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LE CHRISTIANISME CATHOLIQUE LA SÈRIE LUKE E.

HART
SERVICE D’INFORMATION CATHOLIQUE
Enseignement catholique véritable. Ne se contente pas des simples opinions.

« En faveur des nouvelles générations, les fidèles laïcs ont à apporter Comment les catholiques vivent
une contribution précieuse, plus nécessaire que jamais, par un effort
systématique de catéchèse. Les Pères du Synode ont manifesté leur
gratitude pour le travail des catéchistes, reconnaissant qu'ils ont «une
tâche de grande valeur dans l'animation des communautés
ecclésiales». Il va de soi que les parents chrétiens sont les premiers
catéchistes, irremplaçables, de leurs enfants (…). Mais nous devons tous,
en même temps, être convaincus du «droit» qui est celui de tout baptisé
d'être instruit, éduqué, accompagné dans la foi et dans la vie
chrétienne. »
Jean-Paul II, Christifideles Laici, 34
Exhortation apostolique sur la vocation et la mission
des fidèles laïcs dans l’Église et dans le monde.

À propos des Chevaliers de Colomb


Les Chevaliers de Colomb, organisme de bienfaisance fraternel fondé en
1882, à New Haven, au Connecticut, par le vénérable serviteur de Dieu
l’abbé Michael J. McGivney, constituent l’organisme laïc catholique le
plus important du monde entier, puisqu’ils comptent plus de 1,8 million
de membres répartis dans les Amériques, l’Europe et l’Asie. Les
Chevaliers s’entraident et soutiennent leurs communautés, en
contribuant chaque année des millions d’heures de bénévolat à des
causes de bienfaisance. Les Chevaliers ont été les premiers à soutenir
financièrement les familles dont des membres parmi les corps de
policiers et de pompiers ont péri par suite des attentats terroristes du 11
septembre 2001, et à collaborer de près avec les évêques catholiques
pour protéger la vie humaine innocente et défendre le mariage
traditionnel. Pour en apprendre davantage sur les Chevaliers de Colomb,
visiter le site www.kofc.org.
Que vous ayez une question spécifique ou que vous désiriez obtenir des
connaissances plus étendues ou plus profondes sur la foi catholique.
Communiquez avec nous en ayant recours à l’un des moyens suivants:

Knights of Columbus, Catholic Information Service


PO Box 1971, New Haven, CT 06521-1971 USA
Téléphone : 203-752-4267
Télécopieur : 203-752-4018
cis@kofc.org
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Proclamer la Foi Section 2:


au cours du troisième millénaire La Nature Humaine,
122-F 8/09
Fondement de la Morale
« La foi est un don de Dieu nous permettant de le connaître et de
l’aimer. La foi, tout autant que la raison, constitue un moyen
d’arriver à la connaissance. Toutefois, il n’est pas possible de vivre
dans la foi, à moins de passer aux actes. Grâce à l’aide de l’Esprit
Saint, nous arrivons à décider de répondre à la révélation divine et
de lui donner suite en vivant notre réponse. »
(Édition américaine du Catéchisme catholique, 38. Notre traduction)

Le Service d’information catholique


Depuis leur fondation, les Chevaliers de Colomb se sont occupés
d’évangélisation. En 1948, les Chevaliers ont inauguré le Service
d’information catholique (SIC) afin de mettre des publications
catholiques à bon marché à la disposition du grand public, d’une
part, mais aussi des paroisses, des écoles, des maisons de retraite,
des installations militaires et des maisons de détention, des
parlements, de la profession médicale et autres personnes qui en
font la demande. Depuis plus de 60 ans, le SIC a publié et distribué
des millions de brochures et des milliers d’autres individus se sont
inscrits à des sessions de formation de catéchèse.

Le SIC offre les services suivants afin de vous aider à mieux


connaître le Seigneur.

Brochures
Communiquer avec le SIC afin d’obtenir la liste des brochures et de
commander celles qui vous intéressent.

Programme d’étude individuelle


Par la poste, le SIC offre un programme gradué d’étude individuelle.
Grâce à dix leçons méthodiques, vous aurez fait le tour de
l’enseignement catholique.

Programmes en ligne
C’est avec affection et reconnaissance que les Chevaliers de Le SIC offre deux programmes en ligne. Pour s’y inscrire, visiter le
site www.kofc.org/ciscourses.
Colomb dédient cette série à Luke E. Hart, évangélisateur
modèle et Chevalier Suprême de 1953 à 1964.
Les Chevaliers de Colomb présentent
La série Luke E. Hart
Éléments de base de la Foi Catholique

LA
NATURE HUMAINE ,
FONDEMENT DE LA MORALE
PARTIE TROIS• SECTION DEUX DE LA
CHRÉTIENTÉ CATHOLIQUE

Quelles sont les croyances d’un Catholique?


Comment un Catholique prie-t-il?
Comment un Catholique vit-il?
Selon le
Catéchisme de l’Église Catholique

par
Peter Kreeft
Collection dirigée par
la père Juan-Diego Brunetta, O.P.
Directeur du Service d’information catholique
Conseil Suprême des Chevaliers de Colomb
Nihil obstat
Le père Alfred McBride, O.Praem.
Imprimatur
Le Cardinal Bernard Law
19 décembre 2000
Le Nihil Obstat et l’Imprimatur sont des déclarations officielles qu’un livre ou un dépliant est
libre d’erreurs doctrinales ou morales. Ces déclarations ne sous-entendent pas que les personnes
qui ont accordé le Nihil Obstat et l’Imprimatur sont en accord avec le contenu, les opinions ou les
déclarations exprimés.
Copyright © 2009 par le Conseil Suprême des Chevaliers de Colomb. Tous droits réservés.
Extraits du Catéchisme de l’Église Catholique, édition définitive, © Texte typique latin, Libreria
Editrice Vaticana, Citta del Vaticano, 1997. Pour utilisation au Canada, copyright © Concacan
Inc., 1998. Tous droits réservés. Reproduit avec la permission de la Conférence des évêques
catholiques du Canada. Pour obtenir le texte complet, visitez : www.editionscecc.ca
Les citations de l’Écriture sainte sont extraites de la version La Bible, traduction officielle de la
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de l'éditeur © 1983 Société de droit canon d’Amérique, Washington D.C.
Des citations tirées de documents officiels de l’Église, de Neuner, Josef, SJ et Dupuis, Jacques,
SJ., éditeurs : The Christian Faith : Doctrinal Documents of the Catholic Church, 5e édition (New
York : Alba House, 1993) Utilisation autorisée.
Avec l’autorisation de l’éditeur, tous droits réservés, nous avons utilisé des extraits du Vatican
Council II : The Conciliar and Post-Conciliar Document Revised Edition, édité par Austin Flannery
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Couverture : Schwind, Mortiz von (1804-1871) Lunette dans le foyer de l'opéra d'état de
Vienne: “Le Creation" par Joseph Haydn. Endroit: State Opera, Vienna, Austria. Crédit de
photo: Erich Lessing/Art Resource, New York.
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Imprimé aux États-Unis d’Amérique
UN MOT SUR CETTE SÉRIE
Ce livret en est un d’une série de 30 livrets qui offrent une
expression familière des principaux éléments du Catéchisme de
l’Église Catholique. Le pape Jean-Paul II, sous l’autorité duquel le
Catéchisme fut d’abord publié en 1992, exprima le désir que de
telles versions soient publiées afin que chaque peuple et chaque
culture puissent s’approprier son contenu comme le leur.
Ces livrets ne remplacent pas le Catéchisme, mais sont
offerts seulement dans l’esprit de rendre son contenu plus
accessible. La série est à certains moments poétique, familière,
enjouée et imaginative; en tout temps, elle s’efforce d’être fidèle
à la foi.
Le Service d’information catholique recommande de lire
chaque mois au moins un livret de la série Hart afin d’obtenir une
compréhension plus profonde, plus mature de la Foi.
T R O I S I È M E PA R T I E : C O M M E N T L E S
C AT H O L I Q U E S V I V E N T ( M O R A L I T É )

