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Poupées maléfiques, égyptologues maudits, assassins hantés, vampires envoûtants, objets mystérieux, pacte diabolique, cimetière étouffant, labyrinthe agressif... Les élèves de 4A revisitent les grands classiques de la littérature fantastique. Frissons et tremblements garantis ! Madame Louis

I. Chat alors !
par Quentin Delhaye Le soir venu sous les flocons de neige du 10 janvier 1815, j’allai à mon rendez-vous mensuel chez mon oncle (égyptologue) pour qu’il me raconte des légendes au sujet de l’Egypte antique. Je vis la maison au loin et me mis à courir car j’étais en retard. Arrivé devant, la demeure paraissait tout à fait normale mais, au fur et à mesure que j’avançais dans l’allée éclairée par les lampes blafardes du chemin, je remarquai que l’habitat était anormalement lugubre et laissé à l’abandon : des griffes sur la porte, une vitre cassée, aucune lumière à l’intérieur,… Je voulus regarder par la fenêtre quand, tout à coup, une rafale de vent me projeta cinq mètres en arrière. Allongé par terre, je constatai des empreintes de pas. Ce n’était ni les traces d’un humain, ni celles d’un animal. Je me relevai épouvanté, j’avançai vers la porte et je frappai. Personne. J’essayai de la défoncer mais mon corps chétif ne me le permettait pas. Je m’apprêtai à partir, quand j’entendis un grincement. Je fis volte-face. La porte était ouverte… Poussé par la curiosité, j’entrai dans la villa… A l’intérieur, c’était le branle-bas de combat. J’essayai de me faire un chemin dans tout ce désordre. Je me dirigeai vers le bureau de mon oncle (la seule pièce éclairée) quand soudain une armoire bascula. J’eus juste le temps de faire un bond en arrière. L’armoire s’écrasa quelques centimètres devant moi. J’entendis quelque chose s’enfuir de l’autre côté de la pièce. Je repris mon chemin quand j’aperçus tonton James allongé par terre et recouvert de sang. Voulant l’aider, un chat me sauta dessus les griffes en avant. Je remarquai un petit médaillon avec l’insigne de l’œil Oudjat autour de son cou celui que portait Anubis, le dieu funéraire. Après l’avoir esquivé, je me lançai à sa poursuite. Le félin entra dans une pièce, je m’y précipitai mais il n’y avait plus personne…Volatilisé… Je retournai vers James, il transpirait une sueur verdâtre, il avait sur son corps secoué de petits « spasmes »des traces de griffes, il délirait en disant qu’il ne recommencerait plus. Sa

respiration devenait de plus en plus difficile. Je pris mon téléphone et appelai les secours... Pas de réseau. J’entendis des bruits de pas et j’allai me cacher dans la pièce voisine. Je vis une ombre avec une tête de chacal. Je courus voir la créature et le chat était là dans le couloir, les crocs en avant. Mais, cette fois, l’animal avait une force TITANESQUE. Il me plaqua au sol et me toucha avec son médaillon. Je fus paralysé. J’entendis une voix venant d’outretombe : « Voilà ce qui arrive quand on se met au travers de ma route. » Je voulus m’en aller mais impossible de me relever. Je remarquai que de la sueur verte coulait le long de mes bras, mon corps ballottait des « spasmes »,… LA MALEDICTION ANUBIS ! Le chat dévoila sa véritable apparence. J’étais effaré. Il m’asséna un violent coup sur la tête et je perdis connaissance. Au petit matin, je me réveillai dans mon lit… Je me levai avec une très grosse douleur au crâne. Je descendis et me dirigeai péniblement vers ma maman. Comment vas-tu ? me demanda-t-elle. J’ai terriblement mal à la tête. Je crois que je me suis cogné chez tonton James et... Chez qui ? Tonton James ? Mais il n’y a jamais eu de tonton James…

II. Ne jamais se fier aux apparences
Par Chloé Devos Je m’appelle Zoë. J’avais dix ans. Avec mon papa et Isabelle on venait d’arriver à Beacon Hills. Une ville plutôt jolie, avec de grands et majestueux arbres longeant les routes qui mènent au centre. Avant, nous vivions à plus de trois heures de vol d’ici. Je ne savais pas pourquoi papa avait voulu partir, au fond, je pense que ces lieux lui rappelaient quelque peu l’absence de maman. J’avais du mal à me faire à l’idée que papa pouvait aimer une autre femme même si cela durait depuis deux ans. Cependant, j’espérais et je sentais que notre vie allait recommencer à zéro, un nouveau départ. Le manoir où nous venions d’emménager était très spacieux par rapport à notre petit appartement continuellement en construction. Bien que j’étais plus petite que la moyenne, la porte d’entrée en bois très sombre me semblait immense. Celle-ci était décorée de dorures. Le plus impressionnant était sans doute le double escalier qui nous faisait face lorsqu’on passait l’entrée. L’ensemble des meubles étaient faits de vieux chênes ce qui donnait une

allure très ancienne à la bâtisse. Ma chambre était démesurément grande, le plafond, très haut, était muni de bas reliefs pareils à ceux qu’on pouvait admirer dans les vieilles églises. Ceux-ci représentaient d’étranges silhouettes encapuchonnées faisant face à un groupe d’enfants appeurés. De grandes baies vitrées décorées d’épais rideaux de velours rouge laissaient passer la lumière de la pleine lune en ce soir de novembre. Dehors, le vent soufflait avec une telle ardeur que les arbres semblaient danser sous sa gouvernance.Une impressionante armoire en vieux chêne donnait un côté très noble à cette pièce. Celle-ci était fermée à double tours.Sur la clé de fer gravée d’un blason était inscrite une petite phrase en latin signifiant “N’ouvrez pas.” Le jardin immense avait plutôt des allures de parc. Celui-ci étai bordé d’une forêt très dense dans laquelle il était difficile de se frayer un chemin .Plusieurs fois je m’y suis perdue jusqu’au jour où je suis tombée, par hasard sur une petite trappe sous quelques feuilles que le vent vagabond de l’automne avait fait bouger. Je voulus l’ouvrir quand tout à coup, monsieur Harris, notre jardinier, qui travaillait depuis un bon bout de temps pour ce manoir, accourut et me repoussa en me bafouillant un mot : « Danger ». Le soir même, je trouvai une poupée dans le fond de son armoire sur laquelle était brodé le nom « Timora ». Je décidai d’en faire son nouveau jouet et ne la quittai plus. Je me sentais très seule, je la considérais comme une amie très précieuse. Je m’endormis. Le matin, je me réveillai avec un certain nombre d’ecchymoses. Je ne m’en souciai pas. En rentrant de l’école, je pris Timora près de moi et commençai à l’examiner comme j’aimais le faire. Je passai chaque détail au peigne fin et remarquai une minuscule tache rouge au bord du fil de laine qui lui servait de bouche ainsi que sur ses mains. Elle était habillée d’une magnifique robe à jupon rouge écarlate. Dans le bas de l’habit, était brodé un petit chat noir. Cette poupée était très belle. Alors que je rentrais de l’école en bus, personne à l’horizon, j’avais quartier libre. Heureusement que le jardinier s’était blessé et qu’il ne pouvait pas venir aujourd’hui pour m’empêcher de retourner dans le bois retrouver cette fameuse plaque. Je n’avais qu’une envie : découvrir ce qu’il y avait derrière. Je savais que je n’avais rien à faire ici mais quelque chose m’attirait dans l’inconnu. J’avais tout prévu, une lampe torche, Timora et ma Barbie préférée dans mon sac. Je commençai à descendre l’échelle murale rouillée. La trappe se referma sur moi. J’étais prise au piège. J’étais paniquée. Je ressentais ma gorge se serrer. Impossible de remonter. La peur m’envahit. Que faire ? Je ne pouvais qu’avancer. Il faisait très sombre, je décidai de mettre un peu de lumière dans tout ça. L’air était humide et assez lourd, des algues vertes et visqueuses tapissaient les murs d’où émanait une odeur atroce. Je voulu prendre mes jouets mais ne trouvai que ma Barbie. Je fis quelques pas puis me trouvai nez à nez avec une vielle porte de fer. Je la poussai. Peut

être était-ce un hall ? Peut être pas. Je ne savais pas bien distinguer. Une odeur de moisissure atteignit mes narines, comme lorsque le chat ramène des animaux morts. Horrible. La porte claqua. Je remarquai une petite grille, je m’en approchai et compris d’où venait cette émanation, j’étais horrifiée. Soudain, j’entendis un craquement. Je ne pouvais rester ici plus longtemps. Je ressentais une présence, comme si l’on m’observait. Une issue. Je me retrouvais dans le bois. J’aperçus la maison et rentrai en trombe. Je ne dis rien à papa. Il allait me gronder.

Le soir venait de tomber, je cherchai Timora en vain. « Tant pis » me dis-je. Je m’endormis sans. Une douleur aigüe dans mes bras et mes jambes me réveilla. J’étais remplie de coupures. Tout à coup, l’ensemble des portes de la maison claquèrent d’un bruit assourdissant. Je criai de toutes mes forces, à m’en casser la voix. Peu importait tant que je pouvais voir un visage connu. Papa accourut en me demandant si tout allait bien. Je lui expliquai tout, le bois, les ecchymoses,… Il me rassura en me disant que je m’étais probablement fait cela dans mon sommeil et que je ne devais pas m’aventurer hors de la propriété. Je me rendormis.

Le lendemain, je trouvai ma poupée sur le haut de mon armoire. En voyant de plus grosses taches rouges sur les mains de celle-ci. Je tentai de les laver. Rien ne disparaissait. Je ne la voyais plus comme avant, elle était menaçante. Je la cachai et rejoignis papa. J’appris, en surprenant une discussion entre lui et un des ouvriers, que le pauvre monsieur Harris avait été retrouvé couvert de sang et inconscient dans le bois la nuit passée. Le soirmême, je laissai Timora dans le fond de mon lit, je ne voulais pas la voir. Elle devenait angoissante. Après une longue journée de travail à l’école, je dînai seule ne trouvant pas papa. Il était parti au théâtre avec Isabelle. Il me laissait, encore une fois, seule. En allant me coucher, je découvris avec effroi ma poupée maculée de sang, particulièrement sur les bras et la bouche. Je la jetai et me cachai terrorisée sous ma couette. Mon inquiétude était grandissante, mais j’arrivai à m’endormir. Il devait être une heure du matin quand je découvris mon corps mutilé. Un liquide rouge avait envahi mes draps. Du sang. J’étais perdue. La douleur m’assommait. Je ne voyais plus clair. Papa n’était pas rentré. J’avais peur. La sueur coulait sur mon front. Mon sang ne fit qu’un tour quand j’entendis frapper à la porte de ma chambre. Terrorisée, je répondis d’une voix tremblante: « Papa ? ». Rien, juste ce silence mêlé à ma respiration rapide. J’étais prostrée dans mon lit, n’osant plus bouger. J’avais les yeux rivés sur la poignée de la porte. La poignée tourna. La porte s’ouvrit. J’hurlai. Timora se tenait là devant moi. Ce n’était pas possible. Je devais rêver. La lumière

s’éteignit. Mon cœur n’allait pas tenir, je le savais. Je tremblais. Plus un son. Puis, j’entendis un murmure. Une voix qui me glaça le sang : « On va venir te chercher, tu ne pourras plus crier. »

III. Vaincre le mal…… par le mal
Par Grégoire Lantonnois

« Bradley ton heure a sonné » ! Cette phrase se répétait en boucle dans sa tête. Il se souvenait parfaitement de ce coup de téléphone. Il avait décroché en pensant avoir sa femme au bout du fil, mais lorsqu’il s’était présenté, personne ne lui avait répondu. Il y avait d’abord eu un silence terrifiant, ponctué de grognements à peine audibles. Pensant à une farce de jeunes du quartier, il allait raccrocher … mais poussé par le désir de connaitre l’auteur de cet appel, il était encore resté quelques secondes. Fatal ! Quelques secondes qui changent une vie ! Maintenant, il ne pensait plus qu’à cette phrase et il était terrifié au point qu’il n’arrivait plus à penser de manière ordonnée. Lui, le militaire de carrière, entraîné à faire face à la fatigue et à l’effort, en était presque à trembler comme une vieille feuille morte. « Pathétique ! » se diraient ses compagnons d’armes en le voyant dans cet état. Ils

penseraient sérieusement que leur ancien colonel était devenu fou et ils auraient peut-être raison de le penser. « Il faut se ressaisir et faire preuve de logique » se disait-il. Il avait eu des moments assez pénibles dans sa vie mais ils les avaient toujours surmontés .La tête haute ! Il se remémorait le massacre de ce village en Irak… Après ce choc, il avait décidé de quitter l’armée et tentait de se reconstruire dans sa maison au bord du lac James. Il essayait de débuter une nouvelle vie et ça avait plutôt bien réussi. Jusqu'à … il y a 15 jours … où tout avait basculé….. Bradley Connor se trouvait alors dans son bar préféré où il commandait, comme à son habitude, un double whisky qu’il sirotait devant les matchs de basket, diffusés sur l’écran au- dessus du bar. Tout allait bien pour lui : il se trouvait dans le bar de son vieux copain Gregor avec un verre à la main. Il regarda son verre rempli de ce bon breuvage et y vit une chose étrange. Dans son verre, il commençait à distinguer une masse sombre. Puis l’image d’un village entouré par le désert apparut devant ses yeux ébahis. « J’ai trop bu ! » pensa-t-il, « Je ne devrais pas abuser de la bouteille après le choc que j’ai vécu ». Il salua son ami et rentra chez lui. Cette

nuit-là ne fut pas bonne pour Bradley, vraiment pas bonne du tout ! Il avait le sommeil agité et les cauchemars ne lui laissaient pas de répit. Cela avait commencé par un doux rêve, ensuite il avait revu ce village dans le désert… Et là n’était pas le pire. Cette fois -ci, il pénétrait à l’intérieur du village qui semblait vide. Mais, lorsqu’il se dirigea vers le centre, il vit des enfants qui dansaient. Dès qu’ils l’aperçurent, ils s’arrêtèrent et s’écartèrent pour le laisser voir l’horreur qu’ils dissimulaient en dansant : la tête de plusieurs hommes de la section qu’il commandait en Irak, transpercée sur des pieux. Il vit ensuite un enfant sortir du groupe pour lui asséner un énorme coup avec une pierre. Il tomba au sol….. Il se réveilla en sursaut et remarqua que son front saignait exactement à l’endroit où il avait été frappé durant son cauchemar. « Ce n’est pas possible » se dit-il «je nage en pleine démence ! ». Et il ne parvint pas à se rendormir tellement il était troublé intérieurement. Le lendemain il était inquiet ! Dès son réveil, il avait téléphoné au Pentagone pour prendre des nouvelles de ses hommes qui étaient restés en Irak et on lui avait répondu qu’on n’avait plus aucune nouvelle d’eux depuis hier soir. Ils étaient portés disparus, et il existait peu de chance de les retrouver en vie. Bradley le savait : ils étaient morts dans des conditions atroces. C’est pourquoi, il décida de mener son enquête malgré l’invitation de l’armée pour passer une semaine dans un hôtel grand luxe de Miami, avec tous les anciens officiers partis avec lui en Irak. Il n’était pas dupe ! Les hauts gradés essayaient de l’empêcher de mener son enquête, dont les résultats feraient certainement beaucoup de bruits. Mais il voulait des réponses à de

nombreuses questions. Et ne prendraient du repos que quand il les aurait. Afin d’obtenir quelques informations utiles à son enquête, Bradley se rendit au club de tir pour y voir Thomas Jones, appelé aussi Capitaine Y. Ce dernier avait des informations sur beaucoup de monde mais, étrangement, personne ne connaissait sa véritable identité. Il était passé maitre dans l’art de disparaitre quand bon lui semblait. Il n’avait pas de famille, pas d’amis…. Il n’appréciait guère le fait de vivre en société, mais il se trouvait là, devant le club de tir, regardant les prestations de ceux qu’il appelait « les planqués », tous ceux qui au lieu de porter les armes pour l’Amérique avaient préféré rester dans leur bled pour manier le colt. Il attendait Bradley, la seule personne pour qui il avait de l’estime. Ils s’étaient rencontrés cinq ans plus tôt, lors d’une patrouille dans le désert irakien. Bradley et son équipe avait aperçu une concentration importante de poussière à l’horizon et sans se poser de question, ils avaient foncé en avant. A leur arrivée sur les lieux, ils avaient vu des 4x4 partir à toute allure. Voulant les prendre en chasse, ils avaient percuté un homme qui courait. Il s’appelait Thomas. En s’approchant de lui, ils avaient remarqué que

l’homme portait une ceinture d’explosif dont il tentait de se débarrasser, mais sans succès. Bradley avait observé son visage et il y avait lu de la peur. La peur de mourir. Il ne pouvait rester là à rien faire. Il avait ordonné à ses hommes de reculer et s’était préparé à affronter son destin : « Vivre ou Mourir » Dieu déciderait. Ce jour lui avait été favorable. Il avait sauvé une vie en désamorçant une bombe et gagner le respect d’un homme. Alors que Thomas se remémorait ces instants, Bradley entra et vint s’assoir auprès de lui. Il le salua et lui dit : « Je ne vais pas y aller par quatre chemins : j’ai vraiment besoin d’infos ». « Je sais …. » « Tu es donc d’accord de m’aider ? » demanda Bradley. « Evidemment. Tu crois que j’ai oublié tout ce que tu as fait pour moi ? » « Non, bien sur que non ! » « Je me suis déjà renseigné et je trouve cette affaire très étrange. On ne sait pas comment tes hommes ont disparu et il n’y a aucune trace … même pas le plus petit indice. Je l’aurais trouvé ! » se plaignait Thomas. « Je te crois. N’en doute pas une seconde. » « J’aurais voulu pouvoir plus t’aider. Sur ce coup je me sens inutile. » « Allons tirer cela nous changera les idées ». conclut Bradley

