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Être humain

En philosophie, parler d'être humain, en lieu et place du terme générique d'« Homme », c'est emprunter la voie qui peut permettre de
répondre à la question que se posaitKant, dans le sens où il se la posait,« Qu'est-ce que l'homme ? ».

Le questionnement porte sur sa nature intime, plutôt animal ou plutôt proche d'une nature divine, libre ou étroitement conditionné par
son milieu, l'être humain, dans la diversité de ses figures historiques, capable du meilleur comme du pire fascine depuis l'origine la
pensée philosophique occidentale. L'article tente de résumer les principales étapes de cette compréhension de l'homme par lui-même,
depuis l'ancienne Grèce jusqu'à nos jours, de la période où triomphe le sujet cartésien jusqu'à sa récente dissolution dans la
N1
« phénoménologie » contemporaine .

La Création d'Adam par Michel-Ange

ce n'est plus un simple verbe d'état. la faculté de raisonner » . le rapport privilégié à l'être. de l'homme comme animal raisonnable si elle a pu longtemps suffire. Penser l'homme 3 comme « être humain » et non comme être vivant c'est tenter de penser une altérité « » radicale entre l'homme et l'animal . associés à l'« animalité raisonnable ». Dans la définition métaphysique traditionnelle « l'homme est présenté d'emblée comme un certain être qui à la différence des autres animaux . comme le travail. Depuis les débuts de la philosophie grecque les traits spécifiques attribués à l'« être humain ». Or une telle définition. la liberté. la conscience de soi et . subjectivité. l'art. « Si en effet le chat est toujours félin ou le chien canin. qui ne se limite pas à la faculté de raisonner et qui contrairement aux autres animaux a « à être » ce qu'il est. Sommaire Vue d'ensemble Perspective historique Grecques Chrétiennes Renaissance L'irruption du sujet L'antihumanisme philosophique Les questions traditionnelles La nature humaine La condition humaine La dignité humaine La question de l'éthique L'être humain comme sujet Cartésianisme. la souveraineté du Je. que cela soit la parole. représentation La fin de l'homo humanus L'homme dans le système technicien Le constat phénoménologique L'existence en lieu et place de l'essence L'existence se déploie comme Souci L'existence se déploie comme « être-au-monde » L'existence se déploie dans le temps et l'espace Existence et finitude Les voies d'un nouvel humanisme Le langage L'ek-sistence Notes et références Références Notes Annexes Bibliographie Articles connexes Liens externes Vue d'ensemble Questionner l'« être humain » dans son essence est la question la plus importante de la philosophie. « être » est devenu transitif. la ressemblance au divin. ne permet pas de saisir la manière propre de l'homme. il lui arrive même d'être inhumain. ont été nombreux et variables. N 2 qui lui assure un certain rayonnement. voire de se faire complice de l'irruption de l'inhumain » . etc. l'homme et c'est bien là son drame n'est pas 2 toujours humain. serait doué d'un faculté 1. Dans l'expression « être humain ». Beaucoup d'autres attributs ou capacités ont été successivement mis en avant.

La part de l'humain dans l'homme ne donnait pas lieu à débat autre que pratique et leur intérêt était plutôt dirigé vers la part divine qu'ils pensaient y 6 découvrir . L'homme conçu comme zoôn logon ékhôn. . vers tronc . à la Cité. de rechercher ce qu'il y a de plus noble et de plus élevé dans l'homme.-C. N3 transposée par les latins. l'idée que tous les hommes soient égaux par nature est apparue chez les penseurs de la Grèce ancienne. ce qui sans quoi l'homme perdrait philosophiquement en partie ou en totalité son humanité. pour Héraclite écrit Françoise Dastur . a pour siège la partie supérieure du Discobole Lancellotti dans le palais Massimo alle Terme en marbre. C'est cette vision duplice initiale de l'homme en tant qu'« animal raisonnable » qui. le cœur. Les Grecs n'ont même pas de mot pour exprimer ce concept d'« être humain » qui est toujours « relatif à. la raison qui peut connaître la vérité. Cette détermination spécifique par l'animalité et la pensée accompagnée par la distinction toute aussi aristotélicienne entre l'âme ou esprit et le corps régnera. si importante pour nous. la culpabilité. selon Michel 4 Haar . une direction .la conscience de la mort. l'être-avec. le narcissisme. et pour les penseurs au Cosmos lui-même.. Leur première vision de l'« être humain » dans son individualité est celle qui est associée à l'idée d'« animal 5 politique » . préside aux fonctions de nutrition et de reproduction. puis l'homme [. « L'homme tient à la fois au monde sensible et au monde intelligible. Dieu. comme son nom l'indique. S'interroger sur l'essence de l'homme. idée qui domine toute l'histoire de la métaphysique.] Notre époque est celle de l'anthropologie où 2 fleurissent de concert humanisme et droits de l'homme » . Platon distingue en lui trois parties ou plutôt trois puissances différentes : le désir. diriger vers elle le cœur et ses forces actives. dans la tête. et réside dans la partie inférieure du tronc. le cœur et la raison. Le désir (ensemble des appétits charnels et sensibles). au-dessous du diaphragme . Ainsi. D'autre part. Tous les humanismes de l'histoire vont prospérer sur le double apport aristotélicien. Tous les humanismes tendent à promouvoir l'homme. isole l'espèce humaine sur le fond du genre animal . au-delà de variations de détail. jusqu'à nos jours. mais incapable de se donner par lui-même 120 ap. J. Par ailleurs l'homme envisagé dans sa nature énigmatique fait une première apparition poétique dansAntigone de Sophocle où déjà pointe le renversement de la question« qu'est-ce que l'homme ? » en celle plus angoissante de « Qui est l'homme ? ». il s'agit pour Aristote. ». Pourtant l'idée d'une nature humaine commune à tous les membres de l'espèce 7 commence à se dégager. et maîtriser par là les passions inférieures. Dans cette perspective la question de la dignité de l'homme que la pensée humaniste engageait au tournant de la Renaissance ne faisait que reprendre en le renforçant un vieil idéal de perfection humaine que l'Antiquité avait déjà connu. au-dessus. siège la raison. ».. l'appartenance de plein droit de l'homme à la nature. note Louis Liard . la responsabilité. Grecques La question du statut de la personne. le conatus. N4 de la pensée grecque en passant par les humanistes de la Renaissance jusqu'à Montaigne et Descartes . n'a pour les Grecs de sens que reliée à la famille. à souligner sa dignité particulière au milieu de tout ce qui existe. c'est l'instinct noble et généreux. L'anthropologie grecque établissait un lien entre l'essence de l'homme et l'être de l'étant en totalité ainsi qu'il apparaît dans la parole d'Aristote « l'âme est en quelque 4 façon tous les étants » . revient à questionner sur ce qui lui est essentiel. le vécu corporel.. engage pour la suite. en « animal raisonnable ». Perspective historique « On s'accorde généralement à considérer que les trois époques distinguées sous les noms d'Antiquité de Moyen Âge et de Temps modernes ont respectivement mis l'accent sur le monde.. celui qui inspire la crainte dans le chœur d'Antigone et celui qui est l'éthos 8 anthropos daimon.