SECTION 2:
LA NATURE HUMAINE,
FONDEMENT DE LA MORALE
1. La nature humaine est le fondement de la morale
Deux conceptions très différentes du fondement de la
morale ont cours dans le monde d’aujourd'hui. La conception
moderne typique est que les lois morales sont des règles d’origine
humaine comme les lois d’un sport tel que le tennis, que la
volonté humaine a établies et peut donc changer également. Par
contre, l’idée traditionnelle, enseignée non seulement par l’Église
catholique mais aussi par toutes les grandes religions du monde
et presque toutes les philosophies prémodernes, est que les lois
morales ne sont pas des règles que nous établissons mais des
principes que nous découvrons, comme les lois d’une science telle
que l’anatomie : elles sont fondées sur la nature humaine, laquelle
est essentiellement immuable, et les lois morales sont donc, elles
aussi, essentiellement immuables, comme les lois de l’anatomie.
De même que notre nature anatomique nous oblige à manger
certains aliments et à respirer de l’oxygène pour que notre corps
soit en santé, notre nature morale rend certaines vertus
nécessaires à la santé de notre âme. Il y a des principes universels,
fondés sur la nature humaine, qui régissent la santé physique, la
santé mentale, et la santé morale également.
-5-
Puisque notre nature humaine est composée d’un corps et
d’une âme et dotée des puissances de l’intelligence, de la volonté
et des sentiments, et puisqu’il nous est naturel d’aimer le bien
mais aussi d’être tentés par le mal, il nous est donc nécessaire de
cultiver des vertus comme la maîtrise de soi, la sagesse, le courage
et l’honnêteté. La morale catholique suit les philosophes grecs
classiques Socrate, Platon et Aristote en déduisant les principes
moraux essentiels de la nature humaine immuable et de ses
besoins réels et objectifs plutôt que des sentiments et désirs
individuels subjectifs et changeants. Ses principes essentiels sont
donc 1) universels (les mêmes pour tous), 2) objectifs (découverts
et non inventés, réels et non seulement dans l’esprit) et 3)
immuables.

2. Sens de la loi naturelle


Une telle morale est souvent appelée morale « de loi
naturelle ». Cette expression veut dire deux choses : 1) que les
lois morales sont fondées sur la nature humaine et en découlent;
2) qu’elles sont naturellement et instinctivement connues par
la raison humaine. (Le mot « raison » veut dire plus que
« raisonnement »; il inclut la conscience intuitive de notre
obligation de faire le bien et d’éviter le mal et du sens des mots bien
et mal.)
1) Les lois morales sont fondées sur la nature humaine.
Autrement dit, ce que nous devons faire est fondé sur ce
que nous sommes. « Tu ne tueras point », par exemple,
est un précepte fondé sur la valeur réelle de la vie
humaine et le besoin de la préserver. « Tu ne commettras
pas l’adultère » est un précepte fondé sur la valeur réelle
du mariage et de la famille, sur la valeur de l’amour et
du don de soi mutuels et sur le besoin de confiance et de
stabilité des enfants.
-6-
2) De plus, la loi naturelle est connue naturellement, par la
raison humaine naturelle et par l’expérience. Nous
n’avons pas besoin de la foi religieuse ni d’une révélation
divine surnaturelle pour savoir que nous avons
l’obligation morale de choisir le bien et d’éviter le mal,
ni pour connaître le sens des mots bien et mal. Toutes les
cultures dans l’histoire ont eu une version quelconque
des Dix Commandements. Aucune culture dans
l’histoire n’a pensé que l’amour, la bienveillance, la
justice, l’honnêteté, le courage, la sagesse ou la maîtrise
de soi étaient mauvais, ni que la haine, la cruauté,
l’injustice, la malhonnêteté, la lâcheté, la folie ou la
toxicomanie incontrôlée étaient bonnes. Au sujet des
païens, saint Paul déclare : « Ils montrent ainsi que la
façon d’agir ordonnée par la Loi est inscrite dans leur
cœur, et leur conscience en témoigne » (Romains 2, 15).
L’expression « loi naturelle » est parfois mal comprise.
« Cette loi est dite naturelle non pas en référence à la
nature des êtres irrationnels [c'est-à-dire les animaux; ce
n’est pas une loi biologique], mais parce que la raison
qui l’édicte appartient en propre à la nature humaine »
(CÉC 1955). Ainsi, l’Église enseigne que la
contraception artificielle est contraire à la loi naturelle,
non parce qu’elle constitue une intervention humaine
rationnelle plutôt qu’un processus biologique
irrationnel, mais parce qu’elle est contraire à la raison
droite. Elle viole l’intégrité de la nature humaine en
dissociant les deux aspects, naturellement unis, de
l’essence de l’acte sexuel, l’aspect unitif et l’aspect
procréatif, c'est-à-dire l’intimité personnelle et la
reproduction. Il en va de même pour les bébés-
éprouvette.
-7-
3. Caractéristiques de la loi naturelle
1) « Présente dans le cœur de chaque homme et établie par
la raison, la loi naturelle est universelle en ses préceptes et
son autorité s’étend à tous les hommes. » (CÉC 1956)
Elle n’est pas universellement obéie, ni même
universellement admise, mais elle est universellement
contraignante et normative.
2) « Même si l’on renie jusqu’à ses principes, on ne peut pas
la détruire ni l’enlever du cœur de l’homme. Toujours
elle resurgit dans la vie des individus et des sociétés »
(CÉC 1958).
3) « La loi naturelle est immuable 2 et permanente à travers
les variations de l’histoire » (CÉC 1958), car elle est
fondée sur la nature humaine essentielle créée par Dieu,
qui ne change pas selon les temps et les lieux, plutôt que
sur des faits nouveaux accidentels de fabrication
humaine, qui sont changeants.
4) Étant donné que l’essence de l’homme ne change pas
mais que ses caractères accidentels (les circonstances et
les situations) changent, « [l]’application de la loi
naturelle varie beaucoup » (CÉC 1957). Par exemple, la
peine de mort peut être moralement nécessaire dans une
société primitive, mais inutilement barbare dans une
société où les lois et les prisons sont sécuritaires, et les
restrictions morales visant la guerre aujourd'hui, étant
donné les armes de destruction massive, doivent être
beaucoup plus strictes que celles du passé.
5) « Elle procure […] la base nécessaire à la loi civile »
(CÉC 1959), car la loi civile interdit des actes comme le
viol, la torture et l’esclavage parce qu’ils sont

