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Nathalie Cimino

Bi licence droit - histoire des arts et archéologie

Exposé de travaux dirigés


Histoire de la photographie

Allan Sekula
Remnants of a movie set - Abandoned shipyard
Los Angeles Harbor

C'est pourquoi le mantra indéfiniment répété comme quoi la


photographie aurait enfin atteint, ou retrouvé, le statut d'Art,
me semble tout à fait à côté de la question. Ce qui est bien plus
intéressant, c'est la modestie du médium, et la connaissance
essentielle développée à partir d'une attention prolongée et
rigoureuse pour l'observation. C'est là un argument en faveur
de l'aptitude de la photographie à représenter la vie
économique (.) et de l'affinité entre documentaire et
démocratie."Allan Sekula

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Sommaire

Introduction

Analyse formelle de la photographie

Une prise de vue, plusieurs pistes de réflexion


Circulation entre le texte et l’image

I - Rendre visibles les problèmes sociaux et les relations


économiques complexes

Montrer la réalité matérielle du port


Briser la figure mythique du port

2 - Le réalisme critique selon Allan Sekula

Le contexte
Une volonté d’échapper aux codes du photojournalisme

3- Une oeuvre liée à l’art et à l’histoire de l’art

Entre sensibilité moderniste et sensibilité réaliste


Un dialogue avec l’art conceptuel

Conclusion

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Introduction

Allan Sekula est un documentariste qui pense sa pratique comme


élaboration d’un sens jamais donné tel quel. Toujours à déchiffrer et à
construire. Il est l’un des premiers artistes à faire retour sur le
documentaire, en crise dans les années 1970. Cependant, il reste à part et
à contre-courant des normes esthétiques ainsi que de l’idéologie
dominante en présentant des photographies combinées à un système de
textes narratifs sous forme de documentaire. Il fait figure de précurseur du
renouveau du documentaire dans le panorama de la photographie
contemporaine. Allan Sekula est né en 1951 aux Etats Unis, à Erie et il est
également critique et essayiste. Il explore la photographie documentaire
en s’attachant à sa place dans l’art et dans la société contemporaine. Il
expose pour la première fois seul à l’âge de 22 ans en 1973 à la Galerie A-
402 de l’institut des arts de Californie. Cette exposition s’intitule
« Socialism Realism ». Jusqu’à la Documenta 11 de Kassel en 2002, Sekula
était peu reconnu. Aujourd’hui, l’artiste vit et travaille à Los Angeles.

Sa recherche se concentre sur les mécanismes du système


capitaliste mondialisé et ses conséquences sur les communautés locales.
Depuis le début des années 1970, il mène une enquête sur les conditions
politiques, économiques et sociales du capitalisme avancé.

Après avoir exploré l'univers portuaire et interrogé la condition des


travailleurs du monde maritime (FISH STORY, 1995-1996), il témoigne du
contexte politique, économique et social dans lequel vivent les populations
de part et d'autre de la frontière entre les États-Unis et le Mexique (DEAD
LETTER OFFICE, « Lettres en souffrance », 1996-1997). TITANIC's Wake
(1998-2000) est une recherche menée « sur la présence métaphorique de
la mer dans la vie sociale, politique et économique actuelle ». Il joue ici
avec le double sens du mot « Wake » signifiant en anglais à la fois sillage
et veillée funèbre.

Mais Sekula n’a pas commencé par la photographie, en 1970 il


pratiquait la sculpture et des « performing actions » (comme passer dans
un train de marchandises devant un lieu où il avait travaillé). Sortes de
défis artistiques destinés à provoquer des conflits avec de grands
systèmes techniques et économiques. Son engouement pour le monde de
la photographie est venu par la suite, de part son intérêt pour l’ambiguïté
de la fonction documentaire, son absence apparente d’esthétisation, ses
ambiguïtés et pour son potentiel critique. Il travail dans un soucis de ce
qu’il nomme réalisme critique, tout en contrastant son travail des
acceptations anciennes de la notion propres aux littéraires modernistes
tels Georg Lukács.

A la fois livre et installation, Fish story est un


projet dans lequel Sekula analyse les caractéristiques
sociales et économiques complexes du capitalisme

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avec des textes et photographies ayant pour thème le transport maritime
international des marchandises.
Fish story, réalisé entre 1989 et 1995, regroupe 105 photographies en
couleur réparties en 7 groupes consécutifs, 26 panneaux de textes et de
graphismes et 2 diaporamas de 80 diapositives en couleurs avec livrets
explicatifs et pupitres de lecture. Il photographie les ports de Barcelone,
de Gdansk, Glasgow, Hong Kong, Los Angeles, Mexico, Rotterdam, San
Diego, Ulsan et Varsovie. Les photographies sont regroupées sur un mode
séquentiel comprenant 7 chapitres avec des textes : Fish story, Loaves and
fishes, Middle passage, Seventy in seven, Message in a Bottle, True cross,
Dictatorship of the seven seas.

