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ANTIQUITE Un texte issu de Vhéritage antique OVIDE Les Métamorphoses I. Pourquoi Ovide ? « A travers tous les siécles, grace 4 la renommeée, si les pressentiments des poétes ont quelque vérité, je vivrai. » Tels sont les derniers mots des Métamorphoses, profession de foi d’un poéte confiant dans son art. L'espoir d’Ovide ne s’est pas démenti. Il n’a pas cessé, durant tous ces siécles, d’étre lu, cité, commenté, glosé, pastiché, parodié. Il a connu quelques périodes d’éclipse: le début du Moyen Age ou on lui préférait Virgile, plus facile 4 rap- procher du christianisme ; le xvimsiécle, trop amoureux de la raison pour goiter son merveilleux et qui le rédui- sait 4 un simple réle ornemental ; le x1x‘siécle ott les uni- versitaires critiquaient certaines facilités d’Ovide, comme ses liaisons maladroites. Mais globalement, on a toujours puisé dans Les Méta- morphoses un répertoire d’images, des histoires propres a enflammer I’imagination, des mythes propices a la médi- tation. A partir du xusiécle ont fleuri les interprétations allégorisantes des Métamorphoses ot: l'on transformait les personnages en incarnations de vice et de vertus. 1. D’ou, premier intérét de cette étude, la nécessité de connaitre ces histoires pour mieux comprendre la signification 14 UN TEXTE ISSU DE L’HERITAGE ANTIQUE d’un tableau du Titien, d’un ornement du jardin de Ver- sailles, d’un film de Cocteau ou d’un passage de Shakes- peare inspirés d’Ovide. On posséde ainsi les clefs per- mettant de décoder ces textes. 2. Autre intérét, a l’4ge ott on apprécie les contes, le pur plaisir de lire de belles histoires aux tons extrémement variés : €pique avec les combats héroiques de Cadmus et de Persée ; pathétique avec Latone demandant en vain un peu d’eau pour elle et ses enfants ; tragique avec Niobé voyant mourir ses enfants ; grotesque avec les paysans de Lycie transformés en grenouilles ; et encore le lyrisme des entretiens amoureux de Pyrame et Thisbé, s’entretenant 4 travers le mur ; "humour noir de la mort de Pyrame (avec ses veines comparées a des tuyaux de plomb d’oi jaillit le sang!) ; ’horreur d’Actéon déchiqueté par ses chiens ; l’éloquence d’Orphée cherchant 4 se faire ouvrir les portes des Enfers ; la poésie enflammée du discours de Pythagore. Ces multiples tons évitent tout ennui au lecteur. 3. Mais ces histoires sont aussi et avant tout des mythes. Le muthos (récit qui s’oppose au logos, discours rationnel) a avant tout une valeur explicative (on appelle cela la dimen- sion étiologique des mythes). Les mythes apportent des réponses sur le pourquoi et le comment des choses, la ot la science ne donne pas forcément de réponse. ¢ Réponse d’abord aux mystéres des origines (Comment s’est formé l’univers ? D’ot vient l’homme ?) ¢ Explication aussi de la présence de telle plante (le narcisse, l’anémone...), de tel arbre (le laurier et ses feuilles toujours éclatantes), de tel rite (I’attachement d’Apollon au laurier), de tel lieu (la chaine de I’Adlas, la mer icarienne), de telle espéce animale (les grenouilles que nous c6toyons aujourd’hui sont le résultat de la trans- formation des paysans de Lycie, comme les dauphins le résultat de la métamorphose de pirates). La nature, grace au mythe, devient plus proche, plus familiére. LES METAMORPHOSES 15 ¢ Enfin, plus profondément, le mythe révéle des aspi- rations humaines fondamentales (désir d’aller toujours plus haut, de dépasser ses limites d’Icare, réve d’étre un démiurge comme Pygmalion). Le mythe n’hésite pas 4 mettre au jour ce que l’étre humain a de plus bizarre, monstrueux en soi (amour maladif de soiméme ou d’une statue), de violent (cruauté des paysans de Lycie a l’égard de Latone et de ses enfants, ou des pirates vis-a-vis de Bacchus). Il. Piste de lecture des Métamorphoses Il est intéressant de procéder a une approche globale et comparative de ces métamorphoses, en utilisant la grille de lecture que propose Francis Berthelot dans La Métaphore généralisée (Nathan, 1993), 4 qui nous empruntons les grandes lignes de cette analyse. I] décor tique les métamorphoses en plusieurs paramétres : -le sujet qui subit le changement physique et/ou mental, —l’agent qui provoque la métamorphose, -le motif de cette métamorphose, — le processus selon lequel elle se déroule, —le produit auquel elle aboutit. A, Le sujet On remarque que, chez Ovide, les métamorphoses affectent généralement un individu, dans son entier. C’est tout le corps de Daphné qui change, et Ovide précise la transformation qui s’opére pour chaque détail du corps (cheveux, bras, pieds...). En revanche, elles affectent trés rarement un groupe d’individus' (paysans de Lycie 1. Ce type de métamorphose, comme le remarque Francis Berthelot, se rencontre fréquemment dans la science-fiction oui les mutants sont trés nombreux. 