*CÉC = Catéchisme de l’Église Catholique


-8-
moralement mauvais et nuisent à la santé et à
l’épanouissement de la nature humaine. Sans la loi
naturelle comme fondement des lois civiles, celles-ci
sont fondées sur le pouvoir, qu’il soit collectif ou
individuel. Le slogan de la Révolution française, « la
voix du peuple est la voix de Dieu », est tout aussi
idolâtre, et s’est montré tout aussi totalitaire, que le «
droit divin des rois » qu’il a remplacé.

4. Comment une morale « de loi naturelle » est-elle chrétienne?


Puisque la nature humaine trouve sa perfection et son sens
ultime dans le Christ, l’unique homme parfait, et puisque la
morale est fondée sur la nature humaine, la morale trouve sa
perfection et son sens ultime dans le Christ. « La loi morale
trouve dans le Christ sa plénitude […]. Jésus-Christ est en
personne le chemin de la perfection. » (CÉC 1953) La fin ultime
de toute la morale est de ressembler au Christ et de pouvoir dire,
avec saint Paul : « pour moi, vivre c’est le Christ » (Philippiens
1, 21, la meilleure façon possible de définir en un mot ce qu’est
une bonne vie).
Comme le reste de cette série, le présent livret, lui aussi,
porte entièrement sur le Christ. Il est centré davantage sur sa
nature humaine que sur sa nature divine, même s’il reconnaît que
le Christ Lui-même est un. Dans le Christ, les deux natures sont
unies, sans confusion, dans sa Personne unique.

5. Les quatre genres de loi


La tradition catholique, à la suite de saint Thomas d’Aquin,
distingue quatre genres de loi.
1) Les lois humaines sont des lois établies par les collectivités
humaines et peuvent donc être changées ou révoquées
par les hommes. Beaucoup d’entre elles sont des
conventions sans bonté ni malice morale intrinsèque, par
-9-
exemple les règles de la circulation, mais beaucoup aussi
sont fondées sur la loi morale, si ce sont de bonnes lois
comme l’obligation de payer exactement ses dettes, ou
violent la loi morale si ce sont de mauvaises lois, comme
les lois qui dépouillent les Juifs (Allemagne nazie), les
esclaves noirs (États-Unis, affaire Dred Scott) ou les
enfants à naître (États-Unis, Roe c. Wade) de leurs droits
humains fondamentaux.
2) La loi naturelle, comme nous l’avons vu, devrait être le
fondement des lois humaines (civiles). C’est la loi de la
nature humaine.
3) La loi naturelle est elle-même « la participation de
l’homme à la loi éternelle ». Celle-ci s’enracine dans le
caractère moral de Dieu, raison ultime de notre obligation
morale : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je
suis saint. » Cette formule revient à maintes reprises dans
l’Écriture (par exemple, Lévitique 19, 2).
La loi naturelle évoque la loi éternelle; elle est une forte
preuve de l’existence de Dieu. « “[C]ette prescription de
la raison humaine [la loi naturelle] ne saurait avoir force
de loi, si elle n’était la voix et l’interprète d’une raison
plus haute [la loi éternelle] à laquelle notre esprit et
notre liberté doivent être soumis.” » 2 (CÉC 1954)
4) La loi divine est la loi révélée surnaturellement par Dieu,
soit pour tous (les Dix Commandements), soit pour un
peuple (les anciennes lois liturgiques d’Israël), soit pour
une personne (un commandement à l’un de ses
prophètes). La loi éternelle dérive de la nature ou du
caractère éternel de Dieu même; une loi divine est le
choix de Dieu d’intervenir à un certain moment pour
révéler un commandement ou conclure une alliance.
-10-
Le Catéchisme résume comme suit les quatre genres de loi :
« Les expressions de la loi morale sont diverses, et elles sont
toutes coordonnées entre elles : la loi éternelle, source en
Dieu de toutes les lois [no 3 ci-dessus]; la loi naturelle
[no 2]; la loi révélée comprenant la Loi ancienne et la Loi
nouvelle ou évangélique [no 4]; enfin les lois civiles ou
ecclésiastiques [no 1]. » (CÉC 1952)
Le sommaire ci-dessus ajoute, à l’intérieur de la loi divine
révélée, l’importante distinction entre la Loi ancienne
(Ancien Testament) et la Loi nouvelle (Nouveau Testament).
Les deux ont des buts différents. « [L]a Loi [ancienne]
sainte2, spirituelle3 et bonne4 est encore imparfaite. Comme
un pédagogue5 elle montre ce qu’il faut faire, mais ne donne
pas de soi la force, la grâce de l’Esprit pour l’accomplir. A
cause du péché qu’elle ne peut enlever [seul le Christ peut
le faire], elle reste une loi de servitude. Selon S. Paul, elle a
notamment pour fonction de dénoncer et de manifester le
péché »6 (CÉC 1963), comme une radiographie, pour nous
conduire au chirurgien, le Christ.