La photographie Remnants of a movie set - Abandoned shipyard -


Los Angeles Harbor est issue de ce travail.
Elle se situe dans le premier groupe de
photographies, intitulé lui aussi Fish story.
C’est une oeuvre riche, pensée et
conceptualisée que nous pouvons aborder
par l’étude de cette photographie. Fish story
trouve son
origine dans
deux oeuvres
d’art : Bartleby La mujer del
the scrivener
de Melville (un Puerto
employé de Bureau se refusant au travail) et
La mujer del puerto 1933, film obscure
d’Arcady Boytler (adaptation à Vera Cruz du
Port de Maupassant). Il s’est aussi découvert
Lange Oakland une affinité pour les photographies de
Dorothéa Lange montrant des ouvriers des
chantiers navals d’Oakland pendant la deuxième guerre mondiale.

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Analyse formelle de la photographie

Une prise de vue, plusieurs pistes de réflexion

La photographie Remnants of a movie set - Abandoned shipyard, est très


intéressante car elle permet d’envisager plusieurs problématiques propres
au travail de Sekula. Nous développerons ces problématiques dans des
paragraphes distincts postérieurement car il
convient en premier lieu d’analyser cette
photographie dans sa construction et dans ses
aspects formels.

La photographie Remnants of a movie set -


Abandoned shipyard, provient comme nous
l’avons dit de l’oeuvre intitulée Fish Story. Elle est
datée par l’artiste de janvier 1993 et le texte qui
l’accompagne nous informe du lieu photographié :
il s’agit d’une vue du port californien de Los
Angeles et plus précisément un aspect du
« Terminal Island ». Comme le précise le titre de la photographie, il s’agit
d’une vue sur un décors de cinéma réalisé dans un chantier naval
désaffecté.

La perspective est intéressante car on peut remarquer un jeu entre le


proche et le lointain, la ligne courbée de l’architecture au premier plan et
la plate linéarité du mur à l’arrière plan.

Au premier plan nous pouvons apercevoir un tableau au cadre usé et


probablement abandonné sur le mur. Il représente deux jeunes filles
assises devant un piano et lisant une partition de musique. Les robes, le
décors fleuri et la scène musicale permettent d’affirmer qu’il s’agit d’un
tableau réalisé dans une esthétique romantique. Un autre tableau, d’une
esthétique similaire semble joncher le sol à l’arrière plan.

Le traitement de la lumière est effectué sans flash. La couleur rouge


provenant du reflet de la lumière pénétrant par les trous dans les murs,
sur la brique contribue à créer une atmosphère vieillit et romantique. C’est
intéressant de noter ceci quand on sait que Sekula travaille sur les
antécédents du monde maritime. Aussi, la photographie donne de prime
abord une étrange sensation au spectateur. Sans la date de la
photographie délivrée par le texte on pourrait voir dans cette image une
représentation ancienne et romantique du port maritime. Cependant
Sekula ne réactive pas les mythologies néoromantiques des ports à travers
cette image. Aussi en deuxième lecture on se rend compte que Sekula a
précisément photographié cette scène pour éveiller notre regard. Une
vision romantique du port, détruite par le texte qui accompagne l’image :
tout est faux, ceci est un décors de cinéma. Le terme « remnants »,
« restes » en français pèse sur la photographie.

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Le travail de Sekula soulève la question de la représentation. Ce qui est
représenté dans cette image n’est pas seulement « l’impression d’une
trace » mais un combiné de références multiples à des problèmes
dépassant la cadre strict de la vue offerte par Sekula sur ces restes du
décors de cinéma. On peut effectuer un parallèle entre cette photographie
et Titanic’s wave, projet réalisé quelques années plus tard par Sekula.
Photographies se mêlent à de la documentation sur le montage du décors
du film hollywoodien par excellence : Titanic, près d’un petit village de
pêcheurs dont nul ne se soucia de la détérioration environnementale
causée par le tournage.

Aussi on peut voir à travers Remnants of a movie set - Abandoned


shipyard plusieurs problématiques : montrer l’impact et la trace du
capitalisme dans les ports. (imaginaire maritime, déchéance du port)
Exprimer un rapport de l’oeuvre documentaire à l’art. (tableaux
romantiques et art conceptuel). Envisager un renouveau de la forme
documentaire (réalisme critique) pour témoigner de la vie portuaire.

