Le coût de l’énergie en Wallonie

Qu’est-ce que le coût de l’énergie ?
En effet, il y a une différence entre le prix d’achat du fournisseur au producteur ou celui du consommateur au fournisseur. Il est aussi intéressant d’étudier le coût sur la balance des payements que les comptabilités nationales négligent au profit du calcul du produit intérieur brut (P.I.B). Or ce dernier ne va pas exprimer l’enrichissement annuel d’un pays mais la somme des revenus en son sein. Intuitivement, on comprend que si un pays doit importer massivement des biens ou des services, il s’appauvrit en consacrant au payement une partie de ses richesses accumulées. Inversement, un pays qui exporte davantage de biens qu’il en importe { tendance { s’enrichir. Une analyse plus approfondie de la comptabilité nationale des richesses matérielles se trouve dans l’ouvrage « 9 milliards, le futur maintenant ». Attention que les échanges commerciaux ne sont pas les seules composantes de la balance courante qui tient également compte des transferts sans contrepartie comme par exemple les dividendes versés par une société nationale à sa maison-mère étrangère. Pour prendre un cas de figure extrême, imaginons que toute notre électricité soit importée de l’étranger. Dans ce cas, l’influence négative de la balance sera la même que le prix d’achat au producteur étranger. Si, en plus, le fournisseur est une filiale d’une société étrangère bénéficiaire, le dividende versé à la maison-mère contribuera négativement à la balance courante. Nous allons illustrer ces différents coûts pour les principaux modes de production d’électricité actuels ainsi que ceux des énergies renouvelables qui seront nos principaux modes de production futurs.

Fondamentaux
La Wallonie consomme annuellement en moyenne 25 TWh ou 25 millions de MWh (1.000 kWh) d’électricité sur une consommation énergétique globale de 140 TWh. Ces valeurs changent chaque année en fonction du ralentissement économique ou de la rigueur de l’hiver. Le prix d’achat actuel de l’électricité au producteur vaut en moyenne 45 € /MWh avec des fluctuations importantes dans le temps mais limitées. Cette volatilité est due à la variation continuelle de la demande que l’offre doit, en permanence, satisfaire pour éviter l’effondrement du réseau : le black-out. En effet, contrairement { la plupart des biens, l’électricité se stocke mal. Le stockage absorbe toujours une partie de l’électricité – moins 25% minimum par exemple dans des batteries – et son coût est élevé par rapport au prix de production de l’électricité. L’électricité produite localement provient principalement de centrales thermiques (nucléaire, gaz, charbon, fuel, biomasse) dont le rendement de conversion de l’énergie primaire est limité par le principe de Carnot. En pratique, le rendement d’une centrale turbine gaz vapeur (TGV) est de 55% alors que celles qui utilisent des combustibles solides ont un rendement de 33%. Il faut

donc 1,8 kWh de gaz pour produire 1 kWh d’électricité alors qu’il faut 3 kWh d’uranium, de charbon ou de pellet pour produire ce même kWh électrique. Si on étudie l’influence sur la balance courante, il faut considérer le prix d’importation de ces commodités qui fluctue au cours du temps.

Évolution des coûts d’importation en EU des énergies, exprimés en €/MWh ramenés en € constants de 2012 et en tenant compte du taux de change annuel moyen €/$ de chaque année

Aujourd’hui, nous baserons nos calculs sur un prix { l’importation du MWh de 12 € (charbon), 5 € (uranium), 20 € (gaz), 25 € (pellet), 50 € (pétrole). Remarquons que le prix du gaz est un des plus volatiles comme celui de l’uranium alors que le pellet –la seule énergie renouvelable solide – a toujours été stable. Le vent et le soleil sont évidemment gratuits. Le prix du MWh distribué est évidemment plus cher pour l’utilisateur final. On retiendra comme prix 26 € HTVA/MWh pour le gaz en grande quantité. C’est le prix que paye une centrale TGV ou

