3/02/14

On était parti, si j'ai bien compris, de l'utilisation de wikipedia en tant que ressource/outil pour des
recherches (plutôt celles des étudiants, et plus particulièrement les étudiants en art / histoire d'art j'imagine qu' il y a des contraintes/spécificités etc. propres à chaque champ disciplinaire mais je
soupçonne que ce que je vais dire s'applique de manière générale à plus ou moins tous les champs
disciplinaires "non empirique") et l'utilisation des bibliothèques/ livres pour les mêmes recherches.
T'avais utilisé comme exemple l’exercice de recherche que tu as donné aux élèves (à Sète?) de faire un
travail sur une artiste (Barbara Kruger?) en comparant les résultats et la précision des informations
fournies par chaque "outil" ou "ressource", et plus particulièrement la mention sur son wiki : Barbara
Kruger, née le 26 janvier 1945 à Newark (New Jersey) aux États-Unis, est une artisteconceptuelle américaine."
Bon.
Comme je disais l'autre soir, je trouve la comparaison des résultats issus de l'utilisation de ces deux
"outils" ou "processus" (peu semblable) assez délicate vu leur composition, et l’essentiel à mon sens,
les vraies questions si tu veux, sont des questions autour de la production du savoir et les enjeux
politiques et de lutte sociale autour de la transmission du pouvoir à "produire" les savoirs dans des
éditions.
Je parle ici de wikipedia (pas du web et pas d'internet, ni des sites webs etc., purement et simplement
wikipedia) et des bibliothèques / livres. Je ne fais pas de différence entre un livre sur papier et un livre
"électronique", car ce sont des textes "fixes" à l'opposé des textes "non-fixes" de wikipedia, en
mutation constante.
La question principale pour moi c'est le questionnement des processus de construction des savoirs qui
donnent des pages wikipedia et des livres, et les enjeux différents.
Dans un 1° temps je trouve la comparaison / mise en opposition des deux processus de construction des
savoirs (car ce qu'on critique ce sont des résultats des processus et je trouve que c'est en regardant au
niveau des processus qu'on peut mieux comprendre et contextualiser les résultats) peu révélatrice de
quoi que ce soit - celui des éditeurs et des bibliothèques est d'ordre institutionnel, géré par des
commissaires au service d'un état (ou "super état") en collaboration avec une (des?) "marché/s" - il y a
tellement de filtres/étapes avant d' arriver aux livres sur une étagère dans une pièce - les agents, les
éditeurs, les financements, les diffuseurs, les magasins, la presse/les critiques, les réseaux de
bibliothèques, l'argent public disponible pour l'achat des livres etc. et chaque étape est presque
inaccessible pour la grande majorité des citoyens, sans parler des temporalités que tout ça implique.
Comparer le processus d'écrire/modifier un article sur wikipedia à ça me semble impossible.
tu parlais des élèves et leur incapacité d’intervenir sur les articles de wikipedia. Moi je pensais plutôt à
nous les profs en tant qu' intervenants, et ensuite j'ai lu ça:
http://boingboing.net/2014/02/01/med-school-students-assigned-t.html#more-284582
J'aime bien l'initiative dans le champ (médicale) où wikipedia est la plus grande référence pour les
étudiants de donner une initiation à wikipedia et une maitrise des outils pour ensuite agir directement
sur l'outil en s’insérant dans le processus de rédaction, je trouve qu'il y a une leçon à en tirer.
