim Roth,
Ray Winstone mais présentés comme étranges. Rien ne distingue « Un film découvert
Genre : d’ailleurs les victimes des bourreaux. La caméra, elle, grâce à la boutique
Drames sociaux reste dix secondes sur les corps au sol, ce qui est car un client russe me
Nationalité : beaucoup trop long, trop insupportable. Ces tueries l’avait commandé. Une
Britannique perpétuelles apparaissent comme banales, et donnent de mes plus grosses
littéralement le vertige. Chaque œuvre de Clarke nous
amène à penser cette surenchère et cet engrenage de
claques au cinéma.
COFFRET ALAN CLARKE (2011) violence. N’y a-t-il d’ailleurs rien de plus angoissant C’est un film dont on
Inclus Scum (1979) - Made in Britain (1982) que ce final de The Firm où les hommes rêvent d’une ne peut sortir indemne.
The Firm (1989) - Elephant (1989) société nationale de hooligans ? Le cinéma de Clarke On n’est pas la même
Réalisateur qui a essentiellement travaillé pour ne nous épargne rien (les viols et suicides de Scum) personne après l’avoir
la télévision et la BBC, Alan Clarke a produit une et quand une séquence est hors champ (la scène de vu. Il symbolise
œuvre d’un réalisme social glaçant et d’une violence vengeance et de mutilation de The Firm), on imagine aussi le début des
oppressante, comme en témoignent les quatre films des horreurs plus grandes encore. En tout cas, ses éditions DVD. »
rassemblés dans ce coffret, sans aucun doute les plus films-choc font réagir vu que Scum contribuera à la
forts, les plus noirs et les plus controversés qu’il ait fermeture des borstals, ces centres de détention pour
faits. Entre les maisons de correction de Scum, les mineurs. Clarke décède malheureusement d’un cancer
du poumon en 1990 alors qu’il a atteint un sommet NE VOUS RETOURNEZ PAS
skinheads de l’ère thatchérienne dans Made in Britain,
les hooligans terrifiants de The Firm ou les meurtres
dans son style minimaliste et brut, avec toujours des « Un art du morcelle-
performances d’acteurs hallucinantes. Gus Van Sant ment dans le récit par
insensés d’Elephant, le panorama qui nous est offert ou Harmony Korine sauront tirer de bonnes leçons
fait froid dans le dos et Clarke retrouve l’esprit des le montage jamais vu
de son cinéma. Dans un style plus léger, Potemkine a auparavant. Comme
jeunes gens en colère des années 50 mais revisité aussi édité séparément Rita, Sue and Bob too, où il est
par l’ère punk et No Future. Une des caractéristiques dans Le Miroir, on est
question essentiellement de sexe sous un mode plus
de son cinéma se trouve dans son utilisation de la comique bien que le caractère déprimant de l’Angle- dans une irréalité, une
Steadicam, qu’il systématise à partir de Made in terre des années 80 soit toujours bien présent. (ML) construction mentale
rarement vue ailleurs.
C’est aussi un des films
qui m’a le plus glacé le
Chandler un idéaliste narquois à qui Elliott Gould prête
sa silhouette dégingandée et sa fausse désinvolture. sang. Une lente descente
Date de sortie : En ces années 70, Marlowe vit dans un studio entre dans les abîmes et dans
2 octobre 2012 l’angoisse. »
ciel et terre, face à des voisines adeptes de l’orgasme
(1h52)
De : Robert Altamn
tantrique, et s’occupe essentiellement de son chat.
Avec : Elliott Gould, Un chat à qui on ne la fait pas : Marlowe a beau
Nina Van Pallandt, lui faire croire, sur le coup de trois heures du mat, MELANCHOLIA
Sterling Hayden qu’il vient de lui acheter ses croquettes préférées
Genre : (en fait, il a transféré dans une boîte de luxe une « Un titre qu’on nous
Comédie nourriture plutôt cheap), le chat, snob, les dédaigne… a proposé sur scénario
Nationalité : Marlowe ne peut rouler son chat, mais lui, il se fait pour un droit vidéo.
Américaine rouler dans la farine par son pote Terry, accusé du C’est un des cinéastes
meurtre de sa femme. La police le soupçonne, une contemporains en activi-
femme l’engage pour retrouver son mari, écrivain té que j’aime au-delà de
LE PRIVÉ (1973) de Robert Altman alcoolique, un mafieux lui demande 350 000 dollars… tout. Une des œuvres les
Avec une nonchalance qui dissimule des mouvements plus fortes qu’il a faites,
Aucun rapport avec le Philip Marlowe incarné suc- de caméra somptueux, Altman tourne un film noir
cessivement par Dick Powell, Robert Montgomery, un film de transition qui
dans la lumière blanche de la Californie. L’humour
James Garner, Robert Mitchum. Et popularisé par permanent se mêle à des bouffées de violence surpre- parle de la dépression
Humphrey Bogart dans Le Grand Sommeil : chapeau, nantes : le mafieux défigure, exactement comme Lee et qui est très proche de
trench-coat et œil désabusé sur les magouilles des Marvin ébouillantait Gloria Grahame dans Règlement Tarkovski formellement.
hommes. Robert Altman fait du héros de Raymond de comptes de Fritz Lang. La réussite est totale. (JT) Le début d’une aventure
que j’espère longue
avec Von Trier. »
séléctions POTEMKINE

Date de sortie :
3 mai 2011 (1h31)
De :
Benjamin Christensen
Avec : Benjamin
Christensen, Elisabeth
Christensen, Maren
Pedersen
Genre : Docu-fiction
Nationalité :
Danemark / Suède