une industrie. Une entreprise paye en moyenne 35 € HTVA mais le particulier paye 55 € TVAC pour le gaz distribué. Le pellet livré à domicile coûte 50 € TVAC/MWh à comparer au prix du mazout de chauffage 90 € TVAC/MWh. Le prix de vente du producteur au fournisseur peut varier en fonction de la technologie. Par exemple, le charbon comme le nucléaire sont des centrales du type must run. En effet, la modulation de la production prend respectivement plusieurs heures ou plusieurs jours en affectant énormément leur rendement. En pratique, on va considérer qu’elles doivent produire 8.000 h par an (8.760 h). C’est aussi le cas pour une centrale électrique à la biomasse alors que la puissance d’une centrale TGV peut être modulée en quelques minutes sans guère affecter son rendement. L’éolien et le photovoltaïque produisent en fonction de la disponibilité du vent et du soleil. Ils sont relativement complémentaires car il y a davantage de vent en période hivernale et de soleil en période estivale. Vu le caractère non maîtrisable de la production, elle est prioritaire dans l’assiette énergétique, comme le nucléaire avec qui elle fera donc très mauvais ménage en cas de surcapacité de l’offre. Cela dit, l’interconnexion du réseau européen permet d’échanger l’électricité en cas de surplus ou de déficit de production par rapport { la demande. La demande de puissance électrique en Wallonie varie entre 2 GW (1.000 MW) et 5 GW avec une moyenne de 2,85 GW. Les trois tranches nucléaires de Tihange fournissent 3,02 GW, davantage que la puissance de base consommée en Wallonie qui exporte donc une partie de sa production.

Qui maîtrise le marché ?
Le marché de l’électricité est complexe et peu prévisible. L’hiver 2012-2013 nous a fourni un paradoxe inédit. Suite à la fermeture de Tihange 2, la capacité nucléaire wallonne a été réduite à 2,016 GW. Cet hiver a été exceptionnellement long et froid ce qui s’est traduit dans la facture énergétique de la chaleur des bâtiments. Comme une partie des bâtiments est chauffée { l’électricité utilisée par ailleurs en appoint des autres modes de chauffage, un hiver rigoureux entraîne une surconsommation d’électricité. De plus, nos voisins français sont quasi seuls à pouvoir nous fournir en électricité principalement nucléaire qui chauffe une grande partie des bâtiments en France. On pouvait donc s’attendre également { une pénurie hivernale en France et à tout le moins un prix de l’électricité importée élevé. Nos centrales TGV allaient devoir tourner beaucoup pour compléter l’énergie nucléaire. Or ce scénario ne s’est pas réalisé. Au contraire, les centrales TGV ont très peu tourné, coincées entre un prix du gaz élevé et une électricité bon marché. EDF a même décidé l’arrêt de la centrale TGV de Seraing (460 MW) qui n’avait tourné que 48 heures durant les deux premiers mois de 2013. Une autre anecdote est le combat musclé que la SPE, aujourd’hui filiale d’EDF a livré contre les riverains pour la construction de la centrale TGV de Navagne à Visé. Cette unité devait fournir 900 MW soit l’équivalent d’une tranche nucléaire. Mais les riverains obstinés ont ralenti le processus du projet au point que la crise de 2008 est arrivée, diminuant le prix d’achat des centrales de plusieurs dizaines de millions, une économie forcée pour la SPE grâce aux

riverains ! Malgré ce prix d’achat amélioré, EDF a abandonné le projet de Visé, ce qui est d’ailleurs cohérent par rapport { leur politique de fermeture de l’unité de Seraing. Ces faits rendent plus complexe la règle habituelle du marché des commodités selon laquelle le prix se situe à celui de la commodité la plus chère nécessaire pour satisfaire la demande tout en créant des rentes de situations pour les fournisseurs plus compétitifs. Dans une économie ouverte, le complément du courant nucléaire peut être fourni par… du courant nucléaire étranger plutôt que par du courant TGV national. Cela a pour effet de diminuer le prix du marché et la rente nucléaire.

