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Françoise Mallet-Joris: Saga de Daniel

Quand Daniel est né, j'avais dix-huit ans. J'ai acheté une quantité d'objets
perfectionnés, baignoire pliante, chauffe-biberon à thermostat, stérilisateur. Je
n’ai jamais su très bien m'en servir. Je l'emmenais parfois dans les cafés; on l'y
regardait avec surprise: ce n'était pas encore la mode. Il était un bébé
précurseur, un bébé hippie avant la lettre. Quand j'allais danser il dormait dans la
pièce qui servait de vestiaire, enroulé au milieu des manteaux. On s'aimait bien,
avec une nuance d'étonnement envers le sort capricieux qui nous avait liés l'un à
l'autre.
À cinq ans il manifestait un précoce instinct de protection en criant dans le
métro: «Laissez passer ma maman.» À huit ans, il «faisait ses courses» et «son»
dîner tout seul, quand il estimait que je rentrais trop tard le soir. Il me dépassait
déjà complètement. À neuf ans, nous avons eu quelques conflits. Il refusait d'aller
à l'école, de se laver, et de manger du poisson. Un jour je l’ai plongé tout habillé
dans une baignoire, un autre jour Jacques l’a porté sur son dos à l'école: il a hurlé
tout le long du chemin. Ces essais éducatifs n'ont eu aucun succès. Du reste, il
s’est corrigé tout seul. Nous avons décidé de ne plus intervenir.
À dix ans, au lycée, ayant reçu pour sujet de rédaction: «Un beau souvenir», il a
écrit ingénument: «Le plus beau souvenir de ma vie, c'est le mariage de mes
parents.»
À quinze ans il a eu une période yé-yé. Nous avons collectioné les 45 tours 1. À
seize ans il manifestait un vif intérêt pour le beau sexe. De jeunes personnes dont
j'ignorais toujours jusqu'au prénom s'engouffraient dans sa chambre, drapées
dans d'immenses imperméables crasseux, comme des espions de la Série noire 2. Il
a joué de la clarinette. Il a bu un peu. À dix-sept ans il était bouddhiste. Il jouait
du tuba. Ses cheveux se sont allongés. À dix-huit ans il passait son bac. Un peu
avant, il avait été couvert de bijoux comme un prince hindou ou un figurant de
cinéma, une bague à chaque doigt. J'attendais en silence, étonnée et intéressée
comme devant la pousse d'une plante.
Les bijoux ont disparu. Il s’est mit à jouer du saxophone, de la guitare. Il a
fait 4 000 kilomètres en auto-stop, a connu les tribus du désert en Mauritanie, a
vu un éléphant en liberté, a voyagé couché à plat ventre sur un wagon, à demi
asphyxié par la poussière.
Il est revenu pratiquement sans chaussures, les siennes ayant fondu à la chaleur
du désert, mais doté d'un immense prestige auprès de ses frères et soeurs. Il a
rasé ses cheveux et a fait des Sciences économiques. Voilà la saga de Daniel.
Dans tout cela, où est l'éducation? Si Daniel, qui va atteindre sa majorité cette
année, est un bon fils, un beau garçon, doué d'humour et de sérieux, de fantaisie
et de bon sens, ai-je contribué ?L a seule chose peut-être que je lui ai donnée, la
seule, me dis-je parfois avec orgueil, qu'il était important de lui donner: la
confiance.
Ce qui ne veut pas dire que tous les problèmes soient résolus. Daniel vient d'acheter
un singe.
la saga= povestea vietii ayant fondu=topindu-se
le manteau= palton bon sens= bun simt
faire les courses=a face cumparaturi y suis-je pour quelque chose ?=am
tard=tarziu eu vreo contributie ?
la baignoire=vana la confiance=increderea
ingénument=cu inocenta le singe=maimuta
la bague-inelul jouer de= a canta la
étonné=mirat doué – dotat, talentat
les chaussures-pantofii couché à plat ventre=culcat pe burta

1. Qui parle dans le texte et à quelle personne ?


2. Qui est Daniel ?
3 Quels sont les éléments / les évènements qui décrivent son enfance ?
4 De qui est composée sa famille à cinq ans ? et à dix ?
! Comment savez-vous qu-il était habitué à se débrouiller seul ?
5. A-t-il de frères ou de sœurs ? et à 20 ans ?
6. Par quoi se caractèrise l’adolescence de Daniel ?
7. Comment sont ses amis ?
! Trouvez des points communs entre vous et Daniel
8. Est-il intéligent ? Pourquoi ?
9. La confiance, est-elle importante dans la relation enfant-parent ?
10. Commentez l’éducation que les parents ont donné à Daniel.

Devoir
Racontez la vie de Daniel
Text 1

MC Solaar toujours à part

Personnalité à part dans le hip-hop français, MC Solaar, 31 ans, sort aujourd’hui


«Cinquième As», son nouvel album studio. Posé, réfléchi, lissant sans cesse ses
phrases de sa voix douce, le rappeur de Villeneuve-Saint-Georges, ne
ressemble pas vraiment à ses frères en rimes. Précurseur, dès 1992, de
l’explosion de la scène rap française et rapidement catalogué «gentil rappeur», il
doit, après trois ans d’absence, faire face à une rude concurrence. Avec, comme
seules armes, sa diction fluide et compréhensible et, surtout, des mots très
choisis. 5 10 15
Entretien.

