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JACQUES TAMINIAUX

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ART ET EVENEMENT
Spéculation et jugement
des Grecs à Heidegger

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Art et événement

conçoit et la contemple le penseur spéculatif et lui seni, tont
comme le sage platonicien était seul à mème de contempler le
topos noètos.
Il va de soi dans ce contexte que !es reuvres d'art et le com­
merce que !es humains entretiennent avec elles n'ont plus rien
d'intrinséquement événementiel. Eu égard à la poièsis devenue
spéculative, ce que le commun des mortels, artistes et specta­
teurs, appréhende comme événement n'est que I' écume des DEUXIÈME PARTIE
choses. L'histoire de l'art, tant comme Geschichte que comme
historiographie, transcende absolument !es événements dont se HEIDEGGER ET L'ORIGINE
souvient, se fait juge, et s'inspire leur pluralité renouvelée. En
définitive, cette histoire est un processus ontologique d'avèue­
DE L'<EUVRE D'ART
meut d'un principe qui !es excède: l'Esprit couscient de soi
comme Esprit. C'est parce que celui-ci est en fiu de compte le
seul auteur et le seul spectateur du dit processus que I' esthétique
hégélienue ue meutionue pratiquement aucun nom d'artiste et,
au lieu de prèter atteution à des reuvres singulières désiguables,
ue cousidère que des types génériques ajustés à des phases, elles
aussi génériques, d'une téléologie qui rend obsolète toute singu­
larité évéuementielle. À I'inverse I' événemeutialité était au creur
de l'esthétique de Kaut; et c'est parce qu'il référait !es reuvres
héritées à uue pluralité toujours renouvelée d'individus capables
de juger et d'iunover qu'il disait, somme tonte, qu'elles gar­
daient tonte leur vie devant elles.

III
NAISSANCE D'UNE PROBLÉMATIQUE

Comment situer la méditation de Heidegger sur l'origine de
l'reuvre d'art par rapport à la polarité que nous avons relevée
chez !es Anciens entre !es vues de Platon et celles d' Aristote, et
par rapport à celle qui se marque chez !es Modemes entre la spé­
culation au sens de Hegel et la faculté de juger au sens de Kant?
La question n' a rien de gratuit puisque Heidegger a consa­
cré des leçons célèbres à chacun de ces philosophes et qu'il n' a
cessé de s' expliquer avec eux tout au long de son chemin de pen­
sée. Et meme elle s'impose d'autant plus que l'événementialité
a, de toute évidence, joué un réìle majeur dans sa réflexion, qu'il
s'agisse de ce qu'on a pris l'habitude de considérer comme son
premier versant - tous !es travaux gravitant autour du projet
d'une ontologie fondamentale dont Sein und Zeit fut l' élabora­
i tion partielle-ou qu'il s'agisse de ce qu'on tient pour son second
·versant, !eque!, après un certain virage ou toumant (Kehre), est
censé etre dominé, après l'abandon du premier projet, par la
méditation de l'histoire de l'etre. Toutes réserves faites sur la
pertinence de ce découpage, sur laquelle nous aurons diverses
occasions de nous interroger, nous pouvons, en effet, convenir
au seuil de notre enquete que c' est bien une certaine notion de
)J événement qui est en cause dans la mise en exergue de la
1,emeinigkeit, de la Jeweiligkeit, et de l'instant du coup d'reil de
I.a résolution, par !es travaux composant le premier versant.
Convenir aussi d'entrée de jeu, concemant le second versant, que
J:événementialité n'y est pas moins importante puisque

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Naissance d'une problématique l'ouvrage qui. Il sur la date de composition de la postface accompagnant le texte n'apparaìt qu'au milieu des années trente. Reclam. les mots des sciences de l'art de Fribourg le 13 novembre 1935. à tout le moins. novembre et décembre 1936 à Francfort sur le Main. Il y a d'abord la première précision dans son évolution le lien qu'il établissait entre art et élaboration d'une étude expressément centrée sur ce sujet.-G. et par rapport mème thème. au Freie Mais comment procéder pour déterminer le lien qu'établis­ Deutsche Hochstift. il n'en va pas de mème de valle de treize années. année du centenaire de la naissance du philosophe. sous le ti tre Der Ursprung des Kunstwerkes. d'une conférence que décisif de la Kehre. lesquels. Enfin. En quel sens et dans quelle mesure les textes de Hei­ poche de ces trois conférences 1 • De plus. dans l'usage courant de la langue alle­ intitulé Vom Ursprung des Kunstwerkes a été publié pour fapre­ mande. origina! dés trois conférences de Francfort. Ce texte Vom Ereignis.I Art et événement III. à savoir le texte des trois leçons prononcées en à Kant et Hegel d'autre part. mière fois en 1987 dans une édition bilingue due à Emmil'. sans qu'il qu'elle ait subies au fil des années. en 1949. quelles que puissent ètre les métarnorphoses sémantiques Heidegger lui-mème dans le recueil intitulé Holzwege. et cela sans Voilà qui suggère en tout cas que le lien entre art et événe­ changement camme nous avons pu le vérifier en comparant à ment est au cceur de l'interrogation heideggerienne sur l'ceuvre l'édition Martineau le sténogramme que nous avait confié il y a d'art et qu'il nous faut !enter de déterminer ce lien pour répondre une quinzaine d'années une auditrice de la conférence prononcée valablement à la question générale de la situation de cette inter­ en Suisse. préfacée par H. Tel étant l' éventail des textes de Heidegger les plus Mais tout d'abord quels sont ces textes? expressément consacrés à l'origine de l'ceuvre d'art.huel La question que nous posons paraìt d'autant plus pressante Martineau qui s'appuyait sur une copie de la transcription dac­ que les tout derniers paragraphes du livre qui vien! d' ètre men­ tylographiée du manuscrit origina! de l'auteur. intérèt dont l'irruption y est datée. donc avant la prise de pouvoir par les nazis. que le texte de ces trois S'il est manifeste. ment dans la démarche. fut répétée par Heidegger à Zurich en janvier 1936. Heidegger confiait. que la notion d'événe­ leçons de Francfort donna lieu à une publication par les soins de ment. Heidegger prit soin d'écrire en 1956 un supplément décisif dans la Kehre qui s'était opérée dans sa pensée ces qu' il fit paraitre poufla première fois en 1960 dans l'édition de années-là. signifient: « de l' événement». qualifié d'« essentiel» par l'auteur. Cette conférence tionné out précisément pour objet l'origine de l'ceuvre d'art. relativement différent. 1973). voilà donc ce qu'il nous faudra !enter d' élucider. les Beitriige zur Philosophie. toujours sur le que la méditation sur l'origine de l' ceuvre d'art avait joué un role mème sujet. il prévenait ses lecteurs degger qui traitent de la question de l'origine de l'ceuvre d'art que pour cette édition. fut le premier témoignage ensuite le texte. 1960. Tout en appelant de nos vceux cette comparaison ne fut publiée qu'en 1989. Gadamer. d'un déplace­ entièrement revu son texte. au dire de Heidegger. de prime abord. au passage. publié en 1949. occupe une place centrale spécifiat s' il y eut ou non quelque remaniement dans cet inter­ dans tout l'itinéraire de Heidegger. il s'impo­ En fait. 76 77 . De plus l'on dispose d'une troisième élaboration du rogation par rapport à Platon et Aristate d'une part. Une certaine indétermination pèse aussi l'intérèt pour l' ceuvre d'art. Il y a I. par son fils Hermann qui en situe la rédaction en 1931-1932. Elle événement. il avait témoignent-ils d'un tournant ou. comportai! Heidegger fut invité à prononcer sur ce sujet devant la Société camme sous-titre. nous disposons aujourd'hui de trois écrits dont le serait d'en suivre pas à pas la chronologie pour déterminer avec thème est« l'origine de l'ceuvre d'art». Heidegger dans les Ho/zwege se borne à signaler Nous nous souvenons d'ailleurs qu'au cours de son dernier que cette postface a été écrite «en partie» plus tard que le texte séminaire (Zahringen. sait Heidegger entre art et événement? C'est seulement après la guerre.

l'reuvre près. que !es considérations philosophiques sur l'reuvre d'art Il est aussi foncièrement temporel. n'occupent nullement le devant de la scène dans !es leçons de loin d'ètre une série infinie d'in-stants dans lesquels. Et pour ce faire. verbe qui veut dire en allemand courant « exister » . et par là de caractériser la tés. Il va donc s'agir de chercher et de peser. l'indication que nous donnait en passant Heidegger en Sein und Zeit met en reuvre un projet théorique auq�el Hei­ 1973. Ces mots ne figurent pas davantage dans l'index d'autres étants. à se trouver àla fois jeté dans son ètre. l'ouvrage soutenait qu'une enquète rigoureuse et pas superflu de se demander si. À première vue en effet. !es racines de l'interroga­ tion heideggerienne sur son origine se trouvent dans !es travaux I. en dépit de l'importance primor­ synthétique sur !es divers sens du mot « ètre» requiert d'abord diale qu'il revètit soudain au milieu des années trente. comme la Fribourg et de Marbourg qui ja!onnent cette genèse. àmème !es textes degger donnait le nom d'« ontologie fondamentale». il s'avère en effet que c'est en ceux-ci qu'ils trouvent leur se soutient le projet jeté est le seul horizon transcendantal ontogenèse.précisément À une telle demande la tentation est forte d'opposer aussi­ parce qu'ètre et avoir àètre forment un enjeu qui le concerne de tòt une fin de non-recevoir. est bien plutòt foncièrement ek-statique. Ce mot désigne une condition qui consiste pour dans l'index pourtant très soigneux de la traduction en langue le Dasein. On aurait racine latine de ce mot le suggère. et en projet d'une possibilité d'ètre qui lui est non moins soigneux du grand livre de Theodore Kisiel sur la propre et n'appartient qu'à lui. À y regarder de plus tionne de montrer que cette temporalité ekstatique et finie dont près. !es signes du virage allégué. il n'est rejaillir sur lui. visant par où apparut et s'articula I'interrogation sur l'origine de I' reuvre làune discipline centrée non pas sur des étants et leurs proprié­ d'art. après avoir repéré un certain d'art ne figure pas parmi !es thèmes qui préoccupaient Heideg­ nombre de conditions intrinsèques de possibilité de I'exister ger à l'époque où l'herméneutique de la facticité puis le projet humain. Celui-ci est appelé Dasein . Berkeley. On sait que cette analytique. 1993. !es regroupe dans une structure synthétique qui est ainsi qu'on cherche en vain !es mots «art» et «reuvre d'art» le souci (Sorge). The Genesis of Heidegger 's Being and Time. l'intérèt une analytique transcendantale du mode d'ètre de l'étant philosophique pour l'reuvre d'art n'a pas quelque enracinement humain. et mème pour hypothèse de tra­ vail. !eque! n'est pas un titre générique. dence. c'est-à-dire textes qui traitent expressément de l'origine de I' reuvre d'art ont ouverte à un avenir limité auquel il lui faut faire face en repre­ fait une irruption soudaine en 1935 et que rien ne !es anticipai! nant le passé qu'elle est déjà. d' intelligibilité du sens de I'« ètre». de toute évi­ mesure où sa propre fin.forme substantivée d'un dans !es travaux antérieurs de Heidegger. Celle-ci insiste constamment sur 78 79 . mais sur I' ètre au sens verbal. nous n'ambitionnons ici que de faire !es premiers L'ART DANS LA PREMIÈRE ONTOLOGIE FONDAMENTALE pas dans cette direction. ce qui indique. mais quelqu'un anglaise de Sein und µit par John Macquarrie et Edward Robin­ d'existant en fait. Un te! souci est fini dans la genèse du maitre-ouvrage de 1927 1 . sa mort. I'ontologie fondamentale. il serait possible àchaque fois cependant tort d'en conclure que !es thèmes abordés dans !es de se tenir. L'ontologie fondamentale ambi­ dans !es travaux antérieurs de Heidegger. le détermine intrinsèquement. Or il s'avère qu'en dépit du fait que l'reuvre d'art ne figure pas parmi !es thèmes de Sein und Zeit. facteurs transcendantaux appelés « existentiaux» pour d'une ontologie fondamentale mobilisaient ses efforts. University of qui préparèrent l'analytique du Dasein et plus généralement California Press. tion de I' ètre de concerner intimement celui qui la pose et de Mais avant de procéder àcette analyse comparative. Arl et événement III. Naissance d'une problématique minutieuse. C'est cette raison. nous nous proposons de prendre pour fil conducteur. Comme il est propre àla ques­ teneur et la portée de celui-ci lors de son émergence prétendue. mais d'une temporalité qui. parmi son (1962).

tous ces détenteurs d'une technè. au sens large du mot. des excellences qui atteignent une science tàches à accomplir. et Sillages phénoménologiques. Payot. référent ce qui est périssable et altérable. 1992. Paris. au Ousia. constituait une véritable ontologie du tives qu' il figure. et qui ont pour panni !es thèmes importants de ce traité d' Aristate. qu'Aristate étudie au Livre VI du traité. que celui d'arti­ désignables. depuis quelques années. c'est-à-dire au rang d' excellences qui président Dasein. Ces excellences épistémo­ aujourd'hui. d'un art. età l'assumer résolument. par «savoir-faire» -pour désigner aussi bien l'art des peintres. qui retient l' attention d'Aristote dans l' Éthique à Nicomaque. 80 81 . Est authentique la manière excellences. 2002. !es charpentiers. supérieures. dont la vie humaine est capable. des niques président à une thebria. compte non pas à une contemplation mais à une activité. C'est au rang moins élevé des excellences délibéra­ reuvre qui. nous l'avons rappelé plus haut. et celui. ou d'étre qui consiste pour le Dasein à se soucier de sa possibilité la intellectuelles. C'est l'art en ce sens large l'inauthenticité et celui de l' authenticité s'inspire dans une large de savoir-faire (technè) présidant à une poièsis. en particu­ laquelle vise !es principes de l'étant en totalité. ils la regroupaient elle au célèbre cours sur Le Sophiste de Platon. pp. qu'il partage tous !es jours avec d'autres: des buts à atteindre. par exemple la géométrie. Lectures de l 'ontologie fondamentale. de la sophia patiente analyse des textes philosophiques des Grecs. des effets et des reuvres à produire. 1989. démontre que l'arti­ aussi sous un seul mot. Bruxelles. grace à la publication. Naissance d'une problématique l'oscillation de l'exister humain entre deux pòles: l'authenticité sens large de technè présidant à une poièsis. Est établit une hiérarchie des vertus dianoétiques et !es répruijit en inauthentique. Impossible d' entrer ici. comme nous avons tenté de le faire Aussi bien regroupaient-ils sous un vocable unique. sément d'excellence. celui de l'épistèmè au sens rité entre authenticité et inauthenticité s'est articulée au fil d'une étroit. Grenoble. Ce livre plus propre. deux années plus tard une bonne partie de la longue introduction qu'une tragédie pour l'art du drarnaturge. dont le réfé­ leçons jusqu'alors inédites prononcées par Heidegger au cours rent a pour caractéristique d'étre impérissable et inaltérable.eit. le mot de ailleurs 1 dans le détail de l'interprétation heideggerienne de ce technitès. prudence ou sagesse pratique. mais à une praxis.le mot technè que l' on peut raisonnablement traduire il est subordonné à la phronèsis. Jéròme Milion. que la pola­ elles se répartissent en deux échelons. est l'une de ces résolue et l'inauthenticité quotidienne. aussi diversifiée que puisse étre l' activité de faireà laquelle Qu'il nous suffise à ce propos de relever d'abord que cet art présidait. et des années de gestation du maitre-ouvrage de 1927. plus élevé. !es cordonniers. des poètes épiques et tragiques. Or il se trouve que l'art. laquelle ne préside pas à une production d' effets ou d' reuvres des sculpteurs. celle où le Dasein se préoccupe de deux niveaux. Il figure parmi !es excellences dianoétiques. L'art. méme que celui d'experts tels que !es médecins et !es stratèges. Art et événement III. Arendt et Le traité examine !es niveaux d'aretè. plus préci­ Heidegger. d'une variété consi­ l' analyse de cette interprétation dont l'un des premiers exposés dérable puisqu'elle peut étre productrice d' effets tels que la vic­ se trouve dans le fameux Natorp-Bericht (1922) et qui occupe toire pour l'art du stratège. qu'un outil pour l'art du forgeron. de vertu. Cf. ne figure pas parmi ces excellences dianoétiques bourg se plaisait à mettre en exergue l' Éthique à Nicomaque. L'art. Plus précisément. son étre-pour-la-mort. 155-202. 1. Il apparait et sont dès lors dites épistémoniques. entendue au sens très vaste d' activité productrice. de de la vie méme de l'agent. d'un savoir­ Livre VI à l'époque de la genèse de Sein und 7. n'avaient qu'un occupe le rang le moins élevé des excellences délibératives car seul mot . pp. en revanche. celui d'abord des excellences qui impliquentune possibilités à actualiser dans l'environnement composé d'étants délibération et qui sont appelées délibératives pour cette raison. entendue au sens de la conduite sans tels que !es potiers. I. Et cette activité elle-méme.afille de Thrace et le penseur professionnel. une contemplation. il Les Grecs. au sens de lier du corpus aristotélicien dans !eque! le jeune maitre de Mar­ savoir-faire. faire. selon lui. des puis celui. que l'on peut raisonna­ culation de la future analytique du Dasein entre le pòle de blement traduire par «production». plus élevé.149-189. celui de poièsis.