16 UN TEXTE ISSU DE L’HERITAGE ANTIQUE qui se transforment en grenouilles ; pirates qui deviennent des dauphins). Extrémement rare aussi, la métamorphose partielle comme celle de Midas, dont les oreilles prennent la forme d’oreilles d’ane. A noter enfin qu’ une certaine conscience subsiste chez les métamorphosés : Apollon sent le coeur de Daphné battre sous l’écorce, et le laurier montre son acquies- cement au discours du dieu en remuant sa cime comme elle l’aurait fait de sa téte ; Niobé, devenue rocher, continue a pleurer (sous forme d’eau qui coule). B. Les motifs de la métamorphose La métamorphose peut avoir plusieurs causes. Dans le cas de Jupiter, il s’agit d’une métamorphose voulue, oi Jupiter est a la fois le sujet et l’agent de la transforma- tion, et qui a pour but de séduire les jeunes mortelles sans les effaroucher, en évitant le regard jaloux de sa femme légitime, Junon. Quelquefois, de fagon 1a aussi positive, la métamor phose a valeur de récompense. Philémon et Baucis sont ainsi récompensés pour leur hospitalité, valeur fonda- mentale chez les Anciens, chez qui l’on se devait d’accueillir l’étranger. Malgré leur pauvreté, les deux vieillards accueillent du mieux qu’ils peuvent les deux inconnus, leur offrant ce qu’ils ont de mieux. Jupiter n’hésite pas a tester, déguisé (autre variante de ses métamorphoses), les humains. Tel un juge, il réecom- pense donc les deux vieillards en leur accordant de mourir au méme moment et de ne pas étre séparés dans la mort. Aussi sont-ils transformés en deux arbres voisins. Parfois, c’est, toujours dans un but positif, un senti- ment de pitié qui motive celui qui suscite la métamor- phose. Le pére de Daphné, ému par la souffrance de sa LES METAMORPHOSES 17 fille, la transforme en laurier pour lui éviter de subir la volonté d’Apollon. En revanche, la métamorphose peut étre causée par la volonté des dieux de chatier des humains qui ne les ont pas honorés ou qui ont bafoué des régles de base comme celle de l’hospitalité. Les paysans qui ont refusé de l’eau a Latone et a ses enfants, voire qui les ont insultés, sont transformés en grenouilles. Atlas rejette lui aussi avec violence Persée, ce qui entraine sa métamorphose en montagne. La métamorphose peut donc avoir des valeurs trés diverses de récompense ou de chatiment. C. Le produit de la métamorphose Suivant les motifs de la métamorphose, le résultat n’est pas le méme. 1. Les métamorphoses minérales Ce sont les plus graves. L’état minéral est le plus contraire a l’état humain, puisqu’il est caractérisé par l’absence de tout souffle de vie, de toute chaleur, de toute sensibilité, de tout mouvement. Midas changeant tout ce qu’il touche en or ne peut plus vivre (ni manger, ni boire). En revanche, si Atlas n’est plus qu’une mon- tagne inerte, Niobé garde une trace d’humanité (l’eau, qui continue a couler, marque de son chagrin éternel). 2. La transformation en végétal Elle immobilise aussi le sujet au sol. Les racines retiennent sur place Daphné et Narcisse, mais ils restent cependant vivants. Ce type de métamorphose est d’ailleurs une facon paradoxale de rester en vie. Les feuilles de laurier restent toujours vertes. Quant aux méta- morphoses de Narcisse ou de Philémon et Baucis, elles ont lieu au moment ou ils meurent. Elles constituent donc une sorte de troisiéme voie entre la vie et la mort: 18 UN TEXTE ISSU DE L’HERITAGE ANTIQUE le narcisse, le chéne et le tilleul maintiennent en quelque sorte la présence de Narcisse, de Philémon et de Baucis. 3. La transformation en animal Nettement négative, elle est le fruit d’une punition, celle qui change les paysans de Lycie dans l’espéce, trés dégradante, des grenouilles ou qui fait pousser des oreilles d’ane 4 Midas. 4. La transformation en étres vivants Extrémement rare, elle ne concerne que des étres trés pieux et justes comme Deucalion et Pyrrha, dont les pierres deviennent des hommes et des femmes, ou Pyg- malion dont la statue devient femme. (Les premiers sont allés prier Thémis, le second Vénus.) D. La logique de la transformation Ces métamorphoses obéissent a une certaine logique. 1. Logique liée 4 histoire elle-méme Si le mirier devient rouge foncé, c’est que le sang du malheureux Pyrame rejaillit sur lui. 2. Logique liée au caractére méme des métamorphoses Les paysans de Lycie manifestent déja, dans leur inhu- manité et leur cruauté, un c6té animal. Les injures qu’ils lancent déforment leurs visages, leur ton aigre fait penser 4 des coassements. La métamorphose arrive donc tout naturellement, sans que le lecteur soit étonné. Logi- quement aussi, Daphné, qui refuse tout contact charnel, ne se transforme pas en animal, mais perd son corps pour devenir cet arbre toujours jeune. Ovide a pris soin en outre d’insister, dans sa description de la jeune nymphe, sur sa longue chevelure bouclée qui, trés natu- rellement, se transformera en feuillage. De son cété, le géant Atlas a, d’emblée, une silhouette massive qui peut, logiquement, devenir montagne. LES METAMORPHOSES 19 3. Logique psychologique et linguistique C'est le cas de Niobé que la douleur a figée et pétrifiée avant méme qu’elle ne devienne véritablement rocher. Une souffrance aussi paroxystique ne peut mener qu’a cette perte de toute vie qu’est la minéralisation. Ovide applique 1a une logique interne au langage : la métamor- phose est une métaphore (« étre pétrifié de douleur ») réalisée, incarnée. Autre processus correspondant a cette double logique : la transformation de Midas (il est