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15/05/2019 Rêver d’Orient, connaître l’Orient - Sir William Muir : l’européocentrisme scientifique victorien - ENS Éditions

ENS
Éditions
Rêver d’Orient, connaître l’Orient  | Isabelle Gadoin,  Marie­
Élise Palmier­Chatelain

Sir William Muir :
l’européocentrisme
scientifique
victorien
Faïza Boukraïaa
p. 305-316

Résumé
Un orientalisme « scientifique » n’est­il pas une pure contradiction dans
les termes ? Et, plus encore, l’idée d’un Européen se faisant « historien
de l’islam » ? La biographie de Mahomet par Sir William Muir est très
exactement  contemporaine  de  la  Vie de Jésus  d’Ernest  Renan  (publiée
en 1861), et témoigne de la force du courant historiciste dans la seconde
moitié  du  XIXe  siècle  ­  cet  élan  d’idéalisme  scientifique  qui  pensait
pouvoir  rationaliser,  si  ce  n’est  même  justifier,  les  principes  de  la  foi.
Mais à la différence de Renan, qui s’intéressait à sa propre religion, d’un
point  de  vue  «  scientifique  »  mais  aussi  intensément  piétiste,  Muir  à
l’inverse se tourne vers une religion d’emblée vue comme antagoniste de
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la sienne. Et malgré sa volonté « d’objectivité » (adoptant une position
relativement bienveillante à l’égard du Prophète, fondant son étude sur
des sources musulmanes et faisant une large place aux textes fondateurs
de la tradition), la démarche reste viciée par le contexte dans lequel elle
s’inscrit  :  car  il  s’agissait  moins  d’accroître  la  connaissance  que
l’Occident  pouvait  avoir  de  l’islam  que  de  renforcer  par  cette  même
connaissance  les  arguments  que  les  missionnaires  chrétiens  prosélytes
pourraient  opposer  aux  musulmans,  afin  de  faire  triompher  leur
croyance  :  ici  c’est  bien  la  connaissance  qui  devait  servir  d’arme  à
l’apologie du christianisme.

Texte intégral
1 La production intellectuelle de l’orientalisme islamisant dit
« scientifique » a vraisemblablement commencé en Inde. Les
noms de Gustav Weil (orientaliste allemand)1, d’Aloys
Sprenger (orientaliste autrichien, naturalisé britannique)2, et
de Sir William Muir (orientaliste britannique) sont associés
pour constituer le premier noyau d’une nouvelle génération
de chercheurs académiques en matière de biographie
mahométane et de califat. Dans le cadre de cet article, je
m’intéresserai à la contribution de Muir dans la sphère des
études islamisantes, en mettant l’accent sur l’arrière-plan
historique de la démarche de cet historien, son orientation
intellectuelle et les visées de son attitude.
2 Au milieu du XIXe siècle, au moment où l’Inde britannique
défendait ses intérêts impériaux contre l’insurrection de ses
Cipayes, la préoccupation majeure de l’un de ses agents
coloniaux, Sir William Muir, converti en historien de l’islam
pour l’occasion, était de préparer une biographie du
prophète arabe. C’est ainsi qu’en 1858, il publie les deux
premiers volumes de son ouvrage biographique, The  Life  of
Mahomet,  dans des conditions d’affrontements entre
militaires britanniques et soldats indigènes. Les deux autres
volumes seront publiés en 1861 dans des conditions
politiques plus sereines. Cette biographie a été rééditée
plusieurs fois, en 1873, en 1894, plus récemment en 1988 ; la
dernière réédition date de 1992. Une édition abrégée de la
biographie est publiée en 1893. Cependant, il n’existe qu’une
seule et unique traduction française réalisée à partir de cette
édition abrégée. Celle-ci est intitulée Mahomet  et  l’islam.

