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Patrice Canivez

Éric Weil et la pensée antique (Lille, 6 mai 1988)
In: Revue Philosophique de Louvain. Quatrième série, Tome 87, N°76, 1989. pp. 645-650.

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Canivez Patrice. Éric Weil et la pensée antique (Lille, 6 mai 1988). In: Revue Philosophique de Louvain. Quatrième série, Tome
87, N°76, 1989. pp. 645-650.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/phlou_0035-3841_1989_num_87_76_6582

Le monde de la discussion et la communauté des hommes libres reposent sur l'organisa tion du travail servile. 61). Un volume 24 x 16 de 214 pp. à la lumière de l'introduction comprise comme une phénoménologie de l'histoire. is the advance. of freedom and slavery» (p. et de mieux cerner le projet philoso phique de Weil. Lille. expressément réactualisâmes» (p. en particulier de Platon et d'Aristote. toujours présentes. dans l'ensemble des contributions. comme le constate l'auteur citant Moses Finley: «One aspect of Greek history. Éric Weil. . Il est possible. Travaux et recherches). La première examine comment la pensée antique est assimilée par le système. 1989. comme le rappelle Lucien Bescond. dirigée par Lucien Bescond. 25). in short. Ce cahier permet de prendre la mesure de ce rapport à la philosophie antique. Presses Universitaires de Lille. dans la Logique de la philosophie. Le rapport de la Logique de la philosophie à la philosophie antique apparaît tout d'abord à la lumière des textes de Livio Sichirollo et de Gilbert Kirscher. partout présente à titre de référence dans la Philosophie politique ou la Philosophie morale. «ne se rapportait pas à la pensée antique en termes d'une conception muséale».Éric Weil et la pensée antique1" (Lille. 6 mai 1988) Le deuxième volume des Cahiers Éric Weil contient les Actes de la Journée d'étude organisée par le centre Éric Weil de l'Université de Lille III sur le thème: Éric Weil et la pensée antique. Jean-Paul Dumont et Pierre Aubenque) et des communications qui ont fourni la matière d'une table ronde. Prix: 110 FF. Livio Sichirollo analyse la catégorie de la discussion. catégorialisée dans la Logique de la philosophie. Centre de recherche Éric Weil. de distinguer principalement deux approches. La seconde approche réside dans l'analyse de la lecture effectuée par Weil des œuvres de l'antiquité. Volume II : Éric Weil et la pensée antique (Université de Lille III. Cependant. L'explicitation de la catégorie de la discussion rejoint sur ce point les résultats de la recherche historique. la Logique de la philosophie ne s'en tient pas à une simple * Cahiers Éric Weil. hand in hand. Le lecteur y trouvera le texte de trois conférences (prononcées par Livio Sichirollo. Il consultait dans la pensée des anciens «l'existence irréductible d'attitudes et de catégories toujours offertes.

tandis que Joël Wilfert s'intéresse plus précisément à la notion de theoria. à l'origine de notre histoire et de la dialectique. «à partir de la discussion. la Logique» (p.). et comment Weil se démarque de cette reprise. 24). Joël Wilfert centre son analyse sur la theoria comme attitude fondamentale de la philosophie antique et la catégorie de Y objet sous laquelle elle est comprise dans la Logique de la philosophie. 408)» (p. Il montre que la philosophie politique grecque est une reprise de Y action sous Y objet. 29). comme une histoire de l'homme et de ses communautés politiques» (p. 42) en dégageant la spécificité de la démarche philosophique weilienne. et conjointement sur le rapport de Weil à Parménide et à Platon. 27). et de l'avoir placé au fond et à l'origine de notre tradition» (p. dans la Logique de la philosophie. penseur moderne. Enfin. permet de formuler certains problèmes qui donnent à l'histoire de la philosophie médiévale son unité et sa spécificité. Jean-Marie Breuvart développe l'affirmation de Weil selon laquelle «nous sommes platoniciens sans mythe et sans Dieu» (Essais et Conférences. . 30). et à sa compréhension. Elle montre comment. et particulièrement la catégorie de Dieu (dans l'articulation de l'attitude et de la catégorie). p. l'esclavage révèle à l'analyse philosophique la présence. de cette violence que la Logique de la philosophie définit et comprend comme le problème fondamental de toute philosophie: «L'esclavage n'est dans l'histoire que la forme et le contenu concret de la violence — de cette violence au sens philosophique de laquelle. I. 1970.. en passant de la vue de l'être-un à la vue du sens. selon les rapports qu'elles entretiennent avec la raison et la liberté. qui est «libération de l'homme et des hommes sur le plan de la condition comme histoire du travail humain (Lp. la Logique peut (doit?) être comprise comme une Weltgeschichte (. «A la Logique revient donc le grand mérite d'avoir transformé un fait historique en problème pour le philosophe et pour la philosophie. En effet. notamment celui des rapports entre foi et raison. Cette distinction permet de poser le problème de l'articulation de ces deux groupes de catégories. Les communications de Pierre Fruchon et de Jean-Marie Breuvart montrent comment la Logique rencontre et comprend le platonisme. c'est-à-dire à la fois de saisir la structure de la Logique de la philosophie et de cerner le rapport de Weil.. Cependant Weil conserve la notion de theoria.646 Congrès philosophiques constatation. L'interprétation de Livio Sichirollo situe ainsi la catégorie de la discussion dans la perspective de la condition et de Y action. aboutit. seule. Max Leibowicz montre que la Logique de la philosophie. Gilbert Kirscher distingue les catégories antiques et les catégories modernes. Pierre Fruchon s'interroge sur la circularité de la Logique de la philosophie. à l'antiquité. T. Pion.