béte comme un 4ne, ce qui se matérialise par ses oreilles). Dernier point a noter : les métamorphoses chez Ovide ne sont pas réversibles (4 l'exception de deux transforma- tions, racontées ailleurs dans l’ouvrage d’Ovide, celles d’lo et de Tirésias). C’est la une différence notable avec les métamorphoses des contes (le carrosse de Cen- drillon redevient citrouille ; ogre du Chat botté peut méme adopter plusieurs formes a la suite) ou du fantas- tique (le Dr Jekyll peut devenir, pendant un certain temps du moins, Mr. Hyde quand il le désire, puis retrouver sa véritable apparence). Ill. Suggestions de travaux avec les éléves A. Etude des motifs, des produits et de la logique de la métamorphose On reprendra les points B, C et D de la partie II de cette étude. B. Approche thématique des Métamorphoses 1, Lamour L’amour est évidemment un théme privilégié d’Ovide qui, avant d’écrire Les Métamorphoses, fut un grand poéte de l'amour, que ce fait quand il donnait des conseils aux 20 UN TEXTE ISSU DE L’HERITAGE ANTIQUE amants ou quand il se mettait dans la peau d’amou- reuses abandonnées. On a méme pu qualifier ce texte d’« épopée de l’amour ». Toutes les formes possibles de |’amour se rencontrent dans Les Métamorphoses. Rare est l'amour heureux, tendre et attendrissant comme celui que se portent Philémon et Baucis, devenus depuis les symboles d’un amour capable de résister au temps, d’un couple éternellement uni. Le plus souvent, les amours chez Ovide sont mal- heureuses. Ainsi les amours contrariées de Pyrame et Thisbé dont les familles ennemies refusent le mariage. De facon symbolique, un mur 4 la fois les rapproche (puisqu’ils peuvent se parler a travers la fente) et les sépare. Seule la mort les réunira, leur sacrifice réconci- liant leurs familles. Cette grande histoire d’amour tra- gique est devenue elle aussi emblématique, puisqu’elle a inspiré 4 Shakespeare son Roméo et Juliette. Autres amours tragiques, celles d’Orphée et d’Eurydice. Leur histoire d’amour est devenue le symbole de l’amour absolu qui refuse la mort et est prét a braver les puis- sances de l’enfer pour récupérer |’étre aimé. Cette séquence du mythe d’Orphée a fini par éclipser les autres séquences de.son histoire. On trouve aussi assez fréquemment des amours non réciproques : Echo aime Narcisse, qui n’aime personne, si ce n’est luiméme; Apollon aime Daphné qui rejette toute relation charnelle. Cette non-réciprocité s’explique souvent par la vengeance d’un dieu (Junon pour Echo ; Cupidon pour Apollon). Elle peut méme amener a une tentative de viol, comme dans le cas d’Apollon qui veut posséder Daphné, fiit-ce contre sa volonté. Il faut enfin compter avec des amours déviantes. De fait, Ovide n’hésite pas a peindre la passion incestueuse 1. Voir l’étude que nous consacrons dans ce guide, 4 la piéce de Shakespeare, p. 37. LES METAMORPHOSES 2 d'une fille pour son pére (Myrrha). Et par ailleurs, il imagine deux autres exemples de passion pour le moins originale : — Vamour de soi démesuré qui rive Narcisse 4 son image et le fait dépérir lentement ; —Vamour pour un objet: celui de Pygmalion pour sa statue d’ivoire. Ces amours sont le plus souvent décrites en termes trés sensuels. > On pourra ainsi faire relever aux éléves dans le conte de Narcisse le champ lexical du désir et la méta- phore du feu (feu intérieur de l’amour). Autre exemple significatif : le champ lexical du toucher et la métaphore du feu dans l’histoire de Pygmalion ; ou la description du corps de Daphné qui court, avec ses vétements flot- tant au vent. 2. Le regard Le motif du regard joue un réle considérable dans tous ces mythes: regard pétrificateur de la Méduse qui réduit le vivant a l’état de minéral, qui 6te donc toute vie, toute sensibilité ; regard fatal de Narcisse vers lui- méme ; regard interdit d’Orphée pour Eurydice, qui devient ensuite fatal, puisque Orphée ne peut résister a l’envie de se retourner ; regard malencontreux et lui aussi fatal du malheureux Actéon, qui a surpris Diane dans son intimité. 3. Le reflet Reflet trompeur de Narcisse. > On peut étudier dans ce texte le champ lexical de l’image, li€é a celui de Villu- sion. La structure méme du texte reproduit cette théma- tique du reflet, par tout un jeu de répétitions, parallé- lismes, effets de chiasmes, échos... Inversement, Persée joue du reflet pour venir a bout de ses adversaires. II utilise le reflet de Méduse sur le bouclier d’Athéna pour la vaincre ; puis il trompe le 22 UN TEXTE ISSU DE L’HERITAGE ANTIQUE monstre par son ombre qui se refléte dans les eaux (miroir trompeur donc, mais pour l’ennemi du héros) !. 