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CHOIX

DES

CLASSIQUES PROFANES
A L'USAGE DES HUMANITÉS
ÉDITION COMPLÈTEMENT EXPURGÉE

Kl RÉDIGÉE D'APRÈS LE PROGRAMME DU BACCALAURÉAT

PAR M. P . F. VIVIER
Ancien professeur

TOME PREMIER
'<gn • •••

PROSATEURS

PARIS
GAUME FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS
RUE CASSETTE, N° 4

18 57
Biblio!èque Saint Libère

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CHOIX
DES

CLASSIQUES PROFANES
A L'USAGE DES HUMANITÉS

TOME f
Les exemplaires non revêtus de la signature ci-dessous
seront réputés contrefaits et poursuivis comme tels.

L E S MÊMES LIBRAIRES ONT DÉJÀ PUBLIÉ :

20 volumes de Classiques Chrétiens Latins.


12 volumes de — — Grecs.

TYPOGRAPHIE DE II, FIKMIN DIDOT, — MESJNIL ( E U R E ) .


Les deux volumes que nous offrons ici à la jeunesse stu-
dieuse sont appelés, nous n'en doutons pas, à dessiller bien
des yeux. On a dit et répété, avec une persistance vérita-
blement surprenante, que Monseigneur Gaume excluait
des études les auteurs profanes et qu'il n'y voulait admettre
que des auteurs chrétiens. Dans l'ouvrage même qui a
inauguré la question des Classiques [Le ver rongeur),
il écrit formellement le contraire, et toutes ses publica-
tions subséquentes expriment invariablement la même
opinion. Qu'au milieu des débats soulevés dans l'intérêt de
la littérature chrétienne on ait pu paraître oublier m o -
mentanément de faire remarquer les qualités éminentes
et l'utilité relative des auteurs païens, il est facile de le
comprendre. Mais, parce qu'on ne croyait pas nécessaire
de rappeler ce sur quoi tout le monde tombait d'accord,
ou parce qu'on se contentait de faire ressortir les inconvé-
nients de l'étude exclusive des auteurs païens, s'ensuit-il
qu'on voulut les exclure à leur tour? Monseigneur Gaume
aurait eu raison, il y a longtemps, contre cette prévention
malheureuse s'il nous eut été possible de céder plus tôt
à ses pressantes sollicitations. Aujourd'hui, du moins, les
plus obstinés vont avoir des preuves matérielles et pal-
pables, qu'ils ne tenteront sans doute pas de récuser.
Nous le reconnaissons volontiers, les païens avaient
reçu de Dieu des dons naturels plus ou moins excellents;
Us ont cultivé avec succès les lettres, les arts et les sciences.
a
Leurs ouvrages contiennent un certain nombre de vérités,
empruntées aux traditions primitives et au fonds commun
de l'intelligence et de la raison humaine. Quelques-uns
sont dépositaires des faits qui constituent, du moins en
partie, l'histoire des temps anciens. D'autres renferment
des harangues éloquentes ou des morceaux, de poésie
qu'on admire encore. Tl n'est donc pas inutile de ?es
connaître, ne fût-ce que comme moyen de faire l'étude
comparée de la littérature chrétienne et de la littérature
profane. On y trouvera de plus l'avantage de lire dans les
textes originaux la vie des peuples païens; de constater
les immenses bienfaits dont nous sommes redevables à
l'Evangile, et de montrer à ceux qui affectent de l'igno-
rer la permanence de la foi du genre humain aux vérités
catholiques. En un mot, pour rappeler une expression de?
Pères de i'Eglise ce sera le moyen de faire servir les dé-
?

pouilles des égyptiens à l'ornement du sanctuaire.


Mais s'agit-j] de faire des auteurs païens une étude
approfondie/? Outre que cette étude, aujourd'hui surtout,
ne peut, d'une part, être que le partage du petit nombre.,
elle suppose, d'autre part, un développement intellectuel
qui, sauf de très-rares exceptions, ne se rencontre pas a
un degré suffisant dans les jeunes habitants de nos mai-
sons d'instruction secondaire. N o n ; tout ce qu'on est **T\
droit d'exiger d'un bon système d'enseignement, c est.
oe nous semble, qu'après avoir formé l'esprit, le cœur et
le goût de la jeunesse chrétienne avec des auteurs égale-
ment chrétiens, il l'initie à la connaissance des principaux
auteurs profanes. Libre, plus tard, à ceux qui en auront
in loisir, le goût ou le besoin, de parcourir, en tout ou en
partie, la carrière que l'on aura ouverte devant eux.
Toutefois cette initiation veut être faite avec une grande
prudence ; car l'expérience a montré trop souvent qu'elle
*st pleine de dangers. La vérité et Terreur, le bien et le
mal se trouvent tellement mélangés dans les auteurs
païens, et hi discernement en est si difficile a faire »[ur
PKKFAGG. Hl
plus d'un jeune homme pourrait, en jetant un regard sur
son passé, s'écrier avec Ovide

Hei niilii! cur didici? cur me docnêre magistri?


Littcraque oui oculos ulla monta meos?
(Tristes9liv. IL)

Kn effet, les auteurs païens sont si peu (ails pour former


des chrétiens, c'est-à-dire des citoyens utiles et des hom-
mes de leur pays et de leur siècle, qu'au sortir du collège
nous sommes obligés d'oublier la majeure partie de ce
que nous avons appris à leur école et de réformer la p l u -
part de nos idées, sous peine d'être de fort mauvais chré-
tiens, do tristes citoyens et de ridicules personnages. El.
néanmoins, en quittant le collège, nous devrions n'avoir
rien à oublier, rien h changer : idées, sentiments, lan-
g a g e , tout devrait rester le même, et nous devrions
entrer, pour ainsi dire, deplain-pied dans la société que
nous sommes appelés à servir et h honorer. E n sorte
qu'un protestant de nos jours a dit avec raison : « Ce sera
« un des étonnements de l'avenir d'apprendre que l'Eu-
<f rope chrétienne envoie, pendant les années décisives
« de la vie, l'élite de sa jeunesse se former à l'école des
« païens. »
Aussi un des plus graves inconvénients qui résulte d'or-
dinaire de cette étude à peu près exclusive des auteurs
païens, c'est de passionner la jeunesse pour des idées el
des formes sociales qui ne sont plus de notre époque et
n'entrent plusdans nos mœurs. De là cette division profonde
et cette opposition entre les idées des masses et celles des
prétendus lettrés. Delà ces efforts parfois gigantesques d'un
coté, mais toujours infructueux, et de l'autre, cette répul-
sion instinctive pour des institutions applicables seulement
à des peuples enfants et dès lors souverainement incom-
patibles avec les sociétés actuelles. Voilà pourquoi l'Eu-
rope moderne a été témoin et victime de tant de luttes
sanglantes, La révolution française, en particulier, au
ïV PRÉFACE.

dire de tous ceux qui l'ont vue et étudiée de près, restera


comme un

Monument effroyable à la race future (1)

de la' réalité et de la grandeur du danger que nous signa-


lons i c i .
E n effet, ainsi que le disait à la tribune le régicide
ChazaI, « l'éducation fait tout. » Et il ajoutait : « S i nous
« avons relevé nos fronts courbés sous le joug de la mo-
« narchie, c'est parce que l'heureuse incurie des rois nous
« laissa nous former a u x écoles de Sparte, d'Athènes et de
7
« Rome. Enfants, nous avions fréquenté Lj curgue, Solon,
a les deux Brutus, et nous les avions admirés ; hommes,
a nous ne pouvions que les imiter. » Voici sa conclusion :
« Nous n'aurons pas la stupidité des rois : tout sera ré-
« publicain dans notre république. »
N'est-ce pas encore une autre anomalie et un des ré-
sultats les plus funestes de l'étude exagérée des auteurs
païens, pendant les années décisives de l'éducation, que
de faire travailler sur le vide des âmes créées pour la v é -
rité ; de les forcer à grandir dans un monde qui n'a aucun
rapport avec le n o t r e ; de heurter souvent la droiture et
la simplicité de leur foi et de flétrir la fleur de leur in-
nocence; de leur inspirer ce qu'on peut appeler l'idolâtrie
de la phrase et de la forme plutôt que l'estime de la
raison et le culte de la vertu; de les conduire infaillible-
ment à l'ignorance réelle et même à un mépris secret du
christianisme, soit comme inspirateur du génie dans les
lettres, les sciences et les a r t s , soit comme élément n é -
cessaire des sociétés humaines et principe obligé de toute
véritable vertu? Ces préjugés,dont on revient si diffici-
lement, ont des résultats véritablement désastreux.
Pour éviter ces dangers et ces inconvénients, trois
choses nous paraissent de rigueur : tl faut, avant t o u t ,

(1) Crohillon.
PRÉFACE. V

cesser de présenter à la jeunesse, ainsi qu'on l'a l'ait trop


longtemps, les auteurs païens comme le type unique et
obligé de la perfection. S i , dans les arts qui ont demandé
leurs inspirations à l'esprit et aux croyances des temps
modernes, on remarque une incontestable supériorité sur
les Grecs et les Romains, pourquoi n'en serait-il pas ainsi
dans la littérature ? Tout peuple parle précisément autant
qu'il pense et aussi bien qu'il pense. Qui donc oserait dire
que les païens avaient un fonds de vérités aussi riche,
aussi varié que les peuples chrétiens? « Quand on veut
nous restreindre exclusivement à la littérature d'Athènes
et de R o m e , c'est qu'on n'a pas assez réfléchi que, le
beau absolu étant la manifestation du vrai et de l'infini,
la variété des formes possibles est inépuisable... Aussi,
tant qu'on n'aura pas prouvé que le catholicisme n'est pas
la plus haute expression des croyances de l ' h o m m e , les
partisans de l'art catholique seront fondés à soutenir que
la littérature classique est restée en deçà du progrès qu'on
peut remarquer dans la plupart des autres arts. » (Baudet.)
On chercherait donc vainement dans la littérature païenne
le type définitif et le modèle infranchissable qui convien-
nent h nos mœurs et à notre temps. L e progrès n'est ni
stationnaire ni rétrograde, et le christianisme est l'ins-
trument du progrès inauguré par l'Evangile.
Il faut, en second lieu, se contenter de mettre entre les
mains de la jeunesses desimpies extraits des auteurs pro-
fanes les plus célèbres, celcberrimi, comme dit l ' E n c y -
clique de Pie I X . Ce qui indique suffisamment que l'étude
<m doit être réservée pour les classes supérieures, alors que
les élèves sont en âge d'en tirer quelque profit.
Tl faut enfin, suivant la prescription du même Pontife,
que ces extraits, faits avec discernement, soient complè-
tement expurgés, ah omni laba purgatis. Or cette expur-
gation doit avoir lieu aussi bien sous le rapport intellec-
tuel que sous le rapport moral; car pervertir l'esprit n'est
pas moins funeste que corrompre le cœur.
VI PRÉFACE.

Nous n'avons pas besoin de dire que tout ce qui pour


rait offenser les mœurs a disparu de nos classiques. Quant
aux idées, on en trouve de trois sortes dans les auteurs
païens : les unes sont absolument fausses; d'autres ne sont
vraies qu'à d e m i , et il en est qui sont vraies de tout
point, Dans l'impossibilité de séparer entièrement l'ivraie
du bon grain, nous avons mis au bas des pages des obser-
vations qui rectifient les premières, complètent les se-
condes et montrent que les troisièmes nous appartien-
nent. Tel est l'esprit dans lequel ont été composés nos
deux v o l u m e s , l'un de Prose et l'autre de Poésie pro-
fanes.
S i l'on ne trouve pas dans ce recueil certains morceaux
généralement estimés, on voudra bien se souvenir que
nous ne pouvions pas y faire tout entrer. Et d'ailleurs,
si l'on y réfléchit, on verra aisément que ces morceaux,
qui se réduisent à quatre ou cinq au plus, ne seraient
peut-être pas sans inconvénients pour la jeunesse. A une
autre époque de la vie l'étude en pourra être faite avec
fruit, si les circonstances le demandent.
Enfin, il est une autre exigence dont il nous a fallu te-
nir compte : c'est le programme du baccalauréat. Calque
sur ce p r o g r a m m e , notre recueil, qui renferme plus de
texte qu'on n'en explique communément clans les classes
supérieures, familiarise les jeunes gens avec tous les
auteurs dont l'explication forme le sujet obligé de l'examen
et les met; en état de subir l'épreuve avec avantage. Nous
avons fait plus. Dans un grand nombre d'académies, i est A

assez ordinaire de prendre les sujets de la version latine


dans P l i n e , Sénèque ou J u v é n a l . Afin de procurer aux
candidats une nouvelle chance de succès, nous avons faii
entrer dans notre travail de longs ex traits de ces auteurs,
qu'on ne voit pas dans les classes. De cette façon, le bul
de renseignement se trouve sûrement atteint. Rien n'est
compromis, ni la f o i , ni les mœurs, ni la carrière des
élèves. Chaque chose est à sa place : le principal avant
PREFACE. VU

l'accessoire; en première ligne les auteurs chrétiens.,


au second rang les auteurs païens. En rassurant la juste
sollicitude de la famille, de la société et de la religion,
cette combinaison si rationucile procure aux maîtres in-
telligents et dévoués la consolante certitude de ne pas dé-
faire d'une m a i n , avec des auteurs païens, ce qu'ils cher-
chent à édifier de l'autre avec des auteurs chrétiens; rôle
malheureux auquel ils ont été trop longtemps condam-
nés; unus œdifteans et umix destruens, qaid prodest
j
7/7 nisi labor? (EGCLI., XXXIV, 28.)
CLASSIQUES PROFANES.

PROSATEURS.

CESAR.
CÉSAR (Caïus-Julius), né à Rome l'an 98 avant J . - C - , assassiné par
Brutus et Cassius l'an 43, à Page de cinquante-six ans, est un des hom-
mes les plus célèbres de l'antiquité païenne. L'art d'écrire ainsi que les
talents militaires égalaient en lui l'ambition, la débauche et la cruauté.
Ses Commente ires svrhs Guerres des Gavles et sur la Guerre civile
ontélé, sous le rapport littéraire, loués parCicëron et critiqués par plu-
atours savants modernes. À part lus descriptions des lieux, qui sont
d'une grande exactitude, plusieurs se sont demandé si les récits des ba-
tailles sont plus vrais que les bulletins de la Grande Armée, Quoi qu'il
en soit, les extraits que nous en donnerons ici ne sont pas sans intérêt
pour la jeunesse.

GUERRE DES GAULES.

Guerre contre les Suisses. (Liv. I , ch. 1-29.)

Gallia est omnis divisa in partes très, quarum unam


incolunt Belgan, aliam Aquitani, tertiam qui ipsorum lin-
guâ Celtrc, nostrâ Galli appellantur. Hi omnes linguâ,
1
institutis , legîbus inter se différant. Gallos ab Aquitanis
Garumna (lumen, a Belgis Matrona et Sequana dividit. Ho-
rum omnium fortissimi sunt Belgœ, proptereà quôd a
a
cultu atque humanitate provincise longissimè absunt, mi-
nimèque ad eos mercatores srcpè commeant atque ea quac
ad effeminandos animos pertinent important ; proxïmique
1
Moeurs, usages. fut un signe et uue cause de déca-
2 e
Luxe et mollesse. Chez tous les dence. Foy. le R\ P. Félix, 6 con-
peuplesetàtontpslesépoquesleîuxe férence du carême de 1857.
T. î.
2 CÉSAR.

sunt Germains, qui trans Rhenum incohmt, quihuscum


commenter bellum gerunt. Qua de causa Hclvetii quoque re-
liquos Gallos virlute pnecedunt; quôd ferè quotidianis
prœliis eu m Germanis contendunt, cùm aut suis finibus eos
prohibent, aut ipsi ineorum finibus bellum gerunt. Eorum
una pars, quam Gallos oblinerc dictum est, initium capit
a flumine Rhodano; continetur Garumnâ flumine; Oceano,
r
finibus Belgarum; attingit etiam à 8equanis et Heiveliis
flumen IVhenum ; verdit ad septentriones. Belgso ab extre-
mis Gallise finibus oriuntur; pertinent ad mferiorem partem
fluminis B-heni; spectant in septentriones et orientem SM-
loin. Aquitania à Gar'umnâ flumine ad Pyrenaeos montes et
eam parlera-Occani quae est ad ITispaniam pertinet; spé-
cial inter occasum solis et septentriones.
Apud Helvetios longé nobilissimus et ditissimus fuit
Orgetorix : is, Messalâ et Pisone consulibus, regni cupiditate
inductus , eonjuratiouem nobilitatis fecit; et civitati persua-
sit ut de finibus .suis eu m omnibus copiis exirent : perfa-
cile esse, cùm virtute omnibus prsestarent, totius Galliae
imperio potiri. Id hoc faciliùs eis persuasit, quôd undique
loci naturâ Tîelvetii continentur; unâ ex parte, flumine
Rheno latissimo, qui agrum helvetium a Germanis dividit;
altéra ex parte, moule Jura altissimo, qui est inter Sequanos
3
<t Helvetios; tertiâ, lacu Lemano eL flumine Bhodano, qui
previnciam nostram ab Ilelvetiis dividit. His rébus fiebatut
et minus latè vngarentur, et minus facile finilimis bellum in-
ferre possent; quâ de causa homines bellandi cupidi magno
dolore afficiebantur : pro multitudine autem hominum et.
pro gloriâ belli atque fortitudinis, angustos se fines habere
arhitrabanlur, qui in longitudinem millia passuum ducenta
3
et qiiadraginta, in latitudinem centum et octoginta patebant .
His rébus adducti* Helvetii id quod constituerant facere
5
eonantur, ut e finibus suis exeant . Ubi jam se ad eam rem

* Les Séquanais, habitants de la 4


Entraînés par ces raisons.
Franche-Comté. R
La Providence commençait d'à-
a
Lac Léman ou lac de Genève. giter les peuples barbares qui de-
:(
Ces mesures réduites en lieues vaient délruire l'empire romain.
communes donnent environ soi- Comme Marius, César retardera
xante lieues de long et quarante- le mouvement, mais il neTarrélpra
d n q de iur^e.
G U E R R E DES G A U L E S . 3
paratos esse arbitrât! sunt, oppida sua omnia, numéro ad
duodecim, vicos ad quadringcntos, reliqua privata œdificiain-
cendunt; frumentum omne, prêter quod secum portaturi
erant, comburunt, ut domum reditionis spe sublatà para-
tiores ad omnia pericula subeunda essent; trium mensîum
molita cibaria sibi quemque domo efferrejubent. Persuadent
1
Rauracis, et Tulingis, etLatobrigis finitimis uti, eodem usi
consilio, oppiflis suis vicisque exustis, unà eu m iis proficis-
cantur; Boiosque* qui trans RbenumincoIuerant,et in agrum
Noricum transierant, Noreiamque oppugnârant, reeeptos ad
se soeiossibi adsciscunt.
Krant omninô itincra duo, quibus itineribus dor.o exire
possent; unum per Sequanos, angustum et difficile, in ter
monterai Jura m et flutnen Rhodanum, quo vix singuli earri
durerentur ; mons autem altissimus împendebat, ut facile
perpauci prohibcre possent : alterum per provinciamno&tram,
miiltô facilius atqueexpeditius ; proptereà quod Hclvetiorum
inter fines et Àllobrogum, qui nuper pacati erant, Rhodamis
finit, isque nonnullis locis vado transitur : extremum oppidum
Allobrogum est, proximumque Helvetiorum finibus Geneva.
Ex eo oppido pons ad Helvetios pertinet. Allobrogibus sese
vcl persuasuros quod nondùin bono animo in populum ro-
mauuin viderentur existimabaiitj vel vi coacturos ut p c suos
fines eos ire paterentur. Omnibus rébus ad profectionem
comparatis, diem dicunt, quâ die ad ripam Rhodani omnes
3
conveniant : is dies erat ante calendas aprilis quintus ,
L . Pisone, A . Gabinio consulibus.
Cacsari cùm id nuntiatum esset, eos per provinciam nos-
tram 4 iter facere conari, maturafc ab urbe proficisci, et quàm
maximis itineribus potest in Galliam ulteriorem contendit,
et ad Genevam pervenit. Provincise toti quàm maximum mi-
à
litum numerum imperat . Erat omninô in GalJia uiteriore
iegiouna : pontem, qui erat ad Genevam, jubet rescinda Ubi

1
Runraciy les habitants du pays * La partie des Gaules qui ap-
deBàle; Tulinyi, de Slulingen ; par tenait aux Romains et dont la
Latobri'ji, du Brisgau. gouvernement avait été donné à
7
Les Boïens, venus de la Bo- César,
:>
hême, dans la Bavière (Boioaria), 11 ordonne la plus grande lovée
d'où le nom de Boïens , Bavarois, possible dans la province romainr
:i
Le -2H mars. ou Provence.
4 CÉSAR.

<lc ejus adventu Hclvetii certiores facti sunt, legatos ad eum


mittunt nobilissimos civitatis, cujus legationis Numeius et
Veroductius principem locum obtinebant, qui dicerent sibi
esse in animo sine ullo male/icio iter per provinciam facere,
proptereà quod aliud iter baberent nullum : rogare ut ejus
voluntate id sibi facere liceat. Cacsar, quod memoriâ tenebat
L- Cassîmn consulem occisum , exercitumque ejus ab Helve-
tiis pulsum et sub jugum missurn, concedendum non putabat :
neque bomines inimico animo, data facultate per provinciam
itineris fachmdi, temperaturos ab injuria et maleficio exi-
stimabat; tamen, ut spatium intercedere posset dum milites
quos imperaverat convenirent, legatis respondît diem se ad
r
deliberandum sumpturum; si quid vellent, idibus apriiis
reverterentur.
ilelinquebatur una per Sequanos via, quâ, Sequanis invi-
tis, propter angustias ire non poterant. His cùm suA sponte
2
persuadere non possent, legatos ad Dumnorigem ^Eduum
mittunt, ut eo deprecatorea Sequanis hoc impetrarent. D u m -
norix gratiâ et largîtione apud Sequanos plurimùm polerat,
3
et Helvetiis erat amicus quod ex eâ civitate Orgetorigis
filiam'in matrimonium duxerat ; et, cupiditate regniadductus,
novis rébus studebat, et quàm plurimas civitates suo sibibe-
neficio habere obstrictas volebat. Itaque rem suscipit, et a Se-
quanis iinpetrat ut per fines suos Helvetios ire patiantur,
obsidesque uti inter sese dent perficit : Sequani, ne itinere
Helvetios probibeant; Helvetii,ut sine maleficio et injuria
îranseant.
Ancipitï prsolio 4 , diù atque acriter pugnatum est. Diu-
tiùs cùm nostrorum impetuin sustinere non possent, alteri
se in montem receperunt, alteri ad impedimenta et carros
suos se contulerunt; nam hoc toto prselio, cùm ab horâ
5
septima ad vesperam pugnatum sit, aversum hostem videre
nemo potuit. Ad multam noctem etiam ad impedimenta pu--

' Le 13 avril. tait les Romains, qui possédaient le


2
U n des chefs des Éduens ou pays de Toulouse. César se met à
Autunois. ieur poursuite, leur livre bataille
1
De la nation suisse. et les défait. — Ancipiti prœlio,
* Les Helvétiens avaient l'inten- h chances égales.
tion d'aller s'établir dans la Sain- ft
Personne ne vit l'ennemi tour-
longe. Un pareil voisinage inquié- ner le dos.
GUERRE D E S G A U L E S .

guatum est, proptereà quod pro vallo carros objecerant, et è


loco superiore in nostros venientes tela conjiciebant, et non-
1
nulli inter carros, rotasque, mataras ac traguias subjicie-
bant, nostrosquc vulnerabant. Diù cùm esset pugnatum, im-
pedimentis castrisque nostri potiti sunt : ibi Orgetorigis filia
atque unus e iîliis captus est. Ex eo prsclio circiter millia ho-
minum centum et triginta superfucrunt, eaque lotà nocte
continenfcer ierunt; nullam partem noctis itinerc iutcrmisso,
2
in fines Lingonum die quarto pervenerunt, cùm et propter
vulnera militum et propter sepulturam occisorum nostri
triduum morati eos sequi non potuissent. Cacsar ad Lingones
litteras nuntiosque misit ne eos frumento neve aliâ re ju-
varent; qui sijuvissent, se eodem loco illos quo Helvetios
babiturum. Ipsc, triduo intermisso, cum omnibus copiis eos
sequi cœpit.
in castris Helvetiorum tabulas repertac sunt, litteris graccis
confectae, et ad Cœsarem perJatae, quibusin tabulis nomina-
tnn ratio confecta erat, qui numerus domo exîsset eorum
qui arma ferre possent, et item separatlm pueri, senes, mulie-
resque. Quarum omnium rerum summa erat, capitum Hel-
3
vetiorum millia duceuta tria et sexaginta, Tulingorum millia
sex et triginta, Latobrigorum quatuordecim,Rauracorum tria
et viginti, Boiorum duo et triginta, ex his qui arma ferre
possent ad millia duo et uonaginta. Summa omnium fuerunt
ad millia trccenta et octo sexaginta. Eorum qui domum
redierunt, censu habito, ut Cacsar imperaverat, repertus est
numerus millium centum et deeem.

Guerre contre Jriovl e. (Liv. I , ch. 30-54.)

Bello Helvetiorum confecto 4, totius fere Galliac legatï,


1
Espèces de piques et de halle- été la perpétuelle tentation des
bardes. Germains. Les Kymris, ou Belges,
2
Habitants de Langres.
3
Des Stulingiens. On est étonné avaicnt,sixccnts ans avant noire ère,
d'un pareil nombre de combat- franchi le Rhin ; plus lard étaient \ e-
tants sorlis d'un pays si peu nus les Cimbres; eniin, tout rce.em-
étendu. menljes Suèves avaient pris la mémo
* « Bans L'antiquité, la Gaule a route. Cent vingt mille guerrUv*,
6 CÉSAR.
l
principes civîtatum, ad Crcsarem gratulalum convenerunl .
a
« Intelligerescsc ,tametsi pro veteribus Helvetiorum injuriis
populi romani ab iis pocnasbello repetîssct, ta m en eam rem
5
non minus ex usu terra; Galliav quàm populi romani acci-
disse; proptereà quôd eoconsilio, tlorenlissimis rébus, domos
suas Helvetii reliquissent, uti toti Galliae -î bellum inferreut,
iniperioque potirentur, locumque domicilio ex magnâ copia
deligerent quem ex omni Galliâ opportunissimuin ac fru-
ctuosissimum judicassent, reliquasque ci vitales stipcndiarias
haberent. » Petierunt « uti sibi concilium totius Galliœ in
diem certain indiccre idque Qcsaris voluntate facerc liceret;
sese babere quasdam res quas e connnuni consensu ab eo
peîere vellent. « Eà re permissâ, diem concilio constituerunt,
et jurejurando ne quis enuntiaret, nisi quibus communi
consilio mandatum esset, inter se sanxerunt.
Eo concilio dimisso, iidem principes civitatum, qui antè
fuerant ad Cacsarcm, reverterunt, petieruntque uti sibi se
creto de suâ omniumque salute cum eo agere liceret. Eà re
5
impetratâ, sese omnes fientes Csesari ad pedes projecerunt -

avant-garde de ce grand peuple, tisui esse. Térence a ait : Alngis


venaient de pénétrer, sous Ario- ex i(su tuo nemo est, personne ne
viste, dans la vallée de la Saône, peut mieux vous servir. On dit, a
et les Ëduens, les Séquanes (Bour- peu près dans le même sens : à
gogne el Franche-Comté) implo- mrum, ou ab epistofis, pour dé-
raient à Rome protection contre signer un secrétaire.
eux. Les Helvètes ( ta Suisse ) , sans 4
Gallia, ici, paraît ne devoir
cesse harcelés par les Germains, s'entendre que de la Gaule celtique-
voulaient quitter leur pays et tra- comme dans tout cet endroit.
verser la Gaule pour aller s'éta- Nous ne nous astreindrons pas
blir sur les bords de l'Océan. César, à faire ressortir la justesse ou l'é
nommé au gouvernement de la léganec de tous les passages re-
Gaule transalpine et de la Narhon- marquables qui pourront se ven
naîsc, arrêta les Helvètes par une contrer : c'est à la perspicacité des--
grande bataille et les força de re- ciêvrs que nous laissons Je soit)
tourner en leur pays. Celte guerre de les découvrir, et à l'habileté de c

terminée, César se trouva en face maîtres relui de les développer. Le*


d'Arioviste. » ( Duruy, Abrégé de notions littéraires el philologiques
f'HisL de France, t. î, ch. 3. ) sonl devenues si communes que.
On n'a pas oublié la règle du et* serait grossir inutilement notrp
1

supin après les verbes qui marquent recueil que de l'en surcharger. Di-
mouvement : eo lusitm. sons seulement ici qu'il est plus
- Discours indirect ; c'est comme élégant de mettre Cœsnri ad pedes
s'il y avait : ifs disent que,... que Ctvsaris ad pedes. Ainsi ir
3
Ex usu case, se dit bien pour veut l'usage.
GUKURl'l D E S G A U L E S . 7
« non minus se ici contendere et taborare ne ea qua) dixis-
sent enuntiarentur, quam uti ea cjuae vellent impelr.irent;
proptereà quod, si enuntiatum esset, summum in crucialum
2
se venturos vidèrent. » Loculus est pro bis Divitiacus ^Eduus :
« GaUiœ lotius factionesesseduas, harum alterius prineipaturn
3
tenere JEduos, alterius Arvernos » l l i cùm tantoperè de po-
tentatu inter se mullos annos contenderent, factum esse uti
ij
ab Arvernis Sequanisque 4 Germani mercede accerserentur.
6
Horum primo circiter millia quindecim R b e n u m transisse;
posteaquàm agros et cultum et copias v Gallorurn homines
feriac barbari adamassenl, trausductos plures; nuuc esse in
GalJiâ ad centuin et viginti millium numerum; eu m bis
yEduos eorumque clientes semel atque iterùm annis con-
tendisse; magnam calamitatem pulsos accepisse, omnem no-
bilitatem, omnem senatum, omnem equitatum amisisse.
Quibus prrcliis calamitati busqué fractos, qui et sua virtute,
et populi romani hospitio atque amicitia plurimùm antè
in Galiiâ potuissent, coactos esse Sequanis obsides dare no-
bilissimos civitatis, et jurejurando civitatein obstringere sese
neque obsides repetituros, neque auxiliuin a populo romano
imploraturos, neque recusaturos, quo minus perpetuosub
illorum ditione atque imperio essent; unum se esse, ex omni
civitate ^Eduorum, qui adduci non potuerit ut juraret, aut
suos iiberos obsides daret; ob eain rem se ex civitate pro-
fugisse, et Romain ad senatum venisse, auxilium postula»
tu m, quod solus neque jurejurando neque obsidibus tene-

1
Ceci rappelle ce que dit Horace : Kduens, peuple de la Gaule cen-
Brevis esse I d b o i o ; trale, entre ia Loire et la Saône.
Cl
Obscuvus fio. Les Àrvernes, habitants de l'Au-
( Art poêt. 25,)
f \ ergne.
Ou encore : 4
Les Séquanais, habitants des
Quâ pinus inftrns albaqur p o p i t l n s
bords de la Seine (Sequana ), c'est-
timbra tri hospitalem con.soci.trr amant
garnis, rtnblirjuo lahorat
à-dire de la Bourgogne et de ia
LympUa fugnx trepihirr t ivo. Franche-Comté.
( L. rT,or/.3.) ù
Los Germains, aujourd'hui les
Contendere et taborare signilient Allemands.
souhaiter et désirer, parce qu'ils u
Kous supposons quo les jeunes
tendent à un but et travaillent i\ gens connaissent la valeur des chif-
l'atteindre. fres romains. L a difiicullé est de
k
' Divitiac était un druide et un les énoncer en latin.
4
philosophe gaulois, l'un th s chefs 7
L a fertilité, la bonté du sol, oui»
de la république d'Autun ou des civilisation, ia richesse des Gaulois.
s CÉSAR.

retur : sed pejus victoribus Sequanis quàm Mdins victis


accidisse, proptereà quod Ariovistus rex Germanorum in
eorum linibus consedisset, tertiamque partem agri sequani,
qui esset optimus totius Galliae, occupavisset, et nunc de al-
téra parte tertiâ Sequanos decedere juberet, proptereà quod,
1
paucis mensibus antè, Harudum millia hominum viginti
quatuor ad eum venissent, quibus locus ac sedes pararentur :
iuturum esse paucis annis uti omries e GallicC finibus pelle-
rentur, atque omnes Germani Rhenum transirent; neque
enim conferendum esse gallicum eum Germanorum agro,
7
neque banc consuetudinem victûs cum illâ comparandam.
Ariovistum autem, ut semel Gallorum copias prœlio vicerit,
3
quod praclium factum sit Amagetobriae , superbe et crude-
liter imperare, obsides nobilissimi cujusque liberos poscere,
ef in eos omnia exempla cruciatûs ederc*, siqua res non ad
nutum aut ad voluntatem ejus facta sit; bominem esse
barbarum, iracundum, temerarium : non posse ejus imperia
diutiùs sustineri; nisi quid in Cacsare populoque romano
sit auxilii, omnibus Gallis idem esse faciendum quod Helvetii
fecerunt, utdomo emigrent; aliud doarieilium, alias sedes ,
remotas aGermanis, petant, fortunamque, quaccumquc ac-
cidat, experiantur. Ilœc si enuntiata Ariovisto sint, non du-
bitare quin de omnibus obsidibus qui apud eum sint gra-
vissimum supplicium sumat; Caesarem vel auctoritate suS
atque exercitûs, vel recenti victoriû, vel nomine populi ro-
5
mani deterrere posse ne major multitudo Germanorum
Rhenum transducatur, Galliamque omnem ab Ariovisti in-
juria posse defendere. »
Hâc oratione a Divitiaco habita, omnes qui adorant mapno
(letu auxilium a Caisare petere cœperunt. Aniinadvertit
6
Caesar unos èx omnibus Sequanos nihil earum rerum facere
1
Les Harudcs,- peuple de la Ger- * Exercer tous les genres de
manie, des environs de Constance, cruauté.
2
Les usages de ia vie, leshabitu- * Deterrere,., ne, empêcher que,
des, les mœurs. * Unos... Sequanos, les seuls Sé-
3
Combat qui fut livré à Magéto- quanais. Virgile a de même em-
brie, aujourd'hui Mogle-de-Broie, ployé «nus au pluriel :
au confluent de la Saône et de l'O- .ipcrquc
S a t i s l l I i a s

gnon; peut-être aussi à AlagStat, Vidimus ezcitlU, et « p t » pnperavfmns


bi
dans la Lorraine, ou Alagstatt, dans i«» -
l'Alsace. t&ntid, il, G**.)
GUERRE DES G A U L E S . 9

quas cacteri facerent, sed tristes, capite demisso, terrain iu-


tueri ; ejus rei quœ causa esset, miratus, ex ipsïs quœsivit.
Nihil Sequani respondere, sed in eâdcm tristitiâ tacili per-
manere, Cùm ab iis saepiùs quaîreret, neque ullam omninô
1
vocem exprimere posset, idem Divitiacus yEduus respondit :
3
« H o c esse miseriorem gravioremque fortunam Sequa-
norum, quàm reliquorum, quod soli nec in occulto quidem
queri nec auxilium implorare auderent, absentisque Ario-
visti crudelitatem, velut si coràm adesset, horrerent : pro-
ptereà quod reliquis tamen fugac facultas daretur, Sequanis
vero, qui inlrà iines suos Ariovistum recepissent, quorum
oppida omnia in potestate ejus essent, omnes cruciatus es-
sent perferendi. »
Hisrébus cognitis, Cœsar Gallorum animos verbis conlir-
mavit, pollicitusque est sibi eam rem curae futuram, magnam
se habere spem et beneiicio suo et auctoritate adductum
Ariovistum finem injuriis facturum. Hâc oratione habita,
3
concilium dimisit; et secundùm e a multœ res eum horta-
bantur quarè sibi eam rem cogitandam et suscipiendam pu-
taret; imprimïs, quod /Eduos, fratres consanguineosque
saepenumero ab senatu appellatos, in servitute atque in di-
tione videbat Germanorum teneri, eorumque obsides esse
apud Ariovistum ac Sequanos intelligebat ; quod 4 in tanto
imperio populi romani turpissimum sibi et reipuhlieac esse
arbitrabatur. Paulatim autem Germanos consuescere Rhenum
transire et in Galliam magnam eorum multitudinem venire
populo romano periculosum videbat; neque sibi homines
5
feros ac barbaros temperaturos exislimabat q u i n , cùm
omnem Galliam occupassent, ut antè Cimbri Teutonique
fecissent, in provinciam exirent, atque indè in Italiam con-
tenderent, praesertim cum Sequanos a provinciâ nostrâ Rho-
6
dauus divideret; quibus rébus quâm maturrimè occurren-

1
Tirer, arracher, obtenir en pres- 5
II pensait que ces peuples bar-
sant, exprimer, extorquer. bares ne se feraient pas faute de
a
En cela.... que.... s'avancer jusque dans la province
3
Outre cela, plusieurs raisons romaine ( la Provence), qui n'était
l'engageaient à penser qu'il devait séparée de la Franche-Comté ( la
examiner et entreprendre cette af- Séquanaise) que par le Rhône.
faire. u
Maiuvè iùimaturrimè ou ma-
* Chose que... iurissimè.
10 CÉSAR
1
dum putabat, Ipse autem Ariovistus tantos sibi spiritus ,
tantam arrogantiam sumpsevat ut ferendus non videretur.
2
Quamobrem placuit e i ut ad Ariovistum legalos inilterot.
qui ab eo postularcnt ut aliquem locum médium utriusque
ooMoquio deligcret; velle sese de republicâ et sunnnis
iilrinsque rébus eu m eo agere. Ei legationi Ariovistus re-
spoudit : « Si quid ipsi a Cscsare opus essel, sese ad eum
venturum fuisse; si quid illese velit, illum ad sevenire opor-
1ère. Praetereà neque sine exercilu in eas parles Galliac venire
audere quasCsesar possideret, neque exercitum sine magno
3
commeatu atque cmolumenlo in unuin locum contrahere
posse : sibi autem mirum videri quid in sua G allia, quain
bcllo vicisset,aut Cœsari aut omnino populo romano nc-
gotii e s s e t »
His responsis ad Caesarem relatis, ilerùm ad eum Csesar
legatos eu m bis mandatis mittit : « Quoniam tanto suo po-
5
puliquc romani beneficio affectus , cum in consulatu suo
rex atqueamicus a senatu appellatus esset, banc sibi popu-
loque romano gratiam referret, ut in colloquium venire in-
vitatus gravaretur, neque de communi re dicendum sibi et
coguoscendum putaret; hase esse quan ab eo postularet .
6
primùm, ne q u a m multitudinem bominum amplius trans
Rhenum in Galliam transduceret ; deindè obsides quos lia-
béret ab yEduis redderet, Scquanisque permitteret ut quos
illi haberent voluntatc ejus reddere illis liceret; nevo
•Eduos injuria lacesseret, neve his sociisve eorum bellum
inferret. Si id ita fecisset7, sibi populoque romano per

* Spiritus, la respiration. Les lier et bien arrogant; et l'on serai!


orgueilleux respirent plus à leur étonné qu'une pareille insolence de-
aise; les humbles osent a peine meurât impunie. Le succès repose
respirer. L a confiance, la présomp- toujours sur quelque grain de ti'
tion, l'orgueil s'exprime donc bien midilé ei de défiance de soi-même,
par ce mot : Spiritus. Mais surtoul h
Afjiccre niiqwm beneficio, ver-
ou dit dans le même sens : Se donner ser des bienfaits sur quelqu'un, IVn
des aivs prendra des airs, sumere
9 combler. Avioviste avait été qua-
spîrilus. lifié du titre de roi el d'ami par le
- Ei, à César; il jugea à propos. sénat; c'était un honneur insigne,
;j
Dépenses, frais el peine, em- qui exigeait bien quelque recon-
barras. Il aurait fallu ramasser naissance.
beaucoup de vivres transporlables, (1
A'c quam, pour ne aliqwam.
ce qui aurait coûté fort cher. 7
Voici la construction générale ,
* C« discours <.d> en effet, bien Siid ita,fveisset [Ariovistus), sibi
GUEiiilK D E S G A U L E S . 11
petuam graliam atque amiciliam cura eo futuram ; si non
1
impetraret, quoniam, M . Messala, Ai. L>isone coss. , senatus
censuisset uti quicumque Galliam provinciam oblincret,
quod commodo reipublicao facere posset, iEduos ceterosque
amicos populi romani defenderet, se /Kduorum injuria.
non neglecturum. »
Ad hscc Ariovistus respondit « Jus esse belli ut qui vicis-
sent, iis quos vicissent, quemadmodum vellent, impera-
rent; item populum romauum victis non ad alterius prae-
scriptum, sed ad suum arbitrium imperare consuêsse. Si ipse
populo romano non precscriberet quemadmodum suo jure
uteretur, non oportere se a populo romano in suo jure înv
pediri; /Eduos sibi, quoniam belli fortunam tentassent, et
armis congressi ac superali essenl, stipendiarios esse factos;
magnam Cœsarem injuriam lacère % qui suo adventu vecti-
galia sibi détériora faceret; jEduis se obsides reddilurum
3
non esse; neque iis neque eorum socïis injuria bellum
illaturum si in eo manerent quod convenisset s stipendiumquc
quotannis penderent : si id non fecissent, longe ab bis fra-
5
ternum nomen populi romani abfuturum . Quod sibi Cffisar
denuntiaret, se/Eduorum injurias non neglecturum, nenii-
6
nem secum sine suâ pernicie contendisse , Cùm vellet, con-
grederetur; intellecturum quid invicti Germaiii, cxercita-
tissimi in armis, qui intrà annos quatuordecim tectum non
subissent, virtute possent. »
Hacc eodem tempore Cacsari mandata ? refcrebantur, et le-

(Cœsari )... amicitiamcitmeo {drio- mages qui lui sont occasionnés par
tûHto) futuram; sinon impetraret César.
Cœsar quod postulabat).„ sesc.*.- * Injustement.
4
non ttcglrcturum. Ce qui avait été convenu, ce
1
Cous., abréviation pour cou- dont on (Hait convenu, dans le sens
tvlibus. Le sénat avait décrété que impersonnel,
ft
le gouverneur de la Gaule proté- Longe abfuturum, serait bien
serait les alliés du peuple romain, loin, ne leur servirait de rien,
0
s'il le pouvait à l'avantage de la ré- Encore l'amphibologie. A celle
publique, quod commodo, etc. menace de César : « Je saurai do-
,J
Ces discours indirects engen- fendre les fiduens, » Ariovistcré-
Jrent comme inévitablement des pond : «Nul ne s'est jamais attaqué
:imphtbologies dont il faut se dé- à moi sans s'en repentir. » Il ajoute-
tier. Il sufiit, au rest", d'un peu «Attaquez-moi quand il vous plai-
(Vallenlion pour voir, par exemple, ra, et vous verrez, etc. >»
3
qu'ici Arioviste se plaint des dom- Réponse.
12 CÉSAR.
1
gati ab iEduis et Treviris veniebant : yEdui, queslum
quôd Harudes, qui nuper in Galliain transportât! essent, lines
eorum popularentur, sese ne obsidibus quidem datis pacem
2 3
Ariovisti redimere potuisse; Treviri autem, pagos centum
Suevorum adripam Rheni consedisse, qui Rhenum transire
conarentur; iis prœesse JNasuam et Cimberium ira très. Qui-
bus rébus Cacsar vehementer commotus, maturandum sil)i
cxistiinavit, ne, si nova manus Suevorum eu m veteribus copiis
Ariovisti sese conjunxisset, minus facile resisti posset. Itaque,
4
re frumentariâ quàm celerrimc poluit comparatu, maguis
itineribus ad Ariovistum cum suis contendit.
5
Cùm tridui viam processisset , nuntiatum est ei Ariovi-
(
stum cum suis omnibus copiis ad occupandum Vesoutionem \
quod est oppidum maximum Sequanorum, contendere, tri-
duique viam a suis? finibus processisse. Id ne acciderct
magnoperè prsecavendurn sibi Ciesar existimabat. JN'amque
omnium rerum quas ad bellum usui erant, summa erat in
1
Les habitants de Trêves. les monts Chaudanne et Brégiiio
2
Acheter la paix d'Arioviste. (anciennement mont des Vanda-
Expression assez singulière. ïl au- les). Sur l'un et l'autre de ces points
rait fallu : paeem ab Ariovisto culminants s'élèvent aujourd'hui
emere. de solides forteresses.
3
Pagust une peuplade, un can- « La ville s'étend, depuis ïe flanc
ton ou même une bande, si l'on nord-ouest du rocher sur lequel la
veut. citadelle est assise, jusqu'à la rive
fl
Rcs frumentaria, provisions droite du Doubs, sur une longueur
de froment et autres vivres. de dix-sept cents mètres et sur une
5
Après unemarchedetroisjours. largeur de treize cents. La rivière
G
« Besançon, chci-lieudu dépar- du Doubs, qui la divise en deux
tement du Doubs, l'une des plus parties inégales, entoure presque
célèbres et des plus illustres cités entièrement la plus considérable,
de l'ancienne Gaule, est le Fesuntîo en formant autour des remparts
noté dans la Table Théodosienne el comme un premier fossé d'eau ,
dans l'Itinéraire d'Antonin. Avant représentant assez exactement,
l'entrée de Jules-César dans les ainsi que César l'a dit, la ligure
Gaules, elle était déjà une ville con- d'un fer à cheval. L'espace con-
sidérable el florissante. Ce conque- tenu entre les deux points les
rant en iit une place d'armes lors- plus rapprochés du Doubs et que
qu'il se prépara à marcher contre sépare le rocher de la citadelle est
Arioviste. d'environ quatre cents mètres. Le
« Le rocher que couronne la ci- sol sur lequel est assise la ville est
tadelle domine toute la vilïe'et la à deux cent quarante-deux mètres
contrée qui s'étend au nord-nord- au-dessus du niveau de la mer. »
ouest; niais la citadelle est dominée ( Vicomte H. de Rotalier. )
5
elle-même, au sud et à l'est, par Les frontières d'Arioviste,
GUERRE DES GAULES. 13
1
co oppido facultas ; idque naturâ loci sic municbatur ut
?
magnam ad ducendum bellum darct facultatem ; proptereà
3
quôd flumen Dubis, ut circîno circumductum , penè totum
oppidum cingit ; reliquum spatium, quod est non ampliùs
pedum sexcentorum quâ flumen intermittit nions continet
magnâ aititudine, ita ut radiées ejus montis ex utrâque parte
ripae fluminis continuant. Hune murus circumdatus arcem
efficit, etcum oppido conjungit. Hùc Cœsar magnis diurnis
nocturnisque itineribus contendit ; occupaloque oppido, il)i
praesidium collocat.
Dum paucos dies ad Vesontionem, rei frumentaricC coin-
meatdsque causa, moratur, ex perçunctatione nostrorum
5
vocibusque Gallorum ac mercatorum, qui ingenti magni-
tudine corporum Germanos, incredibili virtute atque excr-
citationc in armis esse pradicabant; sacpenumerô sese cuin
iis congressos ne vultum quidem atque aciem oculorum ferre
potuisse, tantus subito timor omnem exercitum occupavit,
ut non mediocriter omnium mentes animosque perturbaret.
liic primùm ortus est a tribunis militum ac praefectis reli-
quisque qui ex urbe, amicitias causa, Cacsarem secuti, ma-
gnum periculum miserabautur, quod non magnum in re
militari usum habebant. Quorum alius, aliâ causa illatâ,
quam sibi ad proficiscendum necessariam esse diceret, petebat
ut ejus voluntale discedere liceret : nonnulli, pudore adducti,
ut tirnoris suspicionem vitarent, remanebant. H i neque \ul-
tum fingere, neque interdùm lacrymas tenere poterant : ab-
diti in tabernaculis, aut suum fatum querebantur, aut eu m
familiaribus suis commune periculum miserabantur : vulgô
totis castris testamenta obsignabantur. Horum vocibus ac ti-
moré paulatim etiam ii qui magnum in castris usum ha-
bebant, milites, centurionesque, quique equitatui prœerant
perturbantur. Qui se ex his minus timidos existimari volebant
non se hostem vereri, sed angustias itineris et magnitudinem
silvarum, qua; inter eos atque Ariovistum intercédèrent,

1
I I y avait une grande quantité, 3
Comme conduit, tracé au com-
une grande abondance, une grande pas.
richesse de.... 4
Par où le fleuve laisse libre et
3
Ces répétitions demots pris dans cesse de passer.
un sens différent accusent la rapi- 5
Focifats, le dire, le rapport, les
dité de la rédaction. paroles.
14 CÉSAR.

aut rem frumentariam, ut satis commode supportari posset,


timere dicebant ÎNonnulli ctiani Gicsari renuntiabanl, cùm
castra moveri ac signa terri jussisset, nou fore dielo audien-
ces milites, neque propler timorem signa laluros.
IJœc cùm animadvertisset Cœsar, convocato concilio
omniutnque ordinum ad id concilium adhibitis centurioni-
bus, vehemenlcr eos incusavit : « Primùm, quod aut quam in
7
partcm - aut quo cousilio ducerenlur sibi quœreudum aut
cogilandum putarcnt; Ariovistum, se consulc, cupidissimè
populi romani amicitiam appetisse. Cur hune tam temeiv
quisquam ab officio discessuruin judicarct? Sibi quidem per
suaderi, eognitis suis postulalis, atque œquitate conditionum
pr.rspectâ, eum neque suam neque populi romani graliam
repudiaturum. Quod si furore atque amentiâ impulsus bellum
inîulisset, quid tandem vererentur? aut cur'.de sua virlut*.
rut de ipsius diligentià desperarent? Factum ejus bostis pe
3
r i c u l u m patrum nostrorum memoria, cùm, Cimbris eî
Teutonis à C . Mario pulsis, non minorem laudem exercitus
quàm ipso imperator merilus videbatur. Factum 4 eliam
5
nuper in Italiâ, servili tumultu , quos lamen aliquid usus
ac disciplina, quam a nobis accepissent, sublevarent : ex
r>
quo judicari posset quantum haberetin se boni constantia ~
proptereà quod, quos aliquandiù inermes sine causa tiiuuib-
bent, posteà armatos ac victores supcrasseiit. Denique bos :

» O n voit ici un exemple de îtt il est dangereux, pour ne pas dhv


pour ne non. Celle phrase est criminel, de résister. L'homme don
toute latine : ils disaient craindre seconder les desseins de Dieu,
ii
les vivres à ce qu'ils pussent être Facere périrnlnm, faire Pessaj
1
assez commodément supportés. C* " Sous-entendu periculum.
5
qui revient à dire . ils craignaient Dans l'insurrection des escla-
que le transport des a ivres n'offrit ves, qui, en 73 avant Jésus-Christ,
Je trop grandes difficultés. se révoltèrent, sous la conduite do
l
' Dans quel pays, quelle contrée. Sparlacus, et furent dispersés en
La subordination militaire est une 70 par Pompée,
0
obéissance aveugle; il y a loin de Quels avantages renfermait en
h) aux baïonnettes intelligentes, soi la fermeté, la résolution, puis
dont on voulait naguère doter la que, etc.
7
ïvilisation moderne. Le Dieu du Enfin c'étaient là ces mêmes
christianisme, qui est aussi le Dieu Germains si souvent défaits par les
des armées, ne souffre pas non plus Helvètes. Or, ces derniers avaient
qu'on discute ses ordres. Quand il eux-mêmes plié sous la bravoure
f
î'pprli'/ manifestement ;i un p">ï .\ de.; Uoioain--*
GUERRE DES GAULES.

esse Germanos, quibuscum sacpenumerô Helvetiî congressî.


non solùm in suis, sed etiam in illorum finibus plerum-
que superarint, qui tamen pares esse nostro exercitui noi.
potuerint. Si quos adversum prselium et fuga Gallorum
commoveret, hos, si quacrerent, reperire posse, diuturniiatc
belli defatigatis Gallis, Ariovistum, cùm mullos menses cas-
tris ac paludibus se continuissct, neque suî potestatcm fecîs-
set, desperantes jam de pugnâ et dispersos subito adortum,
1
inagis ratione ac consilio quàm virtute vicisse. Gui rationi
contra homines barbaros atque imperitos locus fuisset, bac
neipsum quidem sperare nostros exercitus capi posse. Qui
suum timorem in rei frumentariae simulationem angu-
2
stiasque itinerum conferrent facere arroganter, cùm aut de
3
oflicio imperatoris desperare, aut ei pracscribere viderentur.
Hacc sibi esse curac; frumentum Sequanos, Leucos^, Lin-
5
gones subministrare; jamque esse in agris fru inenta matura ;
de itinere ipsos brevi tempore judicaturos. Quôd non fore-
dicto audientes milites, neque signa laturi dicantur, nihil se
eâ re commoveri; scire enim quibuscuinque exercitus diclo
fi
audiens non fuerit, aut malè re gestâ fortunam deftnsse ,
aut aliquo facinore comperto avaritiam esse convictam;
suam innocentiam perpétua vitâ, telicitatem Helvetiorum
bello esse perspeetam. Itaque s e , quod in longiorem diem
collaturusesset, repraesentaturum 7, et proximâ nocte de quarta
vigiliâ castra moturuui, ut quamprimùm intelligere posset
utrùm apud eos pudor atque officium, an limor valeret.
Quôd si practereà nemo sequatur, tamen se cum solâ décima
leginne iturum, de quft non dubitaret; sibique eam praeto-

1
Par adresse et par habileté; par (Leucia), que l'on place du côté de
ruse, par surprise, par calcul. Tout, pourrait bien avoir quelque
- ("eux qui déguisaient leur ef- rapport avec Leuk, en Valais,
froi sous le prétexte des subsis- bourgade célèbre par ses eaux ther-
tances.... males.

Officium, i c i , a un sens très- Les Lingonns, ceux de Lnngrcs-
étendu : il signifie devoir, aptitude, '•' Avant qu'une armée désobéisse
capacité, intelligence, énergie, pro- à son général, il faut qu'il ait mal
bité , loyauté ou autres équiva- réussi ou se soit compromis de
lents. Mais César a pourvu à tout. quelque façon.
1
Les Lcuquvs, peuples du duché " Qu'il allait faire présentement
do Bar el d'une partie de lu Cham- ce qu'il ne se proposait de faire que
pagne cl de la Lorrain \ Le Lh'cnt plus tari'.
16 CÉSAR.

riam cohortem futuram ». » Huic legioni Cacsar et indul-


serat praeeipuc>et propter virtutem confidebat maxime,
Hâc oratione habita, mirum in modum conversso sunt
omnium mentes, summaque alacritas et cupiditas belli ge-
?
rendi innata est; princepsque - décima legio per tribunos
militum ei gratias egit quod de se optimum judicium fe-
cisset, seque esse ad bcllum gerenduin paratissimam con-
firmavit. Inde "reliquat legiones per tribunos militum et
3
primorum ordinum centurîones egerunt, uti Cœsari satisfa-
cerent* : se neque unquàm dubitasse, neque timuisse, neque
5
de summâ belli suum judicium , sed imperatoris esse, exi-
stimavisse.-Eorum satîsfactione accepta, et itinere exquisito
per Divitiacum, quod ex aliis Gallis ei maximam fidem ba-
6
bebat, ut millium ampliùs quadraginta circuitulocis apertis
exercitum duceret, de quarta vigilia 7 , uti dixerat, profectus
est. Septimo die, cùm iter non intermitteret, ab exploratoribus
certior factus est Àriovisti copias a nostris millibuspassuum
quatuor et viginti abesse.

1
On appelait cohorte prétorienne Nous avons aujourd'hui les grades
celle qui devait servir de garde au de capitaine en premier et capi-
général ou préteur. Elle se compo- taine en second. La centurie se
sait de la dixième partie d'une lé- composa d'abord de cent hommes :
gion. L e mol cohors s'appliquait à elle fut ensuite décent vingt, et
l'infanterie et était opposé à turma, alors il y eut deux centurions par
qui se disait de ,1a cavalerie. Ces centurie, ce qui ne laissait que
cohortes d'élile, q u i , plus tard, soixanic hommes à chacun.
avaient leurs quartiers près de A
Satisfacere, faire des excuses,
Rome, entre les portes Viminale et donner satisfaction.
Esquiiine, étaient au nombre de h
Ils reconnaissaient qu'au géné-
neuî ou dix el même davantage ral seul et non à eux appartenait le
dans [es derniers temps. Constan- droit et le devoir de décider en der-
tin les abolit et fit détruire leur nier ressort ce qu'il y avait à faire.
camp, qui était très-forliiîé. fi
Ce détour de plus de quarante
2
Princepsque, c'est comme s'il milleséqnivaut à douze ou quatorze
y avait primaqnc, et la première, lieues, si l'on suppose que le mille
avant les autres. Princcps, dont le équivaut â un tiers de nos lieues.
sens étymologique est primus el Mille pas géométriques donnaient,
ctrpio, je commence le premier, dit-on, cinq mille pieds romains.
désigne celui ou celle qui agit avant 7
« Chez ies Romains, la nuit était
les autres et les prévient. divisée en quatre parties égales,
Ccnturiones primorum ordi- composées de trois heures chacune,
num, les centurions des premiers qu'ils appelaient veilles... La pre-
rangs, ou les centurions de pre- mière commençait au coucher du
mier ordre, de première classe. soleil et la deuxième iinissait à mi-
GUERRE DES GAULES. 17

Cognito Caesaris adventu, Ariovistus legatos ad eu m mittit,


quodanteàde colioquio postulasset, id perse fieri licere
quoniam propiùs accessisset, seque id sine periculo facere
posse existimaret. Non respuit conditionem Caesar : jamque
2
eum ad sanitatem reverti arbitrabatur, cùm id quod anteà
petenti denegasset ultro polliceretur : magnamque in
spem veniebat, pro suis tantis populiquc romani in eum
bencficiis, cognitis suis postulatis, fore uti pertinacià desis-
1ère t. .Dies colioquio diclus est ex eo die quintus. Intérim,
cùm sacpè ultro citrôque legati inter eos mitterentur, Ario-
vistus postulavit ne quem peditem ad colloquium Caesar ad-
duceret : vereri se ne per insidias ab eo circumveniretur :
3
uterque eu m equilatu veniret : alià ratione se non esse ven-
turum. Cacsar, quod nec colloquium, interposita causa * toJli
volebat, neque salutein suam Gallorum equitatui commit-
5
tereaudebat, commodissimum esse statuit , omnibus equis
6
gallis equitibus detractis, legionarios e ô milites legionis
decimac, oui quàm maxime confidebat, imponere ;ut praesi-
dium quàm amicissimum, si quid opus facto esset, haberet.
Quod cùm iieret. non irridiculè i quidam ex militibus dc-
cimae legionis dixit plus quàm pollicitus esset Cacsarem
facere : poil ici tum in cobortis praetoriœ loco décima m le-
8
gionem babiturum; nunc ad equum rescribere .
Planities erat magna, et in eâ tumulus terreus salis gran-
dis. Hic locus aequo ferè spatio ab castris utrisque aberat.
iio, ut erat dicturn, ad colloquium venerunt. Legionem Cac-
sar, quam equis devexerat, passibus ducentis ab eo tumulo

nuit. » (FurqaulL ) Ainsi César tes étant allégués; sous un prétexte.


partit vers trois heures du matin, Il arrêta qu'il serait plus com-
au commencement de la quatrième mode, plus avantageux.
veille. 6
Eà imponere... d"y placer, de
' Per se fteri licere, lui Ario- mettre là.
viste y consentait, ne s'y opposait • Non irridiculè^ assez spirituel-
pas, maintenant que César s'était lement, assez plaisamment.
rapproché. On dirait que le lier * Ad equum rescribere, inscrire
Cermain s'adoucit à mesure que pour avoir droit à un cheval, faire
César est moins éloigné. chevalier. Les chevaliers recevaient
2
Sanitas, idées saines, raison, alors de la république un cheval
bon sens, se remettre à la raison. entretenu, non plus pour servir,
3
Alia ratione, autrement, à une comme autrefois, dans la cavalerie,
autre condition. mais par distinction et par hon-
4
lnterpositd causa , des prétex- neur.
1H

constituât : item équités Ariovisti pariîntervallo consliterum.


Ariovistus ut ex equis colloquereutur el prœler se deno;-
ut ad coUoquium addueerent postulavii. IJbi eo ventum est,
Cacsar, initïo orntionis, sua senatûsquein eum bénéficia com-
memornvif ; quod rox appellatus esset a senatu, quod amicus,
quod munera amplissima missa; quam rem et paucis con-
tigissc et a Romanis pro maximis bominum officiis consue-
T
visse tribui docebat : illum, cùm neque aditum neque cau-
snm postulandi justam baberet, beneficio ac liberaliiate suâ
r:c senalus ea prœmia consecutum. Docebat etiam quàm
2
vcleres qunmque justaï causse necessitudinis ipsis eum
/Eduis intercédèrent; quœ senatûs consulta, quoties, quàm-
que lionorHica in eos iacta essent; ut onmi tempore lolius
Galliso principatum yEdui tcnuissent, prius etiam, quàm no-
stram amicitiam appetissent. Populi romani banc esse con-
3
suetudinem , ut socios atque amicos non modo sid n i h i l de-
perdere, sed gratiâ, dignitatc, honora auclos vclit esse; quod
verô ad amicitiam populi romani attulissenl, id iis cripi quis
pati posset? Postulavit deindè eadern quac legatis in mandatis
dedcrat, ne aut ^Ëduis aut eorum sociis bellum interret;
obsides redderet ; si nullam partem Germanorum domum *
remittere posset, at ne quos ampliùs Rhenum transire pate-
rctur.
Ariovistus ad postulats Cffisaris pauca respondit; de suis
virLutibus multapnedicavit: « Transisse Rhenum sesc non suâ
sponte, sed rogatum et accersitum a Gallis; non sine magna
5
spe magnisque prœmiis domum propinquosque reliquisse;
sedes habere in Galiiâ ab ipsis concessas; obsides ipsorum
6
voiuntate dalos; stipendium capere jure beili, quod victores

« Jditum postulandi, motif, ;1


Nihil suî, rien de leur puis-
accès, raison, prétexte pour de- sance.
mander. 4
Domum, chez e u x , en Ger-
2
iSccessitudo, l'amitié, la liai- manie. S'il ne pomail renvoyer
son, qui vend In présence ou au ceux-là, qu'au moins il n'en laissât
moins /es relations nécessaires. Les pas venir d'autres.
nacessarii sont les habitués, les h
Maymsquv prœmiis, ces re-
amis dont il semble qu ou ne puisse compenses étaient-elles seulement en
se passer ; ils sont nécessaires. espoir ou réalisées? Peut-cire y
César représentait â Arien isle com- avail-il de l'un et de l'an Ire.
bien la république avait de raisons b
li levait et recueillait des im-
pour resi^r unie auxfiducn.s- pôts.
G U E l ï R E DES G A U L E S . H)

victis imponere consueverint; non sese Gallis, sed Gallos


sibi bellum intulLsse ; omnes Galliœ civitates ad seoppugnnn-
dum venisse, ac contra se castra habuisse ; eas omnes copias
uno abs se praclio fusas ar> superatas esse : si item m expcrirî
velint, paratum se decerlare; sin pace uti malint, îniquum
esse de stipeudio recusare., quod sua voluntate ad id icmpus
pependerinl : amicitiam populi romani sibi ornaiflento cl
prœsidio, non detrimento esse oportere ; idque se eà spe pâ-
tisse : si per populum romanum stipendium remittatur, e!
dedititii subtrabantur, non minus libenter sese recusaturun*
populi romani amicitiam quàm appetierit : quôd multi-
tudinem Germanorum in Galliam transducat, id se suî mn-
niendi,non GailicO impugnandsc causa facere : ejus rei tesli-
monium esse quôd, nisi rogatus, non vencrit, et quôd
1
bellum non intulerit, sed défendent : se priùs in Galliam
venisse quàm populum romanum; nunquàm antè boctem-
2
pus exercitum populi romani Galliœ provincise fines egres-
sum. Quid sibi vellet? cur in suas possessiones veniret? Pro-
3
vinciam suam esse banc Galliam,, sicuti illam nostrain : ut
sibi concedi non oporteret. si in nostros fines impetum face-
ret; sic iterùm nos esse iniquos, quôd in suo jure se inter-
pellaremus 4 : quôd ex S. C . yiïduos appellatos arnicos diceret
non se tam barbarum neque tam imperitum esse rerum ul
5
non sciret neque bello Allobrogum proximo vEduos R o -
manis auxilium tulisse, neque ipsos in his contenlionibitë
quas /ïïdui secum et cum Sequanis habuissent auxilio

1
II n'avait pas attaqué, ii s'était * Tl reproche aux Romains de
tenu sur la défensive; il s'était con- l'iniprpcller, de lui inlenler procès,
tenté de se. défendre. de le troubler clans l'exercice de son
- CalUa provincia, la province dîoil.
gauloise, la Provence qui était dé- r<
Les Allobroges, peuple de la
pendante do Rome. fiaule Narbonnaise, aujourd'hui la

La province qu'il occupait (la Savoie, le Dauphiné el le Vivarai.s.
Franche-Comté) lui appartenait HOHACE, Kpod. xi, a dit :
r'iussi bien que la Provence aux (Sovi.sq'IC ivbas iiifitlcfis Allobmx ,
Romains. C'est le meunier de Sans-
Souci disant à Frédéric II : parce que les Aiiobroges avaient
trempé dans laconspirnlioi} de ( U -
î! vntii faut est fort bon... Mon moulin v&i a
tilina. Vojoz ci-dessous, dans les
[ moi,
Tout aussi bien, au moins, quo In Pmssr est extraits de Sallusle, les détails do
[ au v o i . celte participation aux funestes pro-
jets des conspirateurs.
^ /\ï\ î)ll! \-'VX. ;
20 CÉSAR.

populi romani usos esse : debere se suspicari, simulatà Ca>


sarem amicitià, quod exercitum in Galiiâ habeat, sut oppri-
mendi causa babere; qui nisi decedat, aut exercitum deducat
ex bis regionibus, sese iJJum non pro amieo, sed pro hoste
habiturum; quod si eum interfeeerit, multis sese nobilibus
principibusque populi romani gratum esse facturum; id se
ab ipsis per eorum nuntios compertum babere, quorum
omnium gratiam at((ue amicitiam ejus morte redimere pos-
set; quod si discessisset, ac liberam sibi possessionem Galliao
tradldhset, magno se illum pramio remuneraturum, et
quaoeumque bella geri vellet sine ullo ejus labore et pcriculo
confceturum. »
1
iMulta a Cœsare in eam sententiam dicta sunt, quarè ne-
gotio desistere non posset, et « neque suam neque populi
romani consuetudinem pati uti optimè meritos socios de-
2
sereret; neque se judicare Galliam potiùs esse Ariovisti
3
quàm populi romani. Bello superatos esse Arvernos et R u -
tenos 4 a Q. Fabio Maximo, quibus populus romanus igno-
visset, neque in provinciam redegisset, neque stipendium im-
posuisset : quod si antiquissimum quodque tempus spectari
oporteret, populi romani justissimum esse in Galiiâ impe-
rium ; si judicium seuatûs servari oporteret, liberam debere
esse Galliam, quam bello victam suis legibus uti voluisset. »
Dum hacc in colloquio geruntur, Cacsari nuntiatum est
équités Ariovisti propiùs tumulum accedere et ad nostros
ndequitare, lapides telaque in nostros conjicere. Caosar lo-
quendi fincm feeit, sequead suosrecepit, suisque imperavit
ne quod omninô telum in hostes rejicerent. Nam etsi sine
ullo periculo legionis delcctsc eu m equitatu prœlium fore
videbat, tamen committendum non putnhat, uî, pufsis ho-
stibus, dici posset eos a se per fidem* in colloquio circum-
6
ventos. Posteaquàm in rulgus militum elatum est quâ ar-
rogantiâ in colloquio Ariovistus usus omni Galiiâ Romanis

1
Sentmlia, paraît ici offrir deux 3
Les Arvcrnes, habitants de l'Au-
sens : contre cette détermination vergne.
César eut beaucoup à redire; ou * Les habitants du Rouergue,
bien : César parla longuement en dont Rhodez est la capitale,
ce sens pour prouver qu'il ne pou- ^ Par perfidie.
vait, etc. Quand les soldais eurenï ap-
2
II ne voyait pas pourquoi. pris....
GUERRE DES GAULES. 21

interdixisset, impetumque in nostros ejus équités fecisscnt,


eaque res colloquium ut diremisset, multô major alacritas
studiumque pugnandi majus exercitui injectum est,
T
Biduo post, Ariovistus legatos ad Cœsarem mittit , velle
se de lus rébus quac inter eos agi cœptae neque perfectac es-
sent, agere cum eo : uti aut iterùm colioquio diem constr-
tueret, aut, si id minus vellet, ex suis legatis aliquem ad se
nritteret. Colloquendi Cscsari causa visa non est, et eo ma-
gis quod pridiè ejus diei Germani retineri non potuerant
quin in nostros tela conjicerent. Legatum ex suis esse magno
cum periculo ad eum missurum et hominibus feris objectu-
rum existimabat. Commodissimum visum est*C. Valerium
Procillum, C . Valerii Caburi filium, summa virtute et huma-
nitate adolescentem (cujus pater a C . Valerio Flacco civita-
2
t e donatus erat), et propter fidem et propter linguse gallicaî
3
scientiam, quâ] multa jam Ariovistus, longinquâ •* consue-
tudine, utebatur, et quod in eo peccandi Germanis causa
5
non esset , ad eum mittere, et M. Mettium, qui hospîtio Ario-
visti usus erat. His mandavit ut quœ diceret Ariovistus co-
gnoscerent, et ad se referrent. Quos cùm apud se in castris
Ariovistus conspexisset. exercitu suo présente, conclamavit :
Quid ad se venireut? an speculandi causa? Conantes dicere
probibuit et in catenas conjecit.
Kodem die castra promovit, et millibus passuum sex a Cscsa-
ris castrissub monte consedit. Postridiè ejus diei, prseter castra
Caesaris suas copias transduxit, et millibus passuum duobus
ultra eum castra fecit, eo consilio uti frumento commeatu-
que, qui ex Sequanis et ,/Eduis supportaretur, Cscsarem in-
tercluderet. Ex eo die dies continuos quinque Ceesar pro ca-
6
stris suas copias produxit, et aciem instructam habuit, ut si
1
Sous-ent. qui dicanL durée, ancien. Tite-Live a dit :
3
Civitas, le droit de cité, la qua- « Donec ipse quoque longinquo
lité de citoyen romain, le droit de morbo implicitus, » en parlant de
bourgeoisie, qui entraînait un grand Tullus Rostilius , liv., I , chap. 31 ;
nombre de privilèges importants. et Piaule : « Vitam longinquam
3
MullapommuUum* Arioviste darenl; Brevin'an longinquo ser-
faisait un fréquent usage de cette mone? » (Miles. )
langue, qu'il parlait depuis long- ft
Les Germains n'avaient aucun
temps. motif de le maltraiter.
4
On trouve quelquefois lonyin- K
A l'entrée du camp, à la tète,
quits signifiant long, de longue en dehors du camp.
22 CÉSAR.

véllet Ariovistus praclio contendere, ei potes tas non decsset.


Ariovistus bis omnibus diebus exercitum eastris continuit ;
1
equestri praclio quotidiè contenait . Genus hoc erat pugnae
quo se Germani exercuerant. Equitum millia erantsex, to-
tidem numéro pedites velocissimi ac fortissimi, quos ex omni
copia singuli .singulos, suac salutis causa, delegerant : eum
bis in prscliis versabantur : ad hos se équités recipiebant : hi,
si quid erat durius, concurrebant : si qui, graviore vulnere
accepto, equo décideront, circumsistebant : si quâ erat iongiùs
prodeundum, aut celeriùs recipiendum, tanta erat horurn
exercitatione celeritas ut, jubis equorum sublevati, cursum
adecquarent.
Ubi eum eastris sesetenere Cœsar intellexit, ne diutiùs
commeatu prohiberetur », ultra eum locum, quo in loco Ger-
mani consederant, circiter passus sexcentos ab his eastris
3
idoneum locum delegit; acieque triplici instructâ ad eum
locum venit. Primam et secundam acie/n in armis esse,
tertiam castra munire jussit. Hic locus ab hoste circiter
passus sexcentos, utï dictum est, aberat : eô circiter homi-
num numerum sexdecim millia expedita cum omni equi-
tatu Ariovistus misit, quœ copiae nostros perterrerent et
munitione prohibèrent 4. Nihilô seciùs Cacsar, ut antè consti-
tuera^ duas acies hostem propulsare, tertiam opus perficere
jussit. Munitis eastris, duas ibï legiones reliquit et par-
5
tem auxiliorum ; quatuor reliquas in castra majora re-
duxit
6
Proximo die, instituto suo , Caesar ex eastris utrisque co-
pias suas eduxit : paulùmque a majoribus i progressus aciem
instruxit, hostibusque pugnandi potestatem fecit : ubi ne
tum quidem eos prodire intellexit, circiter meridiem exerci-
tum in castra reduxit. Tùm demùm Ariovistus partem sua-
rum copiarum, quac castra minora oppugnaret, misit. Acriter
utrinque usque ad vesperum pugnatum est: solîs occasu,
suas copias Ariovistus, multis etillatis etacceptis vuJneribu.\

1
ïl fit chaque jour des escarmou- 4
Empêcher les travaux de re-
ches de cavalerie. tranchement.
h
2
Sous-enl. ipse Cœsar. Au camp principal.
:i 6
Ayant divisé son armée en trois A son ordinaire, selon son u s a ^
corps -, ou bien : ayant formé trois et son plan arrêté.
.lignes. 7
Sous-ent. eastris.
GUKïUÏE D E S G A U L E S .

in castra reduxit. Cùm ex captivis qurcreret Csesar quam-


obrem Ariovistus pr&Jio non decertaret, banc reperiebatcau-
sam : quod apud Germanos ea consuetudo esset ut matres
1
familias eoruni sortibus et vaticinationibus deciararent
2
utrùm prœlium committi ex u s u esset, nec ne : eas itadicere
3
non esse fas Germanos supcrare si ante novam lunam prae-
lio contendissent.
Postridiè ejus diei Csesar, pracsidio utrisque eastris, quod
satis esse visum est, relicto, omnes alarios* in conspectu
bostium pro eastris minoribus constituit, quod minus mul-
5
titudine militum legionariorum pro bostium numéro valebat
6
ut ad speciem alanis uteretur. Ipse triplici instructa a c i e ,
usque ad castra bostium accessit. Tum demùm necessario
Germani suas copias è eastris eduxerunt, generatimque i
H
constitueront; paribusque intervallis Harudes, Marcomanos

1
Matres familias. « Los O r - vaincre les Germains; ou bien : il
mains et les Gaulois, dit l'abbé n'est pas possihle aux Germains
Ricard, avaient une grande véné- d'avoir le dessus. Ce dernier sens
ration pour leurs femmes. (Trad. de est celui qu'admet César.
4
Plutarque, Fie de César, ch. x x i , n Dans Tordre de bataille, c'é-
e
note 22. ) — Tacite, dans le iv livre taient les troupes romaines qui for-
de son Histoire, ch. 61, dit que, maient le centre; les troupes auxi-
de temps immémorial, les Ger- liaires, qui consistaient surtout en
mains attribuent à la plupart des cavalerie, étaient placées aux deux
femmes la faculté de connaître l'a- ailes, alari'n » (T. BaudemenL)
venir, et que celles à qui la super- « La bataille contre Arioviste a
stition donne la vogue sont regardées été donnée dans le mois de sep-
comme des divinités. Dans son ou- tembre et du côté de Belfort. »
vrage sur les Mœurs des Germains, (NAPOLÉON. )
en, 8, le même auteur rapporte fi
Les troupes légionnaires de
que ce peuple va jusqu'à croire César étaient en petit nombre com-
que ce sexe, en général, a quelque parativement à l'armée ennemie. Il
chose de divin, el qu'il regarde développa donc autant qu'il put
ses conseils comme des oracles- »> les troupes auxiliaires pour faire
T

Une superstition exagérée règne montre el étendre son front de


toujours partout où la vraie reli- manière à couvrir son centre.
gion n'exerce pas son empire; les " Il divise ses légions en trois
sortilèges et la divination devien- corps; ou, il les range sur trois lignes.
nent la religion de ceux qui n'en 7
Ranger par nations, peuplades-
ont pas d'autre. familles, races.
2
Ex usu avantageux; comme
> * Les Marcomans habitaient peut •
ci-dessus. être la Bohème ou la Moravie. Foy.
;
Toujours le style ambigu des Stace, Sylves, liv. m, et Strabon,
oracles : il n'est pas possible de liv. vu; Tacite, Mœurs des Germain-
24 CÉSAR
1 3 r>
Triboccos , Vangiones *, Nemetes , Sedusios 4, Suevos
omnemque aciem suam rbedis et earris circumdederunt, ne
qua spes in fugâ relinqueretur. Eo mulieres imposuerunt,
quae in praclium profîciscentes milites passis crinibus fientes
implorabant ne sein servitutem Romanis traderent.
Cacsar singulis legionibus singulos legatos et quacstorem
prscfecît, uti eos testes suac quisque virtutis haberet. Ipse a
6
dextro cornu , quôd eam partem minime iirmam hostium
esse animadverterat, prsclium commisit. Ita nostri acriter in
hostes, signo dato, impetum fecerunt; itaque hostes repente
celeriterque procurrerunt, ut spatium pila in hostes conji-
ciendi 7 non daretur. Rejectis pilis, cominùs gladiis pugna-
tum est. Àt Germani celeriter, ex consuetudine sua, pha-
8
lange f a c t à , impetus gladiorum exceperunt. Reperti sunt
complures nostri milites qui in phalangas insilireut, et scuta
manibus revellerent, et desuper 9 vulnerarent. Cùm hostium
acies a sinistro cornu puisa atque in fugam conversa esset,
a dextro cornu vebementer multitudine suorum nostram
aciem premebant. Id cùm animadvertisset P . Crassus, ado-
lescens, qui equitatui prscerat, quôd expeditior erat quàm
10
hi qui inter aciem versabantur, tertiam a c i e m laborantibus
nostris subsidio misit.
Ita prsclium restitutum est, atque omnes hostes terga
verterunt, neque priùs fugere destiternnt quàm ad flumen
Rhenum millia passuum ex eo loco circiler quinquaginta
pervenerunt. Ibi perpauci aut viribus confisi transnatare
1 1
contenderunt, autlintribus inventis, salutem sibi petierunt :
in his fuit Ariovistus, qui, naviculam deligatam ad ripam
12
nactus, eâ profugit : reliquos omnes équités consecuti nos-

1
Alsaciens. 1 0
Dans le feu de la composition,
2
Territoire de Worins. César oublie parfois de châtier son
3
Environs de Spire. style; îi répète trop souvent les
4
Peuplade inconnue, mais ha- mêmes mots : tout à l'heure c'était
bitant les bords duïthin. celeriter; maintenant c'est acies.
s
• Souabe et pays voisins. Teriia acies, le troisième corps, la
fi
A Taile droite. troisième ligne, la réserve, moins
' Le temps de lancer des jave- difiiciie à faire manœuvrer que
ïots à distance. ceux qui étaient engagés dans la
« S'étant formés en bataillon carré. mêlée, inter aciem.
* Par-dessus le bouclier qu'ils i' Barques, nacelles.
avaient, abaissé. 12
Arioviste survécut peu de temps
GUERJRE D E S G A U L E S . 25
1
tri interfecerunt. Duso fuerunt Ariovisti uxores ; una Sueva
2
natione, quam domo secum adduxerat; altéra N o r i c a , ré-
gis Vicionis soror, quam in Galiiâ duxerat, à fratre missam.
Utraque in eâ fugâ periit. Duœ filiœharum, altéra occisa,
altéra capta est. C . Valerius Procillus, cùm a custodibus in
fugâ trinis catenis vinctus traberetur, in ipsum Caesarem bo-
stium equitatum persequentem ineidit : quse quidem res Ca:~
sari non minorem quàm ipsa Victoria voluptatem attulit,
quod hominem honestissimum provincial Galbai, suum fa-
miliarem et bospitem, ereptum emanibus bostium, sibi re-
3
stitutum videbat; neque ejus calamitate de tanta voluptate
et gratulationc quidquam fortuna diminuerai. ï s , se pré-
sente, de se ter sortibus consultum dicebat utrùm igni statim
necaretur, an in aliud tempus reservaretur ; sortiumbeneficio
se esse incolumem. Item M . Mettius reperlus , et ad eum
reductus est 4.
Hoc praelio trans Rbenum nuntiato, Suevi, qui ad ripas
5
ïlheni vénérant, domum reverti cœperuot; quos U b i i , qui
proximi Rhenum incolunt, perterritos insecuti, magnum ex
6
bis numerum occiderunt. Cscsar, una œstate duobus maximis
bellis confectis, maturiùs paulo quàm tempus anni postu-
labat in hiberna in Sequanos exercitum deduxit : bibernis
Labienum praposuit; ipse in citeriorem Galliam ad convcn-
tus agendos7 profectus est.

Mœurs des Gaulois et des Germains. (Liv. V I , ch. 11-27.)

Quoniam ad hune locum perventum est, non alienumesse


à cette défaite et mourut bientôt en étaient braves sans cloute, mais
Germanie. que peut la bravoure contre une ar-
1
La polygamie simultanée, qui niée disciplinée el constituée comme
répugne à la nature, à l'honneur et l'armée romaine? » (Napoléon.)
a ia conscience, se retrouve presque & Les Ubiens, dont la capitale
partout chez les païens. Il n'y a était Cologne,
de permis que la polygamie suc- « La guerre contre les Helvète*
cfissive. et celle contre Ariovisle, terminées
:
Bavaroise. en une seule campagne.
3 7
La perte, la mort de Valerius Pour tenir les étals, les assem-
ProciUns. blées. La Gaule cilérieure, aujour-
« Les Helvétiens, les Suèves d'hui la Lombardie.
2G CÉSAR.
1
videtur de Galliu) Germaniœque moribus et quo diiïeraut
eae nationes inter sese propouere. In G A L L I A , non solum m
omnibus civitatibus atque in omnibus pagis partibusque,
sed penè etiam in singulis domibus, factioncs sunt ; earumquc
factionum sunt principes qui summam auctoritatem eorum
2
judicio habere existimantur , quorum ad arbitrium judi-
ciumque summa omnium rerura consiliorumque redeat ; id-
que ejus rei causa antiquitùs institutum videtur, ne quis ex
3
pJebe contra potentiorem auxilii egeret :suos enim opprimi
quisque et circumveniri non patitur ; neque, aliter sifaciat,
ullam inter suos habeat auctoritatem. Hœc eadem ratio est
in summa totius GallicC* : namque omnes civitates in duas
parles divisée sunt.
Cùm Cacsar in Galliam venit, alterius factionis principes
5 6
erant fliàui , alterius Sequani . Ii, cùm per se minus valerenl,
quôd summa auctoritas antiquitùs erat in /Eduis magnaeque
eorum clientelae, Germanos atque Ariovistum sibi adjunxe-
rant, eosque ad se magnis jacturis 7 pollicitationibusque per-
duxerant. Pracliis vero compluribus factis secundis» atque
omni nobilitate JEduorum iuterfectâ, tantùrn poteutiâ ante-
cesserant ut magnam partem clientium ab jËduis ,ad se
transducerent; obsidesque ab iis principum filios acciperent;
et publiée jurare cogèrent nihil se contra Sequanos consilii
inituros; et partem (initimi agri per vim occupatam posside-
rent; Galliseque totius principatum oblinerent.Quâ nécessitât®
8
adductus Divitiacus , auxilii petendi causa Romam adsena-
tum profectus, infecta re redierat. Adventu Caesaris fact»

1
A u point où nous en sommes de ou Éduens étaient compris les peu-
cette histoire (de la conquête des ples des territoires d'Autun, de
Gaules) il ne parait pas hors de Châlons-sur-Saone, de Màcon, de
propos.... L y o n , de Nevers,de Langres et
2
César ne semble-t-il pas indi- le Bourbonnais,
quer ici une sorte d'élection popu- 6
Les Séquanais, peuple de la
laire fondée sur l'opinion? Gaule Celtique qui occupait pres-
•"' Egprc gouverne trois cas, le gé- que toute la Bourgogne et la Fran-
nitif, l'accusatif et l'ablatif, à volonté. che-Comté.
1
Ce même état de choses règne 7
De grands présents, dont ils
dans l'ensemble de la Gaule, et savaient faire le sacrifice pour
de même que dans chaque localité étendre leurs alliances ou clientèles.
on trouve la division , de même il 8
Divitiac, chef des Éduens,
y a rivalité entre chaque peuplade. membre du collège des Druides et
Sous la dénomination d'Èdues ami de Cicéron.
fiUKRRE D E S GAUJUiS. '27
commutations reruni, obsîdihus /Eduis redditis, vetcribus
clientèles restituas, novis per Caesarem comparâtes (quod
ii qui se ad eorum amicitiam aggregaverant meliore con-
dilione atque impcrio œquiore se uti videhant), roliquis ré-
1
bus , eorum graiiâ dignitateque ampIificalA. Sequani prinei-
3
patum dimiscrant. In eorum locum R h e m i suct&sserant ; quos
quod adanquare apud Cœs&rcm gratiâ intelligebatur ii qui
propter veteres inimicitias nullo modo eu m .flduis conjungi
poterant se Khemis in clientelam dicabant. lios iili diligen-
ter tuebantur. Ita et novam et repente collectam auctorita-
te m tenebnnt* Eo tum statu m ; erat, ut longe principes hahe-
rentur ^Edui, secundum locum dignitatis Rhemi obtinerent.
Tu omni Galiiâ, eorum bominum, qui aliquo sunt nu-
méro 4 atque honore, gênera sunt duo : nam piebs penè ser-
5
voruin habelur loco; quai perse niliil audet , et nulli adhi-
belur eonsilio. Plcrique, cùm aut asre alieno, aut magnitudiue
trihutorum, aut injuria potentiorum premuntur, sese in ser-
vi lutem dicant nobilibus : in bos eadem omnia sunt jura
quac dominis in servos. Sed de lus duobus generibus, alte-
rum est Druidum**, alterum Equitum?. Illi rébus divinis
inlersunt, sacrificia publica ac privata procurant, religîoncs

1
Pour in rcliquis rébus, ils ob- dits ou préires, qui lurent d'dbord
tinrent clans tout le reste un cré- possesseurs du suprême pouvoir,
dit, etc. mais quf le cédèrent ensuite aux
- Ceux de Reims, les Rémois. hrenns (du grec ppr/Ca;, arro-
:
• Il élaiteompris, on comprenait gant, lier, martial), chefs des
qu'ils égalaient les Éduens. guerriers; 2° les cubages, devins
Qui soient comptes pour quel- et sacrificateurs (étym. incertaine,
que chose. su, bien j;Strubon les appile êvates
N'ose rien, ne peut rien, n'a (même étym. eu); 3° les bardes,
l'initiative de rien par lui-même. qui chantaient les hymnes divins
Druides, scion M. Raudemenl, et les exploits des héros. Dans les
signifie hommes des chênes, c'est-à- élections annuelles des bardes,
dire Derwyid, Denoyddon en ceux-ci étaient velus de bleu, les
langue kirarique. Quoi qu'il en druides de blanc et les évates de
soit de la langue ftimrique, comme vert; les disciples portaient ces
il parait bien avéré que, depuis trois couleurs mélangées. Pour
l'arrivée des Phocéens à Marseille, l'organisation du sacerdoce drui-
dique, voy., entre autres, YHisi.
le arec était assez, répandu dans
des Gaulois, par Ara- Thierry,
les Gaules, on pourrait faire déri-
part, n, ch. i.
ver le mot druide de 3puç, chêne.
1
Les druides se partageaient en trois Les chevaliers, ou hommes
classes : ï° K« druides proprement d'armes.
28 CESAR.
1
interpretantur : ad hos magnus adolescentium numerus,
disciplinée causa, concurrit ; inagnoque ii sunt apud eos ho-
nore : nam ferc de omnibus controversiis publicis privalis-
que constituunt; et, si quod est admissum faciiius, si
caedes facta, si de hereditate, si de finibus controversia est,
iidem decernunt: prsemia pœnasque constituunt : si quis,
autprivatus, aut publicus, eorum decreto non stetit, sacri-
fions interdicunt/. Haec pœna apud eos est gravissima : qui-
bus ita est interdictum, ii numéro impiorum ac scelcratorum
habentur; iis omnes decedunt, aditum eorum sermonemque
defugiunt, ne quid excontagione incommodi accipiant : neque
iis petentibus jus redditur, neque honos ullus communica-
3
t u r . His autem omnibus Druidibus prseest unus , qui sum-
ma m inter eos habet auctoritatem. Hoc mortuo , si quis ex
reliquis excellit dignitate, succedit. A t , si sunt plures pares,
suffragio Druidum adlegitur; nonnunquàm etiam de princi-
patu armis contendunt. Ii certo anni tempore in finibus Car-
nutum*. quairegio totius Galliae média habetur, considuut,
in loco consecrato. Hùc omnes undiquè,qui controversias ba-
bent, conveniunt-, eorumque judiciis decretisque parent.
Disciplina in Britanniâ reperta, atque indè in Galliam
translata esse existimatur; et nunc qui diligentîîis eam
rem cognoscere volunt plerumque illô, discendi causa,
proficiscuntur.
Druides a bello abesse consueverunt; neque tributa unà
cum reliquis pendunt : militisc vacationem omniumque
5
-rerum habent immunitatem. Tantis excitati prœmiis , et
sua sponte multi in disciplinam conveniunt, et a parentibus
6
propinquisque mittuntur. Magnum ibi numerum versuum
ediscere dicuntur : itaque nonnulli annos vicenosin disciplina
permanent; neque fas esse existimant ea litteris mandare,

1
Pour ad eosdem. topographique se prêterait du reste
2
Sous-ent. ci. merveilleusement au but dont if
;i
L'excommunication chrétienne est ici question. Sous le nom de
est moins formidable en quelque pays Chartrain, César comprend
sorte. l'Orléanais, le Blaisois, le Vcndo-
4
Cette frontière du pays des Car- mois, le pays Chartrain proprement
ntiles pourrait bien être Dreux, dit et la Beauce.
idont le nom même ressemble assez 5
Privilèges, avantages.
hcelu des druides, L a situation e
En quelle langue?
OUKilUE DES G A L L E S .

cùm iu reliquis ferè rébus puhlicis, privalisque rationibus,


1
Graecis litterisutantur . Id mihi duabus decausis inslituisse
vïdentur: quôd neque in vulgus disciplinam efferri velint;
neque eos qui discunt, litteris coniisos, minus mémorise
2
studere : quod ferè plerisque accidit, ut,praesidio littera-
runi, diligentiam in perdiscendo ac memoriam remittant.
In primis hoc volunt persuadere, non interire animas, sed
3
ab aJiis post mortem transiread alios , atque hoc maxime
ad virtutem excitari 4 putant, metu mortis neglecto. Multa
praîtereà de sideribus atque eorum motu, de mundi ac ter-
rarum magnitudine, de rerum naturâ, de deorum immor-
5
talium vi ac potestate disputant , et juventuti tradunt.
Alterum genus est Equitum. I i , cùm est usus°, atque
aliquod bellum incidit (quod ante Cœsaris adventum ferc
quotannis accidere solebat, uti aut ipsi injurias inferrent,
aut illatas propulsarent), omnes in bello versantur; atque y

eorum ut quisque est génère copiisque amplissimus, ita plu-


rimos circum se ambactos clientesque 7 habet. ITanc unam
8
gratiam potentiamque noverunt .
9
Natio est omnis Gallorum admodùm dedita religionibus :
atque ob eamcausam, qui suntaffecti gravioribus morbis,
quique in prœliis periculisque versantur, aut pro victimis
homines immolant, aut se immolaturos vovent; admini-
strisque ad ea sacrificia Druidibus utuntur : quôd , pro vitâ
1
Remarquez celle observation : est encore l'opinion la moins dé-
ils se servent des lettres grecques, raisonnable.
1
sans doute aussi des expressions. Au courage. Voilà pourquoi une
En propres termes, cela veut dire armée chrétienne est si intrépide,
ft
que les Gaulois parlaient la langue Disputare signifie ici traiter,
grecque et dans les actes publics discourir, discuter,
6
et dans l'usage particulier. Usus pour opus, quand besoin
2
Moins cultiver leur mémoire; en est.
7
ne pas s'appliquer assez à rete- Des soldats (soudoyés, achetés)
nir. el des vassaux. Jmbacti, peut-être
3
L'immortalité de rame est une du latin ambigere, ne savoir de
vérité partout reconnue; mais que quel parti se ranger, à moins d'être
devient l'âme après la mort? Celui- payé par l'un ou par l'autre.
s
là seul peut le dire qui l'a créée Ce sont là les seuls moyens
et ceux à qui il l'a révélé. Seuls, de crédit et de puissance,
!
les chrétiens ont là-dessus des don- * Superstitions. Mais la supersti-
nées positives, qui engendrent une tion n'est qu'une aberration du
bienheureuse certitude. En dehors sentiment religieux; elle fait plus
de la révélation, Ja métempsycose d'honneur que rincrédulité.
30 CESAR.

homiuis nisi vita hominis reddatur, non posse aliter deorum


1
immortalium numen placari arbitrantur ; publicèyue ejus-
dem generis babent iustituta sacrificia. Alii immani magni-
2
tudine simulacra babent ; quorum contexta viminibii:;
membra vivis hominibus complent : quibus succensis, cir
cumventi flammâ exanimantur bomines. Supplicia eorum qui
in furto, aut latrocinio, aut aliquâ noxâ sint compreheusi
3
gratiora diis immortalibus esse arbitrantur : sed, cùm ejus
generis copia déficit, etiam ad innocentium supplicia de-
scendue.
Deum maxime Mercurium colunt; bu jus sunt pluritna
simulacra : hune omnium inventorem artium ferunt ; hune
viarum atque itinerum ducem, hune ad quaestus pecuniae
mercaturasque habere vim maximam arbitrantur. Post hune,
Apollinem, et Martem, et Jovem, et Minervam. De bis eam*
dem ferè quam reliquae gentes habent opinionem ; Apol-
linem, morbos depellere; Minervam, operum atque artifi-
ciorum initia transdere ; Jovem, imperium cœlestium
tenere; Martem, bella regere. H u i c , cùm praelio dimicare
constituerunt, ea quœ bello ceperint plerùmque devovent
Qu9R superaverint*, animalin capta immolant : reliquas res
in unum locum conferunt. Multisin civitatibus barum re-
rum exstructos tumulos locis consecratis conspicarilicet; ne-
que saepè accidit ut, neglectâ quispiam religione, aut capta
apud se occultare, aut posita tollere auderet : gravissimum
que ei rei supplicium cum cruciatu constitutum est.
5
Gallise omnes ab Dite pâtre prognalos prsedicant; id-

x
Cette erreur n'était pas loin de la Bible par les Septante ou des
la vérité, puisque, pour apaiser la autres versions antérieures? Les
divinité, l'Homme-Dieu a dù se traditions judaïques étaient sans
substituer à l'hommedéchu, et livrer doute fort répandues alors que les
sa vie pour racheter celui-ci de la Juifs étaient eux-mêmes répandus
mort. sur tous les points de l'ancien
- Mannequins tissus d'osier. monde. Tontes ces questions mé-

Jésus-Christ, la victime uni- riteraient d'ûlre étudiées.
verselle, a pris sur lui tontes les 4
Pour;mpcvfucrint. Ils immolent
iniquités du inonde, il a été fait, ce qui reste du bétail.
péché cl malédiction pour être 5
Plulon. Tous les peuples son!
immolé. Les Druides, qui parlaient bien obligés d'attribuer à la divi-
grec, n'auraienl-ils point eu con- nité ou à une divinité leur origine
naissance de la version grecque de première.
GUERRE DES GAULES. 31
que ab Druidibus prodituin dicunl : ob eam causam spatia
1
ornais temporis, non numéro dierum, sed noctium , iiuiunt;
et dies natales, et mensium et annorum initia sic observant,
1
ut noctem dies subsequatur. In reliquis vitse instituas, bot ,
ferè ab reliquis différant, quôd suos liberos, nisi cùm adole-
2
verint,ut muous militise sustinere possint, palàm ad se adiré
non patiantur; filiumqueinpuerili œtate, in publico, in con-
spectu patris assistera, turpe ducunt.
Yiri quantas pecunias ab uxoribus, do.'is nomine, acre-
perunt, tantas ex suis bonis, œstimatione factû, cum dotibus
3
communicant . Hujus omnis pecuniae conjuuctim vàlio ha-
betuH, fructusque servanlur. Uter eorum vita supoiarit, ad
eum pars utriusque, cum fruetibus superiorum femporum,
pervenit. Viri in uxores, sicuti in liberos, vit;c nccisque
babent potestatem : et cùm paterfamiliâs, illuslriorc loco
nalus, decessit, ejus propinqui conveniunt; et de more, si
res in suspicionem venit, de uxoribus in servilcm inodum
5
quœstionem babent ; et, si compcrtum est, igni atque
omnibus tormentis excruciatas interfîciunt. Funera sunt,
6
pro cultu G a l l o r u m , magnifica et sumptuosa; omniaque
quse vivis cordi fuisse arbitrantur in ignem inferunL, etiam
animalia; a c , paulô supra banc memoriam7, seni et clien-
tes, quos ab iis dilectos esse constabat, justis funeribus
8
confectis , unà cremabantur.
Qu3C civitates commodiùs suam rempublicam admini-
strare existimantur babent legibus sanctum s, si quis quid
de republicâ a finitimis ru more aut famâ acceperit, uti ad
magistratum déférât, neve cum quo alio communicet, quôd

1
C'est, en effet, par les ténèbres el les esclaves à Rome en pareil cas,
la nuit que tout a commencé; la c'est-à-dire qu'on les soumet a la
lumière, le jour, n'est venu qu'a- question.
G
près. Eu égard à la civilisation, au
2
Peut-être pour cl. Ou bien , degré de culture.
7
quand ils ont grandi de manière à. Peu de temps avant celui dont
3
Ils mettent en commun, en com- nous parlons, celui ou nous som-
munauté avec la dot. mes ; naguère encore.
K
4
On dresse conjointement un Pour lui faire des funérailles
état de ce capital. convenables.
5
Si le décès ne parait pas natu- u
D? snneire, sancihtm, sanction-
rel et soulève des soupçons, on ner. Sanclns. saint, vienlégalemenl
traite les femmes comme on traitait de la,
CESAR.

sacpè hommes temerarios atque imperitos falsis ruinorihus


terrerî, et ad facinus impelli, et de summis rébus consilium
1
capere cognitum est. Magistratus quœ visa sunt occultant;
quœque esse ex usu judicaverint inultitudini produnt. De
republicâ nisi per consilium - loquinon conceditur.
Germani multùm ab bac consueludine différant. Nam
neque Druides babent, qui rébus divinis pnesint, neque
sacrificiis student. Deorum numéro eos solos ducunt quos
cernunt et quorum opibus aperte juvantur; Solem, et
3
Vulcanum , et Lunain : reliquos ne famâ quidem acceperunt.
Vita omnis in venationibus atque in studiis rei militaris
consistit.
Agriculturae non student; majorque pars victûs eorum
lacté, et caseo, et carne consistit : neque quisquam agri nio-
dum certum aut fines proprios habet ; sed magistratus ac
principes, in annos singulos, gentibus cognationibusque ho-
minum qui unà coierint quantum et quo ioco visum est
agri attribuunt, atque anno post alio transire cogunt. Ejus
rei multas afferunt causas : ne, assiduâ consuetudine capti,
studium belli gerendi agriculture commutent; ne latos fines
pàrare studeant, potentioresque humiliores possessionibus
expellant; ne accuratiùs, ad frigora atque sestus vitandos,
aedificent; ne qua oriatur pecuniac cupiditas, quâ ex re fa-
ctiones dissensionesque nascuntur ; ut animi œquitate plebem
contineant, cùm suas quisque opescum potentissimis acquari
videat.
Civitatibus maxima laus est quàm latissimas circum se
vastatis finibus solitudiues babere 4. Hoc proprium virtutis
existimant, expulsos agris fïnitimos cedere, neque quemquam
prope se audere consistere : simul hoc se fore tutiores ar-
bitrantur, repentinœ incursionis timoré sublato. Cùm belluin
civitas aut illatum défendit aut infert, magistratus, qui ci
bello pracsint, ut vitaï necisque habeant potestatem, deligun-
tur. In pace, nullus communis est magistratus ; sed principes
regionum atque pagorum inter suos jus dicunt, controver-

' Prendre des partis extrêmes. et étaient d'une origine différente.


a
Pendant l'assemblée. C'est ce qui explique la différence
Le feu; car c'est le seul Fulcain de leurs mœurs,
4
qu'ils puissent voir. Les Germains Voyez ci-dessus, Campagne de
ne parlaient ni le latin ni le grec, Germanie ch. m.
%
OUERBE D E S GAULES.

siasque minuunt. Latrocinia nullam habent infamiam quai


extra fines cujusque civitatis fiunt ' , atque ea juventutis exer-
cendao ac desidiœ minuendœ causa ïierï prœdicant : atque
ubi quis ex principibus in consilio se dixit ducem fore, ut qui
sequi velint profiteantur, consurgunt ii qui et causam et
hominem probant, suumque auxiiium pollicentur ; atque ab
mullitudine collaudantur : qui ex iis secuti non sunt in de-
sertorum ac proditorum numéro ducuntur; omniumque re-
rum iis posteà fides abrogatur. Hospites violare fas non
putant : qui, quâque de causa, ad eos venerint ab injuria
prohibent, sanctosque habent; iis omnium domus patent,
victusquc communicatur.
Acfuit anteà tempus, cùm Germanos Galii virtute supe-
rarent, et ultro bella inferrent; ac, propter hominum multi-
tudinem agrique inopiam, trans Rhenum colonias mitterent.
ftaque ea, quai fertilissima sunt, Germanise loca, circa Her-
2 3
cyniam silvam , Volcae ï e c t o s a g e s occupaverunt, atque ibi
consederunt. Quœ gens ad hoc tempus iis sedibus se continet
summamque habet justitiae et bellicac laudis opinionem :
nuucque in eâdem inopift, egestate, patientiâ quû Germani
permanent : eodem victu et cultu corporis utuntur. Gallis
i
autem provinciae » propinquitas, et transmarinarum rerum
notitia, multa ad copiam atque usus largitur. Paulatim assue-
facti superari, multisque victi praeliis, ne se quidem ipsi eu m
illis virtute comparant.

