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UNIVERSITE DU QUEBEC A MONTREAL

LA STIMULATION ELECTRIQUE FONCTIONNELLE ET L'ENTRAINEMENT SOUS RESISTANCE COMME MOYENS POUR AUGMENTER LA FORCE MUSCULAIRE

TRAVAIL PRESENTE A DR. MARC BELANGER

PAR MONIQUE BOIVIN

JUILLET 1996

TABLE DES MATIERES

LISTE DES FIGURES

iii

LISTE DES TABLEAUX

iv

INTRODUCTION

1

CHAPITRE I REVUE DE LA LITTERATURE

3

CHAPITRE II METHODOLOGIE DU PROJET DE RECHERCHE:

14

1 - Les objectifs

2 - Les critères d'inclusion

 

3 - Le design du projet de recherche

4 - Etapes de la recherche

5 - Préparation du sujet et du matériel

6 - Entraînement

6.1

- Paramètres de la stimulation électrique pour

l'entraînement (amplitude, fréquence et durée)

 

6.2 - Résistance isocinétique (gauche): Cybex II

6.3 - Type de mouvement

6.4 - Durée de l'entraînement

7 - Evaluation

7.1 - Masse musculaire

 

7.2 - Force et fatigue

7.3 - Densité osseuse

CHAPITRE III

RESULTATS

23

1 - La masse musculaire

2 - La force et la fatigue musculaire

3 - La densité de la masse osseuse

ii

CHAPITRE IV

DISCUSSION

29

1 - La masse musculaire

2 - La force et la fatigue musculaire

3 - La densité de la masse osseuse

CONCLUSION

33

BIBLIOGRAPHIE

35

ANNEXES I, II, III, IV , V, VI

37-42

iii

LISTE DES FIGURES

Figures

Page

Fig. 1. Schéma de préparation du sujet et du matériel utilisé

17

Fig. 2. Régressions linéaires de la circonférence de la cuisse mesurée à 15 cm. en proximal du bord

supérieur de la rotule

24

Fig. 3. Régressions linéaires des torques obtenus au membre inférieur droit (sans résistance) et au membre inférieur gauche (avec résistance) exprimées en fonction du nombre de semaines

d'entraînement

25

Fig. 4. Régressions linéaires des indices de fatigabilité obtenus au membre inférieur droit (sans

résistance) et au membre inférieur gauche (avec résistance) ceci en fonction du nombre de semaines

d'entraînement

26

Fig. 5. Courbes de fatigabilité obtenues au membre au membre inférieur gauche (avec résistance), et

droit (sans résistance) ceci en fonction du nombre de semaines d'entraînement

27

Fig. 6. Densité osseuse au début (ligne à 100 %) et après 6 mois d'entraînement (histogrammes) pour

28

1 sujet

iv

LISTE DES TABLEAUX

Tableaux

Page

Tableau 1.: Description des sujets

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I) INTRODUCTION

Lorsqu'un individu subit une lésion de la moelle épinière, sa réadaptation le conduit actuellement à l'utilisation d'un fauteuil roulant ou au port d'orthèses longues avec utilisation de béquilles.

Kralj, A.R. et Bajd, T. (1989) avancent que la stimulation électrique fonctionnelle ( SEF) pourrait être utilisée pour augmenter la taille et la fonction des muscles paralysés tant et aussi longtemps que les motoneurones innervant ces muscles soient demeurés intacts après la blessure. Ils décrivent la SEF comme étant la stimulation d'un muscle privé de contrôle nerveux, ceci, dans le but d'obtenir une contraction musculaire et de produire un mouvement utile fonctionnellement. La SEF des nerfs périphériques pourrait ainsi provoquer des contractions des muscles squelettiques chez un individu ayant une paralysie suite à une lésion du motoneurone supérieur.

La SEF constituerait une modalité de réadaptation pouvant donné la possibilité de station debout et de marche bipède aux personnes complètement paralysées. En effet, des patients atteints de paraplégie pourraient bénéficier de la SEF par l'usage d'orthèses hybrides (SEF et orthèses longues des jambes): leurs composantes mécaniques offriraient un support au poids du sujet alors que la stimulation électrique procurerait la propulsion. La SEF offrirait une possibilité de génération de force musculaire, les stimuli électriques étant alors déclenchés volontairement par le patient en utilisant différents transducteurs de contrôle tels que des commutateurs manuels ou aux pieds. Ces stimuli électriques, à travers des électrodes de surface ou implantées, seraient alors livrés aux membres inférieurs, où ils déclencheraient des potentiels d'action. A partir de cette étape, la chaîne de commande deviendrait la même que celle de la contraction volontaire du muscle squelettique.

Il est cependant à noter que, considérant le coût énergétique de ce type de

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locomotion, la locomotion par SEF n'apparaît pas actuellement un but fonctionnel réaliste pour un patient ayant une paraplégie thoracique complète, mais qu'on doit y penser plutôt en termes de restauration des activités de la vie quotidienne et pour surmonter certaines barrières architecturales, par exemple pour se tenir debout, tenir maison, faire un peu d'exercice, effectuer des courts trajets à l'auto, monter quelques marches.

L'objectif de cet atelier de recherche était d'obtenir des résultats confirmant que la SEF et l'entraînement sous résistance constituaient des moyens pour augmenter la force musculaire chez une clientèle ayant eu une lésion à la moelle épinière.

Dans les prochains chapitres, nous ferons d'abord une revue élaborée de la littérature actuelle concernant la SEF et l'entraînement sous résistance en tant que moyens de renforcement musculaire. Une certaine revue des propriétés de base du muscle squelettique i.e. son adaptabilité, ses hiérarchies structurales et fonctionnelles, s'avèrera nécessaire pour parvenir à la compréhension des processus de modification des fibres musculaires suite à une lésion de la moelle épinière et suite à un programme de renforcement musculaire par stimulation électrique.

Nous aborderons ensuite la méthodologie qui a été utilisée dans ce laboratoire de recherche. Nous exposerons ensuite les résultats et nous passerons à l'analyse de ceux-ci et à la discussion, ceci, pour en arriver finalement à la conclusion.

CHAPITRE I

REVUE DE LITTERATURE:

Il est connu qu'une blessure à la moelle épinière entraîne une rapide atrophie du tissu musculaire, une diminution de la force et de la masse musculaire ainsi que de la masse osseuse (Kralj et Bajd 1980; 1989; Stein et al., 1992; Hangartner et al., 1994).