Méthodologie du coût du MWh
Le prix de revient microéconomique d’un MWh est composé de l’investissement nécessaire pour produire un MWh (CAPEX) auquel on ajoute les frais opérationnels (OPEX), notamment ceux liés { l’achat de combustible. Les énergies renouvelables et nucléaires sont caractérisées par un CAPEX important alors que les centrales fossiles ou biomasse ont un CAPEX faible… donc un OPEX important. La microéconomie nous apprend { séparer l’investissement du financement dont le coût est lié au taux d’actualisation. Cette méthode se justifie aux yeux de l’investisseur pour déterminer la valeur actualisée d’un investissement ou son taux interne de rentabilité mais elle est mal adaptée { la décision d’investir dans la production ou l’économie d’énergie de la part d’un consommateur. En effet, ce dernier n’a pas nécessairement les moyens d’investir et ne cherche d’ailleurs pas { rémunérer un capital mais il recherche simplement la manière la moins coûteuse de satisfaire ses besoins de consommation. Dans ce cas, le coût de l’argent participe comme les autres coûts au calcul d’optimisation. Cette méthodologie est décrite dans l’article de www.nowfuture.org : « Comment calculer le coût de l’énergie ?» (http://nowfuture.org/2012/04/une-formule-simple-pour-calculer-le.html) qui donne également une formule originale pour estimer ce coût en fonction de l’investissement, du taux de financement bancaire qu’on fixera { 5% et de l’inflation, 2%. Le consommateur peut alors objectiver s’il lui coûtera moins cher d’investir que de consommer au fil de l’eau, en se basant sur les hypothèses les plus vraisemblables d’augmentation du prix futur de la commodité qu’il consomme et entend produire lui-même ou économiser. Dans les exemples suivants, nous calculerons le prix de revient, le coût pour un producteur et celui de l’investisseur industriel avec le taux d’actualisation fétiche d’Electrabel de 7%. Nous calculerons aussi le coût sur la balance courante en prenant des hypothèses de production nationale ou étrangère. Remarquons que le coût sur la balance d’un combustible, par exemple, peut-être sensiblement inférieur { celui payé par le producteur puisqu’on y ajoute des frais locaux de transport et de taxes éventuels.

Coûts d’une centrale TGV
L’investissement d’une centrale TGV est faible par rapport aux frais opérationnels essentiellement composés par l’achat du gaz et donc imprévisibles. On compte environ 550 €/kW qui produira 100 MWh en tournant pendant 20 ans avec une moyenne de 5.000 h. Le prix de revient de l’investissement est donc de 5,5 €/MWh. Par contre, le gaz nécessaire { la

production d’un MWh coûte aujourd’hui 47 € au producteur dont 36 € sur la balance courante. Même avec une centrale TGV amortie et des frais opérationnels négligeable, un prix de vente de 45 € est en dessous du prix de revient d’où le désintérêt conjoncturel pour les centrales TGV. Le coût de l’investissement pour un consommateur industriel ou un producteur s’élève { 9 €/MWh. Les 3,5 € de différence entre le prix de revient et le coût de l’investissement sont bien moindres que la volatilité du prix du gaz. Investir dans une centrale TGV n’a de sens qu’en étant persuadé que le prix du marché de l’électricité sera fort corrélé { celui du gaz ce qui n’est pas certain. Quant au coût macroéconomique, il est toujours supérieur au prix du gaz importé soit 36 €/MWh. La composante due { l’investissement en équipement importé est inférieure à 5,5 €/MWh. En supposant qu’elle est de 4 €, chaque MWh consommé entraîne un déficit de 40 € sur la balance courante. La production de CO2 est de 0,46 t/MWh.