Seule la partie spirituelle de l'âme demeure apte à connaître et à aimer Dieu. vision marque la rupture avec la projection dans l'au-delà des fins dernières de l'homme en privilégiant désormais une félicité d'ordre intellectuel plutôt que 15 spirituel . une humanité de tous les membres de l’espèce humaine. On aura une accentuation de ce pessimisme quant à la nature humaine. Renaissance À partir du XVe siècle. . jusque aux milieux profanes l'esprit dans lequel sera pour un long temps. ses fragments disséminant ou diffusant une ressemblance « non spécifique » selon l'expression 12 de Thomas d'Aquin. l’homme existe (il a un être propre). L'image en lui est déformée. « ce mystère inconcevable ». par le savoir. auXVIe siècle et XVIIe siècle avec la Réforme et plus particulièrement avec leCalvinisme. prend la forme de la défense du « libre arbitre » argument dont on repère l'existence chez Saint Augustin et qui 13 fera l'objet d'intenses débats au sein du monde chrétien plus tard avecLuther . Le XIIIe siècle et XIVe siècle accentue cette vision pessimiste de la nature humaine. animé d'un intérêt nouveau pour l'étude des textes anciens va s'opposer à Scolastique la médiévale et prôner un retour aux sources textuelles de l'Antiquité païenne et chrétienne. 11 réside avec les choses. la Scolastique est remise en cause par l'humanisme puis. « l'homme aurait perdu toute ressemblance à Dieu. région de la dissemblance. L'homme Jean Calvin. il n'est plus Imago Dei. obscurcie. L'affirmation de la liberté. Le courant dit explicitement humaniste apparu en Italie au XIVe siècle peut se définir comme la doctrine fondée sur l’affirmation ontologique selon laquelle. Ce « bris d'image » Thomas le nommera vestigium . si bien qu'on parle d'humanisme des humanités. brisée ». À la suite du péché originel. L'humanisme de la Renaissance désigne l'accomplissement (au sens de la Portrait d'Erasme de Rotterdam. au e XVI siècle par la Réforme : la Scolastique sera accusée d'avoir ruiné la doctrine chrétienne en établissant la prépondérance de laphilosophie antique. associée à un principe selon lequel il doit être respecté dans son être. comme chez les Grecs affaire de mauvaise volonté mais accompagne la vie de l'homme depuis sa déchéance du jardin 10 d'Éden . La propension au mal n'est plus seulement. Le versant éthique de l’humanisme prône la dignité et la valeur de tous les individus humains et rejette les formes d’assujettissement. L’humanisme suppose un fond commun à la condition humaine. construction de soi-même) de l'homme. décolorée. D'ailleurs au sortir du Moyen Âge. Toutefois. c'est aussi au moment de la Renaissance que l'idée d'une nature prédéterminée de l'homme comme espèce au milieu d'autres espèces commence à être remise en cause. nous serions incompréhensibles à nous-mêmes. abordé cette question de l'essence de l'homme. « l'homme qui se veut une nature envisage de se suffire : c'est en effet une maxime 16 17 péripatéticienne que la nature ne défaille point en ce qui lui est nécessaire » . Cette Hans Holbein le Jeune(1523). dans la regio dissimilitudinis .Chrétiennes Le Christianisme rompt avec l'ancienne chaîne de solidarité qu'établissait le Stoïcisme en défendant l'idée d'une unité organique entre les humains mais aussi avec l'ensemble de la 9 nature . Blaise Pascal déclare dans ses Pensées que sans le « péché originel ». conçu comme puissance. On doit à Augustin l'idée de l'existence d'une disposition radicalement mauvaise dans l'homme. La dogmatique chrétienne introduit la notion de péché originel qui va influencer avec succès. Plus tard l'« humanisme chrétien ». En mettant l'accent sur le rôle central de l'homme. comme critère de l'insigne dignité de l'homme. la pensée humaniste insiste sur sa capacité d'émancipation et d'autodétermination par 14 un processus d'éducation . alors que partout ailleurs cette « Image de Dieu » est « brisée ». comme le souligne Emmanuel Faye . flétrie.

Pour lui. Dans l'expression « animal rationnel ». L'antihumanisme philosophique Nietzsche critique au nom d'un humanisme supérieur. Il s'agit donc d'une liberté finie. à le séparer de son animalité première (§2). (animal politique. la liberté comme spontanéité devient la définition même de la pensée et de la compréhension de l'homme. bien au contraire (§5). Nietzsche ne souhaite donc guère changer la nature humaine de fond en comble. c'est comprendre que l'être humain ne se pose plus à partir de son animalitas. dans des perspectives différentes. Pour Kant comme pour Rousseau refusant l'idée de péché originel. Comme le constate Hans Ruin. en quoi se distingue-t-il néanmoins des autres animaux? C'est à cette question que peut répondre un extrait de La politique. de son côté. on a simplement réussi à le mettre en contradiction avec lui-même. comme une invitation 18 pour l’homme à réaliser. qui encadre et contraint. la plus 25 constante dans l'histoire. Kant. va avoir à résoudre l'aporie que lui impose la prise en compte de la finitude N5 concrète des capacités humaines . l'homme naît bon c'est la vie en société qui le pervertit. après d'autres. 24 Livre I. qu'il conçoit comme essentiellement « libre » par opposition à une nature conditionnée par les lois de la causalité. de 19 sa dignité. donne sens au monde . animal doué de langage. Chez Kant. Il s’agit de la liberté de penser. Avec Heidegger nous avons une nouvelle interrogation sur la notion d'humanisme qu'il comprend comme « le processus qui depuis 22 Platon. le pseudo humanisme de son temps qu'il accuse de réduire. qui fait l'objet de son ouvrage la Lettre sur l'humanisme. Il résulte que dans l'« être » de l'homme coexistent deux principes opposés. met en lieu et place de Dieu. En mettant au premier plan de ses préoccupations le développement des qualités essentielles de l'être humain et sa capacité d'« auto-détermination » Kant. die Geschichtre 23 des Seins . Les questions traditionnelles La nature humaine Comment rechercher le propre de l'homme ? Aristote cherche ce qui distingue l'homme de l'animal? Si l'homme est aussi un animal. C'est ainsi qu'a été abordée la spécificité de l'homme soit au sein du règne animal à travers une enquête qui vise à déterminer le « propre de l'espèce humaine » 25 soit en en recensant les propriétés insignes au sein de étant l' pour définir les principaux traits de la condition humaine . capable de distinguer le juste de l'injuste) . la plénitude de son être . Parmi les multiples définitions qui ont pu être faites de la nature humaine (être qui parle au temps des grecs. Rendre au mot humanisme son sens.L'irruption du sujet Avec l'autonomie du sujet qu'apportent Descartes et Kant nous assistons à l'émergence d'une nouvelle figure de l'« être humain ». qui par définition vientd'ailleurs . . l'homme au centre de la philosophie parce que seule la réalisation de son humanité. qu'il récuse au motif qu'une telle détermination apprécie trop pauvrement la véritable dignité de l'être humain. sans pour autant être déjà l'étant suprême » . L'ennoblir ne consiste pas à l’affranchir du règne de la nature et de l’animalité. la question de l’humanisme est viciée dans son principe même par la définition implicite de l’humain qu’elle présuppose 21 écrit Yannis Constantinidès . Contrairement aux traditionnels réformateurs politiques et moraux. Ce mouvement présuppose l'abandon de la conception strictement instrumentale du langage qui a dominé jusqu'à maintenant. de reconnaître et d'énoncer la vérité . Cette liberté s’éprouve lorsque nous jugeons. Chap. le corps la partie animale et l'esprit. Descartes accentue le rôle de la « pensée ». de savoir choisir le meilleur parti. place l'homme. au centre de l'étant. dépendante. note. 2. mais s'ouvre avec le « langage » à ce qui est son affaire propre : à savoir l'advenue de l'être lui-même . En cherchant à moraliser l’homme. que la liberté y est aussi présentée. Hans Ruin. l'espoir humaniste d'une autonomie de la raison maîtresse d'elle-même. mais la retrouver sous le masque complaisant de la moralité (§6). ce discours cartésien sur la liberté se veut aussi une définition de l’essence de l’homme et un appel à la réalisation de cette essence par le jeu du « libre- 18 arbitre » . la raison avec la sensibilité. de rétrécir l'homme. Heidegger remarquera que pour Kant il n'y a de liberté que dans la soumission à l'impératif catégorique qui culmine dans l’idée d’une moralité 20 rationnelle et universellement fondée. est celle qui précise que l'homme possède la pensée en propre . à travers elle. créant entre ces deux principes. d'Aristote. animal politique). dès ses premières explorations.