La perte de force et l'atrophie dans ces muscles paralysés suite à une lésion du motoneurone supérieur serait dûes à une non-utilisation des fibres musculaires impliquées. La fatigabilité des fibres atrophiées serait dûe en partie à une altération de leurs propriétés métaboliques qui les rendrait inappropriées pour des périodes de temps prolongées (Peckman et al., 1976).

Kralj A.R. et Bajd, T. (1980, 1989) et Petrovsky et Philipps (1983) ont rapporté que des contractions provoquées par une stimulation électrique, cela avec une charge imposée aux membres inférieurs, ont augmenté la force et l'endurance aux membres inférieurs. Les meilleurs résultats obtenus en force ont eu lieu avec une surcharge et augmentation progressives du volume d'entraînement.

Les propriétés musculaires après une lésion de la moelle épinière peuvent être renversées par des stimulations électriques: Steinet al.(1992) ont effectué une stimulation électrique des muscles tibial antérieur de sujets ayant une lésion complète de la moelle épinière pour de périodes de temps progressivement plus longues (15 min., 45 min., 2 heures et 8 heures par jour), ceci, pour une période de six semaines. L'index de l'endurance musculaire suite à la stimulation avait doublé (de 0.4 à 0.8), et les temps de contraction et de demi-relaxation avaient augmenté de façon remarquable (de 70 à 100 ms). Huit heures de stimulation électrique par jour ont amené ces valeurs physiologiques près de celles des sujets normaux et une diminution de la période de stimulation a inversé

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ces changements. Il n'y eût pas d'effet observé dans le muscle contralatéral (non stimulé) à aucun moment, ni d'évidence d'une diminution du nombre d'unités motrices chez ces sujets lésés à la moelle. Les propriétés des unités motrices avaient changé parallèlement avec celles du muscle en entier. Les propriétés d'un muscle normal pouvaient être largement restaurées par 1 heure à 2 heures de stimulation par jour, ce qui est beaucoup plus pratique à administrer que 8 heures de stimulation.

Des études des propriétés morphologiques et métaboliques des fibres du tibial antérieur de sujets contrôle (sains) et de ceux ayant eu une lésion de la moelle épinière ont montré que la stimulation électrique augmentait l'activité d'une enzyme oxydative (la déhydrogénase succinate) dans les deux types de fibres des sujets lésés. La stimulation électrique avait augmenté la capacité oxydative et les propriétés d'endurance des muscles paralysés mais elle n'avait pas eu d'effets sur la taille et la force des fibres. Le pourcentage de fibres classifiées de type I était significativement moindre dans les muscles paralysés non stimulés que dans les muscles des sujets contrôle (sains). La stimulation électrique avait augmenté la proportion des fibres de type I chez les sujets lésés.

Des études de contractions induites par stimulationélectrique chezdes sujets sains ont montré une force isométrique de 10 à 30 % plus grande que les contractions volontaires maximales. Chez des athlètes hautement entraînés, ces programmes de stimulation basés sur la stimulationélectrique ont aussi provoqué des améliorations de la force de 30 à 40 % (Kramer J., Mendryk S., 1982).

Pour leur part, Lieber, R. (1986-a) a rapporté deux modèles d'adaptation de la fibre musculaire: le premier est celui où il y aurait une augmentation de l'utilisation d'un muscle: il y aurait alors généralement une hypertrophie musculaire, un accroissement de la capacité de générer de la force et une diminution de la vitesse de contraction. Le

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deuxième modèle était celui où il y aurait une diminution de l'utilisation d'un muscle avec une atrophie musculaire, une diminution de la capacité de générer de la force et une augmentation de la vitesse de contraction musculaire. Le premier modèle constituerait celui pour la stimulation électrique, les exercices d'entraînement et de surcharge mécanique, le deuxième modèle, celui de l'immobilisation d'un membre et des lésions au système nerveux central (dont la paraplégie).

Lieber, R. (1986-b) souligne que les sciences de base utilisent la stimulation électrique depuis longtemps pour étudier l'adaptation musculaire squelettique, ceci, à cause de ses propriétés d'exercises répétitifs et quantifiables. Ses effets les mieux documentés seraient ceux provenant d'une stimulation électrique chronique de basse fréquence des muscles squelettiques rapides, ceci en utilisant des systèmes d'électrodes implantées. De ces changements musculaires, on en connaît relativement bien la progression, la durée et ses mécanismes. Chezles rats, une stimulation électrique de basse fréquence appliquée 24 heures par jour produit en effet, une transformation complète au bout de 30 jours. Les premiers changements observés apparaissent dès les premières heures de stimulation. Après deux à douze jours, certaines modifications surviennent, reflétant ainsi la nouvelle activité musculaire: on a noté les changements suivants: une augmentation de l'activité d'enzyme oxydatif, une augmentation de la consommation totale d'oxygène, une augmentation du pourcentage de volume des mitochondries, une augmentation du nombre de capillaires par mm 2 , une augmentation du courant total sanguin, une augmentationde la largeur de la bande Z(vers la valeur normale de la fibre musculaire lente), une diminutiondumontant et de l'activité de l'ATP-ase. Ces données ont fourni des indices de transformation vers une activité de type oxydatif et aérobique, caractéristique des fibres de type I (voir annexe I).

La progression bien définie des changements a été ainsi observée: pour devenir un muscle lent, la fibre musculaire doit changer premièrement son métabolisme puis ses

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propriétés contractiles, ceci, sans passer par un processus de dégénération de la fibre rapide suivie de régénération subséquente de la fibre lente. A la fin, ces fibres deviendraient tout-à-fait semblables aux fibres musculaires squelettiques lentes normales, ceci, par leurs propriétés contractiles musculaires, leur ultrastructure, leur histochimie, leur biochimie et leur morphologie. Pour mieux convenir aux nouvelles demandes fonctionnelles suite à une lésion de la moelle épinière, une adaptation structurale s'effectuerait ainsi, ceci, par une modification des propriétés fonctionnelles de la fibre musculaire au niveau de la proportion de type de fibres et de l'ultrastructure.

Concernant les conditions de stimulation (i.e. isométrique vs mouvement libre), le renforcement musculaire dépendrait beaucoup du stress imposé sur le muscle. Sur ce point, Lieber, R. (1986-c) rapporte des études animales et humaines où la différence résiderait probablement dans les conditions de stimulation, les exercises de "sprint" ayant pour résultat un renforcement inférieur à ceux où une charge était imposée.