Circulation entre le texte et l’image

Pour Sekula la photographie est un mode d’énonciation fragmentaire dont


la portée sociale est tributaire du langage et du contexte.
Une circulation entre le texte et l’image est expérimentée. Comme nous
pouvons le voir dans Fish Story. Cette tendance s’inscrit dans une
continuation des travaux de Lewis Hine réformateur du début du XXème.
C’est pourquoi, dans Fish Story, la présentation sous forme de livre prend
une place très importante. C’est en soi un travail où la didactique et la
poétique se rejoignent. On remarque avec la photographie Remnants of a
movie set - Abandoned shipyard Los Angeles Harbor, que le texte est
d’une importance capitale car l’image n’est
pas auto suffisante : la compréhension du
sens est tributaire de données autres. Ici
Sekula choisi le texte au service de la
didactique. Le texte permet de resituer le
contexte. De donner un sens à la prise de vue
et d’établir le passé des éléments
photographiés. Ce n’est pas une image
atemporelle, c’est une image dépositaire d’un Ban kok Sung 2 -
témoignage qui pose des questions et traduit
une réflexion de Sekula. Questions invisibles
2002 Margareta
à première vue qui prennent tout leur sens à Klingberg
la lecture des indications textuelles.

De cette association émerge un récit. La série Fish story présente l’histoire


et la situation actuelle du secteur maritime. Les photographies ont été
prises en mer et dans les villes portuaires d’Amérique, de Corée, d’Ecosse
et de Pologne. C’est en fait par ces photographies, textes et diaporamas
combinés, que Sekula élabore un récit d’une grande précision.

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On peut rapprocher le travail de Sekula de celui de Margareta Klingberg
qui photographie les travailleurs taïlandais et d’Europe centrale employés
par les fabricants de confiture pour ramasser les fruits dans les champs et
forets du nord de la Suède. Les ouvriers sont comme dans Fish Story,
conscients d’être photographiés mais le caractère spontané de la
composition laisse supposer que la prise de vue fut rapide. Elle n’utilise
pas de trépied et rompt ainsi à ce caractère officiel donné par le choix
d’une telle technique. L’impact de ces photographies tient notamment au
fait que nous observons un groupe social rarement montré, et que nous
n’avons pas l’habitude de voir.

Allan Sekula Margareta


Klingberg

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Rendre visibles les problèmes sociaux et les relations
économiques complexes

« le monde de la mer est une composante essentielle de notre modernité


récente, car c’est le conteneur de fret, invention américaine des années
1950, qui a permis d’internationaliser la production. C’est un univers
formidable d’automatisation mais aussi de travail acharné - travail sans
témoins, anonyme, caché - de grande solitude, de déplacements et de
séparations familiales. Dans ces conditions, il est intéressant de trouver la
présence du social en mer, comme l’a fait Herman Melville » déclaration
de l’artiste 1998

Montrer la réalité matérielle du


port

L’oeuvre de Sekula est très


emprunte de référence à Erving
Goffman, sociologue américain, à
Marx, Durkheim et à Weber. Il
s’inspire aussi de la notion de
« geste social » propre a Brecht.
Sekula évoque souvent l’oeuvre
photographique sociale de Lewis
Hine et l’on comprend que la
représentation du travail soit le lien
logique de son oeuvre. Avec Fish
Story, Sekula repense aussi la
fonction contemporaine du travail.

Il voit dans le monde contemporain


un renversement symbolique des
rapports de force.

Dans Fish story, les photographies


et les séquences de diapositives
tissent des liens avec les textes
pour mettre en valeur l’histoire du trafic maritime et la situation que
connaît le secteur aujourd’hui.
Sekula montre que ce commerce incroyablement dispersé sur les rivages
et mers du monde entier est un aspect souvent oublié de la
mondialisation.

Sekula ne propose pas de solutions pour éviter les travers de la


mondialisation, ce qu’il cherche à faire c’est poser des questions
concernant la logique et l’autojustification du système. Il cherche à pointer
du doigt ces espaces portuaires indigents en tant que véritable gâchis du
système. Il montre les choses constitutives des différences de la post-
modernité.

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« Je crois que la photographie peut s'adresser à un public très large qui
peut inclure autant des néophytes que des spécialistes venant de milieux
très divers. En ce qui me concerne, se sont intéressés à mon travail des
géographes, des urbanistes, des spécialistes des théories littéraires ou des
arts visuels. Mon sentiment profond est que mon travail est perçu comme
se trouvant au croisement de toutes ces disciplines. Ainsi j'ai produit un
discours très varié dans lequel on retrouve la combinaison de l'image et du
texte, des éléments de fiction, des éléments historiques, d'histoire de l'art,
du reportage, etc. »

Sekula veut rendre visible, dans son travail, des problèmes sociaux et des
relations économiques complexes, et cela ne peut se faire à l'aide des
seules images. Sekula pense que la parole "ancre" l'image en lui attribuant
un sens précis auquel elle risquerait sans cela de se soustraire.

Allan Sekula met en relation les conditions de vie des travailleurs et le flux
de marchandises. Il étudie l’histoire culturelle et l’évolution industrielle de
grands sites portuaires et en livre des comptes rendus scientifiques et
théoriques. Il clôt ainsi un vaste cycle consacré aux géographies
imaginaires et matérielles du capitalisme.

