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Monsieur,

+ 25 mars Annonciation

Je vous remercie tout d’abord d’être passé répondre à ma lettre. Vous auriez pu la jeter à la corbeille sans vouloir continuer ce dialogue avec moi. Votre courtoisie m’honore parce qu’elle est un signe de la charité universelle, charité qui unit les habitants du monde par-delà les différences de culture, de religion, de savoir aussi. Mais puisque nous sommes d’accord pour nous référer à l’autorité des Ecritures, permettez-moi de vous partager les raisons qui fondent, à mon sens, la nature divine de Jésus-Christ et son égalité avec le Père. Comme j’en compte au moins neuf ce matin, je vous remercie par avance de la patience que vous aurez à lire quelqu’un qui ne partage pas pour l’heure votre opinion.

Le Prologue de Jean :

Au verset 1 « Le Verbe était auprès de Dieu », il est question du Fils et de son intimité auprès du Père. S’il est établi que Dieu se connaît parfaitement et s’il appartient à celui qui se connaît lui-même d’être en lui-même comme le connu dans le connaissant, il est légitime de poser en Dieu une distinction entre un « Dieu se connaissant » et un « Dieu connu en Dieu », en affirmant que Dieu laisse émaner de lui un « autre lui-même » qui est son Verbe intérieur. Si Dieu se connaît éternellement, dans une pure actualité excluant tout devenir, son Verbe lui est nécessairement coéternel, comme il est écrit au début du même prologue : « Au commencement était le Verbe ». A la différence de l’homme dont l’être du verbe qu’il conçoit n’est que l’être d’un acte d’intelligence différent de l’être même de l’intelligence, aucune altérité d’être n’est concevable entre Dieu qui se connaît et Dieu qui est connu. En conséquence, le Verbe dans lequel Dieu se connaît est non seulement vrai Dieu ayant naturellement l’être divin, mais encore un seul et même Dieu avec celui qui le conçoit, sans qu’advienne la moindre diversité numérique. Cette unité contraste avec la multiplicité inhérente au créé, de sorte que lorsque nous disons « Trinité », nous ne parlons jamais de trois dieux, mais d’un seul Dieu dont la nature est égale au Père, au Fils et à l’Esprit. Dans cette lettre, je ne parlerai pas de l’Esprit Saint, mais du Fils seulement. Ce que je viens de dire au sujet de la Trinité vous semble sûrement contradictoire. Je me rends bien compte qu’il y a là deux notions apparemment contraires : l’émanation d’un Verbe en Dieu comme d’un autre que soi et l’intimité de ce même Verbe auprès du Père. Je laisse cette apparence en suspens, pour passer à d’autres passages des Ecritures, qui devraient nous aider à la surmonter. Rassurez-vous, cela devrait être plus simple que ce commentaire du Prologue, que je dois à mon parrain jésuite et théologien Michel Corbin (cf. La Trinité ou l’excès de Dieu, Cerf 1997, pp. 41-43, 18).

Jn 5, 17-18 : « Jésus répondit aux Juifs : « Mon Père est à l’œuvre jusqu’à présent et j’œuvre moi aussi ». Ainsi les Juifs n’en cherchaient que davantage à le tuer, puisque, non content de violer le Sabbat, il appelait encore Dieu son propre Père, se faisant égal à Dieu. »