4. Vhybris On connait cette notion trés importante chez les Grecs, qui signifie « démesure », « orgueil » et traduit le désir des hommes de vouloir dépasser leur condition dans le but d’égaler, voire de dépasser les dieux. On connait aussi la réponse des dieux : un chatiment aussi terrible que fut le crime. Ainsi Niobé, fiére de sa nombreuse progéniture, se montre-t-elle trop orgueilleuse en osant narguer, avec insolence, Latone. La déesse réduit la fautive 4 néant (mort des enfants et pétrification de la mére). Icare est lui aussi victime de son hybris, de sa confiance démesurée en lui-méme, de sa témérité et de son imprudence. II néglige les sages conseils de son pére pour tenter, en volant, de dépasser les limites de la condition humaine. Le chatiment est la encore la mort. 5. La pietas Cette notion spécifiquement romaine sous-entend tout un réseau de relations entre les dieux et les hommes. L’homme se doit d’honorer les dieux par un culte dont Pygmalion ou Deucalion et Pyrrha respectent tous les rituels (se purifier, se recouvrir la téte d’un voile...). Leur piété est récompensée. En revanche, deux déluges balaient les impies, les contemporains cruels de Deucalion et Pyrrha, les voisins inhospitaliers de Philémon et Baucis. Ces paysans de Lycie, inhospita- liers vis-a-vis de Latone, connaissent, eux, la métamor phose dégradante en grenouilles. 1. Pour les motifs du regard et du reflet chez Persée, cf. Jean-Pierre Vernant, L’'Univers, les dieux, les hommes, voir |’ Orientation bibliogra- phique, p. 32. LES METAMORPHOSES 23 6. Lart De nombreuses figures d’artistes parcourent Les Méta- morphoses, notamment Orphée qui est la figure méme du créateur, le symbole par excellence du musicien et du poéte. Ses pouvoirs sont exceptionnels puisqu’ils lui ouvrent méme les portes de I’Enfer, grace 4 une élo- quence persuasive comme le discours d’un rhéteur, mais aussi lyrique comme peut l’étre le chant d’un poéte (en latin, ce type de poéte inspiré par les Muses s’appelle le vates) . Autre figure d’artiste : Pygmalion. Ovide a modifié le mythe originel: il ne s’agit plus d’un roi amoureux d'une statue représentant Vénus, mais d’un sculpteur amoureux de sa propre création. Celle-ci n’égale pas en beauté la divinité, mais est en revanche si «vraie » quelle en est troublante (cf. les champs lexicaux qui mélent art et réalité, ainsi que les nombreux modalisa- teurs qui traduisent le trouble de Pygmalion). La statue de Pygmalion devient ainsi l’incarnation du réve de tout artiste de rivaliser avec la réalité, d’étre un démiurge. Dédale est, lui aussi, une figure de créateur, inventeur extrémement doué, mais contre lequel se retournent ses propres créations (c’est l’ambiguité de tout art). Le labyrinthe qu’il avait créé pour le Minotaure devient sa prison. Les ailes, qu’il avait inventées pour s’en échapper, causent la mort de son fils. 7. La métamorphose Tout le livre d’Ovide est une réflexion sur l’identité. Quel est ce moi qui peut se dédoubler (Narcisse et son reflet) ou carrément se métamorphoser? Le discours final de Pythagore ' ne donne pas de réponse claire a cette question, méme si sa place, au dernier livre, le laisse penser. La philosophie de Pythagore ne corres- 1. Pour une analyse plus détaillée de ce discours, cf. Jean-Pierre Néraudau, Ovide ou les dissidences du poéte, Hystrie, 1989. 24 UN TEXTE ISSU DE L’HERITAGE ANTIQUE pond pas exactement a la pensée d’Ovide. Le processus du passage de |’4me d’un corps a l’autre, auquel sous- crit Pythagore, n’est pas réductible au phénoméne de la métamorphose qui suppose que tout le corps se modi- fie. Mais Pythagore et Ovide s’accordent pour peindre un monde en éternel mouvement, ot les contraires coexistent, ot tout est changeant, un monde baroque. C. Premiere approche du texte argumentatif : Orphée © Objectif d’Orphée ? * Caractérisation et présence du destinataire. *Moyens utilisés: arguments avancés, recours au pathétique... — On peut, dans la méme perspective, étudier le dis- cours d’Apollon 4 Daphné qui utilise priéres, attendris- sement, menaces, toutes les armes de l’éloquence. D. Ecriture ¢ Appliquant la logique linguistique a |’ceuvre dans Les Métamorphoses d’Ovide, imaginer une histoire ot un étre réaliserait un désir enfoui en lui ou une caractéris- tique cachée de sa personnalité et exprimé par une image : étre tétu comme une mule, étre bavard comme une pie, faire le singe, étre muet comme une carpe... ¢ Imaginer un récit dans lequel le héros se métamor phose pour échapper a un danger ou, au contraire, subit une métamorphose en guise de chdtiment. ¢ Inventer une métamorphose 4 valeur étiologique, qui explique une pratique, un comportement, un aspect du paysage, l’existence d’une fleur ou d’un animal. ° Imaginer ce qui précéde (ou suit) nos histoires. [On pourra faire lire aux éléves le livre d’Hans Baumann J'ai bien connu Icare, Castor Poche, 1998, qui relate la vie de Dédale a Athénes, avant l’expérience de la Créte]. LES METAMORPHOSES 25 ¢ Reprendre une des histoires étudiées et la parodier, comme le fait Laforgue avec Persée. (Ne pas hésiter, comme lui, a faire des anachronismes, des clins d’ ceil). E. Description et lecture de V'image 1. Fonctionnement de la description Ovide a un grand sens de l’image. Ses descriptions ont toujours un caractére trés visuel, trés plastique. Il est trés facile pour le lecteur d’imaginer les lieux ot se déroulent les histoires. En quelques lignes est planté le décor de V’histoire de Narcisse (description qui corres- pond d’ailleurs 4 un lieu typique de la littérature latine, le « locus amoenus », « lieu agréable » : source lim- pide, pure, eaux brillantes, lieu retiré, verdure, gazon, arbres). Trés visuelles aussi, les descriptions