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Esquisse de la vie du Prophète d’après les sources originales
et court exposé de sa religion.
3 Muir est né en 1819 dans une famille écossaise. Après des
études à Haileybury, il rejoint l’Inde en 1837 en tant que
fonctionnaire de l’honorable East India Company. Il y
demeure presque quarante ans et travaille au contact d’une
large communauté musulmane dans la province nord-ouest
(l’Uttar Pradesh actuel). Il s’engage dans le service de la
compagnie sans avoir d’autres ambitions qu’administratives.
Mais son soutien de l’activité missionnaire de ses
coreligionnaires protestants sur le sous-continent lui offre
l’opportunité d’une carrière d’historien de l’islam primitif et
du califat.
4 Aussi devient-il un agent colonial fortement engagé dans le
projet impérialiste. Sa connaissance du Coran et des
minorités musulmanes aidant, il devient un conseiller en
matière d’affaires musulmanes. Par ailleurs, plusieurs
éléments peuvent expliquer sa préoccupation concernant la
communauté des musulmans en Inde  : l’émergence de
courants fondamentalistes qui condamnent l’occupation
anglaise et déclarent le statut de l’Inde en tant que terre de
guerre  ; l’émergence d’une doctrine radicale d’un courant
réformateur qui appelle à purifier un islam affaibli par des
apports hindouistes  ; et enfin, l’émergence d’une élite
intellectuelle hostile à la communauté de missionnaires
chrétiens. À l’occasion de quelques entretiens religieux (par
la voie épistolaire surtout), les chrétiens de l’Inde
britannique laissaient entrevoir leurs défaillances en matière
d’argumentation théologique.
5 C’est ce dernier élément qui semble avoir déterminé les
orientations intellectuelles de Muir. De simple partisan du
prosélytisme chrétien, il devient alors l’historien de l’islam. Il
faut préciser aussi que le prosélytisme chrétien en ce début
du XIXe siècle a un ton particulier. En dépit de la ferveur des
missionnaires dans l’exercice de leur fonction, les
conversions réalisées sont souvent qualifiées de
« sauvages ». Encore loin des terres indiennes, ces chrétiens
croient à la supériorité du christianisme et à la conversion
imminente des Indiens à la «  lumière  » du christianisme.
Mais confrontés à la réalité du terrain et à l’hostilité d’une
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communauté de musulmans attachés à leur foi et à leur


culte, ces chrétiens ont recours à des moyens moins
conventionnels (tels que la conversion en masse des victimes
des famines et des orphelins pris en charge par des
structures financées par les missions évangéliques).
6 Le christianisme en Inde, comme dans les pays musulmans
colonisés, est la religion des détenteurs du pouvoir. Les
missionnaires sont donc encouragés par la position de force
économique et politique des Occidentaux en Inde.
Conscients de leur position favorable en terre indienne, les
missionnaires expriment parfois une arrogance et un mépris
à l’égard des religions dites « inférieures ». Ce prosélytisme
arrogant inquiète les musulmans lettrés et les incite à inviter
les missionnaires à des discussions publiques. Ces
rencontres sont souvent organisées dans les bazars pour
démontrer aux musulmans présents la vulnérabilité du camp
chrétien.
7 Mais après avoir encouragé ces échanges, Muir constate par
lui-même le danger d’un renversement des pôles d’influence.
La reviviscence de la conscience religieuse musulmane a
désormais besoin d’être contournée par des moyens plus
efficaces et plus scientifiques. Il écrit alors cette biographie
dans l’urgence en ayant accès à très peu de sources
occidentales  : «  On devrait aussi rappeler que les moyens
d’accès aux ouvrages de langues occidentales demeurent
rares et insuffisants dans ces régions isolées de l’Inde. »3
8 Il publie les deux premiers volumes d’une manière hâtive,
sans se donner le temps de faire les dernières vérifications,
jugeant l’ouvrage approprié en ces moments de crise :
J’ai reçu, puis amendé, non sans difficultés, les preuves des
exposés des dernières cinquante-six pages [du second
volume de la Vie de Mahomet]. Tous mes manuscrits et tous
mes livres de référence ont été placés en lieu sûr hors de
l’atteinte de nos troupes en état de mutinerie  ; ils me sont,
pour le moment, inaccessibles. Je sollicite l’indulgence du
lecteur quant aux inexactitudes.4