Selon les propres termes de Sekula, son


travail vise à « construire des oeuvres de
l’intérieur des situations concrètes de la
vie, des situations où il y a conflit
d’intérêt ou de représentation ». Il se
risque ainsi dans un réalisme de
l’expérience quotidienne sous et contre
l’emprise du capitalisme ». Un réalisme
critique où tout un pan de l’activité
ouvrière a été soustraite à la vue et
délocalisée sous l’effet irrésistible de la
mondialisation. Fish Story dépasse le Allan Sekula
point de vue socio économique pour nous
offrir une dimension allégorique.

Sekula explique dans Fish Story que « grandir dans un port prédispose à
avoir des idées étranges sur la matière et la pensée ». Il développe aussi
l’idée selon laquelle le matérialisme est très présent dans la vie portuaire.
Beaucoup plus que dans les aéroports car l’espace aérien se rapporte à
l’air, il est dématérialisé et encourage « l’omnipotence de la pensée ».
Cette matérialité est véhiculée par la mer, par la force matérielle de la
mer. La vue, l’odorat et l’ouie sont beaucoup sollicités dans les ports et
c’est ce qui crée la force du matérialisme dans l’univers portuaire. Une
conception beaucoup plus matérielle des échanges économiques à
l’échelle mondiale. Il dit « ce que l’on voit dans un port, c’est le
mouvement concret des marchandises ». Les références à Marx sont
nombreuses notamment en ce qui concerne le rapport entre le port et le
marché boursier. Il explique que le marché boursier est l’endroit où règne
la figure abstraite de l’argent et le port est le lieu où les biens matériels

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apparaissent en vrac dans le flux même des échanges. Il expose
l’influence du capitalisme, du marché boursier dématérialisé sur le port
par la suppression progressive des odeurs des marchandises transportées.
Ces marchandises mises dans les « boites » n’ont plus d’odeur et ont les
proportions de billets de banque (la référence au container est
omniprésente dans l’oeuvre de Sekula). Pour Sekula, le charme mercantile
des ports semble donc avoir disparu au profit d’un commerce de
marchandises standardisé, anonyme et inodore.
En définitive, Sekula met en relief certains révélateurs des travers de la
modernité mondialiste. Il confronte le fantasme dématérialisé des élites
capitalistes pour qui l’information est essentielle et l’ordinateur seul
moteur de progrès, à la réalité matérielle du travail au sein des ports
maritimes.

Briser la figure mythique du port

A travers Remnants of a movie set - Abandoned shipyard, on peut voir ce


que Sekula nomme la transformation de l’espace
portuaire. Les chantiers navals sont convertis en
plateaux de cinéma. Pour Sekula le vieux port de
bord de mer, ses liens avec une culture
commune brisée par le chômage, est
maintenant mis en valeur pour encourager ce
qu’il nomme « une rêverie bourgeoise sur un
passé mercantile ». On doit donc voir dans cette
photographie un aspect essentiel de la transformation de l’univers
portuaire. L’utilisation de l’espace en décors de cinéma traduit à la fois
l’intrusion de la « rêverie bourgeoise » dans un univers qui ne correspond
plus à l’image passée et la mutation de l’univers vers une certaine
dématérialisation. Le passé lointain du port est entretenu par les acteurs
de la machine capitaliste (production hollywoodienne, bourgeoisie
rêveuse...) Entretenu en définitive par ce même acteur qui a conduit à la
perte de cette essence portuaire passée. La photographie Remnants of a
movie set - Abandoned shipyard bouscule, questionne cette
transformation et brise la figure mythique du port. Laquelle ne correspond
plus à la réalité contemporaine de cet univers.

Aussi, Fish story fait partie d’un cycle d’oeuvres sur le paysage symbolique
et matériel de la fin du capitalisme. Sekula brise la figure mythique du port
et montre la complexité de la représentation par le choix de multiples
références à des endroits spécifiques. La photographie Remnants of a
movie set - Abandoned shipyard souligne la transition et le changement
établissant un contraste frappant entre l’histoire de la mémoire de ces
ports, le folklore du port en tant que construction historique et littéraire et
le statut actuel du port et de ses communautés, dans la politique
mondiale. En opposant le tableau romantique à la construction en déclin
de l’arrière plan à droite, Sekula met en relief ce contraste.

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Sekula montre aussi que la photographie, en
tant qu’objet de la culture populaire, a
structuré la projection visuelle du rêve
américain.
Sekula se rapproche des artistes
photographes de l’Amérique latine qui
n’affrontent pas une idéologie dominante mais
une idéologie de la domination. Leur
économie étant ravagée par la dette
extérieure et leur vie politique déstabilisée par
les extrêmes de l’opulence. Comme dans le
port de Sekula, les faits parlent d’eux mêmes
en Amérique latine, les réalités vécues
contrastent vivement avec la chimère du
développement servie par les médias, la
télévision, le satellite et le cinéma
d’hollywood.