des monstres que combattent Cadmus et Persée, ou encore |’extraordi- naire description des guerriers qui naissent des dents du dragon tué par Cadmus. (On a l’impression de voir un film se dérouler sous nos yeux.) On remarquera d’ailleurs que ces métamorphoses sont généralement au présent de narration, qui rend plus vivantes et plus pré- sentes ces transformations. Chez Ovide, les métamorphoses se déroulent rapide- ment, mais sont décrites avec une sorte d’ effet de ralenii. L’auteur détaille les différentes parties du corps concer nées (cheveux, bras, pieds...) et les différents processus en jeu (allongement ou rétrécissement, changement de couleur, parties qui s’ajoutent ou disparaissent). Ainsi Ovide décortique la transformation des paysans de Lycie : la bouche qui s’agrandit et se fend, le cou qui s’efface, l’échine qui verdit... Méme transformation, décrite partie par partie, des pirates transformés en dauphins : dos qui s’incurve, nez qui se recourbe, peau qui se recouvre d’écailles, queue qui apparait. 26 UN TEXTE ISSU DE L’HERITAGE ANTIQUE 2. Le gotit de l’art Ovide est proprement un esthéte. Le critére de beauté d’un étre vivant ou d’un dieu est celui de l’ceuvre d’art. Ainsi en va-t-il de Narcisse décrit avec des critéres empruntés a I’art et 4 la statuaire. Il ressemble 4 une statue en marbre de Paros. Ovide décrit «son cou d’ivoire » et « ses mains de marbre ». La belle Andro- méde est, elle aussi, comparée 4 une statue. Parfois, on a méme une véritable description d’une ceuvre d’art, comme celle de la statue de Pygmalion. II s'agit d’une véritable ekphrasis (description d’ceuvre d’art) telle qu’on apprenait la pratiquer dans les écoles de rhétorique et dont les auteurs d’épopée étaient si friands). Certaines scénes, comme celle de Narcisse se regardant dans |’eau, sont présentées déja comme un tableau et suscitent naturellement la mise en peinture. 3. Ovide en tableaux Les Romains vivaient entourés d’images mytholo- giques, qu’elles prennent la forme de statues, de fresques ou de bas-reliefs sur les frontons des temples. On peut ainsi montrer aux éléves des fresques de Pompéi repré- sentant les légendes racontées par Ovide, comme celle de Persée délivrant Androméde, trouvée dans la maison des Diosaures (musée de Naples). Persée vient de tuer le monstre : il libére Androméde des cordes qui la lient au rocher. On demandera aux éléves de retrouver les élé- ments-clefs de l’épisode (les « mythémes») : le dragon qui est en train de sombrer / la belle héroine repré- sentée, comme chez Ovide, figée 4 la facon d’une statue / Persée repérable a ses attributs (ailes aux pieds / téte de Méduse / épée recourbée). Les histoires mythologiques, surtout sous la forme que leur a donnée Ovide, n’ont cessé d’inspirer peintres et sculpteurs, du Titien aux symbolistes en passant par Poussin ou Rubens. Picasso lui-méme illustra Les Méta- LES METAMORPHOSES 27 morphoses (Skira, 1931) de trente eaux-fortes. On peut faire comparer de facon fructueuse aux éléves plusieurs versions d’une méme histoire pour leur faire saisir la richesse d’un mythe, sa plasticité, sa capacité 4 corres- pondre a la sensibilité d’artistes différents, aux significa- tions variées qu’ils ont voulu lui donner. Daphné Lépisode de Daphné a ainsi été traité de facon trés différente par le Bernin et par Poussin. Ce peut étre Yoccasion d’aborder avec les éléves deux styles, dont lopposition est ici frappante : le baroque et le classi- cisme. Sculpteur baroque, le Bernin a représenté le moment ot Apollon, au terme de sa course, saisit Daphné. Mais celle-ci est déja en train de se métamor- phoser (Apollon et Daphné, 1622-1624, Rome, Galerie Borghése). Poussin, en revanche, dans son tableau du Louvre, Apollon amoureux de Daphné (1664), sa derniére ceuvre, a choisi un autre moment. Dans une composi- tion classique, trés symétrique, s’opposent de fagon sym- bolique Apollon et Cupidon d’un cété, Daphné accro- chée au cou de son pére de l’autre. Les personnages sont immobiles, assis face 4 face, dans une atmosphére de tension. Narcisse Ce mythe est évidemment particuligrement parlant pour les peintres dans la mesure ot il aborde le theme de l’image. Le tableau de Poussin (1629, musée du Louvre) représente Narcisse dépérissant sous les yeux d’Echo. La encore, la composition, trés structurée, oppose Echo et Narcisse, séparés dans l’espace comme dans le mythe. Le jeune homme est trés pale, avec des yeux dans le vague ; des narcisses poussent déja sous sa téte. Deux siécles plus tard, on retrouve Narcisse plusieurs fois sous le pinceau de Gustave Moreau. La figure de 28 UN TEXTE ISSU DE L’HERITAGE ANTIQUE Narcisse devient chez lui symbole de l’artiste qui, dans sa solitude, se contemple, se réfléchit et réfléchit sur lui- méme. Son Narcisse mélancolique se dissout tandis que, déja, la fleur I’enlace. Tous les éléments de la sensibilité baroque sont la : mouvement (personnages non pas sta- tique, mais en fin de course ; vétement d’Apollon et che- veux de Daphné gonflés par le vent) ; expressivité du visage de Daphné ; jeu subtil de lignes et de courbes (légére torsion des bustes des personnages et du visage de Daphné, courbe