Tandis qu’ils commençaient à se distraire , un évènement étrange se produisit. La balle que Bradley venait de tirer mit feu à la cible en carton. Et sous les yeux stupéfaits des témoins, une fumée noire envahit le ciel. Bradley était ahuri. Mais lorsqu’il y regarda de plus près, il eu de nouveau la vision du village entouré par le désert. Il voulut crier mais aucun son ne sortit de sa bouche. Que se passait-il ? Tous les regards étaient tournés vers lui. Il sentit un vent glacial dans son dos et sans réfléchir pris la fuite. Dès qu’il fut arrivé chez lui, tout transpirant et hors d’haleine, il se rendit compte qu’il avait agi bêtement en prenant la fuite devant tous ces gens. Maintenant tout le monde saurait que Bradley Connor, était un lâche. « Quel honte je suis pour ma famille » pensa t-il. Pour se calmer et éviter le regard de sa femme et de ses enfants, il décida de tailler la haie. Dehors, il se sentait bien, apaisé… Mais même lorsqu’on l’enfouit au fond de soi, la peur revient toujours. Perdu dans ces pensées, il se coupa… et pendant qu’il poussait des

affreux jurons, une mare de sang vint se répandre sur son gazon. Le sang coulait à flots mais là n’était pas le problème : le sang formait sur le gazon une tête de mort. L’envie de fuir très loin remonta en lui. Mais il ne pouvait pas, il était planté là comme un piquet, ses membres ne répondaient plus, paralysés par la peur. Quand il reprit réellement le contrôle de son corps et de son esprit, il décida de s’éloigner quelques jours de chez lui afin d’éviter que le malheur ne tombe sur sa famille. Il fit donc son sac, embrassa sa femme et ses enfants et se dirigea vers sa voiture. Il ouvrit sa portière et tout à coup, une troupe de sangliers sortis de nulle part, fonça vers lui. Il n’eut pas le temps de se réfugier et fut piétiné. Cela ne dura que quelques instants, mais la souffrance fut forte. Il tourna son regard et constata les dégâts : il ne restait rien de sa voiture. Il était

vivant mais souffrait physiquement et était mort de peur. Les trois jours suivants, il les passa dans son lit. Il ne parvenait pas à dormir, réfléchissant à tout ce qui s’était produit d’étrange. Soudain la fenêtre s’ouvrit b rusquement, puis ce fut le tour de son armoire. Bradley s’enfouit sous ses draps mais ceux-ci se soulevèrent. Tout dans sa chambre était hors contrôle. Jusqu’à son uniforme qui sortit de l’armoire, valsa par la fenêtre et atterrit dans la boue. Après cet événement, le moral et les forces de Bradley diminuèrent de jour en jour. Il ne souriait plus, était pâle. Sa seule source de motivation était l’entretien de ses armes. Et c’est par celles-ci que le coup fatal lui fut donné. Alors qu’il les nettoyait comme tous les jours, il entendit comme un bruit sourd puis des bruits plus distincts lui parvinrent aux oreilles : « clac, clac, clic, clac…. ». Il finit par comprendre. Ces bruits venaient des chargeurs de ses armes qui se mettaient à fonctionner toutes seules. Il courut s’abriter tandis que les balles sifflaient dans l’air. « C’est la fin » se dit-il « plus rien ne peut me sauver …… » Bradley se trouvait toujours là, assis dans son fauteuil, regardant au loin. Cela faisait des heures qu’il était dans cette position. Depuis le coup de téléphone : bouleversant ! Il le savait, bientôt la mort viendrait le chercher. Il n’avait plus qu’une obsession dans la tête : savoir comment il quitterait ce bas monde. Il avait imaginé toutes des hypothèses, toutes plus étranges les unes que les autres. Mais lorsque sa femme rentra, il prit un air songeur pour dissimuler son angoisse. Elle le salua, le questionna sur sa journée mais ne remarqua pas son drôle de comportement. Tandis qu’elle allait préparer le repas, il décida de regarder la télé. Mais son esprit était ailleurs.

Pourtant il perçut des bruits provenant de sa chambre. « Etrange, pensa-t-il, il n’y a pourtant personne en haut ». Il s’y dirigea et lorsqu’il ouvrit la porte, il vit un chat noir couché sur son lit. Celui-ci poussa un cri strident, puis sortit en sautant par la fenêtre. Bradley s’y précipita pour voir la chute de l’étrange animal. Et là stupeur : le chat s’était volatilisé. Aucun bruit, aucune trace. Le cerveau de Bradley fut alors envahi par la peur. Ne pouvant plus coordonner ses mouvements, il s’étala de tout son long. En tombant sa tête percuta un paquet. Il mit alors toute sa volonté et tout son courage pour essayer de s’en saisir. Bouger, un de ses ses bras demandait beaucoup d’efforts. Le tenant enfin, il le tourna pour l’examiner. Un simple paquet à première vue. Il contenait une lettre et un dvd. Bradley déplia la lettre et lut : Tuer un lâche assassin en 6 étapes : 1) Faire comprendre à ses amis qui il est vraiment. 2) Répandre son sang sur la terre. 3) Ecraser son corps impure. 4) Enlever ce qui lui tient à cœur. 5) Le blesser avec ce qui nous a tués. 6) ………………. Bradley s’arrêta net. Il venait de comprendre que tous les éléments écrits sur cette liste lui étaient arrivés. Et que le lâche dont on parlait c’était : lui !!!! Alors malgré son visage angoissé, son corps tout tremblant, la sueur dans son cou, le pétillement dans ses pieds : il porta ses yeux vers la feuille mais ceux- ci refusèrent de regarder et se fermèrent. Il ne pourrait savoir comment il mourrait. «A moins que ……. . » Le DVD, la solution ! Il posa le dvd dans le lecteur et s’assit sur son lit. Il regarda fixement l’écran comme pour affronter la mort en face. Enfin l’image apparut : un désert, du sable, encore du sable, un village, des enfants qui jouent dans la rue, un bruit venant du désert, des camions blindés, des hommes armés, des coups de feu. Puis …plus rien.

Lorsque sa femme, inquiète, se rendit dans la chambre, elle le découvrit le visage froid, le regard impénétrable. C’était trop tard. La mort avait gagné son combat sur les deux plans : elle avait emporté Bradley et la cause de sa mort.

IV. EVA L’ENVERS
Par Elisa Pirotte - Eva, suis-moi ! - J’arrive ! J’ai bien envie de manger une pomme d’amour, mais cette foire est si petite que je n’en vois aucune. Il est vrai que la foire de Keledec située sur la côte Bretonne n’était pas très grande. Elle n’était gérée que par une poignée de forains. L’air était chaud, étouffant, et, malgré le temps, il n’y avait seulement qu’une dizaine de personnes. Nous vîmes un forain vêtu piteusement d’un costume de clown derrière son stand de grimage. Il semblait attendre d’un air las l’apparition hypothétique d’un enfant. De l’autre côté, se tenait une f emme tournant la manivelle d’une petite boîte en fer colorée d’où sortait une douce mélodie. Elle regardait tristement vers l’océan qui venait mourir dans un roulis monotone et régulier en contrebas des roulottes. Au bout de l’allée déserte, s’élevait un chapiteau aux couleurs pastel. Un magicien se tenait là, avec une moustache et un grand chapeau, tel un lugubre croque-mort. Il présentait son spectacle à un vieux couple mais, malgré ses bons tours, leur visage demeurait impassible, sans vie. Un souffle d’air moite balayait le sable sous nos pieds et faisait légèrement tintiller les quelques clochettes des roulottes qui semblaient attendre leur prochain départ pour des cieux plus cléments. Tout était morne, triste. Tous laissaient voguer leur regard vers le large d’un air presque funèbre… Luna, ma meilleure amie, et moi observions la fête foraine d’un air dépité. Nous étions venues pour passer une bonne après-midi sous cette chaleur estivale et il n’y avait aucune ambiance de fête, de bonheur. C’est pourquoi nous décidâmes de rire aux éclats et de profiter de ce jour en faisant le maximum d’activités et d’attractions. La première attraction qui se présentait à nous était un petit Palais des glaces. Monde utopique où tout est transparent, glacé, boulversant. Elle était tenue par une jeune fille qui portait sur son visage le seul sourire que nous avions pu apercevoir depuis l’entrée dans la fête foraine. Acheter nos billets. Rentrer. Se regarder dans les miroirs déformants. Rigoler. Quel bonheur ! Les images que nous renvoyaient les miroirs étaient à mourir de rire. Tantôt grosse ou maigre, tantôt petite ou grande, j’étais déformée de partout. Mon corps élancé semblait parfois petit, ma chevelure rousse était parfois teintée de bleu, mon visage fin m’apparaissait joufflu et ainsi de suite. Luna et moi ne vîmes pas le temps passer tant il était gai de se promener dans ce labyrinthe glacé. Malheureusement, ma joie prit fin au moment où Luna m’annonça : - Sortons Eva, il fait drôlement froid ici, je veux profiter du soleil moi ! En plus, j’ai faim et j’ai reperé un petit marchand ambulant qui vend des gauffres et des bonbons. Viens !

- Mais attends encore un peu, on s’amuse tellement bien ici ! - Non, je vais sortir, tu peux encore rester ici quelques temps si tu veux, je t’attends sur la plage - D’accord, je te rejoins dans dix minutes. Dis-moi, tu entends ce miaulement ? On dirait qu’il y a un chat dans l’attraction. - Un chat ? Dans l’attraction ? Non, impossible, on l’aurait vu, l’endroit est trop petit pour qu’on ait pu le rater. Ne fais pas attention à ça, je m’en vais, mon ventre crie famine ! - Sans problème, à tantôt. Peut-être aurais-je dû la suivre ? À vrai dire je n’en savais rien. Je continuais donc à déambuler dans ces galeries, seule. Au bout d’un moment, le rire si familier de Luna commença à me manquer, je n’entendais plus rien. Pas un son, pas une voix. Même plus la douce musique jouée par la petite boîte en fer colorée. Il faisait encore plus silencieux que dehors, mis à part les miaulements de chat qui devenaient de plus en plus réguliers, de plus en plus stridents. C’est là que je le vis. Tel une panthère, un chat s’avança vers moi. Des yeux vert émeraude et le pelage couleur ébène, il avait un air particulier. Il me tournait autour comme s’il avait souhaité que je le suive. Je n’avais jamais touché un pelage aussi doux. Doux mais froid, glacé même. Et c’est en caressant l’animal que je me rendis compte avec stupeur qu’il n’avait pas de reflet dans les miroirs ! Il faisait froid. Je ne pouvais pas laisser cette pauvre bête ici. Il y regnait un froid intense et l’air chaud de l’extérieur lui aurait fait un bien fou. Je suivis donc le chat, espérant qu’il me dirigerait vers la sortie. Le froid s’amplifiait au fur et à mesure de mes pas…

Après quelques minutes à le suivre, je me rendis compte que je ne voyais plus les lumières du dehors. Le labyrinthe semblait sans fin, les galeries étaient longues et obscures, l’immensité de cette attraction me stupéfiait, elle était infinie. De l’extérieur, elle semblait si petite… Mon reflet était désormais le seul réconfort que j’avais au beau milieu de cet endroit si lugubre et si sombre. Mais cette seule familiarité ne dura plus longtemps, mon reflet se métamorphosait… Je m’arrêtai pour inspecter le phénomène de plus près : une ride fit son apparition sur ma peau pâle et mes joues se creusaient à vue d’œil. Je venais de prendre vingt ans de plus ! Fascinée. Horrifiée. Pétrifiée. Je n’aurais su qualifier mon état devant mon reflet vieillissant au fur et à mesure des secondes qui passaient dans cet enfer de glace.

« MIAOU ! » Le miaulement m’arracha à ma contemplation. Où était l’animal ? Il n’était plus à mes pieds. Pourtant le cri semblait si près de moi ! Je me mis à chercher la pauvre bête qui semblait s’être égarée mais elle n’était nulle part. Perdue, oui perdue. J’étais désormais abandonnée par le seul être vivant qui me tenait compagnie. Des miaulements plaintifs retentissaient contre les parois de verre et les faisaient trembler. Un souffle de vent passait dans mes longs cheveux et s’insensifiait au fur et à mesure de ma course dans ces galeries folles. Un vent polaire. Dehors, le temps était chaud, étouffant même ! Alors, d’où venait ce froid intense ? C’était étrange, il avait quelque chose de paranormal, je le sentais. Il grimpait le long de mes jambes découvertes par la saison estivale et me mordait la chair. Tel le venin d’un serpent, le froid me pénétrait, me paralysait. Je voulus courir afin d’échapper à ce labyrinthe infernal mais mes pieds ne suivirent pas, je demeurai là, incapable de bouger…

« MIAOU ! MIAOU ! MIAOU ! » Intenable. J’eu envie de m’effondrer au sol, mes jambes lachaient peu à peu, m’abandonnant. Mon reflet se tortillait de douleur devant moi tant la température était basse. De plus, le vieillissement de ma peau s’accentuait et ma chevelure rousse grisonnait et s’effilait. Ce n’était plus moi, une vieille femme avait pris ma place. Elle portait la même robe que moi, avait les mêmes traits…

« MIAOU ! » Non…je ne pouvais plus rester ici ! Les miaulements sinistres envahissaient ma tête, le froid envahissait mon être, les larmes envahissaient mes yeux. « Au secours ! » Mon cri se répercuta contre les miroirs, il me revint en triste echo « au secours, au secours, au secou… » . Aucune réponse, le silence. Prise dans un élan de rage, je bougeai mes jambes et elles me répondirent. Je courus, il fallait que je retrouve ce chat. J’étais persuadée qu’il me mènerait à la sortie.

« MIIIAOU ! » « Je...je n’entends plus rien…rien du tout…il fait sombre…au secours. » Le dernier miaulement que j’entendis me perça les tympans tant il était strident, si près… Je m’assis par terre, tentant de retrouver mes esprits et c’est là qu’elle se mit en mouvement. Moi, la vieille, mon reflet. Au lieu de s’asseoir comme moi, elle resta debout, me dominant. Elle me sourit. Des sourires malveillants, j’en avais déjà vu, mais là il me pétrifia. Edentée, noire, visqueuse. Sa bouche prononçait des paroles que je ne pouvais désormais plus entendre. Son regard restait fixé sur moi. Des yeux bleu ciel, semblables

aux miens. Le chat se tenait sur ses épaules, m’observant aussi d’un regard à perdre la raison. Hypnotisée.