La stimulation électrique chez les animaux a eu comme résultats une augmentation de la capacité oxydative du muscle, une diminution de la fatigabilité musculaire et une transformation du type de fibres. Les différences majeures entre les études humaines et animales ont été les suivantes: dans les études de laboratoire avec des animaux, les temps de stimulation ont été de très longue durée (de 12 à 24 heures par jour), les systèmes d'électrodes étant habituellement implantés et les sujets expérimentaux stimulés durant leurs activités normales dans la cage. Chez les humains, les stimulations ont été habituellement effectuées avec des systèmes d'électrodes de surface, les doses de stimulation étant plus petites (par exemple, avec un maximum de 8 heures de stimulation) et le muscle stimulé de façon isométrique. Il est à noter que l'implantation des électrodes ne fait pas différer les résultats des études animales et humaines, les nerfs moteurs ayant un seuil plus bas d'activation que les fibres musculaires car, durant l'activation électrique d'un muscle entier, les nerfs sont dépolarisés en premier, la dépolarisation de la fibre

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musculaire survenant par la suite (Kralj A.R., Bajd T., 1989). De plus, aucune différence n'existait au niveau histochimique des muscles selon que les électrodes aient été implantées ou de surface (Lieber, R. 1986-c).

Les études effectuées par Kawanura et al. (1989) ont aussi fourni les données suivantes: les muscles quadriceps de six sujets sains ayant été stimulés électriquement pendant six semaines avec des pulsations rectangulaires monophasiques et une fréquence de 50 Hz, le pourcentage de la contractionvolontaire maximale avait augmenté à la fin de quatre semaines et à la fin de six semaines. Il n'y avait pas eu de changements dans la circonférence de la cuisse et de l'aire sectionnelle des muscles quadriceps.

Kralj A.R. et Bajd, T. (1989) rapportent que le torque articulaire augmente suite à une augmentation de l'amplitude de la stimulationélectrique, ceci, à cause de l'activation des nouvelles fibres dans l'amas de nerfs sous le champ électrique entre les électrodes. De plus, le torque articulaire ne varie pas linéairement avec l'intensité de la stimulation électrique: il existe deux non-linéarités: le seuil et la saturation. Il existe différents seuils de stimulation parce que tous les nerfs ne réagissent pas à la même amplitude de stimulation. Les fibres ayant les plus grands diamètres répondent plus tôt. Les distances entre les électrodes de stimulation variant, les fibres les plus près des électrodes sont stimulées en premier. La saturation survient parce qu'à une certaine intensité de stimulation, toutes les fibres nerveuses deviennent excitées et que la force de contraction ne peut plus augmenter. Dans la stimulation de surface des extenseurs du genou, les valeurs du seuil de stimulation s'étendent entre 20 et 60 volts, et la valeur de saturation se situe entre 100 et 150 volts.

Ces mêmes auteurs rapportèrent aussi que des changements dans la fréquence de stimulationaffectaient l'intensité de la réponse, la force musculaire étant considérablement réduite à des fréquences de stimulation entre 15 et 20 Hz et que des fréquences plus hautes

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provoquaient des contractions tétaniques. La fréquence de fusion n'était pas cependant la même pour tous les muscles car elle dépendait des propriétés des fibres musculaires.

En tenant en considération tous ces facteurs, Kralj A.R.et Bajd, T.(1989) ont mis au point un programme de renforcement musculaire pour leurs patients paraplégiques: à l'aide d'électrodes de surface, il y avait une application quotidienne d'électricité aux extenseurs des genoux. L'amplitude de stimulation devait être suffisante pour amener les jambes à pleine extension, les patients étant en position allongée, les deux membres inférieurs semi-fléchis, avec un oreiller sous les genoux.

La durée de chaque session de SEF était de 30 minutes (il y avait 2 ou 3 sessions de renforcement musculaire par SEF par jour). Les stimuli électriques étaient rectangulaires et monophasiques; la fréquence de stimulation était de 20 HZ, la durée de pulsation de 0.3 ms, et les périodes de stimulationétaient de 4 secondes suivies de pauses de 4 secondes. Les exercices d'entraînement étaient isotoniques.

Lieber, R. (1986-c) avait aussi rapporté que les effets les mieux étudiés de la SEF chez les humains avaient été obtenus au muscle quadriceps dans les conditions suivantes:

une stimulation isométrique à 30 degrés de flexion, une stimulation relativement de haute fréquence, d'une durée de moins qu'une heure par jour, pour une durée de 5 à 28 semaines et des forces obtenues durant les périodes de stimulation de 50 à 100 % de la contraction volontaire maximale d'un sujet (CVM).

Un train de pulsations de stimulations étant une série de stimuli d'une certaine durée, se suivant l'un et l'autre à une fréquence approppriée, il devient suivi d'une pause et celle-ci, d'un autre train de stimulations. La relation entre la durée d'un train et la durée de la pause est appelé cycle travail/repos. Kralj A.R., Bajd, T.,(1989) ont rapporté que ce cycle complet exerçait une influence sur la fatigabilité du muscle stimulé, la fatigue

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musculaire étant considérablement plus intense avec une fréquence de stimulation plus haute. A une fréquence de 20 Hz, seulement un cycle complet travail/repos où le travail était plus grand que le repos (8 s/4 s) avait résulté en une fatigue musculaire significative par rapport aux cycles où le repos était plus grand ou égal au travail (4 s/8 s, 4 s/4 s et 8 s/8 s).

Dans son article revisant les propriétés de base du muscle squelettique, Lieber, R. (1986-a) fait un rappel très pertinent sur cette adaptabilité du muscle squelettique. En effet, le système musculaire étant un des organes les mieux adaptés du corps humain, ses propriétés fonctionnelles et structurales ne sont pas stati ques. Chaque propriété (distribution du type de fibre, distribution des unités motrices, propriétés de tension- longueur, propriétés de force-vitesse) peut subir des changements significatifs, selon les stimuli externes qui surviennent. Un muscle peut ainsi s'adapter suite à une lésion des motoneurones inférieurs ou supérieurs, ou encore suite à une SEF. Des changements peuvent ainsi survenir au niveau de la quantité et du type d'inputs nerveux, du degré d'utilisation musculaire, du stress et/ou de la longueur musculaire.