Avec la Renaissance gagne l'idée que l'homme étant un être qui excède les limites de toute nature. ne peut plus être définie par une nature déterminée. jamais au niveau où nous pourrions nous situer. un roman . 27 l'Humanisme . à partir de la conception métaphysique du monde. Toutefois l'importance de la « vie individuelle » au sein de cette 25 communauté de semblables a conduit à déplacer le débat sur l'homme. Par ailleurs est aussi affirmé l'universalité de la forme humaine dans chaque homme . Cette variabilité nous fait apparaître le plus souvent comme en conflit avec nous-mêmes. dont l'origine peut être trouvée chezSaint Augustin et Luther. elle hante par 28 contre toujours la philosophie contemporaine . Karl Marx le trouvera plus tard dans le rôle de la société. du concept de genre « » vers celui de « condition humaine » . La condition humaine De ce que les hommes se sentent différents des autres étants mais semblables entre eux« a conduit à déplacer le débat vers celui de la « condition humaine » plutôt que vers la question du genre ». tous les humanismes La Laitière. le thème de la 25 conscience . Les hommes ont en partage de pouvoir interroger leur être. Cette dimension de la question de l'« être humain » est absente de la tradition antique. Avec Descartes se produit une mutation. l'impossibilité de reposer dans une « nature assurée » (métaphysiquement stable) entraînant comme conséquences : ennui. Comme première réponse. Rijksmuseum historiques successifs se sont retournés rappelle Heidegger dans sa Lettre sur d'Amsterdam. mais bien plutôt de sa 15 destinée et de sa fin. définir l'homme comme capable de penser. De cette variabilité Montaigne tire la conclusion 29 que tout humain « porte en lui la forme entière de l'humaine condition » . c'est vers cet idéal d'ailleurs que. À partir de Descartes on commence à distinguer deux grands courants dans l'approche de l'« être humain ». l'homme biblique ou théologique fait l'objet de nombreuses approches qui toutes font référence à Dieu et à la possible ressemblance de l'homme avec lui. vers 1660. un 26 panorama. qui autorise la constitution du concept de « genre humain ». c'est le saisir d'emblée. exprimerait pour l'« être humain ». périodiquement. à partir de quoi se détermine cette essence spécifique. Pour les Romains. de s'écarter de lui-même pour s'appréhender comme un de ses objets. marque la rupture avec un monde médiéval qui mesurait la dignité de l'homme. L'humanisme de la Renaissance. C'est donc à partir de caractéristiques extérieures que cette question de la nature de l'homme est abordée comme une peinture. il reste à se demander. La variabilité de notre nature. Ce que le chrétien trouve dans son rapport à Dieu. à la suite des Grecs. 25 responsabilité qui définit notre dignité . non en fonction de son pouvoir . La variabilité de notre condition a conduit certains à nous penser comme conditionnés. toujours en décalage. l'humanité de l'homme résidait dans sa N6 culture . L'homme est appréhendé comme subjectivité pensante. Dans tous les cas. une dimension qui va prendre de plus en plus d'importance est qui est la N7 conscience de sa propre « existence » de sa finitude et de ses modes fondamentaux d'exister . Dans cet écart l'homme s'ouvre à une autre dimension. inquiétude comme l'avait déjà remarqué . angoisse. qui restitue à l'Occident le legs païen de l'Antiquité et s'accomplit par le savoir et l'éducation. Pic de la Mirandole parle d'une capacité à « devenir tout ce que nous voulons être » et de déterminer ainsi notre propre nature. Si avec ce double principe on définit l'« humanité de l'homme » et qu'en elle réside son essence. introduisant ainsi en philosophie.l'occasion de multiples conflits que la tradition s'est efforcée de résoudre sans y 4 parvenir absolument . il a la capacité de se saisir réflexivement. le courant cartésien qui s'inscrit dans la tradition de l'homme rationnel et un courant existentiel attaché au conditions historiques et personnelles du vécu. c'est-à-dire jetés dans une existence que nous ne maîtrisons pas. Or ce déplacement qui correspond à l'approche existentielle de la 25 question met en évidence la variabilité de notre nature .