6. La morale est une science


La morale n’est évidemment pas une science empirique (le
bien et le mal n’ont ni forme ni couleur), ni une science
mathématique, mais elle est une science au sens plus large et plus
ancien du terme.
1) Elle est un ensemble de connaissances organisé par la
raison.
2) Comme toutes les sciences, elle consiste en des lois
universelles. En morale, les lois ne définissent pas
comment les choses se passent réellement, comme en
physique, mais comment les gens devraient réellement
agir.
-11-
3) Elle porte sur des réalités objectives et non sur des
opinions ou des sentiments subjectifs. (Remarquer le
mot « réellement » au paragraphe précédent; il
caractérise les deux genres de sciences.)
4) Elle s’appuie sur un donné, qui est la nature humaine.
5) Elle peut être découverte par la raison humaine
naturelle.

7. Relation entre la morale comme science de raison naturelle et la morale


catholique divinement révélée
1) La révélation divine, dans la religion catholique, inclut
la morale naturellement connaissable, nous la rappelle, la
formule, la clarifie, la défend et lui donne la sanction
divine.
2) En plus, elle la raffine et l’approfondit. La révélation divine
nous en apprend davantage sur la morale que ce que nous
connaissons par la seule raison.
3) Mais cette connaissance surnaturelle ne contredit jamais la
morale que nous connaissons par notre raison naturelle,
puisqu’elle vient de la même source, du même Maître,
Dieu, qui est la Vérité. La Vérité ne contredit jamais la
vérité. Et Dieu ne se contredit jamais Lui-même,
quoiqu’Il renforce ses exigences et ses attentes à mesure
que ses enfants grandissent, comme le font de bons
parents humains.

8. La morale et la place de l’homme dans l’univers


La nature humaine n’est pas isolée. L’homme se définit par
sa place dans l’ordre créé, dans la hiérarchie cosmique. Il est au
palier le plus élevé du monde visible et matériel, qui inclut les
minéraux, les végétaux et les animaux, ses inférieurs; il est aussi
-12-
au palier le plus bas du monde invisible et spirituel, qui inclut les
anges (purs esprits créés), ses supérieurs.
Puisque l’homme n’est ni un ange ni un animal, la loi
morale n’est pas la même pour l’homme que pour les anges ou les
animaux. Les anges n’ont pas de corps et ne sont donc pas tentés
par des choses comme la luxure, l’avarice ou la gourmandise.
Aucune loi morale ne s’applique aux animaux, qui n’ont pas de
raison consciente, de volonté libre ni de conscience. La morale
catholique tient compte de ces deux aspects de l’homme : elle
n’est ni angéliste (en ignorant notre animalité), ni animaliste (en
ignorant notre caractère spirituel et rationnel).

9. L’origine de l’homme comme fondement de la morale catholique


La morale porte sur les personnes humaines dans leurs
relations avec les autres personnes humaines, avec eux-mêmes et
avec Dieu. La nature et la dignité des personnes humaines sont
donc un fondement essentiel de la morale. Si les personnes
humaines n’étaient que des animaux, la morale serait impossible
et inutile.
Alors, quel est le fondement de la dignité de la personne
humaine? Ce fondement est-il quelque chose d’incertain, de
changeant et de faillible, comme l’État, le consensus populaire ou
les opinions, les sentiments et les désirs de chacun?
Non. « La dignité de la personne humaine s’enracine dans sa
création à l’image et à la ressemblance de Dieu » (CÉC 1700);
c’est l’une des phrases les plus importantes du Catéchisme. Ce fait
est le fondement réel de la morale naturelle. Il est aussi le
fondement ultime de l’ordre social et politique, car la loi humaine
(les lois sociales et politiques) repose sur la loi naturelle (la loi
morale), qui repose elle-même sur la loi éternelle. Nous
interdisons des actes parce qu’ils sont mauvais, et ils sont mauvais
-13-
par leur nature, en fin de compte, parce que cette nature est
opposée à la nature et au caractère de Dieu.
Toutefois, tous n’ont pas besoin de connaître explicitement
ce fondement ultime ou d’y croire avant de pouvoir agir de façon
morale; même les athées peuvent respecter les personnes comme
fins en soi et obéir à leur conscience.

10. La destinée de l’homme comme fondement de la morale


Un deuxième fondement de la dignité de l’homme, et donc
de la morale, est la fin ultime de l’homme. « La dignité de la
personne humaine […] s’accomplit dans sa vocation à la
béatitude divine » (CÉC 1700).
Puisque la fin de l’homme est la participation à la béatitude
même de Dieu, l’homme est un grand et saint mystère et non un
objet à utiliser. « [L]a personne humaine est “la seule créature sur
terre que Dieu a voulue pour elle-même” »3 (CÉC 1703). Nous
devons en faire autant, en aimant les personnes pour elles-mêmes
sans les utiliser en vue d’autre chose : autrement dit, aimer les
personnes comme des fins et utiliser les choses comme des moyens, au
lieu d’utiliser les personnes comme des moyens et d’aimer les
choses comme des fins. Cette règle s’enracine dans le fait que
Dieu a créé l’homme pour être une fin, comme Lui-même, et
toutes les autres choses comme des moyens pour l’homme (1
Corinthiens 3, 22-23).
Ce fait religieux entraîne de profondes conséquences profanes.
Par exemple :
l) Nous avons la responsabilité de bien prendre soin de la
terre, de l’environnement et de l’écologie, non pour eux-
mêmes mais pour le bien de l’humanité et pour une
meilleure vie humaine sur la terre. Les choses matérielles
sont des moyens et non des fins; les personnes sont des
fins et non des moyens. Le monde matériel est précieux,
-14-
non comme une fin en soi mais comme un moyen pour le
bien des personnes. Le bien des personnes ne doit jamais
être sacrifié pour le bien de l’environnement naturel.
2) Il ne faut pas faire de tort aux humains en les utilisant
comme cobayes d’expériences scientifiques, si important
que puisse être l’objectif de ces expériences.
3) Les politiciens et les entreprises doivent reconnaître que
la suprême raison d’être de l’économie n’est pas le
pouvoir ni le profit, mais le bien-être des gens. Il faut
juger les politiques économiques par cette norme
qualitative et non seulement par la norme d’efficacité
quantitative.