Je clignai des yeux, le reflet disparut. Me lever et recommencer ma course folle, cela me demanda un effort surhumain ! La peur me nouait l’estomac, la terreur me faisait perdre la tête. Je n’avais désormais plus qu’un mot à l’esprit : Fuir ! Je ne vis plus mon reflet maléfique pendant un court instant qui me sembla durer une éternité. L’ouïe me revint doucement. Les miaulements s’éloignaient. Mais quel fut ce bruit qui retentit derrière moi ? Ce froid m’envahissant soudainement ? Le dos, Eva. Toujours regarder derrière soi, toujours se méfier de soi-même…

V. Blanc et Noir
Par Florian Mine Londres était plutôt calme. Il n'y avait presque personne dans les rues pour une fois. Edward en profita donc pour prendre l'air. Il n'aimait vraiment pas s'afficher en public, c'était donc pour lui l'occasion idéale de sortir. Déménager dans une grande ville n'était peut-être pas une si bonne idée mais l'Ecosse lui rappellait trop de mauvais souvenirs. Une fois sa ballade terminée, il prit le chemin du retour. Arrivé près du quartier où il résidait, il regarda son téléphone. Mercredi 4 septembre 2025, 15h13. Cette date lui disait quelque chose, mais il n'arrivait pas à se souvenir de quoi. Il se dirigea vers le pont pour rentrer chez lui lorsqu'il vit, dans une ruelle sombre et étroite, un jeune enfant. Ses cheveux étaient très noirs, ses habits déchirés et il portait des traces de coups, des brûlures et son corps était jonché de cicatrices. Il leva la tête vers Edward. Son visage était très pale, recouvert de suie mais à la fois beau et fin. Ses lèvres étaient très fines et plus rouges que des lèvres normales. Il ne savait pas pourquoi, mais le petit garçon lui rappelait étrangement le chat de son rêve. Mais le détail qui frappa le plus Edward étaient les yeux du garçon : rouges écarlates. A l'instar de ceux de l'albinos. Le petit garçon se leva. Pris de peur, Edward recula, trébucha et tomba à terre. Il se retourna, rampa vers le pont mais quelque chose lui tira la jambe. Il se leva brusquement. Plus rien. Le garçon avait disparu. Sûrement une hallucination. Avec les problèmes qu'il avait pour le moment, le stress montait facilement. D'une marche

rapide, il alla sur le pont. Arrivé à la moitié, il heurta quelqu'un de plein fouet. En se relevant, il remarqua que quelque chose de familier était accroché au pantalon déchiré de la personne qu'il venait de heurter. - Excusez-moi, dit-il, en époussetant sa veste. Il écarquilla les yeux. Il avait devant lui le petit garçon de la ruelle. Comment était-il arrivé si vite sur le pont et comment n'était-il pas tombé au contact d'Edward ? Puis il se souvint de ce qui était accroché à son pantalon. La montre à gousset de son père. Cachant sa peur, il se ressaisit. - Bonjour, très belle montre que tu as là, balbutia-t-il. Trop direct. Le garçon ne dit rien. - Je veux dire, j'avais la même autrefois, et c'est une pièce unique. Je me demandais juste... Comment l'as-tu obtenu ? - De ma mère, répondit calmement le garçon. Edward eut des frissons. La voix du garçon n'était ni masculine, ni féminine. Elle était comme brouillée. Elle n'était pas HUMAINE. - D'accord, d'accord. Quel est ton nom ? demanda Edward. - Damien. - O.K. Damien. Je te laisse, je... je vais rentrer chez... chez moi, bégaya-t-il. Il contourna le garçon et commença son chemin vers sa maison. Mais Damien le rattrapa doucement, tira son bras et le poussa vers le bord du pont. Il prit la montre à gousset et l'enfonça avec sa main dans le corps d'Edward. Ce dernier ressentit une énorme douleur dans le coeur mais ne saignait pourtant pas. - Que me veux-tu ? cria l'albinos, dans l'espoir que quelqu'un l'entende. Damien ne répondit pas. Un sourire moqueur se dessina sur son visage. Ils se regardèrent dans les yeux. A l'instant où Edward se plongea dans le regard du garçon, il fut pétrifié et son sang se glaça dans ses veines. Tout s'embrouilla dans sa tête. Il avait beau avoir mal, ce n'était rien par rapport à la peur qu'il ressentait en cet instant. - Ce n'était pas un rêve, ricana le garçon. Damien attrapa Edward et se jetta avec lui par dessus le pont. Ils s'enfoncèrent

tous les deux dans le fleuve et l'eau entra doucement dans les poumons de l'albinos. Il souffrait mais ne se sentait pas mourir. Le fleuve ne semblait pas avoir de fin. Ils continuèrent de tomber. Pendant des heures, des jours, ou peut-être même des mois. Mais ce qui troubla le plus Edward, c'était l'eau. Elle n'était pas bleue comme il l'avait vue à la surface. Elle était rouge. Comme le sang. - A toi de souffrir... Damien disparut. Ses derniers mots retentirent dans la tête d'Edward et il vit pour la dernière fois les yeux écarlates du petit garçon pendant qu'il continuait à couler dans les profondeurs.

12 ans plus tôt.

La pluie battait sur les fenêtres. Il était très difficile de se concentrer pour les élèves de l'école Edinburgh. Le temps typiquement écossais ne favorisait en rien leur apprentissage. La matinée avait été sèche mais c'était tout autre chose l'après-midi. La pluie était tombée d'un coup sans prévenir. L'école demeurait néanmoins très calme, que ce soit dans les classes ou dans les couloirs. L'ambiance était plutôt morose, surtout en cours de latin. Tout le monde était sur le point de s'endormir et tout semblait immobile, statique. Tout, sauf une seule chose. Un chat noir, très élégant et au pelage luisant, qui marchait dans la cour. Le regard pourpre du jeune Edward suivait les mouvements du félin. Les poils

sombres de l'animal étaient tellement opposés à ceux du garçon. Mais quelque chose d'autre intiguait l'élève. Le chat se pavanait tranquillement sous la pluie, alors que la plus part des autres chats courraient, appeurés par l'eau. De plus, il ne paraissait pas mouillé, comme si la pluie ne parvenait pas à l'atteindre. - Monsieur Lust ! Un peu de concentration ! Edward sursauta et se retourna, oubliant l'animal. Madame Berckham, professeur de latin qui avait crié, regarda le jeune élève méchamment. Tous les étudiants se mirent à rire. Pas facile tous les jours d'être albinos auprès des autres élèves, alors si les profs s'y mettaient aussi, il n'allait pas s'en sortir. Il s'excusa vite fait auprès de Madame Berckham, puis retourna à ses activités. Malheureusement, le chat n'était plus dehors. Sa seule source de distraction venait de s'envoler. Il chercha dans la classe autre chose qui pourrait le distraire mais ne vit que des élèves, somnolant tout comme lui. Il croisa les bras allongea sa

tête sur ceux-ci. C'est à cet instant qu'il le vit. L'animal était là, assis sur le bureau, regardant Edward avec grâce. On aurait dit qu'il bombait le torse et prenait tout le monde de haut. Le jeune albinos redressa la tête intrigué, et regarda les autres élèves, qui ne semblaient rien remarquer. - Vous... vous... vous ne le voyez pas ? s'écria-t-il. - De quoi tu parles, monstre ? ricana John, le cancre de la classe. - LE CHAT ! cria Edward. - Ah ah, tes yeux bizarres te font voir des choses, monstre ! - Ca suffit ! cria Madame Berckham. Tout le monde se tait. Le chat fixait Edward, tandis que John continuait de se moquer de ce dernier. Remplis de haine, il serra le poing, ne voulant qu'une seule chose : frapper le cancre. C'est alors que le chat, lisant dans les pensées d'Edward, sauta sur le moqueur. Le jeune albinos fut étonné de voir que le félin traversa le corps de l'autre élève. Le gros John s'écroula à terre, se tapa la tête au sol et fut complètement assomé. - Edward, qu'as-tu fait ? s'exclama la professeur, tout en se ruant vers John. Il fut étonné de la question. - Mais rien Madame, c'est le chat ! - Arrête avec ton chat ! Il n'y a aucun animal dans cette classe. Maintenant, va... va chez le directeur expliquer ce que tu as fait ! paniqua-t-elle. Il sortit de la classe, les larmes aux yeux. Quelle injustice ! Voilà une nouvelle fois qu'on l'accusait à tort. De toute façon, c'était toujours lui le coupable. Le monstre. Cela avait toujours été comme ça et cela n'allait pas changer. Il marcha dans le couloir, en direction du bureau de proviseur, obstiné cette fois à ne pas se laisser faire et plaider son innocence. Mais quelque chose detourna son attention. Le chat était de nouveau là. Marchant dans les couloirs, en direction du vestiaire des garçons. Il se retourna et fixa Edward. Le garçon hésita à le suivre. Après tout, l'animal était le seul qui l'avait défendu. Il accourut pour rattraper le chat, déjà dans le vestiaire. Une fois qu'il passa la porte, elle se referma derrière lui, les lumières s'éteignirent et les portes de casiers claquèrent. Il pensa à faire demi-tour et à aller chez le directeur mais une il se sentait happé par une puissance surnaturelle et séductrice. Il chercha du regard le chat et vit sa queue disparaître derrière une porte de casier. Une lumière rougeâtre

émana de l'endroit, ce qui poussa la curiosité d'Edward à jeter un coup d'oeil. Le chat n'était plus là. A la place, une jolie et attirante jeune fille était assise. Il ne le remarqua pas tout de suite, mais elle était aussi totalement nue. Elle se leva et s'approcha d'Edward. Il n'avait pas peur. Enfin, pas tout à fait. Il ressentait plutôt un énorme désir. Un désir charnel. La délicieuse créature, plus belle que n'importe quelle fille au monde, que n'importe quelle chose, se colla à lui et commença à embrasser le jeune garçon. Elle le plaqua au sol. La montre à gousset que son père lui avait donné tomba par terre. A mesure où les baisers se firent de plus en plus fougueux, la vision et l'esprit d'Edward se troublèrent. La tête en compote, Edward se leva de son lit. Il regarda son réveil. Jeudi 5 septembre 2013, 7h56. Il soupira. La journée d'hier n'avait donc été qu'un rêve. Voilà pourquoi elle lui semblait si floue. Il se recoucha, totalement épuisé. Tant pis pour l'école.

VI. Une histoire remontée à la surface
Par Constance Champagne Il me semble que je suis couché, comment cela se fait-il, mais où suis-je et qu’est-ce que cet endroit dans lequel l’obscurité règne? Il fait si froid, l’air est tiède. Il m’est difficile de respirer, les habits que je porte me serrent. Que fais-je ici ? Depuis combien de temps suis-je là ? Mais quel est ce bruit? On croirait presque des pas suivis des miaulements de Lucifer. Je me rappelai que je n’étais qu’un garçon, de 16ans. C’est là que certains souvenirs me revinrent. Cela allait faire onze ans que mon père était mort et je vivais seul avec ma mère et mon chat Lucifer. On avait une grande maison. Heureusement, on avait réussi à la garder. Les temps sont durs surtout avec un parent qui a un salaire de misère. Maman partait à 7h00 du matin et rentrait vers 20h00. Elle regardait une heure la télé, puis allait dormir, épuisée de sa journée. Mais malgré ça on arrivait à payer notre loyer. C’était d’ailleurs dans cette maison qu’on avait trouvé mon petit animal domestique. Le logement dans lequel on vivait était celui dans lequel mes copains et moi, lorsque nous étions petits, allions à l’intérieur pour nous cacher. Notre domicile était abandonné et personne n’y rentrait. Il y avait même des gens qui disaient qu’elle était hantée. Vous vous rendez compte ? Et aujourd’hui je vis dedans, je devrais vous dire que c’est faux et que c’est une petite habitation normale, que ces personnes disent des bêtises mais ce serait vous mentir. En effet, cette maison a quelque chose d’anormal et de terrifiant! Le pire c’était que je savais que ma maman me cachait quelque chose de grave et qu’il fallait que je le découvre. Je me demandais aussi si le plus étrange était cette maison ou cette femme avec laquelle je vivais, toujours accompagnée de mon chat. Un jour, je fis des recherches avec l’ordinateur familial sur internet et avant même que je puisse commencer à lire, ma mère m’empêcha de les continuer, elle me confisqua même l’appareil. Je décidai malgré tout de les terminer, mais à l’école ! Dix jours plus tard, mon enquête était presque finie. J’appris le pire, une nouvelle dont j’allais être la victime mais j’en étais d’abord le responsable ! Je n’aurais jamais dû voir ça ! Pourtant c’était trop tard et malgré les avertissements de ma mère ou plutôt tous ses mensonges, je l’avais fait. Peut-être que plus tard je le regretterais mais pour l’instant il m’était impossible de réfléchir et de penser aux conséquences. Il fallait vite que je rentre et que je parte le plus vite possible.

C’est là que mon aventure fantastique commence, je rentre donc de l’école à 19h00 et durant le trajet je n’arrête pas de penser à ce que j’ai vu. Etrangement, je trouve ma mère dans le salon, elle n’était pas censée rentrer si tôt, elle me fusille du regard et me demande : -Pourquoi as-tu continué tes recherches alors que je te l’avais formellement interdit? -Mais maman pourquoi tu ne m’as jamais dit ce que j’avais fait ? - Dans cet accident, tu es mort mais ton père a survécu. Le mari que j’aimais a conclu un pacte avec le diable pour que tu puisses vivre. Il a accepté mais en échange ton père devait mourir et lorsque je mourrais à mon tour, Lucifer prendrait mon âme. Avant j’arrivais à te supporter malgré le mal que tu nous avais fait, mais plus maintenant. Sûrement que notre petit animal maléfique m’a donné suffisamment de haine et de dégout pour toi pour vouloir te tuer. Je commence donc à courir le plus vite possible. Je sens son parfum envahir la pièce. Mais elle n’est pas là ! Je connais toutes les cachettes de cette maison et je prends celle où je me semble le plus en sécurité. C’est la plus mystérieuse. Cet endroit est le plus sombre de la maison, le plus terrifiant pour tout vous dire. Notre demeure est toujours froide, même l’été lorsque la température extérieure dépasse les 40°C. Et ne parlons pas de l’odeur ! On peut mettre des bâtons d’encens, mettre la dose maximale de parfum, ça sent toujours le pourri, l’odeur qui peut vous faire vomir juste du fait d’y rester dix minutes. Pour une fois, l’odeur de cette pièce est le parfum préféré de ma mère, «Ange et Démon». Pourtant elle ne peut pas y être. L’endroit dans lequel je me cache mesure 1mètre 80 de long, 1 bon mètre de large et doit faire environ cinquante centimètres de hauteur. En effet, ce petit endroit s’appelle un cercueil. Je n’ai jamais su pourquoi il se trouvait dans ma maison mais ma mère ne l’avait jamais bougé ni changé d’endroit. Peutêtre parce qu’elle savait que personne n’en voudrait, ou peut-être parce qu’il avait une signification pour elle. Je réfléchis à ce qu’elle a bien pu faire. Et je repense à mes recherches. Ah oui juste, vous ne savez toujours pas ce que j’ai trouvé de si horrible n’est-ce pas ? Et bien j’ai lu un article de journal datant de 1991, j’avais donc cinq ans. Il disait qu’il y avait eu un terrible accident de voiture avec un papa et un enfant. Le père était décédé sur le coup mais l’enfant n’avait rien eu. Eh bien c’était moi ce garçon !

Je sentis alors le cercueil se lever et tomber! C’est ma mère qui m’a poussé dans le trou ! Je ne pense plus être conscient, ça doit être le choc je me réveillerai sans doute dans quelques instants. Soudain, un flash-back me vient. Un jour, comme chaque vendredi, j’allais à mon entrainement de foot avec mon papa. On avait l’habitude de jouer à un jeu qui consistait à éteindre les phares de la voiture pour avoir l’impression de rentrer dans l’espace. Evidemment après quelques instants, il les rallumait ! Mais un jour alors qu’il faisait très sombre j’ai décidé de le faire sans lui d ire et au même moment un camion nous percuta. Lorsque mon souvenir mit fin, je revins à moi. Mais il était déjà trop tard, je ne pourrais jamais revenir en arrière. Vous vous rappelez quand je vous ai dit que « plus tard je le regretterais peut-être?» Eh bien je le regrette, je m’en veux tellement ! Voilà mon histoire, maintenant vous savez qui je suis ou plutôt qui j’étais car au moment où vous connaissez mon aventure hors du commun, je ne dois plus être là. Pourtant, j’ai crié le plus fort possible pour que quelqu’un m’entende mais ça n’a servi à rien. Il n’y aura qu’un seul avantage au fait que vous me connaissiez, c’est que mon corps soit retrouvé. Mais quel est ce bruit ? On croirait presque des pas suivis des miaulements de Lucifer. J’entends des coups sourds et répétés sur la surface de ma « cachette », ne me dites pas qu’ils sont revenus ! Des frissons d’angoisses m’envahissent. Ils sont là pour me terroriser davantage. Ils n’en ont donc pas assez avec la crainte et l’affolement que j’ai subi auparavant ? Mais qu’est-ce qu’il se passe ? Les miaulements semblent diminuer en intensité. Et maintenant, un silence de mort.