« l’homme qui s’angoisse reste loin derrière l’homme qui produit ».-C. Encore à la Renaissance pour Pic de la Mirandole. Dissemblance et Figuration). La difficulté s'accroît du fait de ce sentiment tragique que les conséquences de nos actions nous échappent et que souvent « l'enfer est pavé de bonnes intentions ». La dignité. s'agissant notamment d'embryons produits en vue de . frappées comme d’une irrémédiable finitude » . De nos jours toutefois l'homme maîtrise de moins en moins les conséquences de ses actes. La question de l'éthique La notion d'humanistas apparaît sous la République romaine. C'est au poète Térence. Il s'agit de constater que le nouvel ordre du monde accroît le tragique de notre situation en raison des conséquences possibles d'un petit acte irréfléchi. Comme système des normes du vivre ensemble. Gunther Anders remarque que les traditionnels conflits entre devoir et passions animés de forces à peu près équilibrées se situaient au tréfonds de la conscience individuelle. À la base l'exigence kantienne que l'on traite autrui et soi-même non comme un moyen mais comme une fin est devenue intangible qui vient compléter le principe d'origine chrétienne de ne pas faire à autrui ce que l'on ne voudrait pas qu'on nous fît. « on ne peut plus considérer que le mal est une petite affaire personnelle et 35 privée. est accordée à tout homme en tant qu'être raisonnable en vertu de laquelle chacun doit être traité non comme un moyen mais comme une fin. l'éthique vient compléter la morale individuelle. N 8 d’imaginer sont anthropologiquement restreintes. né aux alentours de 190 av. et à la production d'êtres génétiquement semblables (interdiction du clonage). reconnaissance qui prend effet avant la naissance et se poursuit après la mort. la dignité n'est pas seulement une qualité mais un élément constitutif de l'être de l'homme en 30 Le Cri d'Auguste Rodin (musée raison de sa ressemblance avec Dieu (l'Imago Dei du Moyen Âge cf Fra Angelico Rodin). Dans son intranquillité permanente les hommes seraient le résultat de leur action et le 29 produit de leur « acte libre » . Si bien que dans une société moderne complexe. Gunther Anders est le philosophe qui dans le monde contemporain a mis le plus l'accent sur le décalage entre l'acte et le sentiment que l'on en a. à partir d'une méditation sur l'Incarnation reconnaît à l'homme créé 13 dignité et liberté » . L'être humain comme sujet . 36 L'homme dans son unité n'existe plus il n'y a plus que des êtres qui d'un côté agissent et d'autres qui éprouvent des sentiments. la technique aurait même entraîné le déchirement le plus grave de l’histoire du 36 sujet .. que l'on doit la 33 formule « homme je suis . Après avoir été proclamé au plan international suite aux 31 crimes de la seconde guerre mondiale. massifiée et étroitement structurée.« le principe de dignité de la personne humaine » a été consacré par la loi française en 1994 . avec « l’autonomisation progressive de la technique (son éloignement dans un système technicien hors d’atteinte pour notre sensibilité). de l'existence de conflits entre des responsabilités contradictoires et de 35 l'aveuglement criminel des nouveaux fanatismes . À l'inverse elle fait naître la possibilité d'assurer le fondement d'une nouvelle appréhension éthique du genre humain se substituant aux anciennes croyances. La dignité humaine Déjà l'humanisme chrétien de la fin du Moyen Âge« appuyé sur une vision théologique . telle que conceptualisée par Kant dans la Critique de la raison pratique. De nos jours la question de la dignité humaine est tranchée juridiquement. Face à l'énorme accroissement de la puissance technique et à l'énormité de ses conséquences possibles « les capacités humaines d’éprouver. 32 l'homme doit être vu comme une fin en soi et non comme un moyen . de ressentir et 34. rien de ce qui est humain ne m'est étranger » . Cette notion de dignité humaine a été mobilisée dans une époque récente pour faire face aux dérapages possibles des sciences et de la médecine. Enfin en détruisant la liaison entre le sujet et ses actes. Pascal. Dans l'esprit de la philosophie kantienne. échappaient à toute recherche de responsabilité ontique » . comme si les humiliations et les misères dues à un ordre injuste. J.

42 Est-il possible. Déjà. semble se vider de tout contenu au contact de la génétique et de la sociobiologie. qui était redevenue problématique depuis l’évolutionnisme de Darwin. Sur quoi repose ce modèle juridique de l’humanisme ? Sur l’Idée (avec une majuscule) d’un sujet conscient et volontaire. c'est-à-dire un « sujet » comme hypokeimenon. c’est donc « l’humanisme juridique » (L. de parler de « l’élaboration d’une figure inédite de la subjectivité » ». mais la faculté de se plier à une obligation qui ne s’explique pas par une contrainte extérieure parce qu’elle procède d’une autorégulation. donc responsable. un humanisme ayant censément évacué toute référence à la nature. Renaut. en leur temps. Les conséquences philosophiques de sa doctrine (notamment sur la question de la liberté et de la responsabilité. la question « qu’y a-t-il d’humain dans l’homme ? ». et sur la place des pulsions et de la sexualité dans les e conduites humaines) sont d'une telle ampleur que la plupart des philosophes du XX siècle se sont intéressés à ses idées. e Le XX siècle voit le début de la psychanalyse. Cette certitude de Soi qui ne tolère de normatif ou d'obligatoire que ce qu'elle fixe en toute autonomie et en toute transparence du Soi. L'homme dans le système technicien Le rapport de l'homme à la technique est le plus souvent abordé sous l'angle du rapport de l'homme à la machine. l'ego cogito. C’est donc à travers son rapport à une loi qu’il découvre comme étant sa propre loi que l’homme se définit comme sujet. en même temps qu'il fonde la subjectivité. La fin de l'homo humanus L'humanisme moderne se voit assigné une nouvelle tâche. libre par rapport à toute détermination hétéronome. l’humanisme délivré des pièges de la métaphysique. et donc aussi à travers celle-ci à une nature humaine. avec comme thèmes principaux et simultanés soit le danger de son exclusion de toutes ses fonctions par une machine plus performante soit la perspective 43 d'une mutation de l'homme lui-même transformé en machine par l'effet d'une sorte de greffe . à ce propos. Sartre. dans une certaine permanence ou stabilité . ainsi qu'une méthode d'investigation de ce dernier. Idée qui n’a pas besoin d’être reconnue comme effectivement réelle pour se constituer comme « horizon de sens » : ce qui est humain dans l’homme. mais de parer les menaces sur la personne humaine qui viennent de l’organisation économique et sociale ou des développements techniques. représentation Descartes consolide philosophiquement la place centrale de l'homme en en faisant le subjectum. Dans l'impossibilité de prendre appui sur une transcendance ou une nature fixée. et lui ayant substitué la considération des valeurs propres à une pensée pure du droit. qui apporte une conception contredisant la représentation N 11 traditionnelle de la conscience humaine : la psychanalyse fournit en effet un modèle théorique du psychisme humain impliquant la domination de l'inconscient sur la conscience. N 9 issu de la métaphysique ancienne . En présupposant la permanence d'un fond qui reste constant sous le changement des vécus. en France. une base ferme et subsistante de 4 toute vérité . C'est ce développement de la problématique du sujet que Kant qualifie de « révolution copernicienne ». Des droits de l’homme à l’idée républicaine). subjectivité. Représenter c'est penser l'étant quel qu'il soit comme un 38 objet tenu de se soumettre à la vérité comme certitude c'est-à-dire à la garantie d'un calcul . l'homme moderne n'aspire plus qu'à devenir sujet de droits. voilà ce que l'homme moderne N 10 « veut » . de résistance) dont la stabilité n’est que transitoire . directement 37. fondée par Freud. au XIXe siècle. être sujet c'est être présent à soi. L'objectivité n'est pensable qu'à partir d'un sujet qui dès lors témoigne d'un monde. Il ne s'agit plus de mettre l’accent sur la valeur de l’homme plutôt que sur celle de Dieu (ou de la Nature). La tentation sera alors grande pour le sujet de ramener le monde à un produit de sa 39 pensée . renverse le rapport classique sujet/objet : c’est désormais le sujet qui est au centre de la connaissance. La question de la « représentation » est sous-jacente à la définition du sujet.Cartésianisme. son œuvre majeure. 37 Depuis Descartes. consolide l'idée d'un être substantiel. pour les 40 critiquer ou pour s'en inspirer (comme. . Ferry et A. Avec la représentation se met en place les conditions d'objectivation de tout étant jusque et y compris l'objectivation du sujet par lui-même. La catégorie de l’« humain » ne servirait plus qu’à désigner de façon approximative un ensemble de phénomènes (d’organisation. de 41 conduite. d’adaptation. Kant dans la Critique de la Raison pure. D'autre part. Alain. ce n’est pas une nature objectivement donnée. Deleuze et Derrida). « Le nouvel humanisme.