Depuis trois ans, vous avez fait preuve d’une certaine discrétion…
MC Solaar : Même si, entre-temps, il y a eu un double album live, ça m’a
fait du bien de voir d’autres choses, de prendre du recul. J’ai cherché des
gens avec qui travailler, j’ai discuté, cherché des thèmes …C’est ça, mon
travail.
Dans ce nouvel album, dans deux morceaux - «Solaar pleure» et «Si je meurs ce
soir» -, vous imaginez votre propre mort. Coup de blues ?
MC Solaar : Pas du tout ! C’est l’actualité qui dicte ma conduite. Depuis
des années, on n’entend parler que de vaches folles, de mondialisation et
de pouvoir économique qui écrase tout. Même le cinéma se délecte, ces
derniers temps, des complots et de la paranoïa. Cette peur du monde a
bien évidemment imprégné mes chansons.
SCHRIFTLICHE ABITURPRÜFUNG 2002 FRANZÖSISCH (GRUNDKURS)
Le rap français n’a pas non plus été épargné par cette recherche effrénée du
profit…
MC Solaar : Quelquefois, il ne s’agit que d’un exercice de style. C’est vrai
aussi que les rappeurs ont tendance à plus parler de business que de
musique. Pour moi , le rap n’est pas seulement une façon d’exprimer la rage
de s’en sortir. Le rap doit aussi exprimer un engagement , soit en
embrassant une cause, soit en décrivant ce qui se passe autour de soi. Cette
musique n’est, pas plus que le football, la solution ultime. Dans chaque tour
de chaque cité, il y a cinq bons DJ et huit excellents rappeurs. Il faut que ces
gars-là prennent le temps de faire autre chose. D’étudier, par exemple… 20
25 30 35 40
Dans vos textes, vous ne sublimez jamais la violence. Ça ne vous gêne pas
d’être considéré comme un gentil rappeur ?
MC Solaar : À gentil, je préfère le terme conscient. Ce n’est pas à moi de
dire qu’il faut taper sur les flics ou fumer des joints. C’est trop facile. Pour
moi, ce type de révoltes est tout ce qu’il y a de politiquement correct. Je
préfère décrire, évoquer des images, me projeter dans des scénarios.
Votre rap, et celui des autres, se complaît souvent dans la nostalgie d’un certain
âge d’or perdu. D’où cela vient-il ?
MC Solaar : Tous les rappeurs vouent un culte à des groupes comme
Public Enemy, Ultramagnetic MC’s ou les Beastie Boys. Ce sont des pères
fondateurs qui représentent une période de créativité et d’insouciance.
Dans la musique elle-même, cette nostalgie apparaît également en
revenant, en ce moment, à des sons plus électroniques. Quant aux
Américains, ils n’ont jamais oublié que, derrière les agressions verbales, le
rap est une musique faite pour danser, une musique de boîte de nuit. En
France, à cause de ou grâce à notre éducation, on préfère raconter des
histoires. C’est comme ça.
SCHRIFTLICHE ABITURPRÜFUNG 2002 FRANZÖSISCH (GRUNDKURS)
Text 2
Repères
1969 : naissance, le 5 mars, à Dakar (Sénégal) de Claude M’Barali, dit MC
Solaar. En juin, la famille s’installe à Villeneuve-Saint-Georges (Val-
de-Marne).
1985 : obtient la nationalité française.
1989 : rencontre le disc-jockey et compositeur Christophe Viguier, […] champion
de France des DJ la même année […].
1992 : sortie du premier album «Qui sème le vent récolte le tempo» qui lui vaut,
la même année, une Victoire de la musique 1, catégorie groupe de
l’année.
[…]
1995 : Victoire de la musique 1 de l’artiste interprète masculin de l’année. […],
Victoire de la musique1 du vidéoclip de l’année.
1997 : troisième album : «Paradisiaque» […]
1998 : quatrième album : «Solaar» […]
1999 : le double album live enregistré en tournée «le Tour de la question» […]
2001 : sortie de « Cinquième As », son sixième CD.
Propos recueillis par Sébastian Catroux
Aujourd’hui, 13 février 2001
Explications :
titre à part ici : atypique
l. 2 lisser ici : rendre plus doux
l. 4 le précurseur Wegbereiter
l. 6 fluide fließend
l. 9 la discrétion la réserve
l. 11 prendre du recul prendre ses distances
l. 18 la paranoïa une maladie mentale, troubles
psychiques
l. 19 épargner hier : verschonen
l. 23 embrasser une s’engager pour une idée
cause
l. 27 sublimer ici : idéaliser
l. 35 vouer un culte à qqn être fan de qqn, adorer qqn
1
Victoire de la musique : Prix de la musique et de la chanson francophone
SCHRIFTLICHE ABITURPRÜFUNG 2002 FRANZÖSISCH (GRUNDKURS)
Aufgabenstellung
Thema 2
I Compréhension
À l’aide de l’interview (texte 1) et des repères biographiques (texte 2), vous
rédigerez un article pour présenter MC Solaar.
II Analyse
Quelle est la conception du rap que défend MC Solaar ?
III Commentaire
Choisissez l’un des sujets suivants :
1. Quelle importance attribuez-vous aux paroles d’une chanson ? Discutez
votre point de vue.
ou
2. La musique doit-elle être pour vous un divertissement, une émotion
esthétique ou un moyen d’expression d’un sentiment ?