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L'actualité de la philosophie

Celui qui choisit aujourd'hui de faire de la philosophie son métier doit renoncer dès l'abord à l'illusion qui accompagnait autrefois les projets philosophiques : qu’il est possible de saisir la totalité du réel par la force de la pensée. Aucune raison justificatrice ne saurait se retrouver ellemême dans une réalité dont l'ordre et la figure anéantissent toute exigence de raison ; c'est par la polémique uniquement qu'elle s'offre en tant que réalité entière à celui qui veut connaître, tandis qu'elle ne donne qu'à travers restes et ruines l'espoir d'arriver un jour à la réalité véritable et juste. La philosophie que la raison fait aujourd’hui passer pour telle ne sert à rien d'autre qu'à occulter la réalité et à reconduire éternellement son état actuel. Anticipant toute réponse, la question inclut déjà cette fonction, une question que l'on qualifie aujourd'hui de radicale et qui pourtant est la moins radicale de toutes : la question de l'être comme tel, ainsi que la formulent expressément les nouveaux projets ontologiques et ainsi qu’elle fondait aussi, malgré toutes les oppositions, surmontés. les Car systèmes cette idéalistes que l'on estime comme question présuppose,

possibilité de réponse, que l'être comme tel soit adéquat et accessible à la pensée, que l'idée de l'étant se laisse interroger. Mais l'adéquation de la pensée à l'être en tant que totalité s'est décomposée, et ainsi l'idée de l'étant ellemême ne se laisse plus questionner, alors qu'elle ne pourrait briller que comme étoile au clair firmament d'une réalité ronde et close et qu'elle a pâli peut-être pour toujours à l’œil humain depuis que les images de notre vie ne sont plus cautionnées que par l'histoire. L'idée de l'être est devenue

impuissante en philosophie ; elle n'est rien de plus qu'un principe formel vide dont la dignité archaïque aide à habiller des contenus arbitraires. La richesse de la réalité, en tant que totalité, ne se laisse pas subordonner à l'idée de l'être qui lui dicterait son sens ; pas plus que l'idée de l'étant ne se laisse construire à partir des éléments du réel. Elle est perdue pour la philosophie, et son exigence de saisir la totalité du réel est ainsi atteinte dans son origine. L'histoire de la philosophie elle-même en témoigne. La crise de l'idéalisme est synonyme d'une crise de l'exigence philosophique de totalité. La ratio autonome - telle était la thèse de tous les systèmes idéalistes - devait être capable de développer à partir d'elle-même le concept de réalité et toute réalité elle-même. Cette thèse s'est dissoute. Le néokantisme de l'école de Marburg qui aspirait avec la plus grande rigueur à tirer des catégories logiques le contenu de la réalité a certes conservé sa cohérence systématique, mais a dû par contre renoncer à tout droit sur la réalité et se voit relégué dans une région formelle dans laquelle toute détermination de contenu s'estompe en point de fuite virtuel d'un processus infini. La position opposée à l'école de Marburg dans le champ de l'idéalisme, la philosophie de la vie de Simmel, avec son orientation psychologiste et irrationaliste, a certes gardé le contact avec la réalité qu'elle traite, mais elle a par contre perdu tout droit signifiant sur l'empirie envahissante et s'est résignée au concept aveugle et obscur de nature du vivant qu'elle s'est efforcée en vain d'amplifier en la transcendance confuse et illusoire du plusque-la-vie. L'école de Rickert enfin, en Allemagne du sudouest, médiatrice des extrêmes, estime disposer dans les valeurs de paramètres philosophiques plus concrets et plus

C'est dans cette situation que débute l'effort de l'esprit philosophique que nous connaissons sous le nom de phénoménologie : l'effort d'atteindre. après la ruine des systèmes idéalistes et avec l'instrument de l'idéalisme. soit de la recherche scientifique. les philosophies scientifiques renoncent dès l'abord à la question fondamentale de l'idéalisme quant à la constitution du réel pour ne la laisser subsister que dans le cadre d'une propédeutique des sciences particulières déjà constituées. une base solide. – A l'écart des grandes solutions proposées par la philosophie idéaliste. et qui plus est des sciences de la nature. aussi contestable que ce soit. sans contrainte dans le réel. avec ces valeurs. une ontologie de pacotille aussi peu capable de soutenir la question du d'où-valoir que celle du pour-quoi-valoir. que Le celles profond paradoxe par la de toutes les intentions postphénoménologiques est qu'au moyen des mêmes catégories produites pensée subjective . sans transparence dans le spirituel . la ratio autonome. et elle a développé une méthode qui fait entrer l'empirie en relation. Mais lieu et origine des valeurs restent indéterminés . un ordre de l'être qui contraint au-delà du sujet. ils sont situés quelque part entre la nécessité logique et la diversité psychologique . sont elles à oubliaient travers que chaque leurs propres constatations présupposé indissociablement liées aux problèmes historiques et à l'histoire de ces problèmes et qu'elles ne peuvent trouver de solution en dehors d'eux. et elles estiment en revanche posséder dans les données. soit de la structure de la conscience. En ayant perdu la relation aux problèmes historiques de la philosophie.maniables que ceux que l'école de Marburg possède dans ses idées.