d'Alain Petit. D'une manière plus générale. demeure identique» (p. Elle souligne la proximité de Weil et d'Aristote. Mais Weil philosophe est aussi un historien de la philosophie. Weil reprenant à son compte la théorie eudémoniste du Stagirite pour donner un contenu au formalisme moral et penser le devoir dans le contexte concret de la vie morale. Jean-Luc Solère et Pierre Aubenque (à propos d'Aristote). Ces analyses permettent de situer l'œuvre philosophique de Weil par rapport aux auteurs de l'antiquité. en échappant à l'alternative du dressage social de l'individu violent et du repli sur la seule sphère privée d'une éducation authentique. C'est ce que mettent en évidence les contributions de Jean-Paul Dumont (s'agissant de Platon). C'est le cas des contributions de Roland Caillois. en montrant que «la nature morale de l'État reste la même d'Aristote à Weil» et que «la nature de la sagesse. Enfin. Le rapport de la Philosophie morale à l'antiquité est examiné par Émilienne Naert. essentiell ement consacré à Platon et à «la fonction philosophique que remplit chez Platon la critique des images» (p. 96). JeanMichel Buée montre comment Weil réinterprète la théorie antique de l'État éducateur dans les conditions de l'État moderne. Jean-Paul Dumont évoque un entretien avec Éric Weil. Luciano Amodio poursuit cette analyse en soulignant que l'exigence de sens. §41). Ruggero Morresi. traduit la présence du penser platonico-aristotélicien. 39). Roland Caillois analyse précisément les liens entre la pensée poli tique de Weil et la Politique d'Aristote. Takikangu Matensi étudie les rapports entre Métaphysique et Anthropologie dans la philosophie d'Éric Weil. Elle indique sur quels points Weil se démarque d'Aristote (la conception de \ habitus et la différence entre «présence» et «theoria» en particulier). à partir de la distinction entre philosophie première et philosophie des choses humaines chez Aristote. affirmée dans la Philosophie politique comme exigence d'une vie collec tive sensée. Luciano Amodio et Jean-Michel Buée à propos de la Philoso phie politique. Sa pensée se nourrit d'une lecture attentive et précise des textes. Émilienne Naert analyse le rapport de la Philosophie morale à la pensée antique du bonheur. au delà du politique. les trois auteurs s'accordant pour attribuer une impor tance décisive au jugement de Weil selon lequel «la théorie antique (aristotélicienne en particulier) de l'État comme institution morale et d'éducation est vraie» {Philosophe politique.Éric Weil et la pensée antique 647 D'autres communications s'interrogent plus précisément sur le rapport de la Philosophie politique et de la Philosophie morale aux philosophes de l'antiquité. La discussion de ce pro blème particulier permet de saisir la signification que Weil prêtait au .