du vétement d’Apollon, bras levés et arrondis de la jeune fille) ; métamorphose en train de se faire: les cheveux de Daphné deviennent insensible- ment feuillages, ses doigts branchages. Icare Autre confrontation intéressante a faire avec les éléves : deux versions trés opposées de la chute d’Icare. Rubens a choisi de représenter le moment ou Icare tombe, et ce dans un style trés baroque (La Chute dTcare, 1636-1638, Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts). Le visage du jeune homme est au centre de la composi- tion. Son corps est rejeté en arriére, la téte vers le bas, les membres en torsion: ses mains tentent vainement d’agripper les airs sous l’ceil impuissant de son pére. Sa bouche lance un ultime cri. Dans le tableau de Bruegel (La Chute d’Icare, 1558, Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts), on cherche longtemps en revanche Icare. II n’occupe plus le premier plan, mais on ne voit que ses jambes s’agiter désespérément dans l’eau, dans un coin du tableau. Autour de lui, les hommes, habillés en habits de l’époque du peintre, vaquent a leurs occupations (matelots, pécheur, berger, laboureur), totalement indifférents au drame d’Icare. Le message du peintre est clair : une vie simple et modeste, avec ses taches quoti- diennes, est plus sage que la folle entreprise, trop ambi- tieuse, d’Icare. LES METAMORPHOSES 29 Ovide et Louis XIV Au début de son régne, Louis XIV a beaucoup utilisé le réservoir d'images que lui offraient l’Antiquité et surtout Ovide, dans un but de glorification de sa personne. S’assi- milant au dieu Apollon, il multipliait cette image dans les ballets, tableaux et jusque dans le décor du jardin de Ver- sailles. On peut faire analyser aux éléves le bassin de Latone, qui illustre l’histoire de Latone et des paysans de Lycie. Latone est au centre du bassin, implorant le ciel, les deux enfants accrochés 4 ses cétés. Autour, les paysans sont en train de se transformer progressivement en grenouilles. Comme le montre Jean-Pierre Néraudau ', ce bassin a une signification politique. Ces paysans représentent les Fron- deurs qui ont jadis obligé Anne d’Autriche et ses deux enfants a fuir Paris. Ce bassin joue le réle d’avertissement pour les éventuels opposants au roi. E Pistes interdisciplinaines 1. Sciences Il serait intéressant de faire faire une recherche a des éléves sur les constellations. L’histoire de Persée, Andro- méde et ses parents est ainsi lisible dans le ciel en décembre. 2. Publicité Enfin, on peut aussi les pousser a rechercher les traces de ces mythes dans la publicité et dans les noms des produits (par exemple, en cosmétique, en maroqui- nerie, dans les produits ménagers !...). 3. Cinéma Le Choc des titans Un film aux effets spéciaux plutot réussis a été direc- tement inspiré de I’histoire de Persée. Il s’agit du Choc 1. LOlympe du Roi-Soleil, voir V Orientation bibliographique, p. 32. 30 UN TEXTE ISSU DE L’HERITAGE ANTIQUE des Titans de Desmond Davis (1981). Sans forcément le visionner dans son entier, on pourra s’attacher a cer- taines séquences : ¢ L’assemblée des dieux, avec un Jupiter 4 l’impo- sante barbe blanche, interprété par Laurence Olivier lui-méme ! II est, au sens propre du terme, rayonnant (des sortes de rayons bleus jaillissent de sa téte !). ¢ La scéne du combat contre la Méduse, absolument monstrueuse et répugnante (des serpents grouillent sur sa téte, son regard vert réduit a l’état de statue les guer riers qui s’accumulent, immobiles, autour delle). ¢ Le combat contre le monstre marin enfin. Animal gigantesque doté de plusieurs bras et de dents menacantes, il s’avance vers une Androméde chaste- ment vétue de blanc. Ce film peut étre, pour les éléves, l’occasion des tester, de facon plaisante, leurs connaissances (retrouver tel ou tel dieu (Vénus est facilement repérable puisqu’elle est jouée par Ursula Andress !...), tel ou tel personnage de la mythologie (Charon ou Danaé, la propre mére de Persée). C’est aussi un point de départ pour aborder le genre, parfois injustement délaissé, du péplum, mettre a jour ses régles et ses codes (hommage a un passé antique qu’il fait revivre, mais aussi prise de distance amusée avec des clins d’oeil comme ce monstre marin qui fait surtout penser 4 King Kong !). Le péplum en effet prend des libertés avec l’ceuvre de référence. Ainsi Persée passe par les Enfers ot il doit affronter un Cerbére... qui n’a plus que deux tétes! Il se déplace non pas grace aux ailes accrochées a ses pieds, mais sur le dos de Pégase (autre variante du mythe, qu’Ovide n’a pas retenue). Enfin, c’est avec la téte de la Méduse (détail visuellement plus fort) que Persée élimine le monstre marin et non avec son é€pée. D’abord figé, Vanimal monstrueux finit par s’effriter et sombrer dans la mer. LES METAMORPHOSES, 31 Par ce repérage, aisé et agréable a faire, les éléves prendront conscience des raisons de la survie des mythes antiques : force de ces histoires, prestige de ces héros, caractére trés visuel déja de récits comme celui d’Ovide, plasticité d’intrigues aisément modifiables. Orphée vu par Cocteau Le mythe d’Orphée a inspiré 4 Cocteau une piéce et deux films : Orphée (1949) et