11. L’homme est-il bon ou mauvais?


La morale de l’homme dépend aussi du fait que l’homme est
créé par Dieu à son image, et qu’il est donc très bon, mais il est
aussi, en même temps, une créature déchue et pécheresse. Il est
capable de raison et de vertu, mais il est souvent déraisonnable et
méchant. La morale catholique ne méconnaît pas ce double aspect
de l’homme et n’est ni pessimiste, en niant notre bonté
intrinsèque, ni optimiste en niant notre capacité d’être mauvais.
Si l’homme était seulement bon, il n’y aurait pas de péché,
de culpabilité, de repentir ni de punition, et la morale serait
seulement amour et estime de soi. Si l’homme était totalement
mauvais, la morale ne pourrait être que légaliste : elle serait une
contrainte extérieure, fondée sur la crainte du châtiment, qui
nous forcerait à agir contrairement à notre nature et à nos
instincts mauvais. La morale est à la fois un soutien à nos bons
instincts et une menace à notre tendance au mal, et elle s’adresse
autant à notre amour du bien qu’à notre crainte du mal. C’est la
morale du bon sens et de la foi catholique.
-15-
L’homme est très bon en son être, en sa nature essentielle. Il
est ce qu’il y a de plus précieux dans l’univers, car l’homme est
créature de Dieu et enfant de Dieu.
Mais l’homme est déchu de l’innocence originelle (sans être
déchu de la bonté ontologique, la bonté de son être même),
victime du péché originel, de l’égoïsme instinctif. La vie est
désormais une guerre spirituelle entre le bien et le mal, tous deux
présents en chacun de nous. (« Il y a un peu de bien dans les pires
d’entre nous et un peu de mal dans les meilleurs d’entre nous. »)
Les meilleurs d’entre nous, les saints, sont les plus honnêtes et les
plus lucides sur leur propre malice. « Il n’y a que deux sortes
d’hommes : les uns justes, qui se croient pécheurs; les autres
pécheurs, qui se croient justes. » (Pascal) De même, selon Socrate,
il y a deux sortes de gens : les fous, qui se croient sages, et les
sages, qui savent qu’ils sont fous.
« “C’est en lui-même que l’homme est divisé. Voici que
toute la vie des hommes, individuelle et collective, se manifeste
comme une lutte, combien dramatique, entre le bien et le mal,
entre la lumière et les ténèbres.” »8 (CÉC 1707)

12. L’homme en tant que spirituel


Voilà la différence la plus évidente et la plus radicale entre la
morale catholique et la morale de la société moderne sécularisée
que l’Église doit affronter aujourd'hui. Pour la morale catholique,
comme pour toutes les religions du monde, l’homme est un être
spirituel doté d’une âme. Il n’est pas seulement un singe savant,
un organisme uniquement biologique. La personne est « [d]otée
d’une âme “spirituelle et immortelle” »2 (CÉC 1703).
Les conséquences morales de ce fait sont évidentes : il faut,
en un mot, « être ce que nous sommes ». Nous agissons d’après ce
que nous croyons être. Si nous croyons être des singes, nous
agirons comme des singes. Nous singeons les singes que nous
-16-
croyons être. Si par contre nous croyons être les enfants bien-aimés
d’un Dieu pur et saint, nous agirons comme les enfants du Roi.
Les conséquences sociales sont également radicales. Pour
commencer, si nous sommes immortels, chaque personne est
éternellement précieuse, plus que toute nation terrestre
temporelle. La conception profane de l’homme, par contre, n’offre
aucune garantie contre le totalitarisme : si nous ne sommes pas
des esprits immortels mais seulement des animaux mortels,
quelle est l’importance d’un seul animal qui vit un siècle,
comparativement à une nation formée de millions d’individus,
qui vit pendant bien des siècles? Mais si nous sommes des esprits,
chaque personne est immortelle. Longtemps après la disparition
de toutes les nations, des races, des étoiles et des galaxies, chacun
d’entre nous continuera d’exister.

13. Le corps humain, partie de la dignité de l’homme et de l’image de Dieu


Beaucoup de philosophes, anciens et modernes, voient une
profonde coupure entre notre corps et notre âme, ne trouvant la
gloire, la grandeur et l’image de Dieu que dans l’âme (par
exemple, le platonisme dans la philosophie antique, le
gnosticisme au début de l’ère chrétienne, le cartésianisme au
début de la philosophie moderne et le mouvement du Nouvel
Âge aujourd'hui).
Pourtant :
1) Dieu a délibérément façonné notre corps. Celui-ci n’est
pas un accident ni une erreur. Dieu a voulu que notre
âme soit la vie de notre corps. Le corps n’est pas une
prison, ni une chambre d’hôtel, ni même une maison
pour notre âme. Nous ne sommes pas destinés à être de
purs esprits comme les anges, et nous ne sommes pas
purement des corps comme les animaux. Notre corps fait
partie de nous tout autant que notre âme. Nous ne
-17-
pouvons pas nous déshabiller de notre corps comme de
nos vêtements; il fait partie de notre nature humaine
essentielle.
2) Aucun temple du monde n’est plus saint que le corps
humain, car Dieu s’est incarné Lui-même dans une
nature humaine, dotée d’un corps et d’une âme, dans le
Christ, et Dieu possède ce corps humain pour toujours.
L’Ascension n’a pas défait l’Incarnation.
3) Notre corps a participé à la chute de notre âme dans le
péché, subissant la mort comme punition. Il participera
aussi à la rédemption de notre âme en ressuscitant. Dieu
ressuscitera notre corps comme Il a ressuscité celui du
Christ. Nous aurons un corps pour toujours.
Le Catéchisme voit l’image de Dieu non seulement dans
l’âme spirituelle, rationnelle et immortelle, mais aussi
dans le corps : « Le corps de l’homme participe à la dignité
de l’“image de Dieu” : il est corps humain précisément
parce qu’il est animé par l’âme spirituelle, et c’est la
personne humaine tout entière qui est destinée à devenir,
dans le Corps du Christ, le Temple de l’Esprit »3 (CÉC
364).
Les conséquences morales sont choquantes pour bien des
gens aujourd'hui : une bonne intention spirituelle
(l’amour et la sincérité) ne suffit pas. Par exemple, la
différence entre une sexualité moralement bonne ou
moralement mauvaise réside non seulement dans les
attitudes spirituelles, mais aussi dans les faits matériels :
il ne s’agit pas seulement de savoir quels sont les motifs
ou les sentiments de nos âmes, mais quels sont les corps
qui s’unissent. Les relations sexuelles avec toute autre
personne que le conjoint sont mauvaises. Il en va de
-18-
motif spirituel est la compassion, l’acte physique est un
meurtre.
Chaque fois qu’il est question d’une réalité objective, les
intentions subjectivement bonnes ne suffisent pas.
Suffisent-elles quand c’est votre dentiste? Ou votre
conseiller financier? Alors, si on dit qu’elles suffisent en
morale, on dit que la morale n’a rien à voir avec la réalité
objective.