1
II y avait quelque chose de Volsques ni avec les Valaques;
semblable à Sparte. Il est bon de ils habitaient, dit-on, la Nar-
remarquer qu'il s'agit de latrocinia, bonnaisc ou le haut Languedoc.
el non de furta ; Je brigandage en Ptolémée, liv. in, ch. 10, prétend
grand pouvait èlre permis sans que les Volques habitaient, en
que le iarcin le fût, comme chez effet, la rive droite du R h ô n e , el
nous l'assassinat est infâme et le qu'on les appelait Arécomiens; mais
duelesliraé honorable aux yeux de qu'on donnait particulièrement le
certaines gens. On dirait que cela nom de Tcctosages à ceux qui se
dépend de la longueur du fer ho- rapprochaient davantage des Py-
micide. rénées. — D'où vient ce nom de
2
« La forêt Noire, qui, malgré Tcctosages? est-ce de tegere et
son étendue, ne peut-être, dit M.Bau- de sayuml
dement, qu'une faible partie de la •* Le voisinage de 5a province ro-
forêt Hercynienne. 3» maine, la Provence ou Gaule Nar-
2
Les Volces ou Volques ne doi- bonnaise,qui a conservé son nom à
vent pas être confondus avec les peine modiiié.
2.
34 (J&ÀJ3.
Hujus Hercyniac silvai, quac supra demonsirata est, lati-
1
tudo novem dierum iter expedito palet. Non enim aliter
finiri potest : neque mensuras itiuerum noverunt. Oritur ah
Helvetiorum, et JYemetum, et Rauracorum /inibus : rectâque
fluininis Danubii regione pertinet ad fines Dacorum et Anar-
2 3
tium : hinc sefleetitsinistrorsùs , diversis à flumine regio-
nibus, mullarumque gentium fines propter magnitudinem
attingit. Neque quisquam est hujus Germaniaî qui se aut
adisse ad initium ejus silvac dicat, cùm dierum iter sexaginta
processerit, aut quo e\ loco oriatur acceperit. Multa in eà
gênera ferarum nasci constat, quac reliquis in locis visa non
sint : ex quibus quse maxime différant ab ceteris et mémo-
rise prodenda videanlur, hœc sunt.
Est bos, cervi figura: cujus a mediâ fronte inter aurës
unum cornu exsistit excelsius, magisque directum his quse
nobis nota sunt cornibus. A b ejus summo, sicut palmée, rami
quàm latè diffunduntur. Eadem est feminse marisque na-
tura : eadem forma magnitudoque cornuum 4.
5
Sunt item quse appellantur Alces . Harum est consimilis
capris figura, et varietas pellium : sed magnitudine paulô
antecedunt : mutilseque sunt cornibus, et crura sine nodis
6
articulisque babent : neque quietis causa procumbunt : ne-
que, si quo afflictœ casu consîderint, erigere sese aut subie
vare possunt. His sunt arbores pro cubilibus, ad eas se ap-
plicant, atque ita paulùm modo recliuatac quietem capiunt :
quarum ex vestigiis cùm est animadversum à veuatoribus
quo se recipere consueverint, omnes eo loco, aut à radicibu»
subruunt, aut accidunt arbores tantùm, ut summa species :
4
' Pour un homme sans bagages. Cuvîer, Recherches sur les os-
2 E
Les Helvètes habitaient, la sements fossiles, 3 part., ch. n i ,
r e ER
Suisse, les Némètes le pays de Spire sect. l , art. 1 , d i t : « Ce bœul
et les Rauraques le territoire de n'était autre chose qu'un renne mal
Baie et l'Alsace méridionale, Le décrit. »
5
Danube prend sa source en Souabe, Alces, en grec àXx^, élan, qui
dans la forêt Noire, près de Fùrslen- signifie aussi force, ardeur,
6
.berg, traverse la Souabe, la Bavière, Ce défaut d'articulations est uni*
l'Autriche, la Hongrie, la Servie, la fable qui doit sa naissance à la roi-
ttulgaric cl ht Moldavie, et se jette deur que cet animal a quelquefois
dans la mer Noire. Les Haces nabi- dans les jambes,
:
taient la Valachie el la Moldavie Summa species, la simple ap-
et les Anartes la Transylvanie. parence, Acndo, de ad cœdo cou-
x
' Sur la gauche. per de près.
GUERRE DES (i Ali LES.
earum stantium relinquatur. Hùc cùm se ex consuetudine
reciinaverint, infirmas arbores pondère afiligunt, aLque una
ipsac concidunt.
1
Tertium est genus eorum qui X M appellanlur. îi sunt
maguitudiue paulô infra elepbantos; speeie, et colore, et fi-
gura tauri. Magna vis est eorum et magna velocitas ; neque
homini, neque fera?, quam conspexerint, parcuat. Hos stu-
2
diosè foveis captos interficiunt. Hoc se labore durant ado-
lescentes, atque hoc génère venationis exercent, et qui plu-
rimos ex bis interfecerunt, relatis in publicum cornibus, quse
sint testimonio, magnam ferunt laudem; sed assuesecre ad
hommes et mansuefieri ne parvuli quidem excepti possunt.
Amplitudo cornuum, et figura, et species multùiu a noslro-
rum boum cornibus differt. Hacc studiosc couquisila ab la-
3
bris argento circumcluduut, atque in amplissimis epulis
pro poculis utuntur.

Percingetoriœ. (Liv. VIL)

(juietâ Galiiâ , Cscsar, ut constituent, in italiam ad con-


4
ventus agendos proîiciscitur. tbi coguoscit de P . Clodii
5
cœde ; de senatusque consulto certior factus ut omnes Ita-
6
liœ juniores conjureront , delectum totâ provinciA habere
instituit. Eac res in Galliam Transalpinam celeriter perfe-
runtur : addunt ipsi et aftmguut rumoribus G a l l i , quod res
poscere videbatur: retineri urbano molli C a 3 s a r e m , neque in
tantis dissejisionibus ad exercitum venire posse. Hâc impulsi
occasione, qui jam antè se populi romani hnperio suhjcctos
dolerent, liberiùs atque audaciùs de bello consilia inire itici-

1
Uroch, espèce de buffle ou de • « L'auteur de ce meurtre étail
taureau sauvage; G'est le bœuf sau- Milon, dont Ciceron entreprit la
vage velu des anciens. Les Alle- défense et pour lequel il composa
mands de Prusse le nomment au- le plaidoyer que nous connaissons
rochs. sous le titre iVQratio proMilone. »
2
Adroitement et soigneusement, f Baudemenl. !
ou avidement. ,;
Prètas-senl serment tous â la
3
Aux bords. fois, c'esï-a-duv fussent enrôlés
* Les comices , ou assemblées du en mihM', d\mrf* un sénatus-con-
peuple pour l'élection de.-; nieyislrnî.-. SïïU...
36 CESAR.

piunt. ïndictis inter se principes Gallise conciliis, silvestribus


1
ac remotis locis, queruntur de Acconis : hune casum ad
ipsos recidere posse demonstrant : miserantur conimunein
Gai lise fortunam : omnibus pollicitationibus ac prsemiis de-
poscunt qui belli initium faciant, et sui capitis periculo
2
Galliam in libertatem vindicent. E j u s in primis rationem
babendam esse dicunt, prius quàm eorum clandestina con-
silia efferantur, ut Cacsar ab exercitu intercludatur : id esse-
3
facile, quôd neque legiones, absente imperatore , audeant ex
hibernis egredi ; neque imperator, sine prœsidio, ad legiones
pervenire possit : postremo in acie prsestare interfici quàm
non veterem belli gloriam libertatemque, quam a majoribus
aceeperint, recuperare.
llis rébus agitatis, profitentur Carnutes « se nullum peri-
4
culum, communissalutis causa, recusare ; principesque se ex
omnibus bellum facturas pollicentur : etquoniam in prsesen-
5
tià obsidibus cavere inter se non possent ne res efferatur,
ut jurejurando ac fide sanciatur petunt, collatis nrilitari-
bus signis (quo more eorum gravissimae escrimoniac con-
tinentur), ne facto initio belli a reliquis deserantur. » Tune,
collaudatis Carnutibus, dato jurejurando ab omnibus qui
aderant, tempore ejus rei constituto, ab concilio disceditur.
Ubi ea dies venit, Carnutes, Cotuato et Gonetoduno du-
6
cibus, desperatis h o m i n i b u s , Genabum7 dato signo con-
currunt; civesque romanos, qui negotiandi causa ibi con-
stiterant ( in iis Caium Fusium Cottam, honestum equitem
romanum, qui rei frumentariae jussu Csesaris prscerat), in-
terficiunt bonaque eorum diripiunt. Celeriter ad omnes
Gallisc civitates fama perfertur : nam, ubi major atque illu-
strior incidit res,clamore per agros regionesque significant :
hune alii deinceps excipiunt et proximis tradunt, ut tu m
accidit. Nam quac Genabi, oriente sole, gesta essent ante
1
Acco ou Accon, chef d'une con- * Principes, les premiers {pri-
juraliondes Sénones et. des Carnu- mvs in cipiens ou primum caput).
tes, avait été mis â mort par ordre s ua n pouvaient se précaution-
e

de César, liv. vi, ch. 44. ner en se donnant des otages.


3
F jus, sous-enl. rei scilicet ut « Avec des hommes déterminés,
Cœsar, etc. La première chose à risqués.
(aire est d'empêcher César, etc. ? Orléans ou plus vraisemblable-
;i
Imperator ne veut dire ici que ment Gien, qui s'appelait aussi dé-
générai en chef, commandant. nabvm ou Gennabnm.
GïtEHRE D E S G A U L E S . 37
1
priniam confectam vigiliam in finibus Arvernorum audita
sunt : quod spatium est inilliuni passuum circiter centum et
2
sexaginta .
3
Simili ratione ibi Vercingetorix , Celtilli filius , Arvernus
sunimae potentiac adolescens (cujus pater principatum Gal-
Iiac totius obtinuerat, et ob eam causam, quod regnum appe-
tebat, ab civitate erat interfectus), convocatis suis clientibus,
facile eos incendit. Cognito ejus consilio, ad arma concurri-
tur : ab Gobanitione, patruo suo, reliquisque principibus,
qui hanc tentandam fortunam non existimabant, expellitur
ex oppidoGergovifi 4. Non tamen desistit, atque in agris ba-
bet delectum egentium ac perditorum. 11 àc eoacta manu,
quoscumque adit ex civitate ad suam sententiam perducit :
hortatur ut, communis libertatis causa, arma capiant; ma-
gnisque coaclis copiis, adversarios suos, a quibus paulô antc
5
erat ejectus, expellit ex civitate. Rex ab suis appellatur ;
dimittit quoquoversùs legationes; obtestatur ut in fide ma-
neant. Celeriter sibi Senones, Parisios, Pictones, Cadurcos,
5
Turones, Aulercos, Lemovices, Andes' reliquosque omnes
qui Oceanum attingunt adjungit : omnium consensu ad eum
defertur imperium. Ouâ oblatâ potestate, omnibus iis civîta-
tibus obsides imperat, certum numerum militum celeriter adse
adduci jubet ; armorum quantum quacque civitas domi, quod-
que antè tempus efficiat, constituit 7. In primis equitatui stu-
det: summae diligentiac summam imperii severitatem addit;
magnitudine suppliciidubitantescogit. Nam, majore commisso
delicto, igni atque omnibus tormentis necat : leviore de causa
auribus desectis, aut singulis effossis oculis domum remit-

1 4
Avant la fin de la première Gergovie, à une lieue de l'em-
veiiie, c'est-à-dire avant neuf heures placement actuel de Clermont, sur
du soir. une colline appelée mont Gergoye
2
Environ quatre-vingts lieues. ou Gergoriat.
3 Le nom de Vercingetorix, '•> Rex, Fera'ngetorcx. Les sa-
comme ceux d'Ambiorix, de Gin- vants hasardent diverses étymolo-
gétorix et autres, se compose, natu- gies ; F'er-chn-cédo-rigk ou fear-
relfement du mot rcx, roi, chef, ringo-toîr. La langue celtique leur
commandant, général, el de dési- est d'un grand secours.
gnations particulières; mais ce n'est n ceux'de Sens, de Paris, de Poi-
poînt un nom propre, comme on tiers, de Cabors, de Tours, du Mans,
serait porte à le croire. On ignore de Limoges et d'Angers,
7
donc le nom vrai de ce. jeune chef II règle combien... et avant
des Arvernes ou Auvergnats. quelle époque.
38 CÉSAR.

tit, ni sint reliquis documente, et roagnitudine pœnao per-


terreant alios.
H i s suppliciis celeriter coacto excrcilu, Uicîerium Cadur-
c u m , summac hominem audaciac, cum parle copiarum in
1 9
Rutenos mittit : ipse in Rituriges proficiscitur. Kjus ad-
ventu Rituriges ad /Eduos, quorum eraul in fide, legatos
mittunl, subsidiumrogatum, quo faciliùs hostium copias sus-
tinere possiut. /Edui, de consilio legatorum quos Cacsar ad
3
exercitum roiiquerat, copias equitalùs peclilatûsque suhsi-
dio Biturigibus mittunt; qui, cùm ad flumen Ligerim 4 vo-
nissent, quod Rituriges ab /Edui s dividit, paucos dies iln
morati, neque flumen transire ausi, domum revertuntur,
legatisque uostris renuntiant seBilurigum perîidiam veritos
revertisse : quibusid consilii fuisse cogno.verint, ut si flumen
5
transissent, una ex parte ipsi , altéra Arverni se circumsi-
sterent. Id eanc de causa, quam legalis pronuntiarunt, an per-
fîdia adducti fecerint, quod nihil constat, non videtur prn
certo esse ponendum. Rituriges, eorum discessu, statim se
cum Arvernis conjungunl.
His rébus in Ualiam Ceesari nuntialis, cùmjam ille virtute
6
C n . Pompeii urbanas res commodiorem in statu m pervenissc
intelligeret, in Transaipinam Galliam profeclus est. Ko cùm
venisset, magna dilucultale afficîebatur, quâ ratione ad exei-
citum pervenire pos&et : nam, si legiones in provinciam ac-
cerserel, se absente, in itinere praolio dimicaturas iulellige-
bat : si ipso ad exercitum contendcret, ne iis quidem qui
eo tempore pacati viderentur suam saiulem rectè cominitti
vidcbal.
Intérim Luclerius Cadurcus, in Rutenos missus, eam ci-
vitalem Arvernis conciliât. Progressus in Nitiobriges et G a -
ballos 7, ab uîrisque obsides accipit; et, magna coaclâ manu
in provinciam, Narhonem versus, eruptioncm facere conten-
dit. Qua re nuntiatft, Cacsar omnibus cousiliisantevertendum >

1 7
Dans le Rouerçuie, à Rodez. C c u \ de i'Agénois el du Gé-
2
Dans le B e r n , à Bourges. vaudan.
;i
Auprès de l'armée. « Qu'il fallait prévenir tous se*
h
La Loire. desseins; ou lut i i , préférer à tout-
Les Biiunges. les plana colui d'aller d i w ! m ' * n f
" ^ ( v i l i ' U ' n l u a avantageux, plus a i S a ^ u n w
1

existhnavit, ul Karboncm prottciscerelur. lio cùm venisset,
timenles continuât, prœsidia in lluthenis provincialibus,
1
Volcis Arecoinicis, Tolosalibus , circurnque Karboncm, qua»
loca erant bostibus Jinilima, conslituit; pariem copiarum ex
provinciâ, supplementumque, quod ex Italiâ adduxcrat, in
Helvjos', qui fines Arvernorum contingunt, convenire jubet.
His rébus comparais, represso jam Lucterio el remolo,
quod intrare intra prœsidia periculosum putabat, in Helvios
3
proficiscitur. Etsi mons Cebenna , qui Arvernos al) Helviis
discludit, durissimo tempore anni, altissima nive iler impe-
diebat, tamen diseussa nive sex in altitudinem pedum, atqu<"
ita viis patefactis, summo militum labore ad Unes Arverno-
rum pervenit : quibus oppressis inopinantibus, quod sic se
Cebenuâ, ut muro, munitos existimabant, ac ne singulari 4
quidemhomini uuquàm, eo tempore anni, semiue patuerant,
equitibus imperal ut quàm latissimè possint vagentur, et
quàm maximum hostibus terrorem inférant. Celeriter hœc
famâ ac nuntiis ad Vercingetorigem perferuntur : quem
perterriti omnes Arverni circumsistunt, atque obsecrant uî
rj
suis fortunis consulat, neu se aJ> bostibus diripi patiatur,
precsertim cùm videat omne ad se bellum translatum. Quo-
rum ille precibus pennotus, castra ex Biturigibus movet in
Arvernos versus.
At Csesar, biduum in iis locis moratus, quod base de Verein-
6
getorige usu ventura opiniouc pra-ceperat , per eausam
supplementi 7 equitalûsquecogendi, ab exercitu discedit; Bru-
tum adolescentem iis copiis prœficit, hune monet ut in
omnes partes équités quàm latissimè pervagentur : daturum se
operam ne longiùs triduo ab eastris absit. His constitutif
rébus, suis inopinantibus, quàm maximis potest itineribu?:
8
Viennam pervenit. Ibi nactus recentem equitatum, quem

1
Les Volqnes Arécomices, peu- *' Eux, les Arvernos.
ples du lias Languedoc. Toulouse, (ï
II avait pressenti que le Ver-
capitale des Volques Tectosages, cingetorix s'emparerait de ces con
dans le haut Languedoc. trées.
Peuples du Vnarais. 1
Supplemonlnm, un renfort, de?*
r
' Le mont Cévcnne, ou les Cé- recrues.
vennes. 8
Vienne en Daupbîné. L'in-
* Pour un seul individu , sans croyable activité de César consïi-
bagages. tuait une partie de son génie.
40 CES Alt.

multis antè diebus eô praemiserat, neque diunio, neque no-


1
cturno itinere intermisso per iines /Eduorum in Lingones
contcndit, ubi duse legiones hiemabant, ut, si quid etiam de
sua salute ab /Eduis iniretur consilii, celeritate praccurreret.
Eô cùm pervenisset, ad reliquas legiones mittit; priùsque iu
unum locum omnes cogit quàm de ejus adventu Arvernis
nuntiari posset. IlAc re cognitâ, Vercingetorix rursùs in Bi-
turiges exercitum reducit; atque indc profectus, Gergoviam,
2
Boiorum o p p i d u m , quos ibi helvetico praclio victos Cacsar
collocaverat, /Eduisque attribuerai, oppugnare instituit.
Magnam hacc res Caesari diffîcultatem ad consilium capien-
dum afferebat : si reliquam partem hiemis uno in loco legiones
3
contineret, ne, stipendiariis /Eduorum expugnalis , cuncta
Gallia deficeret, quôd nullum in eo* amicis praesidium vi-
deretur positum esse; sin maturiùsex bibernis educeret, ne
5
ab re frumentaria duris subvectionibus laboraret. Praestare
visum est tamen omnes difficultates perpeti quàm, tantâ
contumeliA accepta, omnium suorum voluntates alienare.
6
flaque cohortatus/Eduos de supportando commeatu , prrc-
mittit ad Boios, qui de suo adventu doceant, hortentur ut in
fide maneaut, atque hostium impetum magno animo susti-
neant. Duabus Agendici i legionibus atque impedimentis
totius excrcitùs relictis, ad Boios proficiscitur.
8
Altero die cùm ad oppidum Senonum Vellaunodunum
venisset, ne quem post se hostem relinqueret, quo expedi-
tiore re frumentaria uteretur, oppugnare instituit; idque bi-
duo circumvallavit : tertio die inissis ex oppido legatis de de-
ditione, arma proferri, jumenta produci, sexcentos obsides
dari jubet. Ea qui conficeret, C . Trebonium legatum relin-
quit. Ipse, ut quamprimùmiter faceret, Genabum Carnutum r»
proficiscitur : qui tum primùm, allalo nuntio de oppugna-
tione Vellaunoduni, cùm longiùs eam rem ductum iri exi-

: fi
Ceux de Langres. De lui envoyer des vivres.
7
' Gcrgovie desBoïes, différente u4gendicumo\xJgedincum m].
9

de Gorgovie de Cierroont, parait Sens.


s
être la ville de Thil (dans l'Ailier) Probablement Beaune, départe»
ou mémo Moulins. ment du Loiret; peut-être aussi
•'' Des tributaires des Édues. Cbâleau-Laiidon, en Gâlinaïs (Seine-
En l u i , César. et-Marne ).
'*> La difficulté des transports. 9
Gien, ville des Carnutes-
c;rrctmi3 DES GAULES.

sthnarent, praesidium, Genabi tuendicausa, quod eo mitte-


rent, comparabant. Ilùc biduo Cacsar pervenit; et, castris
J
ante oppidum positis, diei temporc exclusus , in posterum
oppugnationem differt, quacque ad eam rem usui sint mili-
tibus imperat; et, quod oppidum Genabum pons fluminis
Ligeris continebat % veritus ne noclu ex oppido profugerent,
duas legiones in armis excubare jubet. Genabenses, paulo
ante mediam noctem, silentio ex oppido egressi,flumen trans-
ire cœperunt. Qua re per exploratores nunciata, Cacsar le-
giones, quas expeditas esse jusserat, portis încensis, intromit-
tit, atque oppido potitur, perpaucis ex hostium numéro
3
desideratis , quin cuncti caperentur, quod pontis atque iti-
nerum angustiac multitudinîs fugam intercluserant. Oppidum
diripit atque incendit; praedam militibus donat : exercitum
Ligerim transducit, atque in Biturigum fines pervenit.
Vercingetorix, ubi de Cœsaris adventu cognovit, oppugna-
tione * desistit atque obviam Cacsari proficiscitur. Ille oppidum
5
Biturigum, positum in via, Noviodunum oppugnare insti-
tuerat : quo ex oppido cùm legati ad eum venissent, oratum
ut sibi ignosceret suacque vitac consuleret, utceleritate reli-
quas res conficeret quâ pleraque erat consecutus, arma pro-
terri, cquos produci, obsidesdari jubet. Parte jam obsidum
transdilâ, cùm reliqua administrarentur, centurionibus et
paucis militibus intromissis, qui arma jumentaque conquire-
rent, equitatus hostium procul visusest, qui agmen Vercin-
6
getorigis antecesserat : q u e m simul atque oppidani con-
spcxerunt, atque in spem auxilii venerunt, clamore sublato,
arma capere, portas claudere, murum complere cœperunt.
Centurioues in oppido, cùm, ex significatione Gallorum, novi
aliquid ab iis iniri consilii intellexissent, gladiis districtis,
portas occupaverunt, suosque omnes incolumes receperunt.
Cacsar ex castris equitatum educi jubet, pracliumque éque-
stre committit : laborantibus jam suis Germanos équités cir-

1 1
Privé du lenips du jour, cm- Le siège (leGergovie.
pùchéparrarrivéedelanuit. * Woban (Indre), ou Nonan-Ie-
2
Un pont rattachait, reliait G é - Fuzéiier, à douze lieues d'Orléans,
nnbum avec la campagne. sur la route de Bourges» ou Neuvi-
3
On n'eut à regretter qu'un très- sur-Baranjon, ou Nuits, ou enfin
petit nombre d'ennemis; tous les Nevers.
autres furent pris. « La cavalerie.
42 CES A H.
citer sexcentossubmitt.it, quos ab initfo secum babere insti-
tuerai Eorum impetum Galli sustinere non potueruut; atque
1
in fugam conjecti, multisamissis, sese ad agnien receperunt :
7
quibus profligatis, rursus oppidani perterriti comprehensos
eos quorum opéra plebem concitatam existimabant ad Cae-
sarem perduxerunl, seseque ei dediderunt. Quibus rébus
5
confectis, Csesar ad oppidum Avaricum (quod erat maxi-
mum munitissimumque in (imbus Bilurigum , atque agri
fertilissimâ regionc) profectus est : quod eo oppido re-
cepto civitatein »' Biturigum se in potestatem redacturum
confidebat,
Vercingetorix, toteontinuis incommodis Vellaunoduni, G e -
nabi, Novioduni acceptis, suos ad concilium couvocat : docet
a longé alia ratione esse bellum gerendum atque anteà sit ge-
stum : omnibus modis buic rei studendum, ut pabulatione et
commeatu Romani probibeantur : id esse facile, quod equitatu
5
ipsi abundent, et quod anni tempore subleventur : pabulum
6
secari non posse ; necessariô dispersos hostes ex acdiliciis pe-
tere i :hos omnes quotidiè ab equitibus delerï posse. Prœtereà,
salutis causfl, rei familiaris commoda negligenda : vicos
8
atque eedificia incendi oportere, hoc spatio à Boiâ quoquo
versus, quo pabulandï causa adiré posse videantur : barum
ipsis rerum copiam suppetere, quod, quorum in finibus bellum
geralur, eorum opibus subleventur, Romanos aut inopiam
non laturos, aut maguo eum periculo longiùs a eastris pro-
gressuros : neque interesse ipsosne interiîciant, impedimen-
tisvc exuant : quibus amissis, bellum geri non possit. Pra;-
tereà, oppida incendi oportere, quse non munitione et Joci
naturft ab omni sint periculo tuta; neu suis sint ad detrectau-
dam militiam receplacula; neu Romanis proposita ad co-
piam commeatiis praodamque tollendam 9 : hœc si gravia aut
acerba videantur, multô illa graviùs eestimare debere, li-

1
Se replièrent sur le corps d'ar- (;
Ii n'y avait point encore d'her-
mée. bes bonnes à couper.
- Les habitants de Noviodunum. 7
1 .es ennemis, les Romains, iraient
•> Auj. Bourges. dans les maisons.
* La peuplade, 8
Boïe est aujourd'hui détruite.
lis sont secondés, ftnonaés par 8
Pour eu tirer, ou pour y amas-
ia sab-on, IVpoqm; de Tannée. ser des provision*.
GUERRE DES G A U L E S . 43
beros, conjuges in servitutem abstrahi, ipsos interfici; quai
sit necesse acci(3ere victis. »
Omnium cousensu banc sententia probata, uno die am-
pliùs viginti urbes Biturigumincendunlur : hoc idem fit inre-
iiquiscivitatibus ; in omnibus partibus incendia conspiciuntur :
quae etsi magno eu m dolorc omnes ferebant, tamen hoc sibi
1
solatii proponebant, quod se, prope exploratà Victoria ,
celeriter amissa recuperaturos confidebant. Deliberatur de
Avarico in communi consilio, incendi placeret an defendi.
Procumbunt Gallis omnibus ad pedes * Bituriges, « ne pul-
cherrimam propè totius Galliac urbem, quae et prœsidio ci
ornamento sit civitati, suis manibus succendere cogéraiuir :
facile se loci natura defensuros dicunt, quod, propè ex omni-
bus partibus flumine et palude cïrcumdata, unum habeat e*"
perangustum aditum. » Datur petentibus venia, dissuadent»
primo Vercingetorige, post concedente et precibus ipsorum
et misericordia vulgi. Defensores idonei oppido deliguntur.
3
Vercingetorix minoribus Cacsarem itineribus subsequi-
tur, et locum eastris deligit, paludibus silvisque munitum ,
ab Avarico longé millia passuum quindecim. Ibi per cer-
tos exploratores, in singula diei temporal, qusc ad Avari-
cum agerentur cognoscebat; et quid fleri vellet imperabat.
Omnes nostras pabulationes frumentationesque observabat,
dispersosque, cùm lougiùs necessario procédèrent, adorie-
batur, magnoque incommodo afficiebat; etsi, quantum ra-
lione provideri poterat, ab nostris occurrebatur *\ ut incertis
temporibus diversisque itineribus irelur.
Castris ad eam partem oppidi positis, Caesar, quae, inter-
missa à flumine et palude, aditum, utsuprà diximus, angustum
6
habeat, aggerem apparare, vineas agere, turres duas consti-
tuere cœpit : nam circumvallare loci natura probibebat. De
refrumentariâ Boios atque yEduos adbortari non destitit : quo-
rum alteri, quod nullo studio agebant, non multùm adjuva-
bant; alteri non magnis facultatibus, quod civitas eratexigua
et infirma, celeriter quod habuerunt consumpserunt. Summâ
1 A
La victoire paraissant presque A chaque heure, àchaquejns-
certaîne. tant du jour.
a b
Nous avons v u , p. 6, noie r>, Quoique les nôtres ypourvus-
Capsari ad pedet. sent, en
J
A petites journées. 6
Une terrasse.
44 CBS AH.

difficultate rei frumentariae affecto excrcilu, tenuitate Boio-


rum, indiligenlià /Eduorum, incendiis acdifioiorum, usquceo
ut complures dies milites frumento caruerint, et pecore e
longinquioribus vicis adacto extremam famem sustentarent :
nulla tamen vox est ab iis audita populi romani majestale
et superioribus victoriis indigna. Quîn etiam Cacsar, cùm in
1
opère singulas legiones appellaret , et, si acerbiùs inopiam
ferrent, sedimissurum oppugnationem diceret, universi ab eo
ne id faceret petebant : « sic se complures annos, illo im-
peraute, meruisse ut nullam ignominiam acciperent, nun-
quàm infecta re discederent : hoc se ignominiœ laturos loco
si incœptam oppugnationem reliquissent : pracstare omnes
perferre acerbitates quàm non civibus romanis qui Genabi
2
perfidiâ Gallorum interissent parentarent . » Hacc eadem
centurionibus tribunisque militum mandabant, ut per eos ad
Cacsarem deferrentur.
Cùm jam muro appropinquassent turres, excaptivîs Cacsar
cognovit Vercingetorigem, consumpto pabulo, castra movissc
propius Avaricum, atque ipsum , cum equitatu expeditisque,
qui inter équités pracliari consuessent, insidiarum causa eô
profectum, quo nostros postero die pabulatum venturos ar-
bitrabatur. Quibus rébus cognitis, média nocte silentio pro-
iectus, ad hostium castra manè pervenit. l l l i , celeriter per
3
exploratores adventu Cacsaris cognito, carros impedimentaque
sua in arctiores silvas abdiderunt-, copias omnes in loco
edito atque aperto instruxerunt : quâ re nuntiatâ, Caesar
celeriter sarcinas conferri arma expediri jussit.
Collis erat leniter ab infimo acclivis. Hune ex omnibus
ferè partibus palus difficilis atque impedita cingebat, non
latior pedibus quinquaginta. Hoc se colle, interruptis pon-
tibus, Galli fiduciâ loci continebant; generatimque distributî
5
in civitates ,omnia vada ac saltusejus paludis certis custodiis
obtinebant, sic animo parati ut, si eam paludem Romani
6
perrumpere conarentur, bacsitantes premerent ex loco su-
1
Consultait, s^adressait, interro- * Déposer ensemble les bagages,
ft
geait. Et généralement rangés et ré-
2
Venger ceux qui étaient morts partis par cilés, peuplades et na-
à Génabum, et leur rendre ainsi les tions...
u
devoirs de la parenté. Lorsqu'ils seraient arrêtés et
3
Leurs fourgons el leurs bagages, embarrassés dans la boue profonde.
GUERRE DES GAULES.

periore,ut qui propinquitatem ioci vidèrent paralos propè


1
aequo Marte ad dimicandum exislimarent, qui iniquitatem
? 3
conditionis perspicerent inani simulatione sese ostentare
cognoscerent. Indignantes milites Caesar, quod conspectum
suum hostes ferre possent, tantulo spatio interjecto, et si-
gnum praelii exposcentes, edocet « quanto detrimento et
quot virorum fortium mortenecesse esset constare victoriam :
quos cùm sic animoparatos videret, utnulhim pro suâ laude
pcriculum recusarent, summac se iniquitatis condemnari de-
bere nisi eorum vitam suâ salute habeat cariorem. » Sic
milites consolatus, eodem die reducitin castra : reliqua, quae
ad oppugnationem oppidi pertinebant, administrare instituit.
Singuîari militum nostrorum virtuti consilia cujusquemodi
Gallorum occurrebant, ut est 4 summae genus solertiac, atque
ad omnia imitanda atque efttcienda quae ab quoque tra-
duntur, aptissimum. Nam et laqueis falces* avertebant;
6
quas cùm destinaverant , tormentis introrsùs reducebant,
et aggerem c u n i c u l i s 7 subtrabebant; eo scientiùs, quod apud
eos magnso sunt ferrariœ, atque omne genus cuniculorum no-
tum atque usitatum est. Totum autem murum ex omni parte
8
turribus contabulavérant , atque bas coriis intexerant : tum,
crebris diurnis nocturnisque eruptionibus, aut aggeri *»
ignem inferebant, aut milites occupatos in opère adoriebantur ;
et nostrarum turrium altitudinem, quantum bas quotidia-
10 TT
nus agger expresserat , commissis suarum turrium malis ,
adsequabant, etapertos cuniculos prœustâ et pracacutâ ma-

1
Avec des chances égales. très-pesants, étant composés d'une
2
L'inégalité des positions respec- forte pointe de fer emmanchée d'une
tives. longue et solide pièce de bois.
fi
3
On verrait Lien que. les Gaulois Attacher. Apulée a dit : Ar-
ne faisaient que des démonstrations reptum me loto qnam valido et
de parade. ad ttnsulam quamdam destina ta.
4
Le texte peut présenter plu- (Metam.i liv. n i . , )
7
sieurs sens. Au lieu de lire : Gé- Par des mines.
mis.*, aptissimnm, qu'on pourrait 8
Ils avaient construit des tours
traduire par : race très-habile à , en bois, en planches ( tàbidœ).
je proposerais de lire : Gens... ap- 9
sJgger, terrasse soutenue par
tissimo, qui aurait le même sens. des pièces de bois entremêlées;
s
• On appelait faux un grand cro- aussi travail de terrassement.
chet dont les assiégeants se ser- 10
Produire.
vaient pour renverser les murail- 11
En reliant les mâts ou longues
les des villes. Ces crochets étaient poutres de leurs tours.
CÉSAR.

terià, et pice fervefacta, et, maximi ponderis saxis mora-


c
bantur , mocnihusque nppropinquare prohîbebant.
Mûris autem omnibus gallicîs hœc ferè forma est. Trabes
a
directac, perpétua; in longitudinem , paribus intervailis,
distantes inter se binos pedes, in solo collocanlur : bac rc-
vinciuntur inlrorsùs, et multo agger.e vestiuntur; ea au-
tem quse diximus intcrvalla grandibus in fronte saxis
effarciuntur. lis collocalis et eoagmeulatis, alius insuper ordo
adjicilur; ut idem illud intervallum servctur, neque inter
sa conlingant trabes, sed paribus intermissec spatiis sin- n

^ulae singulis saxis interjectis, arte contineantur : sic dein-


ueps omne opus contexitur, dum justa mûri altiiudo explea-
lur. Hoc cùm in speciem varietatemque opus déforme non
est, alternis trabibus ac saxis, quao rectis lineis suos or-
dines servant, tum ad utiiitatem et defensionem urbium
summam habet opportuuitatem, quôd et ab incendio lapis
3
et ab ariete materia défendit : quae, perpetuis trabibus pedes
quadragenos plerumque introrsùs revincta, neque perrumpî
neque distrahi potest.
lis tôt rébus impeditâ oppugnatione, milites, cùm loto
tempore luto, frigore etassiduis imbribus tardarentur, tamen
continenti labore omnia haoc superaverunt, et diebus quinque
et viginti aggerem lalum pedes triginta et trecenlos, altum
pedes octoginta, exstruxerunt. Cùm is murum hostium penè
contingeret, et Cacsar ad opus consuetudine excubaret, mili-
tesque cohortaretur ne quod 4 omninô tempus ab opère in-
5
termitterctur, paulô ante tertiamvigiliam est animadversum
fumare aggerem, quem cuniculo hostes succenderant; eo-
demque tempore toto muro clamore sublato, duabus portis
ab utrr que lalere turrium erruptio débat. Alii faces atque ari-
6
da:u irateriem de muro in aggerem eminùs jaciebant; picein
ïiii rcliquasque res quibus ignis excitari potest fundebant ;

1 3
Ils arrêtaient les mines déjà César emploie le mol. maierut
ouvertes el commencées par des comme les Grecs celui d'iiXïi, pour
pieux aigus, brûlés par le bout, etc. signifier du bois. Le sens de ces
2
Des poutres droites et couchées deux mots est également étendu
de fout leur long. La plupart n'ont dans l'une et l'autre langue,
4
pas moins de quarante pieds, el Qvod pour aliquod.
donnent ainsi des muraille- de Un peu avant minuit,
G
quarante pteds d'épaisseur. Du bois sec
GUEJLitE DES G AIILES. 47
ut quo primùm occurreretur, aut oui rei ferretur auxilium
vix ralio iiiiri posset. Tamen, quod instituto Caesaris dure
semper legiones pro eastris excubabant, pluresque partitis
1
temporibus in opère erant , celeriter faclum est ut alii
2
eruptionibus résistèrent, alii turres reducerent , aggeremque
interscindereut, omnis verô ex caslris multitudo ad restin-
guendum concurreret.
Cùm in omnibus locis, consumptd jam reliqua parte noctis,
pugnaretur, semperque hostibus spes victorirc redintegra-
3
retur, eo magis quod deustos turrium pluteos videbant, nec
facile adiré apertos ad auxiliandum animadvertebant, sem-
perque ipsi récentes defessis succédèrent, omnemque Gallïéc
salutem in illo vestigio temporis positam arbitrarentur,
5
accidit inspectantes nobisquod, dignum memorid visum ,
praetermittendum non existimavimus. Quidam auto portam
oppidi Gallus, qui per manus sevi<> ac picis iransditas glebas
8
in ignem e regione turris i projiciubat, scorpione ab latere
dextro transjectus, exanirnatusque coneidit : hune ex proximis
unus jacentem trangressus, eodem illo munere tungebatur;
eâdem ratione ictu scorpionis exanimato altero, successit
tertius, et tertio quartus; nec ille priùs est a propugnato-
ribus vacuus relictus locus quàm, resiincto aggere atque
omni parte submotis hostibus, finis est pugnandi factus
1
La plupart des autres se parla- • Qui nous a paru digne de me
geaienl le temps el se relevaient au moire, et que, etc.
,!
travail. Des houles de suif.
2 7
On retira les tours de devant Vis-à-vis d'une de nos tours,
s
la place et on les ramena sur l'autre « Le scorpion était une arbalète
extrémité de la terrasse, en deçà de forte dimension, se montant
de l'endroit où l'on voulait la cou- par le moyen d'un cric, et classée
per. parmi les machines de guerre. Le
•i Plnteus désignait proprement trait qu'il lançait était beaucoup
le toit en forme de dôme qui cou- plus court que lojaselot; mais sn
ronnait les tours, et sous lequel les force do projection le rendait plus
soldais se mellaient à l'abri pour meurtrier. » {Baudement. )
lancer leurs traits par les ouverlu- » On cite un trait analogue des
res. Ce toit était composé de bran- catholiques de Lucerne ou de Fri-
ches flexibles et recouvert de cuir, bourg, dans la guerre du Sonder-
II était ordinairement mobile et hunrt en 1847. Pour donner le
appuyé sur trois roues, au dire de change aux prostesîants, on tenait
Végèce. C'était, donc une espèce de un flambeau allumé, sur lequel les
tnantelet. balles se dirigèrent longtemps. Ren-
4
Dans ce point, coup, moment, versé ou «'teint II reparaissait fou-
instant, jours.
CJSSAR.

Omnia experti Galli, quod res nulla successoral", postero


die consilium ceperunt ex oppido profugere, hortanle et ju-
J)ente Vercingetorige. Id silentio noctis conati, non magnâ
jacturâ suorum sese effecturos sperabant; proptereà quôd
neque longé ab oppido castra Vercingetorigis aberant; et pa-
lus, quac perpétua intercedebat, Romanos ad insequendum
tardabat. Jamque hoc facere noctu apparabant, cùm matres
familiâs repente in publicum procurrerunt, flentesque pro-
jectac ad pedes suorum, omnibus prccibus petierunt ne se et
communes liberos hostibus ad supplicium dederent, quos
ad capiendam fugam natura et virium infirmitas impediret.
XJbi eos perstare in sententiâ viderunt, quôd plerùmque in
summo perieulo timor misericordiam non recipit, concla-
mare et signilicare de fugâ Romanis cœperunt. Quo timoré
perterriti Galli, ne ab equitatu Romauorum viac pracoccu-
parentur, consilio destiterunt.
1
Postero die Cacsar, promota t u r r i , directisque operibus
quac facere instituerat, magno coortoimbri, non inutilem
banc ad capiendum consilium tempestatem arbitra tus est.
quôd paulô incautiùs custodias in muro dispositas videbal:
suosque languidiùs in opère versari jussit, et quid lieri vellet
2
ostendit. Legiones intra vineas in occulto expeditas cohor-
tatus, ut aliquandô pro tantis laboribus fructum victoriac
perciperent, iis qui primum murum ascendissent pracmîa
proposuit, militibusque signuin dédit. Illi subito ex omnibus
partibus evolaverunt, murumque celeriter complerunt.
Hostes, re nova perterriti, muro turribusque dejecti, in
3
foro ac locis patentioribus cuneatim constiterunt; hoc
aniino ut, si quû ex parte obviàm contra veniretur, acie in-
structâ depugnarent. Ubineminem in acquum locum sese de-
mittere, sed toto undique muro circumfundi viderunt, veriti
ne omninô spes fugac tolleretur, abjectîs armis, ultimas op-
pidi partes continenti impetu petiverunt : parsqueibi, cùm
angusto exitu portarum se ipsipremerent, a militibus, pars

1
PendanL qu'il faisait avancer r
- Formèrent un bataillon carré,
une tour et dirigeait, etc. qui présente d'abord un angle, un
2
Les légions en armes cachées coin. Les bataillons carrés ne sont
parmi les mantelets on galeries de donc ppini une invention mo-
bois, recouvertes de cuir. derup.
G U E R R E DES GAULES. 41)

jam egressa portis ab equitibus est intcrfecta : nec fuit quis-


quani qui pra^dac sluderet. S i c , et Genabensi cscde et la-
bore operis incitati, non setate confectis, non mulieribus,
non infantibus pepercerunt. Denique ex ornni eo numéro,
qui fuit circiter quadraginta millium, vix octingenti, qui
primo clamore audito se ex oppido ejecerant, incolumes ad
Vercingetorigem pervnierunt : quos ille, multâ jam nocte,
silentio sic ex foga excepit (veritus ne qua in castris ex
eorum concursu et misericordiA vulgi seditio oriretur), ut,
procul in via dispositis familiaribus suis principibusque ci-
1
vitatum, disparandos deducendosque ad suos curaret, qua -
T
cuique civitati pars castrorum ab initio obvenerat .
Postero die, consilio convocato, cousolatus cohortatus-
que est « ne se admodiim animo demitterent, neve pertur-
barentur incommodo : non virtute, neque in acie vicisse
Romanos : sedartilicio quodam et scientiâ oppugnationis,
cujus rei fuerint ipsi imperiti : errare si qui in belJo omnes
secundos rerum proventus exspectent : sibi nunquàm pla-
euisse Avarîcum defendi, cujus rei testes ipsos haberet; sed
factuin imprudentiâ Biturigum et nimiâ obsequenliâ reliquo-
rum uti hoc incommodum acciperetur : id tamen se celeriter
majoribuscommodissanaturum; nam quœ ab reliquis Gallis
civitates dissentirent, bas suâ diligentia adjuncturum , atque
unum consilium totius Galliœ effecturum; cujus consensu ne
orbis quidem terrarum possit obsistere, idque se propè jam
effectum habere : intereà îoquum esse ab iis, communis sa-
lutis causa, impetrari ut castra munire instituèrent, quo fa-
ciJiùs hostium repentinos impetus sustinere possent. »
Fuit haie oratio non ingrata Gallis, maxime quôd ipso
animo non defecerat, tanto accepto incommodo, neque se
inoccultum abdiderat, neque conspectum multitudinis fu-
gerat; plftsque animo providere et prasentire existimabatur,
quôd, re intégra, primo incendendum Avaricum, post dese-
rendum censuerat. Itaque ut reliquorum imperatorum res
adversac auctoritatem minuunt, sic hujus ex contrario dignîtas.
incommodo accepto, in dies augebatur. Simul in spem ve-

1
II envoya au-devant d'eux et chaque catégorie de peuples et de
les til répartir dans les quartiers nations. Il dissimulait ainsi Té-
du camp assignés primitivement à tendue du désastre.
T. I . 3
U3SAR.
niebant, ejus affirmatioue, dereliquisadjungendiscivitatibus :
prirmimque eo tempore Galli castra munire institueront; et
sic sunt animo consternati homines iusueti laborum », ut
umnia rjuœ imperarentur sibi patienda existimarent.
>.Vec minus quàm est pollicitus Vercingetorix animo la-
borabat, ut reliquas civitates adjungeret; atque earurn prin-
cipes donis pollicitalionibusque alliciebat. Iluic rei idoneos
homines deligebat, quorum quisquc aut oralione subdolà
aut amicitiâ facillimè capi posset. Qui Avarico expugnato ré-
frigérant, armandos vestiendosque curât : simul, ut diminutœ
copias redintegrarentur, imperat certum numerum miJitum
civitatibus; quem et quam ante diem in castra adduci velit;
sagiltariosque omnes, quorum erat permagnus numerus in
Galiiâ , conquiri et ad se mitti jubet. His rébus celeriter id
2
quod Avarici deperierat expletur . Intérim Tbeutomatus,
OHoviconis lilius, rex Nitiobrigum, cujus pater ab senatu
uostro amicus erat appellntus, eum magno equitum suorum
numéro, et quos ex Aquitaniâ conduxerat, ad eum pervenit.
Gœsar, Avarici complures dies commoratus summainque
ibi copiaui frumenti et reliqui eomineatùs nactus, exercitum
ex labore atque inopiû reficit. J a m propè hieme confectâ,
cùm ipso anni tempore ad gerendum bellum vocaretur, et
ad hostem proficisci constituisset, sive. eum ex paludibus
silvisque elicere, sive obsidione premere posset, Jegati ad
<uim principes /ISduorum veniunt, oratum « ut maxime ne-
cessario tempore civitati subveniat : summo esse in periculo
3
Vf in , quod, cùm singuli magistratus antiquitùs creari at-
que regiam potestatem aumim obtinere consuessent, duo
mngistratum gérant*, et se uterque eorum legibus creatum
esse dicat : borùm esse alterum Convictolitanem, florentem
et illustrem adolescentem ; alterum Cotum, antiquissimâ
familifl natum, atque ipsum hominem summac potentiae et
magnas cognationis, cujus frater Vedeliacus proximo anno
eumdem mngistratum gesserit ; civitatem omnem esse in

t Ces hommes, inaccoutumés au Vergobrel (Comment., 1. i, ch. 16).


travail, étaient tellement conster- Per-go-breilh, homme pour le ju-
nés qu'ils ne laissaient pas de, etc. gement, en langue galiique. Pen-
2
Est réparé. dant longtemps, a Àulun, le pre-
Leur Etal, leur république. mier magistrat s'est appelé verg ou
l
' On appelai! rr chef unique vierg*
GUEliltti DES G A U L E S . SI

armis, divisum populum in suas cujusquc eorum clientelas :


quod si diutiùs alatur controversin, fore uti pars eu m ci-
vïtatis parte confligat : id ne accidat positum in ejus dili-
uentiâ atque auctoritate. »
1
Cacsar, elsi a bello atque hoste discedere detrimentosum
esse existimabat, lamen non ignorans quanta ex dissensio-
nibus incommoda oriri consuessent ; ne tanta ei tam con-
junela populo romano civitas, quam ipse semper aluisset,
oinnibusque rébus ornasset, ad vim atque ad arma descende-
ret; atque ea pars quae minus sibi confideret auxilia à Ver-
cingetorige accerseret, buic rei pravertendum existimavit ;
et quod, legibus/Eduorum , iis qui summum magistratum
1
obtiuerenL excedere ex iinibus non liceret, ne quid de
jure aut Icgibus eorum diminuasse videretur \ ipse in -Eduos
proficisci staluit, senatumque omnem et quos inter contro-
versia esset Decetiam •> ad se evocavit. Cùm propè omnis
civiias eo convenisset, docereturque, paucis clàm vocatis,
alio loco, alio tempore atque oportuerit, fratrem a fratre
f)
renunciatum ; cùm leges duos ex una familiâ, vivo utroque,
non solùm magistratus creari vetarent, sed etiam in senatu
esse prohibèrent, Cotum magistratum deponere coegit; Con~
vk-îolitanem , qui per sacerdotes , more civitatis, intermissis
magistratibus, esset creatus, potestatem obtinere jupsit.
S-Joc decreto interposilo, cohortatus /Eduos ut controvw-
siarum acdissensionumobliviscerentiir, atque, omnibus omis-
sis rébus, buic bello servirent, eaque quaî mentissent
prœmia ab se, devictâ Galiiâ, exspectarent equilatumque
omnem et peditum millia decem sibi celeriter mitterent,
qurc in pnesidiis rei frumentaruc causa disponeret7, exerci-
tum in duas partes divisit : quatuor legiones in Senones
Parisiosque Labieno ducendas dédit : sex ipse in Arvernos,
ad oppidum Gergoviam, secundùm flumen Elaver*, duxit.
P.quitatùs partem illi attribuit, partem sibi reliquit. Qua re
1 f>
Désavantageux, funeste. César A JDécîze, dans t<* Nivernais,
estpeul-élre le seul écrivain connu chez, les Éduens.
,;
qui ait employé ce terme. Proclamé vergobret.
? 7
Le parti. Dont il formerait des dclache-
3
Ceux qui occupaient actuelle- menls.
s
ment. A Cergov/V dns An crues, en
1
Cé.-ar, pour ne point paraitre,etc. longeant l'Allier.
32 CESAJ?.

cognitâ, Vercingetorix, omnibus interruptis ejus fluminis


pontibus, abattent Elavcris parte iter facere cœpit.
Cùmuterque utrique esset excrcitus in conspectu, ferèquo
e regione castris castra poneret, dispositis exploraloribus ,
necubi effecto ponte Romani copias transducerent, erat m
magnis Cœsari difficultatihus res, ne majorem acstatis partem
flumine impediretur, quôd non ferè ante autumnum Elaver
vado transiri soleat. Ilaque, ne id acideret, silvestri loco
castris positis, e regioneunius eorum pontium, quos Vercin-
getorix rescindendos.curavcrat, postero die cum duabus le-
T
«ionibus in occulto re&titit : reliquas copias cum omnibus
impedimentis, utconsueverat, misit, demptis quartis quibus-
2
ijuo cohortibus, uti numerus legionum constare videretur.
His quàm longissimc possent progredi jussis, cùm j a m ,
ex diei tempore, conjecturam caperet in castra pervenlum ,
3
iisdem sublicis quarum pars inferior intégra remanebat
ponteni reficerc cœpit. Celeriter effecto opère, legionibusque
transductis, et loco castris idoneo delecto, reliquas copias
revocavit. Vercingetorix, re cognitâ , ne contra suam volun-
tatem dimicare cogeretur, magnis itineribusaulecessit.
Cacsar ex eo loco quintis castris * Gergoviam pervenit ;
equeslri praclio eo die levi facto, perspecto urbis situ, quac
posita in altissimo monte omnes aditus difliciles habebat, de
5
expugnatione desperavit : de obsessione non priùs agendum
constituit quàm rem frnmentariam expedisset. At Vercin-
getorix, castris prope oppidum in monte positis, mediocribus
circum se intervalles, separatim singularum civitatum copias
6
collocaverat-, atque omnibus ejus jugi collibus occupatis,
qua despici poterat, horribilem speciem pracbebat : principes-
que earum civitatum, quos sibi ad consilium capiendum dc-
legeral, prima luce ad se quotidie convenire jubebat; seu
quid communicandum, seu quidadministrandum videretur:
neque ullum ferè diem interrnittebat quin, equestri praclio,
inlerjeciis sagittariis , quid in quoque esset animi ac virtutis
suorum periclitaretur. Erat e regione oppidi collis sub ipsis
1
II resta en arrière. » Le blocus diffère du siège :
3
Être au complet. dans l'un on attend, dans l'autre
3
Sur les mêmes pilotis. on attaque.

* A la cinquième étape, en cinq Toutes les cimes, tous lessom-
campements, cinq jours de marche, mets de la chaîne de montagnes.
GïiKKHK IHiS G AU MiS. -V3

radicibus montis cgregiè muniuis atque ex omni parte cir-


1
cumcisus ; quem si lenereui nostri, el; aquas magna parte,
pabulatione libéra, prohibituri bostes videbantur : sed is locus
prœsidio ab iis non nimis firmo tencbatur. ï i i m silentîo
noctis Caesar ex eastris egressus , priusquàm subsidium ex
oppido venire posset, dejecto pracsidio *, potilus loco , duas
ibi legiones collocavit, fossamque duplicem duodénum pe-
dum majoribus eastris ad minora perduxit, ut tiUoab re-
penti QO bostium incursu etiam singuli commeare possent.
Dum litCC ad Gergoviam geruntur, Gonviclolitanis JLduus.
oui magistratum adjudicatum a Cacsare demonstravimus,
sollicitatus ab Àrvernis pecuniâ, eu m quibusdam adolescen-
tibus colloquitur; quorum erat princeps Litavicus, atque ejus
iratres, ainplissima familia nati adolescentes. Cum iis prac-
3
mium communicat ; hortaturque eos « ut se liberos et
jmperio natos meminerint; uuam esse /Eduorum civitatem,
quae certissimani Gallia3 victoriam distineat : ejus auctoritatc
reliquas contincri ; qua transductâ, locum consistendi R o -
manis in Galiiâ non fore : esse nonnullose Gacsaris bénéficia
affectum, sic tamen , ut justissimam apud eum causa m obti-
nuerit*; sed plus communi liberlati tribucre. Cur enim
potiùs jVAux de suo jure et de legibus ad Gaesarem discep-
6
tatorem quàm Romani ad /Eduos vcnianl ? » Celeriter ado-
lescentibus, et oratione magistratus et prœmio deductis,
1
cùm se vel principes ' ejus consilii fore profiterentur, ratio
perficiendi quaorebatur. Quod civitatem temerèad suscipien-
duni bellum adduci posse non confidebant, placuit ut Lita-
vicus decem illis millibus, quœ Cajsariad bellum mitterentur,
praeficcretur, atque ea ducenda curaret,i'ratresque ejus adCaîsa-
rem prECcurrerent : reliqua,quârationeagiplaceat,constituunt.
Litavicus, accepto exercitu, cùm millia passuum circiter
triginta ab Gergovia abesset, convocatis suhitô militibus,
lacrymans, « Quo proiieiscimur, inquit, milites? Omnis
noster equitatus, uobilitas omnis interiit; principes civilalis
Eporedorix et Virdumarus 7, insimulati proditiouis ab Roma-
1
Escarpée, taillée à pic. Juge, arbitre.
2
Ayant débusque le poste. 6
Même chefs de ce complot,
3
II partage l'argent reçu. 7
On écrit aussi Eporedirix el
1
Mais qu'après tout César n'a- FiridomarnsJRQuzconnaissons mal
vait été que juste envers lui. ers termes élrauger.s.
54 GESA.il.

nis, indictâ causa, mterfecti sunt. lïaec ab iis cognoscite


qui ex ipsâ cacde fugerunt : nam ego, fratribus atque omnibus
propinquis meis interfectis, dolore probibeor quae gesta sun*-
pronuntiare. » Producuntur ii quos ille edocuerat quac diei
vellet; atque eadem quac Li ta viens pronuntiaverat imil-
titudini exponunt : multos équités /Eduorum interfectos,
quôd coIJocuti cum Arvernis dicerentur : ipsosse inter mul-
titudinem militum occultasse, atque ex mediâ caede profu-
gisse. Conclamant yKdui, et Lîtavicum obsecrant ut sibi
consulat. « Quasi vero, inquit ille, consilii sit res; ac non
necesse sit nobis Gergoviam contendere, et cum Arvernis
nosmet conjungere. A n dubitamus quin, nefario facinorc
admisso, Romani jam ad nos interficiendos concurrant!'
Proindè, si quid in nobis animi est, persequamur eorum
mortem qui indiguissimè interierunt, atque bos lai roues
interficiamus. » Ostendit cives Romanos, qui ejus pracsidii
fiducia una erant *. Continué magnum numerum frumenti
commeatûsque diripit; ipsos crudeliter excrucialos interficit :
nuntios totâ civitate iEduorura dimittit : eodeni mendacio,
de cacde equitum et principum permovet; hortalur ut, simili
ratione atque ipse fecerit, suas injurias persequantur.
Eporedorix jfîduus, summo loco nalus adolescens et
summac domi potentiac, et una. Virdumarus, pari aotate et
gratiâ, sed génère dispari, quem Cacsar, sibi ab Divitiaco
transditum , ex humili loco ad summam dignitatem perduxe-
rat, in equitum numéro convenerant, nominatim ab eo evo-
cati. His erat inter se de principatu contentio; et, in illa ma-
gistratuum controverse, alter pro Coto summis opibus
pugnaveral. Ex iis Eporedorix, cognito Litavici consilio,
mediâ ferè nocte rem ad Cacsarem defert; orat ne patiaturci-
vitatem,pravisadolescentium consiliis, ab amicitia populi ro-
mani deficere : quod futurum provideat si se tôt hominum
millia cumhostibus conjunxerint ; quorum salutem neque pro
pinquinegligereneque civiias levi momento aestimare posset.

1
II leur représente que les ci- convoi de blé, et qui étaient la
loyens romains sont le seul appui, sous sa sauvegarde. Ou enfin : qui
la seule confiance de la garnison, étaient le seul appui du secours et
Ou bien : Il leur montre des ci- du renfort dont eux-mêmes fai-
toyens romains assemblés pour eon- saient partie, et qu'ils menaient a
duire, sous leur escorte, un grand César.
UUEHHtt DES Q W L E S . 5-1

Magnâ affectus sollicjtudiue hoc nuntio Ctesar, quod sem-


per /Eduorum civitati praocipuè hiduiserat, nullà iulerposita
dubitatione, legiones expedilas quatuor equitatumque omnem
ex eastris educit : nec fuit spatium loii tempore ad contra-
lienda castra », quod res in celeritate posita esse videbatur.
C. Fabitim legatum, cum legionibus duahus, eastris pracsidio
relinquit. Fratres Litavici, cùm comprehendi jussisset, paulo
antè reperit ad h os tes profugisse. Adhortatus milites no
necessario tempore itineris la bore permoveantur, cupidissi-
mis omnibus, progressas millia passuum quinque et viginti.
agmen /F.duorum coiispicatus, immisso equitatu, iter eorum
moratur atque impedit ; interdicitque omnibus ne quemquam
inlcrficiant. Eporedorigcm et Virdumarum, quos il 1 i inter-
fectos existimabant, in 1er équités versari suosque appellare
jubet. lis cognilis, et Litavici fraude perspectâ, JËdui manus
tendere, deditionem signilicare, et, projectis armis, mortem
deprecari incipiunt. Litavicus, cum suis clientibus, quibus
neias, more Gallorum, est, etiam in extremâ fortunâ, dese-
rere patronos , Gergoviam profugit.
Cœsar, nuntiis ad civitatem /Eduorum missis, qui suo be-
neficio conservatos docerent quos jure belli interficere po-
tuisset, tribusque lioris noctis exercitui ad quietem datis,
castra ad Gergoviam movit. Medio ferè itinere, équités a
2
Fabio missi quanto r e s iu periculo esset exponunt : suin-
miscophs castra oppugnata demonstrant, cùm crebrô integri
defessis succédèrent, nostrosque assiduo labore defatigarent,
quibus, propter magnitudinem castrorum , perpetuô essetiis-
dem in vallo permanendum : multitudine sagîttaruin atque
omnis generis telorum multos vulneratos : ad bscesustinenda,
3
magnousui fuisse tormenta : Fabium, discessu eorum , dua-
bus relictis porlis, obstruere ceteras; pluteosque vallo ad-
dere4, et se in posterum diem similem ad casum parare, lis
rébus cognitis, Caesar, summo studio militum, ante ortum
solis in castra pervenit.
5
Du m haec ad Gergoviam geruntur, iEdui, primis

1
Pour resserrer le camp * Après le départ des assiégeants.
2
Le camp laissé par César, et * Fabius faisait ajouter des para-
des lors les affaires proprement pets aux remparts.
5
dites. Auprès de GergoWe.
CKSA'It.
J
nuntiis aLitavico acceptis, nullum sibi ad cognoseendum
spatium relinquunt. Impellit alios avaritia, alios iracundia
et temeritas; quac maxime illi hominum generi est innala,
ut levem auditionem habeat pro re compertâ. Bona civium
romanorum diripiunt, cacdes faciunt, in servitutem abs-
3
trahunt. Adjuvat rem proclinatam Convictolitanis, ple-
bemque ad furorem impellit; ut, facinorc admisso, ad
sanitatem reverti pudeat. M . Aristium, tribunum militum,
3
iler ad legionem facientem, fidedatâ,ex oppido CahiHono
cdncunt; idem lacère cogunt eos qui negotiandi causa îbi
eonstiterant. JIos continué) in itinere adorti, omnibus iinpe-
dimentis exuunt; répugnantes, diem noctemque obsidcnt :
multis utrimque interfectis, majorem multitudinem ad arma
concitant.
Tnterim, nuntio allato omnes eorum milites in potestate
Cacsaris teneri, concurrunt »' ad Aristium : nihil publico
factum consilio demonstrant; quacslionem de bonis direptis
5
decernunt ; Litavici fratrumque bona publicant; legatos ad
Caesarem, suî purgandi gratiû, mittunt. Hacc faciunt reçu-
6
perandorum suorum causa ; sed, contaminati facinore,
et capti compendio i ex direptis bonis , quod ea res ad mul-
tos pertinebat, et timoré pœnac exterriti, consilia clàm de
bello inire incipiunt, civitatesque reliquas legationibus sol-
licitant. Quac tametsi Cacsar intelligebat, tamen, quàm mi-
tissimè potest, legatos appellat: « nihil se, propter inscientiam
levitatemque vuîgi, gravius de civitate judicare ; neque de
suâ in ./Eduos benevolentiâ diminuere. » Ipse majorem Galliae
motuin exspectans, ne ab omnibus civitalihus circumsiste-
relur, consilia iuibat quemadmodum à GergoviA discederet,
ac rursùs omnem exercitum contraherct, ne profectio nata a
timoré defectionis similis fugac videretur.
Hacc cogitanti accidere visa est facultas benè rei gerendœ;
nam cùm minora in castra, operis perspiciendi causa, ve-
nisset, animadvertit collem, qui ab hostibus tenebatur, nu-
5
' Pour réfléchir. Ils ordonnent une enquête, une
2
Aide à tomber l'objet incliné ; information,
favorise l'impulsion donnée, se « Pour retirer leurs troupes d'en-
prêle aux violences. tre ses mains.
7
3
Chalons-sur-Saône. ïîpris du gain, du profit qu'ils
1
Lestfduesaccourent. pouvaient en retirer.
GI/BlUtU D E S ( i A U i . E S . 57
datum hominibus, qui supenoribus diebus, vix prae multi-
;

tudine cerni potcrat. Adnnratus, quœritex perfugis causam,


quorum magnus ad cum quotidiè immerus confluebat. Cons-
labat inter omnes, quod jam ipse Cscsar per expioratores
cognoverat, dorsum esse ejus jugi propè aîquum, sed hàe
silvestre et angustum, quà esset aditus ad alteram partem
oppidi : vehementer buic illos loco timere; nec jam aliter
sentire, uno colle ab Romanis occupato , si alterum ami-
sisseut, quin penè circumvallati, atque omni exilu et pabu™
lalione interclusi viderentur : ad hune muniendum locum
omnes a Vercingetorige evocalos.
Hac re coguita, Cccsar mittit complures equitum turmas
eode mediâ nocte : iis imperat ut paulo tumultuosiùs om-
nibus in locis pervagentur. Prima luce magnum numerum
impedimentorum ex eastris muiorumque produci, deque iis
1
stramenta detrahi, mulionesque cum cassidibus , equitum
specie ac simulatione, collibus circumvehi jubet : bis paucos
addit équités q u i l a t i ù s , ostenlationis causa, vagarentur :
longo circuitu easdem omties jubet petere regioues. Haïe
31
procul ex oppido videbantur, ut erat a Gergovia despectus
in castra : neque tanto spatio certi quid esset explorarî
poterat. Legionem unam eodem jugo mittit, et paulùiri
progressam îuferiore Joco constituit, silvisque occultai. A u -
getur Galiis suspicio, atque omnes illo ad munilionem copia) '
transducuntur. Vacua castra bostium Gfcsar conspicaLus.
tectis insignibus -fsuorum occultatîsque signîs militaribus,
raros milites, ne ex oppido animadverterentur, ex majoribus
5
eastris in minora transducit ; legatisque, quos singulis
legionibus praefecerat, quid tieri vollet ostendit : in primis
monet ut contineant milites, ne studio pugnandi aut spe
prœdse longiùs progrediantur : quid iniquitas loci habeat
incommodi proponit : hoc una céleritate posse vitari :
6
occasionis esse rem , non pralii. His rébus expositis, signum
dat, et ab dextrâ parte, alio adscensu, eodem tempore,
/Eduos mittit.

1 1
Les muletiers avec des casques. Ayant fait couvrir et voiler Je*
2
IJ y avait vue du haut de la insignes et décorations, et cacher
ville dans le camp. les enseignes.
; A
* Au lieu de munitionum copiœ, Fait défiler,
que portent certaines éditions. ' Il .^a^issaii ù\nw surprise.
28 CESÀ H.

Oppidi murus ab planitie atque initio adscensus, reclâ


regione, si jiullus aniracius intercederet, ducentos et mille
passus aberat : quidquid huic circuitùs ad mollirndum
clivum accesserai, id spatium itineris augcbat. A. mcdio ferc
colle in longitudînem , ut natura montis ferebat, ex gran-
dibus saxis sex pedum murum, qui nostrorum impetum
tardaret, prfeduxerant Galli, atque, inferiorc omnî spatio
vacuo relicto, superiorem partem coliis usque ad murum
T
oppidi densissimis castris compleverant. Milites, signo
dato, celeriter ad munitionem perveniunt; eamque trans-
gressi, trinis castris potiuntur : ac tanta fuit in capiendis
castris celeritas, .ut Theutomatus, rex JNiliobriguin, subiio
in tabernaculo oppressus, ut meridiè conquieverat, supe-
riore corporis parte nudala, vulnerato equo, vix se ex ma-
nibus praodantium militum criperet.
Consecutus id quod animo proposuerat Cwsar, receplm
cani jussit, legionisque décimai, quA tum erat comitatus ,
signa constitere : at reliquarum milites legionum , non ex-
audito tubac sono, quod satis magna vallis inlercedebat,
tamen a tribunis militum legatisque, ut erat a Cansare prae-
ccptum, retinebantur. Sed clati spe céleris victoriac, et ho-
stium fugâ, superiorumque temporum secundis praclîis, nihil
adeô arduum sibi existimabant, quod non virtute cousequi
possent : neque priùs iîneni sequendi fecerunt quàm muro
oppidi portisque appropinquarunt. Tum verô ex omnibus
urbis'partibus orlo clamore, qui Ion gifis aberant, repentiuo
lumultu perterriti, cùm hostes intra portas esse existiniarenl,
sese ex oppido ejecerunt. Ma très familiAs de muro vestem
argentumque jactabant; et passis manibus obtestabantur
Romanos ut sibi parcerent; neu, sicut Avarici fecissent,
ne mulieribus quidem atque infantibus abstinerent. Lucius
Fabius, centurio legionis oclavao, quom inter suos eo die
dixisse constabat excitari se avaricensibus pracmiis, neque
commissurum * ut priùs quisquam murum adscenderet,
très suos nactus inanipulares, atque ab iis sublevatus, mu-

1
De troupes serrées, ou mieux : " Qu'il ne souffrirait pas, necom-
dc fossés cl de palissades très-rap- mettrait pas cette faute de lais-
prochcps. Quolffues-nns traduisent sor— Il avnil promis d« monter le.
GUKitiu*: s>i:s r. U ; L E K .

rum adscendit: eos ipse nirsùs singulos exceptans, in inurum


extulit.
Intérim ii qui acl alteram partem oppidi, ut suprà rie-
monstravimus, immitionis causa, convencrant, primo exau-
dito clamore, indè etiam crebris nuntiis incitati, oppidum
1
ab Romanis teneri , pracmissis equitibus, magno concursu
eo contenderunt. Eorum ut quisque primus venerat, sub
muro consislebat, suorumque pugnantium numerum au-
gebat : quorum cùm magna multiludo convenisset, matres
familiâs, quae paulô an te Romanis de muro manus tende-
2
bant, suos obtestari, et, more Gallico, passum capillum
ostentare , liberosque in conspectu proferre coopérant. Erat
Romanis nec loco, nec numéro acqua contentio : simul et
cursu et spatio pugnac defatigati, non facile récentes atque
integros sustinebant,
C&sar, cùm iniquo loco pugnari hostiumque augeri
copias videret, prœmetucns suis, ad T\ Sextium legatum ,
quem minoribus eastris prœsidio reliquerat, mittit, ut co-
hortes ex eastris celeriter educeret, et sub infimo colle,
ab dextro latere bostium, constituerez ut, si nostros de-
pulsos loco vidisset, quo minus libéré hostos * insequerentur,
terreret. Ipse paulùm ex eo loco cum legione progressus, ubi
constiterat, eventum pugnan exspectabat.
Cùm acerrimè cominùs pugnaretur, hostes loco et nu-
méro, nostri virtute confiderent, subito sunt /Edui visi.
ab latere nostris aperto*, quos Gacsar ab dextrà parto alio
6
adscensu , manus distinendac causa , miserai Ii similitudine
armorum vehemeuler nostros perterruerunt : ac, tametsi
6
dextris humeris exsertis animadverîebamur, quod insigne
pacatis esse consueverat, tamen id ipsum suî fallendi causa
milites ab hostibus factum existimabant. Eodem temporr
Lucius Fabius centurio quique unà murum adscond-eranl -
circumventi atque interfecti, de muro prœcipitabantuv.
Marcus Petreius, ejusdem legionis centurio, cùm portas
!
Avertis par de fréquents mes- nôtres, on d'un côté que les nôtres
sages que les Romains, etc. apercevaienf.
2 :
Cheveux épars, de p w / o . > Pour amuser l'ennemi.
3
ïlempéchét les ennemis de pour- « L'épaule droite découverte, le
Milvrn Inrt nsBlOnonnt^ Urtw droit n u , .nutonr, n n [ p ^ p * di»,
4
Sur In flanc ditanuvcu'l des
«0 CÉSAK.
exsciudere conatus esset, a multitudine oppressas ac sibi
desperans, multisjam vulncribus acccptis, inanipularibus
:
suis , q u i i l l u m secuti erant, « Quoniam, inquit, me uni»
vobiscum servare non possum, vestrae quidem certè saluti
prospiciam, quos, cupidilate gloriae adductus, in peri-
culum dcduxî; vos, d a t a facultate, vobis consulite. » Simul
irrupit in medios hostes, duobusque interfectis, reliquos a
porta paulùm submovit. Conantibus auxiliari suis, « Frustra,
inquit, meac vitac subvenirc conamini, queni jam sanguis
vircsque deliciunt. Proindè hinc abite, dum est facilitas;
vosque ad legionem recipite. » ita pugnans, post paulùm
concidit, acsuis saluti luit.
Nostri, cùm undiquè premerentur, sex et quadraginta
7
centurionibusamissis, dejecti sunt loco : sed intolerantiùs
Gallos inscquentes legio décima tardavit; quai, pro suh-
$
sidio - , paulô aequiore loco constituât, liane rursùs décima;
tertiac legionis cohortes exceperunt; quac ex castris mino-
ribus eductae, cum T- Sextio legato, ceperant locum supe-
riorem. Legiones, ubi primùm planitiem attigerunt, infestis *
contra hostes siguis constiteruut. Vercingetorix ab radicibus
collis suos intra munitioncs reduxit. Eo die, milites sunt
5
paulo minus septingenti desiderati .
Postero die, Cacsar, concione advocatâ, temeritatem
cupiditatemque militum reprehendit ; « quôd sibi ipsi judi-
cavissent quo procedendum aut quid agenduin videretur;
neque, signo recipiendi dato, constitissent, neque a tribunis
militum legatisque retineri potuissent : exposito quid ini-
quitas loci posset; quid ipse ad A variai m scnsisset, cùm,
sine duce et sine equitatu deprehensis hostibus, exploratam"
victoriam demisisset, ne parvum modo detrimentum in

1
Les hommes de sa compagnie &
On est heureux de rencontrer
(manipulas, de matins pleo pour un sentiment d'humanité dans le
repleo). général en chef; on n'eut pas à
7
Avec trop d'acharnement, d'im- regretter moins de sept cents hom-
patience el de vivacité. mes. On pourrait, sans doute,
•* Placée en réserve. contester sur le sens du mot (ksi»
4
Qui n'est pas de fêle, ni de ri- tlerati, mais il faut l'interpréter de
sée; in pour non fesius ou festi- la manière la plus honorable pour
vus ; tenir tête et faire face à l'en- César.
nemi. Certaine, évidemment possible.
GUEiiHE D E S G A C i . E S - (ii
1
coulent ion c propler iniquitatem loci acciperet : quantoperè
eorum animi magnitudinem admiraretur quos non castrorum
munitiones, non altitudo montis, non murus oppidi tardare
potuisset; iantoperè licentiam arrogantiamque reprehendere,
quod p l u s se quàm imperatorem de Victoria atque exitu
rerum sentire existimarent : non minus se in milite mode-
stiam et continentiam quàm virtutem atque animi magnitu-
dinem desiderare. »
2
Hâc habita concione, et ad extremum conlirmatis mili-
tibus,ne obhanc causam animo permoverentur ; neu, quod
iniquitas loci attulisset, id virtuti hostium tribuerent", eadem
de profectione cogitans quae senserat, legiones ex eastris
educit, aciemque idoneo loco constituit. Cùm Vercingetorix
nihilo magisin soquum locum descenderet, levi facto equestri
3
praclio, atque eo s e c u n d o , in castra exercitum reduxit
Cùm hoc idem postero die fecisset, satis adgallicam osten-
5
tationem minuendam militumque animos conQrmandos
factum existimans, in yEduos castra movit. Ne tum quidem
insecutis hostibus, tertiâ die ad (lumen Elaver ponteoi re-
fecit, atque exercitum transduxit.
lbî a Virdumaro atque Eporedorige /Eduis appeilatus,
discit cum omni equitatu Litavicum ad sollicitandos /Eduos
6
profectum : opus esse et ipsos antecedere ad confirman-
dam civitatem. Etsi multis jam rébus perfidiam yEduorum
Cœsar perspectamhabebat, atque horum discessuadmaturari
defeclionem civitatis existimabat, tamen retinendos eos non
censuit,tie aut inferre injuriai» videretur, aut dare timoris
aliquam suspicionem. Discedentibus his, breviter sua in
vEduos mérita exposuit : « quos et quàm humiles accepisset,
8
compulsos 7 in oppida, multatos agris, omnibus ereptis
copiis Î>, imposito stipendio, obsidibus summâ contumeliâ
extortis; quam in fortunam quamque in amplitudinem de-
duxisset,utnon solùm inpristinum statum redissent, sed

1
Dans le combat, la lutte, la (;
Eux-mêmes (Virdumare et Epo-
mêlée. redorix ) avaienl besoin d'aller (le-
2
Raffermir, rassurer. vant .
3
Avantageux , favorable pour " Refoulés.
César. 8
Privés, dépouillés.
* César lit rentrer ses troupes. 9
Troupes de défense et autres
L'ostentation, îa vanité. ressources.
62 CESAK.

omnium temporum dignitatem et gratiam antecessisse vide»


rentur. His datis mandatis, eosab sedimisit.
1
Noviodunum erat oppidum /Eduovum, ad ripas Ligeris
2
opportuno loco positum. Hùc Caesar omnes obsides Galliam,
frumentum, pecuniam publicam , suorum atque exercitûs
impedimentorum magnam partem contulerat : hùc magnum
numerum equorum, hujus belli causa, in Italiâ atque His-
pania coemptorum, miserat. Eo cùm Eporedorix Virduma-
A
rusque venissent, et de statu civitatis cognovissent ; Lita-
vicum Bibracte ab /Eduis receptum, quod est oppidum apud
eos maximac auctoritatis ; Convictolitanem magistratum,
magnamque partem senatiis ad eum convenisse; legatos ad
Vercingetorigem de pace et amicitiû conciliandâ publiée mis-
sos, non prœtermittendum tantum commodum existimave-
runt. Itaque, interfectis Novioduni custodibus, quique eo
negotiandi aut itineris causa convenerant, pecuniam atque
equos inter se partitisunt; obsides civitatum Bibracte ad ma-
gistratum deducendos curaverunt; oppidum, quod ab se
teneri non posse judicabant, ne cui esset usui Romanis,
incenderunt ; frumenti quod subito potuerunt navibus
avexerunt; reliquum flumine atque incendio corruperunt :
ipsi ex iiuitimis regionihus copias cogère, praesidia custo-
diasque ad ripas Ligeris disponere, equitatumque omnibus
locis, injiciendi timons causa, ostentare cœperunt; si aul
re frumentaria Romanos excludere , aut adductos inopiâ ex
provinciâ expellere possent : quam ad spem multùm eos ad-
juvabat, quôd Liger ex nivibus creverat, ut omninô vado
transiri non posse videretur.
Quibus rébus cognitis, Cacsar maturandum sibi censuit,
si esset in perficiendis pontibus periclitandum ; ut priùs
quàm essent majores eô copiac coactac dimicaret. Nam ut *,
commutato consilio, iter in Provinciam converteret (id
metu quidem necessariô laciendum existimabat), cùm '»
infamia atque indignitas rei, et oppositus nions Cebenna,
viarumque difficultas impediebat, tum maxime quôd ad-
1
Nevers. "Voyez ci-dessus, p. -il, * Aulun
note r>, s ui pour ne, régi par hnpedie-
9
2
Les otages qu'on lui avait bat.
donnés. G Cum.... Inm. non-seulement.,.
' LVïai des affaires de fa nnMon. mais encore.
G U E U S E DJÎS G A L L t i S .

jungi Labieno atque iis legionibus quas unà miserai


vehemenler cupiebat. Itaque, admodùm magnis diurnis
atque nocturnis itineribus confectis, contra omnium opinio-
nem ad Ligerim pervenit; vadoque per équités invento pro
rei necessitate opportuno, ut brachia modo atque humeri ad
sustinenda arma liberi ab aquâ esse possent, disposito equi-
1
tatu,quivim (luminis refringeret , atque hostibus primo
adspectu perturbatis, incolumem exercitum transduxit : fru-
mentumque in agris et copiampecoris nactus, repletoiis rébus
exercitu, iter in Senones facere instituit.
Dum haec apud Caesarem geruntur, Labienus, eo supple
2
mento quod nuper ex Italiâ venerat relicto Agendici , ut
esset impedimentis prasidio, cum quatuor legionibus Lute-
3
tiam proficiscitur (id est oppidum Parisiorum, positurn
in insulâ (luminis Sequanae ) : cujus adventu ab hostibus
cognilo, magnac ex finitimis civitatibus copiae convenerunt,
Sunnna imperii transditur Camulogeno Aulerco 4; qui propc
confectus actate, tamen propter singularem scientiam rei mi-
litarisad eum est honorem evocatus. I s , cùm animadvertïsset
r
perpetuam esse paludem quae influeret in Sequanam \
atque illum omnem locum magnoperè impediret, hic con-
sedit, nostrosque transitu prohibere instituit.
Labienus primo vineas agere, cratibus atque aggere pa-
ludem explere, atque iter munire conabatur. Postquàm id
diffîciliùs confieri animadvertit, silentio e eastris tertiâ vi-
t%
giiià egressus, eodem quo venerat itinere Melodunum
pervenit. Id est oppidum Senonum in insulâ Sequaua; po-
siturn, ut paulo antè Lutetiam diximus. Deprehensis navibus
circiter quinquaginta, celeriterque conjunctis 7 , atque eo
militibus imposilis, et rei no vitale perterritis oppidanis ,
quorum magna pars erat ad bellum evocata, sine contentione

' La cavalerie fut placée au- •• Ce marais pouvait être forme


dessus du gué, pour amortir le cou-
en partie par la Biêvre, et se confj-
rant.' nuer jusqu'à Paris, en l'environnant
2
Sens. de tout ce côlé. Au reste ce n'es!
:i
Lulccp, Paris, ou, plus exacte-
là qu'une conjecture.
ment, ce qu'on appelle aujourd'hui (i
Melun.
ia CHc. ' U en lit un pont, puis, plus tard,
4
Camulogène, Awlerque ou Man- s'en servit pour descendre la Seine
ceau d'origine. jusqu'à Paris,
(il CES A U .

oppido polilur : refectoque ponte, quem superioribus diebus


bottes resciderant, exercitum transducit, et secundo flumine
ad Lutetiam iter facere cœpit. Hostes, re cognitâ ab iis qui
a Meïodimo profugerant, Lutetiam incendi pontesque ejus
oppidi rescindi jubent ; ipsi, profecti in ripis Sequanae, e re-
gione Lutetiag, contra Labieni castra considunt.
Jam Cacsar a Gergoviâ discessisse audiebatur : jam de
^duorum defe.ctione et secundo Galliac motu rumores affe-
7
rebantur; Gallique in colloquiis inlerclusum itinere et
Ligere Cacsarem , inopiâ frumenti coactum, in Provinciam
contendisse confirmabant. Bellovaci autem, defectione yEduo-
?
rum cognitâ, qui antè erantper se infidèles, manus co-
gère atque aperte bellum parare cœperunt. T u m Labienus,
tantâ rerum commutatione, longé aliudsibi capiendum con-
silium atque anteà senserat intelligebat : neque j a m , ut
aliquid acquireret, praclioque hostes lacesseret; sed ut inco-
lumem exercitum Agendicum reduceret, cogitabat. Wamque
altéra ex parte Bellovaci, quac civitas in Galliâ maximam
habet opinionem virtutis, instabant : alteram Camulogenus
parato atque instructo excercitu tegebat ; tum legiones prae-
;
sidio atque impedimentis interclusas maximum flumen dis-
tinebat. ïantis subito difficultatibus objectis, ab animi virtute
auxilium petendum videbat.
ltaque, sub vesperum consilio convocato, cohortatus ut
ea quae imperasset diligenter industrièque administrèrent,
naves, quas Meloduno deduxerat, singulas equitibus romanis
attribuit; et, prima confectâ vigiliâ quatuor millia pas-
suum secundo flumine progredi silenlio ibique se exspectari
jubet : quinque cohortes, quas minime fîrmas ad dimicandum
esse existimabat, castris pracsidio relinquit : quinque ejusdem
legionis reliquas, de mediâ nocte, cum omnibus impedi-
5
mentis, adverso flumine , magno tumultu proficisci imperat.
6
Conquirit etiam lintres ; lias magno sonitu remorum inci-
tatas in eamdem partem mittit. Ipse post paulô, silentio

1 3
Les Gaulois dans leurs entre- De la réserve et des bagages.
liens et conversations avec les Ro- • Vers neuf heures du soir. Une
mains. veille durait trois heures.
2
Ceux du Beauvoisis, ou Bello- • En faisant beaucoup de bruit.
vaques. 5
Des barques.
G U Eli RE D E S G A U L E S . «5
egressus cum tribus legionibus, eum locum petit, quo naves
appelli jusserat.
Eô cùm esset ventum, exploratores hostium , ut omni flu-
minis parte erant dispositi inopinantes, quod magna subito
erat coorta tempestas, ab nostris opprimuntur : exercitus
1
equiiatusque, equitibus romanis administrantibus, quos
einegotio pracfecerat, celeriter transmittitur. Uno ferè tem-
pore, sub lucem, hostibus nuntiatur in eastris Piornanorum
prseter consueludinem tumultuari, et magnum ire agmen
ad verso flumine, sonituinque remorum in eadem parte exau-
diri, et pauiô infrà milites navibus transportai. Quibus ré-
bus auditis, quod existimabant tribus Jocis transire legiones,
atque omnes perturbâtes defectione /Eduorum fugam parare,
suas quoque copias in très partes distribuerunt : nam et prec-
2
sidio e regione castrorum relicto, et parvâ manu Metiose-
3
dum versus missa, quae tantùm progrederetur quantum na-
ves processissent, reliquas copias contra Labienum duxerunt.
Prima luce, et nostri omnes erant transportai, et bo-
stium acies cernebatur. Labienus, milites cohortatus « ut
suac pristinœ virtutis et tôt secundissimorum pracliorum me-
moriam tenerent ; atque ipsum Cœsarem, cujus ductu sac-
penumero hostes superassent, adesse praesentem existima-
rent', » dat signum prœlii. Primo concursu , ab dextro cornu,
ubi septima iegio constiterat, hostes peliuntur, atque in fu-
gam conjiciuntur : ab sinistro, quem locum duodecima legio
tenebat, cùm primi ordincs hostium translixi pilis* concidis-
sent, tamen acerrimè reliqui resistebant, nec dabatsuspicio-
nem fugcC quisquam. Ipse dux hostium Camulogenus suis
aderat, atque eos cohortabatur. A t , incerto etiam nunc exitu
victoriac, cùm septimac legionis tribunis esset nuntiatum
quae in sinistro cornu gererentur, post tergum hostium legio-
5
nem ostenderunt signaque intulerunt'*. INfe eo quidem tem-
pore quisquam loco cessit : sed circumventi omnes interfe-
ctique sunt : eamdem fortunam tulit Camulogenus. At ii qui
1
L'infanterie et la cavalerie, avec * Percés de traits, de javelots,
l'aide dos chevaliers... * Les tribuns montrèrent leur lé-
2
En face du camp des Romains, gion derrière les ennemis, qu'ils ve-
3
Meudon, plutôt que Choisy-le- liaient prendre en queue.
w
Roi ou Melun, comme le prétendent Et les chargèrent, en dirigeant
certains auteurs. contre eux leurs enseignes.
CÉSAR.

pracsidio contra castra Labieni erant relicti, cùm praelium


commissum audissent, subsidiosuis ierunt, collenique eepe-
runt : neque nostrorum militum victorum impetum sustinere
potuerunt. S i c , cum suis fugientibus permixti, quos non
si!va? montesque texerunt, ab equitatu sunt intcrfecti. Hoc
negotio confecto, Labieuus revcrtitur Àgendicum, ubi im-
pedimenta totius exercitûs rclicta erant; indè, cum omnibus
copiis, ad Caesarem pervenit.
Defcctione /Eduorum cognitâ, bellum augetuv : legaliones
1
in omnes partes cîrcummittuntur : quantum gratiâ, aucto-
ri ta te, pecuniâ valent, ad sollicilandas civitates nituntur.
Nacti obsides, quos Caesar apud cos deposuerat, hnrum sup-
?
plicio dubitantes territant. Pelunt a Vercingetorige Edui ut
ad se veniat, rationesque belli gcrendi communicet. Ile im-
petratâ, contendunt ut ipsis summa imperii transdatur : et
re in controversiam deductâ , totius Galba? concilium Bibracte
indicitur. Kôdem conveniunt undiquè fréquentes : inultilu-
dinis suffragiis res permitlitur : ad unum omnes Vercingeto-
rigem probant imperaLorem. A b hoc concilio B h c m i , L i n -
3
gones, Treviri abfueruut : i l l i , quôd amicitiam Romanorum
sequebnntur ; Trcviri, quôd aberant longiùs, et ab Germanis
premebantur : quac fuit causa quare toto abessent bello, et
neutris* auxilia mitterent. Magno dolore /Edui ferunt se de-
jectos principatu; queruntur fortunaccommutationem ; et Cae-
5
saris indulgentiam in se requirunt ; neque tamen, suscepto
bello, suum consilium ab reliquis separare audent. Inviti
summac spei adolescentes, Eporedorix et Verdumarus, Ver-
cingetorigi parent.
6
Ille imperat reliquis civitatibus obsides. Deniquè ei rei
constituil diem : hùc omnes équités, quindecim millia nu-
méro, celeriter convenire jubet. « Peditatu quem antè ha-
buerit se fore contentum dicit; neque fortunam tentaturum 1

neque acie dimicaturum ; sed, quoniam abundet equitatu,


perfacile esse factu frumentationibus pabulationibusque R o -

1 :>
Par les Édues. Ils regrettent de n'avoir plus
- Par des menaces de morl. les bontés que César leur témoi-
:i
fikemi el Linyones. gnait.
1 0
Ni aux uns ni aux autres ; ils U exige des otages comme ga-
gardèrent la neutralité. rantie.
G U E R R E DES G A U L E S . or

manos prohibere : aequo modo animo sua ipsi frunieuta eor-


1
rumpant œdificiaque inceiidant ; quâ rei familiaris jacturâ
perpetuum imperium libertatemque se consequi videant. »
His coustitutis rébus, yEduis, Segusianisque*, qui sunt iini-
3
timi provineiae , deceni millia peditum imperat; hùe addit
équités octîngentos : bis pracficit fratrem Eporedorigis, bel-
lumque inferre Allobrogibus* jubet. Altéra ex parte, Gaba-
5 6
ios , proximosque pagos Arvernorum, in Hclvios , item R u -
tenos Cadurcosque , ad fines Volcarum Arecomicorum
depopulandos, millit. JNibilomiuùs clandestinis nuntiis !e-
gationibusque Allobroges sollicitât, quorum mentes uondùm
a superiore bello resedisse sperabat. Borum principibus pe-
cunias, cîvitati aulem imperium totius provincial pollicctur.
Ad hos omnes casus provisa erant prœsidia cobortium dua-
rum el viginti, quae, ex ipsâ coacta provincia , ab L, Cassure •
legato ad omnes partes opponebantur. Helvii, suâ spontecuin
finitimis praelio congressi, pelluntur; et, C . Valerio Dono-
tauro, Caburi filio, principe civitatis, compluribusque aliis
interfectis, intra oppida murosque compelluntur. Allobroges,
crebris ad Rhodanum dispositis prœsidiis, magna cum cura
et diligentiâ suos fines tuentur. Cacsar, quod hostes cqui-
tatu superiores esse intelligebat, et, interclusis omnibus iti-
neribus, millâ re ex provincia atque Italiâ sublevari poterat,
trans Rhenum in Germaniam mittit ad eas civitates quas
superioribus aunis pacaverat : equitcsque ab his accersit el
levis armaturac pedites, qui inter eos prscliari consueverant.
Eorum adventu, quod minus idoneis equis utebantur, a tri-
bunis militum reliquisque, sed et equitibus romanis atque
8
evocatis equos sumit, Germanisque distribuit.

1
Gâter les blés en grain, ou dé- I
Habitants de la Savoie et du
truire Ja rùcolUi en herbe, mais Dauphiné.
plutôt le premier. b
Les Cabales, dans le Gévaudan»
- LesSégusiens, dans le territoire dép. de la Lozère.
représenté aujourd'hui par les dé- II
Ceux du "Vivarais (Ardèche*
partements du Rhône et de l'Ain. 7
Ce Lucius César suivit, plu*
Leur capitale était Forum Segu- tard, le parti de Pompée.
biunormn, auj, Faurs, ci-devant cap. 8
« Les t'vocall étaient des sol-
du haut Forez (Loire ). dats émérites qu'on rappelait sous
* De la province romaine ou Pro- les drapeaux , comme ayant une
vence. longue expérience du métier des
u'8 CESAB.