d'autre part. dans sa facticité et sa finitude radicales. éclairée par la ph ro­ l'intervalle que Heidegger introduisit une distinction marquée nèsis. et que. En effet. l'art ainsi entendu a pour celui-ci le nant dans la mise au point de la description de la quotidienneté. d'un réel intérèt philosophique pour la spécificité de l'ceuvre d'années plus tard que l'origine de l'ceuvre d'art est l'art entendu d'art ne peut se réclamer d'une inspiration aristotélicienne. une technè et une poièsis de impropre de l' affaissement quotidien du Dasein dans l'anony­ très haut rang arrachées à toute espèce d'inauthenticité et en prise mat de la préoccupation et. une technè et une poièsis ordinaires strictement propre conduite.savoir-faire des experts et art des artistes . pour datée qu' elle soit. d'autre part. qui pénètre tout son rapport au monde. et. par le fait mème. l'analyse générale de la nitès prend en vue. statut d' étre une modalité de l'alètheuein dans !eque! il habite et telle qu' elle figure dans Sein und Zeit.au rang infé­ Notons aussi que l'examen de cette interprétation. il fallutè!ans l' agent. Elle est bien présente en revanche dans le dans le cadre de l'ontologie du Dasein. d'une part. Et camme tout découvrement a pour site technè menée par l' Éthique à Nicomaque a joué un role déterrni­ l'étre-au-monde du Dasein. doit sa dignité d' excellence dianoétique à son aptitude à des artisans et des experts. au sens d'un savoir-faire présidant à une produc­ faire alors: la distinction entre. le mode propre en quai sur ce que le Dasein a de plus propre. c'est-à-dire son rapport au monde. méditation ultérieure sur l'origine de l'ceuvre d'art est déjà mis doit à la langue fréquentation par Heidegger des textes platoni­ en lumière dans ces leçons de Marbourg. la technè et la poièsis découvrir dans le monde ambiant !es matériaux. C' est dans le droit fil de dans le livre de 1927 comme dans l'enseignement qui le prépa­ cette lecture d' Aristate que Heidegger soutiendra une dizaine rait. celui qui s'enquiert Relevons en outre cependant qu' en dépit de ce confinement de l'ontogenèse de laproblématique de l' origine de l' ceuvre d'art de l'art dans l' ordre dr l'inauthenticité. I'absence en revanche. et ne saurait dès lors avoir statut fon­ Comme ce discours s'inspire manifestement de La Répu­ damenta! et originaire. !es voies nécessaires à la mise-en-ceuvre du modèle que le tech­ camme nous avons tenté de le suggérer. et. Cette distinction était consiste l'assomption résolue par lui de son exister morte! à des­ absente de Sein und Zeit qui ravalait somme toute la technè tout sein de sai. d'une part. Donc mème si. !es moyens et des artistes. l' activité de praxis. en particulier des poètes tragiques. Art et événement III. d'autre part. Naissance d'une problématique mesure. l'ordre de l'inauthenticité. texte où pourtant il aurait pu trou­ la lecture heideggerienne d' Aristate dans ces leçons souligne ver des arguments en faveur d'une distinction qu'il négligeait de que la technè. qui est hou eneka en ce sens que l'agent s'y soucie de sa entre. l'art en général relève de fameux discours de Rectorat de 1933. l'activité de poièsis éclairée par d'art piìt accorder à cet avènement de la vérité par l'artft ses la technè et préoccupée par la poursuite de buts extérieurs à ceuvres un rang ontologique tout à fait éminent. il invite. Que reprenait-il donc entendue non pas au sens traditionnel d'une adéquation de de Platon à l'époque de la gestation de l' ontologie fondamentale? l'intellect à la chose qui a pour site le jugement. aucune attention à la Poétique. révèle du méme coup que nement quotidien. Heidegger semble n'avoir accordé concrète du Dasein. Par 82 83 . la distinction aristotélicienne se l'étre-au-monde quotidien et donc en position de chute par rap­ métamorphose dans !'antinomie entre. et ce dans la perspective non pas d'une éthique mais camme avènement de la vérité. d'une part. entière. dans cet avènement il y d'une ontologie principielle dont le site est le Dasein envisagé va du découvrement du monde. et. d'une part. blique de Platon. la technè et la poièsis tion. un thème majeur de la à se demander ce que cette interrogation. précisé­ rieur d'une circonspection pragmatique en prise sur un environ­ ment parce qu'elle est ainsi orientée. Ce thème est la vérité ciens au cours de son itinéraire antérieur. Une fois réappropriée dans la perspective de soumises au règne du «On» qui régit !es préoccupations de cette ontologie du Dasein. le caractère port à l'authenticité. de la distinction que fai­ Toutefois pour que l'interrogation sur l'origine de J'reuvre sait Aristate entre. mais au sens Cette question s'impose d' autant plus que dans sa lecture d'Aris­ d'un découvrement (alètheia) qui a pour site l'intentionnalité tate à l'époque de Marbourg. d'autre part.

d'en assurer la réappropriation par le Dasein et de la losophie aristotélicienne ». perspective ontologique adoptée par Heidegger depuis le Heidegger prévient ses auditeurs que s'il a recours à Aristote Natorp-Bericht. En conséquence le travail des artistes. en termes d'existence. la préséance envers Platon. et si !'on admet que c'est bien à Platon que remonte Aristote se garde bien de soutenir comme son maitre que la sophia. nous l'appelons Existenz. 92) délibératives. divergences. On est en droit d' admettre que c'est dans le sillage « Pour !es Grecs» ! Le raccourci de la formule est suffisam­ de Platon qu' Aristote attribue à la sophia un rang supérieur à ment éloquent si I' on considère qu'à I' époque Platon et Aristote I' épistèmè. tendent non seulement à gommer !es strictement définie. p. la phronèsis. GA19. L' exis­ Nous rappelions plus haut que l'inventaire aristotélicien tence. selon lui. Toutefois Heidegger. se doit d' éclip­ ser la phronèsis à laquelle tout un chacun peut prétendre. pourtant sensibles. Non plus que le corollaire de dire. motivé l' horisnios en tant que parler avec le monde. Et c'est pour !es « préparer à Platon ». soit en le préparant soit dans son vaste atelier où chacun serait un technitès doué d'une expertise prolongement immédiat. garde à ses yeux toute sa dignité. celte contemplation signifiait la vue de I'etre.à savoir que la Cité devrait etre organisée comme un vitent autour de Sein und Zeit. L'existence au Platon accordai! au bios thebrètikos età la poursuite par celui-ci sens radical est pour !es Grecs précisément cette manière d' etre d'une vue ontologique de dernière instance. Dès le premier paragraphe de son cours sur Le Sophiste. pour ainsi régenter !es affaires humaines. comme nous le rappe­ parlent. l'existence philosophique» 1 • Quelques mois plus tiìt. il est possible d'apercevoir que c' est dans une reprise doué de parole. mais en Force est de reconnaitre qu'il n'y a guère d'écho dans !es outre et surtout à ne retenir d' Aristote que ce qui est susceptible leçons heideggeriennes de Marbourg de ces réserves d' Aristote d'éclairer et de confirmer. que se détourner de ce que est le véritable thème du dialogue qu'ils vont étudier: considérer la condition humaine a de plus propre si elle était censée porter « le Dasein humain dans l'une de ses possibilités !es plus comme le prétendaient !es Anciens sur de l'immuable et de extremes. eu égard L'ultime possibilité fondamentale dans laquelle le Dasein est à I'existence mortelle du Dasein.selon À envisager sous cet angle l'ontogenèse de l'interrogation laquelle !es philosophes sont exceptionnellement habiÌités à heideggerienne sur l'origine de l'reuvre d'art. (GAIS. l'impérissable. on voit mal comment lui attribuer la thèse platonicienne. dont seuls !es rares philosophes ont cure. À lire de près !es leçons de de la définition de l'homme comme zbon logon echon. de séjourner en lui à partir de laquelle est Expliquons-nous. le vivant Marbourg. 77 et p. précisant que le logos au sens d'Aristote atteint bien particulière de l'enseignement de l'Éthique à Nicomaque son accomplissement dans I' horismos (délimitation) de I' ousia: que Heidegger trouva le chemin d'une réappropriation. et aussi p. et a fortiori une dignité plus haute que celle de la étaient pratiquement !es seuls Grecs à mobiliser l'attention de phronèsis. entre Aristote et Platon. Naissance d'une problématique contre celte absence d'intéret pourrait bien se réclamer d'une Partagée par une pluralité d'individus en interaction et qui se inspiration platonicienne. Art et événement III. 44. de la préséance absolue que authentiquemerit. s'il est vrai. que Platon se plaisaità afficher son dédain pour en situation. à propos focaliser sur son existence mortelle. il importai!. entendue par lui comme sagesse pratique lions plus haut. excellence délibérative la plus élevée. 12. c'est des excellences dianoétiques comporle une hiérarchie: !es pour !es Grecs le bios theoretikos: la vie passée dans le pur excellences épistémoniques sont supérieures aux excellences contempler. par déconstruction des conceptions dans un cours consacré aux « Concepts fondamentaux de la phi­ antiques. il disait dans le meme sens. contraint de reconnaitre que I'ensemble des travaux qui gra­ celte thèse. p. et plus précisément à ce qui comme cette vue ne pouvait. I. Dans la tives. la radicale possibilité fondamentale du Dasein. dans le monde. 84 85 . on est. Qu' on en juge par quelques références significa­ absolue que Platon accordai! à la vie contemplative.

Naissance d'une problématique la démonstration de la préséance du bios theoretikos sur tout accomplissement de la possibilité la plus authentique de l'exis­ autre mode de vie et. li allaitjusqu'à Cette vue devient celle du Gewissen dont Heidegger prétendait dire que. Et voilà cette ontologisation signifie que la theoria au sens que lùj_don­ bien ce que confirme I' interprétation qu'il donnait alors de I'autre naient Platon et Aristote était insuffisamment radicale dans la définition aristotélicienne de l' etre humain: zoon politikon. À quoi il s'impose de répondre que. à «parler sur la Dans ces conditions. elle se Comme nous avons tenté de le montrer ailleurs (cf. le «on-dit». et à son interprétation de la praxis en termes la formule suffirait à prouver que Heidegger n'apercevait alors d'existence résolue à dessein de soi de ce meme Dasein.Cf. ibid. texte­ clé de La République. toute réserve faite sur monde où !es rnortels apparaissent !es uns aux autres. exposer sa propre conception de l' essence de la vérité à travers une analyse détaillée de la parabole de la caverne. à condition qu'on cesse de la comprendre «dans l' opposition la plus extreme à ce qui avait cours autour de en termes éthiques comme une sagesse pratique en situation et lui» et considérait que cette parole était piégée par l'habituel. (GA18. la phronèsis métamorphosée en p. que pour Aristote comme pour son maitre. En effet aucune solution de continuité entre Platon et Aristote. Sillages détournait par le fait meme de la mortalité intrinsèque du phénoménologiques. Ainsi épurée et ontologisée. attentive au bien-agir eu égard à telles ou telles circonstances. loin de rendre mérite à la parole délibérative qui se dans ses cours de Marbourg que la phronèsis aristotélicienne donne cours dans la polis. GA18. Telle devient la retikos et lui restituer sa seule fonction authentique qui est onto­ fine pointe du bios theoretikos métamorphosé. lorsque Heidegger tenait Dasein. 62-64. en tant que logos ousias. sur ce qu' elle est» (id. À elle seule. Art et événement III. la «mode». le «radotage».) On demandera com­ bourg aient négligé superbement la Poétique d'Aristote puisqu'il ment la préséance ontologique radicale ainsi attribuée par Hei­ s'agit d'un ouvrage qui n'a nullement pour axe l'éminence d'une degger au bios theoretikos est compatible avec l'importance vue ontologique de dernière instance mais le spectacle de la fra­ qu'il attachait de toute évidence à l'analyse aristotélicienne de la gilité de l'interaction et de l'interlocution humaines dans un praxis. De sorte qu'il ne faisait aucun doute aux yeux de Hei­ Gewissen cesse d' etre la vue prudenti elle et située de la degger que l'ambition d'Aristote était identique à celle de son meilleure décision à prendre: elle devient bien plutòt la vue soli­ maìtre: arracher la parole ainsi piégée à «cette aliénation du taire et silencieuse par le Dasein de ce que son etre est un projet Dasein grec ». il s'empres­ où elle restait attachée à l'interaction et à l'interlocution sait de préciser. la ramener à son lieu propre qui est le bios theo­ jeté qu'il lui incombe d'assumer résolument. logique et consiste. mesure où. Cette analyse qui occupe l' essentiel de la l. l'incompatibilité n'est qu'apparente et se dissipe dès que tonicienne de la vue de l' etre permet aussi de cornprendre que l' on aperçoit que c'est une seule et meme ontologisation existen­ Heidegger ait pu. en portant sur l'immuable et l'impérissable. avant tout sur le bios politikos. tence du Dasein. l'ontologisation consiste à pré­ bios politikos où se meut ce vivant qui parie ne dépasse pas le cipiter la vue inhérente à la theoria sur l' axe exclusif de la praxis niveau de la préoccupation quoti di enne et de ce qu' elle réinterprétée en termes d' existence à dessein de soi du Dasein. première partie du cours de 1931-1932 intitulé Vom Wesen der 86 87 . 109). la pertinence de la platonisation par Heidegger du texte aristoté­ Toute cette métamorphose existentiale de la préséance pla­ licien. engendre: le règne nivelant du On (das Man)'. 50-64). pp. on comprend que !es travaux de Mar­ chose meme. Aristote tout comme Platon était s' en serait approchée. l'immédiat. en stricte conformité avec !es vues qu'entretiennent !es mortels dans la quotidienneté. Et elle signifie que la praxis au sens que lui donnait compte de cette autre définition et reconnaissait que chez Aris­ Aristote était elle aussi insuffisamment radicale dans la mesure tote le vivant politique est un vivant doué de parole. pp. quelques années après la publication de Sein tiale qui préside à son interprétation du bios theoretikos comme und 'Zeit. En préten­ platoniciennes. le dant dépasser ces insuffisances.

isme grec. Heidegger écrit: pouvoir de manifester « la puissance interne de la compréhension Devenir libre veut dire comprendre l'etre en tani que te!. à partir I. advenir la vérité». Dans le contexte à la vue de la lumière (Lichtblick). blème de l'art comme un problème d'esthétique» (p.ce . vue elle-meme inséparable de son commentaire de Platon. la première fois aux beaux-arts.II fois encore. ce soit Platon.. La tion de l' existence de l'homme. du texte platonicien et du texte La domination de l'État et l'ordonnance de cette domination sophocléen. ils doivent nécessairement étre en état de savoir. GA 34. Heidegger écrit à ce propos. savoir qui interroge !es stades du récit platonicien comme autant de phases libéra­ librement.le d'ontologisation que nous avons tenté de retracer. Eu égard à l'onto­ phant. rapporte le Beau au sens plato­ i'It 'l l'isolement et le caractère jeté de sa provenance et de son ave­ nir historiques. 64). en effet. d'autant plus nicien à l'aptitude qu' a le Dasein de kalòs legein. (op. Que que. . un amalgame sans réserve. commentant le bien plutot une détermination qui concerne le Dasein de passage de La République où Platon traite du retour dans la l'homme. En tant que philoso­ trices vers la lumière qu'est l'etre de l'étant. Op. 63). cit.'. Plus est originaire l' attachement. 60). eu Et il précise : !. du concept platonicien n'a jamais comme llous «joui» d'aucune reuvre d'art. !eque! humaine de l'etre. Le kalos est une détermination deuxième notion importante mise en piace par ce texte est la qui ne concerne pas primordialement l'reuvre d'art car le Grec reprise explicite. dit­ i!..égard à l'ontologie du Dasein.: cours constitue une étape importante dans la mise en piace de étre et de son pouvoir-étre1 • quelques notions centrales gravitant autour du principe selon La troisième notion importante mise en piace par ce cours !eque! l'essence de la liberté consiste à s'attacher (sich binden) concerne le statut ontologique de l'reuvre d'art. 100. d'une projection d'etre.. Heidegger écrit dans le meme contexte: Autrement dit. p.$:on i.notamment celle de Sophocle . pour comprendre cela. pp. Outre qu'ils expriment. plus précisément à ce qu'il Il y a d'abordla notion d' «origine». Naissance d'une problématique Wahrheit/zu Platons Hi5hlengleichnis und Theiitet 6 interprète du savoir le plus profond et le plus vaste. c'est du philosophe-roi. c' est dans la vue de l'etre à laquelle peut Il est totalement superflu d'appeler l'historien de l'art à l'aide s'attacher chaque Dasein singulier pris dans l'historicité de son dans l'interrogation· sur ce qu'est le classique. Mais il ajoute comprendre laisse avant tout etre l'étant en tant qu'étant. ce clarté et la rigueur. ces propos équivalent à suggérer que !es diatribes de doivent ètre régies par des hommes philosophant qui. ce qu'est l'homme et ce qu'il en est de'. !eque!. Il est cela tient à la liberté de l'homme. les authentiques gardiens du Miteinandersein des hommes C'est cela le classic. fixent la mesure et la règle. il faut cesser de considérer « le pro­ donc l' étant devienne davantage étant ou davantage non-étant. Heidegger. en termes d' existence. qui inspire Heidegger. attribue pour d'un Seinsentwurf. mais rien n'est plus inquiétant que l'homme». dans la seconde partie qui se comprend uniquement comme Da-sein: replacé dans du cours. C'est une ques­ projet jeté que se trouve la teneur de la notion d'origine. consacrée au Théétète. À ce Dasein appartieni aussi l'inquiétance (Unheim­ caverne de ceux qui ont vu la lumière la plus haute: lichkeit) dont parie Sophocle dans Antigone : « Il y a beaucoup d'inquiétant. Sur la lancée du processus appelle « la grande poésie» . Art et événement III. de la vue de la lumière» (p. cit. I. sans le moindre écho à la lecture 1 aristotélicienne des tragiques. « de rendre l'étant manifeste. à l' arnpleur et du grand art et de dépassement de I' esthétique. une l au caractère décidé (Entschiedenheit) de l'attachement. et la liberté mesure sa gran­ remarquable que. c'est-à-dire. dans ce double geste de célébration ontologique deur au caractère originaire (Ursprunglichkeit). dans la genèse de la problématique de l'origine de l'reuvre d'art. 88 89 . 198-199) dans l'unité de la polis doivent nécessairement etre des hommes philosophant. de le découvrir et ainsi de faire grande est la proximité envers l' étant (p.