Constituant un tissu hautement organisé, le muscle constituerait un exemple biologique classique de la relation entre la structure et la fonction (Lieber, R. 1986-a). La force musculaire entière étant proportionnelle au nombre de sarcomères agissant en parallèle, la vitesse de contraction musculaire serait proportionnelle au nombre de sarcomères agissant en série. Ce concept de sarcomère se généralisant à la fibre musculaire en entier, plus la longueur de la fibre augmente, plus il y a de sarcomères en série, et plus la vitesse de contraction augmente. Cette hiérarchie structurale du muscle squelettique expliquerait les raisons pour lesquelles un muscle peut avoir à peu près n'importe quelle taille et n'importe quelle forme malgré une composition identique au niveau ses fibres musculaires. Certains muscles seraient ainsi construits pour performer en vitesse alors que d'autres, ayant plus de fibres en parallèle, donc plus de sarcomères

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en parallèle, seraient construits pour se contracter avec une plus grande force.

Lieber, R. (1986-a) nous rappelle que la hiérarchie fonctionnelle du muscle squelettique s'exprime par une distribution particulière des types de fibres et des unités motrices à l'intérieur des différents muscles et que celle-ci permet un ajustement raffiné de la fonction musculaire par rapport à une tâche particulière. Cette importante organisation de l'innervation des fibres musculaires par les motoneurones démontre une coordinationétroite entre les motoneurones et les propriétés des fibres musculaires qu'ils innervent: les fibres de type I, capables de maintenir de bas niveaux d'activité contractiles sans fatigue pour des périodes de temps prolongées, sont activées régulièrement à des bas niveaux, lors des activités musculaires de type tonique. Leur diamètre facilite la diffusion de l'oxygène par les nombreux capillaires qui les entourent: leur capacité oxydative est importante et leurs réticulums sarcoplasmiques et leurs systèmes tubulaires sont pauvrement développés. Les fibres de type II, plus rapides, capables de développer des forces plus importantes, se fatiguent plus rapidement. Elles sont activées de façon intermittente, à des niveaux relativement hauts, lors des activités musculaires de type phasique. Elle sont riches en enzymes glycolytiques et elles ont un réticulum sarcoplasmique et un système tubulaire très développés (ce qui permet un relâchement et une séquestration rapides du calcium nécessaire pour la contraction et la relaxation musculaires) (voir Annexe II).

Lieber, R. (1986-a) souligne que la perte de force dans les muscles paralysés ayant une lésion du motoneurone supérieur et stimulés électriquement est dûe au manque d'utilisation des fibres impliquées car l'état du muscle après une lésion du motoneurone supérieur est jusqu'à un certain point, similaire à l'état survenant après l'immobilisation.

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Celle-ci implique de façon préférentielle les fibres de type I, et cela engendre une réduction remarquable de l'acti vité enzymatique oxydative et un accroissement de l'activité glycolytique.

En effet, ayant fourni des données très importantes sur l'adaptation à long-terme des muscles chez l'animal, les expériences de Lieber (1986-b) eûrent les résultats suivants: après avoir effectué une expérience de section de la moelle épinière chez le rat affectant l'EDL (extensor digitorum longus) (muscle composé principalement de fibres rapides) et le soléaire (SOL: composé principalement de fibres lentes), des changements furent obtenus au niveau de la contraction et de la structure des muscles. Après une blessure à la moelle épinière, une transformation des fibres musculaires survenait, celle-ci de lentes à rapides, par des changements importants des propriétés contractiles dans les muscles qui avaient une proportion importante de fibres lentes. Cet accroissement de vitesse de contraction avait pour résultat que les muscles lents devenaient de moins en moins capables de générer des contractions prolongées, de bas niveaux, comme il est requis des muscles à prédominance lente. La tension spécifique des fibres musculaires rapides et lentes différaient. La transformation des fibres de lentes à rapides avait comme résultat un accroissement de la longueur musculaire. Les articulations tendaient alors à rester étendues, la plupart des muscles antigravitaires contenant une proportion plus importante des fibres musculaires lentes. Dans cette expérience, Lieber, R. (1986-b) a mesuré les propriétés contractiles du muscle par la TPT (time-to-peak tension) et la fréquence de fusion: le soléaire avec section de moelle épinière avait démontré une relaxation plus complète et une plus grande tension, ce qui impliquait un temps de contraction plus rapide. La vitesse de contraction musculaire d'un muscle initialement à fibres lentes avait augmenté alors qu'elle était demeurée inchangée pour un muscle mixte à prédominance de fibres rapides.

L'étude des propriétés morphométriques des muscles (SOL et EDL) suite à une

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section de la moelle épinière n'avait cependant démontré aucun signe de dégénération, de régénération ou de regroupement de types de fibres mais plutôt une atrophie des fibres et une augmentation du tissu conjonctif endomysial et périmysial. Dans le soléaire avec section, il y avait presque seulement des fibres de type II (les fibres de type II étant peu élevées dans le soléaire normal). Il y avait une diminution de la taille des fibres de type I (surtout) et de type II (moins). Pour l'EDL, les changements allaient dans le même sens mais ils étaient de moindre importance.

Lors de la stimulation électrique à 10 Hz, une heure par jour, 5 jours par semaine, pour une période de 4 semaines, on a observé une prolongation de la secousse de la TPT et du temps de relaxation de la secousse musculaire (Leiber, 1986b). De plus, on a obtenu une diminution de l'activité de l'ATP-ase, du calcium des muscles suite à une altération du réticulum sarcoplasmique (de développé à peu développé). Ces données supportent l'hypothèse de la transformation des fibres musculaires impliquées en fibres de type I.

De plus, lors d'une tétanie non fusionnée entre un muscle stimulé et un muscle contrôle, à chaque fréquence, le muscle stimulé démontrait une fusion partielle tétanique, alors que le muscle contrôle relaxait complètement entre les stimulations. L'enregistrement de la tension du muscle stimulé fusionnait complètement à une tension de plus basse fréquence que le muscle contrôle. Ces données supportent encore l'hypothèse de la transformation des fibres musculaires impliquées en fibres de type I. Tous les aspects du muscle squelettique normalement lent étaient alors présents: il yavait eu une augmentation des enzymes oxydatifs, une augmentation de la densité capillaire et du système tubulaire, une diminution de l'aire sectionnelle de la fibre musculaire ainsi que de la tension tétanique maximale. Il y avait aussi une diminution de la fatigabilité musculaire.

Les données les plus récentes appuyant donc l'hypothèse que l'entraînement avec SEF et sous résistance peut constituer un moyen pour augmenter la force musculaire chez

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une clientèle ayant eu une lésion à la moelle épinière, nous abordons maintenant l'aspect méthodologique de cet atelier de recherche.

