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Communications

Ellipse sur la frayeur et la séduction spéculaire
Julia Kristeva

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Kristeva Julia. Ellipse sur la frayeur et la séduction spéculaire. In: Communications, 23, 1975. Psychanalyse et cinéma. pp. 7378;
doi : 10.3406/comm.1975.1349
http://www.persee.fr/doc/comm_0588-8018_1975_num_23_1_1349
Document généré le 03/06/2016

ne leur propose que ce qu'en retient le speculum du médecin : une surface désérotisée que je lui concède dans un clin d'œil par lequel je lui fais croire qu'il n'est pas un autre mais n'a qu'à regarder comme je l'aurais fait si j'étais lui — complicité de barrage à ce qui opère en deçà de la rétine. le mien. trompe-l'œil ou incitation à la spéculation. dans cette note. dans le visible. sur les frayages. pour que celui-ci cesse d'être simplement rassurant. panneau dans lequel il tombe plus que moi. des frayeurs innommables. non prise dans l'objet — le signe — le langage. et qu'il devienne. lorsque. vagues somatiques. elle fait passer l'agressivité. un visage. pourtant. non symbolisée : non verbalisée et donc non repré73 . mais seulement cet impact particulier de l'image projetée sur l'écran qu'on regarde en la voyant tout autrement qu'on ne voit les objets intervenant dans une action ou l'entourant. l'image cinématographique fait passer dans de l'identifiable (et rien de plus sûrement identifiable que le visible) ce qui reste en deçà de l'identification : la pulsion non symbolisée. Il fait sans doute plus que ça. — me livre une identité qui me rassure : car il me délivre des frayages. ne pouvant jamais trouver de miroir suffisamment satisfaisant. Le regard par lequel j'identifie un objet. ondes de couleurs. de cette pulsion. Tout spéculaire est fascinant parce qu'il porte la trace. mettons.Julia Kristeva Ellipse et la sur la séduction frayeur spéculaire « Bien que l'homme s'inquiète en vain cependant il marche dans l'image. du spéculaire fascinant. la frayeur. précisément. selon la capacité de l'image à se distancer d'elle-même. Pourtant. Je retiendrai. » Saint Augustin. Ce que je vois n'a rien à voir avec le spéculaire qui me fascine. l'autre. de mon corps rêvé. non pas tel trait de l'histoire de l'art cinématographique. il suffit que le frayage. tons. bruits antérieurs au nom. fassent irruption dans le vu. rythmes. Et appelle le fantasme à s'y reconnaître : à se perpétuer ou à se vider. Toute image et d'autres arts visuels sont assurément et autrement sur la même voie. en des termes plus brutaux. La spéculation intellectuelle dérive de ce regard identifiant. ou. mais. abri où l'on peut savoir sans se voir car on a relégué à un autre (la contemplation philosophique) le soin de représenter une (mon) identité aussi rassurante que trompe-l'œil parce que faisant le noir sur les frayeurs. Car la spéculation me socialise et rassure les autres de mes bonnes intentions de sens et de morale. à l'image — pulsations. de cette agressivité. accrocheur : l'hystérique en sait quelque chose. A l'intersection entre la vision d'un objet réel et l'hallucination. elle se retrouve dans la théorie — point de mire de toutes les intentions sensées et insensées. Le cinéma nous saisit en ce lieu.