14. Aperçu du fondement de la morale catholique dans la réalité


La morale catholique est fondée sur la vérité de Dieu. Les
principes de base de la morale découlent de la réalité donnée par
Dieu, et c’est de là que vient la raison d’appeler certaines choses
bonnes et d’autres mauvaises :
1) Puisque le Créateur n’est pas une créature et qu’aucune
créature n’est le Créateur, nous ne devons adorer aucune
créature comme notre fin, ni essayer d’utiliser le
Créateur comme un moyen.
2) Puisque l’esprit est plus grand que la matière, nous ne
devrions pas accorder aux choses matérielles comme
l’argent un plus grand prix qu’aux choses spirituelles
comme la sagesse et la vertu. Pourtant, la matière est
créée par Dieu, et elle est bonne. Notre but n’est pas de
nous « libérer » de la matière, mais de bien l’utiliser.
3) Puisque l’homme n’est pas seulement un animal mais
qu’il a une âme raisonnable, on ne doit pas le traiter
comme un animal, soit en le forçant à travailler comme
un esclave, soit en l’euthanasiant. Puisque les animaux
ne sont pas des personnes, on ne devrait pas les aimer
comme des personnes, mais comme des animaux : on
peut s’en servir comme animaux familiers ou pour se
-19-
vêtir, et même pour se nourrir, mais on ne peut pas se
servir d’une personne ainsi.
4) Puisque l’âme est plus que le corps, le corps devrait
servir l’âme. Le corps ne devrait pas être servi comme un
seigneur, mais il devrait être respecté comme une chose
bonne.
5) Puisque l’esprit, comme un miroir, reçoit la lumière de
la vérité (tant par la foi que par la raison naturelle), nous
devrions suivre ses directions comme un capitaine suit
son navigateur.
6) Puisque la volonté est le capitaine de l’âme, elle devrait
diriger les émotions en étant guidée par la raison.
7) Puisque la volonté est libre, elle est responsable.
8) Puisque les émotions sont la matière première de
l’œuvre de la volonté guidée par la raison, on ne devrait
ni servir ses émotions ni les éviter, mais les former,
comme une œuvre d’art.
Chaque devoir est fondé sur une réalité.

15. Importance morale de l’esprit


« Par sa raison, l’homme reconnaît la voix de Dieu qui le
presse “d’accomplir le bien et d’éviter le mal” (12). Chacun est tenu
de suivre cette loi qui résonne dans sa conscience » (CÉC 1706).
Dans la morale catholique, la bonté morale ne peut pas être
dissociée de la vérité et de la puissance de l’âme par laquelle nous
connaissons la vérité, à savoir l’esprit ou la raison. (La raison au
sens traditionnel est plus que la simple capacité de raisonner
logiquement ou de calculer; elle est aussi la capacité de comprendre
la vraie nature des choses. Elle n’est pas seulement le « quotient
intellectuel ».)
La morale typiquement moderne ne parle pas des vertus
intellectuelles parce qu’elle sous-estime généralement l’importance
-20-
morale de l’esprit, de l’intelligence ou de la raison. En morale
catholique, par contre, il existe des vertus intellectuelles (vertus de
l’esprit), qui sont nécessairement liées aux vertus morales (vertus
de la volonté). La plus importante d’entre elles est la prudence, ou
la sagesse pratique.
Les vertus de l’esprit et celles de la volonté s’aident
mutuellement à grandir : la sagesse nous rend plus charitables et
la charité nous rend plus sages. Les vices de l’esprit et ceux de la
volonté se renforcent également entre eux : l’idiotie nous rend
égoïstes, et l’égoïsme nous rend idiots.
La condition préalable à toutes les vertus morales est la
vertu fondamentale d’honnêteté, ou de sincérité, ou le vouloir de
la vérité, le refus de tromper ou d’être trompé, l’amour absolu de
la lumière et non des ténèbres. La vérité, comme l’amour, est un
absolu, car elle est ce que Dieu est (Jean 14, 6), elle est un
attribut éternel et infini de Dieu.
Les péchés de l’intelligence peuvent être aussi graves que
ceux de la volonté. Le Christ a dénoncé la malhonnêteté plus
vigoureusement que tout autre péché quand Il l’a trouvée chez les
Pharisiens.

16. La conscience
La conscience est au bien et au mal ce que la vue est à la
couleur : elle est la puissance de l’âme qui nous éveille à la
dimension morale de la vie, à la bonté ou à la malice des actes
humains.
L’importance morale de l’esprit est évidente une fois qu’on a
compris que la conscience est une puissance intellectuelle. Elle
est essentiellement une capacité de connaître et non de sentir
(bien qu’un sentiment y soit généralement associé). Savoir qu’un
acte est moralement obligatoire, moralement interdit ou ni l’un
ni l’autre n’est pas la même chose que le sentir. Notre
-21-
connaissance ou conscience morale s’accompagne parfois de
sentiment, parfois pas. Par exemple, nous savons parfois que nous
sommes coupables d’un acte mauvais mais nous ne nous sentons
pas coupables, comme il nous arrive parfois de savoir qu’une
chose, une personne ou une action est réellement belle sans nous
sentir subjectivement attirés, ou de savoir qu’elle est laide sans
sentir de répugnance.
Des sentiments droits sont une aide puissante à la
conscience. Il nous est beaucoup plus facile de devenir des saints
si nous nous sentons attirés par la vie de sainteté que si nous en
avons peur. Mais la conscience elle-même est essentiellement un
pouvoir de connaître. Elle est une perception intuitive ou
immédiate du bien et du mal ainsi que le pouvoir d’appliquer
cette norme aux actions en portant sur elles un jugement de
valeur par un raisonnement moral. Elle inclut donc la
compréhension, le jugement et le raisonnement, les trois actes de
l’esprit. La connaissance est au cœur d’une vraie morale; la vraie
morale suppose qu’on vit dans la vérité, dans la réalité; la vraie
sainteté est la vraie santé d’esprit.

