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Annales. Économies, Sociétés, Civilisations Mise au point à propos de l' « Atlas des centuriations

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Caillemer André, Chevallier Raymond. Mise au point à propos de l' « Atlas des centuriations romaines de Tunisie » [Quelques questions de méthode]. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 13année, N. 2, 1958. pp. 304-307;

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: 10.3406/ahess.1958.2739 http://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1958_num_13_2_2739 Document généré le 13/05/2016

DÉBATS ET COMBATS

Mise au

point à

propos

de Г « Atlas des centuriations

romaines de Tunisie »

Quelques questions de méthode

Un récent article risquant de créer un grave malentendu 1 sur la nature de notre Atlas publié par l'Institut Géographique Rational, il nous

et de répéter

— on voudra bien nous en excuser — ce qui a déjà été écrit. La première critique formulée concerne la reproduction des données du vieil Atlas archéologique de Tunisie (médiocre peut-être, il a du moins le mérite d'exister). Pîous avons indiqué dans notre premier article 8 le mode de réalisation de Y Atlas (dont les cartes portent d'ailleurs la mention : type 1922) : le report des calques d'interprétation

paraît indispensable d'apporter ici quelques précisions

photographique a été réalisé sur les fonds de cartes existants, c'est-à-dire que les données des cartes ordinaires (les sigles RR en particulier) y figurent

d'office (y compris les traits du paysage moderne : voies ferrées

évidemment, rien à voir avec la centuriation). Tous les noms de VAtlas

archéologique n'ont d'ailleurs pas été repris : « beaucoup de noms anciens

dont l'identification n'est pas sûre ont été provisoirement omis

qui n'ont,

le

remplacement de Y Atlas archéologique sera nécessaire » ; les « ruines préhistoriques [sont] fort nombreuses en Afrique, et souvent prises pour des ruines romaines », écrivions-nous en pensant précisément à Y Atlas incriminé 3. On aurait, nous dit-on, souhaité un inventaire préalable. Le problème méthodologique, puisqu'il est question de méthode, réside justement là. Dans le cas d'un tel inventaire, en eflfet, Y Atlas n'eût jamais été réalisé :

on se doute que la reconnaissance, préliminaire à la publication, des milliers de vestiges inconnus découverts sur photographies aériennes aurait exigé plus qu'une vie d'homme. Il est d'ailleurs notoire que ces reconnaissances sur le terrain ne seraient pas toujours possibles dans les circonstances actuelles. ]>ïous n'avons d'ailleurs jamais cessé de réclamer des vérifications sur place : « le remplacement de l'ancien Atlas devra être précédé de multiples vérifications au sol » 4 ; « des voyages sur place

1.

2.

Annales, 1957, p. 460 et suiv.

Annales, 1954, p. 436.

Ibid, et p. 452.

3.

4. Ibid., p. 436.

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LES CENTURIATIONS ROMAINES

seront nécessaires » г ; « d'indispensables vérifications sur le terrain » *. Autrement dit, VAtlas n'a pas été donné comme un point d'arrivée, mais comme un point de départ, une base de travail pour les recherches futures ; « les nouvelles cartes ne prétendent nullement remplacer Y Atlas archéologique » 8. IS Atlas représente donc une somme de données objectives (« le travail a été réalisé avec une objectivité parfaite : on s'est contenté d'enregistrer les faits sans chercher à les solliciter par des hypothèses » 4) mise à la disposition des chercheurs. On aura d'ailleurs remarqué que les nouvelles cartes ont été publiées sans texte, avec une simple préface destinée à la présentation. Nous nous réservions de fournir parallèlement les commentaires historiques que nous jugerions nécessaires pour la partie nous intéressant plus spécialement, c'est-à-dire la centuriation romaine. En effet (et c'est la seconde critique qui découle de la première), nous n'avons jamais « considéré a priori que toutes les ruines et limites découvertes étaient d'époque romaine » 6. Là encore, renvoyons à ce que nous avons écrit (en 1954 et 1957) : « Sur les cartes ont été reportées toutes les traces de centuriation et les ruines apparues » (il n'est pas

question de ruines romaines) 6 ; « Les enceintes néolithiques apparaissent sous

les fermes romaines » 7 : « Richesse des surimpressions

et des cromlechs préhistoriques aux vestiges byzantins, arabes et modernes » (les tranchées de la dernière guerre !) 8. « De nombreux monuments mégalithiques qui apparaissent sur les photographies aériennes