et les productions tardives de la phénoménologie peuvent d'autant moins dénier cette origine qu'elles s'efforcent de la cacher. et de le rendre fécond. Dans son domaine règne l'esprit autonome. Mais on ne peut méconnaître . que pour cette raison toutes les descriptions de Husserl font partie du cercle de cette raison.cartésienne elles aspiraient précisément à obtenir l'objectivité que contredisent à l'origine ces intentions.et le fait de l'avoir exprimé ouvertement prouve la grande et pure sincérité de ce penseur . de la spontanéité .que les analyses des données faites par Husserl restent toutes en relation avec un système inexprimable de l'idéalisme transcendantal dont l'idée est finalement aussi formulée chez Husserl . Mais il ne l'a pas fait éclater. que la “ justice de la raison ” reste la dernière instance de la relation entre raison et réalité . Husserl a purifié l'idéalisme de tout surplus spéculatif (von jedem spekulativen Zuviel) et l'a mis à la mesure de la plus haute réalité encore à sa portée. La vraie découverte productive de Husserl . dans son importance pour le problème fondamental du rapport entre raison et réalité. tel que les courants positivistes l'avaient développé.plus importante que la méthode de la “ contemplation de l'être ” (Wesensschau). Ce n'est donc pas un hasard si chez Husserl la phénoménologie procède justement de l'idéalisme transcendantal. Il a arraché à la psychologie le concept de l’intuition donatrice originaire et reconquis dans le développement de la méthode descriptive de la philosophie une fiabilité de l'analyse limitée que celleci avait depuis longtemps perdue au profit des sciences particulières. seulement il a renoncé à l'exigence de la force productive de l'esprit. elle-même plus efficace vers l’extérieur fut de reconnaître. comme chez Cohen et Natorp . le concept de donnée non déductible.

de prendre possession de la sphère de ce qu'il peut atteindre de manière adéquate. contredire expressément cette conception. Je établi dois seulement de manière formelle dans la description faite par noétique-noématique.kantienne et fichtienne. La conception courante de l'histoire philosophique des trente dernières années veut voir ses limites dans cette modestie de la phénoménologie husserlienne et la considère comme le début d'un développement qui conduit finalement au projet accompli Husserl de de précisément la relation cet ordre de l'être. que cette philosophie a un jour conçues de manière si séduisante sur l'arrière-plan d'une doctrine catholique achevée. comme seul Kant lui-même l'avait fait. Quand. et se contente. La transition vers la “ phénoménologie matérielle ” n'est qu'illusoire et s'est faite aux dépens le de cette fiabilité droit du de résultat la qui garantissait fondement en méthode phénoménologique. les éternelles vérités fondamentales se succédaient à un rythme rapide pour être finalement reléguées dans l'impuissance de leur transcendance. Il montre bien plutôt que le passage de la phénoménologie des régions de l'idéalisme formel aux régions matérielles et objectives n’a pas été obtenu sans fossé ni doute. Mais le développement énigmatique et inquiétant de Scheler doit être compris de manière plus rigoureuse que seulement sous la catégorie d'un destin spirituel individuel. dans le développement de Max Scheler. mais que les images d'une vérité transcendant l'histoire. on peut y voir certes le questionnement infatigable et pressant d'une pensée qui ne participe de la vérité que dans le mouvement d'une erreur à l'autre. s'emmêlaient et se décomposaient dès qu'on les visitait au sein même de cette réalité dont l’appréhension constitue précisément le programme de la “ phénoménologie .

matérielle ”. même au sens d’une philosophie de l’histoire. Ce dernier tournant de Scheler me semble tirer sa vraie valeur exemplaire de ce qu'il a lui-même reconnu comme matériel et métaphysique le fossé entre l'idée éternelle et la réalité que la phénoménologie s'est efforcée de surmonter en pénétrant dans la sphère matérielle. la doctrine de Martin Heidegger se présentera aussi autrement que la fait apparaître le pathos du commencement. Pour cette raison. la seule éternité dont dispose sa philosophie est celle de la dynamique illimitée et immaîtrisée. il ne reste plus que la métaphysique de la force . un désespoir objectif qui transforme le projet . à la question subjective . la phénoménologie matérielle a effectué son propre retrait dialectique : de son projet ontologique. du moins dans les écrits publiés. Sous l'aspect de cet auto-retrait de la phénoménologie. la dernière profondeur qui s'ouvrit à lui fut celle du désespoir dans laquelle la subjectivité se décompose . ce n'est donc pas un hasard. l'exigence de l'ontologie matérielle a été réduite au domaine de la subjectivité et cherche dans sa profondeur ce qu'elle ne peut trouver dans la plénitude ouverte de la réalité. En Scheler. La question des idées objectives et de l'être objectif chez Heidegger a fait place. La dialectique inquiète de Kierkegaard ne put trouver aucun être fermement fondé dans la subjectivité . Mais le projet de Kierkegaard est brisé et ne peut être reconstitué. qui explique son effet à l'extérieur. et de ce qu'il a abandonné la réalité à une “ force ” (Drang) aveugle dont la relation avec le ciel des idées est obscure et problématique et ne laisse tout juste d'espace qu'à la plus faible trace d'espoir. si Heidegger a justement recours au dernier projet d'une ontologie subjective que la pensée occidentale a produite : la philosophie existentielle de Sören Kierkegaard.