la raison. aux formes des choses concrètes. ou vie courante de l'être humain. Cette adaptation nécessaire peut néanmoins devenir « conditionnement » lorsqu'il s'agit de préparer par une formation adéquate des étudiants à entrer d'une façon 45 utile et efficace dans le monde technicien. car « le propre du « mécanisme ». un « possible ». En ce dernier sens. parce qu'il est toujours. N 12 déesse-machine » . autrement dit apporter une réponse à la question du « Qui » de préférence à la question du « Quoi ». à accomplir . à chaque fois. La tâche d'« avoir à être » humain n'est pas à comprendre d'un point de vue moral. philosophe allemand et Dilthey. une tâche. il signifie « être hors de soi ». 49 invite à rompre en demandant à l'être que nous sommes. incapable de fonctionner sans anxiété dans aucun domaine sans l'assistance de l'appareillage extra-organique fourni par la 46. il y a l'idée de la Vie avec ses fragilités et ses incertitudes. Dans la lignée de la phénoménologie. en perpétuelle évolution). L'existence en lieu et place de l'essence Interroger l'existence au lieu de l'essence c'est privilégier les questions qui s'attachent « au fait d'être ». et nullement aux simples choses. dans toutes les situations de ce qu'il appelle «vie facticielle ». C'est en ce dernier sens que l'existentialisme et Jean-Paul Sartre usent de ce terme. d'« existence » et d'« instant ». mais aussi celle d'un mouvement d'un « avoir-à-être » ou de « faire place à être » (entendu comme exposition à l'être) qui ne concerne que l'« être humain ».comme le signale Françoise Dastur pour Paul Yorck von Wartenburg. être auprès des choses. la conscience. Martin Heidegger élabore le concept polysémique et fondamental de « Dasein » pour appréhender thématiquement ce que nous sommes nous-mêmes véritablement. en partant d'éléments isolés et non pas de la cohésion 44 du sens du vécu » . déjà. le terme « Existence » ne devrait s'appliquer qu'à l'être humain. l'éducation et l'instruction n'ayant plus aucune gratuité . Ce qui est découvert c'est que le « fait d'être » ou d'« exister » possède le sens d'un mouvement à savoir : l'avoir « à être » 50 et qu'il n'est que cela sans autre détermination particulière ni substantielle ni accidentelle. qui comprend l'être. On ne fournit pas une réponse suffisante à la question sur l'homme en le distinguant des autres vivants par la simple notion de « personne ». Cette auto- interprétation signifie pour l'être humain expliciter tout mouvement de la vie en liaison avec le sens général qu'il donne à sa propre existence. l'être humain demeurant par ailleurs prisonnier de catégories inadaptées qui l'assimile aux autres êtres. Le constat phénoménologique e Kierkegaard. la vie qui dans le cadre de la tradition métaphysique interviennent. sur l'importance des concepts 47 d'« angoisse ». dogmes et préjugés. mais n'est pas « à être ». L'« existence » chez Heidegger ne concerne que l'homme . proprement dit. sans plus ample examen. est au XIX siècle le penseur qui en mettant l'accent sur les « tonalités affectives ». la pensée contemporaine procède à un ré-examen approfondi des « a priori ». cette capacité de vivre par eux-mêmes. qui accompagne la technique c'est d'expliquer toute vie. a donné l'impulsion décisive . comme un stade supérieur d'humanité à atteindre mais comme une modalité d'être jamais définitivement 52 acquise par l'homme. il y a nécessité pour lui à s'y adapter. Dans « existence ». les hommes avaient perdu ce caractère vivant. . la technique devenue facteur déterminant de l'ensemble des phénomènes de société a des effets autrement plus sérieux sur l'« être humain ». Si l'influence de l'école s'avère insuffisante le système technicien comporte des agents d'adaptation permanents (la formation continue. Au sens étymologique d'origine latine existere ou « exis-tance » possède une signification précise. Penser l'homme dans son existence. L'illusion d'un homme pouvant en tout et en tout lieu maîtriser la technique ayant fait long feu. un type incapable de réagir directement aux objets de la vue ou de l'ouïe. il en est de même chez 51 Martin Heidegger dans son ouvrage Être et Temps et chez Emmanuel Levinas . Selon Ellul. la propagande qui tous visent à adapter l'homme à son univers technique. ils étaient devenus des hommes sans histoire (geschichtlos) dans la mesure où leur vie se trouvaient être dominée par le « mécanisme ». Ce conditionnement généralisé a créé un nouveau type psychologique « un type qui porte dès la naissance l'empreinte de la méga- technologie sous toutes ses formes. que l'on soit ceci et non pas cela. y compris la vie psychique. la publicité. les choses et les animaux sont simplement là. ce qu'il fait le plus souvent sans effort particulier dans les actes courants de la vie. dans l'idée que nous nous faisons de l'« être humain ». tels que l'âme. c'est d'abord penser celui qui pense et donc plonger dans un cercle que Martin Heidegger nous 48. parfait en lui-même. cette Lebendigkeit . cette humanité est à chaque fois. de s'auto-interpréter lui-même . L'animal « a » l'être. « seul l'homme existe ».