Jnlerca du m hacc geruntur, hostium copiae ex Arvernis


equitesque, qui loti Galliac erant imperati, conveniunt. Ma-
gno horum coacto numéro, cùm Cacsar in Sequauos per cx-
tremos Lingonum Jincs iter faceret, quo faciliùs subsidium
provinciac ferri posset, circiter millia passuum decem ab R o -
manis, trinis castris Vercingetorix consedit, convocatisque
ad concilium pracfectis equitum, « venisse tempus victoriac
demonstrat : fugere in provinciam Romanos , Galliâque exce-
dere; id sibi ad pracscntem obtinendam libertatem satis esse :
3
ad reliqui temporis pacem atque otium parùm profici : ma-
joribus enim coactis copiis rcversuros; neque finein bellandi
3
facturas; proindè, agmînc impeditos adoriantur; si pedites
suis auxilium ferant, atque in eo morentur, iter confici non
posse 4 : sin, id quod magis futurum confidat, relictis impe-
dimentis, sux saluti consulant, et usu rerum necessariarum
5
etdignitate spoliatum iri. Nam de equitibus hostium, quin
nemo eorum progredi modo extra agmen audeat ne ipsos
6
quidem debere dubitare; i d quo majore faciant animo, co-
pias se omnes pro castris habiturum, et terrori hostibus fu-
turum. » Conclamanl équités sanctissimo jurejurando con-
firmari oportere ne tecto recipiatur, ne ad liberos, ne ad
parentes, ne ad uxorem aditum habeat qui non bis per ho-
stium agmen perequitarit7.
Probaiâ re, atque omnibus ad jusjuranduui adactis, pos-
tero die, in très partes distributo equitatu, duac se acies a
8
duobus lateribus ostendunt : uua a primo agmine iter impe-
dire cœpit. Quâ renuntiatâ, Cacsar suum quoque equitatum
tripartitô divîsum ire contra hostem jubet. Pugnatur una
omnibus in partibus. Consistit agmen Î). Impedimenta ihter
Jegiones recipiuntur. Si quâ in parte nostri laborare aut
graviùs prenri videbantur, eô signa inferri Cacsar aciemque

armes. On leur donnait un cheval, r


•> L'honneur militaire.
et ils étaient reçus dans les légions ,;
Cet exploit.
surlemémc pied que les centurions, 7
Qu'il n'ait traversé deux lois les
quoique avec des attributions dif- rangs ennemis, chevauchant et leur
férentes. » (Baudement.) passant sur le ventre, comme on
1
En trois campements. aurait dit autrefois.
3
Pour l'avenir. s
De front, en téle de Pavant-
;1
Par la marche. garde ou de la première ligue.
4
Ab his pediUbvs ac proinde *' L'infanterie ou l'armée toute
vtiam ab vquilibus. enlière.
GUKïUt'E DES G A U L E S . 69
converti jubebat; quae res etliostes ad insequendum tardabat,
et nostros spe auxilii confîrmabat. Tandem Germani ab dex-
tro latere, summum jugum nacti, hostes loco depellunt ;
fugientes usque ad flumen, ubi Vercingetorix cum pedestri-
bus copiis consederat, persequuntur, compluresque interfi-
ciuut. Quâ re animadversa, reliqui, ne circumveuirentur
veriti, se fugas mandant. Omnibus locis iit cacdcs. Très no-
biiissimi iEdui capti ad Cœsarem perducuntur; Cotus, prac-
fectuS equitum, qui controversiani cum Convictolitane proxi-
mis comitiis habuerat; et Cavarillus, qui, post defectionem
Litavici, pedestribus copiis praefuerat; et Eporedorix *, quo
duce, ante advenlum Cscsaris, /iïdui cum Sequanis bello
contenderant.
Fugato omni equitalu, Vercingetorix copias suas, ut pro
3 3
eastris collocaverat, reduxit ; protinùsque Alesiam , quod
est oppidum Mandubiorum », iter facere cœpit; celeriterque
impedimenta ex eastris educi et se subsequi jussit. Caesar,
impedimentis in proximum collem deductis duabusque le-
gionibus pracsidio relictis, seculus quantum diei tempus est
passum, circiter tribus millibus hostium ex novissimo agmine
interfectis, altero die ad Alesiam castra fecit. Perspecto ur-
bis situ, perterritisque hostibus quod equitatu, quA maxime
parte exercitus confidebant, erant pulsi, adhortatus ad labo-
rem milites, Alesiam circumvallare instituit.
Ipsum erat oppidum in colle summo, admodùm edito
5
l o c o , ut, nisi obsidione, expugnari non posse videretur;
6
cujus collis radiées duo duabus ex partibus flumina sublue-
bant. Ante oppidum planities circiter millia passuum tvium
in longitudinem patebat : reliquisex omnibus partibus colles,

(
« On pense, dit M. Baudement, •» La forte position d'Alise a fait,
que cet Éporédorix était Je père dire à Ptularque que le siège de
de celui dont il est question au cette ville est le fait d'armes qui
cli. LIV. » « acquit à César la gloire la mieux
2
Les fît rentier dans le camp. méritée et celui de tous ses exploits
3
Aujourd'hui Alise, Alizé ou ou il montra le plus d'audace et
Sainte-Reine, dans la Bourgogne, d'habileté. » Vie de César, xxvn.
à dix lieues de Dijon. Alesiam, acc. Velléius-Paterculus en parle avec
régi par protenus, droit à... un enthousiasme juvénile, pour ne
* Les Mandubes ou Mandubiens, pas dire puéril. Liv. u, ch. 47«
peuple de l'Auxois (Côte-d'Or), lJ
I/Ose et rOzeraln, Lntosa et
chef-lieu Semur. Osera.
70 CJRSÀIL

mediocri interjecto spatio, pari allitudinis fastigio oppidum


cingebant. Sub muro, quse pars coilis ad orientem solem
spectabat, hune omnem locum copiée Gallorum coinpleve-
1
rant ; fossamque et maceriam sex in altitudînem pedum
2
praeduxerant. Ejus munitionis quac ab Romanis institueba-
tur circuitus undecim millia passuum tenebat. Castra op-
3
portunis locis erant posita ; ibique castella tria et vigînti
facta; inquibus castellis interdiù stationes disponebanlur, ne
qua subito irruptio fieret : hacc eadem noctu, excubitoribus
ac lirmis pracsidiis tcnebanlur.
Opère instituto, fit équestre praelium in eâ planitie qua m
intermissam collibus trium millium passuum in longitudinem
patere supra demonslravimus. Summa vi ab utrisque conten-
ditur. Laborantibus nostris Caesar Germanos submittit; le-
gionesque pro castris constituât, ne qua subito irruptio ab
hostium peditatu fiât. Pracsidio legionum addito, nostris ani-
mus augetur; hostes in fugam conjecti, se ipsi multitudine
impediunt, atque angustioribus portis relictis coarctantur.
4
Germani acriùs usque ad munitiones sequuntur. Fit magna
caedes • nonnulli, relictis equis , fossam transire et mace-
riam transcendere conantur. Paulùm legiones Cacsar quas
pro vallo constituerai promoveri jubet. Non minus, qui
intra munitiones erant, Galli perturbantur; venire ad se con-
festim existimantes, ad arma conclamant; nonnulli perter-
riti in oppidum irrumpunt. Vercingetorix jubet portas
claudi,ne castra nudentur. Multis interfectis, compluribus
equis captis, Germani sese recipiunt.
Vercingetorix, priusquàm munitiones ab Romanis perfi
ciantur, concilium capit omnem a se equilatum noctù di~
mittere. Discodcntibus mandat a ut suam (|uisque eorum
civitatem adeat; omnesque qui per actatem arma ferre pos»
sint ad bellum cogant; sua in illos mérita proponit; ob-
lestaturque ut suac salutis rationem babeant, neu se, de
t'ommuni Iibertate optimè meritum, in crucialum bostibus
dedant : qui si indiligenliores fuerint, millia hominum octo-
1
Muraille de pierres sèches, sans • Des forts ou châlelets.
mortier ni ciment. *' Jusqu'aux retranchements der-
2
La ligne de circonvallation, de riùrc lesquels les Gaulois éfaien?
défense que construisaient les Ro- abrités.
mains.
GUEIUIE D E S GAULES. 71
ginta délecta secum interitura demonstrat : ratione iuitâ, Jru-
meatum se exiguè dierum triginta habere, sed paulô etiam
1
iongiùs lolerare posse parcendo ? » His datis mandaiis , quà
erat nostrum opus intermissum, seeunda vigiliâ, silentio
equitatum dimittit; frumentum omnead se ferri jubet; ca-
pitis pamam iis qui non paruerint constituit; pecus, cujus
magna erat ab Mandubiis compulsa copia, viritim distribuit;
frumentum parce et paulatim metiri instituit; copias omnes,
2
quas pro oppido eollocaverat, in oppidum recipit. His ra-
(jonibus auxilia GallicC exspectare et bellum administrare
parât.
Quibus rébus coguitis ex perfugis et captivis, Cacsar haec
gênera nninitionis instituit : fossam pedum viginti directis
lateribus duxit, ut ejus solum tantumdem pateret quantum
surnma lahra* distabant; reliquas omnes munitiones ab eâ
fossâ pedibus quadringentis reduxit;id hoc consilio (quo-
niam lantum esset necessariô spatium complexus , nec facile
totum opus coronâ militum cingeretur,) ne de improviso
aut uoctù ad munitioues hostium multitudo advolaret, aut
interdiù tela in nostros operi destinatos conjicere possent.
Hoc inlermisso spatio, duas fossas, quindecim pedes latas,
4
eàdem altitudine perduxit; quarum interiorem, campes tri*
ims ac demissis locis, acjuà ex flumine derivatâ, complevit;
5
posteas aggerem et vallum duodecim pedum exstruxit;huic
loricam pinnasque'' adjecit, grandibus cervis? eminentibus
ad commissuras pluteorum atque aggeris. qui adscensum
hostium tardarent : et turres loto opère circumdedit, quae
pedes octoginta inter se distarent.
iirat uno tempore et materiari", et frumentari, et lau-
tas munitiones fieri necesse, diminutis nostris copiis, qufu
Iongiùs ai) eastris progrediebautur; et nonnunquam opéra
nostra Galli tentare atque eruptionem ex oppido pluribus portis
' En épargnant el ménageant les * Une terrasse et un rempart,
,;
vivres. Un parapet et des créneaux.
- Sous les murs de la ville. < De grosses pièces de Lois i'our-
Dans un fossé à pic, les côtés chues, à la jonction du parapet et
riant perpendiculaires, les bords du rempart. C'est ce qu'on appelle
[labra) ont une ouverture égale à des chevaux de frise.
8
eclledn sol. On verra que ce pre- Aller chercher du bois («w-
mier fossé était un fossé perdu. teria). Le bois est comme la ma-
• De quinze pieds de profondeur, tière première de tout.
72 CÉSaïî,

facere summâ vi conabantur : quare ad hacc rursùs opéra


addendum Cacsar pu ta vit, quo minore numéro militum mu-
nitiones defendi possent. Itaque truncis arborum aut ad-
modùm firmis ramis abscissis, atque borum dolabralis at-
1
que prasacutis cacuminibus , pcrpetuac fossae , quinos pedes
altac, ducebantur.HucilIistipit.es demissi et ab infimo re-
vincti, ne revelli possent, ab ramis eminebant. Quini erant
ordines conjuncti inter se atque implicati ; quo qui intrave-
2
rant se ipsi acutissimis vallis înduebant : hos cippos ap*
pellabant. Ante hos, obliquis ordinibus in quincuncem
dispositis, scrobes triumin altitudinem pedum fodiebantur,
n
paulatimangustiore ad infimum fastigio . Hùc teretes stipites,
feminis crassitudine ab summo pracacuti etpraeusti, demit-
tebantur; ita ut non ampliùs quatuor digitisex terra emiue-
rent : simul, confirmandi et stabiliendi causa , singuli ab i n -
5
fimo solo pedes terra exeulcabantur : reliqua pars scrobis,
ad occultandas insidias, viminibus ac virgultis integebatur.
Hujus generis octoni ordines ducti, ternos inter se pedes
distabant : id, ex similitudine floris, lilium appellabanl.
6
Ante hacc, taleac pedem longac , ferreis hamis infixis, totac in
terram infodiebantur ; mediocribusque intermissis spatiis,
omnibus locis disserebantur, quos stimulos7 nominabant.
His rébus perfectis, regiones secutus quàm potuit aequissi-
mas, pro locinaturâ, quatuordecim millia passuum corn-
plexus, pares ejusdem generis munitiones, diversas ab b i s ,
contra exteriorem hostem perfecit; ut ne magna quideni mul-
titudine , si ita accidat, ejus discessu, munitionum pracsidia
circumfundi possent; neu cum périculo ex castris egredi co-
gerentur, dierum triginta pabulum frumentumque habere
8
omnes convectum jubet.

6
1
Dont les extrémités étaient Des semelles d'un pied de long,
pelées et aiguisées. garnies de pointes de 1er.
2
lis s'en couvraient et s'y em- 7
Ces divers noms donnés par
barrassaient. les soldats marquent (pie ces ou-
3
Ces trous, creusés en quinconce, vrages étaient nouveaux pour eux ;
formaient un cône renversé, dont et ces précautions de César indi-
le sommet est plus aigu par le bas. quent ses inquiétudes et sa dé-
4
De la grosseur de la cuisse (du tresse.
nominatif fcmen, inusité ). B
Amassé, apporté. Chaque solda!
r>
Étaient chaussés de terre par le devait avoir ses provisions pour un
pied. mois.
GUERRE DES GAULES.

Dum haecad Alesiam geruntur, G a l l i , concilio principum


indicto, non omnes qui arma ferre possent, ut censuit Ver-
cingetorix, convocandos statuunt, sed certum numerum
cuiquecivitati imperandum ; ne, tanta multitudine confusa,
nec moderari, nec discernere suos, nec frumentandi rationem
1
habere possent. lmperant /Eduis atque eorum clientibus,
Segusianis, Ambivaretis, Aulercis Brannovieibus, Bran-
noviis, millia quina et tricena; parem numerum Arvernis,
adjunctis Kleutheris Cadurcis, Gabalis, Velaunis, qui sub
imperio Arvernorum esse consueverunt: Senonibus - Sequa-
nis, Biturigibus, Xanlonibus, Rutenis , Carnutibus , duo-
dena millia ; Beilovacis, dena; totidem Lemovicibus; octona
Pielonibus, et ïuronis , et Parisiis, et Helviis; Suessioni-
bus, Ambianis , Mediomatricis, Petrocoriis, Nerviis, Mo-
rinîs, Nîtiubrigibus, quina millia; Aulercis Cenomanis, toti-
dem ; Atrebatibus, quaterna millia ; Bellocassis , Lexoviis,
Aulercis Eburonibus, terna; Rauracis et Boiis, tricena;
universis civitatibus quse Oceanum attingunt quœque eo-
rum consuetudine Armorica; appellantur (quo sunt in nu-
méro Curiosolites, Rhedones, Ambibari, Gaietés, Osismii
Lemovices, Veneti, U n e l l i ) , sena. Ex bis Bellovaei suum
numerum non contulerunt ; quod se suo nomine atque ar-
bitrio cum Romanis bellum gesturos dicerent, neque cujus-
cjuatn imperio obtemperaturos. Rogati tamen a C o m i o , pro
ejus bespitiobina millia miserunt.
?
Hujus opéra C o m i i , ita ut anteà demonstravimus , fideli
atque utili superioribus annis erat usus in Britanniâ Cœsar;
3
pro quibus meritis civitatem ejus immunem esse jusserat;
jura legesque reddiderat, atque ipsi JUorinos attribuerat.
Tanta tamen universœ Galliac consensio fuit libertatis vin-

Ccux d'Autun, de Suze, de Ne- et del'Agénois ; ceux du Mans, d'Ar-


vers, deBriançon, dits aussi Bran- ras, de Rouen, de Lisieux, d'iïvreux ;
novies; ceux de l'Auvergne, du ceux de Bâte et du Bourbonnais, les
Quercy, duGévaudan eldu Vêlai; Armoricains de Cornouailles, de
ceux de Sens, de la Franche-Comté, Rennes, d'Avranches, de Baveux,
duBerri, de ia Saintonge, du Rouer- Saint-Paul de Léon et enfin deSainl-
gue, de Chartres, de Bcauvais, de Brieuc, de Vannes et du Cotenlin.
Limoges, de Poitiers, de Tours , de '* Liv. iv, ch. 21, de la Guerre des
Paris et de Viviers; ceux de Sois- Gaules.
sons, d'Amiens, de Metz, de Péri- 3
Services. Il avait engagé plu-
gueux, du Hainault, du Boulonnais sieurs peuples à se soumettre.
T. T. 4
74 CESÀJi.

dicandcC et pristinao belli taudis recuperaudae, ut neque


beneficiis neque amicitiae memoriâ moverentur; omnesque
et animo et opibus in id bellum incumberent, coactis equi-
tum octonis millibus et peditum circiter quadragenis et
1
ducenis . Hacc in ^Eduorum fiuibus recensebantur; nume-
rusque inibatur; pracfecti constituebantur ; Coniio Atrebati,
Virdumaro et Eporedorigi JEduis, Vergasillauno Arverno,
consobrino Vercingetorigis, summa imperii transditur. lis
delecti ex civitatibus attribuuntur, quorum consilio bellum
administrarelur. Omnes alacres et fiduciao pleni ad Alesiam
proficiseuntur : nec erat omnium quisquam qui adspectum
modo tantae multitudinis sustineri posse arbitraretur *, pra-
2
sertim ancipiti praelio , cùm ex oppido eruptione pugna-
retur, et foris tantac copiae equitatûs peditatûsque cerne-
rcntur.
A t i i qui Alesïac obsidebantur, practeritA die, quâ suorum
auxilia exspectaverunt, consumpto omnifrumento, inscii quid
in /Eduis gereretur, concilio coacto, de exitu fortunarum sua-
mm consultabant ; acvariis dictis sententiis, quarum pars de-
ditionem, pars,dum vires suppeterent, eruptionem censebant;
non praclereunda videtur oratio Critognati, propter ejus singu-
larem ac nefariam crudelitatem. Hic, summoin Arvernis natus
loco et magnas habitus auctoritatis, «Nihil, inquit, de eorum
sententiâ dicturus sum qui turpissimam servitutem dedi-
tionis nomine appeilant ; neque hos babendos civium loco.
neque ad concilium adhibendos censeo. Cum iis mihi res
sit qui eruptionem probant : quorum in consilio omnium ?

vestrûm consensu, pristinœ residere virtutis memoria vide-


tur. Animi est ista mollities , non virtus, inopiam paulisper
terre non posse. Qui se ultro morti offerant faciliùs repe-
riuntur quàm qui doiorem patienter ferant. Atque ego hanc
3
sententiam probarem (nam apud me multùm dignitas po-
test ) si nullam, praeterquàm vitae nostrac, jacturam fieri
vidcrem; sed, in consilio capiendo, omnem Galliam respicia-
mus, quamad nostrum auxilium concitavimus. Q u i d , homi-

1 3
Huit mille cavaliers et deux La dignité, la noblesse, l'hon-
cent quarante mille fantassins. neur, la fierté. Je me rangerais aussi
2
Le combat pouvant se livrer de à cet avis si l'honneur seul y était
deux cotés à la lois, du côté d'Alise engagé, s'il ne s'agissait que de
el du côté de la plaine. notre vie.
GU1LHKE D E S G A U L E S .

mnn miliibus oetogenis uno'loco interfectis, propinquis con-


sanguineisque nostris animi fore cxistimatis , si pene in ipsis
cadaveribtispraelio decertare cogenturPNolite bos vestro auxi-
Jio spoliare qui vestrae salutis causa suum periculum ne-
glexerint; nec stultitià actemeritate vestra, aut imbecillitate
animi, omnem Galliam prosternere, ac perpetuac servituti
addicere. A n , quod ad diem non venerunt, de eorum iide
constantiâque dubitatis? Quid ergo? Romanos in illis ulte-
1
rioribus munitionibusanimiue causa quotidieexerceri putatis?
Siillorum nuntiis confirmari non potestis, omni aditupra-
2
septo , iis utimini testibus, appropiuquare eorum adventum ;
cujus rei timoré exterriti, diem noctemque in opère versan-
tur. Quid ergo mei cousilii est? Facere quod nostri majores,
nequaquàm pari bello Cimbrorum Teutonumque, fecerunl;
qui, in oppida compulsi ac simili inopiâ subacti, eorum cor-
poribus qui aetate inutiles ad bellum videbantur vitam îo-
leraverunt; neque se hostibus transdiderunt; cujus reiexem-
pluin si non haberemus, tamen libertatis causa institui et
posteris prodi pulcherrimum judicarem. Nam quid huic si-
milebello? Depopulata Galiiâ, magnâque illata calamitate,
Cimbri finibus nostris aliquando excesserunt, atque alias
terras petierunt; jura, leges, agros , libertatem nobis reli-
querunt-, Romani verô quid petunt aliud , aut quid volunt,
nisiinvidiâ adducti, quos famâ nobiles potentesque bello
cognoverunt, horum in ngris eivitatibusque considère, atque
his acternam injungere servitutem ? neque unquàm aliâ con-
ditione bella gesserunt. Quod si ea quae in longinquis nafeio-
nibus geruntur ignoratis, respicite finitimam Galliam, quae
in provinciam redacta, jure et legibus commutatis, securibus
3
subjecta perpétua premitur servitute. »
Sententiis dictis, constituunt ut qui valetudine aut actate
inutiles sunt bello oppido excédant atque omnia priùs expe-
riantur quàm ad Gritognali sententiam descendant : illo
tamen potiùs utendum consilio, si res cogat atque auxilia
morentur, quàm deditionis aut paeis subeundatn conditio-
nem. Mandubii, qui eos oppido receperant, cum liberis

1
Est-ce pour se tenir en haleine? faisceaux, qui étaient la marque de
" Les passages étant fermés. l'autorité chez les Romains : on c»
A^ujettie aux haches et aux portait douze devant les consuls.
atque uxoribus exire coguntur. I i , cùm ad munitiones Ro-
manorum aecessissent, /lentes omnibus precibus orabant ut
se in servitutem receptos cibo juvareut. Hos Cacsar, disposi-
r
tif in vallo custodiis, recipî probibebat .
Intereà Comius reliquique duces, quibus summa im-
perii permissa erat, cum omnibus copiis ad Àlesiam perve-
niuut; et, colle exteriore occupato, non longiùs quingentis
passibus a nostris munitionibus considunt. Postero die, equi-
tatu ex castris cducto, omnem eam planitiem, quamin longi-
tudinem tria millia passuum patere dcmonstravimus, com-
plent; pedestresque copias, paulùm ab eo loco, abditas in
locis superioribus constituunt. Erat ex oppido A lesîâ despectus
in campum ; concurritur, bis auxiliis visis; fit gratulatio inter
eos, atque omnium animi ad laetitiam excitantur. Itaque,
productis copiis, ante oppidum considunt, et proximam
ibssani cratibus integuut, atque aggere expient; seque ad
eruptionem atque omnes casus comparant.
Cacsar, omni exercitu ad utramque partem munitionum
disposito. u t , si usus veniat, suum quisque locum teneat et
noverit, equitatum ex castris educi et praclium committi
jubet. Erat ex omnibus castris, quac summum undiquè j u -
gum tenebant, despectus : atque omnium militum intenti
animi pugnac eventum exspectabant. Galli, inter équités, raros
sagittarios, expeditosque levis armaturae interjecerant ; qui
suis sedentibus auxilio succurrerent, et nostrorum equitum
2
impetum sustinerent. A b lus complures de improviso vulne-
rali praclio excedebant. Cùm suos pugnâ superiores esse
Galli confiderent, et nostros premi multitudine vidèrent, ex
omnibus partibus, et ii qui munitionibus continebantur, et
ii qui ad auxilium convenerant clamore et ululatu suorum
animos confirmabant. Quod in conspectu omnium res gère-
batur, neque rectc aut turpiter factum celari poterat, utros-
1
« César ne dit pas ce que de- pinion sanguinaire de Crilognale
vinrent ces malheureux, mais il est commençait à prédominer. Ils ne
facile de le déduire de la position pouvaient rentrer, toute subsistance
horrible dans laquelle ils se trou- leur était enlevée, la mort était
raient. En avant, les retranchements partout. Le théâtre d'une pareille
romains, avec tous les movens de catastrophe a gardé le nom de plaine.
défense el l'inexorable wrionte du des hennés. (R. OE COYNART, Lv
général, formaient un obstacle in- siège d'Alesia.)
}
franchissable; derrière eux, l'o- '- Bon nombre de Romains.
GUEiilïE DiiS G A U L E S . 77

que et laudis cupiditas et timor ignoniinûc ad virtutem ex-


oitabat. Cùm a meridie propè ad solis occasumdubià Victoria
pugnaretur, Germani unâ in parte confertis turmis in hostes
jmpetuin fecerunt, eosquo propulerunt : quibus in fugam
conjectis, sagittarii circumventi interfectique sunt. Item ex
reliquis partibus nostri, cedentes usque ad castra insecuti,
stiî colligendi facultatem non dederunt : at ii qui ab Àleski
processerant, mœsti, propè Victoria desperatâ, se in oppi-
dum receperunt.
Uno die inlermisso, Galli, atque hocspatio, magno cra-
1 1
tium , scalarum, harpagonum numéro eiïecto, média
J
nocte silentio ex eastris egressi, ad campestres munitiones
accedunt. Subito clamore sublato, quâ siguificatione, qui in
oppido ohsidebantur de suo adventu cognoscere possent,
crates projicere, lundis, sagittis , lapidibus nostros de vallo
deturbare, reliquaque quai ad oppugnationem pertinent
administrai. Kodem tempore, clamore exaudito, dat tuba
signuin suis Vercingetorix, atque ex oppido educit. Nostri,
ut superioribus diebus suus cuique locus erat de/initus,
ad munitiones accedunt; fundis, librilibus, sudibusque, quas
in opère disposuerant, ac glandibus'» Gallos perterrent.
Prospectu tenebris adempto, multa utrimque vuluera acci-
piuntur; complura tormentis tela conjiciuntur- At Marcus
Antonius et Caius ïrebonius, legati, quibus eas partes ad
detendendum obvenerant, quA ex parte premi nostros in-
tellexerant, iis auxilio ex ulterioribus castellis deductos sub-
mittebant.
Dum Iongiùs ab munitione aberant Galli, plus multitudine
telorum proficiebant; posteaqunm propiùs successerunt, aut
se ipsi stimulis inopiuantes imluebant, aut in scrobes de-
lapsi transfodiebantur, aut ex vallo et turribus transjecti pilis
muralibus interibant. Riultis undiquè vulneribus acceptis,
5
nulld munitione perruptâ, cùm lux appeteret , veriti ne ab
latere aperto ex superioribus eastris eruptione circuinv'-ni-
rentur, se ad suos receperunt. At interiores °, dum ea qutc

' Des claies. attachées à une pierre, dards et


* Des harpons. boules ou glands de plomh.
"Retranchements du côté delà ^ Arriver {pela collcgium).
,!
plaine. Ceux qui étaient dans ia '-ille,
4
Frondes, courroies balancées et les assiégés.
78 CfiSAR.

a Verr.ingetorige ad eruptionem piwparalu erant proférant,


nriores fossas expient; diutiùs in iis rébus administrandis
morali, priùs suos diseessisse cognoverunt quàm muni-
tionibus appropinquarcnt. Ita, re infecta, în oppidum rêver-
torunt.
JBis magno cum detrimento repulsi G a l l i , quid agant
consultint; locorum peritos adhibent; ab bis superiorum ca-
strorum situs munitioncsque cognoscunt. Erat a septentrio-
uihus collis; quem quia, propter magnitudinein circuitûs 1
r
oppre circumplecti non potuerant nostri, necessario pene
iniquo loco et leniter declivi castra Jccerant. Hœc Gains
Antistius l\eginus et Caius Caninius llebilus, legati, cum
duabus legionibus obtinehant. Cognitis per exploratores re-
gionibus, duces hostium quinque et quinquaginta millia ex
omni numéro deligunt earum civitatum qua! maximam vir-
tutis opiuionem hnbebant; quid quoque paclo agi placent
occulté inter se constituunt; adeundi tempus definiuut, cùm
mendies esse videatur. iis copiis Vergasillaunum Arvernum,
unum ex quatuor ducihus, propinquum Vercingetorigis,
pracficiunt. Ille, ex castris prima vigilia egressus, propè con-
fecto sub lucem itinere, post montem se occultavit; inili»
lesque ex nocturno labore sese reficerc jussit. C ù m jam me-
ndies appropinquare videretur, ad ea castra qua; supra
demonstravimus contenait; codemquc tempore cquitatus
ad campestres munitiones accedere et reliquat copiœ seac
pro castris ostendere cœperunt. i
Vercingetorix, ex arce Alesisc suos conspicalus, ex oppido
2 3
egreditur;ac crates,longurios , musculos , falces reiiquaque
quai eruptionis causa, paraverat profert. Pugnatur uno tem-
pore omnibus locis, atque omnia teutantur : quœ minime
pars firma visa est, hùc concurritur. Homanorum manus
tantis munitionibus distinetur; nec facile pluribus l o c i s
occurrft.Multùm ad terrendos nostros valuit clamer, qui po?t
lergum pugnantibus exstitit ; quod suum periculum in
nliend vident virtute consistere ; omnia enim plerùmque UU.T
abstint vehementiùs hominum mentes perturbant.

Fnvironner par des travaux, vait pour affermir les palissades,


renfermer dans des lignes. en les y entrelaçant.
3
- Longues perches dont on se ser- Sorte.de mantelels.
GUEMRE -DES G A U L E S . 7\>

Caosar, idoneum locum uactus, quid quâque iu parte ge-


ratur cognoscit, laborantibus auxilium sub mittit. Utrisque
ad animum oecurrit, unum illud esse tempus quo maxime
contendi conveniat. Galli, nisi perfregerint munitiones, de
omni salute desperant; Romani, si rem obtinueriut, finem
laborum omnium exspectant. Maxime ad superiores muni-
tiones Jaboratur, quo Vergasillaunum missum demonstra-
r
vimus. Elxiguum loci ad declivitatem fastigium magnum
habet momentum. Alii tela conjiciunt; alii testudine factâ *
3
subeunt, def'atigalis in vicem integri succedunt. Agger ab
universis in munitionem 4 conjectus et adscensum dat Gallis,
^tqutf in terrain occultaverant Romani contegit; nec jam
irma nostris, nec vires suppetunt.
His rébus cognitis, Ceesar Labienum cum cobortibus ex
subsidio laborantibus mittit; imperat, si sustinere non possit,
5
(ieductis cobortibus erupiione pugnaret; id, nisi necessario ,
non faciat. Ipse adit reliquos; cohortatur ne labori suc-
cumbant ; omnium superiorum dimicationum fructum in eo
6
die atque hora docet consistere. Interiores , desperatis cam-
pestribus locis propter magnitudinem ? munitionum, loca
prœrupta ex adscensu tentant. IIùc ea quœ paraverant
conferunt; multitudine lelorum ex turribus propugnantcs
deturbant; aggere et cratibus aditus expediunt ; falcibus
8
vallum ac loricam rescindunt.
Cacsar mittit primo Brutum adolescentem, cum cohortibus
sex; post, cum aliis septem, Fabium legatum; postremo
ipse, cùm vehementiùs pugnaretur, integros subsidio addu-
cit. Restituto proolio ac repulsis hostibus, eô quo Labienum
miserat contetidit; cohortes quatuor ex proximo castello
eclucit; equitum se partem sequi, partem circumire exteriores
munitiones et ab tergo hostes adoriri jubet. Labienus, post-
quâm neque aggeres neque fossac vim hostium sustinere

* L'étroite sommité qui dominait * La terre jetée dans les retran-


Ja pente étail importante. chements.
- Formant la lortue par la jonc- 6
Si ce n'est à l'extrémité.
tion des boucliers placés en l'orme G
Les assiégés.
de tuiles et superposés les uns aux 7
A cause de la hauteur, de r e -
yulres. tendue et de la force.
3
Des troupes fraîches. 8
Le parapet.
80 CESÀH.

poterant, coactis unà de quadraginla ' cohortibus, quas ex


proximis pracsidiis deductas fors obtulit, Cacsarem per mm-
tios facit certiorem quid facieudum existimet. Accélérât
Cacsar, ut praelio intersit.
1
Ejus adventu ex co/ore vestitris cognito (quo i n s i g n i in
pracliis uti consueverat ) , turmisque equitum et cohortibus
visis, quas se sequi jusserat, ut de locis superioribus haac
declivia et devexa cernebantur, hostes committunt pralium.
Utrimque clamore sublato, excipit rursùs ex vallo atque
3
omnibus munitionibus clamor . Nostri, omissis pilis, gladiis
rem gerunt. Repente post tergum equitatus cernitur; co-
hortes aliac appropinquant; hostes terga vertunt; fugientibus
équités occurrunt; fit magna caedes. Sedulius, dux et prin-
ceps Lemovicum, occiditur; Vergasillaunus Arvernus vivus
in fuga comprehenditur ; signa militaria quatuor et septua-
ginta ad Cacsarem referuntur; pauci, ex tanto numéro, se
incolumes in castra recipiuut. Conspicati ex oppido caedem
et fugam suorum, desperatâ saiute, copias a munitionibus
reducunt. Fit protinùs, hâc re audita, ex castris Gallorum
fuga. Quod nisi crebris subsidiis» ac totius diei labore mi-
lites fuissent defessi, omnes hostium copia; deleri potuissent.
De média nocte missus equitatus, novissimum agmen conse-
&
quitur ; magnus numerus capitur atque interficitur ; re-
liqui ex fugà in civitates discedunt.
Postero die Vercingetorix, concilio convocato, « id se bellum
suscepisse non suarum necessitatum, sed conununis liber-
tatis causa demonstrat; et, quoniam sit fortunac cedendum,
ad utramque rem se illis offerre, sou morte sua Romanis sa-
tisfacere, seu vivum transdere velint. » Mittuntur de his rébus
ad Caesarem legati; jubet arma transdi, principes produci.
Ipseiu inunitione pro castris consedit; eô duces producuntur,
6
Vercingetorix deditur, arma projiciunlur . Reservatis /Kduis.

1
Une à partir de quarante; donc ches pour venir en aide et porter
trente-neuf. secours, subsides.
2
Le paludamentitm, ou manteau ** Atteint Parrièrc-gardc.
de pourpre. ' « Vercingetorix, dit M. Am.

Un nouveau cri reçoit le pre- Thierry, n'attendit pas que les cen-
mier, le rencontre et lui succède. turions romains le traînassent, pieds
4
Attaques, engagements et mar- et poings liés, aux genoux de Cé~
GlïERItE DES G A U L E S . 81
1
atque Arvernis, si per eos civitatcs recuperare posset, ex re-
2
liquis captivis toto exercitu capita singula , prœd<e nomine ,
dislribuit.
His rébus confectis, in /Eduos proiîciscitur; civitatem
recipit. Eo legati ab Arvernis missi quae imperaret se facturos
pollicentur. Imperat magnum numerum obsidum. Legiones
in hiberna mittit; captivorum circiter viginti millia /Kduis
Arvernisque reddit. T. Labienum, cum duabus legionibus et
equitatu, in Sequanos proiicisci jubet; huic Marcum Sem-
3
pronium Rulilum atlribuit . Caium Fabium et Lucium i\Ji-
nucium Rasilum, cum duabus legionibus, in tthemis <*ollo-
cat, ne quam a linitimis calamitatem accipiant. Caium
Antistium Reginum, in Ambivarclos; Titum Sextium, iu
Bituriges; Caium Caninium Rebilum, in Rutenos, cum
singulis legionibus, mittit. Quiutum Tullium Ciceronein et
Publium Sulpicium, Cabiloni et Matiscone in tiduis ad
Ararim, reiirumentariœ causa, collocat : ipse Bibracte hie-

sar. Montant sur son cheval cn- amitié, ses bienfaits, dont il l'avait
harnaché comme dans un jour de si mal payé; » puis il lit signe à ses
bataille, revêtu lui-même de sa plus licteurs de le garroler et de l'en-
riche armure, il sortit de la ville et traîner dans le camp. Vercingetorix
traversa au galop l'intervalle des souffrit tout en silence. Les lieute-
deux camps, jusqu'au lieu où sié- nants, les tribuns, les centurions
geait le proconsul. Soit que la ra- qui entouraient le proconsul, les
pidité de sa course l'eût emporté soldats même paraissaient vive-
irop loin, soit qu'il ne fit par là ment émus. Le spectacle, d'une si
qu'accomplir un cérémonial usité, grande et si noble infortune parlait
il tourna en cercle autour du tri- h toutes les âmes. César seul resta
bunal (PluL, César, 27), sauta de froid et cruel. Vercingetorix fut
cheval, et, prenant son épée, son conduit à Rome et plongé dans un
javelot et son casque, il les jeta cachot infect, ou il attendit pen-
aux pieds du Romain {id., ib. ; Dion dant six ans que le vainqueur vint
Cass., L 40) sans prononcer une élaler au Capitule l'orgueil de son
parole. Ce mouvement de Vercin- triomphe ; car ce jour-Là seulement
getorix , sa brusque apparition, sa le patriote gaulois devait trouver,
haute taille, son visage lier et sous la hache du bourreau, la (in
martial causèrent parmi les spec- de son humiliation et de ses souf-
frances. » (Dion Cassius. ib. )
tateurs un saisissement involon-
1
taire. » Pour voir si, par leur entre-
« César fut surpris et presque mise.
effrayé. Il garda le silence quelques - Chaque captif,par léte d'homme;
instants; mais bientôt, éclatant en il donne à chaque soldai un pri-
accusations et en invectives, il re- sonnier à titre de butin.
3
procha au Gaulois « son ancienne II adjoint, il associe.
CfiSAIt.

mare eonstituit. His rébus Caesaris litteris cognitis, Romac


dierum viginti supplicatio indicitur.

GUERRE CIVILE.

Expédition d'Espagne. (Liv. I , 34-87.)

Cum in ulteriorem Galliam venisset Caesar, cognoscit nrns-


sum i n Hispaniam a Pompeio Vibulliuin Rufum , quein pau-
1
cis antè diebus Corfinii captum ipse dimiserat : profectum
2
item Domitium adoccupandam Massiiiam navibus actuariis
3
septem, quas Igili et in Cosano a privatis coactas, servis,
liberlis, colonis suis compleverat; prœmissos etiam legatos
Massilienses domum, nobiles adolescentes, quos ab Urbe**
discedens Pompeius erat adbortatus ne nova Caesaris offi-
cia veterum suorum beneficiorum in eos memoriam expelle-
rent. Quibus mandatis acceptis, Massilienses portas Cacsari
clauserant ; Albicos, barbaros boulines, qui in eorumfide an-
liquitùs erant, montesque supra Massiiiam incolebant, ad
. s t M o c a v e r a n t : frumentuin ex finitimis regionibus atque ex
omnibus castellis in urbem convexerant; armorum oflicinas
in urbe inslituerant ; muros, classem, portasque refecerant.
Evocat ad se Caesar Massiliensium quindecim primos ; cum
his agit, ne initium inferendi belli a Massiliensibus oriatur;
« debere eos Italiac totius auctoritatem sequi poliùs quàm
5
unius hominis voluntati obtemperare. » Reliqua quse ad
^oruni sanandas mentes pertinere arbitratur commémorât.
Cujus orationem domum legatï referunt, atque ex auctori-
(i
tate hacc Caesari renunciant : « Intelligere se divisum esse
populum romanum in partes duas : neque sui judicii ne
que suarum esse virium decernere utra pars justiorem ha-
i>eat causam; principes verô esse earum parlium Cneium

3
» Aujourd'hui Santo-Pcrino, dans ACîglio, Ile près de la Toscane,
Je Samnium, au royaume de Waples. et à Cozano, aujourd'hui Ajaccio,
7
Vaisseaux légers dont on peut en Corse,
se servir actuellement, qui agissent * Rome.
5
*ile, qu'on iaisail mouvoir et agir 11 s'agit de Pompée.
fi
•Uer des rame*. Par ordre des magistrats*
GUERRE CIVILE 83
Pompeium et Caium Cœsarem, patronos civitatis; quorum
1 2
aller agros Volcarum Arecomicorum et Helviorum publiée
iis coneesserit ; alter bello victas Gallias attribuerit vecti-
galiaque auxerit; quare paribus eorum bcneficiis, parem se
quoque voluntatem tribuere dcbere; et neutrum eorum con-
tra alterum juvare, aut urbe aut portubus recipere. »
rtac dum inter eos aguntur, Domitius navibus Massiliam
pervenit; atque, ab iis receptus, urbi prœfîcitur. Summa ei
belli administrandi permittitur. Ejus imperio classem quo-
3
quoversùs dimittunt; onerarias n a v e s , quas ubique pos-
sunt, deprehendunt, atque iu portum deducunt; earum
clavis, aut materiâ atque armamentis instructis 4 , ad rcliquas
armandas reficiendasque uluntur; frumenti quod inventum
est in publicum conférant; reliquas merces commeatusquc
adobsidionem urbis, si accidat, reservant. Quibus injuriis
permotus Caesar, legiones très Massiliam adducit; turresvi-
5
neasque ad oppugnationem urbis agere, naves longas Are-
late numéro duodecim facere instituit. Quibus effectis ar-
matisque diebus triginta, a quâ die materia caîsa est,
adductisque Massiliam, his D . Brutum profitait; C . Trebo-
nium legatum ad oppugnationem Massiliac relinquit.
Dum haoc parât atque administrât, C . Fabium legatum
cum legionibus tribus, quas Narbone circumque ea loca, hie-
mandi causa, disposuerat, in Hispaniam pracmittit, ceieri-
6
terque Pyrenacos saltus occupari jubet; qui eo tempore ab
L . Afranio legato prasidiis tenebatur. Legiones reliquas,
quae Iongiùs hiemabant, subsequi jubet. Fabius, ut erat îm-
peratum, adhibitâ celeritate, praesidium ex saltu dejecit; ma-
gnisque itineribus7 ad exercitum Afranii contendit.
Adventu Vibullii Rufii, quem a Pompeio missum in Hi-
spaniam demonstratum est, Afranius, et Petreius, et Varro,
legati Pompeii ( quorum unus tribus legionibus Hispaniam
8
citeriorem; alter a saltu Castulonensi ad A n a m , duabus le-

1
Los habitants du Bas-Languedoc, s
Des tours et des mantelels.
de Nîmes. c
Des passages ou pas, par où l'on
2
Ceux de l'Ardèche. peut franchir et comme sauter les
Des vaisseaux de charge, de montagnes.
transport; vaisseaux marchands. 7
A grandes journées, a marches
4
Avec les clous, le bois et les agrès forcées.
amassés. • r< Caslulo. aujourd'hui Cazlona,
84 CESAR.

gionibus; tertius ab A n û , Vettormm agrum Lusitaniamque


pari numéro legionum obtinebat,) officia inter se partiun-
tur ; uti Petreius ex LusitaniA per Vettones cum omnibus co-
piis ad Afranium pro/ieiscatur; Varro, cum iis quas habebat
legionihus, omnem ulteriorem Hispaniam tueatur. His ré-
bus constitutis, équités auxiliaque toti Lusitaniae a Petreio;
Celtiberis, Cantabris, Barbarisque omnibus qui ad Océan uni
pertinent, ab A franio imperantur ; quibus coactis, celeriter Pe-
treius per Vettones ad Afranium pervenit. Constituunt com-
muni consilio bellum ad Ilerdam, propter ipsius loci oppor-
tunitatem, gerere.
Erant, ut suprà demonstratum est, legiones Afranii tres ?
1 2
Petreiiduac ; praetereà scutatae citerions provincial eteetratae
ulterioris Hispaniac cohortes circiter octoginta; equitum utrius-
que provinciae circiter quinque millia. Cacsar legiones in His-
paniam pracmiserat, ad sex millia auxilia peditum, equitum
tria millia, quac omnibus superioribus bellishabuerat ; et pa-
rein ex Gallia numerum, quem ipse paraverat, nominatim ex
omnibus civitatibus nobilissimo et fortissimo quoque erocato ;
hïnc optimi generis boulines ex Aquitanis montanisque, qui
Galliam provinciam attingunt. Postquàm audierat Pompeium
per Mauritaniam cum legionibus iter in Hispaniam facere
confestimque esse venturum, simul a tribunis militum centu-
rionibusque mutuas pecuniassumpsit;has exercitui distribuit.
(

Quo facto duas res consecutus est ; quod pignore animos cen-
turionum devinxit, et largitione redemit militum voluntates.
Fabius finitimarum civitatum animos litteris nuntiisque
3
lenlabat. ïn Sicore flumine pontes effecerat duos, inter se
distantes millia passuum quatuor; his pontibus pabulatum mit-
tebat, quôdea quac citra flumen fuerant superioribus die-
bus consumpserat. Hoc idem ferè, atque eadem de causa,
ponipeiani exercitûs duces faciebant; crebrôque inter se eque-
stribus pracliis contendebant. Tfùc cùm quotidianâ consue-

en Andalousie; l'Anas, aujourd'hui Ucrda, aujourd'hui Lérida. » (Da-


la Guadiana; les Vettones, qui ha- roas-Hinard. )
1
bitaientlcspayscomprisaujourd'hui Armés de boucliers (scutum).
dans le royaume de Léon ; les Cel- - Armés de boucliorsappelésc<?/r«.
libères, peuple de l'Aragon; les - La Sègre ou leSicoris, rivière
Cantabres, peuple de la Biscaye-, de la Tarraconaise.
GUERRE CIVILE. .85
1
tudine congressie, pabulatoribus prresidio proprio , legio-
nes Fabianœ duas flumen transissent, impedimcntaque et
omnis equitatus sequeretur, subito, vi ventorum et aquae
magnitudine, pons est iuterruptus, et reliqua multitudo
equitum interclusa. Quo cognito a Petreio et Afranio ex
2
aggere atque cratibus , quaï flumine ferebantur, celeriter
J
suo ponte Afrauius, queui oppido castrisque conjunctum
habebat, legiones quatuor equitatumque omnem transjecit,
duabusque fabianis occurrit legionibus. Cujus adventu nun-
tiato , Lucius Plancus, qui legionibus pracerat, necessaria re
coactus, locum capit superiorem diversamque aciem in duas
partes constitua, ne ab equitatu circumveniri possit. lta,
congressus impari numéro, magnos impetus legionum equi-
tatûsque sustinet. Commisso ab equitibus praclio, signa dua-
5
rum legionum procul ab utrisque conspiciuntur, quas Caius
Fabius uiteriore ponte subsidio nostris miserat, suspicatus
(i
fore, id quod accidit, ut duces adversariorum occasione et
beneficio forlunœ ad nostros opprimendos uterentur; qua-
rum adventu praclium dirimitur, ac suas uterque legiones
reducit in castra.
Eo biduo, Caesar cum equitibus nongentis, quos sibi prac-
sidio reliquerat, in castra pervenit. Pons qui fuerat tempe-
state interruptus neque erat refectus, hune noctu perfici jus-
sit. Ipse, cognitâ locorum natura , ponti castrisque prsesidio
sex cohortes relinquit atque omnia impedimenta; et postero
die, omnibus copiis, triplici instructâ acie, ad Ilerdam pro-
ficiscitur, et sub eastris Afranii consistit; et ibi paulisper
sub armis moratus, facit aequo loco pugnandi potestatem.
Potestate factâ, Afranius copias educit, et in medio colle sub
castris7 consistit. Caesar, ubi cognovit, per Afranium stare
8
quo minus praclio dimicaretur, ab infimis radicibus montis ,

1
S'étant transportées en même sur deux points, de manière à faire
temps et réunies en cet endroit, face des deux côtés à la fois.
pour servir d'escorte spéciale aux 5
Loin des deux armées qui étaient
fourrageurs. aux prises.
2
Us en furent avertis par les débris G
Les généraux du parti de
de bois el les claies. Pompée.
3
Reliant la ville et lecamp, abou- 7
En avant de son camp.
tissant aux deux. 8
Qu'il ne tenait qu'à Afranius
* Il constitua el disposa son armée qu'on en vint aux mains.
86 CÉSÂ.R.

intermissis circiter passibus quadringentis, castra facere


constïttiil; et, ne in opère faciendo milites repentino ho-
stium incursu exterrerentur atque labore prohiberentur, vallo
1
muniri vetuit, quodeminereet procul videri necesseerat ; sed
a fronte contra hostem pedum quindecim fossam fierit jussit.
7
Prima et secunda acies in armis, ut ab initio constituta erat,
permanebat; post hos opus in occulto acies tertia faciebat.
Sic omne priùs est perfectum quàm intelligeretur ab Afranio
castra muniri,
Sub vesperum, Cacsar intra hanc fossam legiones reducit,
atque ibi sub armis proximâ nocte conquiescit. Postero die .
omnem exercitum intra fossam continet; et, quôd longiùs
3
eratagger petendus, in praesentiâ similem rationem operis
instituit; singulaque latera castrorum singulis attribuit le-
gionihus municnda; fossasque ad eamdem magnitudinem
perfici jubet; reliquas legiones in armis expeditas contra
hostem constituit. Afranius Petreiusque, terrendi causa atque
operis impediendi, copias suas ad intimas montis radiées pro-
ducunt, et praclio lacessunt; neque ideircô Caesar opus in-
termittit, confisus praesidii legionum trium et munitione
fossac. ïlli, non diù commorati nec longiùs ab infîmo colle
progressif copias in castrareducunt. Tertio die Cacsar vallo *
castra communit ; reliquas cohortes, quas superioribus castris
reliquerat, impedimentaque ad se transduci jubet.
Erat inter oppidum Ilerdam et proximum collem, ubi
castra Petreius atque Afranius habebant, planities circiter
passuum trecentorum, atque in hoc ferè medio spatio tu-
mulus erat paulô editior ; quem si occupasset Cacsar et coin-
munisset, ab oppido, et ponte, et commeatu omni, quem
in oppidum contulerant, se interclusurum adversarios confi-
debat. ïloe sperans, legiones très ex castris educit : acieque
5
in locis idoneis instructa, unius legionis antesignanos pro-
currere atque occupare eum tumulum jubet. Qua rc cognitâ,
celeriter quac in stalione pro castris erant Afranii cohortes
breviore itinere ad eumdem occupandum locum mittuntur.
1 1
Qui nécessairement se verrait de D'un rempart élevé, d'une palis-
loin. sade.
2 r>
Ligne de troupes. Ceux qui marchent devant les
s Des matériaux pour la consl rue- enseignes; la partie d'une cohorte
lion , comme bois, b'rre et pieries. ou d'uni» \™\\m\ qui est eu avant.
GUERKE CIVILE. 87

Contenditur prsolio; e l , quod priùs in tumulum Afraniani


vénérant, nostri repeiluntur ; atque aliissummissis subsidiis
tergavertere , seque ad signa legionum recipere coguntur.
Genus erat pugnse militum illorum, ut magno impetu
primo procurrerent, audacter locum caperent, ordines suos
non niagnoperè servarent, rari dispersique pugnarent; si
premerentur, pedem referre et loco excedere non turpe exi-
stimarent, cum Lusitanis* reliquisque barbaris génère quo-
dam pugnse assuefacti ; quodferè fît, quibus quisque in locis
miles inveteravit, uti multuin earum regionum consuetudine
nioveatur. ilacc tamen ratio nostros perturbabat insuetos bu-
jus generis pugna^ ; circunriri enim sese ab aperto latere,
3
procurrentibus singulis , arbitrabantur; ipsi autem suos or-
dines servare, neque ab signis discedere, neque sine gravi
causa eum locum quem ceperant dimitti consuerant opor-
tere. Itaque, perturbatis antesignanis, legio quae in eo cornu
constiteral locum non tenuit; atque in proximum collem
sese recepit.
Caesar, penè omni acie perterrita, quod prater opinioneni
consuetudiuemque acciderat cohortatus suos, legionem
nonam subsidio ducit ; hostem insolenter atque acriter no-
stros inscquenteni supprimit*, rursùsque terga vcrtere se-
que ad oppidum Ilerdam recipere et sub muro consistere
cogit. Sed nonaî legionis milites elati studio, dum sarcire
acceptum detrimentum volunt, temerè insecuti fugientes,
in locum iniquum progrediuntur, et submontem, in quo
erat oppidum posïtum, succeduut; bine se recipere cùm vel-
lent, rursùs il 1 i ex loco superiore nostros premebant. Prac-
5
ruptus locus erat, utrâque ex parte directus , ac tanlùm
in latitudinem patebat ut très instructse cohortes eum locum
expièrent; et neque subsidia a lateribus summitti neque
r>
équités laborantibus usui esse possent; ab oppido autem
declivis locus tenui fastigio vergebat in longitudinem pas-
suum circiter quadringentorum. Hàc nostris erat receptus;
quôdeô, incitati studio, inconsultiiis processerant. Hoc pu~

1
D'autres renforts, envoyés par * Arrête , réprime.
Afranius* 5
Droit, roide, a p i c
2
Les Portugais. Maïs depuis la ville la mon-
s L'ennemi courant sans ordre. taçne avait une pente doue'*.
88 CÉSÀIw

gnabatur loco, et propter angustias iniquo, et quôd sub ipsis


radicibus mentis constiterant, ut nullum frustra telum in
eos mitteretur; tamen virlute et palientiâ nilebantur, atque
1
omnia vulnera sustinebant. Augebantur illis copias ; atque
ex castris cohortes per oppidum crebrô summittebantur, ut
integri defessis succédèrent. Hoc idem Cassar facere coge-
batur, ut, suinmissis in eumdem locum cohortibus, defessos
reciperet.
Hoc cùm esset modo pugnatum continenter horis quin-
que, nostrique graviùs a inultitudine premerentur, con-
sumptis omnibus telis, gladiis districtis, impetum adversùs
montem in cohortes faciunt; paucisque dejectis, reliquos
sese converterc cogunt. Summotissub murum cohortibus, ac
nonnulla parte propter terrorem in oppidum compulsis, faci-
lis est nostris receptus datus. Equitatus autem nosterab utro-
que latere, etsi dejectis aut inferioribus locis constiterat,
tamen in summum jugum virtute connititur ; atque inter duas
acies perequitans, commodiorem ac tutiorem nostris rece-
ptum dat. Ita vario certamine pugnatum est. Nostri in primo
congressucirciterseptuaginta ceciderunt ;in his Q. Fulginius,
2
ex primo hastato legionis quartcC et decimae, qui, propter
eximiam virtutem, ex inferioribus ordinibus in eum locum
pervenerat ; vulnerantur ampliùs sexcenti. Ex Afranianis in-
3
terficiuntur Titus Caccilius, primipili centurio; et praeter
eum centuriones quatuor, milites ampliùs ducenti.
Sed hacc ejus diei praefertur opinio, ut se utrique superiores
discessissc existimarent; Afraniani, quôd, cùm esse omnium
judicio inferiores viderentur, cominùs tamen diù stetissent,
et nostrorum impetum sustinuissenf, et initio locum tumu-
lumque tenuissent, quac causa pugnandi fuerat, et nostros
primo congressu tergavertere coegissent; nostri autem, quôd
iniquo loco atque impari congressi numéro quinque horis

' Les corps ennemis grossissaient logue, tout s'explique assez Lien,
:\ chaque instant. Les hastaircs ou hastats, à cette
2
J'avoucqueceltelocutionm'env époque, étaient ceux qui combat-
harrasse. ïi doit y avoir quelque taient au premier rang, avec des
chose de sous-enïeiuîu. Fulginius piques ou javelots Miasta)-
élait-il encore premier fias fa ire, ou :>
On appelait primipile la pre-
bien vUnl-ïl ex-premier? Si I'onsous- mière centurie d'une légion flans
ndend (lux, ou nuire terme ana- rarméc romaine.
wUKHKE CIVILE. KO

praelium sustinuissent, quod montent gladiis dislrictis ad-


seendissent, quod ex loco superiore terga vertere adversarios
coegisseut atque in oppidum comprissent. Illi eum tumu-
lum pro quo pugnatum est maguis operibus munierunt,
pracsidiumque ibi posuerunt.
Accidit etiam repentinum incommodum biduo quo hacc
gesta sunt : tanta enim tempestas cooritur, ut nunquàm
illis locis majores aquas fuisse constaret ; tum autem ex
omnibus montibus nix proluit, ac suinmas ripas fluminis
superavit, pontesque ambos, quos Caius Fabius fecerat, uno
die interrup.it. Quae res magnas diflicultates exercitui Csesaris
attulit : castra enim, ut suprà demoustratum est, cùm es-
r
sent interflumina duo, Sicorum et Cingam ,spatio millium
triginta, neutrum borum transiri poterat, necessarioque
omnes his angustiis continebantur ; neque civitales quae ad
Caesaris amicitiam accesserant frumentum supporlare, ne-
que ii qui pabulatum Iongiùs progressi erant, interclusi flu-
2
minibus, reverti, neque maximi comitatus , qui ex Italia
Galliâque veniebant, in castra pervenire poterant. Tempus
autem erat anni diflicillimum, quo neque frumenta in her-
bis erant, neque multùm a maturitate aberaut; ac civitates
exinanitee, quod Afranius penè omne frumentum ante Cée-
3
saris adventum Ilerdam convexerat; reliqui si quid fuerat,
Ccesar superioribus diebus consumpserat; pecora, quod se-
cundum poterat esseinopiac subsidium, propter bellum lini-
timae civitates Iongiùs removerant; qui erant pabulandi aut
frumentandi causa progressi, hos levis armaturae Lusitani
peritique earum regionum cetrati citerions Hispaniae con-
sectabantur; quibus erat proclive 4 transnare (lumen, quod
eousuetudo eorum omnium est ut sine utribus ad exerci-
tum non eant.
At exercitus Afranii omnium rerum abundabat copia;
multum erat frumentum provisum et convectum superiori-
bus temporibus; multum ex omni provinciâ comportabatur ;
magna copia pabuli suppetebat. Harum rerum omnium fa-
cultates sine ullo periculo pons Ilerdae praebebat, et loca

1
LaCinga,CincaouCingra, riviè- ?
Les convois de vivres.
re d'Aragon, qui prend sa source aux 3
Pour si quid reliqui.
Pyrénées et va se jeter dans TÉbre. i
Facile aisé.
:
90
trans ilumen intégra quo omninô Caesar adiré non poterat.
lise permanserunt aquac dies complures. Conatus est Car-
sar reficere pontes ; sed nec magnitudo fluminis permittebaL
neque ad ripam disposite cohortes adversariorum perfici
patiebantur; quod illisprohibere erat facile, tum ipsius flu-
minis natura' atque aquae magnitudine, tum quod ex totis
ripis in unum atque angustum locum tela jaciebantur; al-
que erat difficile, eodem tempore rapidissimo flumine, opéra
perficere, et tela vitare.
Nuutiatur Afranio magnos comitatus, qui iter habebant
ad Caesarem, ad flumen constitisse. Vénérant eo sagittarii
ex Tlutenis , équités ex Galiiâ, cum multiscarris magnisqup
Impcdhnentis, ut fert gallica consuetudo. Erant praetere;*
2
cujusque generis hominum millia circiter sex, cum servis
liberlisque ; sed nullus ordo, nullum imperiumcerlum, cùm
suo quisque consilio uteretur, atque omnes sine timoré iter
:
lacèrent, usi superiorum temporum atque itînerum licentia '.
Erant complures honesti'* adolescentes, senatorum filii, et
equestris ordinis; erant legationes civilatum; erant legati
5
Cœsaris; hos omnes flumina continebant . A d hos oppri-
mendos, cum omni equitatu tribusque legionibus Afranius
0
de nocte proliciscitur ; imprudentesque antè missisequitibus,
aggreditur ; celeriter tamen sese galli équités expediunt prac-
Eiumque committunt. H i , dum pari certamine res geri po-
tuit, magnum bostium numerum pauci sustinuêre; sed
ubi signa legionum appropinquare cœperunt, paucis amissis,
sese in montes proximos coJiferunt. Hoc pugnac tempus ma-
gnum attulit nostris ad salutem momentum : nacti enimspa-
tium, se in loca superiora receperunt. Desiderati sunt eo
die sagittarii circiter ducenti, équités pauci, calonum/ atque
impedimentorum non magnus numerus,
8
His tamen omnibus anuona erevit : quae ferè res, non
solùin inopiâ praesentis, sed etiam futuri temporis timoré,
ingravescere consuevit. Jamque ad denarios quinquaginta in
1 1
L a nature, ici : la rapidité et De noble famille.
5
ia profondeur. Les débordements arrêtaient
2
De toute condition. toute cette Iroupe.
3 G
Comme ils l'avaient fait lors de hnprovidcntcs à ('improviste,
9
7
leur départ et sur le territoire de la Des valets, des goujats.
H
Gaule. Le prix , la cherté (les vivres.
GUEIUIK c:i\ Î L E . 9!
[
singulos modios anuona pervenerat , et militum vires inopia
ïrumenli diminuerai atcjuc incommoda in dies augebantur;
et, tam paucis diebus, magna erat rerum facta commutatio,
ac se fortuna inclinaverat, ut nostri mognâ inopifi necessa-
2
riarum rerum conflictarentur; i l l i omnibus abundarent ré-
bus, superioresque haberentur. Caesar iis civitatibus quac
ad ejus amicitiam accesserant, quo minor erat frumenti co-
3
pia, pecus imperabat ; calones ad longinquiores civitates
dimittebat''. Ipse praesentem inopiam, quibus poterat subsi-
diis, tutabatur.
Hacc Afranius Pctreiusque et eorum amici pleniora
5
etiam atque uberiora Romam ad suos perscribebant . Mu Ita
rumor fingebat ; ut penè bellum confectum videretur. Quibus
litteris nuntiisque Romani perlatis, magni domum concur-
sus ad Afranium, magnac gratulationes fiebant; multi ex
Italiâ ad Cn. Pompeium proficiscebantur ; alii, ut principes 7
talem nuntium attulisse ; alii ne eventum belli exspectasse,
aut ex omnibus novissimi venisse viderentur.
Cùm in his angustiis res esset, atque omnes via; ab afra-
nianis militibus equitibusque obsiderentur, nec pontes perfici
possent, imperat militibus C?esar ut naves faciant, cujus
generis eum superioribus anuis usus Britanniae doeuerat.
8
Carinac primùm ac statumina ex levi materiâ fiebant; reli-
quum corpus navium, viminibus contextum, coriis integc-
batur. Ï-Jas perfectas carris junctis dcvehit noctu millia
passuum a castris duo et viginli, militesque his navibus
flumen transportât, continente m que ripae collem improvisô
occupât. Hune celeriter, priusquam ab adversariis sentiatur,
communit;hùc legionem poslen transducît; atque ex u traque
parte pontem institutum perlicit biduo. Ita comitatus, et
qui frumenti causa processerant, tutô ad se recipit, et rem
frumentariatu expedire incipit.

1
Le blé se vendait cinquante de- ft
Ils exagéraient, dans leurs rap-
niers le boisseau. ports, la situation de César.
2
Ceux d'Afranius, au contraire. 5
Pour in- domum*
3
Exigeait du bétail au lieu de 7
Les premiers.
grain. s
La quille et les varangues ou les
4
Renvoyait pour s'en débarras- flancs; les bases, les assises se
ser, ou envoyait pour se procurer faisaient en bois léser.
des vivres.
02 OÉSAIÏ.

Eodeni die, equitum magnam partem flumen transjeeil,


qui, inopinantes pabulatores etsincullodissîpatos timoré ag-
gressi, quàm maximum numerum jumentorum atque homi-
1
num intercipiunt; cohortibusque cetratis subsidio missis ,
2
scienter in duas partes sese distribuunt ; alii ut pracdae
pracsidio sint; alii ut venientil)us résistant, atque eos pro-
pelJant; unamque cohortem, quac temerè ante cèleras extra
aciem procurrerat, seclusam a reliquis circumveniunt atque
inter/iciunt, incolumesque, cum magna pracdâ, eodem ponte,
in castra rêvertuntur.
Du ni bœc ad llerdam geruntur, Massilienses, usi L . 1 ) 0 -
milii consilio, naves longas expediunt, numéro septemdccim,
quarum erant undecim tectae. Multa hùc minora nnvigia ad-
dunt, ut ipsà multitudine nostra classis terreatur; magnum
numerum sagittariorum, magnum Àlbicorum, de quibus su-
3
pra demonstratum est, imponunt; atque hos pracmiis polli-
citationibusque incitant. Gertas sibi deposcit naves Domitius ;
atque bas calonis pastoribusque, quos secum adduxerat, com-
plet. Sic omnibus rébus instructâ classe, magna fiducià ad
nostras naves proccdunt, quibus pracerat D . Bru tus. Hao ad
insulam quse est contra Massiiiam stationes obtinebant.
Erat multo inferior numéro navium Brutus : sed delectos
ex omnibus legionibus fortissimos viros antesignanos, cen-
turiones Cacsar ei classi attribuerat, qui sibi id munerisde-
poposcerant. Ii manus ferreas atque harpagones paraverant;
magnoque numéro pilorum, tragularum-f reliquorumque te-
loruni se instruxerant. Ita, cognito hostium adventu, suas
naves ex portu educunt, cum Massiliensibus confligunt. Pu-
gnatum utrimque est fortissimè atque acerrimè, neque mul-
tùm Albici nostris virtutc cedebant, homines asperi, et
montani, exercitatiin armis; atque ii, modo digressi h Mas-
siliensibus, recentem eorum pollicitationem animis contine-
bant; pastoresqueindomiti, spelibertatis excitati, sub oculis
domini suam probare operam studebant.
Jpsi Massilienses, et celeritate navium et scientia guber-
natorum confisi, nostros eludebant, impetusque eorum exci-
piebant; et quoad licebat latiore spatio, productâ longiùs acie,

' Par Afranius. Ch. I.


• La a n alerie lie César. Ja\rlols, dards e! autres traits.
GUGIUIE C I V I L E . 93
circumvenire nostros, aut plurilnis navibus adoriri singulas,
l
autremos transcurrentes detergere , si possent, contende-
haut; cùm propiùs erat necessariô ventutn % ab scientiâ gu-
bernatorum atque artificiis , ad virtulem montanorum confu-
giebant. Nostri, quod minus exercitatis remigibus minùsque
peritis gubernatoribus utebantur (qui repente ex one-
3
rariis navibus erant producti, neque d u m etiam vocabulis
armamentorum cognitis), tum etiam gravitate et tarditate
navium impediebautur ; factae enim subito ex humidâ mate-
riâ , non eumdem usum 4 celeritatis habebant. Itaque, dum
5
locus cominùs pugnandi daretur , aequo animo singulas
biuis navibus objiciebant; atque, injecta manu ferreû, et
retentâ utraque nave, diversi pugnabant, atque in hostium
naves transcendehant ; et magno numéro Albicorum et pa-
6
storum interfecto, partem navium deprimunt ; nonnullas
cum hominibus capiunt; reliquas in portum compellunt. Eo
die naves Massiliensium, cum iis quae sunt captae, intereunt
novem.
Hoc Caesari ad llerdam nuntiato, simul perfecto ponte, ce-
leriter fortuna mutatur. Illi, perterriti virtute equitum, minus
7
libéré, minus audacter vagabantur ; aliàs , non longo ab eastris
progressi spatio, uteelerem receptum haberent, angustiùspabu-
labantur; aliàs, longiorecircuitu, custodiasstationesque equi-
tum vitabant; aut, aliquo accepte detrimento, aut procul
equitatu viso, ex medio itinere, projectis sarcinis, fugiebant.
Postremô et pluresintermittere dies, et, practer consuetudinem
omnium, noctù constituerant pabulari.
8
Intérim Oscenses , et Calagurritani?>, qui erant cum Os-
i0
censibus contributi , mittunt ad eum legatos, seseque im-
perata facturos pollicentur. Hos ïarraconenses, et Jacetani,

* Ils essayaient à balayer en pas- Leur ville s'appelait Osca, aujour-


sant nos rangs de rames et aies d'hui Hucsca; les Jacétonicns,
briser par le irotlement. peuple de la Tarragonaîse ; lesIllur-
2
Quand on était obligé d'en gavoniens, peuple à l'embouchure
venir à l'abordage. de l'Ébre ; Oclogesa, selon quelques
3
Pour el nondùm. uns, aujourd'hui Mequincnza, dans
4
Le même avantage. l'Àragon. » (Damas-Hinard. )
5
Mais, lorsqu'il y avait lieu de 9
Ceux de Calahorra.
6
Ils coulent à fond. 10
Qui étaient tributaires et dépen-
7
Tantôt.... dants des Oscenses; ou bien, qui
3
« Peuple de l'Espagne citérieure. étaient réunis et annexés avec eux.
94 CÉSAR.

H Ausetani, et, paucis post diebus, lilurgavonenses, qui


1
flumen Iberum attingunt, insequuntur. Petit ab his omnibus
ut se frumento juvent; pollicentur ; atque , omnibus undiquc
conquisitis jumentis, in castra déportant.Transit etiam cohors
2
Illurgavonensis ad eum, cognito civitatis consilio, et signa
ex statione transfert. Magna celeriter iit commutatio rerum.
Perfecto ponte, magnis quinque civitatibus ad amicitiam ad-
junctis,expeditâre frumentariâ, exstinctis rumoribus de auxi-
iiis legionum quae cum Pompeio per Mauritaniam venîre di-
cebantur, multac longinquiores civitates ab Afranio desciscunt,
et Cccsaris amicitiam sequuntur.
Quibus rébus perterritis animis adversariorum , Caîsar, ne
semper magno circuitu per pontem equitatusesset mittendus,
nactus idoneum locum, fossas pedum triginta in latituclinem
complures facere instituit; quibus partem aliquam Sicoris
averteret, vadumque in eo flumine efficeret. His penè effectis,
magnum in timorem Afranius Petreiusque perveniunt, ne
omninô frumento pabuloque intercluderentur, quod multum
Caesar equitatu valebat ; itaque constituunt iis locis excedere,
3
et in Celtiberiam bellum transferre. Huic consilio suffraga-
batur etiam illa res, quod, ex duobus contrariis generibus 4,
quae superiore bello cum Lucio Sertorio steterant civitates
victae nomen atque imperium absentis timebant; quae in
amicitiâ manserant Pompeii, magnis affectac beneficiis, eum
diligebant ; Caesaris autem in barbaris erat nomen obscurius.
Hinc magnos equitatus magnaque auxilia exspectabant ; et
suis locis bellum in hiemem ducere cogitabant. Hoc inito
consilio, toto flumine Ibero naves conquirere et Octogesam
adduci jubent; id erat oppidum positum ad Iberum, millia-
que passuum a.eastris aberat viginti. Ad eum locum flumi-
nis, navibus junctis, pontem imperantfieri; legionesque duas

1
L'fcbre. d'hui la Vieille el la Nouvelle Ca»-
2
De la cité, delà population , de tille et la partie ouest de. l'Aragon,
leurs concitoyens. d'après Massclin.
3
Les Ccllibériens, nation formée * Des deux partis opposés, celles
du mélange des Celtes avec les des villes qui avaient suivi Sertorius,
Ibères, ou anciens espagnols, ayanl été vaincues, craignaient te
avaient pour capitale Bilbilis. Ils nom du vainqueur (Pompée) mém^
habitaient au sud de l'ïber, jusqu'au absent ; et celles qui.... Quant a
Taiie, le territoire formant aujour- César...
(jlJËKttË CIVILE. 9 5

flumen Sicorim trausducunl, caslraque muniunt vallo pedum


duodecim.
Qua re per exploralores cognitâ, summo labore militum
Cacsar, conlinuato diem noctemque opère in flumine aver-
tendo, hùc jam rem deduxerat ut équités, etsi difficultés
atque acgrè fiebat, possent tamen atque auderent flumen trans-
ire; pedites verô tantummodô huineris ac summo pectore
exstabant; ut, cum altitudine aquae, tum etiam rapiditate flu-
minis,ad transeundum impedirentur. Sed tamen eodem ferè
tempore pons in Ibero propè effectus nuntiabatur; et in Si-
cori vaduin reperiebatur.
Jam verô eo magis illi maturandum iter existimabant.
Itaque duabus auxiliaribus cohortibus Ilerdac pracsidio relic-
tis, omnibus copiis Sicorim transeunt; et cum cluabus legio-
nibus, quas superioribus diebus transduxerant, castra conjun-
gunt. "Relinquebatur Cœsari nihil, nisi uti equitatu agmen
1
adversariorum malè haberet et carperet : pons enim ipsius
magnum circuitum habebat, ut multo breviore itinere illi ad
Iberum pervenire possent. Equités ab eo missi flumen trans-
eunt; et, cùm de tertiâ vigilift Petreius atque Afranius ca-
2
stra movissent, repente sese ad novissimum agmen ostendunt ;
et, magna multitudine circumfusâ, morari atque iterimpe-
dire incipiunt.
Prima Iuce, ex superioribus locis, quac Caesaris castrfr
erant conjuncta, cernebatur equitatus nostri praclio novissi-
mos illorum premi vehementer ; ac nonnunquàm sustinere
extremum agmen, atque interrumpi; aliàs inferri signa, et
universarum cohortium impetu nostros propelli; deindè rur-
sùs conversosinsequi ; totis verô castris milites circulari et do-
lere, hostem ex inanibus dimitti, hélium non necessariô lon-
3
giùs duci; centuriones tribunosque militum a d i r é , atque
obsecrare ut per eos Cacsar certior fîeret, ne labori suo* nec
periculo parceret ; paratos esse sese; posse etaudere eà trans-
ire flumen qua transductus esset equitatus. Quorum studio
et vocibus excitatus Cacsar, etsi timebat tantae magnitudinis

' II ne lui restait plus qu'à mal- irent à rarrière-garrle des ennemis,
A
fraiter avec sa cavalerie l'armée de Les soldats conjuraient leurs ol-
.<es adversaires el à entraver leur liciers de....
marche. * Les labeurs des mêmes soldafc,
* Les cavaliers de César se mon leurs fatigues.
00 GËSAil,
flumini exercitum objicerc, conandum tamen atque experien-
dum judicat. Itaque infirmiores milites ex omnibus centuriLs
deligi jubet, quorum aut animas aut vires videbantur susti-
nere non posse; hos cum legione unft pracsidio eastris rclin-
quit; reliquas legiones expeditas educit; magnoque numéro
jumentorum in flumine suprà atque infrà constituto, trans-
ducit exercitum. Pauci ex his militibus, vi fluminis abrepti,
ab equitatu excipiuntur, ac sublevantur ; interiit tamen neino.
Transducto incolumi exercitu, copias instruit, triplicemque
aciem ducere incipit; ac tantum fuit in militibus studium
ut, millium sex addito circuitu, magnâque ad vadum flumi-
nis morâ interpositâ, eos qui de tertiâ vigilift exissent ante
horam diei nonam consequerentur.
Quos ubi Afranius procul visos cum Petreio conspexit,
nova re perterritus, locis superioribus consistit, aciemque
instruit. Cacsar in campis exercitum reficit, ne defessum prac-
T
lio objiciat; rursùs conantes progredi insequitur et moratur.
Illi necessariô maturiùs quàm constituerant castra ponunt ;
2
suberant enim montes, atque à millibus passuum quinque
itiuera difficilia atque angusta excipiebant. Hos intra montes
se recipiebant, ut equitatum effugerent Caesaris ; pracsidiisque
3
in angustiis collocatis, exercitum itinere prohibèrent ; ipsi,
sine periculo ac timoré, Iberum copias transducerent. Quod
fuit il lis conandum atque omni ratione efficiendum; sed to-
tius diei pugnâ atque itineris labore defessi, rem in posterum
diem distulerunt. Cacsar quoquein proximo colle castra ponit.
Media circiter nocte, iis qui adaquandi causa Iongiùs a
eastris processerant ab equitibus correptis, fit ab his certior
Cacsar duces adversariorum silentio copias eastris educere.
Quo cognito, signum dari jubet, et vasa militari more con-
4
clamari . Illi, exaudito clamore, veriti ne noctù impediti sub
onere confligere cogerentur, aut ne ab equitatu Caesaris in
angustiis tenerentur, itersupprimunt, copiasque in eastris con-
tinent, Postero die, Petreius cum paucis equitibus occulté ad
exploranda loca proficiscitur; hoc idem fit ex eastris Caesaris;
1
Les ennemis. les bagages, faire sonner le départ,
a
Et à cinq milles de là se trou- la marche. Fasa, comme en grec
vaientdes chemins étroits. crxEvsj, équipage, attirail, bagage,
3
L'armée de César. comme en français Prends ton
* Fasaconclamare, faire prendre snc.
GUERRE CIVILE. 97

mittitur Lucius Decidius Saxa cum paucis, qui loci naturam


perspiciat. Uterque idem suis renuntiat, quinque millia pas-
suum proxima intercedere itineris campestris, inde excipere
loea aspera et montuosa ; qui prior has angustias occupave-
rit, ab hoc hostem probiberi nihil esse negotii.
Disputatur in concilio a Petrcio et Àfranio, et tempus
profectionis quaeritur. Plerique censebant ut noctu iter
facerent; posse priùs ad angustias veniri quàm sentirentur.
Alii, « quod pridie noctu conclamatum esset in castris Caesaris,
argument! sumebant loco, non posse clam exiri; circumfundi
noctu equitatum Caesaris, atque omnia loca atque itinera ob-
sideri ; nocturnaque praelia esse vitanda, quod perterritus miles
1
in civili dissensione timori magis quàm religioni consulere
consueverit; at lucem multum per se pudorem omnium ocu-
lis, multum etiamtribunorum militum et centurionuni prac-
sentiam afferre; quibus rébus coerceri milites, et in officio
contineri soleant; quare omni ratione esse interdiu perrum-
pendum : etsi aliquo accepto detrimento, tamen summa exer-
citûs salvâ, locum quem petant capi posse. » Hacc vicit in
concilio sententia; et prima luce postridie constituunt profit
cisci.
2
Caesar, exploratis regionibus, albente c œ l o , omnes copias
castris educit; magnoque circuitu, nullo certo itinere, exer-
citum ducit; namque itinera quac ad Iberum atque Octoge-
sam pertinebant castris hostium oppositis tenebantur. Ipsî
erant transcendendae valles maximae ac difficillimae ; saxa
3
multis locis praerupta iter impediebant ; u t arma per manus
necessariô transderentur, militesque inermes, sublevatique
aliiabaliis, magnam partem itineris conficerent. Sed hune
laborem recusabat nemo , quôd eum omnium laborum finem
fore existimabant, si hostem Ibero intercludere et frumento
prohibere potuissent.
Ac primo afraniani milites, visendi causa, laeti ex castris
procurrebant; contumeliosisque vocibus prosequebantur ne-
cessarii victùs inopiâ coactos fugere-, atque ad Ilerdam reverti ;
erat enim iter a proposito diversum, contrariamque in par-
tem iri videbatur. Duces verô eorum suum consilium Iaudi-
1 2
À la religion du serment, au Dès le point du jour,
devoir. » De sorte que,
T. I. 5
98 CESAB.

bus ferebant, quôd se castris tenuissent, multùinque eorum


opinionem adjuvabat, quôd sine jumentis impedimenlisque
ad iter profectos videbant; ut non posse diutiùs inopiam
sustinere confiderent. Sed, ubi paulatim retorqueri agmen ad
dextram conspexerunt, jamque primos superare regionem
1
castrorum animadverterunfc, nemo erat adeô tardus aut
fugiens laboris quin statim castris exeundum atque occur-
rendum putaret. Conclamatur ad arma; atque omnes copia),
paucis praesidio relictis cohortibus, exeunt, rectoque ad Ibe-
rum itinere contendunt.
Erat in celeritale omne positum certamen, utri priùs an-
gustias montesque occuparent; sed exercitum Caesaris viarum
difficultates tardabant; Afranii copias equitatus Caesaris in-
sequens morabatur. Res tamen ab afranianis hùc erat neecs-
sario deducta ut, si priores montes quos petebant attigis-
2
sent, ipsi periculum vitarent; impedimenta totius exercitûs
cohortesque in castris relictas servare non possent; quibus
3
interclusis exercitu Caesaris auxilium ferri nullâ ratione
poterat. Confecit prior iter Cacsar ; atque ex magnis rupibus
nactus planitiem , in bâc contra hostem aciem instruit. Afra-
nius , cùm ab equitatu novîssîmum agmen premeretur, et ante
se hostem videret, collem quemdam nactus, ibi constitit. Ex
eo loco quatuor cetratorum cohortes in montem, qui erat in
conspectu omnium excelsissimus, mittit ; hune magno cursu
concitatos jubet occupare, eo consilio, uti ipse eôdem omni-
bus copiis contenderet, et, mutato itinere, jugis^ Octoge-
sam perveniret. Hune cùm obliquo itinere cetrati peterent,
5
conspicatus equitatus Caesaris, in cohortes impetum facit; née
minimam partem temporis equitum vim cetrati sustinere po
tuerunt; omnesque ab his circumventi, in conspectu utriusque
exercitûs interficiuntur.
Erat occasio benc gerendac rei. Neque verô id Caesarem fu-
giebat, tanto sub oculis accepto detrimento, perterritum
exercitum sustinere non posse; praesertim circumdatum un-
diquè equitatu, cùm in loco aequo atque aperto eonfligere-
tur. Idque ex omnibus partibus ab eo ilagitabatur. Concurre-

1
Dépasser le front, la tête du ?t
Enfermées par l'armée de César.
<:amp ( ce qui régit). * Parles hauteurs.
;!
Sous-ent. verô. S'en étant aperçu.
GUERRE CIVILE.

bant legati, ceuluriones, tribunique miliLum, ne dubitaret


praelium comniittere ; omnium esse militum paratissimos ani-
raos; afranianos contra multis rébus sui timoris signa mi-
sisse; quod suis non subvcnissent ; quod de colle non décédè-
rent; quod vix equitum incursus sustinerent; colialisque in
unum locum signis conferti, neque ordines, neque signa
servarent. Quod si iniquitatem loci timeret, datum iri tamen
aliquo loco pugnandi facultatem ; quod certè inde deceden-
dum esset Afranio, nec sine aquâ permanere posset.
Caesarin eam spem venerat se, sine pugnâ et sine vulnere
suorum, rem conlicere posse, quod re frumentarià adver-
1
sarios interclusisset. <c Cur, etiam secundo praclio, aliquos
ex suis amitteret? cur vulnerari pateretur optimè merilos
de se milites? cur denique forlunam periclitaretur? proc-
serlim cùm non minus esset imperatoris consilio superare
quàm gladio; movebatur etiam misericordiâ civium, quos
interficiendos videbat; quibus salvis atque incolumibus rem
obtinere malebat, » Iïoc consilium Orsaris a plerisque non
probabatur; milites vero palàm inter se loquebantur, quo-
niam talis occasio victoriac dimitteretur, etiam cùm vellet
Cacsar, sese non esse pugnaturos. 111e in suâ sententià per-
sévérât; et paulùm ex eo loco digreditur, ut limorem adver-
sariis minuat. Petreius atque Afranius, oblatâ facultaie, in
castra sese refenmt. Cacsar, pracsidiis in montibus dispositif n

omni ad Iberum intercluso itinere, quàm proximè potest hos-


tium eastris, castra commuait.
Postero die duces adversariorum perturbati, quod omnem
rei frumentariac fluminisque Iberi spem amiserant, de reli-
quis rébus consultabant. Erat unum iter, llerdam si reverti
vellent; alterum, si Tarraconem peterent. Hœc consiliantibus
eis*, nuntiatur aquatores ab equitatu prend nostro; quA re
cognitâ, crebras stationes disponunt equitum et cohortium
3
alariarum , legionariasque interjiciunt cohortes ; vallumque
ex eastris ad aquam ducere incipiunt, ut intra munitionem
et sine timoré, et sine stationibus aquare possent. Id opus
inter se Petreius atque Afranius partiuntur; ipsique, perfi-
cienrli operis causa, Iongiùs progrediuntur.
1 ri
Même dans an combat favorable. Cohortes auxiliaires, de cava-
- Pendant qu'ilsdélibèrentcltien- ierie alliée, que l'on plaçait ordi-
nent conseil. mûrement sur ies ailes.
100 CESAR.

Quorum discessu liberam nacti milites colloquiorum facili-


r
ta tem , vulgô procedunt ; et quem quisque in eastris notum
aut municipem habebat conquirit atque evocat. Primùm
agunt gratias omnes omnibus, quod sibi perterritis pridiè pe-
percissent; eorum se beneficio vivere. Deindè imperaloris
/idem quanrunt*; rectène se illi sint commissuri, et, quod
non ab initio fecerint, armaque cum hoininibus necessariis
3
et consanguineis contulerint, conqueruntur . His provocati
sermonibus, fidem» ab imperatore de Petreii et Afranii vita
petunt ; ne quod in se scelus concepisse, neu suos prodidissc
videantur ; quibus confirmais rébus, se statim signa trans-
laturos confirmant, legatosque de pace, primorum ordinum
cenfurioues ad Cacsarem mittunt. Intérim alii suos in castra,
5
învitandi c a u s a , adducunt; alii ab suis adducuntur, adeo
ut una castra jam facta ex binis viderentur; compluresque
tribuni militum et centuriones ad Cacsarem veniunt, seque
ei commendant. Hoc idem fit a principibus Hispaniac, quos
illi evocaverant et secum in eastris habebant obsidum loco.
ïi suos notos hospitesque quaerebant, per quem quisque eo-
rum aditum commendationis baberet ad Cacsarem. Afranii
etiam filius adolescens de suâ et parentis sui salute cum Cac-
sare per Sulpicium legatum agebat. Erant plena lactitiâ et
gratulalione omnia ; eorum qui tanta pericula vitasse, et eo-
rum qui sine vulnere tantas res confecisse videbantur; ma-
gmimque fructum suec pristinae lenitatis, omnium judicio,
Caîsar ferebat, consiliumque ejus a cunctis probabatur.
Quibus rébus nuntiatis Afranio, ab instituto opère discedit,
seque in castra recipit, sic paratus, ut videbatur, ut, qui-
cumque acciclisset casus, hune quieto et aequo animo ferrel.
(
Petreius vero non deserit sese \ armât familiam 7 ; cum bac,
et prsetoriâ cohorte cetratorum, barbarisque equitibus pau-
cis, beneficiariis suis, quos suar. custodiac.causa habere con-
sueverat, improvisô ad vallum advolat; colloquia militum

1
Sortent en foule de leur camp. * Sa parole sur la vie de...
2
Us s'enquicrent s'ils peuvent 5
Sous prétexte de les inviter,
compter sur la clémence de César. pour les traiter et les recevoir à leur
J
Ils se plaignent de ne l'avoir table.
6
pas fait plus tôt et d'avoir porté les Ne désespère point, ne s'ahal
armes contre leurs amis et leurs ni ne s'abandonne.
proches. 7
Ses domestiques.
GUEittVE CIVILE.

interrumpit; nostros repellit ab castris; quos deprehendit


1
interficit; reliqui coeunt inter se; et, repentino periculo
a
exterriti, sinistras sagis involvunt gladiosque distringunt;
atque ita se a cetratis equitibusque defendunt, castrorum
propinquitate confisi; seque in castra recipiunt, et ab iis
cohortibus quse erant in statione ad portas defenduntur.
Quibus rébus confectis, flens Petreius manipulos circuit,
militesque appellat, u neuse, neu Pompeium absentem itnpe-
ratorem suum adversariisadsupplicium transdant obsecrat. »
Fit celeriter concursus in practorium. Postulat ut jurent
omnes se exercitum ducesquenon deserturos, neque prodi-
turos, neque sibi separatim a reliquis consilium capturos.
Princeps in hacc verba jurât ipse : ad idem jusjurandum
adigit Afranium; subsequuntur tribuni militum centurio-
nesque. Genturiatim producti milites idem jurant; edicunt
pênes quem quisque sit miles Caesaris, ut producatur; pro-
ductos palàm in practorio interiiciunt, sed plerosque bi
qui receperant celant, noctuque per vallum emittunt. Sic
terror oblatus a ducibus, crudelitas in supplicio, nova re-
J
ligio jurisjurandi spem praesentis deditionis sustulit, men-
tesque militum convertit, et rem ad pristinam belli rationem
redegit.
Caesar, qui milites adversariorum in castra per tempus col-
loquii vénérant, summa diligentiû conquiri et remittî jubet;
sed ex numéro tribunorum militum centurionumque non-
uulli sua voluntate apud eum remanserunt; quos ille posteà
magno in honore habuit. Centuriones in amphores ordines,
équités romanos in tribunitium restituit honorera.
Premebantur afraniani pabulatione; aquabantur œgrè;
frumenti copiani legionarii nonnullam habebant, quôd die-
rum duorum et viginti ab llerda frumentum jussi erant ef-
ferre; cetrati auxiliaresque nullam, quorum erant et facul-
lates ad parandum exiguao et corpora insueta ad onera
portanda; itaque magnus eorum quotidiè numerus ad Cae-
surem perfugiebat. In his erat angustiis res ; sed ex propo-

» Le reste des visiteurs qui étaient au camp, et s'en faisaient un avec


passés du camp de César dans celui le pan de leur sayon ou manteau.
3
de Pétréius. Le nouveau lien ' reliaic, reli-
* lis avaient laissé leurs boucliers gat'w) du serment.
(02 CÉSAR.
1
skis consiliis duobus explicitiùs videbatur Ilerdam reverîi,
quod ibi paululùm frumenli reliquerant. Ibi se reliqutnn
consilium explicaturos confidebant. Tarraco aberat Iongiùs \
quo spatio plures rem posse casus recipere » intelligebant.
Hoc probato consilio, ex eastris proficîscuntur. Cacsar, equi-
tatu pracmisso, qui novissimum agmen carperet atque impe-
diret, ipse cum legionibus subsequitur. Nullum intercedebat
tempus, quin extremi cum equitibus pracliarentur.
Genus erat hoc pugnac : expeditac cohortes novissimum
agmen claudebant; pluriesque in locis campestribus subsi-
j
sEobant ; si mous erat adscendendus, facile ipsa loci natura
periculum repellebat, quod, ex locis superioribus, qui ante-
cesserant suos adscendentes protegebant; cùm vallis aut
locus declivis suberat, neque ii qui antecesserant moran-
tibus opem ferre poterant, équités 4 verô ex loco superiore
in aversos tela conjiciebant ; tum magno erat in periculo res :
requirebatur ut, cùm ejusmodi esset locis appropinquatum ,
legionum signa consistere juberent, magnoque impetuequi-
tatum repellerent; eo summoto, repente incitato cursu sese
in valles universi demitterent, atque ita transgressi rursùs in
locis superioribus consistèrent; nam tantùm ab equitum
suorum auxiliis aberant ' , quorum numerum babebant ma-
gnum, ut eos superioribus perterritos praeliis in médium re-
ciperent agmen, ultroque eos tuerentur, quorum nulli ex
itinere excedere licebat, quin ab equitatu Caesaris excip^-
retur.
ï a l i dum pugnatur modo, lente ac paulatim proceditur:
crebrôque,ut sint auxiliosuis, subsistunt, ut tum accidit:
millia enim progressi quatuor, vehementiùsque peragitati ab
6
equitatu, montem excelsum capiunî, ibiqueunàfronte contra
hostem castra muniunt, neque jumentis onera deponunt.
ITbi Cscsaris castra posita, tabernaculaque constituta , et di-
missos équités pabulandi causa animadvertêre, sese subito

' De deux parlis le plus sûr, le de poursuivre les ennemis et de les


plus sensé, le plus clair. harceler durant leur retraite.
Ï Leurs affaires pou\aient éprou- 5
Us étaient si loin de recevoir du
ver plus d'un échec. secours de leur cavalerie qu'au
* El s'arrêtaient souvent dans la contraire ils avaienl besoin de la
plaine pour faire face à l'ennemi. protéger et de la couvrir.
Vt
1
Les cavaliers de César, chargés D'un côté.
(iUJEimrc C I V I L E .
1
proripiunl, circiter bord scxlû ejusdem diei; et spetn nacti
?
mora? discessu nostrorum equitum, iter facere incipiunt.
Quareanimadversâ , Cacsar eductis legionibus subsequitur;
prcTsidio impedimentis paucas cohortes reiinquit ; hora dé-
3
cima , sequi pabulatores equitesque revocari jubet. Cele-
/(
riter equitatus ad quotidiauum itineris officium revertîtur.
Pugnatur acriter ad novissimum agmen, adeô ut penè terga
couvertant; complurcsque milites, etiam nonnulli centuriones
interficiuntur. Instabat agmen Caesaris, atque universum im-
minebat.
Tum verô, neque ad explorandum idoneum locum castris
neque ad progrediendum data facultate, consistunt necas-
sario ; et procui ai) aquâ, et naturâ iniquo loco, castra po-
nunt ; sed iisdem de causis Cacsar quac supra sunt démon-
stratap praclio non lacessit, et eo die tabernacula statui
passus non est, quo paratiores essent ad insequendum omnes,
sive noctu , sive interdiu erumperent. Illi, animadverso viîio
castrorum,.tota nocte munitiones proférant, castraque castris
r
convertunt \ Hoc idem postero die a prima luce faciunt.
îotumque in eâ re diem consumunt, sed, quantum opère
processerant et castra protuJerant, tantô aberant ab aquâ
longiùs; et praesenti malo aliis maîis remédia dabautur.
Prima nocte, aquandi causa, nemo egreditur ex castris;
proximo die, pracsidio in castris relicto, universasad aquam
copias educunt; pabulalum emittitur nemo. His eos supplices
6
malis haberi Cacsar et necessariam subire deditionem
quàm praelio decertare malebat; conatur tamen eos vallo
:
fossâque circumvenire , ut quàm maxime repentinas eorum
eruptiones demoretur, quo necessariô deseensuros existi-
mabnt. ï l l i , et inopift pabuli adducti, et quo essent ad iter
expéditions, omnia sarcinaria jumenta interfici jubent.
In his operibus consiliisque biduum consumitur; tertio die

1
Vers midi. s
L'ennemi, remarquant le désa-
- Ayant conçu l'espoir de nous vantage de son poste, travaille a
voir retardés par le dépari de notre étendre ses retranchements et à
cavalerie. changer de camp.
•î 11 charge les fourrageurs de faire <\ César aimai! mieux les forcer
la poursuite. à se rendre par la faim.
L'exercice journalier de ses mar- 7
11 tâche de les cerner par un
ches. retranchement et un fossé.
J04 CÉSATî.

magna jam pars operis Caesaris processerat. I l l i , impediendso


rei c a u s a , horâ circifer octavâ siguo dalo, legiones educunt,
aciemque sub eastris instruunl. Cacsar ab opère legiones re-
vocat; equitatum omnem convenire jubet; aciem instruit;
1
contra opinionem enim militum iamamque omnium , vider/
praclium diffugisse magnum detrimentum afferebat. Sed
cisdem de causis quae sunt cognitac, quo minus dimicare
vellet, movebatur, atque hoc etiam magis, quôdspatii bre-
vitas, etiam in fugam conjectis adversariis, non multum ad
summam victoricTi juvare poterat; non enim ampliùs pedum
millibus duobus ab eastris castra distabant. Hincduas partes
7
acies occupabant; tertia vacabat, ad incursum atque im-
petum militum relicta. Si praclium eommitteretur, propin-
quitas castrorum celerem superatis ex fugâ receptum dabat.
Hue de causa constituerat signa inferentibus resistere, prior
preclio nonlacessere.
3
Acies erat afraniana duplex legionum quinque, et ter-
tium in subsidiis locum alariac cohortes obtinebant. Cassaris
triplex; sed primam aciem quaternac cohortes ex quinis le-
gionibus tenebant; bas subsidiariae tenue, et rursùs alise
4
totidem, suac cujusqueIegionis, subsequebantur ; sagittarii
fuuditoresque mediâ continebantur acie; equitatus latera
cingebat. Tali instructâ acie, tenere uterque propositum
videbatur ; Cacsar, ut, nisi coactus, praclium non committeret ;
5
ille, ut opéra Caesaris impediret. Producitur tamen res ;
aciesque ad solis occasum continentur; indè utrique in castra
discedunt. Postero die, munitiones institutas Cacsar parât
6
perficere; illi vadum fluminis Sicoris tentare, si transire pos-
sent ; qua re animadversâ , Caesar Germanos levis armatura;,
equitumque partem fluraen transjicit; crebrasque in ripis eu-
stodias disponit.
Tandem, omnibus rébus obsessi, quartum jam diem sine
pabulo retentis jumentis, aquae, lignorum, irumenti inopiâ,
colloquium petunl; et, id si fleri possit, semoto a militibus
1
En opposition avec les désirs, hortes, savoir : vingt dans la pre-
contre l'atlenie et les dires de tous, mière ligne, et quinze dans chacune
2
L'autre tiers de l'espace. des deux aulres.
:1
L'année d'Afranius était rangée Cependant Tafiaire traîne en
sur deux lignes. longueur.
A u
Ainsi, en iout, cinquante co- Auj. la Sègre, en Aragon.
GUERRE CIVILE. tO;>

loco Ubi id a Caesare negatum, et palàm si colloqui vellent


concessum est, datur obsidis loco Cacsari filius Afranii. Ve-
uitur in eum locum quem Cacsar delegit ; audiente ulroque
exercitu, loquilur Afranius : « Non esse aut ipsi aut mili-
tibus succensendum, quod fidem erga imperatorem suum
Gneium Pompeium conscrvare voluerint; sed satis jam fe*
cisse officio, satisque supplicii tulisse perpessos omnium
rerum inopiam; nunc vero, penô ut feras, circummunitos,
2
prohiberi aquA, probiberi ingressu ; neque corpore dolorem,
neque animo ignominiam fere posse ; itaque se victos confi-
leri; orare atque obsecrare, si quis locus misericordiâc relin-
quatur, ne ad ultimum supplicium progredi necesse habeant. »
Hacc quàm potest demississimc atque subjectissimè exponit.
Ad ea Cacsar respondit : « Nulli omnium lias partes vel
querimoniac, vel miserationis, minus convenisse; reliquos
3
eniin omnes suum officium pracstitisse : s e , qui eliam bouû
conditione, et loco et tempore aequo confligere noluerit, ut
quàm inlegerrima essent ad pacem omnia ; exercitum suum ,
qui, injuria etiam accepta suisque interfectis, quos in suâ po-
testate habuerit conservant ettexerit; illius deniquè exer-
citûs milites, qui per se de conciliandâ pace egerint; quâ in
re omnium suorum vitac consulendum putarunt. Sic omnium
ordinum partes in misericordia constitisse ; ipsos duces a pace
abborruisse; eos neque colloquii neque induciarum jura
servasse; et homines imperitos 4 et per colloquium deceptos
crudelissimè interfecisse. Accidisse igitur bis quod plerùmque
hominibus nimia pertinaciâ atque arrogantiû accidere soleat;
uti eo recurrant, et id cupidissimè petant quod paulo antè
contempserint; neque nunc se illorum humilitate, neque
aliquâ temporis opportunitate postulare, quibus rébus au-
1
Le grand Condé admirait cette par le seul ascendant de ses ma-
manœuvre de César. « Il alla lui- nœuvres. De pareils résultats ne se
même en Catalogne, dit Bossuel, peuvent obtenir que dans les guer-
reconnailre les lieux où ce fameux res civiles. » (Note de M. Damas-
capitaine, par l'avantage des postes, Hinard. )
2
contraignit cinq légions romaines et ' La marche leur est interdite;
deux chefs expérimentés à poser selon d'autres : egressu, ils ne peu-
les armes sans combat, » (Oraison vent plus sortir.
3
funèbre du prince de Condé.) Lui César.
4
« César, dit Napoléon, réduisit une Des hommes inhabiles, de sim •
armée égale en force à la sienne pies soldats.
c lis A n
1
M<'aulur opes suai ; sed eos exercilus, quos courra se imilios
jam annos aluerinl. velle dhnilti; neque enim sex legiones
«lia de causa mîssas in Hispaniam, soplimamque ibi cons-
criptam; neque tôt tantasque classes parafas; neque sum-
missos» duces, rei militaris peritos; nibil horum ad pacandas
3
îlispanias, nibil ad usum provinciac provisum , quae propter
diuturnitatem pacis millum auxilium desiderarit; omnia
hace jam pridem contra se 4 parari; in se novi generis im-
peria constitui, ut idem ad portas urbanis praosideat rébus ,
5
et duas bellicosissimas provincias absens lot annos obtineat;
in se jura magistratuum commutari, ne ex practurâ et con-
sulatu, ut semper, sed per paucos probati et electi in pro-
6
vincias mittantur : in se actatis excusationem nibil valere i.
quod superioribus bellis probati ad obtinendos excrcitus evo-
centur; in se uno non servari quod sit omnibus dalum
semper imperatoribus, ut, rébus féliciter gestis, aut cum
honore aliquo, aut certe sine ignominiâ domum revertantur,
exercilumque dimittant. Quae tamen omnia et se tulisse pa-
tienter et esse laturum; neque nunc idagere, ut ab illis ab-
duclum exercitum teneat ipse, quod tamen sibi difficile non
sit, sed ne illi habeant, quo contra se uti possint; proindè,
8
ut esset dictum, provinciis excédèrent, exeroitumque dimit-
terent; si id sit factum, nociturum se nemini; banc unam
atque extremam pacis esse conditionem. »
Idverb militibus fuit pergratum et jucundum, ut ex ipsn
significatione 9 potuit cognosci ; ut, qui nliquid v i c t i i n c o i n -

1 7
II ne cherchait pas à accroître La raison tïe l'âge n'éfaif plus
son pouvoir. une excuse : on enrôlait contre lui
2
On avail envoyé. même des vétérans. O u bien : on
3
Rien de tout cela n'avait été n'avait point voulu souffrir qu'il
ordonné ou accompli en vue de jouit du bénéfice de l'âge, qui per-
pacifier, etc- mettait d'appeler au commandc-
4
Contre lui César. ment des armées ceux qui s'étaient
s
L'Afrique cl l'Espagne, dont Je distingués dans les guerres précé-
consul Afranius avait le gouverne- dentés.
ment- * Pour ut erat. Le sens générât
;
< Au lieu d'envoyer dans les pro- de la phrase est au conditionnel,
vinces, en qualité de proconsuls, ce qui motive csscL
9
des magistrats sortant de la préture Par les marques de joie,
10
ou du consul»-!, on y avail envoyé E u x qui, vaincus, s'Attendaient
des hommes choisis par la minorité, à quelque châtiment. D'autres Ii-
par une cabale. n t : jusii, un juste châtiment.
se
107
modi exspectavissent, ultro indèpracmium inissionis ferrent;
nam cùm de loco et tempore ejus rei eontroversia inferretur,
et voce et manibus ex vallo, ubi constiterant, signiiïcare
cœperunt, ut statim demitterenlur, neque omui intcrpositA
1
iide firinutn esse posse, si in aliud tempus differretur.
Paucis cùm esset in utramque partem verbis disputatum, res
hùc deducitur; ut ii qui habeant domicilium aut posses-
a
sions in Hispaniâ, statim; reliqui ad Varum flumen dimit-
tantur; no cui de eis noceatur, neve quis invitus sacramen-
tum dicere cogatur a Caesare, cavelur.
Cacsar ex eo tempore, dum ad flumen Varum veniatur, se
frumentum daturum pollicetur; addit etiam ut, quid quisque
eorum in bello amiserit, quac suit penès milites suos, iis qui
amiserint restituatur; militibus, aequa factâ aestimatione,
preuniam pro iis rébus dissolvit. Quascumque posteà con-
troversias inter se milites babucrunt, sua sponte ad Cacsarem
in jus adierunt. Petreius atque Afranius, cùm stipendium ab
legionibus, penè seditione factâ, flagitaretur, cujus illi diem
nondùin venisse dicerent, Cacsar ut cognosceret postulant;
eoque ulrique, quod statuit, contenti fuerunt. Parte circiter
tcrl.iaexercituseo biduodimissa, duas legiones suasantecedere,
reliquas subsequi jussil, ut non longo inter se spatio castra
facerent : eique negotio Q. Fusium Calenum legatum prae-
fecit. Hoc ejus pracscriplo, ex Hispaniâ ad Varum /lumen est
iter factum; atque ibi reliqua pars exercitûs dimissa est.