Coût d’une centrale nucléaire
L’opacité de secteur nucléaire rend complexe l’évaluation des coûts mais des estimations nous donnent un ordre de grandeur satisfaisant. L’investissement actuel d’une centrale nucléaire est de 4.000 €/kW. Ce kW fournira 320 MWh sur une durée de vie de 40 ans soit un prix de revient de 12,5 €/MWh. Les frais opérationnels sont mal connus. En plus des 15 € de combustible fissile, des frais de maintenance, de traitement des déchets, de main-d’œuvre pour un total d’environ 20 € soit un prix de revient de l’ordre de 32,5 €. L’hypothèse du producteur-consommateur est farfelue bien qu’elle ait été envisagée. Pour un producteur, le coût de l’investissement d’une centrale neuve serait de 29 € soit 49 € pour produire un MWh. C’est évidemment nettement plus avantageux de prolonger la durée de vie d’une centrale existante au-delà de 40 ans. Dans ce cas, seuls comptent les frais opérationnels de 20 € ou éventuellement un peu plus compte tenu de l’augmentation des frais de maintenance avec l’âge de la centrale. Mais avec un prix de marché fluctuant entre 45 € et 55 €, détenir une centrale nucléaire est très profitable : 30 € en moyenne par MWh. Une partie de ce profit est aujourd’hui capté par une taxe de 550 M€ pour une production estimée à 50 TWh (réduite { 475 M€ pour prendre en compte la fermeture momentanée de Tihange 2 et Doel 3) soit 11 €/MWh. Dans l’hypothèse d’une centrale neuve, { supposer que l’investissement importé soit seulement de 2.000 €, l’influence de l’investissement sur la balance serait de 6 € par MWh soit au moins 21 €/MWh en incluant les frais de combustible ce qui rend cette énergie relativement compétitive. Mais c’est sans compter les coûts futurs du retraitement, du stockage millénaire et du démantèlement de la centrale en fin de vie, une opération aussi longue que sa construction contrairement aux autres bâtiments. Depuis Fukushima, l’opinion publique belge a rebasculé vers l’abandon du nucléaire. La construction d’une nouvelle centrale est devenue très improbable aujourd’hui.

Par contre, la prolongation des centrales existantes est financièrement intéressante quand elle est possible. Si on n’importe que les frais de combustible, le coût sur la balance n’est que de 15 €/MWh. Dans le cas des centrales belges, il faut compter que le solde de la rente nucléaire de 19 €/MWh environ s’évade { l’étranger ce qui accentue le déséquilibre de la balance des payements de 34 € par MWh consommé. Le cas de la France est fort différent vu la part de l’État dans la production nucléaire. Les consommateurs bénéficient d’une électricité moins chère et l’État conserve une partie de la rente. Il est naïf de penser, comme le clamait Philippe Bodson, que l’énergie nucléaire est un avantage compétitif pour la Belgique. Par contre, c’est le cas pour la France… tant qu’on évitera un accident majeur. Le contenu carbone du nucléaire varie fort selon les sources. On peut considérer qu’il est faible, de l’ordre de 0,06 t/MWh { l’instar des énergies renouvelables.

Coût d’une éolienne
Prenons les hypothèses de 2.200 h de vent par an et un coût d’investissement de 1.400 €/kW. Ce kW fournit donc 44 MWh sur une durée de vie de 20 ans soit 32 €/MWh. Il faut ajouter environ 15 € de frais opérationnels soit un prix de revient de 47 €/MWh. Le coût de l’investissement pour un producteur est de 52 €/MWh soit un coût total de 67 €/MWh. Actuellement, on ajoute un certificat vert { la production d’un MWh éolien dont le prix de marché est de 30 €. Le soutien est trop élevé comparé { un feed-in-tariff français de 83 €, déj{ suffisamment généreux pour attirer de nombreux investisseurs, des promoteurs privés qui réalisent de belles success stories. En Wallonie, le soutien de 65 €, même limité { 15 ans, de la collectivité { cette électricité verte est trop coûteux. Il est basé sur un coût de la tonne de CO2 évité de 143 €, totalement excessif tant au regard du coût des externalités futures des changements climatiques que des techniques de capture et de stockage du carbone. En effet, le coût pour la collectivité sous forme de CV de l’éolienne de référence est de 2.145 € par kW de puissance installée, 153% de l’investissement. Une autre manière de soutenir efficacement le développement de l’éolien serait une aide { l’investissement limitée { 1.000 € par kW, 71% de l’investissement. En supposant un coût d’importation de techniques de 1.000 €/kW, l’influence sur la balance des payements est de 23 €/MWh ce qui la rend macroéconomiquement plus intéressante que l’électricité au gaz pour autant que le profit de la vente ne s’évade pas. En effet, avec un coût de 67 € pour un producteur, il réalise un bénéfice brut de l’ordre de 30 € soit au moins 20 € de profit après impôt. Si tout ce bénéfice s’évade { l’étranger, l’influence sur la balance est de 43 € ce qui est comparable au gaz et au nucléaire. C’est nettement plus coûteux qu’une éolienne dont l’actionnariat est local.