Comme nous le disions dans l'avant­ prète. c'est-à-dire de des existentiaux qu'avait repérés l'analytique existentiale la conduite de la vie. qu'il se trouve jeté dans un projet d'ètre qui est sien à titre indé­ pour justifier cette association nouvelle. la préséance platonicienne de la theoria. celle d'un État de type corporatiste dont rejeter. 90 91 . \ sance». Art et événement III. Heidegger n'hésite pas à tra­ Grundstimmung ajustée à la question nouvelle «Qu'en est-il de duire le mot technè par le mot allemand Wissen qui veut dire l'ètre de ce peuple mème?» (GA39. à une technè d' allure tale de l'angoisse. la coup plus faible que la nécessité». ou mise­ résultent pas d'une récusation de l'art. Puisque le Dasein en cause du Prométhée d'Eschyle (514) qui dit que «la technè est beau­ dans cette lecture de Holderlin est celui du peuple allemand. c'est-à-dire de l'esthétique. fort éloignée de la existant individuel. Naissance d'une problématique Platon contre !es artistes et !es spectateurs de leurs reuvres ne la métaphysique. selon une vieille légende lateur ontologique qui permet à chacun d'apercevoir en propre grecque. que ce discours com­ En vertu de cette dilatation de la notion de Dasein on assiste mence par rappeler que !es Grecs ont compris «la théorie comme dans cette lecture de Holderlin à une modification sémantique la plus haute effectuation de la véritable praxis». prend appui sur un vers clinable et qu'il lui faut assumer. c'est dans le. Prométhée aurait été le premier philosophe. tout en gardant la mème fonction de révélateur ontolo­ mais une célébration du défi alèthéique imposé par la surpuis­ gique que l'angoisse. Du Dasein chaque fois mien de chaque existant singulier propos. naguère. au peuple allemand que s'adressent !es poèmes qu'il inter­ dévoilement ontologique. Holderlin ici sert de guide. Celle-ci prenait soin eu égard au lorsque. ce qui dans l'art relève à titre contingent de la «jouis­ inspirée par La République de Platon. à un aperçu sommaire de ces développements. que le discours de Rectorat de 1933 propulse au premier rang du dit-il. celle qui mobilise 1. 22) se doit d'ètre diffé­ savoir. d'un seni tenant. Heidegger. 255-278. sance du destin et le cèlement ontologique que cette surpuis­ sance implique. au nom d'une technè éminente accordée au dévoilement la description par le discours de Rectorat est manifestement de l'ètre. de sorte que la technè devenue prométhéenne est élevée au rang de la theoria la plus haute. Mais celui-ci n'a plus pour titulaire chaque C'est en tout cas cette technè éminente. Prétendant que. Mais il introduit une innovation de taille quelques années auparavant. la question nouvelle «Qui sommes-nous?» car c'est. et l'on voit Heidegger substituer à la question fonction «inauthentique» que Heidegger à Marbourg attribuait «Qui est le Dasein ?». de !'ontologie fondamentale en ce sens qu'elle insiste L'ART DANS L' ONTOLOGIE FONDAMENTALE ÉLARGIE sur le contraste entre la quotidienneté déchéante et I' authenticité résolue du Dasein. Lectures de l'ontologie fondamentale. dans sa structure. mais qu'elles consistent à en-reuvre de mème rang. Dasein singulier de souligner la fonction alèthéique fondamen­ entendue comme prise en vue de l'ètre.sillage de la réappropriation existentiale de on est donc passé à l'unicité du Dasein de ce peuple. Nous avons tenté de montrer ailleurs1 que l'articulation de la première interprétation heideggerienne de Holderlin -qui porte sur !es poèmes «Le Rhin» et «Germania» . centrale dans l'analytique existentiale de au savoir-faire présidant aux multiples affairements quotidiens. Bomons-nous prolonger. p. C' est cette technè prométhéenne qui forme la dorliinante C'est dans le sillage de ces réflexions que s'inscrit dans le des propos philosophiques sur l'art qui émaillent le premier mème temps la tonte première élaboration de l'interrogation sur cours de Heidegger sur Holderlin (1934-1935) ainsi que ses l'origine de l'reuvre d'art que la conférence de 1935 viendra leçons d'Introduction à la Métaphysique (1935). il associe étroitement cette theoria.découle. et est appelée à présider à une poièsis. et à lire dans ce vers non pas un appel à la modération rente. Ses poèmes. pp. en tant que cette Grundstimmung est un révé­ prométhéenne.

et l'ètre ainsi com­ le Dasein historial d'un peuple. et ains1 peuple singulier: ouvert pour la première fois par le penseur. p. de maintenir Le thème de la création. ils s'élèvent au mot: technè. et contribue au progrès de la culture» (GA39. est originellement instituée (gestiftet) par le poète: Mais l'ètre (Seyn). 38).. <. pp.eia (GA39. de jeunesse. C' est à propos de èylle- mand: elle révèle à ce peuple sa vérité et « I'ouvre à la décision ci que Heidegger écrit: ' de se tenir pret à accepter le retour du divin» (GA39. cette technè prométhéenne est prévoyante et pourvoyante adonnée à la gestion d'un Umwelt. de l'Etat accordé à I' essence de ce peuple. Mais quotidiens de l'homme qui produit et ensuite utilise ses produits puisque. Dès ce premier subordination de la pensée et de la poésie à de prétendus besoins cours sur Holderlin. Dans le à l'instar de celui du Dasein individuel dont traitait l'analytique contexte de ce cours sur Holderlin cette technè d'espèce basse existentiale. Ces trois puissances créatrices du Dasein chaque individu était censé etre à la mesure de son historicité historial effectuent ce à quoi seulement nous pouvons attribuer propre. et notamment l'acti­ d' authenticité. de rneme que l'inspiration qu'ils puisaient alors 92 93 . Dans la quotidienneté à laquelle il y a lieu de s'arracher? Par un seul mesure où cet éveil !es incite au plus haut défi. par le créateur d'Etat. ils son! éveillés à la finitude. l'etre du Dasein collectif est. C'est ainsi que I' admiration que Héilderlin et Hegel avaient vouée à la Grèce et à ses dieux du temps de leur amitié I. déchiré entre un pòle de déchéance et un pòle inclut la vie quotidienne du régime nazi. par ceci articulation la position fondamentale envers l'étant en totalité. Naissance d'une problématique insiste Heidegger. et cela signifie la vérité du Dasein d'un temporalité finies de l'individu vers le destin le plus propre d'un peuple. On le voit. sa propre destin collectif. Dans la mesure où ils sont éveillés à Or comment cettelecture de Holderlin caractérise-t-elle la la sur-puissance du destin. 102). sont portés par une tonalité fondamentale qui ministères. GA39. cher à Héraclite. Heidegger ne manque pas d' associer ce thème de visme culture! au service de slogans tels que Blut und Boden. Mais autre chose est I' aliénation ontologique est le deuil du sacré: !es dieux se sont enfuis. I' accent se déplace de l'historicité et de la La Grundstimmung. par conséquent. séparée par un abime de la basse technè de la quotidienneté. ainsi dévoilé. ]. C'est à cette qu'entraine l'exercice quotidien de cette technè d'espèce basse Grundstimmung qu'est le deuil du sacré que Heidegger attribue et des agissements qu'elle régit. p. p. Art et événement III. 144) s'arracher à ce que Heidegger continue d'appeler « la quotidien­ C'est à cette triade du poète. en tant qu'origine. est compris et articulé. tituante et dévoilante de l'etre d'un Dasein collectif. 22. En conséquence. appellation qui garde la connotation de déchéance et d'État qu'incombe la charge de la technè prométhéenne dont d'inauthenticité qu'elle avait dans l'analytique antérieure. que le peuple est amené à soi-mème en tant qu� peuple. 121-122) advient griìce à la création. l'association de ces deux thèmes devient un politiques déterminés. Mais technè au sens. de la circonspection rang des demi-dieux. et !es mille et une ordonnances des enjeu centrai et donne lieu à divers empiétements. (GA39. Cet avènement tout entier a Or seuls quelques rares créateurs sont à la mesure de ce cependant ses propres temps. comme on vient de le voir. insiste Heidegger. bien siìr. Seuls ces etres d'exception sont vraiment capables de de la grandeur. expérimenté comme l'ètre pris est posé dans le dernier et premier sérieux de l' étant. du penseur et du fondateur neté » 1 . passe ainsi !eque! est «exposé à l'etre». c'est: authentique et unique. parlai! le discours rectoral. autre chose est la technè la fonction de révélateur ontologique du Dasein du peuple alle­ d' espèce haute à charge des créateurs. alors qu'aux termes de l'analytique du Dasein suite de temps [ .. d'un monde ambiant. et d'autre part !es «agissements à I' avant-plan de la pensée heideggerienne de cette époque. à partir duquel croit et conquiert son à-dire dans la vérité historiale accordée (be-stimmte). p. la la création à celui du conflit. Il y a lieu. ou irruption ins­ une opposition rigoureuse entre le « Dasein authentique». et.

métaphysique de l'État. il est sique. la dont le nom présocratique est physis est essentiellement polé­ mique. une mise en ci n'est pas pensée abstraitement à partir des individus comme ceuvre de ce qu' elle dévoile. "-' «conscience malheureuse» liée à l'effondrement de la Grèce C'est sur la lancée de cette ontologie fondamentale élargie antique et àla fuite de ses dieux. retirait alors de la Phénoménologie de l'Esprit et en particulier C' est à la faveur de pareils empiétements que l'ontologie de trois thèmes: l'idée que la vie de l'Esprit. Cette inspira­ Pourquoi cette contrainte ontologique? Parce que l' ètre mème tion porte en particulier sur trois points: le dionysiaque.écessité de I' appréhension et du rassem­ magne est en passe de la faire revivre grace à la rupture blement.autre appellation présocratique de l'ètre . peu après. sur tout ceci les justes remarques de Jeffrey Barash dans Heidegger et qui.qui. 94 95 . 131-136. Ainsi est l'histoire. mais gences que Heidegger qroit pouvoir déceler entre le poème de concrètement et de façon proprement métaphysique à partir de Parménide. notion dont il n'est pas loin de penser que l' Alle­ e' est. d'autre part. il imporle de comprendre que celle­ Nous savons déjàque toute technè régit une poièsis. Dans le mème temps. leçons sur Héilderlin. Etre homme. p. comme te!. savoir. 130) plus haut entre le thème de la création et celui du polemos héra­ En d' autres terrnes. le cours d'Introduction à la métaphy­ mei àl'Esprit de s'accomplir historiquement. Naissance d'une problématique l'un et I' autre chez Héraclite. Paris. Heidegger ait dirigé un séminaire intitulé Selon ce cours. L'essence de l'homme se montre ici dans l'auto-affirrnation du peuple grec célébrée déjà par l'épo­ comme le rapport qui ouvre à l'homme l'ètre. Niemeyer. et le chceur polla ta deina l'auto-affirrnation (Selbstbehauptung) de l'existence essentiel­ de l'Antigone de Sophocle. enracinée comme tel en totalité. l'Etat en terrnes de volonté. disait Heidegger. d'une part. PUF. grand admirateur des Grecs lui aussi. il faut pour s'introduire à la métaphysique «Hegel: Ueber den Staat» (1934-1935). !es conver­ du libéralisme politique issu de la Révolution française. l'illusion. !es fragments d'Héraclite. pée homérique. Hegel renouait L'ètre humain se montre ici comme le rapport à l'étant avec la notion grecque de la polis qui était. etàla mise en ceuvre de ce que part sur sa lecture de Héilderlin l'inspiration qu'il retire de cette technè révèle en vertu de sa fonction alèthéique intrinsèque. est dans son apparaitre mème menacé tou­ et son siècle. Par suite de l'élévation d'une technè l'était la « volonté générale » de Rousseau qui devint l'héritage prométhéenne au niveau ontologique le plus haut. se ramassent dans l'enseignement lement historique d'un peuple. et le combat de la volonté de empiéter sur sa propre lecture de Holderlin l'inspiration qu'il puissance pour le surhomme par opposition aux superflus. 1. interprète l' affrontement de la technè et de la physis jouait un role centrai. la mise en i:I!uvre de 1' 6tre. il y a désorrnais une compulsion onto­ clitéen perrnet également à Heidegger de faire empiéter d'autre logique àla technè de haut rang. en tant que n. prononcé I'année mème où Heidegger entreprit de s' inter­ significatif que l' année mème où il prononçait ses premières roger publiquement sur l'origine de l'ceuvre d'art. le semblant. Nietzsche. mise en reuvre douée de libéralisme politique'. Or dans cette expérience sigue de l'État. la notion de désorrnais élargies au destin du Dasein d'un peuple historial. et l'idée que c'est l'État qui per­ que s'inscrit. C' est un dévoilement. Sur ce point. (Einfuhrung indie Metaphysik. Cf. l'association que nous avons relevée Francfort. 1953. jours à nouveau par la pure apparence. se retient en lui-mème. Arl et événement III. 1995. ètre contraint à la liberté qui consiste à assumer la national-socialiste avec le concept essentiellement moderne du technè. prétend -il. pp. Ce séminaire resté reconquérir activement et à la mesure du destin d'un peuple inédit était centré sur la philosophie du droit de Hegel et rendait I'expérience fondamentale qui porta le commencement de la phi­ hommage à ce demier pour avoir conçu une véritable métaphy­ losophie chez !es Présocratiques. Lorsque Hegel. perrnettent à Heidegger de faire détresse née de la fuite des dieux. Heidegger soutient dans ce sémi­ suivant: naire que par ce concept. dépend fondamentale etI'analytique existentiale qu'elle implique se s'Qnt de son aptitude à affronter le négatif et la mort. une alètheia .

(p. l'inquiétant. 84). 120) L'écho de Hegel en tout cas est nettement perceptible lorsque Cette effectuation de la violence ( Gewalttiitigkeit) est Heidegger au début de ces leçons soutenait qu' il n'est de monde l' opération de la technè au sens élevé et essentiel. elle est à contre-courant principales de cette réalisation de haut rang concernent. l'architecte du tempie et le sculpteur des dieux du que l'homme a à ma'ìtriser afin que dans l'effectuation de la peuple. c'est-à-dire pour le réaliser véritablement. ce Il va de soi que la technè ainsi célébrée et pourvue. au sens ··. 34).'q e__idegger écrit à ce propos: par cette dé. l'reuvre lent. au sein de l'étant devenir tout d'abord lui­ lienne de la religion de l' art dans la Phénoménologie de l'Esprit. Et c'est bien dans !es termes que l'analytique exis­ ètre. Et il précise : La seule différence avec le cours sur Holderlin est que viennent maintenant s'ajouter au poète. dévoilement. c'est-à-dire ètre historique. l' reuvre de parole dans la pensée. Au contraire. en écho très vraisemblablement à la description hégé­ violence il puisse. (p. 96 97 . otidienne. Art et événement III. C'est H. à propos de que spirituel et déplorait la déperdition de la puissance de laquelle Heidegger écrit. «la vuejni- Selbst-behauptung. I' ètre mème est unè htiale de naguère réservait à la transcendance du Dasein sur-puissance qui requiert des humains une schopferisché) thentique que Heidegger la décrit: elle est. apparence. conférant péremptoirement au chreur l'Esprit (Entmachtung des Geistes) qui avait accompagné polla ta deina de l'Antigone de Sophocle statut de célébration l'effondrement de l'idéalisme allemand. politique. une affirmation-de-soi créatrice. Il s'agit par là d'opérer ce que Heidegger de la polis en tani que site historique dans !eque! tout cela est appelle « un domptage et une mise en ordre en vertu desquels fondé et préservé. En vertu de cette lutte entre puissances.mouvement d' affaissement ontologique qui anime la technè lement et dévoilement. à l' aide qui signifie toujours autre chose que d'appliquer simplement des Présocratiques. c'est doué de savoir arracher l' etre à sa clOture antérieure et l'ame­ l'époque qui n'était plus assez forte pour resterà la hauteur de nerà ètre l'apparaissant en tani que l'étant. 34-35) n'est plus en rien en position de chute et d'aliénation par rapport Comme dans le cours sur Holderlin. précisant que cette ontologique: déperdition recouvrait « le refus de toute interrogation originaire sur !es fondements et I' attachement à une telle interrogation» C'est la technè qui caractérise le deinon. philosophique. une «scission dans l'ensemble · oclalités fondamentales: artistique. 122) la grandeur. ètre et non. formé par ètre. cette haute technè opposée à l' affais­ de la phronèsis aristotélicienne ou au sens du jugement réfléchis­ 'è'ment et à I' affairement du «On» quotidien revèt trois sant kantien.cision dont Heidegger souligne le caractère violent Le dévoilement survient seulement lorsqu' il est accompli par que l'homme est appelé à répondre à la sur-puissance de l'ètre. meme. non-ètre» (p. mais une coupure. (p. devant une « décision constante» (stiindige Ent-scheidung). . de l'ampleur et du caractère originaire de ce monde spirituel. er cours sur Holderlin. mot Dans l'Introduction à la métaphysique comme dans le pre­ qUI vise non pas un choix résultant d'un discernement. en devenant lui-mème le vio­ le tempie et la statue. à l'ceuvre: l'ceuvre de parole en poésie. autrement dit. l'reuvre de pierre dans la violence de cette sur-puissance. parution et pure apparence. 122). Ainsi requise. Et il ajoutait: quant à son trait fondamenta! décisif. est une lutte entre puissances: vò· . dit-il. 146) I' étant s' ouvre comme te! tandis que l'homme s'introduit en lui». celle-ci piace l'homme nné devant la main» (p. le faisant-violence. une sur� hle et persistante qui porte par-delà ce qui est directem'ent puissance correspondante. Naissance d'une problématique L'ètre mème. (pp. de la fonction ontologique la plus éminente des principes et des considérations. et au créa­ Cette ouverture (Erschlossenheit) de l' étant est la puissance teur d'État. au penseur. !es trois modalités à l'authenticité du Dasein. car faire violence c' est user de violence contre le sur-puissant: c'est par le combat Car ce n'est pas l'idéalisme allemand qui s'est effondré. (p.

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peut se formuler dans !es termes suivants: l'élargissement qui permit à l' ontologie fondamentale de concer­ ner non plus le Dasein singulier mais le Dasein d'un peuple témoigne-t-il d'un tournant? On voit mal ce qui pourrait justifier une réponse affirmative. 5. non moins précoce chez Heideg­ cette toute première élaboration !es signes d'une attention à ger. de mème que l'idée. déjà centrale à l'époque «l'énigme de l'art>> sans émettre «la prétention de la résoudre. Héraclite et Sophocle. le lecteur de cette version initiale a vite fait de nouveau qu'acquièrent dans certe ontologie fondamentale élar­ s'apercevoir que l'invitation de prèter attention à l' énigme risque gie Parménide. c' est bien encore La fort de patir d'une illusion rétrospective. 101 . Certes Hei­ Kunstwerks. vol.la voir» 1 • Invitation donc à chercher dans humaine. le fait que le Dasein dont il s'agit maintenant soit celui d'un peuple n'introduit pas de rupture avec la problé­ matique antérieure de l' analytique existentiale. l'introduction de la distinction. entendue comme ceuvre fondatrice éclai­ l'énigme. Hermann Heidegger prit soin d'avertir dans une degger y relève un certain nombre d'écarts entre !es présocra­ remarque préliminaire appuyée sur le post-scriptum de l'édition tiques et ce qu'il appelle «le platonisme». la conférence de Fribourg de soi. 5. En dépit du poids de l'éditeur. que !es réflexions de son père portaient sur festement de Platon qu'y dérivent l'idée. entre une technè d' espèce basse. vues de Hegel en matière d'art comme en matière politique. que la philosophie. À cet égard. et dresse souvent !es dans !es Holzwege (1949) des conférences de Francfort. Heidegger Studies. Il n'est dès lors du texte qui va maintenant nous retenir semble bien lui adresser pas étonnant. que le bios theorètikos est principe d'excellence mais seulement de. qu'il soit grec ou allemand. dans une version remaniée. S' agissant d�s Anciens. Mais à y regarder de près c'est mani­ cées fin 1936. Art et événement Commençons par la seconde qui. tan­ dis que celles de Kant sont passées sous silence. c'est-à-dire le contraste entre Attention à l'énigme ou résolution d'ètre soi? l'impropre et le propre. au vu de I'ontogenèse esquissée ci-dessus. continue d'ètre Lorsqu'il édita en 1989. c'est Platon. pri­ sonnière de la quotidienneté et aveugle à l'ètre. entre !es pollai et ceux qui affrontent résolument la vue de l' ètre. En effet. donc jamais prononcé. qu'y soient célébrées !es d' emblée une fin de non-recevoir. IV absente dans Sein und Zeit. la réponse à la première question va devenir. s'agissant des Moderues. Car l' entrée en matière République qui continue d'y inspirer Heidegger. le texte. 1989. et une grande LA PREMIÈRE ÉLABORATION technè qui met-en-ceuvre l'ètre mème en tant que dévoilement DE LA CONFÉRENCE DE 1935 non seulement laisse intacte mais renforce l' articulation initiale de !'ontologie fondamentale. p. 1. de Marbourg. Le Dasein du peuple historial. pronon­ premiers contre le second. prononcée le 13 novembre 1935 sous le titre Vom Ursprung des qui sert de guide à !'ontologie fondamentale élargie. de la première élaboration de ce qui allait Dans ces conditions. année du centième anniversaire de compris à la lumière de la proposition centrale de Sein und Zeit: la naissance du philosophe. et non pas Aristote. Or sans mettre en doute la piété filiale animant !es propos habilite le penseur à régir l'exister d'un peuple. rant conceptuellement la totalité de l' étant eu égard à son ètre. resté jusqu'alors inconnu et das Dasein existiert umwillen seiner. entre le temps vulgaire et le temps origi­ naire.