Bataille de Pharsate. ( L i v . I l I , ch. 84-99.)

Re frumentaria pracparatâ, confinnatisque militibus, el


salis longo spatio teniporis a dyrrachinis pracliis intermisso ;
cùm salis perspectum militum animum babere videretur.
tentandum Caesar existimavit quidnam Pompeius propositi
aut voluntatis ad dimicandum baberet. Itaque ex castris
exercitum eduxit, aciemque instruxit primùm suis Jocis •
1 A
L'inlervention d'aucun serment ' Sur son terrain, non loin de son
ne les rassurerait. camp, dans une position de son
- Le Var. choix.
10H

pauloque. a eastris L'ompeii Iongiùs; coulinenlibus' vero


1
diebus, ut progrederetur a eastris suis, collibusque pom-
peianis aciem subjiceret. Quae res in dies confirmatiorem
3
ejus efficiebaC exercitum. Superius tamen institutum in
equitibus, quod demonstravimus, servabat; ut, quoniam nu-
méro multis partibus esset inferior, adolescentes atque expe-
ditos ex antesignanis electos milites ad pernicitatem armis
inter équités pracliari juberet; qui quotidiana consueludine
usum quoque ejus generis pracliorum perciperent. His erat
rébus effectum ut equites mille, apertioribus etiam locis,
septem millium pompeianorum impetum, cùm adesset usus ,
sustinere auderent, neque magnoperè eorum multiludine ter-
rerentur; namque, etiam per eos dies, praclium secundum 4
équestre fecit, atque /Egum Allobrogem, ex duobus quos
;
periugisse ad Pompeium suprà docuimus ', cum quibusdain
interfecit.
Pompeius, quia castra in colle habebat, ad iuiimas radiées
montis aciem instruebat, semper, ut videbatur, spectans si
inîquis locis Cacsar se subjiceret. Cacsar, nulla ratione ad
pugnam elici posse Pompeium existimans, banc sibi com-
modissimam belli rationem judicavit, uti castra ex eo loco
moveret, semperque esset in itineribus; hoc sperans,ut,
0
movendis eastris pluribusque adeundis locis, commodiore
frumentarià re uteretur; simulque in itinere ut aliquam oc-
casionem dimicandi nancisceretur, et insolitum ad laborem
Pompeii exercitum quotidianis itineribus defatigaret. Jîis
constitutis rébus, signo jam profectionis dato, tabernacu-
lisque detensis, animadversum est, paulo antè, extra quoti-
dianam consuetudincm, Iongiùs a vallo esse aciem Pompeii
progressant ; ut non iniquo loco posse dimicari videretur.
Tune Cacsar apud suos, cùm jam esset agmen in portis :
« Differendum est, inquit, iter in praeseutia nobis, et de
7
praolio cogitandum, sicut semper depoposcimus; animo

1 4
Mais les jours suivants, ceux Un combat avantageux,
qui se tenaient avec les précédents, * Rosciilus el Kgus, lils d'Abdu -
«ans discontinuité. cillus. César les avait comblés de
'- De manière à.... faveurs. Liv. I I I , ch. LIX.
:; fi
Il conservait ïa méthode ci-des- En décampant...
biv.y in îiquée, c'est-à-dire... ' D'autres lisent : si W...*
GUERRE CIVILE.

simus ad diinicandum parati; non facile occasionem posteà


reperiemus. » Confestiinque expeditas copias educit.
Pompeiusquoque, ut posteà cognitum est, suorum omnium
hortatu staluerat praclio decertare, namque etiam in consilio
superioribusdiebus dixerat, priùs quàm concurrerent acies,
fore ut exercitus Caesaris pelleretur. Id cùm essent plerique
admirati : « Scio me, inquit, penè incredibilem rem polli-
ceri; sed rationem consilii mei accipite, quo firmiore animo
in praelium prodeatis. Persuasi equitibus nostris, idque mihi
se facturos confirmaverunt, ut, cùm propiùs sit accessum,
dextrum Caesaris cornu ab latere aperto aggrederentur, ut,
circumventâ ab tergo acie, priùs perturbatum exercitum pel-
lerent quàm a nobis telum in bosteni jaceretur. Ita sine pe-
riculo legionum et penè sine vulnere bellum conficiemus ;
id autem difficile non est, cùm tantùm equitatu valeamus. »
Simul denuntiavit ut essent animo parati in posterum; et 7

quoniam fieret dimicandi potestas(ut sacpè optavissent),


1
ne usu manuque reliquorum opînioncm fallerent.
Hune Labieuus excepit * ; et, cùm Caesaris copias despi-
ceret, Pompeii consilium summis laudibus efferret : « Noli,
inquit, existimare, Pompei, hune esse exercitum qui Galliam
Germaniamque devicerit. Omnibus interfui pracliis, neque
temerè incognitam rem prouuntio : perexigua pars illius
exercitus superest, magna pars deperiit, quod accidere tôt
praeliis fuitnecesse; multos autumni pestilentia inltaliâcon-
suinpsil; multi domum discesserunt; multi sunt relicti in
continenti. An non audistis ex iis, qui per causam valetu-
dinis remanserunt cohortes esse Brundisii factas? Hac
copias, quas videtis, ex delectibus horura annorum in ci-
teriore Galliâ sunt refectac, et plerique sunt ex colonis
4
iranspadanis*. Attamen , quod fuit roboris, duobus praeliis
dyrrachinis interiit. » 11sec cùm dixisset, juravit se,
nisi victorem, in castra non reversurum ; reliquosque,
ut idem facerent, hortatus est. Hoc laudans Pompeius,
idem juravit; nec vero ex reliquis fuit quisquam qui jurare
dubitaret. Hacc cùm facta essent in consilio, magna spe
et lactitiâ omnium discessum est; ac jam animo victoriam
1
Expérience et valeur. 3
D'au delà du Pô.
J
" Prit la parole après lui. 4
D'ailleurs.
GÉSAÏi.

praecipiebant, quod de re tanta et a lam perito imperalore,


nibil frustra conlirmari videbatur.
Cacsar, cùm Pompeii eastris appropinquasset, ad hune
modum aciem ejus instructam animadvertit : erant in
sinistro cornu legiones duae, transditac a Caosare inilio dîs-
T
sensionis ex S. C . , quarum una prima, altéra tertia appclla-
batur; in eo loco ipse erat Pompeius. Mediam aciem Scipio
cum legionibus syriacis tenebat. Ciliciensis legio, conjunctn
cum cobortibus hispanis, quas transductas ab Afranio do-
cuimus, dextro cornu erant collocalœ. lias firmissimns se
babere Pompeius existimabat. Reliquas inter aciem mediam
cornuaque interjecerat ; numeroque cohortes ceutum et
decem expleverat (hase erant millia quinque et quadra-
7
ginta)-, evocatorum circiter duac, quae ex beneficiariis su-
periorum exercituum ad eum convenerant; quae tolâ acie
dispersée erant. Reliquas cohortes septem eastris propinquisque
castellis pracsidio disposuerat. Dextrum cornu ejus rivus
3
quidam impeditis ripis muuiebat, quam oh causam cunctum
equitatum, sagittarios funditoresque omnes in sinistro cornu
objecerat.
4
Cacsar, superius institutum servans, decimam legionem
in dextro cornu, nonam in sinistro collocaverat, tametsi crai"
dyrrachinis pracliis vehementer attenuata; et buic sic ad-
junxit octavam, ut penè unam ex duabus efiieeret; atque al-
teram alteri pracsidio esse jusserat. Cohortes in acie octo-
ginta constitutas habebat; quae summa erat millium viginti
duorum. Cohortes duas eastris pracsidio reliquerat. Sinistro
cornu Antonium, dextro Publium Syllam, mediA acie Cneium
Domitium prseposuerat. Ipse contra Pompeium consistit.
•Simul his rébus animadversis quas demonstravimus, timeus
rie a multitudine equitum dextrum cornu circumveniretur.
5
celeriter ex tertia acie singulas cohortes detraxit, atque ex
his quartam instituit, cquitatuique opposuit; et quid /ieri
vellet ostendit-, monmlque ejus diei victoriam in earum r.o-
1 3
Scnatûs consulta, sénalus-con- Aux bords escarpés,
4
suite, décret du sénat. Son ancien ordre de bataille.
; 5
' Les bénéficiés des armées an- Tl tira de sa troisième ligne nue
oiennes, ceux qui avaient été ré- cohorte par légion , et en forma un
compensés pour leurs services on- quatrième corps pour l'opposer à la
fericuTH. cavalerie,
n i

horlium virtute constare. Simu! terliai aciei lotique exercitui


imperavitue injussu suo concurreret; se, cùm ici fieri vel 1 et
vexillo signum daturum.
Exercitum cùm militari more cohortaretur ad pugnam
suaque in eum perpclui temporis officia praedicaret, in pri-
mis commemoravit, « testibus se militibus uti posse quanto
studio pacem petisset; quae per Vatinium in colioquiis, qua?
per Aulum Clodium cum Scipione egisset; quibus modis ad
Oricum cum Libone de mittendis legatis contendisset ; nequr
unquàm abuti militum sanguine, neque rempublicam al-
terutro exercitu privare voluisse. » Maoc habita oratione, ex-
poscentibus militibus, et studio pugnae ardentibus, tuba si-
gnum dédit.
Erat Crastinus evocatus in exercitu Caesaris, qui superîore
anno apud eum primum pilum in legione decimâ duxerat, vir
singulari virtute. H i c , signo dato : * Sequiminime, inquit,
manipulares mei qui fuistis ; et vestro imperatori, quam
constituistis, operam date. Unum hoc praelium superest; quo
confecto,et ille suam dignitatem et nos nostram libertatem
recuperabimus. » Simul respiciens Caesarem : « Faciam, in-
quit, hodie, Imperator, ut aut vivo mihi aut mortuo gratias
agas. » Hœc cùm dixisset, primusex dextro cornu procurrit;
atque eum milites electi circiter centum et viginti voluntarîî
ejusdem centuriac sunt prosecuti.
Inter duas acies îantum erat relictum spatii utsatis esset
2
ad concursum utriusque exercitus ; sed Pompeius suis prœ-
dixerat, ut Caesaris impetum exciperent, neve se loco move-
rent, aciemque ejus distrahi paterentur. Idque admonitu
C. Triarii* fecisse dicebatur, ut primus excursus visque mi-
litum infringeretur, aciesque distenderetur; atque suis ordi-
3
nibus dispositif dipersos adorirentur. Leviùs* quoque casura
pila sperabat, in loco retentis militibus, quàm si ipsi immis-
sis telis occurrissent; simul fore ut, dtiplicato cursu, Cae-
saris milites exanimarentur et lassiludine conficorentur. Quod
nobis quidem nullft ratioue factum aPompeio videtur, pro-
ptercàquod est qmvdam animi incitatio atque alacritas natu-

1
Pour le choc, pour qu'on pût de Lucullus dans la guerre de
prendre son élan. Mithrklate. » (Dainas-tfinard. )
2
nCTriarius avait été lieutenanl " TVune façon moins meurtrière.
raliter innala omnibus, quae studio pugnao incenditur. liane
non reprimcre, sed augere imperatores debeut ; neque frustra
antiquités institutum est ut signa undique concinerent, cla-
moremque universi tollerent; quibus rébus et hostes terreri
et suos mcilari existimaverunt.
1
Sed nostri milites, dato signo, cùm infestis pilis procu-
currissent, atque animadvertissent non concurri a pompeia-
nis, usu periti, ac superioribus pugnis exercitati, suâ sponte
cursum represserunt, et ad médium ferèspatium constiterunt,
ne consumptis viribus appropinquarent; parvoque intermisso
temporis spatio, ac rursùs renovato cursu, pila miseront;
celeriterque, ut erat pracceptum a Caosare, gladios strinxe-
runt. Neque verè pompeiani huic rei defuerunt ; nam et tela
missa exceperunt, et impetum legionum tulerunt, et ordines
conservaverunt ; pilisque missis, ad gladios redierunt. E o -
dem tempore équités a sinistro Pompeii cornu, ut erat hn-
peratum, universi procucurrerunt ; omnisque multitudo sa-
gittariorum se profudit; quorum impetum noster equitatus
non tulit, sed paulùm loco motus cessit; equitesque pom-
2
peiani hoc acriùs instare, et se turmatim explicare , aciemque
nostram a latere aperto circumire cceperunt. Quod ubi Cacsar
animadvertit, qunrtac nciei, quam instituerai sex cobortium
numéro, signum dédit, illi celeriter procucurrerunt, infe-
stisque signis tanta vi in Pompeii équités impetum fecerunt,
ut eorum nemo consisteret *, omnesque conversi, non solùm
loco excédèrent, sed protinùs incitati, fuga montes allissimos
peterent. Quibus summotis, omnes sagittarii, funditoresque
destituti, inermes, sine pracsidio, interfecti sunt. Eodem
impetu cohortes sinistrum cornu, pugnantibus etiam tum ac
resistentibus in acie pompeiauis, circumierunt, eosque a tergo
sunt adorti.
3
Eodem tempore tertiam aciem Cacsar, quae quieta fuerat
et se ad tempus loco tenuerat, procurrere jussit. Ita, cùm
récentes atque integri defessis successissent, alii autem a
tergo adorirentur, sustinere pompeiani non potuerunt, atque
universi terga verterunt. Neque verô Cœsarem fefellit quin
ab iis cohortibus quae contra equitatum in quartâ acie collo-
1
(Le javelot présenté du côté ~ Se développer par escadrons-
3
rcdoulable), le javelot à la main. La troisième ligne.
OIJEBRË CIVILE.

catœ essent initium victoriac oriretur, ut ipse in cohortandis


militibus pronuntiaverat; ab his enim primùm equitatus est
pulsus; ab iisdem fada cacdes sagittariovum atque fundito-
rum; ab iisdem acies pompeiana a sinistrâ parte circum-
venta, atque initium fugao factum. Sed Pompeius, ut equita-
tu m suum pulsum vidit, atque eam partem eui maxime
confidebat perterritam animadvertit, aliis diffisus, acie ex-
cessif, protiuùsque se in castra equo contulit; et iis centu*
rionibus quos in statione ad praetoriam porta m posuerat.
clarè, ut milites exaudireut, « Tueamini, inquit, castra, el
defendite diligenter, si quid durius accident. Ego reliquas
portas circumeo, et castrorum praesidiaconfirmo. » Hacc cùm
dixisset, se in practorium contulit, summac rei diffidens, et
tamen eventum exspeclans.
Caesar, pompeianis e\ fugâ intra vallum compulsis, nulluin
spatium perterritis dare oportere aestimans, milites cohorta-
tus est ut beneficio fortunae uterentur, castraque oppugna-
rent; qui, etsi magno acstu fatigati (nam ad meridiem res
erat perducta ) , tamen ad omnem laborem animo parati, im-
perio paruerunt. Castra a cohortibus, quac ibi pracsidio erant
relictac, industrie defendebantur ; multo etiam acriùs a Thra-
cibus barbarisque auxiliis. Nam qui acie refugerant milites,
et animo perterriti et lassitudine confecti, missis plerique
armis signisque militaribus, inagis de reliquâ fugâ quàm
de castrorum defensione cogitabant. Pveque verô diutiùs qui
in vallo constiterant multitudinem telovum sustinere potue-
runt, sed confecti vulneribus locum reliquerunt, protinùsque
omnes, ducibus usi centurionibus tribunisque militum, in
altissimos montes, qui ad castra pertinebant, confugerunl.
1
In castris Pompeii videre licuil triclinia strata ; magnum
a
argenti pondus expositum , recentibus cespitibus tabernacula
constrata ; Lucii etiam Lentuli et nonnuliorum tabernacula
3
protecta ederâ ; multaque practereà quac nimiam luxuriam
et victoriac fiduciam designarent, ut facile aestimari posset
nihil eos de eventu ejus diei timuisse, qui non necessarias con-
quirerent voluptates; atque ii miserrimo ac palientissiino

2
' Les tables dressées (les lits pour De l'argenterie exposée aux re-
Iroïs personnes étendus sur le sol gards el disposée pour le service-
ou les tables a trois lits). On écrit aussi hedera, lierre.
Î M C E S A H.
1
exerciLui Caesaris luxuriem objiciebant , cui semper omnia
ad necessarium usum defuissenl. Pompeius jam cùm inlra
vallum nostri versarentur, equum nactus, detractis insignibus
imperatoris, Decumanâ porta se ex eastris ejecit; protinùsque
2
equoeitato Larissam contendit. Neque ibi constitit; sed ea-
dem celeritate, paucos suorum exfugâ nactus, nocturno iti-
nere non intermisso, comitatu equitum triginta ad mare
pervenit, navemque frumentariam conseendit; sacpè, ut
dicebatur, querens tantùm se opinionern fcfellisse, ut a quo
génère hominum victoriam sperasset, ab eo initio fugac facto,
penè proditus viderelur.
Cacsar, eastris potitus, a militibus contenait* ne, in pnedâ
occupati, reliqui negotii gerendi facultatem dimitterent. Qup
reimpetratâ, montem opère circummunire instituit. Pom-
peiani, quod is nions erat sine aquâ, diffisi ei loco, relicto
monte, universi (juris ejus)4, Larissam versus se recipere
cœperunt. Quâ re animadversâ, Cacsar copias suas divisil,
partemque legionum in eastris Pompeii remanere jussit, par-
tem in sua castra remisit; quatuor secum legiones duxit;
commodioreque itinere pompeianis occurrere cœpit; et pro-
gressus millia passuum s e x , aciem instruxit. Quâ re animad-
versâ , pompeiani in quodam monte constiterunt. Hune mon-
tem (lumen subluebat. Caesar, milites cohortatus, etsi totius
diei continenti labore erant confecti, noxque jam suberat,
tamen munitione (lumen a monte seclusit, ne noctu pom-
peiani aquari possent. Quo jam perfecto opère, illi de dedî-
tione, missis Iegatis, agere cœperunt. Pauci ordiuis sena-
torii, qui se cum iis conjunxerant, nocte fugâ salutem
petierunt.
Cacsar, prima luce, omnes eos qui in monte consederant
ex superioribus locis in plauitiem descendere atque arma
projicere jussit. Quod ubi sine recusatione fecerunt, pas-
5
sisque palmis , projecti ad terrain, fientes ab eo pelierimt
1
l ls accusaient de mollesse l'armée joigne à universi : ils lui en lais-
de César. sèrent la jouissance entière. Il vau-
- Larîsse en Thessalie, sur le drait peut-être mieux le supprimer,
renée, an nord de Pharsale. et dire : tous les pompéiens se re-
• Demanda instamment. tirèrent, etc.
s
h
Juris ejus, n'offre iei aucun • Les mains étendues, pour :ies
rrns pîausiWe, à moins qu'on ne le bras...
GUEKEE C n ILE.

salutem; consolatus consurgere jussit, et pauca apud eos de


lenitate suâ loculus, (]uo minore essent timoré, omnes con-
servavit, militibusque suis jussit ne qui eorum violarentur,
1
neu quidsui desiderarent. Hâc adbibita diligentiû, ex castris
sibi legiones alias occurrere, et eas quas secum duxerat in-
vicem requiescere atque in castra reverti jussit, eodemque
die Larissam pervenit.
In eo praclio non ampliùs ducentos'' milites desideravit,-
sed centuriones, fortes viros, circiter triginta amisit. lnter-
fectus est etiam fortissimè pugnans Crastinus, cujus mentio-
nem suprà fecimus, gladio in os adversum conjecto TVcque id
fuit falsum quod ille in pugnam proliciscens dixeral. Sic
enîm Cacsar existîmabat eo praclio excellentissimam vîrlutem
Crastini fuisse, optimèque eum de se meritum judicabat. Ex
pompeiano exercitu circiter millia quindecim cecidisse virte-
banlur ; sed in deditionem venerunt ampliùs millia viginii
quatuor; namque etiam cohortes quse. pracsidio in castellis
fuerant sese Syllac dediderunt ; multi praetereà in finitimas
civitates refugerunt : signaque militaria ex praclio ad Caesa-
rem sunt relata centum et octoginta et aquilac novem. L . Do-
mitius ex castris in montem refugiens, cùm vires eum las-
situdine defecissent, ab equitibus est interfectus.
1
Quelque chose de ce qu'ils pos- les anciens ne se battaient guère
sériaient. Si c'était par humanité, qu'a Parme blanche, et que les
cette conduite serai t Ircs-Iouablc. fréquentes déroutes permettaient
7
Ce petit nombre, exagéré sans aux vainqueurs d'exterminer pres-
doule, ne doit cependant pas Irop que impunément les fuyards décon-
surpreudre si l'on considère que certes.
i 16

TJTE-LIVE.
Tilc-Livc [Titus Livius) naquit à Patloue Tan de Rome 695 {r>s av.
J.-C.) d'une famille consulaire. Il mourut Tan 18 ou 19 de notre ère; on
ne sait presque rien de sa vie. Il tut honoré de l'amitié d'Auguste. Son
Histoire romaine, qui allait de la fondation de Rome à la mort de Drusus,
se composait de 140 livres. Nous n'en possédons que 35. Son récit est
généralement clair, pur et bien suivi; mais il excella surtout dans les
Discours. Nous en donnerons quelques-uns.

i° l'éturieà Coriolan. (Liv. I I , ch. 40.)


1
Tum matromead Veturiam, matrem Coriolani, Volum-
uiamque uxorem fréquentes coeunt; id publicum consilium
2
an muliebris thnor fuerit, parum invenio . Perviccre certè
ut etVeturia, magnonatu mulier, etVolumnia, duos parvos
3
ex Marcio ferens filios, secum in castra bostium irent,
et, quam armis viridefendere urbem non possent, mulieres
precibus lacrimisque defenderent. Ubi ad castra ventum est,
nuntiatumque Coriolano adesse ingens mulierum agmen, in
5
primo ut qui nec publicâ majestate in legatis , nec in
sacerdotibus tantâ offusâ oculis animoque religione motus
esset, multô obstinatior adversùs lacrimas muliebres erat.
Dein familiarium quidam, qui insignem mœstitia inter cè-
leras cognoverat Veturiam, inter nurum nepotesquestantem :
« Nisi me fruslrantur, inquit, oculi, mater tibi conjuxque
et liberi adsunt. « Coriolanus, propè ut amens consternatus,
ab sede suâ cùm ferret matri obviac complexum, mulier in
6
iram ex precibus versa : « S i n e , priusquàm complexum ae-
cipio, sciam, inquit, ad liostem an ad filium venerim ;
3
' Coriolan, exilé de Rome, venait Marcius Coriolanus.
4
assiéger cette ville à la tète des Dans le premier moment.
h
Volsques. Ni les prières des Ho- Le sénat lui avait député des per-
mains ni leurs ]>romesses n'avaient sonnages considérables ; les prêtres
pu le fléchir. étaient venus ensuite.
2
,1e ne le trouve pas dans tes 'Laisse-moi savoir ri... j'ai besoin
anciennes histoires. de savoir.
LKS R O M A I N S A U X F O U R C H E S C A U D I N E S . 117

captiva materne in castris sim. In hoc me longa vita et infelix


senecta traxit, ut exsulem te, deindè hostem viderem? Po-
tuïstï populari hanc terrain, quse te genuit atque aluit? Non
tibi, quamvis infesto animo et minaci perveneras, ingre-
dienti fines ira cecidit? Non, cùm in conspectu Roma fuit,
succurrit : Intra illa mccnîa domus ac Pénates mei sunt,
mater, conjux liberique ? E r g o , ego nisi peperissem, Roma
non oppugnaretur ! Nisi filium haberem, libéra in libéra pa-
triâ mortua esscm ! Sed ego nihil jam pati, nec tibi turpiùs
T
quàm mihi miseriùs, possum ; nec, ut sim miserrima,
2
diù futura sum. De his videris , quos, sipergis, aut imma-
tura mors aut longa servitus manet. « Uxor deindeac liberi
amplexi, fletusque ab omni turbâ mulierum ortus, et com-
ploratio suî patriacque fregêre tandem virum. Complexus indè
suos, dimittit. Ipse rétro ab urbe castra movit. Abductis
deinde legionibus ex agro romano, invidiâ rei oppressum
3
periisse tradunt . A p u d Fabium, longé antiquissimum auc-
torem, usque ad senectutem vixisse eumdem invenio. Non
înviderunt laudes suas mulieribus viri romani, adeô sine
obtrectatione gloriaî aliéna; vivebatur. Monumento quoque
quod esset, templum Fortunse Muliebri scdificatum dedica-
tumque est 4.

2° Les Romains aux Fourches Caudines. (Liv. I X , ch. 3.)


5
Ad consules mœstos, ne advocantes quidem in consilium
(quandonec consilio nec auxilio locus esset), sua sponte
legati actribuni conveniunt, militesque, adprsctorium versi,

1
Bien que. assiégeaient Lucérie. Deux chemins
2
Ses enfants et son épouse. y conduisaient. Le plus périlleux,
" Est-ce paria haine des Volsques mais le plus court, fut choisi. Ar-
ou par dépit? rivés à un endroit nommé les Four-
4
A i'endroitméme, àquatre milles ches Caudines, passage étroit entre
de Rome, sur la voie Latine. Avellino etBénévent, aujourd'hui
5
Les consuls T. Véturius et Sp, Val di Gargano et Forchie, les Ro-
Posiumius se laissèrent tromper par mains se virent cernés par leurs en-
de faux transfuges que leur en- nemis sans qu'il leur fût possible
voyait Pontius, général des Sam* de se retirer ou de se défendre. La
niles On supposait que ces derniers situation était cruelle.
ILS TITE-L1VE.

opein, quam vix Dii îmmortales ferre polerant, ab ducibus


exposcunt.
Ouerentes magis quàm consultantes nox oppressit, cùm
pro ingenio quisque freinèrent, alius, « Perobices viarum, »
T
abus, « Per adversa montium , persilvas, quà terri arma
poterunt, eamus. Modo ad hostem pervenire liceat, quem
3
per annos jam propè triginta vincimus ; omnia acqua et
plana erunt Romano in perfidum Samnitem pugnauli. )>
Alius : « Q u o , aut quà eamus? Num montes moliri sede
suâ paramus? Dum hacc immiuebunt juga, quà tu ad bostem
veuies? Armati, inermes, fortes, ignavi, pariter omnes capti
3
atque victi sumus. Ne ferrum quidem ad benè moriendum
oblaturus est hostis; sedens bellum conficiet. » His invicem
sermonibus, quà cïbï, quà quietis immemor, nox traducta est.
Ne Samnitibus quidem consilium in tam laetis suppetebat
rébus. Itaque universi Herennium Pontium, patrem impera-
loris, per litteras consulendum censent. Jam is gravis annis ,
non militaribus solùm , sed civilibus quoque abscesserat mu-
neribus ; in corpore tamen affecto vigebat vis animi consi-
liique. Is ubi accepit ad Furculas Caudinas inter duos saltus
clausos esse exercitus romanos, consultus ab nuntio fiiii,
censuit omnes indè quamprimùm inviolatos dimittendos;
quaE; ubi spreta sententia est, iterùmque, eodem remeanle
nuntio, consulebatur, censuit ad unum omnes interficiendos.
Quao ubi tam discordia inter se , velut ex ancipiti oraculo.
responsa data sunt, quanquam filius ipse imprimis jam ani-
muni quoque patris consenuisse in affecto corpore rebatur,
tamen consensu omnium victus est, ut ipsum in concilium
acciret. Nec gravatus senex plaustro in castra dicitur ad-
vectus,vocatusque in concilium, ita fermé locutus esse, ut
nihil sententiae suaemutaret, causastantùmadjiceret : «Prioro
se consilio, quod optimum duceret, cum potentissimo populo
per ingens beneficium perpetuam firmare pacem amicitiam-
que ; altero consilio , in inultas aetates , quibus, amissis duo-
bus exercitibus, baud facile receptura vires romana ret
esset, bellum diffère; tertium nullum consilium esse. » Cùm

1 1
Pour adversos montes. Pour nous donner occasion de
- Il n'y avait que vingt et un ou mourir noblement,
vingt-deux ans.
LES ROMAINS A U X F O U R C H E S CAUDINES. U9
1
filius aliique principes percontando exsequerentur : « Quid,
2
si média via consilii capereLur, ut et dimitterentur inco-
lumes, et leges iis jure victis imponerentur ? » « Ista quidem
sententia, inquit, ea est quse neque amicos parât, neque
inimicos tollit. Servate modo quos iguominia irritaveritis ;
ea est romana gens, quaî victa quiescere nesciat. Vivefc semper
in pectoribus illorum quidquid istùc pracsens nécessitas inus-
3
serit , neque eos ante multipliées pocnas expetitas a vobis
quiescere sinet. » Neutra sententia accepta : Herennius do-
mum c castris est avectus.
Et in castris romanis, cùm frustra multi conatus ad
erumpendum capti e s s e n t e t jam omnium rerum inopia
esset, victi necessitate, legatos mittunt, qui primùm pacem
acquam peterent; si pacem non impetrarent,utiprovocarent ad
5
pugnam. Tum Pontius debellatum esse respondit; et, quo-
niam ne victi quidem ac capti fortunam fateri scirent, inermes
0 s
cum singulis vestimentis sub jugum missurum i : alias *
conditiones pacis aequas victis ac victoribus fore; si agro
Samnitium decederetur, colonise 9 abducerentur, suis deindè
l0
legibus Romanum ac Samnitem aequo fœdere victurum . His
11
couclitionibus paratum se essefœdus cum consulibusferire ;
si quid eorum displiceat, legatos redire ad se vetuit. Haec
ï?
cùm legatio renuntiaretur, lantus gemitus omnium subito
exortus est, tantaque moestitia incessit, ut non graviùs ac-
cepturi viderentur si nuntiaretur omnibus eo loco mortem
oppetendam esse. Cùm diù silentium fuisset, nec consules,
aut pro fœdere tam turpi, aut contra fœdus tam necessarium T

hiscere possent, tum L . Lentulus, qui tum princeps lega-


, 3
torum virtute atque honoribus erat : « Patrem meum, in-
quit, consules, saepè audivi memorantem se in Capitolio
unum non fuisse auctorein senatui »4 redimendae auro a Gallis
1 h
lis continuaient de demander. Les autres.
9
- Si l'on prenait un moyen terme. Les colonies romaines.
1 10
Aura imprimé ( l'ignominie). Indépendants.
5 11
Tenter des efforts. Pour faire une alliance, on im-
* Que la guerre, était terminée. molait une victime.
8
Avec un seul vêtement (la tu- HœclegaHo, le résultat de cette
nique). dépulation.
: 1 3
Cejougconsistaiten deux piques II avait été consul en 427.
fichées en terre, avec une troisième " Seul il avait conseillé au sénat
«dlAchéeà leurextrémiléfiupérieure. de ne pas...
* T I T E - L I V E .
T
civitatis 3 quando nec fossa vallogue al) ignavissimo ad opéra
ac muniendum hosteclausi essent, eterumpere, sinon sine
periculo magno, tamen sine certâ pernicie possent. Quod si,
ut illis decurrere ex Capitolio armatis in hostem licuit(quo
saepè modo obsessi in obsidentes eruperunt), ita nobis aequo
aut iniquo loco dimicandi tantummodo cum hoste copia esset,
non mihi paterni animi indoles in consilio dando deesset.
2
Equidem mortem pro patriâ praeciaram esse fateor ; et me
vel devovere pro populo romano legionibusque, vel in medios
me înimîttere hostes paratus sum. Sed hic patriam video,
hic quidquid romanarum legionum est. Q u œ , nisi pro se
3
ipsis ad mortem ruere volunt, quid habent quod morte su/1
servent? Tecta urbis, dicat aliquis, et moenia, et eam turbam
a quâ urbs incolitur. I m o , hercule, produntur ea omnia,
deleto hoc exercitu, non servantur. Quis enim ea tuebitur?
ïmbellis videlicet atque inermis multitudo? T a m , hercule,
quàm a Gallorum impetu défendit. A n a Veiis exercitum
Camillumque ducem implorabunt? H J C omnes spes opesque
sunt; quas servando, patriam servamus, dedendo ad necem,
patriam deserimus ac prodimus. A t fœda atque ignominiosa
deditio est. Sed ea caritas patriae est, ut tam ignominiâ eam
quàm morte nostrâ, si opus sit, servemus. Subeatur ergo ista^
quantacumque est, indignitas, et pareatur necessitati, quam
1
ne Dii quidem superant 4. l t é , consules, redimite armis
civitatem quam auro majores vestri redemerunt. »
Consules profecti ad Pontium in colloquium, cùm de
foedere victor agitaret, negarunt injussu populi fœdus fieri
6
posse, nec sinefecialibus cacrimoniâque aliâ solenni . Itaque
non, ut vulgô credunt, fœdere pax Caudina , sed per spon-
sionem, facta est. Quid enim aut sponsoribus in fœdere opus
esset aut obsidibus, ubi precatione 7 res transigitur? « Per

1
Peu disposé à travailler et à se . . . .fato stat Jupiter ipse.
fortifier. Et Jupiter lui-même aux destins est
2
U n censeur assez avisé des [ soumis
dévouements inopportuns a dit : h
En livrant vos armes.
Çuamvis pro patriâ sit dufce mori atque fi
Voir de longs détails dans Tito-
[ décorum,L i v e , i, 24.
Vivere pro patriâ dulcius esse pnto. 7
Par imprécations, ainsi qu'il
3
Si ce n'est qu'elles veulent se suit. On ne lit qu'une convention,
soustraire à l'ignominie. et non pas un traité.
LKS ROMAINS A U X F O U R C H E S C A U D I N E S . 121
1
quem populum fiât quomînus legibus dicfe stetur, ut eum
ita Jupiter feriat, quemadmodum a fecialibus porcus feriatur. »
Spoponderuntconsules, legati, qurcstores, tribuni militum;
nominaque omnium qui spoponderunt exstant; ubi, si ex fœ-
dere acta res esset, praeterquàm duorum fecialium, non exsta-
rent. E t , propter necessariam fœderis dilationem, obsides
ctîam sexcenti équités imperati, qui capite luerent, si pacto
non staretur. Tempus indè statutum tradendis obsidibus
exercituque inermi mittendo. Redintegravit luctuni in castris
consulum adventus, ut vix ab iis abstinerent manus, quorum
temeritate in eum locum deducti essent, quorum ignaviâ
fœdiùs indè quàm venissent abituri. Illis non ducem loco-
rum, non explorntorem fuisse; belluarum modo caccos in
fovearn missos. Alii alios intueri, contemplari arma inox
tradenda, et inermes futuras dextras obnoxiaquc corpora
hosti; proponere sibimet ipsi ante oculos jugum hostile et
ludibria victoris et vu! tus superbos , et per armâtes inermium
iter. Indè fœdi agminis miserabilem viam, per sociorum
urbes reditum in patriam ac parentes, quo saepè ipsi majo-
resque eorum triumphantes venissent. Se solos sine vulnere ,
sine ferro , sine acie victos ; sibi non stringere licuisse gla-
dios, non manum cum hoste conferre, sibi nequidquam
arma, nequidquam vires , nequidquam animos datos. Hacc
frementibus hora fatalis ignominiac advenit, omnia tristiora
2
experîendo factura quàm quac praeceperant animis. Jam
3
primùm cum singulis vestimentis inermes extra vallum exire
jussi; et primi traditi obsides, atque in custodiam abducti.
Tum a consulibus abire lictores j u s s i , paludamentaque 4 de-
tracta; tan ta m inter ipsos , qui paulo antè, eos exsecrantes,
dedendos lacerandosque censuerant, miserationem fecit ut
suce quisque conditionis oblitus ab illà deformatioDe tanttr
majestatis, velutab nefando spectaculo, averteretoculos.
Primi consules, propè seminudi, sub jugum missi ; tum,
ut quisque gradu proximus erat, ita ignominiac objectes:
tum deinceps singulac legiones. Circumstabant armati hostes.

1 J
Que Jupiter frappe celui des V o y . p. U9, note 6.
deux peuples par lequel. * Manteau militaire pour les ge-
2
Heure qui devait leur fairetrou- néraux, ordinairement rouge écar-
ycr. late
122 TiTE-UVE.
exprobrantes eludentesque; gladii etiam plerisque intentati,
et vulnerati quidjm necatique, si vultus eoruni, indignitate
rerum acrior, victorem offendisset. Ita traducti s u b j u g u m ,
et, quod pacnc gravius erat, per hostium oculos. C ù m ex
saltu evasissent, etsi, velut ab inferis extracti, tum primùm
fucem adspicere visi sunt, tamen ipsa lux ita déforme intuen-
(ibus agmen omni morte tristior fuit. Itaque, cùm ante
noctem Capuam pervenire possent, incerti de fide sociorum,
et quod pudor pracpediebat, circa viam haud procul C a p u â ,
omnium egeni, corpora humi prostraverunt.
Quod ubi est Capuam nuntiatum, evicit miseratio justa
1
sociorum superbiam ingenitam Campanis. Confestim insi-
gnia sua consulibus, fasces, lictores; arma, equos, vesti-
menta, commeatusmilitibus bénigne mittunt; et venientibus
Capuam cunctus senatus populusque obviàm egressi, justis
2
omnibus hospitalibus , privatisque et publicis funguntur
officiis. Neque illis sociorum comitas, vultusque benigni
et alloquia non modo sermonem elicere, sed ne ut oculos
3
quidem attollerent aut consolantes amicos contra intue-
rentur efficere poterant. A d e ô , super mœrorem , pudor qui-
dam fugere colloquia et cœtus hominum cogebat. Postero
die, cùm juvenes nobiles, missi a C a p u â , ut proflciscentes
ad finem campanum prosequerentur, revertissent, vocatique
in curiam, percontantibus majoribus natu, « multô sibi
mœstiores et abjections animi visos referrent, adeô silens
â
ac propè mutum agmen incessisse; tacere îndolem iJIam
romanam, ablatosque cum armis animos, non reddere sa-
lutem , non salutautibus dare responsum, non hiscere quem-
quam prse metu potuisse, tanquam ferentibus adhuc cervi-
cibus jugum sub quo emissi essent. Habere Samnites victoriam
non praeciaram solùm, sed etiam perpetuam ; cepisse enim
6
eos non Romani, sicut antè Gallos , sed, quod multô belli-
cosius fuerit, romanam virtutem ferociamque. »
6
Cùm hacc dicerentur audirenturque, et deploratum
paenè romanum nomen in concilio sociorum fidelium esset,
dicitur Ofilius Calavius, Ovii filius, clarus génère factisque.

1
Pitié pour des alliés. * Se taire, se cacher.
2
Devoirs de l'hospitalité. îi
Comme Pont fait les Gaulois
3
En lace. h
Regardé comme perdu.
P É i i O L L A ET P A C U V I U S . J23

tum etiam œtate verendus, longé aliter se habere rem dixisse :


« Silentium illud obstinatum, fixosque iu terrain oculos, et
surdas ad omnia solatia aures, et pudorem intuendae lucis
1
ingentem molem îrarum ex alto animi cientis indicia esse ;
aut romana seignorare ingénia, aut silentium illud Samni-
tibus flebiles brevi clamores gemitusque excitaturum; caudi-
nœque pacis aliquantô Samnitibus quàm Romanis tristiorem
memoriam fore. Quippe suos quemque eorum animos habi-
turum, ubicumque congressuri sint ; saltus caudinos non ubi-
que Samnitibus fore. »
2 J
Jam Roma; etiam sua infamis clades erat . Obsessos
primùrn audierunt; tristior deindè ignominiosaî pacis magis
quàm periculi nuntius fuit. A d famam obsidionis , delectus
haberi cœptus erat-, dimissus deindè auxiliorum apparatus,
postquàm deditionem tam fœdè factam acceperunt ; extern»
plôque, sine ullâ publicâ auctoritate , consensum in omnem
formam luctùs est. Tabernas circa forum clauscC, justitiumque
in foro suâ sponte cœptum priùs quàm indictum; lati clavi,
annuli aurei positi; pœnè mœstior exercitu ipso civitas esse,
nec ducibus solùm atque aucloribus sponsoribusque pacis
irasci, sed innoxios etiam milites odisse, et negare urbe
tectisve accipiendos. Quam concitationem animorum fregit
adventus exercitus, etiam iratis miserabilis; non eniui tan-
quam in patriam revertentes ex insperato incolumes, sed ca-
ptorum habitu vultuque, ingressi sero in urbem, ita se in suis
quisque tectis abdiderunt, ut postero atque insequentibus die-
bus nemo eorum forum autpublicuni adspicere vellet.

3° Pêrolla et Pacuvius. (Liv. X X I I I , ch. 8 et 9. )

Annibal 4 , ingressus urbem, diversatus est apud Ninnios


Celeres, inclitosnobîlitateatque divitiis. Eô Pacuvius Calavius,
1
De quelqu'un qui couve, lait vainqueur abandonna fApuiie pour
naitre, médite. venir à Capoue. Pacuvius Calavius
2
Le bruit de ce honteux désastre conseilla à ses concitoyens do se
se répandait. donner à Annibal. Décius Magius
3
Investis. et Péroila, leiilsmèmedePacuvius,
4
Après la bataille de Cannes, le mirent tout en œuvre pour s'y op-
t24 TTÏE-LIVE.

princeps faetionis ejus quae traxerat rem ad P œ u o s , filium


juvenem adduxit, abstractum abs Decii Magii latere, cum
quo ferocissimè pro romand societate adversùs punicuin
.fœdus steterat; nec eum aut inclinata in partem alteram ci-
1
vitas aut patria majestas sententiâ depulerat. Huic tum
pater juveni Annibalem deprecando magis quàm purgando
placavil; vîctusque patris precibus lacrimisque, etiam ad
cœnam eum cum potre vocari jussit; cui convivio neminem
Campanum, prscterquàm hospites Jubelliumque Tauream,
insignem bello virum, adhibiturus erat. Coopérant epulari
de die; et convivium non ex more punico aut militari disci-
plina esse, sed omnibus voluptatum Ulecebris instructum.
Unus nec dominorum invitatione, nec ipsius interdum Anni-
2
balis, Calavii filius, Perolla, v i n c i potuit; ipse valetudine.ni
3
excusans, pâtre animi quoque ejus haud mirabilem inter-
turbationem causante.
Solis fermé occasu. patrem Calavium, ex convivio egres-
sum, secutus fiJius, ubi in secretum (hortus erat posticis
aedium partibus) pervenerunt : « Consilium, inquit, affero,
pater, quo non veniam soKim peccati, quod defecimus ad A n -
nibalem, impetraturi ah Romanis, sed in multô majore di-
gnitate et gratiâ simus Campani quàm unquàm fuimus. »
Cùm mirabundus pater quidnam id esset consilii quaereret,
togâ rejectâ ab humero, latus succinctum gladio nudat :
« Jam ego, inquit, sanguine Annibalis sanciam romanum
fœdus. Te id priùs scire volui, si forte abesse, dum facinus
patratur, malles. y> Quae ubi vidit audivitque senex,velut si
jam agendis quae audiebat interesset, amens metu ; « Per
ego te, inquit, fili, quœcumque jura liberos jungunt paren-
tibus, precor * quacsoque ne ante oculos patris facere et pati
omnia infanda velis. Paucae horse sunt intra quas, jurantes
per quidquid Deorumest, dextrae dextras jungentes, fidem
5
obstrinximus, u t sacratas fide manus, digressi ab collo-
7
poser. Néanmoins Annlbal dcscen- Ne put être déterminé à pren-
ditchez les chefs du parti carlha- dre part à la gaieté du festin,
ginois dans Capoue, les Nïnnius 3 Qui n'était pas étonnant dans
Célérès. V o y . ïtollin, Traite des un jeune homme malade.
4
Études, t. m, ciu 3;etSilius Ita- Ego te precor per jura qiim-
licus, liv. xi. cumque, je t'en supplie par les droits
1
L'autorité, l'exemple imposant les plus sacrés,
5
•de son père. Était-ce pour...?
MAKGIU!» VENGEU1I DES SC1P10NS. 125

quio, extemplo in eum armaremus? Ab hospitali mensâ


surgis, ad quam tertius Campanorum adbibitus es ab Anni-
bale, ut eam ipsam mensam cruentares hospitis sanguine?
Annibaîem pater filio meo potui placare ; filium Annibali non
possum? Sed sit nihil sancti, non fides, nonreligio, non
1
pietas ; audeantur infanda, si non perniciem nobis cum sce-
lere afferunt. Unus" aggressurus es Annibaîem? Quid illa
2
turba tôt liberorum servorumque? quid in unum intcnti om-
nium oculi? quid tôt dextrec? torpescentne in amentiâ illâ?
Vultum ipsius Annabalis, quem arniati exercitus sustinere
nequeunt, quem horret populus romanus, tu sustînebis? Et,
3
alia auxilia desint , me ipsum ferire, corpus meum oppo-
nentem pro corpore Annibalis, sustinebis? Atqui per meum
pectus petendus ille tibi transfigendusque est. Deterreri hïc
sine * te potiùs quàm illïc vinci. Valeant preces apud te meac,
sicut pro te hodie valuerunt. )> Lacrimantem indè juvenem
cernens, médium complectitur, atque, osculo hœrens, non'
antè precibus abstitit quàm pervicit ut gladium poneret, fi-
demque daret nihil facturum taie. Tum juvenis : « Ego qui-
dem , inquit, quam patriae debeo pietatem exsolvam patri.
Tuam doleo vicem, cui ter proditso patriee sustinendum est
crimen; semel, cùm defectionis ab Romanis ; iterùm, cùm
pacis cum Annibale fuisti auctor ; tertio hodie, cùm resti-
tuendac Romanis Capuse mora atque impedimentum es. Tu,
patria, ferrum, quo pro te armatus banc arcem hostium *
inii, quando parens extorquet, recipe. » Hacc cùm dixisset,
gladium in publicum trans maceriam horti abjecit; et, quo
minus res suspecta esset, se ipse convivio reddidit.

4° Marcius vengeur des Scipions. (Liv. X X V , ch. 38.)

Alloquendos adhortandosque sibi milites ratus, concione


t;
advocatâ, ita disseruit : « Vel mea erga imperatores nostros
1 0
Honneur, religion, piété iiliale. Puhliuse.tCnéiusScipionavaient
'* D'hommes libres. péri en Espagne avec presque toule
3
Manquent à Annibal. leur armée. Les débris de celte
A
Laisse-toi vaincre. armée s'étaient donné pour chef un
* Ceilemaison remplie dVnnemis. chevalier romain, Luo'us Marcius,
V2U

vivosmortuosquepietas,vel praesens omnium nostrrtm, milites,


fortuna fidem cuivis facere potest înîhi hoc imperium , ut
amplum judicio vestro \ ita re ipsâ grave acsollicitum esse.
Quo enim tempore, nisi metu mœrorem obstupefaceret, vix
ita compos meî essem ut aliqua solatiainvenire argro animo
possem, cogor vestram omnium vicein (quod difficillimum
in luctu est) unus considère ; et ne tum quidem, ubi quonam
modo bas reliquias duorum exercituum patriae conservare
possim cogitandum est, avertere animum ab assiduo mœrore
îicet. Presto est enim acerba memoria, et Scipiones me ambo
dies noctesque curis ïnsomniïsque agitant, et excitant sacpè
somno , neu se, neu invictos per octo annos in his terris mi-
Mïes suos, commilitones vestros, neu rempublicam patiar
• nultam, et suam disciplinam suaque instituta sequi jubent;
utimperiis vivorum nemo obedientior me uno fuerit, ita
post mortem suam, quod quaque in re facturos illos fuisse
2
maxime censeam, id optimum ducere . Vos quoque velini,
milites, nonlamentis lacrimisque tanquam exslinctos prosequi
(vivunt vigentque famâ rerumgestarum), sed, quotiescumque
occurret memoria i l l o m m , velut si adhortantes signumque
dantes videatis eos, ita prœlia inire. Nec alia profectô species,
hesterno die oculis animisque vestris oblata, memorabile
3
illud edidit praclium, quo documentum dedistis hostibus
non cum Scipionibus exstinctum esse nomen romanum, et,
cujus populi vis atque virtus non obruta sit cannensi clade,
ex omni profectô sawiliâ fortunac emersuram esse 4. N u n c ,
quia tantum ausi estïs sponte vestrA, experiri Jibet quantum
audeatis duce vestro auctore. Non enim, hesterno die, cùm
signum receptui dedi sequentibus effusè vobis turbatum ho-
stem, frangere audaciam vestram, sed differre in majorem
gloriam atque opportunitatem volui, ut postmodô pracparati
incautos, armati inermes, atque etiam sopitos, per occasionem

1
sous les ordres duquel ils avaient Grand, considérable par vos
repoussé les Carthaginois qui éf aient suffrages; ou plutôt, glorieux à
venus les attaquer dans le camp. votre avis.
Marcius, informé de la négligence 2
S.-ent.
des ennemis à se tenir sur leurs > A enfanté ce combat mémo-
gardes, veut les attaquer à son rable.
lour, et fait part de son dessein p i Merses profundo, pulchrior e veux t.
son armée. (HOUACK, liv. iv, od, IV.)
JUÀJUMIS V^CiKllJK DES SCIF10JNS. I2i

aggredi possclis. N e c hujus occasion is spem, milites, forte,


temerè, sed ex re ipsâ conceptam habeo. A vobis quoque
profecto si quis quserat quonam modo pauci a multis. victi a
victoribus castra tutati sitis, nihil aliud respondeatis quàm
1
id ipsuin timentes vos omnia et operibus firmata habuisse,
et ipsos paratos instructosque fuisse. Et ita se res habet. Ad
id quod ne timeatur fortuna facit minime tuti sunt ho-
mines, quia quod neglexerls incautum atque apertum ha-
beas. Nihil omnium nunc minus metuunt hostes quàm ne
obsessi modo ipsi atque oppugnati castra sua ultrô oppu-
gnemus. Audeamus quod credi non potest ausuros nos;eo
ipso quod difficillimum videtur facillimum erit. Tertia vi-
2
gilia noctis , silenti agmine d u c a m v o s ; exploratnni habeo
non vigiliarum ordinem, non stationes justas esse. Clamorin
portis auditus et primus impetus castra ceperit. Tum inter
torpidos soinno, paventesque ad necopinatum tu multum,
et ioermes in cubilibus suis oppressos, illa caedes edatur, a
quâ vos besterno die revocatos acgrè ferebatis. Scio audax
videri consilium ; sed, in rébus asperis et tenui spe, fortissima
quacque consilia tutissima sunt^ quia si, in occasionis mo-
mento, cujus praetervolat opportunitas, cunctatus paulùm
3
fueris, nequidquam mox omissam quacras. Unus exercitus
in propinquo est; duo haud procul absunt. Nunc aggredien-
tibus spes aliqua est ; et jam tentâstis vestras atque illorum
vires. Si diem proferimus , et hesternae eruptionis famfl con-
temni desierimus 4, periculum est ne omnes duces, omnes
copiae conveniant. Très deindè duces, très exercitus sustine-
bimus, quos C n . Scipio incolumi exercitu non sustinuit? U t
dividendo copias periêre duces nostri, ita separati ac divisi
opprimi possunthostes. Alia belli gerendi via nulla est. Proinde
nihil, prœter noctis proximac opportunitatem, exspectemus.
lté, Diis benè juvantibus, corpora curate, ut integri; vigen-
tesque eodem animo in castra hostium irrumpatis quo vestra
tutati estis. »
Lncti et audiâre ab novo duce novum consilium, et, quo
audacius erat, magis placebat.
1 4
Craignant cette attaque même, Si, sur le bruit de notre sortie
vous avez, etc. d'hier, l'ennemi croit avoir besoin
2
A minuit- de renforts. Voy. Homère, Iliade,
3
L'occasion que l'on a négligée, liv. n. :*80 et anîv.
3 28 T1TE-L1VE

5° Philippe, roi de Macédoine el ses deux fils Persée el


Démétrius. ( L i v . X L , ch. 8-15.)

Exposé des faits*

Vers l'an 180 av. J . - C . Philippe, roi de Macédoine, avait deux fils,
l'un naturel et l'autre légitime, Persée et Démétrius. Ce dernier, qui
avait été donné en otage aux Romains, avait tellement gagné, par ses
belles et nobles manières, l'affection du sénat qu'il en obtînt la liberté
de retourner en Macédoine. Mais les marques de considération qu'il avait
reçues de ses hôtes le rendaient suspect et odieux à son père. Ce qui
acheva de le perdre, ce fut la jalousie de Persée, son frère. Cet am-
bitieux voulait régner; et il voyait bien que le crédit de Démélrius
auprès des Romains et l'amour des peuples lui assuraient la couronne,
à moins qu'il ne la lui enlevât par un crime. Il s'y résolut donc, et l'oc-
casion ne tarda pas à se présenter. Dans une fête solennelle, l'armée ma-
cédonienne, partagée en deux corps commandés chacun par un fils du roi,
avait donné l'image d'un combat; et Persée avec sa troupe y avait eu le
dessous- L a nuit venue, chacun des deux princes traita ses amis. Persée,
de plus en plus aigri, envoya des espions observer ce qui se passait chez
son frère. Ils y furent reconnus et maltraités par quelques jeunes gens
d e l à maison de Démétrius. Sur la iin du repas, quand les têtes furent
échauffées, Démétrius, qui ignorait l'aventure des espions, proposa aux
convives d'aller chez son frère achever de noyer toute aigreur et tout
chagrin dans le vin... Les jeunes gens qui avaient maltraité les espions
ne purent se dispenser de suivre les autres ; mais craignant qu'on ne leur
rendît la pareille, ils cachèrent des armes sous leurs habits, afin de se
défendre en cas d'attaque. Persée, qui en fut averti, prit de là occasion de
refuser la visite; il barricada ses portes; et le lendemain il accusa
Démétrius devant son père d'avoir voulu l'assassiner. Philippe les fît
comparaître. (Foy. Polybe, liv. xxiv, ch. S, édition de Didot, p. 60o.)

Sedeo, miserrimus pater, judex inter duos filios, accusa-


torem parricidii, et reum ; aut conficti, aut admissi criminis
labem apud meos inventurus.
Jampridem quidem hanc procellam imminentem tïmebam,
cùm vultus inter vos minime fraternos cernerem, cùm vo-
ces quasdam exaudirem. Sed interdùm spes animum subibat
deflagrare irasvestras, purgari suspiciones posse; etiam hos-
tes armis positis fœdus icisse. et privatas multorum simul-
tates (mitas ; subituram vobis aliquandô germanitatis mémo-
riani, puerilis quondàm simplicitatis consuetudinisque inter
P H I L I P P E , PEttSÉE ET DEMETRÏUS. 120
vos, meorum denique pracceptorum; quae vereor ne vana
surdis auribus cecinerim.
Quoties ego, audientibus vobis, detestatusexempla discor-
1
diarum fraternarum, horrendos eventus earum retuli, quibus
se stirpemquesuam, domos, régna funditùs evertissent? Me-
liora quoque exempta parle altéra posui; sociabilem consor-
tionem inter binos Lacedacmoniorum reges, salutarem per
multa secula ipsis patriaeque ; eamdem civitatem, posteaquàm
mos sibi cuique rapîendi tyrannidem exortus sït -, eversam.
Jam hos 'Eumenem Attalumque fratres, a quàm exiguîs ré-
bus, propè ut puderet regii nominis, mihi, Antiocho, et
cuilibet regum hujus aetatis, nullà re magis quàm fraternft
unanimitate regnuin acquasse. Ne romanis quidem exemplis
abstinui, quac aut visa aut audita habebam ; T . et L . Quin-
tiorum, qui liellum mecum gesserunt; P. et L . Scipionum,
qui Antiochuni devicerunt, patris patruique eorum, quorum
perpetuam vitae concordiam mors quoque miscuit.
Neque vos illorum scelus, similisque sceleri eventus deter-
rere à vecordi discordift potuit, neque horum bona mens,
bona fortuna, ad sanitatem flectere. Vivo et spirante me, he-
M
reditatem meam ambo et spe etcupiditate improba crevistis .
Eo usque me vivere vultis, donec alterius vestrûm superstes,
haud ambiguum regem alterum meà morte faciam. Nec fra-
trem, nec patrem potestis pati; nihil cari, nihil sancti est;

in omnium vicem regni unius insatiabilis amor successit .
Agite ! conscelerate aures patentas; deeernite criminibus,
mox ferro decreturi; dicite palàm quidquid autveri potestis,
aut comminisci libet. Reseratae aures sunt, qua3 poslhàc se-
cretis alterius ab altero criminibus claudentnr.
Tum Perseus :
Aperienda nîmirùm nocte janua fuit, et armati comessa-
tores accipiendi, prscbendumque ferro jugulum, quandô non
creditur, nisi perpetratum facinus ; et eadem petitus insidiis
audio quac Iatro atque insidiator. Non nequicquàm isti unum
Demetrium liliuin te habere Nam sigradum, si caritateiv
filii apud tehaberem, non in me querentem deprehensas in-
:i
• S e rapportant ixcventibus dis' La passion tic régner a remplacé
cordiarum (quibus fratres). tous les sentiments.
2 1
Vous avez partagé, et fait acte S.-ent. dictiUtnU Dérnétrius était
d'héritiers (cerno, discerno ). seul légitime.
T I T L Ï - S J VK .

sidias, sed in eum qui feeisset sacvires ; nec adeo tibi vilis
vita esset nostra ut nec praterito periculo meo inovereris ,
neque futuro, si insidiantibus sit inipunè. Ttaque si mori taci-
tum oportet, taceamus, precati tantùm deos ut a me cœptum
scelus iu me Gnem habeat, nec per meum latus tu petaris.
Sin autem, quod circumventis in solitudine natura ipsa sub-
jicit, ut hominum quos nunquàm viderint fidem tamen im-
plorent, mihi quoque fcrrum in me strictum cernenti vocem
r
mittere liceat ; per t e , patrium nomen, quod utri nostrûm
sanctius sit jampridem sentis, ita me audias, precor, tanquam
si voce et comploratione nocturnâ excitus mihi quiritauti in-
tervenisses, Demetrium cum armatis nocte intempestâ in
vestibulo meo deprehendisses. Quod tùm vociferarer in re
pracsenti pavidus, hoc nunc postera die queror.
Frater, non comessantium in vicem jamdiù vivimus inter
nos. Regnare utiquè vis ; buic spei tuec obstat œtas mea ' :
obstat gentium j u s ; obstat vetustus Macedoniao mos; obstat
vero etiam patris judicium. IIùc transcendere, nisi per meum
sanguinem, non potes; omnia moliris et tentas; adhùc seu
cura mea, seu fortuna restitit parricidio tuo. Hesternà die
3
in lustratione , et decursu. etsimulacro ludicrae pugnac. fu-
nestumpropc praclium fecisti; nec me aliud a morte vindi-
cavit quàm quôd me ac meos vinci passus sum. Àb bostiii
praelio, tanquàm fraterno lusu, pertrahere me ad cœnam vo-
Juisti*. Credis me, pater, inter inermes convivas cœnaturum
fuisse, ad quem armati eomessatum venerunt? credis nihil
a gladiis nocte periculi fuisse, quem sudibus, te inspectante,
propè occiderunt? Quid hoc noctis, quid inimicus ad iratum,
quid cum ferrosuccinctis juvenibus venis? Convivam me tibi
flommittere ausus non sum ; comessatorem te cum armatis ve-
nientem recipiam ? Si nperta janua fuisset, funus meum parares
hoc tempore, pater, quo querentem audis. Nihil ego, tan-
quàm accusator criminosè, nec dubia argumentis colligendo,
ago. Quid enim? negat se cum multitudine venisse ad ja-
I N N N M meam? an ferro snccinctos secum fuisse ? Quos nomi-

?>
* S'il m'est permis d'ouvrir la Les purifications religieuses <le
boueïîc : je \ous conjure (In solif.n- l'armée, appelées lustrations.
4
dhir, dans un déser! nu dans Pnhan- Démétrius avail invité Persée el
•fnn. r N o l w n f . le manque d'amis), les siens avenir souper chez lui.
5>rrw élfli! l'aine. Persée avait refusé.
JPÏilLJl>Pl<;, P E R S E E ET DEMKÏJUUS. 131

navero arcesse. Possunt quidem omnia audere qui hoc ausi


sunt; non tamen audebunt negare. Si deprehensos intra li-
men meum cum ferro ad te deducerem, pro manifeste ha-
hères; fatentes, pro deprehensis habe- Exsccrare nunc cupi-
1
ditatem regni, etfurias fraternas concita : sed ne sint cœca\
pater, exsecrationes tuse; discerne et dispice insidialorem et
petituminsidiis;noxium incesse caput. Qui occisurus fratrem
fuit habeat etiam iratos paternosdeos; qui periturus fraterno
scelere fuit perfugium in patris misericordiâ etjustitiâ ha-
beat. Quo enim aliô confugiam? cui non solemne lustrale
exercitus tui, non decursus militum, non domus. non épuise,
non nox ad quietem data naturao beneficio mortalibus tu ta
est. Si iero ad fratrem invitatus, moriendum est; si recepero
intra januam comessatum fratrem,moriendum est; nec eundo
nec manendo insidias evito.
Quo me conferam? Nihil praeter deos, pater, et te colui ?
non Romanos habeo, ad quos confugiam ; périsse expetunt,
quia tuis injuriis doleo ; quia tibi ademptas tôt urbes, tôt
2
gentes, modo Thraciac maritimam oram, indignor. Nec
me, nec te incolumi,-Macedoniam futuram suam sperant. Si
me scelus fratris, te senectns absumpserit, aut ne ea quidem
exspectata fuerit, regem regnumque Macedoniœ sua futura
sciunt. Si quid extra Macedoniam tibi Romani reliquissent.
mihi quoque id relictnm crederem receptaculum. At in Mace-
3
donibus satispracsidiiest . Vidisli hesternodie impetum in me
militum. Quid illis defuit, nisi ferrum ? Quod illis defuit in-
terdiù, convivœ fratris noetu assumpserunt. Quid de magnâ
parte principum loquar, qui in Romanis spem omnem dignitatis
etfortuna?posuerunt,et;in eo qui omnia apud Romanos potest?
Neque, hercule, istum mihi tantiim fralri majori, sed propè est
ut tibi quoque ipsi régi et patri proférant. Iste enim est cujus
beneficio pœnam tibi senatus remisit, qui nunc te ab armis
Romanorum protegit, qui tuam seneclutem obligatam et oh-
uoxiam adolescente suœ esse œquum censet. Pro isto R o -
mani stant; pro isto omnes urbes tuo imperio liberatse; pro
isto Macedones, qui pace romanâ gaudent; mihi praeter te,
pater, quid usquàm aut spei aut pnesidii est?

1
Kvoqiie/îps furies vengeresses " F.i (oui récemment,
dos discordes, a Mais, me dira-t-on...
132

Quo spectare illas litteras ad te nunc missas T . Quintii


credis, quibus benc te consuluisse rébus luis ait, quod De-
metrium Romain miseris, et bortatur utiterùm, et cum plu-
ribus legatis et primoribus quoque Macedonum, remittas
eum ? T. Quintius nunc est auctor omnium rerum isti, et
magister; eum sibi, te abdicato pâtre, in locum suum sub-
stitua ; iliïc autè omnia clandestina concocta sunt consilia.
Quacruntur adjutores consiliis, cùm te plures, et principes
Macedonum cum isto mittere jubet. Qui bine integri et sin-
ceri Romani eunt, Philippum regem se babere credentes,
imbuli Mme et infecti romanis delinimentis redeunt. Berne-
trius iis unus omnia est; cùm jam regem vivo pâtre appel-
lant.
1
Hacc si îndignor , audiendum est statim, non ab iis solùm,
sed etiam a te, pater, cupiditatis regni crimen; ego verô, si
in medio ponitur % nonagnosco. Quem enim suo loco moveo
ut ipse in ejus locum succedam? Unus ante me pater est; et,
ut diù sit, deos rof^o; superstes (et ita sim, si merebor, ut
ipse me esse veîit) heredilatem regni, si pater tradet, acci-
piam. Cupit regnum, et quidem scélérate cupit, qui transcen-
dere festinat ordinem rctatis, naturae, moris Macedonum,
juris gentium. Obstat frater major, ad quem jure, voluntate
etiam patris regnum pertinet. Tollatur; non primus regnum
fraternâ cacde petiero. Pater senex, solus et filio orbatus,
de se magls timebit quàm ut filii necem ulciscatur. Romani
lactabuntur; probabunt, défendent factum. Haespes incertac,
pater, sed non inanes sunt. Ita enim res se habet; periculum
vil aï propeHere a me potes puniendo eos qui ad me inter-
iiciendum ferrum sumpserunt; si facinori eorum successerit,
mortem meam idem tu persequi non poteris.
"Demetrius ita orsus est :
Omnia qua? reorum anteà fuerant auxilia, pater, praeoccu-
pavit accusator. Simulatis lacrimis in alterius perniciem,
veras meas lacrimas suspectas tibifecit; cùm ipse, ex quo
ab Roma redii, per occulta cum suis colloquia dies noctesque
insidietur, ultro mihi, non insidiatoris modo, sed latronis

1
Si je m'indigne,... on m'accuse contre personne en particulier, je
d'ambition. ne me reconnais pas coupable; l'ac-
,;
Si cette accusation n'est dirigée cusation est trop vague.
PHILIPPE, PEJISKE E T DEMETJMUS. 133

mauifestî et percussoris speciem induit. Periculo suo Le ex-


terret, ut innoxio fratri per eumdem te maturet perniciem.
Perfugium sibi nusquàm gentium esse ait, ut ego ne apud
te quidem quidquam spei reliquae habeam. Circumventum ,
solum, inopem, invidiâ gratis? externsc, quœ obest potiùs
quàm prodest, onerat. J a m illud quàm accusatoric, quod
noctis hujus crimen miscuit cum casterâ insectatione vitae
1
meœ? ut et h o c , quod jam quale sit scies, suspectum alio
vitae nostra) tenore faceret ; et illam vanam criminationem
spei, voluntatis, consiliorum meorum, nocturnoboc ficto et
composite argumente fulciret. Simul et illud quacsivit, ut
repentina et maxime pra?parata accusatio videretur; quippe
ex noctis hujus metu et tumultu repentino exorta. Oportuit
autem, Perseu, si proditor ego patris regnique eram, si cum
Romanis, si cum aliis inimicis patris inieram consilia, non
exspectatam fabulam noctis hujus esse, sed proditionis meae
ante me accusatum ; si illa separata ab h â c vanâ accusatio
erat, invidiamque tuam ad versus me magis quàm crimen
meum indicatura, hodiè quoque eam aut prsctermitti, aut in
aliud tempus differri, ut perspiceretur utrùm ego tibi, an
tu mihi, novo quidem et singulari génère odii, insidias fe-
cisses. Ego tamen, quantum in hâc subitâ perturbatione po-
tero, separabo ea quae tu confudisti, et noctis hujus insidias
aut tuas aut meas detegam.
Occidendi suî consilium me inîsse videri vult, u t scilicet,
majore fratre sublato, cujus jure gentium, more Macedonum
tuo etiam, ut ait, judicio regnum est futurum, ego minor in
ejus quem occidissem succederem locum. Quid ergo illa sibi
vult pars altéra orationis, quâ Romanos à me cultes ait, at-
que eorum fiduciâ in spem regni me venisse ? Nam si et in
Romanis tantum momenti esse credebam ut quem vellent
imponerent Macedouisc regem, et mesc tantum apud eos gra-
2
t i s confidebam, quid opus parricidio fuit ? A n ut cruentum
fraternâcsedediademagcrerem? ut illis ipsis apud quos aut verâ
aut certcsimulatâ probitate partam gratiam habeo, si quam forte
habeo, exsecrabilis et invisus essem ? Nisi T . Quintium cre-
3
dis, cujus virtute et consiliis m e nunc arguis régi, cùm et

1 2
Pour rendre vraisemblable cette Pour frairicidio.
accusalion par l'ensemble, etc. * L'appui, l'autorité.
134 TÏTE-LÏVE.

ipso tali pietate vivat cum fratre, mihi fraternac candis fuisse
1
auctorem. Idem non Piomanomm soltim gratiam, sed Ma-
cedonum judicia, ac penè omnium deorum hominumque
consensum collegit, per quse omnia se mihi parem in oerta-
mine non futurum crediderit; idem , tanquàm in aliis omni-
bus rébus infestior essem , ad sceleris spem,ultimam confu-
gisse me insimulat. Vis hanc formulam cognitionis esse, ut
uter timueritne alter dignior videretur regno, is consilium
?
opprimendi fratris cepisse judicetur ? Exsequamur tamen
quocunique modo conficti ordinem crîminis. Pluribus modis
se petitum criminatus est, et omnes insidiarum vias inunum
diem contulit. Volui interdiù eum post lustrationem, cùm
concurrimus, et quidem, si diis placet, lustrationum die oc-
cidere : volui, cùm ad cœnam invitavi, veneno scilicet toi
1ère; volui, cùm comessatum gladiis accincti me secuti
sunt, ferro interficere. Tempora quidem qualia sint ad par-
3
ricidium elecla vides ; lusûs, convivii, comessationis. Quis
r
dies? qualis ? Quo lustratus exercitus ; quo inter divisam vi-
ctimam 4 praclafis omnium, qui unquàm fuêre, Macedoniae re-
gum armis regiis, duo soli tuategentes latera, pater, praevecti
sumus! etsecutum est Macedonum agmen. Hoc e g o , etiam
si quid ante admisissem piaeulo dignum, lustratus etexpiatus
sacro, tùm cùm maxime in hostiam itineri nostro circumda-
tam intuens, parricidium, venena, gladios in comessationem
préparâtes, volutabam in animo,ut quibus aliis deindè sa-
nris contaminatam omniscelerementem expiarem ! Sed erceus
crimiuandi cupiditate animus, cùm omnia suspecta efficere
vult, aliud alio confondit. Nam si veneno te inter cœnam tôl-
ière volui, quid minus aptum fuit quàm pertinaci certamine
et concursu iratum te efficere, ut meritô , sicut fecisti, invj-
latus ad cœnam abnueres? cùm autem iratus negâsses, utrùm
ut placarem te danda opéra fuit, ut aliam quccrerem occasio-
nem, quoniam semel venenum paraveram? an ab illo consilio
vel ut transiliendum ad aliud fuit, ut ferro te, et quidem eo
die, per speciem comessationis occiderem ? Quo deindè modo,
si te metu mortis credebam cœnam évitasse meam, non ab

1
Persée. 4
Pour !a Iustration, Pon parta-
2
Exposons le plan. geait une victime en deux, ei l'armée
1
fratricide. défilai! au milieu.
PUIUiMMi, ï'KKSKË KT DEMKT1UU5. 13.1

eodem metu comessationem quoque evitaturum existimabam ?


Non est res quâ erubescam , pater, si diefesto inter a;quales
largiore vino sum usus. Tu quoque velim inquiras quâ lai-
titiâ, quo lusu apud mecelebratum besternum convivium sit;
illo etiam (pravo forsitan) gaudio provehente, quod in ju-
venili armorum certamine pars nostra non inferior fuerat.
Miseria haoc et metus crapulam facile excusserunt; quas si non
intervenissent, insidiatores nos sopiti jaceremus. Si domum
tuam expugnaturus, capta domo dominum interfectu rusera m,
non temperâssem vino in unum diem ? non milites abstinuis-
sem meos? Et ne ego me solus nimiâ simplicitate tuear, ipse
quoque minime malus ac suspicax frater, « nihil aliud scio,
inquit; nihil arguo, nisi quod cum ferro comessatum vene-
runt. » Si quaeram undc id ipsum scieris, necesse orit te fa-
teri aut speculatorumtuornm plenam domum fuisse meam,
aut illos ita apertèsumpsisse ferrum ut omnes vidèrent. Et, ne
quid ipse aut priùs inquisisse aut nunc crïminosè argumen-
tari videretur, te quaerere ex iis quos nominâsset jubebat
an ferrum habuissent, ut tanquam in re dubiâ, cùm id
qusesisses, quod ipsi fatentur, pro convictis haberentur. Quin
tu illud quseri jubés, num tuî occidendi causa ferrum sum-
1
pserint? num me auctore et sciente ? Hoc enim videri vis ,
non illud quod fatentur et palàm est, et sut se tuendi causa
sumpsisse dieunt. Rectè an perperàm fecerint, ipsisuifacti
rationom reddent. Meam causam, quae nibil eo facto contin-
gitur, ne miscueris ; aut explica utrùm apertè an clàm te ag-
gressurifuerimus. Si apertè, cur non omnes ferrum habuimus ?
cur nemo praeter eos qui tunm speculatorem pulsarunt? Si
clàm, quis ordo consilii fuit? Convivio soluto, cùm comes-
2
sator ego discessissem, quatuor substitissent , ut sopitum te
aggrederentur? Quomodo fefellissent et alieni, et mei, et
maxime suspecti, quia paulo antè in rixâ fuerant? quatuor
gladiis domus tua capi et expugnari potnit !
Quin tu, omissâ islâ nocturnâ f a b u l a , ad id quod doles ,
3
quod invidiam urit, reverteris ? Cur usquàm regni lui rneu-

1
Voilà ce que tu voudrais faire restés pour te surprendre endormi?
croire, et non ce, etc. "•Crois-moi, reviens au vrai motif
2
Après mon départ de chez toi, de (on chagrin, ci dis franchement :
quatre de mes gens seraient donc Pourquoi pî\rle-i-on, etc ?
136 T1TE-LÏ\E.

tio lit, Demetri? Cur dignior patris fortune successor qui-


busdam videris quàm ego? Cur spem meam, quse si tu non
esses certa erat, dubiain et soliieitam facîs? Hsec sentit Per-
seus, etsi non dieit; hacc istum inimicum, hacc accusatorem
faciunt, haec domum, haec regnum tuum criminibus et|sus-
picionibus replent. Ego autem, pater, quemadmodùm nec
nunc sperare regnum, nec ambigere unquàm de eo forsitan
debeam, quia minor sum, quia tu me majori cedere vis, sic
illud nec debui facere nec debeo, ut indignus te pâtre, indi-
gnus omnibus videar; id enim vitiis meis, non cedendo cui
jus fasque est, non modestiâ, consequar ».
Romanos objicis mihi, et ea quse gloriae esse debent in
crimen veitis. Ego nec obses Romanis ut traderer, nec ut
legatus mitterer Romam petii ; a te missus, ire non recusavi ;
utroque tempore ita me gessi, ne tibi pudori, ne regno tuo,
ne genti Macedonum essem. Itaque mihi cum Romanis ami-
citias causa tu fuisti, pater; quoad tecum illis pax manebit,
mecum quoque gratiaerit; si bellum esse cœperit, qui obses,
qui legatus pro pâtre non inutilis fui, idem hostis illis acerri-
mus ero. Nec hodiè ut prosit mihi gratia Romanonim po-
stulo; ne obsit tantùm deprecor; nec in bello crcpit, nec ad
bellum reservatur. Pacis pignus fui *, ad pacem retinendam le-
gatus missus sum; neutra res mihi nec gloriac nec crimini
sit. Ego si quid impie in te, pater, si quid scélérate in fratrem
admisi, nullam deprecor pœnam ; si innocens sum, ne invidiâ
conflagrem, cùm crimine non possim, deprecor.
Non hodiè me primùm frater accusât ; sed hodiè primùm
apertè, nullo meo in se merito. Si mihi pater succenseret,
te majorem fratrem pro minore deprecari oportebat; te ado-
lescentiao, te errori venïam impetrare; in eo, ubi praesidium
esse oportebat, ibi exitium est. E convivio et comessationibus
2
propè semisomnus raptussum ad causam parricidii dicen-
dam; sine advocatis, sine patronis, ipse pro me dicere cogor.
Si pro alio dicendum esset, tempus ad meditandam et com-
ponendam orationem sumpsissem, cùm quid aliud quàm
ingenii famâ periclitarer ? Tgnarus quid arcessitus essem , te
iratum etjubentem dicere causam, fratrem accusantem au-
divi. Ille diù ante praeparata, meditata in me oratione est

* Je me rendrais indigne. - Fratricide.


PAUL-ËMILË. 137
usus, ego id tantum temporis quo accusatus sum ad co-
gnoscendum quid ageretur habui. Utrùm momenlo illo horae
accusatorem audirem? an defensionem meditarer? attonitus
repentiuo atque inopinato malo, vix quid objieeretur intelli-
gere poîui ; nedùm satis sciam quomodo me tuear. Quid mihi
spei esset, nisi patrem judicem haberem? apud quem etiam,
si caritate a fratre majore vincor, misericordiâ certè reus
vinci non debeo. Ego enim ut me mihi tibique serves pre-
cor; ille ut me in securitatem suam occidas postulat. Quid
eum, cùm regnum ei tradideris, facturum credis in me esse,
1
qui jam nunc sanguine meo^sibi indulgeri scquum censet ?

6° PaulÉmik. (Liv. X L V , ch. 8 et suiv. )


2
Prima percontatio fuit quâ subactus injuria contra po-
pulum romanum bellum tam infesto animo suscepïsset, quo
se regnumque suiuxi ad ultimum discrimen adduceret. C ù m ,
responsumexspectantibus cunctis, terrain intuens, diù tacitus
fleret, rursùm consul : « Si juvenis regnum accepisses, minus
3
equidem mirarer ignorasse te quàm gravis aut amicus aut
inimicus esset populus romanus. Nunc vero, cùm et bello
patris tui, quod nobiscum gessit, interfuisses, at pacis posteà,
quap cum summâ fide adversùs eum coluimus, meminisses,
quod consilium, quorum et vim bello et fidem in pace expertus
esses, cum iis tibi bellum esse quàm pacem malle? » Nec
interrogatus nec accusatus cùm responderet « TJtcumque
tamen baec, sive errore humano, seu casu, seu necessitate in-
ciderunt, bonum animum habe; multorum regum populo-

' « Cependant Démétrius, voyant de Démétrius, et il mourut avec le


bien que son penchant pour les regret amer d'avoir ôté le trône et
Romains le rendait de plus en plus la vie à un iils vertueux, pour lais-
suspect et que tôt ou tard il suc- ser l'un et l'autre à celui qui méritait
comberait sous les coups de Persée, la mort. » {Loriquet. )
prit le parti de s'enfuir en Tlaiie. 2
Le consul romain Paul-faniïe
Mais de faux amis le trahirent, et, à avait vaincu à Pydna Persée, roi de
lasoilieiïalion de Persée, Philippe Macédoine. II iit venir dans sa tente
lui fit donner un breuvage em- le roi captif et le fit asseoir en face
poisonné. Ce malheureux père re- de son conseil.
connut, dans la suite, l'innocenc? 3
De quel poids est l'amitié.
ÏJTE-Ll\K.

rumque casibus cognitâ populi romani clementia non modo


T
spem tibi, sed propè certain fiduciam salutis praebet. »
Haec graeco sermone Perseo; latine deindesuis : « Exemplum
insigne cernitis, inquit, mutationis rerum humanarum. Vobis
hocpraecipuè dico, juvenes. ïdeô in secundis rébus nihil in
quemquam superbe ac violenter consulere decet,nec prae-
senti credere fortunae , cùm quid vesper ferat incertum sit.
Ts demùm vir crit cujus animum nec prospéra flatu suo ef-
feret nec adversa infringet. »
a
Sed non Perseus tantùm per illos dies documentum hu-
manorum casuum fuit, in catenisante currum victoris ducis
per urbem hostium ductus, sed etiam victor P a u l l u s , auro
3
purpurâque fulgens. Nam duobus e filiis,quos, duobus datis
in adoptionem, solos nominis, sacrorum familiacque heredes
retinuerat domi, minor, fermé duodecimaunos natus, quinque
diebus ante triumphum, major, quatuordecim annorum,
iriduo post triumphum decessit; quos practextatos 4 curru
vehi cum pâtre, sibi ipsos similes pracdestinantes triumphos,
oportuerat.
5
Paucis post diebus , data a M . Antonio, tribuno plebis,
concione, cùm de suis rébus gestis more ceterorum inipera-
torum disseruisset, memorabilis ejus oratio et digna romano
principe fuit :
« Quanquàm et quàm féliciter rempublicam administra-
verim, et quôd duo fulmina domum meam per hos dies per-
culerint non ignorare vos, Quirites, arbitror, cùm spectaculo
vobis nunc triumphus meus, nunc funera liberorum meorum
fuerint, tamen paucis quacsosïnatis me cumpublicâ felicitate
comparare, eo quo debeo animo, privatam meam fortunam.
Profectus ex Italiâ, classem aBrundusio, soleorto, solvi ; nonâ
diei borâ cum omnibus meis navibus Corcyram tenui. Inde,
1 3
Persée fui amené à Rome, où il Quintus Fabius Maximus Êmî-
servîl d'ornement au triomphe de lianus, iils de Paul-Émile, avait été
PauI-Ëmile; puis on ]e jeta dans une adopté par la famille Fabia. Publius
prison, où il mourut deux ans après Cornélius Scipion Kmilianus, sur-
par suite des mauvais traitements nommé plus tard le second Africain,
deses geôliers. L a politique romaine avait été adopte par le second fds
était menteuse et cruelle comme du premier Africain.
toutes les politiques. « On ne quittait la robe prétexte
2
Lors du triomphe de Paul-Émile, qu'à quinze ans.
qui dura trois jours. s Convoquée pour Paul-Ëmile.
PAUL-Ëfif I L Ë . 139
quinto die, Delphis, A pollini pro me exercitibusque et classibus
1
vestris lustra saerificavi. A Delphis quinto die in castra
perveni ; ubi, exercitu accepto, mutatis quibusdam qnso magna
impedimenta victoriaï erant, progressus, quia inexpugnabilia
castra hostium erant, neque cogi pugnare poterat rex, inter
3
pracsidia ejus saltum ad Petram evasi et, ad pugnam rege
coacto, acie vici; Macedoniam in potestatem populi romani
3
redegij et quod bellum per quadriennium quatuor ante me
consules ita gesserunt, ut semper successori traderent gra-
vius, id ego quindecim diebus perfeci. Aliarum deindè secun-
darum rerum velut proventus secutus : civitates omnes Mace-
donise se dediderunt; gaza regia in potestatem venit; rex
ipse, tradentibus propè ipsis Diis, in templo Samothracuni
cum liberis est captus. Mihi quoque ipsi nimia jam fortuna
meavideri, eoque suspecta esse. Maris pericula timere cœpi,
in tanta pecuniâregiâ in Italiam trajiciendâ, et victore exer-
citu transportando. Postquàm omnia secundo navium cursu
iu Italiam pervenerunt, neque erat quod ultra precarer, optavi
ut, cùm ex summo rétro volvi fortuna consuesset, mutatio-
nem ejus do mus mea potiùs quàm respublica sentiret. Itaque
defunctam esse fortunam publicam meâtam insigni cala-
mitate spero, quod triumphus meus, velut ad ludibrium ca-
suum humanorum ,duobus funeribus liberorum meorum est
interpositus. E t , cùm ego et Perseus nunc nobilia maxime
sortis mortalium exempta spectemur, ille, qui ante se captives,
captivus ipse, duci liberos vidit, incolumes tamen eos hahet;
ego, qui de illo triumphavi, ab alterius funere filii, curru in
Capitolium, ex Capitolio ad alterum propè jam exspirantem
veni; neque ex tanta stirpe liberum superest qui L . yEmilii
Paulli nomen ferat. Duos enim, tanquam ex magnâ progenie
liberorum in adoptionem datos, Cornelia * et Fabia gens
habent; Paulli in domo, praeter se, nemo superest. Sed hane
claclem domûs mese vestra félicitas et secunda fortuna publica
6
eonsolantur. » Hacc, tanto dicta animo, magis confudere au-

1
Victimes expiatoires. * S'est acquittée de cette délie
- Le delilé voisin de Pétra, qui envers la fatalité,
5
était une ville forte delaMacédoine. La famille des Scipions.
1
11 n'y en eut que trois : Licinius, ' T)o si fréquents retours sur soi-
Koslilius el Marcius, disent les même ne conviendraient plus de
commentateurs. no* jours.
140 SALLUSTE.
1
dientium animos quàm si miserabilitcr orbitalem suam de-
flendo locutus esset.

SALLUSTE.

CONJURATION DE CATILINA.

Exorde. (Ch. 1-13.)


2 3
Omnis homines , qui sese student prastare ceteris ani-
1
malibus, summa openiti decet ne vitam silentio' transeant,
veluti pecora, quse natura prona atque ventri obedientia finxit.
5
S e d nostra omnis vis in animo et corpore sita est : animi
6
imperio, corporis servitio magis utimur; alterum nobis cum
dis, alterum cum beliuis commune est. Quo mihi rectius esse

1
Émurent les cœurs. est en tum. 11 a aussi conservé l'u-
2
« Les premiers chapitres de cette sage de 1*M, au lieu de Vi> dans les
histoire sont un lieu commun qui superlatifs, comme majcumus, pul-
n'a aucun rapport avec le sujet. cherrumus, et dans cetains verbes
Cette remarque a été faite depuis comme œslumo. Qu'il nous suffise
longtemps parQuintilien, qui a dit: d'en avoir averti une fois (î)-
Crispus Sali us t,hts in bello Jugur- 3
Qui ont à cœur de...
thino et Catilinario nihil ad histo- 4
Dans l'oisiveté, l'oubli ou l'ob-
riam pertincntibns principiis orsus scurité, ie silence qu'on laisserait
est. Cette observation ou cette cri- garder aux autres sur son propre
tique a été répétée bien des'fois de- compte. Le principe est fort bon,
puis Quintilien ; et même le prési- mais l'application difficile à faire.
dent de Brosses a jugé ces premiers Les saints, les héros, les savants et
chapitres tellement inutiles qu'il les scélérats ont fait parler d'eux.
les a détachés du reste de l'ouvrage, 5
Or. Salluste emploie souvent
en leur donnant le titre de Préface. » sed, pour atqui^ etc.
(Damas-Hinard.) p
Plus convenablement, plus com-
Au moins il faut convenir que munément ou plus utilement.
c'est une belle préface.
Salluste affecte d'employer des (r) Les savants devraient examiner si
c'est bien dans ces formes que résident les
archaïsmes,ou plutôt des héllénis- nrrlinïsmes de Salins te , car il n'est pas seul
mes dans son style; ainsi omnis, h les employer. Cela dépend des é d i t o n s .
omncis, pour omnes, et ainsi pour J e crois entrevoir la raison de cette erreur
les noms dont le génitif pluriel des modernes.
CONJURATION D E GATILINA. 141

videlur ingenii quàm virium opibus gloriam quœrere ; et, quo-


niam vita ipsaquâ fruimur brevis est, memoriam nostri quàm
maxumè longam effîcere Nam divitiarum et formac gloria
2
fluxa atque fragilis est, virtus clara aeternaque habetur.
Sed diu magnum inter mortalîs certamen fuit vine corpo-
3
ris an virtute animi res militaris magis procederet . Nam
et priusquàm incipias, consulto, et, ubi consulueris ma-
4
ture , facto opus est. Ita, utrumque per se indigens, alterum
alterius auxilio eget.
5
Igitur, initîo reges (nam in terris nomen imperii id pri-
6
muni fuit) diversi , pars ingenium, alii corpus exercebant;
etiam tum vita hominum sine cupiditate agitabatur ; sua cui-
que satis placebant. Posteà vero quàm in Asiâ Cyrus, in
Grseciâ Lacedacmonii et Àthenienses cœpêre urbes atque
nationcs subigere, lubidinem dominandi caussam belli ba-
bere, maxumam gloriam in maxumo imperio putare, tum dé-
muni periculo atque negotiis compertum est in bello pluri-
inum ingenium posse.
Quod si regum atque imperatorum animi virtus "> in pace
ita ut in bello valeret, ecquabiliùs atque constantiùs sese res
humana? haberent; neque aliud alio ferri, neque mutari ac
8
misceri omnia cerneres . Nam imperium facile his artibus
retinetur quibus initio partum est. Verùm, ubi pro labore
desidia, pro continentiâ et scquilate lubido atque superbia in-
vasêre, fortuna simul cum moribus immutatur. Ita imperium
semper ad optumum quemque λ à minus bono transferlur.

1
La gloire de la vertu, l'éclat citoyen de Genève : ïï formule de
du talent, le mérite. brii ïanles théories sous de séd uisants
2
Tel n'est ni le but de la vie ni sophismes; il va aisément du par-
le motif de la vertu. ticulier au général, et abuse parfois
:i
D'où naissent les succès dans étrangement de la synthèse et de
l'art militaire. l'induction. C'est le propre des es-
4
Mûrement 11 y en a qui joignent prits impatients du frein , des na-
mature a\ec,facto... Alors ils tra- tures violentes et indomptées, des
duisent par promptemeni. imaginations vives mal servies par
6
Rois, de regere, conduire, di- un jugement incomplet. Ils ren-
riger. contrent parfois la vérité, mais
u
Ayant des vues diverses ou des donnent aussi bien souvent dan.'-
goûts différents. l'erreur.
7
La force d'âme des rois et des * Au plus énergique, au plus habile.
généraux. Salluste ne voyait de vertu qu'au
s
Salluste ressemble beaucoup au de?î"r-.au dedans il n'y avait rien
142 SALLUSTE.