Coût du photovoltaïque
Prenons les hypothèses d’une installation au prix de 1.200 €/kWc. Celle-ci produira environ 20 MWh sur une durée de vie de 25 ans durant laquelle on ajoutera 200 €/kWc pour le remplacement des onduleurs. Le prix de revient du MWh est de 70 €/MWh sans compter de frais opérationnels mineurs. Ce prix de revient est élevé par rapport { celui de l’éolien mais son intérêt est la relative complémentarité. En effet, 70% de la production photovoltaïque est estivale alors que 60% de la production éolienne est hivernale. L’ensemble assure donc une production plus lissée tout au long de l’année. Une autre caractéristique est la possibilité de décentraliser fortement la production et les faibles économies d’échelles qui permettent de considérer également des installations individuelles de quelques kWc. Le coût pour le producteur-consommateur (prosumer) est d’environ 100 €/MWh. Pour un consommateur industriel, ce prix est comparable au prix qu’il peut obtenir au travers du réseau. Le soutien actuel de 4 CV pendant 15 ans soit environ 50 CV par kWc (3.250 €) est tout { fait excessif au regard de l’investissement de 1.200 €. Ce serait nettement mieux de soutenir l’investissement, par exemple à 50% (600 €) afin de rendre plus attractif le coût de production de l’électricité pour le prosumer. Le coût du célèbre panneau chinois sur la balance n’est que de 500 € par kWc soit de 25 € par MWh, à peu près comme l’éolien. Si on ajoute le coût des onduleurs, il s’élève { 700 € par kWc soit 35 € par MWh ce qui reste moins élevé que les 40 €/MWh d’une centrale TGV et du même ordre que celui d’une centrale nucléaire étrangère. Pour un consommateur résidentiel, l’investissement est un peu plus élevé, environ 1.600 € TVAC. Le coût du MWh est alors d’environ 130 €. C’est nettement moins cher que le prix de l’électricité qu’il achète au réseau { 220 €/MWh { condition qu’il autoconsomme toute sa production. Cette autoconsommation totale est artificiellement réalisée grâce à la compensation : le compteur qui tourne { l’envers. Il semble cependant que cet avantage extravagant fera long feu dès lors qu’on imposera une redevance pour la connexion d’une installation photovoltaïque au réseau de distribution. Quant au stockage dans des batteries, il double le prix du MWh { cause de l’usure de la batterie et son rendement de 75%. Une installation insulaire comme celles des villages africains produirait un kWh plus cher que celui acheté sur le réseau.

Le coût de l’électricité au pellet
Nous prendrons comme hypothèse un coût de 1.500 € par kW d’une centrale must run (8.000 h par an) avec une durée de vie de 40 ans. Elle produira donc 320 MWh soit 5 €/MWh. L’investissement n’a que peu d’incidence sur le coût total du MWh produit, { l’instar d’une centrale TGV. Il faut cependant ajouter des frais opérationnels et de maintenance de 10 €/MWh plus le coût du combustible dont l’importation coûte aujourd’hui 25 €/MWh.

Comme il faut 3 MWh de pellets pour produire 1 MWh électrique, le prix de revient est de 90 €/MWh pour un prix de vente de l’électricité moyen de 50 €. Ce n’est évidemment rentable qu’{ la condition d’être soutenu par des certificats verts { hauteur d’environ 50 € comme aujourd’hui, { la centrale des Awirs { Engis. Le coût sur la balance est d’au moins 75 €/MWh, deux fois plus cher que les autres modes de production. Il est insensé de soutenir cette production d’énergie comme déjà établi dans l’article : « Du bon usage du pellet en Région wallonne » http://nowfuture.org/2011/05/du-bonusage-des-pellets-en-region.html