« Sur la scène tous les éléments doivent exprimer de manière spatiale et temporelle le contenu interne du drame. Appelons ces informations supplémentaires des « traces lektoniques » : il s'agira toujours d'une distribution bien réglée de ce qui apparaît comme une relève des processus dits par Freud « primaires ». sculpture.. donc déjà à ce contrat désirant qu'est l'exprimable (le lekton des stoïciens). diagonale. dans le fonctionnement « symbolique » complet d'un sujet parlant. Matisse. — la scène primitive : « Le retour d'un soldat du front qui trouve sa femme enceinte. Dès ses débuts. et une tendance oblique. comme sous-jacentes aussi à l'écriture mathématique. frontale. Webern. ne saurait laisser l'impression d'une tendance à 1' « abstraction mathématique » dans l'art moderne. ce que j'ai appelé un réseau de « traces lektoniques ». sont là pour nous le rappeler. lorsqu'il poursuit. condensations. mais à l'attitude du sujet vis-à-vis de l'objet. qu'à celui qui supprime la valeur « lektonique » d'une pratique signifiante : qui supprime cette dimension où le sujet choisit de tracer. Paradis). » Du point de vue gniphùjup. Rothko. avec Eisenstein notamment. Notre solution (dans l'épisode en question) consiste dans la nette confrontation des deux tendances que représentent deux complexes spatiaux différemment caractérisés — une tendance droite. Que l'art moderne — peinture. le cinéma semble suivre cette tendance de l'art moderne en général. ces dernières. tons. rythmes. où Eisenstein met en scène cette situation exemplaire pour ce qui est du spéculaire puisqu'elle appelle au fantasme de l'invisible fondamental. Organisation minutieuse de l'espace. ou des processus préverbaux. Cette information n'a plus trait au « réfèrent » (ou à l'objet). un projet obstiné de faire passer. énigme à ne pas faire sauter immédiatement aux yeux. pour les autres et donc dans de l'exprimable (image ou verbe). une dimension «rythmique». Tel ce cours devant les élèves cinéastes. « sémiotiques ». et dans laquelle se chiffre l'angoisse du cinéaste qui doit susciter celle du spectateur plus profondément que ne le fait l'image-signe référentiel. intervention calculée de chaque son et de chaque îéplique. et destiné à provoquer ou à étayer la conflictualité du désir de savoir d'où est venu l'enfant. Schônberg. Klee. par tel formalisme pris à la géométrie euclidienne ou à la topologie. dont l'existence fait d'un signe (qu'est l'image) un symptôme (qu'est le spéculaire). des acteurs et des répliques. « écrire relève de la terreur » (Sollers. mais combien plus proche de la théorie.Julia Kristeva sentée. couleurs. fait de langage en même temps que de représentation : déplacements. son agressivité et /ou sa terreur. «plastique». au détriment de l'imagesigne d'un réfèrent. au signifié. Nommons donc spéculaire le signe visible qui appelle au fantasme parce qu'il comporte un excédent de traces visuelles. avec et par-dessus l'image-signe référentiel. Que leurs productions se laissent penser. figures — toujours en excès par rapport au représenté. au trop visible..i dessin»' ainsi pnr Kisr 74 . \o scln'iiiii **cr. mutiles à l'identification des objets. parce que chronologiquement et logiquement antérieur au fameux « stade du miroir ». digne du plus savant des topologues. musique — ait trouvé son domaine privilégié dans la distribution de ces traces lektoniques. placement rigoureux de chaque objet. » II y déploie un art de la distribution des objets. disons : qu'ils se laissent spéculariser. A moins de les voir. devaient adjoindre.

espace. que le signifiant perd son caractère indirect de jeux de mots lourds ou de symbole mortel » (S. p. abonde en ce type de schémas. couleur. tome IV. on le sait.. à inciter et à consumer l'agressivité et /ou l'angoisse du spectateur. serait-il le cinéaste par excellence? Le public moderne l'enregistre bien : du plus « sophistiqué » au plus « vulgaire ». F. intensités variables. Et d'ailleurs. 58. « mélodique » chez Walt Disney. intonations. passe aujourd'hui non plus par Œdipe. 1966). ton. a un an et ne parle que par écholalies : rythmes. Même recherche de « traces lektoniques ». Comme si les drames vocaliques antérieurs s'étaient projetés sur l'objet visible. L'horreur représentée est le spéculaire par excellence : Hitchcock. car ce qui compte n'est pas là : ce qui compte. et il semble qu'il ne voit pas les objets autrement que comme des prolongations embarrassantes et accidentelles de son corps encore dispersé. 