VII. Curiosité malsaine
Par Paul Peters L'hiver approchait, ce temps qui nous donne des frissons dans le dos. Monsieur Adams lisait les nouvelles dans le journal assis dans son fauteuil au coin du feu comme à son habitude chaque samedi soir : « Plusieurs personnes disparaissent étrangement depuis mardi...» préoccupé par ce qu'il venait de lire, il alla se préparer un café.. «Mais qui pourrait bien commettre une chose pareille ? » songea-t-il. Soudain, quelqu'un frappa à la porte, monsieur Adams eut à peine le temps d'arriver qu'il n'y avait déjà plus personne. Seulement une enveloppe tachetée de sang se trouvait sur le seuil de la porte. Il la ramassa et juste avant de la refermer, aperçut une ombre qui s'engageait

dans la ruelle en face de chez lui. Il ne distingua que des oreilles pointues. Il se renferma à clé, se rassit dans son fauteuil avec son café et son enveloppe qu'il déballa avec soin. C'était une invitation à dormir une nuit dans le château au-dessus de la colline. Inquiet, il hésita longuement à cause de la qualité de l'enveloppe qui paraissait vieille d'au moins un millénaire... Mais décida quand même d'y aller ; passionné d'histoire, il était très curieux de visiter ce château sûrement très ancien. Deux jours plus tard, Alan prépara quelques affaires avant de se rendre dans cette demeure. L'atteindre n'était pas chose facile, il fallait grimper au sommet d' une colline, un chemin de terre sinueux. Pour ensuite parvenir sur un pont suspendu au-dessus d'un lac d'une fragilité telle que, au moindre faux pas, il aurait pu tomber dans cette étendue d'eau infestée par des crocodiles affamés. Monsieur Adams arriva devant l'immense château vers huit heures du soir. Il faisait nuit noire comme si on était coupé de toute civilisation. En se retournant, Monsieur Adams pouvait à peine distinguer le petit village éclairé grâce aux lumières des maisons. Le temps était tellement lourd et chargé de nuages qu'on aurait pu croire à l'arrivée d'un orage ou pire d'une tempête. Devant la porte en bois mesurant au moins trois à quatre fois la taille d'un homme, dormaient, la tête en bas, une dizaine de chauve-souris prêtes à sauter sur la première personne pour lui sucer le sang jusqu’à la dernière goutte. La structure du château était sûrement vieille de plusieurs siècles avec de grandes statues de gargouilles qui ornaient l'intégralité de celui-ci. Tout en haut, Monsieur Adams pouvait y distinguer une tour qui était certainement l'ancien donjon. Il sonna ; un bruit pareil à un clocher retentit et lui transperça les tympans tellement il était assourdissant. Soudain, il vit la grande porte s'ouvrir : lentement, un nuage de poussière lui aveugla les yeux durant quelques instants. Il aperçut, tapi dans l'ombre, un homme trapu avec des yeux inhabituellement rouges et un teint très pâle... « Bonjour » dit Alan. Pas de réponse... Il entra, scruta les alentours et avança prudemment. « J'ai reçu une invitation » osa-t-il. Un silence régna. Son hôte le conduisit jusqu'à sa chambre et le quitta sans un mot. Il déballa ses affaires, s'allongea sur son lit doux et moelleux, s'endormit ensuite comme une masse.... Alan se réveilla au beau milieu de la nuit avec un affreux mal de tête. Il s'extirpa de son lit et voulut trouver une armoire à pharmacie car il n'avait pas pensé à l'éventualité de tomber malade durant ce petit séjour au château. Le prétendu invité descendit les escaliers en titubant, erra dans ce lieu lugubre, à la lumière de diverses torches éparpillées dans cette immense demeure. Ce dernier devina une porte dans la quasi totale obscurité, entra avec un mauvais pressentiment... Pendant un instant, Alan se sentait épié par une présence dans cette pièce. « Qui... qui est là ?» bégaya-t-il. Quand soudain l'homme vit surgir une ombre au

fond de celle-ci, elle bougeait vite, très vite. Alan apeuré, sortit cet endroit sombre et terrifiant en courant et en poussant des cris d'effroi. Il chercha la sortie, mais impossible de la retrouver. L'invité était devenu le prisonnier de cet immense château : « C'est un cauchemar, se dit-il, je vais me réveiller dans mon lit... ». L'homme regagna sa chambre à toute allure et ferma la porte à clé, essoufflé et terriblement épuisé. C'est à ce moment là qu'il comprit que ce n'était pas un cauchemar... c'était bel et bien la réalité : « On ne peut pas être essoufflé par un cauchemar » Il l'avait lu dans un article de journal. Son mal de tête accentua la douleur et la fatigue, quand il aperçut cette même ombre dans sa chambre : « Comment... Comment est-ce possible ? » répéta-t-il. Alan était totalement paralysé par la peur et l'angoisse. L'ombre se rapprochait lentement avec des dents pointues qui se distinguaient de tout le corps. Ce dernier vit sa vie défiler devant ses yeux, quand soudain la masse sombre lui sauta dessus. « C'est la fin... », se dit il. Avant de sentir la peau de son cou transpercée, il crut bizarrement apercevoir des oreilles pointues. Mais complètement résigné, sentit que ses battements de cœur devenaient de plus en plus irréguliers, une douleur vive lui serra la cage thoracique avec des nausées abominables. Pendant un quart de seconde, l'homme suffoquant entendit comme un miaulement strident...

VIII. Au plus profond de soi
Par Hélène Lambert Un crépitement violent se fit entendre depuis la plaque de cuisson se trouvant dans la cuisine super équipée d'Alexandra, celle-ci avait été rénovée intégralement lors de l'achat de la maison quatre ans plus tôt. Alexandra avait encore laissé les pâtes bon marché cuire sans surveillance, elle était trop absorbée par son émission journalière favorite qu'elle oubliait sans cesse la cuisson de son souper. Après un léger moment de réflexion pour se remémorer qu'elle pourrait être la cause de ce bruit brutal, elle se leva d'un bon, éteignit la plaque, agrippa le manche du récipient et commença à essuyer les dégats. Quelques instants plus tard, elle s'installa à la table du salon, seule. Le rituel se mit en place, un coup d'oeil à la photo de ses parents soigneusement posée sur le dessus de la cheminée, un tour de la bague de sa maman portée a l'index à l'aide de sa main gauche. Alexandra possédait une multitude de Tic depuis l'accident. Beaucoup de personnes l'entouraient, en particulier Max, son meilleur ami, voir son amoureux de certains soir de solitude. Elle avait fait sa rencontre quelques années avant l'accident. Il s'était installé dans le même quartier qu'elle. Il avait déménagé pour des raisons toujours restées inconnues, il évitait encore le sujet, comme si la honte y était apparentée.

Elle avait acheté la veille un prie-dieu chez l'antiquaire du village d'à côté, une superbe pièce, elle s'empressa, un fois installé, de l'essayer. Dès le premier effleurement, un léger étourdissement se fit ressentir. Ce sentiment troubla Alexandra qui renouvela le geste, encore et encore. Le mal-être fût de plus en plus présent, des courants d'airs frais, des bruits étranges...Le trou noir.

Des bruits de pas au rez-de-chaussée me réveillèrent, je n'avais aucune notion de l'heure qu'il pouvait être. Le noir profond de la nuit passant à travers mes rideaux me renseigna sur l'heure bien avancée. Pourquoi me suis-je réveillée? Des voix proviennent du salon, je repousse ma couverture doucement pour m'habituer à la température ambiante. Je m'avance dans le couloir seulement éclairé pour la lumière des toilettes que Papa laissait entre ouverte car j'avais peur du noir. Le couloir n'était pas très long, il était tapissé de papier rouge vif, mes petits pieds effleuraient à chaque pas le carrelage froid.

Après une nuit agitée, Alexandra se réveilla avant la sonnerie de son réveil, elle descendit donc de bonne heure. Elle commença son rituel matinal. Elle ouvrit ses tentures, observa avec ses yeux encore mi-clos par le manque de sommeil le ciel en prévision de son habillement de la journée, elle enfila ses ballerines fourrées et descendit prendre son petitdéjeuner.

Son expérience de la veille la tourmentait, la limite entre le rêve et la réalité ne lui semblait plus aussi marquée dans son souvenir. Pourquoi revivait-elle des évènements aussi lointain? Elle avait complètement effacer tous souvenirs de son enfance, la mort de ses parents lui laissait un horrible manque qu'elle essayait sans cesse de combler. Heureusement que Max avait été là pour la soutenir et il est encore fort présent aujourd'hui. Il faut dire que il a quelques années en plus qu'Alexandra et celui-ci était un peu comme son grand-frère depuis l'accident. Il l'avait recueilli chez sa maman durant son enfance. De nombreux souvenirs communs étaient présents dans leurs pensées. Ils fêtaient toujours leurs anniversaires ensemble, ils ont découvert certaines facettes de la vie, ils partageaient tout. Après une rude journée de travail à la bibliothèque, Alexandra rentre, comme à son habitude, par l'autoroute. Elle devait prendre la sortie numéro 14, environ à 15 kilomètres de son jardin secret. Le trajet entre sa chère et tendre bibliothèque et sa coquette petite maison ne dure que quelques minutes. La voilà désormais dans la petite allée qu'elle partage avec sa voisine. Quelle charmante femme! Elle vit seule depuis quelques années déjà. Même si elles se croisent quasi tous les jours, elles ne savent rien l'une de l'autre. Alexandra est plutôt

réservée, mis à part son tendre Max. Elle n'est pas très proche des gens de son quartier. Il faut dire que elle se méfie de chaque nouvelle personne, elle n'est pas facilement confiance.

La rencontre avec le bois lui glaça le dos cette fois. Elle parcouru de ses long doigts, le travail de menuiserie, chacun des noeuds du bois lui procuraient une sensation unique. Elle se savait pas très bien comment réagir, elle voulait savoir, pourvoir remettre cette limite entre la réalité et les allusions qui ressemblent très fortement à ses rêves d'enfances. Après un dernier souffle, elle effleura à nouveau cette précieuse essence. Les brides de voix se firent de plus en plus fortes, mon coeur s'accélérait, je me retrouve désormais au dessus de l'escalier serrant contre ma petite poitrine mon fidèle « Dinpel » faisant des mouvements irréguliers au rythme de mon coeur. Max m'avait offert ce doudou en forme de petit chat pour mon anniversaire de 5 ans. J'en voulais absolument un, je lui en parlait sans cesse jusqu'au jour où il gagna cette peluche à la foire du village voisin. Depuis je ne m'en séparait jamais lorsque Max ne se trouvait pas avec moi. Je commence à descendre les marches tout doucement en veillant à ne pas faire part de ma présence aux invités du rez. Du salon je ne pouvais deviner que les ombres se trouvant dans la cuisine,je distingue celles de mes parents avec aisance. Pourtant je discernais une troisième ombre...

Installée à sa table, Alexandra ne pouvait plus bougé. Ce qu'elle avait revu la pétrifiait, aucun son ne pouvait sortir de ses cordes vocales. Comment se faisait-il que cette chaise lui procurait des retours en arrière en pleine enfance ? Elle ne se souvenait absolument pas avoir vécu ces instants, pourtant quelque chose en elle la poussait à croire que elle allait découvrir quelque chose qui allait changer sa vie. Elle se reconcentra intensément pour analyser chaque mouvement, image, son, odeurs qu'elle avait ressentie lors du contact avec la chaise. Tout concordait pour s'être dérouler aux alentours de ses 6 ans, cela devait être en hiver car le sensation de froid sur le carrelage était bien présente. Son coeur arrêta de battre! Le vide, elle était en suspension dans le temps. Tout concordait pour la date, la saison, ces souvenirs étaient ceux du soir de l'accident.

Assise dans le noir intense de la nuit, je tremblait de tout mon corps. Les invités, ou plutôt la personne qui accompagne mes parents n'a pas l'air la bien venue chez moi. Je ne voyais rien dans la pièce, juste des sons étouffés pour l'angoisse. A quatre pattes, je m'avance vers la serrure, celle-ci me parait extrêmement loin, en douceur le trou de serrure me parut de plus en plus grand. Mon oeil s'ouvrit et se colla au fer froid et devenu humide par ma transpiration. L'image qu'il me revoit devint nette après quelques secondes. Je ne peux apercevoir que le dos de mon père, ma maman se trouve il me semble à sa gauche et un homme est présent

aussi. Je ne le vois pas, juste sa cheville est visible. Celle-ci est complètement imberbe, seule une tache de naissance rougeâtre se laisse entre-voir au bord de sa chaussette. Le ton commença à monter, mon père parlait de plus en plus fort et ma mère pleurait...Ensuite le silence.

Alexandra était rongée par l'envie de connaitre la vérité, elle paraissait extrêmement apeurée par les événements mais une rage intense restait enfuie au plus profond d'elle-même. Elle ferma de nouveau les yeux et se concentra, cette fois-ci principalement sur les images car le son avait demeuré absent.

-Alex! Viens on va à la piscine! , me criait Max à l'autre bout de la rue, c'est tout naturellement que je le rejoignis. Arrivée à la piscine communale, nous commençons à enfiler nos maillots, mes brassards. Je cours tellement vite jusqu'au bassin, je risquai de glisser. - Regarde Alex, j'ai quelque chose d'exceptionnel comme toi dans le cou, me déclara fièrement Max. Il sortit sa cheville de l'eau et une tache rouge au dessus de sa malléole apparu.

IX. Le train de 19h06
Par Arthur Capel J’avais quitté la Belgium National Bank depuis un quart d’heure et la silhouette de la gare, grande et claire, m’apparaissait déjà. Comme chaque jour, j’avais fermé la porte de mon grand bureau vitré et avait jeté un regard sur la petite plaque dorée : « Manager ». Ensuite, après avoir salué le personnel, je m’étais empressé de me diriger vers la gare où je prendrais le train de 19h06. Je vérifiai que mon abonnement se trouvait dans mon portefeuille et montai dans le troisième wagon. Les passagers du train Namur-Arlon étaient rares en semaine et il n’y avait qu’une seule dame, sur la banquette à ma gauche. Le train se mit en mouvement et j’ouvris légèrement la fenêtre. C’était une belle journée d’avril qui se terminait et je pouvais déjà distinguer la forme de la lune, pâle et ronde, qui montait dans le ciel dégagé. Je sortis mon journal de ma mallette de cuir brun mais j’abandonnai vite sa lecture car un néon clignotait. J’avais hâte d’aller rejoindre Alicia à l’appartement. Mon regard se posa alors sur la femme assise sur la banquette à coté. Elle portait un foulard autour de la tête et je remarquai alors qu’un chat était roulé en boule sur ses genoux. Il me fixait. Il me semblait que les animaux n’étaient pas admis dans le train mais je n’avais guère envie d’engager la conversation avec sa maîtresse. Le pelage de l’animal était noir et ses yeux luisants. Je n’étais pas superstitieux et les chats noirs ne m’impressionnaient pas. Ce ne sont que des histoires créées pour effrayer les enfants ! Soudain, le train s’arrêta dans un crissement aigu et je fus projeté sur la banquette d’en face. Un vieux contrôleur, tout en grommelant dans sa barbe, vint nous annoncer que le train avait subi une panne et qu’il ne redémarrerait que dans minimum deux heures. La vieille dame changea de wagon en maugréant. Je regardai par la fenêtre et je m’aperçus que j’étais dans un village assez proche d’Arlon. Je choisis de terminer le trajet à pied car j’en avais pour tout au plus une petite heure de marche. Mon ventre gronda car, comme d’habitude, j’avais oublié de prendre mon dîner. Je ne pouvais pas attendre une heure avant de manger, c’est pourquoi je me décidai à couper à travers bois et champ. Je me tenais devant le bois, un petit sentier sinueux me faisait face. Derrière moi se trouvait la longue ligne de chemin de fer qui contrastait avec les champs de blé et les forêts. L’endroit était légèrement vallonné et la lune berçait désormais la campagne de sa lumière blanchâtre.