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CHAPITRE II

METHODOLOGIE DU PROJET DE RECHERCHE:

1 - Les objectifs:

Les objectifs du projet de recherche étaient les suivants:

No.1: évaluer les effets de la stimulation électrique à temps de travail / repos égaux, à basses fréquences, à raison d'une heure par jour, ceci, dans le but de produire une augmentation de la masse et de la force musculaire ainsi que de l'endurance.

No.2: évaluer les effets de l'application d'une résistance (isocinétique) sur l'augmentation de la force d'un muscle stimulé chez des patients présentant une lésion de la moelle épinière.

2 - Les critères d'inclusion:

Les critères d'inclusion étaient les suivants: les sujets devaient être des paraplégiques ou tétraplégiques. Les muscles quadriceps devaient pouvoir être stimulés sans douleur et leurs moto-neurones non détruits par la lésion. De même, il ne devait pas y avoir de fractures pré-existantes aux membres inférieurs, particulièrement près de la partie distale du fémur et de la partie proximale du tibia, parties qui étaient davantage soumises aux stress dûs à la SEF du quadriceps (voir la description des sujets au Tableau

1.).

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Sujets

Date de la

Temps écoulé

Niveau/atteinte

Cause

lésion

depuis la

lésion

Sujet 1:

1972

23

ans

 

C6/C7

AA

Homme de 41

 

I moteur

ans

I sensitif

Sujet 2:

1977

18

ans

 

C6/C7

AA

Homme de 37

 

C

moteur

ans

C

sensitif

Sujet 3:

1981

14

ans

 

D2/D3

AM

Homme de 40

 

C

moteur

ans

C

sensitif

Sujet 4:

1991

4 ans

 

D6/D7

AM

Femme de 29

C

moteur

ans

I

sensitif

AA

=

accident d’automobile

 

AM

=

accident de motocyclette

C

=

complet

 

I

=

incomplet

Tableau 1. Description des sujets.

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3 - Le design du projet de recherche:

Le design a été conçu de telle façon qu'il était possible d'apparie r les données obtenues aux membres inférieurs: au membre inférieur droit (groupe contrôle), la stimulation électrique s'effectuait en extension, sans résistance sauf contre gravité. La stimulation électrique du membre inférieur gauche s'effectuait en extension contre une charge isocinétique et contre gravité. Les deux membres inférieurs recevaient la même stimulation électrique à partir des électrodes fixées sur les quadriceps.

4 - Etapes de la recherche:

Le projet comportait deux parties: celle de l'entraînement et celle de l'évaluation des résultats obtenus suite à l'entraînement.

5 - Préparation du sujet et matériel:

Le sujet était assis sur la chaise d'entraînement puis installé avec une courroie de sécurité au bassin pour stabiliser le tronc et prévenir ainsi une chute ou un positionnement inadéquat. Les courroies de stabilisation aux deux membres inférieurs ont été installées sur les ventres musculaires des quadriceps. La courroie de stabilisation du Cybex à la cheville gauche permettait que la stimulation électrique puisse s'y effectuer contre une charge isocinétique et contre gravité. La cheville droite n'avait pas de courroie car la stimulation électrique s'y effectuait sans résistance (voir Figure 1.).

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17 Figure 1. Schéma de préparation du sujet et du matériel utilisé.

Figure 1. Schéma de préparation du sujet et du matériel utilisé.

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La peau au-dessus des quadriceps était nettoyée avec de l'alcool, ceci aux endroits

d'installation des électrodes de surface. Ceci diminuait la résistance de la peau, dûe aux

saletés, aux sécrétions naturelles de la peau: sueur, huile, etc

contrôle de la validité de la recherche en terme d'instrumentation, chaque sujet a conservé les mêmes électrodes. Celles-ci ont été identifiées pour les membres inférieurs: gauche ou droit. Les électrodes de surface, adhésives, réutilisables (EMPI) étaient connectées avec le stimulateur électrique.

Pour assurer un meilleur

Pour l'entraînement, l’isodynamomètre (Cybex II) était réglé à 30 deg./sec. et la stimulation était appliquée à l’aide de stimulateurs électriques à courant constant (QUADSTIM), disponibles commercialement. Pour assurer un meilleur contrôle de la validité de la recherche en terme d'instrumentation, chaque sujet utilisait le même stimulateur tout au long de la recherche.

Pour l'évaluation de la masse musculaire un ruban à mesurer et un crayon marqueur était utilisés. Un stimulateur électrique Grass S88, un électrogoniomètre (Penny & Giles) et le système d'acquisition Axotape ont été utilisés pour évaluer la force et de l'endurance musculaire. La fréquence d'échantilonnage était de 166 Hz. L'électrogoniomètre était posé sur la face interne de la cuisse et de la jambe puis relié à un amplificateur maison et ensuite au système d'acquisition Axotape.

6 - ENTRAINEMENT

6.1 Paramètres de la stimulation électrique pour l'entraînement (amplitude,

fréquence et durée):

La stimulation électrique s'est effectuée par une série de pulsations électriques

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rectangulaires symétriques et monophasiques. Dans notre expérience, nous avons utilisé des stimulations électriques d'une fréquence de 20 Hz, d'une durée de 0.3 ms. et nous avons fait plutôt varier l'intensité de la stimulation. Nous avons utilisé un cycle de travail / repos à valeurs égales de 5s / 5s avec des pentes ascendantes et descendantes de 1 seconde et 0.5 seconde, respectivement. L'intensité des stimulations provenant des stimulateurs électriques pour l'entraînement comportait une échelle de 1 à 10 (valeurs de 0 à 150 milliampères) (voir Annexe III).

6.2 - Résistance isocinétique (gauche): Cybex II

La résistance étant fournie par le Cybex II, il y avait une augmentation de la résistance par diminution de la vitesse de 5 degrés par seconde après une extension complète de plus de 15 minutes. La calibration du Cybex avait été précédemment effectuée pour assurer la linéarité de l'appareil (torque-voltage). La valeur obtenue a été de 42.27 Nm/V (voir annexe IV).