17. La volonté
Si l’intelligence est le navigateur de l’âme, la volonté en est
le capitaine. Un sage capitaine écoute son navigateur, mais c’est
lui le maître à bord, le suprême responsable du navire.
La volonté humaine est responsable parce qu’elle est libre.
Nous avons une volonté libre, un libre choix. « En vertu de son
âme et de ses puissances spirituelles d’intelligence et de volonté
l’homme est doté de liberté, “signe privilégié de l’image divine” »5
(CÉC 1705). Cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas
influencés, ou conditionnés, par de nombreux facteurs qui nous
viennent, mais nos choix viennent de nous; nous ne sommes pas
que des maillons passifs dans un enchaînement de causes.
-22-
La volonté est près du cœur de la personne, ou du « moi ».
Quand nous disons : « je te promets » ou « je choisis (ou refuse)
de le faire », nous engageons tout notre « moi » dans ce que nous
promettons ou faisons. C’est par la volonté, le pouvoir de choix
libre et personnel, que nous le faisons. Notre volonté libre nous
rend moralement responsables.
Tout comme l’intelligence et la conscience, la volonté et le
choix ne sont pas essentiellement des sentiments ou des émotions.
Ils peuvent s’accompagner d’émotions, et des émotions bien
ordonnées rendent beaucoup plus facile pour la volonté de faire le
bon choix, mais la volonté est distincte des émotions; il y a une
différence entre « j’ai envie de le faire » et « je choisis de le faire ».

18. L’amour
Ce point est particulièrement important quand il s’agit de
l’amour. L’essence de l’amour au sens biblique (agapè) n’est pas
une émotion ou un sentiment; son essence est un choix de la
volonté, une « bonne volonté », le vouloir du bien de l’autre, le
choix de ce qui est vraiment le meilleur pour l’autre. Telle est
l’essence de l’amour, qui n’a rien de spectaculaire ni d’émotif. Les
sentiments enivrants s’ajoutent à cette essence.
Nous pouvons aimer quelqu'un même quand nous n’avons
pas envie de l’aimer. Nous pouvons vouloir le bien des autres
même quand ils provoquent en nous de l’aversion ou de
l’embarras. Nous agissons souvent ainsi envers nous-mêmes :
nous ne sommes pas toujours contents de nous-mêmes, mais nous
nous voulons toujours du bien, nous cherchons toujours notre
vrai bien et notre vrai bonheur. Quand nous nous sentons
malades, nous cherchons à être guéris; quand nous nous sentons
stupides, nous cherchons à être sages; quand nous nous sentons
coupables, nous cherchons à nous améliorer.
-23-
Le Christ nous commande d’aimer notre prochain « comme
nous-mêmes », c'est-à-dire comme nous nous aimons déjà nous-
mêmes. Cet amour ne peut pas être un sentiment, car les
sentiments ne peuvent pas être commandés; seuls les libres choix
de la volonté peuvent l’être. Par conséquent, l’amour, celui que le
Christ commande, est essentiellement un libre choix de la
volonté plutôt qu’un sentiment.
Cette assertion est extrêmement pratique quand on
l’applique à des questions comme l’homosexualité. Les
sentiments homosexuels ne sont pas des péchés, puisqu’ils
ne sont pas librement choisis. Les actes homosexuels sont
« intrinsèquement désordonnés » (comme l’a déclaré la
Congrégation de la doctrine de la foi) parce qu’ils « sont
contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la
vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et
sexuelle véritable. » (CÉC 2357) Les actes homosexuels sont des
péchés (comme le sont aussi les actes hétérosexuels hors du
mariage) en autant qu’ils sont des actes librement choisis par
lesquels on désobéit sciemment à la loi et à la volonté de Dieu.
Les désirs, émotions et sentiments homosexuels sont désordonnés;
ce sont des troubles, mais pas des péchés, à moins d’être choisis
librement par la volonté.

19. La liberté
a) Sens de la liberté. « Dieu a créé l’homme [… comme]
personne douée de l’initiative et de la maîtrise de ses
actes. […] “L’homme est […] créé libre et maître de ses
actes.” » 2 (CÉC 1730)
« La liberté est le pouvoir, enraciné dans la raison et la
volonté, d’agir ou de ne pas agir, de faire ceci ou cela, de
poser ainsi par soi-même des actions délibérées. Par le
libre arbitre chacun dispose de soi. » (CÉC 1731)
-24-
b) La liberté est nécessaire à la morale. « Elle [la liberté]
devient source de louange ou de blâme » (CÉC 1732).
Si notre volonté n’est pas vraiment libre, la morale est
vraiment dénuée de sens. Tout langage moral – sur le
bien et le mal, le juste et l’injuste, l’obligatoire et
l’interdit, le péché et la vertu, la louange et le blâme, les
conseils et les commandements – n’a du sens que s’il
s’adresse à des personnes libres et non à des animaux ou
à des machines « déterminées », soumises à la nécessité.
Une machine ne reçoit pas de louange ou de blâme, ni de
récompense ou de punition. Quand la distributrice de
boissons gazeuses ne fonctionne pas, on ne la raisonne
pas, on ne la traite pas de pécheresse, on donne un coup
de pied dedans.
c) La liberté peut augmenter ou diminuer. « Plus on fait le
bien, plus on devient libre. » (CÉC 1733) « Les progrès
dans la vertu […] accroissent la maîtrise de la volonté sur
ses actes. » (CÉC 1734) Plus on fait le mal, moins on
devient libre. « [T]out homme qui commet le péché est
esclave du péché. » (Jean 8, 34) Par le péché, nous
utilisons notre liberté pour nous vendre librement à
l’esclavage et à la dépendance du péché. Nous forgeons
les chaînes de notre esclavage par le pouvoir de notre
liberté. La liberté n’est pas immuable : nous sommes
libres de l’augmenter ou de la diminuer. Il y a une liberté
totale au ciel, et aucune liberté en enfer.

20. Loi et liberté


La mentalité moderne ressent plus profondément la valeur
de la liberté humaine que les époques précédentes, mais elle
commet souvent une erreur cruciale concernant la liberté en
l’opposant à l’autorité de la loi, humaine ou divine, et à
l’obéissance à la loi. L’encyclique du pape Jean-Paul II, La
-25-
splendeur de la vérité, traite de ce problème avec une grande
profondeur.
La notion même de loi est en état de crise parce que notre
culture perçoit la loi de façon négative, comme un ensemble
d’interdictions et donc comme une chose qui semble amoindrir la
liberté. Mais les bonnes lois garantissent la liberté même si elles
sont négatives, comme les glissières de sécurité le long des routes
de montagne ou les étiquettes sur les bouteilles de poison.
La soumission à Dieu, à sa volonté et à sa loi ne peut pas
diminuer la liberté, car Dieu est l’auteur de l’homme et de sa
liberté – tant sa liberté de choisir que sa libération du mal et du
péché. L’auteur de la liberté ne peut être l’ennemi de la liberté!
C’est la même chose pour les bonnes lois humaines, celles qui
expriment la loi naturelle, qui exprime elle-même la loi éternelle
de Dieu. C’est la conception séculière de la liberté comme volonté
propre ou licence (la liberté opposée à la loi) qui s’est montrée
terriblement destructrice pour la liberté, particulièrement au 20e
siècle, dans beaucoup de pays, de familles et de vies personnelles.