HÄXAN, LA SORCELLERIE
À TRAVERS LES ÂGES (1922)
de Benjamin Christensen
Film culte s’il en est, précurseur du docu-horreur,
du cinéma Mondo et même de la nunsploitation des l’impression de voir des fresques fantastiques de en assurera la narration dans une adaptation des
années 60 et 70, Häxan reste une œuvre fascinante et l’époque obscurantiste prendre vie sur l’écran. Des années 60 (qui figure parmi les trois versions présentes
inclassable, à mi-chemin entre documentaire, fiction tortures de l’Inquisition aux traitements tout aussi sur le double DVD) ou la formation expérimentale
et film d’animation. Baignant dans une imagerie inhumains que la psychiatrie, sorte de nouvelle française Art Zoyd qui en assurera la bande-son. Les
gothique et grotesque, parfois même scatologique, religion en ce début de XXe siècle, livre aux femmes images restent en tête, de ces gardiens des portes
cette superproduction scandinave a enthousiasmé hystériques, cette saga anticléricale mêle provoca- de l’Enfer aux têtes de porc jusqu’à ces femmes qui
les surréalistes et outré les censeurs - notamment tions, humour, noirceur et érotisme avec une totale embrassent le cul du Diable.
aux États-Unis. liberté de ton. Avec une maîtrise éclatante des ombres et lumières,
Ayant assemblé une grande documentation sur le Le décalage entre la volonté académique et le Christensen invente le genre folk horror tout en ali-
sujet de la sorcellerie entre 1919 et 1921, Christensen caractère halluciné des parties fictionnelles, qui gnant des tableaux extravagants où l’imaginaire tient
aurait pu proposer une thèse filmée, s’appuyant tentent de matérialiser sur l’écran les différentes le premier rôle. Qu’importe si la thèse développée
sur des gravures, illustrations et autres archives de superstitions et légendes d’une époque révolue, en est simpliste - surtout à la fin -, son désir de faire
l’époque médiévale, mais il se lance vite dans des fait un document avant-gardiste qui séduira par la un cinéma nouveau, décomplexé, en fait un film
reconstitutions d’une beauté saisissante où on a suite aussi bien l’écrivain William S. Burroughs qui incontournable. (ML)

rassemblés sous le titre « The Magick Lantern Cycle » Pleasure Dome et Lucifer Rising. Souvent baroques,
Date de sortie : qui bénéficient ici d’une édition magnifique, incluant ses films passionnent quand ils en appellent aux
3 juillet 2015 un livre rassemblant photos, storyboards, textes surimpressions et aux collages. Dans Scorpio Rising,
De : Kenneth Anger d’Olivier Assayas, un DVD entier de bonus et un CD un fétichisme homo-érotique des motos et du cuir se
Avec : audio avec la musique de Bobby Beausoleil pour mêle à une imagerie religieuse, nazie et des airs pop
Bobby Beausoleil, Lucifer Rising, faisant le pont entre deux des grandes
Donald Cammell,
des années 50. Ces juxtapositions créent une poésie
passions de Potemkine, le cinéma et la musique. des sens, où la musique joue un rôle primordial.
Marianne Faithfull,
Kenneth Anger Entre chamanisme et culture pop, occultisme et
Après son immersion dans le monde des bikers,
Genre : imagerie gay, Anger a eu une influence considérable
sur le Nouvel Hollywood et l’univers du clip vidéo. Anger explorera la culture hippie et le psychédélisme,
Expérimental
Nationalité : ses BO se faisant de plus en plus hallucinées (les
Il a à peine vingt ans quand il tourne Fireworks et se manipulations crispantes du Moog par Mick Jagger
Américaine
voit immédiatement associé à d’autres grands noms dans Invocation of my Demon Brother) jusqu’à son
de l’avant-garde, comme Gregory Markopoulos, qui
magnum opus, le fameux Lucifer Rising, qui mettra
n’hésitent pas à traiter ouvertement d’homosexualité
THE MAGICK LANTERN dix ans à être achevé, dans lequel on retrouve des
à une époque où celle-ci est encore une pratique
CYCLE de Kenneth Anger - Coffret (2015) personnalités comme le cinéaste Donald Cammell
Inclus Fireworks (1947), Puce Moment (1949), Rabbit’s Moon (1950), interdite dans le pays. Stan Brakhage ou encore Jean
ou la chanteuse Marianne Faithful.
Eaux d’artifice (1953), Inauguration of the Pleasure Dome (1954), Cocteau seront impressionnés par ce premier film en
Scorpio Rising (1964), Kustom Kar Kommandos (1965), noir et blanc, et Anger s’aventurera par la suite dans Bien plus qu’un témoignage sur une époque lointaine
Invocation of my Demon Brother (1969), Lucifer Rising (1966-1981). des domaines de plus en plus mystiques, marqués par et révolue, le cinéma d’Anger se rapproche vraiment
Grand nom du cinéma underground américain, la pensée d’Aleister Crowley et les figures de dieux d’un rituel magique sans autre équivalent dans
Kenneth Anger est surtout connu pour ses films païens que l’on retrouvera dans Inauguration of the l’histoire du septième art. (ML)