6.3 - Type de mouvement:

Lors de notre expérience, l'entraînement s'effectuait comme suit: les sujets recevaient des stimulations électriques au quadriceps de chaque membre inférieur, ceci pendant une heure par jour ou jusqu'à la fatigue (qui était définie comme pour moins que 30 degrés d'extensiondumembre sans résistance). Nous tenions ainsi compte qu'un muscle stimulé électriquement se fatigue plus rapidement que dans le cas de contractions volontaires car avec la stimulation électrique, les mêmes fibres nerveuses sont stimulées tout le temps, alors que dans un muscle sain, le travail est divisé entre les différentes unités motrices du même muscle.

Pour obtenir le type de mouvement désiré, l'appareil Cybex II était ajusté à une

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vitesse de 30 degrés par seconde. Les stimulations électriques aux quadriceps effectuées avec les stimulateurs étaient chronométrées et causaient des mouvements d'extension des genoux contre gravité. On devait ajuster lentement la valeur de l'intensité de la stimulation, pour obtenir une extension graduelle et complète du genou.

6.4 - Durée de l'entraînement:

Certains sujets devaient ainsi prendre une pause de cinq minutes durant la période

d'entraînement à cause de la fatigue musculaire engendrée par la stimulation électrique. Par exemple, 15 minutes de stimulation, 5 minutes de repos, ensuite 10 minutes de

, le maximum de temps de stimulation demeurant

toujours un total de 60 minutes. La durée de l'entraînement de chaque sujet était différente au début, mais à la fin de l'étude, tous les sujets sont parvenus à obtenir une période d'une heure de stimulation.

stimulation, 5 minutes de repos, etc

L'entraînement s'effectuait quatre jours par semaine, sur une période totale de 24 semaines. En plus, il y avait une journée de tests par semaine.

7 - EVALUATION

7.1. Masse musculaire:

La masse musculaire des sujets a été évaluée à chaque semaine. La préparation du sujet s'effectuaitcomme suit: le sujet étant assis sur la chaise d'entraînement, les courroies de sécurité étaient installées au bassin pour stabiliser le tronc et pour prévenir ainsi une chute ou positionnement inadéquat du sujet. Le bord supérieur de la rotule était repéré, le genou étant en extension de 180 degrés. Le sujet demeurant immobile, des points de

21

repères sur la ligne longitudinale de la cuisse à 0, 5, 15 et 20 cm étaient tracés à l'aide d'un ruban à mesurer et d'un crayon marqueur. La valeur "0 cm" correspondait au bord supérieur de la rotule. Perpendiculairement à cette ligne et à partir de chaque point de repère, la cuisse était enveloppée du ruban à mesurer afin d'y prendre la mesure de la circonférence de la cuisse. Pour augmenter la validité interne des données, c'était toujours le même individu qui effectuait les mesures.

7.2. Force et fatigue:

Il y avait évaluation de la force de contraction musculaire par enregistrement des secousses musculaires aux deux quadriceps. En condition statique, les secousses musculaires étaient enregistrées pour obtenir les temps de contractions qui fourniraient de l'information sur les types de fibres recrutées et leurs éventuelles modifications.

Les procédures étaient les suivantes: un essai de stimulation était effectué en appuyant le bouton à stimulation unique afin que le membre inférieur puisse effectuer de petites contractions et que pour un même mouvement, la force musculaire puisse apparaître à l'écran.

Pour calibrer les angles et corriger pour l'effet de la gravité, on a soulevé manuellement le membre et le bras de levier du Cybex à 180 degrés (parallèle au sol) et nous les avons maintenu à cette position pendant quelques secondes pour obtenir leurs poids. Pour mesurer la secousse musculaire, on positionnait le membre inférieur à un angle de 135 degrés et on fixait le Cybex à cette amplitude (on le tenait aussi pour qu'il ne bouge pas lors des stimulations électriques). Puis on démarrait le Cybex à une valeur de 30 degrés en isocinétique. On procédait à l'enregistrement pendant une période de 6 minutes, mais la période de stimulation était de 4 minutes.

22

Les tests d'endurance étaient effectués par des contractions tétanisées, obtenues avec des trains de stimulations de 40 Hz (impulsion de 1 ms), une fréquence basse étant associée à une fatigabilité réduite. Le cycle de travail/repos était de 2s/3s. La stimulation était de quatre minutes.

Toutes ces données obtenues ont fourni des mesures pour l'obtention de la valeur de la force maximale. Un index de fatigabilité musculaire a été obtenu par cette valeur de force maximale et la dernière valeur de la force obtenue.

Index de fatigue =

torque final/torque initial * 100

Ces indices proviennent de la courbe standard de fatigue (test de Burk modifié).

7.3 - Densité osseuse:

Pour évaluer le changement de densité osseuse suite à la SEF, la cueillette des données s'est effectuée avant et après l'entraînement, par des tests d'ostéodensitométrie qui ont été effectués avec un appareil LUNAR (DEXA) (Dual X-Ray Absorptiometry).

23

CHAPITRE III

RESULTATS:

Il est important de noter que dans le cadre de l'atelier de recherche actuel, les résultats d'un seul sujet ont été étudiés pour l'analyse des résultats et la discussion.

1 - Résultats concernant la masse musculaire:

Des quatre mesures ayant été prises (0, 5, 15 et 25 cm.) lors de l'évaluation de la masse musculaire, une seule mesure a été prise en considération, celles prises à 15 cm. car il yavait peu de probabilités d'obtenir des changements de circonférence à 0 et à 5 cm. De plus, les mesures prises à 25 cm. risquaient de présenter des changements principalement dûs aux plissements cutanés et adipeux causés par la proximité de l'articulation de la hanche et par la pression des vêtements courts sur le haut des cuisses lors de la prise des mesures. De plus, 15 cm. représente un endroit où on retrouve le chef des muscles du quadriceps.

La figure 2. démontre qu'il n'y a pas eu d'augmentation de la masse musculaire pour ce sujet pour les membres SEFR (SEF avec résistance) et SEFSR (SEF sans résistance).

24
24

Fig. 2. Cette figure illustre les régressions linéaires de la circonférence de la cuisse mesurée à 15 cm. en proximal du bord supérieur de la rotule. Les valeurs sont exprimées en pourcentage des mesures initiales.

25

2 - Résultats concernant la force et la fatigue musculaire :

Pour ce qui est de la force maximale, il est important de noter qu'il yavait au début

22 mesures correspondant aux 24 tests hebdomadaires de l'expérimentation (il y avait eu

deux absences du sujet). A cause d'un défaillance technique de transcription de données,

nous avons seulement conservé les données de 16 tests.