Or pas davantage que le «d'abord la saisie de la pensée artistique dans l'imagination et statut d' «etre-produit». l'origine est « un meme l' «etre-objet» n'en est qu'une «conséquence» (p. Cerles Voyons donc comment la conférence entend préparer ce cet affairement autour de l'art est censé mécliatiser I' accès aux changement de la position fondamentale du Dasein envers l'art. Heidegger souligne : l'reuvre quelque chose d'indifférent. et que !'on ne s'y enquierl pas de l'«reuvre tant. qui. Meme s'il est tou­ !es positivités scientifiques. Pourquoi? Parce que.sous l'étiquelte de Kunstbetrieb. des lieux publics.élargi à un «nous». événement purement menta! qui se laisse décrire comme une On remarquera que celte mise en suspens préliminaire des "Erlebnis" del'àme». . rappelons-le. activité que Heidegger regroupe. 5) car ce détachement peut forl bien laisser intact le privilège de la Vorhandenheit. à savoir: en dépit de tout ce qui a été pensé et dit depuis longtemps pour définir Cependant il ne suffit pas de détacher I' reuvre de sa produc- l'essence de l'art. de le second car il le conditionne. tement n' ad' autre désir que de laisser l' reuvre reposer sur elle­ que dans le cadre d'une conférence son cliscours se limitera à meme. Art et événement IV. sera probablement surprenant et exposé dans une questi on . (p. dit-il. de ses explications et de artistes. c'est-à-dire dans deux «événements» (Vorgiinge): ses satisfactions. 7). Voilà rapporls à l'reuvre d'art qui font barrage à la reconnaissance de bien. s'exerce l'activité protéiforme des historiens. en effet. La première élaboration de la conférence de 1935 D' entrée de jeu. n'apporle une élucidation del' origine de l' reuvre était le préalable de la réduction phénoménologique. et la tonalité ini­ tations privées. Ainsi envisagée. il pour que celle-ci devienne phénomène. c'est pour tomber sous l' empire du Kunstbetrieb lui­ tout simplement à chèrcher dans leur « production » par !es meme. .qui détermine l'axe de la réflexion. contribuer à préparer envers l'art une posi­ tion par !'artiste pour la rencontrer dans son effectivité d'reuvre. . Et Heidegger en apporle la preuve: en première approximation que c'est dans le sillage de celte 102 103 . jours exact de dire que l'reuvre d'art est un produit de l' artiste. «cet etre-objet ne saurait équivaloir à ensuite la transposition de la pensée dans le produit arlistique». cri­ tiale du propos semble etre moins celle d'un recul méditatif tiques d'art. des habi­ notons-le. !es reuvres sont des entités présentes se trouvent par là libérées du rapporl aux artistes qui !es ont pro­ ici ou là en provenance d' époques diverses et leur «origine» est duites. Dans le grand art . visée péjorative».«sans aucune mation de l' exister. reuvres elles-memes «dans la mesure où elles sont maintenant Parei! changement impose d' abord de dépasser l' approche détachées du rapporl à la production par I'artiste» et sont désor­ habituelle des reuvres en fonction du privilège de la Vorhanden­ mais «subsistant en soi» (an sich vorhanden) (p. De meme que l' «etre-produit» le premier événement étant considéré comme plus originaire que n'est qu'une «conditioh concommittante» de l'etre-reuvre. après avoir prévenu ses auditeurs C' est si peu le cas que la volonté la plus propre de son enfan­ . dans celte approche. ou devant une énigme que d'un appel proclamatoire à une transfor­ conservateurs. ce qui «jamais. Selon celte approche. dans des collections. fait d'elles des objets. des expositions. marchands. 6) Une seule chose (das Eine) imporle. dont Heidegger avait été l'assis­ (Vorhandensein). à la fois l' ensemble de l' empirie commune et celui de toutes d'art» mais bien plutot d'un «produit d'art». C'est le cas lorsque autour des reuvres. On pourrait dire reuvre de l'reuvre». insiste Heidegger. restaurateurs. 7). tion fondamentale transformée de notre Dasein. il faut se déprendre des n'en reste pas moins que «cet etre-produit ne constitue pas l'etre­ acquis et des méthodes de celles-ci et de celle-là. à savoir d'art». amateurs. dans l' exercice de ses soins. connaisseurs. Pour accéder à la «chose meme». Mais si elles heit.l'artiste reste par rapporl à la réalité effectiv'\c de large mesure à des malentendus. 6).membres. (p. d'une société des sciences de l'art . un vécu relevant de la psychologie. «origine» veut l'épochè de l'attitude naturelle. l'etre-reuvre de l'reuvre» (p. Ce terme englobait chez le fon­ simplement dire «cause» d'un « etre-donné devant la main » dateur de la phénoménologie. abritées C'est donc toujours le Dasein .et c'est de lui seul qu'il est ici peu de choses. aussi instructif que cela son etre-reuvre s'apparente étroitement à ce qui chez Husserl puisse paraitre. presque comme un plls­ sage s'abolissant lui-meme dans la création.

_ 1! 1mporte u��f01s _ du Kunstbetrieb en général. c'est cet ordre. apparue en un certain lieu à un certain moment pouvait ètre que phénoménologique. qui devient le seul thème keit ni la Jeweiligkeit n'appartenaient à la phénoménalité propre de la phénoménologie husserlienne. soulignai� que le Dasem qm est un Vorgang. par exemple !es historiens de l'art. et annoncé que la méthode de sa recherc�e n� tique. Lorsque Heidegger en revanche frappe d'épochè !es occurences factuelles ou événe­ l. religieuses. allait prendre pour pour des faits.e. impliquée lorsque Heidegger dit et répète que la que_suon ce�­ Heidegger ne fait somine toute qu'obéir une fois encore aux trale de son enquète n'est pas « Qu' est-ce que le Dasem? » mais consignes méthodologiques de la phénoménologie husserlienne. cela ne signifie donc plus qu il faille se detourner tuelles survenues en d'autres temps ou d'autres lieux. « Qui est le Dasein? » C' est de cette événementialité au sens Toutefois cette obédience a des limites. Bfemel. 37) se signalait. 104 105 . en seni. ments qu'il appelle du nom de Vorgang. ment que décrit chez Husserl le passage du. Il n'appartient pas. disait-il. envi­ alors que la phénoménologie husserhenne p_ren�t pour t?eme le sagent !es reuvres dont ils traitent comme des occurences fac­ Bewusstsein. Pour le psychologue de la création artis­ Dasein» (p. par la tuelles. C'est bien cette événementialité authentique_ qm est comme il le fait. eu égard à la spécificité de nements qui. 44. Cela signifie bien ambitionnent d'élucider l'origine en !es reliant à un certain plutéìt qu'il s'agit de dépasser l'événement au sens impropre ou nombre d'occurences factuelles concommitantes. L Il)trO­ Remarquons en outre que la mise en suspens réclamée par duction du livre après avoir indiqué « pourquoi l' ontologie fon­ Heidegger frappe un certain type d'événement auquel il donne damentale doit ètre cherchée dans l'analytique existentiale du le nom de Vorgang. Lorsque Husserl propre qu'il s'agit lorsqu'il insiste sur la Jemeinigkeit et la frappait d' épochè !es occurences factuelles qui retiennent Jeweiligkeit du Dasein que sa phénoménolog1e prend pour l'attenti on de l'empirie ordinaire et des démarches scientifiques. quelles cette attention est aveugle parce qu'elle n'a d'yeux que suite à l'épochè de toute l'attitude naturelle. d'abord des événements mentaux survenant dans le psy­ transcendance. à la différence des premiers. entendus comme des événements survenant dans thème à savoir le cogito considéré dans toute la diversité de ses l'omnitudo realitatis. De la nécessité de l'individuation la plus radicale» (p.geste négatif de dans le monde et dure son temps» 1 • Il appartieni au contraire a I' épochè au geste positif de la réduction. Husserl. 38). inverse. etc. encore de se rappeler l'enseignement de Sezn und z. au seuil mème de son des événements aux essences que pour ouvrir l'accès à des évé­ enquète. appelle le Kunstbetrieb. La première élaboration de la conférence de 1935 consigne husserlienne que Heidegger. éd. thème. lorsqu' il s' efforçait d'introduire il s'agissait pour lui d'ouvrir l'accès à l'ordre des essences aux­ ses élèves à la spécificité du domaine que sa phénoménologie. Et Heidegger précisait: «La transcendance de chisme de l' artiste puis un certain nombre d' événements l'ètre du Dasein a ceci d'insigne qu'il y a en elle la possibilité et physiques transposant !es premiers dans un produit d'art. dont ils des événements pour contempler des essences. dans son ètre. une occurence factuelle. propre. p. au mm qm est . Nijhoff. ceux dont Heidegger inscrit la démarche dans ce qu'il phénoménologie heideggerienne prenne _ pour thème le �asein. Que la mème. sous la forme des corréla­ du Bewusstsein. politiques. à l'évidence de la tions noético-noématiques qui articulent la vieintentionnelle de cogitatio. culturelles. M. Des événements aux essences. qu'il s'impose de allait ètre pris pour thème à titre d' «étant ont1quement et onto­ considérer comme I' effet de certaines causes non moins fac­ logiquement insigne» (p. inauthentique pour percer jusqu'à l'événement au sens le _plus sociales. Grace à la mise en suspens de l'attitude cogita�iones et de leurs cogitata. Die Idee der Phiinomenologie. Art et événement IV. 13). refuse toute pertinence. te! est le mouve­ ménologie. entendue comme phénomène_ pu� au sens de la_ phéno­ la conscience. La Haye. Sur ce pomt. c'est moins pour passer 1958. en revanche. qu' «elle appartienne au mm qm la v1t.t. aux acquis de la psychologie des artistes comme à ceux pour essentiels et originaires. de tenir I' reuvre pour une occurrence factuelle. I'reuvre. mé�tent d'ètre tenus I' reuvre. En refusant d' emblée. W. soulignait que ni la Jemeinig­ naturelle.

en tant la présence à soi du Cogito. la source de l'événementialité authentique qui est le thème centrai de l'inter­ l. Et la nécessité de l'reuvre est le fonde­ d'épochè diverses approches courantes de l'reuvre d'art.. Et cefonde'. La première élaboration de la conférence de 1935 ce que le Dasein a de plus propre qu'il soit dans le monde et y ait À cet égard. de son ètfé mème a une structure ontologique le Dasein lui-mème. mais c'est. Suspendre ces approches courantes. dès lors que leur monde propre s'est Ces propos fon.... l'origine. c'est à meni de la possibilité de l' artiste. Op. de mème chez Heidegger c'est dans qu'ètre-au-monde._ Il ne res1de mème que I' analytique du Dasein montrait que le propre de pas dans l' artiste en tant que cause del' ètre-produit de l' reuvre. Bomons-nous à relever quelques formules significatives: ' C' est en tout cas la visée d'une événementialité propre ou Pourquoi donc la détermination de l'ètre-reuvre de r reu:re es�­ authentique et non celle d'une essence universelle qui régit !es elle si difficile? Parce que l' ètre-reuvre se déternune a partir remarques préliminaires de Heidegger dans la première élabora­ de ce en quoi l' reuvre se fonde. parce «propre» (eigentlich) l'ètre-reuvre de l'reuvre au rapport histo­ que et dans la mesure où l'art survient (geschieht) qu'existe la rique étroit que celle-ci entretient avec son monde. Plus précisément qu'il y soit son propre temps des développements de Sein und Zeit sur le cercle puisque le projet jeté qu'est le Dasein se soutient d'une tempo­ herméneutique I que !es remarques préliminaires soulignent le ralisation ek-statique qui est de son fait et qui constitue son his­ caractère circulaire de l'interrogation qu'elles mettent en pl�çe. à l'instar de Descartesà l'issue du doute. celui-ci consiste dans l'historicité de son rapport au monde. c'est dans le sillage de la phénoménologie explicitation. pp. En frappant nécessité de l'reuvre. nous devons d' abord le cherche�. [ . c'est mettent dans une situation remarquable.t écho à ceux que l'on trou­ effondré ou évanoui.. deutiques prétend que !es reuvres héritées du passé ou transpo­ Nous nous mouvons dans le cercle. nous devons déjà la raison pour laquelle Heidegger dans ces considérations propé­ l'avoir. Et de gine de l'ceuvre selon son essence et sa necess1té. en particulier le § 32. De mème que chez Husserl l'absence de présup­ n'est pas de s'extraire du cercle mais d'y entrer de manière cor­ posés résultant de l' épochè de I' attitude naturelle contraignait le recte. peut valoir comme signe de ce que la posi­ authentiquement elles-mèmes. ] L'étant pour !eque! il y va. Cf. suite à I'épochè du Vorgang.'ent seul est à 1: �ri­ tion de son interrogation sur l'origine de l'reuvre d'art. quels que soient le soin et I' admi­ tion de la question. (pp 7-8) ration dont on !es entoure. en ph1- sées en un autre lieu que celui de leur naissance ne sont plus losophie du moins.le Vorgang . camme suffisentà le rappeler !es phrases suivantes: inhérenteà I' ontologie fondamentale. La questlon de I on­ gine de l'ceuvre d'art doit partir de I'etre-ceuvre de l'ceuvre. qu'il y de cercle2• a lieu de chercher. il est remarquable que ce soit dans le sillage son temps. toricité intrinsèque. Mais cet ètre-reuvre se détermine d' abord ou déjà à partir de pour s'ouvrirà l'événement au sens propre: le Geschehnis. Ce cercle de la compréhension n'est pas un circuii dans lequel tourne un genre fantaisiste de c?nn�ssance. Ce n'est pas parce qu'il y remarques préliminaires associent d'entrée de jeu ce qu'a de a des ceuvres d'art que l'art est. J Ce qm est dec1s1f tent en piace. se détoumer de l'événement au sens impropre . vait dans Sein und Zeit à propos de la compréhension et de son De surcroìt. à l'inverse.t manifestemen. à se contraire l'expression de la structlJre ex1stent1ale préalable du donner à lui-mème le domaine de sa démarche sous la guise de Dasein lui-mème. que ces remarques préliminaires Toute explicitation qui doit procurer la compréh�nsion doit _ soulignent le caractère circulaire de I'interrogation qu'elles met­ avoir déjà compris ce qui est à expliciter [ . C'est l'origine. età I' analytique du Dasein qui en formait le premier thème. cit. est en ordre. Ce que rious cherchons. cette événementialité propre ou authentique que Heidegger De prime abord ce ne sont là que des affirmations. 106 107 . Art et événement IV. et ce que nous avons. désormais substitué au Bewusstsein. rogation sur l'origine de l' reuvre d'art. 2. e' est au phénoménologue. Elles �ous entend ouvrir l'accès. 152-153. ces L'origine de l'reuvre d'art est l'art. Voilà qui toujours.

de sa manière d'reuvrer. cela l'individuation indéclinable de l'étre en propre. Comme le cercie de l'origine tient celui qui est en cause dans la conquete du Vorbegriff de l'reuvre en é est frapp ant de const ater que la conti nui '. écrit Heideg­ avec la problématique ger. à la conquete du Vorbegriff. aborde l'reuvre � ­ mani ne peut manquer de faire écho au terme de Vorgriffintroduit par son étre-reuvre. de l'efficace propre de d'ultime. 8) «prise préalable (Vorgrijf) » Heidegger la définissait comme suit: «l'interprétation s'est d'ores et déjà décidée. des mésinterpétations qui aplatissent l'etre-reuvre ­ L'ETRE-CEUVRE DE L' CEUVRE l' reuvre tantòt sur l'etre-produit par !'artis te tantòt sur l'etree reuvr objet pour le Kunstbetrieb. La première élaboration de la conférence de 1935 » Pareillement l'origine de l'reuvre d'art n' e st en rien exté­ De quoi résultait que le pré-concept de l' «en tant que la quoti dienn eté vers l' étre propr e du rieure à celui dont elle sollicite l'interrogation. c' est bien dans le sillage de l' analytique du provisoirement. d'art dans son étre-reuvre. il prend soin de souligner que le caractère un Heidegger au § 32 de Sein und Zeit. car en définitive cette apparition présuppose le projet celle-ci. et d'autre par! qu'interpréter quelque cho s e en tant que ceci ou cela. le travaille d'ores et déjà. Le Dasein et du contraste qu'elle établissait entre. (p. (p. l' reuvre a pour seul rapport qu' elle chos e en tant que quelque chose est à titre essentiel fondée par le détruit. «car consa?rée à la conquéte d'un pré-concept. il lui faut pour s'y mouvoir qu'reuvre. en . 150).reuvre de l'reuvre. ce n'est nullement soustraire l' La première partie de cette première élaboration est donc l'reuv re en tant qu're uvre veut etre à tout rapport. partage quotidienneté-authenticité. Ce paragraphe auquel nous faisions public. «Tout dépend donc. vue préalable et prise préalable» (p. C' est à ce pouvoir destructeur que se mesure la acquis préalable. c'est bien . et ce dès le commerce cette réflexion. Il écrit: allusion plus haut soulignait que « l'interprétation de quelque Au «public ». Il s'�vère très vite. comp rendr e I reuvr e à partlr d elle­ que se déprendre. 151) 108 109 . pour une conceptualité déterminée» (p.ette continuité se confirme lorsque Hei- dain. consistera à conquérir un «pré-concept» suffisant de l'reuvre Maintenant comme naguère l'interrogation est régie par le ffet. Et de fait il de Sein und Zeit est la marq ue prédo nu­ accomplir lui-méme un saut. en symbiose avec !e s termes feste de l'reuvre n'a rien à voir avec la disponibilité pour deVorhabe et de Vorsicht.ts fondamentaux qu'il tient pour sens à-meme !es étants rencontrés chaque jour n'avait rien constitutifs de l'etre. la manifestation à un «public» (Publikum) da s le terme méme de pré-concept ou concept préalable (Vorbegrijf) que Heidegger. Dès A qui est un peu familier de la terminologie heideggerienne manifestation. 8).. i qu'un ressourcement. et la circularité de engage une remontée de cette demière ne saurait donc étre pour ceux qui que stionnent Das ein. le Vorgriff était donc un concept préalable. En allemand «origine» se dit Ur-sprung. Il nante de cette conquete. Mais il ajoutait avec force que cette apparition familière du degger dégage les deux traj. L'auteur précisait nivellement opéré par la publicité quotidienne. pour de meme. là où il yen a. Cette efficace propre consiste d' etre constitutif du Dasein. et non une propriété qui colle à l'étant. définitivement ou Autrement dit. de sorte que dans la conjonction de l'« établissement» (Aufstellung) d'un monde et de la «production» (Herstellung) d'une terre. Art et événement IV. plutò t la soust raire à un certai n type de manifeste». d'une par!. 150). glt «derrière» celui-ci ou piane dans quelque «domaine intermédiaire ». Voilà qui laisse présumer que c'est pareille remontée q� tant saut primordial. le sens est un existential du Dasein. que quotidiennement nous entretenons avec l'étant intramon­ Voyons donc si c. questionne. de ce que pour ce saut nous prenions le juste élan» (p. que s'engage consiste à lui reconnattre te! ou te! sens. Cette grandeur d'une reuvre d'art.