Ce bois avait quelque chose de lugubre et de faibles bruits parvenaient jusqu'à mes oreilles, ce devait être des animaux. Un quart d’heure plus tard, je serais à l’appartement et j’avais bien trop faim que pour traîner. Les branches des arbres qui se présentaient devant moi, couvertes de lichen, semblaient se courber sous le poids des décennies tandis que le lierre s’enroulait autour des troncs tel un serpent autour de sa proie. Je sentais l’air frais traverser mon veston et la température allait encore décliner pendant la nuit, raison pour laquelle je ne devais pas tarder. Mon ventre protesta à nouveau et je m’avançai dans cette forêt étrange. Les craquements étaient de plus en plus présents, mais j’avais l’horrible impression qu’ils se rapprochaient… L’air me manqua soudain et je dus desserrer ma cravate pour enfin pouvoir respirer normalement. Après tout, il est normal qu’il y ait des animaux dans une forêt donc il n’y avait aucune raison d’avoir peur. Tout à coup, j’entendis un cri strident - non - c’était plus proche d’un hurlement bestial ! Je me rendis compte que j’avais encore accéléré. Je courais maintenant. Quelque chose foulait le sol derrière moi… J’aperçus la limite du bois et redoublai d’efforts pour l’atteindre, me séparant de ma mallette. Quand je serais dans le champ, je pourrais voir l’animal, enfin la chose, qui me suivait. Je sprintai. Plus que quelques mètres avant de quitter cette maudite forêt mais soudain, une mâchoire se referma sur ma gorge et la chose, avec une puissance inégalée, me projeta sur le sol. Une douleur insupportable. Je ne pouvais me débattre. Avant de m’évanouir, je vis une masse sombre au regard cruel… Où étais je ? J’avais pris le train et ensuite…plus rien ! Je clignai des yeux et j’entrevis la lune qui se cachait derrière les branches d’arbres. Je tâtai le sol autour de moi. De la terre et des feuilles mortes. Je ne pouvais être que dans une forêt. Soudain, la mémoire me revint : la panne du train, mon estomac criant famine, la traversée du bois, ma course dans celui-ci et la chose... J’eus le réflexe de toucher mon cou et sentit un liquide chaud. Je le renif lai. Pas d’odeur. Je le goûtai alors, c’était du sang ! Je me relevai en tremblant mais étonnamment sans douleur. Je remarquai alors dans la lueur de la lune que mes vêtements étaient en lambeaux. Je constatai que trois longues lignes striaient mon torse, sûrement causés par les griffes de la bête et des traces de mâchoires marquaient mes cuisses. Toujours aucune douleur. Mon ventre émit alors un grondement. Je sortis du bois, les jambes flageolantes.

Lorsque je fus dans le champ, je vis l’immeuble à appartements qui se dressait en contrebas. Je me léchai les lèvres et je pus savourer une nouvelle fois le goût du sang. Un frisson me parcourut. Mes jambes se mirent en mouvement et je dévalai la pente le plus vite qu’elles me le permettaient. Je traversai la route qui me séparait du bâtiment et je poussai la porte d’entrée. J’enfonçai ma main dans ma poche pour prendre la clé qui me permettrait d’accéder aux escaliers mais elle ne s’y trouvait plus ! Alicia devait dormir et je n’allais pas la réveiller en sonnant. Mon regard parcouru les murs et il se posa sur la hache à utiliser uniquement en cas d’incendie. C’était une technique un peu brutale mais c’était trop tard mon poing était parti pour fracasser la vitre de protection. Ma main était en sang, parsemée d’éclats de verre. Je saisis la hache et brisai la porte. Je montai les marches quatre a quatre jusqu’au cinquième étage. Des gouttes de sueur perlaient sur mon front. Ce devait être l’émotion ou bien l’effort physique. Un filet de lumière passait sous la porte et je l’ouvris. Thomas, c’est toi ? Pourquoi rentres tu seulement maintenant ? demanda Alicia depuis la cuisine. Le train a eu…, je dus reprendre mon souffle, il a eu une panne ! Le dîner a refroidi, me lança-t-elle.

J’entrai dans la cuisine, la hache dans la main droite et un sourire cruel aux lèvres. Elle hurla. Je me pourléchai les lèvres comme l’aurait fait un animal. Je ne veux pas de ton repas, je veux…

X. Le Trouble Chatanique
Par Antoine Ide

Le quartier de Luxury, à 30 km au nord de Londres, avait toujours été connu pour sa diversité architecturale. Cet endroit était très vieux et avait subi tous les caprices décoratifs de ses habitants, ce qui le transformait en un véritable «melting-pot» de maisons. Ces dernières, qu'elles soient grandes comme des palais ou petites comme des mangeoires, étaient éparpillées de façon anarchique. Les parcs qui bordaient les allées étaient très jolis et bien entretenus. Par opposition avec les bâtiments ces jardins étaient surtout rassemblés au centre de Luxury. C'est pourquoi on l’appelait le poumon de Londres.

En cette soirée d'automne 1972, Carl Sculley était, comme à son habitude, en peignoir, en train de lire le journal, et pensait à ses voisins qui venaient de déménager: «dommage, se disait-il, les seuls gens pas encore tout à fait atteints de la rue s'en vont...». Il était bien au chaud dans sa grande demeure et se demandait comment il allait passer la journée du lendemain, hésitant encore entre un petit 9 trous au golf du coin et un après-midi relax à faire des mots croisés. Sa maison, contrairement à celle de ses deux voisins «stupides» comme il les appelait, était immense et toisait d'un air agressif le reste de la rue et le cimetière lugubre. Vers 22h30, le vieil homme jugea qu'il était temps d'aller se coucher, et s'endormit profondément au milieu de son lit à baldaquins.

Ce matin-là, une pluie battante frappait les carreaux, et réveilla Carl. Il devait être près de neuf heures quand il se leva. Il se regarda dans le miroir de sa salle de bain luxueuse et poussa un juron quand il vit un nouveau cheveu blanc se dresser sur sa mèche. Il se rasa tout en contemplant son menton carré et ses grandes arcades sourcilières qui obscurcissaient son visage. Soudain, Carl entendit la sonnette retentir, il dévala quatre à quatre les marches de son grand escalier en marbre blanc. «La vieillesse n'a pas encore réussi à toucher mes jambes athlétiques», se dit-il en souriant. Il ouvrit la porte d'entrée et découvrit une vieille femme voûtée vêtue d'un châle, elle faisait peine à voir avec son visage ravagé par la vieillesse et ses habits usés. C'est d'un air enjoué qu'elle s'adressa à lui, seul son regard fuyant trahissait son trouble: «Bonjour monsieur Sculley s'enquit-elle d'une voix rauque, je m’appelle Barbara Layens et j'habite au bout de la rue, au n°59». «Je n'ai pas le souvenir de vous avoir déjà vue», dit Carl d'un air suspicieux. «C'est normal, j'ai emménagé il y a seulement un mois», lui répondit-elle. Elle expliqua alors qu'elle partait en vacances et qu'elle cherchait quelqu'un du quartier pour s'occuper de son chat. «Je vous promets 2000 livres si vous parvenez à vous en occuper durant deux semaines ». Etonné, Carl lui demanda en quoi il serait compliqué d'héberger un chat. Et elle lui répondit de façon vicieuse: «vous verrez...» .

Malgré cette dernière phrase, Carl accepta l'offre, saisit le chat et regarda Barbara s'éloigner en boitant jusqu'a disparaitre dans la brume. Comparé à sa femme morte il y a de ça deux ans dans un tragique accident de voiture, il n'avait jamais beaucoup aimé les chats, jugeant ces animaux comme de vulgaires «vide-portefeuilles sur pattes» qui ne servaient qu'à soulager les besoins affectifs de leurs «gros frustrés de maîtres». Mais ce chat-là, à la fourrure noire et au regard satanique était différent des autres: il avait un air bizarre qui intriguait Carl mais surtout, qui l'effrayait. Se rendant compte de la stupidité de ses pensées,

il lâcha le chat et alla s'installer dans son canapé. Il repensa aux paroles de la vieille dame: même s'il était fort raisonnable en temps normal, il n'avait pas prêté attention à ses avertissements. «Sûrement l'âge, elle devient tarée» se dit-il simplement. Il chassa ces songes et se réjouit plutôt à l'idée de s'acheter un nouveau Driver qu'il s'offrirait grâce aux 2000 livres promises par cette femme étrange, tout en remuant son verre de Noily-Pratt...

Le lendemain matin, Carl, comme à son habitude, alla se préparer un café dans la cuisine. Il commença à le boire et découvrit le chat assis sur la table qui le fixait de ses yeux menaçants, sans bouger. Carl se dit qu'il avait surement faim et lui servit les restes de viande de son diner. Mais le chat ne bougea pas d'un poil et continua à le regarder. L'homme éprouva alors un certain malaise à rester en sa compagnie et décida d'aller boire son expresso dans le salon. Il s'installa et reprit la lecture de son journal à l'endroit où il l'avait laissé la veille. A sa grande surprise, le chat vint se poser sur la table basse, en face de lui. «Qu'est-ce que tu veux toi?» demanda Carl, comme s'il s'adressait à un être humain. L'animal commença alors un miauler: un miaulement rauque, presque bestial, qui lui glaça le sang. Il miaulait de plus en plus fort, non, il criait, et Carl, bien qu'effrayé, décida de le caresser, histoire de le calmer. Mais en retour, le chat le griffa violemment, et alla s'asseoir à côté de l'escalier en miaulant de plus belle. Carl, saisi d'effroi, se sentit paniqué; pourtant, comme attiré par cet étrange animal, il se leva et marcha jusqu'à lui. Dès qu'il s'approcha du chat, ce dernier se mit à courir dans l'escalier et s'arrêta à l'étage, à côté de la salle de bain. Il le conduisit ensuite à la buanderie, puis dans sa chambre,... Dès que Carl s'arrêtait exaspéré, le chat recommençait à miauler, obligeant son pauvre maitre à le suivre. Il s'arrêta finalement de le faire courir devant la porte de la cave, où le chat disparut dans l'obscurité, laissant l'homme désemparé... Chaque jour c'était la même chose, le chat miaulait quand Carl descendait dans la cuisine et il l'obligeait à le suivre. Cela dura deux semaines, deux semaines à exaspérer le pauvre homme, deux semaines à lui taper sur les neurones, et un jour il céda, laissant s'échapper toute la colère qu'il avait accumulée en lui: il saisit le chat et s'avança devant la fenêtre de sa chambre, insensible aux griffures et aux miaulements de l'animal, n'ayant plus qu'une idée en tête, se débarrasser de cette vermine. Il voulait en finir. Il ouvrit la fenêtre et lança le chat, avant de se jeter dans son lit et de s'endormir, il avait pris soin de fermer toutes les portes à clef, et il pouvait enfin se relaxer et évacuer le stress. Au petit matin, quand il se réveilla, il repensa aux événements de la veille et avec quelle froideur il avait jeté le chat: «qu'est ce qui m'a pris?», se dit-il, «je deviens fou! comment ai-je pu être effrayé à un tel point par un stupide chat? Mais quel trouillard!» Il prit sa douche en rigolant de lui même, et descendit en fermant les boutons de sa chemise. Quand il entra dans la cuisine, son sang se glaça, son coeur s’arrêta de battre et ses pupilles se dilatèrent. Le chat était sur

la table et le regardait de ses yeux sataniques. Stupéfait, Carl ne bougeait plus, il était comme figé par la vision de cette maudite bête. Il resta comme ça une bonne minute puis il retrouva ses esprits: surement n'avait-il pas bien fermé toute les portes, le chat était peutêtre retombé dans la haie, ce qui aurait amorti sa chute... Il alla vérifier toutes les entrées, il ne s'était pas trompé, elles étaient toutes bel et bien fermées. Carl qui essayait de ne pas paniquer tenta de trouver une explication logique et il pensa alors au soupirail devant chez lui. Il sortit, fit quelques pas dans l'herbe mouillée par la rosée du matin, jusqu'au soupirail, fermé.

Quand il se retourna, il vit le chat courir sur la route. Quelque chose le poussa à le suivre, peut-être était-il intrigué, peut-être était-ce son instinct, il ne le savait pas. Le chat se mit à courir de plus en plus vite jusqu'au cimetière au bout de la rue. Le numéro 59 était gravé sur une plaque rouillée accrochée aux grilles en fer forgé. Carl ne voulait pas y croire mais pourtant c'était bien vrai, c'était le numéro que la vieille femme lui avait indiqué comme étant celui de sa maison. Terrifié, il s'avança d'un pas incertain en suivant la chat, il ne savait plus où il en était, il devait rêver, ce n'était pas possible... L'animal vint ensuite s'asseoir sur une tombe, et Carl qui le suivait toujours, découvrit avec épouvante les inscriptions gravées dans le marbre: «Barbara Layens, 79 ans R.I.P. ». Il sentit ensuite une douleur sourde dans le coeur et s'écroula lourdement sur le sol boueux. Le lendemain matin, des banderoles de la police entouraient le cimetière, le corps de Carl Sculley gisait dans la boue rougie par son sang et un pentacle était taillé dans sa chair, le signe du diable. Des poils de chat noir se trouvaient de part et d'autre du corps et l'homme avait dans la bouche la somme de 2000 livres en espèces. Les inscriptions suivantes était dessinées sur le sol: je peux enfin reposer en paix...

XI. Minou, minou
Par Vincent Biche Je me nomme Mark, Mark Son. Je suis un ancien vétéran de l’armée américaine et maintenant, je tiens une petite armurerie en plein centre ville. Je vis seul car ma femme Lilly est décédée dans un accident de voiture très grave… Certes, elle me manque mais la vie ne s’arrête pas là, il faut que j’oublie le passé et m’offrir une nouvelle vie ! Aujourd’hui était un vendredi, le premier août il me semble et alors que je rejoignais ma voiture, je ne pus que remarquer que cette soirée était d’une beauté sans pareil !

Le ciel était tacheté d’un milliard d’étoiles plus brillantes les unes que les autres. La brise du vent était d’une fraicheur à couper le souffle. Le parfum du linge suspendu était si reposant, les lampadaires éclairaient la belle avenue où je marchais. J’étais seul, le silence était absolu. Mais quelque chose me perturba, une odeur pestilentielle sortie d’une ruelle très étroite. Je m’avançai prudemment dans celle-ci et un relent de je ne sais quoi, comme un mélange d’urine de chat et d’ordures, atteignit mes pauvres narines. J’étais beaucoup trop curieux pour ne pas aller voir alors j’y pénétrai sans me poser de questions. Ici l’air était beaucoup plus chaud et humide. Il n’y avait aucun lampadaire et étrangement quand je regardai le ciel, les étoiles avaient disparu. En sortant une lampe de poche pour mieux voir, je trébuchai dans ce qui pouvait être une poubelle remplie de déchets en décomposition. Et puis des miaulements stridents retentirent juste à quelques centimètres de ma tête. C’est al ors que la lampe de poche refléta une immense ombre sur la façade d’un mur. Les miaulements étaient accompagnés de bruits de griffes sur des dalles. Le silence tomba… C’est alors qu’un tout petit chat noir sortit de l’obscurité. Je le trouvai assez beau e t inoffensif. Il avait l’air dérouté et abandonné. Ne pouvant résister à l’envie d’avoir un petit compagnon avec moi, je le pris sans hésiter. Blotti dans mes bras, il commença à ronronner et à se frotter sur mon torse. J’avais hâte de l’emmener chez moi, de le sortir de cette ambiance sinistre et de cette puanteur fétide. Après l’avoir amené dans ma petite maison de campagne, je ne pus résister à l’envie de le regarder de plus près, son pelage était d’un noir, son regard était comme de la braise. Il avait de longues et tranchantes griffes, et sous ses poils, une petite cicatrice qui ressemblait drôlement à une étoile. « Bon et bien, je n’ai pas encore vraiment réfléchi au nom que je pourrai te donner…mais que dirais-tu si je te nommais Le Chat ? » Il me regarda d’un drôle d’air et se mit à ronronner directement. Après un bon petit repas en ma compagnie, il partit et alla s’installer sur mon divan. Je voyais bien qu’il était fatigué, alors je partis moi aussi dormir. Cette nuit-là fut bien mouvementée, car dans mon rêve je souffrais de blessures graves et j’entendis ma femme m’appeler. Dans un sursaut, je me réveillai. Je baignai dans un drôle de liquide d’une couleur écarlate et puis une douleur atroce se fit sentir au niveau de mes avant-bras et de mon torse. D’énormes déchirures se montrèrent. Je courus à ma salle de bain pour me soigner. Mon esprit était confus, je ne pouvais savoir d’où cela pouvait provenir… Vu que j’étais seul avec un chat, j’aurai pu supposer que c’était lui qui avait pu faire cela mais en allant le voir, le chat dormait paisiblement dans la même position que tout à l’heure. Il n’avait pas bougé d’un pouce, ses griffes n’étaient même pas recouvertes de sang.