Le projet d’une biographie
9 Muir rédige la biographie de Mahomet pour répondre à
l’appel de Carl Goettlieb Pfander, un missionnaire protestant
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et membre très actif de la Christian Missionary Society dans


la région d’Agra, ville à majorité musulmane. Signalons au
passage que Pfander, auteur de Mizan  al­Haqq  (traduit par
Balance  of  Truth)  dans lequel il attaque l’islam d’une
manière violente et fait l’apologie du christianisme, était le
controversiste chrétien du dernier débat islamo-chrétien
avant l’éclatement de la révolte indienne de 1857. C’est à la
suite de cet affrontement verbal que Muir s’oriente vers
l’étude de l’histoire de l’islam.
10 Dans la préface de la biographie de Mahomet, l’auteur nous
indique que son ouvrage s’adressait à deux catégories de
lecteurs : la première était la communauté des musulmans et
la seconde, la communauté des missionnaires. Cet ouvrage
n’était donc destiné ni aux historiens ni aux théologiens,
mais à deux communautés en lutte, l’une afin de lui prouver
les lacunes d’une religion supposée révélée et l’autre afin de
lui procurer les éléments d’une réfutation argumentée et
surtout documentée.
11 Cependant, sa défense des missions évangéliques, son
adhésion aux actions acharnées et ouvertes du prosélytisme
chrétien a souvent incité les historiens contemporains à le
cataloguer parmi les biographes ouvertement hostiles à
Mahomet et à l’islam. En revanche, quelques auteurs arabo-
musulmans, faisant référence surtout à sa manière d’utiliser
les sources arabes, le considèrent comme l’un des historiens
les plus impartiaux. Trois raisons expliquent cette
divergence ; d’abord l’appartenance de l’auteur à une époque
où les biographes étaient franchement hostiles à l’islam,
ensuite le caractère novateur et déroutant de sa biographie,
enfin le ton moins agressif et parfois conciliant utilisé
surtout dans les deux premiers volumes. Il est surtout
important de souligner que Muir croit en la sincérité de
Mahomet. Il revalorise l’image du prédicateur de la première
époque à La Mecque. Mais il le décrit en termes moins
élogieux quand il s’agit de replacer le Prophète dans son
milieu médinien où il devient le leader théocratique de la
nation musulmane.

La démarche scientifique de Muir ou la
logique du savoir
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12 L’orientalisme traditionnel s’arrête là où l’approche


scientifique commence. L’orientalisme traditionnel avait
pour but de démontrer d’une manière stérile les ambitions
personnelles de Mahomet qui est souvent représenté comme
un leader avide de puissance et dont la Risala (ou la mission
prophétique) devenait une imposture. En revanche,
l’approche scientifique s’oriente principalement vers une
interprétation lucide de la vie et de la carrière de Mahomet,
sont alors étudiés les mobiles de la prédication, les raisons de
la réussite de l’islam, les raisons de l’expansion islamique
hors de la péninsule arabique. L’approche scientifique vise à
dépouiller la sîra de la légende prophétique qui demeure une
caractéristique essentielle de la narration des premiers
historiens musulmans. Cette tâche est jonchée de difficultés
car le hadīth et la sîra qui constituent une matière
hétérogène offrent difficilement une représentation
cohérente de la vie et de la carrière du Prophète. Muir
soumet la matière traditionnelle à une analyse scientifique
en proposant au lecteur averti (le musulman indien
notamment) une matière biographique dépouillée de sa
charge légendaire et une vie de prophète dotée d’une
chronologie cohérente.
13 Dans son premier volume, Muir passe au crible les sources
musulmanes. Ses remarques d’une grande valeur constituent
aujourd’hui encore une introduction utile pour les historiens
spécialisés. L’auteur aborde en particulier la question de la
tradition, terme utilisé par Muir pour signifier à la fois le
hadīth et la sunna qui sont techniquement différents. Si par
hadīth, on désigne le récit, à l’origine oral, puis écrit de la
pratique vénérée du Prophète, la sunna est une abstraction
qui contient la pratique révérée de Mahomet. Mais en faisant
usage de cette source, Muir examine, non sans arrière-
pensée, la pratique non pas révérée du Prophète, mais sa
pratique sous toutes ses formes, les plus humaines surtout,
puisque Mahomet, selon les termes de Muir, ne s’est jamais
tenu pour infaillible5.
14 Il s’agit donc de la seconde source de la biographie de
Mahomet, elle comporte les paroles et les actes du Prophète
rapportés par les sahaba (ou compagnons du Prophète).
Cette seconde source est importante dans la mesure où elle
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comble le vide créé par le Coran (la première source) qui ne