21. Les émotions


L’un des réels bienfaits de la psychologie moderne est
l’attention accrue aux émotions et leur meilleure compréhension,
notamment leur rôle dans les choix moraux. Bien qu’elles ne
soient pas libres comme la volonté, les émotions sont importantes
en morale parce qu’elles ont un lien étroit avec la volonté et
l’aident ou lui nuisent grandement. Des émotions bien ordonnées
rendent la bonté morale plus attrayante et plus facile; des
émotions antinaturelles, irréalistes ou incontrôlées la rendent
sans attrait et difficile. De bons conseils psychologiques peuvent
donc aider puissamment à la bonté morale (comme de bonnes
habitudes de santé physique). De même qu’un bon instrument
aide le musicien à faire de la bonne musique, de bonnes émotions
nous aident à mener une bonne vie morale.
-26-
« Les grands sentiments ne décident ni de la moralité, ni de
la sainteté des personnes; ils sont le réservoir inépuisable des
images et des affections où s’exprime la vie morale. » (CÉC 1768)
Mais cette expression fait partie de la perfection humaine : « La
perfection du bien moral est que l’homme ne soit pas mû au bien par sa
seule volonté mais aussi par son “cœur” » [ses émotions, dans le
présent contexte] (CÉC 1775).
Les émotions font partie du dessein de Dieu pour la nature
humaine. Même les émotions que nous trouvons difficiles à
maîtriser, comme le désir sexuel, la colère et la crainte, ne sont
pas mauvaises mais bonnes en soi, et elles jouent un rôle
nécessaire; sans elles, nous ne sommes pas totalement humains.
Le Christ n’a pas méconnu ni supprimé ses émotions, mais les a
acceptées et les a utilisées correctement, y compris les émotions
« négatives » comme la tristesse (voir Mc 14, 34 et Jean 11, 33-36)
et la colère (Jean 2, 13-17).
« Il appartient à la perfection du bien […] humain que les
passions soient réglées par la raison. »5 (CÉC 1767) Les émotions
sont comme les chevaux : certaines sont domptées, d’autres sont
sauvages, toutes doivent être surveillées et réglées par la prudence
(sagesse pratique), la force (courage), la tempérance (maîtrise de
soi) et la justice (équité), les quatre vertus cardinales, comme le
cheval doit être dirigé par un cavalier. Le cheval ne doit pas
mener le cavalier, et celui-ci ne doit pas enfermer le cheval dans
l’étable tout le temps. Une sage direction est bonne pour le
cheval autant que pour le cavalier, et une sage direction des
émotions est bonne pour les émotions autant que pour l’esprit et
la volonté qui les gouvernent.
___________________________
Notes dans les citations du catéchisme
2
Cf. GS 10.
2
Léon XIII, enc. « Libertas praestantissimum ».
2
Cf. Rm 7, 12.

-27-
3
Cf. Rm 7, 14.
4
Cf. Rm 7, 16.
5
Cf. Ga 3, 24.
6
Cf. Rm 7.
3
GS 24, § 3.
8
GS 13, § 2.
2
GS 14.
3
Cf. 1 Co 6, 19-20; 15, 44-45.
6
GS 16.
5
GS 17.
2
S. Irénée, haer. 4, 4, 3.
5
Cf. S. Thomas d’A., s. th. 1-2, 24, 3.

-28-
« La foi est un don de Dieu nous permettant de le connaître et de
l’aimer. La foi, tout autant que la raison, constitue un moyen
d’arriver à la connaissance. Toutefois, il n’est pas possible de vivre
dans la foi, à moins de passer aux actes. Grâce à l’aide de l’Esprit
Saint, nous arrivons à décider de répondre à la révélation divine et
de lui donner suite en vivant notre réponse. »
(Édition américaine du Catéchisme catholique, 38. Notre traduction)

Le Service d’information catholique


Depuis leur fondation, les Chevaliers de Colomb se sont occupés
d’évangélisation. En 1948, les Chevaliers ont inauguré le Service
d’information catholique (SIC) afin de mettre des publications
catholiques à bon marché à la disposition du grand public, d’une
part, mais aussi des paroisses, des écoles, des maisons de retraite,
des installations militaires et des maisons de détention, des
parlements, de la profession médicale et autres personnes qui en
font la demande. Depuis plus de 60 ans, le SIC a publié et distribué
des millions de brochures et des milliers d’autres individus se sont
inscrits à des sessions de formation de catéchèse.

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Colomb dédient cette série à Luke E. Hart, évangélisateur
modèle et Chevalier Suprême de 1953 à 1964.
LE CHRISTIANISME CATHOLIQUE LA SÈRIE LUKE E. HART
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Enseignement catholique véritable. Ne se contente pas des simples opinions.

« En faveur des nouvelles générations, les fidèles laïcs ont à apporter Comment les catholiques vivent
une contribution précieuse, plus nécessaire que jamais, par un effort
systématique de catéchèse. Les Pères du Synode ont manifesté leur
gratitude pour le travail des catéchistes, reconnaissant qu'ils ont «une
tâche de grande valeur dans l'animation des communautés
ecclésiales». Il va de soi que les parents chrétiens sont les premiers
catéchistes, irremplaçables, de leurs enfants (…). Mais nous devons tous,
en même temps, être convaincus du «droit» qui est celui de tout baptisé
d'être instruit, éduqué, accompagné dans la foi et dans la vie
chrétienne. »
Jean-Paul II, Christifideles Laici, 34
Exhortation apostolique sur la vocation et la mission
des fidèles laïcs dans l’Église et dans le monde.

À propos des Chevaliers de Colomb


Les Chevaliers de Colomb, organisme de bienfaisance fraternel fondé en
1882, à New Haven, au Connecticut, par le vénérable serviteur de Dieu
l’abbé Michael J. McGivney, constituent l’organisme laïc catholique le
plus important du monde entier, puisqu’ils comptent plus de 1,8 million
de membres répartis dans les Amériques, l’Europe et l’Asie. Les
Chevaliers s’entraident et soutiennent leurs communautés, en
contribuant chaque année des millions d’heures de bénévolat à des
causes de bienfaisance. Les Chevaliers ont été les premiers à soutenir
financièrement les familles dont des membres parmi les corps de
policiers et de pompiers ont péri par suite des attentats terroristes du 11
septembre 2001, et à collaborer de près avec les évêques catholiques
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Proclamer la Foi Section 2:


au cours du troisième millénaire La Nature Humaine,
122-F 8/09
Fondement de la Morale