si c'est lui qui consécration et glorification. ni un «ob-jet qui se tient devant nous». échos de l' analytique se melent à ceux de certains précurseurs en dépit de toute la non-objectivité. ces cas comme dans I' autre. Cette installe un monde est à entendre comme «le rejet du subsistant défaillance elle aussi est une manière dont le monde mondanise. De plus. objet -. peu importe qu'on en termes de typologie fonctionnelle que Heidegger argumente. en sens inverse. Heidegger à dessein de soi du Dasein. Mais dans un fondamentale a franchi !es limites du Dasein individuel. est«le toujours non-familier (Unheimische)» une monstration qui tieni nos faits et gestes emportés dans un (p. abstraction Le doute n' est guère possible: comme Hegel avant lui. Mais le monde est le l'art dans !es exemples que choisit Heidegger pour illustrer ce toujours non-fami. dans la mesure où nous le savons. Si le monde a pour caractéristique de attribue un statut théophanique à ces exemples d' établissement permettre au divin d' entrer en présence. il«mondanise». si Un te! établissement en tant qu'acte d'ériger (Errichtung) est le monde est une «escorte qui guide». on cherche en vaio lective. Cette escorte qui montre (weisende Geleit) peut succomber à la Cependant. (p. c'est chez !es Grecs que Heidegger premier trait constitutif de l'etre-ceuvre de l'ceuvre fait affleurer salue l'exemple du«grand art». Dès lors que l'établissement d'un monde de sa présence. c'est bien en continuité avec l'analy­ cadre. 9). il acquiert statut actif.somme de choses à portée de main. et comme l' intersection existentiale des deux. Le de tout étant. Art et événement IV. ni son«cadre». (p. comme depuis quelques années l'ontologie confusion et ainsi etre un non-monde (Unwelt).. la mise en piace d'une statue déterminée d' Apollon ou la Unheimlichkeit qui articulait l'analytique du Dasein. On voit mal. le projet du Dasein lui est réceptif et n'en est plus en ce sens que dans I' offrande inhérente à I' ceuvre le sacré s'ouvre en tant que sacré et le dieu fait irruption dans I' ouvert le seul fondement. l'entende comme un étant individuel ou comme une destinée col­ car. on pourrait dire. 9) l'interprétation des humains. La première élaboration de la conférence de 1935 L 'établissement d'un monde À la faveur de l' établissement ainsi entendu le monde ne se bome pas à nier l'habituel . représentation d'une tragédie [ . Et comme ses précurseurs. plus étant que chacune des allemands. la présence ne peut plus d'un monde. c'est une certaine décentration du Dasein. que l'analyse par Heidegger du comme Schiller avant Hegel. A la consécration appartient la glorification en s'accompagne de signes provenant du divin et offerts par lui à tant que célébration de la dignité et de l'éclat du dieu. ce qui est à l'ceuvre dans l'ceuvre alors qu'elle tissu de renvois à partir desquels !es signes de la bienveillance des dieux et leurs coups fatals adviennent. C' est ainsi qu' il est difficile de ne pas entendre l'écho choses à portée de main et saisissables parrni lesquelles nous du chapitre de la Phénoménologie de l'Esprit sur la religion de croyons quotidiennement etre chez nous.lier. habituel» (p. Heidfgger tique du Dasein que Heidegger insiste sur ce que le monde établi écrit à propos de ce statut verbal : l. I' ampleur et la limitation quelles quotidiennement nous croyons etre chez nous». ]. De plus. Consacrer veut dire « sanctifier » «mondanise». pour «déterminés» qu'on !es proclame. 9).. (pp 8-9) Cependant. comment l'introduction du thème à quelle ceuvre désignable !es exemples allégués peuvent bien de la consécration pourrait laisser intact le principe de l'existence correspondre. et qu'il le caractérise en [le monde] entoure notre Dasein comme une escorte conduc­ termes positifs comme une«escorte» (Geleit) qui est«plus étant trice ( Geleit) en Iaquelle demeurent ouvertes la persévérance et que chacune des choses subsistantes et saisissables dans les­ la hate. l' analyse maintient le partage quotidienneté­ tion.- par l'ceuvre n'est ni«la somme du Vorhanden». S'agissant du monde. ajoute-t-il. C'est en ce sens qu'il écrit: se définir simplement en fonction du projet et de la situation du Dasein. l' éloignement et la proximité. faite des antécédents hégéliens. Celte escorte n' est jamais un objet rencontré. tout comme ses devanciers. 9) la construction d'un tempie déterminé de Zeus ou l'installa­ On le voit. en effet. il est douteux que la prérogative du 110 111 . mais monde.et font défaut. Dès lors.. cette escorte qui montre reste toujours. nous qu'il appelle l'établissement d'un monde: ne savons pas ce que nous savons.

112 113 . ergon kinèseOs) ainsi que les manières d'aborder dis­ déjà thématisé dans Sein und Zeit et qu'il est sorti tout armé de cursivement ce commerce. ] etre signifie etre-produitet. s'immisce en elle. sitè propre de la démarche philosophique. puissance et acte. de l' ontologie aristotélicienne ne résultaient pas d'une prise en tidienne de la vie facticielle. un certain avec un environnement. Mauvezin. et peuvent donc. à Natorp-Bericht. minées. auquel il donnait le nom d'herméneutique de la rienne de la facticité entendait montrer comment ce fil conduc­ facticité. etc. saisissable. Le défaut de ces catégories est donc la mobilité spécifique d'une intentionnalité strictement déter­ minée: celle qui anime le rapport de préoccupation quotidienne à un monde ambiant. Pertinence ' antique. matière et de l'ètre humain.à savoir son rapport mobilité de la vie facticielle mais se fondaient massivement sur temporel à son ètre morte!. On se gardera bien de prétendre que ce deuxième trait était pragma. dans la mesure où ces mèmes caté­ Or il se trouve que l' Herstellung était un des thèmes gories. dès avant !es années de Marbourg. Interprétations phénoménologiques d'Aristote. ètre pourvu de signifiance par rapport au com­ de l' autre trait essentiel de l' ètre-reuvre de l'reuvre. impliquait la recherche de l' origine phénoménologique teur de l' Herstellung assurait à la fois la pertinence relative et la des catégories dans lesquelles s'était exprimée l' ontologie limitation intrinsèque de l' ontologie aristotélicienne. [ .-Fr. utilisés dans le comJUéJce Si donc l'analytique du Dasein reste opératoire. chez Aristote. TER. ètre-disponible 1 • Autrement dit.. J.elui des objets produits (hergestellten).ousia. Heidegger y préteudait que !es catégories d'Herstellung qui relie au monde ambiant la préoccupation quo­ Il.. ètre réappropriées par l'herméneutique de la facticité. Qu'il suffise à cet égard de rappeler ici que son premier Dans son débat avec Aristote. trad. à titre vacillement. plus précisément l'objet du commerce dans la Lorsque Heidegger stipule que le second trait de l' ètre­ modalité selon laquelle il est abordé discursivement -. lbid. À la question: « Que signifie donc ètre 1. Art et événement IV. !es quatre causes. il avait entamé avec la quent !es différentes manières de l' advoquer et de le déterminer discursivement2• tradition philosopbique issue des Grecs. 2. voilà ce reuvre de l'reuvre consiste dans une «pro-duction» qui caractérise l' acquis préalable d' où sont tirées !es struc­ (Herstellung). La pro-duction d'une terre le domaine ontologique des objets du commerce (poioumenon. Il la suppose néanmoins. substance et accident. ténu. 151).ont toutes un fondement phéno­ Comme nous l'avons fait remarquer plus haut. Heidegger répondait péremptoirement que on v01t mal comment maintenir l'exclusive proclamée par Sein chez le Stagirite und Zeit: « Seul le Dasein peut ètre plein de sens ou dénué de sens» (p. précisément parce qu' elles s'en tiennent au rapport majeurs de cet exposé. et déterminable? ». l' herméneutique heidegge­ r projet théorique. 1992. logique d'Aristote. 35. forme. Mais limitation intrinsèque. le champ objectif qui livre le sens originaire de l'ètre est c. comment l'ètre est-il accessible. pour Aristote. un logos aux caractéristiques déter­ l' analytique du Dasein. Voyons s'il en va de mème · de produit. sous la forme d'une interprétation phénoméno­ ce niveau. merce. p. la première vue ménologique dans l'expérience de la préoccupation que la vie d'ensemble de ce projet théorique s'était formulée dans le facticielle entretient avec un monde ambiant. ne permettent pas de prendre en vue vue intégrale et différenciée des intentionnalités qui animent la la mobilité la plus intime de la vie facticielle. Courtine. . de manièreàjauger leur pertinence phénoménale età!es dans la mesure où !es catégories forgées par cette ontologie remettre à leur juste piace eu égard à la constitution ontologique . il mobilise en fait le long débat déconstructeur tures fondamentales de l'objet 'vie humaine' et par consé­ que. La première élaboration de la conférence de 1935 Dasei? dans le cercle herméneutique puisse rester principielle.

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n'est-ce pas la pesée du rocher. dans ment. Est-ce grecque. que toutes !es Présocratiques à partir de Platon et d'Aristote pour lire ceux-ci à catégori �� de l' o�tologie grecque étaient issues d'une interpréta­ la lumière de ceux-là. 116 117 . à propos du deuxième trait constitutif de l'étre­ uon de I etant onentée de façon prédominante par l'expérience de ce qu'il appelait alors l'Herstellung. la résonance sont considérable de réappropriation. il s'impose d'abord de lung à ce qui est reuvrant dans l' reuvre d'art et non plus à une préter attention à l' analyse heideggerienne de l' Herstellung. Arl et événement IV. dans autre production. elle comporle deux signes ténus d'une solution de continuité. cela laisse entendre du méme des matériaux qui sont « maltrisés » ? Ou bien ce qui dans coup que face aux questions: Qu'est-ce qu'un ustensile? Qu'est. sans contradiction cohabiter avec le privilège du Dasein en quéte frute conunmte avec cette déconstruction. employée et consommée monde ambiant . dans le rayonnement et l'obscurité de la couleur. La première élaboration de la conférence de !935 d'art en tant qu'reuvre d'art. Et simple matériau au cours de la mise en forme? N' est-ce pas puisque la déconstruction de naguère s' accompagnait d'une part dans l'reuvre que tout cela appara!! pour la première fois. d'art. c'est laisser entendre que des Présocratiques jusqu'à eux il y eut Celte analyse ramasse l' essentiel de la déconstruction à déperdition. celle de Platon et d' Aristote. et qu'il convient dorénavant d'inverser la perspec­ laquelle s'était attaché Heidegger dans les premières étapes de sa tive herrnéneutique de la lecture des Grei:s. Erzeugung . c'est que !'ontologie la résonance du son et la force de dénomination du mot.tels Hervorbringung. _ Voilà donc.pour désigner ce qui s'appelait naguère Herstel­ Heidegger écrit que «l'reuvre dans son étre-reuvre est lung est significatif. matière et de forme. maintenu par !es considérations prélimi­ D'une part le fait de réserver désormais le titre d' Herstel­ naires? Pour étre en mesure de répondre. dans la fermeté et la flexibilité lexicologique. Ve. On pourrait croire qu'il s'agitlà d'un simple pro-ductrice (her-stellend) au sens littéral du mot » (p. et n'étaient donc fondées reuvre. Pourtant.dont il disait auparavant qu' elle était chez eux lors de la fabrication pour s'évanouir ensuite en tani que pur et l'objet d'une description phénoménologique correcte. phénoménologiquement qu'à condition de se tenir dans !es Toute la question est de savoir s'ils confirment la décentration limites de cette expérience. 10-11) Marbourg prétendait qu'ils en marquaient le couronnement. d'apparence terminologique. l'analyse de la quotidienneté dans Sein und l' expérience del' reuvre d'art en tant qu' expérience d'une chose Zeit n'était pas non plus sans défaut puisqu'elle prenait pour apprètée. laquelle juste­ méme eu égard à I' expérience limitée . non-vrai si D'autre part. Et si c'est le cas. n' était pas sans défaut. à y regarder de près. de manière également certaine. que tout cela est seulement et d'abord matière. de cesser de lire !es pensée et qui entendait montrer. dire que Platon et Aristote marquent la�< fin c'est griìce à lui qu'il faut que soit appréhendé l'ètre-reuvre de de la philosophie grecque» alors que tout l'enseignement de l'reuvre. comment peuvent-ils . est­ ce que la pesanteur. d'authenticité résolue. en activité qui mobi!ise le rapport quotidien à un monde ambiant et tant que deuxième trait essentiel du caractère reuvrant de l'reuvre d'user d'autres vocables . il est bel et bien d' ordre sémantique et non pas la dureté et l' éclat du bronze. (pp. disions-nous. Tout au plus est-elle puisée à ce qu'une chose?. le rayonnement. l'reuvre accède à la parution.fertigu�g. C'est pourquoi le démembrement en termes de guides Platon et Aristote. 11). s'il est en tout temps applicable à l'reuvre est toujours aussi. de meme elle à l'reuvre dans l'reuvre d'art permet d'éclairer vraiment tonte se replonge dans la massivité et la pesanteur de la pierre. deux signes ténus d'une mutation. du Dasein que nous croyions détecter dans l' analyse heidegge­ À p�e��re vue la page que nous venons de citer est en par­ rienne du premier trait. l' éclat. sinon d'un revirement.le rapport quotidien à un ment d' où qu' elle vienne est saisie. Que changement de terminologie mais comme ce changement produit-elle donc et comment? Voici ce qu'il répond: accompagne une thèse nouvelle qui veut que seule l'Herstellung Tout comme l' relivre se dresse dans son monde. Ce que Heidegger laisse entendre par ce change­ du bois.

de celle de I'événement. à ses yeux. «Une telle fermeture. C'était bien plutòt pour lui assigner un mode C'est en ce point que I' on touche la question de l'origine. entendu qu' elle n'en est pas une consé­ fiìt-ce en le masquant. (p. ainsi évoqué. pro-duire la terre. d'ètre déficient appelé Vorhandenheit par rapport auquel le On ne peut. est juste­ la rigueur prodigue de l'auto-clòturation de la terre ne se main­ ment l'essence de la terre». C' est ici dans cette marque fondamentale de l' ètre­ est Ab-grund. dans !es Ieçons ne peut pas se soustraire à la terre s'il faut que dans le jeu de qui la préparaient. écrit Heidegger. l'affronterà bon escient avant mode d'ètre des produits humains. Ieur rapport n'est pas un appariement contin­ matière et de forme que de Ieur prèter une nouvelle écoute qui ne gent mais une relation essentielle de réciprocité dont Heidegger devient possible que si I'on aperçoit que Ieur sens reçu est lui­ souligne la nature intrinsèquement conflictuelle. (p. 12) tuent le caractère reuvrant de l'reuvre . la « soutient » (hiilt aus). La première élaboration de la conférence de 1935 et l' éclat des métaux. I'« assiste» (beistellt). Et c'est celle de la fermeture. porterà l'ouvert ce qui en elle se fermeà tonte maìtrise. d'occulté. vers la terre et ne tolère rien de et le chuchotement des branchages? Comment pouvons-nous clos. I I). rants. en revanche.doit ètre attiré dans l' ouvert. l' élévation et la flexibilité de l'arbre. tlon. affichait d' avoir scruté de plus près conuuent I'reuvre assume le conflit une supériorité ontologique dans la mesure où il présupposait. 12) Iement pour reconnaHre à celle-ci une « plénitude Pourquoi donc ce conflit? insurpassable».à savoir l'exis­ quence. la Zuhandenheit. (p. Et le monde à son tour . de ces propos dans l'analytique du Dasein. Pour autant que ce Davantage l'reuvre elle-mème se retire dans la terre comme qui se referme . abìme (p. n'est pas emporté dans le mouvement par I'reuvre est un événement. il. la terre. La dispute du conflit qu'elle pro-duit. selon Heidegger. La pro-duction Heidegger demande: « Conuuent la dispute de ce conflit inhérente au caractère reuvrant de l'reuvre n'a rien d'une maì­ survient-elle? (Wie geschieht die Bestreitung dieses Streites ?)». que l' reuvre préserve et rassemble. se tourne. Elle n'est pas l'assu­ signalant du mème coup que la question de l'origine est indisso­ jettissement d'un moyen en vue de s'assurer d'une fin. Il écrit en ce mème dérivé d'une source plus profonde que la production au sens: sens courant. et dans !es opuscules qui la prolongeaient. la Le monde.ne sauraient ètre simple­ On le voit. le bruissement du flot tant qu'escorte découvrante. source qu' elles cachent Iorsque celte dernière est 118 119 . le mode d'ètre du Dasein. L'unisson de cette pléni­ tout et tout reprendre en soi. À la question de savoir comment d' auto-projection du Dasein. limite dans le contour. mais ce n' était nul­ monde. Ils sont en conflit (Streit). trise ou d'une domination sur un matériau. limite et ajointement atti­ dans un fond qui se referme et qui par conséquent est sans fond. et l'reuvre «subit» (besteht) celte tient à son tour que dans une autre rigueur. Le monde est contre la terre et la terre contre le Dasein on ne peut en dire autant de la nature. En effet. Mais c'est justement pourquoi la tude insurpassable nous l'appelons la terre.l'établissement d'un monde et la pro-duction de la terre . le Dasein dans la page que nous venons de citer. voire mème l'anticipa­ de sa retenue en elle de toutes choses. l'esquisse et le pian. l'escorte mondanisante il se rapporte à quelque chose qui peut Certes ces textes concédaient que s'il n'y a pas de monde sans Stre escorté. Il n'y a pas trace de celte focalisation sur activement. et ce ciable. La terre. s'agit moins de rejeter !es catégories de ment juxtaposés. reuvre en tant que dispute du conflit que réside le fondement Dans ces conditions !es deux traits essentiels qui consti­ de la nécessité de ce que nous appelons «forme». Art et événement N. c' est la il advient. li) terre ne peut pas se passer du monde ouvert s'il faut qu'elle­ mème brille dans la pleine poussée de son auto-clòturation et Il est vain de chercher l'équivalent. la réponse est: restituer à elle-mème. que l'reuvre laisse nommer cela? Certainement pas matériau en tant que moyen affluer en la pro-duisant veut dans son auto-clòturatipn ètre pour la fabrication de quelque chose. étant. en lumière du jour et I' obscurité de la nuit. mais qu'elle-mème l'est intrinsèquement et le dispute tenceà dessein de soi. il faut que cette traction mème devienne trait (Riss).