Le Testament d’Orphée (1963). De facon trés significative, l'histoire d’amour entre Orphée et Eurydice passe au second plan, tandis qu’est privilégié ce qui touche le plus le Cocteau poéte, dessi- nateur et peintre : le probléme de la création artistique. La blonde Eurydice est bien fade face a la mystérieuse Mort incarnée par Maria Casarés. Cette derniére ouvre au poéte les voies d’accés 4 un autre monde, celui des Morts et celui de la création poétique. Ce film, 4 l’atmosphére poétique et onirique envot- tante, est sans doute trop complexe pour étre vu dans son ensemble par des éléves de 6°, mais il peut étre étudié par extraits: les scénes montrant le passage du monde des mortels 4 l’au-dela au travers des miroirs / le comportement obsessionnel d’Orphée, rivé aux mes- sages radios qu’il capte dans le poste de sa voiture, phrases poétiques a la beauté étrange / la seconde mort d’Eurydice qui ne résulte pas, comme chez Ovide, d’un regard imprudent d’un mari passionné, mais qui équi- vaut a une sorte de suicide : elle se rend compte que son mari n’éprouve plus qu’indifférence et agacement pour elle et choisit de rencontrer son regard (quelle, sait fatal) dans son rétroviseur. I... comme Icare Henri Verneuil a, dans ce film de 1979, réutilisé le mythe d’Icare au milieu d’un décor et d’une intrigue tout 4 fait contemporains (grandes tours modernes, intrigue politique rappelant l’affaire Kennedy). Son 32 UN TEXTE ISSU DE L’HERITAGE ANTIQUE héros, un procureur interprété par Yes Montand, est un Icare moderne, désireux d’aller jusqu’au bout de sa quéte de vérité, refusant tout compromis. Il mourra de s’étre trop approché du Vrai (du Soleil), et tombe lui aussi, mais sous les balles des ennemis. Son épouse, auteur d’un ouvrage sur la signification des grands mythes, rappelle, 4 la toute fin du film, le sens du mythe, celui d’un avertissement aux gens trop imprudents. Et organisation qui élimine Volney s’appelle Minos ! IV. Orientation bibliographique A. Littératures latines Jean Bayer, Littérature latine, Armand Colin, 1965. [Un clas- sique. Présentation par auteurs, accompagnée d’extraits.] René Martin, Jacques GAILLARD, Les Genres littéraires 4 Rome, Nathan, Scadel, 1990. [Une présentation originale et trés fruc- tueuse, par genres. Ovide est ainsi traité aux chapitres « épopée », « poésie didactique » et « élégie », analysé dans sa facon d’abor- der ces différents genres, de s’inscrire dans une tradition tout en la renouvelant.] On pourra aussi consulter du méme Jacques Gaillard, V’Approche de la littérature latine, Nathan Université, 1992 [qui aborde plus briévement, mais dans une méme démarche d’esprit, les ceuvres latines]. Hubert ZEHNACKER, Jean-Claude FREDOUILLE, Littérature latine, PUF, 1993 [Mise au point claire et synthétique.] B. Ouvrages spécifiques sur Ovide Italo CALVINO s’est intéressé 4 Ovide et 4 ses Métamorphoses dans un chapitre de La Machine littéraire, Seuil, 1984 pour la traduction francaise. [Sous le beau titre « Ovide ou la conti- guité universelle », il met en lumiére le systeme complexe d’inter- relations entre les dieux et les hommes qui régit le monde ovidien (parentés, amours, haines, rivalité...).] Jean-Pierre NERAUDAU, Ovide ou les dissidences d’un poete, Hystrix, 1989. [Cet ouvrage passionnant replace la démarche LES METAMORPHOSES. 33 d’Ovide dans le contexte historique de l’époque, montrant com- ment, par ses choix de vie et ses choix d’esthétique, Ovide entre en dissidence avec le pouvoir d’Auguste, qui veut imposer ses propres dogmes politiques, moraux et méme littéraires au monde romain. L’analyse de Jean-Pierre Néraudau se porte tout particu- ligrement sur le livre XV o1 il décrypte, de maniére trés subtile, le discours d’Ovide qui, de fagon codée, par tout un jeu d’allusions, d’omissions, de rapprochements incongrus, émet des doutes sur les principes du pouvoir d’Auguste. Dans une période au classi- cisme dominateur, Ovide se démarque par un style et une facon de pensée « baroques » avant l’heure. Du méme auteur, on pourra lire, avec beaucoup d’intérét, la stimulante préface 4 son édition des Métamorphoses (Gallimard, Folio, 1992). Comme dans son précédent ouvrage, il y analyse en particulier le discours de Pythagore du livre XV, faisant apparaitre les distorsions qui exis- tent entre la pensée exacte de Pythagore et la présentation qu’en fait Ovide]. Simone ViarrE, L'Image et la pensée dans Les Métamorphoses d’Ovide, PUF, 1964. [Cette thése sur Ovide a renouvelé l’ap- proche de son ceuvre, grace a l'utilisation d’outils critiques neufs provenant de Bachelard ou de Genette.] Simone ViaRRE, Essai de lecture poétique d’Ovide, Les Belles Lettres, 1976. [Ouvrage trés riche. L’auteur refuse la division habituelle de l’ceuvre d’Ovide et cherche a mettre en évidence des constantes de son écriture, des caractéristiques de la sensibi- lité et de l’imaginaire ovidiens : obsession du temps, hantise du devenir, goat du mouvement, réflexion sur la relation avec autrui et avec soi-méme, conscience toujours présente de son identité d’artiste. Du méme auteur, nous signalerons aussi un article consacré aux figures de Pygmalion et d’Orphée dans Les