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Dans ces deux versets, S. Jean laisse penser, sans l’affirmer explicitement toutefois, que si Jésus est digne d’être reconnu comme le propre Fils de Dieu, il est égal à Dieu, c’est-à-dire de même nature que le Père. Les théologiens qui ont fait les notes de ma Bible de Jérusalem ajoutent qu’il y a au verset 17 une référence au livre de la Genèse et à celui de la Sagesse : Jésus est le Verbe en qui tout a été fait, et il était auprès du Père au commencement du monde. Cela suppose qu’il précède la création : il est avant toutes choses. Est-il donc l’intermédiaire entre celle-ci et Dieu ? Non, nous laisse penser le narrateur Jean au verset 18 : appeler Dieu son propre Père, c’est dire qu’il y a entre eux une appartenance réciproque. Cette appartenance, c’est leur nature, car tout engendré reçoit de l’engendrant la nature de l’engendrant. Certes, le Père reste plus grand dans l’ordre de la relation, mais dans l’ordre de la nature, il y a une communauté et une égalité. Dans le contexte de cet Evangile et du Nouveau Testament, il va de soi qu’il s’agit d’une paternité naturelle et non d’une paternité d’adoption, ni d’une paternité spirituelle, fondée par exemple sur l’affinité spirituelle entre le parrain et le filleul. Au chapitre 17, le verset10 confirme cette égalité : « tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi ». Dans le même sens, on trouve en Jn 10, 30 : « le Père et moi nous sommes un ». Certes, on peut être unis non par une égalité de nature, mais par un même but seulement. Mais encore une fois, le contexte de cet Evangile va plutôt, à mon avis, dans le sens de l’égalité de nature, lorsque Jésus dit encore en Jean 10, 29 : « Ce que le Père m’a donné est plus grand que tout ». Il s’agirait ici, d’après Michel Corbin au moins, du don, par le Père, de la nature divine, celle-ci étant à l’évidence plus grande que toute nature créée. Cependant, ce verset reste un peu énigmatique, du moins pour mon Nouveau Testament en Grec, éd. Metzger, Stuttgart, 1994, puisque d’autres sources permettent de traduire : « Mon Père, quant à ce qu’il m’a donné, est plus grand que tout ». Entendons alors que la grandeur du Père est d’autant plus glorieuse qu’elle est la source de biens éminents. Faut-il alors compter parmi ces dons faits au Fils la nature divine et l’égalité au Père ? Si nous revenons au verset 17, les mots « jusqu’à présent » évoquent pour nous ce qui est écrit de la Sagesse en Proverbes 8, 25 : « Avant les collines, j’étais enfantée » : et cette génération ne s’opère pas selon la volonté, à notre avis, mais selon la nature. Si elle était opérée seulement selon la volonté, elle serait dévalorisée, alors que selon la nature, elle correspond bien à ce que l’Epître aux Hébreux dit du Fils aux versets 2 à 4 : « Dieu (…) nous a parlé par un Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les mondes. Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, lui qui soutient l’univers par sa parole puissante (…) d’autant supérieur aux anges que le nom qu’il a reçu en héritage est incomparable au leur ». Ce verset à lui seul mérite un commentaire. Il y est question d’une part d’ « un Fils », qui pourrait faire nombre avec une quantité d’autres fils, d’une « image », qui évoque une ressemblance dégradée d’un modèle supérieur, et d’un nom « incomparable » à celui des anges. Je me permets de recopier la note explicative de la Traduction Œcuménique de la Bible, Cerf, 1997 : « Aux prophètes, souvent désignés comme des « serviteurs » (Jr 7, 25 ; 25, 4), succède un dernier messager qui est Fils (cf. Mc 12, 2-6). L’absence de l’article défini insiste sur la qualité de Fils ; elle fait attendre aussi des précisions ultérieures (cf. He 4, 14) ». Or que dit He 4, 14 ? « Ayant donc un grand prêtre éminent, qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, tenons ferme la confession de foi. » Faut-il donc l’entendre d’un intermédiaire, ce Fils étant seulement l’ « image » de Dieu ? Il y a deux sortes d’images. L’une qui ne