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Le réalisme critique selon Allan Sekula

« Il faut à tout prix comprendre », écrivait le géographe Edward Soja, « la


manière dont l’espace est façonné pour masquer nos inconséquences,
dont les relations de pouvoir et d’ordre sont inscrites dans la spatialité,
innocente en apparence de la vie sociale, et dont la politique et l’idéologie
se sont emparées de la géographie ».

Le contexte

Dans un entretient avec Pascal Beausse, Sekula


s’attache à recontextualiser les origines de son
intérêt pour le documentaire dans les années
1970 – 1980. En effet le genre est alors en péril
et la mort du documentaire social avait été
annoncée lors d’une exposition au MOMA
intitulée « New Documents ». Le commissaire,
John Szarkowski
propose, appuyé sur les travaux de Diane
Arbus, Gary Winogrand et Lee Friedlander, une
conception d’un nouveau documentarisme
comme courant artistique en tant que tel.
Sekula résiste à ces idées ce qui est très rare
dans ces années.

Gilles Saussier, réprouve à ses côtés la


Photographie tendance dominante. Il appelle cela « la
confiscation du champ documentaire par les
par Szarkowski
mass média ». Sekula stigmatise ce courant comme la réduction de la
photographie sérieuse à une relation ironique et fataliste avec le monde
réel. Sekula adhère au mouvement de la New Social Documentary.
Institution qui mène une critique idéologique des représentations sociales
et dont Sekula y est un représentant actif. Aussi il faut voir dans le travail
de Sekula une bribe des travaux entrepris par la New Social Documentary,
laboratoire d’une restauration du pouvoir critique dans lequel l’image joue
un rôle important, tout autant que le texte et autres outils de
communication. Par l’outil photographique, Sekula tente de trouver une
forme iconique susceptible de redonner vie à la dimension sociale du
documentaire. Cependant Sekula refuse la naïveté qui consisterait à dire
que le document donne le réel.

Pour Sekula, la construction du documentaire implique à la fois la


restitution de l’événement quotidien et sa mise en scène. Il fictionnalise en
liant le réel à la théâtralisation de la scène. Dans Remnants of a movie set
- Abandoned shipyard, nous pouvons remarquer cette construction : le
choix du point de vue par exemple permet de mettre en rapport le tableau
romantique avec le caractère vétuste du bâtiment. Ce choix de mise en

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scène étant destiné à offrir une lecture de la scène, à ouvrir des pistes de
réflexions sur sa problématique : l’impact du capitalisme sur l’univers
portuaire.

La tranquillité de la scène Remnants of a movie set - Abandoned shipyard


s’érige contre une contestation esthétisée des impacts du capitalisme sur
l’univers portuaire car la photographie explique Sekula, a tourné vers
l’image choc. Elle est devenue un genre artistique en soi et a versé dans le
formalisme. Elle a troqué son engagement social contre des manières de
voir subjectives. C’est pourquoi elle est souvent tombée dans l’exotisme.
Beaucoup d’artistes et d’écrivains politiquement engagés ont regretté
l’esthétisation de la photographie. C’est pourquoi de nombreuses oeuvres
d’arts et certains écrits se sont érigées contre cette tendance.

Martha Rosler avec The Bowery in two


inadequate Descriptive systems établit
une critique de ce qu’elle appelle la
« photographie de victimes ». Elle ne
cherche pas à regarder le quartier
new-yorkais de la Bowery d’un oeil
extérieur mais comme un quartier
devenu le produit d’un discours sur la
précarité. Elle rejoint en ce point Allan
Sekula qui lançait une mise en garde,
estimant que « l’aspect subjectif de
l’esthétique libérale est la compassion plutôt que le combat collectif. ».

Une volonté d’échapper aux codes du photojournalisme

Le travail d'Allan Sekula n'est pas de l'ordre de la photographie


documentaire au sens classique, ou des images racontent une histoire
visuelle autonome et esthétique.
Fish Story est un projet qui ne
met pas en évidence l’opposition
classique ville – campagne mais
traite d’un élément manquant
dans l’image du monde
contemporain : l’univers marin.
C'est en vain que le spectateur
cherchera des photographies
montrant la pointe dramatique
d'une action ou d'un événement.
L’image Remnants of a movie set
- Abandoned shipyard est révélée
par le texte. Dans ses projets, la
Titanic's Wake Allan
forme et le contenu revêtent la Sekula
même importance. C'est ce qui, dans ses expositions et ses livres, ressort
de la disposition des oeuvres en séquences, de l'incorporation de textes
plus ou moins longs et de l'agencement de l'espace. Sekula échappe aux
codes du photojournalisme. Un autre élément permet de montrer cette

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volonté, la photographie Remnants of a movie set - Abandoned shipyard
est en lumière naturelle. Sekula pense que le flash est une pratique photo
- journalistique, car le flash confond les codes.