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on vocables ont une cible: la Darstellung censée etre la dominante tieni pour allant de soi que la matière est«accessible par !es sens de toute une tradition depuis Platon. de la matité terre. Car dans la 122 123 . dans !es deux cas se dissimule dans de telles définitions l'opinion préalable acceptée sans question Cette remontée en deçà des notions héritées à propo&. Autrement di!. 13) bolisation du visible. doit faire l' objet d'une décision. Il écrit à ce propos : d'une couleur. Heidegger Dasein à celle de I' événement énigmatique qui nous semblait écrit qu'en posant l'équation matière = sensible.est indissociable d'une polémìque. avant que la pen­ comme une chaussure ou une armoire» (p. il reste que ce n'estjamais par !es sens seulement que tout Mais l'reuvre ne représente rien. La première é/aboration de la conférence de 1935 l' ceuvre comme représentation soit surmontée. en ce lui aussi. comme pour bien marquer que sa propre loppements que lui consacre Heidegger vont emmeler la_ théma­ notion de la terre. en chacune d'elles. par opposition à l'Idée conçue comme fie toujours "en propre" (eigentlich). va engager d� sa part to_ut_un _débat a�ec Platon sous prétexte que c'est chez lm que«la d1stmct10n mal!ère Heidegger prétend que I' erreur de cette interprétation de et forme devient pour la premìère fois normative pour toute la l'etre-reuvre provient «de la meme source que la caractérisation suite de la position occidentale envers l' étant» (p. (p. car s'il est vrai que sans les sens il n'y a d'irruption inaugurale la dispute par l'ceuvre du confht monde­ pas d'expérience de la pesanteur d'une pierre. Peu importent d' ailleurs. «on n'a encore marquer sa présentation de la relation de réciprocité ambigue rien dit sur la matière elle-meme et sur son mode d'appartenance entre l'Aufstellung et I' Herstellung. Ces et le suprasensible. 13). à I'etre-ceuvre». C' est chez unilatérale et hative de l'reuvre comme chose appretée». est «l'élément de l'art» dans !eque! sont reproduits l'insensible Herstellung de la terre . on peut présumer que !es déve­ En ce point. Et comme la Darstellung et leur opération» (p. outre à d'autres déterrninations«qui renvoient également à la dis­ C' est alors que le lecteur attentif s' aperçoit que le choix des tinction matière et forme». et ce pour l'unique et simple cela est expérimenté en propre (eigentlich eifahren). 13) justes et éclairantes». 14). 14). à supposer que ces caractéristiques disent «sensibilisation de l'invisible» ou inversement comme sym­ quelque chose. que «la prestation de l'ceuvre l'ceuvre d'art ne fait qu'accroìtre son égarement en recourant en consiste dans la reproduction de quelque chose» (p. de la résonance et du cours d'une séquence ver­ bale. vise plut6t à en retrouver la source cachée. Heidegger désigne !es deux traits essen­ pour équivalant au «sensible» et que I'on prétendra que celui-ci tiels du caractère ceuvrant de I' ceuvre -Aufstellung d'un monde. pour de surmonter. C' est ainsi que I'on tiendra la matière vocables par Iesquels._des­ que la prestation fondamentale de l' reuvre serait quand meme quelles Heidegger concède que « dans certaines limìtes elles sont la représentation de quelque chose. quelque chose d 'inférieur mais comme un obstacle qu' il s'impose il faut d'abord qu'on la conçoive comme chose appretée. Et il poursuit : La seconde thématique est sensible lorsque Heidegger en De surcro!t. car que l' ceuvre soit appréhendée comme qu'insensible. dit-il. loin d' écarter simplement le concept hérité de tique de la résolution qui était centrale dans l'analyt1que du matière. soit qu'elle accomplisse celte dépréciation du Induite en erreur par sa présupposition initiale. ce mode d' accès à la prétendue matière est dénué contrepoint de sa critique de la représentation évoque �n termes de vérité (unwahr). que la matière fut associée au sensible comme à sens qu'elle considère que l'ceuvre est«d'abord. sée chrétienne ne conçoive le sensible non seulement comme pour appréhender l' ceuvre comme allégorie ou comme symbole. car il est tenu pour acquis bien la mettre en rapport avec autre chose encore (sumballein). (p. La terre raison qu'elle n'a rien qu'elle devrait représenter. cette notion de sensible soit qu'elle la refuse. ce qui ici signi­ quelque chose d'inférieur. elle est seule­ dans sa plénitude qui se referme est aussi peu sensible ment dissimulée. une matière informée quelque chose de supérieur et de non-sensible. Art et événement IV. !es ensuite lui faire dire quelque chose d'autre (allo agoreuein) ou variantes de cet héritage du platonisme. En réduisant ainsi la matière au sensible.. insiste Heidegger. 13).

l'reuvre. réagissent contre lui. dans ce refus de pareille point encore. la clairière. elle soit tenue pour «n'étant plus aussi 124 125 . Tout se0 passe comme tel nous rencontre comme au premier jour ou méta­ morphosé . insiste Heidegger. Et camme !es Idées exposent l'étant authentique. c'est à Platon que tout remante.implique que !'on conteste le manopole ontolo­ Darstellung. ajoute Heidegger. tant un conteno "spirituel" insensible». Dans !es deux cas. mode d'étre des étants qui se trou­ L'reuvre ne peut rien représenter car au fond ce n'estjamais vent là à portée de main. Heidegger poursuit en ce sens: gique de la Vorhandenheit. car celles-ci à leur tour sont déjà des copies de ces reste (bleibt) à l'reuvre. la critique de Platon ne peut se bor­ que les choses sont en vérité. C' est ce manopole qui est en cause vers quelque chose de déjà pourvu d'une tenue et d'objectif. 14) camme si la critique de la Darstellung arpentait !es rnémes voies que la déconstruction entreprise naguère dans la perspec­ C' est donc parce qu' elle est foncièrement inaugurale et a tive d'une ontologie du Dasein. Et dans chaque cas la fixa­ quelque chose de spirituel. dans la lumière desquels l'étant dès l'époque de l'herméneutique de la facticité.s'il est devenu quotidien. l'reuvre est une «apparence» tuelle que !es choses saisies par la main dans la quotidienneté. il s'agit somme toute. 14) à toute la séquelle historique des dans la représentation qu' elle effectue elle laisse transparaìtre modulations sur l'irréalité de l'reuvre. et elle pro-duit (stellt her) la terre. Ce qui est apprèté. est simplement et seulement elle­ modèles que Platon appelle « Idées ».et rien d'autre. Art et événement IV. ce à rien d'autre qu'elle-meme. l'reuvre est seulement un écho et ner à mettre en cau·se la notion de représentation en tant que elle est proprement irréelle. et tous !es deux taire. puisque là où Platon disqualifiait l'reuvre d'art parce que irréelle par rapport à une vraie réalité qui se situe ailleurs. bien plutòt elle établit (stellt auf) le une main humaine est toujours quelque chose de supplémen­ monde. (p. c'est histoire de la Darstellung entendue camme histoire de l'irréa­ elle. la conquéte le statut événementiel d'une rencontre surprenante. Mais !es variantes historiques de l'interprétation de l'reuvre d'art cette inversion. c'est-à-dire quelque chose d'irréel. dans chacune d' elles l' reuvre est tenue pour rence. Peu importe. chez ceux qui tée» qu'on lui donne statut d'apparence irréelle. L' reuvre ne représente (Vorhanden) et se produit «par nature».» (Schein). et de procé­ savoir quel mode d 'étre. qui est la toute première àconquérir gràce à cette lité sont celles-là memes qu'il avait entrepris de déconstruire dispute l'Ouvert. (p.r que ce soit une reuvre d'art et non pas un Par opposition à ce qui de soi-meme est à portée de main produit qui se bome à imiter celle-ci. que l'reuvre d'un mode d'étre . de réagir à cette critique doit se poursuivre plus avant en posant la question de dépréciation platonicienne de la réalité de l'reuvre. (p. 14) donc aussi l'reuvre d'art. 14) celle-ci est seconde par rapport à une objectivité déjà donnée. que. et mème . quel type de réalité (Wirklichkeit) der à rebours. ce qui est apprèté par jamais (stellt nie dar). devient l'imitation d'une copie d'un Si l'etre meme de l' reuvre est cette irruption qu'elle ne doit modèle. elle est «quand méme plus "idéelle". ou que. La première élaboration de la conférence de 1935 mesure où l' reuvre en disputant le conflit du monde et de la Les coordonnées initiales que Heidegger attribue à cette terre ouvre à chaque fois ceux-ci dans leur guise propre. et c'est ce qu'il est plus encore lorsqu'il imite !es choses parce qu' elle est la dispute de ce conflit. de réhabiliter l' apparence sous prétexte que donné l'impulsion» (p. laisse intact le statut d'appa­ camme Darstellung. On prétendra alors quel' reuvre« représente pour­ l'reuvre possède lorsqu'elle est conçue camme représentation. La Il est certes possible. lorsque Heidegger écrit: pour autant bien sfi. plus spiri­ elle-meme ce qu'elle représente. Gràce à quoi I' reuvre de la nature. c'est lui qui «a disqualification. en définitive. Quelles que soient et que dès lors elle« s'arrache à la réalité du Vorhanden». griìce à cette A cette question la réponse va de sai: puisqu'elle n'est pas représentation.celui du Dasein alors. celui de l' reuvre d'art ne saurait rien re-présenter et qu' elle échappe totalement à la maintenant . que chez tion sur la «chose appretée» joue un ròle normatif: c'est parce Platon l'reuvre soit conçue camme «pas encore aussi réelle que qu'on définit d'avance l'reuvre d'art camme une«chose appré­ !es choses qui sont là à portée de main». Sur ce simple apparence.

Au contrai. voilà pour la première fois le statut ontologique éminent du grand art. Mais« l'art». Que l'reuvre «proviennne de la réalité commune». Art et événement IV. C'est elle qui la rend intempes­ parabole platonicienne de la caverne que Heidegger y affirmait tive. À cette question déjà évoquée mais tenue en mode d'etre qui le masque.· des choses quoticliennes.re. l'reuvre est irréelle n'hésitait pas à se réclamer de la deuxième des Unzeitgemiisse précisément parce qne !'on prend ponr norme la Vorhandenheit Betrachtungen pour mettre en lumière l'historicité spécifiqpe du mode d'etre du Dasein (§ 76). Comme l'accentuation de cette solitude succède à une cri­ tique de la «représentation» qui a pour noyau la réfutation de la L'ART COMME ORIGINE DE L' <EUVRE déficience ontologique de la Vorhandenheit quotidienne. Sans doute. La première é/aboration de la conférence de 1935 réelle que ces choses». ou encore à en limiter simplement le sens à une Nietszche pour qualifier la solitude de l' etre-reuvre. non sans raison. «ce qni reste détermi­ d' «intempestive» l' événementialité spécifique de l' reuvre nant est l'etre à portée de main des choses quotidiennes. Dans !es deux cas. Dans !es deux cas il y a solitude foncière du mode «L'etre-reuvre del' reuvre a pour trait fondamenta! la dispute parce d'etre authentique. en tant d'art. seules sont reuvres d'art les reuvres qui sont !es prestations des artistes. sous prétexte que c'est etre ne puisse jamais avoir pour mesure ce qui pour le moment est à portée de main et censé etre authentiquement réel. gique de l'reuvre appelle quelques remarques surle mouvement d'ensemble de la première étape de cette première élaboration. Dans !es deux cas. vement de la deuxième étape de cette première élaboration car il L'insistance finale sur la «solitude (Einsamkeit) » ontolo­ s'y agit justement de la vérité. la démarche consiste à démarquer pro­ demander: «Pourquoi la dispute est-elle l'essence de l'étre­ gressivement ce dont on recherche l'authentique mode d'etre d'un �uvre ?» (p. 16). puisque c'est dans le cadre d'une réappropriation de la conflit du monde et de la terre. car elle s'avance Attendons donc avant de nous prononcer de suivre le mou­ dans cette réalité «ponr l'ébranler et la réfuter» (ibid. voilà qui ne peut manquer de rappeler que Sein und Zeit que vraie réalité» (p. il se pourrait fort bien que la dénon­ à l'reuvre d'une manière telle qu'elles rendent leur temps ciatioµ de ces vues ne consiste pas à réfuter l'enseignement de conforme à elles-memes et le métamorphosent. bien. Dans !es deux cas. Dans !es deux cas. la question se doit de prendre appui 126 127 . Qualifier propriété de chaque reuvre. 14). Il en résulte qu'il n'y a pas d'reuvres que laclite critique vise davantage des épigones que Platon lui­ conforrnes à l'actualité (zeitgemiissen) qui soient des reuvres meme. c' est au de lui qu'est issu le règne de laDarstellung. selon Heidegger. Tout se passe comme si la solitude intempes­ que et dans la mesnre où l'reuvre est une reuvre "de" l'art» (ibid. que ce parallélisme a des C' est justement l' essence la plus propre de l'ètre-reuvre que cet limites car enfin cette critique de Platon. i. Il se pourrait toutefois l'étant et du non-étant. n'a pas d'équivalent contraire retre-reuvre lui-meme qui est l'étalon de mesure de dans l'analytique du Dasein. Contre quoi le philosophe s'insurge: On dira peut-etre. qu'est-ce à dire? Sauf à réduire ce mot à une Le parallélisme des deux mouvements trouve confirma­ étiquette vide regroupant tout ce qui s'offre aux agissements du tion dans l'usage que fait Heidegger de la terminologie de Kunstbetrieb. tive de l' reuvre faisait écho an «solipsisme existential» du Dasein.). ce qui est impossible. on est amené à se Dasein. 15) leur auteur mais à le rééquilibrer. le mode d'etre réserve jusqu'ici la seconde section de la première élaboration de authentique s'oppose au mode d'etre public et quotidien de la la conférence de 1935 apporle d' emblée une réponse anticipative: Vorhandenheit.). sur l'essence de la vérité met en garde contre toute conclusion C' est cette solitude qui est le signe que se dispute en elle le hative. (p. on peut remarquer que le mouvement d'ensemble de cette première étape Si le caractère fondamenta! de l'etre-reuvre de l'reuvre est s'apparente étroitement à celui que décrivait l'analytique du la dispute du conflit du monde et de la terre. Et meme en admettant qu'elle vise !es vues de Platon snr d'art. Sur ce point le cours de 1931 Il y a donc une «solitude» foncière de l'reuvre reuvrante.

tandis qu'inver­ sement_le fondement et l'origine de la dispute doivent etre pré­ pour étant et fait voir que celte réalité n'en était pas une._Ce 9-ui a�cède au j?u�. La deuxième étape fait donc de plus énigmatique que cette non-vérité au cceur de la vérité? cer�le ave � la première: c'est à partir de la dispute du conflit que Enigme d' autant plus abyssale qu'alors meme que I'événement de _ _ la vérité anéantit la réalité prétendue de ce qui jusque-là était tenu se revele I ongme et le fondement de la dispute. S'il est vrai que l'art. insiste Heidegger. la fin du supposes non seulement pour que se manifeste le conflit disputé règne de l'irréel et des masques n'est pas garantie pour autant �a1s encore pour qu'advienne l'ceuvre elle-meme en tant que puisque la dissimulation. proclamée avec assurance naguère dans l' ontologie fondamentale. La question est: qu'est-ce déguisement et la distorsion . mieux cet événement.la non-vérité. dissimula_tion_et du déguisement. nent aussi essentiellement à la vérité que le secret. le cercle en question est celui de l'origine. Et c'est pourquoi appaniennent quoi l'ètre-ceuvre de l'ceuvre a-t-il son fondement? nous essentiellement à la vérité le voilé et l' autovoilement /le recherchons ce qui dans la dispute du conflit authentiquement secret/ Geheimnis) tout aussi bien que la dissimulation. (p. . fonde­ conflit: l'inauguration de l'état d'ouverture de l'opposition ment originaire del'ceuvre. la réponse à la question «qu'est-ce que Camme l'indique à suffisance l'intitulé de cette deuxième l'art?» s'impose: « La mise-en-ceuvre de la vérité. » (p. de l'inau­ meni l'auto-fermeture de la terre». Car l'essence Nullement. qu'est l'alètheia und letztlich)? En questionnant ainsi nous savons que nous est ce qu'il y a d'originaire et de fondamenta! dans la dispute du nous mouvons dans un cercle. «le milieu de l'ouvert.cet avènement ( Geschehen) que celle-ci est« transplantée» dans celle-là et donc la précède? en so1 art1cule est ce que nous nommons vérité. le déguisement.que peut se découvrir l'essence de l'art mais l'énigme? Quai de plus énigmatique que ce secret au cceur de inversement I'essence de l'art est déjà présupposée d�ns la l'événementialité ambigue de celte irruption dans l'ouvert? Quai découverte de l'essence de l'ceuvre. La première élaboration de la conférence de 1935 �ur _ c� qui a été découvert dans la première étape. ne précède ni ne 128 129 . c'est-à-dire à l'ouvert. lution et le décisionisme n'ont plus cours? Gardons-nous de ce qui valait comme réel jusqu'alors se révèle ètre du non­ étant. Aucune des deux. Heidegger de la vérité ne consiste pas dans l'accord d'une proposition ecnt a ce propos: avec une chose. Ce qui ainsi advient dans la dispute du la question de l'essence de l'art.la dispute du conflit T011t ce développement nous mène-t-il au voisinage de monde-terre . l'éclaircie duquel l'étant camme te! se tieni et se montre». Heidegger ajoute: thentique et de l' authentique. la distortion appartien­ dispute du conflit. le déguisement et la dis­ L'interrogation s'y trouve relancée par la réponse meme à tors10n de l'étant. le s'avance (eigentlich vor sich geht). dans en des termes tels que ce. c'est que l'affirmer avant d'avoir accompagné pas à pas la suite du texte. L'événement Voyons donc d'abord comment la dispute du conflit par de la vérité est d'autant plus énigmatique qu'il semble rendre l' ceuvre conduit au fondement originaire de cette dispute. En demandant: En ture de l'étant camme te!. régnaient Jusqu alors la diss1mulation. (p. 16) qui dans l'ceuvre est à l'ceuvre à titre initial et ultime (erstlich Si cet avènement. bien plutòt la vérité est cet avènement fonda­ L� ques!ion «Qu'est-ce que l'art?» est une question que menta! (Grundgeschehen) de l'inauguration de l'état d'ouver­ desonrnus nous ne posons plus dans le vide. 16). Art et événement IV. n'est plus de mise? L'insistance Et pour �utant qu'advient_ (geschiet) cette intimité (Innigkeit) sur l'indécidable signifie-t-elle que désormais l'appel à la réso­ du confht ouvert de ce qm se recouvre et de ce qui se découvre. panage est rigoureusement indécidable. est mise-en-ceuvre de la vérité. et d'autre part la vérité. faut­ confhctuelle du dévoilé et du voilé. 16) conflit monde-terre. la mise à découvert de la il entendre qu'il y a l'ceuvre d'une part. l' essence de l'art. Rap­ impossible de dépanager le secret et la mascarade car il est décrit pelant que l'ceuvre ouvre le Là. et que Est-ce à dire que ces preuves d'attention à l'énigme signi­ « cet ouvert inclut en sai le surgissement d'un monde et tout uni­ fient que la démarcation de l'impropre et du propre. C' est à partir de l' essence de l'ceuvre . voilà étape de l'enquete.