Les analyses de régressions linéaires concernant ces données démontrent qu'il y

a eu une augmentation de la force musculaire pour ce sujet . Dans le membre sans

résistance, il y avait eu une légère augmentation de force de 0.7 % par semaine. Au

membre SEFR, l'augmentation de la force a été de 1.6 % par semaine, soit environ deux

fois plus vite que pour le membre SEFSR. Par contre, cette différence n'est pas

statistiquement significative (voir Figure 3. et annexe V).

180 160 140 120 100 80 0 5 10 15 20 25 TORQUE (%)
180
160
140
120
100
80
0
5
10
15
20
25
TORQUE (%)

SEMAINE

RESITANCE180 160 140 120 100 80 0 5 10 15 20 25 TORQUE (%) SEMAINE SANS

SANS RESISTANCE180 160 140 120 100 80 0 5 10 15 20 25 TORQUE (%) SEMAINE RESITANCE

(Linear Fit)

(Linear Fit)

Figure 3. Cette figure illustre les régressions linéaires des torques obtenus au membre inférieur droit (sans résistance) et au membre inférieur gauche (avec résistance) exprimées en pourcentage ceci en fonction du nombre de semaines d'entraînement.

26

Les analyses de régressions linéaires concernant ces données démontrent qu'il y

a eu une légère diminution (qui n'est pas significative) de l'endurance musculaire obtenue

au membre inférieur droit (sans résistance) et au membre inférieur gauche (avec

résistance) par analyse des indices de fatigabilité musculaire de ce sujet (voir fig. 4., 5.).

60 55 50 45 40 35 0 5 10 15 20 25 FATIGUE (%)
60
55
50
45
40
35
0
5
10
15
20
25
FATIGUE (%)

SEMAINE

RESITANCE SANS RESISTANCE (Linear Fit)
SANS RESISTANCE (Linear Fit)RESITANCE

(Linear Fit)

Figure 4. Cette figure illustre les régressions linéaires des indices de fatigabilité obtenus au membre inférieur droit (sans résistance) et au membre inférieur gauche (avec résistance) ceci en fonction du nombre de semaines d'entraînement.

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Reg G

 

Reg D

Constant

49 21

Constant

45 92

Std Err of Y Est

4 86

Std Err of Y Est

3 34

R

Squared

0 11

R Squared

0 02

No. of Observations

14 00

No. of Observations

16 00

Degrees of Freedom

12 00

Degrees of Freedom

14 00

X

Coefficient(s)

-0 4019

X Coefficient(s)

-0 05976

Std Err of Coef.

0 17498

Std Err of Coef.

0 11909

FATIGABILITÉ (G)

100 80 60 40 20 0 Semaines 0 60 120 180 TORQUE (%)
100
80
60
40
20
0
Semaines
0
60
120
180
TORQUE (%)

TEMPS (S)

FATIGABILITÉ (D)

100 50 Semaines 0 0 60 120 180 TORQUE (%)
100
50
Semaines
0
0
60
120
180
TORQUE (%)

TEMPS (S)

Figure 5. Cette figure illustre les courbes de fatigabilité obtenues au membre au membre inférieur gauche (avec résistance), et droit (sans résistance) ceci en fonction du nombre de semaines d'entraînement.

28

3 - Résultats concernant la densité osseuse:

Les changements de masse osseuse après 6 mois d'entraînement ont été les

suivants: avec la résistance, il ya eu une augmentationde la densité osseuse dans le fémur

distal et dans le tibia proximal (régions sous tension) alors qu'il n'y a eu pas eu de

changement dans le tibia moyen. Sans résistance, il y a eu une augmentation de la densité

de la masse osseuse dans le fémur distal et une diminution de la densité de la masse

osseuse dans le tibia proximal et dans le tibia moyen, mais nous ne pouvons pas conclure

si ces résultats sont significatifs ou non (voir Fig. 6.).

500 400 300 200 100 0 FEMUR P_ TIBIA M_TIBIA FEMUR P_TIBIA M_TIBIA BONE DENSITY
500
400
300
200
100
0
FEMUR
P_ TIBIA
M_TIBIA
FEMUR
P_TIBIA
M_TIBIA
BONE DENSITY (%)

RESISTANCE

NO-RESISTANCE

Figure 6. La figure illustre la mesure de la densité osseuse au début (ligne à 100 %) et après 6 mois d'entraînement (histogrammes) pour 1 sujet. Fémur distal (Femur) , tibia proximal (P_tibia) et mi-tibia (M_tibia).

29

CHAPITRE IV

DISCUSSION

1 - La masse musculaire:

Kralj A.R., Bajd, T.,(1989) avaient rapporté une augmentation significative de l'aire sectionnelle du muscle. Ils avaient rapporté que l'examen histochimique du quadriceps spastique montrait une hypertrophie des fibres de type I et une atrophie des fibres de type II.

Tout en considérant que les résultats concernant l'aire d'une fibre musculaire obtenue par biopsie ne sont pas ceux concernant l'aire de la cuisse, les valeurs de circonférences prises hebdomadairement aux cuisses des sujets auraient pu aller dans le même sens et présenter une augmentation, réflétant ainsi l'augmentation attendue de la masse musculaire suite à la SEF. Ceci n'a pas été le cas dans notre expérience.

Les résultats obtenus lors notre étude vont plutôt dans le sens de Lieber, R. (1986- c) qui avait souligné que les paramètres expérimentaux doivent être reliés à la capacité de générer la force musculaire (i.e le torque isométrique et les diamètres des fibres musculaires) et non simplement au volume ou à la circonférence du membre.

Ce manque de changement dans la circonférence musculaire pourrait aussi être attribuable à la perte de tissus adipeux qui, elle, n'a pas été mesurée. En effet, les données de Rogers et al.(1991) suggèrent certains changements dans l'épaisseur de l'enveloppe dermique de la cuisse, la circonférence de la cuisse et les mesures de poids corporel n'ayant pas été significatives.

2 - La force et la fatigue musculaire :

Dans le membre sans résistance, il y avait eu une légère augmentation de force de

30

0.7 % par semaine et au membre SEFR, l'augmentation de la force a été de 1.6 % par semaine, soit environ deux fois plus vite que pour le membre SEFSR. Ces résultats vont dans la même direction que ceux obtenus par Peckhamet al. (1976), Kralj A.R., Bajd, T., (1980 et 1989), où des augmentations dans la force avait été démontrées avec des extrémités non chargées aussi bien que suite à des programmes avec chargements ( Rogers et al. en 1991).