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possède pas la même nature que la chose dont elle est l’image, ainsi le portrait d’une femme. L’autre, qui reçoit la même nature, ainsi le fils d’un roi. Le contexte de l’Epître aux Hébreux et du chapitre 17 de Jean va dans le sens de cette seconde image, où Jésus reçoit du Père l’héritage du Royaume et de la communauté des sauvés, héritage qui est aussi sa gloire. Jésus reçoit de s’asseoir à la droite de Dieu, dit Hébreux 10, 12, ce qui signifie recevoir l’égale dignité du Père (tout en restant le Fils). Ce dernier verset s’inspire du Psaume 109, que la liturgie catholique place au premier rang des Psaumes du dimanche, en le mettant au début de l’office de Vêpres. Cette lecture va dans le même sens que celui de l’office des Vigiles du dimanche, où le Psaume 2 a été choisi parce qu’il affirme la filiation divine du Messie : « Le Seigneur m’a dit : « Tu es mon Fils » (Ps 2, 7). C’est parce qu’il est dit fils que le Verbe est, au sens le plus noble, image de Dieu, au sens où il possède la même et unique nature que Celui qui le conçoit depuis toute éternité. Reste alors à commenter le nom « incomparable » de Jésus. Si les anges sont des « intermédiaires » entre Dieu et les hommes, Jésus est incomparablement plus l’Intermédiaire, le Médiateur, le Grand Prêtre qu’il nous fallait. Si les sacrifices des animaux par les prêtres de l’ancienne alliance étaient portés au ciel par les anges, Jésus, lui, offre au Père son propre sacrifice, sans qu’un intermédiaire mieux placé que lui n’intervienne. Le sacrifice de la Pâque du Christ étant incomparable, le nom qu’il reçoit de Dieu est aussi sa glorification en tant que Fils. Mais ici, pour comprendre qu’il s’agit encore une fois de l’égalité de nature entre le Père et le Fils, il faut relire l’hymne célèbre de Paul aux Philippiens. Ph 2, 6 : « Lui qui est de condition divine, n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu » Je me réfère ici au texte de la TOB et à sa note : « se trouvant en forme de Dieu » : « Forme exprime ici et au v. 7 plus qu’une apparence : c’est la figure visible manifestant l’être profond, ou bien, par allusion à Gn 1, 27 ; 5, 1, l’image de Dieu, c’est-à-dire l’être même de Dieu en Christ ». La note suivante commente « être à égalité avec Dieu » (trad. Littérale de la fin du v. 6), disant qu’ « il y aurait là une allusion à Adam qui a cherché à se faire l’égal de Dieu (Gn 3, 5.22) : le Christ choisit sur la terre l’humilité et l’obéissance au lieu de l’orgueil et de la révolte ». Tout l’être du Christ n’étant qu’humilité devant le Père « plus grand » (Jn 10, 29), Jésus ne pouvait considérer que ce fût objet de convoitise, que de garder auprès de lui la forme de Dieu. Il s’est volontairement laissé dépouiller de la forme divine, pour prendre celle d’un humble serviteur, d’un esclave, s’anéantissant jusqu’à la mort et la mort de la Croix. Sa gloire de Fils de Dieu coïncide avec la Pâque et les séquences « Passion, Résurrection, Ascension, Pentecôte ». Il me semble donc aller de soi que en Ph 2, 6, le début du verset et la fin vont ensemble pour signifier que le Fils n’est pas seulement « divin », ou « petit Dieu », mais qu’il est aussi, dans la gloire, « l’égal de Dieu », comme il l’était depuis le commencement et que S. Paul veut chanter ici la gloire de Celui qui, ayant la même condition que celle du Père, a librement assumé celle d’Adam pour offrir sa vie en rançon pour une multitude. Cependant, parce que pareille lecture ne convainc pas tous les lecteurs, il faut aller plus loin dans notre lecture de l’Evangile de Jean. Nous étions au chapitre 5, v. 18. Un peu plus loin, au v. 21 et 26, il est question du rapport du Fils à la vie :

Jn 5, 21 : « Comme le Père en effet ressuscite les morts et leur redonne vie, ainsi le Fils donne vie à qui il veut ».