mais la signification qu'elle revêt pour lui. L'existence se déploie comme « être-au-monde » L'« être-humain » que découvre l'analyse phénoménologique n'existe pas d'abord isolément. Comme le souligne Dominique Janicaud. ses 53 déterminations propres sont appelées des « existentiaux ». « Il y va de son être » prend sens et que l'on doit comprendre concrètement comme souci de se perdre. c'est par le Souci que l'expression. dans le « On ». qui lui sont 60 offertes » . Cet être en devenir ne lui est pas indifférent. avec le Dasein. ici invoqué n'est pas le non encore présent mais en tant que Dasein« la modalité d'un possible accomplissement de soi- . Pour Marlène Zarader. ce maintien d'une 57 relation à « Soi ». est constamment jeté au monde dans une nouvelle situation qui pour lui est une part irrécupérable de l'existence. il y va dans son être de cet être ». qui nous ouvre primairement le monde. qu'il est « temporal ». Pour l'être-humain en marche vers lui-même l'« a- venir ». Ce à quoi le Dasein est 61 toutefois de prime abord ouvert. à la façon du sujet cartésien. elle ne signifie pas simplement que le Dasein est « dans » le monde. 54 conformément à l'interrogation inquiète de Saint Augustin« Où en suis-je avec moi-même ? » . L'existence se déploie dans le temps et l'espace L'être de l'homme n'est pas seulement dans le temps. mainte fois répétée. (en gros notre humeur) et non l'intellect. 56 « le souci usuel (journalier) s'enracine dans un plus haut sens qui est le soin que l'homme prend de son être ». qu'il doit assumer. dans Être et Temps. l'être humain se vit comme un être en devenir (en avant de soi ). elle caractérise la manière dont nous comprenons l'existence à partir des possibilités ouvertes d'ores et déjà saisies. C'est la « disposition ». à tout instant. Le Dasein se distingue en ce que selon l'expression du philosophe « pour cet étant. à chaque fois le même. dans l'anonymat de l'opinion générale. La tonalité ou 63 Stimmung est la manifestation du fait qu'en tant que Dasein. c'est-à-dire. Ouvert aux choses. Le Dasein est « jeté » au monde « sans en avoir décidé tout en ayant à se décider pour des possibilités d'existence. l'être humain est toujours déjà d'avance « un être-en-commun » . Constamment le Dasein se rapporte à lui-même. ni la permanence de l'égo. On pense à la naissance mais ce mouvement se répète. à sa possibilité d'êtrelui-même en propre. Il n'y a pas d'entente de l'être possible sans cette résonance. mais se rapporte d'emblée au monde qui est le sien . il l'est déjà possiblement. et toute la pseudo métaphysique ou pseudo morale du rapport à autrui ». fondamental et unitaire du Dasein. temporel comme l'on dit habituellement. « En tant qu'il est en train d'être. d'un « Soi » qui n'a plus la constance du présent. l'être-humain. « Avoir à être » pour le Dasein n'a pas la signification du comblement d'un manque mais cherche à exprimer son essence profonde de pure « possibilité » car ce « qu'il n'est pas ». est l'« être- 62 accordé » . pour entrer 58 ensuite en relation avec quelque chose comme un monde. mais aussi aux autres. « ce qui rend caduques à la fois toute la psychologie subjectiviste des sentiments. mais il est en quelque sorte. ce n'est pas la réalité sensible. est un mode d'être dit « existential ». dans sa substance propre. Il est exclu de comprendre cette expression d'« en avant de soi » à partir de l'entente courante du temps. ou « historial ». des modes d'être qui correspondent à diverses figures de l'existence. le premier élément de constitution de l'exister humain. constitué de « temps ». est ontologique. qui est attesté par le constat du dévalement (immersion dans le monde du Dasein). c'est peu de dire qu'elle fait ficulté dif . par un « être privé de substance » qui ne possède pas les qualités classiques . Si « tout Souci est Souci de l'Être ». qui n'est pas une substance. (le Dasein) s'en vient toujours déjà jusqu'à soi.L'idée de contenu qu'impliquait les notions de conscience et d'âme ainsi que la catégorie de la substance qu'imposait la permanence du sujet sont remplacées. Cette formule d'« être-au-monde » nous dit Emmanuel Levinas. L'existence se déploie comme Souci Dans son être profond. c'est-à- 55 dire qu'il est de tout son êtreà venir » écrit Heidegger . Cette question ne cesse d'être vécue si bien que l'on pourrait définir son être comme pur rapport d'être à cet être. L'« être-au- 59 monde » ou Das In-der-Welt-sein. Ce sont les tonalités d'ambiance qui sont la manifestation la plus élémentaire de l'« être-accordé ».

Si la signification précoce a bien été le dire et le discours. C'est grâce à cette reprise du sens initial delogos. un proche et un lointain. comment en un sens c’est elle qui ouvre des possibilités plutôt qu’elle n’en ferme » et encore plus paradoxal ce qui 69 devait limiter la connaissance. celui de la Renaissance. Franz-Emmanuel Schürch écrit « que la finitude donne justement à l’homme sa puissance. ni à partir de la signification . cette 72 autre signification s'est estompée et le dire ou le discours n'en sont qu'une signification dérivée. « Le passé. en lui l'être devient parole qui donne forme à l'étant . ici. en fait la rendre possible . Le langage 1. Il commence par prendre ses distances avec la traduction usuelle par « raison ». Existence et finitude Dans la phénoménologie contemporaine la notion de « finitude » a pris une place considérable. au sens littéral du terme. Le Dasein porte son « espace » et son « temps » avec lui. 3. il n'est. mais une possibilité d'être qui assume ce passé » . écrivait ainsi Blaise Pascal. De plus. Or ce n'est pas dans sa spécificité générique ni dans son intellect ou dans sa prétendue ressemblance divine que l'« être humain » puise son caractère insigne et sa dignité. c'est-à-dire de l'étant dans sa totalité » . comme le pourra être latekné et la logique mais au sens de ce qui se borne 71 à assurer la garde de ce qui s'est mis en avant de lui-même. du terme dans la vieille philosophie grecque. qu'il situe dans une certaine compréhension de l'ancien terme grec deLogos. . mais dans le rôle qui lui est dévolu dans le déploiement de la vérité de l'« Être ». mais il « occupe ». le passé n'a de sens que pour autant que le Dasein puisse être son passé. considérée sous le rapport de la fragilité de notre condition. du 70 fondement du monde. Le temps classique le temps des horloges dérivera dans l'esprit d'Heidegger de cette temporalité authentique originaire. « l'humanité de l'homo humanus est déterminée à partir d'une même interprétation de la nature. Cette temporalité n'a rien à voir avec l'« intra- temporalité » des choses. sa signification originelle est autre. valeur que résume une notion comme celle de « dignité de la personne humaine » : « L'homme est grand en ce qu'il se connaît misérable ». de l'arrachement de l'étant à l'occultation. mais comme «dire » qui laisse apparaître. comme il est dans sa temporalité. Quelles que soient les variétés de l'humanisme. rassembler et ramasser ». de l'histoire. la conscience que nous avons de notre finitude et de notre condition précaire. De plus. pas seulement présent dans l'espace que remplit son corps. que « l'on peut comprendre ce qu'est l'essence du langage qui ne se détermine ni à partir du «son » émis. Il précise de plus que ce logos originaire n'est pas à entendre au sens de la maîtrise. la 71 présence de la « chose » présente. du monde. en constitue un aspect essentiel. exposeHeidegger. Dans un renversement saisissant ce qui marquait traditionnellement l'impuissance humaine va devenir chez Heidegger l'instrument de sa puissance. Dasein n'en est pas moins un « là ». à notre opacité. un « à- venir » et un « avoir-été ». Heidegger remonte au sens étymologique originaire du langage. éphémère et changeante. Les voies d'un nouvel humanisme N 13 La Lettre sur l'humanisme. Le langage n'est pas une invention humaine. de Marx ou de Sartre. Pour l'être humain il ne s'agit pas seulement de sa condition mortelle mais aussi du constat que notre faculté de connaître par les sens et par l'entendement est étroitement limitée. l'avenir. S'agissant de la spatialité « le Dasein ne peut jamais être présent dans l'espace à la manière d'une chose. en effet. donne l'occasion à Martin Heidegger de s'interroger dans le droit fil de la tradition allemande sur ce qu'il en est de la dignité propre de l'être humain. de l'espace » sur le fond de sa 66 préoccupation écrit Françoise Dastur . tant par la perception de notre inéluctable dégradation physique que par la valeur que nous donnons à notre existence et à notre être. le présent avec prédominance de l'avenir et qui à elles trois constituent le phénomène unitaire de la temporalité . 2. rappelant que le sens premier de logos n'est pas la logique mais « dire et rassemblement mais aussi recueillir. Gadamer écrit « dans sa finitude et son historicité. c'est une temporalité originaire qui se temporalise selon trois directions ou trois « extases ». un 67 « ici » » mais aussi un « là-bas ». Par rapport aux autres choses et êtres finis. « un présent dans l'instant. une plénitude de tempset un lieu de rassemblement de tout ce qui est ». le laisse passer de l'« occultation » à la « non -occultation » » . comment c’est elle qui le 68 rend capable. C'est le verbe legein qui signifiera progressivement plus tard dire et parler. selonFrançoise Dastur . la finitude s'oppose à l'immuable ainsi qu'à la transparence.même ». le 65 passé. n'est pas ce je traîne 64 derrière moi ou un souvenir. il ne peut avoir trouvé son origine que dans l'irruption de l'homme dans 73 l'être.