Mais saut et négation dialectique de l'être subjectif constituent également ici leur seule justification : sauf que l'analyse du donné. lequel reste inauthentique. Avec cette conception . tandis que Heidegger parle en catégories ontologiques sans que dans cette affaire . et trouve sa détermination la plus haute dans le paradoxe qu'ici l'esprit subjectif doit se sacrifier lui-même et conserve en revanche une foi dont les contenus. dans laquelle Heidegger reste lié à la phénoménologie spéculation et se distingue de par principe de la la idéaliste Kierkegaard. aveugle et obscur : dans la mort.celle du passage de la phénoménologie en . jaillissent uniquement de la parole biblique. On ne peut taire qu'ainsi la phénoménologie est en passe de se clore précisément dans le vitalisme auquel elle déclara la guerre à son origine : la transcendance de la mort chez Simmel se distingue de celle de Heidegger seulement en ceci qu'elle reste dans des catégories psychologiques.par exemple l'analyse du phénomène de l'angoisse . Avec la métaphysique de la mort de Heidegger. de cet espace infernal elle ne peut se sauver qu'à travers un “ saut ” dans la transcendance.de l'être dans la subjectivité en un projet de l'enfer . Ce n'est que par l'hypothèse d'une réalité “ sous-la-main ”. par principe non dialectique et historiquement prédialectique. que Heidegger peut se soustraire à une telle conséquence. interdit transcendance de la foi et son saisissement spontané dans le sacrifice de l'esprit subjectif et ne reconnaît plus à sa place qu'une transcendance vers l'être-ceci (Sosein) vital. contingents pour la subjectivité. la phénoménologie scelle un développement que Scheler inaugurait déjà avec sa doctrine de la force.un moyen sûr de différenciation puisse encore être trouvé. sans contenu et lui-même un acte subjectif de pensée.

Avec le concept de l'“ être-jeté ” posé comme dernière condition de l'être de l'homme. Elle a aussi peu su décrire l'être comme autonome et fondamental qu’elle avait su auparavant le déployer d'elle-même. l'angoisse et la mort. Je me suis penché sur l'histoire récente de la philosophie non pas pour donner une orientation générale de l'histoire de l'esprit. Si tout ne trompe pas. l'être-jeté. Pour la deuxième fois. A l'exigence ontologique ne satisfont plus que les catégories. Il n'est besoin que de la compréhension de l'étroitesse des catégories existentielles de Heidegger. la vie devient aussi aveugle et vide de sens en elle-même qu'elle le fut seulement dans la philosophie de la vie. et le pur concept de vie se attire complètement la chute à lui le projet de la ontologique philosophie heideggerien.s'accorde le fait que Heidegger ne put échapper à la deuxième grande menace de l'ontologie phénoménologique. qui ne peuvent bannir la plénitude du vivant. celle qui vient de l'historisme. la philosophie se trouve impuissante devant la question de l'être. L'exigence de totalité de la pensée est rejetée sur la pensée même et finalement là aussi brisée. à la souveraineté desquelles la phénoménologie voulait soustraire la pensée : subjectivité pure et temporalité pure. mais parce que seule l'intrication historique des questions et des réponses donne une image précise de la . qu'il l'utilisa comme constituant de l'être homme : grâce à quoi l'effort de la phénoménologie matérielle de visiter l'éternel de l'homme se résout de manière paradoxale : il ne reste d'éternel que la temporalité.vitalisme . et la mort sait aussi peu lui accorder un sens positif ici que là. avec cet élargissement prépare définitive phénoménologique. que parce que lui-même ontologisa le temps.

et à plus forte raison des sciences logiques et mathématiques . dans une formulation simple : si la philosophie ellemême peut être de quelque actualité. se prolonge aujourd'hui avec Carnap et Dubislav et opère en relation étroite avec les logiciens et avec Russell - . mais la vérité. Cette liquidation de la philosophie commence dès la moindre présence du sérieux de la science.question de l’actualité de la philosophie. Par actualité on n'entend pas sa vague “ échéance ” ou non-échéance en raison d'idées informelles sur la situation générale de la pensée. C'est-à-dire. et de ce qu'elles intégrèrent complètement le contenu de la critique de la connaissance. y compris les sciences mathématiques.je pense à la nouvelle école de Vienne qui s'est développée à partir de Schlick. un sérieux dont le véritable poids vient de ce que les sciences particulières. mais tout à fait à la lettre . Grâce aux méthodes affinées de la critique de la connaissance. se sont affranchies depuis longtemps de l'appareil conceptuel naturaliste qui au dix-neuvième siècle les rendait inférieures aux théories idéalistes de la connaissance. la logique la plus progressive . toute philosophie pour laquelle aujourd'hui l’enjeu n'est pas la consolidation de la situation existante de l’esprit et de la société. La question ne doit pas du tout être prise de manière rhétorique. mais plutôt ceci : si après l'échec des dernières grandes tentatives une adéquation peut vraiment encore exister entre les questions philosophiques et la possibilité de leur réponse : si le véritable résultat de la plus récente histoire problématique ne serait pas beaucoup réponse plus aux l'impossibilité fondamentale d'apporter questions cardinales de la philosophie. se voit confrontée au problème d'une liquidation de la philosophie elle-même. après l'échec des efforts en vue de philosophies grandes et totales.