Intrigué, je repartis me coucher. Dans un certain malaise, je ne pus fermer l’œil de la nuit. Le lendemain, mes blessures soignées, je décidai d’oublier tout ça… M’occupant un peu de mon chat, je reçu la visite d’un de mes plus grands amis : - Salut, Mark comment ça va ? La forme ? - Salut James, ouais comme d’hab, tu sais bien ! - Et mais, t’as un chat maintenant ? Qu’est-ce qu’il est beau ! Quand James regarda le chat dans les yeux, il eut un semblant de malaise comme s’il avait reçu un coup de poignard dans le cœur. Il partit sur- le -champ prétextant qu’il avait oublié un truc important à faire chez lui … Après qu’il eut fermé la porte, un petit ricanement semi étouffé sortit de la bouche du chat. Mais je n’y crus pas une seule seconde pensant que c’était mon imagination qui me jouait des tours. Ma deuxième nuit se déroula presque comme la précédente: ma femme était présente cette fois, elle effleura mon dos et une douleur stridente me réveilla brutalement. En allant voir dans le miroir, je vis un symbole dans mon dos. C’était le même que celui du chat (une grande étoile). Pris d’un certain stress, j’attendis que le jour se lève. Puis profitant que le chat était sorti, je fis une recherche sur internet. Le diable : Dans certain mythe, le diable est représenté comme un humain avec de longues cornes, un sceptre et une cape. Sa métamorphose est le chat noir souvent représentatif de la mal chance et de la mort. Ce chat porte aussi une cicatrice, un pelage noir, il a de beaux yeux de flammes et des belles griffes pointues… Dans les légendes, le diable a souvent pour but de tuer une personne, de la faire souffrir, de venger une personne en faisant un pacte. Après cette découverte, mon estomac se retourna puis sur la facette du mur, une ombre s’y refléta… Le chat venait de rentrer. Mon souffle était court, mon cœur batt ait très vite. Stressé, je voulus atteindre mon tiroir pour attraper mon magnum 44 mais il était trop tard, le chat débarqua juste devant moi, … Son regard avait changé, il n’était plus de braise mais

bien de flammes déchainées, ses griffes étaient sorties. Ensuite, il commença à grandir, prenant de plus en plus forme humaine, son pelage se transforma en un vêtement noir et rouge et, une immense cape apparut. D’énormes cornes sortirent de son crâne, ses pattes devenaient des mains et comme le disait le site internet, il dégaina un sceptre. Je ne pus détourner les yeux de cette chose, la sueur de mon front était tellement froide, je tremblais de tous mes membres, paralysé, pris d’une soudaine angoisse de savoir si cela était bien réel ou non, si j’étais encore dans l’un de mes rêves ou non… Mon taux d’adrénaline monta en flèche. J’attrapai mon revolver, le pointai vers le monstre mais c’est alors que je ressentis une gigantesque douleur assez piquante dans mon abdomen. Je me relevai avec beaucoup

de difficultés puis avec des vertiges, et je retombai lourdement sur le sol. C’est après que le vide apparut accompagné d’un vent glacial et d’une couleur blanche soutenue… Je me retrouvai dans une ambiance sinistre, j’entendis des hurlements s’échapper du sol, je vis des âmes m’effleurer, j’avais un gout amer dans ma bouche et je me sentis extrêmement faible. Puis la chose me prit par le cou et m’amena dans son antre. Je ne savais pas ce qu’il se passait, mon esprit était bien trop confus… C’est alors que je remarquai un visage familier et puis j’entendis le son sourd d’un ricanement provenant de la bouche de cette silhouette. Pour moi cette ombre était ma femme mais je me posais cette question : que faisait-elle ici ? Et puis un murmure m’atteignit les oreilles ; menaçant, suivi d’un rire satanique…

XII. Le revenant
Par Quentin de Montepellier Il était tard et Franck était au volant de sa nouvelle voiture. José l'avait encore entraîné à boire trop et la route n'était pas facile avec tous ses virages mais Franck était presque rentré. Soudain, il aperçut un chat noir, assis sur le bord de la route, qui le fixait étrangement. Cette vision l'ébranla et alors qu'il reposait son regard devant lui, il vit, effaré, une silhouette au regard apeuré qui semblait avoir surgi du néant pour se poster sur la route, à cinq mètres de la voiture. Les pneus crissèrent, il y eut un choc sourd et la voiture s'immobilisa enfin dans un dérapage. Franck se précipita dehors avant de s'arrêter, horrifié, devant le corps d'un jeune garçon d'une dizaine d'années qui semblait désarticulé comme un pantin. Horriblement maigre et vêtu de haillons déchiquetés, la créature avait un teint blafard et les yeux dans le vague. Pris de panique, Franck jeta le garçon dans le caniveau et se rua dans sa voiture. Avant de démarrer, il jeta un dernier regard sur le bas côté et aperçut, assis sur le corps de sa victime, le même chat noir au regard terrifiant. Franck poussa un cri et se réveilla en sursaut, trempé de sueur. Un immense soulagement l'envahit : ''toujours ce rêve'', pensa-t-il.

Il se regarda dans la glace. A quarante-six ans, Franck Brown semblait avoir réussi sa vie. Psychiatre renommé, il avait une femme formidable, Anne, et un fils âgé de neuf ans, Luc. C'était un citoyen aisé et sans histoire, bref, tout semblait aller pour lui. Hélas, peu le savait mais Franck avait subi un traumatisme étant jeune, à la suite d'un accident où il avait donné la mort à un jeune romanichel. Cela faisait aujourd'hui près de vingt-cinq ans mais ce souvenir le hantait encore jour et nuit. Heureusement, même s'il était peu social, avait le

regard fuyant et d'étranges manies, Franck était maintenant stabilisé. Il était aujourd'hui en permanence concentré sur son travail mais sa femme n'arrivait pas à le lui reprocher car il ne paraissait pleinement épanoui que dans celui-ci. On frappa à la porte. Franck s'arracha à ses pensées. C'était Luc, son fils, si sombre, si intérieur et si maigre, venant lui souhaiter bonne nuit. La porte s'ouvrit et Franck réprima un cri. L'espace d'un instant, il avait vu à travers son fils le souvenir du jeune garçon qu'il avait écrasé mais le phénomène avait été très bref. Il tâcha de paraître serein et afficha un sourire. - Tu as encore dormi, dit Luc avisant sa tenue débraillée. Tu ne sauras plus dormir, à présent. - Oui, tu as raison mais je n'en avais pas eu beaucoup l'occasion la nuit dernière, mon boulot m'avait occupé jusqu'au matin. - Tu travailles trop, papa. - Tu as sans doute raison mais assez parlé : passe une bonne nuit. - Merci. Tâche de faire de même. Encore perturbé de la vision qu'il avait eue, Franck n'eut tout-à-coup qu'un seul désir. Après une longue hésitation, il ouvrit la porte de la petite armoire à côté du lit et sortit la bouteille. Il avait toujours su qu'un jour, l'envie le prendrait de rompre le serment fait le jour de son accident et c'est pourquoi il avait, contre toute raison, gardé ce flacon de whisky. Il s'en servit un verre et s'attabla à son bureau. Il sortit tout d'abord une photo de son fils, prise le mois passé, et la posa sur la table. Tout en buvant, il tâchait de convaincre sa conscience qu'il devait réaliser ce qu'il avait en tête. L'estimant vaincue, il sortit un bloc de feuilles et un bic et se mit à représenter dans les moindres détails celui qui le hantait chaque nuit. Quand il eut fini, il compara son croquis avec la photo de son fils et ce qu'il avait tant craint se présenta, clair, limpide : les deux garçons se ressemblaient atrocement. Franck finit la bouteille.

Cette nuit-là, Franck fit à nouveau son rêve, à la seule différence qu'à la place du jeune romanichel, c'était son fils qu'il écrasait. Cela le troubla tellement qu'à son réveil, il ne sentit pas l'impact que sa nuit avait eu sur sa fatigue, bien au contraire, il était épuisé. Il tâcha pourtant de se montrer normal toute la journée, en évitant cependant de voir Luc et surtout, de croiser son regard. Il resta donc enfermé une grande partie du temps et abrégea ses apparitions lors des repas. Mais lorsque, au souper, il céda à la tentation de regarder son fils dans les yeux, le phénomène de la veille se renouvela et dura, cette fois, jusqu'à ce qu'il détourne les yeux, profondément marqué. Son émotion n'échappa pas à Anne, qui s’enquit: - Qu'est ce que tu as, mon chéri? Tu es blanc comme un linge! Aurais-tu vu le diable? - Non, non, assura son époux pourtant tenté de dire oui, un simple moment de malaise, c'est passé maintenant. En reportant son regard sur son assiette, Franck jeta un bref coup d’œil à Luc et aperçut sur

son visage un sourire satisfait. Troublé, il prétexta ne plus avoir faim et sortit de table.

Les jours suivants, Franck ne mangea et ne dormit pratiquement pas. Au lieu de ça, il but, but et but encore, comme s'il ne voulait plus savoir penser. Il ne pouvait plus s'empêcher de regarder son fils, comme envoûté par les changements qui s’opéraient sur celui-ci qui finit bientôt par être totalement transformé. Curieusement, comme Franck l’avait appris au cours d’une discussion avec sa femme deux jours plus tôt, il était le seul à voir Luc de cette façonlà. Il avait en effet demandé à Anne si elle était aussi effrayée par son fils que lui et elle lui avait clairement répondu qu’elle ne voyait pas de quoi il voulait parler, qu’elle n’avait rien remarqué et que, même si elle savait qu’il n’avait jamais aimé Luc, ce n’était pas une raison pour le traiter de métamorphe ou autres stupidités. Depuis le moment où il s’était rendu compte de son esseulement face à la situation, il était envahi en permanence d’une véritable terreur, due à son incompréhension, et c’est pour oublier cela qu’il buvait. Cette terreur se transformait parfois en rage et il devenait alors violent envers son fils, comme le matin même où il avait donné à celui-ci une gifle magistrale sans aucune raison manifeste. C’est aussi à ce moment-là qu’Anne se mit à le regarder avec des yeux différents. Des yeux incrédules devant le comportement de Franck, peureux devant ses accès de colère, énervés devant son alcoolisme ou encore désespérés devant l’impossibilité pour elle de le ramener à la raison. Hélas, les jours suivants, les choses ne s’améliorèrent pas, au contraire, elles allèrent de mal en pis. Franck sombra totalement dans la folie, au grand désespoir de sa femme. Dans les meilleurs cas, il restait enfermé dans sa chambre à hurler. Dans les moins bons, il battait Luc et détruisait tout ce qu’il y avait sur son passage. Dans sa tête, une force maléfique avait pris le dessus sur sa raison et Franck ne pouvait que regarder, fasciné, cette force contrôler son corps et son esprit. Cinq jours après la discussion avec sa femme, et alors que, vaincu par la fatigue, il s’était assoupi, il fit, une fois de plus, le même rêve et cette fois, ne le supporta plus. Il se leva en hurlant, courut vers la cuisine par où il espérait pouvoir sortir afin de soulager sa rage dans le jardin et s’arrêta net : il venait de tomber nez à nez avec Luc qui prenait son goûter. Son cœur s’emballa, son esprit s’embruma et n’étant plus capable de penser, il se rua sur un grand couteau de cuisine et planta avec une force qui n’était pas sienne l’ustensile dans le corps de celui qui le faisait tant souffrir. Un immense soulagement l’envahit qui, à mesure que sa raison lui revenait, se changea en un sentiment d’horreur face à ce qu’il avait accompli. En effet, à la place de la créature de ses cauchemars, gisait maintenant Luc, paisible, innocent. Tremblant de peur, Franck le secouait, tâchait de le ramener à la vie, en vain. Il était incrédule : c’était son fils et il l’avait tué! Sa peur se changea bientôt en un

désespoir insupportable pour un être humain. La solution s’imposa alors à lui et il bondit sur l’arme du crime, couverte de sang. Dans un dernier instant d’hésitation, il jeta un regard vers son fils et aperçut, assis sur le corps de ce dernier, le chat noir qu’il revoyait chaque nui t, dans le caniveau, assis sur le cadavre du jeune romanichel. Fixant Franck, l'animal affichait un sourire satisfait. Cette vision finit de convaincre Franck. La lame lui transperça la poitrine et, froide, s’enfonça jusqu’au cœur. Une douleur horrible lu i envahit le corps puis toute sensation l’abandonna.

XIII. La revenante
Par Germain Pourigneaux

C’était un jour pas tout à fait comme les autres … La rentrée à la FAC. Le temps new-yorkais était maussade en ce 21 septembre 2012. « Gordon, cria ma mère, il est l’heure que tu partes, tu vas être en retard ! ». Je lui souhaitai une bonne journée ainsi qu’à mon père puis partis en direction du campus de médecine situé dans le centre. J’avais beaucoup réfléchi à mon orientation pour finir par prendre exemple sur mon père, un grand chirurgien. Le premier jour est toujours stressant. Arrivé sur place, j’allai me présenter à l’accueil et me rendis dans la salle numéro 5 du bâtiment principal. Je m’installai à côté d’une jeune fille, je crus d’abord la reconnaître puis … non, c’était impossible. Nos yeux se croisèrent et je perçus en elle une certaine joie, était-ce causé par l’ambiance plutôt festive ou quelque chose d’autre l’égayait ?... Les jours se succédèrent et mes cours se passaient relativement bien. J’avais la majorité de mes cours en compagnie d’Amélia, elle m’intriguait toujours autant que le premier jour. Je remarquai, au fil des heures, que plus je passais de temps en sa compagnie plus je souffrais de maux de tête indescriptibles. Je l’examinai secrètement durant plusieurs journées entières ; ces traits de visage, sa façon de rire … je connaissais cette personne. Mes doutes laissèrent place à la certitude puis à la peur, à l’effroi même ! Voulant en savoir plus, je me rapprochais d’elle. Nous passions de plus en plus de temps ensemble, que ce soit à la bibliothèque pour travailler ou encore dans un bistrot pour nous changer les idées. Mais à chaque fois, je restais sur ma faim, comme si un mystère continuait à être sans réponse. Je ressentais quelque chose d’étrange en elle, son sourire était différent de celui des autres filles et me rappelait quelqu’un, dont le souvenir semblait ancré en moi. Un jour, alors que nous nous rendions à la salle 12, mon sang se glaça, je sentis mes jambes se

