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LES MYSTERES D’ENIGMA


(LE MONDE du 25 août 2000, article de Jean PLANCHAIS)

CODES SECRETS ALLEMANDS

1. La Pologne, après la première guerre mondiale, avait suivi d’un œil suspicieux
les activités militaires de l’Allemagne, qui reconstituait discrètement ses forces.

2. Le service secret polonais, l’Exposytura et sa section 4 (BS 4), commandée par le


lieutenant-colonel Guido LANGER, découvrirent en 1938 que Berlin utilisait un
nouveau chiffre.

- La marine allemande avait acheté, en 1926, à un docteur SCHERBIUS, des


machines à crypter à usage commercial.

- Ce docteur avait appliqué les principes définis par l’ingénieur


néerlandais Hugo Alexander KOCH et qu’avait utilisé de son côté
l’Américain Edward August HEBERN.

- Une machine commerciale modifiée fut mise en service le 9 février 1926,


puis, en 1928 l’armée de terre apporta de nouveaux perfectionnements à
Enigma.

- C’est cette dernière qui resta en service, avec quelques


perfectionnements, jusqu’à la fin de la guerre.

- Elle fut, selon de récentes estimations, construite par les


belligérants à quarante mille exemplaires.

- Ramenée aux proportions d’une machine à écrire, Enigma présente


l’avantage d’être réversible, elle opère le chiffrage et le déchiffrage des
messages.

- Elle est fondée sur le principe du tambour chiffrant ou rotor, un disque de


matériau isolant qui comporte sur chaque face vingt-six contacts
électriques.

- Avec trois rotors à choisir parmi cinq, on obtient 17 576 possibilités et, par
diverses manipulations, on pourrait en principe aboutir a un nombre de
l’ordre de 27 suivi de 22 zéros.
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3. Le BS 4 releva le défi, il recruta vingt étudiants en mathématiques, en sélectionna


trois.

- Le plus brillant, Marian REJEWSKI, fut envoyé se perfectionner à


l’université de Göttingen.

4. Du côte français, le futur général Gustave BERTRAND, alors capitaine, après


avoir en vain essayée de percer le secret du chiffre allemand, il se résout à
l’acheter.

- Un chiffreur allemand de haut rang, Hans Thilo SCHMIDT, sous le


pseudonyme d’Asche (cendre) ou HE, livre pour 10 000 marks, fin
novembre 1931, une description d’Enigma et ses procédures d’emploi.

- Il vendra, au cours de dix-sept rencontres, une foule d’autres


renseignements aux services français.

- Il sera dénoncé par un traître et discrètement exécuté en 1943.

5. Les Français communiqueront leur butin aux Polonais et aux Britanniques, mais
ces derniers se contentent de les classer.

6. Les Polonais, après avoir utilises ces informations avec fruit, ils parviennent à
déchiffrer un certain nombre de messages.

- Ainsi liront-ils ceux qui furent échangés le 30 juin 1934, lorsque Adolf
HITLER, fit massacrer, au profit des SS de HIMMLER, Ernst RÖHM et
les principaux chefs des SA.

7. La Grande-Bretagne, à partir de 1936, commence à se défier de l’Allemagne, et


lorsque la France communiqua à l’Ecole gouvernementale des codes et chiffres
(Gouvernement Code «GC» and Cypher School «CS»), dirigée par le
commander A DENNISTON, ces informations furent accueillis avec d’autant
plus d’intérêt que les spécialistes anglais avaient eux-mêmes construit une
machiné à déchiffrer les messages d’Enigma, «Typex».

8. Le BS 4 profita, à nouveau, de l’aubaine et construit un engin baptisé «Bomba»


qui simulait le fonctionnement de deux types d’Enigma.

- Les renseignements fournis leur permirent de comprendre le câblage des


rotors.

9. En 1938, le BS 4 profita a nouveau des informations fournies par le chiffreur


allemand.
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10.Les Britanniques, à la veille de la guerre, avaient embauché un ancien élève


d’EINSTEIN à Princeton, Alain TURING, professeur de mathématiques à
Cambridge, qui fit faire d’énormes progrès à la recherche d’outre-Manche.

- La «Bomb» anglaise, homologue de la «Bomba» polonaise, voit le jour.

11.Gustave BERTRAND, devenu commandant, réunit à Paris, le 9 et 10 janvier


1939, au siège du service de renseignement, 2 bis avenue Turville, les trois
partenaires de la recherche, mais Français, Anglais et Polonais se séparent sans
résultat visible.