Il faut cependant dire que. D'après cela. on ferait mieux de liquider d'un coup la philosophie et de la dissoudre dans les sciences particulières que de lui venir en aide avec un idéal de poétique qui ne signifie rien d'autre qu'un mauvais déguisement ornemental de fausses pensées. dans les propositions analytiques. malgré tout. tout ce qui va outre le vérifiable par l'expérience est interdit . et surtout qu'elle n'est elle-même philosophiquement absolument pas aussi dénuée de présupposés qu'elle .entreprend d'émettre une réserve exclusive sur toute véritable connaissance ouverte de l'expérience et de chercher toutes les propositions qui d'une manière ou d'une autre dépassent le champ de l'expérience et sa relativité uniquement dans les tautologies. la thèse de la possibilité principielle de dissolution de toutes les questions philosophiques en questions des sciences particulières n'est aujourd'hui absolument pas assurée de manière indubitable. mais pour toute conception qui voudrait défendre la philosophie devant l'exigence d'une scientificité exclusive et reconnaît pourtant elle-même cette exigence .un concept de poétique philosophique dont le non-engagement devant la vérité n'est plus dépassé que par son étrangeté à l'art et son infériorité esthétique . la question kantienne de la constitution de jugements synthétiques a priori deviendrait tout simplement sans objet parce que de tels jugements n'existent absolument pas . L'idéal de cette philosophie scientifique en tant que telle comporte comme complément et annexe . la philosophie devient seulement une instance de structuration et de contrôle des sciences particulières sans avoir le droit d'ajouter un élément essentiel de son crû aux constats des sciences particulières.non certes pour l'école de Vienne.

mais sous la pression de . mais il a été résolu seulement de manière arbitraire et sans rigueur aucune : celui de la conscience étrangère. Je vois sa signification moins dans le fait qu'elle a effectivement réussi le passage projeté de la philosophie en science que dans le fait que. ne purent être résolus : d'une part le problème du sens de “ donnée ” elle-même.prétend l’être. sur la base de cette thèse. Je rappellerai simplement deux problèmes qui. mais prend une figure qui change avec l'histoire et est en intelligence avec elle. la doctrine de l'école de Vienne est attirée dans cette même continuité philosophique qu'elle voudrait tenir éloignée d'elle. tandis que la méthode empiriocritique présuppose pourtant nécessairement déjà une conscience étrangère dans la langue dont elle dispose et dans le postulat de sa vérifiabilité. La philosophie ne se métamorphosera pas en science. catégorie fondamentale de tout empirisme. Par la seule position de ces deux problèmes. mais à cet endroit il a adopté naïvement le point de départ kantien. identique et transcendantal. elle fait ressortir les contours de tout ce qui en philosophie dépend d'autres instances que de celles de la logique et des sciences particulières. L'autre problème est courant pour lui. qui pour l'empiriocriticisme n’est accessible que par l'analogie et ne peut être composé qu’après coup sur la base d'expériences personnelles . par la précision de sa formulation de ce qui en philosophie est une science. Ce problème n'a jamais été posé dans le cadre de l'empiriocriticisme. pour laquelle la question du sujet correspondant ne cesse de subsister et ne peut trouver de réponse que par la philosophie de l'histoire : car le sujet de la donnée n'est pas un sujet a-historique. Pourtant cela ne dit rien contre l’importance extraordinaire de cette école. du moi étranger. même du plus moderne.

La différence centrale est bien plutôt celle-ci : que la science particulière accepte ses constats. du moins les derniers et les plus profonds de ses constats comme étant indissolubles et reposant sur eux-mêmes. ressortissent des sciences particulières et troublent les problématiques philosophiques. comme l’opinion banale le pense encore aujourd'hui. en tant qu'ils sont spécifiquement scientifiques. tandis que la philosophie considère déjà le premier constat qui lui est donné comme un signe qu'il lui revient de déchiffrer. Mais les problèmes philosophiques continuent d'exister. celle de la philosophie l'interprétation. La philosophie ne se différencie pas de la science. La philosophie ne pourra tirer la plénitude matérielle et la concrétion des problèmes que de l'état actuel des sciences particulières. Au contraire. et ils sont en un certain sens indissociablement compris dans les questions les plus déterminées des sciences particulières. ni par la nature du matériau qu'elle se distingue des sciences. par un degré plus élevé de généralité. Je ne pense pas cela comme si la philosophie allait abandonner ou même seulement relâcher son lien avec les sciences particulières qu'elle vient enfin de retrouver et dont la reprise compte parmi les plus heureux résultats de la plus récente histoire de l’esprit. Ce n'est ni par l'abstraction des catégories.l'attaque empirique bannira d'elle tous les questionnements qui. Elle ne pourra pas non plus s'élever au-dessus de la science particulière en acceptant comme aboutis ses “ résultats ” et en les méditant à une distance sure. Pour le dire simplement : l'idée de la science est la recherche. Cependant ce grand et peut-être perpétuel paradoxe subsiste : à savoir que la philosophie doit encore et encore et avec l'exigence de la vérité procéder dans l’interprétation sans jamais pouvoir posséder .

évanescentes dans les figures énigmatiques de l'étant et leurs entrelacs étranges. le texte que la philosophie doit lire est incomplet. et peut-être même que lire est justement notre tâche. d'un arrière-monde auquel on accède par l'analyse de celui qui est en train d’apparaître. justement pour que par la lecture nous apprenions à mieux reconnaître et à bannir les forces démoniaques. D'une part. voilà pourquoi il lui est donné si peu de “ résultats ” . L'idée de l'interprétation ne converge donc nullement avec le problème d'un “ sens ” avec lequel elle est la plupart du temps confondue. Une telle justification de l'étant est même interdite par la fragilité de l'être . la tâche de la philosophie n'est pas de donner ce sens comme positif. de présenter et de justifier la réalité en tant que “ pleine de sens ”. que ne lui sont pas données plus que des indications fugitives. L'histoire de la philosophie n'est rien d'autre que l'histoire de ces entrelacs . voilà pourquoi elle ne peut pourtant pas se passer du moindre fil que l'époque antérieure a produit et qui peut-être complète justement le réseau qui pourrait métamorphoser les chiffres en un texte.une clé certaine pour l'interprétation . l'idée de l'interprétation n'exige pas l'hypothèse d'un second monde.ce dualisme est plutôt à mettre au . contradictoire et fragile. voilà pourquoi elle doit toujours reprendre au début . elles ne sont pas le monde dans lequel nous vivons et qui se constitue autrement que par de simples images perçues . et beaucoup en lui peut être renvoyé au démon aveugle . Le dualisme de l'intelligible et de l'empirique. D'autre part. quand bien même les images perçues par nous seraient-elles des figures. comme Kant l'a établi et comme on ne put sans doute l’affirmer de Platon que dans une perspective post-kantienne tant son ciel des idées reste encore intact et ouvert pour l’esprit .