60. sans doute de façon maximale. mais déjà en train de s'organiser par le premier ordonnateur : le rythme. dans ce chiffrage qui est. qui est la marque de l'agressivité et /ou de l'angoisse suscitées par le contrat désirant avec quelqu'un d'autre. dès ce niveaulà. dans les multiplicités innombrables de ses manifestations particulières éternellement variables. 276 s. p. Il voit aussi le magnétophone et. Au-delà des étoiles. Le frayage présymbolique. Ces positions se retrouvent également dans les considérations d'Eisenstein sur l'image cinématographique et le rythme : « organique » chez lui. « métrique » chez Poudovkine. d'éléments non pris en charge par le signe trop visible ou trop signifiant. figure) la pulsion — l'agression — qui nous est revenue de l'autre sans réponse. Quelques mois après. se dépose donc de la manière la plus archaïque. Le micro peut enregistrer sa voix sans qu'il proteste : ce sont des enregistrements du drame entre l'émission sonore et la respiration. a déteint sur un objet visible qui se charge de représenter la pulsion sous-jacente à la fonction verbale. des réglages pénibles entre intensités et fréquences. plus c'est bête. réglage nécessaire à toute société. les objets se mettent à exister : F. non consumée. joignant le rythme eisensteinien à la vision de la terreur. le rythme est toujours une nécessité interne indispensable à ce qui est pour lui la représentation au cinéma (cf. pour servir. ou par l'alternance d'horreur et d'enjolivement dans les pornos. des étouffements. non symbolisée. le « rythme » de l'espace et de la couleur. lorsqu'il s'agit du discours dans un film : « C'est seulement lorsqu'on peut entendre le signifiant (Oboznacenije) non pas comme des signes refroidis des phénomènes. mieux c'est. c'est que le spéculaire présente par son signifié direct (l'objet ou la situation représentée) et qu'il chiffre par son rythme plastique (ce réseau d'éléments lektoniques. Paris. l'insupportable de l'apprentissage vocalique demandé par l'adulte. cet effet s'obtient. lorsque l'image elle-même signifie cette agressivité.r> .Ellipse sur la frayeur et la séduction spéculaire Le cours. pour le visible. Pourtant. donc le rejet de l'adulte. les voit. Moscou. et donc la plus prégnante. les cache. sa simple apparition provoque les pleurs. Electre ou Oreste. quand ce n'est pas simplement par les coups de fusils de n'importe quel western. 1974). mais lorsqu'on l'appréhende dynamiquement. La catharsis. Au 7. p. les perd. 10/18. quel que soit notre stratagème pour que l'appareil ne gêne en rien ses mouvements. mais par les Oiseaux et Psychose. et qui est en conséquence restée non captée. Eisenstein. nous ne résistons pas aux vampires ou aux massacres du Far-West. son.

) se prête à cette rythmisation et à cette représentation cathartique. voyant ou vu. qui figure l'instance première de représentation visuelle et /ou symbolique. mon œil ou son œil. si l'on peut dire. masse maléable. qui devient le « mauvais objet ». Conséquences : non seulement le spéculaire absorbe les frayages pulsionnels archaïques. qui se consumait auparavant dans les écholalies. mais toujours séducteur : le spéculaire sera prime d'un plaisir refusé. Le spéculaire : dépositaire final et le plus efficace des agressions et des angoisses. L'indistinction objet-déchet /œil-instance symbolique. quelque chose entre la grenouille et le crocodile. la subordination au père pour un coït anal (fantasme de pénis anal et de naissance cloacale) et une greffe. du regard qui est toujours un œil de l'autre. Il le rappelle déjà par son économie (processus primaires -j. les rêves n'attendent pas le divan de l'analyste : ils circulent comme des dons. rien ne garantit que cette séparation soit jamais nette et définitive. Le spéculaire n'en reste pas moins le maître absolu. débarrassé de ce territoire antérieur au stade du miroir où « je » dépendait de la mère. Dans le courant des amitiés. d'abord et avant tout. Séducteur : c'est-à-dire dérivateur des frayages (rythmes. aux deux niveaux. Si la séparation nette de ces deux ordres. Rêve cauchemar ou rêve de délices. s'accompagne immanquablement d'une autre : l'hésitation autour de la différence sexuelle : actif ou passif. se constitue comme un et identifiable : l'image. ondes somatiques. « je » pourrait leurrer les autres en leur adressant la pulsion (agressive) comme un appel (désirant). support et captation de l'agressivité et de l'angoisse. C'est au spéculaire qu'aboutit donc la dérivation de la pulsion. la pulsion. lui-même non encore séparé du corps propre. ce cinéma privé de public. Tout matériau sémiotique (couleur. vagues de couleurs) vers ce point de mire impossible où doivent converger les séries jamais achevées des images dans lesquelles « je » se constituerait enfin identique à soi-même. etc.. n'aura jamais assez lieu. menaçant et séducteur. des amours. Montage exemplaire entre la pulsion anale. même lorsqu'il ne l'explicite pas aussi spectaculairement. brusquement entre le père d'A. les agressivités non symbolisées. parce que l'image est désormais là. mais il les pourvoit et pour cela même séduit. Mais c'est aussi parce que cet objet vu est devenu possible. œil paternel. comme sic'était la membrane de l'œil. et l'œil paternel. se voit représentée maintenant par un objet. Le rêve. multiplié. A. ni homme ni femme. avant le verbe dont elle ouvre la voie. « homme » ou objet-érotique-sadisé par le père (« femme »). et 76 . est là pour rappeler combien dramatique et jamais achevé est l'apprentissage du symbolisme (image ou langage). plus ou moins indistinct d'elle. morcelé. comme l'est en même temps l'acceptation de la différence sexuelle. que ne le fait l'obsession d'A.Julia Kristeva moment même où la simple écholalie devient une fonction symbolique. Pourquoi? Parce que c'est par le regard. assure le refoulement et la position de maîtrise du sujet sur son corps. qui voit la bête et menace de punir. que l'apprentissage du langage comme système de signes à fonction communicative est assuré. Désormais. Quand les excréments débordent le vase et se transforment en une « grosse bête ». son.représentation et processus secondaires). dans l'ordre éveillé. Remarquons l'indissociation entre l'objet en tant que déchet. en rapport métonymique avec elles. nous figure une identité qui ne serait désormais qu'imaginaire. et fourvoyeur-séducteur magistral. greffe d'une jouissance qui n'a pas pu avoir lieu. mais à peau transparente. fait souvent le même cauchemar : il a quatre ans. sur le même vecteur désirant. que le corps découpé par les rythmes et les intonations des écholalies. sur le signifiant et sur les autres. car elle commence à désigner des objets séparés vus comme tels. il est dans la salle de bain sur son pot.

socialisante). De plus. l'homme et la femme. contractuelle. N'entrons pas dans les implications théologiques de ce constat pour la foi chrétienne. une fois de plus. Chronologiquement dans le développement de l'enfant. et logiquement dans le fonctionnement de l'adulte. même et encore plus si elle n'est pas l'image d'un objet identifiable. Hitchcock. terreur et fascination. Invisible. du moment où elle est. On la fantasme : Don Juan. l'homme doit l'éprouver aussi bien que la femme. Mais quel sacre de frayeur et de séduction. à traverser les deux zones et à tenter les deux identifications — la maternelle. Saint Augustin. pour saint Augustin. S'il fallait un blason au spéculaire : ce serait Don Juan. De le savoir lui permet ce geste merveilleux d'inversion de l'Écriture : 77 . le spéculaire demeure le support le plus avancé pour l'inscription de la pulsion (par rapport au son ou au matériau tactile. L'ordre symbolique est assuré dès qu'il y a des images. comme « immascible ».. quand ils ne le laissent pas voir : Eisenstein. désirante.Ellipse sur la frayeur et la séduction spéculaire c'est de lui que commence le leurre identificatoire avec sa danse narcissique. dit et consolide la vérité de l'ordre symbolique et fantasmatique pour deux mille ans de christianisme. œil qui radiographie l'intérieur des viscères. Schônberg. imagée. et la liesse des idolâtres séduits par le « veau d'or ». Le spéculaire est en conséquence aussi le départ le plus précoce des signes. ils seraient amenés. On la rêve avec ou sans image : corps éclaté. entre son Moïse et son Aron : entre la menace (divine) qui éclate avec le tonnerre sans image. On l'écoute : Mozart. car la croyance est elle-même image : elles se constituent toutes les deux par les mêmes procédés et à partir des mêmes termes : mémoire. l'un et l'autre sexe. Ce nœud frayeur /séduction.. caméra qui suit