190 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
séléctions POTEMKINE
Une sélection
des décors totalement construits en studio. Le Village
Voice parlera d’un Bergman version slapstick, d’autres Top 9 de Nils Bouaziz
Date de sortie : évoquent Beckett, mais c’est surtout aux figurines
2 novembre 2016 de l’espagnol Isaac Cordal que l’on pense, avec ses
De : Roy Andersson sculptures miniatures d’hommes grisâtres qui semblent
Avec : Nils Westblom, LES INNOCENTS
porter le poids d’une aliénation. Un détenu est mené à
Holger Andersson, la chaise électrique. Un singe est torturé alors qu’une « Un retour à ma
Lars Nordh
femme juste à côté s’inquiète d’un parent au téléphone. première époque
Genre : cinéphile.
Comédies noires L’humain y est saisi par tout un tas d’angoisses. Dans
Nationalité : Nous, les vivants, une femme pleurniche sans cesse, Un de mes films
Suédois alors que dans Un pigeon perché sur une branche de chevet. Une œuvre
philosophait sur l’existence, des clowns tristes et parfaite, aussi forte
dépressifs tentent de vendre des farces et attrapes que La Nuit du
pour apporter un peu de bonne humeur aux gens. chasseur. »
COFFRET ROY ANDERSSON (2016)
Inclus A Swedish Love Story (1969), Chansons du 2e étage (2000), Certaines scènes sont de purs bijoux d’hilarité, comme
Nous, les vivants (2007), Un pigeon perché sur une branche philosophait ce cours de flamenco où l’enseignante ne peut réfréner
sur l’existence (2014) son désir, cette vieille sur son lit de mort qui ne veut
Si l’œuvre de Roy Andersson reste associée à un humour lâcher son sac plein de bijoux ou cette serveuse qui EVOLUTION
absurde et des tragicomédies poétiques, son parcours ne sait que faire de la commande d’un client qui vient « Des films qu’on
est tout de même assez singulier. En effet, entre 1975 de faire un arrêt cardiaque. Dans ces fragments poly-
a distribués en France,
et 2000, le réalisateur suédois ne réalisera que deux phoniques, il y a presque quelque chose d’orchestral
ou de l’ordre de la comédie musicale. Les personnages
c’est celui dont
courts métrages (Quelque chose est arrivé, Monde de
témoignent tous de notre caractère éphémère, minus- je suis le plus fier.
gloire), se consacrant entièrement au monde de la
publicité dans lequel il est particulièrement créatif. C’est cules dans ces décors avec une grande profondeur Ce genre de films qui me
véritablement avec Chansons du 2e étage, prix du jury de champ. Le burlesque et le cocasse se teintent de font décoller la rétine.
à Cannes en 2000, que le public français commencera à spleen. Dans ces bars, ces rues, ces appartements, Aussi une œuvre
s’intéresser à ce cinéaste sans pareil. Le film aligne les ils sont ensemble mais toujours définitivement seuls, importante pour
tableaux et les plans séquences, avec une esthétique tellement accablés et zombifiés qu’ils en deviennent le cinéma français qui
épurée, froide, décolorée, où tous les personnages drôles, tétanisés par la vie comme cet homme pétrifié méritait une belle
possèdent des teints blafards et cadavériques. Ces dans un muséum d’histoire naturelle, et dont l’image édition en diptyque
saynètes du quotidien mêlent humour noir, surréa- forte et superbe sert de couverture au DVD d’Un avec Innocence. »
lisme et une certaine forme de théâtralité figée dans pigeon. Ah la vie, quelle blague ! (ML)

LE TEMPESTAIRE
prend la tête du groupe. Dès lors, ses hommes devront
le suivre, quoi qu’il en coûte, jusqu’au tréfonds de sa « Je ne connaissais
Date de sortie : folie. Dès la scène d’ouverture — la procession des que la Chute de la
4 novembre 2014 Maison Usher sur lequel
conquérants, minuscules silhouettes sur les flancs
(1h33)
d’une montagne gigantesque surgissant des brumes mon frère Joakim avait
De : Werner Herzog
Avec : —, Herzog donne aux paysages une place écrasante. fait la musique. Depuis
Klaus Kinski, Dans ce décor grandiose, il arbitre non sans cruauté ce ciné-mix il y a une
Ruy Guerra, le combat inégal entre les hommes et la nature. De quinzaine d’années,
Helena Rojo naufrages en attaques d’Indiens, ce chef-d’œuvre au j’ai voulu l’éditer,
Genre : Aventure lyrisme cru a toutes les apparences d’un film d’aven- et ça a pris… dix ans !
Nationalité : tures. Il est bien plus que cela : une charge inspirée
Allemand contre la furie d’un monde gangrené par la volonté
Une longue phase de
de puissance et le rêve de pureté qui en découle. recherche et la révélation
Poème hypnotique, épopée tragique, Aguirre est d’un grand génie
AGUIRRE, LA COLÈRE DE DIEU aussi, comme Fitzcarraldo, tourné dix ans plus tard, en travaillant sur
(1972) de Werner Herzog le portrait saisissant d’un explorateur mégalomane l’édition elle-même.
et illuminé. Vampirisé par son personnage, Klaus J’ai été très impressionné
En 1560, une expédition espagnole quitte les hauts Kinski fascine jusqu’à la fameuse scène finale. Les par son passage
plateaux péruviens pour s’enfoncer dans la forêt yeux exorbités, le corps défait, l’acteur erre parmi les au parlant avec ce film
amazonienne à la recherche du mythique Eldorado. singes et les cadavres. Pathétique souverain régnant quasi expérimental.
L’entreprise est démente mais Aguirre, commandant sur son « radeau de la Méduse », il est possédé,
Un des plus grands
en second, refuse de renoncer. Il renverse son chef et corps et âme habité par « la colère de Dieu ». (JT)
avant-gardistes
du cinéma mondial. »
séléctions POTEMKINE

terrassante. Pourtant, certains plans pourraient être notre passage sur terre. Nous sommes tous déjà des
issus de pas mal de films vus ces dernières années fantômes dans cet univers, et le terme “dead” (les
( The Forgotten Space (2010) d’Allan Sekula et Noël morts) du titre peut être pris au sens littéral. Herce
Date de sortie : Burch, Leviathan (2012) de Lucien Castaing-Taylor et a parlé lui même d’une expérience terminale : “filmer
7 mars 2017
(1h14)
Véréna Paravel, Exotica, Erotica, etc. (2015) d’Evangelia le dernier navire de l’espèce humaine”. Alors, malgré
De : Mauro Herce Kranioti ) et le périple en cargo n’est pas si original la froideur des plans, l’émotion pointe dans ce décor
Genre : que cela, c’est bien le travail sur la matière sonore qui pourrait être aussi bien futuriste qu’obsolète.
Documentaire et le regard porté sur l’environnement qui fait de ce L’équipage philippin devient une humanité en errance,
Nationalité : long de Mauro Herce une expérience unique. Tout ombres mouvantes et aliénées. Qu’est-ce qui les a
Espagnole comme l’équipage, nous voguons dans une forme menés à avoir ce genre de vie ? Nous ne le saurons
d’inconscience, simples rouages dont chaque action jamais. Ils semblent aller vers un naufrage dans ces
semble si anodine, car qui sommes nous face à espaces qu’ils traversent mais qu’ils ne peuvent pas
l’immensité du monde, ces cieux insondables et cet habiter. Condamnés comme nous le sommes tous,
DEAD SLOW AHEAD (2016) océan infini ? Les conversations téléphoniques d’une leurs portraits font déjà d’eux des défunts. Dead Slow
de Mauro Herce grande banalité entre les hommes et leurs familles Ahead nous laisse face à la force métaphysique du
qui les attendent relèvent là aussi d’un absurde silence et du vide, en l’orchestrant jusqu’à créer sa
Dès les premiers plans, on pense à La mélodie du monde
tragique et appuient une forme d’insignifiance de symphonie de l’indicible. (ML)
(1929) de Walter Ruttmann ou même au Koyaanisqatsi
(1982) de Godfrey Reggio : une symphonie visuelle
aux allures de film-monde. Sons et images se mêlent
pour un résultat qui s’apparente à un véritable album
de musique ambient, avec cette capacité à nous faire
perdre les notions d’espace et de temps. Au bout du
compte, si Brian Eno faisait du cinéma, cela ressem-
blerait peut-être à ce Dead Slow Ahead dont le titre
lui même évoque une lenteur hypnotique. En effet, ce
documentaire est une sorte de poème visuel postin-
dustriel subjugué par ce monstre mécanique qu’est le
cargo Fair Lady, prouesse architecturale dans laquelle
les hommes errent comme des présences spectrales,
eux mêmes semblant si insignifiants face à cet engin
colossal perdu au milieu d’une immensité encore plus