où rien d'autre ne serait nécessaire sinon la réponse. une image qui reflète l'énigme par laquelle elle se fait porter : alors que la fonction de la solution de l'énigme est d'éclairer d'un trait et de lever (aufheben) la figure de l'énigme. se conduit comme quelqu'un qui dans l'énigme voudrait chercher l'image d'un être qui se tient derrière elle. mais d'interpréter la réalité dénuée d'intention en dissolvant (aufheben). Et de même que se constituent les solutions des énigmes. de même la philosophie doit mettre les éléments qu'elle reçoit de la science dans des constellations changeantes. La véritable interprétation philosophique n’atteint pas un sens tout prêt qui perdure déjà derrière la question. dans des organisations expérimentales changeantes jusqu'à ce qu'ils se résolvent en une figure (Figur) lisible comme réponse. grâce à la construction de figures (Figuren).à l'idée de la recherche qui attend la réduction de la question à des éléments donnés et connus.compte de l'idée de la recherche qu’à celle de l'interprétation . ou. mais l'éclaire brusquement et momentanément en même temps qu’il la dévore. non pas de rester obstinément derrière l'énigme et de lui ressembler. La tâche de la philosophie n'est pas d'étudier les intentions cachées et existantes de la réalité. Qui interprète en cherchant derrière le monde phénoménal un monde en soi qui en serait le fondement et le porterait. tandis que la question disparaît -. en combinant différemment les éléments singuliers et éclatés de la question jusqu'à ce qu'ils se resserrent en une figure (Figur) de laquelle jaillit la solution. d'images procédant des éléments isolés de la réalité les questions dont la saisie prégnante est . tandis qu'en même temps la question disparaît. pour utiliser une expression moins astrologique et scientifiquement plus actuelle.

21 et p. Walter Benjamin. cela signifie avant tout qu'elle doit apprendre à se passer de la fonction symbolique dans laquelle jusqu'à présent. voire religieux. des grands problèmes. p. un programme auquel la procédure matérialiste rend d'autant plus justice qu'elle prend ses distances par rapport à tout “ sens ” particulier de ses objets et qu’elle se réfère moins à un sens implicite. du significatif : le matérialisme. Si la philosophie doit apprendre à renoncer à la question de la totalité. du moins dans l'idéalisme. Car il y a longtemps que l'interprétation a pris congé de toute question du sens ou. une tâche à laquelle la philosophie reste toujours liée parce que son rayonnement ne peut s'enflammer autrement que devant ces questions difficiles. ce qui revient au même : les symboles de la philosophie sont déchus. le particulier semblait représenter le général .la tâche de la science (cf. alors qu'aujourd'hui l’interprétation s’évanouit entre les larges mailles des grands problèmes. elle ne participe alors plus. Si vraiment l'interprétation se produit seulement à travers la combinaison du plus petit. à abandonner les grands problèmes dont la grandeur voulait autrefois garantir la totalité. en particulier p. 9-44. 33) . Ursprung des Trauerspiels. L'interprétation de ce qui est sans intention à travers la combinaison des éléments analytiquement isolés et la mise en lumière du réel au moyen de cette interprétation : tel est le programme de toute connaissance véritablement matérialiste . au sens traditionnel du terme. ou seulement de la manière où dans un constat concret elle fait tomber la question totale . Berlin 1928. On peut observer ici l'affinité apparemment si étonnante et étrange qui existe entre la philosophie de l’interprétation et cette forme de pensée qui défend de la manière la plus rigoureuse la réalité contre l'idée de l'intentionnel.

je prends un exemple sans en affirmer sa faisabilité véritable -. Mais il serait possible que devant une construction suffisante de la forme .pour expérimenter mes pensées. Certes le problème de la chose en soi n’en serait alors pas pour autant résolu . tout comme l'orientation de la philosophie sociale progressiste vers l'économie ne procède pas seulement de la prépondérance empirique de l'économie. ce que Lukacs concevait encore comme la solution . soit se diviserait en une multitude de visions du monde possibles et arbitraires. mais qui doit d'abord être produite : la forme marchandise. A supposer cependant . mais aussi bien de l'exigence immanente de l'interprétation philosophique elle-même. l'orientation vers la “ mise de côté du monde des apparences ” proclamée par Freud vaut au-delà du domaine de la psychanalyse. pour reprendre une formulation plus actuelle. même pas dans la mesure où seraient par exemple montrées les conditions sociales dans lesquelles se constitue le problème de la chose en soi. Si la philosophie posait aujourd'hui la question de la relation absolue de la chose en soi à l'apparence ou. une figure (Figur) qui n'est évidemment pas donnée de manière organique.soit elle resterait dans une contingence formelle. à supposer qu'il soit possible de regrouper les éléments d'une analyse sociale de sorte que leur combinaison constitue une figure (Figur) dans laquelle chaque moment particulier est relevé (aufgehoben) .qu'auparavant ce dernier semblait représenter symboliquement. car la teneur de vérité d'un problème est par principe différente des conditions historiques et psychologiques dans lesquelles il apparaît. du sens de l'être en tant que tel . L'assemblage d'éléments petits et sans intention compte alors parmi les conditions fondatrices de l'interprétation philosophique .

