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[MUSIQUE

]
Nous avons vu qu'il n'y a pas une
définition de l'éthique, mais que dans le
débat contemporain, il y a une
pluralité de conceptions de l'éthique,
qui se rattachent à des courants divers.
Parmi ces courants, certains s'enracinent
très loin dans notre histoire occidentale,
et c'est précisement au IVe siècle avant
notre ère que nous allons nous plonger
aujourd'hui, pour comprendre
l'éthique inspirée d'Aristote.
Si nous avons choisi de tourner malgré
le froid, dans ce Parc des Bastions de
l'Université de Genève, c'est parce que,
pour Aristote, cela signifierait beaucoup.
À la fois, parce qu'Aristote enracine
son éthique précisement dans la nature,
dans une conception qui comprend aussi,
le monde végétal,
le monde animal, et puis parce que
ce parc est au milieu de la cité.
Or, pour Aristote, l'éthique n'a de
sens que dans une conception politique,
au milieu, précisement, des gens.
Et comme nous allons le voir, l'éthique ne
concernera pas de grandes questions comme
la faim dans le monde ou la guerre ou
l'avortement, mais elle concernera,
d'abord, la vie ordinaire de ceux
qui passeront derrière nous,
pendant que nous tournons.
Aristote se situe dans un contexte,
un contexte d'une société qui n'est
pas la nôtre et qui, pourtant, porte des
questions qui restent encore les nôtres.
Dans son contexte, dans son époque, il y
a plusieurs courants de la philosophie.
Tous ces courants de la
philosophie partagent,
néanmoins, quelques traits fondamentaux,
et, en particulier, ces deux là.
Le premier c'est que, pour eux, l'éthique
concerne la question du but de l'action.
S je connais le Bien avec un grand B,
alors je saurais ce qui est bien.
Ce qui est bien,
c'est ce qui va me permettre d'attendre
ma finalité, d'atteindre le Bien.
On dit en philosophie,
qu'il s'agit d'une éthique téléologique,
le telos étant le but de l'action.
Tout ce que nous faisons, nous le faisons
pour atteindre un certain but, et ce but
c'est le Bien.
La deuxième thèse que partagent tous les
courants de l'époque d'Aristote, c'est
que, si il y a un but à l'action humaine,
ce but c'est tout simplement, le bonheur.
Tout ce que nous cherchons à faire,

Pour me sentir bien dans mon corps. Pensez à tous les courants. pour en réalité. un grand intérêt à définir l'éthique de cette manière-là. mais de s'accepter comme on est. Il faut essayer de modérer le plaisir. il faut accepter sa condition d'esclave. c'est de savoir comment est-ce qu'on va définir le bonheur? Il y a. Il faut alors essayer de comprendre ce qu'est le plaisir et d'essayer d'écarter les fausses conceptions du plaisir. Essayez de comprendre que si on est empereur. Tout ce qui te convient. on est un esclave. à cette époque. d'essayer aussi de comprendre ce qui nous fait du bien. il faut accepter sa responsabilité d'empereur. qui prônent une alimentation saine. mais je vais essayer de comprendre. Il y a évidemment pour Aristote. Si au contraire. aujourd'hui. maximiser le plaisir. Pour Épicure et pour les épicuriens à sa suite. il s'agit au contraire. vous avez un autre courant contemporain. comment être heureux? Ce sera la question centrale de la philosophie à cette époque. qui est de savoir pourquoi est-ce que nous nous comporterions selon ce que nous savons être bien? En l'occurrence.c'est d'être heureux. Or. la réponse est très plausible. qu'on appelle le Stoïcisme. je ne vais pas me goinfrer de tablettes de chocolat. ne pas rêver d'être un autre. comme Marc Aurèle. À l'opposé d'Épicure. de nombreux courants. et je n'en évoquerai rapidement que quelques-uns. Mais la grande difficulté de cette approche. C'est qu'on résoud ainsi une des questions les plus difficiles de l'éthique. le bonheur c'est le plaisir. Le premier grand courant se rattache à Épicure. Pour les Stoïciens. C'est exactement l'idée d'Épicure. nous le faisons parce que nous désirons être heureux. non pas de poursuivre la quête du plaisir. qui est un grand stoïcien. . comme Épictète. ce qui correspond le mieux à ce qui fait du bien à mon corps.