s’exprime que sur les événements majeurs de la vie de
Mahomet. La tradition, riche en détails, constitue une
matière indispensable pour une histoire événementielle.
Dans la biographie de Muir, cette seconde source
biographique, canonique selon la plupart des historiens
musulmans, occupe une première position dans les sources
utilisées.
15 La structuration d’une nouvelle littérature biographique
n’était possible que grâce à l’exhumation d’anciens
manuscrits arabes relevant de la vie du Prophète. Il s’agit
essentiellement des Maghâzi  ou Histoire  des  campagnes  et
des  expéditions  militaires  du  prophète  de  Wâqidi  (mort en
822), de la Sîra ou Vie de Mahomet d’Ibn Hishâm (mort en
833), des Tabaqât  ou Biographies  des  Compagnons  d’Ibn
Saâd (mort en 845), et enfin, des Annales de Tabari (mort en
922). Tous ces auteurs appartiennent à la génération des
premiers historiens de l’islam remontant jusqu’au IIIe siècle
après l’hégire. Aucune source biographique musulmane n’est
datée du Ier siècle de l’islam, ce qui rend les historiens
occidentaux sceptiques face à l’attitude des premiers
historiens musulmans qui, en situant Mahomet dans
l’histoire des prophètes, faisaient de lui le pivot de l’histoire
universelle.
16 Tout en se gardant d’être aussi sceptique que ses
contemporains, l’auteur construit un modèle d’analyse puis
d’utilisation de la source traditionnelle. Il instaure un code
qu’il applique systématiquement à toute tradition émanant
des Muhaddithînes,  les traditionnistes canoniques
musulmans, des Musannifînes,  les traditionnistes de la
seconde génération, et les récits des premiers historiens de
l’islam. Ce code se résume en trois points principaux  :
l’historien n’accepte un fait que si la source qui le rapporte
est sûre. Il ne rejette un fait que si les versions traditionnelles
qui y font référence sont contradictoires. Il se doit d’être
surtout conscient des versions partisanes et des détails
inspirés par des tendances anti-Omeyyades ou anti-
Abbassides, les deux branches qui se sont disputé le pouvoir
au cours du Ier siècle de l’hégire.

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17 Cependant, Muir se détache de ses deux contemporains les


plus éminents par deux éléments essentiels. À la différence
de Weil qui s’attaque au corpus de hadīth et le condamne
comme apocryphe, Muir procède à une analyse interne de ce
corpus. Il réaffirme la sincérité des premiers compagnons du
Prophète qui, selon l’auteur, ont rapporté assez fidèlement et
quasi religieusement les paroles de leur Prophète. Cette
attitude permet au biographe d’avoir une source assez fidèle
sur laquelle la restructuration d’une histoire vraisemblable
devenait possible.
18 De la même manière que pour le hadîth, et à la différence de
Sprenger, Muir revalorise la sîra, une source sur laquelle
reposent les premières biographies musulmanes. Alors que
Sprenger considère les récits des historiens musulmans
comme légendaires, puisque leur objectif était de replacer
Mahomet dans l’échelle des grands prophètes, Muir pense
que la sîra renferme un capital de vérité. Elle offre surtout
l’avantage de la chronologie. Muir revalorise donc ces
matériaux biographiques. En revanche, Sprenger, à qui
revient le mérite d’avoir ouvert la voie à Muir en lui
présentant les manuscrits orientaux, affiche par sa démarche
les réminiscences de l’orientalisme traditionnel.
19 Jusque-là, l’attitude critique de Muir n’a rien de colonialiste
ni d’européocentriste. Sa démarche ressemble, en tout, à
celle des historiens occidentaux face à leur histoire biblique.
Mais l’auteur se trahit par deux chapitres fondamentaux, l’un
traitant de la relation entre islam et christianisme, et l’autre
dressant le portrait final du Prophète. Les deux chapitres
sont fortement teintés d’un ressentiment à l’égard de l’islam
et de Mahomet. Ils y sont décrits comme les ennemis de la
civilisation, de la liberté et de la vérité.
20 Le caractère abiographique et ascientifique transparaît
nettement dans le ton apologétique utilisé dans le chapitre
intitulé « The relation of Christianity to Islam, and the Coran
in its last Meccan stage », paru pour la première fois en 1855.
Pourtant ce chapitre n’était pas conçu au départ pour faire
partie de la biographie, puisqu’il traite essentiellement de
l’origine chrétienne de la foi musulmane et des emprunts que
Mahomet fait aux doctrines de l’Ancien et du Nouveau
Testaments. Les outils d’une attitude académique étant
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absents, le discours prend alors le ton dogmatique. Muir y