Le chauffage
Les principaux modes de chauffage en Wallonie sont le mazout, le gaz, l’électricité. L’Europe classe la pompe { chaleur parmi les énergies renouvelables. Il s’agit plutôt d’une manière efficiente de se chauffer { l’électricité. La seule chaleur renouvelable disponible toute l’année est la biomasse principalement sous forme de pellet. On comptera un prix de l’électricité en tarif nuit de 170 €/MWh et son influence sur la balance courante de 35 €/MWh, situé entre 23 € pour l’éolien et 45 € pour le courant importé. L’ordre de grandeur de la consommation de chauffage d’une maison individuelle est de 25 MWh par an. Elle nécessite une chaudière de 15 kW qui tourne l’équivalent de 1.667 heures pleines par an. Sa durée de vie est de 25 ans durant laquelle elle produira 625 MWh.

Chauffage au mazout
Avec un investissement de 8.000 € TVAC, le coût par MWh est de 19 € auquel on ajoute 10 € de frais opérationnels (entretien, ramonage) et le coût du combustible de 99 € avec un rendement de 90% soit au total 128 €/MWh. Pour produire un MWh de chaleur, il faut importer 1,39 MWh de pétrole avec un rendement de raffinage de 80%. L’influence sur la balance courante est donc de 69 € par MWh sans compter la composante due à la chaudière. On compte 0,26 t de CO2 par MWh primaire soit 0,36 t de CO2 par MWh consommé.

Chauffage au gaz
L’investissement est moindre, 4.000 € pour une technologie { condensation, le coût par MWh est de 10 €. Les frais opérationnels sont équivalents { ceux du mazout : moins de frais d’entretien mais une redevance pour le compteur. Le coût par MWh est de 75 €. L’influence sur la balance est de 20 € sans compter la composante de la chaudière. Si le bâtiment est raccordé au gaz, ce n’est pas rationnel de le chauffer au mazout { part la crainte de l’explosion. On compte 0,2 t/MWh mais il faut ajouter le CO2 lié au transport du gaz. Celui-ci varie selon le mode de transport et la distance parcourue. On peut retenir la valeur de 0,25 t/MWh.

Chauffage électrique
On ne retiendra ici que le coût de l’électricité au tarif nuit de 170 €/MWh. Le chauffage électrique est encore plus cher que le chauffage au mazout. Par contre, avec une moyenne de 35 €/MWh, l’influence sur la balance est moitié moindre que dans le cas du chauffage au mazout. Si on tient compte du CO2 coproduit par une centrale TGV, et un rendement moyen du réseau de transport et de distribution de 95%, le chauffage électrique produit 0,5 t de CO2/MWh.

Pompe à chaleur
L’utilisation de la pompe { chaleur requiert que le bâtiment soit suffisamment isolé et équipé de chauffage au sol pour chauffer en basse température (<35°C). Il est aussi possible d’utiliser des ventilo-convecteurs { la place de radiateurs mais le chauffage de l’air n’est pas équivalent au confort des radiations d’une source chaude. Le coût de l’investissement global est très variable. Nous retiendrons un prix moyen de 15.000 € TVAC pour un rendement moyen annuel de 250%. La durée de vie de la pompe à chaleur est moindre que celui de la distribution. Évaluons le coût de l’investissement { 40 €/MWh. Si les performances énergétiques du bâtiment augmentent, ce coût augmente également. Il faut y ajouter 68 € de composante électrique pour un coût total de 108 €/MWh. L’influence sur la balance est complexe { calculer car le part importée de l’investissement peut être significative. Supposons qu’elle soit de 20 €/MWh, il faut y ajouter 14 € d’électricité soit au total 34 €/MWh. La production de CO2 associée pour l’électricité consommée est de 0,2 t/MWh.

Chaudière à pellets
Le coût d’une installation est équivalent à celui de la pompe à chaleur. Le rendement est de 90%. Avec une durée de vie de 25 ans, le coût de l’investissement est de 35 €, environ 45 €/MWh en comptant les frais opérationnels auquel il faut ajouter 56 € de pellet soit au total 101 €/MWh. En supposant que le pellet soit importé à 25 €/MWh primaire, l’influence sur la balance due au combustible est de 27,5 €/MWh sans compter la composante due { la chaudière.