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Et c'est bien ration y étaient compatibles avec le maintien du privilège hermé­ parce que cet axe reste déterminant que Heidegger peut attribuer neutique du Dasein en souci de son ipséité la plus propre. de ce peuple singulier. est celle d'un projet Il s'y agit de serrer de plus près l'essence de la poiésie. unique du peuple. comme La dominante de la thématique de la résolution se confirme naguère l'historicité singulière du Dasein morte!. Il précise: Le peuple est toujours déjà jeté dans son Là (Holderlin le poète). Le texte ajoute entre parenthèses: proque du projet et de la situation. 18-19) de l'ipséité la plus propre. le second l' emportait sur la meme n'est jamais un universel. «ne s'épuise pas» dans le projet. Heidegger écrit: Dans le projet tout ce qui est «autrement que d'habitude» Mais que veut dire etre à la différence de l' étant que nous s'introduit dans I'ouvert mais cet autrement n' est au fond rien nommons de la sorte d' après l' etre ? Cet étant que voilà. resté caché jusque-là. (p. Il n'est La pleine essence de la poiésie accède au jour dans la proposi­ pas surprenant dans ces conditions que l'historicité du projet jeté tion suivante : la poiésie -1' essence de l'art . 20) exemple d'une armoire. Mais cet etre nous Nous nous sommes demandé à plusieurs reprises si !es l' appréhendons difficilement. l'historicité n'en reste point où nous en sommes est que tout se passe comme si ceJt_e pas moins strictement singulière. jeté. quoique nous soyions aussi cer­ signes d' altention à l' énigme présents dans celte première élabo. Et non pas engendrement de l' étant. Avant au Dasein élargi le mode d'etre qu'il réservait naguère au Dasein de reprendre celte question. et ce en le distinguant par de plus propre (das Eigenste) au Dasein hist?rique. sie. Qu'en est-il donc de celte pleine essence? Voici la Zuwurf. Heidegger écrit en ce sens: laquelle essence. Entwurfsont entre eux dans un rapport qui n' est pas sans réponse: rappeler la nature circulaire du Dasein dans l'analytique. comme un mouvement qui s'opère à dessein (pp. prévient Heidegger. C'est ainsi que Heidegger écrit à pro­ Une fois de plus la réponse à la question de l'essence pos du projet qu' est l'art en tant que poiésie : entraine une inversion des vues courantes. il devient bien plut6t l'ouverture de ce en quoi le quelque chose de te! que I' reuvre est nécessaire au devenir de Dasem en tani qu'historique est déjà jeté. Art et événement N. (p. tains que cet orgue est plutòt que de n'etre pas. Dasein individuel. que nous 136 137 . Mais il n'y a ce dévolu (Zuwu.j) qu'à condition que Sans prendre en vue lapleine essence de la poiésie. quelque chose d'unique » (p. nous ne saisissons pas encore le devenir de la vérité. le moins que nous puissions dire au individuel. c'est-à-dire celui-ci soit vraiment poiésie.est institution de qu'est le peuple soit caractérisée. Empiétement te! que !es termes dans lesquels il est décrit sont interchangeables: Geworfenheit. 18) L'analytique du Dasein insistait sur l'empiétement réci. peuple devient historique. il ajoute aussit6t: «ce Là lui­ meme. Devenue celle d'un peuple. en définitive. La première élaboration de la conférence de 1935 des indices de décentrement que !'on peut y relever. ainsi que naguère celle du l' Étre (Stiftung des Seyns). L'argue est. (p. Il en résulte que. d'étranger. 20) la vérité. devient historique». C'est ainsi qu'après avoir première élaboration était animée par une tension persistante répété que « le Là est seulement lorsqu'un peuple entreprend entre l'altention à l'énigme et l'appel à etre résolument soi­ d'etre le Là. Si cependant le projet est poié­ de l'art. nous l'appréhendons. c'est toujours son trouve maintenant transposé à la poiésie griìce à laquelle un origine (Ur-sprung). C' est cet empiétement qui se Le fondement de là nécessité de l'reuvre. alors le dévolu ne devient jamais une prétention seulement Et avant tout nous ne comprenons pas dans quelle mesure arbitraire. mais à chaque fois celui-ci et première. et comme si. 20). ce qu'il y a l' orgue. l'historicité à la lecture des demiers développements du texte. c'est bien plutot.

Vouloir dire immédiatement. nous abandonnons l'etre aux philosophes. bien plut6t il appelle sous-jacente. 20). Que la vérité advienne. c' est ce l'analytique du Dasein. Ils forment. Ce propos s'inscrit à n'en pas douter dans le sillage de Que le thèrne du projet déterrnine celte triplicité. c' est cela l' muss Kunst sein) en tani qu'institution de l'etre. une instruction peut servir son origine la plus propre. alors il est nécessaire qu'une ceuvre soit (muss ein apparalt dans le projet poiétisant. un commencernent. 19) comme si elle basculait dans !'orbite du projet. car en soi -. un établissell!ent sur un fondernent. de quelle essence est l'etre. 21) dit Heidegger. «le projeter de l'ouvert.. par exemple dans une proposi­ niatique du projet. Puisque ce dung). (p. confirme plut6t qu'il ne l'ébranle la le projet vient du néant dans la mesure où il n'émane pas de rnaxirne centrale de l' analytique . Et e' est précisément parce que I' etre ne peut etre d'une nécessité découlant de celte obligation. bref une fondation. mais il ne vieni pas du néant. est une guise de ce fondement dont la nécessité ne peut avoir Mais ces traits ne sont pas sirnplernent juxtaposés. c'est-à-dire de l'hisJoire. (p. plus précisérnent des opuscules qui la que l' on aperçoit au soin que rnet Heidegger à le réintroduire prolongeaient tels Vom Wesen der Wahrheit et Vom Wesen des dans l'élucidation de chacun des traits de la Stiftung La dispen­ Grundes. et comment il l'est. 20) courant. ce qui veut dire si l'histoire doit nous saisissons cette apérité nommée à maintes reprises qui (sol[) etre. est I'essence de la vérité elle-meme. que l'art est «origine». (p. cette essence.. 138 139 . a d'insaisissable il n'est jamais. 20). sation (Schenkung) est. Le saut de l'origine reste selon son essence secret. Art et événement IV. L'étant n'est en sai qu'en vertu de ce que nous sommes Celte formulation rnerne alteste la prédorninance de la thé­ essentiellement pour l' etre. s'agissant du commencernent (Anfang). Pourtant nous préférons saisir I' orgue et l'armoire et d'avance tout ce qui vient» (p. C'est plus haut à l' auto-cèlernent inhérent à la vérité. que l'art est jaillissernent de la vérité. cela relève d'un Miissen. cornrne il sernble. C'est ensuite une édifi­ cation. d'expédient: nous pressentons l' etre et son concept lorsque Si la vérité doit (sol[) advenir. ce qu'en dépit de tout ce qu'il Le fondement le plus caché de la nécessité de l'ceuvre d'art. on voit mal qu'il puisse appeler à accueillir l' insondable tant que dévolution il dégage une détermination cachée et en rnettant en défaut le savoir et le vouloir. qu'il y ait une reuvre. (p. il écrit: d'abord une dispensation. qu'est-ce qui nous est plus proche que l'etre? Que seraient Heidegger écrit à ce propos: . pour nous d'autre nom que liberté. rnulent !es considérations finales de celte prernière élaboration. dit-il. en tant que On peut se dernander dans ces conditions si le « secret» souligné "l'autrernent que d'habitude"» (p. cela relève d'un Sollen. elle aussi. car l'origine C'est enfin l'instigation de quelque chose. c'est bien la thérnatique du projet qui permet de dire. «bond en avant» qui anticipe et «franchi! armoire. une «triplicité unitaire». La première élaboration de la conférence de 1935 sommes certains qu'il s'agit d'un orgue et non pas d'une «saut initial». il ne rnarque à leur égard aucun signe de revirernent. cela signifie déjà méconnaltre d'un devoir. un libre don. Que l'étant nous est à Werk sein) ce qui veut dire qu' il est nécessaire que soit l'art (es chaque fois ouvert et caché. La fondation (Griin­ ne donne pas plus à vouloir qu' il ne donne à penser. est indissociable d'une projection car secret. exhibé comme n'imporle quel étant à portée de main qu'il est Est-ce à dire que l'énigrne disparaisse? Tout se passe plut6t besoin de l'institution (Stiftung) de l'etre. l' orgue et l'armoire et tout le reste sans l'etre? Pour que celui­ ci ne reste pas un simple mot. t1on.le Dasein existe à dessein de l'habituel et du courant. Lorsque Heideg­ ger évoque à nouveau le «secret» (Geheimnis) qu'il attribuait Reste à préciser !es traits capitaux de celte institution. 21) etre. Seulement en dépit C'est celte rnerne thérnatique du projet qui permet de dire de tout ce bon sens et de sa proximité par rapport à la vie. l' établit en tani qu 'un fond et proprement la à porter ceux-ci à leur plus extrerne limite par-delà leur exercice fonde. C'est bien en tout cas dans le registre de la «décision » et de la poursuite résolue de l'ipséité la plus propre que se for­ Enfin.

l'origine. à ne � savoir relatif à r essence n' est savoir qu' en tant que déci­ s'agit donc pas. 22) cause est une sur-prise que le Dasein est appelé à exercer sur lui­ meme. Si nous ne le savons pas. semble paradoxalement ne retenir de pas dans la proxirnité de l'origine le savons-nous ou ne le tous ces signes énigmatiques qu'un appel à un clair savoir de soi savons'-nous pas. Car ètre au clair sur qui qu' aucun savoir puisse etre à la mesure de ce don. laissant trieb. nous devons déjà l'avoir t1que. Dans l'interrogation sur l'art il y va de cette décision. L'introduction à cette première mouture de l'enquete sur l'insistance de Heidegger sur l'historisation en quoi elle consiste r origin� d � l'reuvre d'art annonçait que l'interrogation qu'il suffit à le prouver. 22) Impossible d' entendre l'alternative ainsi formulée à la fois Il nous faut à partir de là situer cette première élaboration en termes de savoir (wissen) et en termes de vouloir de la problématique h�ideggerienne del' origine de l'reuvre d'art (entscheiden) comme autre chose que le rappel du programme par rapport aux vues que l'événement artistique suscitai! chez les meme de l'analytique: etre au clair sur qui est le Dasein par Anciens d'abord. ne pas reconnal'tre. par sa rupture avec tout ce que l'habituel a de répé­ l'origine. ag1ssa1t d assumer se mouvait dans un cercle: de l're uvre à activement. (p. à récréer et à réconforter. de lui permettre de donner à penser. en définitive. gin�. l'on emmène avec soi comme 'expression' de ce qui est à por­ elle n' apporte pas d' étrange surprise. sur le « secret» fondamenta! de la conflictualité qu'elle qu'origine ou ne le sommes-nous pas? Et si nous ne sommes dévoile et met en reuvre. mais de s' y s10n. Son surgissement est un Geschehnis dont demière instance le cercle en question est la circularité du Dasein I'essence est d'ordre verbal : I' reuvre est reuvrante. elle inaugure. Il s'agit moins. 7). Que l'apparition d'une reuvre d'art soit un événement. Loin d'etre 140 141 . meme si elle l'art est-il essentiel. l'reuvre. Heidegger pouvait dire au début de son questionnement: _ « ce que nous cherchons. c' est déjà le saut le tremplin de la résolution d'etre soi-meme. et que l'on continue de pousser à ornementer. Chercher l'origine. Tout événementielle qu'on la proclame. à tude «n'est au fond rien d'étranger» (p. sans porter ce manque au niveau du savoir. Dans la meme ligne. est-il une origine et par là un saut en avant éclaire toutes choses «autrement que d'habitude». Et !'on comprend pourquoi. avec lui-meme. e Nous avons l'origine. l'reuvre fait date. elle anticipe. Art et événement IV. (p. en e'. entendue à la fois decis1f (der entscheidende Sprung) dans la proxirnité de l'ori­ comme savoir et comme vouloir. à propos de ce elle ouvre. La conclusion montre qu'en titif. �ommes et sur qui nous ne sommes pas. c' est se reprendre en mains. elle est en notre possession. alors la première chose est de l' reuvre etre elle-meme. de se dessaisir en elle. nous devons d'abord le suivantes: chercher» (p. car I'autrement que d'habi­ tée de main. Reconduite à son origine. est-il un saut en avant ou bien seulernent et encore toujours un supplérnent (Nachtrag) que toute rien de surprenant. chez les Modemes ensuite. par le conflit qu'elle dispute s . de l'origine à l'reuvre. la themattque de la remontée résolue de la pente de la quo­ tidienneté cognitive et volitive dans !es considérations (nous soulignons) et ce que nous avons. La seule surprise en égayer. Par sa solitude. retrouver. alors meme qu'elle insiste sur la «solitude» de Sornrnes-nous dans la proxirnité de l'essence de l'art en tani l'reuvre. Seule pareille proxirnité garantii un Dasein historique vraiment fondé en tant qu' authentique enracinement (Bodenstiindigkeit) sur cette terre. elle donne à voir. elle surgit. n'a somme (Vorsprung) dans notre histoire. opposition à qui il n'est pas.fet. 20). nous bornant au chancellement du Kunstbe­ et à se vouloir soi-meme en conséquence. que d'en faire n?us. en écho à tonte l'analy­ cercle. La première élaboration de la conférence de 1935 Comment. c'est bien en définitive dans le registre On pourrait donc dire qu'à tout prendre cette première éla­ de la poursuite résolue de l'ipséité que Heidegger écrit en boration de l'interrogation heideggerienne sur l'origine de conclusion: l'reuvre d'art.

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avoir un précon­ cept de l'origine. m. La bienséance du ton nouveau implique. ni d' abandon de l'axe de l'ipséité résolue. Il n'est pas etonnant dans ces cond111ons que celte première élaboration ne fasse. Elles se boment à énoncer !es conditions requises pour la conduite d'une interrogation sur l'origine de I' reuvre d'art: partir effectivement de l' i:euvre. mais elle n'implique pas. à coup sfu. n'est plus que l'avènement d'une fonction histo­ �ale référée à la seule voyance éminente du penseur. Art et événement s'en inspirer. comme dans 145 . de bouleversement dans la teneur du propos. etre au clair sur le chemin qui va de I' reuvre à l'origine. s ag1ssant des Modemes. tandis que manifestement la Kunstreligion hégélienne lui V sert de précurseur. Les considérations préliminaires ne disent plus qu'il importe avant tout de contribuer à préparer un changement d'attitude du Daseiu envers l'art. elles soulignent comme dans la première versi on la nécessité d'écarter la notion de l' reuvre comme produit résultant de certains vécus de I' artiste. aucun écho à la Poétique d' Aris­ tate. �· a�is�ant des Anciens. au jugement réfléchissant kan­ tien. À quoi s'ajoute. Lorsque !es considérations préliminaires précisent ce que signifie partir effectivement de I' reuvre. et aborder l'reuvre comme produit c'est limiter dès le départ l'interrogation sur l'origine à une simple enquete sur des causes. car l'etre-produit n'est pas l'etre-reuvre. que l'invective ne sera plus de mise dans ce questionnement. Regardons-y donc de plus près. à elle seule. sur le fond de la première élabora­ tion. LA CONFÉRENCE DE 1935 Le lecteur qui aborde. Celui-ci n'est plus proclamatoire et engagé mais professoral et méthodique. le texte de la conférence qui fut effectivement prononcée par Heidegger devant la Société des sciences de l'art de Fri­ bourg le 13 novembre 1935 ne peut manquer d'etre frappé dès !es premières lignes par une disparité de ton.

le monde et la terre.'. mais il n'est plus dit tout de suite que le premier relève che comme objet du Kunstbetrieb. tout comme dans la première version. phos. Ce dégagement. un éclaircissement d'ordre rence se donne pour tiìche premièrement de «caractériser suffi­ phylogénétique absent de la première version. II serait fastidieux de suivre pas à pas ces trois étapes La sùre éminence du tempie se dresse contre le déferlement pour confronter Ieur formulation à ce qu'énonçait la première des flots marins. l'aigle et le taureau. de «jointure conductrice»: mures. la deuxi . !es amateurs. la simultanéité été entamé cette année-Ià dans !es leçons d'lntroduction à la des deux traits de l'ètre-reuvre. II apparati en effet samment I' ètre-reuvre de I' reuvre». Martineau. Art et événement V. pns pour:<exemple. la critique d'art. 23). deuxièmement de mettre en très explicitement que die Erde . '" devenant objet I'reuvre est « arrachée à son espace le plus De plus !es termes à l'aide desquels s'opère la description di! p�opre» à son«monde». de Heidegger puisqu'elle figure déjà dans !es séminaires tenus ettre S'agissant de l'origine. qu' elle était un leitmotiv de l'herméneut ique de la factic ité. la nécessité d'écarter la noti on de I'reuvre d'emblée. mot veut dire : ce qui se lève à partir de sai et entre ainsi dans Comme dans la première élaboration. paraltre à partir du calme. monde d' «escorte conductrice» (weise ème versio n la qualifi e de orientant à la fois le Dasein. Le nom grec pour le flamboiement. À ces Iégers déplacements thématiques ou sémantiques Ces prémisses étant posées. il est très ancien ne sous la piume '. Rejet nécessaire car en traits est celui d'un peuple. Dans !es deux textes. la partie principale de la confé­ s'associe. et la seconde d'une Herstellung. !es connaisseurs. légèrement modifiée). La conférence de 1935 la première version. la première étape du la lumière. affairement protéiforme incluant d'uneAufstellung. est affirmée 146 147 . C' est ce que nous appelons la terre Zeus. le marché de l'art etc. et qu'il en faut déjà un dont l'indication est teIIe que s'ajointe selon eIIe tout ce qui JUste savoir pour rendre pleinement droit à I' ètre-reuvre de nous est enjoint et qui par conséquent doit ètre décidé par nous. Mais il n'est plus dit qu'il s'agit d'un tempie«déterruiné» (27. le serpent et le griilon . !es considérations préliminaires par lui à Fribourg en 1919. Enfin. tioisièmement de revenir de l'origine à allemand de ce que !es Grecs appelaient physis: l'ceuvre. soit en un éclair­ qu'ils sont. BIie est le tout sur !eque! et dans !eque! l'homme aeuvre de l'reuvre à la faveur d'une description du tempie de fonde son habiter. et qu' on est en droit d'adm . soulignent qu'il ne saurait ètre que circulaire parce que pour pouvoir chercher I' ori­ Le monde est la jointure dont le règne entoure notre Dasein. C' est maintenant seulement que Bomons-nous à y relever quelques modifications qui l'arbre et l'herbe. a cours circulaire de l'interrogation s'engage par un saut dont le la mème racine. comme le faisait la première version. Mais souhgne�t. que cette ori­ du gme est I art. -: �'est tout simplement «le tempie de L' éclaircissement porte donc sur la phylogenèse de cette Zeu� » qm procure le JUS!e elan acquérant aussitéìt statut paradig­ notion: celle-ci émane du débat avec !es Présocratiques qui avait mat1que. et ?ine «nou� devons déjà l'avoir» (25). et laisse ainsi le tumulte sauvage venir au élaboration. En revan conce ment l'un etl'au tre l'bistoire de l'art. trad. à propos du deuxième trait. s'agissant du chemin. l'ceuvre. embrase et pénètre juste élan est procuré par une première caractérisation de l'etre­ toutes choses. parviennent à une figure distincte et se dégagent ainsi en ce c?ns1stent s01t en un déplacement thématique. !es considérations prélimi­ «weisende Fuge». Une teIIe levée porte. formule tra1tera son mterrogat10n (ed.est un synonyme lumière l'origine. He1degger anno �ce q?e c'est seulement du«grand art» que que le«monde mondanise». entendu comme «le fondement qui rend possible tandis que la première version qualifiait cette mondanisation nde Gelei t) entou rant et et nécessaire l'reuvre d'art en son essence» (25). swn. !es Grecs le nommèrent physis. comme dans la première ver­ du monde ne sont plus identiques. il est dit tout de suite que le Dasein que !es conservateurs. De plus. Comme dans la première élaboration.la terre . phaos. Ce c1ssement nouveau.