documentaire sur David Lynch, The Art Life, dès le toutes formes d’interprétations. Certains y virent
Ressortie en salles dans
une version restaurée par
15 février. Œuvre mythique qui a longtemps tourné une matérialisation des angoisses de la paternité.
David Lynch : le 31 mai 2017 dans le milieu des Midnight Movies, ce premier - et D’autres y ont perçu le parcours d’un homme
Date de sortie : meilleur - film de David Lynch était aussi le préféré introverti qui se confronte à son inconscient pour
rentrée 2017 (1h29) de Stanley Kubrick. Et pour cause, il reste d’une ne plus être un personnage passif. Lynch livre assez
De : David Lynch beauté formelle presque indépassable. Parfois de clés narratives pour donner à son métrage une
Avec : Jack Nance, associé au genre body horror, pièce maîtresse de force émotionnelle unique. Les effets spéciaux (les
Charlotte Stewart
Genre :
la culture post-punk, industrielle et cold wave de la rumeurs continuent d’aller bon train sur l’origine
Horreur, fin des années 1970, l’influence de ce poème visuel du bébé), la complexité de la bande-son (une
Expérimental a été phénoménale. De Combat Shock à Tetsuo, symphonie dark ambient/industrielle superbe), les
Nationalité : on en trouve des traces partout, sans parler du personnages comme issus d’un freakshow (ah la
Américaine morceau composé par Peter Ivers, « In Heaven », dame du radiateur, et ces vieux airs d’orgue réver-
qui a été repris des dizaines et des dizaines de fois. bérés évoquant un croisement entre le Freaks de
Commencé en 1971, le tournage s’étalera sur six Tod Browing et le Carnival of Souls de Herk Harvey…)
ERASERHEAD (1977) années. Inspiré par l’environnement industriel de et les délires sexuels hallucinés (la séquence chez
de David Lynch - version restaurée la ville de Philadelphie, Eraserhead répond surtout les beaux-parents, les spermatozoïdes écrasés…)
D’ores et déjà annoncé comme un des grands à la logique onirique, ou plutôt cauchemardesque. se teintent d’une mélancolie toujours plus grande
événements cinématographiques de l’année 2017, Un homme aux cheveux électriques doit s’occuper face à ce personnage aliéné qui échappe au monde
la ressortie en salles par Potemkine de la version de sa progéniture monstrueuse dans un décor dépri- par le rêve. C’est profondément triste et tellement
restaurée d’Eraserhead est un vrai cadeau - prévue mant. Surréalisme, symbolisme sexuel et horrifique magistral qu’aucune des œuvres suivantes du maître
pour le printemps et en double programme avec le et sound design immersif, le film peut se prêter à de l’étrange n’atteindra cette excellence. (ML)