451 3. inaugure dans sa Lettre sur l'humanisme un humanisme de l'« habiter ». le rapport duDasein non plus à soi-même mais à l'ouvert. p. à chaque instant. 9 5. Seulement là où est la langue. p. l'« être humain » n'est plus comme chez Kant. et le langage sa « maison ». doit être prise. de son être par la possibilité de sa propre mort. p. L'ek-sistence L'homme pris en lui-même (en son genre). 82 l'être du Dasein en tant que celui-ci se rapporte à lui-même. une provenance essentielle qu'apportera. au sens propre du vieil allemand qui fait signe vers l'« habiter » et 75 le « séjour de l'homme » . p. Le recours au néologisme d'eksistence en lieu et place du classique existence vise à libérer définitivement l'être humain de la subjectivité que l'on sent encore dans l'interprétation sartienne 81 d'une existence qui précéderait l'essence . 79 2. soit ouverture. d'un règne où l'homme devient « le point de mire » de l'être ainsi que de la totalité de 80 l'étant et s'en assure la maîtrise . comme le note Françoise Dastur sous la nouvelle appellation d'« ek-sistence ». Marcel De Corte 1960. latin du terme existence signifie sortie « hors de soi » le ek ajoute à ce sens premier. Michel Haar 2002. dans sa dimension extatique auprès de l'Être . Thierry Gontier résume ainsi le renversement opéré par Heidegger : « au projet moral de l'humanisme de la Renaissance. selon Jean-François 83 Mattéi « l'Être lui-même en sa vérité qui est dénommée. auprès du monde. 128 4.» Le dernier Heidegger abandonnant toute définition de l'homme par son essence ou sa position de sujet. selon Heidegger. p. n'est qu'un étant parmi les autres : ce qui l'institue comme « être-humain » (comme Dasein). à savoir. Laurent Fedi 2004. l'inscription de l'homme dans un 84 destin qui au fond le dépasse » . dans une première approche à l'époque d'Être et Temps (1927). comme le fait encore Roger Munier. Louis Liard 2015 . La parole va être considérée comme l'« élément ». 4. néfaste dans l'esprit d'Heidegger. Dans cette ultime position. que développe la métaphysique. soit clairière » . article Être humain Le Dictionnaire Martin Heidegger. Michel Haar 2002. C'est parce qu'il est constitutivement « être-au-monde » que l'être humain « existe ». Une eschatologie non théologique certes mais qui retient cependant de la théologie. selonJean-François Marquet. écarte 74 avec force contre toute interprétation utilitaire du langage . que lui-même qualifie « d'étrange sorte d'humanisme ». saisissement qui l'arrache à sa condition 77 animale pour en faire un étranger à l'ensemble de l'étant. dulà de la manifestation de l'Être. dans la pensée du philosophe (voir Heidegger et la question de l'existence). 78 « L'homme ne déploie son essence qu'en tant qu'il est revendiqué par l'Être » écrit Heidegger dans sa Lettre sur l'humanisme . L'expression Das Wesen des Menchen apparaissant à plusieurs reprises dans le cours de la Lettre. une détermination de l'humanité de 79 l'homme comme « ek-sistence». « La langue n'est pas un ustensile que l'homme possède parmi d'autres. L'existence. mais il devient. De plus la pensée humaniste qui depuis Platon incarne l'idée. verbe qui peut s'écrire « eksiste » pour souligner son mode d'être « hors de soi » caractéristique. là est le monde . 190 lire en ligne 6. qui exprimait. p. En nous invitant à ainsi repenser radicalement l'être de l'homme. Notes et références Références 1. plutôt que d'être traduite par essence de l'homme. devient. le propre de l'« habiter » de l'homme. On voit que si le ex. le centre de l'étant. le sens d'une ouverture. Didier Franck rappelle que Heidegger. L'essence de l'homme (l'homme du cogito). article Animal rationnelLe Dictionnaire Martin Heidegger. 1 lire enligne 7. Dominique Janicaud considère que l'ère de l'humanité 76 de l'homo humanus s'achève . dans la conférence de 1936 sur Hölderlin et l'essence de la poésie. doit être abandonnée. est le saisissement. mais la langue accorde d'abord et en général la possibilité de se tenir au milieu de l'ouverture de l'étant. est appréciée « trop pauvrement ». Heidegger substitue une pure eschatologie. selon le contexte. dans les derniers travaux. écrit Jean-François Marquet. il faut sauvegarder l'idée d'une provenance plus haute.

