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CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET METIERS CHAIRE DE FORMATION DES ADULTES (Professeur Guy JOBERT)

LE MEMOIRE ET LA NOTE BIBLIOGRAPHIQUE DU DESA « Responsable de projets de formation »

Consignes aux auditeurs

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Pourquoi un Mémoire au niveau DESA ?

• Le DESA (Diplôme d’études supérieures appliquées) de Responsable de projets de formation est un titre professionnel inscrit au Répertoire national des certifications professionnelles, au niveau II. En termes universitaires, il se situe donc au niveau bac + 4. A ce niveau d’études supérieures, il est admis que les étudiants doivent présenter un document témoignant de leur capacité à rédiger un texte long, construit, argumenté, et à traiter une question à un certain niveau de généralité, en référence à des courants de pensée, des auteurs, des théories.

• L’épreuve du Mémoire traduit également la conception de la compétence professionnelle qui inspire l’offre de formation du CNAM, et plus particulièrement de la Chaire de formation des adultes. Pour nous, un professionnel de haut niveau n’est pas seulement un étudiant qui a satisfait aux évaluations de chacune des U.E. du parcours d’étude et/ou un praticien reconnu comme efficace dans son milieu professionnel. Deux éléments manquent à la définition : d’une part la capacité à se dégager des spécificités d’une classe de situations familières pour aborder des situations inédites ou atypiques et y inventer des réponses pertinentes ; d’autre part la capacité à questionner sa pratique d’un double point de vue technique et éthique, à tenir un discours sur son action, à la commenter, à la confronter à l’action d’autres praticiens, à la situer de manière critique dans des contextes élargis et dans l’évolution des pratiques et des idées.

Faire de son action un objet de pensée et de confrontation exige qu’elle soit également un objet de parole. Dans cette perspective, le langage n’est pas d’abord le véhicule de la pensée mais son matériau. L’exigence du Mémoire professionnel s’inscrit dans ce projet.

L’esprit du Mémoire

Le Mémoire DESA est un mémoire professionnel et non un mémoire de recherche au sens académique de la formule. Pour autant, la démarche à laquelle sont invités les auditeurs du DESA constitue une forme particulière de recherche car il s’agit dans tous les cas d’accroître l’intelligence des situations en s’appuyant sur des savoirs déjà constitués. Quand un praticien se « met en recherche », il prend comme point de départ de sa démarche réflexive une situation problématique rencontrée dans sa pratique. Par « problématique », il faut entendre deux choses. D’une part, cette situation semble résister à l’application des règles de métier considérées comme pertinentes pour cette classe de situation. A ce titre, elle met en échec les savoirs professionnels du praticien et le déroute. D’autre part, cette situation « pose question » dans sa compréhension m^ême, elle apparaît énigmatique ou lourde de significations diverses du fait de sa complexité, de son opacité ou simplement de son exemplarité. Dans les deux cas, le praticien a le sentiment qu’il y a quelque chose à comprendre dans cette situation, au-delà de sa singularité et de son caractère local. Pour prétendre y voir un peu plus clair et en tirer des enseignements pour son action future, le praticien-chercheur doit donc à la fois creuser davantage la situation problématique de référence et s’en dégager en la rapportant à des savoirs plus généraux.

Le praticien-réflexif que forme le DESA est donc un(e) professionnel(lle) capable :

- d’identifier le caractère problématique d’une situation professionnelle, de la décrire de façon pertinente, de la rendre plus intelligible en vue d’agir sur elle de façon efficace

- de repérer, dans une situation particulière concrète, une (ou des) question(s) plus générales

qui sous-tendent le cas particulier ; d’éclairer cette question en ayant recours à des savoirs déjà constitués ; de rendre compte par écrit, en s’adressant à la communauté des praticiens, de ce cheminement qui va d’une question rencontrée dans l’action à une interrogation à portée plus générale, à l’intérieur de la sphère professionnelle.