Quae hommes cirant, navigant, aedibeanl, virtuti omnia pa-


1
rent .
Sed multi mortales, dediti ventri atque somno, indocti in-
cultique, vitam sicuti peregrinantes transiêre; quibus pro-
iectô contra naturam corpus voluptati, anima oneri fuit.
1
Korum ego vitam mortemque j u x l à acstumo, quoniam de
utraque siletur. Verùni enim vero is demùm mihi vivere at-
que frui anima videtur qui, aliquo negotio intentus, prac-
3
clari facinoris aut artis bonac famam quacrit . Sed in maguâ
copia rerum, aliud alii natura iter ostendit.
Pulchrum est benè facere reipublicae; etiam benè dicere
haud absurdum* est. Vel pace vel bello clarum fieri licet; et
*;ui fecêre, et qui facta aliorum scripsêre, multi laudantur.
Ac mihi quidem, tametsi haudquaquam par gloria sequatur
5
scriptorem et auctorem rerum, tamen in primis arduum
videtur res gestas scribere : primùm , quod facta dictis sunt
exfcquanda ; dehinc, quia plerique, quse delicta reprehenderis,
6
malevolentiâ et invidia dicta putant : ubi de magna virtute
et gloriâ bonorum memores, qua; sibi quisque facilia factu
putat ccquo animo accipit; supra ea i, veluti ficta, pro falsis
ducit.
8
Sed ego adolescentulus initio, sicuti plerique, studio ad
rempublicam latus sum , ibique mihi adversa multa fuére.
Nam pro^ pudore, pro abstinentiâ, pro virtute, auda-
, 0
cia, largitio , avaritia vigebant. Quae tametsi animus asper-
1 1
nabatur, insolens malarum artium, tamen inter tanta vitia
imbecilla aîtas ambitione corrupta tenebatur : a c m e , cùm

à ses yeux, La vérité pour lui con- à


L'historien et le héros.
siste clans le succès. Vous êtes heu- (i
Ce que vous avez dit, on l'aï-
reux , donc vous êtes vertueux. De Iribue à ia malveillance. La phrase
nos jours aussi on a enseigné ces est incorrecte.
beaux principes. 7
Au-dessus de cela, au delà.
1
Tout est dans la dépendance des 8
Par j^oùt, aux affaires publi-
talents de l'esprit (virtuti). ques.
l
' A u même prix, de la même 9
Au lieu de.
valeur. 1(1
Les largesses que les ambitieux
:i
Cède pensée a été naguère déve- faisaient au peuple pour obtenir les
loppée avec talent par M. E. de suffrages.
Marperie, Lettres à un jeune homme 11
Inaccoutumé, n'étant pas ha-
sur la piété, lett. xix et suiv. bitué à d'odieuses pratiques. Sou-
1
^a,uréaMe, inutile, sans mérite. vent nos liaisons nous gâtent
CONJURATION DE CATILINA. 143
ab reliquorum malis moribus disseiitirem nihilominùs ho-
noris cupido eadem quse ceteros, fama atque invidia vexabat.
Igiturubi animus ex multis miseriis atque periculis requie-
vit, et mihi reliquam œtatem a republica procul habendam
decrevi, non fuit consilium socordiâ atque desidiâ bonum
2
otium conterere; neque verô agruni colendo, aut venando,
3
servilibus officiis intentum , aetatem agere; sed, a quo in-
cepto studio •* meambitio mala detinuerat, eôdem regressus,
5
statui res gestas populi romani carptïm , ut qmcque memoria
digna videbantur, perscribere, eô magïs quôd mihi a spe,
metu, partibus reipublic<e animus liber erat. Tgitur de Cati-
Unœ conjuraiione^ quàm verissumè potero, paucis absolvam.
Nam id facinus in primis ego memorabile existumo, sceleris
atque periculi novitate. De cujus hominis moribus pauca
priùs explananda sunt quàm initium narrandi faciam.
Lucius Catilina, nobili génère natus, fuit magnâ vi et
animi et corporis, sed ingenio malo pravoque. Iluic ab ado-
lesceutiâ beîla intestina, cœdes, rapinse, discordia civilis
grata fuêre*, ibique juventutem suam exercuit. Corpus patiens
inediae, algoris, vigilisc, suprà quàm cuiquam credibile est.
Animus audax, subdolus, varius , cujuslibet rei Simulator ac
dissimulator, alieni appetens, sui profusus, ardens in cupidi-
r
tatibus; satis éloquente, sapientiae parùm \ Vastus animus
immoderata, incredibilia, nimis altasemper cupiebat.
1
Celle assertion est plus que trait de Catilina joignez ce qu'en
suspecte. dit Salluste, ch. xiv, x v et xvt, et
2
Un loisir précieux. Cicéron, orat.pro Cœlio.v et vi,
1 08 e
Aux œuvres serviles, réservées n 12,13 et H ; et 2 Catilinaire, rv
os
aux serfs, aux esclaves. O n dit et v,n 7,8et9.«L.SergiusCatilina
qu'autrefois des personnages con- naquit vers l'an de Rome646. Après
sulairesne les dédaignaient pas. La avoir été successivement questeur
race des Fabricius s'est éteinte de en 675, proconsul en G80, préteur
nonne- heure. en 686, il brigue le consulat en 668 ;
1
Revenu au premier objet de mon et ayant été obligé, par arrêt du
application, dont.... sénat, de se désister de sa caudida-
* Par morceaux détachés. Il y a ture, il conspire une première fois
cependant des critiques qui af- contre Rome. En 690 il éprouve un
iirmeni que Salluste avait écrit une second refus dans la demande du
Histoire romaine tout entière. consulat et conspire une seconde

Assez d'éloquence, peu de juge- fois. En 691 il éprouve un troisième
ment Tels ont toujours été les ré- refus et forme alors une troisième
volulionnaires, les hérésiarques et conspiration , qui est celle que ra-
ies orateurs populaires. A ce pur- conte Salluste. » {Damas-Hïnard. )
144 SALLUSTE.
r
Hune post dominationem Lucii Suliac lubido maxuma
invaserat reipublicas capiundao : neque id quibus modis ad-
sequeretur, dùm sibi regnum pararet, quidquam pensi ha-
2 3
hebat . Agitabatur magis magisque in dies animus ferox
inopift rei familiaris et conscientiâ scelerum : quae utraque
his artibus auxerat quas suprà memoravi. Incilabaut practereà
corrupti civitatis mores, quos pessuma ac diversa inter se
maJa, luxuria atque avaritia vexabant.
Res ipsa hortari videtur, quoniam de moribus civitatis
2
tempus » admonuit, suprà repetere; ac paucis instituta ma-
jorum , domi militiœque quo modo rempublicam habuerint,
quantamque reliquerint, et ut paulatim immutata, ex pul-
cherrumâ et optumft, pessuma ac fiagitiosissuma facta sit,
disserere.
UrbemRomam, sicuti ego accepi, condidêre atquehabuêre
iaitio ïrojani, qui, /Eneâ duce, profugi, sedibus incertis va-
5
gabanlur; cùmque his Aborigènes , genushominum agreste,
6
sine Iegibus, sine imperio, liberum atque solutum . Mi posi-
quàm in una mœnia eonvenêre, dispari génère, dissimili lin-
giûy alii alio more viventes, incredibile memoratu est quàm
facilecoaluerint. Sedpostquàmres eorum, civibus, moribus,
agris aucta, satis prospéra satisque pollens videbatur, sicuti
1
Sylla, sous le nom de dictateur, advenœ. Les anciens supposaient
s'était emparé par la violence de que ces premiers habitants élaienl
l'autorité souveraine. sortis du limon de la terre; rêveries
2
Ne s'embarrassait point, ne s'in- dont il semhle qu'ils auraient pu se
quiélait point. Ce n'était pas pour désabuser en jugeant du passé par
lui une affaire. ce qui se passait actuellement sous
3
Fier, farouche, féroce. leurs yeux; mais aujourd'hui même
* L a circonstance. nous applaudirions encore â de pa-
s
v Les Aborigènes ; est-ce un nom reilles extravagances sans les lu-
propre, est-ce un nom commun? mières de la révélation, qui seule a
,
n t . „. » - pu nous apprendre la véritable
r
GrammalicL c m a t i t , et otlhuc sub uulicc . . . „,
0 n i n e
[ iis est. ( H O R A C E . ) 6 < ? t l a véritablebn del homme,
et nous donne des idées saines et
« Aborigènes, selon quelques étimo- sûres de la Divinité. » (Beauzée. )
logistes, veut dire absque origine, G indépendant. Remarquez que la
et selon d'autres ab ipsd terra ori- fondation de Rome n'est pas ra-
ginarii; ce qui est plus d'accord contée par Salluste comme par Tite-
avec le mot indigente, qui en était Live. Il n'est question ici ni de Ro-
synonyme et qui veut dire indè mulus, ni des Sabines , ni de beau-
f/eniti. Cela ne peut signiJier que coup d'autres inventions poétiques
les premiers habitants d'une contrée de l'écrivain de Padoue, qui est plu-
pour qui tous I P S survenants étaient tôt un romancier.
CONJURATION DE CATILINA. 145
pleraque mortalium habentur, invidia ex opulentiA orta est.
Igitur regespopulique finitimi bello tentare, pauci ex amicis
auxilio esse; nam CcCteri metu perçuIsi longé à periculisabe-
rant. At Romani, domi militircque intenti, festinare, parare,
alius alium hortari ; hostibus obviam ire; Jibertatem, patriam,
parentesque armis tegere. Post, ubi pericula virtute propu-
lerant, sociis atque amicis auxilia portabant ; magisque dandis
quàm accipiundis beneficiis amicitias parabant.
1
Imperium legitimum, nomen imperii regium habebant .
Delecti, quibus corpus annïs infirmum, ingenium sapientiâ
validum erat, reipublicae consultabant : hi vel a3tate, velcurac
similitudine, Patres appellabantur \
Post, ubi regium imperium, quod initio conservandsc li-
bertatis atque augendae reipublicsc fuerat, in superbiam do-
minationemque se convertit, immutato more, annua imperia
binosque imperatores sibi fecêre. Eo modo minumè posse
putabant per licentiam insolescere anïmum humanum.
Sed eâ tempestate coopère se quisque magis extollere, ma-
3
gisque ingenium in promptu habere . Nam regibus boni
quàm mali suspectiores sunt, semperque his aliéna virtus
formidolosaest*''. Sedcivitas, incredibile memoratu est, adepta
5
libertate , quantum brevi creverit : tanta cupido gloriœ in-
cesserat! Jam primùm juventus, simul ac belli patiens erat,
in castris per laborem usu militiam discebat. Igitur talibus
viris non labor insolitus, non locus ullus asper aut arduus
erat, non armatus hostis formidolosus : virtus omnia domue-

1
Leur gouvernement était fondé et la sécurité ne sera plus possible.
sur des lois ; le nom des représen- Voyez toutes les républiques mo-
tants de l'autorité était un nom dernes ou môme les gouverne-
royal. C'est à peine si Salluste ose ments démocraliques; rien de plus
hasarder cette expression, tant le sottement prétentieux que leurs
nom de roi semblait de nature à citoyens, et rien de moins stable
effaroucher ces républicol titres de que leurs constitutions. Ce serait un
Romains abâtardis ! miracle qu'il en fût autrement.
2
Ceci était très-sage, car mal- Chacun avait donc toujours son
heur aux peuples dont ïes rois sont génie à la main, pour le faire valoir.
des enjants, dit l'Ecriture,Ecoles, x, * Voilà une calomnie au poinlde
10. Voy. Mort de Catilina. vue général.
3 C'est la conséquence inévitable s
Maxime fausse si elle signifie
du principe posé. Si tous et chacun que la liberté est incompatible avec
peuvent parvenir au pouvoir, l'am- la monarchie. Et puis la liberté
bition ne connaîtra plus de bornes, n'est pas la licence.
T, t. 7
14G SALLUSTE,

rat. Sed gloriœ maxumum certamen inter ipsos erat : se


quisque hostem ferire, murum ascendere, conspici, dum
taie facinus faceret, properabat : eas divitias, eam bonam
famam magnamque nobilitatem putabant- Laudis avidi, pe-
cuniœ libérales erant; gloriam îngentem, divitias honestas
volebant. Memorare possem quibus in locis maxumas ho-
stium copias populus romanus parvâ manu fuderit, quasurbes
naturâ munitas pugnando ceperit, ni ea res longiùs nos ab
incepto traheret.
1
Sed profectô fortuna in omni re dominatur : ea res cun-
ctas, ex lubidine magis quàm ex vero , célébrât obscuratque.
Atheniensium res gestse, sicuti ego existumo, satis amplse
magnificacque fuëre; verùm aliquantô minores tamen quàm
famâ feruntur. Sed quia provenêre ibi magna scriptorum in-
génia , per terrarum orbem Atheniensium facta pro maxumis
celebrantur. Ita eorum qui ea fecêre virtus tanta habetur,
quantum verbis eam potuêre extollere prseclara ingénia. A t
populo romano numquàm ea copia fuit, quia prudentissi-
2
m u s quisque negotiosus maxumè erat ; ingenium nemo sine
corpore exercebat, optumus quisque facere quàm dicere, sua
ab aliis benefacta laudariquàm îpsealiorum narrare malebat.
Igitur domi militiscque boni mores colebantur. Concordia
maxuma, minuma avaritia erat; jus bonumque apud eos
non legibus magis quàm naturâ valebat. Jurgia, discordias,
simultates cum hostibus exercebant; cives cum civibus de
3
virtute certabant . In suppliciis * deorum magnifici, domi
parci, in amicos fidèles erant. Duabus his artibus, audacia
in bello, ubi pax evenerat aequitate, seque remque publicam
<ïurabant. Quarum rerum ego maxuma documenta haec habeo ;
quod in bello sacpiùs vindicatum est in eos qui contra impe
5
rium in hostem pugnaverant , quique tardiùs, revocati,

1
L e hasard, la fortune, le sort. que Salluste ne dit pas tout, et
- Les plus habiles, les plus savants qu'il y avait bien, même alors,
étaient aussi les plus affairés, les quelques petites misères dans l'Etat
plus occupes au service de Vfttat et et dans les familles.
n'avaient pas le, temps d'écrire.— fl
Dans les supplications adressées
Inutile de faire remarquer combien aux dieux, les sacrifices et autres
ce portrait est flatté. cérémonies religieuses.
;i
On se croirait chez les premiers * « On connaît la rigueur avec
chrétiens. Il est pourtant à croire laquelle le dictateur A . Posthumius
CONJURATION DE CATILLNÂ. 147

prsclio excesserant, quàm qui signa relinquere aut pulsi


loco ceclere ausi erant; in pace verô beneficiis magis quàm
metu imperium agitabant, et, accepta injuria, ignoscere quàm
persequi malebant.
Sed ubi labore atque justitiâ respublica crevit, regesmagni
bello domiti, nationes ferac et populi ingentes vi subacti, Car-
thago, œmula imperii romani, ab stirpe interiit, cuncta maria
temequepatebant ; fortuna sœvireacmiscereonmiacœpit Qui
labores, perîcula, dubias atque asperas res facile toleraverant,
iis otium,'divitise, optanda) aliis, oneri miseriacque fucre.
Igitur primo pecuniao, deindè imperii cupido crevit : ea quasi
materies omnium malorum fucre. Namqueavaritia fidem,pro-
1
bitatem ceterasque artes bonas subvertit; pro bis superbiam,
crudelitatem, deos negligere, omnia venalia babere edocuit.
Ambîtio multos mortalîs falsos fieri subegit; aliud clausum
in pectore, aliud in linguâ promptum habere amicitias ini-
a
micitiasque non ex re , sed ex commodo, acstumare ; magis-
que vultum quàm ingenium bonum habere. Haec primo
paulatîm crescere, interdùm vindicari. Pôst, ubi contagio,
quasi pestilentia, invasit, civitns immutata, imperium, ex
justissumo atque optumo, crudele intolerandumque factum.
Sed primo magis ambitio quàm avaritia animos bominum
3
exercebat ; quod tamen vitium propiùs virtutem erat. Nain
gloriam, bonorem, imperium bonus et ignavus aequè sibi
exoptant : sed ille verâ via nititur; huic quia bonai artes
1
desunt, dolis atque fallaciis contendit. Avaritia peeunia
studium habet, quam nemo sapiens concupivit * ; ea,
quasi venenis malis imbuta, corpus animumque virilem
5
effeminat; semper infinita , insatiabilis est; neque copia
neque inopiâ minuitur. Sed postquàm L - Sulla, armis re-

et le consul Manlius Torquatus venir une vertu; elle sert comme


condamnèrent leurs enfants à d'acheminement vers le bien; mai-,
mort. » ( Damas-Hinard.) Foy* elle demande à être dirigée.
Mort de Calilina. 1
Quel désintéressement ! Bien-
1
Les nul res vertus, qui sont en heureux tes pauvres en esprit, dit
effet de véritables arts et s'ac- l'Évangile, ceux qui ne désirent
quièrent par un exercice soutenu point les richesses : nemo sapiens
et. prolongé. concupivit.
2
Kon d'après le mérite, mais 5
Toujours sans bornes, elle est
d'après le profit et les avantages. insatiable. C'est, un gouffre béant
3
L'ambition, en effet, peut de- qui dit toujours : Apporte!
SALLUSTE.

cepta republicâ *, bonis initiis malos eventus habuit, rapere


omnes, trabere; domum alius,alius agros cupere, neque
modum neque modestiam victores habere; fœda crudeliaque
in civîs facinora facere. Hùc accedebat quod L . Sulla
exercitum, quem in Asiam ductaverat, quo sibi iidum
faceret, contra morem majorum, luxuriosè nimisque li-
beraliter habuerat*. Loca amœna, voluptaria facile in otio
ferocîs militum animos molliverant. Ibi primùm insuevit
3
exercitus populi romani amare, potare; signa , tabulas pictas,
vasa cœlata mirari ; ea privatim ac publiée rapere; delubra
spoliare; sacra profanaque omnia polluere. Igitur hi.milites,
postquàm victoriam adepti sunt, nihil reliqui victis fecêre<
5
Quippe secundsc res sapientium animos fatigant ; n e illi,
-corruptis moribus, victorise lemperarent.
Postquàm divitia? honori esse cœpëre, et eas gloria, im-
perium , potentia sequebatur, hebescere virtus, paupertas
probro haberi, innocentia pro malevolentiâ duci cœpit. Igitur
ex divitiis juventutem luxuria atque avaritia cum superbiâ
invasêre; rapere, consumere ; sua parvi pendere, aliéna cu-
6
pere ; pudorem, pudicitïam , divina atque humana promiscua,
nihil pensi neque moderati habere 7. Operae pretiumest,
cùm domos atque villas cognoveris in urbium modum exœ-
dificatas, visere templa deorum quse nostri majores, reli-
8
giosissumi mortales, fecêre . Verùm illi delubra deorum
pietate, domos sua gloriâ decorabant; neque victis quidquam
prccter injuriai licentiain eripiebant. At hi contra ignavissunu
homines, per summum scelus, omnia ea sociis adimere quan
fortissumi viri victores hostibus reliquerant ; proinde quasi
injuriam facere, id demùm esset imperio uti.
1
Après avoir délivré et recons- dérément de la victoire? autrement
titué, ou plutôt reconquis pour ne serait pour nedum.
sou propre compte, la république 6
Plus de honte, plus de pudeur.
romaine eût démenti ses beaux 7
Plus de devoir ni de modéra-
commencements par de mauvais tion.
procédés. 8
Horace disait quelques années
2
L'avait laissé vivre. plus tard :
3
Des statues.
* Ne laissèrent rien aux vaincus. D P lie ta majorum immerltus lues.
5
On a proposé de lire nœ, avec Romane, do nec templa refeceris ,
jËdesque labentes deorum et
interrogation , en l'orme d'à .for-
Fœda nigro simulacra f u m o .
tiori. Si la prospérité ébranle même
(Od, vi, 1, ut.)
les sages, ceux-ci auraient usé mo-
CONJURATION D E CAT1L1NA. M9

Nam quid ea memorem quaï, nisi iis qui videre, nemini


credibilia sunt, a privatis compluribus subversos montes,
maria constrata esse? Quibus mihi videntur ludibrio fuisse
divitiae ; quippe, quas honestè habere licebat, per turpitudi-
nem abuti properabant. Vescendicausa, terra mariqueomnia
exquirere ; dormire priùs quàm somni cupido esset ; non famem
aut sitim, neque frigus, neque lassitudinem opperiri, sed
ea omnia luxu antè capere. Hacc juventutem, ubi familiares
opes defecerant, ad facinora incendebant. Animus, imbutus
malis artibus, haud facile lubidinibus carebat; eo profusiùs
omnibus modis quaestui atque sumptui dedituserat.

Mort de Catilina. (Ch. 52-61. )


1
Postquàm César dicendi finem fecit , ceteri verbo, alius
alii varié assentiebantur : at Marcus Porcius Cato, rogatus
sententiam, hujuscemodi orationem habuit :
2
« Longe mihi alia mens est, P . C . , cùm res atque pericula
nostra considero et cùm sententias nonnullorum mecum ipse
reputo. Illi mihi disseruisse videntur de pœnâ eorum qui pa-
triac, parentibus, aris atque focis suis bellum paravêre. Res
autem monet cavere ab illis magis quàm quid in illos sta-
3
tuamus consultare. Nam cetera maleficia tùm persequare
ubi facta sunt; hoc, nisi provideris ne accidat, ubi evenit,
frustra judicia implores. CaptA urbe, nihil fit reliqui victis.
Sed, per Deos immortalîs, vos ego appello, qui semper do-
mos, villas, signa'», tabulas vestras pluris quàm rempubli-
1
J . César, partisan secret de Ca- * Patres Conscriptlj sénateurs
tilina, venait de faire un discours (Pères inscrits sur un même rôle
chaleureux, mais sophistique, en et chargés de veiller aux intérêts
faveur des conjurés : il votait pour de la famille romaine; voy. ci-dcs-
une simple déportation dans quelque sus, p . 145, note 2). On dit que ce
ville de l'empire qu'aurait choisie fut à ce moment, c'esl-à-dîre entre
Cicéron lui-même. Ce sentiment le discours de César et celui Caton,
était bien doux , surtout pour cette que Cicéron prononça sa quatrième
époque; mais César parlait en Catilinaire. Nous ne pensons pas
homme intéressé, et il savait qu'a- qu'il en soit ainsi,
3
près la mort il n'y avait plus de Les autres crimes et méfaits,
4
ressource. Nous allons entendre Vos statues. Il fait semblant de
Caton tenir un tout autre langage, tonner contre le luxe d'alors.
SALLUSTE.

cam fecistis; si ista, cujuscumque modi sint, quae amplexa-


mini, retinere; si voluptatibus vestris otium pracbere vultis,
1
oxpergiscimini aliquando, et capessite rempublicam. Non
nunc agitur de vectigalibus, non de sociorum injuriis ; liber-
tas et anima nostra in dubio est. Sœpenumerô, P . C , multa
%
verba in hoc ordine feci; sscpè de luxuria atque avaritia
uostrorum civium questus suin ; multosque mortalîs eâ caussft
advorsos habeo. Qui mihi atque animo meo nullius uuquàm
3
delicti gratiam fecissem , haud facile alterius lubidini maie-
facta condonabam. S e d , ea tametsi vos parvi pendebatis, ta-
men respublica firma erat ; opulentia negligentiam tolerabat.
(Vunc verô non id agitur, bonisne an malis moribus viva-
mus ; neque quantum aut quàm magnificum imperium po-
puli romani sit; sed liscc, cujuscumque modi videntur, no-
stra an nobiscumnnà hostium futura sint. Iïîc mihi quisquam
mansuetudinem et misericordiam nominat! J a m pridem equi-
dem nos vera rerum vocabula amisimus : quia, bona aliéna
largiri, liberalitas ; malarum rerum audacia, fortitudo vo-
catur; ecH respublica in extremo sita est. Sint sanè, quo-
niam ita se mores habent, libérales ex sociorum fortunis ;
5
sint miséricordes in fnribus aorarii; n e illi sanguinem nos-
trum largiantur; et, dùm paucis sceleratis parcunt, bonos
omnîs perditum eant.
« Benè et composite Caius Cassar paulô antè in hoc ordine
de vitA et morte disseruit; credo, falsa existumans ea qua)
de inferis memoranturdiverso itinere malos a bonis? loca
tetra, inculta, fœda atque formidolosa habere. Itaque censuit

1
Détendez, soutenez, protégez. Narratur rt prisci Catonî.s
:;
Daus cette assemblée, qui est Srepe mero caïuisse virtus.
(Où. xxz, l. ter.)
un des trois ordres de. l'État. U y
avait les sénateurs, les patriciens Sœpc, ici, n'est pas une calomnie; le
et les plébéiens. vertueux censeur s'échauffait sou-
3
Moi qui ne me serais jamais vent, comme jadis Socrate. Y o i l à
fait grâce d'aucun crime el qui ne néanmoins les saints du paganisme,
m'en serais pas même pardonné la 4
C'est par là que, voilà comment.
simple pensée. L'Écriture sainte 5
Mais qu'au moins, ils ne pro-
nous dit : Laitdet ie alicnus et non
f diguent pas notre sang.
os tuvm fProv, 27, 2 ) , attendez 6
César était un matérialiste qui
qu'on vous loue et ne prenez pas le niait l'immortalité de l'âme.
soin de le faire vous-même. Le sage "* Q u e les méchants arrivent, par
et rigide Caton avait bien quelques un chemin différent de celui des
petits défauts. Horace disait de lui : bons , à des régions...
CONJURATION D E CATILINA 151

pecunias eorum publicandas ; ipsos per municipia in custo-


diis habendos ; videlicetne, si Homcc sint, aut a populari-
bus conjurationis, aut a mullitudine conductâ, per vim
eripiantur. Quasi verô mali at({ue scelesti tantummodô in
TTrbe et non per totam Italiam sint, aut non ibi plus possil
audacia, ubi ad defendendum opes minores sunt. Quarè va-
num equidem hoc consilium est, si periculum ex illis metuit;
sin, in tanto omnium metu, solus non timel, eo magis refert
me mihi atque vobis timere. Quarè, cùm de Publio Lentulo
ceterisque statuetis, pro certo habetote vos simul de exercitu
Catilinac et de omnibus conjuratis decernere. Quantô vos
attentiùs ea agetis, tantô illis animus infirmior erit; si pau-
iulùm modo vos languere viderint, jam omnes féroces ade-
runt. Noiite existumare majores nostros armis rempublicam
ex parvâ magnam fecisse. Si ita res esset, multo pulcherru-
mam eam nos haberemus; quippè sociorum atque civium,
pratereà armorum atque equorum major copia nobis quàm
illis est. Sed alia fuêre quse illosmagnos fecêre, qux nobis
nulla sunt; domi industria ; foris justum imperium ; animus
in consulendo liber, neque delicto neque lubidini obnoxius-
Prohis nos habemus luxuriam atque avaritiam ; publiée eges-
tatem, privatim opulentiam : laudamus divitias; sequimur
inertiam ; inter bonos et malos discrimen nullum ; omnia vir-
tutis pracmia ambitio possidet. Neque mirum, ubi vos separa-
tîm sibi quisque consilium capitis; ubi domi voluptatibus
hîc pecunise aut gratiœ servitis ; eô fit ut impetus fiât in vacuam
rempublicam. Sed ego hacc omitto. Conjuravêre nobilissumi
cives patriam incendere; Gallorum gentem, infestissumam
nomini romano, ad bellum arcessunt; dux hostium cum
exercitu supra caput est. Vos cunctamini etiam nunc, et
dubitatis quid intra mocnia deprehensis bostibus faciatis! Mi-
sereamini, censeo; deliquêre homines adolescentuli per am-
bitionem : atque etiam armatos dimittatis. Nœ ista vobis man-
suetudo et misericordia, si illi arma ceperint, in miseriam
1 2
vertet . Scilicct res ipsa aspera est ; sed vos non timetis eam.
Immô vero maxumè; sed inertiâ et mollitiâ animi, alius alium
exspectantes cunctamini, videlicet diis immortalibus confisi,

1
Tournera à voire malheur.
- lift conjuration est terrible el embarrassante: mais...
152 SALLUSTE.

qui hanc rempublicam in maxumis sœpè periculis servavêre.


1
Nonvotis neque suppliciis muliebribus auxilia deorum pa-
rantur; vigilando, agendo, benè consuleudo, prospéré om-
nia cedunt. Ubi socordias te atque ignavisc tradideris, ne-
quicquam deos implores; irati infestique sunt. Apud majores
nostros, Aulus Manlius Torquatus bello Gallicofilium suum,
quôd is contra imperium in hostem pugnaverat, necari jus-
7
sit . Atque ille egregius adolescens immoderatae fortitudinis
morte pœnas dédit. V o s , de crudelissumis parricidis quid
statuatis cunctamini ! Videlicet vita cetera eorum huic sce-
leri obstat. Verùm parcite dignitati Lentuli, si ipse pudici-
tise, si famae suze, si diis aut hominibus unquàm ullis pe-
percit. Ignoscite Cethegi adolescentiac, nisi iterùm jam
patriac bellum fecit. Nam quid ego de Gabinio, Statilio, Ce-
pario loquar : quibus, si quidquam pensi unquàm fuisset,
non ea consilia de republicâ habuissent.
« Postrernô, P . C , s i , me herclè! peccato locus esset,
facile paterer vos ipsâ re corrigi, quoniam verba contemnitis;
sed undiquè circumventi sumus. Catilina cum exercitu in
faucibus urget ; alii intra mœnia atque in sinu urbis sunt
hostes. Neque parari, neque consuli quidquam occulté po-
test; quo magis properandum est. Quarè ita ego censeo :
« Cùm nefario consilio sceleratorum civium respublica in
maxumapericula venerit, hique iiidicio T. Folturtii elle-
gatorum Allobrogum convicti confessique sint cœdem, in-
cendia aliague fœda atque crudelia facinora in cims pa-
triamque paravisse, de confessis sicuti de manifestis*
9

rerum capitalium, more majorum, supplicium sumendum. »


Postquàm Cato assedit, consulares itemque senatûs magna
pars sententiam ejus laudant; virtutem animi ad cœlum
ferunt;alii alios increpantes, timidos vocant; Cato clarus
atque magnus habetur ; senati decretum fit, sicut ille censue-
rat. Sed mihi multa legenti, multa audienti quse populus ro-

1
Parties supplications. En tant succès de ces moyens humains,
qu'elle est exclusive, cette maxime c'est une erreur dangereuse qui
est fausse. Sans doute la prière seule ôle à Dieu sa part dans le gou-
nesuflil pas toujours pour assurer vernementdcs choses de ce monde,
2
le succès d'une entreprise; souvent Voy. ci-dessus, p. 14G, note 5.
?i
il faut employer l'activité, le Ira- Aveu vaut conviction, dît la
vail, etc.; mais faire dépendre le maxime.
CONJURATION m C4TIUNA. 153

inanus domi militiœque, mari atque terra pra?clara facinora


lecit, forte lubuit attendere quœ res maxumè tanta negotia
sustinuisset. Sciebam saepenumero parva manu cum magnis
legionibus bostium contendisse ; cognoveram parvis copiis
bella gesta cum opulenlis regibus : ad hoc sanpc fortune vio-
lentiam tolérasse ; facundiâ Grœcos, gloria belli Gallos ante
Romanos fuisse. Àcmihi multa agitanti constabat paucorum
civium egregiam virtutem cuncta patravisse; eoque factum
uti divitias paupertas, multitudinem paucitas superarel. Sed,
postquàm luxu atque desidià civitas corrupta est, rursùs
respublica magnitudine sua imperatorum atque magistratuum
r
vitia sustentabat; ac sicuti effeta parente , multis tempes-
2
tatibus baud sanè quisquam Romac virtute magnus fuit.
Sed, memoriâ mea, ingenti virtute, diversis moribus fuêre
viri duo, M . Calo et C. Cacsar : quos, quoniam res obtulerat,
silentio prscterire non fuit consilium, quin utriusque naturam
et mores, quantum ingenio possem, aperirem.
Igitur his genus, aclas, eloquentia propè acqualia fuêre;
magnitudo animi par, item gloria, sed alia alii. Cacsar be-
neiiciis ac muniiicentiâ magnus habebatur; integritate vitae
Cato. Ille mansuetudine et misericordiâ clarus factus; buic
severitas dignitatem addiderat. Cœsar dando, sublevando,
ignoscendo; Cato, nihil largiundo gloriam adeptus est. In
altero miserisperfugiumerat; in aiteromalis peruicies : illius
facilitas, hujus constantia laudabatur. Postremô Cœsar in
animum induxerat laborare, vigilare; negotiis amicorum in-
tentus, suanegligere ; nihil denegarequod donodignum esset;
sibi magnum imperium, exercitum, bellum novum exopta-
bat,ubi virtus enitescere posset. At Catoni studium mode-
stiae, decoris, sed maxumè severitalis erat. Non divitiis cum
divite, neque factione cum factioso, sed cum strenuo vir-
tute, cum modesto pudore, cum innocente abstinente cer-
3
tabat; esse quàm vicîeri bonus malebat ; ita quo minus glo-
riam petebat, eô magis adsequebatur.
Postquàm, ut dixi, senatus in Catonis sententiam discessit,

2
'Il semblait que la mère qui avait * Durant de longues années,

engendré tant de grands hommes La vie de César et de Calon
n'en pouvait plus porter dans son donne un démenti formel aux flat-
sein ; elle était épuisée. teries de Salluste.
7,
i 54 SALLUSTE.

consul optumum facturatus noctem quae instabat antecapere,


1
ne quid eo spatio novarelur, triuniviros quae ad suppliciuni
postulabat parare jubet; ipse, preesidiisdispositis, Lentulum
in carcerem deducit; idem fit ceteris per practores. Est in
carcere locus, quod Tuïlianum* appellatur, ubi paululùm
descenderisad Iscvam, circiter duodecim pedes humidepressus;
eum muniuntundiquè parietes, atque insuper caméra lapideis
3
fornicibus vincta ; sed incultu*, tenebris, odore focda atque
terribilis ejus faciès. In eum locum postquàm demissus L e n -
tulus, vindices rerum capitalium, quibus prscceptum erat,
laqueo gulam fregôre. Ita ille patricius, ex gente clarissuma
5
Corneliorum, qui consulare imperium Romas habuerat , di-
gnum moribus factisque suis exitum vitsc invenit. De Cethe-
go, Statilio, Gabinio, Cepario eodem modo suppliciuni sum-
ptum est.
Dùm ea Romœ geruntur, Catilina, ex omni copia quam et
ipse adduxerat et Manlius habuerat, duas legiones instituit;
cohortes pro numéro militum complet; dein, uti quisque vo-
luntarius aut ex sociis in castra venerat, œqualiter distribue-
rat ; ac brevi spatio legiones numéro hominum expleverat,
cùm initio non ampliùs duobus millibus habuisset. Sed ex
omni copia circiter pars quarta erat militaribus armis in-
fi
structa; ceteri, uti quemque casus armaverat, sparos aut

1
a 11 s'agit ici des triumvirs que de l'apôtre saint Pierre, qui avait été
ies Romains appelaient trhtmviri mis en prison dans le Tullien. 11 ne
capitales. C'étaient des magistrats tire son jour que par un trou grillé
inférieurs chargés de présider aux qui donne dans l'église supérieure:
supplices et d'informer coniro ies au-dessous il y a un autre cacbol,
criminels de la lie du peuple. « plus profond, ou plutôt un égout.
(Damas-Hinard.) car nous apprenons par les Actes
2
Le Tulliamtm fut bâti par des Martyrs que l'égoul de la
Servius Tuïlius, qui lui a donné son place passait sous le cachot. Ce
nom. « Ce lieu subsiste encore au- bâtiment et les magniiiques égouts
jourd'hui, dit le président de Bros- d'Ancus Marti us sont certainement
ses. J'y suis descendu pour l'exami- les deux plus anciens bâtiments
ner. Il m'a paru entièrement con- qui subsistent en Europe. »
forme à la description qu'en donne 3
Une voûte reliée par des arcs de
ici Salluste. La voûte, l'exhausse- pierres.
ment et tout le reste sont encore * Défaut de soin; état de négli-
tels qu'il les dépeint. 11 sert de gence et de malpropreté.
ehapelie souterraine à une petite 5
Lenlulus n'était alors que
église, appelée San Pictro in Car- préteur, mais ii avait été consul.
n
ere> qu'on y n bniie en mémoire * De petits javelots, des dards.
CONJURATION m C4TIMNA. 155
1
lanceas, alii prseacutas sudes portabant. Sed postquàm An-
tonius cum exercitu adventabat, Catilina per montîs iter fa-
cere; modo ad urbem, modo iii Galliam versus castra mo-
vere; hostibus occasionem pugnandi non dare. Sperabat
propediem magnas copias se habiturum, si Romao socii in-
cepta paravissent. Interea servitia repudiabat», cujus initio
3
ad eum magna) copia? concurrebant, opibus conjurationis
fretus; simul alienum suis rationibus existumans videri caus-
sam civium cum servis fugitivis communicasse.
Sed, postquàm in castra nuntius pervenit Romse conju-
rationem patefactam, de Lentulo et Cethego ceterisque quos
suprà memoravi supplicium sumptum, plerique, quos ad
bellum spes rapinarum aut novarum rerum studium illexerat,
dilabuntur; reliquos Catilina per montîs asperos magnis iti-
neribus in agrum Pistoriensem 4 abducit, eo consilio uti per
tramites occulté profugeret in Galliam Transalpinam. Ai.
1
Quiutus Metellus Celer cum tribus legionibus in agro Piceno
6
prresidebat, ex diffîcultate rerum eadem illa existumansqiuv.
suprà diximus Catilinam agitare. Igitur, ubi iter ejus ex per-
fugis cognovit, castra properè movit, ac sub ipsis radicibus
montium consedit, quà illi descensus erat in Galliam prope-
ranti. Neque tamen Antonius longé aberat, utpotè qui,
magno exercitu, locis aequioribus expeditos in fugam seque-
retur7,
Sed Catilina, postquàm videt montibus atque copiis ho-
stium sese clausum, in urbe res adversas, neque fugœ neque
prœsidii ullam spem, optumum factu ratus intali re fortunam
belli tentare, statuit cum Antonio quàm primùm confligoiv.
Itaque, concione advocatâ, hujuscemodi orationem liabuit :
« Compertum ego habeo, milites, verba viris virtu&m r:n:*

1
Des bâtons pointas, des pieux aux Sabins et à i'Étrurie. Aujour-
aiguisés. d'hui presque toute la Marche
l
' II refusait (d'enrôler) les escla- d'Ancônc (États de l'Église).
fi
ves. Par la difficulté, l'embarras où
Sur les forces et les ressources il vit les affaires de Catilina el
de la seule conjuration. Catilina lui-même.
7
* Pisloie, en Étrurie, au N . 0 . Antoine n'était pas loin, quoique,
de Florence (Toscane). avec une grande armée, il eût a
5
Le Picenum.à t'ft. de, î'Ombrie, poursuivre des gens mieux senî.s
sur la mer Adriatique, confinant par le terrain et moins embarrassés.
156 SALLUSTE.
1
addcre ; neque ex .ignavo strenuum, neque fortem ex ti-
mido exercitum oratione imperatoris iieri. Quanta cujusque
animo audacia natura aut moribus inest, tanta in bello pa-
tere solet. Quem neque gloria neque pericula excitant, ne-
quicquam hortere : timor animi auribus officit. Sed ego vos,
quo pauca monerem, advocavi, simul uti caussam consilii
mei aperirem. Scitis equidem , milites, socordia atque igna-
via Lentuli quautam ipsi nobisque cladem attulerit; quoque
modo, dùm ex urbe praesidia opperior, in Galliam proficisci
nequiverim. Nunc verô quo in loco res nostrac sint juxtà
mecum omnes inlelligitis. Exercitus bostium d u o , unus ab
urbe, alter a Galiiâ obstant; diutiùs in his locis esse, si
maxumè animus ferat, frumenti atque aliarum rerum egestas
prohibet. Quocumque ire placet, ferro iter aperiundum est,
Quapropter vos moneo uti forti atque parato animo sitis; et
cùm praclium inibitis, memineritis vosdivitias, decus, glo-
riam , practereà libertatem atque patriam in dextris vestris
portare. Si vincimus, omnia nobis tuta erunt; commeatus
2
abundè, municipia atque colonise patebunt ; sin metu ces.
serimus, eadem illa adversa fient ; neque locus neque amicus
quisquam teget quem arma non texerint. Prœtereà , milites,
non eadem nobis et illis necessitudo impendet. Nos pro pa-
triâ, pro libertate , pro vitâ certamus*, illis supervacaneum
est pro potentiâ paucorum pugnare. Quo audaciùs aggredi-
mini, memores pristinae virtutis. Licuit vobis cum summâ
turpitudinein exilio a;tatem agere; potuistis nonnulli Romae,
amissis bonis, aliénas opes exspectare. Quia illa fœda atque
3
intoleranda viris videbantur, hacc sequi deerevistis. Si haïe
relinquere vultis, audacia opus est. Nemo, nisi victor, pace
bellum mutavit. Nam in fugâ salutem sperare, cùm arma,
quîs corpus tegitur, ab hostibus averteris, ea verô dementia
est. Semper in praelio iis maxumum est periculum qui maxumè
timent; audacia pro muro habetur*.

1
Flatterie exagérée, qui tendrait bourgeoisie, avec des privilèges
h renverser l'éloquence : la propo- plus ou moins étendus.
3
silion contradictoire ne serait peut» Le parti où vous êtes engagés.
étre pas moins vraie. Si vous voulez l'abandonner et le
2
On appelait municipes ou villes changer, il vous faut de l'audace.
municipales de petits États dont les * Ceci pouvait être vrai dans les
citoyens avaient à Rome le droit de combats à l'arme blanche ; mais au»
CONJURATION D E CATILINA. 157

Cùm vos considero, milites, et cùm facta vestra aeslumo,


magna me spes victorisc tenet. Animus, sestas , virtus vestra
me hortantur, prcCtereà necessitudo, quse etiam timidos
Ibrtîs facit. Nam multitudo hostium ne circumvenire queal
prohibent angustiec loci. Quod si virtuti vestrac Fortuna in-
viderit, cavete inulti animam amittatis, neu capti potiùs,
sicuti pecora, trucidemini quàm virorum more pugnantes,
eruentam atque luctuosam victoriam hostibus relinquatis. »
Hœcubi dixit, paululùm commoratus, signa canere* jubet,
atque instructos ordines in locum sequum deducit; dein, re-
motis omnium equis, quo militibus, exaiquato periculo,
2
animus amplior esset, ipse pedes exercitum, pro loco atque
copiis, instruit. Nam, uti planities erat inter sinistros montîs,
etab dexterâ rupes aspera, octo cohortes in fronte constituit;
3
reliqua signa in subsidiis arctiùs collocat. Àb his centu-
riones omnîs lectos et evocatos, praetereà ex gregariis mili-
tibus optumum quemquearmatum in primam aciem subducit.
Caium Manlium in dexterâ, Fesulanum quemdam in sinistrâ
parte curare jubet; ipse cum îibertis et colonis propter
aquilam adsistit, quam bello Cimbrico Caius Marius in exer-
citu habuisse dicebatur.
À t ex altéra parte Caius Antonius, pedibus seger**, quod
5
prselio adesse nequibat, Marco Petreio legato exercitum
6
permittit. Ille cohortes veteranas, quas tumulti causa con-
scripserat, in fronte, post eas ceterum exercitum in subsidiis

jourd'hui, avec nos armes à feu et 4


Dion Cassius assure qifAnfoin.'»
sous les coups redoutables de la feignit d'être malade de la go u lie
mitraille, ( podagrû pndibus <vgcr ;.
:>
Quelque brave qu'on soit, un héros est « Ce M. Pétréius commanda en
[ bien large.] Espagne les légions de Pompée.
1
Signa canere est une expression Après la déroule de Pharsaie,
reçue, qui signifie sonner la charge, lorsque le parti vaincu se rallia en
donner le signal de l'attaque. Afrique, Pctréius réunit ses forces
Piéton, à pied. à celles de Juba, roi de Mauritanie,

Dans la réserve, dont il retire et combattit César avec autant d'ha-
cependant, pour les placer sur le bileté que d'acharnement. Après la
front, tous les centurions d'élite et défaite de Thapsus, Pétréius et
tous les vétérans. 11 faudrait peut- Juba s'entre-tuèrent pour ne pas
être traduire ainsi : les centurions tomber au pouvoir de l'ennemi. »
nouvellement élus et ceux des an- (Damas-Hinard.)
ciens qu'on avait rappelés au ser- 6
À cause de l'embarras et de la
vice. surprise où il s'était trouvé.
158 SALLUSTE.

îocat. Ipsesequocircumiens,unumquemquenominans, appel-


lat, hortatur, rogat uti memineriut se contra latrones inermes,
pro patriâ, pro liberis, pro arîs atque focis suis certare. Homo
milita rils, quod ampliùs annos triginta tribunus, aut prscfectus,
aut legatus, aut prator cum magnâ gloria in exercitu fuerat,
plerosque ipsos factaque eorum fortia noverat; ea comme-
morando militum animos accendebat.
Sed u b i , omnibus rébus exploratis, Petreius tuba signum
dat, cohortes paulatim incedere jubet. Idem facit hostium
7
exercitus. Postquàm eo ventum est undè a ferentariis prac-
lium committi posset, maxumo clamore, infestis signis con-
currunt; pila omittunt; gladiis res geritur. Veterani, pri-
stinsc virtutis memores, cominùs acriter instare; illi haud
timidi resistunt : maxumâ vi certatur. Intereà Catilina cum
expeditis in prima acie versari ; laborantibus succurrere, in-
tègres pro sauciis arcessere; omnia providere; multum ipse
pugnare; ssopè hostem ferire, strenui militis et boni impe-
ratoris officia simul exsequebatur. Petreius, ubi videt Catili-
n a m , contra ac ratus erat, magnâ vi contendere, cohortem
prœtoriam in medios hostîs inducit; eosque perturbatos
aique alios alibi resistentes interficit; deindè utrimquè ex
lateribus cetcros aggreditur. Manlius et Fesulanus in primis
pugnantes cadunt. Postquàm fusas copias seque cum paucis
relictum videt Catilina, memor generis atque pristinae di-
gnitatis suac, in confertissumos hostes incurrit, ibique pu-
gnans confoditur.
Sed, confecto praelio, tùm verô cerneres quanta audacia quan-
taque animi vis fuisset in exercitu Catilina;. Nam ferè, quem
quisque vivus pugnando locum ceperat, eum, amissâ anima,
corporetegebat. Pauci autem, quos medioscohors praetoriadis-
s
jecerat, paulô diversins, sed omnes tamen adversis vulneribus
conciderant. Catilina verô longé à suis inter hostium cadavera
repertus est, paululùm etiam spirans, ferociamque* animi,

1
Petreius, ie lieutenant d'An- vaient qu'une épée et quelques
toine. traits, ou une fronde.
2
On appelait ferentarii, ou 3
Blessures reçues par devant.
<xxpoëoXi<rcai, des soldats armés à La iicrlé. C'est ainsi que Silius
la légère et qui pouvaient combattre Italicus a dit h son tour :
de loin. Ils étaient destinés à porter Fronto in'niiti durant, rt stant in vultibus
secours sur tous les points. Ils n'a- [inp.
GUERRE DE J U G U R T H i . 159
quam habuerat vivus, invultu retinens. Postremô, ex omni
copia, neque in praclio neque in fugâ, quisquamcivis ingenuus
captus est. ïta cunctisuœ hostiumque vitaejuxtà pepercerant.
Neque tamen exercitus populi romani lactam aut incruentam
victoriam adeptus erat : nam strenuissumus quisque aut oc-
ciderat in praclio, aut graviter vulneratus discesserat, Multi
autem, qui e castris, visundi aut spoliandi gratiâ, processe-
raut, volventes bostilia cadavera, amicum alii, pars hospitem
aut cognatum reperiebant. Fuêre item qui inimicos suos
cognoscerent. Ita varié per omnem exercitum laîtitia, mœror,
T
luctus atque gaudia agitabantur .

GUERRE DE JUGURTHA.

Jeunesse de Jugurtha. (Ch. 6-11, )

Bellum scripturus sum quod populus romanus cum J u -


gurtha, rege Numidarum, gessit, primùm quia magnum et
atrox, variaque V I C T O R I A fuit, dein quia tum primùm superbiae
nobilitatis obviàm itum est- Quse contentio divina et humana
cuncta permiscuit ; eôque vecordiac processit uti studiis ci»
vilibus bellum atque vastitas ltaliae iînem faceret. Sed priùs
quàm hujuscemodi rei initium expedio, pauca suprà répé-
tant, quo ad cognoscendum omnia iliustria magis magisque
in aperto sint.
Bello Punico secundo, quo dux Carthaginiensium Annibaï,
post magnitudinem nominis romani, ltaliae opes maxumè at-
triveral, Masinissa, rex Numidarum, in amicitiam receptus a
Publio Scipione, cui posteà Âfricano cognomen ex virtute
fuit, multa et prscclara rei militaris facinora fecerat; obquae,
victis Carthaginiensibus, et capto Syphace, cujus in Africâ
magnum atque lalè imperium valuit, populus romanus quas-
cumqueurbîs etagros manu ceperat régi dono dédit. Igitur
amicitia Masinissac bona atque honesta nobis permansit; sed

1 En
Voilà, pouvons-nous dire avec » n«o disrordia rivi»
Virgile, où la discorde a conduit Produit miseras!
de malheureux concitoyens : (
Rgiogurs, T, 7 ? . . )
La guerre est toujours un malheur-
JGO SALLUSTE.

imperii vitseque ejus finis idem fuit. Dein Micipsa filius re-
gnum solus obtinuit, Manastabale et Gulussa ira tribus morbo
absumptis. Is Adherbalem et Kiempsalem ex sese genuit,
Jugurthamque, Manastabalis fratris filium, quem Masinissa
privatum reliquerat, eodem cultu quo liberos suos domi
habuit.
1
Q u i , ubi primùm adolevit, pollens viribus, decorâ fa-
2
cie, sed multo maxumè ingenio validus, non se l u x u
neque inertiae corrumpendum dédit; sed, uti mos gentis
illius est, equitare, jaculari, cursu cum aequalibus certare;
3
et, cùm omnîs gloriâ anteiret, omnibus tamencarus e s s e ;
ad hoc, pleraque tempora in venando agere; leonem atque
alias feras primus aut in primis ferire; plurimum facere, et
minumùm ipse de se loqui. Quibus rébus Micipsa tametsi
initio lactus fuerat, existumans Tugurthse virtutem regno suo
gloriœ fore, tamen postquàm hominem adolescentem,
exactâ rctate sua et parvis liberis, magls mngïsque crescere
intelligit, vehementereo negotio permotus, multa cum animo
suo volvebat. Terrebat eum natura mortalium avida imperii
etpraeceps ad explendam animi cupidinem ; prsetereà opportu-
nitas suscque etliberorum œtatis, qu?e etiam médiocres viros
spe praedcCtransvorsos agit; ad hoc, studia Numidarum in
Jugurtham accensa, ex q u i b u s s i talem virum dolis inter-
fecisset,ne qua seditio aut bellum orireturanxius erat.
His difficultatibus circumventus, ubi videt neque per vim
neque insidhs opprimi posse hominem tam acceptum popula-
5
ribus , quôd erat Jugurtha manu promtus et appetens gloria?
militaris, statuit eumobjectarepericulis, et eo modo fortu-
0
nam tentare. Igitur bello Numantino , Micipsa, cùm populo
romano equitum atque peditum auxilia mitteret, sperans vel
ostentando virtutem, vel hostiumssevitiâ facile eumoccasu-

1
Masinissa, roi deNumidie, avait avantages semblent nés pour le
eu trois iils; Micipsa, Manaslabal commandement*
et Gulussa. Micipsa laissa son 4
De la part des Numides.
royaume à Adherbal et à Hiempsal, 5
Aux masses , au peuple.
ses cnfanls, auxquels il adjoignit 6
« Wumance, célèbre ville d'Es-
Jugurtha, fils naturel de Manastahal. pagne, dans la Tarraconnaise, sou-
2
Ancienne forme du datif, dont iint avec succès, pendant quatorze
on trouve des exemples même dans ans, la guerre contre les Romains.
Virgile. Elle fut prise par Scipion Émilien,
A
' Ceux qui réunissent ces deux Van 133 avant l.-C. » (Bélèze. )
GUERRE DE J U G U R T I I i . IGl

rum, preefeeit Numidis quos in Hispaniam mittebat. Sed ea res


longé aliter ac ratus erat evenit.
Nam Jugurtha, ut eratimpigro atque acri ingenio, ubi na-
turam Publii Scipionis, qui tum Romanis imperator erat, et
1
morem bostium cognovit, multo labore, multâque cura,
praetereà modestissumè parendo et sœpè obviàm eundo peri-
(îulis, in tantam claritudinem brevi pervenerat, uti nostris
vehementer carus, Numantinis maxumo terrori esset. Ac
sanè, quod difficillumum in primis est, et prailio strenuus
2
erat, et bonus consilio; quorum alterum ex providentiâ ti-
morem, alterum ex audacia temeritatem adferre plerumque
3
solet. Igitur imperator omnîs fere res asperas per Jugurtham
agere, in amicis babere, magis magisque eum in dies am-
plecti, quippè cujus neque consilium, neque inceptum ullum
frustra erat. litic accedebat munificentia animi* et ingenii
solertia; quibus rébus sibi multos ex Romanis familiariami-
citiâ conjunxerat.
FA tempestate in exercitu nostro fuêre complures novi at-
que nobiles , quibus divitiae bono honestoque potiores erant,
factiosi, domi potentes, apud socios clari magis quàm ho-
nesti ; qui Jugurthse non mediocrem animum pollicitando
accendebant : « Si Micipsa rex occidisset, fore uti solus im-
perio JNumidiae potiretur ; inipsomaxumam virtutem ; Romse
omnia venalia esse. »
Sed postquàm, Numantiâ deletâ, Publius Scipio dimittere
auxilia et ipse reverti domum decrevit, donatum atque lau-
datum magnifiée pro concione Jugurtham in pratorium ad-
ducit; ibique secretô monuit « Uti potiùs publiée quàm
5
privatîm amicitiam populi romani coleret ; neu quibus
largiri insuesceret; periculosè a paucis emi quod multorum
6
esset; sipermanere velletin suis artibus , ultrô illi et glo-
riam et regnum venturum; sin properantiùs pergeret, suâmet-
ipso pecuniâ pracipitem casurum. »
Sic locutus, cum litteris eum, quas Micipsac redderet, di-
misit. Earum sententia hacc erat : « Jugurthae tui bello Nu-

1
' La tactique des Numantins, La générosité du cœur.
leur manœuvre. h
Pour qnïbusdam, à des particu
2
Prévoyance, prudence. liers-
•* Le général en chef, Scipion. (i
Dans sa conduite.
162 SALLUSTE.

mantino longé maxuma virtus fuit ; quam rem certô scio tibi
gaudio esse. Nobis ob mérita sua carus est; utî idem senatui
populoque romano sit sumrnâ ope nitemur. Tibi quidem pro
nostrâ amicitiâ gratulor. En habes virum dignum te atque
avo suo Masinissa. »
Tgitur rex, ubi ea quse famâ acceperat ex litteris impe-
ratoris ita esse cognovit, tum virtute, tum gratiâ viri permotus,
flexit animum suum, et Jugurtham beneficiis vincere agres-
sus est, statimque eum adoptavit, et testamento pariter cum
filiis heredem instituit. Sed ipse,paucos post aunos, morbo
atque œtate confectus, cùm sibi finem vitœ adesse intelligeret,
coram amicis etcognatis, itemque Adherbale et Hiempsalefdiis,
dicitur hujuscemodi verba cum Jugurtha habuisse :
« Parvum ego te, Jugurtha, amisso pâtre , sine spe, sine
1
opibus,in meum regnum accepi , existumans non minus me
tibi quàm liberis, si genuissem*, ob bénéficia carum fore,
Neque ea res falsum me habuit ; nam, ut alia magna et egre-
gia tua facinora omittam, novissumè rediens Numantiâ,
meque regnumque meum gloriâ honoravisti ; tuâque virtute
nobis Romanos ex amicis amicissumos fecisti ; in Hispaniâ
nomen familiae renovatum est ; postremô, quod difficillumum
inter mortalîs est, gloriâ invidiam vicisti. N u n c , quoniam
mihi natura finem vitae facit, per hanc dextram, per regni
fidem moneo obtestorque uti hos qui tibi génère propinqui,
3
beneficio meo fratres sunt caros habeas; neu malis alienos
adjungere quàm sanguine conjunctos retinere. Non exercitus
nequethesauri pracsidiaregni sunt, verùm amici; quos neque
armis cogère neque auro parare queas, officio et fide
pariuntur. Quis autem amicior quàm frater fratri? aut quem
alienum fidum invenies, si tuis hostis fueris? Equidem ego
regnum vobis trado firmum si boni eritis; si mali, imbecil-
lum. Nam concordiâ res parva? crescunt, discordiâ maxumœ
dilabuntur. Ceterum ante hos, te, Jugurtha, quia œtate et
sapientiâ prior es, ne aliter quid eveniat, providere de-

!
Je vous ai pris pour héritier de et laissa Jugurtha sous sa tutelle.
mon royaume. 3
Jugurtha avait été adopté par
J
* Si je venais à en avoir. Micipsa son oncle, et ainsi était frère adop-
n'avait point encore d'enfants lors- tif de ses deux cousins Adherbal et
que son frère Manastahal mourut Hiempsal.
GUElUtfi DE J U G U B T H A .

cet. Nam in omni certamine, qui opuleutior est, etiam si ac-


cipit injuriam, tamen, quia plus potest, facere videtur. Vos
autem, Adherbal et Hiempsal, colite, observate talem hune
virum; imitamini virtutem, enitimini ne ego meliores liberos
sumsisse videar quàm genuisse*. »
Ad ea Jugurtha, tametsi regem ficta locutum intellige-
%
bat,et ipse longé aliter animo agitabat, tamen pro tempore
bénigne respondit. Micipsa paucis post diebus moritur*.
Postquàm illi more regio justa magnifiée fecerant, reguli*
in unum convenêre, ut inter se de negotiis cunctis disce-
ptarent. Sed Hiempsal, qui minumus ex illis erat, natura fe-
5
rox , etiam anteà ignobilitatem Jugurthso, quia materno gé-
nère impar erat, despiciens, dextrâ Àdberbalem adsedit; ne
médius ex tribus, quod et apud Numidas honori ducitur,
Jugurtha foret. Dein tamen ut aetati concederet, fatigatus a
fratre, vix in partem alteram transductus est.
Ibi cùm multa de administrando imperio dissererent, Jugur-
0
tha inter alias res jacit : « Oportere quinquennii consulta
et décréta omnia rescindi ; nam per ea tempora confectum
annis Micipsam parùm animo valuisse. »Tum « idem Hiemp-
sal placere sibi respondit; nam ipsum illum tribus his proxu-
mis annis adoptione in regnum pervenisse. » Quod verbum
in pectus Jugurthae altiïis quàm quisquam ratus descendit.
Itaque ex eo tempore, ira et metu anxius, moliri, parare, at-
que ea modo in animo habere quibus Hiempsal per dolum
caperetur. Quaî uti tardiùs procedunt, neque lenitur animus
8
ferox7, statuit quovis modo inceptum perficere .

' «L'empereur Seplime-Scvère, consul cette même année, et qui


SP voyant près de mourir, se fit ap- mourut Tannée suivante,
porter un exemplaire de Salluste, * Les jeunes rois,
%
el lut à ses deux fils Caracalla et Fier et méprisant depuis long-
Géta ce discouBs si touchant. Mais temps...
6
il n'eut pas, dit Spartien, un meil- Les décrets des cinq dernières
leur succès que le roi de Numidie. » années.
( Bétèze. ) "> Et que son ressentiment ne s V
2
A cause delà circonstance. paise point.
3
II mourut à Cirta, l'an de Rome ** Dans la première conférence,
fi3G, après un règne de trente ans. les jeunes héritiers avaient résolu
Le sénat, apprenant qu'il s'élevait de partager le trésor et le pays. Hn
des dissensions entre les enfants de attendant, ils se retirèrent dans les
ce prince, donna le gouvernement villes voisines. Hiempsal était à
de la province d'Afrique à Caton, Thermida. Jugurtha l'y fait assas-
164 SALLUSTE.

Discours d'Adherbal dans le sénat (Ch. 14. )

« Patres conscripti, Micipsa, pater meus moriens mihi


praccepit uti regni Pîumidise tantummodô procurationem
1
existumarem m e a m , ceterùm jus et imperium penès vos
esse ; simùl eniterer domi militiacque quàm maxumo usui
esse populo romano; vos mihi in cognatorum, vos in adfînium
locum ducerem ; si ea fecissem, in veslrû amicitiâ exer-
citum, divitias, munimenta regni me habiturum. Quœ prse-
cepta patris mei cùm agitarem , Jugurtha, homo omnium
quos terra sustinet sceleratissumus, contempo imperio ve-
stro, Masinissaî me nepotem, utiquè ab stirpe socium atque
amicum populi romani, regno fortunisque omnibus expulit.
Atque e g o , P . C , quoniam eô miseriarum venturus eram,
vellem, potiùs ob mea quàm ob majorum meorumbénéficia,
posse me a vobis auxilium petere; ac maxumè deberi mihi
bénéficia a populo romano quibus non egerem; sed ea si
desideranda erant, uti debitis uterer. Sed quoniam parùm
tu ta per se ipsa probitas est, neque mihi in manu fuit J u -
1
gurtha qualis foret , ad vos confugi, P. C , quibus , quod
mihi miserrumum est, cogor priùs oneriquàm usui esse.
Ceteri reges, aut bello victi in amicitiam a vobis recepti
sunt, aut in suis dubiis rébus societatem vestram appetive-
runt. Familia nostra cum populo romano, bello carthagi-
3
niensi, amicitiam instituit; quo tempore magis fides ejus
quàm fortuna petenda erat. Quorum progeniem vos, Patres
Conscripti, nolite pati me 4 frustra a vobis auxilium petere.
Si ad impetrandum nihil caussse haberem prsetcr mise-
5
randam fortunam, quod paulo antè rex, génère, famû atque
1
siner par ses afiidés. L'Afrique D'autres lisent aussi : regnum...
s'émeut; les Numides se partagent : procurationc... meum.
2
la plupart se rangent du côté de II n'a pas été en mon pouvoir
Jugurtha, qui en profile pour tenter quel serait Jugurtha; il n'a pas
la conquête de la Numidie entière, dépendu de moi de former son ca-
Adherbal est vaincu dès la première ractère et de le rendre plus trai table,
3
action, et se réfugie dans la province L a fidélité du peuple romain,
4
romaine et de là à Rome. Jugurtha, Moi, le rejeton de cette famille,
<iui se sent coupable, envoie àRome le petit-fils de Masinissa.
3
des ambassadeurs chargés d'or. Le Et de ce que., naguère encore,
sénat donna audience aux deux j'étais un roi puissant, etc.
partis.
GUJSIÎJ1E DE J U G U R T H A ,

copiis potens, nunc deformatus aerummis, inops , aliénas


1
opes exspecto, tamen erat majestatis populi romani prohi-
bere injuriant, neque pati cujusquam regnum per scelus
crescere. Verùm ego iis finibus ejectus sum quosmajoribus
meis populus romanus dédit; undc pater et avus meus unà
vobiscum expulêre Syphacem et Carthaginieuses. Vestra béné-
ficia mihi erepta sunt, P . C . ; vos in meâ injuria despecti estis.
Eheu me miserum! Ilùccine, Micipsa pater, bénéficia
tuaevasêre, uti quem tu parem cum liberis tuis regnique
participemfecisti, is potissimùm stirpis tuac exstinctor sit?
Wumquàmne ergo familia nostra quieta erit? Semperne in
sanguine, ferro, fugâ versabimur? Dum Carthaginienses in-
columes fuêre, jure omnia sacva patiebamur. Hostis ab latere
vos amici procul; spes omnis in armis erat. Postquàm illa
pestisex Africâ éjecta est, lseti pacem agitabamus : quippè
quîs hostis nullus erat, nisi forte quem vos jussissetis. Ecce
autem ex improviso Jugurtha, intolerandâ audaciâ, scelere
atque superbiâ sese efferens, fratre meo atque eodem propin-
quo suo interfecto, primùm regnum ejussceleris sui praedam
fecit. Post, ubi me iisdem dolisnequit capere, nihil minus
quàm vim aut bellum exspectantem, in imperio vestro, sicut
videtis, extorrem patriâ, domo inopem et coopertum mise-
2
ras, effecit , ut ubivis tutiùs quàm in meo regno essem.
Ego sic existumabam, P. G . , uti praedicantem audiveram
patrem meum, qui vestram amicitiam diligenter colerent, eos
multum laborem suscipere; ceterùm ex omnibus maxumè
3
tutos esse . Quod in familiâ nostrâ fuit, pracstitit ut in omni-
bus bellis adesset vobis; nos uti per otium tuti simus, in
manu vestra est, P . C . Pater nos duos fratres reliquit; ter-
tium, Jugurtham, beneficiis suis ratus est nobis conjunctum
fore. Àlter eorum necatus, alterius ipse ego manus impias vix
effugi. Quid agam? Aut quo potissumùm infelix accedam?
Generis pracsidia omnia exstincta sunt; pater, uti necesse
erat, naturac concessil; fratri, quem minumè decuit, pro-
pinquus per scelus vitam eripuit; affinîs, amicos, propinquos

1 :i
11 aurait été... Étaient parfaitement en sûreté
2
Suivant les uns : extorrem ef- sous tous ïes rapports et contre tous
fecit; selon d'autres: me,...., coo- les hasards. Ils pouvaient compter
pertnm; effecit ut. sur l'appui des Romains.
166 SALLUSTE.

ceteros meos, alium alia clades oppressit; capti ab Jugurtha,


pars in crucem acti, pars bestiis objecti sunt; pauci, quibus
relicta est anima, clausi in tenebris cum mœrore et Juctu,
morte graviorem vitam exigunt. Si omnia quœ autamisi, aut
1
ex necessariis advorsa facta s u n t , incolumia manerent,
tamen, si quid ex improviso maii accidisset, vos implorarem,
P. C , quibus pro magnitudine imperii, jus et injurias omnis
2
curœ esse decet . Nunc verô exsul patriâ, domo, solus atque
omnium honestarum rerum egens, quos accedam, aut quos
appellem? Nationesne an reges qui omnes familiœ nostrae ob
vestram amicitiam infesti sunt? A n quoquam mihi adiré
licet ubi non majorum meorum hostilia monumenta plurima
sint? an quisquam nostrî misereri potest quialiquandô vobis
bostis fuit?
Postremô Masinissa nos ita instituit, P . C , ne quem cole-
remua nisi populum romanum; ne societates, ne fœdera
nova acciperemus; abundè magna pracsidia nobis in vestrâ
amicitiâ fore ; si buic imperio fortuna mutaretur, una occi-
dendum nobis esse. Virtute ac diis volentibus, magni estis
3
et opulenti ; omnia secunda et obedientia sunt; quo faci-
iiùs sociorum injurias curare licet. Tantum illud vereor ne
quos 4 privata amicitia Jugurthae parùm cognita transvorsos
5
a g a t ; quos ego audio maxumâ ope niti, ambire, fatigare vos
singulos,ne quid de absente, incognitâ caussâ, statuatis;
fingere me verba, et fugam simulare, cui licuerit in regno
manere. Quod utinàm illum cujus impio facinore in has mi-
serias projectus sum eadem haec simulantem videam! et
aliquandô aut apud vos aut apud deos immortalîs rerum
humanarum cura oriatur ; ut ille qui nunc sceleribus suis
ferox atque praeclarus est, omnibus malis excruciatus, impie-
tatis in parentem nostrum, fratris mei necis mearumque
miseriarum gravis pœnas reddat* !
f
D'amis me sont devenus con- L a modestie, l'humilité fut toujours
Irai res; si mes appuis naturels ne la mère du succès et de la grandeur,
1
s'étaient pas tournés contre moi. Pour alignas.
2 h
II semble que ce rôle sublime Ne vous jette à la déverse; ne
soit dévolu, dans les temps mo- vous fasse dévier du chemin de la
dernes, au peuple français. justice.
3
Horace a dit encore : * U n chrétien se fût contenté de
Dis te minorem ywd cens, imptras. demander à Dieu sa conversion
0(Ï. vi, i. m.) et l'oubli de ses méfaits.
GUERRE DE JUGURTHA. 167
Jam jam, frater animo meo carissume, quamquam tibi
immaturo, et undè minumè decuit, vita erepta est, tamen
lactandum magis quàm dolendum puto casum tuum. Won
enim regnum, sed fugam, exsilium, egestatem et bas omnis
quac me premunt aerumnas cum anima simul amisisti : at
ego infelix, in tanta mala praccipitatus ex patrio regno, rerum
humanarum spectaculum praebeo; incertus quidagam: tuas-
ne injurias persequar, ipse auxilii egens; an regno consulam,
cujus vitae necisque potestas ex opibus alienis pendet ! Utinam
emori fortunis meis honestus exitus esset! Nec vivere con-
1
temptus viderer, si, defessus malis, injuriac concessissem !
?
Nunc quoniam neque vivere lubet, neque mori iicet sine
dedecore, P . C , per vos, per liberos atque parentes vestros,
per majestatem populi romani, subvenite misero mihi; ite
obviàm injuriac; nolite pati regnumNumidicC, quod vestram
3
est, per scelus et sanguinem familiae nostrae tabescere . »

Première campagne de Métellus. (Ch. 45-55. )


4
Sed in eâ dif'ficultate Metellum non minus quàm in rébus
5
hostilibus magnum et sapieutem virum fuisse comperior,
6
tantâ temperantiâ inter ambitionem saevitiamque mode-
ratum ! namque edicto primùm adjumenta ignaviac sustulisse :
« Ne quisquam in castris panem aut quem alium cibum
coctum venderet; nelixae v exercitum sequerentur; ne miles
1
Plaise au ciel qu'on ne me voie de la Numidie. Se déliant d'une
pas vivre dans l'ignominie où je armée en partie corrompue par l'or
tomberais s i , me laissant accabler deJugurtha,il lèvedenouvellestrou-
parle malheur, je renonçais à re- pes, fait d'abondantes provisions et
pousser l'outrage qui m'est fait! part pour son gouvernement. Il y
2
11 ne m'est plus permis d'aimer trouve une armée dans le désarroi
la vie ni de me donner la mort sans le plus absolu, et travaille avant
honte. tout à y rétablir l'ordre et la dis-
3
Soit souillé. cipline.
4 5
Jugurtha, cité à Rome, se lire Dans les opérations militaires,
6
d'embarras à force d'intrigues, re- L'ambition, le désir de capter
tourne en Afrique, amuse et sur- l'amitié des soldats par l'indulgence
prend les généraux romains* Aulus et la douceur.
est forcé de faire une paix honteuse. ' Les valets, les goujats, les
.Métellus, consul désigné, est chargé vivandiers ou cantiniers; ceux qui
168 SALLUSTE.

gregarius in castris neve in agmine servum aut jumentum


haberet. » Ceteris arte modum statuisse ; practereà, trans-
vorsis itineribus quotidiè castra movere; juxtà ac si hostes
adessent, vallo atque fossà munire; vigilias crebras ponere,
et eas ipse cum Iegatis circuire ; item in agmine in primis
modo, modo in postremis, saepè in medio adesse, ne quis-
quam ordine egrederetur; uti cum signis fréquentes incede-
rent, miles cibum et arma portaret *. Ita prohibendo a de-
lictis magis quàm vindicando, exercitum brevi confîrmavit.
Intereà Jugurtha, ubi quœ Metellus agebatex nuutiisacce-
2
pit, simul de innocentiâ ejus certior Romse factus, diflidere
suis rébus, ac tum demùm veram deditionem facere conatus
3
est. Igiturlcgatos ad consulem cum suppliciis mittit, qui tan-
tummodo ipsi liberisque vitam peterent, alia omnia dederent
populo romano. Sed Metello jam anteàexperimentis cognitum
erat genus Numidarum infidum, ingcnio mobili, novarum
rerum avidum esse. Itaque legatos alium ab alio divorsos
aggreditur ; ac paulatim tentando, postquàm opportunos sibi
cognovit, multa pollicendo persuadetuti Jugurtham maxumè
vivum,sin id parùm procédât, necatum sibi traderent*.
Ceterùm palàm quse ex voluutate forent régi nuntiari jubet.
Dein ipse, paucis diebus, intento atque infesto exercitu in
Numidiam procedit, ubi, contra belli faciem, tuguria plena
hominum, pecora cultoresque in agris erant; ex oppidis et
5
mapalibus prœfecti régis obviàm procedebant, parati fru-
mentum dare, commeatum portare, poslremo omnia quse
imperarentur facere. Neque Metellus idcirco minus, sed

se chargeaient de faire arriver [al- l'intégrité païenne! « Fronlin IStra-


licerc) les vivres et l'eau (lix), tagenL, Ï , 8) loue comme une ruse
1
Les soldats romains portaient de guerre très-permise la conduite
leurs ustensiles et leurs vivres pour de Metellus, qui, regardé comme un
plus de quinze jours, outre les des citoyens les plus vertueux de
pieux et les palissades pour enclore Rome, ne rougit pas d'employer la
le camp en arrivant le soir, Foij. trahison pour se défaire de son en-
Cicéron, Tnscnlanes , n, 16. nemi. C'est avec raison que M . Bur-
2
Son intégrité, sa probité incor- nouf dit dans son Commentaire ;
ruptible. Çertè non ad has artes descendis'
3
Des supplications, des rameaux sent Fabrieii et CamilU, nati sed
suppliants (d'olivier et de verveine), enim melioribus annis. * (Bélèze.)
des offrandes, des présents. — Ce 5
Hameaux, villages, huttes,
mot peut signifier tout cela. cabanes. On dit aussi magalia en
4
Voilà la probité, l'innocence, langue punique.
GUliltBT! DK .HJGUnTHA 169
pariter ac si hostes adessent, munito agmine incedcre, Iatè
T
explorare omnia, illa deditionis signa ostentui credere , et
insidiis locum tentare. Itaque ipse cum expeditis cohortibus,
7
item funditorum et sagittariorum delectft manu apud pri-
3
mos erat: in postremo Caius Marius legatus cum equilibus
curabat; in utrumque latus équités auxiliarios tribunis le-
gionum et pracfectis cohortium dispertiverat ; uti cum his
permixti velites*, quocumque accédèrent, equitatus hostium
propulsaient, Nam in Jugurtha tan tus dolus tantaque peritia
locorum et militiae erat vit, absens an prœsens, pacem an
bellum gerens, perniciosior esset in incerto haberetur.
Erat haud longé ab eo itinere, quo Metellus pergebat, op-
pidum Numidarum, nomine Vacca, forum rerum venalium
totius regni maxumè celebratum; ubi et încolere et mercari
consueverant italicî generis multi mortales. Hùc consul, simul
5
tentandi gratiâ, et, si paterentur, opportunitate l o c i , praesi-
dium imposuit; practereà imperavit frumentum et alia qua*.
bello usui forent comportare; ratus, id quod res monebat,
6
frequentiam negotiatorum et commeatum juvaturum exerci-
tum, et jam paratis rébus munimentum fore. Inter hacc negotia
Jugurtha impensiùs modo legatos supplices mittore, pacem
orare ; practer suam liberorumque vitam, omnia Metello dedere.
Quos item, ut) priores, consul illectos ad proditionem i do-
mum mittebat; régi pacem quam postulabat neque abnuerc
neque polliceri, et inter cas moras promissa legalorum ex-
spectare.

1
Supposant que tout cela n'était h
Pour sonder les dispositions des
que pour la montre et une ruse habitants, et, s'ils ne s'y opposaient
pour le surprendre. point, pour proiiter des avantages
2
Les frondeurs lançaient avec du poste,
leurs frondes des pierres ou des (!
Jugeant que la multitude des
balles de plomb. Ils venaient pour commerçants et ces provisions ai-
la plupart des iles Baléares ( (3âX).to, deraient son armée, et protégeraient
jeter, lancer). ces conquêtes antérieures, ou bien :
3
Sous-enL ordines, aux premiers ménageraient ses premiers appro-
rangs. visionnements. Quelques éditions
* Soldats armés à la légère, pro- portent : commeantium au lieu de
vocateurs (de velox, ou de volare, commeatum.
ou de vellcre, asticoter, ou de vé- 7
Nouvelle preuve de la loyauté
lum, qui porte un voile, un ban- romaine. L a politique semblerait
deau, un drapeau pour exciter un n'être que l'art de tromper et de
animal ). l'aire des dupes.
T. i. S
170 SALLUSTE.

Jugurtha, ubi MeteIJi dicta cum factis composuit, ac suis


se artibus tentari auimadvertit, quippe cui verbis pax nuntia-
hatur, ceterùm re bellum asperrumum erat; urbs maxuma
alienata, ager hostibus cognitus, animi popularium tentati;
coactus rerum necessitudine, statuit armis certare. Igitur,
expiorato hostium itinere,in spem victoriœ adductus ex oppo-
tunitate loci, quàm maxumas potest copias omnium generum
parât, ac per tramites occultos exercitum Metelli antevenit.
Erat in eâ parte Numidiac, quam Adherbal in divisione
possederat, flumen oriens a meridie, nomine Muthul; a quo
aberat mons fermé millia passuum viginti, tractu pari s vas-
2
tus ah natura et humano cultu , sed ex eo medio quasi collis
3
oriebatur inimmensum pertinens , vestitus oleastro ac myr-
tetis aliisque generibus arborum quae humo aridâ atque are-
nosa gignuntur. Media autem planities * déserta penuria
aquœ, praeter flumini propinqua loca; ea consita arbustis,
pecore atque cultoribus frequentabantur.
fgitur in eo colle, quem transvorso itinere porrectum
5
docuimus, Jugurtha, extenuatâ suorum acie , consedit; ele-
phantis et parti copiarum pedestrium Bomilcarem praofecit;
eumque edocet quœ ageret ; ipse propior montem cum
omni equitatu et peditibusdelectis suos collocat; dein singulas
turmas et manipulos circumiens monet atque obtestatur :
« U t i , memores pristinao virtutis et victoriac, sese regnumque
suum abRomanorum avaritia défendant; cum his certamen
fore quos anteà victos sub jugum miserint; ducem illis non
animum mutatum; quae ab imperatore decuerint, omnia
6
suis provisa ; locum superiorem, uti prudentes cum impe-
ritis, ne pauciores cum pluribus, aut rudes cum bello melio-
ribusmanum consererent. Proindè parati intentique essenl.
signodato, Romanos invadere; illum diem aut omnis la»

1
Dans la même direction, paral- sept lieues, sortait une colline qui
lèlement. s'étendait fort loin du côté du fleuve
2
Abandonné, déserté, dévasté et semblait vouloir le relier à la
parla nature et le défaut de culture montagne.
de la part des hommes; stérile et * Le reste de la plaine entre le
incuite. fleuve el la montagne.
3
Du milieu de la chaîne, qui b
Ayant resserré ses lignes.
était parallèle au fleuve el séparée fi
Tout a été prévu par lui, J u -
de lui par un intervalle d'environ gurtha.
UUEHBE D E J U O U J l ï U A .

bores et victorias confirmaturum, aut maxumarum îerumna-


rum initium fore, » Ad hoc viritïm, uti quemquc ob mili-
lare facinus pecunia aut honore extulerat, commonefaecre
beneficii sui, et eum ipsumaliis ostentare; postremo, pro eu-
jusque ingenio,pollicendo, obtestando, minitando, alium alio
modoexciîare; cùm intérim Meteilus,ignarus hostium, monte
degrediens cum exercitu conspicatur. Vrimb dubius quidnam
insolita faciès ostenderet (nam inter virgulta equi Numidac-
que eonsederant, neque plané occultatis humilïtate arborum ,
et tamen incerti' quidnam esset, cùm natura loci, tùm dolo,
ipsi atque signa militaria obscurati); dein, brevi cognitis
insidiis, paulisper agmen constituit\ Ibi commutatis ordinî-
3
bus,in dextro Jatere, quod proxumum hostîs erat , triplicibus
subsidiis aciem instruxit ; inter manipulos funditores et sa-
gittarios dispertit, equitatum omnem in cornibus locat, ac
pauea pro tempore milites hortatus, aciem, sicuti instruxerat,
transvorsis principiis 4 in planum deducit.
Sed^ ubi Numidas quietos neque colle degredi animadvertit,
reritus ex anni tempore et inopiâ aquae ne siti conliceretur
exercitus, Rutilium legatum cum expeditis cobortibus et
parte equitum pracmisit ad ilumen, uti locum eastris antè
caperet, existumans hostes crebro impetu et transvorsis
prœliis iter suum remoraturos ; et, quoniam armis diffiderent,
lassitudinem et sitim militum tenlaturos. Dein ipse pro re
atque loco, sicuti monte descenderat, paulatim procedere;
jVIarium post principia* habere, ipse cum sinistrac alae equi-
tibus esse, qui in agmine principes facti erant
At Jugurtha, ubi extremum agmen Metelli primos suos
pratergressum videt, pracsidio quasi duûm millium peditum
moutem occupât, quà Metellus descenderat, ne forte ceden-
tibus adversariis receptui, ac post munimeuto foret; dein,
repente signo dato, hostîs invadit. Numidas alii postremos
cœdere ; pars a sinistrâ ac dextra tentare; iufensi adesse atque
instare; omnibus locis Romanorum ordines conturbare; quo-
1
Dans ie sens passif: n'étant pas - II arrêta sa marche, iit faire halle
bien démêlés, laissant dans Pincer- et rangea son armée,
iitude; on n'était pas certain de ce * Le plus près des ennemis,
que c'était, parce qu'eux et leurs < Les premiers rangs, Pavant-
étendards se trouvaient cachés et par garde marchant de côté,
la nature du terrain el par la ruse. * Après Pavant-garde.
172 SALLUSTE.

ru m etiam qui firmioribus animis obvii hostibus fuerant,


ludificati iucerto pnolio, ipsi modo eminùs sauciabantur;
neque contra feriundi aut conferendi manum copia erat.
Anlè jam doeti al) Jugurtha équités, ubicumque Romanorum
tunna insequi cœperat, non conferlim neque in un uni sese
rocipiebant, sedaiius aliôquàm maxumè divorsi. Ita numéro
priores ' , si a persequendo hostes deterrere nequivcrant,
3
disjectos ab tergo aut lateribus circumveniebant ; s i n , op-
portunior fugœ collis quàm campi fuerant; et verô, consueti
Numidarum equi, facile inter virgulta evadere; nostros aspe-
ri tas et insolentia loci retinebat.
3
Ceterùm faciès totius negotii varia, incerta, fœda atque
miscrabilis; dispersi a suis, pars cedere, alii insequi, neque
signa neque ordines observare; ubi quemque periculum
ceperat, ibi resistere ac propulsare : arma , tela, equi, viri,
hostes, cives permixti; nihil consilio neque imperio agi ; sors
omnia regere. Itaque multum diei processerat cùm etiam
tùm eventus in incerto erat.
Denique, omnibus labore et œstu k n g u i d i s , Metellus,
ubi videt Numidas minus instare, paulalhii milites in unum
couducit; ordines restituit et cohortes legionarias quatuor
advorsùm pedites hostium collocat. Eorum magna pars su-
perioribus locis fessa consederat 4. Simul orare, hortari mi-
lites : « Ne deficerent, neu paterentur hostes fugientîs vin-
cere; neque illis castra esse, neque munimentum ullum
5
quo cedentes tenderent; in armis omnia sita. ))
Sed nec Jugurtha quidem intereà quietus erat; circumire,
hortari, renovare prrclium, et ipse cum delectis tentare
omnia; subvenire suis, hostibus dubiis instare ; quos firmos
cognoverat eminùs pugnando retinere.
Eo modo duo imperatores, summiviri, inter se certabant;
ipsi pares, ceterùm opibus disparibus. Nam Metello virtus
militum erat, locus advorsus; Jugurthse alia omnia, preeter
milites, opportuna. Denique Romani, ubi intelligunt neque

y
» Les premiers par le nombre, L'aspect de l'ensemble du combat,
qui ont l'avantage du nombre. * S'était postée, réfugiée; était
2
S i , au contraire, ils étaient allée se reposer,
obligés de fuir, les collines les favo- s S'ils venaient à être repoussés el
ripaient plus que la plaine. contraints à reculer.
liUElUil. DE .IliUbHTUA

sibi perfugium esse, neque ab hostc copiai» pugnaudi lieri


(et jam diei vesper erat), advorso colle, sicuti praceplum
1
fuerat, evaduut . Amisso ioco, Numidac fusi fugatique :
2
pauci interiêre, plerosque velocitas et regio hostibus ignara
tu ta ta sunt.
IntereàBomilcar, quem elephantis et parti copiarum pedes-
trium pracfectum ab Jugurtha suprà diximus, ubi eum Ilutilius
prsetergressus est, paulatim suos in scquum locum deducit;
ac, dum legatus adllumen quo précmissus erat, festinans per-
git, quietus uti res postulabat aciem exornat, neque remit lit
quid ubiquè bostis ageret explorare. Postquàm Ilutilium
consedisse jam et animo vacuum accepit, simulque ex J u -
gurthx praclio clamorem augeri, veritus ne legatus, cognità
re, laborantibus suis auxilio foret, aciem quam diffidens
3
virtuti militum arte staluerat, quo hostium itineri ofliceret,
fatiiis porrigit, eoque modo ad Itutilii castra procedit.
Romani ex improviso pulveris vim magnam animadver-
tunt. ( Nam prospectum ager arbustis cousitus prohibebat. )
Et primo rati humum aridam vento agitari; post, ubi aequa-
bilem f mauere, et, sicuti acies movebatur, magis magisque
appropinquare vident, cognitâ re, properantes arma capiunt,
acpro eastris, sicuti imperabatur, consistunt. Dein, ubi pro-
piùs ventum est, utrimquè magno clamore concurritur»
Numidœ tantummodô remorati, dum in elephantis auxilium
5
putant , postquàm eos impeditos ramis arborum atque ita
disjectos circumveniri vident, fugam faciunt; ac plerique, ab-
jectis armis, collis aut noctis quae jam aderat auxilio integri
abeunt. Elephanti quatuor capti, reliqui omnes numéro
quadraginta interfecti.
At Romani, quamquam itinere, atque opère castrorum,
et praclio fessi lactique erant, tamen, quod Meteilus ampliùs
opinione morabatur, instructi intentique obviàm procedunt.
Nam dolus Numidarum nihil languidi neque remissi patie-
batur. Ac primo, obscurâ nocte, postquàm haud procul
1 4
Se font jour en franchissant la lïgal, le même, de même éten-
collîne qui est devant eux. duc
Pour itjnotu inconnue aux N'ayant résisté que tant qu'ils
ennemis. crurent pouvoir compter sur J'aide
:t
5e dé/innt de la brawurro des des éléphants; qu'ils pewr^nt irou-
Mens. \cr en eux un appui.
174 SALLUSTE.
1
inter se erant , strepitu , veluli hostes adventarent, alteri
apud alleros formidinein simul et tumultum facere; et penè
imprudentià admissum facinus miserabile, ni utrinique prœ-
inis.d équités rem explora vissent. Igitur pro metu repente
.gaudium exortum. Milites alius alium latti appellant, acta
cdoceni atque audiunt; sua quisque fortia facta ad cœ-
lum fert. Quippè ces hunianac ita sese babent : in Victoria
vel ignavis gloriari licet; advorsse res etiam bonos détrô-
nant*.
Metellus, in iisdem castris quatriduo moratus, saucios cum
cura reiieit; meritos in pnnliis more militiœ donat; universos
in concione laudat, atque agit gralias; hortatur ad cetera
quœ levia sunt parem animum gérant; pro victoriâ satis jam
pugnatum; reliquos laborcs pro prrcda fore. Tamen intérim
transfugas et alios opportunos^, Jugurtha ubi gentium aut
quid agitaret, cum paucisne esset an exercitum haberet, uti
sese viclus gereret, exploratum misit.
A t i l l e sese in loca saltuosa et naturâ munita receperat;
ibique cogebat exercitum numéro hominum ampliorem, sed
bebetem infirmumque, agri ac pecoris magis quàm belli cul-
torem. Id eâ gratiâ eveuiebat « quôd, practer équités regios,
nemo omnium Numidarum ex fugâ regem sequitur. Quo eu-
jusque animus fert, eô discedunt, neque id flagitium militiœ
ducitur : ita se mores habent.
Igitur Metellus, ubi videt etiam tum régis animum fero-
5
cem esse; bellum renovari, quod nisi ex illius libidine g e r i
non posset; prrctereà iniquum certamen sibi cum hostibus,
minore detrimento illos vinci quàm suos vincere, statuit
non praeliis neque acie, sed alio more bellum gerundum. lia-
que in loca Numidise opulenlissuma pergit; agros vastat;
6
multa castella et oppida temerè munita aut sine prsesidio
capitincenditque; pubères 7 interfici jubet ; alia omnia militum
prsedam esse. Eâ formidine multi mortales Romanis dediti

1 ft
Les deux corps de l'armée ro- Qu'on ne pourrait faireet diriger
maine, celui de Rutilius el celui de que d'après ses caprices.
Metellus. 6
A la baie et imparfaitement.
- Humilient, ravalent,déprécient. 7
Les jeunes gens en âge de porter
l
• Des transfuges et d'autres gens les armes. Voilà bien la guerre
habiles. païenne avec ses nlrocîP»s calcu-
Cela venait de en que... lées. Ou est l'humante"
G U E U K Ë DE JÏNHJKTHÀ.

obsides; frumentum et alia quae usui forent affatim prae-


bita; ubicumque res postulabat, praesidium impositum.
Quae negotia multo magis quàm praelium malè pugnatum
1
ab suis regem terrebant. Quippè cujus spes omnis in fugâ
sita erat sequi cogebalur, et qui sua loca defendere nequi-
verat in alienis bellum gerere. Tamen ex inopia, quod optu-
mum videbatur, consilium capit : exercitum plerumquè in
7
iisdem locis opperiri j u b e t , ipse cum delectis equitibus
Metelluin sequitur; uoeturnis et aviis itineribus ignoratus,
Romanos palantîs repente aggreditur. Eorum plerique inermes
cadunt, multi capiuntur; nemo omnium intactus proftigit;
etNumidrc, priùs quàm ex eastris subveniretur, sicuti jussi
erant in proxumoscollis discedunt.
Intérim Jlomae gaudium ingeus ortum, cognitis Metelli
rébus; uti seque et exercitum more majorum gereret; in
advorso loco victor tamen virtute fuisset; bostium agro potî-
3
retur; Jugurtham, magnificum ex Auli socordia , spem sa-
lutis in solitudine autfugA coegisset habere. Itaque senatus,
ob ea féliciter acta, diis immortalibus supplicia* decernere*
Civitas, trépida anteà et sollicita de belli eventu, laeta agere;
de Metello fama pracclara esse.
Igitur eo intentior ad victoriam niti, omnibus modis festi-
nare ; cavere tamen necubi hosti opportunus ficret ; meminisse
post gloriam invidiam sequi- Ita, quo clarior, eo magis
anxius erat; neque, post insidias Jugurthae, effuso exercitu
pradari. Ubi frumento aut pabulo opus erat, cohortes cum
omni equitatu praesidium agitabant; exercitus partem ipse,
5
reliquas Marius ducebat. Sed igni magis quàm praedâ ager
vastabatur. Duobus locis, haud longe inter se castra facie-
bant. Ubi vi opus erat, cuncti aderant; ceterùm quo fuga
atque formido latiùs cresceret, divorsi agebant.
Eo tempore, Jugurtha per collîs sequi; tempus aut locum
pugnae quaerere : quà venturum hostem audierat, pabulum
et aquarum fontîs, quorum penuria erat, corrumpere, modo
se Metello, interdum Mario ostendere; postremos in agmine.

1
Le dernier combat, qui avait Rendu audacieux par la lâcheté
été une défaite. d'Aulus.
3 fy
II fait rester, laisse, en expecta- Des prières, des supplications,
s
lire, dans les canlonnements. Le pillage.
176 SALLUSTE.

lenlare, ac stathn in collîs regredi ; rursùs aliis, post aliis


minitari; neque pnrîinm facere, neque otium pati, tantum-
modô hostem ab incepto retinere.

Marins consul. ( Ch. 63-87. )


1
Per idem tempus UliccC forte Caio Mario per hostiasdiis
suppiicanti, « magna atque mirabilia portendi haruspex dixe-
2
rat ; proindè, quœ animo agitabat, fretus diis, ageret;
fortunam quàm sœpissumè experiretur; cuncta prospéré
eventura. » At illum jam anteà consulatus ingens cupidoexa-
3
gitabat; ad quem capiundum, praeter vetustatem familiae ,
alia omnia abundè erant : industria*, probitas, militiae ma-
gna seientia, animus belli ingens, domi modicus, lubidinis
et divitiarum victor, tantummodô gloriao avidus. Sed is na-
5
tus et omnem pueritiam Arpini altus, ubi primùm actas
militiae patiens fuit, stipendiis faciundis non graecû facundiâ,
neque urbanis munditiis sese exercuit ; ita inter artis bonas
integrum ingenium brevi adolevit, E r g o , ubi primùm tribu-
natum militarem a populo petit, plerisque faciem ejus igno-
rantïbus , facilenotus, per omnis tribus declaratur'.Deindè
6

1
Alors que 'Jugurtha, quoique lions, » Les natures capables de
défait, reprenait les armes et médi- grandes choses sont plus observa-
tait une guerre désespérée. trices , plus impressionnables et
2
« Afarius, dit de Brosses, ainsi plus religieuses ou plus su-
prétendait avoir eu, de tout temps, perstitieuses que les autres.
3
des présnges de sa grandeur future, Sauf, excepté l'ancienneté de sa
parmi lesquels je crois qu'on doit famille. — 11 faut bien qu'une fa-
mettre au premier rang le juge- mille commence à s'illustrer par
ment que Scipion porta de lui. quelqu'un; et l'auteur de celte il-
Cet oracle valait bien celui du lustration vaut mieux que ses des-
prêlre d'Utique; et Ton ne doit pas cendants, si ces derniers se conten-
douler qu'il n'ait, plus que toute lent de porter son nom sans rien
autre chose, enhardi Mari us à de- faire pour le rendre plus glorieux
mander des dignités élevées. Wéan- encore. La véritable noblesse est
moins Marius parut, toute sa vie, personnelle, et non héréditaire,
ajouter une foi entière aux prédic- * Le talent,
lions, soit qu'il Veut réellement, ou * Arpinum, ville des Voïsques,
plutôt qu'il connût tout l'avantage fat également la patrie de Cicéron,
fi 0 n n
qu'on peut tirer des choses qui élon- e le connaissait pas de vue,
nent l'esprit du peuple, toujours mais de réputation,
:
enclin aux plus grossières supersti- H fui élu par.
Cil.KttFlK \m .iï'CiLJin HA 177

ubeo magistralu, alium post alium sibi po.perit* semperque


in potestatibus eo modo agitabat ut ampliore quàm gercbal
1
dignus haberetur. Tamen is ad id locorum talis vir ( nam
posteà ambitione pracceps datus est) consulatum appctcre
nonaudebat. Ktiamtum alios magistra tus plèbes, consulatum
3
uobililas inter se per inanus tradebat. Novus nemo tam cla-
rus neque tam egregiis factis erat quin is indignus illo ho-
nore et quasi pollutus haberetur.
Igitur, ubi Marius haruspicis dicta eodem intendere videl
3
quo cupido animi hortabatur, ab Metello, petundi g r a l i a ,
missionem rogat; cui* quamquam virtus, gloria atque alia
optanda bonis superabant, tamen inerat contemptor animus
et superbia, commune nobilitatîs malum. Ilaque, primùm
commotus insolita re, rnirari ejus consilium, et quasi per
amicitiam monere « ne tam prava inciperet, neu super for-
tunam animum gereret; non omnia omnibus cupienda esse;
debere illi res suas satis placere; postremô caveret id petere
a populo romano quod illi jure negaretur. » Postquàm hacc
atque alia talia dixit, neque animus Marii flectitur, respon-
dit : Ubi primùm potuissetper negotia puhlica facturinn }

sese quœpeteret. Ac posteà sa;piùs eadem postulant! fertur


dixisse : Ne festinaret abire, satis mature illum cum filio
suo consulatum petifurum. Is eo in tempore in contubernio
5
patris ibidem militabat, axmos natus circiter viginti .
Quceres Marium cùm pro honore quem affectabat, tum
contra Metellum vehementer accenderat. Ita cupîdine atque
ira, pessumis consultoribus, grassari; neque facto ullo, neque
dicto abstinere, quod modo ambitiosum foret; milites, qui-
bus in hibernis pneerat, laxiore imperio quàm anteàhabere;
apud negotialores, quorum magna multitudo Uticac erat,
6
criminosè simul et magnifiée de bello loqui : « Dimidia
1
Un homme jusque-là siestimable en avait alors quarante-huit. Ce
et d'un mérite si bien soutenu. jeune lils de Metellus reçut, dans la
- Nouveaux, dontla famille n'était suite, le surnom de Plus à cause du
ni anciennement connue ni distin- zèle pieux avec lequel il sollicita
j?uée. du peuple le rappel de son père,
3
Pour aller demander, solliciter, exilé par Marius.
A fi
A Mélellus. D'une manière accusatrice pour
5
Les lois romaines ne permet- Mélellus et louangeuse pour lui-
raient de demander le consulat qu'à même. Conduite assez peu déli-
J'âge de quarante-trois ans. Marius cale.
178 SALLUSTE.

pars exercitus si sibi permitteretur, paucis diebus Jugurtham


1
in catenis habiturum; ab imperatore consultô t r a h i , quod
homo inanis et supervise regiac, imperio nimis gauderel.
Quae omnia illis eo firmiora videbantur, quod diuturnitate
belli res familiarîs corruperant, et animo cupienti nihil satis
festinatur.
Krat prartereà in exercitu nostro Numida quidam, nomine
Gauda, Manastabalis filins, îllasinissao nepos, quem lUi-
cipsa lestamento heredem secundum scripserat'; morbis
confectus, et ob eam causant meute paululùm imminutâ. (lui
3
Metellus petenti, more regum uti seIJam juxlà ponereî, item
poslcà custodiac caussû turmani equitum romanorum, ulrum-
que negaverat; honorem, quod eorum modo foret quos po-
pulus romanus reges appellavisset; praesidium, quod contu-
meliosum in eos foret si équités romani satellites Numidae
traderentur-
Hunc Marius anxiutn* aggreditur, atque hortatur uti co\\-
tumeliarum in imperatorem, cum suo auxilio, poenas petat ;
1
hominem ob morbos animo parùm valido secunda oratione'
exîollit : « Illum regetn, virum ingentem, Masinissae nepo-
teni esse; si Jugurtha captus aut occisus foret, imperium
INumidiae sine morA habiturum ;id adeô mature posse evenire
si ipse consul ad id bellum missus foret. «
Ttaque illum et équités romanos, milites et negotiatores,
alias ipse, plerosque pacis spesimpellit uti Romain ad suos
necessarios asperè in Metellum de bello scribant, (Vlarhim
imperatorem poscant. Sic illi à multis mortalibus honestis-
sumâ suffragatione consulatus petebatur; simul eâ lempe-
6
state plèbes, nobilitate fusa per legem Mamiliain , novos
extollebat. Ita Mario cuncta procedere.
TMarium, fatigantem de profectione simul et invisum et
1
Le général traînait à dessein la A
Par un discours flatteur, dans
guerre en longueur. son sens, qui venait en second, en
" a D'après 1rs dispositions testa- aide à ses sentiments.
mcnlaîresdc Micipsa, Gauda devait R
L a loi Mamilia avait désorganisé
hériter de la couronne si los doux el humilié la noblesse. A u ch. \ L ,
(ils de Mîcîpsa et Jugurtha venaient Salluste appelle l'auteur de celte
a mourir sans enfants. "(Bélèze.) loi Mamilius Limetanus. Elle avait
' A eolé de la chaise curutc du pour but d'ordonner des enquêtes
conDUl. contre les nobles qui s'étaient laissé
* Mécontent. corrompre par l'or de Jugurtha.
(iUJSiUlK D E J U G U U T U A .
1
offcnsum sibi, Metellus, parum idoneum ratus, domum di-
mittit. Et Romsc plèbes, litteris quic de Metello ac Mario
2
missan erant cognitis, volentia de ambobus acceperant.
Imperatori nobilitas *, quae anteà decori fuerat, invidiaî esse ;
at illi alteri generis humilitas favorem addiderat; ceterùm
in utroque magis studia partiuin quàm bona aut mala sua
moderata*. Prœtereà seditiosi magistratus vulgum exagi-
tare; Metellum omnibus concionibus capitis arcessere; Marii
5
virtutem ni majus celebrare- Denique plèbes sic assensa ,
utiopifices agrestesque omnîs quorum res fidesque in mani-
bus sita) erant, relictis operibus, frequentarent Marin m , et
sua necessaria post illius honorent ducerent. Ita perculsâ no-
bilitate, post multas tempestates, novo homini;consulatus
mandatur; et posteà populus, a tribuno plebis Manlio Mantino
rogatus quem velletcum Jugurtha bellum gerere, frequens
Marium jussit. Sed senatus, paulô antè, Metello Numidiam
6
decreverat : ea res frustra fuit .
Intérim Româ per litteras Metellus fit certior Mario pro-
vinciam Numidiam datam ; nam consulem factum antè acce-
perat. Quibus rébus supra bonum atque honestum perculsus'\
neque lacrurnas tenere neque moderari linguam ; vir egregius in
aliis artibus, nimis molliter œgritudinem pati. Quam rem
alii in superbiam vortebant ; alii bonum ingenium contumeliâ
accensum esse ; multi, quôd jam parta Victoria ex manibus
eriperetur; nobis satis cognitum illum magis honore Marii
quàm injuria suâ excruciatum, neque tam anxiè laturum
fuisse si adempta provincia alii quàm Mario traderetur.
At Marius, uti suprà diximus, cupientissumâ plèbe consul
factus, postquàm ei provinciam Numidiam populus jussit, anteà
8
jam infestus nobilitati, tum vero multus atque ferox instare;
singulos modo , modo universos lécdere; dictitare sese con-
sulatum ex victis illis quasi spolia cepisse; alia prsetereà ma-
1 0
Qu'il haïssait et qui était irrité Mais le décret du sénat fut sans
contre lui. effet et non avenu.
2 7
Des choses agréables, selon leur Abattu au delà de toute raison
désir, et de toute convenance.
3 8
L a noblesse de Mélellus. Comme s'il y avait : mvltinu
* Sous-cnt. sunt) servirent de atque femc/il,er;\\ s'acharna conlre
règle, dirigèrent l'opinion. la noblesse par des attaques plus
ft
Sous-enl. ./>///, fui si bien fréquentes et plus dédaigneuses,
échauffée. L'homme est excessif en tout.
180 SAIXLÏSTE
1
gnifica pro se, illis dolentia . Intérim, qmc bello opus erant,
prima habere; postulare regionibus supplementum, auxilia a
populis et regibus sociisque arcessere; prœtereà ex Latio
fortissumum quemque, plerosque militia, paucos famâ cogni-
2
tos aecire; eC ambiundo cogère homines emeritis stipendiis
secum pro/icisci.
Neque illi senatus, quamquàm advorsus erat, de ullo ne-
gotio abnuere audebat; ceterùm supplementum etiam lœtus
3
decreverat, quia, neque plèbe militiam vol e n t e , putabatur
Marins aut belli usum4, aut studia vulgi amissurus. Sed ea
res frustra sperata : tanta lubido cum Mario eundi plerosque
invaserat! Sese quisque prrcdâ locupletem fore, victorein do-
mum rediturum, alia hujuscemodi animos trahebant.
Marius, postquàm pleins animos arrectos videt, properè
commcatu, stipendio, armis aliisque utilibus navîs ouerat.
Cum his Aulum Manlium legatum proGcisci jubet. Ipse inte-
reà milites seribere , non more majorum, neque ex clnssibus,
5
sed uti cujusque lubido erat, capite censos plerosque . Id
factum alii inopia bonorum, alii per ambitionem consulis
memorabant, quod ab eo geuerc celebratus auctusque erat,
et hominî potenliam quœrenti egentîssumus quisque oppor-
tunissumus, cui neque sua curai, quippe qusc nulla sunt, et
omnia cum pretio honesta videntur. Igitur Marius, cum ali-
quantô majore numéro quàm decretum erat in Africam pro-
fectus, paucis diebus Uticam advehitur. Exercitus ei traditur

1
Pénibles et offensants pour eux. qui vivaient à leurs propres dépens.
2
Par ses intrigues il engageait les La sixième, qui était trop pauvre,
vétérans même à le suivre ; ceux était exempte du service militaire.
qui avaient iini leur temps et étaient On les appelait proprement les pro~
hors de la solde à mérite*. létaires, qui nihil reipuhlicœ exhi-
J
Le peuple n'aimait pas le service branla dit IVonius Marcellus, sed
militaire. Même chez les Romains, tant uni prolem snfJicianL Ils ne
le peuple était ce qu'il est par- formaient point une classe (calare,
tout, indifférent aux querelles des appeler, assembler, d'après Quin-
princes. tilien) ; on les désignait par l'épithète
4
Cette ressource pour faire la de capite censi, parce qu'ils n'étaient
guerre. portés sur les rôles, le cens, qu'à
fi
Servius Tullius avait partagé raison de leur tête et pour faire
tous les citoyens romains en six nombre ; leur avoir ne méritait pas
classes. Les cinq premières, qui qu'on en tint compte sur les registres
possédaient plus ou moins de ri- de l'Ëtat. La classe pauvre en est là
chesses, fournissaient Jes troupes, en Angleterre,
GUËIUtË »li JLiii'JttTMA. 181

à Fublio Rulilio legato. Nam Metellus conspectum Marii fu-


gerat, ne videret ea quac audita animus tolerare nequiverat.
Sed consul, expletis legionibus cohortibusque auxiliariis,
in agruin fertilem et prcndâ onustum proficiscitur. Omnia ibi
capta militibus donat ; dein castella et oppida naturâ et viris
parùm munita aggreditur ; prœlia multa, ceterùm levia alia,
aliis locis facere. Intérim novi milites sine metu pugnae
adesse, videre fugientîs capi aut occidi : fortissumum quem-
que tutissumum ; armis libertatem , patriam parentesque et
alia omnia tegi; gloriam atque divitias quscri. Sic brevi spatio
novi veteresque coalucre, et virtus omnium œqualis facta,
1
At r e g e s , ubi de adventu Marii cognoverunt, divorsi in
locos difficilîs abeunt. Ita Jugurthœ placuerat, speranti mox
effusos hostîsinvadi posse; Romanos, sicuti plerosque, re-
moto metu, laxiùs licentiùsque futuros.
f
Bocchus, roi de Numidie et al- qui fut conduit à Rome chargé de
fié de Jugurtha. Corrompu par les chaînes ei égorgé dans la prison
Romains, il leur livra Jugurtha, Mamertine.

C1CER0JNL
Salluste nous a tracé [Conjnr. de Catilina, ch. v j le. portrait du
conspirateur dont il s'agit ici. Dix-sept mois avant que Cicéron pronon-
çât cette harangue, vers les premiers jours de juin 689, Catilina avait
promis le plus brillant avenir à ses complices s'il parvenait au consulat.
Ses partisans étaient nombreux; ils remplissaient l'Italie. Cependant ses
projets éclataient de toutes parts, et lui-même ne prenait presque plus la
peine de ies dissimuler. Après bien des démarches, des complots, des
tentatives de meurtre, d'incendie et d'assassinat, qui toutes avaient
échoué, Catilina se rendit au temple de Jupiter Stator, ou Cicéron avait
convoqué le sénat. Quoiqu'il connût l'objet de l'assemblée, il eut cepen-
dant l'audace de s'y rendre, « soit pour rassurer ses complices, soit pour
détourner les soupçons. Lorsqu'il entra, tous les sénateurs, fuyant son
approche, laissèrent vide la partie de l'enceinte où ii alla se placer.
C'est à ce moment que le consul, s'abandonnant à son indignation, lui
adressa cette foudroyante harangue qui le força de quitter la ville
sans avoir pu l'inonder de sang. »
( J . L . Bunjsour.)
Î82 CICÉRON.

CATILIN AIRES

Premier discours contre Catilina.