- Les responsables du BS 4 estimaient qu’on ne leur offrait rien tangible et


gardèrent pour eux le résultat de leur recherches.

12.Le colonel LANGER invite, le 25 et 26 juillet 1939, BERTRAND et son adjoint,


le capitaine BRAQUENIE, DENNISTON et les siens à une rencontre dans le
bois de Pyry, près de Varsovie, où un blockhaus abrite le BS 4.

- Auprès du chef Anglais se tient un professeur de mathématiques à Oxford,


présenté sous le pseudonyme de Sandwich, ce personnage discret, qui
n’affiche pas de connaissances scientifiques particulières, n’est autre que le
colonel Stuart MENZIES, adjoint et futur chef «C»du Secret Intelligence
Service.

13.LANGER annonce qu’il a réussi à construire des répliques d’Enigma, et offre


une à chacun de ses homologues.

14.Les deux machines furent envoyées à Paris par la valise diplomatique, du


BERTRAND fit parvenir à Londres celle qui était destinée à MENZIES.

15.Soucieux, sans doute, d’éviter une quelconque tutelle de BERTRAND,


LANGER avait précédé son cadeau et eut de longs entretiens avec les
Britanniques.

16.Un mois plus tard, à l’aube du 1er septembre 1939, les Allemands envahissent la
Pologne.

17.L’équipe du BS 4 tente de fuir, certains de ses membres sont arrêtés par les nazi.

18.Quinze autres gagnent la Roumanie où ils trouvent porte close à l’ambassade de


Grande-Bretagne, mais sont accueillis à bras ouverts par l’ambassade de France
et le représentant du service de renseignement français.
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19.Ils gagnent la France avec les deux Enigma qu’ils ont sauves et sont affectés,
près de Gretz (Seine-et-Marne), ou château de Vignolles, où est installé le PC
Bruno, siège, depuis le début de la guerre, du service du chiffre.

20.Les Français déclineront la proposition anglaise d’une fusion, mais un officier de


liaison muni d’un téléscripteur, le capitaine MacFARLANE, assure un lien
constant et étroit avec Bletchley Park.

21.L’équipe polonaise, avec le concours des Britanniques, progresse très vite, ils
décryptent les messages échangés par les régions militaires allemandes, ceux de
la Luftwaffe avec l’armée de terre puis ceux des forces allemandes en Norvège.

22.Le 1er mai 1940, au moment où se joue le sort de la France les Alliés sont
aveugles et sourds vu que, dix jours avant d’engager la bataille de France, les
Allemands changent leurs procédures d’utilisations d’Enigma, sans doute par
simple routine.

- Bletchley Park réussit cependant à casser le nouveau code allemand le 21


mai 1940.

23.Le 23 juin 1940, le château de Vignolles est évacué en catastrophe, les Polonais
partent en Afrique du Nord, avant de retourner pour s’installer secrètement au
château de Fouzes.

- Le château a été acheté en juillet 1940 par le commandant BERTRAND,


avec la bénédiction du général WEYGAND avant que celui-ci soit contraint
de quitter, le 5 septembre 1940, le ministère de la défense nationale pour
un post en Algérie.

24.Les rescapés du service du chiffre, qui se nomme pudiquement la «la section


d’examen», sept Français, sept Espagnoles et quinze Polonais s’installe
discrètement autour de «patron» de sa femme et de son adjoint, au château des
Fouzes, non loin d’Uzès (Gard).

25.Le nom de code de Fouzes est Cadix, y travaillent deux groupes d’experts,
l’équipe «D», composée principalement d’Espagnols, est chargée des
décryptements traditionnels, les Polonais de l’équipe «Z» se penchent sur les
machines allemandes Enigma.

26.Le commandant BERTRAND fit monter quatre nouvelles machines à Fouzes,


avec des pièces qui, commandées avant la défaite à un fabricant américain de
caisses enregistreuses, lui furent néanmoins livrées.
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27.Ses équipes déchiffrèrent cinq mille messages environ, qui furent transmis à
Londres, au Secret Intelligence Service (SIS), par un poste émetteur fourni par
les Britanniques et installé à Sayat (Puy-de-Dôme).

28.En septembre 1942, Pierre LAVAL autorisa des équipes allemandes de repérage
des émetteurs clandestins à opérer en «zone libre».