Cogénération
Quitte { brûler un combustible pour produire de l’électricité, autant valoriser la chaleur plutôt que de l’éliminer comme déchet thermique. C’est cette technique qui est mise à profit pour chauffer votre voiture en hiver à part la vitre arrière et les sièges qui sont chauffés { l’électricité. En Wallonie, c’est intéressant pour chauffer les bâtiments en période hivernale et certains processus industriel toute l’année comme, par exemple, le séchage d’aliments.

Cogénération au gaz dans un bâtiment
Nous baserons nos calculs sur une cogénération avec un coût d’investissement de 2.000 €/kW électrique qui tourne 5.000 h par an et coproduit 7,5 MWh thermiques et 5 MWh électriques en consommant 14 MWh de gaz. Avec une durée de vie de 10 ans, le coût de l’investissement par MWh thermique est de 32 €, auquel on ajoutera de la maintenance pour un coût hors combustible de 40 €/MWh thermique. Produire 1 MWh thermique et 0,67 MWh électrique coûte donc 105 € avec un gaz { 35 €/MWh primaire. Afin de comparer le coût d’un MWh avec une chaudière classique, on tiendra compte de l’électricité produite au prix de 120 €. Le coût final est de 25 €/MWh thermique ce qui est trois fois plus avantageux que le chauffage au gaz classique (75 €/MWh). Quant au déficit global sur la balance courante due à la composante combustible, il est de 37 € pour produire un MWh thermique et 0,67 MWh électrique. L’influence sur la balance du MWh thermique seule est de 14 € /MWh en tenant compte de l’économie réalisée par la coproduction d’électricité. C’est moins que les 20 €/MWh avec une chaudière. La cogénération gaz est donc meilleure tant d’un point de vue micro que macroéconomique.

La cogénération biomasse
Nous baserons nos calculs sur un investissement de 4.000 €/kW électrique avec un rendement électrique de 25% et thermique de 50%. On supposera une utilisation de 5.000 h par an pendant 10 ans soit un coût d’investissement de 48 €/MWh thermique. Le coût de la maintenance de la cogénération biomasse est sensiblement plus élevé que celui d’une cogénération au gaz. On peut estimer que le coût hors combustible s’élève { 60 €/MWh. Produire 1 MWh thermique et 0,5 MWh électrique coûte donc 115 € avec une plaquette { 25 €/MWh primaire. En retranchant la valeur de l’électricité (120 €/MWh), le coût du MWh thermique revient à 55 €. C’est moins cher que le coût pour une petite chaudière { pellet mais la cogénération biomasse n’est accessible qu’en version industrielle. Il faudrait plutôt comparer avec le coût d’un MWh thermique produit par une chaudière de puissance équivalente à plaquettes, entre 40 € et 50 €. Quant au déficit global sur la balance courante due à la composante combustible, il est de 50 € pour produire un MWh thermique et 0,5 MWh électrique. L’influence sur la balance du MWh thermique seule est de 33 €/MWh en tenant compte de l’économie réalisée par la coproduction d’électricité. C’est comparable { l’influence sur la balance du MWh produit par une chaudière biomasse. Le coût de cogénération biomasse est sensible aux économies d’échelles. Si une grande quantité de chaleur est produite, il est vraisemblable qu’il faille la distribuer par réseau de chaleur. Il faut alors en tenir compte dans le calcul du prix de revient. Les calculs de coût doivent être effectués au cas par cas.