Pourquoi, dira-t-on alors, l' Atlas a-t-il été intitulé « Atlas des eentn-

riations romaines » ? Parce que n'ayant pas eu la prétention de le baptiser « Atlas archéologique », en l'absence de l'inventaire proclamé nécessaire, « nous avons d'abord fixé notre attention sur les vestiges du cadastre » 10 qui représente, nul n'y contredira, l'apport principal des nouvelles cartes. Nous n'avons pas parlé dans nos deux premiers commentaires dee

qui va des enclos

» '.

ruines préhistoriques ou arabes qui échappent à notre spécialité, espérant que quelque autre s'y attacherait (nous avons insisté à plusieurs reprises

sur la nécessité du travail d'équipe

à condition qu'il soit constructif).

Une critique annexe concerne la présentation même de l'Atlas des

1. Ibid., p. 459.
2.

Annales, 1957, p. 286. D'autant plus que nous croyons savoir où il faut

rechercher les bornes de la centuriation.

3. Annales, 1954, p. 436.
4.

5. On peut croire que nous sommes ravis de nous retrouver ici en compagnie du

Ibid., p. 434.

technicien qu'est le colonel Baradez.

Annales, 1954, p. 436. P. 449.

6.

7.

8. P. 452.

9. Annales, 1957, p. 281 et n. 2 : découverte, grâce aux nouvelles cartes, d'un

sanctuaire punique. 10. Annales, 1954, p. 436, n. 1.

.

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ANNALES

centuriations. « Toutes les ruines, nous dit-on, sont signalées de la même encre et du même signe, tout comme si elles étaient, elles aussi, d'époque romaine. » Indépendamment des difficultés matérielles de typographie que soulèverait une impression en plusieurs tons sur des cartes en couleurs, comment exiger avant l'inventaire souhaité la datation des dites ruines ? Nous n'avons jamais prétendu que la photographie aérienne pût fournir, en elle-même, de critère pour la datation, ni même toujours pour l'identification des ruines. ISious nous sommes au contraire appliqués à montrer comment le raisonnement peut suppléer à cette insuffisance 1. En ce qui concerne le détail des problèmes historiques 2, nous ne pouvons que renvoyer à un essai déjà annoncé, actuellement sous presse, de chronologie des centuriations romaines de Tunisie 3 où nous n'avons pas

négligé les antécédents indigènes de la mise en valeur des sols : il nous semble en particulier que la découverte trop peu connue — faite par l'Institut Géographique National, en 1947 — de quadrillages préhistoriques algériens 4 pourrait donner une solution au problème des cultures en terrasses. Nous n'aurions pas, somme toute, dans notre interprétation, fait une place assez large à la remarquable civilisation arabe 6. La question de savoir si les centuriations peuvent être attribuées certainement à l'époque romaine a déjà été posée au Congrès d'Alger (1954) e. Il nous semble inutile d'y revenir, puisqu'on nous accorde maintenant que les carroyages réguliers et du module de 20 actus sont romains. Nous n'avons jamais rien dit d'autre et il est faux d'écrire : « Les auteurs considèrent a priori que toutes les limites à forme géométrique ou non [non ! c'est justement là le point important] appartiennent à l'antiquité. » Nous renvoyons une fois encore à ce que nous avons écrit en 1954 et 1957 : « Nous voudrions réserver le terme de centuriation aux réseaux

pour qu'il

géométriques à l'exclusion d'autres plus ou moins disciplinés

s'agisse d'une véritable centuriation, il faut que les unités soient romaines » 7. « II est toujours possible de trouver à quelque distance les uns des autres des tracés parallèles ou perpendiculaires entre eux. 8 »

1. Annales, 1954, p. 450.
2.

Ayant fait, dès 1956, l'objet d'une thèse déposée à l'Ecole des Hautes Etudes.
3.