Pour Sekula les containers qui s’empilent dans les zones portuaires
représentent par exemple « les cercueils de la main-d’oeuvre absente ».
Le naufrage chez Sekula devient ici la métaphore de l’exploitation
catastrophique des zones portuaires par le capitalisme. Mais les images
n’ont rien à voir avec les clichés violents diffusés dans les médias. Elles
sont anti spectaculaires. La photographie Remnants of a movie set -
Abandoned shipyard semble marquer ce décalage. Sekula ne nous montre
pas un cliché spectaculaire mais une vue plutôt douce et empreinte de
calme. Le hangar semble dormir, il n’est pas révolté. La contestation est
interne. Elle provient du coeur même de l’image, débroussaillée des restes
de l’économie cinématographique tantôt inaperçue, elle est révélée et
apparaît alors à la lumière du jour offrant des pistes de réflexion au
spectateur. C’est pourquoi, un deuxième regard sur Remnants of a movie
set - Abandoned shipyard est nécessaire après lecture de la légende pour
réinsérer la photographie dans un questionnement plus large sur
l’économie et la politique mondiale.

Sekula photographie la trace du tournage dans Remnants of a movie set -


Abandoned shipyard. Il met replace avec cette photographie l’action dans
le temps. Hier il y eut le tournage, aujourd’hui c’est ainsi et demain ? En
liant le passé et le présent Sekula interroge et questionne le devenir de
l’univers portuaire face au capitalisme.

Ce que Sekula entend par sa formule « réalisme critique » c’est un


attachement au caractère concret des représentations sociales. Dans Fish
Story, il se base sur l’expérience quotidienne pour monter le concret du
travail et de la vie portuaire.

Le travail de Sekula c’est aussi un refus radical du point de vue ironique et


présomptueux sur la culture populaire. Il s’oppose ainsi à la production
d’une image détournée et kitsch destinée à un spectateur d’élites et
renforçant la hiérarchie sociale. Renforçant l’écart entre les deux mondes
au profit d’une démonstration détournée de la supériorité du premier.

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Une oeuvre liée à l’art et à l’histoire de l’art

« Je pense que l'expression la plus adaptée pour le documentaire serait


une fonction hétérotopique cachée et non reconnue. Si l'on reprend les
idées de Foucault à propos de l'hétérotopie, c'est bien cet espace qui
remet en question les autres espaces. Et dans mon travail, c'est le genre
documentaire qui remet en question les autres genres, en partie parce
qu'il semble transparent, et cependant il ne l'est pas : il est constitué
d'une structure articulée sans fin et j'aime à penser que le documentaire
remet l'art en question. »

Montrer les groupes marginalisés constitue l’une des préoccupations


majeures de la photographie documentaire depuis les années 1920. Dans
les mains de Sekula elle devient un outil
social et politique crucial. Sekula démontre
que l’art permet d’aborder de manière
pertinente les questions majeures qui se
posent à notre société actuelle. Sekula a fait
en sorte que ses photographies ne puissent
être réduites à une image ou une idée type
qui résumerait à elle seule son propos. Cette
manière d’envisager son travail lui a permis
d’éviter d’être absorbé par le marché de l’art
tout en demeurant très présent depuis la
documenta de Kassel dans les expositions internationales.
Fish Story est, par certains aspects, une étude d’histoire de l’art. Le
documentaire suit toute une tradition de représentations de l’économie de
la mer. De la peinture hollandaise du 17ème siècle au porte container que
l’on trouve dan l’art minimal et chez Warhol (brillo box) ou encore chez
Judd. On puet voir que dans la Partie Dismal Science n°1 (un des
commentaires dans Fish story) que Sekula établie une antologie du
traitement iconographique de la figure portuaire dans la peinture. Il étudie
un artiste allemand du 17ème Engels ainsi que Conrad et Turner parmi
d’autres. Une chose importante est signalée : « le spectateur de l’art
allemand du 17ème est un spectateur actif, mobile, inquisiteur, il s’oppose
au spectateur des toiles de la renaissance italienne, contemplant un sujet
fixe, en perspective ». L’oeuvre Remnants from a movie set apporte donc
une pierre à l’édifice. Sekula dénonce : le spectateur mobile « allemand »
s’est transformé en figure de consommation passive. Le spectateur de
Sekula doit être actif, il doit lire et réfléchir. On observe alors la
provocation d’un retour à l’art du 17ème en ce qui concerne le traitement de
l’attitude du spectateur.