Tout au renouvelable ?
Les chiffres présentés ne tiennent pas compte d’une éventuelle nécessité du stockage de l’électricité ou de la chaleur. Pour l’électricité, on peut se permettre d’équilibrer le réseau si les énergies renouvelables aléatoires sont complétées par une production qu’on contrôle en fonction de la demande. Pour le chauffage, la biomasse permet de produire la chaleur renouvelable à la demande. Pour la production électrique, l’éolien et le solaire sont aléatoires et saisonniers. Ils doivent être complétés par des modes de production d’électricité contrôlés : l’hydroélectrique, la biomasse ou le gaz. Malheureusement, en Wallonie, le potentiel naturel hydroélectrique ne pourrait couvrir que 2% de la demande. Si on souhaite rester dans la filière renouvelable, il faudrait donc compter sur la filière biomasse dont nous avons vu qu’elle était peu compétitive. Comme développé dans l’article de nowfuture.org, « La sortie du nucléaire pour les nuls », http://nowfuture.org/2011/11/la-sortie-du-nucleaire-pour-les-nuls.html, la voie de la transition électrique est un mix d’énergie renouvelable complétée par du gaz. Ultérieurement, quand il faudra s’affranchir totalement de l’énergie fossile, on évaluera les méthodes les plus compétitives entre l’importation d’électricité renouvelable, le stockage local ou décentralisé. Mais cela ne sert pas à grand-chose de s’en inquiéter tant que la part de production locale ne couvre pas une large part de notre demande qui va aussi évoluer, tirée à la hausse par l’usage de l’électricité dans les transports et le chauffage, tirée { la baisse par les gains d’efficience. Pour couvrir la demande électrique, il est donc nécessaire d’imaginer un mix optimisé faisant une large part aux filières renouvelables compétitives mariées au gaz avant d’envisager le tout au renouvelable et, sans doute, un coût futur supérieur pour s’affranchir définitivement de la production de gaz à effet de serre.

Conclusions
Pour la chaleur, il faut bannir le chauffage au mazout en Wallonie. Le plus mauvais pour l’environnement, pour le consommateur et pour l’économie wallonne. Mieux vaut encore le remplacer par du chauffage électrique bien que son coût soit élevé pour le consommateur. Le chauffage électrique peut être justifié pour une utilisation parcimonieuse, par exemple, dans des bâtiments très peu consommateurs grâce à leur taille ou leur performance énergétique. Il faudra néanmoins préférer la pompe { chaleur, plus lourde { mettre en œuvre, au chauffage électrique. Quand le bâtiment est raccordé au gaz, ce mode de chauffage est un bon compromis. Il est vraisemblable que la présence du gaz permise grâce à la densité de bâtiments à chauffer préfigure le développement d’un réseau de chaleur quand il permettra d’améliorer le coût pour le consommateur, l’environnement ou le déficit sur la balance courante en valorisant les sources géothermiques, les chaleurs fatales industrielles ou la chaleur issue de cogénération.

Quand le bâtiment n’est pas raccordé au gaz, le premier choix est la chaudière à pellet suivi par la pompe à chaleur qui est cependant un peu plus chère pour le consommateur, la Wallonie et émet nettement plus de CO2. Elle peut être plus compétitive pour le consommateur si les besoins de chaleur du bâtiment sont faibles car la chaudière { pellet n’est pas compétitive pour une faible demande annuelle. Pour l’électricité, il faut privilégier l’éolien en s’assurant que le bénéfice local ne s’évade pas en dehors de la Wallonie. Il faut donc favoriser les retombées locales du bénéfice avec un actionnariat public ou citoyen. C’est la voie dans laquelle le gouvernement s’est engagé après une période d’opportunités privées qui ont coûté des centaines de millions d’euros de trop aux Wallons. Il faut également poursuivre le développement du photovoltaïque. Contrairement { l’éolien, il est accessible au consommateur et il est rentable par rapport au prix de l’électricité distribuée. Au niveau macroéconomique, son influence sur la balance courante est meilleure que le gaz. Enfin le photovoltaïque est naturellement assez complémentaire { l’éolien, ce qui permet d’augmenter la part de l’électricité renouvelable dans le mix. Il faut arrêter de soutenir la production d’électricité { la biomasse qui est bien mieux valorisée dans la chaleur ou la cogénération. Partout où le gaz est présent, il faut favoriser la cogénération tant que les économies d’échelle le permettent. C’est le cas pour l’industrie et les grands bâtiments. Pour les logements individuels, il faut attendre que des améliorations technologiques rendent les petites cogénérations compétitives et fiables. La cogénération biomasse en milieu industriel est généralement compétitive quand le gaz n’est pas disponible. Dans les villes, elle peut compléter le mix d’énergie renouvelable par le développement des réseaux de chaleur.

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