dans laquelle toute tension spécifique entre interprétation et objet serait perdue et ne resterait qu’un historisme masqué. on poserait aussi d'une toute autre manière le rapport de l'ontologie et de l'histoire sans qu'on ait besoin pour cette raison du tour de main d’ontologiser l'histoire comme totalité. Au lieu de cela. mais seulement montrer la direction dans laquelle je vois les tâches de l'interprétation philosophique. Mais j'arrête ici cette pensée : parce que nulle part des énoncés généraux ne sont plus problématiques que pour . au lieu que la vérité apparaisse comme intention dans l'histoire. A savoir en effet ceci : que la fonction que la question philosophique traditionnelle attend des idées suprahistoriques. d'où elles se détachent de manière autonome pour disparaître de nouveau. Mais de la sorte. car elle n'a pas un sens caché qui se laisserait détacher de son advenue historique unique et première. le lieu d'où montent les idées. Je ne voudrais pas poser ici d'affirmation matérielle. est assurée par des idées non symboliques constituées à l'intérieur de l'histoire. selon ma conception. mais les images historiques seraient elles-mêmes en quelque sorte des idées dont le rapport constitue sans intention de la vérité. on aurait au moins aussi fait quelque chose pour les questions de principe philosophiques dont je voudrais éviter la position explicite. comme le ferait une source de lumière. la figure d'une réalité dont l'étude du problème de la chose en soi s'efforçait en vain de trouver le sens caché.marchandise le problème de la chose en soi disparaisse tout à fait en tant que tel : que la figure (Figur) historique de la marchandise et de sa valeur d'échange découvre. sous la figure (Figur) d'une simple “ historialité ”. symboliquement significatives. l'histoire ne serait plus. Si cependant ces tâches étaient formulées de manière juste.

Le geste modificateur du jeu de l'énigme . Bien plus. Ce n'est que dialectiquement que l'interprétation philosophique me semble possible. elle requiert la construction à partir des éléments de l'énigme et détruit l'énigme qui n'est pas pleine de sens. Vrai veut dire là : que l'avis ne reste pas dans l'espace clos de la connaissance. dès que lui a qui été ici faite la réponse comme irréfragable. que la réponse est contenue dans l'énigme . la réponse constitue une antithèse rigoureuse de l'énigme . Je disais : la réponse énigmatique n'est pas le “ sens ” de l'énigme en ceci que tous deux pourraient subsister en même temps . L'interprétation de la réalité donnée et sa relève (Aufhebung) sont rapportées l'une à l'autre. mais dénuée de sens. que l'énigme forme évidemment son apparence et comprend en elle la réponse comme intention. A ce rapport le matérialisme a donné un nom attesté philosophiquement : la dialectique. mais la construction de la figure du réel est toujours aussitôt suivie par l'exigence de son changement réel.une philosophie qui voudrait exclure d'elle des énoncés abstraits et généraux et qui a besoin d'eux seulement dans la difficulté de la transition. En revanche. Certes la réalité n'est pas relevée (aufgehoben) dans son concept .ce n'est pas la simple solution en tant que telle qui produit l'image originelle (Urbild) des solutions dont dispose seule la praxis matérialiste. cette proposition n'était pas . jeu est Le mouvement s'effectue celui qu'effectue le matérialisme en vrai. Lorsque Marx reprochait aux philosophes de n'avoir fait que donner une interprétation différente du monde et leur objectait qu'il s'agissait de le changer. je voudrais désigner un second rapport essentiel de la philosophie de l’interprétation et du matérialisme. mais que c'est la praxis qui l'émet.

Car l'exclusion rigoureuse de toutes les questions ontologiques au sens traditionnel. tient .légitimée seulement par la praxis politique. la question Ce que n'est que dans la de destruction l'authenticité l'interprétation philosophique se confirme. mais aussi bien par la théorie de philosophique. justement en tant que programme. Aussi fortement conscient que je sois de l'impossibilité de réaliser le programme que je vous ai annoncé . Comme la pensée philosophique du présent. mais qui est générale parce que.y compris par exemple celui de l'homme -. la concentration des questions philosophiques sur des complexes concrets immanents à l'histoire. l'évitement de concepts généraux invariants . y compris d'une “ histoire de l'esprit ” close sur elle-même . desquels elles ne doivent être détachées : ces postulats deviennent tout à fait semblables à une dissolution de ce qu'on appelait jusqu'à présent philosophie.une impossibilité qui ne vient pas seulement de l'urgence de l'heure.: je vois tout aussi clairement l'obligation de vous donner quelques indications. D'abord : l'idée de l'interprétation philosophique ne recule pas devant cette liquidation de la philosophie qui me semble signalée par l'effondrement des dernières exigences philosophiques de totalité. l'élimination de toute représentation d'une totalité autosuffisante de l'esprit. Il est superflu d'isoler expressément une conception du pragmatisme dans laquelle théorie et praxis sont autant intriquées que dans la conception dialectique. et la pensée pure ne peut pas la réaliser d'elle-même : c'est pourquoi la praxis est ce qui l’y contraint. du moins la pensée officielle. ce programme ne se laisse pas réaliser dans son ensemble et sa généralité .