Les composantes du Mémoire

Quatre développements constituent en quelque sorte des ingrédients nécessaires du Mémoire. On peut les concevoir comme les parties successives du texte, son plan, mais on peut également s’en éloigner, les adapter ou s’en affranchir pourvu que le lecteur les retrouve tout de même sous une autre forme. 1

1- Description

La description de la situation dans laquelle s’ancre la réflexion ne constitue pas un préalable secondaire du Mémoire mais bien au contraire un impératif majeur pour trois raisons :

- d’abord pour fournir au lecteur les informations nécessaires à la compréhension de la situation évoquée. L’image de référence du destinataire de la description est celle d’un lecteur informé des choses de la formation et de la vie des organisations mais totalement ignorant de la situation précise retenue par l’auteur. Il faut donc choisir l’empan de la description (le macro, le mezzo, le micro), et d’autre part son « grain ». Rien de superflu dans la description mais tout ce qui est nécessaire à la représentation de la situation et de ses enjeux, et à la compréhension de ce qui fait problème.

- ensuite parce que l’exercice consistant à sélectionner et à formaliser les informations qui permettent de comprendre des structures ou des fonctionnements et de percevoir des enjeux, constitue un véritable exercice d’entraînement professionnel. Dans leur pratique, les responsables de formation ont souvent à réaliser cet exercice jamais facile.

- enfin, parce que la description est déjà une construction, et contient une interprétation de la situation évoquée. D’une certaine manière, le rédacteur la redécouvre à ses propres yeux en l’exposant à autrui.

Ajoutons que la description ne doit pas être entendue comme le simple relevé de faits bruts, l’inventaire froid d’informations objectivées, ou encore le tableau impersonnel d’une situation. Une description vivante et évocatrice doit s’accompagner de commentaires personnels destinés à informer le lecteur, mais aussi à lui faire partager le rapport que l’auteur-acteur entretient ou a entretenu avec ce dont il parle. Le lecteur doit cependant différencier suffisamment ce qui est factuel et de ce qui est ajouté par le commentateur. Bien que personnel, le commentaire évitera, autant que possible, d’être évaluatif.

2- Thématisation

1 Le présent document vise à cadrer le travail des auditeurs dans un objectif d’aide plus que de prescription. Dans l’enseignement supérieur, la production des étudiants en fin de cycle d’étude doit rester libre, et tout travail de qualité qui ne s’inscrirait pas exactement dans ce cadre resterait recevable.

L’opération de « thématisation » (on pourrait dire aussi de « problématisation ») est toujours difficile à définir. Elle consiste à repérer à quelle(s) questions(s) d’ordre général renvoie la situation locale problématique rencontrée. A travers les détails touffus de toute situation micro-locale, leur apparence anecdotique, voire triviale, il s’agit de se demander « de quoi s’agit-il, de quoi parle cette situation, quel est le problème général qu’elle contient et qu’elle illustre ? » Il est clair qu’il n’est pas d’activité, si modeste et limitée qu’elle puisse se donner à voir, qui ne puisse fournir matière à thématisation et porter la réflexion bien au-delà des données initiales. La thématisation est une opération active consistant à relier le singulier et le général. On parlera alors de « montée en généralité ». Une même situation peut donner matière à plusieurs thématisations parmi lesquelles il faudra choisir en fonction de leurs puissances heuristiques respectives mais aussi des intérêts personnels de l’auteur.

3- Analyse de la « question » retenue

La production théorique en sciences sociales a pour finalité d’éclairer et de rendre plus intelligibles les affaires humaines. Même lorsqu’elles ne cherchent pas l’applicabilité, elles peuvent être utilisées comme des outils de pensée, des instruments pour mettre en évidence et saisir des niveaux de réalité qui dépassent l’apparence des phénomènes observés ou des faits vécus. On cherche ainsi à prendre ses distances par rapport aux présupposés et aux discours de l’évidence. Le praticien-chercheur devra rechercher, parmi les disciplines de référence de la formation des adultes, les notions, concepts, auteurs, courants de pensée avec lesquels il va aborder la question retenue. En évitant de saisir les faits avec des instruments multiples, éventuellement contradictoires, le praticien devra choisir une entrée et s’y tenir, sachant que cette entrée peut renvoyer à plusieurs auteurs, voire à plusieurs disciplines.

Il est probable qu’à l’occasion des enseignements reçus dans le cursus DESA, les auditeurs « rencontrent » des notions ou des courants d’idées qui les intéressent particulièrement et leur semblent « puissants » pour rendre compte de telle ou telle réalité. On recommandera donc aux auditeurs d’explorer les apports reçus au cours des différents enseignements suivis dans le cadre du DESA et d’y rechercher les savoirs, les références, les auteurs sur lesquels appuyer leur propre réflexion.