En effet, Kralj A.R., Bajd, T.,(1989) obtinrent les résultats suivants concernant leur programme d'entraînement par SEF: ils avaient obtenu une augmentation de la force musculaire et une certaine amélioration de la résistance à la fatigue par application d'une fréquence de stimulation plus basse (10 Hz).

Nos résultats vont aussi dans le même sens que ceux de Lieber, R. (1986) qui a aussi rapporté qu'après la période de stimulation, les mesures des torques et des amplitudes de mouvement indiquaient habituellement que l'entraînement par stimulation électrique apportait chez les humains un renforcement musculaire modéré relativement à une immobilisation ou une inactivité, ainsi qu'une augmentation de la force musculaire dans le cas de muscles très gravement atrophiques (comme avec un muscle d'animal dénervé).

Kralj A.R., Bajd, T.,(1989) avaient rapporté des résultats d'augmentations (jusqu'à quatre fois) de la force du muscle stimulé, une transformation de plusieurs fibres musculaires de type II en fibres musculaires de type I et une augmentation du nombre de fibres de type I, ce qui démontrait une transformation en un muscle à contraction lente. Les mesures isométriques de leurs expériences avaient démontré des effets du renforcement par SEF. Au début, le sujet n'avait obtenu que 10 N-m de torque au genou (avec l'amplitude la plus haute de stimulation). Après deux à trois mois, il y avait eu un renforcement à des niveaux fonctionnels des extenseurs paralysés du genoux. A la toute

31

fin du programme d'entraînement par SEF, ces sujets avaient obtenu entre 100 à 150 N-m. Ceci constituait un résultat ayant un impact fonctionnel très important car une station debout et à la marche requiert habituellement 30 à 50 N-m de torque minimal au genou, un sujet sain pouvant y produire volontairement 200 N-m. Donc ce sujet devenait éligible à une utilisation fonctionelle de la SEF dans la vie de tous les jours.

Les propriétés de base du muscle squelettique i.e. son adaptabilité, ses hiérarchies structurales et fonctionnelles, expliqueraient une partie du processus de modification des fibres musculaires suite à une lésion de la moelle épinière et leur retour vers leur état normal par un programme de renforcement musculaire par stimulation électrique. En effet, Lieber, R. (1986-c) rapporte que les enzymes métaboliques du muscle, les capillaires du réticulum sarcoplasmique et du système tubulaire avaient été beaucoup plus facilement changés que les protéines contractiles.

Kralj A.R., Bajd, T.,(1989) avaient aussi rapporté une augmentation significative du flux sanguin dans la peau et les muscles et que la circulation sanguine jouait aussi un rôle important dans la description des propriétés musculaires en ayant un effet direct sur la fatigue musculaire car le flot nutritionnel sanguin dans le muscle tibial paralysé d'un patient paraplégique avait été significativement plus bas que dans le muscle biceps normal du même patient. Lors de notre expérience, nous avons pu constater une amélioration de cette circulation sanguine par une observation d'une couleur plus rosée de la peau au membre inférieur.

3 - La densité de la masse osseuse:

On note que l'augmentation de la densité de la masse osseuse autour de l'articulation du genou est intéressante parce que celle-ci diffère des études précédentes qui n'avaient démontré aucun changement de la masse osseuse suite à une entraînement de bicycle durant 6 mois (Leeds et al.1990) ou seulement une légère diminution du taux

32

d'ostéopénie (Hangartner et al. 1991). Roger et al. (1990) avaient rapporté une certaine diminution de la perte osseuse mais pas de renversement de celle-ci, ceci, dans leurs études d'entraînement par extension du genou. On peut expliquer la différence par le niveau d'entraînement et donc la pression sur le tissus osseux.

Ces résultats vont dans le sens des études de Bohnor et al.(1988) et de Snow- Harter (1991) qui avaient rapporté, chez des individus normaux, que la contraction musculaire et la charge pouvaient prévenir, diminuer ou renverser l'ostéopénie.

33

CONCLUSIONS

Nous pouvons donc conclure que les données de notre expérience supportent la notionqu'à cause de l'adaptabilité des propriétés musculaires, la SEF constituerait une des méthodes thérapeutiques d'activation musculaire pour retourner vers leur état normal antérieur les fibres musculaires impliquées lors d'une section de la moelle épinière. La paraplégie ne serait pas nécessairement associée à la faiblesse musculaire, spécialement après une période relativement longue, et la force musculaire ne serait pas nécessairement compromise.

Les avantages de la SEF seraient nombreux: il y aurait une augmentation de la force par utilisation des propres muscles du patient et utilisationde l'énergie métabolique propre du patient en plus d'une possible utilisation des réflexes neuromusculaires. Les effets secondaires thérapeutiques seraient nombreux: 1) amélioration de la condition de la peau et du flux sanguin musculaire et cutané 2) prévention de l'atrophie musculaire, des contractures et de la spasticité 3) prévention de l'ostéopénie des articulations et de la déminéralisation osseuse 4) création d'un délai à l'atrophie dûe au non-usage 5) réduction du temps de réadaptation post-opératoire et 6) contribution à la correction des contractures en flexion (Kralj A.R., Bajd, T., 1989).

Si la station debout pouvait devenir possible suite à la SEF, d'autres avantages viendraient se joindre aux précédents: une certaine prévention des plaies de pression au siège et une amélioration de la circulation sanguine dans les membres paralysés. De plus, les orthèses SEF présenteraient une apparence favorable, pas d'attache qui cause des plaies de pression et pas de coût exorbitant. Les désavantages de la SEF seraient surtout la pose des électrodes, car cela requiert un certain temps et une certaine dextérité. De plus, il existe certaines possibilités d'irritation de la peau s'il y a un usage inadéquat du système de stimulation électrique (Kralj A.R., Bajd, T., 1989).

34

La recherche sur l'usage clinique de la SEF demeurerait cependant à poursuivre pour mieux résoudre le problème de fatigabilité musculaire et afin de mieux connaître les différents paramètres à utiliser ainsi que les effets de la SEF sur le système nerveux autonome.

35

BIBLIOGRAPHIE

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36

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Annexe I

37 Annexe I

38

Annexe II

38 Annexe II

39

Annexe III

39 Annexe III Données sur le stimulateur utilisés (entraînement du sujet)

Données sur le stimulateur utilisés (entraînement du sujet)

40

Annexe IV

40 Annexe IV

41

Annexe V

41 Annexe V

42

Annexe VI

42 Annexe VI

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