1
Quouscjue tandem abutere, Catilina , patientiâ nostrâ ?
?
QuamdiiJ etiam furor iste tuus nos eludet ? Quem ad finem
sese effrenata jactabit audacia? Nihilne te nocturnum praesi-
3
dium P a l a t i i , nihil urbis vigiliae, nihil timor populi, nihil
concursus bonorum omnium, nihil hic munitissimus habendi
senatûs locus*, nihil horum ora vultusque moverunt? Patere
tua consilia non sentis? Constrictam jam omnium horum
5
conscientiâ teneri conjurationem tuam non vides? Quid
proximâ, quid superiore nocte egeris, ubi fueris, quos con-
vocaveris, quid consilii ceperis quem nostrûm ignorare arbi-
traris?
O temporal ô mores ! Senatus hsec intelligit; consul videt :
hic tamen vivit. Vivit? imo verô etiam in senatum venit ; fit
publici consilii particeps; notât et désignât oculisad cacdem
unumquemque nostrûm. Nos autem, viri fortes, satisfacere
reipublicac videmur si istius furorem ac tela vitemus. Ad
mortem te, Catilina, duci jussu consulis jampridem opor-
6
tebat; in te conferri pestem istam , quam tu in nos omnes
jamdiu machinaris.
An verô vir amplissimus, P . Scipio 7, pontifex maximus,
8
ï . Gracchum mediocriter labefactantem statum reipublicae
privatus interfecit; Catilinam verô, orbem terra? caîde
atque incendiis vastare cupientem, nos consules perferemus?
Nam illa nimis antiqua prgetereo, quôd C . Servilius Ahaia<>
Sp.Maelium, novis rébus studentem, manu suâ occidit. Fuit,
1
D u sénat et des consuls. Licinia, qui défendait de posséder
2
Se jouera de nous. plus de cinq cents arpents de terres
3
Du mont Palatin. conquises sur les ennemis-
A
Le temple de Jupiter Stator, ou (e 9
.Servilius Ahala, général de la
sénat se trouvait réuni par extraor- cavalerie, de Gincinnalus, tua de sa
dinaire. main Spurius Mélius, q u i , accusé
5
Enchaînée et arrêtée par la con- d'aspirer à la tyrannie pour avoir
naissance qu'en ont les sénateurs. fait au peuple des distributions
fi
Le mal. gratuites de grains, refusait de com-
7
P. Scipion NasicaSérapion, qui paraître devant le tribunal du dic-
mourut en 133 avant J . - C . tateur. Un jugement préalable n'eût-
* 11 ne voulait que rétablir la loi pas été de trop.
PREMIER DISCOURS C O N T E E CATILINA. 183
fuit ista quondam in hâc republica virtus ut viri fortes acri-
bus suppliciis civem perniciosum quàm acerbissimum ho-
1
stem coercerent. Iiabemussenatusconsultum in te, Catilina,
vehemens et grave : non deest rciplublicsc consilium, neque
2
auctoritas hujus ordinis ; nos, nos, dico apertè, consules
desumus.
Deerevit quondam senatus ut L . Opimius consul videret
ne quid respublica detrimenti caperet \ Nox nulla inter-
cessit : interfectus est propter quasdam seditionum sus-
piciones C . Gracchus 4, clarissimo pâtre, avo , majoribus
occisus est cum liberis M . Fulvius, consularis. Simili senatus-
consulto C . Mario et 1,. Valerio, consulibus, permissa est
respublica. Num unum diem postea L . Saturninum, tribunum
piebis, et C. Servilium, practorem, mors ac reipublica* pœna
remorata est? At nos vicesimum jam diem patimur hebes-
cere aciem horum auctoritatis Habemus enim hujusmodi
senastusconsultum, verumtamen inclusum in tabulis, tan-
quam gladium in vaginâ reconditum : quo ex senatuscon-
sulto confestim interfectum te esse, Catilina, convenit?.
Vivis, et vivis non ad deponendam, sed ad confirmandam
audaciam. Cupio, patres conscripti, me esse clementem;
cupio in tantis reipubiicao periculis me non dissolutum*
videri; sed jam me ipse inertiae nequitiaeque condemno.
1
Castra s sunt in Italin contra rempublicam, in Etruria
faucibus, collocata ; crescit in dies singulos hostium numerus :
eorum autem imperatorem castrorum, ducemque hostium
intra mœnia atque adeô in senatu videmus, intestinam
aliquam quotidie perniciein reipublicae molientem. Si te jam,
Catilina, comprehendi, si te interfici jussero, credo, erit ve-

1
Le sénat avait donné aux con- rius, (Us de Sempronius Gracchus et
suls un pouvoir absolu. de Cornélie et petit-Jiis de Scipion
5
Ce n'est pas non plus l'autorité l'Africain.
du sénal'qui fait défaut à la répu- '* Nous laissons s'emousser dan*
blique. nos mains le glaive de l'autorité du
•* Formule ordinaire des décrets sénat.
7
qui investissaient les consuls de la ïl aurait fallu.
s
puissance dictatoriale. C'était une Je ne voudrais pas être accuse
monarchie absolue,mais temporaire- de Jai blesse.
fl
A
Cicéron atténue à dessein les Le camp de Mallius, complice
crimes de ces personnages. de Catilina, qui était n Fésules, dans
s
• Caïus Gracchus, frère de Tibé- les gorges de l'Élrurie.
renduni mihi ne non hoc potiùs omnes boni seriùs a me
quàm quisquam crudeliùs faclum esse dicat. Veriun ego
hoc quod jampridem facfum esse oportuit cerla de causa
nondum adducor ut faciam. Tum denique interficiam te
cùm jam nemo tam improbus, tam perditus, tam lut si-
milis inveniri poterit qui id non jure factum esse fateatur.
Quamdiu quisquam erit qui te defendere audeat, vives et
vives, ita ut nunc vivis, multis meis et firmis pncsidiis
obsessus, ne commovere te contra rempublicam possis. Mul-
lorum te etiam oculi et aures non sentientem, sicut adhuc
fecerunt, speculabuntur atque custodient.
Etcnim quid est, Catilina, quod jam ampliùs exspectes,
si neque nox tenebris obscurare cœtus nefarios, nec privata
doinus parietibus continere voces conjurationis tuœ potest?
1
si illustranlur, si erumpunt o m n i a ? Muta jam istam men-
2
t e m , mihi crede; obliviscere crcdis atque incendiorum.
Teueris undique; luce sunt ciariora nobis tua consilia omnia ;
3
quac etiam mecum licet recognoscas .
Meministine me ante diem duodecimum kalendas novem-
bres 4 dicere in senatu fore in armis certo die, qui dies fu-
turus esset ante diem sextum kalendas novembres, C . Mal-
lium, audaciœ satellitem atque administrum tuac? JNum me
fefellit, Catilina, non modo res tanta, tam atrox, tam in-
credibilis, verùm, id quod multo magis est admïrandum,
dies? Dixi ego idem in senatu ceedem te optimatum con-
tulisse in diem quintum ante kalendas novembres, tum
quum multi principes civitatis R o m a , non tam suî conser-
vandi quàm luorum consiliorum reprimendorum causa, pro-
fugerunt. Num iniieiari potes, te illo ipso die meis prassidiis,
meâ diligentiâ circumelusum , commovere te contra rempu-
blicam non potuisse, quuin tu, discessu ceterorum, nostnl
tamen, qui remansissemus, caede contentumte esse dicebas?
5
Quid ? quum tu te Prœneste kalendis ipsis novembribus
occupaturum nocturno impetu esse conlideres, sensistine
illam coloniam meo jussu, meis prsesidiis, custodiis vigiliis-

1
Si tout se fait jour et éclate. 4
Le 12 avant les calendes de no-
;
Ce projet, ce dessein. vembre, ou le 20 octobre.
3
Tu peux les passer en revue h
ville du Latium, à l'est de
avec moi. Rome, auj. Paleslrina.
PREMIER DfSCOUUS C O N T R E C A T I L I N A JN5

que esse munitam? nihil agis, nihil moliris, nihil cogilas


quod ego non modo non audiam, sed etiam non videam pla-
nèque sentiam
Recognosce tandem mecum noctem illam superiorem : jam
intelJiges multô me vigilare acriùs ad salutem quàm te ad
perniciem reipublicac. Dico te priore nocte, venisse inter fal-
3
carios* (non agam obscure), in M . Laecac domum; con-
venisse eodem complures ejusdem atuentiae scelerisquc socios.
JMum negare audes? quid taces? convincam, si negas. Video
enim esse in senatu quosdam qui tecum unà fuerunt.
0 dii immortales! ubinam gentium sumus? quam rem-
publicam habemus? in quâ urbe vivimus? Hic, hic sunt,
nostro in numéro, patres conscripti, in hoc orbis terrao
sanctissimo gravissimoque consilio, qui de meo nostrùmque
omnium intérim, qui de hujus urbis atque adeô orbis terra-
-
rum exitio cogitent. Hosce <ego video consul, ;et de repu-
blica sententiam rogo! et, quos ferro trucidari oportebat,
eos nondum voce vulnero? Fuisti igitur apud Lœcam illa
nocte, Catilina; distribuisti partes Italise; , statuisti quo
quemque proflcisci piaceret ; delegisti quos Romae relinque-
res, quos tecum educeres; descripsisti urbis partes ad in-
cendia; confirmâsti te ipsum jam esse exiturum; dixisti
paululum tibi esse etiam tum morae, quod ego viverem^.
5
Reperti sunt duo équités romani qui te istâ cura libéra-
rent, et sese illa ipsâ nocte paulô ante lucem me in meo le-
ctulo interfecturos pollicerentur.
Haie ego omnia, vixdum etiam cœtu vestro dimisso, coin-
6
péri : domum meam majoribus pracsidiis munivi atque fir-
mavi; exciusi eos quos tu manè ad me salutatum miseras,
cùm illi ipsi venissent, quos ego jam multis ac summis viris
ad me id temporis T venturos esse prscdixeram.
Quae cùm ita sint, Catilina, perge quo cœpisti; egredere

' Tons les rhéteurs font remar- 5


Le motif de ton retard, c'était
quer la double gradation de celte que je vivais encore.
phrase. * Le chevalier Cornélius et le sé-
2
Dans le quartier des fabricants nateur Varguntéius.
de faux, des fourbisseurs, selon " Fulvia, instruite par l'indis-
Priscicn, crète vanité de Curius, un des com-
5
M, Porcius Lœca, sénateur, plices, révéla tout à Cicéron.
complice de Catilina. :
A ce moment.
aliquando ex urbe; patent portac; proficiscere. Nimiùm diù
te imperatorem tua îlla malliana castra desiderant. Kduc
tecum etiam omnes tuos; si minus, quàm plurimos; purga
urbem ; magno me metu liberabis, dummodo inter me atque
te murus intersit. JVobiscum versari jam diutiùs uon potes;
non feram, non patiar, non sinam.
Magna diis immortalibus habenda est gratia atque buic
ipsi Jovi Statori, antiquissimo custodi hujus urbis, quod
banc tam tetram,tam horribilem tam<|ue infestam reipu-
blicao pestem toties jam effugimus. Non est ssopiùs in uno
1
homine summasalus periclitanda reipublicsc . Quamdiii mihi,
consuli designato, Catilina, insidiatus es, non publico me
prœsidio, sed privata diligentia defendi. Cùm proximîs co-
mitiis consularibus me consulem in campo et competitores
2
tuos interficere voluisti, compressi tuos nefarios conatus
amicorum praesidio et copiis, nullo tumultu publiée conci-
tato; denique, quotiescumque me petîsti, per me tibi obstiti,
quanquam videbam perniciem meam cum magnâ calamitate
reipubliese esse conjunctam. Nunc jam apertè rempublicam
universam petis; templa deorum immortalium, tecta urbis,
vitam omnium civium, Italiam denique totam ad exitium et
vastitatem vocas.
Quare, quoniam id quod primùm atque hujus imperii
3
disciplinaeque majorum proprium est facere uondùm audeo,
faciam i d , quod est ad severitatem lenius*, ad communem
salutem utilius. Nam, si te interfici jussero, residebit in
republicâ reliqua conjuratorum manus. Sin tu, quod te jani-
dudum hortor, exieris, exhaurietur ex urbe tuorum comitum
5
magna et perniciosa sentina reipublicae.
Quid est, Catilina ? Num dubitas id, me imperante, facere
quod jam tuâ sponte faciebas? Exire ex urbe jubet consul
hostem. Interrogas me num in exsilium? Non jubeo; sed,
si me consulis, suadeo.
Quid est enim, Catilina, quod te jam in hâc urbe deiectare

1
II ne faut pas qu'un seul homme droit propre de la souveraine puis-
motte une fois de plus la pairie en sance et confirmé par l'usage ( le
danger. droit de vie et de mort).
l
' Silanus et Muréna. s
Plus doux et moins sévère.
'* Ce qui est le premier droit el le fi
Les égouts, les immondices.
PREMIER OfSCOUUS C O N T R E C A T I L I N A iHt

possil, in quâ nemo est, extra istam conjurationem perdi-


torum hominum, qui te non metuat,nemo qui non oderii.
1
Qu90 nota domesticae turpitudinis non inusta vitae tuae est?
2
quod privatarum rerum dedecusnon hscret i n f a m i e ? quaj
libido ab oculis, quod facinus a manibusunquàm tuis, quod
flagitium a toto corpore abluit? cui tu adolescentulo, quem
corruptelarum illecebris irretisses, non ad audaciam ferrum
3
prœtulisti ?
Quid verô? nuper cùm morte superioris uxoris novis
nuptiis domum vacuefecisses, nonne etiam alio incredibili
scelere* hoc scelus eumulâsti? quod ego pratermitto et fa-
cile patior sileri, ne in hâc civitate tanti facinoris imma-
nitas aut exstitisse aut non vindicata esse vïdeatur. Pra>
termilto ruinas fortunarum tuarum, quas omnes impendere
5
tibi proximis idibus senties : ad illa venio quae non ad
privatam ignominiam vitiorum tuorum, non ad domesticam
6
tuam difficultatem acturpitudinem, sed ad summam reipu-
blicac atque ad omnium nostrûm vitam salutemque perti-
nent.
Potestne tibi haec lux, Catilina, aut hujus cœli spiritus ?
esse jucundus, cùm scias horum esse neminem qui ne-
sciât te, pridie kalendas januarias, Lepido et ï u l l o consu-
libus, stetisse in comitio cum telo? manum, consulum et
principum civitatis interliciendorum causa, paravisse? sceleri
8
ac furori tuo non mentem aliquam aut timorem tuum , sed

1
Catilina était devenu infâme ,;
L'embarras pécuniaire.
aux yeux des Romains et par suile 1
L'air que tu respires.
de sa conspiration et par les tur- * U n remords. « Salluste, c h . 18,
pitudes nétrissanles de sa vie privée. raconte en peu de mots cette pre-
7
La honte s'ajoutait à sa mau- mière conjuration. Suétone (Jitfas
vaise renommée. César, ch. n) rapporte, sur la foi
3
Mettre le fer à la main. d'auteurs contemporains, que César
4
Catilina avait fait mourir sa pre- et crassns y prirent part, et qu'elle
mière Femme pour en épouser une manqua le dernier jour dedécembre
autre ; il voulut, dit-on, vider com- 0S7, parce que César, ne voyant
plètement sa maison et ht tuer aussi point paraître Crassus au moment
son fils. convenu, ne donna pas le signal.
ft
Aux ides, c'est-à-dire le 15 de Suivant Salluste, elle manqua une
mars, mai, juillet et octobre, et le seconde fois le 5 février, parce que
s des autres m o i s , les débiteurs Catilina se pressa trop de le don-
payaient à leurs créanciers l'inté- ner. » ( J - L . BURKOUF.) L'intrigue
rêt des sommes empruntées. et l'ambition sont sœurs.
cicisiiorv.

fortuuam populi romani obstitisse? Ac jam illa omitto. Neque


enim sunt aut obscura aut non muJta post commissa \
7
Quoties tu me designatum, quoties consulem intcrlicere
3
conatus es ! quot ego tuas petitiones ita conjectas ut vitari
non posse viderentur, parva quadam declinatione et, ut
aiunt, corpore effugi Nihil agis, nihil assequeris, nihil mo-
5
liris quod mihi latere valeat in tempore : neque tamen
6
conari ac velle desistis. Quoties jam tibi extorta est sica
ista de manibus? quoties verô excidit casu aliquo et elapsa
est? Tamen eâcarere diutiùs non potes : quse quidem quibus
abs te initiata sacris ac devota sit 7 nescio, quôd eam ne-
cesse putas consulis in corpore defigere.
Nunc verô quac tua est ista vita? Sic enim jam teeum
toquar, non ut odio permotus esse videar quo debeo, sed ul
misericordiâ qutc tibi nul la debelur. Venisti paulô antè in
senatum. Quis te ex hac tanta frequentia , tôt ex tuis amicis
ac necessariis salutavit? Si hoc post hominum memoriani
oontigit nemini, vocis exspectas contumeliam, cùm sis gra-
8
vissimo judicio tacitumitatis oppressus ? Quid ? quôd adventu
tuo ista subsellia vacuefacta sunt ? quôd omnes consulares„
qui tibi persacpè ad casdem constituti fuerunt p, simul atque
assedisti, partem islam subselliorum nudam atque înanem
reliqueruut?
* Construction singulière, il y rapporte le fait sans l'affirmer. Plu-
eutencore d'autres crimes éclatants tarqucet Florusle donnent comme
et nombreux de commis dans Ja positif.... Ainsi se trouve réfuté ce
suite. queSalluste insinue, que ce meurtre
2
Consul désigné, et consul nom- d'un homme, ((ont les conjurés hu-
mé, rent le sang, pourrait bien être
3
Attaques. une fiction imaginée après coup
* Éviter avec le corps, sans parer par les amis de Cicéron, pour di-
avec les armes. minuer l'odieux de sa sévérité. »
b
A point nommé, à temps. ( J . L- BUUNOUF.)
fi
Poignard, d'où vient sicaire* En 1840 les assassins du comte
assassin. JRossi, formés à l'école de Catilina,
' « On consacrait les couteaux grâce à leurs études de collège,
destinés aux sacrifices; Cicéron, exercèrent aussi leur poignard sur
par un artifice oratoire, parait sup- un malheureux la veille même du
poser que Catilina avait voué le jour ou le lorfail devait se corn-
sien au meurtre des consuls. » mettre, foi/. AWMI. BALLKYDIEU,
( E. SOUMKIÏ. 1 Jlht. de l,a Révolution de Home.
h
tt Allusion à cette coupe pleine Ce. silence est déjà un jugement
de sang humain que burent, dit- écrasant porté contre toi.
E)
on, les conjurés. 5allusle,ch. 22, Que tu avais désignés à la mort.
PBEM-JïStt DISCOURS C O N T « Ë GATILUNA, 189

Quo tandem animo hoc tibi ferendum putas? Servi, rae-


herclC; mei si me isto pacto me tuèrent ut le metuunt omnes
cives tui, domum meam relinquendam putarem : tu tibi
urbem non arbitraris? Et, si me meis civibus injuria suspec-
ta m tam graviter atque offensum viderem, earere me ads-
pectu civium quàm infestis oculis omnium conspici mallem :
tu, cùm conscientia scelerumtuorumagnoscasodium omnium
justum et jam tibi diù debitum, dubitas quorum mentes
sensusque vulneras eorum adspectum pracsentiamque vi-
tare? Si te parentes limèrent atque odissent tui, neque eos
ullâ ratione placare posses, ut opinor, ab eorum oculis
aliquô concederes : nunc te patria, quac communis est
omnium nostrûm parens, odit ac metuit, et jamdiù le nihil
judicat nisi de parricidio suo cogitare. Hujus tu neque au-
1
ctoritatem verebére, neque judicium sequere, neque vim
perlimesces?
Quac tecum, Catilina, sic agit, et quodam modo tacita lo-
quitur : i Nullum aliquot jam annis facinus exstitit nisi per
te, nullum flagitium sine te; tibi uni multorum civium neces*,
tibi vexatio direptioque sociorum * impunita fuit ac libéra;
4
tu non solùm ad negligendas Ieges et quœstiones , verùm
etiam ad evertendas perfringendasque valuisti. Superiora
illa, quanquam ferenda non fuerunt, tamen, ut potui, tuli :
nunc verô me totam esse in metu propter te unum ; quidquïd
r>
increpuerit , Catilinam timeri; nullum videri contra me
consilium iniri posse, quod a tuo scelere abhorreat, non est
ferendum. Quamobrem discede, atque hune mihi timorem
eripe : si est verus, ne opprimar; sin falsus, ut tandem ali-
quandô timere desinam. »
Hacc si tecum, ut dixi, patria loquatur, nonne impetrare
debeat, etiam si vim adhibere non possit? Quid? quôd tu te
fi
ipse incustodiam dedisti ? Quid? quôd, vitandsc suspicionis

1
La sentence de condamnation Catilina s'était signalé par des exac-
qu'elle porte et que l'orateur va tions et des violences.
développer. 4
Les poursuites, les informa-
2
ti A la faveur des troubles du tions, les enquêtes de la justice.
temps de Sylla, Catilina avait fait 5
Au moindre bruit.
tuer impunément plusieurs ci- fi
Catilina avait offert de se cons-
toyens. » ( E . SOMMER. ) tituer prisonnier, c'est-à-dire de se
3
Durant sa préture en Afrique mettre sous la garde d'un magis-
J90 CICÉRON

causa, apud M . Lepidum le habitare velle dixisti? a quo non


receptus, etiam ad me venire ausus es, atque ut domî m esc
to asservarem rogâsli. Cùm a me quoque id responsum
clisses, me nuJlo modo posse iisdem parietibus tutô esse
tecum, qui inagno in periculo essem, quod iisdem mœnibus
contineremur, ad Q. ATetclium praotorem venisti. A quo re-
1
pudiatus, ad sodalem tuum, virum optimum, M . Marcellum ,
demigrâsti, quem lu videlicet et ad custodiendum te diligen-
tissimum, et ad suspicandum sagacissimum, et ad vindi-
candum fortissimum fore putâsti. Sed quàm longé videtur a
carcere atque a vinculis abesse debere qui se ipse jam di-
?
gnum cuslodiâ judicârit ?
Quae cùm ita sint, Catilina, dubitas , si hic emori aequo
1
animo non potes" , abire in aliquas terras, et vitam istam,
multis suppliciis justis dehitisque ereptam, fugoo solitudi-
nique mandare? « flefer, inquis, ad senatum : » id enim
postulas, et, si hic ordo placere sibi decreverit te ire in exsi-
Jiura, obtemperaturum te esse dicis. Non referam id quod
abhorret a meis moribus*, et tamen faciam ut intelligas quid
hi de te sentiant. Egredere ex urbe, Catilina; libéra rempu-
blicam metu;in exsilium, si hanc vocem exspectas, profi-
ciscere. Quid est, Catilina? Ecquid attendis, ecquid animad-
vertis horum silenlium ? Patiuntur, tacent. Quid exspectas
auctoritatem loquentium, quorum voluntatem tacitorum
5
perspicis ?
6
A.t si hoc idem huic adolescenti optimo P. Sextio , si for-
tissimo viro M . Marcello 7 dixissem, jam mihi consuli, hoc

f.rat,qui le recevrait dans sa maison celui qui se juge digne de la eu-


et répondrait de sa personne. On stodia, ou surveillance publique.
conçoit tout ce que cette mesure 3
Puisque tu ne peux mourir tran-
aurait eu d'illusoire. Foy. Sallusle, quille ici.
Mi Tacite, ^ > m . , v i , 3; Suétone, * Ce qui répugne à mon carac-
Fiteltiwt, 2; Tite-Live, xxxix, 14. tère, à mes habitudes.
1
« Ce Marcellus, ami de Catilina, ft
ïl me semble que Cicéron ré-
que Cicéron appelle par ironie vi' pète bien des fois la même chose
ru m optimum, ne doit pas être dans un discours qui devrait ôlre
confondu avec celui dont il est ques- si vif.
lion plus bas. Toute la Rn de cette G
P. Sextius, questeur du consul
phrase est aussi ironique. » C. Antoine, fui défendu par Cicéron,
(IL. S o M M K R . ) ' Il s'agit de M. Marcel!us qui fut
"-' ïl mérite la prison et les fers exilé environ dix-sept ans plus lard
PREMIER DISCOURS CONTRE CATILINA. 191

ipso intemplojureoptimo senatus * vim et manus intulisset.


De te autem, Catilina, cùm quiescunt, probant; cùm pa-
tiuntur, decernunt; cùm tacent, clamant. Neque lu solùm,
quorum tibi auctoritas est videlicet cara, vita vilissima, sed
etiam illi équités romani, honestissimi atque optimi viri, cete-
rique fortissimi cives, qui circumstant senatum, quorum tu
2
et frequentiam videre, et studia perspicere, et voces paulô
antè exaudire potuisti. Quorum ego vix abs te jamdiù manus
ac tela contiueo, eosdem facile adducam ut te baîc qua?
jampridem vastare studes relinquentem usque ad portas pro-
3
sequantur .
Quanquam quid loquor*? te ut ulla res frangat? tu ut
unquam te corrigas? tu ut ullam fugam meditere? tu ut
ullum exsilium cogites? Utinam tibi istam mentem dii un-
5
mortales duint ! Tametsi video, si, meâ voce perterritus,
ire in exsilium animum induxeris, quanta tempestas invidiœ
nobis, si minus in pracsens tempus, recenti memoriâ scelerum
1
tuorum, at in posteritatem' impendeat. Sed est mihi tanti?,
dummodoista privata sit calamitas, et a reipublicae periculis
sejungatur. Sed tu ut vitiis tuis commoveare, ut legum pocnas
8
pertimescas, ut temporibus reipublicso concédas non est
postulandum. Neque enim is es, Catilina, ut te aut pudor a
turpitudine, aut metus a periculo, aut ratio a furore revo-
carit.
Quamobrem, ut sœpè j a m d i x i , proficiscere; a c , s i mihi
inimico, ut praedicas, tuo conflare vis invidiam , rectà perge
in exsilium : vix feram sermones hominum si id feceris:
f
et don! Cicéron demanda le rutour Cicéron recommence toujours
â César. — Les honnêtes gens, qui à faire son éloge ; il en devient fas-
avaient besoin de l'éloquence si tidieux.
souvent sophislique de Cicéron Forme antique, pour dent ou
pour éviter des châtiments trop bien dederint. Ce qui ne revient pas mai
mérités! après 1rs tu nt. Cicéron , d'ailleurs
1
Le sénat se soulèverait contre si éloquent, se néglige parfois,
moi. G Pour ht posterum (sous-ont.
2
Les sentiments, l'ardeur, l'ani- tempus).
7
mation. Mais je l'accepte à ce prix, pourvu
1
Ironie encore tirée de l'usage que ce malheur retombe (ont entier
où l'on était d'accompagner, par sur moi seul,
honneur, jusqu'aux portes de la s Que tu te plies aux besoins de
ville les grands, les magislrals ou nïlal, que lu fasses des concessions
les amis qui allaient en voyage. aux circonstances*
CICÉRON.

vix molem istius invidias, si in exsilium ieris jussu consul is,


sustinebo. Sin autem servire meœ laudi et glorisc niavis,
egredere cum importuna sceleratorum manu ; confer te ad
A'Iallium; concita perditos cives; secerne te a bonis; infer
patriao bellum ; exsulla impio latrocinio ut a me non ejectus
ad alienos, sed invitatus ad tuos îsse videaris.
Quanquain quid ego te invitem, a quo jam sciam esse
1
pracmissos qui tibi ad forum Aurelium pracstolarentur ar-
mati? cui sciam pactain et constitutam esse cum Mallio
diem? a quo etiam aquilam illam argenteam quam tibi ac
3
tuisomnibus perniciosam esse confidoet funestam futuram ,
cui domi tuœsacrarium scelerum tuorum constitutum fuit,
sciam esse pramissam ? Tu ut illâ diutiùs carere possis *,
quam venerari, ad cacdem proficiscens, solebas? a cujus
altaribus saîpè istam impiam dexteram ad necem civium
transtulisti?
Ibis tandem aliquando quo te jampridem tua ista cupi-
ditas effrenata ac furiosa rapiebat. Neque enim tibi hase res '*
affert dolorem, sed quamdam incredibilem voluptatem. Ad
banc te amentiam natura peperit, voluntas exercuit, fortuna
servavit. Nunquam tu non modo otium, sed ne bellum qui-
d e m , nisi nefarium, concupîsti. Nactus es ex perditis atque
ab omni non modo fortuna, verùm etiam spe derelictis, con-
flatam improborum manum. Hic tu quâ lactitià perfruêre!
quibus gaudiis exsultabis ! quanta in voluptate bacchabere,
cùm in tanto numéro tuorum neque audies virum bonum
6
quemquam, neque videbis ! Ad hujus vitae studium meditati

1
« On appelait forum une ville, 3
Ceci me parait èlre une pro-
bourg ou village où se tenaient les phétie faite après coup. Cicéron a
marchés {foreuses, les foires ) el où relouché son discours après l'avoir
l'on rendait la justice. Chacun de improvisé. — Remarquez encore
ces lieux portait le nom de celui un tu ut quelques lignes plus bas.
qui y avait établi le marché. Le En revanche, ii n'y a, dans tout Je
forum d'Aurétius était sur la voie Discours, que deux videntur et un
Aurélia, conduisant de Rome en videaris; c'est peu.
Étrurie. » ( J . - L . BURNOUF.) 4
Comment pourrais-tu rester
2
"D'après Salluste, ch. 59, l'aigle privéd'un objetque...? Voilà pour-
d'argent à côté de laquelle Catilina quoi Mallius te l'a envoyé-
se fit tuer à la bataille de Pistoie 5
Ce départ.
avait servi à Marius dans la guerre 6
Ironie sanglante et bien méri-
contre les Cimbres. tée!
PHEMIER DISCOURS C O N T R E C A T I L I N A . 193
J
illi s u n t , qui feruntur, laborestui : jacere humi, aclfacinus
obeuudum; vigilare, insidiantem bonis oliosoruin *-\ ïlabes
ubi ostentesillam pracclaram tuam patientiam famis, frigoris,
inopiae rerum omnium, quibus îe brevi tempore confectum
esse senties.
3
Tantùm profeci tum cùm te a consulatu repuli , ut exsul
potiùs tentare quàm consul vexare rempublicam posses,
atque ut id quod esset a te scélérate susceptuni latrocinium
potiùs quàm bellum * nominaretur.
Noue, ut a me, patres conscripti, quamdam propè justam
patriac querimoniam détester ac deprecer, percipite, quacso,
diiigenter quœ dicam, et ea penitùs animis vestris menti*
busqué mandate. Ëtenim si mecum patria, quac mihi vitâ
meâ multo est carior, si cuncta Italia, si omnis respublica
loquatur : « M . Tulli, quid agis? Tune eum quem esse hostem
comperisti, quem ducem belli futurum vides, quem exspe-
ctariiinperatorem in castris hostium sentis, auctorem scele-
ris, principem conjurationis, evocatorem servorum et civium
perditorum, exire patieris, ut abs te non emissus ex urbe,
5
sed immissus in urbem esse videatur? Non hune in vincula
duci, non ad mortem rapi, non summo supplicio mactari
imperabîs?
« Quid tandem impeditte? Mosne majorum ? At persaope
etiam privati in bac republicâ perniciosos cives morte mulc-
6
tavunt. An l e g e s , quœ de civium romanorum supplicio
rogatac? sunt? A t nunquàm in bac urbe ii qui a republicf»
defecerunt civium jura tenuerunt. An invidiam posteritatis
times? Pracclaram vero populo romano refers gratiam, qui te,
y
hominem per te cognitum , nullâ commendatione majorum,

1
Ces travaux, cette activité que écrit pour la postérité, el l'auteur
l'on vante tant étaient calculés par a regretté, sans doute, de ne l'avoir
amour pour ce genre de vie, Medltati pas prononcé tel qu'il nous l'a
sunt au passif. transmis.
2
Des gens moins actifs et moins s
Encore une antithèse! on croi-
circonspects. rait lire saint Augustin.
:i
Je t'ai écarté du consulat, em- i]
Les lois Porcia et Sempronia.
pêché d'y arriver, 7
Portées, sur lesquels on a de-
« Voilà des jeux de mots qui sen- mandé l'assentiment du peuple.
tent bien le cabinet, sans être pour- H
Passons aux païens cette fai-
tant merveillant. Ce discours a été blesse de se louer eux-mêmes.
T. T. 9
194 CICÉRON.
1
tam mature ad summum imperium per omnes honorum
gradus extulit, si, propter invidiam aut alicujus periculi me-
tum, salutem civium tuorum negligis. Sed, si quis est invidiae
metus, num est vehementiùs severitatis ac fortudinis invidia
quàm inertiae ac nequitise pertimescenda ? An cùm bello
vastabitur Italia, vexabuntur urbes, tecta ardebunt, tum te
?
non existimas invidiic incendio conflagraturum ? »
His ego sanctissimis reipublicœ vocibus et eorum ho-
minum (jui idem sentiunt mentibus pauca respondebo.
E g o , si hoc optimum factu judicarem, patres conscripti,
Catilinam morte mulctari, unius usuram horœ gladiatori isti
ad vivendum nondedissem. Etenim, si summi viri et claris-
simi cives, Saturnini, et Gracchorum, et Flacci et supe-
riorum complurium sanguine non modo se non contamina-
runt, sed etiam honestârunt, certè mihi verendum non erat
3
ne quid, hoc parricidâ civium interfeclo, invidia? mihi in
posterîtatem redundaret. Quod si ea mihi maxime impen-
deret, tamen hoc animo semper fui ut invidiam virtute par-
tam, gloriam, non invidiam putarem.
Quanquam 4 nounulli sunt in hoc ordine qui aut ea quœ
imminent non videant, aut ea quae vident dissimulent,
qui spem Catilinac mollibus sententiis aluerunt, conjuratio-
nemque nascentem non credendo corroboraverunt-, quorum
auctoritatem secuti multi, non solùm improbi, verùm etiam
5
imperiti, si in hune animadvertissem, crudeliter et régie
factum esse dicerent. Nunc intelligo, si iste, quo intendit, in
malliana castra pervenerit, neminem tam stultum fore qui
non videat conjurationeni essefactam, neminem tam impro-
hum qui non fateatur. Hoc autem uno interfecto, intelligo
hanc reipublicae pestem paulisper reprimi, non in perpetuum

' « Cicéron, dit M. E . Sommer, français cancan, que l'on écrivait


avait parcouru, dans une seule autrefois et qu'on écrit encore quan-
année, tous 1rs dpgrés des hon- qnan, dit Bescherelle. On appelait
neurs, ce qui était jusqu'alors sans qtiamquam le discours latin pro-
exemple. » Cicéron avait alors en- noncé à l'ouverture d'une thèse.
viron quarante-quatre ans. 5
Despotiquement, arbitrairement.
2
Figure d'un assez mauvais goût. Les républicains de Rome avaient
3
Assassin, expression impropre, un préjugé, des préventions ab-
* Ces quanquam si multipliés ont, surdes contre la royauté, qu'ils ne
sans doute, donne naissance au mot séparaient point du despotisme.
PREMIER DISCOURS CONTRE CAÏILlîNA. 105

comprimi posse. Quôd si se ejecerit, secumque suos eduxerit,


1
et eôdem ceteros undique collectos naufragos aggregaverit,
exstinguetur atque delebilur non modo hacc tam adulta rei-
publicœ pestis, verùm etiam stirps ac semen malorum
omnium.
Etenim jamdiu, patres conscripti, in his periculis conju-
2
rationis insidiisque versamur ; sed nescio quo p a c t o
omnium scelerum ac veteris furoris et audacia; maturitas in
3
nostri consulats tempus erupit. Quôd si extanto latrocïnio
isle unus tolletur, videbimur fortassè ad brève quoddam
tempus curA et metu esse relevati; periculum autem resi-
debit, et erit inclusum penitùs in venis atque in visceribus
reipublicaî. U t sacpe homines OBgri morbo gravi, cùm sestu
febrique jactautur, si aquam gelidam biberint, primo relevarï
videntur, deindè multo graviùs vehementiùsque afflictantur,
sic hic morbus qui est in republicâ, relevatus istius pocnâ,
vehementiùs, vivis reliquis, ingravescet.
Quarè, patres conscripti, secedant improbi; secernant se
a bonis; unum in locum congregentur; muro denique, id
quod saepè jam dixi, secernantur a nobis; desinant insidiari
5
domi suce consuli 4, circumstare tribunal prœtoris urbani :
fi
obsidere cum gladiis curiam, malleolos et faces ad inflanv»
mandam urbem comparare : sit denique inscriptum in fronte
uniuscujusque quid de republicâ sentiat. Polliceor hoc
vobis, patres conscripti, tantam in nobis consulibus fore di-
ligentiam, tantam in vobis auctoritatem, tantam in equitibus
romanis virtutem, tantam in omnibus bonis consensionem,
ut Catilinac profeclione omnia patefacta, illustrata, oppressa,
vindicata esse videatis7.
Hisce omnibus , Catilina, cum summâ reipublicœ salute
et cum tuû peste ac pernicie, cumque eorum exitio qui se

1
Ici, gens ruinés, banquerou- 3
Bande de brigands-
tiers. * Au consul dans sa propre mai-
2
Je ne sais comment, pour quelle son.
cause. Qui sait si, en cherchant :>
Le préleur urbain ou civil j u -
bien, on ne trouverait pas? Le ver- geait les différends entre les débi-
tueux Cicéron ne devait pas être teurs et les créanciers.
fort aimé à Rome : il était devenu fi
Sorte de trait renfermant des
très-vite et bien riche et bien puis- matières combustibles.
sant. Voilà une belle période.
19C CïCKaON.

tecum omni scelere parricidioque junxerunt, proficiscere ad


impium bellum ac nefarium. Tum t u , Jupiter, qui iisdem
quibus hsec urbs auspiciis a liomulo es constitutus, quem
1
Stalorem hujus urbis atque imperii verè nominamus, huuc
et hujus socios a tuis aris ceterisque templis, a teclis urbis ac
mœnibus, a vita fortunisque civium omuium arcebis; et
omnes inimicos bonorum, hostes patrire, latrones ltaliœ, sce-
lerum fœdere iuterse ac nefariâ societate conjunctos, ccternis
suppliciis vivos mortuosque mactabis *.

,,s
Deuxième discours contre Catilina. (N 7-12. )

Après la harangue du consul, Catilina, interdit, confondu, partit nui-


tamment pour le camp de Mallius a \ e c un petit nombre de complices,
laissant à C é l h c g u s , à Lenlutus et à quelques autres, pour fortifier le
parti et hâter l'assassinat du consul, le soin de tout disposer eniin pour
Je massacre, l'incendie et la guerre civile, promettant de revenir bien-
tôt lui-même aux portes de Rome, à la tête d'une puissante armée. (SAL-
LUSTE, C H . 32. )
Le lendemain, tandis que le sénat s'assemblait pour prendre les me-
sures les plus urgentes, Cicéron monta â la tribune aux harangues et
rendit compte au peuple romain de tout ce qui s'était passé.
« L'objet de la seconde Cntiiinaîre, dit J , L . Ruimoni?, est, 1° de dis-
siper les fausses et insidieuses alarmes que les partisans secrets de Ca-
tilina affectaient de répandre en exagérant ses ressources et le danger
de la république; 2 ° de se justifier aux yeux de quelques bons citoyens
du reproche d'avoir laissé fuir l'ennemi de la pairie, au lieu de ie livrer
au supplice; 3° de répondre â ceux qui l'accusaient de tyrannie pour
avoir exilé Catilina; 4° de faire connaître ceux qui, dans Rome, servaient
ouvertement ou secrètement les desseins de Catilina. Il les divise en six
classes, qu'il caractérise chacune par les traits q u i lui conviennent. »>
Ce discours fut prononcé le •) novembre 090 ou G9I de la fondation de
Rome.

0 conditionem miseram non modo administrandrc, verùm


etiam conservaudsc reipublicac! Nunc si L . Catilina, consi-
3
liis, laboribus, periculis meis circumelusus ac debilitatus,
1
Jupiter Stator, c'est-à-dire ap- pour les morts, et ainsi notre âme
pui, soutien de la viJie, dont le est immortelle. Tous les hommes
temple a été érifté sous ies mêmes l'ont toujours cru.
6
auspices que Rome. Par mon dévouement, les périls
2
II y a donc des supplices même que j ' a i courus.
DEUXIEME DISCOURS CONTAI; CATïUNA. 107

subito pertimuerit, senteutiam mutaverit, dcserucril suos,


consilium belli faciendi abjccerit, ex hoc cursu sceleris et
belli iter ad fugam atque in exsilium converterit, non ille a
me spoliatus armis audaciœ, non obstupefactus ac perterritus
meâ diligentia, non de spe conatuque depulsus, sed inde-
mnatus, innocens, in exsilium cjectus a consule vi et minis esse
dicetur : et erunt qui illum, si hoc fecerit, non improbum,
sed misera m , me non diligcntissimum consulem, sed cru-
delissimum tyrannum existimari velint.
1
Est mihi tanti , Quiritcs, hujus invidise falsœ atque ini-
quse tempestatem subire, dummodo a vobis hujus horribilis
belli ac nefarii periculum depellatur. Dicatur sanè ejectus esse
a me, dummodo eat in exsilium. Sed, mihi crédite, non est
iturus. Nunquàm ego a diis immortalibus optabo, Quirites,
9
invidisc meac levandzc c a u s a , ut L . Catilinam ducere exer-
citum hostium atque in armis volitare audiatis; sed triduo
tamen audietis, multôque magis illud timeo, ne mihi sit in-
vidiosum aliquandô, quod illum emiserim potiùs quàm quod
ejecerim. Sed cùm sint homines qui illum, cùm profectus
sit, ejectum esse dicant, iidem, si interfectus esset, quid di-
cerent?
3
Quanquàm isti qui Catilinam Massiiiam ire dictitant
non tam hoc queruntur quàm verentur. Nemo est istorum
tam misericors qui illum non ad Mallium quàm ad Massi-
lienses ïre malit : ille autem, si, mebercules, hoc, quod agit,
nunquàm antè cogitâsset, tamen latrocinantem se interlici
mallet quàm exsulem vivere. Nunc verô, cùm ei nihil ad-
hùc prarter* ipsius voluulatem cogitationemque accident,
nisi quôd vivis nobis Roma profectus est, optemus potiùs
lit eat in exsilium quàm queramur.
Sed cur tamdiù de uno hoste loquimur, et de eo hoste

1
y oyez première Calilinaire territoire romain et qui continuait,
(note 7, p. 191). Cela vaut pour moi à être regardée simplement comme
ce prix. ville alliée, était presque toujours
2
Je ne désirerai jamais, pour la résidence choisie par les plus
fermer la bouche à la calomnie, illustres exilés, tels que Scipion
que vous entendiez dire {volitare l'Asiatique, Milon, etc. »
audiatis). (E. SOMMER.)
1
« Marseille, qui n'avait pas été * Contre. Il a toujours réussi,
réunie avec le reste de la Gaule au sauf â me tuer.
198 CICERON.

qui jam latetur se esse hoslem, et quem, quia, quod sem-


per volui, murus interest, non timeo; de lus qui dissimu-
lant, qui llomœ rémanent, qui nobiscum sunt nibil dicimus?
Quos quidem ego, si ullo modo fieri possit, non tam uleisci
T
studeo quàm sanare, et ipsos placare reipublicéc ; neque
id quare fieri non possit, si me audire volent, intelligo. Ex-
ponam enim vobis, Quirites, ex quibus generibus bominum
istae copiai comparentur, deindè singulis mediciuam cousilii
atque orationis meac, si quam potero, afferam.
2 3
Unum genus est eorum qui, magno in ?ore a l i e n o ,
majores etiam possessiones babent, quarum amore adducti,
dissolvi ^ nullo modo possunt. Horum bominum species est
honestissima; sunt enim locupletes : voluntas verô et causa
impudentissima. Tu agris, tu aedificiis, tu argento, tu familiâ,
tu rébus omnibus ornatus et copiosus sis , et dubites de pos-
5
sessione detrabere, acquirere ad fidem ? Quid enim exspe-
ctas ? Bellum ? Quid ? Ergo in vastatione omnium tuas posses-
6
siones sacrosanctas futuras putas? An tabulas novas ? Errant
qui istas a Catilina exspectant. Meo beneficio tabulas novae
proferentur, verùm auctionaria)7. Neque enim isti qui pos-
sessiones habent aliâ ratione ulla salvi esse possunt- Quod si
maturiùs facere voluissent, neque, id quod stultissimum est,
8
certare cumusuris fructibus praxliorum , et locupletioribus
his et melioribus civibus uteremur. Sed hosce homines minime
puto pertimescendos, quod ant deduci de sententiâ possunt,
aut, si permanebunt, magis mihi videntur vota facturi 9 contra
rempublicam quàm arma laturi.
! 7
Les apaiser dans l'intérêt de la Des tables d'enchères, des afïi-
républiquc,lcs réconcilier avccelle. ches annonçant des biens à vendre
- L a première classe se compose à l'encan. « On voit, dit J . L . BUR-
de ceux qui... JVOUF, que Cicéron joue sur le
3
Grandement endettés. motlabulœ. » Catilina avait promis
'* titre acquittés, s'acquitter. Aussi les unes, Cicéron menace des autres :
se séparer de leurs biens. il forcera les débiteurs à vendre pour
s
• Oter â ses possessions pour s'acquitter,
p
ajouter à son crédit. Combattre contre les usures
G
L'État tenait registre des dettes avec les revenus de leurs domaines,
particulières. En temps de révolu- L'intérêt de l'argent emprunté dépas-
tiïin souvent ces registres étaient sait la quotité de leurs revenus,
dëtruilsot ïesdcllps abolies. — Corn Dès lors impossible de s'acquitter.
<J
;neni jiiïtilier toukv. cesconsonnan- Leur énergie se bornera â faire
R P S on F ' . I .
7
des vœux impies.
D E U X I E M E D I S C O U R S CÛNTJIK CATiUNA. 199

Alterum genus est eorum qui, quanquàm premuntur


sere alieno, dominalionem tamen exspectant; rerum potiri
volunt; honores, quos quietft republicâ desperant, pertur-
bait consequi se posse arbitrantur. Quibus hocprsecipiendum
videtur, unum scilicet et idem quod ccteris omnibus, ut
desperent se id quod conantur consequi posse : primùm
omnium, me ipsum vigilare, adesse, providere rcipublicsc ;
deindè magnos animos esse in bonis viris, magnam concor-
diam, maximam mullitudinem, magnas pratereà copias mi-
litum ; deos denique immortales buic invicto populo, clarissimo
imperio, pulcherrimse urbi contra tautam vim sceleris pra>
sentes auxilium esse laturos. Quôd si jam sint id quod cum
summo furore cupiunt adepti, num illi in cinere urbis et in
1
sanguine civium, quœ mente conscelerata ac nefarift con-
cupierunt, consules seac dictatores, aut etiam reges sperant.
futuros? Non vident se cupere id quod, si adepti fuerint,
fugitivo alicui aut gladiatori* concedi sit necesse?
ïertium genus est actate jam affectum, sed tamen exerci-
tatione robustum : quo ex génère iste est Mallius, cui nunc
3
Catilina succedit . Hi sunt homines ex iis coloniis quas Sulla
constituit*; quas ego universas civium esse optimorum et
ibrtissimorum viroruin sentio : sed tamen bi sunt coloni,
qui se in insperatis repentinisque pecuniis sumptuosiùs inso-
lentiùsque jactârunt. Hi dùm scdificant, tamquàm beati, dùm
prsediis, lecticis, familiis magnis, conviviis apparatis dele-
ctantur, in tantum ses alienum inciderunt ut, si salvi esse ve-
lint, Sulla sit iis ab inferis excitandus. Qui etiam nonnullos
agrestes, homines tenues atque egentes in camdem illam spem
rapinarum veterum impulerunt; quos ego utrosque, Quirites,
in eodem génère prscdatorum direptorumque pono. Sed eos
hoc moneo : desinant furere ac proscriptiones et dictaturas
cogitare. Tantus enim illorum temporum dolor inustus est

1
L'incendie et le meurtre que.... * A qui Catilina succède dans le
Phrase corrélative à celles des id commandement des insurgés.
qvod, quatre ou cinq fois répétés i Propriétaires, parvenus, en ri
dans la même page. chis par Sylla, qui leur avait donné,
- Catilina vainqueur donnerait a titre de colons, des terres à culii-
les charges h ses complices avoués, V T . CVlaienl, en mènerai, dis rén-
aux fugitifs el aux gladiateurs qu'il servateur^, comme lesonl tout CIMI\
avait attirés dans son camp. qui pu^sn'enl, à moin.s d'être fous.
200 CICERON*

civitati ut jam ista non modo homines, sed ne pecudes qui-


1
dem mihi passura esse videantur .
Quartum genus est sanè varium, et mixlum, et turbulen-
tum : qui jampridèm premuntur, qui nuuquàm émergent:
qui partim inertiû, parlim malè gerendo negotio, parti m
etiam sumptihus in vetere acre aiieno vacillant; qui vadimo-
2
niis, judiciis, proscriptionihus bonorum defatigati, permulti
et ex urbe et ex agris se in illa castra conferre dicuntur. Hosce
3
ego non tam milites acres quàm inficiatores lentos esse ar-
bitrer. Qui homines primùm si stare non possunt, corruant,
sed ità ut non modo civitas, sed ne vicini quidem proximi
sentiant. Nam illud non intelligo, quamobrem, si vivere ho-
ues tè non possunt, perire turpiter velint, aut cur minore
dolore perituros se cum multis quàm si soli pereant arbi-
trentur.
Quintum genus est parricidarum, sicariorum, deniquè
omnium iacinorosorum : quos ego a Catilina non revoco ; nam
neque divelli ab eo possunt ; et pereant sanè in latrocinio,
quoniam sunt ità multi ut eoscapere carcer non possit.
Postremum autem genus est, non solùm numéro, verùm
etiam génère ipso atque vitâ, quod proprium est Catilinac, de
4
ejus delectu , imo verô de complexu ejus ac s i n u : quos pexo
5
capillo, nitidos, aut imberbes aut benè barbatos videtis,
6
manicatis et talaribus tunicis , velis amictos , non togis ; quo-
rum omnis industria vita) et vigilandi labor in antelucanis
cœnis7 expromitur. In his gregibus omnes aleatores, omnes
impuri impudicique versantur. H i pueritam lepidi ac delicati
non solùm psallere et saltare, sed etiam sicas vîbrarc et spar-
gere venena didicerunt; qui nisi exeunt, nisi pereunt, etiam

1
Les hyperboles de Cicéron, ceux qui portaient une barbe bien
maigre ses esse videantur, sont soignée.
un peu surannées pour notre épo- * Tuniques à manches et des-
que. cendant jusqu'aux talons; par-
2
Les assignations, les jugements dessus ils mettaient des loges qu'on
et les saisies. aurait prises pour des voiles de
3
Débiteurs sans bonne foi, lâches grandes dames, tant le tissu en était
et apathiques fripons. iin.
4
Ce sont ses amours el ses délices. ' On voit leur palience el leur
* Imberbes, ceux qui n'avaient vigilance dans l'énergie avec la-
pas encore de barbe ou qui se la quelle ils passent les nuits entières...
faisaient arracher. Benè barbatos, à table.
D E U X I E M E D I S C O U R S CÛNTJIK CATiUNA. 201

si Catilina perierit, scitole hoc in republicâ scminarium cati-


1
linarium futurum. Vcrum tamen quid sibiisti miseri volunt?
Quo pacto Apenninum atque illas pruinasac nivesperfercnt?
nisi idcircô se faciliïis hiemen toleraturos putant, quôd nudi
in conviviis saltare didicerunt.
O bellum magnoperè pertimescendum, cùm hanc sit ha-
7
biturus Catilina cohortem practoriam ! Instruite nunc, Qui-
ntes, contra bas tam praeclaras Catilinae copias, vestra prae-
sidia vestrosque exercitus; et primùm gladiatori illi confecto
3
etsaucio consules imperatoresque vcstros opponite; deindè
contra illam naufragorum* ejectam ac debilitatam manum
florem totius TtalicC ac robur educite. Jam verô urbes colonia-
rum ac municipiorum respondebunt Catilina? tumulis silve-
5
stribus . Neque verô ceteras copias, ornamenta", praesidia
vestra cum illius latronis inopiâ atque egestate debeo con-
ferre-
Sed si, omissis his rébus omnibus, quibus nos suppedita-
mus: eget ille, senatu, equitibus romanis, populo, urbe,
serario, vcctigalibus,cuncta Italià, provinciis omnibus, exteris
nationibus; si, inquam, his rébus omissis, ipsas causas,
quse inter se confligunt, contendere velimus, ex eo ipso quàm
valdè illi jaccant intelligero possumus. Ex hâc enim parte
pudor pugnat, illînc petulantia; bine fides, illinc fraudatio ;
bine pietas, illinc scelus; hîne constantia, illinc furor; hinc
honestas, illinc turpitudo; hinc continentia, illinc libido ;
denique requitas, temperantia, forlitudo, prudentia , virtutes
omnes certant cum iniquitate, cum luxurià, cum ignaviâ,
cum temeritate, cum viiiis omnibus; postremô copia cum
egestate, bona ratio cum perdita, mens sana cum amenda,
bona denique spes cum omnium rerum desperatione confli-
1
Une pépinière de Catilinas. * Des va-nu-pieds, des hommes
2
Une cohorte prétorienne de ruinés, dont la fortune a fait nau-
mauvais sujets de. toute espèce et frage.
5
surtout de gens débauchés et effé- Nos colonies et nos municïpes
minés. — Cicéron n'a pas Pair de équivaudront, pour la force de ré-
r.raindre, et cependant ils se sont sistanco, aux hauteurs boisées où
hall us bravement, au rapport de s'est retiré Catilina.
fi
Salluste. (Mort do Catilina.) Vos ressources, provisions.
3 7
Gladiateur hors de combat et Dont nous sommes soutenus
blessé à mort. C'est Catilina plutôt el pourvus. (On l'emploie rarement
que Mallius. en ce sens.;
9-
CICÉRON

git. In hujus modi cerlamine ac prœh'o, nonne, etiam si ho


minum studia deficiant, dii ipsi immortelles cogent ah his
prseelarissimis virlutibus tôt et tanta vitia superari ?
Quae cùm ita sint, Ouirites, vos, quemadmodum jam
1
anteà, vestra lecta cuslodiis vigiliisque defendite; m i h i
ut urbi sine vestro motu ac sine ullo tumultu satis esset prsc-
sidii consul tum aeprovisum est. Coloni omnes nmnicîpesque
2
vestri, cerliores a me facti de hâc nocturnâ excursione Cati-
linan, facile urbes suas linesque défendent; gladiatores, quam
sibi illo maximam manum et certissimam fore pu ta vit, quan-
J
quam meliore animo sunt quàm pars patriciorum , potestate
tamen nostrâ continebuntur. Q. Metellus, quem ego, prospi-
ciens h o c , in agruni gallicanum picenumque4 pracmisi, aut
opprimet hominem, aut omnes ejus motus conatusque prohi-
bent. Reliquis autem de rébus conslituendis, maturandis,
agendisjam ad senatum referemus, quem vocari videtis.
JNunc illos qui in urbe remanserunt, atque adeo qui con-
tra urbis salutem omniumque vestrûm in urbe a Catilina
relicti sunt, quanquam sunt hostes, tamen , quia nati sunt
cives, monitos eos etiam atque etiam volo. Mea lenitas, adhùc
si cui solutior visa est, hoc exspectavit, ut id quod latebat
erumperet. Quod reliquum est, jam non possum oblivisci
meam banc esse patriam, me horum esse consulem, mihi aut
cum his vivendum aut pro his esse moriendum. Nullus est
portée custos, nullus insidiator vïav, si qui exire volunt, con-
sulere sibi possunt : qui verô in urbe se commoverit, cujus
ego non modo factum, sed inceptum ullum conatumve contra
patriam depreliendero, sentiet in hâc urbe esse consules vi-
gilantes, esse egregios magistratus, esse fortem senatum,
esse arma, esse carcerein, quem vindicem nefariorum ac
manifestorum scelerum majores nostri esse voluerunt.
1 ;î
Mihi, dans le sens de h me; Les gladiateurs, quoique mieux
comme dans : hœc sente>Uia neque intentionnés que bien des palri-
nobis neque illi probatur. ciens, seront maintenus. On les cm-
2
Le départ nocturne. — Les co- péchera de, remuer.
4
(ons étaient des Romains envoyés La Gante cisalpine, auj. la Sa-
sur les terres conquises; les mu- voie, et le Picenum, auj. Ja mar-
nicjpes étaient les indigènes. che d'Ancônc.
T R O I S I È M E D I S C O U R S C ONT HE C A T I L I N A

o s
Troisième discours contre Catilina. (N 1-7.)

Quand on eut appris à Rome que Catilina était au camp de Fésules,


le sénat le déclara ennemi public ainsi que Mallius, et ordonna aux
consuJs de lever de nouvelles troupcs. Antoine lui chargé d'aller atta-
quer les rebelles ; Mélellus devait leur fermer le chemin de la Gaule, et
Cicéron veiller à la sûreté de la ville. Mais Lentulus, Céthégus et les
autres conjurés se préparaient à mettre tout à feu et à sang dès que
Catilina approcherait. En attendant, ils cherchèrent à gagner les dé-
putés des Allobroges, venus à Borne pour implorer la justice du sénat
contre l'avarice 'des préteurs romains. Après s'être engagés d'abord, les
députés s'en ouvrirent a Q . Fulvius Sangn, patron cle leur cité. Le con-
sul, instruit par ce dernier, réussit à saisir les lettres dos conspirateurs,
et les confondit en plein sénat. On prononça aussitôt la détention des
coupables, on décerna des récompenses aux Allobroges et on ordonna
des actions de grâces aux dieux dans tous les temples.
Ce fut après cette séance et vers la lin du jour, 3 décembre «90, que
Cicéron se rendit au forum et rendit compte au peuple de tous ces évé-
nements. Il s'était écoulé vingt-quatre jours depuis la première Catili-
naire.

Rempublicam, Quirites, vitamque omnium vestrûm, bona,


fortunas, conjuges liberosque vestros, atque hoc domicilium
clarissimi imperii, fortunatissimam'pulcherrimamqueurbem,
hodierno die, deorum immortalium summo erga vos amore,
laboribus, consiliis periculisque meis, ex flammâ atque ferro
ac penè ex faucibus fati ereptam * et vobis conservatam ac
restitutam videtis.
E t , si non minus nobis jucundi atque illustres sunt ii dies
quibus conservamur quàm illi quibus nascimur, quôd sa-
2
lutis certa lactitiaest, nascendi incerta conditio , et quôd sine
sensu nascimur, cum voluptate servamur ; profectô, quoniam
illum qui banc urbem condidit, Romulum, ad deos immor-
tales benevolentiâ famâque sustulimus, esse apud vos poste-
rosque vestros in honore debebit is qui eamdem hanc urbem
3
conditam amplificatamque servavit . Nam toti urbi, templis.

1
Le destin est un abîme, un 2
En naissant, on ne sent pas le
gouffre qui absorbe tout. Arrachée bienfait de la vie et Ton ignore ce
à une destruction totale, aune ruine que sera l'existence.
imminente. 3
Cicéron porte un peu haut ses
204 CICERON.

deluhris, leclis ac mrcnibus subjectos propè jam ignés cir-


laimdatosque restinxiinus; iideinque gladios in rempublicam
deslriclos retudimus, mucrouesque eorum a jugulis vestris
dejecimus.
Quai, quoniam in senalu illustrata, patefacta, comperta
sunt per me, vobis jam exponam breviter, Quirites, ut et
quanta, et quàm manifesta, et quâ ratione investigata et corn-
prebensa sint, vos qui ignoratis et exspcctatis, scire possitis.
Principio, ut Catilina paucis antè diebus erupit ex urbe,
cùm sceleris sui socios, bujusce nefarii belli acerrimos duces,
ïtomaî reliquisset, semper vigilavi et provicîi, Quirites, quem-
admodum in tantîs et tam absconditis insidiis salvi esse pos-
scmus. N a m , tum cùm ex urbe Catilinam ejiciebam (non
1
enim jam vereor hujus verbi invidiam cùm illa magis sit ti-
menda, quod vivus exierit),sedtum cùm illum exterminari vo-
lebam, aut reliquam conjuratorum manumsimulexituram, aut
eos qui restassent infinnos sine illo ac débiles foreputabam.
Atque ego,ut vidi, quos maximo furore et scelere esse in-
flammatos sciebam, eos nobiscum esse et Romae remansisse,
in eo omnes dies noctesque consumpsi, ut quid agerent,
quid molirentur sentirem aeviderem, ut, quoniam auribus
vestris, propter ineredibilem maguitudinem sceleris, minorem
fidem laceret oratio mea, rem ita comprehenderem, ut tum
demùm animis saluti vestra provideretis cùm oculis maie-
ficium ipsum videretis. Itaquc, ut comperi legatos Allobrogum,
2
belli transalpinî et tumultiis gallici exeitandi causa, a
P . Lentulo esse sollicitatos, eosque in Galliam ad suos cives,
3
eodemque itinere , cum lilteris mandatisque ad Catilinam

prétentions. Il est vrai que les hon- Quoi qu'il en soit, Cicéron va
neurs divins ne conféraient pas la parler de lui et de ses services ; il va
divinité. Dés le principe l'homme donc déployer son intarissable fa-
a désiré d'être dieu; il a cru tous conde,
les menteurs qui lui on dit : Eritis 1
Les reproches que peut soulever
aient dit. On aimerait à voir un peu ce mol : chasser.
plus de désintéressement dans le " Pour exciter une guerre au
dévouement du consul philosophe. delà des Alpes et du trouhle dans
C'est à ce propos qu'il aurait lait, la Gaule en deçà.
dit-on, ce méchant vers latin : 3
Les députés allohroges avaient
0 fortxtnatam natam , me tons nie t Ho- consenti à passer par l'Ëtrurie pour
retourner chez eux.
TROISIEME D I S C O U R S COJNTTïE C A T I L I N A . 20£
1
esse missos, comitemque iis adjunclum T. V u l i u r c i u m ,
atque huic datas esse ad Catilinam Jitteras , facuitatem mihi
oblatam putavi ut, quod erat diflicillîinum, quodque ego
semper optaham a diis immortalibus, tota ies non soliini a
me, sed etiam a senatu et a vobis manifesta deprehenderetur.
Itaque, hesterno die, L . Flaccumet C . Pomptinum % prae-
tores, fortissimos atque amantissimos reipublicœ viros, ad
me voeavi; rein omnem exposui ; quid fieri placeret ostendi.
THi autem, qui omnia de republicâ praclara atque egregia
3
sentirent , sine recusatione ac sine ullà morâ negotium sus-
ceperunt, et, cùm advesperasceret, occulté ad pontemMil*
vium 4 pervenerunt, atque ibi in proximis villis ita bipartite
fuerunt utTiberis inter eos et pons intéressés Eodem autem
et ipsi, sine cujusquam suspicionc, muitos fortes viros eduxe-
5
runt, et ego ex prœfectura reatinâ complures delectos ado-
lescentes, quorum opéra in republicâ assidue utor, pracsidio
cum gladiis miseram.
c
Intérim, tertiA ferè vïgiliâ exacta , cùm jhm pontem Mil-
vium magno comitatu legati Allobrogum I ingredi inciperent,
unàque Vulturcius, fit in eos impetus; educuntur et ab illis
8
gladii et a nostris. Res erat prœtoribus nota solis, ignora-
batur a ceteris.
Tum, interventu Pomptini atque Flacci, pugna, quac erat
commissa, sedatur, Litterœ, quœcumque erant in eo comitatu,
integris signis, pvactoribus traduntur; ipsi î' comprehensi

1
« VuUurcïns do Crolone, an- pont que, trois siècles plus tard,
quel le sénat décerna une grande Constantin délit Maxence.
récompense, dit M. Sommer. » *Reate, auj. Rieli, ville des Sabins,
2
Ce nom se trouve écrit de di- à quinze lieues nord-est de Rome,
verses manières Pontimim, Pom- et ou l'on envoyait chaque année
liinium,, Poittininm. Ce personnage un gouverneur ou préfet. Elle avait,
devint plus tard l'un des lieute- sans doute, mérité ce châtiment par
nants de Cicéron en Cilicie. Quant quelque révolte.
à Flaccus, il eut besoin, quatre ans <f
Ver.* trois heures du matin.
après, de l'éloquence de Cicéron. 7
Les députés allobroges ne se
3
Animés des plus nobles senti- doutaient pas que Sanga ies avait
ments pour la pntrie. dénoncés au consul.
4
Le pont Milvius, auj. Ponte- * L'objet de l'attaque n'était connu
Mole, bâti sur le Tibre à un ou que de Flaccus et de Pomplinus.
deux milles de Rome, du côté de !)
Les Allobroges el leur escorte.
la Toscane, par les soins d'Émilius Us avaient obtenu de Lenluius et
Scaurus. C'est au passage de ce des autres un engagement écrit et
20G CICERON.

ad me, cùm jam dilucesceret, deducuntur. Atque horuiu


omnium scelerum improbissimum machiuatorem, Cimbrum
Gabinium », statim ad me, nibildùm suspicantem, vocavi.
Deindè item arccssitur L . Statilius, et post eum C . Cethegus.
Tardissimc autem Lentulus venit, credo quod litteris dandis,
2
praeter cousuetudinem , proximâ nocte vigilarat.
Cùm verô summis ac clarissimis hujus civitatis viris, qui,
audita re, fréquentes ad me manè convenerant, litteras a me
priùs aperiri quàm ad senatum deferri placeret, ne, si nihil
esset înventuni, temerè a metantus tumultus injectus civitali
videretur, negavi me esse facturum, ut de periculo publico
non ad consilium publicum rem integram deferrem. Etenim,
Quirites, si ea quae erant ad me delata reperta non essent,
tamen ego non arbitrabar in tantis reipublicac periculis mihi
3
esse nimiam diligentiam pertimescendam . Senatum fréquen-
tera celeriter, ut vidistis, coegi. Atqueintereà statim, admo*
nitu Allobrogtun, C . Sulpicium, praotorem, fortem virum,
misî, qui ex aîdibus Cethegi, si quid telorum esset, efferret : ex
quibus ille maximum sicarum numerum et gladiorum extulit
Introduxi Vulturcium sineGallis; fidem eipublicam, jussu
senatus, dedi4 ; hortatus sum ut ea qu?c sciret sine timoré
indi caret. Tum ille, cùm vix se ex magno timoré recreâsset,
dixit a P . Lentulo se habere ad Catilinam mandata et litteras,
ut servorum praesidio uteretur, et ad urbem quàm primùm
cum exercitu accederet; id autem eo consilio ut, cùm ur-
bem omnibus ex partibus, quemadmodum descriptum di-
stributumque erat, incendissent, caedemque infinitam civium
fecissent, preestô esset ille, qui et fugientes exciperet, et se
5
cum his urbanis ducibus conjungerel.
Introducti autem Galli jusjurandum sibi et litteras a P
Lentulo, Cethego, Statilio ad suam gentem datas esse dixe-
c
runt, atque ita sibi ab his et a L . Cassio esse praïseriptum ,

scellé qu'ils devaient montrer à piration en y mettant trop peu d'ac-


leurs concitoyens. tivité.
1
C.abiniusCimbersubitledernieff• 3
Le reproche d'une trop grande
supplice. Foy. SALLUSTE, Mort de vigilance.
Catilina. * Je lui promis l'impunité.
2
Lentulns^ dont le nom même 5
Aux chefs des conjurés restés
exprime l'indolence, est accusé par dans la ville.
Catilina d'avoir fait avorter la cons- 6
Cassius avait été, lui aussi, conv
TROISIEME DISCOURS COJXTRE CVTILUVA. 207
ut equitatum in ïtatiam quàm primùm initièrent; pédestres
1 ?
sibi copias non defuturas; Lentulum autem sibi confir-
3
masse ex fatis sibyllinis haruspicumque responsis se esse
tertium illum Cornelium ad quem regnum hujus urbis atque
/(
imperium pervenire esset necesse; Cinnam ante se et Sullam
5
fuisse; eumdemque dixisse fatalem hune esse annum ad
interitum hujus urbis atque imperii, qui esset decimus annus
(i
post virginum absolutioncm , post Capitolii autem incen-
sionem ? vicesimus. Hanc autem Cethego cum céleris contro-
versiam fuisse dixerunt, quôd Lentulo et aliis ccedem Satur-
8
nalibus fieri atque urbem incendi placeret; Cethego nimiùm
id longum videri.
Ac, ne longum sit Î>, Quirites, tabellas proferri jussimus,
l0
quse a quoque dicebantur datae . Primùm ostendimusCethego
fI
signum : cognovit. Nos linum incidimus ; legimus, Erat
scriptum ipsius manu Allobrogum senatui et populo sese
quai eorum legatis confirmûsset esse facturum ; orare ut
1 2 l3
item illi facerentquac sibi legati eorum recepissent . Tum
pétiteurde Cicéron pour le consu- Mil on et accusé par Cicéron d'avoir
3at. Ainsi les conjurés étaient des voulu, au contraire, tuer ce même,
mécontents, mais surtout des en- Milon.
7
nemis personnels du consul. Pour- « L'an de Rome C70, sous les
quoi cela? consuls L . Scipionet C . Norbanus,
1
Aux conjurés. le Capitole, bâli quatre cents ans
* Aux Gauïois-Aïlobroges. auparavant par les rois, fut con-
3
Les livres Sibyllins portaient, sumé par un incendie dont il fut
disait-on, que trois C . ( ecc) régne- impossible de découvrir la cause
raient successivement à Rome, et ( A P H E K , Guerres civ., I , S3). )>
ces initiales pouvaient désigner ( J . L . BURNOUF. )
8
trois Cornélius, de la famille Cor- Les Saturnales commençaient
nélia. le 15 décembre et duraient cinq ou
* Cornélius Cinna et Cornélius sept jours. Rome alors était dans
Sylla. Restait donc Cornélius Len- un désordre complet.
i}
tulus. Pour abréger.
&
Lenlulus avait ajoute. io Qui étaient attribuées à chacun
fi
La vestale Fabia, belle-sœur de des accusés.
Cicéron,fut accusée, avec plusieurs " « L a lettre (de papier ou de
autres, d'avoir violé son vœu. Le parchemin?) une fois pliêe, on pas-
séducteur, disait-on, était Catilina. sait, de part en part, un iil dont on
Pîson fit pour elles, contre Clodius, arrêtait les deux bouts au moyen
un plaidoyer admirable. Cicéron d'une plaque de cire, sur laquelle
ne devait donc aimer ni Catilina ni on imprimait, sou cachet. »
Clodius. 11 le leur lit bien voir : à (E. SOMMER.)
Catilina, dans les circonstances pré- Les Allobroges.
u
sentes; à Clodius, qui fut tué par Ce qu'ils avaient promis, ce,à
208 CICEttON.

Cethegus, qui paulô ante aliquid tamen de gladiis ac sîcis


quas apud ipsum erant deprehensaî respondisset, dixissetque
1
se semper bonorum ferramentorum studiosum fuisse, reci-
tatis litterïs debilitatus atque abjeclus, conscientia convictus,
repente conticuit. Introductus est Statilius : cognovit et si-
gnum et mamim suam. Recitalaï sunt tabellac in eamdem
ferè sententiam *; confessus est. Tum ostendi tabeilas Len-
3
tulo, et quaesivi eognosceretne signum : annuit. a Est verô ,
inquam, signum notum, imago avi tui clarissimi viri, qui
amavit unicè patriam et cives suos; quae quidem te a tanto
scelere etiam mutarevocare debuit. »
Leguntur eadem ratione ad senatum Âllobrogum populum-
que litteras. Si quid de bis rébus dicere vellet, feci potestatem.
Atque ille primo quidem negavit: post autem aliquanto,
toto jam indicio exposito atque edito, surrexit; quœsivit a
Gallis quid sibi esset cum iis, quamobrem domum suam ve-
nissent, itemque a Vulturcio. Qui cùm illi breviter constan~
5
terque respondissent per quem ad eum quotiesque venis-
senl, qiiccsissentque ab eo nihilne secuin esset de fatis
sibyllinis locutus , tum ille subito , scelere démens, quanta
conscientia; vis esset ostendit. N a m , cùm id posset infi-
r
ciari \ repente prseter opinionem omnium confessus est. Ita
eum non modo ingenium illud et dicendi exercitatio i quâ
semper valuit, sed etiam, propter vim sceleris manifesti at-
que deprebensi, impudentia, quâ superabat omnes, impro-
bitasque defecit.
Vulturcius verô subito proferri litteras atque aperiri jussit
quas sibi a Lentulo ad Catilinam datas esse dicebat. Atque ibi
vehementissimè perturbatus Lentulus, tamen et signum suum
s
et manum cognovit. Erant autem scriptae sine nomine , sed
ita : ce Qui sim ex eo quem ad te misi scies. Cura ut vir
,;
quoi ils s'étaient engagés, ce qu'ils Prétendez - vous légitimer LE
avaient pris sur eux. mensonge ?
1 7
Amateur de bonnes lames. L'habitude de la parole. « C i -
2
Conçues dans le même sens. céron,dans son Brulus, met Lentu-
3
En effet. lusaurangdes premiers orateurs. *
4
P . Leniulus, consulaire, prince ( K . SOMMEIL )
K
du sénat, qui avait lutté les armes Sans signature. Les anciens la
â la main contre C . Gracchus. mettaient en tête de leurs lettres.
5
Cet intermédiaire élait P. Um- La modestie, l'humilité sont des
hrénus. vertus toutes chrétiennes.
T R O I S I È M E M S C O l U t S CONTP.K k'Vl'ÏLtXA. 20W
1
sis, et quem in locum sis progressas cogita, et vide quid
jam tibi sit necesse. Cura ut omnium tibi auxilia adjuugas,
etiam infimorum. » Gabinius deindè introductus, cùm
primo impudenter re?pondere cœpisset, ad extremum nihil
ex iis quse Galli insimulabant negavit.
Ac mihi quidem, Quiritcs,cùm illa certissima sunt visa
argumenta atque indicia sceleris, tabellae, signa, manus, de-
nique uniuscu jusque confessin, tum multo illa certiora, color,
oculi, vultus, taciturnitas. Sic enim obstupuerant, sic terrain
intuebantur, sic furtim noununquàm inter se adspiciebant,
ut non jàm ab aliis indicari, sed indicare se ipsi viderenlur-
Indiciis expositis atque editis, Quirites, senatum consului
7
de summa republicâ quid fieri placeret. Dictac sunt a prin-
3
cipibus acerrimac ac fortissimo sententia, quas senatus
sine ullâ varietate est consecutus. Et quoniam nondùm est
perscriptum senatusconsultum, ex memoria vobis, Quirites,
quid senatus censuerit exponam.
Primùm mihi gratice verbis amplissimis aguntur, quod
virtute, consilio, providentiâ meâ respublica periculis sit
maximis liberata; deindè L . Flaccus et C . Pomptinus, prse-
tores, quod eorum opéra forti fidelique usus essem, meritô ac
jure laudantur, atque etiam viro forti, collegsc meo laus
impertitur, quôd eos qui hujus conjurationis participes fuis-
sent a suis et a reipublicœ consiliis removisset. Atque ita
r>
censuerunt , ut P . Lentulus, cùm se prœturâ abdicâsset,
6
tum in custodiam traderetur , itemque uti C . Cetbegus,
L . Statilius, P . Gabinius, qui omnes présentes erant, in cu-
stodiam traderentur ; atque idem hoc decretum est in L . Cas-
sium, qui sibi procurationem incendendac urbis depoposcerat ;
in M . Cœparium, cui ad sollicitaudos pastores Apulîam esse
attributam erat indicatum ; in P. Furium, qui est ex bis co-
lonis quos Fesulas L . Sulla deduxit; in Q. Manlium Chilo-

1
Jusqu'où tu t'es engagé. lina, mais que Cicéron avait gagné
' DR l'ensemble de la chose pu- en lui cédant ses droits au gouver-
blique; pour le salut de l'fttat. nement de la Macédoine. Voy.
3
Les princes du sénat, c'est-à- SALLUSTK, Catilina^ 26.
s
dire les anciens consuls, ou les con- Les sénateurs ont décrété,
6
sulaires, et les consuls désignés, Serait condamné à la détention
donnaient leur avis les premiers. libre, f'ny. V° Cutilirtaire, note 5
t

* C . Antoine, partisan de Cati- p. 189.


210
nem, qui unà cum hoc Furio semper erat in bac Allobrogurn
sollicitalione rersntus; in P. Umbrenum, libertinum hominem *,
a quo primùm GaiJos ad Gabinium perductos esse constabaL
Atque eâ lenitate senatus est usus, Quirites, ut, ex tantâ con-
juratione tantâque vi ac multitudine domesticorum hostium,
2
novem bominum perditissimorum pœnâ, republicâ conser-
vatâ, reliquorum mentes sanari posse arbitraretur.
Atque etiam supplicatio diis immortalibus, pro singulari
3
eorum merito , m e o nomine décréta est, Quirites, quod mihi
primùm post hanc urbem couditam togato 4 contigil; et his
décréta verbis est, QUODUBUEM INCENDIIS , C^KDE CIVES,
ITALIAM BELLO LIUERASSEM. Qurc supplicatio si cum cetcris
supplicationibus conferatur, Quirites, hoc intersit, quod ce-
tera benè gestâj hrcc una conservatâ republicâ constituta
est. Atque illud quod faciendum primùm fuit factum atque
transactum est. Nam P . Lentulus, quauquam, patefactus in-
diens et confessionibus suis, judicio senatûs non modo prsc-
toris j u s , verùm etiam civis amiserat, tamen magistratu se
abdicavit, ut, quae religio C . M a r i o , clarissimo viro, non
5
fuerat, quominùs C Glauciam , de quo nihil nominatim erat
6
decretum, pratorem occideret, eâ nos religione in privato
P . Lentulo puniendo liberaremur.
Nunc,quoniam, Quirites, sceleratissimi periculosissimi-
que belli nefarios duces captos jam et comprehensos tenetis,
existimaredebetis omnes Catilina; copias, omnes spes atque
opes, his depulsis urbis periculis, concidisse. Quem quidem
ego cùm ex urbepellebam, hoc providebam animo, Quirites,
remoto Catilina, nec mihi esse P . Lentuli somnum i , nec
8
L . Cassii adipem , nec C. Cethegi furiosam temeritatem per-

1
Affranchi. la prudence. L a toge était le vête-
2
« Salluste ne nomme que cinq ment des citoyens romains, gentem-
conjurés mis à mort, et Cicéron dit que loyatam, dit Virgile ; mais les
lui-même, dans son Plaidoyer pour généraux en avaienl un autre pen-
Sylla, que les quatre antres ne pu- dant les expéditions militaires. C'é-
rent être arrêtés. » ( E . SOMMRU.) taillepaludamentum, p. 121, note4
a En reconnaissance de leur bien- 5
C . Servilius Glaucia est appelé
fait particulier, de leur protection simplement Servilius dans la l r (

spéciale. Calilinaire.
f 6
On ne décrétait des supplications Le. même scrupule...
qu'après de grandes victoires, et 7
L'indolence, la somnolence.
non après des services rendus par 8
La graisse, la pesanteur.
T R O I S I È M E DISCOURS CONTRE C A T I L I N A . 2IT
timescendam. Ille erat unus timendus ex his omnibus, sed
tamdiù dum mœnihus urbis continebatur. Omnia nôrat,
1
omnium aditus tenebat ; appel lare, tenlare, sollicitare pote-
rat, audebat ; erat ei consilium ad facinus aptum; consilio
autem neque Iingua neque manus deerat. Jam ad certas res
eonficiendas certos homines delectos ac descriptos habebat.
Neque verô, cum aliquid mandaverat, confectum putabat.
Nihil erat quod non ipse obiret, occurreret, vigilaret, labo-
raret*, frigus, sitim, famem ferre poterat.
Hune ego hominem tam acrem, tamparatum, tam auda-
f»em, tam callidum, tam in scelere vigilantem, tam in
;jcrditis rébus diligentem nisi ex domesticis insidiis in ca-
3
strense Iatrocinium compulissem (dicam id quod sentio,
Quirites), non facile banc tantam molem mali a cervicibus
vestris depulissem. Non ille nobis Saturnalia eonstituisset*,
neque tanto ante exitii ac fati diem rcipublieœ denuntiasset;
neque commisisset, ut signum, ut littéral suce, testes déni-
quèmanifesti sceleris deprehenderentur. Quaînunc, illo ab-
5
sente , sic gesta sunt, ut nullum in privatâ domo furtum
unquàm sit tam palàm inventum quàm ha;c tanta in republicâ
conjuratio manifesté inventa atque deprehensa est. Quod si
Catilina in urbe ad banc diem remansisset, quanquam
6
quoad fuit omnibus ejus consiliis occurri atque obstiti,ta-
men , ut levissimè dicam i, dimicandum nobis cum illo fuis-
set, neque nos unquhm, dum ille in urbe hostis fuisset,
tanlis periculis rempublicam, tanta pace, tanto otio, tanto
silentio, liberâssemns*. Quanquamo hsec omnia, Quirites,
ita sunt a me administrata ut deorum immortalium nutu
ï0
atque concilio et gesta et provisa esse videantur .
u
' Il avait accès partout. Tant qu'il y fut.
2
Quod est mal régi par tous ces < Pour adoucir l'expression,
verbes. « De tant de dangers et avec tant
3
Des embûches cachées qu'il nous de calme,
dressait ici, dans un brigandage en » Néanmoins.
régie, avec une armée et un camp. »<* Ce témoignage de reconnaîs-
* Cette époque lui eût paru trop sance pour l'assistance d'en haut
éloignée, à lui si prompt. fait honneur à Cicéron et au peuple
r>
• Grâce à son absence et à Pin- romain, qui en ont été dignement
capacité de ses remplaçants. récompensés.
212 CJCISHON.

o s
(Quatrième discours contre Catilina. (N 1-8.)

Les partisans de Catilina cherchaient à soulever le peuple. Le 4 dé-


cembre Cicéron convoque le sénat dans le temple de Jupiter Stator
pour décider du sort des coupables.
Le sénat, se rappelant que le salut de l'Etat doit être la suprême loi,
sains populisuprema lex esta, prit sur lui de mettre la question a l'ordre
du jour.
Plusieurs sénateurs avaient opiné pour le dernier supplice, quand
César, partisan secret de Catilina, prononça ce discours si habile et si
intéressé dans sa prévoyance dont Salluste nous a conservé l'esprit, et
dans lequel, sous prétexte de frapper les coupables d'un châtiment
beaucoup plus sévère que la mort, il proposait contre eux la prison
perpétuelle et la confiscation. IL s'opéra dans le sénat-un revirement
d'opinion qui faillit décontenancer le consul. C'est alors qu'il prit la
parole.

Video, patres conscripti, in nie omnium vestrfim ora


1
atque oculos esse conversos ; video vos non solùm de vestro
ac reipublicœ, verùm etiam , si id depulsum sit, de meo
periculo esse sollicitas \ Est mihi jucunda in malis et grata
J
in dolore vestra erga me voluntas ; sed eam, per deos im-
mortales, quseso, deponite, atque, obliti salutis meœ, de vo-
bis ac de liberis vestris cogitate. Mihi quidem si hase conditio
consulatds data est ut omnes acerbitates, omnes dolores cru-
ciatusque perferrem, feram nou solùm fortiter, sed etiam li-
benter, dummodo, meis laborihus, vobis populoque romano
dignitas salusque pariatur.
Ego sum ille consul, patres conscripti, cui non forum, in
quo omnis sequitas coutinetur, non campus, consularibus
auspiciis consecratus, noncuria, summum auxilium omnium
gentium», non domus, commune perfugium, non lectus, ad
quietem datus, non denique hœc sedes honoris, sella curu-
lis, unquàm vacua inorlîs periculo atque insidiis fuit. Ego
1 1
Pour voir comment je me tirerai Le forum, où se rendait la jus-
d'embarras, tice ; te Champ-dc-Mars, où se faisait
2
À cause de l'odieux des mesu- l'élection des consuls et qui était
res prises contre les conjurés. consacré par leurs auspices, et le
3
Vos bonnes intentions, voire sénat, refuge et soutien de toutes
sollicitude, l'intérêt que vous me ies nations. Le sénat protégeait pour
témoignez. asservir.
QUATRIÈME DISCOURS CONTRE CATIUîS'A. 213
1
multa tacui , multa pertuli, multa concessi', multa meo
3
quodam dolore, sine vestro timoré sanavi. Nunc, si hune
exitum consulatùs mon dii immortales esse voluerunt, ut
vos, patres conscripti, populumque romanum ex caede mi-
serrimâ, conjugesliberosqne vestros virginesque vestales ex
acerbissimâ vexatione, templa atque delubra, banc pul-
cherrimam patriam omnium nostrûm ex fœdissima ilammâ,
totam Ttaliam ex bello et vastitate eriperem, quœcumque
mihi uni proponetur fortuna, subeatur. Ktenim, si P. Len~
tulus suum nomen, inductus a vatibus*, fatale'* ad perni-
ciem reipublicœ fore putavit, cur ego non Jacter meum con-
sulatum ad salutem reipublicrc propè fatalem exstitisse?
Quare, patres conscripti, consulite vobis, prospicite pa-
tria), conservate vos, conjuges, liberos fortunasque vestras:
populi romani nomen saîutemque defendite : mihi parcere7 ac
de me cogilare desinite. Nam primùm debeo sperare omnes
deos, qui huic urbi prscsider^t, pro eo mihi, ac mereor, re-
H
laturos gratiam esse . Deindè, si quid obtigerit, sequo animo
paratoque moriar. Neque enim tu r pis mors forti viro potesl
accidere, neque immatura consularis, nec misera sapienti.
,o
Nec tamen ego sum ille ferreus qui fratris carissimi at-
que amantissimi prœsentis mœrore non movear, horumque
omnium lacrimis à quibus me circumsessum videtis. Neque
11
meam mentem non d o m u m sœpè revocat exanimata uxor,
abjecta metu fdia, et parvulus filius, quem mihi videtur am-
12
plecti respublica, tanquam obsidem consulatils m o i ; neque
ille qui, exspectans hujus exitum diei, adstat in conspectu

1 6
11 n'avait pas révélé le nom de Fatal, marqué par les destins,
7
tous les complices, comme, par Ménager, épargner,
H
exemple, César et C r a s s u s , qui Ce sentiment est digne el con-
étaipnl du nombre. 11 n'avait pas venabie. Des chrétiens peuvent en
dit toutes ses angoisses person- faire leur profil. En travaillant pour
nellcs. Dieu, on ne saurait perdre sa ré-
- II avait cédé à Antoine la pro- compense,
u
vince de Macédoine. Après ic consulat, il n'y a plus
y
Sine, ou in vestro timoré, en rien à désirer : on peut donc mourir,
10
vous épargnant la crainte, ou au Quintus Cicéron, qui, plus
milieu de vos alarmes. tard, se distingua dans les Gaules.
4 11
II n'avait plus que vingt-cinq Me rappelle, en esprit, à ma
jours avant de sortir de charge, maison.
:> 12
Allusions aux oracles sibyllins Otage, garant des actes de mon
e
P'oy. III Cnfifin., note:3, p. 207 consulat.
214 CICÉHON.
1
meo gêner . Moveor his rébus omnibus, sed in eam partem
ut salvi sint vobiscum omnes, etiam si vis aliqua me oppres-
sent, potiùs quàm et illi et nos unà cum republicâ pe-
reamus.
Quare, patres conscripti, incumbite ad reipublica; salutem;
circumspiciteomnes procellas, quac impendent, nisi provide-
tis. N o n ï i b . Gracchus, qui iterùm tribunus plebis fieri vo«
2
lnil;non C . Gracchus, qui agrarios concitare conatus est;
3
n o n L . Saturninus, qui G. Memmium occidit, in discrimen*
aliquod atque in vestrœ severitatis judicium addicitur : te-
nenlur ii qui ad urbis incendium ad vestrûm omnium cas*
d e m , a d Catilinam accipiendum Romœ restiterunt. Tenen-
tur litterse, signa, manus, deniquè uniuscujusque confessio;
5
sollicitante Allobroges ; servitia excitantur ; Catilina arcessi-
tur; id est initum concilium, ut, interfectis omnibus, nemo
ne ad deplorandum quidem reipublicac nomen atque ad la-
mentandam tanti imperii calarmtatem relinquatur.
fi
Haoc omnia indices detulerunt, rei confessi sunt, vos mul-
tis jam judiciis judicastis : primùm, quod mihi gratias
egistis singularibus verbis, et mea virtute atque diligentiâ
perditorum bominum patefaclam esse conjurationem decre-
vistis; deindè, quod P . Lentulum ut se abdicaret praeturâ
coegistis ; tum, quod eum et ceteros de quibus judicastis in
custodiam dandos censuistis; maximèque, quod meo nomine
supplicationem decrevistis, qui honos togato habitus ante me
est nemini ; postremô, hesterno die prœmia legatis Àllobro-
gumTitoque Vulturcio dedistis amplissima. Qua) sunt omnia
ejusmodi ut ii qui in custodiam nominathn dati sunt sine
ullâ dubitntione a vobis damnati esse videantur.
Sed ego institui referre7 ad vos, patres conscripti, tan-
quam integrum, et de facto quid judicetis, et de pœnâ
quid censeatis. Illa praodicam quae sunt consulis. Ego ma-
gnum in republicâ versari furorem et nova quidam misceri

1 1
Pison, qui avail épouséTulliola. Embarras, péril, accusation,
2
Ceux qu'on appellerait aujour- épreuve.
rPhuî des parfageux. * Les esclaves.
3 !
L . Sattmtinns avait tué C . < Des délateurs, p. 205, note 7.
Memmius pour l'empêcher d'arri- " De soumettre comme une
, e
ver au consulat. Foy. i Vatilin., question non entamée ou à traiter
V> i»3. tout d'une fois.
QUATRIEME D I S C O U R S CONTRE C A T I L I N A . 215

et concitari mala jampridem videbam ; sed hanc tantam, tam


exitiosam haheri conjurationem a civibus nunquam putavi.
Nunc, quidquid est, quocumquè vestroc mentes inclinant
1
atque sententia!, statuendum vobis ante noctem est. Quan-
tum facinus ad vos delatum sit videtis. Huic si paucos pu-
tatis affines esse, vehementer erratis. Latiùs opinione dissé-
mina tu m est hoc malum, manavit non solùm per Italiam,
vcrùm etiam transcendifc Alpes et, obscure serpens, multas
jam provincias occupavit Id opprimi sustentando ac prola-
tandonullo pacto potest. Ouâcumque ratione placet, celeriter
vobis vindicandum est.
Video duas adhùcesse sententias : unam D . Silani, quicen-
set eos qui hacc* delere conati sunt morte esse multandos;
alteram C . Caesaris, qui mortis pœnam removet, ceterorum
suppliciorum omnes acerbitates amplectitur. Uterque et pro
3
suâ dignitate et pro rerum magnitudine in summa severitate
versatur. Àlter eos qui nos omnes, qui populum romanum
vitâ privare conati sunt, qui delere imperium, qui populi ro-
mani nomen exstinguere punctum temporis » frui vitâ et hoc
communi spiritu non putat oportere ; atque hoc genus pœ-
nee sœpè in improbos cives in hac republicâ esse usurpatum
5
recordatur . Alter intelligit mortem a diis iminortalibus non
esse supplicii causa constitutam, sed aut necessitatem natu-
f
rœ, aut laborum ac miseriarum quietem csse \ Itaquc eam
sapientes nunquàm inviti, fortes etiam sacpè libeuter oppeti-
verunt. Vincula verô, et ea sempiterna, certè ad singularem
pœnam nefarii sceleris inventa sunt. Municipiis dispertiri ju-
bet. Habere videtur ista res iniquitatem7. si imperare velis;
difficultatem, si rogare. Decernatur tamen, si placet. Ego

1
« Un décret prononcé après le &
Il se rappelle.
coucher du soleil était nul, n dit fi
Cicéron rappelle ici l'opinion
E. Sommer. D'autres pensent qu'il matérialiste de César sur la vie
fallait se hâter uniquement pour future. Lui-même, dans ses œuvres
prévenir le désordre et empêcher philosophiques, parle à ce sujet
les conjurés de délivrer les prison- comme un libre penseur. Les phi-
niers. losophes onl souvent une morale
2
Rome et la république. secrète Tort aisée.
* Silanus' était consul désigné et 1
II est injuste d'imposer aux
César préteur aussi désigné. cités municipes la charge de sur-
4
Ne doivent pas, même un ins- veiller ces hommes remuants et d'en
iant, jouir... répondre.
CICÉRON.
r
enim suscipiam , et, ut spero, reperiam qui id quod salutis
omnium causa statueritis non putent esse suai dignitatis re-
cusare. Adjungit gravem pœnam municipibus, si quis eorum
2
vincula rnperit; horribiles custodias circumdat , et digna
scelere bominum perditorum sancit, ne quis eorum pœnam
quos condemnat, aut per senatum, aut populum lcvare pos-
sit; eripit etiam spem, quae sola hominem in miseriis conso-
1
Jarisolet . Bona prœtereà publicari jubet; vitam solam re-
linquit nefariis hominibus, quam si eripuisset, multos uno
dolore dolores animi atque corporis et omnes scelerum pœ-
nas ademisset*. Itaque , ut aliqua in vitâ formido improbis
5
esset posita, apud inferos ejusmodi quacdam illi antiqui
supplicia impiis constituta esse voluerunt, quod videlicet in-
telligebant bis remotis non esse mortem ipsam pertime-
scendam.
JVunc, patres conscripti, ego meâ video quid intersit. Si
eritis secuti sententiam C . Caesaris, quoniam banc is in re-
publicâ viam, qusc popularis babetur, secutus est, fortasst-
fi
miuùs erunt, hocauctore et cognitore hujusce sentenlitc.
mihi popularesimpetuspertimescendi ; sin illam alteram, nescio
anampliùs mihi negotii conlrahatur 7. Sed tamen eorum peri-
culorum rationes utilitas reipublicœ vincat. Habemus enim a
C . Cœsare, sicut ipsius dignitas et majorant ejus amplitudo
postulabat, sententiam , tan quam obsidem perpetusc in rem-
8
publicam voluntatis . Intellectum est quid intersit inter
levitatem concionatorum o et animumverè popularem , sa!uti
populi consulentem.
Video de istis qui se populares haberi volunt abesse non

1
J e me chargerai de l'exécution. (;
L'auteur et l'approbateur de
- ï l entoure les criminels de pré- cette sentence; celui qui est appelé
cautions effrayantes et met des à connaître d'une cause, défenseur
conditions dignes du forfait, défen- des coupables. L'autorité de César
dant que... aurait couvert la responsabilité de
3
Un châtiment dont on aperçoit Cicéron.
la lin est diminue de moitié. 7
Je ne sais si je m'attirerai plus
* Dans le sens de l'épicurien et d'embarras ; mais la considération
matérialiste César. de... [rationes)»
5
Les anciens étaient plus sages, s
De son attachement a ia patrie.
parce qu'ils étaient mieux instruits 9
Des orateurs, des parleurs, vé-
et plus près de l'origine des choses ritables girouettes, sans idées fixes,
et des révélations divines. sans principes arrêtés.
QUATRIÈME DISCOURS CONTRE CATILINA. 217

neminera, ne de capite videlicet civium romanorum senten-


1
tiain ferat. Is etnudiustertius in custodiam cives romanos
dédit, et supplicationem mihi decrevit, et indices hesterno die
inaximis pncmiis affecit. Jam hoc nemini dubium est, qui
reo custodiam , quscsitori * gratulationem, indici pracmium
3
decrevit, quid de totâ reet causa judicârit . At verô C . Cœ-
sar intelligit legem Semproniam esse de civibus romanis +
constitutarn ; qui autem reipublicœ sit hostis, eum civem esse
nullomodo posse; denique ipsum latorem legis Semproniœ
5
jussu populi pœnas reipublicse dépendisse. Idem ipsum
Lentulum largitorem et prodigum non putat, cùm de per-
nicie populi romani et exitio hujus urbis tam acerbe tamque
creduliter cogitArit, appellari posse popularem. Itaque homo
mitissimus atque lenissimus nondubitat P . Lentulum i t é r -
ais tenebris vinculisque niandare; et sancit in posterum ne
quis hujus supplicio levando se jactare et in pernicie populi
romani posthac popularis esse possit. Adjungit etiam publi*
6
cationem bonorum , ut omnes animi cruciatus et corporis,
etiam egestas ac mendicitas consequatur.
Quamobrem , sive hoc statueritis, dederitis mihi comitem
ad concionem, populo carum atque jucundum ; sive Silanî
sententia m sequi malueritis, facile me atque vos a crudelitatis
vituperatione defendetis, atque obtinebo7 eam multo leniorem
fuisse. Quanquàm, patres conscripti, quœ potest esse in tanti
sceleris immanitate puniendâ crudelitas ? Ego enim de meo
sensu judico. Nam ita mihi salva republicâ vobiscum perfrui
s
liceat, ut ego, quôd in hâc causa vehementior sum , non
atrocitate animi moveor; quis enim est me mitior? sed sin-
9
gulari quâdam humanitate et misericordiâ . Videor enim mihi
1 5
Nunc dies tertins, il y a trois Le peuple ne s'opposa pas à la
jours, avant-hier. mort de C . Gracchus : il s'abstint
2
Le juge d'instruction; ici le et laissa faire, foy. PLUTARQUE,
consul. Fie des Gracques.
3 fi
Ayant participé aux décrets A la détention perpétuelle il
précédents, ils ont déjà condamné ajoute la confiscation, afin que...
7
lns coupables. Ainsi se trouve dé- Je forcerai le public à convenir
truit le mérite de leur absence si que...
bien calculée. s Puissé-jc jouir... aussi bien qu'il
4
En faveur des citoyens, qui ne est vrai que...
y
pouvaient être condamnés à mort Je veux frapper le méchani
que par le peuple, pour l'empêcher de nuire.
T. i. 10
2IS CICÉUOJN.

banc urhom vidcre, lucem orbis terrarum atque arceni


omnium gcntium, subito uno incendio concidentem; cerno
animo sepultam patriam, miseras atque insepultos acervos
civium ; versatur mihi ante oculos adspectus Cethegi et furor
in vestnl crede hacchantis. Cùm vero mihi proposui regnantem
LentuJum , sicut ipse se ex fatis sperâsse confessus est, pur-
puratum esse hune Gabinium, cum exercitu venisse Catilinam,
tum lamentationem malrum familias, tum fugam virginum
atque puerorum ac vexationem virginum vestalium perhor-
resco, et, quia mihi vehementer hanc videntur misera atque
niiseranda, ideircô in eos qui ea perfime voluerunt me
severum vehementemque pracbeo. Etenim quacro, si quis pa-
ter familias, liberis suis a servo interfectis, uxore occisâ,
incensA domo, supplicium de servo non quàm acerbissimum
sumpserit, ntrùm is démens ac misericors an inhumanus
1
et orudelissimus esse videatur? Mihi vero imporlunus ac
ferreus qui non dolore ac cruciatu nocentîs suum dolorem
cruciatumque lenierit. Sic nos in his hominibus , qui nos, qui
conjuges, qui libéras nostros trucidare voluerunt, qui sin-
gulas uuiuscujusque nostrûm domos et hoc universum rei-
publicoc domicilium delere conati sunt, qui id egerunt ut
gentem Allobrogum in vestigiisMiujus urbis atque in cinere
deflagrati imperii collocarent, si vehementissimi fuerimus ,
miséricordes habebimur; sin remissiores esse voluerimus,
summœ nobis crudelitatis in patrisc civiumque pernicie fama
3
subeunda est .
Nisi verô cuipiam L . Caesar, vir fortissimus et amantissi-
mus reipubliese, crudelior nudiustertius est visus, cùm so-
roris suse, feminéc lectissimae, virum *, praesentem et audien
5
tem, vita privandum esse dixit, cùm avum jussu consulis
interfectum, ûliumque ejus impuberem, legatum a pâtre
6
m i s s u m , in carcere necatum esse dixit. Quorum quod si-

1
Inabordable, malavibé. Lentulus, second mari de sa sœur

Les ruines, les traces à peine Julie, qui avait, épousé d'abord
visibles. Antonius Crélicus.
3 5
Les principes de la politique se Fulvius Flaccus, partisan de
pont heureusement modifiés sous C . Cracchus, et qui fui mis a mort
l'influence du christianisme. avec l'aîné de ses Als. PLU-
•* Lucîus César, différent de Jules TARQUE, Vie des Gracquesl

César, vota la .ao:ï de Cornélius Fiaccus avait envoyé son lils,
QUATRIÈME D I S C O U R S CONTRE CAT1LÏÏSA. 219
1
mile factum ? quod iuitum delendce reipublicrc consilium?
Largitionis voluntas tum in republicâ versata est, etpartium
?
quacdam conteutio\ Atque illo tempore hujus avus L e n l u l i ,
clarissimus vir, armatus Gracchum est persecutus; ille etiam
grave tum vulnus accepit, ne quid de summâ republicâ mi-
nueretur; hic ad evertenda fundamenta reipubliccC Gallos
arcessit,servitia concitat, Catilinam vocat, attribuit nos tru-
cidandos Cethego, ceteros cives interficiendos Gabinîo, urbem
inflammandam Cassio, totam Italiam vastandam diripiendam-
que Catilina?. "Veremini, censeo, ne in hoc scelere tam im-
mani ac nefario nimïs aliquid severè statuisse videamini,
cùm multo magis sit verendum ne remissione pccnaa cru-
deles in palriam quàm ne sevcritale animadversionis xiimis
véhémentes in acerbissimos hostes fuisse videamur.
Sed ea qurc exaudio, patres conscripti, dissimulare ' non
possum. .laciunlur enim voces, quaî perveniunt ad aures
;
mcas, eorum qui vereri videntur ut habeam ' satis pracsidii
adea quse vos statueritis hodierno die transigenda. Omnia
et provisa, etparata, et consiituta sunt, patres conscripti,
cùm meâ summa cura atque diligentiâ, tum multo etiam
majore populi romani ad summum imperium retinendum et
ad communes fortunas conservandas voluntate. Omnes adsunt
omnium ordinurn homines, omnium denique œtatum ; plé-
num est forum, plena templa circa forum, pleni omnes
aditus hujus loci ac templi. Causa enim est post. urbem con-
ditam hsce inventa sola in quâ omnes sentirent unum atque
6
idem , praoter eos qui, cùm sibi vidèrent esse pereundum,
cum omnibus potiùs quàm soli perire volueruut.
iïosce ego homines excipio et secerno lihenter ~, neque
enim in improborum civium sed in acerbissimorum hostium
numéro habendos puto. Ceteri verô, dii immortales! quâ

ayant le combat, un caducée à la r;


L'aïeul (lu Lentulus actuel était
main, pour implorer Ja paix. Le P. Lentulus, consulaire et prince
consul Opimius le lit arrêter, et, du sénat.
apuès la victoire, le lit met Ire ù mort. A
Feindre de ne pas entendre.
1
Qu'avaieul-ils fait qui ressem- v
• Craindre que je n'aie pas.
blât aux actions de Catilina? u
Rome était perpétuellement dé-
2
II ne s'agissait alors que de lar- chirée pardes dissensions intestines.
gesses à iaire el de misérables que- 7
Je les exempte volontiers et j'en
relles de partis. fais une clnwe à part.
220 CrCKUOLV.

frequentiâ, quo studio, quâ virtute ad communem dignitatem


salutemque consentiunt ! Quid ego hic équités romanos com-
1
mémorera? Qui vobis itasummam ordinis consiliique con-
cedunt, ut vobiscum de amore reipublicac certent; quos ex
multorum annorum dissensione * ad hujus ordinis socie-
tatem concordiamque revocatos hodiernus dies vobiscum
atque hœc causa conjungit : quam conjunctionem s i , in con-
sulatu confirmatam meo, perpetuam in republicâ tenuerimus,
confirmo vobis nullum posthac malum civile ac domesticum
ad ullam reipublicac partem esse venturum. Pari studio de-
3
fendendœ reipublicac convenisse video tribunos œrarios
fortissimos viros; scribas'* item universos, quos cùm casu
hic dies ad scrarium frequentâsset, video ab exspectatione sortis
ad communem salutemesse conversos.
Omnis ingenuorum adest multitudo, etiam tenuissimo-
rum. Quis est enim cui non hacc templa, adspectus urbis,
possessio libertalis, lux denique hœc ipsa et hoc commune
patriœ solum cùm sit carum, tum vero dulce atque ju-
cundum ?
5
Operae pretium est, patres conscripti, libertinorum ho-
mïnum studia cognoscere, qui, suâ virtute fortunam hujus ci-
vitatis consecuti, hanc verè suam patriam esse judicant,
fi
quam quidam lune nati, et summo nati loco , non patriam
suam, sed urbem hostium esse judicaverunt. Sed quid ego
liosce homines ordinesque commemorem , quos privatae for-
tunée, quoscommunis respublica , quos deuique libertas ea
quae dulcissima est ad salutem patriao defendendam excita-
vit? Servusest nemo, qui modo tolerabili conditione sit ser~

• Le premier rang comme ordre braves; la circonstance le voulait,


de î'Étatet commecorps délibérant. * Les scribes ou greffiers, presque
3
Le droit de rendre la justice, tous affranchis, tiraient au sort,
enlevé par C . Gracchus aux séna- chaque année, les magistrats aux-
leurs et donné aux chevaliers, puis quels ils devaient être attachés
rendu aux sénateurs par Sylla, fui l'année suivante. Us étaient réunis
enfin partagé entre les trois ordres ce jour-là. en grand nombre (fre-
par Aurélius Cotta, en 6S3; cl cette quentasset ) .
transaction rétablit la concorde. s Les affranchis, qui ont acquis
Cicéron, né chevalier, la favorisa le titre de citoyens romains, ob-
de tout son pouvoir. tenu le bonheur de la cité (fortu-
3
Les tribuns chargés de fournir nam civitatis).
l'argent aux questeurs. Remarquez « Catilina et Lentulus étaient de
que Cicéron les appelle tous des race patricienne.
DTSCOUHS CONTRE V E R R E S , Sri Al 1

vitutis, qui non audaciani civium perhorrescat, qui non haje


stare cupiat, qui non tantum quantum audet et quantum
potest conférât ad communem salutem voluutatis.
Quare si quem vestrûm forte commovet hoc quod auditum
1
est, lenonem quemdam Lentuli concursare circum tabernas,
pretio sperare sollicitari posse animos egentium atque imperi-
torum, est id quidem cœptum atque tentatum ; sed nulli sunt
inventi tam aut fortuna miseri aut voluntate perditi qui
non ipsum illum sellac atque operis et quacstûs quotidiani
2
locum , qui non cubile ac lectulum suum , qui denique
non ctirsum hune otiosum vitae suao salvum esse velint.
Multô verô maxima pars eorum qui in labernis sunt, imer
verô, id euim potiùs est dicendum, genus hoc universum,
3
amantissimum estotii . Etenim omne eorum instrumentum,
omnis opéra ac quaestus frequentiâ civium 4 sustentatur, alitur
5
otio ; quorum si quacstûs, occlusis tabernis, minui solct,
quid tandem incensis futurum fuit?
Quae cùm ita sint, patres conscripti, vobis populi romani
praesidia non desunt ; vos, ne populo romano déesse videa-
mini providete.