exprime la position traditionnelle du chrétien hostile à
l’islam en tant que religion et en tant que projet
civilisationnel. Mais Muir prend le soin d’expurger le texte
prévu pour la biographie de sujets sensibles initialement
traités dans ce chapitre (tels que la polygamie et la facilité du
divorce dans la société musulmane). Il est donc clair que ce
chapitre, inséré dans la biographie dans un deuxième temps,
crée le déséquilibre dans une étude prétendument basée sur
l’impartialité historique.
21 Ce déséquilibre n’échappe pas à Meredith White Townsend,
un contemporain de Muir. Il réaffirme qu’une étude
comparative des deux systèmes de croyance nécessite le
recours à la critique historique de la matière biblique au
même titre qu’à celle de la matière coranique. Il écrit à ce
sujet :
Si jamais on avait à les comparer, ou si on avait à introduire
une terminologie théologique ou encore des doctrines dans
la discussion, la précision de la critique historique exige
impérativement que la preuve sur laquelle la comparaison ait
été fondée soit fournie, que toute équivoque ou ambiguïté
d’expression soient soigneusement évitées. [L’intervenant]
doit être lui-même parfaitement convaincu que les éléments
dont il dispose sont également fiables dans les deux cas  ;
qu’il combine les mêmes moyens d’évaluation de la vie [du
Prophète] et de [ses] instructions dans un cas [le
christianisme] comme dans l’autre [l’islam].6

22 En cela, Townsend place l’accent sur l’ascèse


méthodologique et la connaissance scientifique des religions.
Le théologien ou l’historien s’occupera sérieusement et sans
préjugé de comprendre les désordres et les contradictions
qui fourmillent dans les trois religions monothéistes. Mais la
vision de Muir ne s’imprégnera pas de ce souci et son
approche manquera d’impartialité.
23 De la même manière, Muir dresse le portrait physique et
surtout moral du Prophète dans un dernier chapitre qu’il
annexe d’une manière artificielle au quatrième volume de la
biographie. Ce faisant, son objectif de polémique est clair.
Dans un bilan de la personne et de la carrière de Mahomet,
Muir esquisse un portrait peu flatteur du point de vue de la
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morale chrétienne. Par le biais d’un passage que l’auteur


intitule «  Passion for women  », le lecteur est avisé de
l’extrême sensualité de Mahomet. Cette sensualité est
inadaptée à sa mission divine :
Une fois les limites instinctives de la renonciation levées,
Mahomet devint une proie facile de sa passion débridée pour
le sexe. À sa cinquante-sixième année, il épousa Hafsa, et
l’année suivante, à deux mois d’intervalle, il épousa Zeinab
bint Khozeima et Omm Salma. Mais ses désirs ne furent pas
assouvis par la diversité d’un harem déjà bien plus fourni
qu’il n’était permis à aucun de ses fidèles ; pis encore, plus il
vieillissait, plus ses désirs stimulaient davantage sa
recherche de sensations nouvelles et diversifiées. Quelques
mois après ses noces avec Zeinab et Omm Salma, le hasard
voulut que les charmes d’une seconde Zeinab se révèlent trop
visiblement à son œil admiratif. Elle était l’épouse de Zeid,
son fils adoptif et ami intime  ; mais [Mahomet] ne fut pas
capable d’étouffer la flamme qu’elle avait allumée dans son
cœur ; et au moyen d’une directive divine7, on la fit partager
sa couche. La même année, il prit une septième épouse, et
aussi une concubine. Quand enfin il atteignit sa soixantième
année, pas moins de trois nouvelles épouses, mis à part
Marie l’esclave copte, furent, en l’espace de sept mois,
introduites à un harem déjà bien rempli. La simple lecture de
ces faits justifie les mots de Ibn Abbas : « Le suprême parmi
les musulmans (désignant Mahomet) fut véritablement le
plus fougueux dans sa passion pour les femmes. »8

24 Fidèle à sa démarche historiciste, Muir souligne la


concordance de son récit avec le compte rendu des sources
arabes dans lesquelles il puise ses informations. Il se
cantonne dans le champ étroit que lui offre la tradition et
prétend «  réciter  » («  the  bare  recital  ») les histoires des
anciens sans se donner de liberté. Cependant, il est difficile
de rencontrer de tels développements, dans un style digne
des Mille et Une Nuits, dans les sources musulmanes souvent
embarrassées face à la question de la multiplicité des femmes
du Prophète. Les historiens musulmans qui ne contestent
pas le nombre de mariages contractés par Mahomet utilisent
souvent un style «  chaste  » dans des récits minutieusement
dépouillés des expressions à connotation sexuelle.