j'espère qu'on aura le temps de reparler de tout ça, il reste à creuser:
temporalité - les temporalités des 2 processus entre recherche et écrit au publication et diffusion

les arts "populaires" j' ai des tas d'exemples.le processus/modèle wikipedia est fait pour ça. Il est accessible à tous ceux qui ont accès à un téléphone ou ordinateur et une connexion.sociétal..wikipedia fonctionne pareil et avec les mêmes erreurs. politique. plus ou moins.la question c'est de savoir si des gens comme nous (les "commisars" du pouvoir comme dit Chomsky). C'est étrange. Nous fonctionnons.) Après tout ça. des monographies etc. social.tout est bouclé et même dans les rares moments où quelqu’un arrive à changer le contenu d'une édition. qui bat sa femme etc... à l'intérieur d'un paradigme qui. à mon sens. tu connais des artistes contemporains qui battent leurs femmes? . mais pas toute de suite.nombre d'acteurs réduit notions d’institutionnalisation des savoirs et leur production. diffusent et disséminent les savoirs et leurs modalités qui sont ensuite reconnus et exploités par la forme avancée du capitalisme qui a contribué à les façonner et qui a intégré dans leur adn les vecteurs de transmission du pouvoir pour que le modèle reste intact et se reproduise (et là c'est la nature même des institutions monolithiques depuis qu'elles existent) allons profiter de notre position pour renforcer un outil/processus qui est destiné à nous rendre obsolètes (nous et nos institutions). Et je vais continuer avec les idées de mcluhan par rapport au contenu et support. et je me suis dit que les filtres (autrement dit les processus de sélection et exclusion des formes et des idées). mais ce mail est déjà long (et j'écris directement en français. n'est-ce pas?) j'ai commencé à questionner l'état actuel des savoirs et leur étendue en pensant à des livres d'histoire d'art.. intellectuel qui risque de bouleverser les rapports de pouvoir et imposer des changements dans les processus de production et dissémination des savoirs mais à vrai dire ce n'est plus le cas.. qui d'ailleurs prend malheureusement la même route que les institutions) dans une temporalité réduite. ou manipulations des savoirs dans le domaine des livres sont quasi nulles . l'outil/processus est là et le retour en arrière n'est pas possible . nous (nous tous.. traditionnellement ceux qui font partie des institutions qui dictent. comme raciste . structure nos pensées de manière où nous sommes presque dans l'impossibilité de voir les limites de nos pensées et nos valeurs ce qui forcement conduit à des erreurs d’interprétation des "faits" dits "objectifs" . qui a tué quelqu’un.. Alors. J'aimerais penser que nous sommes face à un choix . car quand je pense au cinéma. et je suis vite arrivé au constat que quand je pense aux artistes (et plus particulièrement ceux qui opèrent dans l'art contemporain) je n'en connais aucun qui est indiqué dans des livres qu'on trouve dans les bibliothèques. permettent de faire apparaitre (et accueillent) certains formes de "transgression" (je n'ai pas d'autres mots et j'utilise le mot avec regret) mais pas d'autres dans des livres de référence. avec un peu de bière et pas mal de fatigue (les conditions de production d'une réflexion sont essentielles pour l'évaluer correctement. depuis très longtemps intégrés aux processus de production des savoirs quand il s'agit du domaine de l'art. le temps est long .. par contre les réactions possibles face aux erreurs. nous le peuple si tu veux) pouvons réagir et transformer la source des savoirs (en accord avec le processus de révision des articles de wikipedia. remplacés par des savoirs accessibles et façonnés par le plus grande nombre de non experts. musique etc. mon pauvre cerveau.

Mais que reste-t-il ? Quand je parle de l'importance de l'individu. Il avait des petites recherches à faire sur Homère dont du vocabulaire. là où je reste critique et sceptique. il y a échec des points de vue sociologique. mais comme ils ne sont pas formés aux méthodes de recherche sur le web. Les profs ne vont plus au centre de documentation. Comme nouveau modèle de pensée populaire. ni un élitisme. les mêmes erreurs ou vérités. Pour autant est-ce élitiste. les mêmes idées. Nous sommes dans un monde où la rapidité et la facilité constituent dorénavant de vraies valeurs. c'est pas toujours rapide. Je pensais à ça hier avec mon fils. la formulation fait sérieuse et des tas de renvois eux aussi sérieux sur d'autres pages wikipedia pour compléter ma recherche et donc : SAVOIR. c'est plus simple pour eux aussi. c'est internet et donc wikipedia. mais bien la question de l'autonomie intellectuelle. cela relève t-til des pouvoirs que nous devons combattre ? Attention tout de même de ne pas se tromper de cible ! Je laisserai de côté la question de la fiabilité des articles. encore un clic et j'ai ma définition dans wikipedia : la forme fait sérieuse. Les savoirs sont-ils tous au même niveau ? Peut-on traité de la même manière le palmarès des joueurs de foot. vérifier ? Mais pour moi le pire effet de tout cela.de celui peut-être escompté. c'est sur les résultats.perverse . Il a super râlé. une compilation. la civilisation Anatolienne et le cancer du pancréas par exemple ? Après. c'est publié donc c'est vrai. C'est juste que je ne me suis pas intéressée à cette question. parce que pour l'instant ce n'est pas ce qui me passionne. De toute façon aucun individu signant un papier ou un bouquin via un mode "traditionnel" ne peut rivaliser sur ces deux points : la rapidité et le nombre. Bref. oui c'est pas toujours simple. d'en connaître le plus de chemins possibles. donc de la signature. le pb n'était pas le contenu. on peut pas faire mieux ? Ma responsabilité