VERRINES.

Gai us Cornélius Verres, de famille patricienne, après une jeunesse


passée dans la dissipation, avait exercé divers emplois dans la Gaule
Cisalpine, en Cilicieel à Rome, et eniin avait succédé à C . Sacerdos
dans la préture de Sicile. Il y resta trois ans, de 73 à 71 av. J . - C ,
son successeur Arrius ne s'étant pas rendu à son poste. Comme la
plupart des magistrats romains de cette époque, il avait signalé ses
divers emplois par des vols, des exactions, des rapines et des actes de dé-
bauche et de cruauté de toute espèce. Aussi, à peine eut-il fait place
à Lucius Mélellus qu'il se vit accusé de concussion par les Siciliens.
Tous, à PexcepUon des Syracusains et des Mamertins (Messine,) suppliè-

1
Un agent de Lcntulus, qui lui * Ami de la paix, qui a besoin
cherchait des partisans. de la tranquillité publique. Les
2
Le lieu, la place de son banc, jours de deuil et de révolution on
de son travail et de son petit gain; fermait les boutiques {tahernœ}.
A
son lit et son grabat et le cours de Par une population nombreuse,
ses paisibles habitudes. •' La paix alimente "industrie.
222 CICÉRON.

rent Cicéron, alors a&ù de irenle-sepl ans, do poursuit re l'accusation.


Il avait contre lui 1rs Mélellus, les Scipions et d'autres illustres fa-
milles. Il devait luller contre Hortensius, sénateur que son éloquence
faisait appeler le roi du barreau.
L'affaire allait s'engager lorsqu'un certain Q. Cecilius Niger, Sicilien
d'origine, mais citoyen romain, juif de religion , questeur et complice,
secret de Verres, quoique se prétendant son ennemi, voulut être préféré
à Cicéron. De là un premier plaidoyer de celui-ci contre Cecilius, vers le
mois d'avril 683 de Rome, 7o avant J . - C . Cecilius fut écarté.
Cicéron se rendit en Sicile, la parcourut en cinquante jours et re\inf
avec de nombreuses pièces contre Verres. Hortensius et Mélellus, consuls
désignés, essayèrent â proroger l'affaire jusqu'à l'année suivante, afin
d'empêcher alors qu'on ne jugeât Verres. Cicéron, pour prévenir ce
coup, exhorta les juges À faire leur devoir, cifa les témoins sur chaque
grief de L'accusé et proposa de les faire interroger par Hortensius.
Celui-ci n'osa pas répondre pour Verres, qui prit le parti de s'exiler vo
Eonlairemenl. Ainsi les cinq discours intitulés: Prœtura nrbana, Pru
lura sicitiensis, Frumentaria, de Signis et de Suppliciis ne furent p;^
prononcés : Cicéron ne les composa que pour faire briller son éle.-
rjuence.
Le discours don* nous donnons ici des extraits el qui a pour titre eV
''ignin traite des statues et autres objets précieux que Verres avait votes
en Sicile. Il n'a pas d'exorde. L'orateur entre en matière par une énu-
tf'éralion générale de tous les vols, qu'il spécifiera dans la suite. Il réfute
particulièrement la défense d'Rorlenmi?, qui, pour justifier Verres,
prétendait qu'il avait, acheté tous les objets en question.
Ce discours ne contient qu'une suite de narrations indépendantes les
unes des autres, ayant toutes kura e\ocdc», leur confirmation el leur
oéroraison. INous donnons tes plus saillante?.

i)KS S T A T U E S {de Signis)*


o s
ï. Ilêius de Messine. (N t-il.)

Yenio nunc ad istius, quemodmodum ipse appellat, slu-


r
dium , ut amici ejus, morbum et insaniam % ut Siculi, Ja-
trocinium. E g o , quo nomine appellem nescio. Rem vobis
proponam ; vos eam suo, non nominis pondère penditote.
demis ipsum priùs cognoscite, judîces; deindè fortassc non
magno opère quœrelis quo nomine appellandum putetis.
Nego in Siciliâ toîâ, tam locupleti, tam vetere provinciâ,
tôt oppidis, tôt famiiiis tam copiosis, ullum vas argenteum,

2
* Coût pour les beaux-arts, Manie-
DISCOURS COiNTRE
1 2
ullum eorinthium aut deliacum fuisse, ullatu gcminam,
aut margarilam, quidquam ex auro aut ebore facium, signuin
3
ullum aeneum , marinoreum, eburneum ; nego ullam pic-
turam neque in tabuIA neque textilctu'* fuisse quin con-
quisierit, inspexerit; quod pîacitum sit abstulerit.
Magnum videor dicere; attendue etiam quemadmodum
dicam. Won enim verbi neque eriminis augendi causa mm-
plector omnia. Cùm dico nibil islum ejusmodi rerum in
6
tota provincià reliquisse, l a t i n e me scitote, non accusa*
toriè loqui. Etiam planiùs : nihil in tfïdihus cujusquam. ue
in oppûïis quidem ; nihil in locis communibus, ne in i'auis
quidem; nibil apud siculum» nihil apud civem rcmamun :
denîquè nihil istum, quod ad oculos anirnumi^ae attiderit.
neque privati, neque publies, neque profani, neque saerh
totd in Sicilià reliquisse.
Uudc igitur potiùs iuripiam quàm ab eà civitate quai
tibi una in a more atque in deliciis fuit? Aut ex quo potiùs
numéro quàm ex ipsis laudatoribus luis? Faciliùs enim
perspicietur rpialis apud eos fueris qui te oderunt, qui ac-
cusant, qui persequuntur, cùm apud tuos Mamertinos in-
veuiare improbissimâ ratione prœdatus.
C. Heius est Mamertinus (omnes hoc mihi facile concèdent
qui Messanam accesserunt) omnibus rébus in illa civitate
ornatissimus. Hujus domus est vel optima Messanrc, notis-
7
sima quidem certè, et nostris hominibus apertissima , maxi-
mèque hospitalis. Ea domus ante adventum istius sic ornata
fuit ut urbi quoque esset ornamento. Nam ipsa Messana,
quas situ, mœnibus portuque ornata sit ab his rébus qui-
bus iste delectatur, sanè vacua atque nuda est.

1
L'airain de Corinthe, mélange 4
« Jusqu'au temps de ISéron les
deeuhre, d'or et d'argent, n'était peintres n'em ployaientquedcs tables
point, comme le prétend Florus, le de bois, composées surtout de plan-
produit de la fusion de tous les ches de mélèze femelle. Ce fut ce
métaux précieux à l'époque de l'in- prince qui, \oulanl se faire peindre
cendie de Corinlhe. ( Foy. PUISE, dclagrandeur colossale décent vingt
liv. 34, ch. n.) pieds, indiqua l'usage de la toile. »
7
Avant l'airain de Corinthe, ( J . THIBAULT.)
celui de Délos passait pour le plus b
Tapisserie.
précieux. 6
Simplement, sans exagération,
s
N'est-ce point par erreur qu'on 7
Celle où nos concitoyens eor.l
lit (cneus au lieu de (PVCUS ? le mieux accueillis.
224 CICKROJV.

Krat apud Ileium sacrarium » magna cum dignilate in acdi-


b u s , a majoribus traditum, perantiquum ; in quo signa
puicberrima quatuor, summo artificio, suinmû nobilitate;
quac non modo istum hominem, ingeniosum atque intelli-
2
gentem, verùm etiam quemvis nostrûm, quos iste idiotas
appellat, delectare possent : unum Cupidinis, marmoreum,
4
Praxitelis * : nimirum didici etiam, dum in istum inquiro,
artificum nomina; idem, opiuor, artifex ejusdem modi Cu-
5
pidinem fecit illum qui est Thespiis , propter quem The-
spicC visuntur; nam alia visendi causa nulla est. Itaque ille
6
L . Mummius, cùm Thespiadas , quac: ad œdem Felicitatis
sunt, ceteraque profana ex illo oppido signa tolleret, hune
marmoreum Cupidinem , quod erat consecratus, non atligit.
Verùm, ut ad illud sacrarium redeam, signum erat hoc
quod dico Cupidinis e marmore : ex altéra parte Hercules,
egregiè factus ex acre. Is dicebatur esse Myronis 7, ut opinor ;
et certe. Item antè hoscedeos erant arulse, quse cuivis sacrarii
religionem significare possent. Erant œnea prseterea duo signa,
non maxima, verùm eximiâ venustate, virginali babitu atque
vestitu, quae manibus sublatis sacra quaedam, more Athe-
niensium virginum, reposita in capitibus sustinebant. Ca-
8
nephorac ipsao vocabantur : sed earum artificem, quem?
quemnam ? Rectè admones s ; Polycletum esse dicebant. Mes-
sanam ut quisque nostrûm venerat, haïe visere solebat;
omnibus hacc ad visendum patebant quotidiè ; domus erat
non domino magis ornamento quàm civitati.

1
Une chapelle , espèce d'oratoire de l'Achaïe de les leur faire rem-
où les anciens mettaient leurs dieux placer à leurs dépens s'ils les per-
domestiques et quelquefois les sta- daient.
tues des grands hommes. 7
Myron, célèbre statuaire de
7
De bonnes gens, simples, gros- Béotie.
siers * sans goût. s De xàveov, corbeille, et çéow,
1
Praxitèle, sculpteur grec, vivait je porte. Elles portaient sur leur tête
trois cent soixante ans av. J . - C . des corbeilles où l'on renfermait les
4
C'est pure modestie de parler livres et les symboles sacrés, à
de la sorte. l'époque des fêtes d'ÏÏIeusis.
5
Ville de Béotie, au pied de y
Cicéron fait toujours semblant de
l'Hélicon. ne pasconnailreles grands artistes.
rt
Les muses. Ce L . Mummius Cela lui donne un air d'antiquité,
menaça ceux qu'il chargeait de qui a bien son mérite. — Polyclète
conduire a Rome les chefs-d'œuvre était contemporain de Myron.
DISCOURS C O N T R E VJiKHES.

C . Claudius % cujus aedilitateui maguifîceiilissimam scimus


fuisse, usus esl hoc Cupidine tamdiu, dum forum diis ïm-
mortalibus populoque romano habuit oruatum; et, cùm
esset hospes Ileiorum, mamertini autem populi patronus,
ut illis benignis usus est ad commodandum, sic ipse diligens
fuit ad reportandum. Nuper homines nobiles ejusmodi, j u -
dices; et quid dico nuper? imô verô modo, ac planépaulo
a
antè vidimus, qui forum, ac basilicas , non spoliis provin-
ciarum, sed ornamentis amicorum, commodis hospitum , non
furtis nocentium, ornarent : qui tamen signa atque orna-
menta sua cuique reddebant; non ablata ex urbibus sociorum,
quatridup causa, per simulationem axlilitatis, domum
deindè, atque ad suas villas auferebant. Hacc omnia, quae
dixi, signa, judices, ab Heio de sacrario Verres abstulit;
nullum , inquam, horum reliquit, neque aliud ullum ta-
men, prater unum peevetus ligneum, Bonani Fortuna m, ut
opinor; eamiste domi suao habere noluiH.
JProh deûin homiuumque fidem! quid hoc est? quae est
hsec causa? quae haec impudentia est? quse dico signa, ante-
quàm abs te sublata sunt, nemo Messanam cum imperio
venit quin viderit. ï o t practores, tôt consules in Sicilia, tum
in pace, tum etiam in bello fuerunt; tôt homines cujusque
modi; non loquor de integris, innocentibus, religiosis; tôt
cupidi, tôt improbi,tot audaces, quorum nemo sibi tam
vehemens, tam potens, tam nobilis visus est, qui ex illo
sacrario quidquam poscere, aut tollere, aut attingere aude-
ret. Verres, quod ubique erit pulcherimum, auferret? nihil
habere practerea cuiquam licebit? tôt domus locupletissimas
domus istius una capiet? ideirco nemo superiorum attigit,
ut iste tolleret? ideoC. Claudius Pulcberretulit, ut C . N'erres
posset auferre ?

1
C . Claudius, édile en 654 de tiques qui entouraient le forum el
Rome. Les édiles avaient l'inten- où les centumvirs et les tribuns du
dance des jeux publics, et ils em- peuple rendaient la justice.
pruntaient soit à leurs amis, soit •* Pour un quittridnum, fête de
aux provinces qu'ils connaissaient quatre jours que les édiles donnaient
ce qui était nécessaire pour les sans doute à leur entrée en charge.
décorations de la ville, des places * Lîans son cabinet, Cicéron ai-
et des temples. guisait assez finement ses pointes.
2
C'étaient les édifices el les por- Fi ne pouvait manquer celle-ci.
226 GICÉKOK.
Sed quid ego lam vehementer invehor? Verbo jam uno re-
pellar. E m i , inquit. 0 dii immortales! praeclaram defensio-
nciu! mercatorem cum imperio ac securibus in provinciam
misimus; qui omnia signa, tabulas pietas, omne argentum,
aurum , ebur, gemmas coemeret, nihil cuiquam relinqueret.
Hacc enim mihi ad omnia defensio patefieri videtur : émisse.
Primùm, s i , id quod vis, tibi ego concedam ut emeris,
quoniam in toto hoc génère bac unA defensione usurus es;
quacro cujusmodi tu judicia Romae putaris esse, si tibi hoc
quemquam concessurum putasti, te in praoturâ atque imperio
tôt res tam pretiosas omnes denique res qua; alicujus pretii
fuerint totâ ex provinciâ coemisse.
Videte majorum diligenliani, qui nihildum etiam istius-
modi suspicabantur; verumtamen ea quac parvis in rébus
accidere polerant providebant. Neminem qui cum potestate
aut legatione in provinciam esset profectus tam amentem
1
fore putaveruut ut emeret argentum ; dabatur enim do pu-
2
blico; ut vestem , pracbebatur enim legibus. Blancipium pu-
3
taveruut , quo et omnes utimur, et non pracbetur a populo.
Sanxerunt NE QUIS E M E R E T M A N C I P I U M , NISI I N J D E M O R T U T
L O C U M . Si quis Romae esset demortuus? ïmô'*, si quis ibi-
dem. Non enim le îustruerc domum tuam voluerunt in pro-
5
vinciâ, sed illum usum provincial supplere .
Quse fuit causa cur tam diligenter nos in provinciis ab
emptionibus removerent? Hacc, judices, quôd putabant ere-
ptionem esse, non emptionem, cùm venditori suo arbitratu
vendere non liceret. In provinciis inteiïigebant, si is qui
esset cum imperio ac potestate quod apud quemque esset
emere vellet, idque ei liceret, fore uti quod quisque vellet,
sive esset veuale, sive non esset, quanti vellet, auferret. Di~
cet aliquis : « Noii isto modo agere cum Verre ; uoli ejus facta

L'argent ou bien l'argenterie, équipage. (Foy. CICÉRON, in Piso*


L'fital subvenait aux dépenses des nem , ch. 35. )
proconsuls. Auguste fut le premier 2j) ameublements,
f ; s

qui leur assigna un traitement, 3 \\


& pensèrent qu'il pourrait
pensant avec raison que, quelque acheter des esclaves; il en faut à
éle^é qu'il fût, ce traitement, serait tout le monde,
moins onéreux qu'un emploi gra- * N o n , mais...
tuil. Pison, allant en Macédoine, * Suppléer à cet objet nécessaire
emporta 4,500,000 fr. pour son dans une province.
DISCOURS C O N T R E VERRES. 227

ad antiquao religionis rationem exquirere; concède ut iiu-


punè emeril, inodô ut iiona ratione emeril, nihil pro pote-
state, nihil ab inviio, nihil per injuriam. » Sic agam. Si quid
vénale habuit Heius, si id quant) aestimabat tant! vendi*
dit, desino quacrere cur emeris.
Quid igitur nobis faciendum est? num argumentis uten-
dum in re ejnsmodi? Qusorendum est, credo, Heius iste
1
num ses alienum habuerit, num auctionem fecerit ; si fecit,
num tanta difficultas eum rei nummariae tenuerit, tanta
egestas, tanta vis oppresserit ut sacrarium suum spoliaret,
ut deos palrios venderet. At hominem video auctionem fe*
eisse nullam; vendidisse, praeter fructussuos, nihil un-
quàm; non modo in acre alieno nullo, sed in suis nummis
multis esse ac semper fuisse. Si hacc contra ac dico essent
omnia, tamen illum hacc, quae tôt annos in familiâ sacrario-
que majorum fuissent, venditurum non fuisse. Quid? si ma-
gnitudine pecuniœ persuasum est ei ? Verisimile non est, ut
ilie homo tain locupies, tam honestus religion! suse monu-
menlisque majorum pecuniam anteponeret.
Sunt ista *; verumtamen abducuntur homines nonnun-
quàm etiam ab institutis suis magniludins pecuniac. Videa-
mus quanta isla pecuuia fuerit quae potucrit Meium , ho-
minem maxime locupletem, minime avarum, ab humanitate,
a pietate, ab religione deducere. Ita jussisli, opinor, ipsum
in tabulas referre : H / E C OMNIA SIGINA P R A X I T E L I S , M Y -
3
RONÏS, P O L Y C L E T l , H-S V I Mïï-L. ET D V E R R T V15NDTT4.
SUNT. Recita ex tabulis TABULÉE H E U . Juvat me hœc
praclara nomina artiiieum, quae isti ad cœluin ferunt, Ver-
ris sestimatione sic concidisse. Cupidinem Praxitellis H - S
5
MDC - Profectô hinc natum est : Malo emere quam rogare.
Dicet aliquis : « Quid? tu ista permagno <rslimas? » Ego
verô ad meam rationem usumque non aestimo. Verumtamen
a vobis ita arbitror spectari oportere quanti haec eorum

1
A-l-il l'ait une vente aux en- monnaie. Sesicrfiui* on scmhler-
chères? Uusy deux as et demi, qu'on re-
2
A la bonne heure, soit; mais... présenta ainsi III, puis , plus lard
3
Six mille cinq cenls sesterces H, etenlin H-S.
(environ î / i G 2 fr, 50 c.*). Le seslcrco 1
Sur les rrjdstivs d"Héiu>.
L
valait environ -J2 c, L> de noire '* Seize cent* sesterces ( 3 0 0 fr. )
228 CICEAON.

judicio qui sludiosi sunt harum rerum aestimentur; quanti


1
venire soleaut; quanti lucc ipsa, si palam liberèque veni-
rent, venire possent; denique ipse Verres quanti acstimet.
Nunquàm enim, si denariis quadringentis Cupidinem illum
putâsset, eommisisset ut propter eum in sennonem bomi-
num atque in tan tam vituperationem veniret
Quis vestrûm igitur nescit quanti haec aestimentur? In
auctionc signum acneum non magnum H - S centum etviginti
2
millibus venire non vidimus? Quid si velimnominare homines
qui aut non minons, aut etiam plurîs emerint? nonne possum?
3
Etenim qui modus est in his rébus cupiditatis , idem est icsti-
malionis. Difficile est enim finem facere pretio, nisi libidini
ieceris. Video igitur Ileium neque voluntate, neque diffî-
cultate aliquâ lemporis, neque magnitudine pecuniac addu-
ctum esse ut hacc signa venderet; teque istâ simulatione
emptionis, vi, metu, imperio, fascibus, ab homine eo, quem
unà cum ceteris sociis non solùm potestati tuac? sed etiam fidei
populus romanus commiserat, eripuisse atque abstulisse.
Quid mibi tam optandum > judices, potest esse in hoc cri*
mine quàm ut hacc eadem dicat ipse Heius? Nihil profectô.
Sed nediffîciiia optemus. Heius estMamerlinus ; rnamertina
4
civitas istum publiée commun! consilio soîa laudat; omni-
bus iste ceteris Siculis odio est ; ab his solis amatur. Ejus au-
tem légations, quae ad istum laudandum missa est, princeps
est Heius; etenim est primus civitatis; ne forlc, dùm pu-
blicis mandalis serviat, de privatis injuriis reticeat.
Haec cùm scirein et cogitarem, commisi tamen me, ju-
dices, ïicio. Produxi eum prima actiono ; neque tamen id
ullo periculo feci. Quid enim poterat Heius respondere, si
esset improbus, si sut dissimilis? Signa illa domi suac esse,
non apud Verre m? Ouï poterat quidquam ejusmodi dicere?
U t homo turpissimus esset, impudentissimeque mentiretur,
5
hoc diceret : illa se habuisse venalia, eaquesese quanti vo-
luerit vendidisse. Homo domi suac nobilissimus, qui vos de
religione suâ ac dignitate verc existimare maxime vellet, primo
dixit se istum publiée laudare, quod sibi ita mandatum es-

1
l*:tre vendu. * Dans ces objets de fantaisie,
1
O n t vingt mille sesterces ' Verres.
l\ pourrait dire tout au plus.
DISCOURS C O N T R E \ E R R E S . 220

set; deindè neque se illa habuisse venalia, neque ullâ condi-


tioner, utrùm vellet, liceret, adduci unquàm potuisse ut
venderet illa, quse in sacrario fuissent a majoribus suis re-
licta ettradita.
1
Quid sedes, Verres? quid exspectas? quid te acenturipinâ
civitate, a catinensi, ab halesinâ, tyndaritanâ, ennensi, agy-
rinensi ceterisque Siciliœ civitatibus circumveniri atque
opprimi dicis? tua te altéra patria, quemadmodum dicere
solebas, Messana circumvenit; tua, inquam , Messana, tuo-
rum adjutrix scelerum, libidinum testis, pracdarum ac fur»
torum receptrix. Adest enim vir amplissirmis ejus civilatis,
Jegatus, hujuscejudicii causa domo missus, princeps lau-
dationis tuae; qui te publiée laudat; ita enim mandatum at-
que imperatum est. Tametsi rogatus de Cybeâ* % tenetis
memoria quid responderit : œdificatam publicis operis, pu-
bliée coactis, eique aedificandac publiée mamertinum senato-
rem praefuisse. Idem ad vos privatim, judices, confugit : uti-
tur hac Iege, quâ judicium est, communis et privatse rei
sociorum. Tametsi lex est de pecuniis repetundis, ille se ne-
gat pecuniam repetere, quam ereptam non tantopere desi-
derat; sacra se majorum suorum repetere abs tedicit; deos
pénates a te et patrios reposcit.
Ecqui pudor est? ecqua religio, Verres? ecqui metus? ha-
bitasti apud Heium Messanac ; res illum divinas apud eos
3
deos in suo sacrario propè quotidiè facere vidisti . Non mo-
vetur pecuniâ ; denique quse ornamenti causa fuerunt non
requirit. Habe Canephoros^; deorum simulacra restitue.
Quac quia dixit, quia, tempore dato, modeste apud vos so-
cius amicusque populi romani questus est; quia religioni
suae non modo in diis patriis repetundis, sed etiam in ipso
5
jurejurando ac testimonio, proximus fuit ; hominem missurn
ab isto scitote esse Messanam de legatis unum, illum ipsum
qui naviistius ae.dilicandac publiée praefuit, qui a senatu pe-
teret ut Heïus ignominiâ afficeretur.

1
Centorbc, Gatane, Halcse, Tyn- J
D'après nos grammaires, i! fau-
dare, Enna, Argyre. dra!! vidhli facientcm.
2 h
LeCybée, vaisseau qui était, dit- On dit Cancphom, œ, et Ca-
on, fort large, d'où lui serait venu nephoros, i.
son nom , xuëoç, cube. * Il a obéi à sa piété.
230

Homo amentissime \ quid putasti ? te impeîraturum?


Quanti is a civibus suis fieret, quanri auctoritas ojus ha-
2
beretur ignorabas? Verùm f a c te impctravisse; tac ali-
quid gravius in Heium statuisse Mamerlinos ; quanlam
putas auctoritatem Iaudationis eorum futuram, si in eum
quem constet verum pro testimonio dixisse pœnam con-
stituerait? Tametsi quse est ista laudatio, cùm laudalor
interrogatus Iscdat necesse est? Quid? isti Iaudatores tui.,
nonne testes mei sunt? Heius est laudator; lœsit gravissimè.
Producam ceteros; reticebunt quse poterunt libeuter, dicent
quse necesse erit ingratiis. Negent isti•* onerariam navem
maximam sedificatam esse Messansc? Negent, si possint. Ne-
gent ei navi faciundas senatorem mamertinum publiée pnr>
fuisse? Utinam negent! Sunt etiam cetera, quaï malo intégra
reservare, ut quàm minimum sit illis temporis ad medl-
tandum confirmandumque perjurium.
]Jœc tibi laudatio procédât in numerum K Hi te homines
auetoritate sua sublevent; qui te neque debent adjuvare, si
possint; neque possunt, si velint; quibus tu privatim inju-
rias plurimas conlumeliasque imposuisti; quo in oppido limi-
5
tas familias in perpetuum infâmes luis flagitiis fecisti. At.
fi
publiée commodasti . Non sine magno quidem reipuhlicao
provinciœque Siciliae detrimenlo. Trilici modiûm sexaginla
millia empta populo romano dare debebant, etsolebant; ab
te solo remissum est. Respuhlica detrimentum fecit, quôd
s
per te imperii jus 7 unâ in civitate imminutum est; S i c u l i
quod hoc non de summa frumenti de trac tu m est, sed trans-
latum in Centuripinos et ïlalesinos, immunes populos ; et
hoc plus împositum quàm ferre possent.
Navem imperare9 ex fœdere debuisti. Remisisti in trien-
nium. Mililem nullum unquàm poposcisti per tôt nnnos. Fecisti
1 (î
Cicéron se permet souvent, à Mais vous avez procuré des
i'égard de Verres, de ces aménités avantages généraux, rendu des ser-
ai! superlatif, qui seraient incon- vices publics.
7
venantes dans notre langue. J)roil de souveraineté.
2
Supposons. s s.-ent. deirhwuitum fccerunl.
3
Ces témoins; ou bien : pour Les soixante mille boisseaux de blé
Verres. dus par les Mnmertins furent im-
4
Vous tienne lieu de plusieurs; posés à d'autres Siciliens, ceux de
fasse nombre, s« multiplie. Centorbe et d'Malèsc.
5 0
Dii^rJulions. Kxiger un A aisseau.
D1SC0UJUS COftTKE V K B S Ë S . 233

item uli prœdoiies soient, qui, cùm communes hostes siut


omnium, tamen aliquos sibi instituunt ainicos, quibus ivm
modo parcant, verum etiam pradâ quos angeant, et eo»
maxime qui babent oppidum opportuno loco quo sœpè ad-
eunduin sit navibus, nonnunquàm etiam necessariô
Phaselis illa, quam cepit P. Servilius, non fuerat urbs
2
antè Cilicum al que pncdouum; Lycii illam, gracci homi-
nes, incolebant. Sed quod erat ejusmodi loco, arque ita pro*
jecta in allum ut et exeuntes è CilicîA pradones saepè ad
eam necessario devenirent, et, cùm ex hisce se locis reci-
perent, eodem deferrentur, adsciverunt illud sibi oppidum
pirata), primo commercio, deindè etiam societate.
Mamertina civitas improba anteà non erat; etiam erat
inimica improborum; quas C . Catonis, illius qui consul
3
fuit, impedimenta retinuit . At cujus hominis? clarissimi
potentissimique; qui tamen, cùm consul fuisset, condemna-
tus es. ïta*<3. Cato, duorum bominum clarissimorum ne»
pos, L . Paulli, et M . Catonis, et P. Africani sororis fdius; quo
damuato, tum cùm severa judicia liebant, H - S octodecim
5
millibus lis «cstimatn est ; buic Mamerlini irati fuertmt; qur
majorera sumptum quàm quanti Catonis lis œstimata est
in Thnarchidis prandium sœpè fecerunt.
Verùm lucc civitas isti pracdoni ac pirataû siciliens! Phase-
lis fuit; hùc omnia undiquè deporlabantur; apud istos re-
linquebantur ; quod celari opus erat, babebant sepositum
ac reconditum ; per istos quBo voiebat in navem clàm im-
ponenda, occulte exportanda curabat; navim deniquè maxi-
mani, quam onustam furtis in Italiam mitteret, apud istos
faciendam auiHicandamque curavit. Pro hisce rébus vacatio
data est ab isto sumptûs, laboris, militiœ rerum deniquè
omnium. Per triennium soli non modo in Siciliâ, verùm, ut
opinio mea fert, his quidem temporibus, in omni orbe ter-
rarum, vacui, expertes, soluti ac liberi fuerunt ab omni
sumptu, molestiâ , munere.
(i
llînc illa Verrea uata sunt; hinc in convivium Sexf.
1
Quand ils sont poursuivis. * L'amende Tut estimée à dix-huit
'•Jntea iirùs Cificum. mille sesterces (4,o50fr.J.
pl s
Elle nrnMa les équipages de Ycrrês avait aholi les fêles eties
Ci Caton, qui sVtait l'ait déprédateur, jeux inslilués par les .Siciliens en
* O u i . C:ilon... l'honneur de Marcellus, et les a \ a i l
232 CICÉRON.

Coiïiinium protrahi jussit, in quem scyphum de manu jacerc


conatus est; quem obtortâ gula de convivio in vincula atque
in tenebras abripi jussit; bine illa crux, in quam civem ro-
1
m a n u m iste, multis inspectantibus, sustulit; quam non
ausus est usquàm defigere,nisi apud eos quibuscum omnia
scelera sua ac latroeînia communicâsset.
?
Laudatum etiam v o s quemquam venire audetis? quâ
auctoritate? utrùm, quam apud senatorium ordinem, an
quam apud populum romanum habere debetis? Ecqua civi-
tas est, non modo in provinciis nostris, verùm in ultimis
nationibus', aut tam potens, aut tam libéra, aut etiam
tam immanïs ac barbara : rex denique ecquis est qui sena-
torem populi romani tecto ac domo non invitet ? qui honos non
homini solùm hahetur, sed primùm populo romano, cujus
3
beneficio nos in hune ordinem venimus , deindè ordinis
auctoritati, quœ nisi gravis erit apud socios, in exteras na-
tiones ubi erit imperii nomen et dignitas? Mamertini me
publiée non invitarunt. Me cùm dico, levé est; senatorem
populi romani si non invitaverunt, honorem debitum de-
traxerunt, non homini, sed ordini. Nam ipsi ïullio patebat
domus locupletissima et amplissima Cu. Pompeii Basilisci ; quo
etiamsi esset invitatus a vobis, tamen devertisset. Erat etiam
Percenniorum, qui nunc item Pompeii sunt, domus honestis-
sima ; quo L . frater meus* summa illorum voluntate devertit.
Senator populi romani, quod in vobis fuit, in vestro oppido
jacuit et pernoctavit in publico. Nulla hoc civitas unquàm
alia commisit.
— Amicum enim nostrûm in judicium vocabas. — T u , quid
ego privatim negotii geram, interpretabere imminuendo ho-
nore senatorio ?

remplacées par des fêtes en son nom. 4


Lucius était lils de L . Cicéron,
Elles ne durèrent pas longtemps. oncle paternel de Tullius; mais
1
Gavius, dont nous parlerons chez les Romains, comme chez
plus tard. les Hébreux, on appelail frères les
2
Mamcrtins, vous osez venir cousins germains. Cicéron dit, en
décerner des éloges? parlant de ce Lucius : frater noster,
3
Par le bienfait duquel je suis cognatione patruelîs, amore ger-
devenu sénaleur. Le peuple accor- manns (de Finibus, v, I ) . Voy. en-
dait les magistratures qui condui- core Lett à Atticus, I , 5, Dans l'É-
saient au sénat. glise, tous les chrétiens sont frères.
DISCOURS C O N T R E VERBES.

Verùm haec tum quecremur, si quid de vobis per eum or-


dinem agetur, qui ordo a vobis adhùc solis contemptus est.
In populi romani quidem conspectum, quo ore vos com-
misistis ? nec priùs illam crucem, quse etiam nunc civis ro-
mani sanguine redundat, quse fixa est ad portum urbemque
vestram, revellistis, neque in profundum abjecistis, locum-
que illum omnem expiastis, quàm Romam atque in horum
conventum adiretis? In Mamertinoruin solo fœderato atque
pacato monumentum istius crudelitatis cônstitutum est. Ve-
strane urbs electa est, ad quam cùm adirent exltaliâ, cru-
cem civis romani priusquàm quemquam amicum populi
romani vidèrent, quam vos Rheginis, quorum civitati invi-
x
detis , item incolis vestris, civibus romanis, ostendere so-
letis, quo minus sibi arrogent, minùsque vos despiciant,
cùm videant jus civitatis illo supplicio esse mactatum.

o s
IT. Le vase d'Jntiochus. (N 27-32.)

Venio nunc, non jam ad iurtum, non ad avaritiam, non


ad cupiditatem, sed ejusmodi facinus in quo omnia nefaria
contineri mihi atque inesse videantur; in quo dii immor-
tales violati, exîstimatio atque auctorilas nominis populi ro-
mani imminuta, hospitium spoliatum ac proditum, abalie-
nati scelere istius a nobis omnes reges amicissiminationesque,
quœ in eorum regno ac ditione sunt.
Nam reges Syrirc, régis Antiochi filios pueros, scitis Roma;
2 3
nuper fuisse; qui vénérant non propter Syrise r e g n u m ;
nam id sine controversiâ obtinebant 4, ut a pâtre et a majoribus
acceperant; sed regnum ^ g y p t i ad se et ad Selenen, matrem
suam, pertinere arbitrabantur. H i ipsi, posteaquàm tempori-
5
bus reipublicœ exclusi , per senatum agere quse voluerant

1
Vous enviez aux habitants de lorsqu'il fut vaincu par Lucullus
ïlhégiuin le litre de citoyens ro- auprès de Tigranocerte.
A
mains. II leur appartenait de droit.
5
2
L'an de Rome 680. N'ayant pas obtenu de secours,
3
Occupé alors par Tigrane, qui à cause des embarras où se trouvait
ne le céda que quatre ans après, la république, qui avait à combattre
234 C1CEHON*

non potucrunt, in Syrîaiu, in regnum pntrium profecti sunt,


Eorum alter, qui Auliachw; vocaJur, iter per Siciliarn facere
voluit. Itaque isto practore venit Syracusas.
Hic Verres hercditatem sibi venisse arbitratus est, quod
in ejus regnum ac manus venerat is quem iste et audierat
mulla secum prœclara babere, et suspicabatur. Mittit homini
munera ; satis large IUXÎC ad usum domeslicum : vini, olei
quod visum erat; etiam tritici quod satis esset, de suis decu-
T
mis . Deindè ipsum regem ad cœnam vocat. Ëxornat ample
magnificèque triclinium; exponit ea quibus abundabat plu-
rima acpulcherrima vasa argentea; namque hacc aurea* non-
dùmfecerat. Omnibus curât rébus instructum et paratuni ut
sit convivium. Ouid multa? Rex ita discessitut et istum co>
piosè ornatum et se honorificè acceplum arbitraretur. Vocal
ad cœnam deindè ipse pratorem; exponit suas copias omnes..
multum argentum, non pauca etiam pocula ex auro, qua\
ut mos est regius , et maxime in Syriâ, gemmis erant distincta
clarissimis. Erat etiam vas vinarium, ex un A gemma per-
3
grandi trullaexcavata , cum manubrio aureo; de qui), credo,
satis idoneum, satis gravem testera, Q , Minucium dicere.
audîstis'Ï.
Iste unumquodque vas in manus sumere, laudare, mirari.
ilex gaudere pratori populi romani salis jucundum et gra-
tum illud esse convivium. Posteaquàm indô discessum est,
cogîtare iste nihil aliud (idquod ipsa res declaravit) nisi
quemadmodum regeni ex proviuciA spoliatum expilatumque
dimitteret. Mittit rogatum vasa ea quœ pulcherrhna apud
illum viderai : ait se suis eaclatoribus velle ostendere. R e x ,
qui istum non nosset, sine uliâ suspicione libentissimè dédit.
Mittit etiam trullam gemmeam rogatum : velle se eam dili-
gentiùs considerare. Ka quoque ei mittitur.
Nunc reliquum, judices, allemliic, de quo et vos audîstis,
et populus romanus non nunc primùm audiet; et in exteris
nationibus usque ad ultimas terras pervagatum est. Garnie-

Mithridale en Asie et Sertorius eu ailleurs. Peut-être au>si : H ne l'a-


Kspagne. vait pas encore convertie en or.
1
Le tout, pris sur les dîmes dont 3
Ces mots offrent plusieurs sens ;
H chargeait ses sujets. le plus suivi est voue rrcusr\
2 s
Sa vaisselle d'or, dont j'ai parié Pour tlh^fnn mirfhîh.
DISCOURS CONTRE verres. 23ô

labrum e j a u n i s darissimis, opère mirabili perfeclum, reges


hi quos dico Romam cùm attulissent, ut in. (lapitolio po-
r
nereut ; quod noudùm etiam perfectum templum offcnderant ,
neque ponere poluerunt, neque vulgo ostcndcre an proforre
voluertiut; ut et magiùficentius videretur, cùm suo tem-
7
pore in relia Jovis opimii maximi ponerelur, et clarius
quum pulchriludo ejus recens ad oculos hominum alquein-
tegra perveniret, statuerunl id secum in Syriam reportare,
ut, quum audîssenl aimulamnn Jovis optimi maximi dedi-
catum, legatos mittereu; qui CUM "eleris rébus i]!ud quoque
:
exiniium atque pulcherin:um <]c»mnn n fîapitolium afferrent.
Pervenit res ad istius auïos Î I P S C Î O wr-rnodo. Nam rex id
celatuin voluerat : non quo quidquam metueret aut suspi-
3
caretur, sed ut ne multi illud antè prssciperent oculis
quàm populus romanus, Isle petit I rege, et eum pluribus
verbis rogat ut id ad se mittat; I-npere se dicit inspicere,
neque se aliis videndi poLcstatern esse factura m.
Antiochus, qui animo esset et puerili et regio, nihil de
istius improbilale suspicatus est; imperat suis ut id in prrc-
lorium*, involutum quàm occultissimè, déferrent. Quo
posteaquàm altulerunt, involucrisque rejectts constitueront,
iste clamare cœpit dignam rem esse regno Syriœ, dignam
regio munere, dignam Capitolio. Etenim erat eo splendore,
qui ex clarissimis et pulcherrimis esse debebat; ea varietale
operum , ut ars certare videretur cum copia ; ea magnitu-
dine, ut intelligi posset non ad hominum apparatum, sed
ad amplissimi templi ornamentum esse factum. Quod cùm
satis jam perspexisse videretur, tollere incipiunt, ut refer-
rent, Iste ait se velle illud etiam atque etiam considerare;
nequaquam seessr satiatum ; jubet îllos discedere, et candc-
labrum relinquere. Sic illi tuminanes ad Antiocbum rever-
tuutur.
Rex primo nihil metucre, nihil snspicari. Dies unus, al-
5
ler, plures ; non referri. Tum mittit rex ad istum, si sibi
videalur, ut reddat. Jubet iste posteriùs ad se reverii. Mi-

1 3
Le Capitole avait été incendié S'emparer par les yeux, voir
l'an «70-, S>l!n, alors dictateur, fut avinl les autres (capere, prœx
1
rharné de le fnire reconstruire- Ch."z le préteur, Verres.
: 5
* Le >?'icUiaiiv même du dieu. S. enl. ahntnt, se passent.
236 CICÉRON.

rum illi viden. Mittit iterùm. Non redditur. Ipse hominem


1
appellal ; rogat ut reddat. Os hominis insignemque impu-
dentiam cognoscite : Quod sciret, quodque ex ipso rege au-
dîssetin Capilolioesseponendum, quod Jovi optimo maximo,
quod populo romano servari videret, id sibi ut donaret ro-
gare et vehementer petere cœpit. Cùm ille se et roligione
Jovis capitolini et bominum existimatioue impediri diceret,
quod multœ nationcs testes essent illius operis ac muneris,
iste bomini minari acerrimè cœpit, Ubi videt eum nihilo
magis minis quàm precibus permoveri, repente hominem
de provinciâ jubet ante noctem. decedere- Ait se comperîsse
ex ejus regno piratas in Siciliam esse venturos.
Rex maximo conventu Syracusis, in foro, ne quis forte
me in crimine obscuro versari atque aflingere aliquid sus-
2
picione hominum arbitretur , in foro, inquam, Syracusis,
ïlens, ac deos hominesque contestans, clamare cocpit can-
deiabrum factum è gemmis , quod in Capitolium missurus
esset, quod in templo clarissimo populo romano monumen-
tum suac societatis amicitiaeque esse voluisset, id sibi C. Ver-
rem abstulisse; de ceteris operibus ex auro et gemmis, quœ
sua penès illum essent, se non laborare; hoc sibi eripi mi-
serumesse et indignum. Id etsi anteà jam mente et cogitatione
suâ fratrisque sui consecratum esset tamen tum se, in illo
}
3
conventu civium romanorum, dare, donare , dicare , conse-
crare 3ovi optimo maximo, testemque ipsum Jovem suac vo-
luntatisac religionis adhibere.
Quae vox, quse l a t é r a l , quœ vires hujus unius criminis
querimoniam possint sustinere? Rex Antiochus, qui Romae
ante oculos omnium nostrûm biennium ferè comitatu regio
atque ornatu fuisset, is, cùm amicus et socius populi ro-
mani esset, amicissimo pâtre, avo, majoribus, antiquissimis
et clarissimis regibus, opulentissimo et maximo regno, prac-
ceps è provinciâ populi romani exturbatus est.
Quemadmodum hoc accepturas nationes exteras; quemad-
modum hujus tui facti famam in régna aliorum atque in

1 3
Antiochus va trouver Verres. D'anciennes médailles portent
2
Que je suppose un crime fondé trois D, qui signifient dure, donare,
sur les simples soupçons de la mul- dicare.
h
tîtude, Quels flancs, quels poumons?
DISCOURS C O N T R E VERRES, 237
ultimas terras pervcnturam putasti, cùm audierint a prae-
tore populi romani in provincia violatum regem , spolia tum
hospitem, ejectum socium populi romani atque amicum?
Komen vestrum populique romani odio atque acerbitati sci-
tote nationibus exteris, judices, futurum, si istius bsec tanta
injuria impunita discesserit. Sic omnes arbitrabuntur, prsc-
sertim cùm hacc omnino fama de nostrorum hominum ava-
ritiâ et cupiditate percrebuerit, non istius solius hoc esse fa-
x
cinus, sed eorum etiam qui approbarint . Multi reges,
inulte libéra) civitates, multi privati opulenti ac potentes ba-
bent profectô in animo Capitolium sicornare, ut templi di-
gnitas imperiique nostri nomen desiderat; qui, si intellexerint,
ioterverso regali hoc dono, graviter vostulisse, grata fore
vobis populoque romano sua studia ac dona arbitrabuntur.
Sin hoc vos in rege tam nobili, in re tam eximia, in injuria
tam acerbâ neglexisse audierint, non erunt tain amentes ut
operam, curam, pecuniam impendànt in eas res quas vobis
gratas fore non arbitrentur.
Hoc loco, Q. Gatule*, te appello. Loquor enim de tuo
elarissimo pulcherrimoque monumento; non judicis solùm
severitatem in hoc crimine, sed propè inimici atque accusa-
toris vim suscipere debes. Tuus est enim honos in illo
templo, senatus populique romani beneficio; tui nominis
aeterna memoria simul cum templo illo consecratur; tibi
hsec curasuscipienda, tibi hœc opéra sumenda est, ut Capi-
tolium , quomodo magnificentiùs est restitutum, sic copio-
siùs ornatum sit quàm fuit; ut illa flamma divinitùs exsti-
tisse videatur, non quac deleret Jovis optimi maximi templum,
sed quacprœclarius magnificentiusque deposceret.
Audîsti Q . Minucium Rufum dicere domi suae deversa-
tum esse Antiochum regem Syracusis; se illud scire ad
istum esse delatum; se scire non redditum. Audîsti, et au-
dies omni ex conventu syracusano, qui ita dicant, sese au-
dientibus, illud Jovi optimo maximo dicatum esse ab rege
Antiocho et consecratum. Si judex non esses, et hsec ad te
delata res esset, te potissimùm hoc perseqai, te petere, te

1 2
Si les juges ne condamnent pas Ce fut Q. Catulus qui, après la
Verres, ils seront censés approuver retraite de Sylla, fut chargé d'ache-
sa conduite. ver la reconstruction du Capitole.
CICERON.

agere oporteret. Quare non dubito quo animo judex hujus


oriminis esse debeas, qui apud alium judicem multo aerior
quàm ego sum actor accusatorque esse deberes.
Vobis autem, judices, quid hoc indignius aut quid minus
ferendum videri potest? Verresne habebit domi suac candela-
brum Jovis optimi maximi, è gemmis auroque perfectum ?
cujus fulgore collucere atque illustrari Jovis optimi maximi
templum oportebat, id apud istum in ejus conviviis constitue-
lur? Tn istius turpissimi domo Capitolii ornamenta ponentur,
qui huic sacri unquàm fore aut quid fuisse religiosi putatis?
Quid nunc tanto scelere seobstrictum esse non senliat? qui in
judicium veniat, ubi neprecari quidem Jovem optimum maxi-
mum atque ab eo auxilium petere more omnium possit? a
quo etiam dii immortales sua repetunt in eo judicio, quod
hominibus ad suas res repetundas est constitutum. Miramur
Athenis Minervam, J)eli Apollinem, Juuonem Samî, Pergac
Dianam, multos praHerea ab isto deos totâ Asià GraciAque
violatos, qui a Capitolio manus abstinere nonpotuerit? quod
privati homines de suis pecuniis ornant ornaturique sunt, id
C . Verres ab regibus ornari non est passus. Jtaque hoc nefario
scelere conceplo, nihil posleu totâ in Siciliâ neque sacri ne-
que religiosi esse duxit;ila sese in provinciâ per triennium
gessit ut ah isto non solùm hominibus, verùm etiam diis
immortalibus bellum iudictum putaretur.

DES SUPPLICES (de Suppliciis).

Dans ce discours Cicéron examine: i° ce que "Verres a lait pour as-


surer la tranquillité de la Sicile pendant 1» guerre de Sparlacus;
2° quelles précautions il a prises contre les incursions des pirates; 3° il
retrace la cruauté atroce et réfléchie du préteur, q u i , ppur cacher l'in-
tamie de sa lâcheté, envoie au supplice les capitaines de sa Hotte, cou-
pables, selon lui, de sï'lrc laissé vaincre, quoiqu'il les eut mis hors dVIat
1
de résister; 4° il lui reproche d'avoir fait battre de verges el livn A la
mort des citoyens Romains. De là le titre de Suppliciis*
ftrSCOUAS CONTRE V E R R E S . 239
oS
\. Guerre des pirates. (A" 33-52.)

Chaque "ville maritime devait équiper un vaisseau, l'approvisionner


et en entretenir Péaulpage. Verres s'est fait remettre l'argent destiné à
cet emploi et s>?t chargé des détails. En attendant il vendait publique-
ment des congés aux soldats et aux matelots, sans pourvoir aux besoins
de ceux qui restaient; et la flotte romaine fut mise sous les ordres d'un
Syracusain, nommé Cléomène.

1 7
Egreditur centuripinâ quadriremi Cleomenes è porta;
secpiitur segostana navis, tyndaritana, herbitensis, hera-
cliensis, apollouicnsis, haluntiua; praclara classis in spe-
ciem, sed inops et infirma propter dimissionem propugna-
3
torum atque remigum. Tamdiù in imperio s u o classem iste
practordiligensvidit quamdiù conviviumejus fiagitiosissimuro
prartervecta est; ipse autem, qui visusmultis diebus non esset,
tum se tamen in conspectum nautis paulisper dédit. Stetit so-
ieatus < praîlor populi romani cum pallio purpureo, tuni-
caque talari, mulierculâ nixus in littore. Jam hoc ipso istum
vestitu Siculi civesque romani permulti sscpè viderunt.
5
Posteaquàm paulùm provecta classis est, et Pachynum
quinlo die denique appulsa est, nauUc, faine coacti, radiées
6
palmarum agrestium , quarum erat in his locis sicut in n

magna parte Siciliac, mullitudo, colligebant, et his mîseri


perditique alebantur. Cleomenes autem, qui alterum se
Verrem cùm luxuriâ atque nequitiâ, tum etiam imperio
putaret, similiter totos dies, in littore ta berna culo posito, per-
potabat.
Ecce autem repente, ebrio Cleomene, esurienlibus ceteris,
nuntiatur piratarum naves esse in portu Odysseas; nam ita
is locus nominatur; nostra autem classis erat in portu
Pachyni. Cleomenes autem, quôd erat terrestre praesidium

1
Le vaisseau à quatre rangs de sure de femme, composée d'une
rames fourni par la ville de Ccn- semelle délicate, rattachée par des
iorbe. rubans. Foij. Quintilicn, In&L
2
Cléomène est le Syracusain chef omt. i. vin, ch. 3, ou il fait res-
t

de la flotte. sortir les beautés littéraires de ce


:
' Sons ses ordres, ou dans sa passage.
.juridiction. Cap Passaro, au S. E . de la Si-
* En poli i s souliers lins, ou san- cile.
1
dales; Ir* H'étaient une c h a r - P^'mH* sauvage.
240 CICERON.

non re, sed nomine, sperabat, iis militibus quos ex eo loco


deduxisset, explere se numerum nautarum et remigum posse.
1
Reperta est eadem istius hominis avarissimi ratio in pracsi-
diis (jusc in classibus ; nam erant perpauci reliqui ceterique
dimissi.
Princeps Cleomenes in quadriremi centuripina malum
erigi, vela fieri, praccidi anchoras imperavit; et simul, ut se
ceteri sequerentur, signum dari jussit. Uscc centuripina navis
erat incredibili celeritate velis; nam scire, isto prœtore,
?
nemo poterat quid quaoque navis remis facere posset ; etsi
in hâc quadriremi, propter honorem et gratiam Cleomenis,
minime multi rémiges et milites deerant. Evolarat jam è
conspectu ferè fugiens quadriremis, cùm etiam tune cetera
H
naves suo in loco moliebantur .
Erat animus in reliquis; quanquam erant pauci, quoquo
modo sese res habebat, ptignare tamen se velle clamabant ; et
quod reliquum vitae viriumque famés fecerat, id ferro potis-
simùm reddere volebant. Quod si Cleomenes non tanto antè
fugisset, aliqua tamen ad resistendum ratio fuisset. Erat
enim sola illa navis constrata *, et ita magna ut propugna-
culo ceteris posset esse-, quae, si in praedonum pugnâ versa-
5 6
retur, urbis instar habere inter illos pariticos myoparones
videretur. Sed tune inopes, relicti a duce prœfectoque classis,
eumdem necessario cursum tenere cœperunt.
Elorum i versus, ut ipse Cleomenes, ita ceteri navigabant ;
neque hi tamen tam prœdonum fugiebant impetum quàm
imperatorem sequebantur. T u m , ut quisque in fugâ postre-
8
mus, ita periculo princeps erat; postremam enim quamque
navem piratsc primam adoriebantur. Ita prima Haluntinorum
navis capitur, cui prseerat Haluntinus, homonobilis, Philar-
,l
chus ; quem ab illis pradonibus Locrenses posteà publiée
redemerunt ; ex quo vos rem omnem causamque cognostis.

5
» De Verres- Aurait eu l'air, l'apparence
2
Les rameurs avaient été con- d'une ville.
6
gédiés en partie-, restaient donc les Brigantins(tMJç, baleine;rcapwv,
voiles. vaisseau), vaisseau long et étroit.
3 7
Se mouvaient h peine- filore ou Hélore, auj. Muriucci.
4
Avait une plate-forme, un plan* située entre Syracuse et Pachynum.
cher, un tiUac, un pont (conster- s L p j en danger.
e u s
s
nere, étendre sur), A frais communs,
msconiss f : o K T j * E VERRES. 241

Deinde apolloniensis navis capitur, et ejus prœfectus An-


thropinus occiditur.
Haec dum aguntur, interea Cleomenes jam ad Elori littus
pervenerat; jam sese in terrain è navi ejecerat, quadrire-
memque in salo fluctuantem reliquerat. Reliqui prœfccti
navium, cùm in terram imperator exîsset, cùm ipsi neque
repugnare neque mari eff'ugere ullo modo possent, appulsis
ad Eiorum navibus, Cleomenem persecuti sunt. Tune prsc-
donumdux Ileracleo, repente, praeter spem, non suâ virtute,
sed istius avaritia nequitiâque victor, classem pulcherrimam
populi romani, in littus expulsam et ejectam, cùm primùm
advesperasceret, inflammari incendique jussit.
0 tempus miserurn atque acerbum provincial Siciliacî o
casuin illum multis innocentibus calamitosum atque fune-
stutnî o istius nequitiam ac turpitudinem singuiarem ! Una
atque eadem nox erat quâ prator amoris turpissimi /lammâ
3
ac classis populi romani prrcdonum incendio conflagrabat .
2
Àffertur nocte intempestâ gravis hujusce mali nuntius Sy-
racusas; curritur ad prsetorium, quo istum è convivio illo
prseclaro reduxerant paulo ante mulieres cum cantu atque
symphoniâ. Cleomenes, quauquam nox erat, tamen in publico
esse non audet**; includit se domi; neque aderat uxor, quée
consolari hominem in malis posset
5
Hujus autem prœclari imperatoris ita erat severa domi
disciplina ut in re tanta, in tam gravi nuntio nemo admitte-
retur; nemo esset qui auderet aut dormientem excitare
aut interpellare vigilantem, Jam vero, re ab omnibuscognitâ,
concursabat urbe totâ maxima multitudo; non enim, sicut
anteà consuetudo erat, pradonum adventuin signiiicabatignis
fi
è spécula* sublatus aut tumulo ; sed flamma ex ipso incendio
navium et calamitatem acceptam et periculum reliquum
nuntiabat.
Cùm prartor quœreretur, et constaret ei neminem nun-
1
Phrase à effet, d'un goid équi- eux dans les expéditions dont ils
voque. sont chargés. Mais Cicéron lient â
2
Au milieu de la nuit. faire briller son esprit, et il le fait
3
N'a pas le courage de rester parfois gauchement.
dehors. r>
De Verres.
< Les amiraux ne mènent pas né- <• Lieu du guet, tour ou mon-
cessairement leurs femmes avec tagne.
T, l> 11
242 CICKttOiN.

tinsse, lit ad domum ejus cum clamore concursus atque im-


petus. Tum iste oxcitalus audit rem omnem ex Timarchide:
1
sngum sumit. ducebat: jam ferè; procedit in médium, vini,
somni plenus. Excipitur ol> omnibus ejusmodi clamore, ut
ei lampsaceni periculi* siniilitudo versarelur ante oculos;
3
hnr etiam majus hoc videbalur, quod in odio simili mul-
ti tudo hominum hacc erat maxima. Tum istius acta comme-
1
morabautur ;tu!n flngîtiosailla convivia, tumappeliabantura
multitudine mulieres nominatim; tum quacrebatur ex ipso
palàm toi; dies continuos, per quos nunquàm visus esset, ubi
fuisset, quid egisset; tum imperator ab isto praeposittis Cloo-
menes flagitabntur; neque quidquam propuis est factum
5
quàm ut illud uticense exemplum de Àdriauo transferretur
fi
Syracnsas, u l duo sepulchra duorum pratorum improho-
rum duahusque in provinciis constituerentur. Verùm habita
est a multitudine ratio temporis, habita est tumultws, habita
etiam disnitatis existimationisque communis, quod is est
conventus Syracusis civium romanorum, ut non modo illfi
provinciâ, verùm etiam hûc republicâ dignissimus pxisti»
metur.
Confirmant ipsi se, cùm is etiam tum semisomnis stu-
perel ; arma capiunt; totuni forum atque insulam, qiuo est
urbis magna pars, complent. Unam îHam solam nootem pnr-
dones ad Elorum commorati, cùm fumantes etiam uostras
navrs reliquissont, necedereincipiunt ad Syracusas. Qui vide-
iicot sappft audissent nihil esse pulchrius quàm Syracusarum
mœnia ac portus, statueront sese, si ea, Verre praotore, non
vidissent, nunquàm esse visuros.
A c primo ad illa œstiva 7 praetoris accedunt, ipsam illam ad

1
Sayon, casaque militaire, hahil Quel latin négligé!
1
de guerre. Ou commemorabatitr; on rap-
- Lorsqu'il était lieutenant de pelait ses orgies sur le rivage
Dolahella en Ciiicie, il avait voulu f. t-tetfi ) •
enlever la lille de Philodamus, son 5
Adrien, préteur d'Afrique <MI
lidte. Les habitants de Lampsaquc, GGJ>, fut brûlé par les habitants
indignés, allaient le brûler dans sa d'Utiquc, exaspérés de ses vexa-
maison, sans quelques chevaliers lions.
romains, qui les apaisèrent. Ouol- 0
De sorte que deux tombeaux
«;UP, temps après Verres condamna auraient attesté....
>
« tdIodamus et son fils à avoir la "Camp d'été. Stefif. solattitx prœ-
tête tranchée. lor! quel guerrier! Voy. p, .130, n. 4.
DISCOURS CONTRE \ ERRES. 243
partem Jitloris ubi iste per eos dies, tabernaculis* pusitis,
castra luxuriac collocârat; quem posleaquàm inauem locum
offenderunt, et practorem commovisse ex eo loco castra
senserunt, statim sine ullo metu in portum ipsum penetrare
cœperunt. Cùm in portum dico, judices ( explanandum est
enim diligeutiùs, eorum causa qui locum ignoraut), in
urbem dico, atque in urbis intimam partem venisse piratas;
non enim portu illud oppidum clauditur, sed urbe portus
ipse cingitur et concluditur; non ut alluantur a mari niœiiia
extrema, sed ipso influât in urbis si num portus.
Hic, te praîtore, lleracleo archipirata cum quatuor myopa-
ronibus parvis ad arbitrium suuui uavigavit. Proh, dii im-
mortales! piraticus myoparo, cùm imperium populi romani,
nomen ac fasces essent Syracusis, usque ad forum et ad
1
omnes urbis crepidines accessit; quo neque Carthaginiensium
glorissimao classes, cùm mari plurimùm poterant multis
bellis sacpè conataî, unquàm aspirare potuerunt; neque
populi romani invicta antè te practorem gloria illa uavalis
unquàm, totpunicis siciliensibusque bellis, penetrare potuit;
qui locus ejusmodi est ut antè Syracusani in mœnîbus suis,
in urbe, in foro fiostem armatum ac victorem quàm in porto
ullam bostium navem vidèrent.
Hic, te practore, pracdonum navieulac pervagattc sunt quo
Atheniensium classis sola, post bominum memoriam, tre-
1
centisnavibus, vi ac multitudine invasit; qua . in eo ipso portu,
loci ipsius portûsque natura, victa atque superata est. Hic
primùm opes illius civitatis vktac, comminutaî depressacque
sunt; in hoc portu' Atheniensium nobilitatis, imperii,
glorise naufragium factum existimatur.
Eône pirata penetravit, quo simul atque adisset, non
1
modo a latere, sed etiam a tergo magnam partem urbis re-
linquerct? ïnsulam totam praHcïvectus est; qiuc est urbs
Syracusis suo nomme ac inœnibus ; quo in loco majores nostri
Syracusanum quemquarn habitare vetucrunl, quod, qui illam

1
Les quais. qu'ii élail par une éclipse de lune.
-JNicias, général athénien, fut * L'île, était entre le port ei la
\aincu dans le port de Syracuse, en mer, el formait comme, une seconde
413 avant J . - C , pour n'avoir pas Syracuse d.m* Syracuse m^nie f â
osé en :aire s'irlir vi floiie, effrayé S;, racuse*.
CICÉRON.

partem urbis tenerent, in eorum potestatem portum futurum


inlelligebant.
At quemadmodum est pervagatus? radiées palmarum
agrestium, quas in nostris navibus invenerant, jaciebant, ut
omnes istius improbitatem et calamitatem Siciliœ possent
eognoscere. Siculosnc milites, aratorumne liberos, quorum
patres tantum labore suo frumenti exarabant, ut populo
romano totique ïtolisc suppeditare possent, eosne, in
msulft Cereris natos, ubi primùm fruges inventae esse di-
cuntur, eo cibo esse usos, a quo majores eorum ceteros
1
quoque, frugibus inventis, removeruut ? ï e prœtore , siculi
milites palmarum stirpibus, pracdones siculo frumento aie-
bantur.
2
O spectaculum miserum atque acerbum ! ludibrio esse
Urbis gloriam et populi romani nomen, bominum conventu
3
atque multitudine ! piratico myoparone, in portu syracu-
sano, de classe populi romani triumphum agere piratam,
cùm praetoris nequissimi inertissimique oculos prœdonum
remi respergerent !
Posteaquàm è portu piratœ, non metu aliquo affecti, sed
satietaté, exierant, tum cœperunt quacrere homines causa m
illius tantsc calamitatis-, dicere omnes et palàm disputare^
minime esse mirandum s i , militibus remigibusque dimissis,
reliquis egestate et famé perditis, prsetore tôt dies perpotante,
ranta ignominia et calamitas esset accepta. Haec autem istius
vituperatio atque infamia confirmabatur eorum sermone
qui a suis civitatibus illis navibus prœpositi fuerant, qui ex
illo numéro reliqui Syracusas, classe amissâ, refugerant.
Dicebant quos ex suâ quisque navi missos sciret esse. Res
erat clara; neque solùm argumentis, sed etiam certis te-
stibus istius avaritia tenebatur.
Homo certior fit agi nihil in foro et conventu totâ die,
nisi hoc quacri a navarchis, quemadmodum classis esset
1
Silvestres homines sacer interpresque incepto de&istere viciam! dans Vir-
[ deorintt gile.
Ccettibas «'/ victu fœtio déterrait Orpheus 2
t

( i l o R . j ^ r . poi't., 3ni.)
Ces fréquentes exclamations
finissent par refroidir et fatiguer.
Kn créant l'homme, Dieu n'a- 3
Sous les yeux d'une si nom-
vait pas pourvu h sa subsistance. breuse population.
Siculos â l'accusatif, comme Mené 4
Répéter, débattre, proclamer.
DISCOUAS CONTRE VEXUiES.

amissa; illos respoudere, et dacerc unurnquenique, mis.sione


remigum, famé reliquorum, Cleomenis timoré et fugâ. Quod
1
posteaquàm iste cognovit, hanc ratiouem habere cœpit :
2
causam sibi dicendam esse statuerai jam antequàm hoc;
usu veniret; videbat, illis navarchis testibus, tantum hoc
crimeu sustinere se nullo modo posse; consilium capit primo
stultum, verumtamen clemens.
Cleomenem et navarcbos ad se vocari jubet; veniunt;
accusât eos, quod hujusmodi de se sermones habuerint; ro-
gat ut id facere désistant, et in sua quisque navi dicat se
tantùm habuisse nautarum quantum oportuerit, neque
quemquam esse dimissum. Illi enimverô se ostendunt quo<<
vellet esse facturos. Iste non procrastinat; advocat amicos
statim ; quacrit ex his singillatim quot quisque nautas habue-
rit. Bespondit unusquisque ut erat prasceptum. Iste in ta-
bulasrefert; obsignat signis amîcorum providens homo, ut
contra hoc crimeu, si quando opus esset, hâc videlicet te-
sti/icatione uteretur.
Derisum credo esse hominem amentem a suis consiliariis,
etadmonitum hasce ei tabulas nihil profuturas ; etiam plus
ex nimiâ prsetoris diligentiâ suspicionis in eo cri mine futu-
rum. Jam iste erat hâc stultitiâ multis in rébus usus, ut pu-
blicè quoque quac vellet in civitatum litteris et tolli et r e -
ferri juberet : quaï omnia nunc întelligit sibi nihil prodesse,
posteaquàm certis litteris, testibus, auctoritatibusque con-
vincitur.
Ubi hoc videt, tabulas sibi nullo adjumento futuras, init
consilium non improbi prsetoris ( nam id quidem esset fe-
rendum), sed importuni atque amentis tyranni ; statuit, si
hoc crimen extenuare vellet ( nam omninô tolli posse non ar-
bitrabatur ), navarcbos omnes, testes sui sceleris, vitâ esse
privandos. Occurrebat illa ratio : Quid de Cleomene fiet?
Poterone animadvertere in eos quos dicto audientes esse
jussi ; missum facere eum cui imperium potestatemque per-
misi ? poterone eos afficere supplicio qui Cleomenem secuti
sunt; ignoscere Cleomeni, qui secum fugere et se consequi

' Se mit à prendre le parti de... qu'il aurait à se défendre; ille savait
11 prit ses mesures. même avant ce désastre. £ t a venire,
2
II savait bien qu'il seraitaccusé, arriver, se réaliser.
J
jussitï polerone io eos esse vehemens qui naves inanc-s non
modo habuerant, sed etiam aperlas ; iu eum dissolutus qui
soi us babuerit coiistratam navem, et minus exinanitam? Pe-
1 a
reaî Cleomenes unà. Ubi fides ? ubi exsecrnliones ? ubi
dexirse complexusque? ubi illud contubernium muliebris
3
mjiilise in illo delicatissimo littore? Fieri nullo modo po-
terat quin Cleomeni parceretur.
Cleomenem vocat : dicit ei se statuîsse animadvertere in
omnes navarehos ; ita sui perieuli rationes ferre ac postulare.
Tibi uni parcam, et totius istius culpao crimen, viluperalio-
nemque inconstantisc 4 potiùs suscipiam quàm aut in te sini
crudeiis , aut tôt tam graves testes vivos incolumesque esse
patiar. Agit gratias Cleomenes, approbat consilium ; dicit ita
fieri oportere; admonet tamen illud quod istum fugcrat, ni
Phalargum centuripinum navarcbum non posse animadverti,
proptereà quod secum fuisset unh in centuripina quadri-
remi. Quid ergo? iste homo ex ejusmodi civitate, adolescens
nobilissimus, testis relinquetur ? In pracsentia, inquit Cleo-
menes, quoniam ita necesse est ; sed post aliquid videbimus,
ne iste nobis obstare possit.
Haec posteaquàm acta et constiluta sunt, procedit iste
repente è prsetorio, inflammatus scelere, furore, crudeli-
tate; in forum venit, navarehos vocari jubet. Qui nihil me-
tuèrent, nihil suspicarentur, statim accurrunt. Iste hominibus
miseris innocentibusque injici catenas imperat. Implorare
illi fidem populi romani, et quare id faceret rogare. Tune
iste hoc causas dicit, quod classem prsedonibus prodidissent.
Fit clamor et admiratio populi, tantam esse in homme îm-
pudentiam atque audaciam ut aliis causam calamitatis attri-
bueret, quae omnis propter avaritiam ipsius accidisset; aut,
cùm ipse precdonum socius putaretur, aliis proditionis
crimen inferret; deindè, hoc quinto decimo die crimen esse
natuni postquàm classis esset amissa.
Cùm hœc fièrent, quœrebatur ubi esset Cleomenes, non
5
quo illum ipsum, cujusmodi e s s e t , (juisquam supplicio,
1
La fidélité à la parole que j'ai dilions militaires de Verres se faî-
donnée à Nice (Victoire). suieol sur le rivage, en société de
* Les serments. cette femme.
:i r%
Ceci rappelle les œslivn de la Le reproche d'inconséquence,
5
page Le.- campagnes, les expé- Vu l'état des choses, dans la
D J S C O U A S C0iVJ'JU<; V K l U t È S . 247
propter iliud incommodum, digmim pularct. Nain quid Cleo-
menes facere potuit (non enim possum quemquaiuinsimu-
larefalsô)? quid, inquam, magnopere Cleomenes facere
potuit, istius avaritiâ navibus exinanitis? Atque eum vident
sederead latus pratforis, et ad aurem familiariter, ulsolitus
erat, iususurrare. Tum verô omnibus indignissimum vîsuin
est homines bonestissimos, electos ex suis civitatibus, in
ferrum atqup in vinnila conjectos; Cleomenem, propter fia-
giliorum ac turpitudinis societatem, famiJiarissimum esse
r
praetoris. Apponiiur bis tamen accusator JNgcvius Turpio
quidam, qui, C . Sacerdote prartore, îr.juriarum damnatus
2
e s t , bomo benoappositus ad istius audaciam ; quem iste in
decumis. in rthus ^apitalibus . in omni calumnia prsecur-
sorem habere sotahat et emissarium.
VeniiiDt Syracusas parentes propinquique miserorum ado-
lescentium, hou repentino calamitatis snfc commoti nuntio;
vinctos adspie'umt catenis liberos suos, cùm istius avariticr
pœnam collo et cervicibus suis sustinerent; adsunt, defen-
dunl , proclamant ;iidem tuam, quse nusquàm erat, nec un-
quàm fuit, implorant. Pater aderat Dexio, ïyndaritanus,
honio nobilissimus, hospes tuixs^ cujus tu domi fueras, quem
hospitem appelleras; eum cùm illa auctoritate et miseria
videres prseditum, non te ejus lacryma), non senectus, n o n
liospitii jus atque nomen a scelere aliquam ad partem huma-
pilatis revocare potuit!
Sed quid ego hospitii jura in hâc tam immani belluâ corn-
memoro ? qui Sthenium, Thermitanum, hospitem suum, cujus
domum per hospitium exhausit et exinnnivit, absentem in
reos retulerit; causa indictâ, capite damnarit; ab eo nunc
hospitiorum jura atque officia quœramus? cum homine enim
cnuleli nobis res est, an cum fera atque immani belluA? Te
patris Iacrymaî de innocentis filii periculo non movebant ?
3
cùm patrem domi reliquisses , fîlium tecum haberes,te
neque praesens filius de liberorum carilate, neque absens pa-
ter de indulgentiA patria commonebat?
3
situation où il s'était trouvé; ou Le père de Verres était demeuré
bien, quel qu'il fut, habile ou non. à Rome. Le fils de Verres avait on-
' Est suborne; on aposle. viron douze ans et était jonrnrl!."-
?
Condamné pour dommage, pour ment témoin des débauche? ci d"
out^igc, et flétri par un jugement. ï'inconduïle d'un pareil monstre.
248 CICÉRON.

Catenas habchal hospes tu us Aristeus, Dexionis lilius.


1
Quid ita? Prodiderat cîassem. Quod ob pramiium ? De-
serucrat exercitum. Quid Cleomenes? Ignavus fuerat. At eum
tu ob virlutem corona aurea donâras. Dimiserat nautas. Tu
ab omnibus mercedem missionis acceperas. Alter parens ex
altéra parte erat Herbitensis Eubulida, homo domi sua) clarus
et nobilis; qui, quia Cleomenem indefendendo filio lœscrat,
jiurius pîenè est destitulus. Quid erat autem quod quisquam
diceret aut defenderet? Cleomenem nomînare non licet. At
causa cogit. Moriere, si appellnris : nunquàm enim iste est
cuiquam mediocriter minatus. At rémiges non erant. Prrc-
torem tu accusas ? frange cervicem. Si neque practorem, neque
?
protons œmulum appellare licebit, cùm in bis duobus
tota causa sit, quid fulurumest!
Dicit etiam causam Heraclius, Segcslanus, homo domi suae
summo loco natus. Audite, ut vestra humanitas postulat,
judices; audietis enim de magnis incommodis injuriisque
3
sociorum. Hune scitote fuisse Heraclium in eû causa , qui
propter gravem morbum oculorum tum nonnavigârit, et,
jussu ejus qui potestatem habuit, cum commeatu 4 Syracusis
remanserit. Iste certè neque prodidit classem, neque metu
perterrilus fugit, neque exercitum deseruit; etenim tune
esset hoc animadversum, cùm classis Syracusis proiieisce-
balur. Is tamen in eâdem causa fuit, quasi esset in aliquo
5
manifesto scelere deprehensus, in quem ne falsô quidem
causa conferri criminis potuit.
Fuit in illis navarchis Heracliensis quidam Furius (nam
6
habent illi nonnulla hujuscemodi latina n o m i n a ) , homo,
quamdiu vixit, domi suao, post mortem totâ Sicilia clarus
et nobilis, in quo homine tantum animi fuit non solùm ut
istum libère Ucderet ( nam id quidem , quoniam moriendum
videbat, sine periculo se facere intelligebat); verùm, morte
propositâ , cùm lacrymans in carcere mater noctes diesque
1
assideret, defensionem causai sua 7 scripsil; quam nunc

1 A
En punition de quoi? Cedialo- Avec un congé,
gue est très-vif et très-varié. On aurait manqué même de
3
Le rival pn bassesseet en lâcheté, prétextes pour l'accuser.
z 0
Fut impliqué dans l'affaire des Les Siciliens parlaient grec,
7
capitaines de vaisseau. Son apologie.
DISCOURS COKTAE VEHKÈS. 249
nemo est in Sicilià quin haheal, quin légat, quin tui sceleris
et crudelitatis ex illâ oratione commonefiat. In qua docet
quot a eivitate sua nautas acceperit, quot et quanti quemque
dirniserit, quot secum habuerit; item de ceteris navjbus
dicit. Quae cùm apud te diceret, virgis oculi verberabantur.
Ille, morte propositâ, facile dolorem corporis patiebatur;
clamabat, id quod scriptum reliquit : Facinus esse iudignum,
1
plus impudicissimœ mulieris apud te de Cleomenis sainte
quàm de sud vità lacrymas matris valere.
Deindè etiam illud video esse dictum, quod, si rectè vos
populus romanus cognorit, non falsô ille jam in ipsa morte
de vobis prœdicavit : Non posse ï'errem, testes interfi-
ciendOjCrimina sua exstinguere; graviorem apud sapientes
7
judices se fore ab inferis testent quàm si vivus in judi-
ciumproduceretur ; tum avaritias solùm, si viveret; nunc,
cùm ita esset necatus, sceleris, audacix, crudelitatis te-
stent fore. Tam illa pracclara ; Non lestium modo catervas,
cùm tua res ageretur, sed a diis Manibus innocentium
3
Pœnas sceleratorumque Furias in tuum judicium esse
venturas; sese ideo leviorem casum suum fingere, quod jam
antè* aciem securium tuarum, Sestiique, tui carnificls ?

vultum et manum vidisset, càm in conventu ciaium roma-


norumjussu tuosecuri cives romani ferirentur. Ne multa,
judices, libertate, quam vos sociis dedistis, bac ille in acer-
r
bissimo supplicio miserrimsc servitutis abusus est \
ï S
Condemnat omnes de consilii sententia j tamen neque
iste in tantâ re, tôt hominum totque civium causa, P. Vet-
tium ad se arcessit, quœstorem suum, cujus consilio ute-
retur ; neque P. Gervium, talem virum ?, legatum, qui, quia
legatus isto pratore inSiciliâ fuit, primus ab isto judex re-
jectus est; sed de latronum, hoc est de comitum suorum
sententia condemnat omnes.
1
Les larmes de Nice en faveur * l i a usé pleinement de cette li-
de Cléomène, son mari. berté au milieu du supplice réservé
,J
Lui, Furius. aux plus vils esclaves.
1
Les Euménides, qui vengent 0
Verres les condamne tous de
l'innocence, et les Furies, qui pour- l'avis de son conseil.
suivent le crime. ' Homme trop vertueux el trop
4
Déjà, précédemment, j'ai vu le intègre pour être l'assesseur et le
tranchant... lorsque... juge d'un pareil monstre-
CICÉKOIS.

H i c cuncfi Siouii, fidelissimi atque antiquissiini soeii,


piurimis affectî benefîciis a majoribus nostris, graviter com-
moventur, et de suis periculis fortunisque omnibus pertîme-
scunt. (îlam clemenfiam mansuctudinemque nostri imperii in
tautam crudeiitatem inhumanitalemquu esse conversa m !
condemnari tôt homines, uno tempore, nullo criminel dc-
fensionem suorum furtorum practorem improbum ex indi-
gnissima morteinnocentium quœrere! Nihil addi jam videtur,
judices, ad banc improbitatem, amentiam, crudelitatemque
posse, et rectc nihil videtur; nam, si cum aliorum improbitate
ccrtet, longe omnes multùmque superabil.
Sed secum ipse ccrtat; id agit, ut semper superius suum
facinus novo scelere vincat. Phalargum Centuripinum dixe-
ram exccptum esse a Cleomene, quod in ejus quadriremi
Cleomenes vertus esset; tamen, quia pertimuerat adoleseens,
quod eamdemsuam causam videbat esse quàm illorum qui
innocentes peribant, ad hominem accedit Timarchides ; a
securi negat ei esse periculum; virgis ne cacderetur monet
1
ut caveat. Ne multa, ipsum dicere adolescentem audistis
se, ob hune virgarum metum, pecuniam Timarchidi nume-
rasse.
Lcvia sunt hacc in hoc reo crimina. Metum virgarum na»
2
varchus nobilissimac civitatis pretio redemit ; humanum ;
alius ne condemnaretur pecuniam dédit : usitatum est. Non
3
vult populus romanus obsoletis criminibus accusari Ver-
rem; nova postulat, inaudita desiderat; non de practore Si-
ciliac,sed de crudelissimo tyranno fieri judicium arbitratur.
Includunlur in carcerem condemnati; supplicium constî-
tuitur in illos ; sumitur demiserïs parentibus navarchorum ;
prohibentur adiré ad fdios ; prohibentur liberis suis cibum
vestitumque ferre. Patres hi quos videlis jacebant in limine;
matresque misera; pernoctabant ad ostium carceris, ab ex-
tremo complexu liberûm exclusse; quœ nihil aliud orabant
4
nisi ut filiorum extremum spiritum ore excipere sibi li-

Tour dicentem. * Uecueilïirlc dernier soupir dans


?
C'est tout simple, tout naturel. un baiser. Virgile, iv, 085, fait
Tacite *! dît de même : hnmamnn allusion à cet usage des anciens. •
est ros odfssr quos foscris. E^ctrenius si quis super halitus errât.
'* Vulgaires, communs. Ore Icgaro.
niSCOUKS COKTJΠv i a u i i s . 251
ceret. Aderat janitor carceris, carnifex prcetoris, mors ter-
rorque sociorum et civium, lictor Seslius ; cui ex onuiigemitu
doloreque certa merces comparabatur. Ut adeas, taniùm
dabis; utcibum tibi intrô ferre liceat, tantum- Nemo reçu-
sabat. Quid? ut uno ictn securis afferam mortem filio tuo,
quid dabis? ne diù crucietur? ne saepiùs feriatur? ne cum
sensu doloris aliquo aut cruciatu spiritus auferatur? Etiam
r
ob banc causam pccunia lictori dabatur .
O magnum atque intolerandum dolorem! o gravem aeer-
bamquc fortunam! non vitam tiberrtm, sed mortis celeri-
tatem pretio redimere cogebantur parentes. Atque ipsi etiam
adolescentes cum Sestio de eadem plagâ et de uno illo ictu
loquebantur ; idque postremum parentes suos liberi orabanl,
ut,levandi cruciatûs suigratiu, lictori pecuniadaretur. Multi
et graves dolores inventi parentibus et propinquis; multi :
verumtamen mors sit extrema. Non erit. Estne aliquid ul-
tra quo progredi crudelitas possit? reperietur. Nam, illo-
rum liberi cùm erunt securi percussi ac necati, corpora
ferisobjicientur. Hoc si luctuosum est parenti, redimat pre-
tio sepeliendi potestatem.
Onasum Segestanum, hominem nobilem, dicere audistis
se ob sepulturam Heraclii navarchi pecuniam Timarchidi
dinumerasse. Hoc (ne possis dicere : patres enim reniuni^
amissis film, zrati) vir primarius , homo nobilissimus,
dicit; neque de filio dicit. Jam hoc quis tum fuit Syracusis
quin audierit, quin sciât, lias per Timarchidem pactiones
sepulturao cum vivis etiam illis esse factas ? non palàm cum
Timarehide loquebantur? non omnes omnium pvopinqui
2
adhibebantur ? non palàm vivorum funera locabantur ?
Quibus rébus omnibus actis atque decisis, producuntur è
carcere, etdeligantur ad palum.
Quis tam fuit illo tempore durus et ferreus, quis fan?
inhumanus, praeter unum te, qui non illorum œtate, nobî-
litate, miseriâ commoveretur? Ecquis fuit quin lacryma-
retur? quin ita calamitatem putaret illorum, ut fortunam
tamen non alienam, periculum autem commune agi arbitra-

1
Ce passage est un des plus élo- nérailles; on achetait le droit d'en-
quents de Cicéron. sevelir. Que de subalternes sou-
1 1
On convenait du prix des fu- vent pire - aue leurs chefs
252 CECEBOJN.
retur? Feriuntur securi; Isclaris tu in omnium g e m i t u , c i
triumplias ; testes avaritiar* tuac garnies esse sublatos. Errabas,
Verres, et vebementer errabas eum te maculas furtorurn
et flagitiorumtuorum sociorum innocentium sanguine eluere.
arbitrabare ; prœceps amentia ferebare, qui te existimares
avaritia? vulnera crudelitatis remediis posse sanare. Etenim,
1
quanquàm illi sunt mortui sceleris tui testes, tamen eorum
propinqui neque tibi neque illis desunt; tamen ex illo ipso
numéro navarchorum aliqui vivunt et adsunt, quos, ut mihi
videtur, ab illorum innocentium pœnâ fortuna ad banc cau-
sam reservavit.
AdestPhilarchus Haluntinus, qui, quia cum Cleomene non
fugit, oppressusa prsedonibus et captus est; cui calamitas
saluti fuit; qui, nisi captus a piratis esset, in hune prado-
nem sociorum incidisset. Dicit is pro testimonio, de missione
nautarum, de famé, de Cleomenis fuga. Adest Centuripinus
Phalargus,in amplissimâ civitate, amplissimo loco natus.
Eadem dicit; null/i in rediscrepat.
Per deos immortales! judices, quo tandem animo sedetis?
aut quemadmodùm auditis ? TJtrùm ego desipio, et, plus
quam satis est, doleo in tantâ calamitate miseriâque socio-
rum? an vos quoque hic acerbissimus innocentium cruciatus
et niœror pari sensu doloris afiieit? Ego enim cùm Herbi-
2
tensem, cùm Ileracliensem securi esse percussum dico ,
3
versatur mihi ante oculos indignitas calamitatis.
Eorumne popuîorum cives, eorumneagrorum alumnos,
ex quibus maxima vis frumenti quotannis plebi romanaû,
illorum operis ac laboribus, quecritur, qui a parentibus, spe
4
nostri imperii nostraeque aequitatis, suscepti educatique
sunt, ad C . Verris nefariam immanitatem et ad ejus secu-
rem funestam esse servatos? Cùm mihi Tyndaritani illius
5
venit in m e n t e m , cùm Segestani, tum jura simul civi-
tatum atque officia considero. QuasurbesP. Africanus etiam
ornandas esse spoliis hostium arbitratus est, eas C . Verres
non solùm illis ornamentis, sed etiam viris nobilissimis ne-

'Quoiquecestémoinssoientmorls. terre, et le père le relevait [susci-


11
Eubulide et Furius. piebal), afin de montrer qu'il vou-
3
En le disant, je crois ïe voir. laîf le nourrir et l'élever.
4 s
Le nouveau-né était déposé à Sous-enL memoria.
DISCOURS C O N T R E V E R R E S . 253
fario scelere privavit. En quod Tyndaritani libentcr pracdi-
cent : Nos in septemdecim popidis Siciliœ noneramus;
nos semper, in omnibus punicis siciliensibusque bellis,
amicitiam fidemqw populi romani sectiti sumus; a nobis
omnia popido romano semper et belli adjumenta el pacis
ornamenta minUtrata sunt. Multum verô haec his jura pro-
fiteront in istius imperio ac potestate.
T
Vestros quondam nautas contra Carthaginem Scipio
durit; at nunc naves contra praedones paenc inanes Cleo-
menes ducit. Vobiscum Africanus hostium spolia et pracmia
laudis communicavit; atnunc per me spoliati, nave a prac-
donibus abductâ, ipsiin hostium numéro locoque ducemini.
Quid vero ? illa Segestanorum non solùm litteris tradita,
neque oommemorata verbis, sed multis officiis illorum usur-
pata et comprobatn cognatio*, quos tandem fructus hujusce
3
necessitudinis in istius imperio tulit? Nempè hoc fuit jure,
judices, ut ex sinu patris nobilissimus adolescens et c com-
plexu matris ereptus innoceus filius istius carnifici Sestio
dederetur. Cui civitati majores nostri maximos agros atque
optimos concesserunt, quam immunem esse voluerunt, haec
tanta apud te cognationis, fidelitatis, vetustatis auctoritate,
ne hoc quidem juris obtinuit, ut unius honestissimi atque
innocentissimi civis mortem et sanguinem deprecaretur.
Quo confugient socii? quem implorabunt? quâ spe deni-
què, ut vivere velint, tenebuntur, si vos eos deseritis? Ad
senatum devenient, qui de Verre supplicium sumat? non est
usitatum, non senatorium Ad populum romanum confu-
5
gient? facilis est causa populi; legem enim se sociorum
fi
causa jussisse, et vos ei legi custodes ac vindices praepo-
suisse dicet. Hic locus est igitur unus , quo perfugïant; hic
portus, hœc arx, hacc ara sociorum ; quo quidem nunc non
ita confugiunt ut anteà in suis repetendis rébus solebant;
non argentum , non aurum, non vestem, non mancipia ré-
pétant, non ornamenta, quae ex urbibus fanisque erepta

1
C'est Verres qui parle. deA'enue un besoin.
2
' Énée avait, disait-on, fonde 4
Les criminels sont justiciables
Ségeste avant de s'établir en Italie. des tribunaux et non du sénat.
( Enéide, v, 711-762.) b
L'excuse.
3
Amitié passée en habitude et t;
Vous, les juges.
254 CICEJtOlN
1
siuïl ; mf.uunt homines imperiti ne jam hsec populus ro-
manus concédât, et jam fieri velit. Palimur enim jam multos
annos, et silemus, cùm videamus ad paucos homines omnes
omnium nationum pecunias pervenisse; quod eo magis ferre
œqno animo atque concedere videmur, quia nemo istorum
dissimulât, nemo laborat, ut obscura sua cupiditas esse vi-
deatur.
In urbe nostrâ pul cher rima atque ornatissimS , quod si-
gnum , quse tabula picta est quac non ab hostibus victis
capta atque apportata sit? At istorum villa* sociorum fide-
lissimorum et plurimis et pulcherrimis spoliis ornatac refer-
tœque sunt. Ubi pecunias exterarum nationum esse arbi-
tramini, quibus nunc omnes egent,cùm Athenas,1?ergamum,
Cyzicum, Miletum, Chiuni, Samum, totam denique Àsiam,
Àchaiam, Grœciam, Siciliam jam in paucis vil lis inclusas
esse videatis? Sed hacc, ut dico, omnia jam socii vestri relin-
quunt et ncgligunt, judices. Ne publiée a populo romano
spoliarentur officiis ac fide providerunt; paucorum cupidi-
tati tum cùm obsistere non poterant, tamen sufficere aliquo
modo poterant. Nunc verô jam adempta est non modo resi-
stendi, verùm etiam suppeditandi facilitas, ttaque res suas
negligunt-, pecunias, quo nomine judicium hoc appellatur \
nonrepetunt, relinquunt et negligunt. Hoc jam ornatu ad
vos confugiunt : adspicite, adspicite, judices, squalorem sor-
desque sociorum.
Sthenius hic Thermitanus cùm hoc capillo atque veste,
domo sua totâ expilata, mentionem tuorum furtorum non
3
facit; sese ipsum abs te repetit; nihil ampliùs : totum
enim tuâlibidine et scelere ex sua patria ( in quâ multis vir-
tutibus et beneficiis floruit princeps) sustulisti. Dexio hic,
quem videtis, non quac publiée Tyndari, non quae privatlm
sibi crjpuisti, sed unicum miser abs te filium optimum atque
innocentissimum Ilagitat ; non ex litibus aestimatis tuis 4 pe-

i
Ces bonnes ^cns. 3
Corps et biens.
7
L'argent, d'où ce tribunal a pris * Des restitutions, des amendes
son nom, ils... (Tribunal de repe- auxquelles vous deviez être con-
tundis pccuniis, des concussions ). damné. On dit Illis (estimatio, la
l>e-\nni ce tribunal ils ne parlent fixation des dépens, les frais d'un
p;;s de concussion. procès
DJSUHiJUi COiyi'IiJ: \ Jii.lt ÈS. 25-3

cuniam, domum, sed ex tua calamitale cineri atque ossibus


filii sui solatium vult aliquod reporlarc. Hic tam grandis
naUr Eubulida l)oc tantum, exactâ ectate, laboris itinerîsque
suscepit non ut aliquid ex suis bonis recuperaret, sed ut.
quibus oculis cruentas cervices iilii sui viderat, iisdem te
condemuatum videret.
1
• Si per flleteiium licitum esset , judices, matres illo-
rum, uxores sororesque veniebant ; quarum una, cùm ego
ad tleracleam noctu accederem, cum omnibus matronis ejus
civitatis et cum multis facibus mihi obviàm venit; et ita, me
suam salutem appellans, te suum caruificem nominans, filii
nomen implorans, mihi ad pedes misera jacuit, quasi .ego
excitarçfilium ejus ab inferis possem. Faciebant hoc idem
in ceteris civitatibus grandes natu matres, et item par-
vuli liberi miserorum ; quorum utrorumque reins laborem et
industriam m eam , fidem et misericordiam vestram requi-
rebat.
Itaque ad me, judices , prêter ceteras banc querimoniam
Sicilia detulit. Lacrymis ego ad hoc, non gloria, iuduefus
accessi, ne falsa damnatio, ne carcer, ne catensc, ne ver -
bera, ne secures, ne cruciatus sociorum , ne sanguis inno-
centium, ne deniquè etiam exsanguium corpora mortuorum,
nemocror parentum ac propinquorum magistratibus nostris
quEestui posset esse. Hune ego si metum Sicilia?, damnatione
istius, per vestram fidem et severitatem dejecero, judices ..
satis officio meo, satis illorum voluntati qui a me hoc peti-
verunt factum esse arhitrabor.
Quapropter, si quem forte inveneris qui hoc navale cri-
men conetur defendere, is ita defendat : illa communia,
2
qusead causam nihil pertinent, practermittat : me culpnm
fortunée assignare, calamitatem crimini dare; me amissio-
nem classis objicere, cùm multi viri fortes in communi in-
rerloque periculo belli, et terra, et m a r i , saepè offenderint
3
Nullam tibi objicio fortunam : nihil est , quod ceterorum

!
Lucius Métellus, successeur de vous impute les fautes qu'on doit
Verres, empêcha les femmes sici- attribuer à ia fortune.
r
Hennés de veni à Rome comme •* II n'est pas besoin de rappeler..,
témoins h charge eonire lui. Voilà quelques passages qui appro-
1
Qu'il se dispense de dire que je client de l'éloquence de Démos-
256
res minus commode Restas proferas; nihil est, quôd mul-
toruin naufragia fortunée colligas. Rgo naves inanes fuisse
dico; rcmiges nautnsque dimissos; reliquos stîrpibus vjxisse
palmarum; pracfuisse classi populi romani Siculum; per-
petuô sociis atque amicis, Syracusanum; te illo tempore
ipso supcrioribusque diebus omnibus, in littore cum mulier-
culis perpotasse dico; harum rerum omnium auctorestestes-
que produco.
Num tibi insultare in calamitate, num intercludere per-
fugium fortunao, num casus bellicos exprobrare aut objicere
1
videor? tametsi soient hi fortunam sibi objici nolle qui se
fortunaî commiserunt, qui in ejus periculis sunt ac varietate
versati. Istius quidem calamitatis tuas fortuna particeps non
fuit. Homines enim in praeliis, non in conviviis, belli fortu-
nam tentare ac periclitari soient. Quôd si fortunam objici
Tibi non oportet, cur tu fortunée illorum innocentium veniam
ac locum non dedisti ?
Etiam illud praccidas licet, te, quôd supplicium more ma-
jorum sumpseris, securique percusseris, ideircô a me in
crimen et invidiam vocari. Non in supplicio crimen meum
2
vertitur; non ego securi nego quemquam feriri debere;
non ego metu ni ex re militari, non severitatem imperii, non
pœnam flagitii tolli dico oportere ; fateor non modo in so-
cios, sed etiam ija cives militesque nostros persœpè esse
severè ac vehementer vindicatum. Quare hacc quoque prae-
termittas licet.
Ego culpam non in navarchis, sed in te fuisse demonstro;
te pretio milites remigesque dimisisse arguo; hoc navarchi
reliqui dicunt; hoc Netinorum fœderata civitas publiée di-
cit; hoc Herbitenses, hoc Amestratini, hoc Ennenses, hoc
Agyrinenses, Tyndaritani, Locrenses publiée dicunt; tuus
3
denique testis, tuus imperator , luus hospes Cleomenes hoc
dicit, sese in terra m esse egressum, uti Pachyno , terrestri
prœsîdio, milites colligeret, quos in navibus collocaret; quod

thene, bien inférieure cependant citoyen romain fût frappé de la


à celle de saint Chrysostome. hache- La loi Sempronia ne l'en
1
Et encore, ils ne veulent même exemptait que dans Home. Le
pas... soldat sous les armes y était exposé.
7
L a loi Porcia défendait qu'un Général, ici amiral.
D I S C O U R S COTNTRE V E U l i r S . 257
certè non fecisset si suiim numerum naves haberent; ea est
enim ratio instructarum ornatarumque navium, ut non
modo plures, sed ne singuli quidem possint accedere.
Dico practereà illos ipsos reliquos nautas famé atque ino-
piâ rerum omnium confectos fuisse ac perditos. Dico aut
omnes extra culpam fuisse aut, si uni attribuenda culpa sit,
in eo maximam fuisse, qui optimam navem, plurimos nautas
haberet, summum imperium ohtineret; aut, si omnes in
culpft fuerint, non oportuisse Cleomenem constitui specta-
torem illorum mortis atque cruciatds. Dico etiam in illo
supplicio mercedem lacrymarum, mercedem vulneris atque
plagœ, mercedem funerîsac sepultura constitui nefas fuisse.
Quapropter, si mihi respondere voles, hacc dicito : eias-
sem instructam atque ornatam fuisse, nullum propugnato-
rem abfuisse, nullum vacuum transtrum fuisse, remigi rem
frumentariam esse suppeditatam, mentiri navarehos, men-
tiri tôt et tam graves civitates, mentiri etiam Siciliam totam;
proditum te esse a Cleomene, qui se dixerit exîsse in terram,
utPachyno deduceret milites; animum illis, non copias de-
fuisse; Cleomenem acerrimè pugnantem ab his relictum
esse atque desertum; nummum ob sepulturam datum ne-
mini : quae si dices, tenebere ; sin alia dices, quae a me
dicta sunt non refutabis.
Hic tu etiam dicere audebis : Est in judicibits ille fami-
Haris meus, est paternus amicus ille? Non, ut quisque*
maxime est quîcum tibi aliquid sit, ita tui hujuscemodi
criminis maxime eum pudet? Paternus amicus est! Ipse
pater si judicaret, per deos immortales! quid facere possot,
3
cùm tibi hacc diceret : « Tu in provinciâ populi romani
prœtor, cùm tibi maritimum bellum esset administrandum,
Mamerlinis ex fœdere quam deberent navem per triennium
remisisti; tibi apud eosdem privata navis oneraria maxima
publiée est aedificata. Tu a civitatibus pecunias classis no-
mine coegisti; tu prelio rémiges dimisisti. T u , cùm navis
esset a quaîstore et ab legatc' capta prœdonum, archipiratam

1
Vous serez pris et confondu * Plus on vous est uni, plus on
par les dépositions de tous; si vous a de honte,
J
dites autre chose, vous ne m'aurez Peut-être quin au lieu ûecùm.
pas répondu. ' Sous-ent. tuo.
2Ù8
ab omnium oculis remo\isti; lu, qui cives romani esse dice-
rentur, qui a multîs cognoscerentur. securi ferire potuisli,
1
tutuam domum piratas abducere, injudicium archipiratam
domo proàvcere ausus es! Tu in provincia tam splendidà,
apud socios fidelissimos, cives romanos bonestissimos,
in metu periculoque provincial, dies continuos complu-
res in littore conviviisque jacuisti ; te per eos dies nemo
domi tuae convenire, nemo in foro videre potuit; tu so-
ciorum atque amicorum ad ea couvivia matres (amilias
adbibuisti ; tu inter ejusmodi mulieres pnetexlaluin luuin
filium, nepotem meum, collocavisli, ut actati maxime
2
lubricsB atque incertre exempla ncquiliac parentis vita pr<e-
beret; tu, practor, in provincia, c u m lunieA pallioque pu
pureo visus es; tu propter aniorem libidinemque lu<in
imperium navium legato populi romani ademisti, Syracu-
sano tradidisti ; tui milites in provincia Sicilift frugibus fru-
mentoqne caruêre; tua luxuria atque avaritià classis populi
romani a praedonibus capta et incensa est.
« PostSyracusasconditas, quem inportum nunquàm hostie
necesserat, in eo, te praetore, primùm pirate navigaverunt.
Neque haectôttantaque dedecora dissiniulalione tua, neque
oblivione hominum ac tacilurnitate légère voluisti ; sed
otiam navium prrefectos, sine ulla causa , de complexu pa-
rentum suorum, hospitum tuorum,ad morletn cruciatumque
rapuisti; neque, in parentum Juctu atque Jacrymis, te moi
nominiscommemoratio mitigavit ; tibi hominum innocentium
sanguis non modo voluptati, sed etiam quaestui fuit. » Hacc si
tibi tuus parens diceret, posses ab eo veniani petere?pos-
ses ut tibi ignosceret postulare?