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25 Mais si on regarde de près le texte de la tradition d’Ibn


Saâd9, qui clôt le récit de Muir, il nous est possible de faire au
moins trois observations qui peuvent invalider l’usage de
cette tradition dans ce cadre. Le but de cette lecture est de
démontrer l’instrumentalisation de la méthode dite
«  scientifique  » en matière d’études islamisantes et son
utilisation dans un but polémique  : d’abord, il y a une
contradiction interne entre le texte de cette tradition et le
texte coranique. C’est un élément qui, selon le code instauré
par Muir dans le premier volume de la biographie10, suffit
pour rejeter le récit traditionnel. Ensuite, dans la traduction
de la tradition (dont le texte original, par un souci de
transparence, est joint en notes de bas de page), il y a une
volonté très manifeste de la part de l’auteur de faire
coïncider la description fournie par la tradition avec
Mahomet et sa passion pour les femmes. En traduisant
«  khayra  hathihi  al­umma  » par «  the  chiefest  among  the
Moslems  » (le suprême parmi les musulmans), l’auteur
donne un sens restrictif à la tradition. Il cherche même à
marquer davantage ce sens restrictif en soulignant
clairement, au moyen d’une incise «  meaning  Mahomet  »
(désignant Mahomet), l’identité de celui qu’Ibn Abbas
évoque dans son discours. Il aurait fallu à l’auteur traduire
par «  le meilleur parmi ce peuple  » (c’est-à-dire le peuple
musulman) ou « le meilleur parmi vous », qui donnerait un
sens plutôt général à l’expression arabe. Enfin, dans la
traduction de la forme superlative de la racine verbale
« âthara », Muir confirme encore une fois sa volonté de faire
coïncider la tradition avec une vision propre de Mahomet. Le
verbe arabe qui peut se traduire par « favoriser, opter pour,
montrer une préférence pour » est étoffé par l’auteur par le
terme « passion » pour donner cette connotation sexuelle au
texte arabe. La tradition est ainsi isolée de son contexte puis
traduite à l’aide de quelques procédés syntaxiques pour
déformer ainsi son sens. Il est donc clair qu’à plusieurs
endroits, Muir a besoin du matériau musulman pour donner
un cadre légitime à son travail de biographe scientifique.
Mais ce matériau subira, en un second temps, l’influence
d’une perspective hostile pour enfin servir un objectif
ambitieux, celui d’abolir une religion concurrente.
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Influences de la biographie
26 Cette biographie produite dans des conditions de
confrontation intellectuelle et militaire, et de reviviscence
musulmane révèle chez l’auteur une orientation intellectuelle
de «  circonstance  ». À long terme, elle s’avérera être une
biographie à valeur méthodologique. Mais qu’en est-il de ses
influences  ? Il est évident que l’orientalisme scientifique tel
qu’il était inauguré par Muir et Sprenger n’avait pas pour
mission de réconcilier l’Orient avec l’Occident : les matériaux
découverts dans les bibliothèques de Lucknow et de Delhi
étaient rapidement utilisés pour démontrer aux musulmans
les réelles circonstances de la naissance de l’islam et les
vraies motivations de leur maître.
27 Dans le camp des musulmans, nul dessein de prendre
l’offensive. Même les auteurs les plus fortement hostiles à
Muir, tels que Sayyid Ahmad Khan et Syed Ameer Ali (tous
deux des musulmans modérés et des contemporains indiens
de Muir), s’abstiennent d’écrire une biographie, se jugeant
probablement moins dotés scientifiquement pour une telle
entreprise. Il a fallu au camp musulman attendre 1935, pour
qu’un historien égyptien, Muhammad Husayn Haikal, publie
une vie de Mahomet en réaction directe à l’historiographie
de l’islam primitif datant du XIXe siècle. Cette biographie
totalement hagiographique souligne de plus en plus le
caractère quasi-sacré de la sîra, une caractéristique pourtant
absente des histoires arabes des premiers siècles.
28 Dans le camp des missionnaires, plusieurs polémistes
s’inspirent largement de l’ouvrage de Muir. Ils le citent
invariablement et ils prennent la seule mention de son nom
pour garant de l’autorité de leur exposé. Aujourd’hui encore,
les associations et les organisations religieuses font référence
à plusieurs de ses développements11. Dans le camp
occidental, les historiens n’ont arrêté de faire référence à
Muir qu’à partir du moment où les islamisants, reprenant la
question de la tradition, ont pallié les insuffisances de
l’approche scientifique développée par lui-même et par
Sprenger. Ce n’est qu’à partir de 1950 que des auteurs tels
que Joseph Schacht, Patricia Crone, et Michael Cook
reprennent l’étude scientifique de la tradition et nous

