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La dignité

La dignité, dans le champ soignant, est un concept utilisé, souvent galvaudé, dans nos pratiques quotidiennes : consentement éclairé, protection de la confidentialité, prise de décision éthique, préserver la dignité du malade… Cette dignité, le malade pourrait la perdre ou ne plus pouvoir l’assumer seul. Ou encore, au nom de cette dignité, le malade aurait le droit à l’euthanasie.

La dignité prend donc de nombreuses significations. Dignité : volonté / liberté Dignité : distinction sociale / maîtrise de soi Dignité : protection / attention, relation à autrui Dignité : avoir / être

En quoi consiste la dignité ?

Il est vrai que la dignité entraîne une exigence de « respect des personnes », comme l’admet Macklin. Cependant, ces deux notions ne s’identifient pas. Le respect des personnes n’est que la conséquence de leur dignité. Si l’on doit respecter inconditionnellement tout être humain, quel que soit son âge, son sexe, sa santé physique ou mentale, sa religion, sa condition sociale ou son origine ethnique, c’est précisément parce qu’il a une valeur intrinsèque ou dignité. L’idée de dignité est préalable à celle de respect et vise à répondre à la question : « pourquoi doit-on respecter les personnes ? » […] On comprend bien que ce dont il est question ici, c’est de la dignité inhérente et non pas de la dignité éthique : tandis que la première est une notion statique, puisqu’elle revient à tout être humain du seul fait de son existence, la seconde est une notion dynamique, car elle ne s’applique pas à l’être mais à son agir, et permet d’affirmer, par exemple, qu’un homme honnête a plus de dignité qu’un cambrioleur. 1

La dignité, inhérente à la condition humaine, n’est ni un idéal, ni un objectif à atteindre, ni une réalité observable, ni une représentation. La dignité est de l’ordre des principes, de l’ordre du non négociable ce que les juristes nomment l’ « irréductible humain ». La dignité est donc un principe qui vaut pour tout être humain

La dignité éthique est aussi utilisée en terme de « ma dignité » et est le sentiment spécifique que j’ai de ma propre valeur. Là, ma dignité renvoie à la conviction que j’ai le droit d’exister avec mes particularités, dans ma singularité ; que j’ai le droit à l’autodétermination.

Peut-on perdre sa dignité ? On peut avoir le sentiment d’être indigne par perte de l’estime de soi, par non respect de soi ou des autres, en étant disqualifié par l’autre en tant qu’être humain. Mais le sens ontologique de dignité ne peut pas être retiré à l’homme. La personne est digne parce qu’elle est unique et irremplaçable.

1 Roberto Andorno : La notion de dignité humaine est-elle superflue en bioéthique ? Article en ligne sur http://.contrepointphilosophique.ch/Ethique

Lorsque la personne est malade, fragilisée, démunie, dépendante des soignants, il convient d’être attentif car les sentiments de perte, d’abandon, de solitude peuvent amener la personne malade à éprouver de l’indignité.

Si la conscience d’une dignité nous conduit de son être social aux frontières énigmatiques de l’humanité irremplaçable en tout homme, le respect de cette dignité nous ramène à la traversée la plus ordinaire de la relation à autrui vulnérable. C’est pourquoi, si la dignité engage la valeur qu’un homme a à ses propres yeux, elle engage également sa valeur devant autrui, le soignant en l’occurrence, et plus largement l’auditoire universel. Cette expansion explique que la dignité soit devenue un principe fondateur pour la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, principes de déontologie, règles d’actions pour les pratiques professionnelles. 2

La dignité dans le champ du soin est une manière de rappeler, d’expliciter la finalité du soin. Le soin doit être pensé en terme de relation de soins. L’Autre importe, il va guider et permettre aux soignants d’ajuster leurs soins. Ainsi, la personne n’est pas objet de soins mais sujet des soins. Le soin devient par là même un acte parlé afin de donner sens à ce qui se passe.

La notion de dignité joue donc un rôle de repère et donne du sens à nos pratiques soignantes.

2 Jean-Philippe Pierron : La dignité peut-elle se perdre ? revue Médecine Palliative vol 6 n°4 septembre 07