Métamorphoses: « Pygmalion et Orphée chez Ovide », Revue des études latines, n° 46, 1969, p. 235 sq.] C. Editions des Métamorphoses : textes francais et textes latins L’édition de référence est celle des Belles Lettres (CUF), tra- duction de Georges Lafaye : texte latin et texte francais en vis-a-vis, 3 tomes. La traduction que nous utilisons est celle de Joseph Cha- monard (GF-Flammarion, 1966 ; 1" édition pour Garnier, 1936). Trois éditions récentes d’extraits des Métamorphoses, s’ap- puyant sur le texte latin, sont a noter : 34 UN TEXTE ISSU DE L’HERITAGE ANTIQUE © Les Métamorphoses, éd. MarieJosé FOURTANIER, Bertrand LACcosTE, 1995. [Commentaire de plusieurs épisodes : Daphné, Philémon et Baucis, etc.] * Etude des Métamorphoses par Hervé DuCHENE, Bréal, 1999. [Centrée sur le livre X : Orphée, Pygmalion.] © Premiéres Lecons sur les Métamorphoses par Pierre MARECHAUX, PUF, 1999. [Analyse des Métamorphoses comme une ceuvre se réfléchissant elle-méme, tel Narcisse se mirant dans sa fontaine, et questionnant les conditions de sa propre création.] D. La postérité d’Ovide Jean-Pierre NéRAuDAU, L’Olympe du Roi-Soleil, Les Belles Lettres, 1986. [L’ouvrage nous explique comment Louis XIV puisa chez Ovide toute une imagerie qu’il mit au service de sa propre gloire, que ce ftit comme motif de ballets, themes d’opéras ou décors picturaux ou architecturaux. ] Jean SEZNEC, La Survivance des dieux antiques. Essai sur le role de la tradition mythologique dans Vhumanisme et dans Vart de la Renaissance, Champs-Flammarion, 1993, 1" publication a Londres en 1940. [Ouvrage d’une immense érudition qui permet de comprendre pourquoi et comment les ceuvres latines (et tout particuliérement Ovide) ont survécu au Moyen Age etala Renaissance. II détaille les lectures qu’on en a faites et indique les diverses significations (morales, religieuses, historiques...) qu’on a pu leur donner. Au xvi‘ siécle, Ovide a méme traversé les mers, comme le dévoile Serge Gruzinski dans son ouvrage récent, La Pensée métisse (Fayard, 1999), qui montre comment les Indiens du Mexique ont réutilisé les motifs mythologiques ovidiens, que leur avaient apportés les religieux espagnols, en les peignant sur de grandes fresques a cété de leurs propres divinités. Enfin, il faut noter le splendide roman récent de l’Autrichien Christoph RANsmayr, Le Dernier des mondes (1988, traduit chez Flammarion en 1989, disponible au Livre de Poche). [L’auteur imagine qu’un ami d’Ovide, Cotta, part sur ses traces a Tomes, la « ville de fer » lointaine et sinistre ot il a été exilé. II espére retrouver le manuscrit perdu des Métamorphoses et voir fina- lement surgir chez les habitants de Tomes les figures mémes d’Ovide. Midas devient le héros d’une piéce de théatre d’Ovide qui fait scandale 4 Rome, Orphée le titre d’un film projeté a Tomes, Icare le motif d’une tapisserie tissée par Aracné, la sourde- muette. Quant a Echo, femme d’une étonnante beauté (4 la peau décailles !), elle est la confidente et l’éphémére maitresse de LES METAMORPHOSES 35 Cotta. Ce « dernier des mondes » est un univers étrange ot se mélent passé antique et univers du xx° siécle, dans une atmos- phére 4 la fois violente et poétique.] E. Ouvrages théoriques sur la métamorphose Francis BERTHELOT, La Métamorphose généralisée, Nathan, « Le texte a l’ceuvre », 1993. [Ouvrage essentiel qui analyse de facon extrémement claire l’évolution de la métamorphose, d’Ovide a la science-fiction. Il montre comment le fonctionnement et donc le sens des métamorphoses différe entre le poéme mythologique et les ouvrages de SF] Pierre BRUNEL, Le Mythe de la métamorphose, Armand Colin, « Prisme », 1974. [Analyse générale du mythe de la métamor- phose et de ses significations. Méme s’il y parle de facon intéres- sante d’Ovide, l’auteur s’attache surtout 4 La Métamorphose de Kafka et 4 Alice au pays des merveilles.] E Ouvrages sur la mythologie Pierre BRUNEL dir., Le Dictionnaire des mythes littéraires, Editions du Rocher, 1988. [Ouvrage indispensable pour connaitre les différentes lectures et interprétations qui furent faites de chaque mythe au fil du temps, cf. les chapitres consacrés 4 Daphné, Androméde, Narcisse, Orphée, Pyrame et Thisbé...] Pascal CHARVET dir., Le Ciel. Mythes et histoire des constellations, par Eratosthéne, Nil éditions, 1999. [Ouvrage joliment illustré, traduction d’un manuel d’astronomie d’un savant grec du III s. ay. J.-C. : pour retrouver dans le ciel les héros d’Ovide.] Ariane EIssEN, Les Mythes grecs, Belin, 1993. Emile GENest, Contes et légendes mythologiques, Nathan, 1929, réed. Pocket Junior 1994. [Pour les éléves, les mythes joliment racontés, avec un amusant cahier de jeux.] Pierre GRIMAL, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, PUF, 1951. [Indispensable.] René Martin dir., Le Dictionnaire culturel de la mythologie gréco- romaine, Nathan, 1992. [Rubriques claires accompagnées de pro- longements linguistiques, littéraires et artistiques. ] Jean-Pierre VERNANT, L’Univers, les Dieux, les Hommes, récits grecs des origines, Seuil, 1999.[Le plaisir des mythes racontés comme de belles histoires sous la plume d’un éminent conteur.] Sabine Roy-HERQUIN