192 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017
séléctions POTEMKINE
Une sélection
correct. Du coup, le choix de tourner en VHS donne
une force particulière à ce film. Le son brut, l’image
Top 9 de Nils Bouaziz
Date de sortie :
11 janvier 2017 granuleuse, presque abstraite, les couleurs fades,
(1h18) tout contribue à créer une certaine angoisse, une
De : Harmony Korine hypnose, sans parler des rires crispants d’Hervé, le LE MIROIR
Avec : Brian Kotzur, personnage que Korine incarne. C’est cet aspect qui
Rachel Korine,
« La réduction du cinéma
nous renvoie à une de ses influences principales :
Harmony Korine, le Werner Herzog de Les nains aussi ont commencé
de Tarkovski à son
Travis Nicholson petits. Même sens du grotesque et de la répétition, essence même.
Genre : Expérimental
jusqu’à provoquer le malaise pur et simple. (ML)) Le mental, la mémoire,
Nationalité : la psyché prennent
Américaine
le pas sur le récit pour
atteindre la magie pure.
TRASH HUMPERS (2009) Date de sortie en salles :
Jusqu’à ce qu’il finisse
15 février 2017 le montage, Tarkovski
de Harmony Korine
Date de sortie : ne savait pas lui-même
Trash Humpers est avant tout un essai esthétique. à paraître (1h30) ce qu’il faisait. Un film
Alors attention, ici le réalisateur n’est pas en quête De : Jon Nguyen, qui échappe à tous
du beau, mais au contraire d’une poésie qui naît Rick Barnes,
de l’abject, de l’obscène, de la vulgarité. Le Marquis Olivia Neergaard-Holm les codes du cinéma
de Sade disait lui-même : « La beauté est la chose Avec : David Lynch et même à son
simple, la laideur est la chose extraordinaire » dans Genre : Documentaire réalisateur ! Je suis
ses 120 Journées de Sodome. Hé bien, les bacchanales Nationalité : ébloui à chaque vision
Américaine
prennent ici une dimension d’horreur sociale bien du film. »
typée redneck. Le sexe se fait toujours en solitaire :
fellation de branches, masturbations avec des légumes DAVID LYNCH, THE ART LIFE (2016)
et viols de poubelles encore et encore. Entre les
blagues racistes et homophobes, l’histoire d’un gars de Jon Nguyen, Rick Barnes & Olivia Neergaard-Holm MIND GAME
qui se fait rouler dessus par un tracteur, les tenues Parcours dans l’enfance et les années de formation « J’ai toujours aimé
aux couleurs du drapeau confédéré et les accents de David Lynch, The Art Life nous dévoile l’âme l’animation, mais
bien marqués, pas de doutes, on est dans le Sud d’un peintre qui s’est retrouvé dans le cinéma un ce film va beaucoup
profond. Portant des masques qui évoquent à s’y peu par hasard. Porté par la poésie des souvenirs plus loin que le
méprendre le grand-père du premier Massacre à la racontés, le documentaire explore l’apprentissage manga classique.
tronçonneuse, les personnages de Korine s’inscrivent d’une vision du monde qui donnera naissance à un
non seulement dans une tradition du monstrueux des plus grands génies du 7e art. Bien plus qu’un
C’est presque un
typique du Southern Gothic mais aussi dans une simple portrait d’artiste, le film questionne tout ce hommage à toute
histoire de l’art aux États-Unis. Ils rappellent les qui nous rend humain : la passion, les accidents de la créativité de ce
photographies de Ralph Eugene Meatyard et Diane parcours, les désenchantements, les rencontres qui cinéma depuis qu’il
Arbus, les installations d’Edward Kienholz ou les tra- élèvent l’esprit, les images qui hantent et l’essence existe. Un film qui
vaux vidéo de Paul McCarthy. Les masques perturbent même du vivant. En juxtaposant la parole révélatrice mérite plus de
de par le caractère indéfinissable des personnes de moments signifiants selon l’artiste, les images reconnaissance. »
qui les portent. Le masque a donc valeur de miroir d’archives bon enfant (photographiques ou filmées)
quant à cette autre Amérique que Korine cherche à et les tableaux, parfois très sombres et torturés, se
dépeindre dans ses films. Du coup, ces êtres sont crée un niveau de lecture complexe. La grande force
réduits à des besoins élémentaires : manger, défé- des réalisateurs a été de capter ce Lynch secret, ADIEU PHILIPPINE
quer, rire, pisser. Ils participent aussi à l’atmosphère pudique et terriblement touchant (le plan final vous « Rozier faisait tout
d’inquiétante étrangeté du film, car monstrueux ils fera couler une larme), celui-là même qui stoppe un ce que j’avais envie
le sont à plusieurs niveaux. Obsessionnels, sadiques, récit en plein milieu car il sent qu’il est allé trop loin
dans les révélations. Se terminant sur le tournage
d’aimer dans la Nouvelle
ils n’hésitent pas à humilier l’autre, comme ces
pseudo frères siamois reliés par un collant sur la d’Eraserhead, on ne peut que mieux comprendre Vague. Un cinéma libre,
tête qui font un spectacle de marionnette inspiré de pourquoi Lynch reste tant attaché à ce premier film buissonnier, qui part
Chang et Eng Bunker. Pas très cool. Trash Humpers étonnamment autobiographique qui ne fait que dans la rue à l’aventure,
suit donc ce gang de vieillards malfrats pervers raconter le cheminement d’un homme qui pénètre Rozier le représente bien
et stupides, qui ne pensent qu’à mettre le boxon le monde des rêves afin d’échapper à un réel qui le plus que tous
comme de jeunes enfants ingérables. Le cinéma de sclérose, ce qu’a fait David Lynch en choisissant la vie les autres. Le cinéma
Korine est définitivement punk et c’est là sa force, d’artiste. L’aboutissement d’une époque retranscrite de l’inconscience,
il s’affranchit de toutes les règles du politiquement avec sensibilité dans ce documentaire poignant. (ML) de la fraîcheur, presque
de la naïveté.»
194 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

DOSSIER

[2007-2017]
Éditions DVD et Blu-ray
Potemkine
Pour terminer ce périple dans l’histoire de Potemkine, nous avons listé
l’ensemble des sorties DVD et Blu-ray de ces dix années fructueuses afin que
tous les amateurs de la maison d’édition puissent compléter leur collection.

001 Elem Klimov 014 Kevin Fitzgerald 020 Nina Paley
Requiem pour un massacre Freestyle : The Art of Rhyme Sita chante le blues
002 Alexandre Sokourov 015 Perry Henzell 021 Hirokazu Kore-Eda
Mère et fils The Harder They Come After Life
003 Barry Purves 016 Nikita Mikhalkov 022 Hirokazu Kore-Eda
His Intimate Lives Coffret Volumes 1 & 2 Maborosi
004 Nicolas Roeg 017 Masaaki Yuasa 023 Lisandro Alonso
Walkabout Mind Game Coffret
005 Jacques Rozier 018 Ariane Michel 024 Yang Ik-June
Adieu Philippine Les Hommes Breathless
006 Jacques Rozier 025 Nikita Mikhalkov
Maine Océan Les Yeux noirs
007 Marcel Camus 026 Coffret Nikita Mikhalkov
Orfeu Negro Années 1970-1980
008 Jacques Rozier 027 Theodoros Angelopoulos
Coffret Le Voyage des comédiens
009 Alison Chernick 028 Theodoros Angelopoulos
Matthew Barney : Coffret 7 films
No Restraint
029 Collectif
010 Werner Herzog 10 ans de Labo
Herzog / Kinski
Cobra Verde 030 10 ans de courts métrages
et Ennemis intimes au festival Silhouette
011 Im Sang-Soo 031 F.J. Ossang
The President’s Last Bang Coffret
012 Vincent Gérard & Cédric Laty 032 Benjamin Christensen
By the Ways : A Journey Häxan
with William Eggleston 033 Andreï Tarkovski
013 Maxime Giffard L’Intégrale
& Félix Tissier 019 Vincent Gallo 034 Dennis Hopper
West Coast Theory The Brown Bunny Out of the Blue (Garçonne)
041 Andreï Tarkovski 047 Youli Karassik
Stalker La Mouette
042 Andreï Tarkovski 048 Malgoska Szumowska
Le Miroir Elles
043 Andreï Tarkovski 049 Andreï Kouchalovsky
L’Enfance d’Ivan Sibériade
044 Jeff Nichols 050 F.J. Ossang
Shotgun Stories Dharma Guns
045 Richard Oswald 051 Guillaume Brac
Cagliostro Un monde sans femmes
052 Nicolas Roeg
Eureka
053 Akira Kurosawa
Dersou Ouzalou
054 Robert Altman
Le Privé
035 Alan Clarke 055 Jonas Mekas 061 Jonas Mekas
Scum Reminiscences of a Journey Coffret
to Lithuania
036 Alan Clarke 062 Léos Carax
056 Jonas Mekas
Made in Britain Holy Motors
Walden
037 Alan Clarke 057 Jonas Mekas
063 Laurent Chollet
The Firm & Elephant The Brig Cinéphiles de notre temps
038 Alan Clarke 058 Jonas Mekas 064 Michelangelo Frammartino
Coffret Short Film Works Le Quattro Volte
039 Andreï Tarkovski 059 Jonas Mekas 065 Bobcat Goldthwait
Andreï Roublev Lost Lost Lost God Bless America
040 Andreï Tarkovski 046 Lars Von Trier 060 Jonas Mekas 066 Alex Ross Perry
Solaris Melancholia As I was moving ahead The Color Wheel

ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 195
196 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

DOSSIER

067 Naomi Kawase 071 Victor Kossakovski 091 Shirley Clarke
Genpin Belovy The Connection & Portrait
072 Victor Kossakovski of Jason
068 Vitali Kanevsky
Nous les enfants Vivan las Antipodas 092 Arnaud Des Pallières
du XXe siècle 073 Jafar Panahi Poussières d’Amérique
Ceci n’est pas un film 093 Kelly Reichardt
069 Paul Newman
De l’influence 074 Pierre Perrault Night Moves
des rayons gamma La Bête lumineuse 094 Gleb Panfilov /
sur le comportement 075 Eric Rohmer Inna Tchourikova
des marguerites Contes des quatre saisons Coffret
076 Eric Rohmer 095 Michael Tully
Comédies et proverbes Ping Pong Summer
077 Eric Rohmer 096 Mikhaïl Kalatozov
Six contes moraux Coffret
078 Eric Rohmer 097 Werner Herzog
L’Intégrale Aguirre, la colère de Dieu
079 Spiros Stathoulopoulos 098 Werner Herzog
Meteora 085 Jean Epstein Coffret Vol. 1
080 Les films autobiographiques Poèmes bretons
099 Jake Paltrow
de Dominique Cabrera 086 Jean Epstein Young Ones
081 Edgar Reitz Première vague
100 Lars Von Trier
Heimat : Chronique 087 Jean Epstein Nymphomaniac
d’un rêve – L’exode Coffret 101 Lars Von Trier
082 Yann Gonzalez
088 Jia Zhangke Nymphomaniac
Les Rencontres d’après
minuit A Touch of Sin Director’s Cut
083 Hubert Viel 089 Lars Von Trier 102 Dieudo Hamadi
Artémis cœur d’artichaut Nymphomaniac Vol. 2 Examen d’État
070 Victor Kossakovski 084 Lars Von Trier 090 Eric Rohmer 103 Alan Clarke
Tishe ! Nymphomaniac Vol. 1 Ma nuit chez Maud Rita, Sue & Bob too
110 Kenneth Anger 123 Sylvain George 135 Roy Andersson
The Magick Lantern Cycle Newsreels expérimentaux Coffret
111 Asaf Korman 124 Joaquim Pinto 136 Grigori Tchoukhraï
Chelli Le Chant d’une île Coffret
112 Agnès Troublé 137 Harmony Korine
125 Sylvain George
Je m’appelle hmmm Trash Humpers
Des figures de guerre 1
113 Bent Hamer 138 Krzysztof Kieslowski
126 Alex Van Warmerdam Le Décalogue
1001 grammes
La Peau de Bax 139 Mauro Herce
114 Werner Herzog
Coffret Vol. 3 127 Nicolas Roeg Dead Slow Ahead
L’Homme qui venait 140 Collectif
115 Werner Herzog
Fitzcarraldo d’ailleurs Les Scotcheuses
128 Jack Clayton 141 Franco Piavoli
116 Nicolas Roeg
Les Innocents Il Planeta Azzurro & Nostos :
Enquête Il Ritorno
sur une passion 129 Hubert Viel
142 Franco Piavoli
117 Nicolas Roeg Les Filles au Moyen Âge Voci nel Tempo & Primo
104 Tony Gatlif Ne vous retournez pas 130 Lucile Hadzihalilovic Soffio di Vento
Geronimo 118 Nicolas Roeg Evolution 143 Larissa Chepitko
105 Blaise Harrison Coffret Elem Klimov
131 Lucile Hadzihalilovic
Armand15 ans l’été + 119 Rabah Ameur-Zaïmeche Coffret Evolution Coffret
L’Harmonie Wesh wesh, Innocence 144 Werner Herzog
106 Werner Herzog qu’est-ce qui se passe? Salt & Fire
Coffret Vol. 2 132 Roy Andersson
120 Rabah Ameur-Zaïmeche 145 Jean Eustache
Histoire de Judas Nous, les vivants Une Sale Histoire
107 Ossama Mohammed
Eau argentée 121 Alex Ross Perry 133 Roy Andersson
108 Alex Ross Perry Queen of Earth Chansons du deuxième
Listen Up Philip étage
122 Edgar Reitz
109 Werner Herzog Heimat 1, une chronique 134 Roy Andersson
Les Ascensions allemande A Swedish Love Story

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CHRONIQUELITTéraire
Comme on l’entendrait
de nos jours dans
une célèbre émission
culturelle : « la Voix
sait combien il est
difficile pour un réalisateur
d’adapter au cinéma
un grand classique
de la littérature.
Et la Voix sait aussi
combien il est difficile

ensuite pour le public
de départager les
deux œuvres.
Kubrick a transposé
au cinéma Lolita,
le roman sulfureux,
érotique (et pédophile ?)
de Vladimir Nabokov.
A-t-il honoré ou trahi
l’esprit du livre ?
C’est l’heure de
la révélation ».
GIW
journal étudiant
Gémiens