29.Les émissions de Cadix leur étaient connues, mais non leur origine, il fallut
déménager d’urgence, le 6 novembre 1942, deux jours avant le débarquement
anglo-américain en Afrique du Nord, le PC fut évacué et le matériel camouflé
jusqu’à la Libération, après quoi, alors que les troupes allemandes occupaient
l’ensemble du territoire, les équipes furent dispersées.

30.Les Espagnols purent gagner l’Afrique du Nord, les Polonais renforcèrent, en


Angleterre, les spécialistes anglais installés à 80 kilomètres au nord-ouest de
Londres dans les baraquements de Bletchley Park.

31.Bletchley Park a désormais pour chef le squadron leader Frederick


WINTERBOTHAM, chef du service de renseignements de la RAF.

32.Sous le nom du code «Ultra» utilisé par l’amiral NELSON à Trafalgar, il met en
route un vaste programme qui couvre non seulement les activités des experts de
Bletchley Park, mais un réseau très secret qui en permet l’utilisation des équipes
spéciales, dont le rôle est soigneusement dissimulé.

- Les SLU, sont placées aux côtés des principaux responsables militaires et
pourvues de machines Enigma les renseignent au jour le jour sur les
intentions adverses.

- Les Britanniques et, plus tard, leurs alliés américains usent de divers
stratagèmes pour que les Allemands ignorent que leurs échanges secrets
sont connus, comme par exemple des fausses reconnaissances aériennes qui
découvrent des préparatifs déjà connus.

- Jusqu’à la fin de la guerre, les SLU, ignorés de la plupart des officiers


supérieurs, joueront leur rôle secret auprès des états-majors alliés,
notamment en interceptant les ordres donnes pendant la bataille de
Normandie, mais lorsque Von RUNSTEDT, le 19 décembre 1944, perça
dans les Ardennes le front anglo-américain, la surprise fut totale.

33.La marine allemande utilise des procédures plus complexes que celle de la
Wehrmacht et, en particulier, use d’un nombre plus élevé de rotors.
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34.En février 1941, le chalutier Krebs est intercepté par la Royal Navy près des îles
Lofoten, ou large de la Norvège, l’équipage jette à la mer les rotors en service
mais n’a pas le temps de se débarrasser des rotors de réserve.

35.Le 8 mai 1941, au sud du Groenland, le submersible allemand U-110, poursuivi


et gravement endommagé, fait surface, son commandant déclenche les charges
de destruction, elles ne fonctionnent pas, avant que l’U-110 s’enfonce sous les
eaux les marins anglais ont eu temps de «sauver» la machine Enigma du bord.

36.Le 9 mars 1943, la Kriegsmarine a créé deux réseaux aux procédures


différentes, Triton pour l’Atlantique et Hydra pour le trafic côtier, avec une
nouvelle machine Enigma.

37.De son côté l’Abwehr, le service de renseignements allemand, met sur pied, a-t-
on appris récemment, son propre réseau avec ses codes particuliers, mais auquel
les génies de Bletchley Park ont trouve la solution.

Cryptographes allemands.

- Les cryptographes allemands, de leur côté, ne sont pas restés inactifs et ils ont
depuis longtemps cassé les codes anglais, comme ils avaient cassé, longtemps
auparavant, le code diplomatique français.

Cryptographes Américains.

1. Les Etats-Unis n’ont joué dans tout sa qu’un rôle tardif, vu que en 1929, le
secrétaire d’Etat STIMSON avait déclaré qu’un gentleman de lit pas le courrier
d’autrui et coupé les crédits au «cabinet noir» qui se livrait à cette occupation
«immorale».

2. Le Signa Intelligence Service avait discrètement repris et continué ses activités,


mais in n’existait, avant la guerre, aucune liaison entre les services américains de
ce type et leur homologues anglais, français ou polonais.

Cryptographes Soviétiques.

1. Aux Soviétiques, les Britanniques se sont bien gardés de communiquer leurs


secrets, mais magnanimes, ils leur font part du contenu des interceptions d’Ultra
non sans les avoir soigneusement choisies et quelquefois orientées dans le sens
de leurs intérêts.

2. Les Britanniques ignorent que deux membres du «groupe de Cambridge», qui,


autour de PHILBY, renseignent Moscou, communiquent à l’URSS les messages
authentiques.