Platon va nous montrer qu'on est d'abord attiré par un beau corps. la représentation que vous vous ferez de cette feuille. Il y a Platon. ou une feuille de marronnier. Pensez au Mythe de la caverne. ne correspond pas aux réalités visibles. . le bonheur. il y a deux personnages centraux. qui partagent une certaine conception de la téléologie. son élève. et qu'en s'élevant ainsi dans l'abstraction des idées. et même si le destin me pousse à comprendre que ma vie n'a plus de sens. qui a le doigt pointé vers le ciel. que nous avons sous les yeux. pendant 18 ans. et même qu'on juge de la qualité morale d'un acte selon qu'elle nous permet d'atteindre. l'élève de Platon. Pour Platon. ou un très beau dialogue sur l'amour. le Bien. son disciple. vers le ciel des idées. Particulièrement important. ou de ne pas atteindre. L'eudémonisme veut dire que ce nous faisons c'est pour être heureux que nous le faisons. Si vous regardez un des arbres qui est derrière moi. pensez aussi au Banquet de Platon. qui. on atteint une réalité beaucoup plus véridique que le monde sensible. parce qu'Aristote a été. dit Marc Aurèle. puis par une belle âme. lui. immédiates.me convient au monde. Vous voyez combien c'est une position qui est complètement opposée à celle d'Épicure. vous voyez une nuée de philosophes. le Bien. à notre vie. et que vous imaginez une feuille de platane. puis par l'amour du Beau. mais elle sera sans doute plus vraie que le marronnier peut vous montrer ses feuilles devant vous. je devrais non seulement consentir à mourir. mais je devrais me suicider. l'École d'Athènes de Raphaël. mais à notre philosophie. Mais dans cette nuée de philosophes. Il y a donc différentes conceptions du bien. qui est le Platonisme. et il y a Aristote. sera différente de chacune des feuilles du marronnier. une certaine conception aussi de l'eudémonisme. et si on pense à une oeuvre d'art qui a été peinte beaucoup plus tard. Il y a un troisième grand courant à cette époque. vers cette réalité plus vraie que celle du monde sensible. ce qui donne sens non seulement à notre éthique.

c'est que. ce n'est pas à partir d'une conception du Bien abstraite qu'on va pouvoir concevoir la philosophie. il ne peut pas en être ainsi. Or. Ce que veut dire par le nécessaire. et non pas vers le monde des idées. c'est. sur le nécessaire. ou en tout les cas.a la main tendue vers la réalité humaine. sur le savoir. essayer par approximation de déterminer ce qui est bien. par une réflexion sur la connaissance. L'éthique donc n'est pas un domaine scientifique qui reposerait sur la connaissance du vrai. Or. Il ne peut pas en être ainsi pour une raison simple. parce que l'art . Quelqu'un qui a imprégné l'ensemble des sciences pendant des siècles. Si Aristote raisonne ainsi. c'est aussi un grand savant. mais une raison qui est une raison qui observe les phénomènes et essaie de déduire par l'observation et par la reconstruction mentale. il n'y a pas de vérité en éthique. certainement sur la raison. il n'y aura que des approximations. Aristote sait bien que la science repose. C'est que l'éthique porte sur le contingent. on ne pourra pas penser l'éthique comme on pense les sciences. Aristote n'est pas simplement un philosophe de l'éthique. Il n'y a pas de fondement scientifique à l'éthique. et c'est la base des sciences. mais c'est à partir de la réalité de ce monde. une chose est vraie pour l'un. On va flairer. une cause entraîne nécessairement le même effet. C'est à dire qu'on ne peut pas avoir de certitude. C'est que pour Aristote. non plus. une chose est différente pour l'autre. ou un philosophe du politique. Donc. des liaisons causales entre ces phénomènes. tâtonner. d'abord. pour l'éthique. différent pour l'autre. L'éthique n'est pas. un art ou une technique. La science repose sur la nécessité. en sachant que ce qui est bien pour l'un est peut-être mal pour l'autre. Cette image vous dit quelque chose de fondamental. La même chose.

repose sur un savoir-faire. mais sur ce qui est fait en rapport avec la personne bonne. Est-ce que cette personne est une personne de Bien? Est-ce que c'est un homme ou une femme de Bien? Est-ce que c'est une personne bonne? C'est là. elle. l'éthique est bien entièrement concentrée sur l'action. ni un savoir-faire. du sujet. Donc. mais à partir de celui qui la produit. pour Aristote. or l'éthique.et de l'art ou de la technique. pas sur des spéculations. C'est ça que vous devez retenir pour cette première séquence. [MUSIQUE] . l'éthique n'est ni une science.ou la technique produit des objets. Ce n'est pas à partir de ce qu'elle produit qu'on va pouvoir juger de la qualité de ce qu'elle est. un art ou une technique. sur ce qui est fait. ne produit rien. de l'agent. la différence de l'éthique.