Et c'est I fondé en lui. ibid. C'est donc . (dé-voilement). C' est ainsi que Heidegger peut écrire: thématiques que nous avons relevés n'entament la caractérisa­ tion antérieure de l' étre-reuvre de l'reuvre. comme dans la première élaboration. donc : Qu 'est ce qui. loin dant plus vite que dans la première élaboration. le saut en avant (Vorsprung) qui s'empare de ce écrit Heidegger. L'reuvre est reuvrante Le monde est la jointure indiquante de ces rapports où son! en tani qu'elle dispute le conflit du monde et de la terre. Cet etre-ouvert du (production) de la terre. Physis C'est donc. Voilà ce qui se confirmera un peu plus loin s'ouvre un ouvert. déterminante. qui est dévolu. dit-il. essentiellement. Et tandis que s'ouvre ce dévolu dans le pressentiment nécessaire l'essence de l'reuvre». et I pourtant chaque monde désigne toujours I' étant en t_otalité.c'est à chaque fois pour un peuple ce qm lm est concept origine veut dire «fondement qui rend possible et dévolu.._eia évoquer la réserve essentielle de celle-ci. ne peut plus simplement dire que la production consiste à intro­ l lui «qui entreprend d'étre le Là» (37). mais d'abord et de manière par l'reuvre qui donne la réponse. Aussi s'agit-il d'abord de se mettre en quète de seulement s'il devient futural que s'ouvre s1multanément à lm I ce à quoi appartieni l'reuvre comme reuvre. et encore moins le présent. pour la première fois. oc t Ce fondement est manifestement autre chose que ce qui est le peuple est emporté dans son avenir . Il est l'espace de jeu lorsque. les vict�ires. mais en meme Emporté dans ce qui lui est à venir et reporté dans ce qu' Ii a .ce qui se lève a pour empressement de se nement de la vérité que relève l'étre-reuvre de l'reuvre. (37) 148 149 . Heidegger écrit à ce propos: et dans le courage du sacrifice. Dans la dispute de ce conflit. Nous l'appelons le Là. elle n' est que comme h1st01re (Ges­ une production essentielle qui restitue la nature à elle-méme. il appa­ duire le Vorhandenes nature! dans l'orbe de l'intramondain en le It rait. S'il y a vérité advient (geschieht). Cet advenir (Geschehen) en temps par�delà elle. Les considérations préliminaires disaient que dans son pré­ Son monde . celle d'une Herstellung singulier en tant qu' ainsi ou ainsi manifeste. Seul ce qui fondamentalement est futura! est véritablement « été » et comme te! présent.il �si futural. monotone». il se porte jusqu'à son présent. ekstatiques que Sein und Zeit réservait à l'étre-au-monde du Mais ni cet éclaircissement important. rI gine. est bel et bien dépassée. un peuple peut étre historial. Heidegger fera appel à Héraclite pour Là est I'essence de la vérité. après avoir introduit en stricte réciprocité avec la notion éclairci où. dans l' acte et dans le concept. c'est le conflit disputé passé.· l' essence de la terre: ce qui. Or seul. dans l 'ceuvre elle-meme. on chichte). plus neltement peut-étre que dans la première version.). Les Grecs la nommèrent a-lèth. En effet. immédiatement après avoir posé que le Là qui pour la première fois à la sauvegarde» (id. (35) 1. ajointés toutes les décisions essentielles._ les s�cri­ fices et !es reuvres d'un peuple. c'est parce �ue c' est� I nitude inépuisable on ne peut plus lui attribuer le statut mome et _ lui que sont mamtenant attnbuees la temporahté et I histonc1te répétitif de la Vorhandenheit.» (33) Il ajoutera que celte auto-fermeture. Dans ce contexte. L'histoire n'est pas le Comme dans la première version. Art et événement V. «Et telle est. ni !es déplacements Dasein singulier. Celte s'ouvre dans l'reuvre est une guise selon laquelle la vénté fois le doute n'est plus permis: la notion courte de la nature advient. Nous demandons ce qui lui est déjà donné en dot et ce que lui-mème a déjà été. comment est-il? Qui comme Vorhandenheit. de l' avè- kryptesthai philei . Heidegger demande: «� ais ce Là. «abrite en soi une insur­ l'étre-ouvert est l' essence méme de la vérité est référé à un passable plénitude que l'reuvre libère à chaque fois en l' amenant peuple. mod. qu� métamorphosant en ustensile. Et si la nature s'avère étre une plé­ si le peuple seu( est historialem�nt le Là. Cepen­ tenir refermé. été. est en ceuvre? soi unitaire est l'essence de l'histoire. le Là dont d'Stre «une rigidité vide. à laquelle se tenait Sein und Zeit. se referme. Le monde n est Jamais le I Qu'en est-il de la deuxième étape du cours circulaire de l'interrogation? Celte deuxième étape pose la question de/' ori­ « monde de tout le monde » d'une humanité universelle. La conférence de 1935 métaphysique. s'introduit et appara!! l'étant d'Aufstellung (installation) d'un monde. à entreprend d' etre ce Là?» (35) A quoi il répond q�e p�isque la !' r l'écoute de Platon et d' Aristote. dira-t-il.

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En tani que com­ l'essence de l'art comme poiésie» (43). concept sont essentiellement diffé­ auquel il est le Là s'accompagne d'une ombre abyssale.de la Dichtung à l'reuvre . Ce dernier enchaìnement . Art et événement V. il est nécessaire (es muss) qu'une aeuvre soit» (ibid. et donc de l'ipséité résolue.celle de projet découvrant . acte. de l'interrogation. celle d'un l'art deux moda!ités aussi originaires d'avènement de la vérité: peuple étant authentiquement à son inonde. et qu'il n'est_ de éminente de la Dichtung. elle pose un fondement qui est la terre. poièsis et ergon. vrant. De La Stiftung prise en ce triple sens se doit donc d'iltre l'ins­ l'art comme projet découvrant à la poiésie comme projet décou­ tauration du Iitige entre Monde et Terre. la conférence de 1935 situe au milme rang que milme doit se concevoir dans le registre de la grandeur. autant dire que dans !es trois cas il y va d'un projet dispute du conflit ou litige entre monde et terre. Si te! est bien le site nouveau de la conca­ d'une décision: la vérité ne devient «que pour autant que ténation. comme fon'èla­ mence de cette manière authentiquement à s'ouvrir» (41). comme commencement». Comme il n'y a de décision qu'eu égard à grande qui elle-milme est projet découvrant dans la guise de la un projet. de grande technè exclusivement. et de la poiésie à l'reuvre comme projet découvrant. du «On» à I' état parcellaire emporté dans de l'art. Chacune de ces origines. relevons encore une précision.que le projet d'un unique en son genre èt aucune d' elles ne peut remplacer !es monde qui détermine I' il tre propre de ce grand Dasein. comme acte. Mais dans ces trois cas d'advenue de la vérité.qui assure la concaténation et de la terre. C'est une seule et milme mencement. la tnp!1- le projet plus initia!. institution. Reprenant à son compte la concaténa­ (stiftend) dans I'reuvre une manifesteté du Dasein» (43). à son tour. mais pris diverses reprises du verbe miissen. il est aisé de comprendre que est le libre crédit accordé à I' avenir d'un monde. l'institution qu' est la poiésie-Dichtung grande poièsis qu'est la Dichtung. à la grande poiésie qu'est la Dichtung.elle est de taille . Heidegger résume ainsi toute celte concaténation: «L'art l'enchaìnement est aussi étroit qu'il l'était chez Aristote entre porte la vérité à l'avènement en tant qu'il me! fondativement technè.elle se décide d'avènement de la vérité. son jeté. «est à celte différence près . De celte tion aristotélicienne. La conférence de 1935 Si la poésie comme reuvre de Iangage est la guise la plus projet découvrant régit toute la concaténation. et gràce autres » car « reuvre. sa terre. étape dont Heidegger annonçait au début qu' elle 152 153 . tion. comme concept . la Stiftung se doit d' afficher. ainsi ou ainsi. le passage de la grande technè comme mode éminent . comme dans cette phrase: «II au niveau neutra!isant et affaissant de ce qu'il est de prime abord est nécessaire que soit un advenir de la vérité se/on la modalité et le plus souvent. découvrant. «ce projet par !eque! l'étant en tant qu'étant cité ekstatique qui fonde l'historialité et la temporahté du proJet s'ouvre pour la première fois». sa rents». c'est parce que la Iangne elle-milme est projet que jeté. précise Heidegger.). ce Dasein Iui­ métaphysique. En tant que fon­ «le fondement de la nécessité de l'reuvre se trouve dans dation. c'est-à-dire l'reuvre. il y va propre physis.de grand art . Reste la troisième étape du cours circulaire de celte inter­ s'opère à l'aide de la notion de Stiftung. Comme le pre­ et c'est toujours le Dasein qui en est le site mais comme il s'agii mier cours sur Héilderlin. C'est la milme concaténation Au terme de celte deuxième étape dans le cours circulaire aristotélicienne que reprend à son compte la conférence de I 935.comme reuvre. et fonde du milme coup de nouveaux domaines de doit inexorablement s'accomplir dans une aeuvre non moins décision» (id. Comme le rogation.). du penseur». comme le cours d'Introduction à la de grand art. I'affairement de la quotidienneté. ibid. S'il n' est pas de grande technè . elle dispose à un présent à l'intersection du monde notion . de tous !es termes de l'interrogation en celte deuxième étape. étant Iui-milme pro­ «l'acte du fondateur d'État» ainsi que «le questionner et le dire jet ouvrant comme I' était le Dasein singulier dans Sein und Zeit. C'est pourquoi Heidegger précise que l'institution doitftre monde écléìt et sa terre est préservée en tant que refermée et com­ «entendue en un triple sens: comme donation. «ce dire où pour un peuple. l'analytique du Dasein enseignait que le concaténation il souligne la nécessité par l'usage qu'il fait à seul site de la concaténation était le Dasein Iui-milme.sans celte En tant que donation.

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(49) un art épigonal (Nachkunst). se pourrait-il que l'évocation 156 157 . le lecteur s' aperçoit que le retonr à la problé­ décidé. Peut-on parler d'un peuple florentin.uvre. allant de soi qu'il n'y a que deux peuples. « faire » l'origine mais d' « endnrer » dans l'institution poiétisante Comme si seuls !es épigones pouvaient avoir des devanciers. pour la première fois commence ou recommence · Cet écho manifeste à la deuxième des Considérations inac­ laquelle histoire ne signifie pas ici: séquence de données quel'. C'est pourquoi le grand art n'estjamais de saison. l'art pourtant. dans la mise-en-reuvre du grand art l'essence était pour la première fois. Mais plein milieu du Dasein qui ne se détermine que dans le saut Jui­ ils ne soni pas un saut en avant (Vorsprung) parce qu'ils soni mème . Heidegger écrit en effet: nir.. comme le confirment un peu plus loin ces Mais enfin. de ce Là qn'un peuple se résout à étre. des devanciers : l'art roman. conduit à se demander si la notion meme d'une his­ ir s apercev01r que toute celte enquete interrogative tient ponr toire de l'art y avait encore un sens aux yeux de Heidegger. d'un peuple pérugin? Il suffit de poser la question pour la création. le devenir de la vérité inhérent à l'origine. (§ 76) De toute évidence pour Heidegger c'est le Dasein du Nous aurons du reste l'occasion plus loin d'apercevoir à peuple grec que concernait le tempie de Zeus. ouvert par elle­ seule cathédrale gothique. tuelles de Nietzsche montre par le fait meme combien l'ontoge­ conques aussi importantes soient-elles. Partout où l'art commence. Par celte solitude la vérité du Dasein historial d'un (Nachtrag). n'est pas une publication qui ferait suite à cet état romain? Et s'il ne l'ignorai! pas. il y a toujours peuple est décidée. mais toujours seulement un ajout après coup singulière.. Une fois encore. (49-51) celte mterrogal!on. l'insistance peuple. c'est la thématique du pro3et qm penne! de définir celle-ci. Heidegger lui-meme semblait peu propos: auparavant reconnaìtre à la cathédrale de Bamberg la dignité de En tani qu'instaurateur du litige.e�sence. le créateur se met sur la voie grand art. en revanche. l'art byzantin. toire. et pourtant en L'axe de hpséité résolue traverse donc de part en part toute diffère d'un saut. Sein und Zeit l'analyse de l'historicité du Dasein. le grec et l'allemand. . Celte endurance est Comme si tout. Heidegger écrit: Grand est un art lorsqu'il porte son essence au plein déploie­ Et teli� est r. L' a. peut mème paraìtre bien meilleur. c'est-à-dire la nature essentiellement futurale de l I s\ennois. Heidegger écrit en ce sens: . une «expression» de ce qu'un peuple est. en effet. et de quel Abstraction faite encore de ce prolongement. Mais se rendre conforme au temps domaine insolite de la vérité nouvelle. comme si la création . Certes il existe de tels produits. Art et événement V. Mais on voit mal quel Dasein. du Là. Le texte s'exprime. ment. mais que tout l'art gothique supposait mème. Il ne s'agit pas de comme saut en avant dans l'origine . partout un choc survient dans l'his­ Le créateur est donc foncièrement intempestif. Le créer n'advient que dans la solitude d'une unicité sans saut originel. poumuent concerner !es chefs-d'reuvre de l' architecture que met la conférence de 1935 à souligner le caractère intempes­ renaissante. Pouvait-il ignorer non seulement qu'elle n'était pas la où l' reuvre vient à se dresser dans l' etre-ouvert. dira-t-on. cathédrale de Bamberg.. La conférence de 1935 En ce point. Dans le sillage de tout art essentiel. d'un peuple tif du grand art.était strictement a nihilo. l'art carolingien. . mais emportement du nèse et la phylogenèse de celte interrogation sont étroitement Dasein d'un peuple dans ce qui lui est dévolu comme insertion liées puisque c'était déjà ce texte de Nietzsche qui guidai! dans dans ce qui tout ensemble lui est donné. mais le saut matique du Dasein pourrait bien expliquer la discrétion sus-men­ en avant qui fait signe vers cela mème que ce peuple veut deve­ tionnée. de la création . se tenir au sein du la mesure pour un te_mps. e' est-à-dire met dans son reuvre la vérité qui doit devenir soutemr le htige qm se lève dans l' reuvre.entendue Reste à éclairer le saut dans l'origine. ':':. qui. du créer: capter en le supportant le projet. et c'est le Dasein quel point la thématique nietzschéenne de la volonté de puis­ du peuple allemand que concernait à une certaine époque la sance inspirai! la réflexion de Heidegger sur l'art. celui-ci offre mème apparence que celui-là.et non pas simplement d'un degré. bref faire le saut au l'reuvre ne le peut pas.

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que l'arrangement planifié d'un apprete­ sq. L'absence d'art ne sur «La métaphysique et l'origine de l'reuvre d'art». il faut. au lieu de dresser suit la section 277 des Beitrage: un compie historiographique. éviter de donner l'impression que jamais ne s'impose par un besoin la nécessité originelle de I' on plaide pour un «cfassicisme» philosophique inspiré de la l'essence de l'art consistant à porter à la décision la vérité de pensée initiale des Grecsà l'époque du «grand art». donc l'allégorie une expérience vécue ne peuvent en rien décider si l'objet de et le symbolisme constitutifs de la Darstellung que I' on prétendait Ieur jouissance est issu de la sphère essentielle de l'art ou s'il dépasser. si !'on plaide pour un renouveau de ce « besoin ment de ce quijusqu'ici correspondait aux «ceuvres d'art» età absolu». Gallimard. Hegel en effet qui qualifiait de«classicisme» l'art grec Iorsqu'il mais de la farce du savoir relatif aux décisions essentielles. le Iecteur attentif ne peut éviter de relever une historique et plus créateur que des époques où l'affairement fois de plus le ròle de l'héritage hégélien dans ces considérations artistique (Kunstbetrieb) est répandu. L'absence d'art se fonde dans le savoir que la problématique hégélienne comme Heidegger se plutà maintes l'exercice de capacités qui s'accomplissent à partir de la mai­ trise la plus parfaite des règles et en conformité avec les normes reprises à le souligner (cf. La conférence de 1935 nous faut déployer comme savoir essentiel sur «l'» art. à meme !es reuvres grecques. absente d'ailleurs de gnis) de l'etre. L'absence d'art se fonde dans le savoir que la ratification et l' accord de ceux qui jouissent de «l'art» et en ont éviter le vieux partage du sensible et de l' idéal. !es propos cités plus haut invitentà se demander rement s'est déjà piacé en dehors de l'essence de l'art et par deux choses: 1. en quoi I'« illustrati on» alléguée par Heidegger conséquent reste précisément trop aveugle et trop faible pour peut-elle échapperà !'empire de la Darstellung? S'il s'agit de endurer (etfahren) ou meme seulemen! tolérer l'absence d'art rendre intuitionnable. en quoi pareille illustration peut-elle parer l'histoire. (505-506) l'reuvre d'art n'est nullement «l'attitude envers l'art» mais«une décision pour ou contre l'histoire». ne comprendront pas qu'un instant d'une histoire dépourvue d'artpeut etre plus En ce point. Pour C'est en tout cas cette deuxième question que nous sem­ autant ce dont il s'agit en tout état de cause c'est de penser his­ blent imposer !es considérations par Iesquelles Heidegger pour­ toriquernent. notamment l'essai « Hegel et !es et les modèles !es plus hauts ayant eu cours jusqu'ici ne peut Grecs » repris dans Questions Il. l'etre. l'annonce dans sa puissance propre assignée à l 'Etre et consistant à pré­ d'un franchissementà venir.). Art et événement V. 1957. celte interrogation n'est-elle II nous est impossible de ne pas frémirà l'idée que ces pas conduiteà s'emporter elle-meme età faire fide cela meme Iignes furent écritesà l'époque sinistre où le régime nazi faisait sur quoi elle semblait porter: l'art et ses reuvres? Dire que ce qui table rase de l'art vivant et en pourchassait !es créateurs sous pré­ imporle c'est de se décider pour ou contre l'histoire. il ne se révèle plus que camme un événement (Erei­ rapportà la merveille initiale de I' alètheia. Paris. pp. sans que d'art en prise sur l'alètheia. (505) coup de choses et bientòt connaitront tout. C'est bien découle pas ici de l'impuissance et de l'affaissement (Vetfal[). 2. rendait mériteà celui-ci d'avoir réponduà un«besoin absolu»à par !eque! il est nécessaire que soit dépassé ce qui jusqu'à un stade déterminé de l'histoire de l'Esprit. À partir du moment rnaintenant et assez rarernent survint cornme art. N'est-ce pas pactiser avec la monstruo­ dire: peu importent en définitive l'art et ses reuvres ? sité de cette table rase que de célébrer dans I'«absence d'art» la 174 175 . meme en faisant abstraction de cette contracliction. Ce qui est en cause n'est nulle­ rnent une question d'attitude envers l'art. 60 jamais etre de l'art. entendu désormais comme besoin historial de pensée et leurs « buts » peut atteindre des résultats considérables. que l'affairement avec 'l'art' en tant que moyen d'affai­ De surcroit. mais une décision Les époques qui en vertu de l'historicisme connaissent b\au­ pour ou contre l'histoire. et cela signifie etre historique. l'art a perdo sa relation à nique non plus de progrès métaphysique mais de Iong déclin par la culture. n'est-ce pas texte de dégénérescence. Dans le cercle où I'on se démarque de Hegel en qualifiant l'histoire posthellé­ visuel (Gesichtskreis) de ce savoir. n'est qu'un produit illusoire d'une dextérité historiographique si la question qui détermine l'interrogation sur l'origine de soutenue par des finalités dominantes.