Cette partie devra comporter la présentation des notions utilisées et montrer la façon dont elles sont utilisées pour éclairer la « thématique » retenue (et non plus le problème rencontré dans l’action). Le lecteur devra pouvoir faire le lien entre ces notions et les lectures qui font l’objet de la « note bibliographique » présentée séparément (voir à la fin de ce texte).

4- Conclusion

Dans la mesure du possible, il serait souhaitable d’y trouver deux volets :

- l’un que l’on pourrait intituler « retour vers l’action » : est-ce que le détour réflexif suggère au praticien des pistes d’action alternatives ou lui inspire des recommandations quant à la façon de prendre les problèmes rencontrés et de les traiter ?

- l’autre que l’on pourrait intituler « retour vers soi » : comment ce travail de réflexion et de rédaction de longue haleine prend-il place dans mes apprentissages, dans mon parcours et dans mes projets ?

L’adressage du Mémoire

Il est très important pour le rédacteur de savoir à qui il adresse son écrit. Les adressages sont ici multiples. Pour l’essentiel, nous vous recommandons de viser (dans votre esprit) un public de pairs. Mentalement, adressez-vous à la communauté professionnelle des praticiens de la formation des adultes (dont font partie les enseignants du CNAM). Faites de votre Mémoire une contribution à la production de notre savoir professionnel commun. A cette condition, les Mémoires seront utiles à d’autres praticiens, pour la description de situations et pour l’usage réflexif qui en est fait.

Le volet « retour vers soi » de la conclusion pourra être adressé plus particulièrement à soi-même et aux enseignants du DESA.

• Le choix du terrain et de la question

Ce choix est libre et dépend de votre situation propre : en activité ou en recherche d’emploi, dans un milieu favorable ou non, etc. Il est possible et même recommandé de relier le choix de l’objet de votre Mémoire avec « le projet » que vous devez conduire dans le cadre de l’UE FAD 110. Ce projet aura déjà été exploré selon une méthodologie formalisée, confronté aux points de vue d’autres auditeurs, éclairé par les commentaires de l’enseignant. Cela peut constituer une facilité. L’UE FAD 113 peut également être le point de départ de votre Mémoire.

ATTENTION : S’appuyer sur le projet réalisé dans le cadre de FAD 110 ne signifie en aucune façon que le Mémoire est préparé dans le cadre de cette UE. Celle-ci n’a ni cet objecti,f ni ce contenu, et l’enseignant responsable de cette UE n’a pas en charge le suivi des Mémoires, ni collectivement, ni individuellement.

• L’évaluation du Mémoire

La forme et le fond ne sauraient être distinguées ; les deux doivent être soignées. La note sera attribuée par quart à chacune des composantes du Mémoire, que celles-ci apparaissent ou non comme des parties distinctes et successives. Un volume de 40 à 50 pages est nécessaire – et en principe suffisant pour traiter les différentes parties. Il n’est pas prévu de soutenance orale.

CLAUSE DE CONFIDENTIALITÉ : un travail universitaire doit garantir aux étudiants la plus grande liberté d’expression et de pensée, surtout lorsque celles-ci prennent pour objet des réalités sociales réelles et proches, parfois difficiles. Le CNAM s’engage à ce que les textes produits ne soient diffusés qu’avec l’assentiment exprès de leurs auteurs.

La note bibliographique

Elle est matériellement distincte du Mémoire et devra figurer à sa suite mais, au plan intellectuel, elle est directement en relation avec la recherche qui fait l’objet du Mémoire. La note bibliographique porte sur un ouvrage ou sur deux articles parmi ceux utilisés pour les besoins de la réflexion ; le lecteur doit percevoir ce qui relie l’ouvrage à la réflexion de l’auditeur.

On doit trouver dans la note : l’auteur, le titre, l’année de publication, l’éditeur – l’auteur doit être situé par rapport à un courant intellectuel – la structure de l’ouvrage doit apparaître – son contenu doit être davantage synthétisé que résumé pas-à-pas – on doit percevoir clairement ce qui relie l’ouvrage à la réflexion menée par l’auditeur dans le Mémoire ainsi que la position personnelle qui est la sienne par rapport aux idées exposées dans l’ouvrage.

Son volume est de 5 à 10 pages.

Novembre 2008