le fil tordu des cavités. vue. elle soutient la quête transcendantale. les crises psychologiques ou bien les circuits de capitalisation que déclenche toute innovation picturale) devient. qui aurait pu avoir (et qui sans doute a) des effets analytiques (cf. Schônberg aurait pu y trouver la solution de ce débat qu'il dit lui-même faux. à chevaux. par le commerce cinématographique. C'est pourquoi aucun art visuel n'ose s'y mesurer : rivalité intenable. Dans ce que le spéculaire leur propose comme nœud entre la frayeur et la séduction (la trace pulsionnelle et la dérivation signifiante. ou bien. reste le soulagement cathartique. on se contente de la séduction à cinq ou dix francs. Que l'un ait trait à la dépendance de la mère. on flatte les identifications narcissiques. Épreuve de la différence sexuelle — de l'homosexualité. et son amour pour le père — en meurtre réciproque. de la séduction bon marché : on tire vite le voile sur la frayeur. ils s'y retrouvent différemment. par exemple). auxquelles on croit immanquablement. et l'autre à l'appel adressé au père. séducteur parce que maître qui défie les pères et connaisseur des femmes qui ne compte jamais avec une. Mais la grande séduction spéculaire n'a rien à voir avec ça. avec la musique de Schônberg. Remarquons seulement que. quelque déformée ou viciée que puisse être une image. loi et transgression. Frayeur et séduction. ou bien bleu-rougevert qui s'élèvent sur ailes. Salle vide. et amour ou volonté. Mais s'ils entraient dans le jeu. le héros spéculaire idéal. Je rêve d'un film impossible : Don Juan par Eisenstein et Hitchcock. transformant la passion pour une mère tue en une série de maîtresses. la paternelle. dans les « navets » et pour être à la portée du goût petit bourgeois. lorsqu'il spécifie l 'image comme constitutive de la mens. toujours ambivalent. heurt avec la psychose — ils n'arrêtent pas de le laisser entendre. des identifications narcissiques et de la transe fantasmatique d'une identité parlante à une autre. soulevé par des portées tonales.

plus que quoi que ce soit d'autre. Les Images. Université de Paris VII U. cependant il s'inquiète en vain. S'il n'est pas cette démystification.. des signes multiples (dégorgeurs d'angoisse). saint Augustin propose : « Bien que l'homme s'inquiète en vain.E. XIV.R. pas d'antifilm possible? Tout spectaculaire serait-il d'avance réglé et versé sur le compte de l'ordre? — II reste. » Car. total. toujours dans le fantasme. mais aussi le décalage entre son et image. » L'acteur cinématographique chez Chaplin. Alors. connaît. une nouvelle ère dans l'imagerie occidentale : « Bien que l'homme marche dans l'image. le spectateur accumule. dans la fascination filmique. De la Trinité. Chaplin ou la sidération spéculaire: le vers dans l'ordre réussi de la psychose incarnée. l'identité s'écroule et le « Dictateur » est scié. IV. l'éclat de rire : mais. Ps. 6). Bresson). à distance de sa fascination. pour que sa frayeur et sa séduction éclatent de rire et de distances. il ne marche plus. tamen vane conturbatur : thesaurizat et nescit cui congregabit » (Bien que l'homme marche dans l'image. et « il ignore pour qui il amasse » (se croit à l'abri du pouvoir qui lui projette ces supports identificatoires). 1 Avec le cinéma. dans la pénombre des églises. . XXXVIII. discours et représentation. lorsque c'est l'image qui rit. par le cinéma. ou le « démontage impie de la projection » par le mouvement même de la caméra (Godard. Le « Dictateur ». cependant il marche dans l'image.Julia Kristeva au lieu de : « Quanquam in imagine ambulat homo. Le calme règne devant l'enfer mis en image. l'efficace sémiotique du monothéisme atteint son comble : rien de mieux que le film pour accomplir le constat augustinien : « Bien que l'homme s'inquiète en vain. il accumule et il ignore pour qui il amasse. La fascination spéculaire capte la frayeur et la restitue à l'ordre symbolique. qui la travaille avec ses propres moyens et en rit en connaissance de cause. JULIA KrISTEVA. plus qu'il ne saurait le faire ailleurs. Il fallait sans doute que la fascination spéculaire arrive à son accomplissement parfait. le cinéma ne sera rien d'autre' qu'une autre Église. L'art chrétien. cependant il marche dans l'image » (cf. de Science des textes et documents. multiplie et exploite cette fascination. tiennent le spectateur. 7). ici comme ailleurs.