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Entre sensibilité moderniste et
sensibilité réaliste

Dans une interview recueillie par la


Société française de photographie en
juillet 2002, Sekula expose « Je
m'efforce de représenter la société de
manière globale; les détails, les
moments, les instants sont insérés dans
un cadre plus large de relations
économiques et sociales. Je ne me fais
aucune illusion quant à la capacité du
photographe à rendre une vérité
universelle. Ce qui m'intéresse c'est,
d'une part, la tension entre les
spécificités de la photographie et son
Walker Evans caractère aléatoire et, d'autre part,
Kitchen l'illusion d'une représentation dans un
contexte plus large. Je pense que l'on peut parler d'aspect poétique dans
l'image, mais il faut également exprimer sa résistance aux différentes
stratégies manifestes “d'esthétisation”. Il faut faire respecter l'objectivité
de la photographie, et c'est là que pour moi se trouve le point culminant
de rencontre, en photographie, entre une sensibilité moderniste et une
sensibilité réaliste. La photographie étant un médium modeste parce que
descriptif, elle sous-entend les conditions esthétiques déjà présentes dans
un monde qu'elle ne fait que décrire. Cela caractérise le travail d'Eugène
Atget et de Walker Evans dans lesquels l'objet jouit d'un certain respect de
par ses propriétés esthétiques intrinsèques, ces dernières étant liées à la
politique et à une certaine économie générée par les goûts de l'époque. »
On retrouve cette conception dans Remnants of a movie set - Abandoned
shipyard. La photographie sous entend les conditions esthétiques déjà
présentes dans le monde : les restes du décors dont les propriétés
esthétiques sont des produits de l’industrie cinématographique. Par
conséquents elles sont générées par les goûts de l’époque contemporaine.

Sekula n’oppose pas l’esthétique et la connaissance, pour lui le compte


rendu esthétique a une énorme mission d’intégration. « Suite aux travaux
sur l'histoire de la critique du jugement, on a bien vu que l'esthétique
intervenait davantage avec l'éthique, la logique et l'épistémologie dans les
questions de morale et de vérité, questions qui ne peuvent être jugées
qu'à la lumière de l'esthétique dans l'analyse finale. » Pour Sekula
l’esthétique est une propriété que chacun d’entre nous possède, et qu’il
est vain de vouloir s’en défaire. C’est pourquoi Sekula voit dans le choix de
l’inesthétique une « version compensatoire de l’esthétique ». Une position
de rejet qui est quand même un choix esthétique.

Remnants of a movie set témoigne de l’importance que donne Sekula à la


fonction descriptive de la photographie. L’oeuvre est belle, elle attire

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l’attention mais elle ne tombe pas dans un surplus d’esthétisation. Il y a
chez Sekula ce même rapport qu’Evans à l’objet. L’intermédiaire
photographique doit respecter l’objet et son sens.

« La fonction descriptive est un modèle très important. Le principe qui


consiste à respecter l'objet et à ne pas le soumettre à un traitement trop
esthétisant est la base de la construction d'une relation entre les différents
éléments photographiques qui tendent en grande partie à favoriser une
séquence par rapport à une série, une sorte de flot d'images. »

Un dialogue avec l’art conceptuel

Au commencement de son travail photographique, Sekula s’intéresse à


l’art conceptuel. Ses premiers travaux de 1970, 1971 et 1972, étaient très
liés à cette rencontre avec l'art conceptuel. Cependant la photographie en
elle-même intéresse beaucoup Sekula aussi son intérêt pour ce qu’il
appelle « l'ambiguïté de l'enregistrement photographique » va donner à
sa photographie un tournant différent. « Ce que je peux dire, c'est que
mon travail établit un dialogue avec l'art conceptuel, mais je ne me
considère pas moi-même comme un artiste conceptuel. » « D'ailleurs, je
pense que la plupart des artistes conceptuels sont des idéalistes dans le
sens où ils séparent la pensée et la matière; le genre de matérialisme que
les artistes conceptuels utilisent est plutôt limité et ils ne s'épanchent pas
vers le monde ». Or précisément Sekula s’épanche vers le monde
maritime. Il perçoit son travail comme un croisement de plusieurs
disciplines dont la géographie, les théories littéraires, le cinéma et même
l’histoire de l’art. « j'ai produit un discours très varié dans lequel on
retrouve la combinaison de l'image et du texte, des éléments de fiction,
des éléments historiques, d'histoire de l'art, du reportage ». Ce rapport à
l’art se retrouve dans Remnants of a movie set - Abandoned shipyard. On
peut trouver des affinités avec la photographie plus ancienne. Comme
c’est le cas ici, Sekula rencontre de par le monde certaines affinités avec
d’autres styles. Ici c’est aussi avec la peinture et le cinéma que Sekula
dialogue.

Les balbutiements de la réflexion sur le rapport entre l’art et le document


dans l’oeuvre de Sekula remonte à son « Sketch for Geography Lesson »
qui est le premier volet de son travail sur l’univers portuaire.

C’est en 1983 que s’amorce cette réflexion. Il envisage dans cette oeuvre
les rapports entre la peinture romantique allemande et les zones
frontalières de la guerre froide. Il livre des analyses érudites et
rigoureuses, les portraits et les paysages sont imprégnés d’une tonalité
épique et prennent déjà une résonance métaphorique.