dit-on. Ce n'est que dans la communication dialectique la plus rigoureuse avec les plus récentes tentatives de résolution de la que de la devra sans philosophie pourra aller et de la terminologie un son véritable Cette matériau liés au philosophique changement communication éléments s'imposer chercher conscience philosophique. Si effectivement l'interprétation philosophique peut se déployer seulement de manière dialectique. semblable à l'architecte.jusqu'à maintenant éloignée d'elle ces exigences. fait d'abord l'objet de la critique. ou tout au moins cherche à en assimiler quelques-unes sous une forme affaiblie. C'est bien justement l'illusion du commencement qui. intention et pourtant matériau philosophique. laquelle cristallise des infimes. dont l'élimination une semble plus par instamment principe non nécessaire qu’ajouter une nouvelle réponse à tellement Seule philosophie dialectique et orientée vers une vérité non historique pourrait croire que les vieux problèmes se laissent éliminer si on les oublie et si on recommence sans hésiter depuis le début. Je ne crains pas le reproche d'une négativité infructueuse . répondu à la question du rapport entre philosophie et sociologie à peu près ainsi : tandis que le philosophe. dans la philosophie de Heidegger. l'une des premières et des plus actuelles tâches semble être la critique radicale de la pensée philosophique dominante. le premier point d'attaque dialectique lui est offert par une philosophie qui cultive précisément les problèmes d'anciennes. L'un des philosophes académiques les plus efficaces du temps a.une expression que Gottfried Keller a un jour caractérisée d'“ expression-pain d'épice ” (Pfefferkuchenausdruck). scientifique surtout dans la sociologie. produit et . selon les besoins d’un assemblage interprétatif.

La mesure de la catégorie de ces clefs est cependant une affaire étrange. sociologisme philosophique pur les choisit trop petites . certes la clef entre. il ne les gardera pas très longtemps car elles n'ont pour lui que peu de valeur. est depuis longtemps ruinée jusque dans ses fondations et non seulement menace de tuer tous ceux qui s’y trouvent. de simples déterminations du ceci subsiste. cette grande maison. Il est évident qu'il faut apporter quelque restriction à la reconnaissance de la sociologie par l'interprétation philosophique. le sociologue est l'escaladeur de façades qui à l'extérieur grimpe aux murs et en sort ce qu'il peut atteindre. menacent également d'être perdues. C'est ainsi qu'on a par exemple relevé (aufgehoben) le concept de classe et qu’on l’a remplacé par d’innombrables descriptions de groupes différents sans plus . Je serais enclin à accepter cette comparaison et à l'interpréter en faveur d'une fonction de la sociologie pour la philosophie. il accomplit une bonne action dans la mesure où il ne fait que les sauver . de rares choses sans doute à demi oubliées. sans conséquence. Le et alors elles pas serrure. dont certaines sont irremplaçables. Si l'escaladeur de façades vole ces choses. Un rapport immense. mais la porte ne s'ouvre pas. Car la maison. Une grande partie des sociologues pousse le nominalisme si loin que les concepts deviennent trop petits pour qu’ils orientent les autres vers eux et pour qu’ils entrent en constellation avec eux. lequel se moque de toute organisation par la connaissance et ne procure plus aucune mesure critique.réalise le projet d'une maison. L’enjeu de la philosophie de l’interprétation est de construire des clefs devant lesquelles la réalité s’ouvre d’un coup. mais toutes les choses qui y sont conservées. Le vieil idéalisme n'entraient les choisissait dans trop la grandes.

mythiques. telles que Klages espère les conserver comme catégories de notre connaissance. elles se séparent là où celles-là décrivent leur voie fatidique au chevet de l'homme . ces images ne sont pas données d’elles-mêmes. elles ne sont pas des divinités magiques de l'histoire qu'on devrait accepter et honorer. telles que la psychanalyse les trouve. Ici. elles rompent en leur centre avec les images archaïques. Car les images historiques qui ne constituent pas le sens de l’existence (Dasein). mais dont les questions résolvent et dissolvent -. Elles ne sont pas présentes de manière organique dans l'histoire . ce n’est pas sans intention que j'évoque groupement et arrangement expérimental. Pour le maniement du matériau conceptuel par la philosophie. elles ne requièrent ni contemplation ni intuition pour être appréhendées. Bien plus : elles doivent être produites par l’homme et se légitiment finalement seulement par le fait que la réalité se réunit autour d'elles dans une évidence fulgurante. elles sont maniables et saisissables. constellation et construction. Ce genre de sociologie s'ordonne à un genre de relativisme général dont la généralité peut être aussi peu reconnue par l'interprétation philosophique que le serait toute autre sociologie et pour la correction duquel celle-ci possède un moyen suffisant en la méthode dialectique. ou qu’on a émoussé toute l’acuité de l'un des concepts les plus importants. formellement celui de l'idéologie. assignation en de le déterminant contenus de comme conscience déterminés à des groupes déterminés sans même plus laisser surgir la question de la vérité ou de la non-vérité de ces contenus. des instruments de la raison humaine même .pouvoir les ordonner dans des unités supérieures bien qu'ils apparaissent en tant que tels dans l'empirie . Puissent-elles les égaler en cent traits .