d'enseignante est de permettre un accès le plus varié possible à la connaissance. Pourquoi ? Parce que Wikipedia à l'effet inverse . Les enfants fonctionnent comme ça aujourd'hui parce que les adultes d'aujourd'hui les y poussent. Vasari est l'un des premiers à avoir écrit sur la vie des artistes en 1550 et il n'a pas toujours "protégé" les artistes . on envoie. Qu'est-ce qu'on diffuse sur wikipedia. c'est vraiment la pensée unique : les mêmes phrases dans tous les documents. que rien n'est publié là dessus. c'est cette source qui apparaît. C'est un non choix. Tu imagines. le réflexe de Clément. c'est wikipedia pour tous. il en a eu trois entre les mains. C'est plus le job des biographes. peu usités aujourd'hui en français. l'opposé de la pensée qui se construit dans l'autonomie d'une recherche et ce quel que soit le niveau. quelle que soit la recherche. c'est une question d'honnêteté. Peu importe son contenu. de permettre d'accéder à ce choix. . un choix par défaut provenant du système. Alors. des mots issus du grec. il n'a pas été censuré non plus. ce n'est pas pour moi ni une prérogative. ce n'est pas parce que je ne connais pas d'artistes qui battent leur femme. le nivellement. Et pour moi. j'ai résisté un peu. Un monde de flux aussi. Pourquoi ? Question de rapidité : on tape un mot. de l'usage des sources. Je lui ai demandé de prendre les dictionnaires. de singularité et de générosité aussi. Ensuite. L'évidence. intellectuel et politique : on est mal barré pour bouleverser les rapports de pouvoir. d'engagement.03/02/14 Néanmoins. En l'occurence dans ce cas. etc. Et c'est idéalement génial que de pouvoir communiquer à la terre entière en un temps record. Pourquoi. ce que je ne suis pas. La plupart des individus choisissent donc cette facilité.

Un échange de points de vue. D'où vient le problème. du Jazz contemporain. des rêveurs cools. Tu as du reste une rélfexion beaucoup plus avancée que moi sur cette question. La question reste en effet. Ils fantasment les artistes qu'ils rencontrent. Sur la question des institutions. c'est de la culture. de la musique dite classique. autant dire pas de projet sociétal. L'exercice visait justement la validité des contenus dans le cadre d'un enseignement spécialisé. un projet politique globalisant . mais là internet a par contre vraiment comblé une lacune. choix de la facilité. En premier lieu que mettons-nous là aussi derrière ce terme ? Lorsque j'ai fait ma thèse. les mêmes peintures à Montmartre ou à Saint-Tropez et plus populaire au Cap d'agde. de la déco encore. proposant des hypothèses et faisant des choix et que dans l'autre. Fin de la communication. 04/02/14 Je ne crois pas qu'il y ait de différences réelles entre art. tant ce mot contient des réalités différentes en fonction d'où nous sommes et de ce que nous sommes. Il y a en art le même phénomène. qui le déresponsabilise. etc. celle de l'accès à tous ces travaux.De nombreux mémoires universitaires traitent de bien des sujets "périphériques". de graffeurs se pensant libres. loin de moi l'idée de te convaincre de quoi que ce soit. on retombe tout de même dans les mêmes écueils. des points de vue. les mêmes images. alternatifs et artistes. c'était les années 1990. Si tu prends l'exemple du concours. le résultat est à peu près un désert en terme de rélfexion. autre contexte. cinéma et musique. ce qui n'est pas comparable. Et pour tous ces gens là. Néanmoins. est-ce pour autant élitiste ? Je me bats contre cette idée. la plupart des gens écoutent la même musique. voient les mêmes films. J'ai juste établi un constat qui n'a aucune valeur de vérité et qui concerne finalement l'exercice de son jugement critique. regardent et achètent les mêmes déco. des soirées devant les écrans. la question de l'accès à la liberté. de ce que cela pouvait signifier par rapport à son travail ? Comment se fait-il que dans un cas les élèves ont exercé ce jugement critique poussant leur réflexion et leurs recherches les amenant à comparer des idées. ces marginaux de la fantaisie. Tant de marchés de la création. et ce sera mon dernier mot. c'est de l'art. de critique ? Je pose là. je voudrais aussi relativiser leur reponsabilité. sans doute pas d'équivalent en arts plastiques. qui le prive de tout espoir avec un discours culpabilisateur. Ta critique concernant l'exercice que j'avais proposé en effet à Sète sur une recherche concernant Barbara Kruger ne me paraît pas juste surtout quand on se place du point de vue de l'usage qui est fait de cette source. certes. on le connait à peu près : un déficit dans le système scolaire. nous n'obtiendrons pas plus de résultats si nous élevons l'exigence au niveau musique (des compositeurs issus de l'IRCAM. mais wikipedia est tellement une référence dans tous le domaines que cela m'est impossible à savoir. mensonges et inepties de surcroît . Un monde du travail qui nie l'individu. de la beauté. là où je veux en . Évidemment. des artistes petits bourgeois. de galeries de peintres au demeurant sympathiques. Bref. ce sont les industries qui organisent tout ça (musique et cinéma). Comment se fait-il que le groupe qui a travaillé en bibliothèque avec une relative autonomie n'a pas reproduit la même erreur et a cherché à comprendre ce qui était le fondement de la rélfexion de cette artiste ? Comment se fait-il que le groupe qui a récupéré et consommé les infos récoltés sur wikipedia n'a pas fait l'effort de s'interroger sur le sens de ce qui était dit. des rappeurs des murs. etc) Idem en cinéma. des aigris rejetés par l'institution qui n'aurait rien compris à leur génie. et en particulier des institutions dans le domaine de l'art contemporain. Les auteurs de wikipedia s'en servent-ils ? Je ne crois pas dans ce que j'ai lu.