4. Cf. Bulletin du Comité des Travaux historiques, 1946-1949, p. 190.
5.

A paraître dans les Mélanges de V Ecole Française de Rome, 1958.

Nous n'avons pas considéré comme romaines les installations hydrauliques de

Kairouan, p. 462, n. 3, étant donné que ce folio ne figure pas dans VAtlas. Quant aux massifs triasiques (p. 464), il suffit de quelques connaissances en géologie pour les

identifier.

6. Cf. les Actes parus en
7.

1957, p. 63.

Annales, 1954, p. 455. C'est justement la raison pour laquelle les feuilles de

Tunisie sur lesquelles les divisions du sol ne sont plus géométriques, c'est-à-dire cessent, au moins apparemment, d'être romaines, n'ont pas été publiées dans ГAtlas des

centuriations.

8. Idem, 1957, p. 283.

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к

LES CENTUBIATIONS ROMAINES

« On observe [dans le Sud] des réseaux qui se superposent plus ou moins

et dont certains sont encore utilisés. C'est ce qui empêche de définir avec

certitude comme un groupe de centuries le quadrillage

à aucun système » x. Ptous ne pensons pas qu'il soit possible d'être plus nets ni plus prudents. Evoquons enfin rapidement le cas des « murettes qui suivent les courbes de niveau, mais ne s'encadrent pas dans le quadrillage des centu- riations romaines ». Cela ne signifie nullement que les deux ne sont pas contemporains : les subdivisions pouvaient parfaitement s'adapter au terrain si le cadre formel de la centurie (qui seul intéressait l'État romain) ignorait, lui, le relief, pour demeurer géométrique a. ]>íous n'avons pas ignoré d'ailleurs, dans quelques cas, la réalité de réseaux superposés. On peut se reporter, par exemple, aux photographies de Tunisie de l'Institut Géographique Ptational (nos 54-106 et 41-50-129) où la centuriation raccordée à tout un système, de module romain, fort effacée (parce que les ravinements, qui suivent d'ailleurs sa suggestion, ont eu des siècles pour agir sur elle), mais dictant la répartition des ruines antiques, se distingue nettement du lotissement moderne encore utilisé, de module différent et d'extension restreinte, qui l'ignore. Pïous nous

proposons d'y revenir. Quant aux zones de subseciva, elles se retrouvent, à côté de terrasses de cultures, à l'intérieur de centuries, en Italie et dans diverses provinces de l'empire romain, que nous étudions actuellement 3, et qui furent ignorées des agriculteurs arabes du IXe siècle.

qui ne se rattache

André Caillemer (Paris), Raymond Chevallier (Rome).

Le

mot de

la fin

revient à

M.

Despois :

Je ne pense pas utile de poursuivre la discussion. Il n'y a aucun « malentendu » au sujet de l' Atlas : les quelques réserves que j'ai faites à son sujet ne m'ont pas empêché de le qualifier de « magnifique » et « précieux instrument de travail » et de « belle réalisation technique ». C'est à une interprétation beaucoup trop exclusivement romaine que je m'en suis pris ; or les réponses qui me sont faites dans la seconde moitié de la note de MM. Caillemer et Chevallier ne concernent que des détails ou me paraissent en marge du débat. Les lecteurs ont en main les données de la discussion : ils seront juges.

Jean Despois.

1. Idem, p. 285.

2.

Cf. Annales, 1954, p. 455.

Cf. nos « Cadastres d'Istrie et de Dalmatie », Boll, di Geodesia, avril-mai 1957.

8.

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