62 lire en ligne 37. p. article Anthropologie Dictionnaire critique de théologie. p. Paul Vignaux 1938. p. Vladimir Lossky 2002. p. 1 lire en ligne 34. p. 196 45. p. Hans Ruin 2008. 856 36. 58 lire en ligne 19. p. Jean Greisch 1994. article ReprésentationDictionnaire des concepts philosophiques. article Humanisme Dictionnaire des concepts philosophiques. 322 47. Ugo Gilbert Tremblay 2013. Pierre Macherey 1991 lire en ligne 43. 319 44. article Homme Dictionnaire des concepts philosophiques. article Existence Dictionnaire des concepts philosophiques. p. 27 59. Georges Didi-Huberman 1995. p. p. article Humanisme Le Dictionnaire Martin Heidegger. Yannis Constantinidès 2006. Jacques Ellul 2012. Emmanuel Faye 2002. 84 17. Alain Boutot 1989. Laurent Fedi 2004 § 10-lire en ligne 10. p. 374 30. article Sujet Dictionnaire des concepts philosophiques. p. 715 40. Jacques Ellul 2012. 1lire en ligne 32. Heidegger. 357 57. p. p. 121 60. p. 637 24. 38 18. Françoise Dastur 1990. 373 26. Laurent Fédi 2004. 77§79 13. p. Cristian Ciocan 2013. p. 50 48. p. 60 lire en ligne 35. article Humanisme chrétienDictionnaire critique de théologie. p. Dominique Janicaud 1989. p. p. p. 19 21. 303 51. p. Françoise Dastur 2011. p. 466 53. p. 115 54. 111 55. 51 58. Marlène Zarader 2012. article Humanisme Le Dictionnaire Martin Heidegger. p. Françoise Dastur 2011. article Mal Encyclopédie du protestantisme. p. Jacques Ellul 2012. Ugo Gilbert Tremblay 2013. p. p. 375 15. 22-23 50. 376 31. 321 46. article Homme Dictionnaire des concepts philosophiques. Christian Dubois 2000. p. 377 16. p. 47 62. Emmanuel Levinas 1988 52. Martin Heidegger 1970. article Dasein Le Dictionnaire Martin Heidegger. article Existence Le Dictionnaire Martin Heidegger. Paris. Thierry Gontier 2005. p. article Stimmung Le Dictionnaire Martin Heidegger. Amandine Cayol 2017. 6. Jean-Michel Muglioni 2011. p. 1 § 2-lire en ligne 42. 302 29. 23 49. 49 28. p. 768 38. p. Alain Boutot 1989. Amandine Cayol 2017. p. article Humanisme Dictionnaire des concepts philosophiques. p. 41. 61 11. (§1)lire en ligne 22. p. Laurent Fédi 2004. p. p. p. Aristote 2016 lire en ligne 25. 2lire en ligne 33. 47 27. la philosophie et les philosophes. Michel Haar 2002. article Humanisme Dictionnaire des concepts philosophiques. p. Heidegger 2012. p. 386 56. p. Être et Temps. PUF. Françoise Dastur 2011. 547 14. p. 97-101 9. 8. p. 635 23. p. 1976. 1262 . 293 61. article Être-jeté Dictionnaire des concepts philosophiques. Paul-Laurent Assoun. p. 131 39. p. p. 175 lire en ligne 12. Freud. p. Jean Greisch 1994. 1 lire en ligne 20.

p. l'homme. il ne suf fit pas de lui substituer deux notions. p. p.63. 15 70. lorsqu'elle af fronte le problème que nous sommes »-Étienne Bimbenet 2011. de son degré d'être est infiniment plus complexe que tout ce que peuvent en dire les sciences de la nature y compris les sciences dites humaines. Didier Franck 1986. p. des mots qu'on ne devrait prononcer. C'est pourquoi il n'est pas acceptable de croire résoudre la question en l'abordant par une redirection de l'article sur le genre homo à la manière dont on aborderait l'essence du chat. p. p. ils figent la mobilité de la pensée. 18 81. Françoise Dastur 2007. 51 67. Jean-François Mattéi 2005. Cette définition résulte d'une traduction erronée du grec par les latins. Notre connaissance dépend d'une intuition. Françoise Dastur 2011. 245 84. Thierry Gontier 2005. le mouvement d'interrogation inquiète qui la saisit. Françoise Dastur 2011. p. 162 73. « C'est la vérité définie à partir de la certitude pour la conscience. ou ne l'être que dans certaines circonstances. 34-35 66. p. p. p. 162 74. Jean-François Marquet 2005. 16voir note (3) 5. Thierry Gontier 2005. Homme et chat sont également des étants « ». p. 61 lire en ligne 9. article Existence Le Dictionnaire Martin Heidegger. p. 9 69. p. on ne dit jamais l'« être chat » ou l'« être cheval ». 42 68. 90 79. p. 30 Notes 1. 61-62 83. L'« être humain » a ceci de caractéristique qu'il peut justement ne pas être tout le temps humain. elle est donc non créatrice et finie. p. contraire de l’homo barbarus. p. Heidegger` 1970. Franz-Emmanuel Schürch 2010. ’Lhomo humanus. 52 75. sont des mots encombrants. p. 130 10. les réserves en leur temps. p. intègre à la virtus ce que les Grecs appelaientpaideia »-Laurent Fedi 2004 § 9-lire en ligne 7. exclusivement réceptrice. 258 76. 467 82. p. 1261 64. p. Cette contradiction a été soulevée par Heidegger . p. Franz-Emmanuel Schürch 2010. 217 77. « La notion d’ humanitas apparaît au temps de la République romaine. 310 3. . Christian Dubois 2000. qui se rapporte à un objet existant. qui exige un sujet en lequel l'adéquation de l'évidence se fasse dans la présence à soi sans faille de l'instant -Michel » Haar 2002. p. Alain Boutot 1989. On pourrait noter cependant. deMontaigne qui se plaint de cette définition qui estime que pour expliquer une notion obscure telle que « homme ». p. p. Hans-Georg Gadamer 2002. En grec il ne s'agit nullement d'« animal » mais de « vivant ». p. le chat est par contre toujours félin et toujours invariablement parfait quant à son être de chat. p. 159 72. dit Merleau-Ponty qu'avecpudeur. comme « animal et raisonnable ». qu'il estime tout aussi obscures. c'est-à-dire toujours plus de puissance-Henri Mongis 2005. Chez Nietzsche le « vouloir » va franchir une étape supplémentaire en ne voulant plus que lui-même. qu'il considère comme un pas supplémentaire sur la voie de notre déshumanisation-Ugo Gilbert Tremblay 2013. Marlène Zarader 1990. 95 80. l'homme n'est plus l'être à qui une nature peut être assignée mais au contraire. l'humanisme. 20 2. p. trop assurés d'eux-mêmes. l'être qui excède les limites de toute nature parce qu'il possède en puissance toutes les natures qu'il voudra actualiser en luiarticle » Homme Dictionnaire des concepts philosophiques. « En tant qu'il existe. dans son livre Kant et le problème de la métaphysique 6. Jean-François Marquet 2005. Jean Grondin 1987. p. 85 65. Pascal David 2005. Ce décalage entre les conséquences prévisibles de nos actes et le sentiment que l'on en a autorise ce que Gunther Anders appelle des massacres sans haine. Françoise Dastur 2007. c'est-à-dire d'étants dont l'être éclot à partir d'eux mêmes si bien que cela inclut tout aussi bien les dieux-article Animal rationnelLe Dictionnaire Martin Heidegger. 373 8. La détermination de ce qu'est unêtre humain ou de ce qu'il n'est pas. 79 4. p. Luca Salza 2005. 185 . Heidegger Lettre sur l'humanismep=51 71. mais seul l'homme est qualifié d' « être » humain . 265 78. « Pour Merleau-Ponty comme pour Foucault. Dominique Janicaud 2005. article Stimmung Le Dictionnaire Martin Heidegger.

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