départementales. avec un évènement qui depuis n'existe plus sous cette forme. en leur métier et qui dans la plupart des cas font assez bien leur job pour ces raisons. Pendant 5 ans. D'une certaine façon. les combats menés sur le terrain pour démocratiser. plusieurs mois de travail. d'observations. . mais qui parfois manquent d'une connaissance du terrain. Une rencontre. je veux être prudente dans la critique et le combat des pouvoirs. Je ne sais pas si cela a changé quelque chose. mais surement d'avancer et de permettre par exemple la suite avec Veduta pour la biennale (plus de moyens notamment). mon indépendance à l'égard de toute institution et ma liberté de parole face à elle dont il avait pu juger du reste. c'était pour deux raisons. souvent exceptionnels. qui généreusement les font partager via des réseaux hors institutions ou avec leur complicité. Là encore. 152 p. de l'échange avec les peuples de la planète. dont la forme varie et plus encore le fond. La diversité que j'y ai rencontré. je les ai présentés dans la salle du conseil de la communauté urbaine de Lyon. Une boulimique de la vie. Biennale d'art contemporaine de lYon. 36-71. J'aimerai que tu lises ce texte parce que c'est surement le plus important de tout ceux que j'ai écrit et qu'il entre en résonance avec de nombreux échanges que nous avons eu. je t'en prêterai un exemplaire). confronter des points de vue. Les résultats de cette recherche. in l'Art sur la lace. de dialogue. lire des théoriciens. c'est que finalement une institution n'a pas de réalité unique. les institutions culturelles. 30 sept-2 oct 2005. tous les élus étaient présents. mais cela a été possible. Pourquoi ? Parce que dans chacune de ses institutions. il y a des femmes. S'il me l'avait demandé à moi. c'est sure ! 09/02/14 Juste pour alimenter ces échanges et aller un peu plus loin dans cette réflexion. 400 personnes qui ont écouté à défaut d'entendre. Il s'agissait d'une étude sur le terrain dans le cadre de la biennale d'art contemporain 2005. décentraliser étaient. j'ai fait le tour de nombreuses institutions. certes intellectuellement séduisants. "L'art sur la place : de l'hybride au légitime ou les enjeux publics de l'art". les chercheurs de l'IUP. je te renvoie à un texte que j'ai publié en 2006 (je crois qu'il est épuisé. Malgré tout. parce que ça à été l'un des objets de ma recherche. municipales. l'énergie déployée. ne pas adopter les discours théorico-politiques. Thierry Raspail directeur de la biennale m'avait commandé cette recherche afin de convaincre les élus du Grand Lyon et les institutions culturelles de l'intérêt d'un tel évènement. C'est en amont une décision politique avec des financements majoritairement publics.venir. ne pas reproduire certaines erreurs. pp. avec des moyens très relatifs. 2006. C'est un cadre. une confiance entre le représentant d'une institution de l'art contemporain et une inconnue. Une étude de terrain donc. Je vais bosser avec elle. Puis un autre temps pour rassembler mes propres connaissances. je suis optimiste parce qu'il y a plein de gens qui ont des idées et qui les réalisent en innovant. des hommes aux parcours forts divers qui croient en leur action. régionales et nationales. c'est un peu de tout cela aussi dont j'ai parlé avec cette jeune artiste cette aprèsmidi. "l'art sur la place".