dérober sous mon poids … j’aperçus un pendentif, non, « Le pendentif » : celui que j’avais offert un an plutôt à la fille de mes rêves. D’un coup, cette tragique histoire me rattrapa … Après avoir offert un pendentif à Paula, nous nous rendîmes à la soirée d’un ami. La fête battait son plein et je buvais beaucoup, beaucoup trop … Si bien que lorsqu’elle insista pour rentrer, mon poing partit tout seul. S’étant cognée contre une pierre en tombant, personne ne la revit jamais après cette nuit-là. Je suis le seul à savoir où le corps se trouve … Une voix me sortit de mes pensées ; Amélia proposait que nous passions la soirée de vendredi prochain chez elle. J’acceptai, je voulais savoir. Cette nuit-là, je ne dormis pas. Mes pensées me tourmentaient, je n’osais pas en parler à qui que ce soit. J’attendis donc, seul et sans solution, que la date fatidique arrive. Il faisait déjà noir lorsque je quittai mon domicile. Elle n’habitait pas vraiment loin, je m’y rendis donc à pied. Sur le chemin, je sentis mon estomac se retourner telle une montagne russe.J’avais longuement regretté d’avoir accepté cette invitation à cause des angoisses qu’elle m’inspirait. Une fois arrivé dans sa rue, je vis, dans l’ombre de la pleine lune, une silhouette étrange, errant sur un toit, qui semblait m’épier. Je conclus que ce n’était qu’un chat et que je n’avais pas de peur à avoir. Je pressai le pas car le coup de tonnerre qui venait de se faire entendre ne me rassura guère. C’était la première fois que je voyais samaison, ou plutôt … son château. Aucune lumière ne sortait de celui-ci et le chant des arbres balayés par le vent tel un orchestre symphonique me fit faire un pas en arrière. Un autre coup de tonnerre gronda et là, dans l’ouverture de la lourde porte qui venait de s’ouvrir toute seule, j’aperçus une silhouette qui semblait ne pas toucher le sol. Mon sang se glaça. Mon esprit était tiraillé entre le choix de prendre la fuite ou d’affronter cette peur et d’avancer vers elle. Je ne comprends toujours pas pourquoi je décidai de la rejoindre … Je parcourus la distance que me séparait de ce qui semblait être les ténèbres. Le vent souffla de plus belle et me fit chavirer. Plus j’avançais plus je regrettais. J’entrai dans son château. Elle me proposa, avec le même sourire que le premier jour, que nous cuisinions ensemble, j’acquiesçai et la suivis d’un pas stressé. Le couloir comportait une somme incalculable de tableaux qui semblaient à chaque instant vouloir me trancher la gorge. Elle me dit que ses parents n’étaient pas là. Elle ne m’avait jamais parlé de ceux-ci, elle n’en avait peut-être pas … Nous commençâmes à sortir les ustensiles, nous nous fixâmes dans les yeux. Je lus dans ceux-ci de la joie, elle dut probablement lire de l’incompréhension … pourquoi avait-elle l’air satisfaite ? Je sentis un frisson particulier lorsqu’elle s’empara d’un couteau à viande aiguisé telle une dent de loup … Elle le posa sur la table, me voilà rassuré. Nous ne parlâmes que très peu, j’attendais qu’elle lance un sujet. Soudain, avec une agressivité inouïe, elle me plaqua contre le mur, s’empara de l’arme et se mit à rire en me pointant le poignard sur la tempe.

Elle vit l’étonnement et l’angoisse au plus profond de moi et cela la fit encore plus rire. Elle me regarda fixement et me dit … « Souviens-toi l’hiver dernier ! » Elle dit ces mots avec tellement de haine que je compris, elle était là pour venger Paula. Je n’essayai même pas de me défendre, je le méritais … Personne ne les revit jamais que ce soit leurs amis ou leurs familles. Aucun corps ne fut retrouvé dans la maison qui fut vendue quatre semaines après la disparition des 2 étudiants.

XIV. Trouble
Par Pauline Cassart ’était l’automne, en regardant par la fenêtre, John apercevait les feuilles tomber, arrachées aux arbres par la pluie et par le vent ténébreux, elles se déposaient sans plainte sur le sol C boueux. Il attendait appuyé sur le rebord de la grande fenêtre de la salle à manger. John vivait seul dans son immense maison, mais ce 11 novembre 2014, sa vie solitaire allait peutêtre changer. En effet, cet homme veuf depuis déjà 13 ans avait enfin invité une dame à souper. A la recherche d’une nouvelle compagne, il s’était inscrit sur un site de rencontre grâce auquel il avait fait la connaissance d’une femme du nom de Cary comme celui de son ancienne épouse. Le regard perdu dans ses pensées, il admirait son jardin qui s’étendait à perte de vue, traversé par un petit chemin sinueux qui s’étendait sur environ 500 mètres menant à un petit village du nord de la France. Il entendit la fenêtre du grenier battre selon les humeurs du vent, un courant d’air glacé traversa la maison et fit claquer la haute porte de la salle à manger. L’alarme du four le fit brusquement sortir de ses pensées, Cary n’allait pas tarder à arriver mais la table n’était pas encore mise. Quelques minutes plus tard, quelqu’un frappait à la porte. A sa grande surprise, John découvrit Cary sans voiture et sans parapluie cependant ses habits étaient secs. Quand ils entrèrent dans la salle à manger, le chat noir sauta du fauteuil et monta les escaliers à vive allure. Lui qui n’avait pourtant peur de rien venait de s’enfuir devant la belle dame ! Il oublia tout de même vite ce petit incident et ils s’installèrent à table… Après un repas joyeux et bien arrosé, John se leva pour chercher le dessert mais ils furent tout à coup plongés dans l’obscurité la plus totale ! En croyant qu’il s’agissait d’une panne de courant, l’homme musclé alla vérifier les compteurs mais rien d’anormal. Il revint donc dans la salle à manger et appela Cary mais un silence glacial lui répondit. Il alluma son briquet et distingua son invitée à deux mètres de lui, elle se tenait droite et ne bougeait pas. Un frisson d’effroi le traversa quand il remarqua sur sa joue droite une tache de naissance

semblable à celle de son épouse morte 18 ans plus tôt en ingurgitant une trop grande dose de médicaments. Son briquet commençait à lui brûler le pouce, c’est pourquoi il l’éteignit. Il appela : « Cary ? » Silence. Il hésitait à rallumer son briquet qui le plongerait peut-être une seconde fois dans ce passé si lointain mais après tout sa vision aurait pu être troublée par l’alcool. Il le ralluma et fut saisi par le stress en apercevant de nouveau la tache de naissance. La lumière le sortit de son inquiétude. Il reprit son souffle et se confia à sa mystérieuse invitée : Pendant un instant vous m’avez fait penser à quelqu’un. A qui donc ? Oh cela ne vaut pas la peine d’être raconté, c’était il y a si longtemps… Cela m’intéresse, nous avons le temps ! Il y a 13 ans, j’étais marié avec une certaine Cary mais malheureusement elle est décédée. Puis-je savoir comment elle a perdu la vie ? Elle s’est suicidée après avoir trop bu. Pourtant je faisais mon possible pour la rendre heureuse mais je voyais bien que son état se dégradait… Tout à coup un courant d’air glacial et inhabituel parcourut la pièce. Tout s’éteignit. Encore une panne de courant ? John n’eut pas le temps de se questionner davantage, une voix étrangement familière le fit frissonner : « Tu mens ! » Ses dents claquèrent et il fut pris de tremblements. Des souvenirs confus défilèrent dans sa tête. Cary ! Cette voix qui se plaignait si souvent ! Non, c’est impossible ! Les médicaments… Sa femme était morte ! La lumière réapparut, tremblotante. Cary était devant lui et le regardait d’un air inquiet mais sa femme n’était nulle part. Pourtant, d’où provenait cette voix, cette accusation ? John s’assit, effrayé. Le whisky, oui, ça devait être le whisky… L’invitée le fit sursauter : « Ca va ? » Il s’entendit dire : « Oui » mais lui-même n’en était pas certain. Alors qu’il essayait de garder son calme, il entendit un grésillement à l’autre bout de la pièce : la radio ! Personne ne l’avait allumée mais la voix du présentateur était bel et bien là ! Il écouta alors plus attentivement et poussa un cri d’effroi quand le présentateur dit que deux tours à New-York se sont écroulées dans l’après-midi suite à cause de terroristes kamikaze ! Cet horrible évènement s’était réellement passé mais il y avait déjà quelques années ! 2001… l’année de la mort de sa femme ! Pourquoi le journaliste avait-il dit que ces deux tours s’étaient effondrées dans l’après-midi ? Effrayé, il fonça sur la radio et la jeta par terre. Elle éclata en mille morceaux, ce qui fit taire le présentateur !

Pensant que cet intrusion dans le passé n’était qu’un cauchemar, il courut à la salle de bain et aspergea son visage d’eau fraiche. Hélas, rien n’y changea. Il retourna dans la salle à manger où son invitée l’attendait. Grâce à la faible lumière de la pièce, il la distingua mais celle-ci n’avait pas l’air inquiète, elle le regardait sans bouger. Les jambes chancelantes de John l’obligèrent à s’asseoir. Il tremblait de tout son corps quand, soudain, la télé s’alluma d’elle-même ! Il aperçut avec horreur le jeune visage de sa femme dans l’écran ! Non ! Impossible ! Elle était pourtant morte et enterrée ! Les médicaments… Oui, il les avait mis dans le verre et elle était morte ! Tout le monde y avait cru, à ce suicide ! Il scruta la pièce du regard pour trouver la télécommande. Il essaya de se redresser. Il tituba, chercha un appui, en vain. Quand les lèvres de la défunte bougèrent, il s’effondra. La voix féminine retentit dans la pièce et il entendit : « A ton tour ! ».

XV. Un couple maudit
Par Cyril Houtart C’était un soir de février 1997. Roger Petit était un petit homme rondouillard. Il venait d’emménager avec sa femme dans une maison un peu reculée du village. Sa femme, Géraldine, aurait voulu qu’il profite d’une retraite bien méritée mais il continuait à apporter son expérience à ses anciens collègues médecins, ce qu’elle n’adorait pas vraiment, il faut bien le dire... Elle n’arrivait pas à se sentir pleinement heureuse dans cette nouvelle habitation et aurait voulu qu’il lui prête plus d’attention. Roger marchait sur un trottoir irrégulier. Il rentrait chez lui après avoir passé une petite heure dans un café sombre et enfumé. Il était légèrement éméché et des idées noires commençaient à lui traverser l’esprit ; était-ce à cause du verre de trop ou des couples heureux qu’il apercevait à travers les fenêtres? En tous cas, ses pas et ses pensées n’étaient pas remplis d’assurance au moment où il entamait l’étroit sentier qui devait le mener à sa demeure. Les cloches sonnèrent les 16 coups au moment même où son imposante villa se dessinait dans l’obscurité du soir. Grande et majestueuse, elle se dressait au milieu de nulle part, entre champs et bois. Elle dominait le petit village de Maredsous. Depuis leur déménagement, Géraldine ne se sentait pas bien. Elle ne prenait pas ses marques dans cette maison trop grande pour elle. Ce n’est qu’après quelques semaines et plusieurs signes flagrant de la part de sa femme que Roger lui demanda enfin ce qu’il n’allait pas. Elle lui répondit qu’elle ne savait pas lui expliquer précisément mais qu’elle ne se sentait pas à l’aise. Roger ne comprit pas pourquoi. Lui, c’était fait plusieurs amis et sortait donc

souvent. De plus, il travaillait toujours à mi-temps pour aider ses anciens collègues. Ses journées étaient donc bien chargées. C’est pourquoi, le soir, il aimait se trouver dans le salon avec un verre de vin rouge. Sa femme essayait souvent de se rapprocher de lui mais, gentiment, il la repoussait chaque fois. Il disait qu’il ne voulait pas prendre le risque de lui transmettre les maladies présentes à son lieu de travail mais Géraldine n’était pas dupe et ces comportements la fatiguaient encore plus. En poussant la porte de sa maison, il la trouva vide. Il s’avança dans le couloir dont les lampes diffusaient une lumière encore terne. Après un bref coup d’œil dans la cuisine puis dans le salon, il monta à l’étage à la rencontre de sa femme. Cette dernière était allongée dans son lit. Une lumière tamisée recouvrait la moitié de son visage. Elle annonça à son mari qu’elle ne descendrait pas manger avec lui ce soir, tout au plus, elle lui tiendrait compagnie autour du feu et d’une tasse de thé quand elle serait reposée. Acquiesçant, Roger ferma la porte et descendit se réchauffer un plat de pâtes gratinées. Il les mangea tièdes et sans appétit. Ses mains tremblaient et son regard était perdu dans l’horizon offert par la petite fenêtre située en face de lui. C’est également l’esprit ailleurs qu’il prépara deux tasses de thé. Sa décision était prise… Il appela la gendarmerie. Sa voix était hésitante et faible, ses paroles confuses. Elles reflétaient un sentiment de panique. Le policier eut besoin de quelques minutes pour arriver à connaitre la raison de cet appel. On devait approcher les 17 heures lorsque, sirènes hurlantes, une cohorte de voitures de police déambula dans ce village de Maredsous, d’habitude si calme. Quand ils arrivèrent devant la porte de Roger Petit, ils trouvèrent celle -ci ouverte. Albert, le plus expérimenté d’entre eux, se décida à la franchir. C’est sur ses gardes qu’il avança le long du couloir menant au salon. Lorsqu’un escalier se présenta à sa gauche, il s’arrêta et intima le silence à ses collègues. Il appela « monsieur Petit !? ». Quelques secondes s’écoulèrent, puis, alors qu’un des policiers allait tenter de l’appeler une seconde fois, un petit « oui », faible et nasillard, retentit de l’étage. Ils se précipitèrent dans les escaliers et trouvèrent Roger à genoux, le corps secoué de sanglot, au chevet de son épouse. Celle-ci était couchée dans son lit, sur le dos, un couteau planté dans le cœur. Son bras pendant, venait effleurer la main de son mari. Les policiers, choqués par l’atrocité de la scène, restaient bouche-bée, les membres ballant. Il faut bien dire que, pour la plupart d’entre eux, ils n’avaient encore jamais dû que décoincer un chat d’un arbre ou relever une personne âgée. C’est Albert qui reprit en premier ses esprits. Il écarta délicatement Monsieur Petit du lit et, comme dans une autre dimension, il vérifia les signes vitaux de Géraldine. Maxime et Marie, tous deux psychologues, s’occupèrent de Roger et l’emmenèrent dans une pièce adjacente.