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Jn 5, 26-27 : « Comme le Père en effet a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir aussi la vie en lui-même et il lui a donné pouvoir d’exercer le jugement parce qu’il est Fils d’homme ». Dans ces trois versets est affirmée la place du Fils parmi les habitants du monde, dans le monde de la vie : il est celui qui donne la vie, parce qu’il est le Verbe sans qui rien ne fut (Prologue). D’après le Prologue en effet, c’est dans le Verbe de Dieu qu’est la vie (v. 4 : « ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes »). La Première épître de saint Jean appelle donc Jésus le « Verbe de vie » (1 Jn 1, 1.3). Pour confirmer tout cela, le dernier verset de cette épître dit : « Nous sommes dans le Véritable, dans son Fils Jésus-Christ. Celui-ci est le Dieu véritable et la Vie éternelle ». Il me semble évident que « Celui-ci » renvoie à Jésus-Christ et non au Père, puisqu’aussitôt il est fait mention de « la Vie éternelle », d’une part, mais aussi et surtout parce que l’objet de saint Jean, tout au long de sa lettre, est d’annoncer la Vérité de Jésus-Christ en opposition aux idoles et à l’Antichrist. Cette lecture est confirmée par Ap 3, 7 : « Ainsi parle le Saint, le Vrai, celui qui détient la clef de David : s’il ouvre, nul ne fermera, et s’il ferme, nul n’ouvrira ». Ce verset est particulièrement intéressant, parce que « le Saint » désigne Dieu seul et personne d’autre que lui, et « le Vrai » est synonyme du « Dieu véritable », ou selon une autre traduction possible, « le Véritable ». Plus significatif encore est le moment où Thomas, voyant Jésus ressuscité et le reconnaissant, s’exclame : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jn 20, 28). Il serait étonnant de rabaisser cette profession de foi pour n’y lire qu’une évocation de l’admiration du disciple pour l’Intermédiaire admirable du Père, un Messie et un Fils de Dieu qui ne soient pas de nature divine comme l’est le Père. La TOB continue de nous éclairer au sujet de 1 Jn 5, 20 en renvoyant à Rm 9, 3-5, où Paul professe sa foi en Jésus-Christ à la façon de Thomas et de saint Jean : « je souhaiterais d’être moi-même anathème, séparé du Christ, pour mes frères, ceux de ma race selon la chair, eux qui sont Israélites, à qui appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, (…) et de qui le Christ est issu selon la chair, lequel est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement ! Amen ». L’apposition : « le Christ, Dieu béni éternellement », est ici sans équivoque : S. Paul n’affirme rien d’autre que la divinité de Jésus-Christ. A moins de n’y voir que l’exclamation d’un homme face à une créature sublime, mais cela me semblerait tiré par les cheveux. Il y a cependant une objection qui se lève lorsque l’on parle du « seul vrai Dieu » (Jn 17, 3), « le seul qui habite la lumière inaccessible » (1 Tm 6, 16) : n’est-il pas alors question d’un seul Dieu, qui par conséquent ne peut pas partager sa divinité avec un autre que soi ? S’agit-il d’une solitude à l’exclusion même d’un Fils, qui ne serait donc pas éternellement engendré, mais qui aurait été la première de ses créatures, qui aurait eu un commencement, avec le monde ensuite ? Cependant, « seul » peut aussi s’entendre : « à l’exclusion des idoles » qui ne peuvent entendre, ni parler, ni sauver. Nous choisissons cette seconde lecture parce qu’elle convient à la fin de l’hymne de Paul aux Philippiens, lorsqu’il parle du « Nom au-dessus de tout nom » conféré à Jésus-Christ par le Père. Ce don pascal n’est autre, pour briser les idoles et leur puissance mortifère, que celui de la pleine et entière divinité que revendiquent précisément ces idoles. Et l’entière divinité, celle qui surpasse toute pensée et toute parole, c’est le don paternel de la génération éternelle du Fils. C’est donc sur ce que le Fils dit de lui-même qu’il nous faut à présent de nouveau interroger l’Evangile de Jean…

Jn 8, 23-24 : « Vous, c’est d’en bas que vous êtes, moi, c’est d’en-haut que je suis. Vous, c’est de ce monde que vous êtes ; moi, je ne suis pas de ce monde. Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés. Car si vous ne croyez pas que Moi, Je Suis, vous mourrez dans vos péchés ». Jn 8, 28-30: « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que Moi, Je Suis et que je ne fais rien de moi-même, mais je dis ce que le Père m’a enseigné, et celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît ». Comme il disait cela, beaucoup crurent en lui ». Nous avons choisi ces deux versets parce qu’ils sont un sommet dans la proclamation de Jésus aux « siens » (Jn 1, 11) et dans le rejet du Messie par son peuple. En effet, Jésus fait manifestement ici allusion à l’épisode du buisson ardent où Dieu se révèle à Moïse comme Celui sur qui le peuple élu va pouvoir compter :

« Je suis qui je serai » (selon une traduction possible). La colère des Juifs va donc monter lorsque Jésus leur confirmera, à la fin du chapitre 8, que sa divinité le met au- delà du temps:

Jn 8, 57-58 : « Abraham, votre père, exulta à la pensée qu’il verrait mon Jour. Il l’a vu et fut dans la joie ». Les Juifs lui dirent alors : « Tu n’as pas cinquante ans et tu as vu Abraham ! » Jésus leur dit : « En vérité, en vérité, avant qu’Abraham existât, Je Suis. » Ils ramassèrent alors des pierres pour les lui jeter ; mais Jésus se déroba et sortit du Temple ». Ces versets sont l’affirmation explicite « de la préexistence du Fils éternel par rapport à cet homme que fut Abraham », commente la TOB. Le sens de la divinité de Jésus ne sera pas celui que certains Juifs auraient attendu du Messie : il ne viendra pas en chef guerrier ou en roi puissant qui aurait chassé l’occupant romain. Venu pour sauver tous les hommes, il réaffirme sa divinité au moment du lavement des pieds, à la veille du don total de sa personne :

Jn 13, 19 : « Je vous le dis, dès à présent, avant que la chose n’arrive, pour qu’une fois celle-ci arrivée, vous croyiez que Moi, Je Suis. » La « chose », c’est le scandale de la Croix, c’est l’avènement du Serviteur souffrant (cf. Is 43), Dieu méconnaissable sous les traits de son Fils offert en rançon de notre salut. « Moi, Je Suis » n’a donc de sens, à partir du contexte de la Cène, qu’en référence au « Je suis qui je serai » de Exode 3, 14. La Bonté suréminente de Dieu disant mieux son être que le concept d’un quelconque « Etre suprême », Jésus révèle sa divinité à travers l’affirmation selon laquelle Abraham a vu son Jour, c’est-à-dire la révélation de sa venue et de sa nature. Par conséquent, traduire le grec ego eimi sans les majuscules, comme si Jésus parlait de lui pour désigner le Messie sans faire allusion à son éternité, ce serait briser la référence au Nom de Dieu révélé à Moïse, référence unanimement reconnue par toute une tradition d’exégètes, de théologiens et de Pères de l’Eglise qui se retrouve dans la TOB et dans la Bible de Jérusalem.

Jn 14, 6 : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi. » Ce verset mérite notre attention, car il évoque à la fois la divinité de Jésus et le fait qu’il soit médiateur vers le Père. A partir de ce que nous avons déjà commenté, nous voyons coïncider l’égal et le plus : la Vie qui est dans le Verbe est Dieu, d’après notre lecture du Prologue. Jésus, en affirmant qu’il est la Vie, se fait un avec Dieu, donc égal à Lui…et cependant demeure la reconnaissance du Père « plus grand »,

puisqu’il se dit aussi « le Chemin ». Cependant, pour ne pas nous méprendre sur la nature de ce Chemin, il nous faut rappeler la Lettre aux Hébreux :

He 10, 19-20 : « Ayant donc, frères, l’assurance voulue pour l’accès au sanctuaire par le sang de Jésus, par cette voie qu’il a inaugurée pour nous, nouvelle et vivante, à travers le voile – c’est-à-dire sa chair – et un prêtre souverain à la tête de la maison de Dieu (…) » La voie, n’est-ce pas ce Chemin de vérité et de vie qui mène à la maison du Père ? Une voie à travers une chair, n’est-ce pas celle du Pain de Dieu (Jn 6, 33), promis comme nourriture pour la vie éternelle (Jn 6, 58) ? En ce Pain, habite donc la divinité, parce que le Christ déborde cette plénitude :

Col 2, 9 : « Car en lui habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité ». L’Epître à Tite n’est pas en reste pour affirmer à son tour explicitement la divinité du sauveur, non comme un épithète qui ferait la gloire d’une créature parmi d’autres, mais pour lui donner le Nom même de Dieu :

Tite 2, 13 « …attendant la bienheureuse espérance et l’Apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, le Christ Jésus ». Ici, « grand Dieu » n’est pas à entendre comme « tel grand dieu parmi tant d’autres », car même si les enfants de Dieu sont appelés « dieux » par un Psaume (« J’ai dit : « Vous êtes des dieux, des fils du Très-Haut, vous tous »), même si les anges méritent dans tel autre Psaume le nom de « dieux » (« Dans l’assemblée des dieux, Dieu préside »), il va presque de soi que Paul, dans ce passage, affirme encore la déité du Sauveur Jésus.

Je ne sais si ma propre lecture vous a convaincu. Sans doute les notes de mes Bibles, jointes aux versets énumérés, ainsi que le résumé de quelques pensées qui ne sont pas de moi, vous auront intérerressé, du moins je l’espère en toute courtoisie.

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Frère Matthieu Cailliau

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