0R
II. Supplice de Gavins. (jN 61-67.)
3
Quid ego de P. Gavio,cosano municipe, dicam, judices?
aut quàvi vocis, quâ gravitât? verhorum, quo dolore animi

1 :>
Que tu laissais vivre, au lieu De Cosa, ville municipale dMv
de le livrer à la mort. trurir. S. Paul profila de son litre
2
Impressionnable, faible. d*> citoyen romain.
DISCOURS CONTNE VEBKÈS. 259

dicam ? tametsi dolor me non déficit, ni cèlera mihi in di-


cendo dignare, digna dolore meo suppelant, ma::is elabo-
randum est. Quod crimen ejusmodi est, ut, cùm primùm
ad me delatuni est, usurum me illo non putarem. Tametsi
enim verissimum esse intelligebam, tamen crodihile fore
nonarbitrabar. Coactus lacrymis omnium civium romanorum
qui in Sicilia negotianlur, adduclus Valentinorum, bominum
lionestissimorum, omniumque Rheginorum, niultorumque
-quitum romanorum, qui casu tum Messanac fuerunt, testi-
moiriis, dedi tantum priore actione tostïum \ res ut nemini
dubia esse posset.
Quid nunc agam ? cùm jam tôt horas de uno génère ac
de istius nefarià crudelitatedicam; cùm propè omnem vim
verborum ejusmodi, qua? scelere istius digna sunt, aliis in
rébus consumpserim, neque hoc providerim, ut varietate
criminum vos attentos tenerem, quemadmodum de tanta re
2
dicam ? Opinor, unus modus atque una ratio est. Rem in
medio ponam; quîo tantum habet ipsa gravitatis ut neque
mea, quao nulla est, neque cujusquam ad inflammandos
vestros animos eloquentia requiratur.
Gavius hic quem dico, Cosanus, cùm illo in numéro al)
isto in vincula conjectus esset, et nescio quâ ratione clam c
3
Latomiis profugisset, Messanamque venisset, qui propè jam
Italiam et mœnia Rheginorum videret, et ex illo metu mortis
actenebris, quasi luce libertatis et odore aliquo legum re-
creatus, revixisset, loqui Messanac cœpit, et queri se, civem
romanum, in vincula esse conjechim, sibi rectà iter esse R o -
main, Verri se praestô advenienti futurum
Is'on intelligebat miser nihil interesse utrùm hacc Messamr
an apud ipsum in practorio loquerotur. "Nam , ut antè vos do-
cui, hanc sibi isteurbem delegerat, quam haberet adjutricem
scelerum,furtorum receptricem, flagitiorum omnium sociam.
Ttaque ad magistratum mamertinuin statim deducitur fia-
vius: eoque ipso die casu Messanam venit Verres. Res ad

1
J'ai produit tan! de témoins, * T.alomies, carrières de pierre
r e
dans la ! 4ciion, C'est Icpréamhnle O.âac, T É ( J L V W ) , anciennes carrières
de fout le proeés conlre Verres. près de Syracuse, converties en pri -
1 n
Voil-' quatre û irait? r\ quetuues sons.
4
Pour l'accuser.
260 C1CEHON.

eum defertur : esse civem romanum, qui se Syracusis in L a -


tomiis fuisse quereretur ; quem, jam ingredientem navem, et
1
Verri nimis atrocitcr minitantem, a s e re tract uni esse et
asservatum, ut ipse in eum stalucret quod videretur.
Agit hominibus gratins, et eorum erga se benevolentiam
diligcntiamque collaudat. îpse inflammatusscelere et furore,
in forum venit* Ardebant oculi; loto ex ore crudelitas emi-
2
nebat . Exspectabant omnes quo tandem progressurus aut
quidnam acturus esset, cùm repente hominem proripi,
atque in foro medio nudari ac deligari, et virgas expediri
jubet. Clamabat ille miser se civem esse romanum, municipem
3
cosanum; meruisse se cum L . Pretio, splendidissimo équité
romano, qui Panormi negotiaretur, ex quo hacc Verres scire
posset. Tum iste se coniperisse ait eum speculandi causa in
Siciliam ab ducibus fugitivorum esse missum; cujus rei
neque index, neque vestigîiim aliquod, neque suspicio cui-
5
quam esset ulla. Deindè jubet undiquè hominem proripi
vehementissimèque verberari.
Cacdebatur virgis in medio foro Messanac civis romanus,
judices, cùm intereà nullus gemitus, nulla vox alia istius
miseri, inter dolorem crepitumque plagarum, audiebatur,
nisi hacc : CIVIS ROMANUS SUM. HÛC se commemoratione
civitatis omnia verbera depulsurum, cruciatumque a corpore
dejecturum arbitrabatur. Is non modo hoc non perfecit ut
virgarum vim deprecaretur, sed, cùm imploraret sacpiùs
usurparctque nomen civitatis, crux, crux, inquam , infelici
et aerumnoso, qui nunquàm istam potestatem viderat, corn-
parabatur.
0 nomen dulce libortatis ! o jus eximium nostrac civi-
6
tatis! o lex Porcia legesque Scmproniac ! o graviter deside-

1
Les Mamertins ou habitants de être tiré de prison et amené devant
Messine. te tribunal. Celui-ci sipniiie être
2
Plutôt emicabat, selon Quinti- saisi, empoigné. Le préteur, qui à
lien, L ix, ch. I I . Rome n'avait que deux licteurs,
3
II avait servi, porté les armes en avait six dans sa province.
(;
avec L . Prétius. Le tribun Porcius Lœca avait
4
Les chefs des esclaves révoltés porté, en 451, une loi qui défendait
et fugitifs dans l'insurrection de à tout magistrat de faire battre de
Spartacus. \ erges ou mettre à mort un citoyen
5
Le premier proripi signifiait romain : l'exil était leur unique
D I S C O U R S GOKTitË VERKËS. 261
rata et aliquando reddita plebi romanae tribunitia potestas* !
Hùccine tandem omnia reciderunt ut ci vis romanus, in pro-
vinciâ populi romani, in oppido fœderatorum, ab eo qui
beneficio populi romani fasces et secures haberet, deligalus
foro, virgis cacderetur? Quid? cùm ignés, ardentesque la-
a
mina; , ceterique cruciatus admovebantur, si te illius acerba
imploratio et vox miserabilis non inbibebat, ne civium qui-
dem romanorum, qui tum aderant, iletu et gemitu maximo
commovebare? In crucejn tu agere ausus es quemquam qui
se civem romanum esse diceret? Nolui tam vehementer
agere hoc prima actione, judices; nolui. Vidistis enim ut
animi multitudinis in istum dolore, et odio, et communis
periculi metu concitarentur. Statui egomet mihi tum modum
orationi meœ, et C . Numitorio, equiti romano, primo ho-
mini, testimeo; et Glabrionem, id quod sapientissimèfecit,
facere lartatus sum ut repente, consilio in medio, testem
3
dimitteret . Etenim verebatur ne populus romanus ab isto
eas pœnas vi repetîsse videretur quas veritus esset ne iste
legibus et vestro judicio non esset persoluturus.
Nunc, quoniam jam exploratum est omnibus quo loco
causa tua sit et quid de te futuram sit, sic tecum agam.
Gavium istum, quem repentinum speculatorem fuisse dïcis,
ostendam in Latomias Syracusis a te esse conjectum ; neque
id solùm ex litteris ostendam Syracusanorum, ne possis
dicere me, quia sit aliquis in litteris Gavius4, hoc fingere et
eligerenomen, ut hune illum esse possim dicere; sed secun-
dùm arbitrium tuum testes dabo, qui istum ipsum Syracusis
abs te in Latomias conjectum esse dicant. Producam etiam
Cosanos, municipes illius ac necessarios, qui te nunc sera
doceant, judices non sero, illum P. Gavium, quem tu in
2
peine. C . Sempronius Gracchus, en Des lames de fer rouges, qu'on
630 (123 avant J . - C ) , décréta que appliquait à la plante des pieds et
le peuple seul pouvait porter la sur les flancs des accusés, pour
peine de mort. leur faire avouer leur crime.
1 3
En 672 Sylla ne laissa aux tri- Numilorius, à qui le préteur
buns que le droit d'opposition, leur Glabrion ne permit pas d'achever
ôta le droit d'appel, le pouvoir de sa déposition,
4
convoquer le pruple et de porter Parce qu'il y a un Gavius sur
des lois. En 683 Pompée, pour plaire les registres... Vous ne voudriez
au peuple, rétablit les tribuns dans pas abuser à ce point de la crédu-
toutes leurs prérogatives. Ulé du public.
202 CICERON.

crucein egisti, civem romanum et municipem cosanum, non


speculatoreni fugitivorum fuisse.
1
Cùm hacc omnia quac polliceor cumulatè tuis proximis
plana fecero, tum istuc ipsum tenebo quod abs te mihi
datur; eo contentum me esse dicam. Quid enim nuper tu
ipse, cùm populi romani clamore atque impetu perturbalus
exsiluisti, quid,inquam, locutus es? illum, quôd moram sup-
plicio quacreret, ideo clamilâssc se esse civem romanum;
sed speculatoreni fuisse. Jam mei testes veri sunt. Quid
enim dicit aliud C . Numitorius? quid M . et P . Cottii, no-
bilissimihomines, ex agro tauronienitano? Q. Lucceins, qui
argentariam Rhegii maximum fecit? quid céleri? Adhuc
enim testes ex eo génère a me suut dati, non qui novisse
Gavium, sed qui se vidisse dicerent, c ù m i s , qui se civem
romanum esse clamaret, in crucein ageretur. Hoc tu, Verres,
idem dicis; hoc tu conOteris, illum clamitasse se civem esse
romanum; apud te nomen civitatis ne tantùm quidem
valuisse, ut dubilationem aliquam, ut crudelissimî teterri-
mique supplicii aliquam parvam moram saltem posset af-
ferre.
Hoc teneo, hic hacreo, judices; hoc sum contentas uno;
2
omitto ac negligo cetera; sua confessione induatur aeju-
guletur necesse est. Qui esset ignorabas? speculatorem esse
suspicabare? non quacro quâ suspicione; tua te accusoora-
iione. Civem romanum se esse dicebat. Si tu apudPersas aut
in extremâ Indiâ deprehensus, Verres , ad suppliciuni duce-
rere, quid aliud ciamitares nisi le civem esse romanum?
Et si tibi ignoto apud ignotos, apud barbaros, apud homines
in extremis atque ultiinis gentibus positos, nobile et illustre
apud omnes nomen tuae civitatis profuisset, ille, quisquis
erat, quem tu in crucem rapiebas, qui tibi esset ignotus,
cùm, civem se romanum esse diceret, apud te praetorem, si
non effugium, ne moram quidem mortis mentione atque
3
usurpatione civitatisassequi potuit?
Moraines tenues, obscuroloco nati, navigant; adeunt ad
ea loca quse nunquàm anteà viderunt, ubi neque noti esse

1 2
Ceux qui sont ASSIS près de vous; Enveloppé comme une béte fe-
advovnli, qui s'ajoutaient au pa- roce dans un lilet.
tronus. Invocation, emploi-
DISCOl'ElS COINTItK V K R R K S . 263

iis quo venerunt, neque semper cum cogniloribus esse pos-


1
sunt. Uàc una tamen iiducià civitatis , non modo apud no-
stros magistratus, quiet legum et existimationispericulocon-
tinentur, neque apud cives solùm romanos, qui et sermonis,
etjuris, et multarum rerum societate juncti sunt, fore se
tutos arbitrantur; sed, quocumquè venerint, banc sibi rem
praesidio sperant futuram.
Toile banc spem, toile hoc praesidium civibus romanis;
constitue nihil esse opis in bac voce : C i v i s ROMANUS SUM;
posse impunè practorem, aut alium quemlibet, supplicium,
quod velit, in eum constituera qui se civem romanum esse
dicat, quod quis ignoret*; jam omnes provincias, jam
omnia régna, jam omnes libéras civitates, jam omnem or-
bem terrarum, qui semper nostris nominibus maxime pa-
tuit, civibus romanis istft defensione praecluseris. Quid? si
L . Pretium , equitem romanum, qui tum in Siciliâ negotia-
batur, nominabat, etiamne id magnum fuit, Panormum
litteras mittere? asservassc hominem? custodiis Mamertino-
rum vinctum, clausum habuisse dum Panormo Pretius ve-
niret? Cognosccret hommem, aliquid de summo supplicio
remitteres; si ignoraret, tum, si ita tibi videretur, hoc juris
in omnes constitueres, ut qui neque tibi notus esset, neque
cognitorem locupletem daret, quamvis civis romanus esset,
in crucem lolleretur.
Sed quid ego plura de Gavio? quasi tu Gavio tum fueris
infestas, ac non nomini, generi, juri civium hostis ; non illi,
inquam, homini, sed causse communi libertatis inimicus
fuisti. Quid enim attinuit, cùm Mamertini, more atque
instituto suo, crucem Gxissent post urbem, in via Pompeiâ,
tejubere in eâ parte figere quae ad fretum spectaret, et hoc
addere (quod negnre nullo modo potes, quod omnibus au-
dientibusdixisii palàm), te ideircô illum locum deligere ut
ille qui se civem romanum esse diceret ex cruce Italiam
cernere ac domum suam prospicere posset? Itaque illa crux
sola, judices, post conditam Messnnam, illo in loco fixa est.
Italien conspectus ad eam rem ab isto delectus est, ut ille,
in dolore cruciatuque morietis, perangusto fretu divisa ser-

1 2
Titre de citoyen, confiance Parce qu'il n'y a personne qui
qu'il inspire. ie connaisse.
26-1 CICÉRON.

vitutis aclibertatis jura cognosceret; Italia autem alumnum


suum servitutis extremo summoque supplicio aflixum vi-
der et.
Facinus est vinciri civem romanum; scelus, verberari;
1
propè parricidium, necari : quid dicam in crucem tollere ?
Verbo satis digno tam nefaria res appellari nullo modo po-
test. Non fuit bis omnibus iste contentus. Spectet, inquit,
patrinm; in conspectu legum libertatisque moriatur. Non tu
hoc loco Gavium, nonunum hominem, nescio quem, civem
romanum, sed communem lihertatis et civitatis causam in
illum cruciatum et crucem egisti, Jam vero videte hominis
audaciam. Nonne eum graviter tulisse arbitramini quôd
illam civibus romanis crucem non posset in foro, non in
comitio, non in rostris defigere? Quod enim his locis in
provincia suâ, celebritate simillimum, regione proximum,
potuit, elegit. Monumentum sceleris audaciaeque suac vo-
luit esse in conspectu ltaliae, vestibulo Siciliac, practerve-
?
ctione - omnium qui ultro citroquc navigarent.
Si hacc non ad cives romanos, non ad aliquos amicos no-
strac civitatis, non ad eos qui populi romani nomen audîssent,
denique si non ad homines, verùm ad bestias, aut etiam, ut
longiùs progrediar, si in aliqua desertissimâ solitudine ad
saxa et ad scopulos hacc conqueri et deplorare vellem, tamen
omnia muta atque inanima tantâ et tam indigna rerum atro-
3
citate commoverentur . Num vero cùm loquar apud sena-
tores populi romani, legum, judiciorumque et juris auctores^,
timere non debeo ne non unus iste civis romanus illa cruce
5
dignus , ceteri omnes simili periculo indignissimi judicen-
tur.
Paulo antè , judices, lacrymas in morte misera atque indi-
gnissimâ navarchorum non tenebamus, etrectc ac.meritô socio-
rum innocentium miseriaconimovebamur; quid nuncinnostro
sanguine tandem facere debemus? Nam civium romanorum

1
L a gradation est ici fort re- 1
Les gardiens, les protecteurs de
marquable. la justice.
2
Sur le passage. 5
Seul, parmi les citoyens ro-
3
Cette exagération est de trop. mains, Verres sera trouvé digne de
Boileau a dît : cette croix, sur laquelle on verrai!
Qui ne sait j.e hnrni" ne y\\t jnmais écrire. avec horreur tout autre que lui.
POUR A R C H I A S . 265
sanguis conjunctus existimandus est, quoniam id et salutis
1
omnium ratio et veritas postulat. Omnes hoc loco cives
romani, et qui adsunt, et qui ubicumque sunt, vestram sevc-
ritatem desiderant, vestram fidem implorant, vestrum auxi-
lium requirunt; omnia sua jura, commoda, auxilia, totam
deniquè libertatem in vestris sententiis versari arbitrantur.

POUR A.RGHRS.

Plaidoyer pour le poëte Aulus Licinius Archias.

Archias, poète grec, natif d'Antioche, vint à Rome à Page rie dix-
sept ans. Plus tard ii obtint, par l'entremise de Lucullus, Je droit de
cité â Hcraclée, ville de Lucanie. En 665 la loi Plantia Papirla donna
droit de cité romaine à tous ceux qui, inscrits comme citoyens dans
une des villes alliées et domiciliés en Italie, feraient avant soixante jours
leur déclaration au prêteur. Archias se mit en règle et prit le nom de
Licinius.
Cependant, environ huit ans après, en vertu de la loi Papia, qui
bannissait de Rome les étrangers se donnant pour citoyens , un certain
Gratius ou Gracchus intenta procès au poëte Archias. Celui-ci, en effet,
n'avait pas élé compris dans les recensements comme citoyen; il ne
pouvait pas non plus justifier de son titre de citoyen d'Héraelée, parce
que les registres de cette ville avaient été brûlés. Cicéron entreprit sa
défense, et l'on ne sait pas s'il a réussi. On était en 602 de Rome.
Cicéron avait quarante-six ans.

2
Si quid est in me ingenii , judices, quod sentio quàm sit
exiguum-, aut si qua exercitatio dicendi,
In quâ me non inficior mediocriter esse
3
Versatum !

aut si hujuscerei ratio aliqua, ab optimarum artium studiis


ac disciplina profecta, a quà ego nullum confiteoractatis mea*

1
En cette circonstance, dans le talent naturel, l'expérience et l'art;
supplice de Gavius. <pù<7iç, £|nrstpLa teyyn.
?
3 3
Ingenium, exercitatio, ratio, le Vers de Cicéron.
T. I. 12
266 01CEB0JV.

tempus ahhomiissc; earum rerum omnium vel in primis hic


1
A . Liciniiih fructuma me repetere propè suo jure débet. Nam
quoad longissimc potest mens mearespicere spatium practe-
riti teinporis et pueritirc memoriam recordari ultimam,imlè
usquè repetens, hune video mihipriucipem etadsuscipiendam
2
et ad ingrediendam rationem horum studiorum exstitisse.
Quôd si banc vox, hujus hortatu prœceptisque conformata,
nonnullis aliquando saluti fuit, a quo id accepimus quo ce-
teris opitulari et alios servare possemus, huic profectô ipsi,
quantum est si tum in nobis, et opem et salutem ferre de-
bemus.
A c ne quis a nobis hoc ita diei forte miretur, quôd alia
quaedam in hoc facultas sit ingenii, neque hacc dicendi ratio
aut disciplina; ne nos quidem huic uni studio penitùs un-
quàm dediti fuinius. Etenini omnes artes quse ad humani-
3
tatem pertinent babent quoddam commune vinculum, et
quasi cognalione quâdam inter se continentur.
Sed, ne cui veslrûm mirum esse videatur me in quacstione
1
légitima * et in judicio publico, quum res agatur apud prœ-
torem populi romani, lectissimum virum, et apud severissimos
judices, tanto conventu hominum ac frequentiâ, hoc uti gé-
nère dicendi quod non modo a consuetudine judiciorum ,
5
verùm etiam a forensi sermone abhorreat, quaeso a vobis
ut in hâc causa mihi detis banc veuiam, accommodatam
huic reo, vobis, quemadmodùm spero, non molestam ; uf
me, pro summo poeta atque eruditissimo hominedicentem.
hoc concursn hominum litteratissimorum, hâc vestra huma-
6
nitate, hoc denique praetore exercente judicium , patiamini
de studiis humanitatis aclitterarum paulo loqui liberiùs, et
in ejusmodi personâ, quae, propter otium ac studium, mi-
nime in judiciis periculisquetractata est, uti propè novo quo
dam etinusitato génère dicendi.
Quod si mihi a vobis tri h ni concedique sentiam, perficiam
profectô ut hune A. Tiicinium non modo non segregandum,
1 6
Cicéron aurait eu pour maître Dans une question de droit,
Archias, qu'il nomme ici Licinius légale.
f
à dessein. > Style du barreau.
3 fi
Carrière. Q. Cicéron, frère de l'orateur,
a
A la culture de l'esprit, à la était lui-même un potite épique et
science des lettres. tragique.
POUH AllCUlAS.

quum sit civis, a numéro civium, verùm etiam, si non esset,


putetis adsciscendum fuisse.
Nam ut primùm ex pueris excessit Archias, atque ab ii?
artibus quibus setaspuerilis ad humanitatem informari solet,
se ad scribendi studium contulit ; primùm Àntiochise (nam
ibi nalus est, loco nobili, celebri quondam urbe et copiosâ,
atque cruditissimis hominibus liberalissimisquo studiis af-
fluenti), ccieriterei antecellere omnibus ingenii gloria con-
tint. Post in ceteris Àsiac partibus cunct&que G r a c i a sic ejus
adventus celebrabatur ut famam ingenii exspectatio homi-
nis, exspeclationem ipsius adventus admiratioque superaret.
Erat Italia tune plena gneenrum artium ac disciplinarum;
studiaque hajc et in Latio vehemenliïis tum colebantur quàm
nunc iisdem in oppidis, et hic Komœ, propter tranquiilitatem
reipublicœ, non negligebantur. Itaque* hune et Tarentini, et
1
Rhegini, et Neapolitaui civitate ceterisque pracmiis domi-
nait; et omnes qui aliquid de ingeniis poterant judicare co-
gnitione atque hospitio dignum exîstimârunt. Hàc tanta ce-
lebri tate famac quum esset jam absentibus notus, Romam
venir, Mario consule et Catulo. Nactus est primùm consules
eos, quorum alter res ad scrihendum maximas, alter quum
res gestas, tum etiam studium atque aures adbibere posset*
i
Statim Luculli, quum praotextatus etiam tum Archias esset,
eum domum suam receperunt. Sed etiam hoc non solùm in-
genii ac litterarum , verùm etiam naturae atque virtutis, u!
domus quae hujus adolescentiac prima fuerit, eadem esset fa-
miiiarissima senectuti.
Erat temporibus illis jucundus Q. Metello illi JNumidico
et ejus Pio filio ; audiebatur à M . ^ùuili 4; vivebat cum
Q. Catulo, et pâtre, etiilio'°; a L . Crasso colebatur ; Lueuiios
verô et Drusum, etOctavios, et Catonem, et totam Hort-n-
siorum domum devinctam consuetudine quum teneret, at/ï-
ciebatur summo honore, quod eum non solùm colebant qur

1 Ces cités ne furent déclarées • M. Fmilius Scaurus, prince du


villes municipales qu'après la guevre sénai, célèbre par son éloquence et
sociale. par ses exploits. "Voy. Salluste,
2
Pouvait fournir à Archias. Jugurtha.

Encore revêtu de la robe prêtes le; b
Le pèivétnil collègue deMarius.
n'ayant pas dix-sept ans. le fils partisan de Sylla.
CICBSON.

aliquiu percipere atque audire studehaut, verùm etiam si


qui forte simulabant.
Intérim satîs longo intcrvalio ,'quum esset cum L . Lucullo
in Siciliam' profectus, et quum ex eâ provincia cum eodem
2
Lucullo deccderet, venitHeracleam . Quac quum esset civitas
5
aequissimo jure ac fœdere, adscribi se in eam civitatcm vo-
luit; idque, quum ipse per se dignus putaretur, tum aucto-
ritate et gratia Luculli ab Ileracleensibus impetravit. Data
est civitas Silvani lege et Carbonis : si QUI FGEDERATTS C I -
V Ï T À T Ï B U S ADSCBTPTI F U I S S E N T ; S I TUM Q U U M L E X F E R E -
TiATUR I N I T A L 7 A D O M I C I L I U M H A B U I S S E N T ; E T ST S E X A -
G1INTA D I E B U S A P U D P R Œ T O R E M E S S E N T P R O F E S S I . Q u U U ï
hic domicilium Romae multos jam annos haberet, professus
est apud practorem Q. Metellum, familiarissimum s u u m .
Si nihil aliud, nisi decivitate ac lege, dicimus, nihil dico
ampliùs : causa dicta est. Quid enim horum iniirmari, Grati,
potest? Heracleaoneesse tum adscriptum negabis? Adestvir
summa auctoritate, et religione, et fïde, M . Lucullus, qui se
non opinari, sed scire ; non audivisse, sed vidisse ; non inter-
fuisse, sed egisse dicit. Adsunt Heracleenses legati, nobilîs-
simi homines; hujus judicii causa cum mandatis et c u m
publico testimonio venerunt; qui hune adscriptum Hera-
cleensem dicunt.
Hic tu tabulas desideras Heracleensium publicas, quas îta-
lico bello, incenso tabulario, interîsse scimus omnes. Est ri-
1
diculum ad ea quac habemus nihil dicere, quserere qua
habere non possumus ; et de hominum memoria tacere, litte-
rarum memoriam flagitare ; et, quum babeas amplissimi viri
religionem,integerrimimunicipiijusjurandum fidemque, ea,
quac depravari nullo modo possunt, repudiare; tabulas, quas
idem dicis solere corrumpi, desiderare,
At domicilium Romae non habuit is qui, tôt annis ante ci-
vitateni datam, sedem omnium rerum ac fortunarum suarum
Romae collocavit? Atnon est professus. Imô vero iis tabulis*

1
Peut-être Ciliciam. lus se rendit maître dans la guerre
2
Dans la Calabre, prèsdeMéta- contre Mithridate.
3
ponte, sur la côte de la mer Ionien- Très-juste, très-avantageux,
4
ne, à moins que ce ne soit Héraclée Les registres du préteur Q . Mé-
du Pont, ou Eribolum, dont Lucui- tellus.
POUB A K C R I A S . 269
professus quae solacex illa professione collegioque praetoruiri
obtinent publicarum tabularum auctoritatem.
Nam quum Appii tabulée negligentiùs asservatae dice-
rentur, Gabinii, quamdiù incoiumis fuit, levitas, post da-
mnationem calamitas omnem tabularum fidem resignasset,
1
Metellus , homo sanctissimus modestissimusque omnium ,
tanta diligentiâ fuit ut ad L . Lentulum practorem et ad ju-
2
dices venerit et unius nominis liturâ se commotum esse
dixerit. His igitur tabulis nullarn lituram in nomen A . Lici-
nii videtis.
Quae quum ita sint, quid est quod deejus civitate dubitetis,
praeserthn quum aliis quoque in civitatibus fuerit adscriptus?
Etenim, quum mediocribus multis et aut nullû aut humili
3
aliquâ arte praeditis gratuitô civitatem in Graeciâ hommes
impertiebantur, Rheginos, credo, aut Locrenses, aut Nea-
politanos, aut ïarentinos, quod scenicis artilicibus* largiri
solebant, id huic, sum ma ingenii praedito gloriû, noluisse!
Quid? quum ceteri, non modo post civitatem datam, sed etiam
post legem Papiam, aliquo modo in eorum municipiorum
5
tabulas irrepserint , hic, 'qui ne utitur quidem illis in qui-
bus est scriptus, quod semper se Heracleensem esse voluit,.
rejicictur ?
6
Census nostros requiris scilicet. Est enim obscurum ,
proximis censoribus, hune cum clarissimo imperatore L . L u -
cullo apud exercitum fuisse; superioribus, cum eodem quae-
store fuisse in Asiâ ; primis, Julio et Grasso, nullarn populi
partem esse censam! Sed, quoniam census non jus civita-
tis confirmât, ac tantummodo indicat eum qui sit census
ita se jam tum gessisse pro cive; iis temporibus, quae tu
criminaris, ne ipsius quidem judicio eum in civium ro-
manorum jure esse versatum , et testamentum sœpè fecit
nostris legibus , et adiit hereditates civium romanorum, et
7
in beneficiis ad anrarium delatus est a L . Luculio prœtore
et consule.

1
Le plus intègre. s
• S'y sont glissés, fait inscrire
2
De ce qu'un nom était rayé. furtivement.
3
Dans la (Grande Grèce, qui se fi
Les rôles de recensement.
composait de tout le midi de l'italïe. 7
II a été inscrit sur la liste des
4
A des acieurs. gens bien méritants et auxquels on
CiCKltOJV.

Quatre argumenta, si qua potes; nunquàm enim hic neque


suo neque amicoruiu judicio revincetur. Quacres n nobis,
G r u l u c u r lanloperc hoc homine delectemur. Quia suppe-
ditat nobis , ubi et animus ex hoc forensî strepilti reficiatur,
et aures convicio defessœ conquîescant. An tu existimas,
aut suppetere nobis posse quod quotidiè dicamus, in tantâ
varietale remin, nisi animos nostros doctrinâ excolamus ; aut
fVrre animos tan tam posse conteutionem, nisi eos doctrinâ
^étdem retaxemus? Ego vero faleor me his studiis esse de-
ditum. Ceteros pudeat, si qui ita se litteris abdidcrunt ut
'tibil possint ex bis neque ad communem afferre fructum ,
ieque in adspectum lucemque proferre. Me autem quid pu-
«eat, qui toi annos ita vivo , judices, ut ab nuilius unquàm
1
me tempore aut commodo autotium meum abstraxerit, aut
voluptas avocânt, autdeniquè somnusretardant? Quarequis
tandem me reprehendat aut quis mihi jure succenseat, si ,
quantum ceteris ad suas res obeundas, quantum ad l'es Los
dies ludorum celebrandos, quantum ad alias voluptates et ad
ipsam requiem animi et corporisconceditur temporum ; quan-
2
tum alii tribuunt tempestivis conviviis ; quantum deniquc
aleœ, quantum pilai, tantum mihi egomet ad hacc studia re-
colenda sumpsero ? Atque hoc adeô mihi concedendum est
magis quod ex his studiis hœc quoque censetur oratio etfa-
cultas; quae, quantacumque in me, nunquàm amicorum pe-
riculis defuit. Quae si cui levior videtur, illa quidem certè
quœ suinma sunt ex quo fonte hauriam sentio.
3
Nam, nisi multorum prœceptis multisque litteris mihi
ab adolescentiâ suasissem nihil esse in vita magnopere
expetendum nisi laudem atque honestatem 4, in eâ autem
persequendà omnes cruciatus corporis, omnia pericula mor-
tis atque exilii parvi esse ducenda, nunquàm me pro saluîe.
6
vestn\ in tôt ac tantas dimicationes aique in hos profliga-
torum hominum quotidianos impetus objecissem. Sed pleni

;i
peut accorder des honneurs et des Les préceptes des philosophes et
distinctions. ies écrits des savants.
' Km barras, hesoin, circonstance. * Y o y . p, 275 : Trahimur omnes
' Pris de jour et avant trois ou laudis studio, etc.
quatre heures du soir. Pris quand :i
Les luttes contre Catilina et ses
on en a envie. partisans.
T
POUR AKC1I. AS.

omnes sunt libri, pieuse Siipienlium voces, plena exemplo-


rum vetustas; quac jaccrent in tenebris omnia, nisi iittera-
rum lumen accederet. Quàm multns nobis imagines non
solùm ad intuendum, verùm eliam ad imitaudum , fortissi-
morum virorum expressas scriptores et gnoci et latini re-
ligueront I Quas ego mihi sein per in adminislrandâ republicâ
proponens, animum et inentem meam ipsâ cogitatione ho-
minum excellentium conforniabani.
Quacret quispiam : quid? illi ipsi summi viri quorum vir-
tûtes litteris proditac sunt istâne doctrinâ quam lu laudibus
effers eruditi fuerunt? Difficile est hoc de omnibus confir-
mare; sed tamen est certum quid respondeam. Ego multos
homines excellent animo ac virtute fuisse, et sine doctrinA,
naturâ? ipsius babilu propè divino, per seipsoset moderatos
et graves exstitisse fateov. fttiam illud adjungo, saepiùs ad
lauciem atque virtutem naiurain sine doctrinâ quàm sine
naturâ valuisse doctrinam. Atque idem ego contendo, quum
ad naturam eximiam atqueilluslrem accesserit ratio quacdam
conformatioque doctrinse, tum iiiud nescio quid pracclarum
ac singulare solere exsistere. Ex hoc esse hune numéro,
1
quem patresnostri viderunt, divinum hominem Africanum ,
ex hoc C . Laelium, L . Furium, modei'criissimos homines et
continenfcissimos ; ex hoc fortissimum virum et illis tempo»
ribus doctissimum M . Catoncm \\\um sencin ; qui profectô.
si nihil ad percipiendani colendamque virtutem litteris adju-
varentur, nunquàm se ad caruni studium contulisseut.
Quod si non hic tanlus fruclus osteuderetur, et si ex his
studiis deleclatio sola peterelur, tamen, ut opinor, banc
animi adversioncm * humanissimam ac liberalissimam judi-
carelis. Nam cetera neque temporum sunt, neque aslatum
omnium, neque locorum ; hacc studia adolescentiam alunt,
senectutem oblectant, secundas res ornant, adversis perfu-
gium ac solatium prabenl ; délectant domi, non impediunt
3
foris, pernoctaut nobiscum , peregnnantur, rusticantur .

1
Scipion l'Africain, le Jeune, fils - On lil ms&\rcm?8$innnn. Délas-
de Paul-Émile et destructeur de sèment, ilislrartion.
"Carlhage. — LtTlius, ami de Scipîon. s f>»,-i c»j,t surlnii! vr.'ii de:= leHrei-
—- Furius, consul, orateur, poëtp. chrétiennes, qui seules satisfont
— Caton lr Censeur. pleinement notre esprit.
272 CICERON.

Quod si ipsi hacc neque attingere neque sensu nostro gu-


stare possemus, tamen eamirari deberemus, etiam quum in
aliis videremus.
Quis nostrûm tam animo agresti ac duro fuit ut Roscii
morte' nuper non commoveretur? Qui cùm esset senex
mortuus, tamen propter excellentem artem ac venustatem
videbatur omninô mori non debuisse. Ergo ille corporis
motu tantum amorem sibi conciliârat a nobis omnibus ; nos
animorum incredibiles motus ceîeritatemque ingeniorum
negligemus? Quoties ego hune Archiam vidi, judices (utar
2
enim vestrâbenignitate, quoniam me in hoc novo génère di-
cendi tam diligenter attenditis), quoties ego hune vidi, quum
litteram scripsisset nullarn, magnum numerum optimorum
versuum de his ipsis rébus quae tum agerentur dicere ex
3
tempore ? quoties revocatum4 eamdem rem dicere, com-
mutatis verbis atque sententiis ? Quae vero accuratè cogita-
tèque scripsisset, ea sic vidi probari ut ad veterum scri-
ptorum laudem pervenirent. Hune ego non diligam? non
admirer? non omni ratione defendendum putem?
Atqui sic a summis hominibus eruditissimisque accepi-
mus ceterarum rerum studia et doctrinâ et praeceptis et arte
constare; poetam natura ipsâ valere, et mentis viribus ex-
citari, et quasi divino quodam spiritu inflari. Quare suo
5
jurenoster ille Ennius sanctos appellat poetas , quod quasi
deorum aliquo dono atque munere commendati nobis esse
videantur.
Sit igitur, judices, sanctum apud vos, humanissimos ho-
mines, hoc poetae nomen, quodnulla unquàm barbaria vio-
lavit. Saxa et solitudines voci respondent ; bestiœ saepè im-
manes cantu flectuntur atque consistunt ; nos, instituti rébus
optimis,non poetarum voce moveamur? Homerum Colo-
phonii civem esse dicuntsuum, Chii suum vindicant, Sala-
minii repetunt, Smyniaci verô suum esse confirmant : itaque

4
Roscius, célèbre acteur tragique Invité à recommencer.
et comique, habile pantomime. 5
At sacri vatrs et divum cura vocamur ;
2
Genre inusité au barreau. Sunt etiaro qui DOS nuincn habere patent.
J
Improviser. (OVIDE.)
POUR ARCHIÀS. 273
1
etiam delubrum ejus in oppido dedicaverunt ; permulti alii
praeterea pugnant inter se atque contendunt.
Ergo illi alienum, quia poeta fuit, post mortem etiam ex-
petunt; nos lumcvivum , qui et voluntate et legibus noster
est, repudiabimus ? Praeserthn quum omne olîm sludium
atque omne ingenium contulerit Archias ad populi romani
gloriam laudenique celebrandam ? Nam et cimbricas res ado-
lescens attigit, et ipsi illi C . Mario, qui durior ad haec studia
videbatur, jucundus fuit. Neque enim quisquam est tam
aversus a'M.usis qui non mandari versibus seternum suorum
laborum facile pracconium patialur. Tbemistoclem illum,
summum Athenis virum, dixisse aiunt, quum ex eo quaere-
?
retur quod acroama aut cujus vocem libentîssimè audiret :
(( Ejus a quo sua virtus optirnc pracdicaretur. » Itaque ille
3
Marius item eximiè L . P l o t i u m dilexit, cujus ingenio pu-
tabat ea quac gesserat posse celebrari.
Mithridaticum verô bellum, magnum atque difficile et in
multa varietate terra marique versatum, totum ab hoc ex -
pressum est; qui libri non modo L . Lucullum, fortissimum
et clarissimum virum, verùm etiam populi romani nomen il-
lustrant. Populus enim romanus aperuit, Lucullo imperante,
Pontum, et regiis quondam opibus et ipsâ naturâ regionis
vallatum ; populi romani exercitus, eodem duce, non maximâ
manu innumerabiles Armeniorum copias fudit; populi ro-
mani laus est urbem amicissimam Cyzicenorum ejusdem
consilio ex omniimpetu regio ac totius belli ore-'i ac faucibus
ereptam esse atque servatam ; nostra semper feretur et prae-
dicabitur, L . Lucullo dimicante, cum interfectis ducibus de-
pressa hostium classis, et incredibilis apud Tenedum pugna
illa navalis; nostra sunt tropaea, nostra monumenta, nostri
triumpbi. Quare, quorum ingeniis haec feruntur, ab iis po-
puli romani fama celebratur.
^Carus fuit Africano superiori noster Ennius; itaque etiam
1 3
On connaît l'épigramme = L . Plotius ou Plautius, rhéteur
u i l c
'Enxà TCÔXEIÇ SiepiÇouai mol piÇocv <J ' Fermer, donna en latin
[ Op.'opou*.
e des leçons publiques d'éloquence,
à l'époque où Cicéron était encore
Spûpva, *P6Soç, KoXoçciv, 2àXau.tÇ,' jeune.
[Xioç, "Apyoç, 'AOyjvau A
La guerre est un monstre qui
2
V o i x , chant, concert, récit. dévore les nations.
..74 CÎCEÙOîN.

in sepulcro Scipioniun pntnturisesse constituais è marmore'.


At iis lauiiibus ceiïè non solùm ipsi qui laudnntur, sed etiam
populi romani nomen oniatur. In cœlum hujus proavus Cato
3
tollitur ; magnus honos populi romani rébus adjungitur.
3
Omuos deniquè illi Maximi, Marcel I i , Fulvii non sine com-
muni omnium nostrdm laude decorantur. Ergo illum qui hacc
fecerat, Rudium homincnH, majores nostri in civitatem re-
ceperunt ; nos hune lTcraclccnsem , multis civitatibus expeti-
lum, in hâc autem legibus constitutum, de nostrû civitate
ejiciemus ?
ï\am si quis minorem glorirc fructum putatex grœcis ver-
sibus percipi quàm ex latinis, vehementer errât; proptereà
quôd gracca leguntur in omnibus fore gentibus, latina suis
5
fiuibus , exiguissanè, continentur. Quare, si res eae quas
gessimus orbis terrac regionibus definiuntur, cupere debemus,
quo manuum nostrarum tela pervenerint, eodem gloriam fa-
inamque penetrare; quod quum ipsis populis, de quorum
rebus scribitur, hacc ampla sunt, tum iis certè qui de viLl
gloria? causa dimicant, hoc maximum et periculorum inci-
6
tamentum est et laborum. Quàm multos scriptores rerum
suaruni magnus ille Alexander secum habuisse dicilur ! Atque
is tamen, quum i n S i g e o 7 ad Achillis tumulum adstitisset :
« Oibrtunate, inquit, adolesceus, qui tuac virtutis Homerum
praîconem inveneris ! » Et verè. N a m , nisi Ilias illa exsti-
tisset, idem tumulus, qui corpus ejus contexerat, nomen
etiam obruisset. Quid ? Noster hic Magnus, qui cum virtute
8
fortunam adacquavit , nonne Theophanem Mitylenacum.

1
Ennius représenté par une statue * Ennius était de Rudia, dans la
J e marbre. Calabre,
' Galon l'Ancien, bisaïeul de Galon 5
Les temps sont changés, et les
d U H q u e , est célébré par Ennius limites du Lntium reculées. Grâce
'huis le poème sur la deuxième à l'Église catholique, le latin csï
guerre Punique. devenu la langue universelle.
1
Q, Fabius Maximus, surnommé fî
En Ire autres Gallisthène, Arislo*
V Temporiseur ( Cunclator), dont bule et. Glitarque. Le roman latin
Ennuis a dit : Unus homo vobis de Quinte-Gurce est d'une date forl
moielando ir.sfiftfif rem, — M. Glau- récente.
Jiiih Marrellus, (fui, le premier, 7
Au promontoire de Sigée, près
prouva (|ue Ton pouvait vaincre de Troie, dans F Asie-Mineure.
Aunihal. — O - Fabius Flaccns, qui s
Pompée fut aussi heureux que
reprit Gapoue. brave.
JOUil AttCliTAS. 275
scriptorcm rerum suarum, in concione militum civitate do-
navit? Et nostri illi fortes viri, sed rustici ac milites, dulce-
dine quâdam gloriae commoti, quasi participes ejusdem laudis,
magno illud damore approbaverunt.
Itaque, credo, si civis romanus Archias legibus non esset,
ut ab aliquo imperatore civitate donaretur perficere non po~
1
tuit ! Sulla, quum Hispanos etGallos donaret, credo, hune
petentem repudiasset! Quem nos in concione vidimus, quum
ei Iibellum malus poeta de populo subjecisset, quod epi-
gramma in eum fecisset tantummodô alternis vcrsibus Ion»
2 3
giusculis , statim ex iis rébus quas tune vendebat jubere
ei pracmium tribui sub eâ conditione, « ne quid posteà scri-
beret. » Qui sedulitalem mali poêlai duxerit aliquo tamen
pracmio dignam, hujus ingenium et virtutem in seribendo
et copiam non expetisscl ? Quid ? a Q, Metello Pio, familiaris-
simo suo, qui civitate mullos donavit, neque per se, neque
per Lucullos impetravisset? qui praeserlim usque eô de suis
rébus scribi cuperet ut etiam Cordubac natis poetis, pin-
guequiddam sonantibus atque peregrinum, tamen auressuas
dederet.
Neque enim est hoc dissimulandum quod obscurari non
potest, sed pras nobis ferendum : trahimur omnes laudis
studio, et optimus quisque maxime gloria ducitur. Ipsi illi
philosophf etiam illis iibellis quos de contemnendâ gloria scri-
buut nomen suum inscribunt; in eo ipso in quo praodi-
caiionem nobilitatemque despiciunt prœdicari de se ac no-
minari volunt. Decimus quidem Brulus, summus ille vir et
imperator, Attii4, amicissimi sui, carminibus templorum ac
monumentorum aditus exornavit suorum. Jam vêro ille qui
cum yfttolis, Ennio comité, bellavit, Fulvius, non dubitavit
Martis manubias Musis consecrare. Quare, in quâ urbe im-
peratores propè armati poetarum nomen et Musarum de-
lubra coluerunt, in eâ non debent logati judices à Musarum
honore et a poetarum salute abhorrere.
Atque, ut id libentiùs faciatis, jam me vobis, judices, in-
dicabo, et de meo quodam amore gloriae, ni ml s acri for-
1 3
Croyez-vous qu'il n'eût pas pu Les dépouilles des proscrits,
trouver un général?... * Pofitc tragique I-atin assez mé-
2
En quelques distiques. diocre; on le nomme aussi Acchis.
276 CfCÊUOi\.

tassé, verumtamen honesto, vobis eoniitebor. Nam quas res


1
nos in consulatu nostro vobiscum simul pro salute hujus
Urbis atque imperii et pro vitâ civium proque universâ re-
publicâ-gessimus atligit hic versibus atque inchoavit : quibus
auditis, quôd mihi magna res et jucunda visa est, hune ad
perficiendum hortatussum. Nullam enim virtus aliam mer-
cedem laborum periculorumquc desiderat, praeter hanc laudis
etgloriae; quâ quidem delractu, judices, quid est quod in
hoc tam exiguo vitae curriculo et tam brevi, tantis nos in
laboribus exerceamus?
2
Certè, si nihil animus praesentiret in poster u n i , et si,
quibus regionibus vilao spatium circumscriptum est, eisdem
omnes cogitationes terminaret suas, nec tantis se laboribus
frangeret, neque tôt curis vigiliisque angeretur, neque to-
ties de vitâ ipsâ dimicaret. Nunc insidet quaedam in optimo
quoque virtus, quac noctes et dies animum gloriae stimulis
conciîat, atque admonet non cum vitae tempore esse dimit-
tendarn commemorationem nominis nostri, sed cum omni
3
posteritate adacquandam .
An verô tam parvi animi videamur esse omnes, qui in
republicâ atque in his vitae periculis laboribusque versamur,
u t , q u u m usque ad extremum spatium nullum tranquillum
atque otîosum spiritum duxerimus, nobiscum simul mori-
tura omnia arbitremur ? A n , quum statuas et imagines, non
animorum simulacra, sed corporum , studiosè multi summi
homines reliquerint, consiliorum relinquere ac virtutum no-
strarum effigiem non multo malle debemus, summïs in-
geniis expressam et politam ? Ego verô omnia quac gerebam
jam tum in gerendo spargere me ac disseminare arbitrabar
in orbis terrae memoriam sempiternam. Haec verô sive a
meo sensu post mortem abfutura est 4, sive, ut sapientissimi
nomines putaverunt, ad aliquam meî partem pertinebit,

* Dans l'affaire de Catilina. Dé- 3


Pauvre motif!
mangeaison de Cicéron à parler de * Si Tàme, après la mort, n'a pas
lui. le sentiment de sa gloire. Tacite
a
Le christianisme a ouvert des termine la Fie cTjJgrtcola par un
horizons nouveaux pour nous gran- doute semblable. Lui, si affîrmatif
dir encore davantage. L'immortalité sur tout le reste, il hésita sur ce
de la renommée n'est que secon- point ! L'homme avait grand besoin
daire pour nous. de l'Évangile!
POUH L A LOI M A N I L I A . 277

nunc quidem certè cogitatione quâdam speque deleetor.


Quare conservate, judices, hominem pudore eo , quem
amicorum videtis comprobari tum dignitale, tum etiam ve-
tustate; ingenio autem tanto, quantum id convenit existi-
mari, quod sumniorum hominum ingeniis expetitum esse
videatis; causa verô ejusmodi, quse beneficio legis, auctori-
tate municipii, testimonio Luculli, tabulis Metelli compro-
betur. Qua? quum ita sint, petimus h vobis, judices, si qua
non modo humana, verùm etiam divina in tantis negotiis
commendatio débet esse, ut eum qui vos, qui vestros impera-
tores, qui populi romani res gestas semper ornavit ; qui etiam
his recentibus nostris vestrisque domesticis periculis a2ter-
num se testimonium laudum daturum esse profitetur ; quique
est eo numéro qui semper apud omnes sancti sunt habitî
atque dicti, sic in vestram accipiatis fidem, ut humanitate
vestra levatus potiùs quam acerbitate violatus esse videatur,
Quse de causa pro meâ consuetudine breviter simplici-
terque dixi, judices, ea confido probata esse omnibus; quas
non fori neque judiciali consuetudine et de hominis ingenio
et communiter de ipsius studio locutus sum , ea , judices, à
vobis spero esse in bonam partem accepta ; ab eo qui judi-
cium exercet, certô scio.

POUR L A L O I MANILIA.
Discours au peuple,
argument,
L . Lucullus faisait depuis sept ans la guerre â Mithridate ; il l'avait
vaincu dans plusieurs rencontres el poursuivi jusqu'en Arménie, Mais
ses soldats se mutinèrent et ne voulurent pas le suivre plus avant La
révolte allait éclater, lorsque le sénat rappela Lucullus et lui donna pour
successeur M, Acilius Gïabrion. Celui-ci éprouva des revers et perdit
la confiance du soldat. H fallut choisir un autre général. C . Maniiius,
tribun du peuple, proposa de nommer Pompée, alors en Asie, où il pour-
suivait ses exploits contre les pirates. Le sénat fut alarmé de cette pro-
position, qui tendait à investir Pompée d'un pouvoir immense, et la loi,
portée devant l'assemblée du peuple, y fut vivement combattue par
Catulus, Q . Hortensius et d'autres illustres personnages. César, au con-
traire, en vue de son intérêt personnel, appuyait chaudement Maniiius;
et Cicéron, alors préteur, cédant sans doute à son amitié pour Pompée,
prononça en faveur de la proposition du tribun celte harangue, où il
prouve que Pompée est le seul général capahle de terminer promplement
'M heureusement la guerre contre Mithridate. On était en l'an dé Rome
(587. Cicéron avait quarante et un ans.
Un décret public adopta la loi de Maniiius; et la république, dit Plu»
tarque, fut, de son propre mouvement, assujettie à Pompée autant qu'elle
l'avait ctô h SyUn par la violence des guerres civiles. Aussi la harangue
de Cicéron a toujours passé pour un acte impolitique.

1
Quanquàm mihi semper frequens oonspectus vesler
2
mulfo jucundissimus, hic autem locus ad agendum amplis-
simus, ad dicendum ornatissirçius est visus, Quirites, lamcn
hoc aditu laudis, qui semper optimo cuique maxime paluit,
non mea me voluntas, sed meac vitœ rationes ab incunte sntate
susceptae prohibuerunt; nam, quum anteà per aelatem non-
3
dùm hujus auctoritatem loci altingere auderem, statuerem»
que nihil hùc nisi perfectum ingenio, elaboratum industrie
afierri oportere, omne meum tempus amicorum tempori-
bus 4 transmittendum putavî.
Ita neque hic locus vacuus unquàm fuit ab iis qui vestram
causam defenderent; et meus labor, in privatorum periculis
5
caste integrèque versatus, ex vestro judicio, fructum est
amplissimum consecutus; nam, quum propter dilalionein
6
comitiorum ter practor primus centuriis cunctis renuntiatus
sum, facile intellexi, Quirites, et quid de me judicaretis, et
quid aliis praescriberetis. Nunc quum et auctoritatis in me
lantùm sit quantum vos honoribus mandandis esse volui-
stis 7 , et ad agendum facultatis lantùm quantum homini
vigilant! ex forensi usu propè quotidiana dicendi exercitatio
potuit afferre, certè, e t s i quid auctoritatis in me est, eâ
apud eos ular qui eam mihi dedenmt; et si quid etiam di-
8
îpndo consequi possuin , iis ostendam potissimùm qui ei

1 s
La vue, le spectacle fréquent * Avec désintéressement et inté-
-tes assemblées. grité.
6
* La tribune aux harangues, où A trois reprises Cicéron fut
:.' paraissait pour la première fois, nommé préteur le premier sur huit.
îf fallait être magistral ou autorisé "* Maintenant ((ne j'ai tout le poids,
>arun magistrat pour y parler. l'ascendant, l'influence que vous
' La majesté. avez voulu me conférer.
8
f
' ) ux affaires, emlnrras, service. Voy. p- 205, note 3
P O U » LA LOI M A N Ï L I A 279
r
quoque rei fructum suo judicio tribuendum esse censuerunt.
Àtque illud in primis mihi laetandum jure esse video, quôci
2
in bac insolità mihi ex hoc loco ratione dicendi causa talis
oblala est, in quâ oratio déesse nernini potest. Dicendum
est enim de Cn. Pompeii singulari eximiâque virtute; hujus
autem orationis difficilius est exitum quàm principium in-
venire; ita mihi non tam copia quàm modus in dicendo
quaerendus est.
Atque ut iudè oratio mea proficiscatur undè haec omnis
causa ducitur, bellum grave et periculosum vestris vectîga-
libus atque sociis a duobus potentissimis regibus iniertur,
3
Mithridate e t T i g r a n e : quorum alter reliclus, alter laces-
silus*, occasiouem sibi ad occupandam Asiam oblatam esse:
arbilratur. Equitibus romanis, honestissimis viris, affe-
runtur ex Asiâ quotidiè litterac, quorum magnae res agun-
5
tur, in vestris vectigalibus exercendis occupatao ; qui ad me.
pro necessitudine, quae mihi est cum illo ordine, causam
reipubliae periculaque rerum suarum detulerunt.
fi
Bithyniac, quae nunc vestra provinciâ est , vicos exustos
esse complures; regnum Ariobarzanis 7 , quod flnilimum
est vestris vectigalibus, totum esse in hostium potestatem
Lucullum, magnis rébus gestis, ab eo bello discedere; huK.
8
qui successerit non satis esse paralum ad tantum bellum ad-
ministrandum ; unum ab omnibus sociis et civibus ad id
bellum imperatorem deposci atque expeti; eumdem hune
unum ab hostibus metiii, prartereà neminem. Causa quœ sit
videtis; nunc quid agendum sit considerate.
Vrimùm mihi videtur dégénère belli, deindè de magnitu
dine, tum de imperatnre deligendo esse dicendum.
1
Le fruit à rclîrer de l'art de la que, sous le nom de publicains, ils
parole. affermaient les revenus de l'iïtat el
a
Occasion de parler, conjoncture, se chargeaient Ou recouvrement a
•* Milhridale, roi de Pont; Ti- leurs risques el périls,
8
grane, roi d'Arménie. Le roi Nicomède avait lègue
1
Lucidlus ne pouvait plus pour- par testament la tiithynîe au peuple
suivre ftïîlhrïdafe, cl, il avait pro- Romain,
7
vufjué Tigrane en voulant le forcer La Cappadocc.
s
a lui livrer MiUiridnle réfugié chez Glabrion, le même qui, en qua
lui. litê de prêteur, avail présidé le tri-
5
La fortune des chevaliers ro- hunnl dans le procès de Verres el
mainsse trouvait compromise, parce qui devint consul 1 rois ans plus lard-
280 CICÉRON.

Genus est ejus belli quod maxime vestros animos excitare


atque inflainmare débet; in quo agitur populi romani gloria,
quae vobis a majoribus quum magna in rébus omnibus, tum
summa in re militari tradita est; agitur salus sociorum
atque amicorum , pro quâ multa majores vestri magna et
gravia bella gesserunt; aguntur certissima populi romani
vectigalia et maxima; quibus amissis, et pacis ornamenta et
subsidia belli frustra requiretis; aguntur bona multorum
civium, quibus est a vobis , et ipsorum et reipubliccc causa,
consulendum.
Et quoniam semper appetentes gloriâ^ prœter coûteras gén-
ies atque avidi laudis fuistis, delenda vobis est illa macula,
Mithridatico bello superiore suscepta, quse penitùs jam in-
sedit atque inveteravit in populi romani nomine; quôd is
1
qui uno d i e , totâ Asia tôt in civilatibus, uno nuntio, atque
n

unâ litterarum significatione , cives romanos necandos tru-


cidandosque denotavit, non modo adhùc pœnam nullam
suo dignam scelere suscepit, sed ab illo tempore annum
jam tertium et vicesimum régnât; et ita régnât ut se non
Ponto, neque Cappadociac latebris occultare velit, sed
emergere è patrio regno, atque in vestris vectigalibus, hoc
2
est in AsicC luce , versari .
Etenim adhùc ita vestri cum illo rege contenderunt impe-
3
ratores ut ab illo insignia Victoria;, non victoriam repor-
tarent. Triumphavit L . Sylla, triumphavit L . Murena de
Mithridate, duo fortissimi viri et summi imperatores; sed
ita triumphârunt ut ille pulsus superatusque regnaret. Ve-
rumtamen illis imperatoribus laus est tribuenda, quôd ege-
runt; venia danda, quôd reliquerunt; proptereà quôd abeo
bello Syllam in Italiam respublica, Murenam Sylla revo-
cavit.
Mithridates autem omne reliquum tempus non ad oblivio-
nem veteris belli, sed ad comparationem novi contulit:
qui, posteaquàm maximas sedificâsset ornâssetque classes,

1 2
En un seul jour Mithridate fit Les pays tributaires, les plus
massacrer quatre-vingt mille ci- belles contrées de l'Asie,
3
toyens romains ou italiens, nom- Les ornements, les trophées de
mes, femmes et enfants. la victoire.
POlîlî LA. LOT MAiMLiA. 281

exercitusque permagnos, quibuscumque exgentibuspotuisset,


comparâsset, et se Bosporanis «, finitimis suis, bellum in-
ferre simulâsset, usque in Hispaniam legatos Ecbatanis
misit ad eos duces quibuscum tum bellum gerebamus*, ut
quum duobus in locis disjunctissimis maximèque diversis,
uno consilio, a binis bostium copiis bellum terra marique
gereretur, vos ancipiti contentione districti de imperio di-
micaretis.
Sed tamen alterius partis periculum, sertorianae atque hi-
spaniensis, quae multo plus fîrmamenti ac roboris habebat, C n .
1
Pompeii divino consilio ac singulari virtute depulsum est;
in altéra parte ita res a L . Lucullo, summoviro, est admini-
strata ut initia illa gestarum rerum magna atque praeclara,
nonfelicitati ejus, sed virtuti, haec autem extrema, quae nuper
acciderunt, non culpœ, sed fortunaî tribuenda esse videan-
tur. Sed de Lucullo dicam alio loco, et ita dicam, Quirites,
ut neque vera laus ei detracta oratîorite nostrâ, neque falsa
afficta esse videatur. De vestri imperii dignitate atque gloria,
quoniam is est exorsus orationis meae, videte quem vobis
animum suscipiendum putetis.
Majores vestri saepè, mercatoribus ac naviculatoribus in-
juriosiùs tractatis, bella gesserunt; vos, tôt civium romano-
rum millibus uno nuntio atque uno tempore necatis, quo
tandem animo esse debetis? Legati quod erant appellati su-
1
perbiùs' , Corinthum patres vestri totius Graecisc lumen
exstinctum esse voluerunt; vos eum regern inultum esse pa-
tiemiui, qui legatum populi romani consularem vinculis ac
5
verberibus atque omni supplicio excruciatum necavit ?
Illilibertatem civium romanorum imminutam non tulerunt ;
vos vitam ereptam negligetis ? Jus legationis verbo violatum

1
Les peuples du Bosphore de Aquîlius, vainqueur des esclaves
Thrace, auj. Constantinople, sur la en Sicile et qu'on avait envoyé en
Propontide (merde Marmara). Asie pour rétablir Nicomède et
2
D'Ecbatane, cap. de la Médie, Ariobarzane sur leurs trônes, l'un
il envoya des députés à Sertorius, de Papblagonie, l'autre de Cappa-
cn Espagne. doce. « Malade à Mitylène, il fut li-
3
Sage. vré par les Lesbiens à Mithridate,
4
D'après Tite-Live, ils avaient q u i , après les plus cruels traite-
été frappés et insultés. ments, lui fil verser de l'or fondu
5
On croit qu'il s'agit de Manius dans la houche. » ( L E S A G E . )
CIGtiltON.
illi persecuti sunt; vos legatum populi romani omni sup-
plicio interfectum inultum relinquetis ? Videtc ne, ut illis
pulcherrimum fuit tantam vobis imperii gloriam relinquere ;

sic vobis turpissiinum sit id quod accepistis tueri et con-


servare non posse.
Quid, quôd salus sociorum summum in periculum ac
discrimen vocatur? Regno expuisus est Ariobarzanes, rex
c
ocius populi romani atque amicus; imminent duo reges
îoti Asiœ. non solùm vobis inimicissimi, sed etiam vestris
p
ociis atque amicis; civitates autem omnes, cuncta Asia
;
jtque Graecia vestri'm auxilium exspcctare propter periculi
nagi.itudinem coguntur; imperatorem a vobis certum de-
^oscere, quum prcpsertmi vos alium miseritis, neque audent
1
neque id se facere summo sine periculo posse arbitrantur.
Vident et sentiunt hoc idem quod vos, unum virum esse
n quo summa sint omnia, et cum propè esse », quo etiam
tarent angriùs ; cujus adventu ipso atque nomine, tametsi
ille. ad maritimum bellum venerit, tamen impetus hostium
repressos esse intelligunt ac retardatos. Hi vos, quoniam li-
bère loqui non licet, tacite rogantut se quoque, sicut cete-
rarum provinciarum socios, dignos existimetis quorum sa-
lutem tali viro commendetis ; atque hoc etiam magis quàm
ceteros, quôd ejusmodi in provinciam homines cum imperio
mittimus, ut, etiamsi ab hostes défendant, tamen ipsorum
lidvpntusin urbes sociorum non multum ab hostili expu-
3
gnatione différant . Huncaudiebant anteà, nunc praesentem
vident, tantâ temperantiâ, tantà mansuetudine, tantâ huma-
nUate ut ii beatissimi esse videantur apud quos ille diutis-
sini^ cnmmoratur.
Quare, si propter socios, nullâ ipsi injuria lacessiti, ma-
jores vestri cum Antiocho, cum Philippo, cum Jttolis, cum
Poonis bella gesserunt, quanto vos studio convenir, injuriis
provocatos, sociorum salutem unà m m imperii vestri di-
^nitale defendere, preesertun quum de vestris maximis ve-
c;igaSihus agatur? nam ceterarum provinciarum vecligalia.
:
Elles craignent Glalnïon. -i Voila ce qu'étaient la plupart
• Pompée élail dans ies parages des proconsuls , de grands voleurs,
t]r l'Asie; raison de plus pour qu'on qui taisaient la désolation dets pro-
regrettât d^ ne pas i'au)ir. vinecs.
POUfi LA L O I M A N f L I A .

Quirites, tanta s u n f ut iis ad ipsas provincias tulandas vix


contenli e se posshnus; Àsia vero tam opima est acfertilis
ut et ubertate agrorum, et varietate fructuum, et magni-
2
tudine pastionis , et muititudine earum rerum quae expor-
tantur facile omnibus terris anlecellat. Uaque hacc vobis
provinciâ, Quirites, si et belli utilitatem et pacis dignitatem
retinere vultis, non modo a calamitate, sed etiam a metu ca-
lamitatis est defendenda.
Nam ceteris in rébus, quum venit calamilas, tum dctri-
mentum accipitur. At in vectigalibus non solùm adventus
mali, sed etiam metus ipse affert calamitatom ; nam, quum
bostium copiac non longé absunt, etiam si irruplio tact-
nullasit, tamen pecora relinquuntur, agricullura deseritur
mercatorum navigatio conquiescit ; ita neque ex portu, ne
3
que ex decumis, neque ex seripturâ vectigal conservan
potest. Quare saepè totius anni fructus uno ruinore pericjuh
atque uno belli terrore amittitur.
Quo tandem animo esse existimatis aut eos qui vectigalia
uobis pensitant, aut eos qui exercent atque exiguut -f, quum
duo reges cum maximis copiis propè a d s i n t ; quum una
excursio equitatus perbrevî t e m p o r e totius anni vectigal
auferre possit: quum publioani familias maximas, quas in
salinis babent, quas in agris., quas in portubus atque cu-
s
stodiis , magno periculo se habere arbitrenlur ? Pntatisne vos
illis rébus frui posse, nisi eos qui vobis fructui sunt con-
servaverîtis non solùm, ut anteà dixL calamitate, sed etiam
calamitatis lormidinc liberatos?
Ac ne illud quidem vobis negligeudum est quod mihi ego
extremum proposueram quum essem de belli génère di-
cturus, quod ad multoruin bona civium romanorum per-
tinct ; quorum vobis, pro vestrâ sapientià, Quirites, habenda
est ratio diligcnter. Nam et publicani, homines et lione-
1
Sont tels, si peu considérables écrit de ceux qui avaient des pà-
que... turages s'appelaient scripturœ ma-
2
L'étendue des pâturages. yistri.
3
On prélevait des impôts sur les * Ceux qui ont affermé et fonl
droils d'enlrée dans les ports, sur valoir les revenus, et ceux qui en
les productions du sol (un dixième), opèrent le recouvrement.
sur. la ferme dos pâturages. Les * Magasins, postes de surveil-
fermiers qui tenaient un registre lance cou Ire 1rs contrebandiers.
284 CICEKON.
1
stissimi et ornatissimi, suas rationes et copias in illam
provinciam contulerunt; quorum ipsorum per se res et for-
tunac curae vobis esse debent. Etenim, si vectigalia nervos
esse reipublicœ semper duximus, eum certè ordinem qui
exercet illa firmamentum ceterorum ordinum rectè esse
dicemus.
Deindè ceteris ex ordinibus homines gnavi et îndustrii
partim ipsi in Asiâ negotiantur, quibus vos absentibus con-
sulere debetis ; partim suas etsuorum in eâ provincia pecunias
magnas collocatas habent. Erit igitur humanitatis vestrae
magnum eorum civium numerum calamitate prohibere;
sapientiae, videre multorum civium ealamitatem a republicâ
sejunctam esse non posse. Etenim illud primùm parvi re-
f e r a , vos publicanis amissa vectigalia posteà Victoria reçu-
perare; neque enim iisdem redimendi facultas erit propter
ealamitatem, neque aliis voluntas propter timorem.
Deindè, quod nos eadem Asia atque idem iste Mithridates
initio belli asiatici docuit, id quidem certè calamitate docti
memoria retinere debemus. Nam tum quum in Asiâ res ma-
gnas permulti amiserunt, scimus Romae, solutione impeditâ,
3
fidem concidisse ; non enim possunt unâ in civitate multi
rem atque fortunas amittere, ut non plures secum in eamdem
ealamitatem trahant. A quo periculo prohibete rempublicam,
et mihi crédite, id quod ipsi videtis;haec fides atque hacc
5
ratio pecuniarum 4 quae Romae, quac in foro versatur im-
plicitaest cum illis pecuniis asiaticis et cohaeret. Ruere illa
non possunt, ut haec non eodem labefacta motu concidant.
Quare videte num dubitandum vobis sit omni studio ad id
bellum incumbere, in quo gloria nominis vestri, salus so-
ciorum, vectigalia maxima, fortunac plurimorum civium cum
republicâ defenduntur.
Quoniam de génère belli dixi, nunc de magnitudine pauca
dicam. Potest enim hoc diei : belli genus esse ita necessa-
rium ut sit gerendum, non esse ita magnum ut sit perti-
mescendum. In quo maxime laborandum est ne forte a

1
Leurs intérêts et leurs ressour- chés, retardés, le crédit est tombé.
4
ces. Les circulations du numéraire.
s
3
II vous servira peu. Les banquiers avaient leurs
3
Les payements ayant été empê- comptoirs autour du forum.
POUR LA LOI M A K I L I A . 285
vobis quae diligentissimè providenda sunt.contemnenda esse
videantur. Atque, ut omnes intelligant me L . Lucullo lantùm
impertiri Jaudis quantum forti viro, sapientissimo bomini et
magno imperatori debeatur, dico ejus adventu maximas Mi-
thridatis copias omnibus rébus ornatas atque instructas
fuisse; urbemque Asiae clarissimam nobisque amicissimam,
Cyzicenorum, obsessam esse ab ipso rege maximâ multilu-
dine et oppugnatam vehementissimè, quam L . Lucullus
virtute, assiduitate, consilio summis obsidionis periculis
liberavit.
Ab eodem imperatore classem magnam etornatam, quae
ducibus sertorianis ad Italiam studio inflammato raperetur,
superatam esse atque depressam : magnas bostium praîtereà
copias multis prœliis essedeletas, patefactumque nostris le-
gionibus esse Pontum, qui antè populo romano ex omni
1
aditu clausus esset; Sinopen atque A m i s u m , quibus in
oppidis erant domicilia régis, omnibus rébus ornata atque re-
ferta, ceterasque urbes Ponti et Cappadociac permultas uno
aditu atque adventu esse captas; regem spoliatum regno
patrio atque avito ad al i os se reges atque ad alias génies
supplicem contulisse; atque hacc omnia salvis populi romani
sociis atque integris vectigalibus esse gesta. Satis opinor hoc
esse laudis ; atque ita , Quirites, i,ut hoc vos intelligatis, a
nullo istorum qui huic obtrectant legi atque causae L . Lu*
cullum similiter ex hoc loco esse laudatum.
Requiretur fortassè nunc quemadmodum, quum hacc ita
sint, reliquum possit esse magnum bellum. Cognoscite, Qui-
rites ; non enim hoc sine causa quacri videtur. Primùm ex
suo regno sic Mithridates profugit ut ex eodem Ponto Medea
illa quondam profugisse dicitur ; quam prœdicant in fugâ
fratris sui membra in iis locis quà se parens persequeretur
dissipavisse, ut eorum collectio dispersa mœrorque patrius
celeritatem persequendi retardaret. Sic Mithridates fugiens
maximam vim auri atque argenti pulcherrimarumque rerum
omnium quas et a majoribus acceperat et ipse bello supe-
rioreex totâ Asiâ direptas in suum regnum congesserat in
Ponto omnem reliquit, Hacc dum nostri colligunt omnia
1
Sinopc, sur le Pont-Euxin; la Cappadoce; auj. Samsoun, près
Aïnisus, entre la Paphîagonie el d'Kupatoria.
286
1
diligentiiis, rex ipse è tnauibus effugit. Ita illum in perse-
queudi studio mœror, hos lactitia retardavit.
Hune in illo timoré et fugâ Tigranes rex armenius ex-
cepit, diffidentemque rehus suis conlirmavit,et afflictum
erexit, perditumque recreavit. Cujus in regnum posteaquàm
L. Lucullus cum exercitu venit, plures etiam gentes contra
jrnperatorem nostrûm concitatœ sunt; erat enim metus in-
jectus iis nationihus quas nunquàm populus romanus neque
iacessendas bello neque tenlandas putavit. Erat etiam alia
gravis atque vehemens opinio, qua) per animos gentium bar-
bararum pervaserat; fani * locupletissimi et religiosissimi
diripiendi causa in eas oras nostrûm exercitum esse adductum.
Ita nationes multac atque magnae novo quodam terrore ac
metu concitabantur. Noster autem exercitus, etsi urbem ex
Tigranis regno * ceperat et praeliis usus erat secundis, tamen
nimiâ longinquitate locorum ac desiderio suorum commo-
vebatur.
Hic jam plura non dicam; fuit enim illud extremum, ut
ex iis locis a militibus nostris reditus magis maturus quàm
processio longior quacreretur. Mithridates autem et suam
manum jam coniirmârat, et eorum qui se ex ejus regno colle-
gerant, et magnis auxiliis multorum regum et nationum ju-
vabatur. Hoc jam ferè sic fieri solere accepimus , ut regum
af/lictac fortune facile multorum opes *• alliciant ad miseri-
cordiani, maximèque eorum qui aut reges sunt aut vivunt
in regno, quôd regale iis nomen magnum et sanctum esse
videatur.
Itaque tantum victus efficere potuit quantum incolumis
nunquàm est ausus optare; nam quum se in regnum rece-
pisset suum, non fuit eo contentas, quod ei praeter spem
ac.ciderat, ut illam, posteaquàm pulsus erat, terrain unquàm
attingeret; sed in exercitum vestrum clarum atque victo-
rem impetum fecit. Sinite hoc loco, Quirites, sicut poetae
soient, qui res romanas scribunt, praeterire me nostram ea-
:>
lamitatem ; quas lanta fuit ut eam ad aures L . Luculli
1 3
Le pure de Médée, Ëta, roi de Tigranocerte, auj. Sered.
4
Colchos. Le secours, l'appui*
3 s
Temple d« Bellonc à Comane, La défaite de Triarius, lieute-
pilié plus tard par Muréna, selon nant de Lucullus. — Les historiens
Appien. en font autant que les poëtcs
POCJft LA LOI M AN I L I A .
non ex praclio nuntius, sed ex sermone rumor afferret.
Plie in ipso illo malo gravissimâque belli offensione, L . Lu-
cullus, qui tamen aliquâ ex parte iis incommodis mederi
fortassè potuisset, vestro jussu coactus, quod imperii diu-
turnitati modum statuendum veteri exemplo putavistis, par-
tem militum, qui jam stipendiis confectis erant, dimisit,
partem Glabrioni tradidit. Multa pralereo consulté, sed ea
vos conjectura perspicitis, quantum illud bellum factum pu-
1
tetis, quod conjungant reges potentissimi, rénovent agitata?
nationes, suscipiant intégrai gvntes, novus imperator vester
accipiat, vetere pulso exercitu.
Satis mihi multa verba fecisse videor, quare hoc bellum
esset génère ipso necessarium, magniludine periculosum.
Restât ut de imperatore ad id bellum deligeudo ac tantb
rébus praelicieudo dicendum esse videatur. THinam, Qui-
rites, virorum fortium atque innocentium copiant tantam
haberetis ut haec vobis deliberatio difficilis esset, quemnam
potissimùm tantis rébus ac tanto bello praeficiendum puta-
retis. Nunc verô, quum sit unus Cn. Pompeius qui non
modo eorum bominum qui nunc sunt gloriam, sed etiam
antiquitatis memoriam virtute superârit, quae res est qua*
cujusquam animum in hâc causa dubium facere possit?
Ego enim sic existimo in summo imperatore quatuor bas
res inesse oportere; scientiam rei militaris, virtutem, au-
ctoritatem, felicitatem. Quis igitur hoc homine scientior
unquàm aut fuit aut esse debuit, qui è ludo atque pueritiae
?
disciplina,bello maximo atque acerrimis hostibus , ad patris
exercitum atque in mililiœ disciplinam profectus est; qui
3
exlremâ pueritiâ miles fuit summi irnperatoris ; ineunte
adolescentiâ maximi ipse exercitus imperator; qui saepiùs
cum hoste conflixit quàm quisquam cum inimico concer-
tavit, plura bella gessit quàm ceteri legerunt, plu res pro-
4
vincias confecit quàm alii concupiverunt; cujus adole-
scentiâ ad scientiam rei militaris non alienis praoceptis, sed
suis imperiis, non offensionibus belli, sed victoriis. non
stipendiis, sed triumphis esterudita? Quod deniquè genus

3
Guerre que font conjointement. Sylln.
2 4
Dans la guerre civile conlre Qui a conquis plus que il'au-
{
'înna. très n'ont désiré d'en .'-'ouvernir.
288 CICÉBON.

belli esse potest in quo illum non exercuerit «.fortuna reipu-


blicac? Civile, africanum, transalpinum, hispaniense, mistum
ex civitatibus atque ex bellicosissimis nationibus, servile,
navale bellum, varia et diversa gênera et bellorum et ho-
stium, non solùm gesta ab hoc uno, sed etiam confecta, nul-
larn rem esse déclarant in usu militari positam quae hujus
viri scientiam fugere possit.
J a m vero virtuti C n . Pompeii quae potest par oratio in-
veniriPQuid est quod quisquam aut illo dignum, aut vobis
novum, autcuiquam inauditum possit afferre? Neque enim
illae sunt solac virtutes imperatoriae, quaevulgo existimantur,
labor in negotio, fortitudo in periculis, industria in agendo,
celeritas in coniieiendo, consilium in providendo; quae tanta
sunt in hoc uno quanta in omnibus reliquis imperatoribus.
quos aut videmus aut audivimus, nonfuerunt.
ïestis est Italia, quam ille ipse victor L . Sylla hujus vir-
tute et subsidio confessus est liberatam ; testis est Sicilia,
quam multis undiquè cinctam periculis, non terrore belli,
sed celeritate consilii explicavit; testis est Africa, quae, magnis
oppressa hostium copiis, eorum ipsorum sanguine redun-
davit; testis est Gallia,<per quam legionibus nostris in Hi-
spauiam iter Gallorum internecione patefactuin est; testis
est Hispania, quae saepissimè plurimos hostes ab hoc supe-
ratos prostratosque conspexit; testis est iterîim et saepiùs
Italia, quae- quum servili bello tetro periculosoque preme-
retur, ab hoc auxilium absente expetivit; quod bellum exspe-
ctatione Pompeii attenuatum atque imminutum est, adventu
sublatum ac sepultum.
Testes verô jam omnes orae atque omnes exterae gentes ac
nationes; deniquè maria omnia, tum universa, tum in
singulis omnes sinus atque portus. Quis enim toto mari
locus per hos annos aut tam firmum habuit praesidium ut
tutus esset, aut tam fuit abditus ut lateret? Quis navi-
gavit qui non se aut mortis aut servitutis periculo commit-
teret, quum aut hieme, aut referto praedonum mari, navi-
garet? Hoc tantum bellum, tam turpe, tam vêtus, tam latè
divisum atque dispersum, quis unquàm arbitraretur aut ah
omnibus imperatoribus uno anno, aut omnibus annis ab
uno imperatore, confici posse? Quam provinciam tenuistis
a praedonibus liberam per hosce annos ? Quod vectigal vobis
POUM LA LOI M A M L U . 280
tutum fuit? Quem socium defendistis? Cui pr&sidio clas-
sibus vestris fuistis? Quàm multas existimatis insulas esse
désertas? Quàm multas aut metu relictas, aut n praedonibus
captas urbes esse sociorum ?
Sed quid ego longinqua commémora? Fuit hoc quondàm,
fuit proprium populi romani longea domo bellare, et pro-
pugnaculis imperii sociorum fortunas, non sua tecta dei'en-
dere. Sociis ego vestris mare clausum per hosce annos di-
cam fuisse, quum exercitus nostri Brundisio nunquàm nisi
1
summâ hieme transmîserînt ? Qui ad vos ab exteris natio-
nibus venirent, captos querar, quum legati populi romani
redempti sint? Mercatoribus tutum mare non fuisse dicam,
quum duodecim secures* in praedonum potestatem perve-
nerint ?
Cnidum, aut Colophonem, aut Samum, nobilissimas
urbes, innumerabilesque alias captas esse commemorem,
quum vestros portus atque eos portus quibus vitam et spi-
riturn ducitis in praedonum fuisse potestatem sciatis? An vero
ignoratis portum Cajetae, celeberrimum atque plenissimum
navium, inspectante praetore, a praedonibus esse direptum ; ex
Miseno autem, ejusipsius liberos, qui cum praedonibus anteà
ibi bellum gesserat, praedonibus esse sublatos? Nam quid ego
Ostiense incommodum atque illam labem atque ignominiam
reipublicse querar, quum, propè inspectantibus vobis, classis
ea cui consul populi romani praepositus esset a praedonibus
capta atque oppressa est? Prob dii înimortales! tan-
3
tamne unius hominis incredibilis ac divina virtus tam brevi
tempore lucem afferre reipublicae potuit, ut vos, qui modo
ante ostium tiberinum classem hostium videbatis, ii nunc
ïiullam intra Oceani ostium * praedonum navem esse audiatis?
Atque haec qua celeritate gesta sint quanquàm videtis,
tamen a me in dicendo practereunda non sunt. Quis enim un-
quàm, aut oheundi negotii aut consequendi quacstûs studio,
tam brevi tempore tôt loca adiré, tantos cursus conficere
potuit, quàm celeriter. Cn- Pompeio duce, belli impetus na-

1
Les pirates avaient occupé la devant chaque préteur. (Foy. P u ; -
mer durant toute la belle saison. TARQUF:, Fie de Pompée.)
2 3
Sextilius et Bellinus, préteurs. Surhumaine.
Hors de Rome on portait six haches * En deçà du détroit de Gibraltar.
T. i. 13
290 CICERON.
1
vigavit ? Qui nondiim tempestivo ad navigandum mari Sici-
liam adiit, Àfricam exploravit, indè Sardiniam cum classe
venit ; atque haec tria frumentaria subsidia reipublicac firmis-
simis pracsidiis classibusque munivit.
?
Indè se quum in Italiam recepisset, duabus Hispaniis ,
et Galiiâ Cisalpinâ pracsidiis ac navibus confirmatâ , missis
item in oram Illyrici maris et in Achaiam omnemque Grae-
3
ciam navibus, Italiac duo maria maximis classibus (irmis-
simisque pracsidiis adornavit; ipse autem, ut a Brundisio
profectus est, undequinquagesimo die totam ad imperium
populi romani Ciliciam adjuuxit ; omnes qui ubiquè praedones
fuerunt partim capti interiectique sunt, partîmunius hujus
imperio ac potestatisedediderunt. IdemCretensibus, quum ad
eum usque in Pamphiliam legatos deprecatoresque misissent,
spem deditionis non ademit, obsidesque imperavit. Ita tantum
bellum,tamdiutumum, tamlongèlatèquedispersum, quobello
omnes gentes ac nationes premebantur, Cn. Pompeius extremâ
hieme apparavit, ineunte vere suscepit, mediâ œstate confecit.
Est haec divina* atque incredibilis virtus imperatoris ; quid
cacterac, quas paulô antè commemorare cœperam, quantse
atque quàm multac sunt? non enim solùm bellandi virtus iu
summo atque perfecto imperatore quaerenda est ; sed multae
sunt artes eximiac hujus administra comitesque virtutis. Ac
primùm quanta innocentiâ debent esse imperatores! quanta
deindè omnibus in rébus temperantiâ ! quanta fide ! quanta fa-
cilitate! quanto ingenio! quanta humanitate! Quae breviter
qualia sintinCn.Pompeio consideremus.Summa enim omnia
5
sunt, Quirites ; sed ea magis ex aliorum contentione quàm
ipsa per sese cognosci atque intelligi possunt.
Quem enim possumus imperatorem aliquo in numéro pu-
tare cujus in exercitu veneant centuriatus atque venierint?
Quid hune hominem magnum aut amplum de republicâ
cogitare, qui pecuniam ex aerario depromptam ad bellum
administrandum aut propter cupiditatem provinciae magi-

1
Aussi rapidement qu'on a vu la 3
L a mer Adriatique et la mer de
guerre et son appareil parcourir les Toscane.
mers. 4
Génie prodigieux.
2
En deçà et au delà du fleuve îi
Par comparaison avec les qua-
Ibère. lités opposées.
POUR LA LOI JMAMLIA. 291
stratibus diviseril, aut propter avaritiam Komscin quœstu re-
liquerit? Vestra admurmuratio facit, Quirites, ut agnoscere
1
videamini qui hacc fecerint . Ego autem neminem nomino.
Quare irasci mihi nemo poterit, nisi qui antè de se voluerit
confiteri. Itaque propter hancavaritiam imperatorum, quantas
calamitates, quocuinque ventum sit, nostri exercitus feranl
quis ignorât?
Itinera quac per hosce annos in Italiâ per agros atque op-
pida civium romanorum nostri imperatores fecerunt recor-
damini; tum faciliùs statuetis quid apud exteras nationes
fîeri existimetis. Utrùm plu res arbitramiui per hosce annos
militum vestrorum armis hostium urbes, an bibernis sociorum
civitates esse deletas? Neque enim potest exercitum is conti-
nere imperator qui se ipse non continet, neque severusesse
in judicando qui alios in se severos esse judices non vult.
Hicmiramur hune hominem tantùm excellerecaeteris,cujus
legiones sic in Asiani pervenerunt ut non modo inanus tanti
2
exercitus, sed ne vestigium quidem cuiquam pacato no-
cuisse dicatur.? Jam vero, quemadmodum milites hibernent,
quotidiè sermones ac litterae perferuntur. Non modo, ut
3
sumptum faciat in militera , nemini vis affertur ; sed ne cu-
pienti quidem cuiquam permittitur. Hiemis enim , non ava-
ritiae perfugium majores nostri in sociorum atque amicorum
tectis esse voluerunt.
Age vero , ceteris in rébus quali sit tempérants conside-
rate. Undè illam tantam celeritatem et tam incredibilem
cursum inventum putatis? non enim illum exiraia vis re-
migum, aut ars inaudita quaedam gubernandi, aut venti aliqui
novi tam celeriter in ultimas terras pertulerunt; sed bac res
qucccecteros remorari soient non retardAruut : non avaritia
abinstituto cursu ad praedam aliquam devocavit, non araœ-
nitas ad delectationem , non nobilitas urbis ad cognitionem,
non denique labor ipse ad quietem. Poslremô signa et ta-
bulas caeteraque ornamenta graccorum oppidorum, quae cas-
1 2
Ceci nepeul pas s'appliquer à Ni les mains ni les pieds
Lucullus, qui ne s'enrichissait même. J ? -i n'ont ni pillé, ni volé,
qu'aux dépens de l'ennemi et qui ni causé aucun dégât dans les
refusait les subsides de Rome, marches.
;
disant que la guerre devait nourrir S'imposer des dépenses en fa-
la guerre. veur des soldats.
292 CICÉRON.

teri lollenda esse arbitrantur, ea sibi ille ne visenda quidem


existimavit.
Itaque omnes quidem nunc in his locis Cn, Pompeium
sicut aliquem non ex hâc urbe missum, sed de cœlo delapsum
întuentiir; nunc deniquè incipiunt credere fuisse homines
romanos hâc quondam abstinentiâ, quod jam nationibus ex-
teris incredibile ac falso mémorise proditum videbatur. Nunc
imperii nostri splendor illis gentibus lucet; nunc intelliguut
non sine causa majores suos, tum quum hâc temperantiâ ma-
gistratus habebamus, servire populo romano quàm imperare
aliis maluisse.
Jam vero ita faciles aditus ad eum privatorum, ita libéra
querimoniac de aliorum injuriis esse dicuntur, ut is qui dignitate
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principibus excellit facilitate par infimis esse videatur. Jam
quantum consilio, quantum dicendigravitate et copia valeat, in
quo ipso inest quaedam dignitas imperatoria, vos, Quirites,
hoc ipso in loco sœpè cognôstis. Fidem verô ejus inter socios
quantam existimari putatis, quam hostes omnium gentiunr
sanctissimam judicarint? Humanitate jam tantâ est, ut diffi-
cile dictu sit utrùm hostes magis virtutem ejus pugnantesti-
muerint an mansuetudmem victi dilexerint. Et quisquam
dubitabit quin huic tantum bellum hoc transmittendum sit,
qui ad omnia nostrac memoriacbellaconficienda divino quodam
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consilio natus esse videatur ?
E t , quoniam auctoritas4multum in bellis quoque admini-
stra ndis atque imperio militari valet, certè nemini dubium est
quin eâ re idem ille imperator plurimùm possit. Vehementer
autem pertinere adbella administranda, quid hostes, quid socii
de imperatoribus vestris existiment, quis ignorât, quum scia-
mus homines in tantis rébus, ut aut contemnant aut metuant,
aut oderint, aut ament, opinione non minus famae quàm
aliquâ certâ ratione commoveri ? Quod igitur nomen unquàm
in orbe terrarum clarius fuit? cujus res gestae pares ? de quo
homine vos, id quod maxime facît auctoritatem, tanta et
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tam pracclara juclicia fecistis ?

• Affabilité, 4
L a réputation.
* Les pirates. 5
« Pompée obtint les honneurs
3
Ces deux videatur sont un peu du triomphe, quoiqu'il fût encore
rapprochés. dans l'ordre des chevaliers et qu'il
POUR L A L O I M A N U , ! A .

An verô ullam usquam esse orani tam desertam putatis


que non iJIius diei fama pervaserit, quum universus populus
romanus, referto foro repletisqueomnibustemplis, ex quibus
hic locus conspici potest, unum sibi ad commune omnium gen-
tium bellum Cn. Pompeium imperalorem depoposcit? Itaque,
ut plura non dicam, neque aliorum exemplis confirmem
quantum hujus auctoritas valeat in bello, ab eodem Cn.
Pompeio omnium rerum egregiarum exempla sumantur; qui
quo die a vobis maritimo bello przcpositus est imperator, tanta
repente vilitas annonae ex summa inopiaet cantate rei frumen-
taria; consecuta est, unius hominisspeet nomine, quantamvix
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ex summA ubertate agrorum diuturna pax efficere potuisset .
Jam accepta in Ponto calamitate, ex eo praelio de quo vos
paulo antè invilus ndmonui, quum socii pertimuissent, ho-
stium opes animique crevissent, quum satis firmum praesi-
dium provincia non haberet, amisissetis Asiam, Quintes,
nisi ad ipsum discrimon ejus temporis* divinitùs Cn. Pom-
peium ad eas regionesfortuna populi romani attulisset. Hujus
adventus et Mithridatem insolitA inflammatum Victoria cou-
tinuit, et Tigranem înagnis copiis minitantem Asise retar-
davit. Et quisquam dubitabit quid virtute perfecturus sit qui
tantùm auctoritate perfecerit, aut quàm facile imperio atque
exercitu socios et vectigalia conservaturus sit qui ipso no-
mine ac rumore defenderit ?
Age vero illa res quanta m déclarât cjusdem hominis apud
hostes populi romani auctoritatem, quod ex Iocis tam lon-
ginquis tamque diversis, tam brevi tempore, omnes unà huic
sedederunt? quôd Crelensium legati, quum in eorum in-
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sulâ noster imperator exercitusque esset, ad Cn. Pompeium
inultimas propè terras venerunt, eique se omnes Cretensium
civitates dedere velle dixerunt ? Quid ? idem iste Mithridates,

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n'eût pas Page d'entrer au sénat; il * Les pirates qui couvraient
fut envoyé contre Sertorius avec les mers empêchaient les grains
un commandement proconsulaire, d'ahorder en Italie; l'élection de
quoiqu'il fût simple questeur; il Pompée ranima la confiance, et
triompha une seconde fois en Ton ne craignit plus à Rome de
vertu de la même dispense; il par- manquer de grains, » (Idem.)
vint au consulat sans avoir passé - A ce moment critique, au mo-
parles antres magistratures. » ment du danger.
3
(CLAMENT. ) Un de nos généraux.
CICÉRON.

nonne ad eumdem Cn. Pompeium legatum usquc in Ilispa-


T
niam misil? eum quem Pompeius legatum semper judicavit,
ii quibus semper erat molestum, ad eum potissimùm esse
missum speculntorem quàm legatum judicari maluerunt. Po-
testis igitur jam constituere, Quirites , liane auctoritatem,
multis posteà rébus gestis magnisque vestris judiciis ampli-
ficatam, quantum apud illos reges, quantum apud exteras na-
tiones valituram esse existimetis.
Reliquum est ut de felicitate (quam praestare de se ipso
nemo potest, meminisse eteommemorare de altero possumus ),
sicut rcqnum est homini de potestate deorum, timide et
pauea dieamus. lïgo enim sic existhno, Maximo, Marcello,
Scipioni, Mario et cacleris magnis imperatoribus, non solùm
propter virtutem, sed etiam propter fortunam, sacpiùs hn-
peria mandata atque exercitus esse commissos ; fuit enim pro-
fectô quibusdam summis viris quaedam ad amplitudinem , et
ad gloriam, et ad res magnas benè gerendasdivinitùs adjuncta
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fortuna . De hujus autem hominis felicitate, de quo nunc
agimus, hfle utar moderatione dicendi, non ut in illius potestate
fortunam positam esse dicam, sed ut practerita meminisse,
reliqua sperare videamur, ne aut invisa diis immortalibus
oratio nostra, aut îngrata esse videatur.
Itaque non sum prœdicaturus, Quirites, quantas ille res domi
militiacque, terra marique, quantâquefelicitategesserit ; ut ejus
semper voluntatibus non modo cives assenserint, socii obtem-
perârint, hostes obedierint; sed etiam venti tempestatesque
obsecundârint ; hoc brevissimè dicam, neminem unquàm tam
impudeotem fuisse qui a diis immortalibus tôt et tantas res
tacitus auderet optare quot et quantas dii immortales ad
Cn. Pompeium detulerunt. Quod ut illi proprium ac perpe-
tuum sit, Quirites, quum communis salutis atque imperii,
tumipsius hominis causa, sicuti facitis, velle et optare debetis.
Quare quum et bellum ita necessarium sit ut negligi non
possit, ita magnum ut accuratissimè sit administrandum, et
quum ei imperatorem praeficere possitis in quo sit eximia
belli scientia, singularis virtus, clarissima auctoritas, egregia
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Le même ambassadeur que des La Providence sait produire, au
jaloux voulaient faire passer pour besoin, des hommes extraordinaires,
un espion. qui ont un cachet particulier.
POUU LA- LOI M A. M L I A . 295
fortuna, dubilabitis, Quintes, quin hoc; tantùm boni, quod
vobis a diis irnmortalibus oblatuni et datum est, iu rempu-
blicam conservandam atque amplificandam conferatis?
Quôd si Romae Cn. Pompeius privatus esset hoc tempore,
tamen ad tantum bellum iserat deligendus atque mittendus.
Nunc, quum ad caeteras summas utilitates haec quoque op-
portunitas adjungatur, ut in iis ipsis locis adsit, ut habeat
exercitum, ut ab iis qui babent accipere statim possit, quid
exspectamus ? aut cur non, ducibus diis irnmortalibus, eidem,
cui caetera summa cum salute reipublicae commissa sunt,
hoc quoque bellum regium commiltimus?
At enim vir clarisshnus, amantissimus reipublicae, vestris
beneficiis amplissimis affectus, Q . Catulus, itemquesum-
mis ornamentis honoris, fortuuac, virtutis, ingenii pracditus,
Q. Hortensius, ab hâc ratione dissentiunt ; quorum ego au-
ctoritatem apud vos multislocis plurimùm valuisseet valere
oportere confiteor; sed in hâc causa, tametsi cognoscitis
auctoritates contrarias virorum fortissimorum et clarissi-
morum, tamen, omissis auctoritatibus, ipsâ re et ratione
exquirere possumus veritatem ; atque hoc faeiliùs qu