On s’occupa de Géraldine dans une totale confusion, ce qui provoqua un rictus sur la bouche de Roger, signe que Marie mit sur le compte du choc que venait probablement de subir son patient. Sa femme fut libérée de son couteau. C’était même un poignard, magnifique. Une lame éclatante surgissait d’un manche vert émeraude incrusté d’ivoire. Les policiers mirent l’arme du crime ainsi que d’autres objets pouvant servir à une enquête ultérieure dans des sachets prévus à cet effet. Pendant ce temps, les deux psychologues demandèrent à Roger de leur expliquer ce qu’il savait. Bon, je vais essayer de reprendre depuis début, leur dit-il. Je rentre chez moi aux

alentours de 16 heures. En entrant, je m’attends à, comme souvent, trouver ma femme dans le salon avec une tasse de thé à la main. C’est pour cela que je fus assez étonné de ne pas la trouver au rez-de-chaussée. Imaginez donc ma surprise quand, l’appelant je ne reçus aucune réponse. Je monte à l’étage en me disant qu’elle avait dû aller dormir. Et là, en entrant dans notre chambre… voilà. Je l’ai trouvée comme ça. Bien sûr, mon premier réflexe en tant qu’ancien médecin a été de regarder ses signes vitaux mais il était déjà trop tard. Bien, merci Monsieur Petit. Nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour

trouver la raison de ce meurtre. En attendant, nous allons mettre à votre disposition quelqu’un qui pourra vous épauler dans cette terrible épreuve et vous écouter, vous confier. Nous allons par contre devoir vous emmener. M’emmener ? Mais il n’en est pas question, je reste chez moi ! Je vais demander à l’officier de vous en exempter mais ça m’étonnerait qu’il

accepte. En attendant, veuillez préparer vos affaires pour quelques jours, merci. En partant, l’officier Albert accepta de laisser Roger dans sa maison mais il serait obligé d’être suivi. De plus, on lui demanda de rester disponible le plus souvent possible. Une fois les gendarmes partis, Monsieur Petit alla s’assoir dans son divan et regarda un film accompagné d’un petit gâteau et d’un chocolat chaud. Il devait approcher les 10 heures quand il décida d’aller se coucher. Toutes ces décisions avaient fini par le fatiguer. Le vent se mit à souffler. Il monta les marches de l’escalier et arriva devant sa chambre habituelle. Il vit sa femme et eut un pincement au cœur. Il alla se coucher dans la pièce habituellement réservée aux amis. Avant de s’endormir, il entendit le chien de la ferme voisine aboyer deux fois. Ensuite, plus rien. Roger aborda sa première nuit de veuf. Avec le silence comme seul compagnon, il s’endormit calmement. Le lendemain matin, après s’être préparé, il descendit dans la cuisine. Il se mit à table. La tasse de thé se trouvait toujours sur la table. Dedans, il eut l’impression de voir sa

femme. Il se frotta les yeux. Il devait être mal réveillé car à la deuxième fois, il ne vit plus qu’un liquide froid. En sortant de chez lui, il se trouva nez à nez avec Rascat, le berger allemand du fermier voisin. Pourtant, d’habitude, il ne s’aventure pas si loin de sa niche. « Étrange » se dit Roger. Il partit à son boulot. En rentrant chez lui, comme la veille, il regarda dans les maisons des gens. Au début de la rue, les couples étaient jeunes et heureux. Ils s’embrassaient passionnellement. Roger était mélancolique mais, au fur et à mesure qu’il montait cette petite rue, maris et femmes vieillissaient. Ils se tenaient de plus en plus éloignés les uns des autres. Bien qu’il se sentait suivi, son esprit était libre. En apercevant sa maison, il ralentit le pas. Un chat noir ! Un pressentiment ! En entrant dans sa villa, les lumières étaient allumées. Bizarre, il était pourtant sûr de les avoir éteintes. C’est alors qu’il vit une ombre. Ça c’était passé sur le mur d’en face pendant une fraction de seconde. Tout cela lui paraissait étrangement louche mais il se dit que ses collègues devaient avoir raison. Il était fatigué, encore sous le choc de ce qui venait de se passer. Il décida de ne plus aller travailler. Il souhaitait se reposer. Il n’avait pas peur mais cela le teint sur ses gardes pendant quelques jours, période durant laquelle il ne se passa rien d’anormal. Une semaine après le décès de Géraldine, lorsqu’il alla se coucher, il sut que quelque chose de spécial allait se passer. Lorsqu’il éteignit la télévision, Rascat aboya deux fois. Un aboiement sec, à glacer le sang des plus téméraires. Il alla dans la cuisine pour ranger son verre de vin lorsque le chien voisin émit un dernier son, long et timide avec un soupçon de peur. Il ressemblait plus à un hurlement de loup. Ce n’était pas un aboiement comme il le faisait habituellement. Pour la première fois depuis la mort de sa femme, Roger n’était pas à son aise. Il avait peur. Les escaliers qui le menaient à sa chambre grincèrent sous ses pas saccadés. En entrant dans sa chambre et pour la seconde fois, il eut cette désagréable sensation d’être suivi. Il se retourna. Une ombre, de nouveau. C’est inquiet et paniqué qu’il se glissa habillé dans son lit. Cette ombre, il la connaissait, il en était sûr ! Cette nuit-là, il rêva de Géraldine. Il revu tout le déroulement de la journée en accéléré. Son rêve commença à ralentir, lorsqu’il rentrait chez lui : les couples heureux, le ciel entre chien et loup, la tasse de thé, le visage de sa femme, le poignard posé sur l’appui de fenêtre. Ensuite, le temps se figea. Son regard était posé sur ce magnifique poignard vert. Tout recommença à défiler à toute vitesse. Il saisit le poignard, monta dans la chambre. Il regarda une dernière fois sa femme puis, des deux mains, lui enfonça profondément le couteau dans le cœur. Le gendarme Albert se tenait dans l’encolure de la pièce, il ricanait d’avoir vu cette scène. Roger se réveilla en sursaut. « Ouf, ce n’est que mon esprit qui me joue des tours »

se dit-il. Sa chemise était trempée de sueur. Il alla se doucher et termina sa nuit sans autre rêve… Le lendemain, il feuilletait le quotidien régional et, quand il arriva aux faits divers, il sut qu’il ne devait pas les lire mais tout être humain est attiré par le danger. Roger n’échappa pas à la règle. Les premiers étaient banals mais en arrivant au troisième, on parlait de Rascat. Le chien était mort la nuit dernière. Les causes de sa mort étaient étranges. Il était en pleine santé et n’avait pas de blessure apparente. Il ne semblait pas non plus empoissonné. Roger se souvient de ce long cri que ce chien avait poussé. Ses pensées furent interrompues par un appel de la gendarmerie. Monsieur Petit, nous avons terminé d’analyser les éléments que nous avons pu

trouver ou apercevoir en venant constater le meurtre de votre femme. Bien, je vous écoute. Avez-vous trouvé des indices réjouissants ? Hé bien, l’affaire avance mais je doute que vous soyez ravi. Premièrement, votre

femme n’avait d’embrouille avec personne dans sa famille, elle était même appréciée selon les villageois. Nous ne voyons donc pas qui aurait pu lui en vouloir. Secondement, les seules traces trouvées sur l’arme du crime sont les vôtres ce qui… Qu’insinuez-vous !? l’interrompit Roger. J’étais le seul à aimer et donc à manipuler ce magnifique poignard. C’est pourquoi mes empreintes sont les seules à être présentes dessus, et pour rien d’autre ! Monsieur, calmez-vous, le reprit l’officier. Vous vous énervez alors que nous ne vous avons encore rien explicité. De plus, ce n’est pas la première fois que votre attitude nous interpelle. Le soir du meurtre, vous avez souri à plusieurs reprises. Sourires nerveux sans doute, et c’est en tant qu’ancien médecin que je vous parle. Puisque vous parlez de votre métier. Justement et pour et finir. Certains de vos

collègues, n’ont pas hésité à nous dire que vous étiez jaloux des couples heureux et que l’entente au sein du votre n’était, actuellement, pas excellente, même plutôt mauvaise. C’est faux, vous dites n’importe quoi, balbutia Roger. Monsieur Petit était désemparé, il ne comprenait pas. Comment en était-il arrivé à cette situation ? Qu’avait-il bien pu faire de mal ? C’est avec l’esprit embrouillé de questions lugubres que, après une soirée fort agitée, il décida d’aller dormir malgré l’heure précoce. Comme depuis maintenant 8 jours, le vent se mit à souffler. Des bourrasques frappaient avec puissance et surprise sur les vitres de sa grande maison. Une porte claqua, un verre se brisa. Roger avait les poils hérissés. Les escaliers craquaient de plus en plus au fur et à mesure qu’il progressait. En longeant le couloir, il se sentit suivi, épié. Un courant d’air glacial le fit frissonner. Il savait que, après le berger allemand, c’était à son tour. Il se brossait

les dents. Roger s’abaissa pour se rincer la bouche. Il se releva et fut pris de paniq ue. Sa femme ! Il se retourna mais… trop tard. Géraldine avait disparu. Monsieur Petit tremblait de tous ses membres. Il se glissa dans ses couvertures. Deux jours plus tard, la police fit irruption dans la maison de Roger. Ils avaient appelé une dizaine de fois ce dernier sans avoir de réponse. Albert se tint sur ses gardes. Ils avaient pratiquement découvert l’assassin de Géraldine et se méfiaient de son mari comme de la peste. La gendarmerie toute entière encerclait la maison et c’est, arme au poing, qu’à trois, ils avançaient dans la villa. Albert et ses deux camarades ne trouvèrent rien au rez-dechaussée. En montant à l’étage, la pièce où devait normalement reposer le cadavre de Géraldine était ouverte. Son corps ne s’y trouvait plus. Ils continuèrent et trouvèrent Roger Petit. Ils le trouvèrent allongé dans son lit. Le diagnostic fut sans appel, il était mort depuis au moins deux jours. La raison du décès fut, elle, inexplicable. La version officielle déclara que Monsieur Petit était mort seul d’une crise cardiaque dans sa maison. Dans le café du village, on parlait de ce double décès survenu en quelques jours lorsque l’on aperçut, sur le haut du village, de gigantesques flammes découpant une épaisse fumée noir. On évoqua alors que Géraldine était venue se venger de son mari et que celui-ci, devenu fou s’était donné la mort.

XVI. L’agresseur agressé
Par Adrien Blouard - A toi maintenant ! - Non ne me faites pas de mal ! Je ne vous ai rien fait ! Ne me tuez pas ! Je ferai tout ce que vous voudrez ! essaye de proclamer le chat qui ne sait prendre sa défense. - Les attaches poignets, les attaches pieds, le fouet, tout est là ! On peut y aller, tiens toi prêt ! Chang Yung Ze a 45 ans, est nord coréen et vit à Pékin pour son travaille, constructeur automobile pour Hyundai, il est marié à une sud coréenne, mais n’a pas d’enfants. Il torture puis tue des beaux chats blancs, beiges,… dans un garage à Pékin, mais jamais des noirs car en Asie, le chat noir reste réputé comme signe de pauvreté et de maladie. Depuis son enfance, Chang s’avère jaloux des beaux chats. Etant petit, il en avait un qui lui ressemblait assez fort sur le point du physique, ils demeuraient tous deux imposants et grassouillets. Ses camarades se moquaient de lui en le comparant à son animal de compagnie. Le garage semble être un lieu peu rassurant. Se trouvant dans la banlieue de Pékin, il est isolé de tout passage quotidien qui pourrait déranger notre éventreur de chat. La porte présente très mal. Elle ne tient presque plus, est déglinguée, pleine de coups, le loquet a sauté puisque Chang n'a pas acheté ce garage mais se l'est approprié au moyen de son pieds de biche. Un soir d’hiver, il est surpris par un chat noir en train de ramener trois félins dans son garage, il les tient par le cou. Depuis ce jour, à plusieurs reprises le chat noir se trouve en face de son garage au moment où Chang en ramène. Mais, le plus inquiétant, est que le Sud Coréen ne réagit pas. Il sait quelle est la signification de voir un chat noir en Asie. Mais, il ne s'inquiète pas du tout du sort que pourrait lui réserver cette bête.

Chang a quand même peur. Il connait la réputation du chat noir en Asie. Il sait que plus rien ne sera comme avant. Il se doute que quelque chose est en train de changer. Ce dernier hésite à arrêter ses loisirs pour passer plus de temps aux côtés de son épouse, qui ne connait pas l'existence des activités de son mari. Monsieur Ze utilise toujours l’alibi du taekwondo, son sport préféré, pour justifier ses rentrées tardives. Mais au lieu de se rendre à l'évidence et de stopper toutes activités tant qu'elles ne prêtent pas trop à conséquences, il décide au contraire d'augmenter la récurrence de ses actes. Il préfère encore tuer des chats innocents que de passer du temps avec son épouse. Le lendemain, Chang prend la décision de changer ses méthodes de travail. Il veut s’attaquer à plus fort que des simples chats domestiques, des félins de six kilos au moins,

n’ayant aucuns moyens de se défendre vu leur poid handicapant. C’est pourquoi, il choisit de torturer ce chat qui ne cesse de déambuler aux alentours de son garage. Il est sauvage, en forme olympique. Mais, Félix, le chat noir sent une certaine faiblesse dans le chef du Coréen. Il sait qu’il y a quelque chose à tenter pour encore se sauver. Il attrape son bras droit. Le côté dominant de Chang. Il griffe le Coréen. Il le mord en pleine cuisse. L’éventreur tombe à terre. Félix peut faire ce qu’il veut de lui. Ce dernier lache l’agresseur et sprint jusqu’à la sortie de cet endroit dont il se souviendra des moindres recoins. En voilà un qui a réussi à échapper aux griffes du fou malade. Mais le chat ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Oui, il a su s’en sortir mais, il pense aussi aux autres animaux qui vont, eux, encore souffrir dans ce taudis qui ressemble plus à une prison qu’à un garage.

Dans la soirée, le sang de notre chat héroïque ne fait qu’un tour. Il revient pour retirer au Coréen tous les matériaux qui lui permettent depuis six longs mois de pratiquer cette activité sadique. Tout d’abord, il force la porte du garage, ce n’est pas sur cette mission qu’il a dû le plus sué étant donné que cette porte ne tenait déjà même plus d’elle-même. Ensuite, à l’aide de ses triceps, il déplace la chaise, les barres, les attaches,… Tout y passe. Le garage est désormais vide ! Ouf, encore une mission réussie pour Félix. Le Coréen ne pourra plus jamais faire de mal à un quelconque être vivant. Une heure plus tard, Félix décide même de se rendre à la banque de monsieur Yung Ze pour vider ses comptes en banque de telle sorte qu’il ne puisse plus acheter de quoi persécuter ces animaux. Ce n’est pas chose aisée dans la peau d’un chat d’effectuer un retrait d’argent. De nuit, il s’immisce dans la banque, descend jusqu’à la salle des coffres et rompt celui de Chang. Félix avait connaissance de ce dernier grâce aux recherches accomplies une demi-heure auparavant sur la toile en s’infiltrant dans la base de donner de cette établissement financier. Un retrait de cinquante mille dollars, c’est plutôt pas mal pour un chat ! Le félin, décide même de punir le Coréen. Chang tue des chats ! Alors il doit subir une vengeance, une sentence physique, telle qu’il en inflige à ces animaux domestiques. Une sentence qu’un chat pourrait sans trop de problèmes conférer à un humain. Un empoisonnement semble être une solution parfaite. Félix se faufile au domicile de Chang, se rend dans la cuisine, et déverse du poison dans la marmite qu’a mis chauffer la compagne de Chang. - C’est très bon chérie ! - Merci mon cœur. Hum Hum Hum. De l’eau ! Vite ! Aide-moi !

- Oui je fais au plus vite ! J’appelle le SAMU ! Ne t’inquiète pas ! Dans l’après midi suivant l’opération de son épouse, il se rend à l’hôpital pour avoir de ses nouvelles, il espère la revoir. Il attend dans le couloir. Trente minutes sont déjà passées et voilà que le médecin approche de lui. - Monsieur Ze ? - Oui, c’est moi. - Bonjour, docteur Lee ! Je… Je suis désolé, nous n’avons rien put faire. Moi-même et mon assistant avons sans aucun soucis réussi l’intervention d’hier matin. C’est en arrivant ce midi que l’anesthésiste m’a révélé que madame Yung Ze ne s’est pas réveillée. Elle nous a quitté à 11h17. Le soir même, sans connaitre le résultat de son empoissonnement, Félix décide de se rendre jusqu’au domicile de monsieur Yung Ze pour fumer une cigarette sur la pas de la porte. Sa clope inachevée, il la lance sur le toit. Malgré tous les efforts déployés par les voisins, la maison crame sous les yeux du Coréen, impuissant.

Chang est bouleversé. Ce chat au caractère ténébreux a emporté son épouse jusqu’aux enfers. Il ne savait pas qu’un chat était capable de tuer un humain. Ce n’est tout de même pas rien ! Mais, l’empoisonnement de Félix ne s’arrête pas là. Le lendemain de la mort de madame Yung Ze, Chang entre à son tour à l’hôpital pour cause de crise psychologique. Il craque, ne sait plus vivre seul sans son épouse. La conclusion de Chang semble être que ce chat demeure extrêmement terrifiant et dangereux. Il doit s’éloigner de lui. Déménager pour échapper à la mort… Chang n’a à présent plus grand-chose de concret. Plus de femme, plus de garage, plus de matériel de torture. A cause de sa maladie, il a perdu son emploi. Il a même du fuir pour échapper aux griffes de Félix. Plus de travail dit plus de revenus. Pauvreté et maladie, voilà les deux conséquences de la venue d’un chat noir dans la vie d’un asiatique. Félix se rend dans un centre cyber média, cherche sur internet l’adresse du nouveau domicile de Chang. Il s’y introduit aisément, pénètre dans la chambre du Coréen et là, il voit tout de suite une chaise de torture ! Le chat pensait avoir dissuadé Chang de ne plus faire souffrir les animaux, mais, au contraire, le fou dangereux a le toupet de continuer ses activités sadiques ! De plus, c’est encore plus se moquer de Félix, que de changer de ville ! Le chat, dans un élan de haine, saute sur Chang. Le griffe. Le mord. Il est prêt à en finir et à le tuer. Mais, c’était sans compter sur les talents de sport de combat du Coréen. Des

techniques asiatiques bien entendu ! Suit alors une longue et éperdue scène de violence. Des coups voltigent dans tous les sens !

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