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orientent vers de nouvelles pistes en matière d’inauthenticité


des hadīths. Par ailleurs, la dernière biographie dite
«  scientifique  », celle de William M. Watt (Muhammad  at
Mecca,  Muhammad  at  Medina),  publiée pratiquement un
siècle après celle de Muir (1953-1956), prend en compte la
démarche de celui-ci et résout les difficultés de la matière
traitée (ici la tradition) en évitant l’excès de scepticisme qui
condamne le corpus traditionnel comme totalement
apocryphe et tendancieux.
29 Tenant compte de l’arrière-plan historique et psychologique
de l’ouvrage, on peut penser que l’auteur maintient, avec ses
contemporains, une dynamique de partage d’une vision
impérialiste et religiocentriste. Cela en dépit d’une
divergence dans la démarche académique. Le maintien de
l’empire passe par l’affirmation «  raisonnée  » d’une
supériorité. L’islam aux yeux de cette génération
d’évangéliques fervents est le rival du christianisme et le seul
adversaire dans des jeux de suprématie et d’hégémonie, un
jeu dans lequel les polémistes chrétiens de son époque, de
par une pratique d’argumentation traditionnelle et quasi
médiévale, ont, à son sens, lamentablement échoué.
30 Mais il faut préciser que William Muir n’est pas le fondateur
d’une idéologie, mais seulement d’une méthodologie. Muir a
contribué à limiter la prolifération des biographies dites
«  populaires  » en imposant la critique interne et
systématique du support traditionnel. Mais il lui a fallu aussi
réinventer l’écriture orientaliste pour contourner un islam
qui devenait intellectuellement plus «  agressif  » et plus
« intelligent ». C’est une tâche individuelle qui lui est propre.
Il ne se contente pas de démontrer l’infériorité de l’islam en
tant que religion, mais il démontre les limites d’une pratique
biographique polémique. Il fustige ainsi les récits d’Irving
Washington, de Charles Forster, de Humphrey Prideaux, et
même de Tomas Carlyle et d’Edward Gibbon qu’il trouve
trop conciliants. Mais s’il n’est pas un fondateur d’une
idéologie, Muir est sûrement le colporteur d’une nouvelle
orientation dans le mode de confrontation religieuse islamo-
chrétienne.

Bibliographie
https://books.openedition.org/enseditions/794?lang=fr 13/17
15/05/2019 Rêver d’Orient, connaître l’Orient - Sir William Muir : l’européocentrisme scientifique victorien - ENS Éditions

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Bibliographie

Sources primaires – William Muir et les vies de
Mahomet

MUIR W., « Sources for Biography of Mahomet », Calcutta


Review, vol. XIX, 1853, p. 1-80.

— «  Relation of Christianity to Islam, and the Coran in its


last Meccan stage », Calcutta Review, vol. XXV, 1855, p. 197-
226.

— The Life of Mahomet, Londres, Smith & Elder, 1858, 1861.


Réédition  : Osnabrück, Biblio Verlag, 1988  ; New Delhi,
Voice of India, 1992. Traduction française L. Benezet,.
Mahomet  et  l’islam.  Esquisse  de  la  vie  du  Prophète  d’après
les  sources  originales  et  court  exposé  de  sa  religion,  Alger,
Publications méthodistes, 1930.

SPRENGER A., Life of Muhammad, Calcutta, 1851.

TOWNSEND M. W., «  Mahomet  », The  National  Review,


vol. VII, 1858, p. 137-160.

https://books.openedition.org/enseditions/794?lang=fr 14/17
15/05/2019 Rêver d’Orient, connaître l’Orient - Sir William Muir : l’européocentrisme scientifique victorien - ENS Éditions

WEIL G., Muhammad der Prophet, Stuttgart, 1843.