encore là où. une pensée qui vise des matérielles. Or. Je sais bien que beaucoup. Mais l'organon de cet ars inveniendi est la fantaisie. tâtonnant. Une fantaisie exacte . Non seulement la pensée scientiste. Si à raison persiste l'idée de l'interprétation philosophique que j'ai entrepris de vous développer. mais plus encore l'ontologie fondamentale relations contredisent et ma non conviction pas en des tâches une actuelles de la philosophie. examinant. peut-être la plupart d'entre vous. Toute autre conception des modèles serait gnostique et ne pourrait être assumée. en tant que centres magnétiques. mais aime imiter le schéma du modèle dans la mesure où celui-ci est bien frappé. On peut voir ici une tentative de reprendre la vieille conception de la philosophie que Bacon formula et que Leibniz pendant toute sa vie s’est passionnément l'idéalisme efforcé se d’atteindre : comme une d'un conception dont moquait caprice : celle de l’ars inveniendi. elles semblent orienter sur elles l'être objectif de manière objective. Elles sont des modèles avec lesquels la ratio. celle-ci se laisse exprimer comme l'exigence de trinquer encore et encore aux questions d'une réalité existante à travers une fantaisie qui regroupe différemment les éléments de la question sans dépasser l'étendue de ces éléments et dont l'exactitude disparaît. n'êtes pas d'accord avec ce que je présente ici. elle-même devient contrôlable lorsque la question . s'approche de la réalité qui se soustrait à la loi. une fantaisie qui se cantonne strictement au matériau que les sciences lui offrent et qui les excède seulement dans les plus petits traits de leur organisation : des traits qu'elle doit évidemment donner la première et d’elle-même.

mais je répugne. mais je les défends comme étant philosophiquement légitimes. à mettre en avant de manière nette et conséquente ces invariants et les laisse dans le trouble . C'est une exigence idéaliste. mais au contraire à travers sa fécondité au sens où Goethe utilisait ce concept. n'a pas l'habitude de prouver son droit d'existence en réfutant les objections qui s'élèvent contre elle et en se prétendant irréfutable. je la volatilise dans un jeu esthétique d'images et transforme la prima philosophia en un essayisme philosophique. telles que je ne les ai pas construites. Face à ces objections. je pratique l'idolâtrie avec l'être produit historiquement.cohérence isolée. puis-je peut-être encore dire un mot des objections les plus actuelles. au lieu de cela. par pure angoisse devant le pouvoir de l'histoire. Mais je conteste la nécessité de recourir à cette conception. un projet d’existence (Dasein) . je confère à la facticité historique ou à son ordonnancement le pouvoir qui revient à vrai dire aux invariants. dépouille la philosophie de toute mesure constante. aux pièces fondamentales de l'ontologie. tel que seule une pensée pure peut l'accomplir en elle-même . Du moins. mais telles que les représentants de l'ontologie fondamentale les exprimaient et telles qu’elles m'ont amené pour la première fois à formuler une théorie que j'ai utilisée bien sûr jusqu'à présent dans la praxis de l'interprétation philosophique. Je ne veux pas décider si ma théorie a comme fondement une conception déterminée de l'homme et de l’existence (Dasein). celle du commencement absolu. une exigence cartésienne qui croit devoir amener la pensée à la forme de . il y a un concept d'homme. Voici l'objection centrale : à la base de ma conception aussi. je ne peux par contre me comporter qu'en reconnaissant la plupart des contenus qu'elles affirment.

Si avec la chute de toute certitude au sein de la . Pour ce qui est de l’effort pour trouver une forme à cette communication.ses présupposés. tout comme Leibniz. Toutes deux accèdent à la communication dans les modèles. s'avance-t-elle plus loin dans cette région des présupposés. C'est pourquoi l'essai est passé d'une forme de la grande philosophie à une petite forme de l'esthétique dans l'éclat de laquelle s'est malgré tout réfugiée une concrétion de l'interprétation dont ne disposait plus depuis longtemps la véritable philosophie dans les grandes dimensions de ses problèmes. Les empiristes anglais. mais qui accepte encore et encore l’irruption de la loi autonome et rationnelle à travers un être qui ne lui est pas adéquat et qui ne peut être projeté de manière rationnelle en tant que totalité. productivité de la pensée peut s'éprouver dialectiquement à la seule concrétion historique. mais s'arrêtera là où la réalité irréductible fait effraction . L'effraction de l'irréductible cependant mouvement se de réalise la d’une vers manière ces concrètement La historique. leur imposait chaque fois l'audace de la tentative. ont appelé essais leurs écrits philosophiques parce que la violence de la réalité fraîchement ouverte. cette philosophie ne fera pas jusqu'au bout le chemin qui conduit aux présupposés rationnels. C’est seulement le siècle post-kantien qui en même temps que la violence de la réalité a perdu l'audace de la tentative. elle ne les atteindra alors que de manière formelle et au prix de cette réalité dans laquelle sont ses véritables tâches. que venait percuter leur pensée. de ses axiomes. je m'accommode volontiers du reproche de l'essayisme. et pour cette raison met un terme à l'histoire du pensée présupposés. Mais la philosophie ne fait plus la supposition de l'autonomie qui ne croit plus que la réalité est fondée sur la ratio.

grande philosophie la tentative fait son entrée là . cela ne me semble pas condamnable dans la mesure où les objets sont convenablement choisis : dans la mesure où ils sont vraiment. si celle-ci se rattache aux interprétations limitées. mais il peut s'immiscer dans le petit. Car sans doute l'esprit ne peut-il pas produire ni saisir la totalité du réel . Traduction : Antonia Birnbaum et Michel Métayer . circonscrites et non symboliques de l'essai esthétique. et dans le petit faire éclater la mesure du rien de plus que l'étant.