Vladimir Nabokov
LOLITA
Dans les années 60, Stanley Kubrick se lance dans l’adaptation
du roman Lolita de Vladimir Nabokov au cinéma.
Il est conscient qu’il devra habilement manier la caméra
s’il ne veut pas qu’en ressorte un mauvais film, mi-malsain
mi-érotique…

LOLITA c’est une histoire d’amour et de sexe entre profond sentiment de culpabilité. Le roman se LOLITA c’est un récit interne comme je le disais.
un beau-père et une gamine. Lolita, douze ans, veut être, sous la plume de Nabokov, la longue Aussi, Lolita est comme transcendée, non seule-
jolie, aguicheuse, insolente. Une « nymphette » confession d’un amant qui se blâme, déchiré ment par cette passion tellement adulte (que l’on
comme l’appelle son amant, entre la Nymphe et entre sa passion pour une enfant et son dégoût peine donc à envisager sous l’angle d’une relation
la nymphomane, libre au lecteur de choisir son envers lui-même. Si on ne peut aller jusqu’à dire adulte-adolescent), mais aussi et surtout par le
camp. Vous allez me dire : «  QUOI ? Comment que leur amour devient acceptable, ou même regard que porte sur elle le narrateur : elle est
peut-on lire cinq cents pages (pour certains, compréhensible, on ne peut nier que le lecteur objet de désir, un fantasme, l’idéal inaccessible
la question s’arrête ici…) qui traitent d’inceste soit touché par cette histoire. Cette intériorité, de la femme fatale (il suffit de lire la description
et de pédophilie ? ». C’est ici que commence et particulièrement ce mélange omniprésent qu’Humbert donne de ses jambes pour frôler
notre comparaison. d’amour, de culpabilité et d’obsession, est ce qui la crise de jalousie). Nabokov parvient ainsi à
LOLITA c’est un récit interne. En passant par le manque principalement au film de Kubrick. Le faire oublier à son lecteur que la fille du récit
Google traduction de la littérature, cela signifie réalisateur ne parvient pas en effet à retranscrire est une enfant : si son langage, ses attitudes, la
que le récit est narré du point de vue de Hum- le déchirement interne du héros. Aussi, l’amour description de son corps évoquent sa jeunesse,
bert Humbert, le beau-père amoureux, et c’est qui lie le beau-père à la jeune fille est moins elle apparaît comme trop désirée et désirable
notamment sur cette intériorité que repose la visible, moins tangible, moins bouleversant, pour être imaginée comme une petite-fille. Cette
force du roman : plongé au cœur des tourmentes ce qui rend leur relation beaucoup plus déran- transcendance ne s’opère pas dans le film de
de l’amant, le lecteur prend de plein fouet la geante. On ne peut néanmoins ôter à Kubrick Kubrick, en dépit de quelques rares gros-plans
violence des sentiments du personnage pour la grande subtilité dont il a su faire preuve, en qui substituent habilement la femme à l’enfant.
sa belle-fille. Des sentiments passionnés, des préférant un cinéma de suggestion (au moment C’est à la fois par-là que le film pèche, et par-là
sentiments purs, car à aucun moment dans le des scènes sexuelles par exemple) à un cinéma qu’il trouve sa force : le spectateur ne peut plus
livre on ne décèle chez le héros une once de d’exposition, faisant ainsi honneur à l’écriture échapper à la réalité, Lolita a douze ans, elle
pensée ou de plaisir pédophile, mais aussi un elle aussi suggestive de l’auteur. porte un appareil dentaire, de petites tresses
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sur le côté et s’habille en écolière. La présence son côté malsain et son étrange beauté. C’est victime ? La fin du livre comme la fin du film
de l’actrice à l’écran empêche l’oubli confortable véritablement la confrontation entre le roman et est ce qui traduit pour moi le mieux l’ambiguïté
de son âge que permet la lecture et rend aux son adaptation cinématographique qui permet de cette histoire d’amour. [ATTENTION SPOILER] :
scènes d’amour tout leur caractère choquant. de prendre pleinement conscience de ces deux la mort tragique des deux personnages est-elle
En bref, ce qu’il faut retenir : selon moi, le film aspects et de se forger une opinion nuancée des une punition ou au contraire la réunion des deux
de Kubrick, quoique respectueux de la trame du personnages. Au final, on ne sait qui ou quoi amants par la mort, comme ce fut le cas pour
roman et du style épuré et subtil de l’auteur, condamner. L’écrivain comme le cinéaste font le Roméo et Juliette ? Traduit-elle l’incapacité de
a le mérite de mettre en valeur des aspects de choix de la neutralité et n’apportent donc aucun l’auteur lui-même à rendre son verdict ?
l’histoire parfois secondaires ou simplement jugement moral sur la nature de cette histoire :
esquissés dans le livre. Kubrick, en mettant est-ce une histoire d’amour malheureuse, Dommage, vous ne le saurez jamais
des images sur les mots, illustre davantage le choquante mais belle ; est-ce un récit trash de car ceci n’est pas le sujet de mon article.
caractère scandaleux de cette relation amoureuse, pédophilie ? Doit-on condamner le narrateur ou Lisez, visionnez, tranchez.
là où le roman oscille perpétuellement entre le prendre en pitié ? Lolita est-elle coupable ou À bientôt pour en débattre.