Sources secondaires sur le colonialisme
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BOEHMER E., Empire,  the  National,  and  the  Postcolonial


1890­1920,  Oxford – New York, Oxford University Press,
2002.
DOI : 10.1093/acprof:oso/9780198184454.001.0001

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DIRKS N., Colonialism  and  Culture,  Ann Arbor, University


of Michigan Press, 1992.
DOI : 10.3998/mpub.9302

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KING R., Orientalism  and  Religion,  Londres, Routledge,


1999.
DOI : 10.4324/9780203006085

SULERI S., The  Rhetoric  of  English  India,  Chicago -


Londres, University of Chicago Press, 1992.

VISWANATHAN G., Outside  the  Fold.  Conversion,


Modernity and Belief, Princeton, Princeton University Press,
1998.

Notes
1. G. Weil, Muhammad der Prophet, 1843.
2. A. Sprenger, Life of Muhammad, 1851.
3. The Life of Mahomet, vol. I, p. v. Toutes les traductions sont celles de
l’auteur. La version française de l’édition abrégée de la biographie de
Muir, intitulée Mahomet  et  l’islam,  est traduite par le pasteur Léopold
Bénézet, lequel pasteur publie la même édition abrégée sous un titre
remanié, L’extension  rapide  et  le  déclin  de  l’islam,  aux frais de
l’American Christian Literature Society for Moslems. Cette édition, tirée
en 15 exemplaires seulement, est aujourd’hui très rare.
4. W. Muir, The Life of Mahomet, vol. II, p. 321.
5. W. Muir, « Sources for biography of Mahomet », p. 23.
6. M. W. Townsend, « Mahomet », p. 150.
7. Les italiques sont de l’auteur.
8. W. Muir, The Life of Mahomet, vol. IV, p. 310.
9. Ibn Saâd, savant originaire de Bassorah, emprunte ses récits à son
maître, Wâqidi (traditionniste et historien du second siècle de l’hégire).
Ses Tabaqât  constituent la source traditionniste principale de la
biographie du Prophète de Muir.
10. Voir W. Muir, « Sources for the biography of Mahomet. The Coran,
and the Tradition », The Life of Mahomet, vol. I, p. I-CV.
11. Il suffirait de consulter les sites à caractère religieux sur le réseau
Internet (qui est l’un des supports modernes de prosélytisme et de
vulgarisation d’ouvrages à caractère polémique et apologétique) pour se
rendre compte de l’influence de cette biographie sur les formations
religieuses, surtout les formations protestantes. Mais il faut également

https://books.openedition.org/enseditions/794?lang=fr 16/17
15/05/2019 Rêver d’Orient, connaître l’Orient - Sir William Muir : l’européocentrisme scientifique victorien - ENS Éditions

signaler que quelques sites créés dans un but de prosélytisme musulman


se réfèrent, eux aussi, à certains développements de l’auteur chrétien,
notamment ceux qui présentent une image flatteuse du Prophète,
développée dans les deux premiers volumes de sa biographie.

Auteur

Faïza Boukraïaa

Faïza  BOUKRAÏAA,  Institut  de


sciences  humaines,  Jendanba
(Tunisie)
© ENS Éditions, 2008

Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540

Référence électronique du chapitre
BOUKRAÏAA, Faïza. Sir  William Muir  :  l’européocentrisme  scientifique
victorien In  : Rêver  d’Orient,  connaître  l’Orient  :  Visions  de  l’Orient
dans l’art et la littérature britanniques [en ligne]. Lyon : ENS Éditions,
2008 (généré le 15 mai 2019). Disponible sur Internet  :
<http://books.openedition.org/enseditions/794>. ISBN  :
9782847884203. DOI : 10.4000/books.enseditions.794.

Référence électronique du livre
GADOIN, Isabelle (dir.) ; PALMIER-CHATELAIN, Marie-Élise (dir.).
Rêver  d’Orient,  connaître  l’Orient  :  Visions  de  l’Orient  dans  l’art  et  la
littérature  britanniques. Nouvelle édition [en ligne]. Lyon  : ENS
Éditions, 2008 (généré le 15 mai 2019). Disponible sur Internet  :
<http://books.openedition.org/enseditions/747>. ISBN  :
9782847884203. DOI : 10.4000/books.enseditions.747.
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https://books.openedition.org/enseditions/794?lang=fr 17/17