qui permet de prendre une véritable mesure des phénomènes et d'en rendre compte» (p. se fonde sur une «appréciation nettement positive du sens formel-propédeutique de la logique d'Aristote» (p. Ruggero Morresi. ressemble plus à la topique d'Aristote qu'à la métaphysique du Stagirite: tout discours particulier.ôyov ôiôôvai. appliquée à la critique de la sensation.648 Congrès philosophiques platonisme. et particulièrement sur sa réévaluation des Topiques.. 48). est 'ultérieur' par principe au système. selon l'interprétation d'Éric Weil. ce n'est pas la séparation ou la coupure d'avec le monde. «il s'agit simplement de rendre raison» (p. Un dernier ensemble de contributions examine la lecture weilienne des textes aristotéliciens.. la 'philosophie première'. Il ne s'agit donc pas de poser un monde intelligible séparé du monde sensible. qui permet de contrer la réduction du juste au légal par le conventionalisme juridique. qui. la fonction de l'être étant de mesurer» (p. 170). Il conserve la notion du juste naturel. tient en une seule formule: X. Le projet de Platon. qui renverse totalement le point de vue hégélien sur les Topiques et leur rapport à la Métaphysique. D'où le lien entre l'initiation à la philosophie antique ainsi conçue et sa dimension protreptique. 40). Jean-Luc Solère et Pierre Aubenque nous don nent des éclaircissements décisifs sur l'interprétation weilienne de la logique d'Aristote. en soulignant les convergences entre la lecture d'Aristote par Weil et celle de S. et «le rôle qu'il assignait à la lecture des dialogues de Platon dans la conversion à la philosophie» (p. antérieure à toute loi positive. par tant. en substituant Y histoire à «la contingence. en constitue le 'fondement'» (p. 49). autre nom pour le Stagirite de la mutabilité de la nature 'pour nous'» (p. . Jean-Luc Solère examine la situation de la dialectique dans la logique aristotélicienne. l'ontologie comprise. Il n'est pas question «de faire croire que le réel n'est pas réel et qu'il conviend rait de se détourner des apparences pour regarder vers les réalités» (p. 45). permet de substituer à «la mesure relative de l'homme de Protagoras et des sens en général (. comme le voudrait une conception édifiante du platonisme vulgaire: «Ce qui se trouve proposé par l'entrée en philosophie. 149). Ainsi la théorie des idées. Puis Morresi esquisse un parallèlle entre la logique aristotélicienne et la Logique de la philosophie: «Paradoxalement. Weil utilise la doctrine aristotélicienne pour s'opposer à la théorie abstraite d'une loi naturelle. mais très différemment une entrée en raison. qui en feraient une entrée en religion. dont Weil parle à propos de sa Logique. Alain Petit analyse la manière dont Weil rend compte de la discrimination aristotélicienne entre le juste naturel et le juste légal. 44).) la véritable mesure fondée sur un absolu. Ruggero Morresi montre comment cette interprétation. 146).

réduit le contradicteur au silence» (p. Pierre Aubenque approfondit ces développements en analysant de près le texte des articles sur Aristote et la conception weilienne des rapports entre «dialectique et métaphysique aristotéliciennes». de prendre la mesure de son inspiration aristotélicienne et. la démonstration apparaît comme un «caslimite du dialogue: celui où la nécessité objective des prémisses. celle de l'ouverture indéfinie du discours dans le dialogue des hommes libres et de son achèvement dans la theoria «Si la totalité. «Mais le cas-limite n'est pas le cas général ni le régime normal: le régime normal de la pensée. Weil aux auteurs. sont des principes régulateurs plus que des objets d'intuition. un savoir immédiat. Elles «ne sont ni une ébauche ni un élargissement après coup de la doctrine des Analytiques. Pierre Aubenque pose ensuite la question de l'aboutissement et de l'achèvement du dialogue dans l'induc tion et la définition: Y a-t-il un «bout du chemin» et la dialectique s'achève-t-elle dans une intuition. Ce volume nous permet ainsi de mieux cerner le rapport d'É. Il montre ainsi le lien entre la logique. En particulier. est celui du dialogue» (pp. Mais la lecture d'Aristote ne se limite pas à des questions d'érudition. nous sommes. ou faut-il envisa ger la perspective d'une recherche infinie? L'auteur entre ici en dialogue avec Éric Weil et situe son analyse dans la perspective d'une question essentielle. avec Aristote. par incidence..Éric Weil et la pensée antique 649 Thomas et des commentateurs scolastiques. 184). Il situe l'interprétation de Weil dans le contexte de sa biographie intellectuelle. conçue comme «science des significations» (p.) il se pourrait que cet Aristote plus proche de Kant que de Hegel soit aussi plus proche d'É. Weil montre ainsi que les Topiques ont pour fonction de satisfaire à l'exigence d'une logica inventionis. et la métaphysique.. exigence que les Analytiques laissent subsister. 203). «La dialectique est en effet un instrument d'analyse et de recherche ontologique». relayée par la nécessité formelle du syllogisme. 182). si l'être est visé plutôt que vu. l'unité de l'être. 203-204). le problème technique des rapports entre les Topiques et les Analytiques a pour enjeu la définition d'une certaine conception de la philosophie. En d'autres termes. comme l'avait entrevu Platon. Weil qu'il ne le pensait lui-même» (p. Elles fournissent une théorie du discours en général. 210). elle «est une méthode pour mener une enquête. plus près de Kant que de Hegel (. Il constitue aussi un ensemble d'études d'histoire de la philosophie antique de grand . ce qui veut dire qu'elle est avant tout heuristique» (p. 203). de sa position à l'égard de Hegel et de Kant. par rapport à laquelle le discours syllogistique démonstratif apparaît comme un cas particulier» (p. et montre comment il entre en discussion avec Werner Jaeger et ses successeurs.

rue Louis Faure F-59000 Lille.650 Congrès philosophiques intérêt. ainsi que la formulation des questions qui permettent d'en ordonner la lecture. Le lecteur trouvera dans le rapport de synthèse de Lucien Bescond une précieuse introduction à l'ensemble des contributions. . Patrice Canivez. 39.