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Gémiens

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204 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

PAR HAZAM
La scène indépendante 
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Gauche : Oxbow
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en images
Droite : Welldone Dumboyz
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206 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

PHOTOGRAPHIES : ©HAZAM
Gauche : Black Pus
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208 ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017

PHOTOGRAPHIES : ©HAZAM
Gauche : DMC & Le Frigo
Droite : Marvin
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L’ÉQUIPE ATYPEEK MAG MÉDIAS PART

ATYPEE
LéA vINCE Maxime Lachaud Jonathan JÉRÔME Olivier Cheravola
Rubriqueuse vidéo Journaliste, essayiste, Allirand TRANCHANT Co rédacteur en chef
pour Atypeek Mag programmateur, Un surdosage Autodidacte de SURL le jour,
à mes heures auteur de plusieurs d’artistes barrés, passionné de cinéma DJ et MC la nuit. AAARG ! LA SPIRALE
perdues du mardi ouvrages, dont deux un excès d’albums j’ai plaisir à partager L’homme au curricu- AAARG ! Mensuel : Mutations /
soir. je suis là pour grosses anthologies audacieux, voilà mes coups de cœur lum vite fait. magazine de bande Underground /
faire vous faire sur le cinéma de ce que je souhaite et chroniques. Sujet, verbe et com- dessinée & de Gonzo / Cyberpunk /
découvrir mes vidéos redneck et sur les partager au sein pliment. La biture culture(s) populaire(s) Nomadisme / Freaks
coups de cœur mondo movies, de mes chroniques avec une plume. disponible en kiosque / Finance / Chaos /
du moment. Maxime Lachaud se et interviews dans Lyon. ou chez votre libraire Activisme / Robots /
passionne pour les les pages décalées préféré.e ! Prospective /
cultures sombres de l’Atypeek Mag. Résistance /
et délicieusement 124 (+) Fantastique
subversives. On
peut notamment 148 (+)
écouter ses méfaits
depuis une quinzaine
d’années dans l’émis-
sion radio Douche
Froide.

FLORE CHERRY HAZAM Robin Ono
Journaliste, blo- Je suis petit, moche, Collecteur de fonds,
gueuse et organisa- gros, vieux et con à NewRetroWave
trice d’événements mais je ne me prends Écrivain, à Metal Obs’
dans le milieu pas pour de la merde. Magazine.
de l’érotisme, Flore Et éventuellement Contributor/Writer,
Cherry est une jeune j’écris des chroniques à Two Guys Metal Silence AND Dig It!
fille qui parle de sexe de disques et je reviews. Études :
sans complexe prends des photos. Sound Engineering/ Sound Dig It ! est embringué
Webzine dédié aux dans le Garage Punk
(et avec une pincée Music Production
au sens très large, ça
d’humour, pour que à ESRA musiques actuelles.
se lit et ça s’écoute !!!
ça glisse mieux...)
61 (+) 64 (+)
ONT PARTICIPÉ À CE NUMÉRO
Léa Vince - Juan Marcos Aubert - Jonathan Allirand - Roland Torres - Maxime Lachaud - Hazam - Fisto (Olivier Cheravola) - Oli - CF -
Aleksandr Lézy - Antoine Gary - Pierrick Starsky - Valentin Blanchot - Arnaud Verchère - Robin Ono - Laurent Coureau - Alain R. -
Flore Cherry - Mika Pusse - Jérôme Tranchant - Ira Benfatto… et les journalistes des médias partenaires.
Contact : cf@atypeekmusic.fr

JOURNALISTES &
PARTENAI
AL’TARBA © DR
ATYPEEK MAG #02 JANV./FEV./MARS 2017 211

TENAIRES

EK MAG
Siècle Digital SCORE A/V KIBLIND STAR WAX SURL LE VILLAGE DES EXIT MUSIK
Siècle Digital est déjà Du rock, du hard, Une zone en Star Wax, le magazine Média online sur Créateurs Chroniques de
un média de référence du pas hard du tout, chantier, convoquant Français N°1 gratuit la culture hip-hop Le VDC, fédère une sorties récentes et
pour les professionnels de l’indé, de l’elec- l’art d’aujourd’hui pour pour les DJs, Diggers, aspire à proposer une communauté de d’albums marquants,
du numérique. Siècle tronica, du classique comprendre ce qu’il Beatmakers expérience complète, créatifs qui échangent, Live Reports, News,
Digital a vocation même et des bollocks sera demain et pro- et amateurs collective et excitante partagent et co- Interviews, Photos,
d’être un des référents (surtout). En clair : voquant l’émulation de musique. autour de la culture construisent des projets. Playlists...
du domaine. un zine digital qu’il par le mélange et le Depuis 2006. hip-hop avec une exi- Cette synergie favorise
est bien. partage. gence et une curiosité les passerelles entre la 55
142 (+) 18 (+) inédites en France. mode et le design.
64 (+) 102 (+)
68 (+) 104 (+)

XSILENCE GIW chromatique Indie Rock Mag UNION W-FENEC CITIZEN JAZZ
XSilence est un site Le Gem In Way est Webzine des musiques Indie rock, pop, folk, Le plus ancien des Mag digital Premier magazine
sur le rock indé, édité par les membres progressives, noise, drone, ambient, magazines de charme. indépendant pop rock de jazz en ligne :
ou rock indépendant, de l’association complexes, innovantes électronica, IDM, Au programme : le metal indus branché Le jazz a sa tribune.
et plus précisément, Xpression, l’association et inclassables. hip-hop, metal, jazz... courrier des lecteurs, sur courant alternatif. Un sommaire complet
un webzine de journalisme et de toutes les bonnes bonnes adresses, entretiens, articles,
communautaire sur littérature de Grenoble 58 (+) musiques sont sur rubriques conseil, ... 52 (+) chroniques de disques,
le rock indépendant. École de Management. IRM. photo reportages,
Chaque mois, ce sont 160 (+) et playlist reflétant
54 (+) 500 exemplaires d’une 57 (+) l’actualité du jazz
cinquantaine de pages en France.
qui sont distribués.
79
206 (+)

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#02
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Janv. Fév.
Mar. 2017

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TRIMESTRIEL 30 JUIN 2017
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REMERCIEMENTS
Léa Vince - Juan Marcos Aubert - Jonathan Allirand - Roland Torres - Maxime Lachaud - Hazam - Fisto (Olivier Cheravola) - Oli - CF - Aleksandr Lézy - Antoine Gary - Pierrick
Starsky - Valentin Blanchot - Arnaud Verchère - Robin Ono - Laurent Coureau - Alain R. - Flore Cherry - Mika Pusse - Jérôme Tranchant - Ira Benfatto… et les journalistes des
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