Un parallèle se dessine chez Sekula entre le container, figure du


commerce, du mouvement et des échanges et le cube sériel propre à l’art
conceptuel.

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Sekula cherche à préciser le mécanisme de la beauté documentaire à
travers toute son oeuvre et Remnants of a movie set - Abandoned
shipyard est un bon témoin de cette recherche.

Il étaye l’idée selon laquelle le documentaire n’est jamais la restitution


plate et objective d’un réel donné. Il évoque son rapport à l’art de la
peinture hollandaise du XVIIème siècle et à l’art minimaliste.

Via le motif du container : il entre dans la sphère de la sérialité comme ont


pu le faire les minimalistes, Donald Judd par exemple.

Donald Judd Sans titre 1969 Allan Sekula

Freeway to China and Other Maritime Fables Donald Judd

Allan Sekula établit un renversement des points de vues en opposant la


mobilité du conteneur à l’inertie dramatique de l’oeuvre d’art.

« Je pense que dans


certains de mes travaux,
et en particulier dans
Fish Story, on peut
trouver certaines
affinités parfaitement
délibérées avec d'autres
styles. Je ne le fais pas

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Bern et Hilla Becher


pour rien, il s'agit parfois d'éléments rencontrés de par le monde et qui me
font penser à des photographies plus anciennes. J'essaye ainsi d'établir un
dialogue avec ces photographies et parfois même avec la peinture. » On
observe un rapport entre Remnants from a movie set et l’oeuvre des
Becher dans le fait que toutes deux tendent à être des témoignages d’un
monde en train de disparaître. Un monde économique. Cependant l’oeuvre
des Becher se distingue de celle de Sekula en ce qui concerne la
démarche photographique. Prises en tant qu’éléments d’une série, les
photographies des Becher sont beaucoup plus conceptuelles.

Chez Sekula la diversité prime : « Au cours de ma carrière, j'ai effectué des


travaux dont je dirais qu'ils avaient un style photographique vraiment
affirmé et je les ai diversifiés pour différentes raisons. J'aime qu'un travail
fasse référence à des éléments de tradition photographique et cependant
diversifier ces références au cours de son développement comme un
roman pourrait le faire : en se référant à un style d'écriture et, quelques
chapitres plus loin, à d'autres. »

Conclusion

L’oeuvre de Sekula est riche. En réactivant la forme documentaire au sein


d’un système photo-texte narratif, il s’est affronté aux déficits de
représentation frappant le monde du travail maritime. Etudier Allan
Sekula, c’est se confronter à une oeuvre pensée et construite, mêlée à de
nombreuses références philosophiques.. Fish Story est une anthologie de
la représentation du port dans l’art qui combine art, littérature,
philosophie, économie, géographie et cinéma. Remnants from a movie set
possède en définitive une place entre art et information et atteste des
problématiques chères à Allan Sekula : Une véritable oeuvre enquête sur
l’imaginaire maritime à l’ère de la mondialisation.

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Bibliographie

Ouvrages généraux

Michel Freitag, Critique de l'économie. - L'oubli de la société. Pour une


théorie critique de la postmodernité , Les Presses de l'Université Laval,
2002.

Olivier Lugon, Le style documentaire, d’August Sander à Walker Evans,


MACULA, Paris 2001.

Dominique Baqué, Pour un Nouvel Art politique, de l’art contemporain au


Documentaire - pages 202 à 207, Flammarion, Paris, 2004.

Charlotte Cotton, La photographie dans l’art contemporain, Thames and


Husdon, Londres, 2004.

Christian Gattinoni, Yannick Vigouroux, La photographie contemporaine,


SCALA, Paris, 2002.

Michel Poivert, La photographie contemporaine, Flammarion, Paris, 2002.

David Company, Art et photographie, Phaidon, 2005

Dot Tuer, Retour sur Colomb, une analyse la pratique photographique dans
le monde post-moderniste, in Collectif, Treize essais sur la photographie,
Musée canadien de photographie contemporaine, p. 196, 1990.

Catalogues d’exposition

Collectif, A dialogue about recent american and european photography,


Exposition organisée par Jean-François Chevrier et Ann Goldstein, Museum
of Contemporary Art, Los Angeles, du 28 juillet au 27 octobre 1991.

Allan Sekula, Geography Lesson: Canadian Notes, Catalogue d’exposition,


Vancouver, 1997.

Ouvrages spécialisés

Allan Sekula, Titanic’s wake, Le point du jour, 2003.

Allan Sekula, Fish story, Richter Verlag, 2002.

Articles de presse

Pascal Beausse, The critical realism of Allan Sekula, Art Press n°240, p.20,
novembre 1998.

Entretien avec Allan Sekula, Bulletin de la SFP, 7e série-N°14, juillet 2002.

20/21
Allan Sekula, Walking on water, Caméra Austria n°53, p.20, 1994.

Allan Sekula, Sketch for a geography lesson, Caméra Austria n°25, p.19,
1984.

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